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12273207487?profile=originalAristophane est le plus grand poète comique grec. Ses comédies, qui peuvent paraître, avec leur fantaisie verbale et leurs outrances grossières, destinées à faire rire la populace, témoignent d'une attitude franche et réfléchie en face des problèmes qui se posaient à ses contemporains : elles expriment les convictions profondes d'un citoyen engagé dans la vie politique et attentif au mouvement des idées.

1. Un dramaturge engagé

Aristophane, né à Athènes sans doute en 445 avant J.-C., fit représenter sa première comédie, Les Banqueteurs , où, semble-t-il, il raillait l'éducation des sophistes, en 427, sous un nom d'emprunt, comme la deuxième, Les Babyloniens , dirigée contre le démagogue Cléon, en 426. La plupart de ses pièces ont été publiées pendant la guerre du Péloponnèse, qui dura de 431 à 404, et elles sont profondément marquées par l'actualité. Elles appartiennent à ce que l'on a appelé la comédie « ancienne », dont la structure complexe est illustrée par une mise en scène à grand spectacle. Le choeur participe à l'action avec animation et, dans une sorte d'intermède, la parabase, dépouillant son déguisement grotesque, s'avance vers les spectateurs et leur adresse, sur un ton sérieux, un grave discours au nom du poète, qui donne à ses concitoyens des conseils de morale et de politique. Les personnages les plus en vue ne sont pas ménagés et sont parfois représentés dans les postures les plus ridicules.

Les deux dernières comédies conservées, L'Assemblée des femmes  (392) et le Ploutos  (388), postérieures à la guerre, sont d'un genre différent et on les rattache à ce qu'on appelle parfois la comédie « moyenne » : on n'y trouve plus d'invectives directes contre les personnalités en place et, le rôle du choeur devenant de moins en moins important, la part du spectacle s'y trouve aussi réduite.

Il semble qu'Aristophane mourut vers 380 après avoir fait jouer 44 pièces, dont 11 seulement ont subsisté. Si les dates de sa vie sont incertaines, les détails n'en sont guère mieux connus, sinon par les rares allusions qu'il y fait lui-même dans son oeuvre. Une inscription du début du IVe siècle atteste qu'Aristophane, du dème de Kydathénée, fut prytane de la tribu Pandionis ; elle permet donc de réfuter les hypothèses d'après lesquelles il n'aurait pas été un citoyen à part entière. Mais on ne sait rien ni de ses attaches politiques ni de ses activités de citoyen, en dehors de ce qu'en révèlent ses comédies.

Pour en comprendre l'esprit, il faut se représenter le climat de guerre dans lequel elles ont vu le jour. Menacés par les continuelles incursions des Lacédémoniens, les paysans de l'Attique avaient abandonné leurs terres et s'étaient réfugiés autour de la ville, à l'abri des Longs-Murs. Une guerre qui se prolonge pendant près de trente ans, avec ses alternatives de succès et de revers, ses transferts de populations et ses massacres, entraîne normalement un enchaînement de crises, économique, politique, morale.

Aristophane prend position devant cette crise de la conscience athénienne : il lutte de toutes ses forces contre la guerre ; il dénonce ce qu'il en considère comme la cause directe, la décadence politique due à l'action des démagogues ; il rend enfin responsable de cette décadence la crise morale provoquée par les corrupteurs de la jeunesse et du peuple que sont les intellectuels du clan de Socrate ou d'Euripide. En face de ces novateurs, son attitude est celle d'un conservateur : son esprit s'accorde bien avec celui des paysans attachés à leur vie de travail paisible, méfiants à l'égard des beaux parleurs de la ville, hostiles aux idées neuves. C'est à ces vieux Athéniens, qui travaillent dur et vivent sobrement toute l'année pour faire bombance et déchaîner leurs instincts aux jours de fête, que s'adresse la poésie grave et truculente d'Aristophane.

2. La lutte pour la paix

L'amour de la paix s'exprime surtout dans Les Acharniens  (425), La Paix  (421) et Lysistrata  (411). On y retrouve des thèmes communs. Les causes de la guerre y sont raillées comme futiles ; le rôle des profiteurs de guerre, des généraux et des fabricants d'armes y est stigmatisé. La paix est célébrée pour toutes les joies qu'elle apporte, la vie tranquille à la campagne, la bonne chère, les réunions joyeuses et les plaisirs de l'amour. On aurait pu reprocher à Aristophane d'évoquer en pleine guerre ce qu'il y a de plus égoïste et de plus sensuel dans les bienfaits de la paix : mais on doit plutôt le louer d'avoir reconnu et proclamé avec franchise et courage ce qu'il y avait d'absurde dans ces guerres où les cités grecques s'entre-déchiraient sans défendre d'autre idéal que leur impérialisme respectif.

« Les Acharniens »

La guerre faisait rage depuis six ans, l'Attique était ravagée par les Lacédémoniens, des succès partiels entretenaient l'esprit guerrier quand Aristophane présenta au concours Les Acharniens . Le dème d'Acharnes était un de ceux qui avaient le plus souffert et ses habitants en voulaient particulièrement aux Lacédémoniens. C'est dans ces conditions qu'un brave Athénien, Dicéopolis, voyant que l'assemblée du peuple ne consent pas à discuter de la paix, conclut en son nom personnel une trêve avec l'ennemi et réussit, au milieu du monde en guerre, à jouir de la paix et de ses avantages. Pour réussir à établir sa trêve personnelle avec les Lacédémoniens, il doit triompher du choeur, une troupe de charbonniers d'Acharnes, qui ont essayé de s'opposer à lui dans une violente bagarre. Il connaît alors l'abondance et la félicité, parmi ses concitoyens plongés dans la misère. Dans une suite de scènes bouffonnes jusqu'à l'obscénité, il reçoit un Mégarien et un Béotien venus lui apporter des marchandises précieuses que le blocus empêchait alors de parvenir à Athènes ; un général et un sycophante sont au contraire mis dans des situations ridicules et outragés, et la pièce s'achève dans une orgie de plaisirs.

« La Paix »

La Paix  fut jouée quatre ans plus tard. La guerre et les souffrances avaient continué, mais les deux chefs les plus acharnés, l'Athénien Cléon et le Spartiate Brasidas, venaient de trouver la mort à Amphipolis. Des négociations étaient en cours, qui devaient aboutir, quelques jours après la représentation, à la conclusion de la paix de Nicias. Aristophane, en célébrant la paix, ne se heurtait donc plus cette fois à l'opinion publique : il ne remporta pourtant pas le premier prix qui fut attribué à Eupolis pour sa comédie Les Flatteurs , dont le sujet n'était pas politique.

La Paix  commence par une scène à la fois pittoresque et scatologique : deux esclaves préparent en discutant la nourriture malodorante destinée à un escarbot géant que le vigneron Trygée se propose d'utiliser comme monture afin de s'élever jusqu'au ciel, où il veut aller demander à Zeus de mettre fin à la guerre. Puis, soulevé par une machine, Trygée s'envole jusqu'au sommet des bâtiments du théâtre. Polémos, dieu de la guerre, s'apprête à écraser dans un mortier tous les peuples grecs, mais il a perdu son pilon, c'est-à-dire Cléon ; en attendant qu'il en retrouve un autre, Trygée invite les paysans de tous les pays à s'unir pour retirer en hâte la Paix du fond d'une caverne où elle a été enfouie. Dans une scène vivante, ils se mettent tous à tirer avec enthousiasme sur un câble, et cette image des peuples jusque-là ennemis, collaborant fraternellement, ne manque ni de générosité ni de grandeur. Ayant atteint ce sommet, la pièce continue par une suite de scènes qui sont comme autant de divertissements, un sacrifice d'actions de grâces, un entretien avec le diseur d'oracles et le marchand d'armures, privés de leur clientèle, et le marchand de faux qui va faire fortune, pour finir par un joyeux cortège d'hyménée, Trygée emmenant chez lui comme épouse la belle Opôra, déesse des moissons et des fruits.

« Lysistrata »

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Quand Aristophane donna au public Lysistrata , la situation d'Athènes était critique : la guerre avait repris et, à la fin de 413, les Athéniens avaient connu en Sicile un désastre sans précédent ; la plupart de leurs alliés faisaient défection ; les Spartiates, qui occupaient la place forte de Décélie, à leur frontière, négociaient avec le roi de Perse pour obtenir des subsides et organiser une flotte. C'est en ce moment dramatique qu'une fois encore le poète pousse ses concitoyens à rechercher la paix : il ne rappelle plus quelles ont été les causes futiles de la guerre, mais il proclame que la paix est indispensable pour le salut de la Grèce entière qui risque de se voir asservie aux Barbares.

Son appel pathétique est présenté dans la plus bouffonne des comédies : l'Athénienne Lysistrata, dont le nom signifie « celle qui défait les armées », réunit les femmes de toute la Grèce et leur fait décider, pour mettre fin à la guerre, de refuser tout "commerce" avec leurs maris. Les Athéniennes s'emparent de l'Acropole et mettent la main sur le trésor public. Privés de ressources pour la guerre, privés de femmes, les hommes, après quelques tentatives qui sont l'occasion de scènes d'un réalisme particulièrement cru, doivent consentir à conclure la paix.

3. La lutte contre les démagogues

« Les Cavaliers »

La lutte contre la guerre est le thème majeur des trois comédies qui précèdent. On le retrouve dans les autres pièces puisqu'il était toujours d'actualité. Mais on ne peut lutter contre la guerre sans dénoncer les fauteurs de guerre, et, au premier rang de ceux-là, se trouvaient les démagogues, dont Cléon, chef du parti démocratique jusqu'en 421, est le plus en vue. Violemment pris à partie dans Les Babyloniens , Cléon, qui jouissait d'une grande autorité, avait voulu se venger d'Aristophane en le poursuivant devant le Conseil et il avait failli le faire condamner. Aussi fut-il de nouveau attaqué dans Les Acharniens  et plus vivement encore, en 424, dans Les Cavaliers .

A ce moment, la guerre battait son plein et une troupe de trois cents Spartiates enfermée dans l'île de Sphactérie, en face de Pylos, venait d'être réduite par un coup d'audace de Cléon qui tira de ce succès un regain de popularité et excita de plus belle les Athéniens à poursuivre la guerre. Prenant pour cible le démagogue au comble de sa gloire, le poète lui oppose le choeur des cavaliers : ceux-ci, choisis dans la meilleure société athénienne, formaient un corps d'élite qui venait de se distinguer dans des combats près de Corinthe.

Le nom de Cléon n'est pas prononcé dans la pièce et le démagogue est mis en scène sous le masque d'un esclave paphlagonien - dont le nom générique évoque le caractère bouillonnant - au service du bonhomme Démos, allégorie du peuple athénien. Le Paphlagonien maltraite les bons serviteurs, qui portent les masques des généraux Nicias et Démosthène, et se fait valoir auprès de Démos à leurs dépens : comme Cléon a dérobé à Démosthène le succès préparé par celui-ci à Pylos, le Paphlagonien gave Démos en lui donnant les plats préparés par les autres esclaves. Ceux-ci vont se venger de lui et, lui subtilisant pendant son sommeil des oracles qu'il détient, ils apprennent qu'il doit être supplanté par un individu pire que lui, un marchand de boudin. Alors paraît un charcutier qui, encouragé par le choeur, rosse le démagogue ; celui-ci le poursuit devant le Conseil et devant Démos lui-même, mais il a chaque fois le dessous et tombe en disgrâce malgré ses flatteries et ses cadeaux : son maître choisit le charcutier comme intendant. Rajeuni par un procédé magique, Démos reçoit de son nouveau serviteur une belle et jeune femme, la Trêve de trente ans. Cette comédie, entièrement dirigée contre Cléon et sa politique démagogique, l'accuse donc, pour finir, d'être le principal obstacle à la paix.

« Les Guêpes »

C'est contre lui encore qu'Aristophane compose Les Guêpes  en 422. Parmi les procédés dont les modérés reprochaient l'institution aux démagogues, les salaires accordés aux citoyens pour leur participation aux séances des tribunaux populaires étaient l'objet des plus vives critiques. Si les pauvres y gagnaient de pouvoir exercer leurs droits de citoyens à égalité avec les riches, on les accusait d'y chercher un gagne-pain et de voir favorablement se multiplier les procès : cette institution allait de pair avec le rôle grandissant des sycophantes.

Or Cléon, en 424, venait de porter de une à trois oboles le salaire des juges. Le choeur des héliastes, juges des tribunaux athéniens, est déguisé en guêpes, leur aiguillon représentant le stylet, avec lequel ils tracent la ligne de condamnation. Le personnage principal s'appelle Philocléon, c'est-à-dire « ami de Cléon » : il est pris de la manie de juger et se conduit comme un fou furieux. Son fils Bdélycléon, « ennemi de Cléon », l'a enfermé chez lui et veut le guérir de sa maladie. Agrémenté de quelques scènes bouffonnes, le débat entre le père et le fils constitue l'essentiel de la comédie, Philocléon célébrant ses fonctions de juge comme l'expression d'un pouvoir digne d'un roi. Bdélycléon lui montrant que cette souveraineté est illusoire et que les juges sont sous la dépendance servile des démagogues. Pour consoler son père, privé des plaisirs du tribunal, il organise, dans sa propre maison, le procès du chien Labès, accusé d'avoir dérobé un fromage de Sicile, parodie du procès qui devait être intenté au stratège Lachès, accusé de concussion lors d'une campagne en Sicile.

4. La lutte contre l'esprit nouveau

Si la première partie des Guêpes  est une charge contre les conséquences de la politique démagogique de Cléon, la seconde montre le vieux Philocléon se dévergondant et menant joyeuse vie : il s'enivre, enlève une joueuse de flûte, s'attire quantité d'ennuis ; il finit par se livrer à une danse grotesque, en défiant les danseurs à la mode. Aristophane, dans ces scènes qui peuvent sembler tout à fait étrangères au début de la pièce, attaque un autre aspect du mal actuel, la dépravation des moeurs qui accompagne la dégradation politique et la corruption dans l'art, qui va de pair avec celle de la morale. Les innovations révolutionnaires en poésie et en musique et les idées nouvelles en philosophie sont, à ses yeux, responsables de la décadence d'Athènes au même titre que les innovations politiques des démagogues.

Dans sa première comédie, Les Banqueteurs , il avait critiqué les sophistes ; dans une scène des Acharniens  il avait ridiculisé Euripide dont il avait ailleurs parodié mainte tragédie, par exemple au début de La Paix , où l'escarbot géant rappelle une machinerie utilisée dans Bellérophon . Les comédies conservées où s'exprime le mieux cette attitude d'Aristophane en face du modernisme sont Les Nuées  (423), Les Thesmophories  (411) et Les Grenouilles  (405).

« Les Nuées »

Au moment du concours de 423, une trêve venait d'être conclue entre Athéniens et Lacédémoniens : laissant l'action politique, Aristophane compose une pièce plus abstraite, plus subtile, où il ne recourt pas aux moyens grossiers pour provoquer le rire de la foule. Cette comédie, qu'il considérait comme la meilleure qu'il eût écrite, ne toucha pas le public et n'obtint que le dernier rang. Le sujet en est simple : un campagnard, Strepsiade, a épousé une jeune fille d'une grande famille de la ville ; elle lui a donné un fils, Phidippide (dont le nom signifie « qui traite bien les chevaux ») qui tient de sa mère le goût du luxe et de la dépense. Si bien que Strepsiade a dû contracter dette sur dette, se trouve ruiné et ne peut plus rembourser ses créanciers.

Ayant appris que Socrate tient une école où il enseigne l'art de faire triompher le raisonnement faible sur le raisonnement fort, il veut apprendre de lui le moyen de se débarrasser de ses créanciers sans les payer. Mais comme il ne montre aucune aptitude à comprendre ce qu'on lui enseigne, il fait prendre les leçons par son fils, qui en profite si bien qu'il en arrive à frapper son père en lui prouvant qu'il a raison de le battre. Furieux de l'effet produit par l'enseignement de Socrate, Strepsiade met le feu à son école.

Le moment essentiel de la comédie, l'agôn , met aux prises le raisonnement fort et le raisonnement faible : cette discussion d'une haute tenue entre deux abstractions personnifiées était sans doute trop sérieuse pour le public. Il ne trouva pas une compensation suffisante dans le choeur des Nuées symbolisant par leurs formes les pensées ondoyantes de Socrate, qui planent sur les hauteurs, vides et inconsistantes, ni dans le spectacle du « pensoir » de Socrate, où le maître, suspendu dans une corbeille, raisonne sur les choses célestes et mesure combien de fois une puce saute la longueur de ses pattes.

On a beaucoup reproché à Aristophane d'avoir ainsi ridiculisé, en le faisant passer pour un sophiste, un philosophe respectueux de la morale, des lois de la cité et de la religion traditionnelle. Mais Socrate, par ses manières originales, plus connu de ses concitoyens que les sophistes professionnels, tous venus de l'étranger, entouré d'une troupe de petits jeunes gens aux manières libres et provocantes, était une victime toute désignée à la verve des poètes comiques, et il fut pris à partie aussi par Cratinos, Eupolis et Diphilos : pour ceux qui ne le voyaient que de l'extérieur, ses manières ne se distinguaient pas de celles des sophistes. Il a donc pu recevoir des coups qu'il ne méritait pas, mais qui contribuèrent plus tard à sa condamnation.

« Les Thesmophories »

L'attaque contre Euripide est menée à fond dans Les Thesmophories , où les femmes, comme dans Lysistrata , qui est de la même année, jouent le rôle principal. Au cours de la fête des déesses Thesmophores, qui est interdite aux hommes, les femmes, réunies à la Pnyx, décident de mettre à mort Euripide qui les a calomniées dans ses tragédies. Un parent du poète, déguisé en femme, prend sa défense, mais il est démasqué et il s'ensuit une série de scènes d'un comique assez gros, qui constituent une parodie de diverses tragédies d'Euripide. La matière comique, constituée par les griefs réciproques des sexes, en est traditionnelle.

« Les Grenouilles »

Les Grenouilles  portent le débat sur un plan beaucoup plus élevé. Le dieu du Théâtre, Dionysos, privé d'auteurs par la disparition presque simultanée d'Euripide (407) et de Sophocle (406), décide de descendre aux Enfers pour rechercher Euripide : il prend le déguisement d'Héraclès, et, accompagné de son esclave Xanthias, rencontre des aventures bouffonnes. Mais la parabase rappelle la gravité de la situation et replace le débat littéraire qui va s'ouvrir dans la perspective politique de cette dernière année de la guerre où Athènes, menacée de toute part, va connaître la défaite. La seconde partie de la pièce est occupée par un long débat littéraire où les mérites respectifs d'Euripide et d'Eschyle sont minutieusement pesés. La victoire reviendra à Eschyle parce que ses drames ont contribué à former une génération forte, tandis que l'oeuvre d'Euripide, qui a toujours été à la recherche des innovations, dont la musique est révolutionnaire a contribué à corrompre les moeurs et à amollir les coeurs de ses concitoyens.

Ainsi, le célèbre choeur des grenouilles qui croassent dans les marais du Styx paraît être une critique de l'école musicale du Nouveau Dithyrambe, suivie par Euripide. Et le choeur des initiés qui arbitre le débat en souligne la gravité. La dernière question posée aux deux poètes pour les départager est un problème angoissant d'actualité politique : faut-il ou non, pour sauver Athènes, rappeler d'exil Alcibiade ? La réponse affirmative d'Eschyle est la raison décisive qui lui permet de l'emporter sur son rival : Aristophane montre bien par là que, à ses yeux, le meilleur poète est celui qui se révèle un bon guide pour la cité.

5. L'utopie politique

« Les Oiseaux »

La seule comédie qui semble être du domaine de la fantaisie pure, Les Oiseaux , date de 414. Or c'est un des moments les plus pénibles de la guerre : la paix de 421 a été rompue et les Athéniens ont entrepris dans l'enthousiasme l'expédition de Sicile. Mais cette expédition s'est engagée dans des conditions dramatiques : Alcibiade qui la conduisait est accusé d'avoir fait mutiler les Hermès et d'avoir parodié les Mystères. Menacé d'arrestation, il s'est réfugié auprès des Spartiates. La délation règne dans la ville et les citoyens soupçonnés de complicité sont emprisonnés, jugés et condamnés à mort. On comprend que, dans ces conditions, Aristophane ne pouvait guère écrire une comédie engagée dans l'actualité politique et que la prudence au moins devait l'inviter à l'évasion.

Il imagine donc deux citoyens d'Athènes, Pisthétairos (« Fidèle-Ami ») et Evelpidès (« Bon-Espoir »), qui, las de vivre dans une ville au milieu des procès, ont résolu de se retirer loin du monde des hommes : ils s'en vont trouver les oiseaux à qui ils proposent un plan destiné à leur rendre la souveraineté qu'ils possédaient avant le règne de Zeus ; il leur suffira de construire une cité aérienne qui coupera toutes relations entre les hommes et les dieux. Cette cité de Nephélococcygie (« Coucouville-les-Nuées ») est construite dans l'enthousiasme et l'on assiste au défilé de tous ceux qui aspirent à s'y installer et que Pisthétairos éconduit les uns après les autres.

Les dieux affamés, parce qu'ils ne reçoivent plus les fumées des sacrifices, abandonnent la souveraineté aux oiseaux, et cèdent à Pisthétairos une jolie femme, Royauté, parèdre de Zeus, qu'il emmène aux accents de l'hymne d'hyménée. Plus qu'en aucune autre de ses comédies, Aristophane a su, dans Les Oiseaux , créer un monde féerique et sa puissance d'invention verbale réussit à évoquer l'harmonieux ramage des habitants du ciel. Sans doute, comme le Dionysos des Grenouilles , les dieux sont-ils quelque peu malmenés, mais ce n'est pas par esprit d'irréligion que le poète se moque d'eux. Comme un bouffon peut dire en toute liberté devant un roi les plaisanteries les plus incongrues, comme les paysans traitent avec familiarité les saints qui protègent leurs campagnes, le poète, dans une représentation donnée à l'occasion d'une fête religieuse, bénéficie de toute licence et peut, sans attirer leur vindicte, montrer les dieux dans des postures ridicules.

6. L'utopie sociale

Les deux dernières comédies conservées d'Aristophane sont d'un esprit très différent des autres. C'est que la situation a bien changé : la guerre du Péloponnèse, terminée en 404 par une défaite totale d'Athènes, a été suivie rapidement de nouvelles luttes et d'un certain redressement politique. Mais ces trente années avaient laissé bien des misères et des ruines. Après les dures expériences qu'avaient été la tyrannie des Trente puis les luttes de la libération était venu un désintérêt complet à l'égard de la vie politique. Le poète comique cherche donc ses sujets ailleurs et ces deux pièces le montrent préoccupé de problèmes sociaux.

« L'Assemblée des femmes »

Dans L'Assemblée des femmes  (392), les femmes athéniennes, constatant que tout va mal dans la cité, ont décidé de gouverner à la place des hommes : déguisées en hommes et ayant réussi à empêcher les hommes de sortir de chez eux, elles se réunissent à la Pnyx et prennent le pouvoir. Elles décident d'instaurer la communauté des biens et des femmes. Chacun doit remettre à la collectivité tout ce qui lui appartient, pour être désormais entretenu par elle, et les femmes seront toutes au premier venu ; mais les plus vieilles et les plus laides auront priorité sur les jeunes et les belles. Il en résulte une suite de scènes bouffonnes où la fantaisie se déploie librement. Il est certain que cette utopie communiste, que le poète ne prend guère au sérieux, répond à des théories qui furent développées par des philosophes et que Platon, plus tard, devait reprendre dans sa République .

« Ploutos »

Le Ploutos  (388) est une fantaisie où le dieu de la richesse, qui était aveugle et distribuait ses faveurs au hasard, est guéri de sa cécité et peut n'accorder désormais ses bontés qu'aux gens de bien. Mais la Pauvreté, avec lucidité et vigueur, expose que, sans elle, les hommes resteraient inactifs et qu'elle est indispensable à la civilisation. Comme dans Les Oiseaux , les dieux sont victimes de cette amélioration du sort des hommes qui n'ont plus rien à leur demander et ne leur adressent plus de sacrifices. Une des scènes les plus pittoresques de la comédie est le récit de la guérison de Ploutos, miracle accompli dans le sanctuaire d'Asclépios, dieu de la médecine.

Leur engagement direct dans l'actualité politique donnait aux comédies d'Aristophane un caractère éphémère qui nuisit à la survie de sa gloire et elles ne furent ni reprises dans les siècles suivants ni imitées par les Romains. Leur naturalisme, souvent obscène et scatologique, adapté à un public athénien qui, sur les peintures de vases, pouvait contempler chaque jour des images aussi scabreuses, devait paraître bien choquant aux siècles formés par une éducation chrétienne et, à sa haute fantaisie, on préféra longtemps la sagesse de Ménandre. Cependant, nous sommes redevenus sensibles à sa verve, à son invention verbale, qui n'a d'égale que celle de Rabelais.

La scène du jugement que Racine lui a empruntée dans ses Plaideurs  est bien modeste, par rapport à ce que nous pouvons ressentir aujourd'hui à la lecture et à la représentation de ses comédies. Légèrement adaptés à l'actualité, La Paix  et Les Oiseaux  ont obtenu un large succès dans les années qui précédèrent 1939, et La Paix  a de nouveau touché le coeur des foules à la fin de la guerre d'Algérie. Le génie d'Aristophane était capable de s'élever au-dessus des circonstances particulières à son temps et sa valeur a une portée humaine universelle.

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Providence et heureux hasard


Un soudain regain d'énergie,
En ce jour, m'a donné l'envie
De sortir de l'indifférence,
De courtiser la providence.

La raison me guide souvent;
Elle éclaire les avantages
À tenir compte de mon âge,
Des conditions de mon présent.

Or il existe des souhaits
Dont résulteraient des bienfaits
Mais qu'elle écarte par prudence;
Ne rien attendre de la chance!

Me trouble certes l'existence,
Offrant des dons en abondance,
En ai saisi ma juste part
Et provoqué d'heureux hasards.

Je croyais ce temps terminé,
Mes caprices éliminés.
J'accueille une nette évidence:
Se joue de tout la providence!

12 janvier 2017

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12273206675?profile=originalOn appelle origénisme le système théologique attribué à Origène dans certains conflits doctrinaux qui ont divisé l'Église grecque au IVe et au Ve siècle. Les thèses condamnées par différents conciles et par l'empereur Justinien se rapportent à la préexistence des âmes, à l'égalité originelle de tous les esprits, à leur chute due à la satiété de la contemplation, à la forme sphérique des corps ressuscités et au salut universel de tous les esprits, qui retrouveront à la fin des temps leur condition première. En fait, la pensée d'Origène ne se ramène pas à ces seules thèses. L'origénisme défini aux IVe et Ve siècles correspond d'une part à la systématisation que certains disciples d'Origène ont imposée à la doctrine de leur maître, d'autre part aux déformations que les adversaires ont infligées à celle-ci, pour mieux la condamner.

L'oeuvre et la personnalité d'Origène sont beaucoup plus complexes que ne le laissent supposer ces simplifications outrancières. D'une part, Origène est un homme d'Église. Toute sa vie a été consacrée à l'enseignement et à la prédication, c'est-à-dire à l'exégèse de la Bible. Dans ce domaine, il a été un initiateur en créant la critique textuelle de l'Ancien Testament et en rédigeant une masse de commentaires si importante que tous les exégètes postérieurs, grecs et latins, en seront tributaires. D'autre part, il est vrai qu'Origène a rédigé un traité, intitulé Sur les principes , qui contient, explicitement ou en germe, les thèses condamnées. Mais elles n'y sont présentées que par mode de recherche et d'hypothèse explicative, et pour essayer de rendre compte des origines et de la fin de l'histoire du salut. Il n'en reste pas moins que ce traité a une importance capitale, non seulement pour l'histoire de la théologie (c'est le premier essai de théologie chrétienne systématique), mais aussi pour l'histoire de la pensée occidentale, car c'est la première présentation, annonçant déjà Jean Scot, Hegel et Schelling, de l'odyssée métaphysique des esprits revenant à l'unité originelle, après avoir épuisé toutes les expériences de l'histoire.

1. Origène et son oeuvre

D'Alexandrie à Césarée

Origène est né aux environ de 185 dans une famille chrétienne d'Alexandrie. Il gardera toute sa vie le souvenir du martyre de son père qui eut lieu lorsqu'il était lui-même dans sa dix-septième année. Vers l'âge de vingt ans, il ouvrit à Alexandrie une école de grammaire et, en même temps, il alla écouter, selon ses propres termes (Eusèbe de Césarée, Hist. Eccles. , VI, XIX, 11), un « maître des études philosophiques », qui, comme l'ont montré en 1977 et 1983, avec des arguments différents, R. Goulet et H.-R. Schwyzer, n'est pas (comme on le croyait à tort, en s'appuyant sur le témoignage confus de Porphyre), Ammonius Saccas, le maître de Plotin. Les nombreux essais entrepris par divers savants pour reconstruire, à partir de l'enseignement d'Origène, la mystérieuse figure d'Ammonius sont donc inutiles. Le platonisme chrétien d'Origène vient des prédécesseurs qui l'ont inspiré : Pantène et Clément d'Alexandrie. Comme eux, Origène conçoit le christianisme à la manière d'une philosophie qui est non plus l'exégèse de Platon, mais des Écritures, et qui est surtout, comme les autres philosophies de l'Antiquité, une forme de vie. Mais il est moins humaniste que Clément et il insiste beaucoup plus que lui sur l' ascétisme : jeûnes, veilles, pauvreté. Sa célèbre mutilation volontaire a probablement été motivée par une interprétation trop littérale du texte évangélique : « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels eux-mêmes pour le royaume des Cieux. » Après 211, Origène renonça à donner des cours de grammaire et commença à enseigner la « philosophie chrétienne ». Le rayonnement de son enseignement fut si grand que même des personnalités politiques de l'époque s'intéressèrent à lui. Il fut convoqué par le gouverneur d'Arabie vraisemblablement à Bosra et surtout par Julia Mammaea, mère de l'empereur Alexandre Sévère, lors du séjour de celle-ci à Antioche en 231-232. La vie d'Origène fut remplie par une activité intense d'enseignement, de production littéraire et par de multiples pérégrinations autour de deux centres : d'une part, Alexandrie, de son enfance à 232, avec des voyages à Rome (215), en Arabie (229), en Palestine (230), à Antioche (231-232) ; d'autre part, Césarée, de 232 à sa mort, avec des voyages à Athènes (233 et 245), Nicopolis (245), Nicomédie (248). Son enseignement et ses méthodes d'exégèse avaient été fortement controversées à Alexandrie. Après un premier exil volontaire vers 230, qui le mena à Césarée, Origène quitta définitivement Alexandrie en 232 et, lors de son voyage à Athènes, il s'arrêta de nouveau à Césarée, où l'évêque Théoctiste l'ordonna prêtre, ce qui suscita une violente réaction de l'évêque d'Alexandrie, Démétrius, qui dénonça à la fois les hérésies d'Origène et l'irrégularité de l'ordination d'un castrat. Ces attaques, comme celles du successeur de Démétrius, Héraclas, obligèrent Origène à se défendre dans plusieurs lettres de caractère autobiographique. Emprisonné et torturé pendant la persécution de Dèce, il mourut peu après la fin de la persécution, donc après 251.

La science biblique

La plus grande partie de l'activité d'Origène a été consacrée à l'exégèse de la Bible. On lui doit tout d'abord une édition en six versions (Hexaples ) du texte de l'Ancien Testament, comprenant le texte hébreu transcrit en caractères grecs, puis les traductions grecques des Septante, d'Aquila, de Symmaque, de Theodotion et de deux autres traducteurs anonymes. Conservé à Césarée, le texte original de cette oeuvre gigantesque fut détruit au VIe siècle, sans qu'il en subsistât de copie complète. Appliquant à l'Écriture les méthodes dont certains philologues alexandrins comme Zénodote et Aristarque s'étaient servis pour l'établissement du texte d'Homère, il en reprend notamment le système de signes critiques (obèles et astérisques) et l'utilise pour marquer les passages de la traduction des Septante qui ne se retrouvent pas dans l'original hébreu, ou les passages qu'il a dû ajouter à celle-ci pour donner une version complète de l'original hébreu.

Presque pour chaque livre de la Bible, Origène avait rédigé trois types d'interprétation : des scholies (courtes notes relatives à des passages difficiles) ; des commentaires très développés ; enfin des homélies, c'est-à-dire des sermons qui, pour la plupart, ont été recueillis par des sténographes. De cette oeuvre immense, une partie seulement a été conservée : presque rien des scholies ; des fragments, parfois assez importants, dans l'original grec ou en traduction latine, des commentaires sur le Cantique des cantiques, sur Matthieu et sur Jean ; enfin, un assez grand nombre d'homélies, qui, elles aussi, souvent, n'existent plus qu'en traduction latine.

L'oeuvre exégétique d'Origène est gigantesque, non seulement par son étendue, mais par l'ampleur de son information (Origène utilise de précieuses données fournies par l'exégèse rabbinique ou les traditions non canoniques et exotériques) et par l'élan spirituel qui l'anime. L'Écriture entière, Ancien et Nouveau Testament, a un sens spirituel ; c'est là la conviction profonde d'Origène. Ce sens spirituel ne peut être découvert que par les « spirituels » ; il est le fruit de l'ascèse et de la contemplation. C'est pourquoi les juifs, qui n'ont pas répondu à la grâce du Christ, ne peuvent comprendre que l'Ancien Testament n'est que la figure du Nouveau ; c'est pourquoi les gnostiques voient dans l'Ancien Testament l'oeuvre du mauvais Démiurge, incapables qu'ils sont d'en saisir le sens spirituel ; c'est pourquoi enfin les chrétiens littéralistes se font une fausse idée de Dieu. Ainsi Origène convie-t-il ses lecteurs ou ses auditeurs à un perpétuel approfondissement du sens de l'Écriture. Il présente assez souvent sa méthode exégétique en faisant appel à la distinction entre trois sens de l'Écriture correspondant aux trois parties de l'homme : le corps, l'âme, l'esprit. Le « sens littéral » est celui auquel restent attachés les simples ou les littéralistes : les charnels. Le « sens moral » recherche, derrière la lettre, une allégorie capable d'édifier la vie morale. Le « sens spirituel » se rapporte aux « biens spirituels », c'est-à-dire « à la sagesse cachée dans le mystère ». En fait, il s'agit là d'un schéma théorique, dont les applications sont très complexes. Le sens moral peut, il est vrai, utiliser l'exégèse allégorique dans une perspective purement morale et anthropologique, qui est tout à fait conforme à la tradition de Philon d'Alexandrie. Mais il peut aussi se rapporter à la vie intérieure du Verbe divin dans l'âme, donc à l'aspect intime du mystère du salut. De ce point de vue, il ne se distingue plus vraiment du sens spirituel, qui correspond à la contemplation des mystères de la sagesse divine soit dans l'Église, soit dans le monde, soit dans l'âme. La recherche du sens spirituel ne va d'ailleurs pas sans un certain ésotérisme : dans les mystères du salut sont intégrés des mystères de l'au-delà, puisés dans des traditions apocalyptiques apocryphes chères au judaïsme et au judéo-christianisme. On retrouvera cette tendance ésotérique dans le système théologique d'Origène. Dans l'exégèse spirituelle, le moindre détail de l'histoire de l'Ancien Testament devient le signe et la figure des événements terrestres ou célestes de l'histoire du salut.

Pour Origène, l'Écriture est, au même titre que l'humanité du Christ et peut-être même à un degré supérieur, un des modes de la présence du Verbe divin en ce monde. Par elle, la Sagesse éternelle, la Parole substantielle de Dieu devient la nourriture de l'âme. La compréhension de la Parole divine à travers le texte sacré dépend de la disposition intérieure de l'âme, de sa docilité au Verbe divin. La vie spirituelle correspond à un progrès continuel dans l'intelligence spirituelle de l'Écriture. Selon les étapes du progrès spirituel, selon la transformation intérieure de l'âme, des aspects sans cesse nouveaux du Verbe divin se révèlent à celle-ci : de nouveaux noms du Verbe lui deviennent intelligibles. Comme son système théologique, la méthode exégétique d'Origène est dominée par la notion de révélation progressive et d'éducation lente et graduelle des créatures spirituelles.

Le système théologique : le traité « Sur les principes »

Le traité Sur les principes  permet de comprendre un des aspects essentiels de l'origénisme. Il expose, en effet, le mode de recherche propre aux spirituels, qui ont reçu les dons de sagesse et de science.

Le spirituel et l'intelligence de la foi

Ainsi que l'expose très clairement la préface du traité, les spirituels doivent prendre pour point de départ les divers articles de la règle de foi, tels qu'ils ont été définis par les Apôtres. A partir de là, une double tâche les attend : d'une part, si les vérités de foi ont été pleinement et clairement définies par les Apôtres, les spirituels doivent chercher à en rendre raison, en voyant leur enchaînement, en les intégrant donc à un système ; d'autre part, si les vérités de foi ont été seulement affirmées, sans avoir été clairement exposées et définies (c'est le cas de l'existence des anges et du diable), les spirituels doivent exercer leur esprit à définir le contenu de ces notions. Dans les deux cas d'ailleurs, Origène le dit explicitement, il s'agit d'un exercice spirituel d'intelligence de la foi ; il s'agit d'exercer l'esprit à la contemplation des réalités spirituelles ; ces efforts de systématisation ne prétendent pas construire un système absolu et définitif, mais ils sont destinés à faire progresser le spirituel dans la méditation des mystères divins. La préface énumère donc d'abord les vérités de foi pleinement définies : l'unité de Dieu, la génération du Fils de Dieu et son incarnation, l'action salvatrice de l'Esprit saint, la destinée des âmes, vouées après la mort à la béatitude ou à la damnation ; puis, elle énumère les vérités de foi pour lesquelles la recherche spirituelle peut encore apporter des précisions : le rapport de l'Esprit saint avec le Fils de Dieu, l'origine des âmes, l'origine et le mode d'être des anges et des démons, le rapport entre le monde dans lequel nous sommes et d'autres mondes antérieurs ou postérieurs.

L'ouvrage est divisé en quatre livres, qui ne correspondent pas à des articulations de l'exposé, mais seulement aux dimensions matérielles des volumina  sur lesquels ils ont été écrits. En fait, on peut y distinguer deux exposés successifs des différents points de la règle de foi, et un résumé final.

La destinée des âmes

Le premier exposé (I, I-II, III) montre notamment comment Dieu est incorporel, comment le Fils, Sagesse et Verbe de Dieu, et l'Esprit saint ont une réalité substantielle et comment les noms que leur donne l'Écriture révèlent leur rôle dans l'économie du salut. Cela conduit Origène au problème de la destinée des âmes. S'il y a un salut, il faut qu'il y ait eu une chute. C'est au récit de cette chute qu'est consacrée la plus grande partie de l'exposé. Originellement tous les esprits, ou natures raisonnables, étaient égaux et unis dans la contemplation bienheureuse de la Trinité. Mais une sorte d'appesantissement et de satiété les a saisis et ils ont relâché l'intensité de leur contemplation. Ils se sont ainsi éloignés plus ou moins de Dieu et les uns des autres. La différence entre les esprits, notamment entre les anges et les âmes, ne provient donc pas d'une différence de nature, mais d'une diversité de disposition intérieure, qui se manifeste par une matérialisation plus ou moins grande. Ainsi, la matière n'est pas la cause de la chute des esprits, elle n'en est que la conséquence. En rapport avec cette chute des esprits, Dieu crée donc une seconde nature : l'univers sensible qui permettra aux natures raisonnables corporéisées et incarnées de retrouver, dans l'épreuve, leur pureté originelle. Mais cette purification des esprits ne peut s'accomplir par un seul séjour dans le monde sensible. En effet, après un tel séjour, certains esprits accentuent leur chute, d'autres ne remontent qu'imparfaitement. Or tous les esprits doivent être purifiés, en vertu du principe selon lequel la fin doit être identique au commencement ; tous les esprits doivent se retrouver dans l'état d'unité et d'égalité où ils se trouvaient originellement. Il faut donc que l'odyssée des esprits se poursuive dans une suite de mondes qui doivent être différents les uns des autres puisque, en chacun de ces mondes, les dispositions et les qualités spirituelles des esprits varient. Ainsi s'acheminent-ils vers la fin de toutes choses, vers la restauration définitive de l'unité originelle.

Réfutation des gnostiques

Un second exposé (II, IV-IV, XXVI) reprend les différents points de la règle de foi en un ordre à peu près identique à celui du premier. Mais, cette fois, la perspective est plus nettement polémique : s'il s'agit de réfuter les objections que les gnostiques opposent aux vérités de la foi, il s'agit notamment de redresser les fausses interprétations qu'ils donnent des textes scripturaires. C'est pourquoi Origène démontre tout d'abord l'identité du Dieu de la Loi et du Dieu des Évangiles, du Dieu juste de l'Ancien Testament et du Dieu bon du Nouveau Testament, identité qui était contestée par les gnostiques. Revenant ensuite sur la génération et l'incarnation du Fils de Dieu, il concentre son attention sur l'âme du Christ, intermédiaire grâce auquel le Verbe divin s'est incarné. De tous les esprits, elle est le seul qui soit resté indissolublement uni au Verbe divin. C'est donc par son mérite propre qu'elle a pu être la seule créature spirituelle digne de recevoir en elle la plénitude substantielle du Verbe. Après avoir traité assez rapidement du nom de Paraclet attribué à l'Esprit saint dans l'Écriture, Origène revient au thème qui lui est cher, celui de la destinée des âmes. Originellement, Dieu a créé un nombre déterminé et convenable d'esprits ou de créatures raisonnables, ce nombre exprimant précisément la rationalité de l'acte créateur. Tirées du néant par la création, les créatures raisonnables sont changeantes ; tout ce qu'elles sont et tout ce qu'elles ont provient de la libéralité divine. C'est pourquoi Dieu leur a donné aussi la liberté, afin qu'elles puissent s'approprier, par une décision volontaire et libre, le don divin. Mais cette liberté comportait en soi aussi la possibilité de pécher. Elle a donc provoqué un éloignement plus ou moins grand des esprits par rapport à Dieu. La diversité qui existe entre les natures spirituelles, le refroidissement des âmes qui les a fait déchoir du rang angélique résultent donc de la liberté des créatures raisonnables, non, comme le voudraient les gnostiques, de l'intervention d'un démiurge mauvais. La liberté engage donc les esprits en une suite de chutes, de jugements, d'épreuves qui leur font parcourir les diverses périodes cosmiques et les différents lieux sidéraux. Longue initiation, long cycle d'études qui prépare les esprits à la vision définitive de Dieu, dans laquelle ils retrouveront leur unité originelle. La liberté de la créature apparaît donc comme un facteur central de l'histoire de l'univers. Origène lui consacre un développement assez long, en cherchant à la définir philosophiquement d'une manière plus précise et en interprétant certains textes scripturaires qui semblent, au premier abord, nier l'existence d'un libre arbitre chez l'homme. A cause de cette liberté, les créatures spirituelles peuvent tomber des sommets du bien aux abîmes du mal : Origène examine donc la situation et le rôle des créatures spirituelles parvenues à l'extrémité du mal et devenues les ennemies de Dieu, ainsi que la lutte spirituelle qui s'instaure au sein de l'âme humaine contre ces puissances hostiles. Progressivement, Dieu triomphera de ses ennemis, c'est-à-dire qu'il les ramènera à lui, que leur volonté mauvaise deviendra une volonté bonne, et que finalement Dieu sera tout en tous.

Dans toute cette recherche, Origène a utilisé des textes scripturaires. Il l'achève donc par une réflexion sur l'inspiration de l'Écriture sainte et sur la manière dont il convient de lire et de comprendre l'Écriture. L'ouvrage se termine par un résumé de quelques pages qui souligne de nouveau certains points importants de l'exposé.

Création et liberté de la créature

C'est ainsi un système grandiose qu'Origène propose dans ce traité Sur les principes . Pour la première fois, semble-t-il, dans l'histoire de la pensée occidentale, la liberté de la créature devient partie intégrante du processus créateur. La raison divine a créé libres les créatures raisonnables afin qu'elles deviennent librement raisonnables, afin qu'elles puissent s'approprier réellement ce qui n'était qu'un don gratuit de la libéralité divine. L'exercice et l'éducation de cette liberté exigent de longues épreuves : c'est tout le sens de la durée cosmique. En effet, au commencement, la liberté introduit, dans l'unité et l'équilibre originels, rupture, altérité, diversité, « aliénation » : ce déséquilibre produit l'apparition de plans de réalité hiérarchisés, qui peuvent aller jusqu'à l'hostilité et l'inimitié totales avec Dieu. Pour rétablir l'équilibre, la raison organise cette variété et cette diversité. Les mondes sensibles ainsi créés serviront de lieu d'épreuves aux esprits : la succession de ces mondes, leur durée seront fonction de la lente éducation de la liberté par la raison. La restauration finale de l'équilibre et de l'unité sera le signe que tous les esprits sont devenus librement esprits, c'est-à-dire qu'ils ont adhéré volontairement à l'unité divine. Dans ce système, la nature humaine n'est qu'un phénomène provisoire. Notre moi n'est humain qu'en liaison avec une certaine disposition intérieure qui est destinée à être dépassée. En fait, il est originellement et foncièrement spirituel, c'est-à-dire divin.

Ce système était destiné à rendre compte des articles de foi. De fait, l'incarnation du Christ y trouve sa place, en liaison avec l'éducation des esprits tombés. Mais les grands principes : identité de l'origine et de la fin, égalité originelle de tous les esprits, triomphe final de l'unité sur la diversité ne sont pas spécifiquement chrétiens. Et pourtant, sans tradition chrétienne, ce système n'aurait probablement pas été possible : la signification cosmique attribuée à la liberté des esprits semble bien être une notion nouvelle liée à la problématique chrétienne.

2. L'origénisme

L'origénisme en Orient aux IIIe et IVe siècles

Au IIIe siècle, beaucoup de penseurs chrétiens, à Alexandrie et à Césarée, se situent dans la tradition d'Origène (Denys d'Alexandrie, Théognoste, Grégoire le Thaumaturge, Pamphile), tandis qu'en revanche une forte réaction, notamment contre la théorie origénienne de la préexistence des âmes, commence à se dessiner, surtout à Antioche.

Au IVe siècle, la théologie trinitaire origéniste, soutenue en particulier par Eusèbe de Césarée, sera suspectée d'arianisme par les partisans de la consubstantialité entre le Père et le Fils proclamée au concile de Nicée. Sur ce point, l'enseignement d'Origène sera rapidement dépassé par l'évolution du dogme, et les plus fervents origénistes l'abandonneront. Mais l'oeuvre exégétique du maître resta extraordinairement vivante ; elle fut abondamment utilisée par Eusèbe de Césarée, Didyme d'Alexandrie et les Cappadociens : Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée et Grégoire de Nysse.

Surtout la cosmologie du traité Sur les principes  est loin d'avoir été oubliée. Dans certains milieux monastiques égyptiens, à Nitrie et aux Cellules entre autres, elle est encore en honneur aux environs de 374. A Jérusalem, au monastère du mont des Oliviers, fondé par Mélanie l'Ancienne et Rufin, on ne cache pas l'enthousiasme qu'on éprouve pour l'ensemble de cette oeuvre. C'est en contact avec ces milieux favorables à Origène que va se développer la pensée d'Évagre le Pontique (346-399), qui représente indiscutablement une véritable renaissance de l'origénisme. Contre ces tendances se manifestera d'ailleurs une réaction violente de la part d'Épiphane de Salamine (chap. LXIV de son Panarion  composé en 374-377), de la part aussi de Jérôme, notamment dans son traité Contre Jean de Jérusalem  (396), enfin de la part de Théophile d'Alexandrie, dans ses « lettres festales » de 400-404. Comme l'a bien montré A. Guillaumont, les thèses visées dans ces différents documents sont bien celles d'Évagre le Pontique, dont il est tout à fait intéressant de présenter brièvement la doctrine, pour exposer la manière dont la pensée origénienne a été systématisée par le disciple.

Évagre le Pontique

L'oeuvre dans laquelle s'exprime le plus clairement l'origénisme d'Évagre, ses Centuries gnostiques , ne nous est pas parvenue en grec. A. Guillaumont en a découvert une version syriaque intégrale, non expurgée des passages origénisants, et il a pu ainsi reconstruire les grandes thèses origénistes d'Évagre.

La première création ne comprend qu'un monde spirituel d'intelligences que Dieu - Trinité et unité - a produites afin d'être connu par elles. Ces intelligences, unies au Verbe de Dieu, sont toutes égales entre elles et forment une unité parfaite. La rupture de cette unité se produit par la faute des intelligences : elles se lassent, relâchent leur contemplation. C'est le « premier mouvement » qui sépare les intelligences, non seulement de l'unité originelle, mais aussi les unes des autres. Seul de tous, le Christ, intellect originellement égal aux autres, n'a pas relâché sa contemplation et est resté uni au Verbe divin, sans se laisser entraîner par le mouvement premier.

La seconde création, celle des mondes matériels, est l'oeuvre du Christ. Elle est destinée à fournir aux êtres spirituels déchus un moyen de salut. Les esprits deviennent des anges, des démons, des âmes humaines : ils reçoivent, en vertu d'un premier jugement, des corps qui correspondent à leur degré de chute, c'est-à-dire à leur capacité de connaissance. Aux différents degrés de contemplation correspondent des états corporels différents. Le salut des intelligences se fait en passant d'une contemplation à une autre, jusqu'à la « contemplation naturelle première », qui correspond à l'état angélique. C'est donc la qualité de la contemplation qui détermine la situation ontologique. Dans cette histoire des esprits, il peut y avoir des montées et des descentes, des passages successifs dans des corps supérieurs ou inférieurs jusqu'à la libération finale.

Grâce à la série de purifications qui les fait passer par une suite de mondes, les êtres intelligents s'élèvent peu à peu à l'état angélique, c'est-à-dire qu'ils acquièrent tous un corps spirituel. Après le « vendredi » du mode sensible, c'est le septième jour, celui du règne du Christ sur les intelligences. Mais ce règne prendra fin. Les intelligences redeviendront égales au Christ ; le corps et la matière disparaîtront, l'unité originelle sera restaurée, ce sera le dimanche, le huitième jour, la réintégration de tous dans l'unité originelle.

On retrouve sans peine dans ce système les grandes lignes de la pensée d'Origène. La systématisation effectuée par Évagre se reconnaît tout spécialement aux dénominations qu'il a données aux différentes phases du processus cosmique : « mouvement premier », pour désigner la rupture de l'unité ; « contemplation naturelle première », pour l'état angélique des esprits parvenus à l'impassibilité ; « contemplation naturelle seconde », pour l'état des âmes humaines travaillant encore à se libérer de leur passion ; « septième jour », pour le règne du Christ sur les êtres raisonnables ; « huitième jour », pour la restauration de l'unité première.

Les querelles en Orient au VIe siècle

Dans certains milieux monastiques, l'origénisme resta en honneur. On retrouve des moines fervents origénistes à la Nouvelle Laure, fondée en 507 à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem. Les réactions contre cette tendance doctrinale et les luttes qui agitèrent les milieux monastiques à partir de 514 eurent pour conséquence un édit de l'empereur Justinien promulgué en 543 et condamnant l'origénisme. Malgré cet édit, les querelles provoquées par l'existence du parti origéniste de la Nouvelle Laure ne cessèrent pas. C'est pourquoi, au Ve Concile oecuménique, convoqué à Constantinople pour régler l'affaire des « Trois Chapitres », en l'année 553, l'origénisme fut à nouveau condamné et les noms d'Origène et d'Évagre anathématisés. Comme l'a montré A. Guillaumont, la doctrine d'Évagre fournit la clef qui permet de comprendre comment, parmi les thèses origénistes condamnées en 553, plusieurs ne se retrouvent pas dans le traité Sur les principes  : c'est en fait la doctrine d'Évagre qui a été condamnée sous le nom d'origénisme. Tout spécialement, c'est sa christologie qui est visée dans les anathématismes de 553. En systématisant la doctrine origénienne, Évagre avait été conduit en effet à considérer le Christ comme un intellect, ou nature raisonnable, égal, dans l'unité première, aux autres intellects ou natures raisonnables. Mais, à la différence de celles-ci, le Christ était resté uni au Verbe, c'est-à-dire à la science de l'unité. D'où son rôle dans le salut des autres intellects : c'est le Christ (et non pas Dieu lui-même) qui avait créé les mondes sensibles, lieu d'épreuves pour les autres intellects. C'est le Christ (et non pas le Verbe, mais le Christ ayant en lui le Verbe) qui s'était incarné pour secourir les intellects tombés. De telles affirmations ne se trouvaient pas chez Origène, mais elles découlaient de la systématisation par Évagre des idées origéniennes concernant l'égalité originelle des esprits.

L'origénisme en Occident

L'influence d'Origène s'est exercée en Occident d'une manière surtout anonyme. Pendant tout le IVe siècle, la plupart des Pères latins ont littéralement pillé l'oeuvre exégétique d'Origène ; c'est notamment le cas d'Hilaire, pour son commentaire sur les Psaumes, d'Ambroise et de Jérôme pour presque toute leur oeuvre homilétique ou exégétique. A la fin du IVe siècle, Rufin d'Aquilée, dont on a déjà parlé à propos des tendances origénistes du monastère du mont des Oliviers, traduisit en latin (et sauva ainsi de la destruction) de nombreuses homélies sur l'Ancien Testament, une partie du commentaire sur le Cantique des cantiques et surtout le traité Sur les principes .

Grâce à Hilaire, à Ambroise de Milan et à Jérôme lui-même, la méthode exégétique origénienne a été introduite en Occident et a marqué toute l'exégèse médiévale. Surtout, grâce aux nombreuses pages d'Ambroise consacrées à commenter le Cantique des cantiques à l'aide d'Origène, la piété médiévale sera profondément influencée par la mystique origénienne. L'épouse du Cantique sera l'âme désireuse de recevoir le baiser du Verbe de Dieu et de pénétrer dans les mystères de sa sagesse et de sa science, comme dans la chambre nuptiale de l'Époux céleste. La doctrine des noces mystiques de l'âme et du Verbe, la théorie des sens spirituels, notamment du goût et du toucher mystiques de Dieu, domineront toute la spiritualité occidentale, qu'il s'agisse de Bernard de Clairvaux ou de Thérèse d'Avila.

La pensée origénienne et l'essence de l'origénisme ont été interprétées dans des sens extrêmement différents. Pour les uns (H. Koch, H. Jonas, E. de Faye), il s'agit purement et simplement d'un système néo-platonicien ; pour d'autres, le christianisme d'Origène ne fait pas de doute, mais il y a conflit entre la foi traditionnelle et le système philosophique (G. L. Prestige). Certains (H. Crouzel) voient surtout chez Origène une sagesse mystique. D'autres interprètes (M. Harl) décèlent une évolution dans la pensée d'Origène, l'effort de systématisation étant plus grand dans la jeunesse, les préoccupations spirituelles plus intenses dans la vieillesse. D'autres enfin (J. Daniélou) insistent sur la grande diversité d'aspects de l'origénisme, en reconnaissant un certain manque de cohérence entre le système cosmologique et l'exégèse biblique.

Peut-être faut-il insister en terminant sur le fait que les systématisations d'Origène ou de son disciple Évagre n'ont jamais eu pour but d'édifier un corps de doctrine définitif et figé. Elles furent avant tout des appels à l'esprit de libre recherche, des exercices spirituels destinés à élever l'esprit à un point de vue supérieur, des exhortations à l'audace intellectuelle.

 

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Le bonheur, mes amis !


Ce ne sont pas les rentes de situation, les facilités que nous procurent les avantages liés aux bénéfices dont nous profitons aujourd’hui- qu’ils nous viennent de notre travail ou des héritages du passé- qui sont la source de notre bonheur. Le bonheur de vivre puise d’avantage ses racines au fond de nous-mêmes lorsque nous avons résolu quelques questions plus fondamentales. Je n’ai pas l’intention ici de vous importuner par une présence qui ne relèverait que de la politesse, d’une forme de morale sociétale ou religieuse destinée à apaiser des tensions internes, des regrets pour un passé joyeux ou une jeunesse révolue. D’ailleurs évoquer des tourments n’a rien de particulièrement attirant.

Ce qui est attirant est le silence, la compassion, la joie de vivre, l’amour, le plaisir des vrais amis qui nous comprennent et qui ne rougissent pas d’un don qu’il leur faudrait restituer ! Ce qui est attirant ce sont les émotions positives, les belles pensées que l’on évoque à se retrouver autour d’une table chaleureuse et durable, déduction faite de toute précipitation, de toute préoccupation, ces lamentables ennemis du bonheur.
Prendre le temps, en avoir conscience, savoir que notre présence n’a pas plus de durée que la pâquerette sous la faux du faucheur. Elle, qui n’a pas cette conscience d’exister qui nous est si spécifique. Penser donc à chaque instant qu’il puisse être le dernier et le savourer comme un permis de vivre encore. Voir, découvrir, être utile à soi et aux autres. En pleine conscience d’être, savourer ce cadeau comme le plus important et le plus nécessaire.
Prendre le temps d’apprécier à chaque instant d’avoir un toit, de l’eau chaude, un lit douillet où l’on peut se glisser sous une couverture accueillante.
Prendre le temps de se regarder et regarder l’autre sans juger des imperfections grandissantes. Car tout change en permanence et rien n’y fait si ce n’est que le cycle est une roue et qu’une roue est faite pour tourner. Il n’y a que le changement qui ne change pas écrivait un sage célèbre.
Prendre toutes les dispositions à notre portée pour soulager nos fardeaux. Ils sont nombreux et plus nombreux qu’on l’avait imaginé. Ne pas sombrer dans l’appât du gain et des choses, si néfastes pour la paix de notre âme, de notre conscience, de notre esprit … Savoir enfin que seul l’amour, lorsqu’il nous habite vraiment, mérite que l’on s’y attarde. Aller au-delà des artifices tels les petits plaisirs, les désirs permanents de nouveauté dont il semblerait qu’ils fassent notre bonheur et dont l’infernale répétition est comparable au coup de fouet quand il s’arrête !
Je termine par cette phrase attribuée à Confucius : ” La joie est en tout, il faut savoir l’extraire “. Alors, extrayons !

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LE SOURIRE...

Toi et moi

Le hasard

Un regard

Une joute

Un doute...

Toi et moi

Fi de l'ennui

Des soucis

Sans lien

Être bien!

Toi et moi

Renier

Le passé

Un baiser

Et s'aimer...

Toi et moi

Improbable

Impensable

Très très fou

Mais si doux!

Toi et moi

Dans le vent

Face au temps

Apaisés

Magnifiés...

Toi et moi

Quant la nuit

Eblouit

Juste sourire

De plaisir!

J.G.

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Le doute

Pantoum

Silence et immobilité.
Jour sans neige ni poudrerie.
Nombreux débris d'orfèvrerie.
Faible, morose est la clarté.

Jour sans neige ni poudrerie.
Persistante passivité.
Faible, morose est clarté,
La joie manque sans coloris.

Persistante passivité.
Pensif s'égare mon esprit.
La joie manque sans coloris.
Lors s'impose la gravité.

Pensif s'égare mon esprit,
Cherchant où est la vérité.
Lors s'impose la gravité.
Les dons de la vie sont repris.

10 janvier 2017

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Bonjour à Mr Paul et son équipe, et tous les artistes.....  

 Je suis royalement en retard, mais je vous souhaite une merveilleuse année 2017, de la joie chaque jour ,une excellente santé et de la créativité aussi grande que les océans.....je ne perds pas de vue ce qui se passe sur arts et lettres, juste que j'ai manqué de temps

2017 est en préparatif d'expos.et de nouvelles créations......mais je garde le contact, car arts et lettres c'est formidables.

Au  plaisir d'admirer vos talents.

Amitiés et bisous

Créations Christiguey

 

 

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Cassure JGobert

Du plus loin qu’il se souvient, il a toujours vécu les trahisons comme des coups d’épées. Sa compréhension n’a jamais voulu admettre ces mots, ces mensonges, ces actes. Les blessures engendrées sont restées à tout jamais gravées, tracées à l’encre rouge sur son âme. Pour avancer, il a fallu composer, pactiser, céder mais ne jamais oublier. Au fil des années, certaines douleurs se sont effacées, le temps les a gommés et en a allégé son cœur blessé.

Vulnérable malgré lui, il s’est forgé une carapace imprenable et ne l’a laissé percer que par des êtres dignes de confiance. Sa quête d’humanité a duré longtemps, très longtemps et parfois, son choix n’a pas toujours été à la hauteur de ses espérances.  Il a de nouveau ressenti cette inconstance comme une déloyauté, comme une infidélité à son égard.

L’amitié a été un passage plus doux dans le tumulte de sa vie. De beaux moments, intenses, qui lui ont fait oublier un instant la solitude et le silence.  L’amour aussi, pensait-il, est apparu. Il a voulu s’y jeter sincèrement. L’amour s’est terminé trop vite pour ne garder que des ruines, des larmes, des regrets.

Toujours debout, il suit sa route, solitaire, le cœur apaisé. Il a compris que l’homme est le plus complexe des êtres, qu’il faut beaucoup de patience pour le côtoyer, le comprendre et une grande âme pour l’aimer, que lui-même n’est pas aisé à vivre, toujours envahi du fantôme du passé. Les infidélités sont toujours aussi violentes, les déceptions inévitables mais il en assure le sens, l’intensité.

Le passé est à lui, les blessures aussi. Il s’en est accommodé et a fini par les admettre sans les accepter. Vivre cassé a été difficile. Et c’est pourquoi il veille au silence. Ce silence terrible que personne n’entend ou ne veut entendre.

 

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12273206084?profile=originalEn cessant d'être une partie de la théologie, la patristique, est devenue histoire des dogmes. Mais elle a également donné naissance à une autre discipline historique, l'histoire de la littérature chrétienne antique. Il est remarquable, d'ailleurs, que cette préoccupation d'histoire purement littéraire a toujours existé depuis le IVe siècle, à côté du traitement théologique des oeuvres patristiques. L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée comporte de nombreuses notices concernant tel ou tel écrivain chrétien. Surtout, en 392-393, Jérôme composa son ouvrage Sur les hommes illustres qui contenait un aperçu sur la vie et les oeuvres de cent trente-cinq écrivains chrétiens, parfois hérétiques. Son oeuvre fut complétée au cours des siècles par Gennade (Ve s.), Isidore de Séville et Hildefonse de Tolède (VIIe s.), Sigisbert de Gembloux (XIe s.), Honorius d'Autun (XIIe s.) et finalement Jean Trithème (1494). Les histoires générales de la littérature chrétienne antique se sont multipliées à partir du XVIIe siècle (Robert Bellarmin, Remi Ceillier, Louis Sébastien Le Nain de Tillemont), mais ce n'est qu'à partir du XIXe siècle qu'elles ont pris un caractère proprement scientifique (O. Bardenhewer, A. von Harnack, H. Jordan, par exemple). Aux XVIe et XVIIe siècles se constituent de grandes collections des oeuvres complètes des Pères. Notamment les éditions faites par les bénédictins de Saint-Maur (Mabillon, Montfaucon) marquent les débuts de la critique scientifique des textes. Au XIXe siècle, l'abbé Jean-Paul Migne reproduit la majeure partie des éditions patristiques antérieures dans son Patrologiae cursus completus (217 tomes de la Patrologia latina, 161 tomes de la Patrologia graeca). Avec l'essor de la science philologique, les travaux concernant l'histoire de l'ancienne littérature chrétienne se sont considérablement développés au XIXe siècle. De grandes collections d'éditions critiques furent fondées: Die griechischen christlichen Schriftsteller (Berlin, à partir de 1897), Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum (Vienne, à partir de 1866). Au XXe siècle, ces recherches se sont encore intensifiées. De nombreuses nouvelles collections de textes, souvent accompagnées de notes et de traductions, comme la collection Sources chrétiennes (Lyon, à partir de 1943), ont fait leur apparition. Surtout de nouvelles découvertes ont enrichi considérablement la connaissance des écrits patristiques (papyri de Toura, bibliothèque de Nag Hammadi); de nombreuses bibliothèques orientales ont été explorées et ont livré des textes inconnus; de nombreux textes en langue syriaque, copte et arménienne ont été découverts.

 

Aspects littéraires

 

Le fait le plus remarquable dans le domaine proprement littéraire est la diversité des aires linguistiques dans lesquelles l'ancienne littérature chrétienne s'est développée. On ne pense habituellement qu'aux écrivains grecs et latins, mais il ne faut pas oublier qu'à partir du IVe siècle sont apparues une littérature syrienne chrétienne -avec Aphraate (┼ vers 345), Ephrem (┼ vers 373), Narsaï (┼ en 503), Jacques de Saroug (┼ en 521), Philoxène de Mabboug (┼ vers 523) -et une littérature arménienne chrétienne avec Mesrop (┼ vers 440). En syriaque et en arménien, mais aussi en langue copte ont été traduits de nombreux écrits patristiques grecs, dont l'original a été perdu. Presque toute la littérature gnostique, si importante pour comprendre le mouvement des idées dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, n'est conservée qu'en langue copte. Cette variété de langues correspond d'ailleurs à un phénomène historique qui commence à se manifester précisément au IVe siècle: le développement de littératures nationales dans les peuples de l'Empire romain, premier symptôme de la désagrégation future de l'État et de la culture gréco-romaine. C'est aussi au IVe siècle qu' Ulfila, l'évêque des Goths, traduit la Bible dans la langue de son peuple. Ces textes syriaques, arméniens ou coptes ont un grand intérêt pour les historiens de ces langues. De leur côté, les philosophes classiques, qui avaient longtemps dédaigné les textes patristiques parce qu'ils représentaient une époque de décadence, ont découvert au XXe siècle l'importance des renseignements que le grec et le latin des Pères fournissent sur l'évolution de la langue à la fin de l'Antiquité. L'école de Nimègue (Christine Mohrmann) s'est tout spécialement consacrée à l'étude du latin chrétien, c'est-à-dire à l'étude des modifications linguistiques que la société et la vie chrétiennes ont introduites dans la langue latine. Des recherches analogues ont été entreprises pour la langue grecque. De tels travaux n'ont pas seulement une valeur scientifique intrinsèque, ils permettent aussi une traduction et une compréhension exactes des écrits des Pères; trop de théologiens et d'historiens des dogmes ignorent encore les tours propres au grec et au latin tardif et commettent ainsi d'importants contresens dans leurs interprétations.

L'étude des formes et des genres littéraires est également capitale. Dans ce domaine d'ailleurs, si les études de détail ont été assez nombreuses depuis plusieurs années, il manque une synthèse d'ensemble. Si l'on compare les manuels de littérature grecque ou latine classique et les manuels d'histoire de la littérature chrétienne ancienne, on constate que ces derniers pour la plupart (excepté la tentative d'ailleurs assez imparfaite de Jordan) se contentent d'énumérer les différents auteurs dans l'ordre chronologique, sans dégager les tendances, les écoles, les formes littéraires, les styles dans leurs parentés ou différences. D'une manière générale, l'étude littéraire scientifique des textes d'époque patristique est beaucoup moins avancée que celle des textes bibliques. Depuis près de cent ans, les philologues et les historiens de la Bible ont bien compris que toute affirmation d'un écrivain ancien doit, pour être correctement interprétée, être replacée dans le cadre du genre littéraire selon lequel elle est exprimée et dans la perspective de la mentalité collective dans laquelle baigne l'écrivain. Les mêmes principes méthodologiques devraient être appliqués aux textes patristiques. On ne commence à le faire que depuis quelques années.

 

Traditions hébraïques et rhétorique gréco-romaine

 

Si l'on veut comprendre les écrivains de l'Antiquité chrétienne, c'est en premier lieu des hébraïsmes qu'il faut tenir compte. Tout d'abord, à l'origine, les écrits des Pères apostoliques (Clément de Rome, Polycarpe, Ignace d'Antioche, Hermas, la Didachè) sont, dans leur forme et leur contenu, tributaires des écrits judaïques: lettres adressées aux communautés de la Diaspora, ou apocalypses. À partir du IIe siècle, la forme et le contenu des écrits chrétiens seront souvent empruntés à des modèles classiques de la tradition gréco-romaine, mais le thème fondamental restera néanmoins l'exégèse des écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, donc de textes dont la mentalité, le genre littéraire, le style, les tournures sont foncièrement judaïques. Aux auteurs de formation classique, la Bible posera des difficultés d'interprétation qui augmenteront avec le temps et la distance, lesquels éloignent de plus en plus les exégètes des traditions orales primitives. De grands travailleurs, comme Origène ou Jérôme, feront appel à des juifs versés dans l'exégèse des Écritures, ou du moins connaissant bien la langue hébraïque, pour se faire expliquer tel ou tel passage particulièrement obscur. Mais des difficultés gigantesques n'en subsistent pas moins; entre la plupart des écrivains chrétiens et le texte biblique qu'ils commentent s'interposent, s'ils sont grecs, une traduction, celle des Septante, et s'ils sont latins, deux traductions, celle des Septante et une version latine. Aux contresens commis par ces traductions les écrivains chrétiens ajoutent leur propre incompréhension des idées et des réalités hébraïques. Ils projettent, sur des expressions qu'ils ne comprennent pas, des idées ou des représentations helléniques. Le plus bel exemple en est Augustin qui, lisant dans la version latine du Psaume IV, 9 l'expression in idipsum, traduction d'une tournure hébraïque qui veut simplement dire «sur le moment» ou «aussitôt», y découvre un nom de Dieu, tout inspiré de la métaphysique néo-platonicienne; pour Augustin, en effet, l'expression signifie «en celui qui est identique à lui-même». On pourrait énumérer une multitude de contresens de ce genre commis par des exégètes incapables de comprendre les hébraïsmes des textes qu'ils avaient à commenter. Il ne s'agit pas seulement d'erreurs sur des mots ou des phrases, mais c'est surtout la suite des idées, le mouvement général des textes qui échappent totalement aux interprètes. On peut imaginer par exemple les difficultés que la compréhension de certains Psaumes ou du Cantique des cantiques a pu donner à des écrivains formés dans les traditions de la rhétorique classique. On n'insistera jamais assez sur cette opacité et cette obscurité des textes sacrés pour leurs commentateurs patristiques. Ils ont dû faire des prodiges pour introduire leur logique dans des textes qui avaient une autre logique. À force d'être fréquentés, les textes bibliques ont d'ailleurs imprégné de leurs images, de leur style, de leurs hébraïsmes les plus classiques des écrivains chrétiens. Il en est résulté un style nouveau que l'on peut observer de la meilleure manière dans les Confessions d' Augustin, véritable pastiche des Psaumes.

Rien de plus significatif que la tentative de Cassiodore, dans son Commentaire sur les Psaumes, pour retrouver dans les Psaumes les figures des syllogismes catégoriques et hypothétiques, les lieux rhétoriques que Cicéron avait catalogués dans ses Topiques, les figures de pensée et de style énumérées dans les manuels de grammaire. Il y a là un intéressant symptôme de la permanence de l'idéal de la rhétorique antique après six siècles de christianisme. Beaucoup de théologiens scolastiques n'ont pas vu ce caractère foncièrement rhétorique de la littérature patristique. Bossuet reprochait à Richard Simon de prétendre que «les discours des anciens Pères» étaient «des discours de rhéteurs». «Discours de rhéteurs», cela signifie qu'il ne faut pas donner aux affirmations qu'ils contiennent la valeur absolue de propositions contenues dans une argumentation purement logique. Dans de tels discours, les affirmations sont liées aux exigences de la composition littéraire: il faut dire ceci ou cela pour faire des antithèses, faire telle apostrophe pour varier le style. Très souvent aussi, les affirmations de l'auteur sont empruntées; ce sont des lieux communs traditionnels liés à tel genre littéraire ou des modèles préfabriqués que l'auteur imite plus ou moins originalement. Ces emprunts, souvent, n'ont pas beaucoup d'importance doctrinale. Mais ils expliquent parfois le fait que l'on trouve de nombreuses contradictions chez un auteur. Il faudra s'y attendre, par exemple, chez un auteur comme Ambroise de Milan qui pille à tour de rôle Philon, Origène, Basile de Césarée, Didyme d'Alexandrie, et traduit, dans trois de ses sermons, des pages entières du philosophe païen Plotin. Dans ce dernier cas, cela ne signifie pas qu'Ambroise est devenu plotinien. Cela veut dire seulement que les images, le mouvement général du texte de Plotin lui ont paru capables de rehausser la qualité rhétorique de ses sermons.

Hébraïsmes et hellénismes sont les éléments littéraires dont il faut tenir compte pour comprendre les Pères de l'Église ou quelquefois pour comprendre pourquoi on ne les comprend pas. Mais il reste qu'il existe, dans la littérature patristique, des beautés littéraires propres, issues souvent de la rencontre inattendue entre la tradition classique et l'exotisme hébraïque. Notamment une sensibilité nouvelle se fait jour, qui marquera fortement la piété médiévale et fait parfois présager, avec Grégoire de Nazianze et Augustin, les effusions du romantisme moderne.

 

Patristique et littérature européenne

 

L'influence de la patristique sur la littérature postérieure est un thème de recherche dont Ernst Robert Curtius a bien montré la fécondité. Malheureusement, à quelques exceptions près, les études font défaut dans ce domaine. Beaucoup de Pères de l'Église ont eu une riche postérité littéraire, non seulement dans la littérature médiévale, mais aussi dans la littérature moderne. On peut citer notamment Tertullien, Origène, Arnobe, Lactance, et surtout, évidemment, Augustin. L'étude de Peter Krafft sur la survie d'Arnobe aux XVIIe et XVIIIe siècles est un modèle des recherches qui pourraient être entreprises. Il faut en dire autant des travaux de Pierre Courcelle sur la postérité des Confessions d'Augustin et de Philippe Sellier sur les rapports entre Augustin et Pascal. Augustin a eu une influence capitale, non seulement sur l'histoire de la pensée occidentale, mais sur l'évolution de la sensibilité et de l'expression littéraire. Une étude d'ensemble de ce phénomène serait indispensable.

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La fréquentation des Écritures, les affrontements de la fin du XVIe siècle métamorphosent la notion même de littérature religieuse, en un temps où le religieux représente plus de la moitié des livres édités. Une littérature institutionnelle polémique, didactique, historique prend un essor inouï dans les deux Églises, catholique et protestante. Mais, hors de la littérature des Églises et comme son complément vécu, une littérature du sentiment religieux, essentiellement poétique, s'épanouit chez les laïcs. Elle prend pour thème dominant la relation de l'homme à Dieu: elle est prière, parole confiante et l'élan d'un «je» vers le Dieu de sa foi. Cette position essentielle du sujet parlant est une structure constante (qui d'ailleurs ne garantit en rien la sincérité de l'auteur). Semblable à celle du sujet de l'écriture amoureuse, l'expression à la première personne conquiert ici un type de dignité nouveau, parce qu'elle est modelée sur les psaumes. Préparée par le courant de la Devotio moderna, la Réforme a en effet trouvé dans ceux-ci une expression de la foi collective: poésie scandée et chantée, construite sur la relation d'un sujet (David, prophète, peuple de Dieu) à la divinité. Tout croyant qui la prononce réincarne ce «je», parole redevenue vivante. Le succès foudroyant du psautier, traduit à la fois par Clément Marot et Théodore de Bèze, révèle la pertinence de cette structure textuelle et ses vertus communicatives qui accompagnent batailles et martyres. Jusqu'ici, nous ne sommes en littérature que parce que la traduction s'efforce de transposer les versets et les métaphores bibliques en rythmes et en images adaptés aux sensibilités. Quand enfin les catholiques se refusent à abandonner les psaumes aux seuls protestants et à en faire des traductions ou des adaptations (P. Desportes, J.-A. de Baïf, N. Rapin), les deux communautés ont à effacer un lourd passé. La proclamation de la foi se conjoint chez les lettrés à cette autre définition de soi qu'est la pratique littéraire, reconnue comme valeur sociale. Un nouveau mode du littéraire se crée alors, qui utilise les genres connus (sonnets, chansons, stances, poèmes héroïques), et en crée d'autres au besoin (paraphrase, méditations). Enfin, l'influence des grands maîtres de la spiritualité de la Contre-Réforme déborde les frontières confessionnelles: les Exercices spirituels de Loyola, les Méditations de Louis de Grenade, l'Introduction à la vie dévote de François de Sales ont appris à se pencher sur soi; la poésie peut devenir un instrument de l'introspection.

Les recueils de la fin du XVIe siècle montrent ce que fut leur première fonction: le militantisme par les cantiques et les paraphrases des psaumes. Les recueils de Bernard de Montmeja (1574), de E. de Maisonfleur et de Valagre (1581), La Muse chrétienne (1582) disent les espoirs du protestantisme. En prose, cette fois, les Méditations sur les psaumes en sont le complément: faites de rapprochements avec d'autres passages de l'Écriture, elles déploient sur près de quarante pages l'examen de conscience (les psaumes pénitentiels sont en grande faveur), l'analyse des situations politiques, sans qu'allusions bibliques et allusions contemporaines puissent être dissociables. Sous leur allure «spontanée» et pathétique, elles sont nourries des commentaires érudits (Augustin, Ambroise, Calvin). Protestants (P. Duplessis-Mornay, J. de Sponde, Agrippa d'Aubigné) et catholiques (G. Du Vair, J. de La Ceppède) s'y exercent. Une seconde fonction, épidictique, s'est manifestée par phases sous la forme des grands discours: poèmes héroïques de type cosmologique (la Sepmaine de Du Bartas) ou apocalyptiques. Les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné (1616) forment une sorte de synthèse de toutes ces potentialités. Après une longue interruption, ce style se retrouvera dans les poèmes héroïques et les hymnes de Pierre de Saint-Louis et du jésuite Pierre Le Moyne.

Mais le plus important tient à l'exploration des mystères religieux, centrée sur quelques situations emblématiques: le moment de la «conversion» aux valeurs religieuses, la préparation à la Cène, la préparation à la mort, la contemplation de la Passion du Christ, le souvenir des extases. Ces thèmes nourrissent les oeuvres du cardinal Du Perron, de J.Bertaut, de Siméon de La Roque, d'Odet de La Noue, d'A. de Nervèze, de P. Motin... Le sommet esthétique reste toutefois Théorèmes de Jean de La Ceppède (1613) qui, en trois cents sonnets, approfondit le sens de chaque mot et de chaque symbole de la Passion du Christ. On peut cependant leur préférer les poèmes plus intuitifs, comme les agonies décrites par Auvray ou les extases lumineuses de Du Boishus et de Claude Hopil, qu'on retrouve ensuite chez Malaval et Mme Guyon. Toutes les facettes de l'esthétique baroque s'y épanouissent, principalement dans la fascination de la mort, l'anxiété devant la condition tragique du croyant qui ne perçoit plus de ce monde que l'illusoire, le tentateur, qu'il oppose à la beauté, à la stabilité, au bonheur du Dieu inaccessible. C'est une poésie du contraste sémantique, qui se développe par grandes antithèses représentant ces univers de valeurs affrontés, mais toujours avec le goût des renversements paradoxaux: la mort est vie suprême, et des ténèbres fulgure le regard lumineux. Des métaphores sont constantes, soit pour affirmer dans les aspects épidictiques l'unité du monde créé (platonisme et parfois ésotérisme obligent), soit pour représenter sa faiblesse: fleur qui fane, vent et onde, reflets et mirages.

Ce n'est pas tant l'arrivée d'une esthétique puriste qui cause le déclin de la poésie du sentiment religieux que le déclin du mouvement spirituel du début de siècle: les poètes s'éloignent progressivement des psaumes pour construire des modèles personnels, avant de revenir aux modèles laïcs, que la nouvelle sociabilité des salons met à la mode. Écrire de la poésie religieuse relève, au-delà de 1640, d'une foi originale ou de l'acte officiel, non dépourvu de réussites, mais voué à la froideur des genres nobles.

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Emile Verhaeren: Les Moines

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"Les moines" est une oeuvre d'Emile Verhaeren (1855-1916), publiée en 1886. Ce recueil de poèmes qui fait pendant aux "Flamandes", achève la première partie de l'oeuvre de Verhaeren. Après avoir exalté la Flandre sensuelle, gaillarde et un peu grossière, des kermesses et des tavernes, le poète évoque ici la Flandre des mystiques et des primitifs. C'est une suite de tableaux de la vie monastique que propose Verhaeren. "Les moines" ne sont cependant pas une oeuvre de foi: lorsqu'il compose ces poèmes, Verhaeren est en pleine indifférence religieuse et s'il va faire retraite au monastère de Forges, près de Chimay, c'est uniquement pour y chercher des émotions esthétiques, et les sortilèges du passé. Si "Les flamandes" évoquent la Renaissance, "Les moines" disent la grandeur conquérante de l'époque gothique. Les religieux sont cependant pour le poète moins des chevaliers de la foi, que les derniers gardiens de la beauté dans un monde qui sombre dans la mesquinerie, la tranquillité et le plaisir, de grands rêveurs qui maintiennent l'aspiration vers l' idéal. Si Verhaeren ne manque pas d'évoquer la paix du cloître et des soirs religieux, c'est la puissance monastique qui l'attire surtout. Il s'enchante de tout ce que la vie monastique propose de dureté, de contrainte et de maîtrise de soi. Avec enthousiasme, il évoque les moines du moyen âge, "chandeliers d'or, flambeaux de foi, porteurs de feu -Astres versant le jour aux siècles catholiques, -Constructeurs éblouis de la maison de Dieu". Mais on ne doit point se tromper: s'il arrive à Verhaeren d'envier ce genre d'existence, c'est une rêverie toute esthétique, qui ne produit que de belles images: "Je rêve une existence en un cloître de fer -Brûlée au jeune et sèche et rapée aux cilices". La diversité des caractères monastiques l'émerveille et il y salue la diversité de sa patrie: voici le moine féodal qui veut emporter son salut comme ses ancêtres faisaient avec les châteaux forts; voici le moine inquiet, qui vit dans la crainte de Dieu, le moine doux proche des voix divines de la  nature, le moine fanatique qui embrase les hommes par la seul ardeur de son coeur. Le mysticisme religieux de ces poèmes semble s'opposer au réalisme sensuel des "Flamandes": cette double aspiration n'appartient pas seulement à la Flandre, mais à Verhaeren lui-même. De ces deux âmes, le poète s'efforcera de s'en créer une seule, et c'est ce qui nous vaudra ses poèmes à la gloire du monde industriel moderne, glorification de cette force éternelle qui pousse l'homme toujours plus loin.

 

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Être aimé malgré tout

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Animée et dévitalisée, dense et inconsistante, la psyché
Déchirée se vêt de la loi insistante des pulsions et forces
Qui s'opposent dans les interstices de la béance.


Dans cet océan d'exaltations douloureuses, de sensibilités intenses,
D'humeurs versatiles, de torpeurs noires envahissantes,
La frontière de l'antre obscur se pare de la transparence absolue
De l'espace et du temps transfini, sécrétant l'hymne à la nuit.


L'oscillation d'une danse cérébrale vertigineuse, délirante,
Prend alors racine dans la tiédeur de la chair,
Diluant son harcèlement de l'esprit.
Irréfragablement, le germe d'une forme d'acrasie,
Migre et s'inscrit dans les séismes intérieurs
De l'anomie intellectuelle, où l'irrationnelle bipolarité
Se décrypte dans la dimension des lignes poétique.


À la limite de l'abscons, la perception du défi sur la vie
D'une réalité bouleversé se mesure dans la puissance
Des mots ciselés, où la valeur hyperbolique du verbe,
"Être aimé"
Métamorphose la souffrance,
En diaprant de positif,
Son miroir inversé.

Nom d'auteur Sonia Gallet

recueil © 2017

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Parmi les innombrables oeuvres d' exégèse que fit naître "La Genèse" de la Bible, on peut citer le fameux travail de saint Augustin (354-430), écrit de 401 à 415 intitulé "De Genesi ad litteram". Il fut écrit après une interprétation plus allégorique donnée dans les "Confessions" et après un autre essai d'interprétation, écrit en 393-394, mais que l'auteur avait abandonné parce qu'il l'avait trouvé au-dessus de ses forces. Le but de saint Augustin est de montrer qu'il n'y a aucun désaccord entre le récit biblique et la science de son temps. Dans la Bible, rien n'est faux ou insensé et si quelque passage semble inutile et déplacé, il doit être interprété dans un sens mystique et plus élevé. Il développe son idée en douze livres et examine mot par mot, selon une critique minutieuse, le récit depuis son début jusqu'au verset où Adam fut chassé du Paradis terrestre. Dans les "Rétractions", il devra reconnaître qu' "il a soulevé plus de problèmes qu'il n'a trouvé de solutions; que certaines sont peu solides et que les autres renvoient à d'autres problèmes". Les digressions astronomiques sont très nombreuses: comment fut créée la lune, les étoiles ont-elles toutes le même éclat, quel est la forme du ciel, etc. Un chapitre est destiné à réfuter la croyance aux horoscopes: mais saint Augustin fait néanmoins cette fine réserve en parlant des astrologues: "Quand ils prédisent la vérité, ils le font en vertu d'un instinct très obscur dont l'esprit humain est l'instrument inconscient". Les questions soulevées par la création des animaux sont multiples et étranges; au sujet de la lumière qui existait avant que le soleil et les étoiles ne fussent créées, il laisse entendre ici qu'il convient de donner un sens métaphorique aux fameux six jours de la Création. Il aborde ensuite le sujet du "repos" de Dieu au septième jour, alors qu'il semble que Dieu continue à travailler et à soutenir toute créature; il traite de la "science des anges", etc. Les questions philosophiques se mêlent à l'exégèse: par exemple, comment les choses existent-elles par avance dans l'intelligence divine; comment notre esprit perçoit-il Dieu, "en qui nous vivons, existons et agissons" plus facilement que les créatures qui sont éloignées de nos sens et que nous ne pouvons voir en Dieu; parmi les choses "futures", quelles sont celles qui sont vraiment telles. Il qualifie d' "excessivement puérile" l'idée que Dieu a, au sens propre, modelé l'homme avec du limon, comme si c'était en cela et non dans l' âme que se reconnaissait la marque divine.

Les livres VIII et X contiennent toute une psychologie: nature et origine de l' âme, son caractère immatériel, sa préexistence et ses origines; la transmission du péché; la question de savoir si la concupiscence a seulement son siège dans le corps ou aussi dans l' âme; si l'âme a été créée de rien ou formée au contraire d'une autre créature spirituelle et rationnelle (il laisse la question sans réponse et la rejette tout comme celle concernant le baptême des enfants). Le livre IX traite du péché d'Adam; et l'auteur de soulever certaines questions: Pourquoi Dieu n'a-t-il pas créé l'homme parfait?; Pourquoi furent créés les hommes qui devaient être des pêcheurs?; Pourquoi Dieu le pouvant ne change-t-il pas le mauvais vouloir en bonne volonté? Enfin, il s'interroge sur l'épineuse question de l'existence du "diable". Le livre XII et dernier est une étude sur l' extase da saint Paul et sur les visions surnaturelles. Dans cette oeuvre, comme dans toutes celles de ce penseur très original et très pénétrant, on retrouve sans cesse des éclairs de divination et des vues très modernes.

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Ma joie demeure

Mon crayon à l'air d'une ligne
À laquelle rien ne se prend.
Certes c'est en vain que j'attends.
Je ne percevrai aucun signe.


J'espérais prendre, par bonheur,
Une lumineuse chimère,
Créature extraordinaire,
Venue d'un fantastique ailleurs.


En éprouvant le merveilleux,
J'aurais pu écrire un poème,
D'une fascination extrême,
Empli de sons voluptueux.


Je contemple le ciel immense,
La lumière qui resplendit,
La neige entassée qui bleuit.
Ma joie se ranime, elle danse.


8 janvier 2017

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A la Campagne

une aquarelle

d'Adyne Gohy

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a inspiré

Le Linge sèche

un poème

de

Raymond Martin

 

Au printemps, le linge sèche, flottant sur le fil tel un drapeau sous le regard du Pic Epeiche,

Fourbu par ses tambourinages territoriaux pour les désirs de sa belle Epeichette.

Lulu la taupe, en visite au jardinet, hume les senteurs de la terre retournée par la bêche.

Oscar le lombric, laboureur bienfaisant, se tortille lentement à la racine d’une blette.

 

Au printemps, le linge sèche, épinglé sur le fil, rayonnant de ses couleurs bigarrées au soleil montant.

De sa fraîcheur, il embaume l’espace, laissant tomber sur l’herbe une perle de rosée du matin.

Un trio caquetant, la crête élancée, guette l’apparition tardive d’un panache conquérant.

Au loin, la cloche de neuf heures résonne, un cocorico l’accompagne à la vue d’un butin.

 

 

Au printemps, le linge sèche, un vélo esseulé dans une ombre violacée  attend sa délivrance.

Doré, l’astre du jour, s’achemine lentement vers le haut point, faisant sécher torchons et fripes.

Lucky, alerte boxer, se frotte le dos sur l’herbe encore humide et verte en abondance.

Fichu sur la tête, la brune jardinière guette le facteur essoufflé tirant goulument sur sa  pipe.

 

 

Au printemps, le linge sèche, le sang de la treille rabougrie s’active pour lui redonner  vigueur.

L’antique muret du jardinet supporte avec peine la rudesse de l’astre, jaunissant son crépi.

Jojo, bourricot d’un âge certain, quémande de son puissant  « hi-han » le foin du bonheur.

Le bruit de la pétrolette s’éloigne, le facteur porte encore en sacoche, à donner quelques plis.

 

 

Au printemps, le linge sèche au rythme des heures égrainées dans le secret de la pierre.

Ainsi passe le temps, ainsi passe le linge, bleu d’un jour, blanc d’un autre, vert d’une chemise.

L’arc–en-ciel rayonne, tendu entre les pieux d’étendage au gré de la brune lavandière.

Le vent murmure au soleil son souhait chaleureux, prêt à l’aider à réchauffer la remise.

Raymond Martin      -     octobre 2016      

                                                         

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Les deux fleuves

 Songerie

A-t-il pris naissance sur terre
Ou est-il descendu des cieux
Ce fleuve long, majestueux
Dont la vue seule désaltère?

Ses innombrables affluents
Sont criblés d'étoiles qui brillent .
Elles font que la joie pétille,
Rendent le sort attendrissant.

Par un inattendu mystère,
Il peut devenir souterrain,
Et suivre un parcours incertain.
L'âme rarement désespère.

Un autre fleuve coule aussi
Qui ne reflète pas d'étoiles
Ni ne berce de blanches voiles.
En tout temps l'ombre le noircit.

Nul ne se complaît sur ses rives
Mais naïfs et prévoyants
Y sont engloutis bien souvent.

Ils s'y débattent à la dérive.

L'énergie, dite Providence,
Anime des miroirs trompeurs,
Fait ressentir des coups de coeur
Et de torturantes souffrances.

6 Janvier 2017

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administrateur partenariats

Une idée comme une autre, afin de me connaître et me faire connaître...

Briser les idées reçues, avoir un visage...

Pour un peu changer des stupides questionnaires qui abreuvent la bêtise du web.

Alors ...bienvenue dans mon univers !

Questions et réponses de MARCEL PROUST :

 

1- Le principal trait de mon caractère. 

Proust : Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.

2 - La qualité que je préfère chez un homme.

Proust : Des charmes féminins.

3 - La qualité que je préfère chez une femme. 

Proust : Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.

4 - Ce que j’apprécie le plus chez mes amis. 

Proust : D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.

5 - Mon principal défaut.

Proust : Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».

6 - Mon occupation préférée. 

Proust : Aimer.

7 - Mon rêve de bonheur.

Proust : J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.

8 - Quel serait mon plus grand malheur ? 

Proust : Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.

9 - Ce que je voudrais être. 

Proust : Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.

10 - Le pays où je désirerais vivre.

Proust : Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.

11 - La couleur que je préfère.

Proust : La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.

12 - La fleur que j’aime.

Proust : La sienne - et après, toutes.

13 - L’oiseau que je préfère. 

Proust : L’hirondelle.

14 - Mes auteurs favoris en prose. 

Proust : Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti.

15 - Mes poètes préférés. 

Proust : Baudelaire et Alfred de Vigny.

16 - Mes héros dans la fiction.

Proust : Hamlet.

17 - Mes héroïnes favorites dans la fiction. 

Proust : Bérénice.

18 - Mes compositeurs préférés. 

Proust : Beethoven, Wagner, Schumann.

19 - Mes peintres favoris. 

Proust : Léonard de Vinci, Rembrandt.

20 - Mes héros dans la vie réelle. 

Proust : M. Darlu, M. Boutroux.

21 - Mes héroïnes dans l’histoire. 

Proust : Cléopâtre.

22 - Mes noms favoris. 

Proust : Je n’en ai qu’un à la fois.

23 - Ce que je déteste par-dessus tout. 

Proust : Ce qu’il y a de mal en moi.

24 - Personnages historiques que je méprise le plus. 

Proust : Je ne suis pas assez instruit.

25 - Le fait militaire que j’admire le plus. 

Proust : Mon volontariat !

26 - La réforme que j’estime le plus.

Proust : Pas de réponse.

27 - Le don de la nature que je voudrais avoir.

Proust : La volonté, et des séductions.

28 - Comment j’aimerais mourir. 

Proust : Meilleur - et aimé.

29 - État présent de mon esprit. 

Proust : L’ennui d’avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.

30 - Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence. 

Proust : Celles que je comprends.

31 - Ma devise.

Proust : J’aurais trop peur qu’elle ne me porte malheur.

 

Mes réponses !

1- Le principal trait de mon caractère. 

Ma réponse : la générosité, bien que je m'en morde souvent les doigts.

2 - La qualité que je préfère chez un homme.

Ma réponse : le charisme .

3 - La qualité que je préfère chez une femme. 

Ma réponse : l’intelligence, arme redoutable.

4 - Ce que j’apprécie le plus chez mes amis. 

Ma réponse : la gentillesse, adoucissant la vie de fous que l'on mène parfois.

5 - Mon principal défaut.

Ma réponse : l’exigence, elle fatigue énormément ceux qui me fréquentent.

6 - Mon occupation préférée. 

Ma réponse : rêver !

7 - Mon rêve de bonheur.

Ma réponse : l’amour éternel.

8 - Quel serait mon plus grand malheur ? 

Ma réponse : la solitude de l'âme et du corps.

9 - Ce que je voudrais être. 

Ma réponse : je ne veux être rien de plus, il y a a assez de travail à être ce que je suis.

10 - Le pays où je désirerais vivre.

Ma réponse : j’y suis déjà, je l'aime.

11 - La couleur que je préfère.

Ma réponse : le rouge, passion et amour, feu et fulgurance.

12 - La fleur que j’aime.

Ma réponse : la tulipe, hivernale et fière.

13 - L’oiseau que je préfère.

Ma réponse : je les aime tous parce qu'ils ont le pouvoir de prendre de la hauteur.

14 - Mes auteurs favoris en prose. 

Ma réponse : Emile Zola, mais combien d'autres aussi.

15 - Mes poètes préférés.  .

Ma réponse :  mon amie Joelle Diehl, sans aucun doute

16 - Mes héros dans la fiction.

Ma réponse : je n’en connais que des vrais.

17 - Mes héroïnes favorites dans la fiction. 

Ma réponse : Comme pour les héros de fiction, les héroïnes sont les femmes qui se battent chaque jour pour offrir un monde meilleur.

18 - Mes compositeurs préférés. 

Ma réponse : Chopin, Gustv Malher

19 - Mes peintres favoris.  .

Ma réponse : Il y en a trop , mais Kandinsky surtout.

20 - Mes héros dans la vie réelle. 

Ma réponse : Mon père, toute ma vie, et maintenant mes fils. 

21 - Mes héroïnes dans l’histoire.

Ma réponse : Simone Veil.

22 - Mes noms favoris. 

Ma réponse : ceux de mes enfants, et ceux qui me répondent avec amour.

23 - Ce que je déteste par-dessus tout. 

Ma réponse : la trahison, cinglante morsure.

24 - Personnages historiques que je méprise le plus. 

Ma réponse : Hitler et de manière générale, tous les dictateurs

25 - Le fait militaire que j’admire le plus. 

Ma réponse : le débarquement de Normandie par les Alliés

26 - La réforme que j’estime le plus.

Ma réponse : l’ouverture de l’église catholique à l’ oeucuménisme en 1964 

27 - Le don de la nature que je voudrais avoir.

Ma réponse : la régénérescence.

28 - Comment j’aimerais mourir. 

Ma réponse : Qui aime mourir ?

29 - État présent de mon esprit. 

Ma réponse : serein.

30 - Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence.  

Ma réponse : la gourmandise du chocolat.

31 - Ma devise.

Ma réponse : "L'amour est toujours plus fort"

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"Aurore"

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HISTOIRE COURTE 38...

LA RUPTURE...

Ce mardi il tombe des cordes. Nous avons rendez-vous à 15 heures au  parc Montsouris sur notre banc, t'en souviens-tu?

Avec ce temps de chien le lieu semble absurde, pas pour moi! La pluie depuis si longtemps est une compagne même si le soleil est ma quête...

Alors aujourd'hui la météo est en accord avec mes résolutions. Je vais les dire ces mots définitifs, ceux qui rendent les retours, impossibles!

Après, je sais, j'aurai mal, tu me manqueras, toi et ton odeur de tabac blond, les taches colorées sur tes mains de peintre qui savent être si douces.

Ton regard moqueur lorsque naissent les questions, lui, je ne vais pas le regretter, ni ta désinvolture quand tes absences se prolongent, ton jardin secret qui m'a tellement fait souffrir, aujourd'hui il ne m'intéresse plus!

Oui, ma tête est saturée de questions, elle fait une overdose! Je veux me retrouver, moi et mes attentes, je veux croire aux partages autres qu'épidermiques, je veux croire en mes rêves, retrouver l'entrain à entreprendre et à mon tour, pourquoi pas? Créer.

Ta peinture torturée, incisive et parfaite me déplait aujourd'hui. Je vois la vie d'un regard plus impressionniste, plus humain, plus chaleureux. Même si tes élans passionnés vont me manquer, je veux me sentir apaisée, enfin libre d'être moi-même!

Tu es venu sous la pluie, tu es trempé, il me semble que tu as couru et dans tes mains, dégouline un bouquet de roses rouges. Sous la capuche ta tête est penchée, et je pense que tu ressembles ainsi à un personnage de ce projet de bande dessinée que je t'ai soumis il y quelques mois et pour lequel tu as souri, avec une condescendance qui une fois de plus m'a blessée. Est-il possible que ce soit un hasard?

Je me souviens de notre première rencontre sous un porche à l'abri d'un orage d'été aussi violent que bref et de tes mots si poétiques :" vous ressemblez à une aquarelle, j'adore"! Moi, j'ai adoré la patience dont tu sus faire preuve pour arriver à tes fins... et encore plus, la légèreté de tes mains inventives. Par contre cet égoïsme d'homme qui ne dépend que de son bon vouloir; cet étonnement dans ton regard lorsqu'une question précise ose franchir mes lèvres; la façon distraite presqu'à la limite du dédain que tu as de te pencher sur mon travail, et surtout ta certitude d'avoir toujours les réponses pour moi, m'ont menée à ma détermination d'aujourd'hui.

J'entends ta voix couler vers moi :

-Je n'ai pas oublié notre anniversaire tu vois, trois ans déjà!

Et je m'entends murmurer en montrant du doigt les roses :

-Elles ont besoin de soleil, comme moi!

-Tu n'aimes plus la pluie?

-J'aimerais me sécher, arrêter d'avoir froid!

C'est l'instant que tu choisis pour poser un genou dans la boue et sortir de ta poche une petite boite, mon cœur alors se met à battre follement...

Tes yeux me captent, ils me brûlent, vertige d'un bonheur impossible, d'un amour inconditionnel!

J'ai peur tout à coup de retomber dans mes travers de perpétuelles remises en question, de doutes...

J'ai symboliquement arraché les sparadraps qui recouvrent mes blessures avant de venir sous la pluie à ce rendez-vous qui se doit d'être le dernier. Il est évident que les plaies sont à nouveau vives et la preuve en est de ce cœur qui résonne jusque dans ma gorge!

Je décide de fermer les yeux et j'entends la phrase qui se veut magique :

-Epouse-moi mon ondine?

-TROP TARD!

La réponse a fusé, presque malgré moi et c'est d'un pas de plus en plus pressé que je m'éloigne avec toute la détermination dont je suis aujourd'hui enfin capable!

Notre histoire est finie... dans la rigole, quelques notes écarlates, les roses s'entrechoquent avant de disparaitre au gré du vent qui brusquement c'est levé...

J.G.

 

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Fatrasie

 Pour Liliane Magotte

Fatrasie

La chose va très mal 

Où point n'a de justice

La chose va très mal

Dit un veau de métal 

Au front d'une génisse,

Qui en un orinal

Buta un cardinal,

Qui faisait sacrifice

De l'oeil d'une écrevisse

En un four de cristal,

Pour ce que sa pelisse

Tenait état royal

Où n'a point de justice

Baudet Herene

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