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satire (36)

administrateur théâtres

Avec Molière, une troupe qui nous ébaudit!

 

Spectacles

Le médecin malgré lui

Vous connaissiez ce Parc dans Bruxelles, qui évoque la culture… des pommes de terre ? Son nom est un hommage à celui qui les fit entrer dans l’Histoire : Antoine Parmentier. C’est là, sous ses grands arbres et au pied d’une vieille bâtisse religieuse, en plein dans un décor agreste que la Comédie Kapel a planté, pour quelques soirs d’été, ses lampions et son théâtre de verdure.

Et lorsque la chaleur du jour s’efface enfin, que les oiseaux cèdent peu à peu la place aux premiers éclats de rire, Molière prend possession des lieux.

Préparez-vous : il va pleuvoir des coups de bâton sur les maris buveurs, dévoyés et fainéants, les pères tyranniques et les faux savants.

L’an dernier déjà, cette joyeuse bande faisait chavirer le public avec un irrésistible Scapin. Nous n’avions qu’une envie : revenir. La promesse est tenue. La fête recommence, plus champêtre encore, sous des frondaisons où le théâtre retrouve peut-être sa vocation première : rassembler des inconnus autour d’une même histoire, au cœur d’une douce soirée d’été.

On pourrait appeler ces artistes les baladins de la mémoire. Car ils ne se contentent pas de jouer Molière : ils réveillent tout un héritage populaire. Entre la domestique qui s’enivre d’envolées lyriques puisées chez Gounod, et l’incomparable Lucas qui roule les “r” comme on laboure la terre, les discrètes allusions musicales qui ravissent les baby-boomers, et les galimatias pseudo-latins des médecins improvisés, « Le Médecin malgré lui » devient une véritable fête foraine du langage.

Écrite en 1666, juste après le succès d’estime mais les recettes décevantes du Misanthrope, cette comédie d’un genre populaire, permet à Molière de récupérer quelques pistoles sonnantes et trébuchantes pour payer sa troupe. Inspiré directement du vieux fabliau médiéval du Vilain Mire, Molière renoue avec la farce : ainsi, les bastonnades, les quiproquos, les personnages hilarants, les maris bernés, les femmes qui mènent le jeu, les bourgeois vénaux et les médecins dont le latin cache surtout une abyssale ignorance.

Mais le génie de Molière organise ces ingrédients de la veille de la Renaissance pour les transformer en une mécanique d’horlogerie où chaque réplique fait mouche. Derrière le rire, il fustige l’hypocrisie sociale, les rapports de domination et la crédulité humaine. Le bâton amuse mais les mots gracieux habillent la raillerie et la critique.

Benoît Strulus en Sganarelle s’y entend à merveille pour moquer les grands médecins de l’Antiquité, la théorie des humeurs, des saignées, des lavements et autres remèdes fantaisistes. Son faux médecin règne, chapeau vissé sur la tête, sur la science de l’époque aussi pompeuse qu’approximative. Écoutez-le savourer le mot « Mé-de-cins » en trois larges syllabes, comme s’il découvrait lui-même l’immensité de son nouveau savoir. Tout est juste, tout est savoureux.

Dès l’incipit, le ton est donné. Une lessive flotte au vent, culottes en étendard. Martine, jouée par l’admirable Colette Sodoyer, règle ses comptes avec son mari. Les reproches deviennent vengeance, la vengeance devient mascarade, et la machine infernale de la farce est lancée.

Femmes diaboliques et victorieuses ? Maris dupés ? Pères abusifs ? Culte du profit ? Peu importe finalement. Les véritables vainqueurs seront les amoureux, Léandre et Lucinde, qui trouveront enfin, grâce au plus improbable des médecins, le chemin de leur bonheur.

Les costumes d’époque virevoltent. Les comédiens surgissent des taillis comme des maraudeurs du verbe. Les domestiques se gaussent. Les femmes tiennent fermement la barre, et gare aux mains baladeuses ! L’exquise Jacqueline, nourrice chez Géronte et épouse de Lucas (Marc Deroy) insuffle sous les traits de Mathilde Mazabrard un entrain et une fraîcheur irrésistibles.

C’est Bernard Lefrancq qui campe le Géronte absolu, à la fois inquiet et imbu de lui-même. Affublé d’un costume et d’un bonnet qui rappellent celui du Malade imaginaire, il convoque des emportements et des postures dignes de Louis de Funès, qui se serait subrepticement échappé des Trente Glorieuses.

Face à lui, Anne-Isabelle Justens et Alexis Lejeune composent le couple d’amoureux complices et tellement gourmands de vie. La joie est dans le pré.

Chemin faisant, nos vieux cours d’histoire du théâtre français resurgissent, et l’ombre de ces anciennes farces françaises données sur les places du village. Celle du Cuvier par exemple, quand le théâtre se jouait avant tout pour faire rire le peuple. Et quelle aventure, entre limonade et bière, de retrouver cet esprit parfois grivois, aujourd’hui, le verre à la main, installés sur une chaise courte plutôt que longue, ou autour d’une table, tandis que le soleil décline doucement derrière les arbres.

Bref, ce qui touche, au fond, c’est l’engagement artistique de toute cette troupe, comme du temps de Jean-Baptiste Poquelin ? Les rires ont tôt fait de crépiter dans le champ fraîchement fauché pendant que le parfum de l’herbe se mêle à celui de cette langue ancienne si musicale qui semble avoir traversé les siècles sans périr. C’est que Molière, qui se plaît à épingler les vices de l’humanité, est vraiment éternel.

Le public, lui aussi acteur de la fête, répond aux sollicitations, s’étonne, applaudit, rit et glousse de plaisir. Et tant pis pour les blagues un peu épaisses. On les rangera en toute simplicité avec les épluchures …de pommes de terre.

Hélas, la météo caniculaire aura sans doute retenu chez eux quelques spectateurs. Dommage. Mais ceux qui étaient présents auront largement compensé leur moindre nombre par la chaleur et la vivacité de leurs applaudissements.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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Chez Claude Volter en décembre, J'y suis, j'y reste

Monts et merveilles d’une jolie pièce de vaudeville née en 1950.

      ...Dans un château du Périgord, règne la très despotique comtesse Appoline de Mont-Vermeil. Une merveilleuse Danielle Fire l’incarne. La Dame tient tout son beau monde dans le creux de sa main. Tout ploie devant elle : son neveu vétérinaire, Hubert le mal marié (Arnaud Van Parys) ; Gisèle (Ambre Grimmiaux), la jeune demoiselle de compagnie pas très futée ; Lucie (par l’excellente Margaux Frichet), la jolie et impertinente soubrette mais à la cervelle d’oiseau. Elle est amoureuse de Patrice, un très fourbe majordome, qui a trouvé un moyen d’extorquer régulièrement à la comtesse des revenus supplémentaires. Brillamment joué par Bernard d’Oultremont. Cet escroc tout sucre, tout miel a en effet réussi à attirer sa patronne fantasque dans le monde des courses hippiques, et par un savant montage, à encaisser à son compte, de plantureux paris, via un bookmaker imaginaire.

      Ce joli monde ronronne paisiblement quand arrive à l’impromptu Antoinette (ah ! voici Stéphanie Moriau) très vite flanquée de son barman – Jules – (un sensationnel Xavier Percy aux allures …de Peaky Blinders, version parisienne). On rit tellement ils détonnent dans ce ravissant cadre aristocratique. Restauratrice dans un joyeux troquet des Halles, la titi de Paris, dite « Nénette », use d’un vocabulaire et d’intonations dignes de Zazie dans le métro. C’est désopilant à souhait. Or, projetant d’épouser son Jules, elle a appris avec stupéfaction qu’elle serait déjà mariée, avec un certain baron Hubert de Mont-Vermeil. Tout s’éclaire, elle se souvient que dix ans plus tôt, on lui avait volé son sac avec ses papiers et que donc son identité a dû lui être subtilisée par une intrigante pressée pour se faire épouser par le naïf baron (et puis de filer avec le coffre-fort) ! C’est ainsi que la jeune femme débarque au château pour pouvoir divorcer de cet encombrant premier mari.

      Mais « …pas question de divorcer chez les Mont-Vermeil » dixit l’inénarrable comtesse. Et ce jour-là, moins que jamais, car on attend la visite du cardinal de Tramone afin de le prier d’accélérer une nomination à Rome d’un cadet de la famille … 

      L’arrivée en scène franchement jubilatoire de Michel de Warzée en cardinal est le nœud de cette histoire très bien charpentée. Il donne d’ailleurs toute son envergure à l’ouvrage. Quiproquos et cachotteries s’emmêlent. Et le public de se tenir les côtes et glousser de bonheur.

      Ladite « Nénette » a juré évidemment ne pas quitter le château avant d’avoir obtenu gain de cause, et s’écrie : « J’y suis, j’y reste ! ». Voilà pour le titre de la pièce. Une phrase, plus que royale, qui fête de maintenant ses 75 ans d’existence, et vous fera rire toute la soirée, dans ses diverses interprétations. Les auteurs, Raymond Vincy et Jean Valmy, oubliés de nos jours, avaient tout de même sacrément du rythme et de la verve ô combien savoureuse ! Une langue qui convient à merveille au style un peu Vieille France de la Comédie Claude Volter, avec des artistes qui ont le don de vous mettre le cœur en fête ! Et comme ce sont les fêtes, c’est l’occasion, non?

      Stéphanie Moriau incarne cette Antoinette effrontée, usant tour à tour du franc parler des Halles et maniant avec humour les mièvreries alambiquées de la langue de la « haute » lorsqu’elle se met à interpréter le personnage en cure en Suisse, censé être cette première épouse du dénommé Hubert. Très beaux jeux de changements d’identité ! Et quel formidable pique-nique avec le très débonnaire ecclésiastique ! Cette comédie de mœurs étincelante, follement hilarante, qui fait exploser les clivages sociaux, a vraiment tout pour plaire. La pièce a aussi fait les grands jours de l’émission télévisée renommée « Au théâtre ce soir » sur les chaînes françaises in illo tempore.  Des spectacles, on s’en souvient, dans les années 60 et 80, toujours absolument … gondolants ! Question décors, ils sont magnifiques et signés Francesco Deleo. De toute beauté ! Comme la pièce.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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MISE EN SCÈNE / Michel de Warzée

ASSISTANTE / Ambre Grimmiaux

DÉCORS /Francesco Deleo

COSTUMES / Danielle Fire et Stéphanie Moriau

CRÉATION LUMIÈRE ET RÉGIE / Bruno Smit

REMERCIEMENTS / Le Theâtre Royal des Galeries

Anne Marien, Huguette Van Hamme, Yves Piette

Conception du programme Jean Claude Seynave

 

 

 

 

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9/11 janvier 2019 Wolubilis invite Sois Belge et tais-toi 2.1

Le 21ème épisode de Sois Belge et Tais-Toi est une version 2.1 Dites : deux point un, un point de vue qui se situe entre génération Y et génération Z. Zappeurs trop connectés, grandes gueules, impulsifs et égoïstes amateurs de selfies mais aussi audacieux, ouverts sur le monde et protecteurs solidaires du climat. Changement de décor et de style, « Sois Belge et tais-toi 2.1 » change de look. Ils sont 7, deux femmes contre cinq hommes. Toujours pas de parité… Pas grave, on s’amuse autant qu’eux, et cela se gagne ! Sois Belge et t’es toi, avec des décors nouvelles technologies, même si cela fait un peu froid et nu !

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Ainsi font, font, font..! C’est simple et basique. Faut applaudir pour chauffer la salle ! Et les gens le font, même s’ils n’ont même pas encore commencé leur « n’importe quoi » ! En blouson et bonnet ou tirés à quatre épingles ou lestés de caricatures burlesques, leur énergie est irrésistible. Leur talent est à la clé. La clé du rire, depuis ceux qui sourient jusqu’ au rire inextinguible d’une tordue allumée qui se tord de rire en haut de la salle, pire qu’un pivert. Elle se reconnaîtra si elle lit ce billet ! Le spectacle au Wolubilis est sold out. mais la tournée est longue… Chère Madame, retrouvez-les à Uccle le 15 janvier ou plus tard à Aula Magna !

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Avec : André Remy (auteur), Baudouin Remy (auteur et comédien), Sandra Raco, Manon Hanseeuw, Benoit Charpentier, Maxime Thierry, Stéphane Pirard, brillante distribution

L’équipe est joyeusement belge – ave’ l’asseng’ – mais ne se cantonne pas aux histoires politiques belgo-belges, pour peu qu’elles le soient encore. Ils pratiquent la dérision, sport national, enfilant des perles : un leçon exemplaire de flamand mémorable sur l’usage de l’adjectif possessif, une séance de contrôle du chômage, truffée de cohabitation illégale et de crime solidaire, ceci n’est pas un sketch. Une séance marché de l’emploi, Kafka au téléphone, si vous voulez … tapez,1 et ainsi de suite ! … Une Maggie Deblock plus vraie que nature, qui rend « malade ! ». Et, parcourant l’ouvrage, observez le fil rouge du déni de sale gueule, « Qu’est-ce qu’elle a ma gueule » ? Bacs de bière et PTB, Bonjour Elio, Laurette et Joëlle, schild en vriend, droit du sol, on avale tout en vrac, plus besoin de Prozac. Et le morceau le plus profondément empoisonné et pathétique c’est la joute Michel-Théo Franken, plus glaçant.e que Putin ! Les jeunes badernes sont encore pires que les anciennes. Copié-collé sur la vraie Revue, ils ont aussi ressorti les mimiques et vitupérations savoureuses d’un admirable de Funès, un cadeau pour la génération papyboom. Il est aux prises avec le placide ami Bourvil sur l’identité de genre. Un délice ! Un pont d’or entre le charme discret des années 70 et 2.1.

De même, les intermèdes musicaux sont de la plus savoureuse facture. « Belge » sur l’air de Notre-Dame de Paris, et les autres… Aznavour, Brassens, Cabrel, JJ Goldman, Johnny, que je l’aime.. Brel ! Parfaits, pour la génération X.

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Les comédien.ne.s, artistes, chanteu.r.se.s dansant gaiement sous la baguette théâtrale de Thibaut Nève exportent bien sûr leurs sarcasmes sur les grands de ce monde macro-économique et micro-humaniste. En costumes et maquillages ingénieux, ils ne ratent pas Donald Trump, Putin, Kim yong un (et Macron par la même occase). Pas un mot sur Brexit. On regrette. God save the Queen ! Les grands en prennent pour leur grade, et ce sont finalement les meilleurs sketches car l’accent belge fatigue quand-même à la longue. Là, il nous lâche forcément un peu, c’est comme dans les chansons qu’on adore. La dimension planétaire plaira certainement aux …Z.

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Une question qui transforme…

12273202652?profile=original12273202673?profile=original12273203268?profile=originalIls  ne  se parlaient pas et tout d’un coup… Ça va vous ? Trop aimable, merci ! Je suis votre voisin de palier. Oui bien sûr ! Je peux vous poser une question ? Absolument ! Vous êtes juif ?

 Deux voisins se croisent quotidiennement dans la cage d’escalier de leur immeuble et se parlent à bonne distance, chacun sur le pas de leur porte. Qui fera le premier pas?  Cela démarre en tout cas sur les chapeaux de roues. Les deux protagonistes, Itsik Elbaz et Frederik Haùgness, des comédiens d’exception,  se trouvant chacun  aux antipodes de   l’entente possible : l’un est juif  libre et athée, amoureux des livres,  l’autre est catholique bien-pensant et sous influence certaine d’une matrone biaisée, inquisitrice et esclave de l’internet.  Sert-elle de prétexte pour lui permettre de poser les questions que lui-même n’oserait pas formuler ?  On finit par se poser la question, et se demander si elle existe vraiment…  L’enchaînement lui,  finit par friser le conte  surréaliste. Vous verrez !  Il n’y a en tous cas, pas de réponse,  rien que  des questions. Le questionnement est l’essence de l’esprit : Quod erat demonstrandum!

Dialogue socratique moderne sur la question « Comment fait-on pour être juif ?» et rhétorique légère et brillante sur le "who's who". La légèreté de l’être ?  L’écriture de Jean-Claude Grumberg -  en neuf tableaux au charme folklorique pétillant d’intelligence -   soulève le rire, entraîne la connivence, communique la joie du chemin à parcourir vers l’autre et transforme la lourdeur en légèreté, la méfiance en confiance. Heureux qui communique ! A chaque étape, une  plage de musique  repose et  renforce le propos.  

Au cours de l’opération, Jean-Claude Grumberg décrit minutieusement les facettes  de ce que le commun des mortels entend par identité juive et déconstruit  avec malice les préjugés antisémites. Les salves  du  dialogue de sourds sont jubilatoires,  les incompréhensions mutuelles sont hilarantes tant la gestuelle et le  comique de scène cristallisent les émotions.  Le voisin qui se transforme de jour en jour,  revient  sans cesse  à la charge avec de nouvelles bulles, des questions posées avec une naïveté désarmante ce qui donne à l’autre l’occasion d’exercer tous les registres de sa bienveillance et  des qualités intensément drôles  de  patience et de pédagogie ! Ärgert dich nicht ! Le jeu est d’une belle adresse. Les  échanges invitent  le spectateur, à son tour pris au jeu des interrogations,  à une  réflexion intime, presque socratique qui bouleverse sans ménagement  ses propres  tabous ou stéréotypes. Une mise-en scène impeccable réglée comme un match de tennis international par Michel Kacenelenbogen.  

 Par ailleurs, sachez que le titre de la pièce ne règle évidemment rien, qu’on se le dise, il ne fait que poser des questions !   

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Avec le soutien du Musée Juif de Bruxelles et du Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX)

Un projet de Catherine Israël. Mise en scène de Michel Kacenelenbogen assisté de Catherine Israël. Avec : Itsik Elbaz et Frederik Haùgness / Scénographie : Delphine Coërs / Costumes : Laurence Lipski / Composition musicale : Antoine Chance / Régie : Pierre Hendrickx / Stagiaire régie : Sam Seraille

De Jean-Claude Grumberg
Satire 

Création - Salle des Voûtes
du mardi au samedi à 20h30, sauf le 31.12.16 à 21h00 - relâche le 24.12.16

https://www.youtube.com/watch?v=fOmhaURvhns

Réservation : 0800/944.44 ou www.theatrelepublic.be

Jean-Claude Grumberg

ISBN : 2330023502 
Éditeur : ACTES SUD (2013)

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administrateur théâtres

Du bucolique au diabolique

Image may contain: 2 people, night and indoorVoici Orphée (Papuna Tchuradze) en violoneux, mari  cavaleur et  peu argenté,  Eurydice (l'étincelante Jodie Devos)  en concierge coquine qui s’ennuie devant sa table à repasser, qui  déteste la musique et s’entiche d’un Pluton (Thomas Morris) travesti en berger vendeur de miel; voici une tonitruante opinion publique (Alexise Yerna) bon chic bon genre qui fait la morale, voici une palanquée de dieux et déesses endormis dans les tribunes d’azur du petit monde de  l’Olympe…  La  tragique histoire d’amour d’Orphée et Eurydice a décidément un sérieux coup dans l’aile. La paix des ménages et l’antiquité  sont  mangées aux mites, bonjour les mouches et autres créatures diaboliques! Quelqu’un doit avoir trop bu ! Serait-ce le dieu Bacchus en personne, in vino veritas, qui seul, pourrait prendre la relève ?  Le seul qui fasse toujours rêver, c’est Cupidon (Natacha Kowalski), et Mercure (André Gass), pareil à lui-même, filou, inventif et commercial!

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 L’air étouffe, l’atmosphère devient pesante et viciée, le matérialisme sans grandeur menace et entrave  la bonne gouvernance. A travers les dialogues  bourrés de franc-parler ou d'hexamètres enflés de ses librettistes Henri Crémieux et Ludovic Halévy, Jacques Offenbach se gausse des travers de son temps et du nôtre, par extension anachronique. Il condamne cette société bourgeoise  narcissique qui n’a qu’un but : sauver les apparences. La censure s’attaque à Flaubert et à Madame Bovary.   N’empêche,   le compositeur n’hésite pas à fustiger le pouvoir impérial de Napoléon III dans le personnage de Jupiter (Pierre Doyen), vulgairement nommé Jupin. C’est toute la mythologie antique qui dégringole : Mars (Marc Tissons), Vénus (Julie Bailly), Junon (Laura Tissons), Diane (Sarah Defrise) en bottes, cravache et sa meute de dobermans, Minerve, Cérès...  Avec son Orphée aux Enfers, créé en 1858, Jacques Offenbach connaît son premier vrai triomphe.

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                                La partition est une riposte irrévérencieuse au succès de la grande musique classique et à celui des chansons populaires des faubourgs, mais elle dresse surtout un  portrait caustique de la société de son temps tout à ses plaisirs et son autosatisfaction.

                                La mise en scène bouillante de dynamisme et de  dérision délirante de Claire Servais ( recyclée pour plus de saveur, au cœur notre époque télé-réalité) nous livre  un  foisonnement d’anachronismes joyeux et subversifs propres à  la satire.

                                Les citations affectueuses de grands airs,  comme le clin d’œil à Orfeo ed Euridice de Gluck (1774), arrivent comme des  mets de choix, comme une référence aux délices d’un âge d’or, avec des voix d’or. De  savantes allusions, pastiches de la musique du XVIII° siècle, plongent tour à tour dans la joie bucolique ou le rite sacré virtuose. Le spectateur se retrouve à plusieurs reprises, balancé dans l’émotion alors qu’il s’apprêtait rire de plus belle et à pouffer devant l’amas de bouffonneries. Mais à chaque détour de la cavalcade entre terre, ciel et enfers, il y a l’irrésistible naissance du galop, ce French cancan endiablé, ce « style Offenbach » qui est dans tous les esprits,  qui pétille et surprend comme bulles de champagne  ravageuses.

                                Émile Zola lui-même ne supporta pas cette atteinte à un patrimoine quasi-sacré. Il est offusqué par le style et profite des Rougon-Macquart pour pamphlétiser  avec Nana, déguisée en Vénus  :

« Ce Carnaval des dieux, l’Olympe traîné dans la boue,

 toute une religion, toute une poésie bafouée, semblèrent un régal exquis.

 La fièvre de l’irrévérence gagnait le monde  lettré des premières représentations ;

 on piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé. La royauté devenait une farce, et l’armée, une rigolade. Quand Jupiter, tout d’un coup amoureux d’une petite blanchisseuse, se mit à pincer un cancan échevelé, 

Simonne, qui jouait la blanchisseuse, lança le pied au nez du maître des dieux, 

en l’appelant si drôlement : « Mon gros père ! » qu’un rire fou secoua la salle. Pendant qu’on dansait, Phébus payait des saladiers de vin chaud à Minerve, et Neptune trônait au milieu de sept ou huit femmes, qui le régalaient de gâteaux.        On saisissait les allusions, on ajoutait des obscénités, les mots inoffensifs étaient détournés de leur sens par les exclamations de l’orchestre. Depuis longtemps,

 au théâtre,

 le public ne  s’était vautré dans de la bêtise plus irrespectueuse. Cela le reposait. » 

Image may contain: 5 people, people standingMais nous, à la veille de 2017, nous ne pouvons que nous amuser de cette relecture époustouflante et sulfureuse de l’œuvre phare de Jacques Offenbach, remaniée 20 ans après sa création, en féerie de 4 actes, 12 tableaux, 42 rôles et pléthore de danseurs et figurants.

                                 Dans cette version 'entre deux', il y a des relents du théâtre subversif d’Aristophane, des tableaux démoniaques  au  parfum de Jerôme Bosch  et des bacchanales aux couleurs de Jordaens. Il y a cet extraordinaire gardien des enfers qui se shoote à l’eau du Léthé,  John Styx (Frédéric Longbois),  à mi-chemin entre Charlot et  militant écossais anti-Brexit et  tout ce peuple de touristes de l’Olympe qui a embarqué pour faire la fête dans la chaleur de l’enfer!

                                 Un vent de fronde et un rêve de changement souffle à travers les flammes brûlantes de  cette gigantesque pantomime iconoclaste, comme à l’aube de toute décadence d’empire.

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                                 La richesse de la  distribution, les décors somptueux, les interprétations vocales méticuleuses et foisonnantes sans la moindre faiblesse et  surtout un orchestre conduit avec finesse et intelligence mutine par un vrai complice de la galéjade,  Cyril Englebert, sont là pour nous ravir et nous faire passer le cap de l’année, dans un galop d’enfer.

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Photos © Lorraine Wauters-Opéra Royal de Wallonie

Du mardi, 20/12/2016 au samedi, 31/12/2016 à Liège

Cyril Englebert MISE EN SCÈNE : Claire Servais CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice ARTISTES : Papuna TchuradzeJodie Devos Alexise YernaPierre DoyenThomas MorrisNatacha KowalskiJulie BaillySarah DefriseFrédéric LongboisAndré GassLaura BalidemajAlexia SafferyYvette WérisSylviane BinaméChantal GlaudePalmina GrottolaMarc Tissons NOMBRE DE REPRÉSENTATIONS : 7

 http://www.operaliege.be/fr/activites/orphee-aux-enfers

Le 7 janvier à Charleroi. 

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02_4436.jpg"Le roi nu"

Présenté au Festival d’Avignon cet été et joué sous chapiteau à Louvain-la-Neuve les derniers jours de septembre, Le Roi nu  a fait recette. Cette  collaboration artistique  entre l’Atelier Jean Vilar, la Maison Ephémère et les Baladins du Miroir se base sur une pièce écrite en 1934 par Evguéni Schwartz,  auteur russe dénonçant le régime totalitaire.

 La recette : inspirée  du savant mélange de  trois contes d’Andersen (La Princesse au petit poisLe Garçon porcher et Les Habits neufs de l’empereur), l’auteur a désossé les nervures du conte traditionnel pour  les fondre dans une fable moderne percutante. La mise en scène jubilatoire a  chemisé le tout  de chorégraphie musclée, de costumes et grimages aussi savoureux que satiriques et et aromatisé l’ensemble de musiques étincelantes balançant  entre rock et chansons d’amour. La pièce montée finit par prendre des allures de joyeuse comédie musicale tellement l’orchestration des nez de cochon et les versets chantés sont joyeusement cadencés. Il restera sur vos papilles un goût caramélisé de divertissement et le zeste d'une vive leçon donnée aux grands de ce monde, ou à ceux qui se croient l’être. Sublime pâté d'alouettes!

Henri  - un garçon porcher, pas le roi de la poule au pot -  aime Henriette, la fille d’un Roi.   Henriette est  bien sûr contrariée dans ses amours ancillaires et envoyée sur le champ comme promise au « Roi d’à côté » qui n’a rien du charme de Riquet à la Houppe ni d'un quelconque crooner. Jusque-là,  décemment vêtu de munificents atours et halluciné par  sa propre splendeur, il  rêve seulement de se procurer une nymphe pure et de noble race ! Rien que cela, lui qui est difforme, laid, vieux, égoïste et absolument rébarbatif !  « Le faste, voilà le grand soutien du trône! » clame-t-il, sans rire ! Ce sera sa perte !   

On assiste aux multiples préparatifs du mariage sur fond de folie et de  vulgarité, épicée de parodies  où l’on rit de très bon cœur. Le public applaudirait bien debout car toute la classe gouvernante sans classe, d’ici et d’ailleurs est dans le viseur. Le jeune porcher - il est beau comme un berger ! - est bien déterminé à déjouer les arrangements parentaux et la bergère est tout-à-fait d’accord.  Leurs  atouts sont la sincérité, la grâce, l’intelligence, mais surtout, l’amour. De stratagème en stratagème, on s’achemine vers la victoire incontestable des tourtereaux et la chute délectable d’un roi totalement mis à nu.

Le grain de sel : secouez ce merveilleux sac à malices,  ajoutez une bonne dose  d‘étoiles dans les yeux et conseillez le spectacle à 10 de vos meilleurs amis,  si par aventure, le chapiteau en liesse plantait son décor à deux pas de chez eux ! 

Balançons donc leur programme, à ces merveilleux Baladins du Miroir et vivent les alouettes! 

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Le Roi nu

Evguéni Schwartz

Traduction André Markowicz
Mise en scène Guy Theunissen
Avec Hugo Adam, Line Adam, Allan Bertin, Andreas Christou, Stéphanie Coppé, Joséphine De Surmont, Monique Gelders, Aurélie Goudaer, François Houart, Geneviève Knoops, Diego Lopez Saez, David Matarasso, Virginie Pierre

  • Création
  • 20 septembre au 3 octobre 2016
  • Sous chapiteau - Parking Baudouin Ier
  • Durée : 2h30 entracte compris

Bruxelles

LE ROI NU
09/12/2016 - 18/12/2016
Place André Payfa Fosseprez
NOUVEAU SPECTACLE !
LE ROI NU
03/02/2017 20:00 - 12/02/2017 16:00
Parc d'Avroy
En partenariat avec le Théâtre de Liège et le Ville de Liège
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administrateur théâtres

12745977_1156764844368409_7958470845572117_n.jpg?oh=8c091799e102dea0edf1e7139baf2886&oe=575BD9A0Ernestine ou Célestine? Sous la lucarne, une soubrette bretonne très ... trouble!  On ne  sort pas indemne de cette vivante peinture naturaliste  - le décor est signé Noémie Breeus - car question hypocrisies de toutes natures,   voilà une époque qui n’a rien à envier à la nôtre! Voilà une humanité  avare, égoïste, hypocrite, aux allures nationalistes et antisémites. Mais on rit! Les coincés gloussent faiblement, les femmes réagissent sans tabous!  Et tous ovationnent la comédienne! Les littéraires jubilent.  Les historiens et les sociologues s’inquiètent. Et ils ont raison de le faire.  

 La langue fleurie de la plébéienne « sans instruction » s’est déliée et affirmée dans un journal intime « légèrement retravaillé » par Octave Mirbeau (selon ses dires), et édité en 1900 sous forme de feuilleton sulfureux.  La jeune Célestine croque  à belles dents les travers de la société  bourgeoise à l’aube du 20ième siècle,  la dépravation généralisée  des mœurs familiales, religieuses, sociales et politiques. La guerre.

« La mercière m'a expliqué que, sous Napoléon III, tout le monde n'étant pas soldat comme aujourd'hui, les jeunes gens riches «tombés au sort» avaient le droit de «se racheter du service». Ils s'adressaient à une agence ou à un monsieur qui, moyennant une prime variant de mille à deux mille francs, selon les risques du moment, leur trouvait un pauvre diable, lequel consentait à les remplacer au régiment pendant sept années et, en cas de guerre, à mourir pour eux. Ainsi, on faisait, en France, la traite des blancs, comme en Afrique, la traite des noirs?... Il y avait des marchés d'hommes, comme des marchés de bestiaux pour une plus horrible boucherie? Cela ne m'étonne pas trop... Est-ce qu'il n'y en a plus aujourd'hui? Et que sont donc les bureaux de placement et les maisons publiques, sinon des foires d'esclaves, des étals de viande humaine? »

 Cela fait beaucoup pour une seule femme qui,  craignant  de ne pas avoir le succès  rêvé dans la galanterie de haute  lice, a préféré se tourner vers le métier  plus humble de femme de chambre. Mais elle ne mâche pas ses mots et ne manque  ni de courage, ni de clairvoyance. Toutefois,  Célestine s’avère être un personnage très ambigu, car dès l’entrée de jeu, elle affiche  une perversité assumée qui ne fera qu’embellir.

« J’adore servir à table. C’est là qu’on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d’abord, et se surveillant l’un l’autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s’étaler tels qu’ils sont, sans fard et sans voiles oubliant qu’il y a autour d’eux quelqu’un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d’infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c’est une des grandes et fortes joies du métier, et c’est la revanche la plus précieuse de nos humiliations... »

  Malgré sa condition de domestique-travailleuse sexuelle à domicile,  elle écrit un journal intime  on ne peut plus cartographié, acerbe et lucide, et foisonnant d’érotisme qualifié à l’époque de nauséabond.  C’est donc un rôle très complexe que Stéphanie Moriau prend à bras le corps et à fleur de peau, aussi facilement, semble-t-il que si elle allait innocemment pendre une lessive fraîche au jardin !

 L’espace miteux et glauque  de la soupente où  Célestine se réfugie est son espace de liberté, où grâce à la plume, elle s’humanise mais révèle, presque malgré elle, le développement sournois d’un esprit immoral et manipulateur. Pour tromper son ennui, dans la solitude glacée de sa retraite sous les toits,  Célestine se fait un véritable théâtre : jouant   les provocations, les  cajoleries, la  férocité, l’humour, la moquerie, le dédain, la duplicité  avec, au bout de tous les contes, l’engrenage fatidique de l’humiliation-haine-vengeance.  Le rythme verbal adopté  puise activement dans des parlers  divers, ce qui a le don de divertir, question d’alléger quelque peu l’intense  tension naturaliste. Cette vivacité verbale contraste  elle, de façon presque comique,  avec la gestuelle et les déplacements  très étudiés qui jouent sur une sorte d’inventivité tranquille, à la manière d’un strip-tease particulier longuement prémédité. La dynamique est puissante et implacable. Comme  Célestine astique, range innocemment, déplace de menus objets, se met au lit épuisée,  s’habille et se déshabille mille fois pour le service ! Quel art consommé  de poser sa coiffe de domestique de mille façons  et  d’endosser les bretelles de son tablier immaculé par-dessus une robe sévère dont le boutonnage rappelle ceux des noirs habits ecclésiastiques.

Le personnage, une vraie réjouissance littéraire, est incarné par une  comédienne en armes, une vraie  vedette en la matière.  Stéphanie Moriau, joutant avec elle-même, est passée maître dans le pouvoir narrateur, l’enchaînement des flashbacks les changements de ton abrupts. La comédienne possède  l’art de  ballotter le spectateur entre le chaud et le froid. Faisant miroiter sans aucun répit  les tonalités sombres ou rebelles de Célestine, elle  lui sert le poison  des souvenirs amers, douloureux,  parfois  même totalement effroyables, à la façon d’une cynique prestidigitatrice. La complicité entre Stéphanie Moriau et la metteuse en scène Danielle Fire est évidente.

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Malgré l’huis-clos, on en a plein les yeux. L’imaginaire  prend alors  ses quartiers  dans cette petite ville de  Normandie où  Célestine a échoué -pourquoi- ? Par ses yeux on  contemple la richesse véreuse  d’une demeure que l’on appelle château, on s’attarde chez l’épicière ou la mercière, on parlotte avec les voisins, on surprend les secrets sordides des alcôves, des monastères et des églises. On court à Ostende (la honte !) et on se retrouve  à Cherbourg, en fin de parcours, là où  Célestine a achevé sa métamorphose et  s’avère pire  que toutes ses dénonciations! La chaleur suffocante de la dernière scène fait froid dans le dos et rappelle étrangement  les  conclusions désabusées de l’auteur Georges Orwell dans  son «Animal Farm».

 

journal-web-200x300.jpg?width=394du Mercredi 24 Février au Dimanche 13 Mars 2016

LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

Octave MIRBEAU

Figure tragique du début du XXème siècle, Célestine, quitte Paris pour la province et entre au service de riches bourgeois. À travers son journal, elle brosse avec humour l’étrange galerie de portraits et d’événements qui colorent son quotidien.

Son attirance pour l’énigmatique jardinier cultive l’intrigue jusqu’à la fin…

Avec : Stéphanie MORIAU

Mise en scène : Danielle FIRE

Décors : Noémie BREEUS

Création lumière & Régie : Sébastien COUCHARD

Représentations du Mardi au Samedi 20h15, Dimanche à 16h

Durée du spectacle : 1h25 sans entracte

LE 8 MARS : JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES 

Débat après la représentation

 Avec : Danielle FIRE (Metteur en scène), Stéphanie MORIAU (comédienne)

&  

Thilde BARBONI (Psychologue clinicienne, Professeur à L’Université de Mons et Écrivain)

ANIMATIONS SCOLAIRES  conçues autour de l’œuvre de Mirbeau et proposées en classe avant ou après la représentation. Réalisées par la comédienne, elles sont vivement conseillées pour favoriser l’intérêt, l’écoute et la compréhension des élèves durant le spectacle. Et, un dossier pédagogique, spécialement conçu, est envoyé dès la réservation de l’animation. Il est possible d’organiser les animations au théâtre, complétée d’une visite guidée.

Ces animations sont gratuites pour les écoles de la Région de Bruxelles-Capitale, sinon 8€ par élève à partir de 10 élèves. Vestiaire obligatoire compris.

La place est offerte au professeur accompagnant le groupe.

Cette année, les animations s’inscrivent dans le cadre de la Journée internationale des Femmes, la richesse du texte de Mirbeau offre très nombreuses ressources pour les outils pédagogiques.

Instaurée pour souligner les progrès en terme d’égalité, la journée met aussi en relief les nombreux défis pour une véritable parité des sexes à l’échelle mondiale.

Le 8 mars 1917, les femmes russes ont réclamé du pain et le retour de leurs maris, dont deux millions étaient morts durant la Guerre 14-18. En 1921, Lénine décréta le 8 mars Journée des femmes, les Nations Unies l’officialisèrent en 1977. La 1ère  journée Internationale des femmes eut lieu  en 1975.

 

 http://www.comedievolter.be/

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administrateur théâtres

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« Deux étions et n’avions qu’un cœur » semble nous dire Patrick Pelloquet lorsqu’il met en scène la série de pièces courtes écrites par l’écrivain français …qu’il n’a jamais connu de son vivant : Louis Calaferte. Patrick Pelloquet produit donc Les Mandibules, Une Souris grise, La Bataille de Waterloo, L’Entonnoir, Trafic et en 2014 il crée pour la première fois au théâtre Le serment d’Hippocrate. Une métaphore puissante et hilarante qui met en scène la relation des simples  gens avec le monde médical, non pas « Le médecin malgré lui », mais « Le médecin, parce que c’est lui » !  

En fervent admirateur, Patrick Pelloquet soutient par son talent de metteur en scène et de comédien, le travail de  Miguette, l’épouse de Louis,  qui s’est attelée à éditer et rassembler  l’intégralité des œuvres de son mari. Sa fameuse autobiographie  « Septentrion » jugée « pornographique »  fut  interdite à la vente  par la censure en 1963.  Patrick Pelloquet fait œuvre d’affectueuse  réhabilitation car il ne s’en cache pas, il  aime par-dessus tout  l’écriture de Louis Calaferte pour son sens aigu de l’humain, sa défense inconditionnelle de l’individu face aux systèmes qui le dévorent.

 « L’art, c’est la vie ! » Il savoure les parlers familiers et dépouillés d’artifice des braves gens.  Louis Calaferte est dans la lignée de Feydeau qui glisse des grains de sable dans la mécanique  des certitudes.  Il jongle avec la musicalité et la rythmique de  la langue où un mot pousse l’autre à grands coups de balai  pour enfoncer même des portes ouvertes. Ouvertes sur le vide et l’angoisse et notre petitesse. Ce langage « anodin » recouvre bien souvent une réalité plus profonde, comme vue soudain en transparence.  Il pointe que le danger pour l’homme ne vient pas toujours nécessairement de l’extérieur mais aussi hélas de dysfonctionnements physiques qui atteignent le corps. En effet  l’écrivain a été  victime de maladie chronique depuis ses 13 ans et aux prises avec une médecine qui lui a laissé, comme à Molière ou à Jules Romain de fortes désillusions sur la profession de médecin et un arrière-goût très amer. Son théâtre est du « constat expérimenté » vécu dans la chair. 

Louis Calaferte, comme ses illustres prédécesseurs,  est fasciné et horrifié  par l’autoritarisme du monde médical, le  refus d’écoute et les abus de pouvoir de la « Science ».  Il est d’une sensibilité brûlante pour l’humanité des individus  victimes de tous les pouvoirs. Dans la pièce, l’auteur est à la fois le vieux père qui  pratique avec délices la désobéissance culinaire et la vieille mère qui dit non à tout ce que peuvent dire les docteurs qui viennent l’examiner. Il  dénonce la dangereuse manipulation de la Faculté vis-à-vis des   familles  qui ont appelé au secours et il constate avec horreur que la même manipulation  terroriste finit par  infecter à son tour des êtres normalement sains, soudain pris de la même folie manipulatoire, oubliant toute dignité et tout respect vis-à-vis de leurs géniteurs. Le  traitement que l’on inflige parfois à  nos « anciens »  est symptomatique. Le message s’impose : « Il est urgent d’apprendre à vivre et à aimer. » Il est urgent qu’on ne se laisse pas avaler par le brassage puissant  des moulins à vent ! Broyés par la « nécessaire »  soumission aux machines infernales : la violence de toute origine, médicale, éditoriale, familiale, parentale, filiale, viscérale, cardinale, hexagonale, coloniale,  capitale, provinciale, internationale, mondiale, sociale et radicale.

Metteur en scène et comédien dans le rôle de Lucien, Patrick Pelloquet avec ses très brillants comparses du THEATRE REGIONAL DES PAYS DE LA LOIRE, épouse parfaitement ce plaidoyer pour que retentissent « le dérisoire» , « le désarroi » et « l’intime ». Il se réjouit que le public belge trouvé sur sa route, accueille avec  tant d’empathie le texte et ses filigranes. Il ne manque pas de souligner  que le public français est par contre beaucoup plus sensible à l’impact et aux ressorts comiques de tout ce que la pièce décrit comme « un peu bancal» ! Ceci n’est pas une farce.  Et pourtant on rit goulûment, à tout propos, à toutes cascades de postures et impostures. Et pris dans le tourbillon d’énergie  formidable dégagée par des acteurs absolument justes dans leurs interprétions du tonnerre de dieu, on rêve bien sûr de rébellion.

Le Serment d’Hippocrate

de Louis Calaferte

Mise en scène Patrick Pelloquet
Avec Gérard Darman, Pierre Gondard, Patrick Pelloquet, Christine Peyssens, Yvette Poirier, Georges Richardeau

  • Accueil français en exclusivité
  • 1er au 9 mars 2016
  • Théâtre Jean Vilar
  • Durée : 1h20

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administrateur théâtres

12273108063?profile=original « Le monde a perdu son âme » semble  nous dire Molière, la mort dans l’âme, alors qu’il s’écroulait sur scène le 17 février 1673  dans le rôle du Malade Imaginaire.

 Pastorales, ballets et musique de Lully ou de Charpentier de l’ultime comédie de Molière  fêtant les victoires de Louis XIV sont balayés et escamotés dans l’édition 2015 de la comédie-ballet signée Patrice Mincke. La première scène, loin de tout clavecin,  s’ouvre sur les espèces sonnantes et  trébuchantes du personnage d’Argan faisant ses comptes. Il a sa tête bien à lui et le personnage n’est pas sans rappeler Harpagon dans l’Avare.  La cérémonie finale chargée d’ultime  dérision rappelle celle l’intronisation du Bourgeois Gentilhomme en mamamouchi jouée au printemps 2013 par  le même époustouflant Michel Kacenelenbogen. Celui-ci joue très adroitement  autant sur la réalité de l’être malade et en souffrance que sur le registre de la folie.  Cet envoi final de la bêtise triomphante éclaire une ultime fois sur l’absurdité totale du petit monde d’Argan - Harpagon - Monsieur Jourdain.

 Les médecins  admirablement  campés (Didier Colfs et Maroine Amini, David Leclercq et Lise Leclercq) qui  s’expriment dans un galimatias prétentieux et creux entre le français et le latin, font de  leur verbiage omnipotent un fatras d’insanités trompeuses. Un cocktail  certes à mourir de rire, mais fort amer car  la  folie d’Argan aura finalement gagné sur le bon sens élémentaire. Voilà  Argan nommé bachelarius, sans le moindre examen à passer, médecin de papier et pourquoi pas apothicaire par-dessus le marché? Ainsi en va- t-il des diplômes ?  Ainsi va le monde, un  authentique carnaval grotesque, semble nous dire Michel Kacenelenbogen. La mascarade finale marque l’échec du rire salvateur de Molière contre les vices de son temps  et signe le constat désabusé du  triomphe de la maladie de l’âme. Celle de notre monde? En aucun cas imaginaire, cette maladie-là! Une comédie satirique très à propos, sans doute.

12273108665?profile=originalLa mise en scène astucieuse et la scénographie de Patrick de Longrée  rappellent   les mécanismes du rire du théâtre de boulevard symbolisés par la série de portes qui claquent, serties dans les ruines de l’abbaye! Et  place à la parodie des duos enamourés des comédies musicales actuelles. Amateurs de dérision, réjouissez-vous: les époques se croisent et se ressemblent tandis que le pot de chambre  nauséabond d’Argan est presque devenu un personnage à part entière  et suggère une image supplémentaire de notre monde en décomposition. La vacuité et la pédanterie absurde sont les piliers du pouvoir symbolisé par les médecins… ou l’ingénieuse chaise percée signée Ronald Beurms. Dans la distribution étincelante, vous aurez des Diafoirus (Didier Colfs et Maroine Amini), un Monsieur Purgon et son apothicaire (David Leclercq et Lise Leclercq) absolument délirants!

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Le personnage de Toinette (Anne Sylvain), rauque et grinçant  à merci contribue bien  à cette atmosphère. Elle jouait récemment dans « Les filles aux mains jaunes » de Michel Bellier et dans « On achève bien les chevaux » mis en scène par Michel Kacenelenbogen.  Elle n’a rien perdu de sa morgue et de son franc parlé et  rend Argan fou de colère. Toinette, femme intelligente  a su percer à jour la perfidie et  les duperies de Béline – une merveilleuse Bénédicte Chabot,  belle à en mourir dans sa robe bleue Ava Gardner, talons aiguilles et bijoux Farah Diba – et elle monte une très belle scène  démasquant l’imposture de Béline, faisant jouer la simulation de la mort  par Argan. Un point culminant dans la pièce. Mais si cette Toinette soutient Angélique contre son mariage forcé, elle manque peut-être de tendresse et de ce charme de soubrette qui accroche tant les cœurs.

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11743014_10200737929766058_3977131165648083761_n.jpg?oh=bafdc4d2bcfac2025a6a70d494469db1&oe=565469A9&width=296" Ah mon frère! "Le duo remarquable d’Argan et de son frère  Béralde est palpitant, comme deux mondes qui s’affrontent : la Folie contre le Bon Sens et la Raison incarnés par un  Alexandre Von Sivers au mieux de sa forme, toujours aussi impeccable, en habits rutilants, dans une superbe élocution de la langue de Molière.

Le couple Angélique – Cléante, ni riche, ni médecin (Camille Voglaire - Damien De Dobbeleer) est très touchant, et symbolise la jeunesse éternelle en butte aux décisions parentales, des origines à nos jours, en passant par Roméo et Juliette. Un peu de bonheur partagé a surnagé dans cet éloge de la folie, ouf!  

photos : Arnaud Decoster

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Réservations

Visionner le reportage du Malade imaginaire par TV Com

http://www.deldiffusion.be/fr/prochaines-productions/70-le-malade-imaginaire

...Seulement jusqu'au 8 août 2015

 

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administrateur théâtres

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Une  merveille d'humour et de musicalité pour terminer la saison: Voici venir ...de l’imagination en toute chose! Jean-Guy Lecat, le scénographe qui accompagne le metteur en scène Stéfano Mazzonis une fois encore, nous  explique que faire une énième représentation de « L’elisir d’amore » de Gaetano Donizetti n’allait pas sans chercher à innover  complètement et aller à la rencontre de l’imaginaire populaire. Quelle nouvelle boîte à musique choisir ?  Allait-il placer l’histoire au fin fond de la Chine antique, dans une tour de Manhattan, dans le Paris Belle Epoque, à Waterloo morne plaine? Bingo ! L’idée fertile et audacieuse à la fois lui vient d’installer l’intrigue légère - la pochade à vrai dire - au pays des dollars, dans un village de la belle époque du Far West! L’occasion de redoubler d’humour et de rires. 

 Vous verrez : un  shérif en chapeau étoilé, le saloon aux portes battantes, la rampe où l’on attache le piaffant cheval Sunshine (de Nathalie Trillet) , le croquemort qui ne cesse de mesurer ses cercueils, des brigands armés jusqu’aux dents, des Daltons emmenés à la prison boulet au pied, des dames de la campagne en robe empire, en crinoline ou en coiffes de la petite maison de la prairie menées par une généreuse Julie Bailly, des  vivandières de petite vertu, accrochées aux basques d’une garnison de militaires en costume bleu de la guerre de sécession.  Une délégation du  Moulin Rouge envoyée en stage de l’autre côté de l’océan.   De quoi constituer un chœur  extrêmement vivant, dirigé, pour la dernière fois hélas, par Marcel Seminara. L’élixir était de parfaite et rare qualité, et nous en aurions bien repris quelques rasades…

Lors de sa création en 1832 « La Gazetta di Milano »  écrivit : « Le style en est brillant, le passage du bouffe au sérieux est effectué avec des gradations surprenantes et les émotions sont traitées avec une véritable passion musicale… L’orchestration y est toujours brillante et appropriée aux situations. Elle révèle la main d’un maître et accompagne une ligne vocale tantôt brillante, tantôt vivante, tantôt colorée. Airs, duos, trios, morceaux d’ensemble, tant au premier qu’au second acte, tout est beau, très beau et fut très applaudi. Dire quel morceau est le plus beau serait une tâche bien difficile ».

 

Belcore, le joli cœur aux pectoraux bien saillants est interprété par un Laurent Kubla au meilleur de sa forme de surprenant superman et de belcantiste…Effets d’épaulettes, bouquet de fleur volé offert lors d’une demande en mariage expresse à la riche et capricieuse belle du Sud Adina (la sulfureuse Maria Grazia Schiavo), qui se complaît ...dans la lecture de Tristan et Yseult (Rires). Elle ne cesse de repousser avec railleries  les avances du timide Nemorino,  homme de rien, jeune paysan naïf, qui délire d’amour véritable pour elle.  Une interprétation très émouvante et poétique de ce personnage nous est fournie par  Davide Giusti. C’est craquant d’authenticité,  tant le drame vécu balaie  d'un coup la bouffonnerie de l’opéra. Ses duos avec la dulcinée sont pleins de rebondissements, au propre et au figuré. Ceux-ci sont figurés sur scène d’ailleurs, puisqu’un authentique  maître chien (Elodie Vercel)  s’évertue à taquiner son  pauvre chien (Guizmo) envoyé chercher et rapporter un gant batailleur. Malgré tout, cette activité sur scène ne distrait  nullement de la musique, elle la fait vivre de façon étincelante, dans un écrin d’humour et de joyeuse galéjade.

 

 

Et maintenant, le clou du spectacle : Adrian Sampetrean,  l’inénarrable  charlatan Dulcamara en chapeau rouge, costume à franges et lunettes de soleil Michael Jackson,  qui  promet à l’amoureux éconduit une nouvelle chance au travers d’un prétendu philtre d’amour... Vous le verrez pénétrer dans le village de Wallon Valley dans son équipage rutilant conduit par deux chevaux harnachés comme bêtes de cirque. Le tout dans un nuage de poussière et de cupidité aveuglante. Le charlatan des charlatans - un escroc à faire frémir la faculté - d’une stature extraordinaire, se gargarise de verbe, de vocalises et d’autosatisfaction, berne  un  village entier,  et abuse sans sourciller de la crédulité du jeune Nemorino tout en usant d'une certaine sagesse bachique. Mais si philtre il y a, il se trouve dans la cassette d’un notaire… « Il n’est pas de destin contraire qui ne puisse évoluer » chantent les pizzicati à tue-tête sous la conduite vive,  enthousiaste et harmonieuse de Bruno  Camanella  qui n’a pas hésité à injecter l’un ou l’autre « Old Mc Donald had a farm » joué sur clavecin. « Oublie ma froideur, je te jure un amour éternel ! » jettera la précieuse Maria Grazia Schiavo  dans un dernier air où brillent recettes et amour !   

 

Mais c’est l’air grave et tendre  de Nemorino « Una furtiva lagrima » Acte II sc 7 ... brodé sur harpe et basson, qui restera sans doute gravé dans nos cœurs, malgré les fous-rires dûs à la mise en scène et à la brillante scénographie. Ce dernier spectacle de la saison de L’Opéra de Liège est à la fois un clin d’œil sur la très brillante saison passée et une ouverture à encore plus de découvertes savantes et drôles pour l’année prochaine.

http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/lelisir-damore

Saison : 2014-2015

Durée : 3h Langue : Italien  Direction musicale : Bruno Campanella  Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera  Chef des Chœurs : Marcel Seminara Artistes : Maria Grazia Schiavo, Davide Giusti, Adrian Sampetrean, Laurent Kubla, Julie Bailly

Nombre de représentations : 5

Dates : Du vendredi 19/06/2015 au samedi, 27/06/2015

http://www.opera-online.com/items/productions/lelisir-damore-opera-royal-de-wallonie-2015

Productions liées:

Dates de représentations 10 mars 2016 19:30:00

14 mars 2016 19:30:00

19 mars 2016 13:00:00

23 mars 2016 19:30:00

26 mars 2016 20:00:00

30 mars 2016 19:30:00

02 avril 2016 20:00:00

07 avril 2016 19:30:00

La distribution Aleksandra Kurzak Vittorio Grigolo Mario Chang Adam Plachetka Alessandro Corbelli Pietro Spagnoli Personnages de l'œuvre Adina Nemorino Nemorino Belcore Dulcamara Dulcamara -

See more at: http://www.opera-online.com/fr/items/productions/lelisir-damore-the-metropolitan-opera-2016-2016

 

 

 

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administrateur théâtres

 Dès le début décembre, le tout-Bruxelles fait voile vers la galerie de la Reine pour se plonger dans "le" spectacle  bruxellois par excellence : La Revue (2015) du théâtre des Galeries. On y va comme pour un spectacle de patinage artistique, pour le rêve, pour la beauté, pour la performance. Si d’une année à l’autre le charme s’émousse parfois, cette année la production  incontournable de la vie bruxelloise a frappé fort et juste. « Touche pas à mon coq ! »

Elle s’est dépouillée des lourdeurs propres au genre, elle s’est délestée agréablement  d'un nombre de platitudes et de sempiternels retours sur des thèmes éculés. Elle était très émouvante, cette soirée du vendredi 5 décembre 2014, où l’on annonçait en début de spectacle que la  Reine Fabiola venait de nous quitter. « Qui c’est celui-là ? » de Pierre Vassiliu joue aux fantômes et lâche quelques touches d’humour pleines de délicatesse à l’égard de la reine défunte. Cela remplace   avec bonheur les sketches iconoclastes habituels ayant trait à la famille royale et la salle semble être tout de suite réceptive à ce changement de programme.

Est-ce l’esprit de la reine flottant  quelque part dans la salle qui fit que le  spectacle ait tout à coup décidé de faire plus profond dans la teneur des idées et dans la recherche des nuances? Est- ce qu’un esprit de fronde mêlé de  générosité bienveillante aurait soudain débarqué ? Moins de paillettes, plus de sel et  de vérité!  Ce qui est sûr, c’est que l’équipe très soudée des douze artistes dirigés par Bernard Lefrancq a rendu  cette rigolade traditionnelle bien plus intense. Oui, le  spectacle  très lissé de cette année  surprend par sa belle cohésion et son intelligence, avec des textes  et des chansons fort percutants.  Et il pose des questions pertinentes! «Assez de souffrances, l’amour d’un dieu rend-il cruel? »

  Le rythme y est aussi, mais sans vous saouler. La drôlerie est amenée avec réelle adresse, les textes bien composés  flamboient autour de ce qui semble un projet commun des douze comédiens à la fois danseurs et musiciens. Sur l’air de « Z’étaient chouettes les filles du bord de mer… », façon Arno, on chante qu’on en a ras le bol du communautaire!  On est aux chansonniers pour les sujets graves et les sujets sensibles, au Music-Hall pour la danse et la chorégraphie. La pétulante Maria del Rio se retrouve dans pas moins de 12 numéros avec des costumes très class. Et aussi en Nabila, plus vraie que vraie.  On se retrouve au théâtre pour la vivacité des réparties,  et au concert  carrément avec Olivier Laurent.  L’unité de ton et de décor fait loi et l’ensemble est d’une haute tenue artistique.

La poésie s’attache aux chansons d’Olivier Laurent, cet artiste intrépide qui fabrique des imitations vocales plus vraies que nature, comme son « Concert impossible » où il fait dialoguer Pavarotti avec Zucchero !  C’est une véritable bombe  à souvenirs dans  le Patrick Bruel, puis dans  «  Au suivant ! » de Brel qui vise si juste. Mais c’est sans doute l’interprétation des « feuilles mortes» d’Yves Montand qui  aura même fait  monter des larmes aux yeux chez certains spectateurs. On a particulièrement aimé la chaleureuse interprétation de la chanson « Le parti rouge est livide » de Marc De Roy sur la  musique de Gilbert Bécaud « La place rouge était vide…» et son interprétation d’ « un Américain à Bruxelles ». 

La-Revue---c-F.-Gardin-101-1600x1200_spectacle.jpgLe plus théâtral d’entre eux, avec une présence scénique délirante est sans doute Pierre Pigeolet avec ses  malicieuses interventions : tour à tour, un père fatigué de devoir expliquer à sa fille le fonctionnement de la Belgique, membre d’une cellule SOS suicide, Laurent Delahousse, Eli, Le Roi, Le prince Laurent…Quant à Bernard Lefrancq,  qui interprète tour à tour un frêle Charles Michel et une formidable Maggie De Block, on ne peut que le saluer pour l’excellence de son  travail et le choix de son équipe.  

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La Revue 2015

Distribution

Avec Maria del Rio, Bernard Lefrancq, Marc De Roy, Angélique Leleux, Pierre Pigeolet, Amandine Bauwin, Anne Chantraine, Maïté Van Deursen, Frédéric Celini, Kylian Campbell et Olivier Laurent.

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Mise en scène

Bernard Lefrancq et David Michels

Décor

Francesco Deleo

Costumes

Ludwig Moreau et Fabienne Miessen

http://www.trg.be/saison-2014-2015/la-revue-2015/en-quelques-lignes__5361

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administrateur théâtres

Fathers & Sons vus à l'envers?

Un drôle de père

Les lumières s’éteignent, se rallument, les comédiens sont-ils en retard ? Jeu de projo devant le rideau: l’un d’entre eux vient faire des confidences au public à propos du  héros du jour. Mon père, ce héros ? Tour à tour, entre les différents actes, les comédiens  parlent d’une sorte d’hommage géant au père, à l’ami, à l’amant, au mari. Quatre points cardinaux de toute  la vie de François Garnier.  Mais il y a ceux qui aiment et ceux qui détestent  …les surprises!  

Magnifique décor de Francesco Deleo. Le rideau se lève sur un appart en duplex très design avec bar escamotable : côté Bibli (le fils ?) et  côté Bibendum (le père ?). Il suffit d’appuyer sur un bouton et cela démarre.  Le bouton du rire évidemment.  Un rire omniprésent et totalement dérangeant pour  Christophe, ce fils tristounet.

On a inversé les valeurs ...ou les habitudes. C’est le Père (François Garnier, ascendance God Save the Queen), qui est un comble de légèreté, d’instabilité et de dilettantisme. C’est le Fils (Christophe, ce qui n’est pas rien comme prénom) qui est sérieux comme un pape. Il  n'a pas de petite amie, lit Kant, adore Socrate, porte des costumes de vieux et n’a jamais dit une seule phrase humoristique de sa vie. Ce qui   sépare  père et fils  inévitablement et dramatiquement. Pas drôle, un drôle de père ! Drôle de guerre même ! Ils se sont perdus de vue depuis deux ans, au détour des infidélités paternelles et  au cours de ses dilapidations d’argent successives.

Vont-ils se retrouver enfin (le mot est lourd de sens) lors d’éphémères vacances  alors que le script de sa vie légère se réécrit soudain en tragédie ? En effet, de graves menaces de maladie en phase terminale planent sur la santé du père qui avoue (lucidement pour une fois)  n’avoir plus beaucoup d’autre choix hors celui de l’incinération ou de l’inhumation.

Comment reconquérir un fils aliéné par des années de négligence ? Comment, lui qui adore son  beau-père,  redécouvrir un père honni à cause de  cette aura d’amuseur public que tout le monde  vénère, y compris son ex-femme (idéale), remariée depuis 16 ans et mère de deux enfants?

Photo

Photo: St Pascal ?!

  

Les joutes verbales entre le Saint-fils et le père charmant, volage et irresponsable, ont assurément du piquant. Particulièrement  en deuxième partie du spectacle où le cynisme à la Sacha Guitry est monté en puissance. Le duo Pascal Racan /Robin Van Dyck  est éloquent, efficace et profondément émouvant. Le mélange de colère et d’humour fait mouche. Les poncifs et les mensonges  font rire « je peux tout expliquer et quand tu comprendras, tu vas RIRE ! »   Mais  des bribes de dialogue retentissent dans la mémoire… « Mais  QUI est le père de cet enfant ? »  ou « « J’ai fait le bilan de ma vie cette nuit ? Cela t’a pris longtemps ? Cinq minutes… » Et encore, « Tu sais, Papa à huit ans on est toujours un peu conservateur ! ».  

Un drôle de père

Au verso de la comédie, il y a la menace de la panoplie de traitements  que François va devoir subir et auxquels il se refuse… et ses rapports avec la Médecine.  Il y a dans ces circonstances difficiles,  une date que tout le monde semble oublier. Et pourtant !  Nous n’en dirons pas plus.

Le fidèle ami, c'est  Michel Poncelet, comme on le connait, un bonhomme  efficace et tendre. Le jeu de la troupe des  sept comédiens est étincelant, on contourne avec beaucoup d’humour le pathos et on se prend les pieds dans un tapis de rires bienfaisants. Les quatre  personnages féminins sont des points cardinaux  bien plantés, drôles, touchants et spirituels, superbement habillés ou déshabillés, on a le choix! Elles sont toutes  resplendissantes : Rosalia Cuevas, Eléonore Peltier, Catherine Claeys et Angélique Leleux.  Les splendides costumes  sont signés Fabienne Miessen. Si la mise en scène d’Alexis Goslain est quelque peu tortueuse - on préfère de loin les parties « rideau levé » aux apartés de bord de scène - cela fait  sans doute  partie de la réécriture de Gérald Sibleyras. La pièce originale est un immense succès de Bernard Slade, grand dramaturge comique anglo-saxon, auteur d’une multitude de  sitcoms, dont « Ma sorcière bien-aimée».

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administrateur théâtres

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Un monde de pantins? Nous vivons au pays pléthorique des jouets. Nous sommes inondés de tentations électroniques qui brisent en nous la soif de connaissance et la nécessité du moindre effort. Des jouets, il y en a tant et tant qu’on les casse et les met au rebut. Victimes de l’exploitant du lieu, on brait rapidement avec les ânes du cirque. Et la lumière là-dedans? Il n’y a qu’un triste Lumignon qui tire sur sa cigarette électronique.

A travers cette farce cruelle et vertueuse, Pinocchio a encore bien des choses à nous dire. Tête brûlée de la tête aux pieds, mais doté d’un cœur d’or, il désobéit par instinct et prend toutes les obliques qui traversent et transforment, mû par une curiosité avide. Seul bémol: il redoute le travail et l’effort! Les conseils pleuvent de toutes parts, sans effet: de Gepetto son père; du criquet, sa conscience extérieure qu’il a d’ailleurs froidement assassinée; de la fée bleue tour à tour, sœur et mère. Il n’écoute que ses pulsions et les boniments des imposteurs. Sauf que… il éprouve de l’amour pour son père virtuel et pour la fée bleue qui pardonne toutes ses incartades et l’aime sans conditions.

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Et cet amour le travaille de l’intérieur et lui permet de faire un choix! Le sien et pas celui des autres, mais un choix qui le transforme en homme. Il a compris que planter des pièces d’or dans le champ des miracles et attendre que cela pousse est dérisoire. En lui, naît enfin le désir d’apprendre, de travailler, de créer quelque chose pour le bien commun. «Pour être un homme, il faut être rigoureux et bienveillant!» souffle quelqu’un! Au passage, l’auteur Carlo Collodi ne se prive pas de railler la justice et les médecins… Les coups de griffe pleuvent dans cette histoire. Pinocchio se jette enfin à l’eau pour sauver son père parti à sa recherche depuis des mois… La rencontre se fait dans le ventre du monstre marin, un requin-baleine, où Gepetto perd sa lampe mais l’amour lumineux du fils les sauve tous les deux. Ouf! Au retour, la fée bleue est toujours présente mais c’est Pinocchio seul qui s’est fait naître à la vie !  Il appartient maintenant au monde sensible, fait de chair et de sang, de sève et de lumière. « Obéir, désobéir? Pinocchio le naïf fait éclater quelques-unes de nos certitudes. Sa conduite met en question le productivisme de nos sociétés. Ce n’est rien de moins que l’espoir qui nous est donné par le pouvoir de l’imaginaire collodien » écrit Jean-Claude Blanc (Collection du T.P.R., 1983).

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La mise en scène de Stephen Shank répond fidèlement  à l’hymne de créativité entonné par Collodi. Emaillée de savoureuses références musicales de Brahms à Charles Aznavour en passant par "La vie en rose" et "We will rock you", la distribution est éblouissante! Il y a Jean-Louis Leclercq dans Gepetto - un rôle qui lui va comme un gant - Pascal Racan pour le très fieffé Renard, et Marc De Roy pour un inimitable Chat. Avec une Sylvie Perederejev enchanteresse, à la fois: fille, jeune-fille, fée, Colombine, chèvre et mère ! Une armée de poissons fabuleux, des médecins, des gendarmes en bicornes, des bandits et surtout, Peter Ninane, le mignon bandit de la pire espèce…On oscille entre Commedia dell’ Arte et  Grand Guignol! Le metteur en scène, Stephen Shank s’en est donné à cœur joie, question créativité et inventions. Les multiples personnages sont habillés de costumes riches extrêmement recherchés signés Thierry Bosquet, tous gonflés de poésie et d’humour. L’imaginaire est ici le roi des planches. Il n’y a d’ailleurs que peu de décor, si ce n’est la mouvance des différents tableaux. La majesté des pierres de l’abbaye et les très beaux jeux de lumière suffisent amplement. Les chorégraphies s’enchaînent avec souplesse, dans un rythme et une vitalité extraordinaire qui jaillit littéralement des planches, comme autant de miracles, malgré les marches dures où se fracassent régulièrement les rêves du pantin. On ne peut rester de bois devant tout ce bois qui parle, rit et enchante. 

 12273031461?profile=originalSi le programme spécifie que le spectacle ne s’adresse aux enfants qu’à partir de huit ans, nous vous le conseillons sans hésiter dès sept ans. Certes, il s’agit d’une fable cruelle dénonçant les valeurs vides et les compromissions, mais les enfants de cet âge sont déjà exposés et même fascinés par la cruauté du monde. Ils sont au meilleur âge pour faire leur choix et se laisser séduire par les sensibles antennes du charmant criquet Denis Carpentier et suivre, le cœur en émoi profond, la marionnette allégorique qui veut devenir homme, magnifiquement incarnée par Maroine Amini, sacré meilleur espoir masculin au dernier prix de la critique.

http://www.deldiffusion.be/prochaines-productions/66-Pinocchio

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administrateur théâtres

12273023857?profile=original12273024068?profile=originalDu 24 avril au 24 mai 2014 au théâtre du Parc

Made in China de Thierry Debroux

 Par ordre alphabétique : Sophie DESCAMPS (Lisa), Eric DE STAERCKE  (Jean-Pierre), Itsik ELBAZ(Philippe), Fanny DUMONT(Sophie), Adrien DRUMEL (Nicolas), tous excellents.

Cinq dégustations étoilées de comédiens confirmés attendent le spectateur dans  la création de Thierry Debroux, une pièce d’une écriture provocante et d’une facture très enlevée et à la fois, très proche du vécu : C’est « Made in China ». In China seulement ? Ou globalement,  pour l’ensemble de la planète ? N’attendez  nulle  générosité,  ou convivialité : les personnages évoluent « dans un livre qui a commencé à être écrit en Europe et dont le dernier chapitre s’écrit en Chine. » C’est une analyse sans concessions de l’évolution contemporaine du capitalisme et de son implacable dérive, à moins que  nous ne corrigions cette évolution.

12273024464?profile=originalLa voie du Milieu, le Tao devrait être  celle de la sagesse, mais qui, à l’heure actuelle, se préoccupe encore d’être sage ? Ici c’est la rage arriviste qui prévaut à tous niveau, le péché capital de  convoitise ; GREED, disent les anglais. Thierry Debroux met en scène une société irresponsable et déréglée qui fait fi de l’humain, seule sa productivité sans bornes importe. Même les sages préceptes de Confucius sont mis à profit et détournés de leur vérité.  Une  femme glaciale et blonde. Lisa « call me Lisa » totalement maîtresse du jeu, va organiser une véritable guerre des nerfs. Elle  annonce à trois cadres supérieurs qu’ils vont être soumis à  une semaine de tests  individuels et collectifs afin de choisir celui qui, possédant « les meilleurs qualités d’adaptation au changement et à un monde inconnu », occupera un poste  fort convoité à Shanghai. Les trois hommes ont PEUR et d’hommes libres, ils vont devenir esclaves.12273025081?profile=original

Il y a Nicolas, un jeune loup aux dents longues, Philippe, un stressé de la mort (qui tue) et Jean-Pierre, « un homme qui n’a jamais fait son âge », pourvu d’une grande expérience. Les personnages sont  à la fois très typés et  bien nuancés, au sein d'une intrigue socio-économique d’une cruauté  qui n’est pas sans rappeler le film « On achève bien les chevaux *». Le suspense est omniprésent, tout autant que le traitement paradoxalement multi-comique, de la situation. Un procédé qui  a pour effet de rehausser le caractère  tragique du ballet qui va se dérouler.

Parfois la révolte gronde mais les  lâchetés, trahisons, bassesses en tout genre, ou les  hypocrites soumissions, sont les piètres moyens utilisés par ces hommes affolés pour accéder à la reconnaissance et à la promotion. La trouille fait accepter n’importe quoi. Sophie DESCAMPS incarne  magnifiquement  Lisa, le personnage de DRH dont  les méthodes  participent du  harcèlement moral et/ou sexuel...  On assiste, effarés,  au broyage méticuleux  des candidats, enfermés  dans le piège de la compétition. Par d’hypocrites flatteries ou de pénibles dévalorisations, Lisa les déstabilise  avec un cynisme débridé et les  manipule les uns après les autres. Ses chantages successifs ont toutes les chances de réussir  car elle connait tout de leur vie privée, exploitant chaque faille à la limite du sadisme. Elle a engagé pour la seconder, leur collègue et amie Sophie qui connait tout d’eux, ou presque. Sophie, heureuse d’éviter le licenciement virant totalement de bord, se calibre sur Lisa et va noter scrupuleusement paroles, faits et gestes de chaque candidat. Le personnage est très bien étudié et ...l’histoire se complique. A vous d’aller l’apprécier, cela vaut vraiment le détour ! La mise en scène et la scénographie, très intelligentes,  sont signées Peggy THOMAS et Vincent BRESMAL.

«* They shoot horses, don’t they ? »

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2013_2014_005

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12273012087?profile=original"Le jeu du prince des sots et de mère sotte" est un Jeu théâtral comprenant cri, sottie, moralité et farce et en vers de Pierre Gringore (vers 1475-1538), créé le mardi gras 24 février 1512, et publié la même année.

 

La devise figurant au frontispice de l'ouvrage: «Tout par Raison; Raison par tout; Par tout Raison» invite le public à écouter sérieusement les Sots qui s'entretiennent joyeusement des affaires politiques de l'époque.

 

Le cri appelle tous les Sots à se rassembler. On apprend que le Prince des Sots doit tenir sa cour: débute alors une revue des états, à laquelle prennent part nobles, puis prélats, avant qu'apparaisse le peuple, sous les traits de Sotte Commune. Survient Mère Sotte, dont les vêtements symbolisent la papauté; elle expose ses ambitions. Ses acolytes, Sotte Fiance [confiance] et Sotte Occasion, ainsi qu'un astrologue, tâchent de gagner seigneurs et prélats à ses projets. Ceux-là résistent; ceux-ci sont séduits. Ils combattent entre eux jusqu'au moment où l'on découvre Mère Sotte sous le costume de l'Église.

 

La moralité met en présence Peuple français et Peuple italique, tous deux sommés par Punition divine de se convertir au plus vite et d'abandonner leurs démérites. Tant de réflexion appelait détente: telle est la charge assignée à Doublette, épouse insatisfaite qui préfère les services amoureux de Faire à ceux de Dire, car «dire sans faire, il n'est rien pire».

 

Comme dans la Chasse du Cerf des Cerfs (1510), Pierre Gringore fait l'apologie de la politique de Louis XII, monarque qui s'emploie à contrer les effets de l'ambition du pape Jules II. Mais le jeu renforce la satire de l'Église: légèreté du prélat qui «mieux se connaît à chasser / Qu'à dire matines», vente des pardons, arrivisme du clergé évoqué sous les traits de Sotte Occasion, ambitions temporelles d'une Église qui fait concurrence au pouvoir du Prince, telles sont les allusions qui font dire que «l'Église a de mauvais piliers». Le peuple, à qui l'on reconnaît un certain bon sens, notamment quand il attaque l'Église, n'est pas épargné dans la satire de Gringore: ses préoccupations matérielles qui lui font soupirer que «faute d'argent, c'est douleur non pareille», son indifférence quant aux questions d'intérêt national lui valent quelque réprobation dont la moralité se fait elle aussi l'écho. Politique, ce théâtre l'est à plus d'un titre: la satire est explicitement au service de l'éloge royal. Louis XII, «lequel se fait craindre, douter, connaître», ennemi de bigoterie, est seul gardien de l'ordre et de la paix. Cette justification valait peut-être d'être précisée en une conjoncture économique difficile que le jeu évoque à plusieurs reprises.

 

La tension entre les réalités de la vie du temps, rendues avec une certaine licence, et le double masque, que constituent le personnage du sot et l'univers carnavalesque, laissent entrevoir le statut ambigu du théâtre de Gringore, en cet automne du Moyen Age. Le propos sérieux se déploie dans la fête du jeu verbal en un bouquet de calembours, et ce, dans l'immédiate proximité des débordements grivois de la farce justifiés par le pouvoir seigneurial chargé de juger le cas de Doublette à qui son mari demande raison de ses fredaines. «Ce n'est que jeu»: telle est l'expression qui clôt la farce et peut bien renvoyer à l'ensemble de l'ouvrage. Une signature de Sot, qui, quand tout est dit et qu'il va quitter la scène, prétend n'avoir exprimé aucune vérité qui vaille.

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administrateur théâtres

play_349_closer-2707_-_copie.jpg?width=563             « Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir.» Louis Jouvet

 

 « Closer » est une comédie incandescente, mêlant de façon surprenante sentiments, érotisme et humour mordant. Un chassé-croisé amoureux où le sexe, la séduction, la jalousie et le mensonge composent une carte du Tendre  fort amère. À l’instar du roman de Milan Kundera, « L’Insoutenable légèreté de l’être », cette pièce évoque à la fois le plaisir et la douleur d’aimer. Créée au National Theatre de Londres en 1997, puis à Broadway, la pièce  de Patrick Marber est rapidement devenue un succès international joué dans le monde entier. Elle obtint le Laurence Olivier Award, le Critic’s Circle Award, le Evening Standard Award et le Time Out Award. Suivra un film en 2004, dont Patrick Marber signera le scénario. Le théâtre Le Public accueille ce soir de 2014 la splendide production du POCHE GENÈVE sous l’intelligente direction de Françoise Courvoisier.

 

Dans un rythme très tranchant, fait d’éblouissements et de noirs profonds, le miroir de notre société a volé en éclats. Françoise Courvoisier signe une mise en scène élégante et clinique, construite en forme de staccatos en crescendo, comme une formidable partition musicale sans aucune fausse note, terminée par  le point d’orgue d’une danse macabre.   Douze débris de miroir et de temps différents  qu’il va falloir réassembler pour comprendre l’histoire complexe des chassés croisés de ce quatuor  de jeunes trentenaires-quarantenaires insupportables.  Ils ont tous un  esprit caustique et une  force de jeu très précise et expressive, époustouflante de vérité et de modernité. Square-dance d’un type particulier, les quatre personnages se poursuivent  dans une complexité d’émotions haute gamme. Si le langage fort branché est parfois très explicite, la charge émotionnelle inouïe qui siège derrière chaque phrase courte et vive du texte comme un galet brûlant, empêche la vulgarité.  On oscille entre  la subtilité des « Liaisons dangereuses », version moderne, et  celles du « Jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux.

play_349_closer-2685_-_copie.jpg?width=150Dan, un écrivain raté, journaliste nécrologique, a sauvé d’un grave accident sur la chaussée, la jeune et séduisante Alice dont  il tombe amoureux dans la salle d’attente de l’hôpital où travaille Larry, le beau mâle. Quelques mois plus tard, une séance de photos avec la photographe d’art Anna (divorcée et dépressive) relance chez Dan une série d’irrésistibles vibrations sexuelles alors qu’il vit avec Alice et en a fait son héroïne de roman. Entre-temps, rejeté par Anna et se faisant passer pour une femme, Dan se lance dans une séance de chat amoureux torride sur internet  avec le beau docteur Larry, dermatologue et caïd sexuel, à qui il donne rendez-vous à « l’Aquarium » le lendemain. C’est Anna qui arrive au rendez-vous et, se remettant rapidement de la méprise, elle lui tombe dans les bras. Le square-dance infernal peut commencer.

 Patrick Marber semble être désenchanté par l’amour et ne croire qu’à la luxure et à  la volatilité de la relation. Il met  imperturbablement en scène la rencontre, la crise et l’inévitable rupture. Dans la pièce il confronte même deux scènes de ruptures  concomitantes! C’est admirablement joué et interprété par ce quadrille de comédiens totalement investis dans leurs rôles.  Une merveilleuse et très convaincante  PATRICIA MOLLET-MERCIER joue la jeune Alice, à la fois oiseau libre et creuset de souffrance et de charme  entre VINCENT BONILLO et JUAN ANTONIO CRESPILLO. Blackbird Fly! A la dernière semaine de répétitions, notre comédienne belge,  FRANCE BASTOEN a accepté de  remplacer au pied levé le rôle d’Anna. Un rôle qu’elle épouse avec une présence et  une sincérité extraordinaires. play_349_closer8523.jpg?width=260

 

« Honesty’s the best policy ? »  De trahisons, en  abandons, en  revirements, la vérité est  tour à tour une arme et une preuve d’amour, et le plus souvent, un besoin compulsif de demande ou d’octroi de pardon.

DAN.- Je l’aime.

LARRY.- Hé oh, moi aussi.

Ce n’est pas Anna que vous aimez, c’est vous.

DAN.- Vous vous trompez, je ne m’aime pas.

LARRY.- Mais si, et je vais vous dire quelque chose : c’est vous, les égoïstes, qui avez raison, vous êtes les plus forts et le monde est à vous.

Elle est revenue vers vous parce qu’elle ne peut pas supporter de vous voir souffrir, vous le savez. Et ne me parlez pas d’égoïsme, ce n’est pas Anna que vous voulez. Vous voulez votre revanche.

DAN.- Vous lui ferez du mal. Vous ne lui pardonnerez jamais.

LARRY.- Mais si je lui pardonnerai ; je lui ai déjà pardonné. Sans pardon, on est des sauvages.

 On est néanmoins dans des rapports de force, au lieu de ceux de l’amour. Larry-the-winner-takes-it-all a un penchant effréné d’exigence de vérité qu’il habille des traits de l’amour.Tandis que Dan, le loser, genre anti-héros de Woody Allen, frustré et pénible, a du mal à comprendre qu’il faut parfois pardonner sans vouloir fouiller dans des explications qui font mal. Les deux mâles, mus par un égoïsme également affirmé, veulent surtout garder le contrôle à tout moment, quels que soient leurs « sentiments ».

play_349_closer-7024_-_copie.jpg?width=250Le talent de chacun des partenaires pour attirer l'autre n’est dépassé que par leur besoin de posséder ceux qu'ils prétendent aimer. Dans la quête de l’autre il y a un net  penchant pour l’appropriation, … à cause du dépit de ne pas fort s’aimer soi-même, sans doute. Quelle comédie humaine !  Devant la jalousie et le  furieux besoin « d’avoir », la confiance joue les abonnés absents entre victimes ou bourreaux consentants. Portrait incisif d’une société basée sur le défi et le mensonge. "Love and sex are like politics: it's not what you say that matters, still less what you mean, but what you do."

CLOSER

http://www.lepoche.ch/upload/cms/dp_closer.pdf

CLOSER

de PATRICK MARBER. Adaptation Pierre Laville
Mise en scène: Françoise Courvoisier Avec: Vincent Bonillo, Juan Antonio Crespillo, Patricia Mollet-Mercier et France Bastoen.

DU 25/02/14 AU 05/04/14

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=349&type=1

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administrateur théâtres

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        Vous cherchiez un remède contre le blues du changement de saison ? Un spectacle qui a été applaudi sur des ruines provençales  sous les étoiles ? Un duo de comédiens étincelants, jeunes  et complices ? Suivez les facéties, intermèdes et clowneries de la compagnie Plume, dans l’un des derniers spectacles présentés par Bernard Damien à l’XL théâtre du Grand Midi. Il va en effet bientôt s’établir définitivement en France dès le 31 décembre 2013. Ses fidèles spectateurs le regretteront, car la disparition d’un tel théâtre dans la vie culturelle Bruxelloise a de quoi laisser un grand vide. Vide comme un grenier vide.

 12272941256?profile=originalVide grenier ? C’est l’un des textes surréalistes écrits par Feydeau et présentés au public dans ce spectacle à rire baptisé : « Eclats de rirrres » ! Mieux vaut rire que pleurer d’ailleurs,  même si Bernard Damien se réjouit lui de quitter nos cieux belgo-gris ou couleur de lait. Cette série clin d’œil - et l’œil de la comédienne Amélie SEGERS a de quoi faire tressaillir ! – apporte détente, et sourire bon enfant. On se prend à se laisser passionner par le jeu  scénique très vif et très varié des deux nez rouges qui gardent leur précieux nez  planté sur leur chapeau. Raffaele GIULIANI qui s’est illustré dans plusieurs pièces magistrales dans ce théâtre en fuite nous est apparu ici sous un angle tout différent : celui de clown pas triste. Les deux comédiens travaillent de concert tout en subtilité et sensibilité. On glousse, on rit, on flirte avec le non-sens et l’on s’amuse de tous les semblants, vrais ou faux,  les quiproquos et situations surréalistes qui plaisent tant à la Belgique.12272941868?profile=original Les sujets sont pêchés par les spectateurs  dans des seaux et cuvettes vides : animaux domestiques, lettre d’amour, mésaventures, voyages en train...   Comme quoi, il a  parfois quelque chose dans le vide ! Et il se passe des choses : comme de la magie théâtrale sur cette scène improvisée à coups de parapluies. Il y a ce perpétuel  duo de monologues  rafraîchissants entre ces deux comédiens dont le sourire et les mimiques étonnent, réchauffent et pétillent sans jamais saouler. Autodérision à la clé.  Feydeau  le dit d'ailleurs: il détèèèste les monologues, remarquez, on s'en doutait un peu!

Un monsieur qui n’aime pas les monologues:

«Non ! je m’en vais ! cela m’agace ! Il y a là, à côté, cette grande brune, vous savez, cette grande brune qui dit des monologues… Eh bien ! Elle en dit un en ce moment !…

Des monologues ! a-t-on idée de cela ! Si j’étais la préfecture de police, je les défendrais ! C’est faux ! Archi-faux ! Un homme raisonnable ne parle pas tout seul ; il pense, et alors il ne parle pas ! C’est ce qui le distingue des fous qui parlent et qui ne pensent pas. Admettre le monologue, c’est rabaisser l’humanité ! On devrait le défendre ! cela me rend malade !»

« Moi, je n’admets le monologue… qu’à plusieurs ; parce qu’alors ce n’est plus un monologue ! » « Tenez, c’est comme les acteurs ! Eh ! bien je les supprimerais, les acteurs ! Ce sont eux qui tuent le théâtre !  » « Tenez ! le théâtre ! on dit toujours : "Il n’y a plus d’auteur ! " Eh bien !  ça n’est pas vrai ! La vérité, c’est qu’il n’y a plus de pièces ! » …Plus de théâtre non plus,  très bientôt. Plus que deux ultimes spectacles*  et place au RRRRRideau de Bruxelles qui va bientôt  pouvoir poser ses bagages et jouer aux Bernard-l’hermite dans ce lieu qui nous est si cheRRR !

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Rirrres,  puisqu’il ne faut pas pleurer !

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d'après ....les monologues de FEYDEAU

 

 DÈS CE SOIR ET ENCORE DEMAIN, rions de bon cœur aux facéties burlesques  de la Compagnie des PLUMES qui virevolte  de jeux d'esprits en jeux de mots, de situations vaudevillesques en épisodes tragi-comiques !

Un moment de plaisir, de rire et de détente à l'XL Théâtre du Grand Midi.

En coproduction avec La Cie des PLUMES que vous avez pu applaudir à L' XL Théâtre lors de la création de UN CERTAIN PLUME de Henri MICHAUX

 

avec

Amélie SEGERS et Raffaele GIULIANI

 

Du 17 au 21 septembre 2013 à 20h30 - Petite Salle

 

Réservations conseillées au 02 513 21 78

 

XL Théâtre du Grand Midi - Direction Artistique Bernard Damien - rue Goffart, 7a 1050 Bruxelles

http://www.xltheatredugrandmidi.be/   info sur les deux derniers spectacles

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administrateur théâtres

 

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« La Loi, Mr. Strickland, n’est pas un terrain de jeu métaphysique. Mais l’arène d’un combat. »   Henry Brown ne croyait pas si bien dire !

 L’intrigue n’est un prétexte bien que l’affaire soit grave: au départ, l’homme blanc riche et influent, Charles Strickland  est accusé de viol sur une femme noire et pauvre. Accusation mensongère ? Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’affaire du Sofitel de 2011, mais aucun rapport car  la pièce a été écrite presque 2 ans auparavant.  L’accusé (le très touchant Jean-Michel Vock) s’adresse à dessein à  un bureau d’avocats à mixité raciale pour se défendre.

 Jack Lawson (Alain Leempoel) et son associé Henry Brown (Emile Abossolo M’Bo) qui semblent roués dans leur métier discutent longuement l’opportunité d’accepter cette affaire délicate. Ils se méfient avec raison : il sera malaisé de dissocier le crime sexuel du crime raciste dans une Amérique traumatisée par son histoire esclavagiste. On risque une émeute raciale au procès.  Comment affronter un jury populaire multi-ethnique et multi-socioculturel bourré d’affects et ne pas être victime de  nouveaux préjugés? Suzan, la jeune  avocate-stagiaire  voit clair dans l’époque : « Les Blancs penseront que l’innocenter serait faire preuve de racisme. Et pour les Noirs, un tel jugement serait une trahison.»

La pièce commence par une déstabilisation systématique du client potentiel afin de dégager la meilleure attaque pour obtenir avec certitude la victoire juridique. Voici déjà une première volée de propos sulfureux offrant matière à réflexion quant aux méthodes utilisées par les avocats : « Aucune des parties ne veut la vérité. Chacune veut imposer son point de vue. Est-ce que la société « mérite » que la vérité soit prouvée ? Certainement. Est-ce qu’on y parvient ? Jamais. Pourquoi ? Parce que même les parties en litige ne connaissent pas la vérité. » Tout tiendra à quelques paillettes...

12272939656?profile=originalLa parole est un instrument de manipulation, pas de vérité. La pièce va-t-elle  aussi débattre sur le droit de chacun à la défense ? Certainement, mais c’est plus compliqué que cela. Très pernicieusement,  la fable urbaine satirique tourne à la tragi-comédie noire.   ...Si on ose le mot !  Voilà Jack Lawson  en butte à la vindicte de son assistante (un rôle taillé sur mesures pour Babetida Sadjo), qui  va profiter de la situation  pour inverser les rôles. Elle est bardée de diplômes, noire, jolie, intelligente et menteuse. Sous des dehors dociles au début, elle développe la secrète intention de  phagocyter ses deux patrons, de leur faire mordre la poussière et leur infliger une vengeance  à la fois personnelle et atavique. A l’un par pure haine raciale inversée – il est blanc – et à l’autre par haine sexuelle profonde - il est noir et traite les femmes comme elle affirme que les hommes noirs traitent leurs femmes.

Nous voici soudain, dans  un  tout autre tableau secoué par une onde sismique de haine, qui comme dans un thriller psychologique décompose toutes les certitudes du « politically correct ».  Le bureau d’avocats, en voulant jouer la carte de la  discrimination positive a fait entrer un loup dans le cabinet. Et pourtant l’avocat noir avait vu juste, il ne voulait pas engager la trop brillante stagiaire noire.  La stratégie mise en place par les associés pour gagner la cause de l’accusé se délite mystérieusement. De  désillusions en désillusions, la victoire apparaît de plus en plus insaisissable. Une seule chose est sûre: la  justice est bien  différente, selon qu'on soit noir ou blanc, quelle que soit l’époque. «C'était injuste jadis déjà, et cela reste injuste aujourd'hui» plaide Jack Lawson ironiquement…. 

12272939459?profile=originalSi au début c’est l’accusé plein de superbe qui est sommé  pour la cause de livrer tous  ses sales petits secrets, c’est finalement  Jack qui fait les frais d’une dissection méthodique. Jack ou la superbe société enfermée pour un soir, dans un huis-clos noir et blanc.  Une pièce sulfureuse, mouvementée malgré certaines répliques truffées de rhétorique,  très habilement mise en scène par le jeune Patrice Mincke, qui prépare aussi  la pièce « Orphelins » pour le théâtre de Poche pour cette saison. Il a œuvré un peu à la manière d’une dissection, levant les différents organes de la pièce avec beaucoup de maîtrise alors que l’intrigue peut sembler un peu confuse au premier abord : where is the plot ?  Ou si vous préférez, il a travaillé à la manière d’un ingénieur civil qui bâtirait patiemment une cathédrale diabolique dont on n’aperçoit le profil qu’à la fin. Le théâtre est une représentation.  C’est tout le propos de  David Mamet, le dramaturge qui de son écriture hachée, insolente, pousse les protagonistes dans leurs derniers retranchements. Il fallait une scénographie de salle d’op, un bureau d’avocats newyorkais stylisé,  lisse et froid comme cadre pour l’âpreté des échanges du quatuor de comédiens tous très brillants. A la première, bouleversée par l’énergie qu’elle a mise dans son rôle, Babetida Sadjo a du mal à retenir ses larmes lors du salut final.

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12272748692?profile=originalRACE

de DAVID MAMET. Adaptation : Pierre Laville Mise en scène: Patrice Mincke. Avec: Alain Leempoel, Babetida Sadjo, Emile Abossolo M'Bo, Jean-Michel Vovk.

DU 03/09/13 AU 19/10/13

 Au Théâtre Le Public

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=339&type=2

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administrateur théâtres

 

12272935653?profile=original"Reprenons l’ordre chronologique : a)  L’écriture de Roberto Athayde  b) Ce qu’en fit Annie Girardot en 1974, c) Ce qu’en fit le théâtre Le Public en 2013"

 

 Conçu par l’auteur brésilien Roberto Athayde, ce seul en scène était une attaque virulente contre les délires politiques des dictateurs en Amérique du Sud. Une métaphore osée qui met en scène une instit pathétique (silence dans les rangs !) pour combattre un système qui boucle la parole, encourage la délation et réduit l’humain à un porte-faix …. Mais plus personne ne parle chez nous  de ce cinéaste, dramaturge, écrivain  et poète brésilien.

 

Le monologue de Madame Marguerite a fait fureur en France dès qu’Annie Girardot créa sur scène en 1974 ce personnage névrosé de Madame Marguerite. Institutrice de CM2, Madame Marguerite pratiquait avec ses élèves un absolutisme pédagogique quasi intégriste. Elle se sentait investie d’une mission vitale, détenait un savoir obscurantiste absolu (!) ainsi que le pouvoir totalitaire (!). Ses sautes d’humeur, de la basse flatterie à  l’insulte en passant par un registre de propos malveillants exposaient une caricature bienvenue du délire de la violence. Joué  à l’époque devant un auditoire médusé au Paul-Emile Janson à l’ULB avec tout le talent et la férocité dont Annie Girardot était capable, on ne pouvait sans doute pas taxer ce spectacle d’outrancier.    

 

12272935666?profile=originalAvec Le tandem Virginie Hocq (à la mise en scène) et Marie-Paule Kumps (l’institutrice omni-théâtrale), on plonge dans le surréalisme si cher à notre pays. Car le texte a vraiment pris un sérieux coup de vieux tandis que les images du couloir de la salle de classe belge sont  hyper-réalistes. (Bravo à Céline Rappez pour sa scénographie et ses costumes ton sur ton avec les murs jaunes et le tableau vert!)  Les portraits royaux cuvée 2013 sont de la dernière actualité… Dès l’entrée les spectateurs sont conditionnés à être des élèves soumis et sans défense, sauf celle de rire !  Mais comment être touché par ce texte devenu plutôt banal à nos yeux? Certes, il rend compte des gains inestimables de Mai 68, époque révolue, où il était indispensable de combattre le délire dictatorial en général, offrir la liberté sexuelle, libérer les femmes, changer la relation maître-élève. Las, tout cela semble être bien dépassé et finit par ennuyer. Surtout que l'on  reçoit  aussi en plein visage  des tonnes  de préjugés durs à cuire vis-à-vis de l’homosexualité. Et on subit, impuissants, la banalisation et les dégâts de l’utilisation des drogues, tabac compris.

12272936477?profile=originalDe récréatif et vachement critique, le spectacle devient glauque, orné de vulgarités de tous genres et lourd de  platitudes.  Dommage car, après quelques décrochages et bâillements au milieu des rires assidus des spectateurs bien conditionnés, on arrive enfin dans le vif du propos. Alors, les dix dernières minutes du spectacle sont foudroyantes car elles dénoncent la vitesse de l’évolution d’une société où tout d’un coup les choses vous échappent. Comme dans la terrible maladie d’Alzheimer. Cela est très émouvant et splendidement joué par Marie-Paule Kumps. Le travail du jeu de l’actrice est remarquable dans la montée de  son délire psychiatrique.  Madame Marguerite est devenue superbement folle dans cette parodie, car la société est devenue folle!

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UNE CRÉATION ET PRODUCTION DU THÉÂTRE LE PUBLIC. PHOTO©BRUNO MULLENARTS.

Assistanat à la mise en scène: Monia Douieb

Scénographie et costumes : Céline Rappez

Couturière : Carine Duarte

Lumière : Maximilien Westerlinck

Régie : Louis-Philippe Duquesne

Stagiaire régie : Aurore Mignolet

Photos: Morgane Delfosse

 

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=340&type=1

MADAME MARGUERITE

de ROBERTO ATHAYDE Adaptation Jean-Loup Dabadie

DU 05/09/13 AU 26/10/13

Marie-Paule Kumps sera l'Invité du Public le 5/10/2013

Quelques photos, ainsi que celles d'Arts et Lettres: ici

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administrateur théâtres

C’est une heureuse  reprise. L’année dernière Jean Vilar affichait complet. Et on le comprend. Malgré les affiches criardes, c’est beau et succulent comme, Mmmm ! … de la belle nouvelle cuisine. Les plats se succèdent  sur le plateau devant trois immenses  paravents japonais lumineux qui évoquent le  bureau d’astronomie à droite, le salon au centre et la salle à manger à gauche. Quelques meubles épars, rescapés de l’époque des rois, flottent dans les savants  jeux de lumière de Jacques Magrofuoco. Le mot « savant » ici  n’est pas de trop et souligne le propos, avec bonheur. Armand Delcampe signe une  mise en scène burlesque et audacieuse. La distribution est rôdée et déborde d’énergie. 

Dès le début, le décor  surprend. C’est l’éblouissement de tout  l’univers étoilé cependant qu’une lune rousse se demande qui, du féminin ou de masculin, l’emportera. Ensuite le papier translucide  des paravents  se transforme en  aurore,  fixant  les  teintes pêche et fuchsia des robes 1920 des  doctes dames. Il enchaîne  ensuite dans  les tons vert tendre  les reflets irisés de paysages aquatiques aux lotus et chrysanthèmes stylisés. Les personnages  vont, viennent et disparaissent derrière les paravents en ombres chinoises et musicales des années folles.

Mais il n’y a pas que ce décor épuré et les costumes fauvistes de Gérald Watelet qui subjuguent le spectateur. Les amoureux d’abord :  Clitandre (Julien Lemonnier) a des allures de Gatsby le magnifique, l‘argent en moins! Et Henriette (Agathe Détrieux ) n’a de précieux que le nom, le reste est grâce et intelligence car le chouchou de Molière a tout pour plaire. 

Il y a le jeu extraordinairement puissant de l’impuissant  Chrysale, mené  par un surdoué de la scène, Patrick Brüll. ce dernier est  au mieux de sa forme et n’aurait pour rien au monde revêtu perruque à boucles, escarpins, bas blancs et pourpoint à rubans. Le voilà royalement sanglé dans une  splendide veste de velours, rouge de  la colère qui gronde  et  qu’il a bien l’intention de  troquer contre un habit sobre de son choix quand enfin, il reprendra le pouvoir usurpé. 

Car il s’agit bien de cela : de l’usurpation du pouvoir par les femmes. Le mari veut, quel que soit le siècle,  une femme dans son lit et des mets délicieux servis à l’heure pour son dîner. Il n’a cure de sciences, de latin, de grec et de philosophie. Les vers et la littérature l’emplissent de bile à tel point qu’on le verrait bientôt dépérir. Pour peu, on aurait pitié de lui !

Ce qui est vrai c’est la guerre aux extrémismes menée avec détermination et bon sens par Molière.  Qu’il s’agisse de  la préciosité ridicule des courtisans dévorés par le désir de  pouvoir ou de celle de trois péronnelles en folie qui se trémoussent devant le dieu Grammaire, la muse Poétique et les  Galimatias de tout poil, il s’agit d’une même Folie.  Nuisible à la bonne gouvernance, à la justice et au bonheur de tous. Voyez comme est traitée la pauvre Martine au naturel frappant (l’excellente Marie-Line Lefebvre) ! N’êtes-vous pas indignés ? Et Notre Monde moderne  n'a-t-il pas ajouté quelques folies en plus? La folie sexuelle, la virtuelle, la religieuse, l’économique… Mais où donc est passée la réalité ?  Et si Molière, par aventure nous revenait sur terre, il serait bien mari de  tous ces  excès  et de  ces extravagances  fantasmagoriques.  Des postures, toutes aussi ridicules. L’érotomane Bélise campée par  Cécile Van Snick décroche moquerie,  rires et gloussements à chacune de ses répliques! Le Trissotin de Pierre Poucet est en tout point odieux et exécrable à souhait,  personnage grandiloquent (au sens étymologique, s’entend), à l’affût bien sûr, du moindre profit. 

Molière  a donc raison.  Les maris en perte de pouvoir évident sont réconfortés d’entendre les  discours de Chrysale. Les filles (à marier ?) qui préfèrent l’amour à l’argent et  les plaisirs de couple et de famille  à l’érudition, sont  ravies de pouvoir faire un pied-de-nez à leur Philaminte  de mère-femme des années 80 ainsi qu' à leurs sœurs rivales ! A moins que tout ce beau monde, femmes, enfants et maris ne fassent fi du discernement, de  l’harmonie des alexandrins de l’illustre homme de théâtre  et ne soient devenus sourds à ses  savoureuses mises en garde verbales. Mmmm !

Distribution

 

Mise en scène : Armand Delcampe

Avec

Chrysale : Patrick Brüll

Armande : Morgane Choupay

Henriette : Agathe Détrieux

Vadius : Alain Eloy

Martine : Marie-Line Lefebvre

Clitandre : Julien Lemonnier

Trissotin : Pierre Poucet

Ariste : Freddy Sicx

Julienne : Julie Thiele

Bélise : Cécile Van Snick

Le notaire : Jean-François Viot

Philaminte : Nathalie Willame

Assistant à la mise en scène : Jean-François Viot

Décor et costumes : Gérald Watelet

Lumières : Jacques Magrofuoco

Régie vidéo : Quentin Huwaert

Régie lumières : Jacques Perera

Construction décor : Mathieu Regaert et Marc Cocozza

Direction technique : Jacques Magrofuoco

Une production de lʼAtelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa, avec la participation du

Centre des Arts Scéniques.

Avec le soutien de la Province du Brabant wallon.

« Molière, l’humain parfait?

 

De la femme et de lʼhomme, il a tout observé, tout perçu ou pressenti, tout exploré et éprouvé.

Rien de la bonté, de la perversité, de la médiocrité humaine ne lui fut étranger.

Il se lança à corps perdu dans lʼaventure des désirs insensés.

Il prit tous les risques et souffrit tous les tourments. Il dit non, rusa, parla, protesta, se tut, reparla sans se démettre ou se soumettre jamais.

Dieu merci, il ne fut pas un « artiste pur ».

Il côtoya et chérit lʼimpur comme un fou, il comprit et il aima sans mépris lʼhumain plus quʼimparfait.

Poète vivant, il a, plus quʼaucun autre, fait vivre ensemble la poésie, la comédie et le drame, rires et larmes enchevêtrés, élans et faiblesses confondus, désirs infinis avec petites vérités pratiques à lʼexclusion des grands principes abstraits et des dogmes irréfutables.

Il a subi, il a enduré le calvaire des pouvoirs imbéciles, absolus et contradictoires, aux titres cumulés dʼauteur, dʼacteur et de chef de troupe… de sorte que mettre nos pas dans les siens nous paraît aujourdʼhui dʼun grand confort et dʼun incessant réconfort.  Merci au Saint Patron ! » 

 

                                                                                                                          Armand Delcampe (croyant en Molière)

 

 

 

 

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