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Des cailloux plein les poches, Genval

Spectacles

« Des cailloux plein les poches », avant-dernière

Festival « Il est temps d’en rire » – Genval

Décryptage

Cela démarre à un train d’enfer. Il faut un certain temps pour que l’oreille s’habitue au rythme des … vociférations et des jeux d’accents étranges.

Deux champs inclinés se font face : celui où évolueront les comédiens et le nôtre, semé de transats Atlantic Blue, ornés du mystérieux visage d’une pieuse… faiseuse de bière belge. Absence de décor, côté scène végétale, tandis que le public sirote tranquillement ses cocktails en attendant les artistes. Guinness is good for you… Mais, curieusement, on n’en a pas trouvé au comptoir. Seulement des limonades… aux fleurs calmantes !

À l’heure dite, les deux acteurs déboulent sur leurs pelouses en terrasses comme deux bolides lancés dans un shaker. Vont-ils s’écharper ? Comédie ou tragédie ? On pensait… humour !

Puis, presque sans qu’on s’en aperçoive, l’Irlande apparaît. Un arbre cachait la forêt. Une forêt de figurants. Pour tout décor, une simple barrière à vaches qui, par la magie du théâtre, devient tantôt fermes, enclosure — so British ! – église, château, loge de diva et le pub favori du village. Nous sommes au cœur du Kerry irlandais. Shakespeare n’aurait pas renié cette économie de moyens où le verbe suffit à faire naître le monde.

Nous étions arrivés très tôt pour choisir les meilleurs transats. Nous y faisions carrément la sieste sous couverture, et puis à l’heure dite, ce réveil tonitruant! Comme souvent, nous avions volontairement évité de lire le résumé de la pièce. Nous aimons découvrir les spectacles sans mode d’emploi.Peu à peu, le voile se lève.

Les deux comédiens ne sont pas deux personnages, mais près d’une vingtaine. À coups de voix, de postures, d’inflexions, ils passent de l’un à l’autre avec une virtuosité sidérante. Pendant une heure trente, ils s’interpellent, se répondent, changent d’identité en une fraction de seconde. Il faut suivre, mais quel bonheur lorsque la mécanique devient lisible !

Ce double seul-en-scène tient du prodige.

Charlie et Jake, deux chômeurs d’un petit village irlandais où même le ramassage de la tourbe ne nourrit plus son homme, se font engager comme figurants sur le tournage d’une superproduction hollywoodienne venue exploiter les vertes collines du Kerry, berceau de l’âme irlandaise.

Autour d’eux gravitent réalisateurs, producteurs, vedettes américaines, gardes du corps, habitants pittoresques, enfants, touristes… Toute cette galerie de personnages naît sous nos yeux grâce au seul talent de Stéphane Pirard et Thibaut Nève. C’est proprement bluffant.

Au début, la pièce semble parodique, grinçante, presque chaotique. Elle cahote comme une charrette lancée dans une descente vertigineuse. On se demande où tout cela nous mène. Puis l’émotion s’installe. Mieux, une profonde empathie pour le drame qui éclate.

Sous les éclats de rire apparaît la résistance silencieuse d’un village face à l’invasion hollywoodienne. Les vaches elles-mêmes semblent prendre parti. Le truculent cède la place à l’émotion, puis au cruel.

They shoot horses, don’t they?

Ce souvenir cinématographique revient du fond de la mémoire. Pas des plus jeunes, bien sûr, mais l’occasion de leur expliquer Sydney Pollack. À chaque siècle, ses crises profondes.

Si nous avions eu des brassées de fleurs, nous les aurions offertes avec immense gratitude à ces deux acteurs héroïques : Stéphane Pirard et Thibaut Nève. Ils ont simplement dit : « Demain, c’est le dernier soir » en retenant leurs larmes, faisant sourdre les nôtres.

Et les cailloux de Sean ? Plus jamais je ne regarderai un caillou comme avant. Pourtant, comme lui, je les ai toujours aimés.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Plus d’info

Mise en scène : Thibaut Packeu

Texte : Marie Jones, adaptation d’Attica Guedj et Stephan Meldegg

Scénographie et costumes : Sophie Hazebrouck

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administrateur théâtres

Musica Mundi, l'Excellence à Waterloo

festival

La 28e édition du festival Musica Mundi

du 20 juillet au 2 août 2026

 

Retour sur un festival d’été que nous suivions avec amour… bien avant le Covid ! Il est entièrement basé sur des valeurs que nous vénérons : l’enseignement et la transmission.

À Waterloo, entre les murs paisibles de Fichermont, l’école internationale de Musica Mundi constitue une grande famille musicale depuis plus d’un quart de siècle. Elle a la coutume d’inviter comme professeurs les plus grands interprètes de notre temps, les réunissant autour de ceux qui seront peut-être les plus grands de demain. Main dans la main.

Ici, les jeunes aspirants en résidence, viennent de tous les coins de la planète et ont la chance immense de respirer la musique du matin au soir. Ils apprennent à écouter autant qu’à jouer. Ils découvrent que la virtuosité n’est pas un défi d’ordre physique ou mental pour recueillir des louanges, mais que la musique classique est avant tout une école d’humilité, de dialogue et de confiance. Aussi de solidarité à toute épreuve.

Donc, cette école, sous le haut patronage de Mathilde, Sa Majesté la reine des Belges, se veut être un berceau culturel bienveillant pour des cohortes d’amoureux de la musique. On le sait, si à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, on prépare l’envol des grands solistes, à Musica Mundi, c’est l’étape précédente, la formation dès le plus jeune âge, offerte à de jeunes oiseaux qui apprennent à écouter le vent avant de déployer leurs ailes. Et après ? The Juilliard School, le Royal College of Music, le Mozarteum, des institutions les plus prestigieuses au monde…

Cette philosophie, imaginée dès 1999 par Leonid et Hagit Kerbel, dépasse incontestablement le seul enseignement instrumental. Elle défend des convictions profondément humanistes : former des musiciens d’exception, certes, mais surtout des êtres humains capables de faire de la musique un langage universel de paix et de fraternité. Le plus beau des objectifs, on en conviendra !

Rien d’étonnant, dès lors, que Maxim Vengerov ait trouvé dans cette aventure une résonance si intime.

Le violoniste, considéré comme l’un des plus grands musiciens de notre époque, n’a jamais conçu sa carrière comme une enfilade de triomphes internationaux. Partout où il voyage, il cherche les jeunes talents qui méritent d’être accompagnés. Lorsqu’il découvrit Musica Mundi, il reconnut immédiatement une vision commune : offrir aux nouvelles générations un environnement où l’exigence artistique marche main dans la main avec les valeurs humaines pour en faire des citoyens du monde…

Maxim Vengerov est ainsi devenu en 2018 le « Goodwill Ambassador » de la Musica Mundi School. Dans le même temps, il revient régulièrement au festival estival annuel où il donne des concerts, des masterclasses et partage cette présence généreuse qui fait les grands pédagogues. Son message est limpide. En même temps que les techniques musicales, il veut faire transparaître sa confiance en l’homme et que la manière de jouer soit une façon … d’habiter le monde.

Derrière la perfection de l’archet ne se cache pas seulement un immense travail. Il y a la rose des vents de l’âme. Celle qui oriente toute une vie vers la beauté, le partage et la transmission. Dans une communion d’esprit et de cœur.

Cette année encore, Maxim Vengerov a bien retrouvé “sa” famille musicale à Waterloo, montrant au public combien le feu de sa passion musicale peut enthousiasmer le public des élèves, et celui des admirables mécènes, et celui des invités à la fête musicale, tout à coup, aspirés vers les sublimes sphères de l’émotion artistique. Et oui, l’Art est fait pour faire vibrer nos rêves humains.

Lors du concert de ce 27 juillet, nous avons écouté la Chaconne, partita n° 2 pour violon solo, BWV 1004, les yeux remplis de larmes, d’un bout à l’autre. Et ses duos extraordinairement complices de Beethoven et de Schubert, avec le fougueux pianiste Sergio Tempo, ont tenu du prodige.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Musica Mundi  

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Hommage à QUEEN !

CONCERT : CANDLELIGHT – QUEEN 

Formule musicale particulière, Candlelight mise sur autre chose que les salles traditionnels de concert. Ici pas de rideau ni de projecteurs ! Une petite formation sur scène, des arrangements musicaux pour mettre à l’honneur le squelette des mélodies originales et une ambiance tamisée par des centaines de bougies. À Bruxelles, ces concerts se tiennent dans des lieux prestigieux. L’ambiance privilégie le calme et l’intimité, loin des lieux qui attirent des milliers de fans venus acclamer une vedette. La lumière est douce et le public découvre la programmation dans le silence. Le présent concert rend hommage à Queen, groupe majeur du rock britannique, fondé au cours des seventies par Freddie Mercury, qui en a été la figure centrale. Une voix unique autant qu’une présence fédératrice ! Qu’on le veuille ou non, Queen a marqué l’histoire de la musique de la seconde moitié du XXe siècle. Son répertoire continue d’être écouté par différentes générations, avec des titres qui mélangent rock, opéra et ballades. Ils parlent d’amour, de liberté, de puissance et d’émotion.  Bien entendu, la formule Candlelight dépouille ces morceaux de leur orchestration connue pour les faire découvrir autrement. La version quatuor à cordes, sans guitare électrique et sans batterie, met tout l’accent sur le jeu des violons, de l’alto et du violoncelle, faisant que les arrangements deviennent plus sobres afin de laisser émerger la seule beauté des mélodies Le programme comprend Bohemian Rhapsody, Somebody To Love, Under Pressure, I Want To Break Free, We Will Rock You, Who Wants To Live Forever, Another One Bites The Dust, Don’t Stop Me Now, The Show Must Go On, Killer Queen, Love Of My Life, Radio Ga Ga et Crazy Little Thing Called Love. Chaque chanson conserve son identité, même s’elle change de couleur. Les harmonies ressortent différemment et le génie de la composition devient plus visible.  Candlelight propose ainsi une autre lecture de Queen, avec une écoute plus lente et plus sensible. Une expérience immersive qui redonne à ces chansons une nouvelle intensité. Une performance musicale à découvrir le 29 août 2026 au Concert Noble. Voyez plus de détails sur le site officiel  www.candlelightexperience.com

Rue d'Arlon, 82 à1000 Bruxelles

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THÉÂTRE : LE SONGE D’UNE NUIT  D’ÉTÉ

Ecrite vers 1595 par William Shakespeare, cette comédie a traversé un demi-millénaire sans perdre une once de sa fraîcheur ni de son pouvoir d’enchantement. Située entre la ville d’Athènes et une forêt mystérieuse, l’action raconte l’entrelacement de plusieurs destins, où se mêlent amours contrariées, quiproquos savoureux et interventions surnaturelles. Tout commence avec Hermia, que son père veut marier à Démétrius, alors qu’elle aime Lysandre. Refusant cet hymen imposé, les deux amants s’enfuient dans la forêt, bientôt rejoints par Démétrius et Héléna, cette dernière étant éperdument amoureuse de lui. Le quatuor se retrouve alors plongé dans un univers où les lois humaines s’effacent au profit de forces invisibles et capricieuses. Dans ce monde nocturne règnent Obéron et Titania, souverains des fées, dont la dispute perturbe l’ordre naturel. Pour se venger de son épouse, Obéron demande à Puck, esprit espiègle et imprévisible, d’utiliser une fleur magique dont le suc fait tomber amoureux de la première créature aperçue au réveil. Toutefois, l’intervention de Puck, maladroite ou volontairement chaotique, entraîne une cascade d’erreurs. Les sentiments se déplacent, se déforment et se contredisent, transformant les relations en une sorte de dédale complexe où chacun poursuit un amour qui lui échappe. À cette confusion s’ajoute une troupe d’artisans venus répéter une pièce de théâtre. Leur naïveté et leur maladresse dotent l’intrigue principale d’un contrepoint burlesque, notamment lorsque Bottom, l’un d’entre eux, se voit affublé d’une tête d’âne et devient malgré lui l’objet de la passion de Titania ensorcelée. Par le truchement de cette mécanique parfaitement orchestrée, William Shakespeare explore la nature instable du désir. L’amour y apparaît irrationnel, presque arbitraire et soumis à des influences extérieures qui en révèlent le caractère fragile et fluctuant. Loin de verser dans le cynisme, la pièce célèbre cette instabilité en tant que décalage et  poésie. La forêt se mue de fait en une zone de mutation, une ère où les identités se brouillent, où les hiérarchies sociales se dissolvent et où chacun se confronte à ses propres illusions. Créée probablement à l’occasion d’un mariage aristocratique, la pièce porte en elle une dimension festive et harmonieuse. Après le tumulte de la nuit, l’ordre reprend ses droits et les couples se reforment, les conflits s’apaisent et la société retrouve sa symétrie, même si cette résolution n’efface pas complètement le trouble engendré par l’expérience nocturne et laisse subsister l’idée que la réalité elle-même pourrait s’assimiler à un songe. La singularité  de Le Songe d’une nuit d’été a immédiatement connu une consécration. Depuis plus de cinq cents ans, l’œuvre se trouve régulièrement montée, adaptée et réinventée à travers le monde et continue de séduire par sa capacité à toucher tous les publics, mêlant légèreté et profondeur, humour et réflexion. Aujourd’hui, toujours, elle incarne une forme de théâtre total, où le texte, la musique, le mouvement et la scénographie participent à une expérience immersive. Plus encore, elle rappelle que le théâtre demeure un des derniers lieux de liberté, où on peut suspendre les règles du réel pour mieux explorer les contradictions humaines. La mise en scène de Thierry Debroux s’inscrit dans cette volonté de tradition et de réinvention. Denis Carpentier, Mathilde Daffe, Charlotte De Halleux, Emmanuel Dell’Erba, Perrine Delers, Thierry Janssen, Mathilde Laulier, Antoine Minne Jean-François Rossion, Lili Sorgeloos et une poignée d’autres comédiens donnent vie aux personnages jusqu’au 15 août 2026 dans les ruines de Villers-la-Ville. Ce spectacle sera également joué à la rentrée au Théâtre royal du Parc. Autre lieu, autre ambiance ! Plus de détails sur le site www.villers.be

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Kate Milie : rencontre

RENCONTRE KATE MILIE

Brux-Elles, 50 femmes – 50 lieux de balades, le nouveau guide de Kate Milie, paru chez 180°éditions s’articule autour de la découverte de femmes liées à Bruxelles et de lieux leur étant associés. L’opus se glisse facilement dans sacs, besaces et poches. Allons-nous donc nous promener en compagnie d’une autrice qui n’hésite pas à s’offrir des expériences d’écriture diversifiées. Rencontre avec une autrice prolifique !

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Dans quel contexte est né cet opus très original ?

Cela fait des années que je m’interroge sur l’espace public, les noms des rues, la représentation des femmes, la statuaire exaltant des allégories à moitié nues, la quasi invisibilité des femmes dans les musées, les livres d’histoire, etc. J’ai présenté un projet un peu flou à mon éditeur qui m’a aidé à y voir un peu plus clair.

 

Qui a choisi ce titre Brux-Elles ?

J’ai donc contacté mon éditeur en croisant les doigts (Oh, j’aimerais tant écrire ce livre, oh pourvu qu’il accepte !)… Son mail de retour fut sans équivoque : « Génial, Kate, ce livre, on va l’appeler  Brux-Elles.

 

Quelles ont été les coulisses de l’écriture de Brux-Elles? La découverte de ces cinquante femmes est-elle liée à des balades ou des recherches en bibliothèque ?

Il y a un peu de tout, des balades-recherches dans la ville, faites en solo ou en compagnie d’associations féministes (« L’Architecture qui dégenre », « Noms peut-être ») que je continue à fréquenter, des recherches menées sur internet et en bibliothèque. Le hasard des rencontres a également joué un rôle non négligeable … Je songe à l’écrivaine Marie-Thérèse Bodart, finaliste du prix Femina en 1938 (republiée chez Samsa) découverte grâce à sa petite-fille, l’autrice Florence Richter, rencontrée à un lunch organisé par une amie commune…

 

A qui ce guide s'adresse-t-il particulièrement ?

Aux lectrices et lecteurs aimant se promener dans la ville, livre en main et re/découvrir la ville sous un angle différent. Aux personnes s’intéressant à l’espace public, la représentation du genre, l’histoire de femmes, leur immense apport à la société, à la culture, à la vie de tous les jours…

 

Comment s’est opéré le choix des cinquante femmes ?

Je voulais des femmes avec des profils différents associées à des lieux aussi différents les uns des autres. C’est ainsi que l’on croise dans le livre la militante LGBTQ+ Suzan Daniel, des féministes de la première vague, Marie et Louise Popelin, Léonie Lafontaine, mais aussi la peintresse Louise De Hem, Lina Cauchie qui a longtemps été éclipsée par la renommée de son mari, Josyne Von Beethoven, une femme accusée de sorcellerie, morte sur un bûcher dressé sur la Grand-Place de Bruxelles, Fernande Volral, une résistante 40-45 assassinée à l’âge de 24 ans dans un camp de concentration en Allemagne…

 

Beaucoup ne savent pas qu'Audrey Hepburn a vécu à Bru-xelles…

Elle est née à Ixelles et y a vécu les 5 premières années de sa vie. La maison où elle a vécu est ornée d’une plaque mémoire et un petit square à proximité porte son nom. Dans mon livre, elle est située entre la résistante Andrée Gueulen qui a sauvé beaucoup d’enfants juifs et la dessinatrice Gabrielle Vincent. Comme je voulais des femmes avec des profils très diversifiés, l’hollywoodienne Audrey Hepburn (qui fut ambassadrice de l’Unesco) avait toute sa place.

Quels  lieux  t’ont le plus marquée ?

Spontanément, je songe au monument rendant hommage aux femmes victime de féminicides (Saint-Gilles), le monument aux femmes déportées à Ravensbrück (Woluwe-Saint-Lambert), l’extraordinaire maison-atelier Art nouveau de Louise De Hem (Forest)… L’atelier de Lina Cauchie (Etterbeek) qui se visite de temps en temps (lors des journées du Matrimoine...).

 

Ton livre est préfacé par l’écrivaine féministe Laurence Rosier…

Cette préface est un magnifique cadeau ! Laurence Rosier est linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles. Dans cette préface elle rappelle que « Marcher dans la ville, pour les femmes, n’a jamais été un geste anodin. Dans des espaces encore marqués par l’inégalité et parfois l’hostilité, occuper la rue est déjà un acte culturel et politique ».

 

Te considères-tu féministe ?

Si l’on entend par féminisme la volonté de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes que ce soit dans les domaines politiques, économiques, culturels et autres, de lutter contre les stéréotypes, le sexisme, etc., oui, je le suis, profondément même. Petit scoop, je parle peu de ma vie parallèle, mais j’ai dans le passé travaillé pour un grand mouvement féministe.

 

Peux-évoquer tes autres livres, ceux qui te tiennent à cœur ?

Je suis l’autrice d’une dizaine d’opus dont L’assassin aime l’Art déco, un pol/art mettant en scène des meurtres dans des lieux Art déco bruxellois, le livre paru en 2012 a été réédité en 2025 à l’occasion des 100 ans de l’Art déco. Le mystère Spilliaert, dans un jeu passé-présent, rend hommage au peintre Léon Spilliaert et emmène lectrices et lecteurs sur les plages d’Ostende, Femme vue de dos suit une même dynamique (sauf que l’histoire se déroule à Paris) et s’enracine autour des femmes ayant fait partie de l’univers de Toulouse-Lautrec. Bruxelles Love, mon précédent guide de balades, proposant 60 lieux de rendez-vous à Bruxelles va connaître son cinquième tirage à la fin de l’année 2026 et va être complètement relooké.

 

Une cinquième édition pour Bruxelles Love ? L’ancrage est totalement local … Comment com-prendre ce succès ?

Je ne sais pas. Le livre allie insolite, glamour, romantisme, de l’arpentage urbain, la découverte de petits musées insolites, des bars cozy, des hôtels fastueux… La thématique du rendez-vous touche aussi bien à l’intime qu’au collectif.


Retrouvez Kate Milie sur www.180editions.ch

Propos recueillis par Dominique Larzac.

 

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ALICJA POLECHONSKA : SUMMER FLOWERS (expo)

EXPOSITION : SUMMER FLOWERS

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Originaire de Pologne, Alicja Polechonska a choisi la Belgique comme terre d’ancrage, après avoir construit les bases de sa formation artistique au Lycée des Beaux-Arts Plastiques de Koszalin. Cette première étape lui a permis d’acquérir une solide maîtrise du dessin et de la composition, avant qu’elle ne poursuive son parcours à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, où son langage pictural s’est progressivement affirmé. Son œuvre se distingue par une approche sensible du monde qui l’entoure. Les paysages, les architectures, les fleurs et les formes inspirées de la nature dialoguent dans des compositions où l’imaginaire conserve toujours une place essentielle. L’artiste ne cherche pas à reproduire fidèlement le réel et préfère en retenir l’atmosphère, la vibration et les émotions. De la sorte, ses toiles invitent le regard à circuler librement entre éléments figuratifs et interprétations plus personnelles. La couleur occupe une place primordiale dans sa démarche. Qu’elle travaille à l’acrylique ou à l’aquarelle, les teintes lumineuses insufflent de l’énergie à ses élaborations, tandis que les harmonies plus délicates sculptent des espaces de contemplation. Chaque œuvre semble raconter une histoire silencieuse, où les formes et les couleurs remplacent les mots. Cette liberté créative s’accompagne d’un véritable sens de la construction. Derrière l’apparente spontanéité du geste se tient une réflexion attentive sur les équilibres visuels. Les lignes, les masses colorées et les motifs s’organisent pour donner naissance à des images à la fois dynamiques et apaisantes. Cette dualité constitue l’une des signatures de son travail. Au fil des années, elle a animé plusieurs ateliers artistiques. Cette expérience a nourri sa conviction que l’art reste avant tout un moyen de rencontre et de partage. Créer ne consiste pas seulement à produire des images et encourage les échanges, tout en ouvrant des perspectives. Pour ce mois d’août, Alicja Polechonska présente une série intitulée Summer Flowers, qui s’inspire du monde végétal et, plus particulièrement, des fleurs sauvages qui peuplent les prairies et les forêts. L’artiste y explore la richesse des formes, la diversité des couleurs naturelles et la fragilité de leur présence souvent discrète au fil des saisons. À travers cet ensemble, les fleurs deviennent des symboles de vitalité et d’émerveillement. Sans céder à la simple illustration botanique, cette exposition propose une interprétation personnelle, où l’observation attentive se mêle à la rêverie. Summer Flowers est à décou-vrir à Espace Art Gallery du 7 au 30 août 2026. Référez-vous à tous les détails pratiques sur le site www.espaceartgallery.eu

Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles

Sam Mas

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Jean-Jacques Detiège : rencontre

RENCONTRE JEAN-JACQUES DETIÈGE

Vêtu de sa salopette bleue, Jean-Jacques Detiège, né il y a bien longtemps, sillonne les écoles de la région bruxelloise et du Brabant wallon pour aller raconter des histoires aux enfants. Avec un répertoire riche de plus de quatre cents récits, ce conteur aime émerveiller, étonner et inviter ses auditrices ainsi que ses auditeurs à ouvrir les yeux sur le monde. Rencontre.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la médecine pour vous consacrer pleinement à l’art du conte ?

J’ai toujours porté en moi le désir de devenir comédien. C’était une envie profonde, presque instinctive, qui m’accompagne depuis l’adolescence. Mais, il y a cinquante ans, envisager une carrière artistique n’était pas chose aisée. Surtout dans certains milieux où la sécurité et la stabilité primaient sur la vocation. Pour mes parents, comme pour beaucoup à l’époque, devenir médecin représentait une voie noble, rassurante et socialement reconnue. Être comédien, en revanche, semblait incertain, fragile et presque marginal. J’ai donc choisi la médecine ou, peut-être devrais-je dire, que je me suis laissé convaincre qu’il s’agissait du choix le plus raisonnable.

 

Quelle est la place d’un conteur au XXIe siècle ?

Plus que jamais, les gens ont besoin de rêves. Nous vivons dans un monde saturé d’informations, d’écrans et d’urgences permanentes. Tout va trop vite. Le conteur, lui, invite à ralentir. Il propose un temps suspendu, un espace où l’imaginaire peut respirer. Sa place n’est pas marginale et reste essentielle. Il ne concurrence ni les technologies ni les médias modernes, il offre autre chose. Une présence, une voix et un partage. Le conte répond à un besoin universel. Les enfants, bien sûr, y trouvent des portes ouvertes sur l’imaginaire et des repères symboliques pour comprendre leurs peurs, leurs désirs, autant que leurs questionnements. Les adultes, et plus encore les aînés, ont tout autant soif d’histoires. On l’oublie trop souvent que raconter consiste à relier. Cela rappelle que nous faisons partie d’une même humanité, traversée par les mêmes émotions depuis la nuit des temps.

 

À quel moment avez-vous compris que le conte deviendrait bien plus qu’un loisir, mais

une véritable vocation ?

Très vite, en réalité. Au départ, je racontais par plaisir, presque en marge de ma vie professionnelle. Il s’agissait d’un espace de respiration, un territoire de liberté où je pouvais laisser parler mon moi intérieur. Je ne pensais pas encore en termes de vocation. Je racontais parce que j’en avais besoin, parce que cela me faisait vibrer. Pourtant, très rapidement, j’ai senti que quelque chose se passait. La demande était au fond de moi comme un appel. À l’âge de la retraite, j’ai enfin pu me consacrer entièrement à cette passion.

 

Vous avez créé environ quatre cents histoires. Comment naissent vos récits ?

L’histoire peut naître à n’importe quel instant. Il n’y a pas de rituel immuable ni de méthode rigide. Parfois, tout commence par un mot entendu au détour d’une conversation. D’autres fois, un lieu déclenche une étincelle. Il arrive aussi qu’une simple odeur ravive un souvenir et fasse surgir tout un univers. L’inspiration se veut capricieuse, même elle se trouve partout, pour peu qu’on reste attentif. Quand cette étincelle surgit, je ne la laisse pas s’échapper. Je griffonne quelques notes, souvent très brèves. Une phrase, une idée ou une image forte. Il s’agit de fragments, presque des balises. À ce stade, je ne parle pas encore d’un récit ! Ensuite vient le temps du développement. Je reprends ces notes, je les relis et je les laisse mûrir. Peu à peu, les personnages prennent forme, une intrigue se dessine et une cohérence apparaît. Construire une histoire revient à tisser une toile. Il faut trouver le fil conducteur, le rythme et les silences. Je veille à ce que le récit ait une respiration, qu’il avance naturellement et qu’il puisse être porté par la voix sans perdre sa fluidité. Le conte doit être vivant, souple et toujours prêt à être incarné. Puis vient l’étape essentielle de l’adaptation. Une histoire n’est jamais figée. Je l’ajuste en fonction du public auquel je la destine. Devant des enfants, je vais accentuer l’image, le merveilleux et le tempo. Face à des adolescents, je peux creuser davantage la symbolique ou la profondeur émotionnelle. Je dois juste m’adapter. Le conteur ne se trouve jamais seul avec son texte. Il se connecte avec ceux qui l’écoutent. Cette interaction rend chaque récit unique, même s’il a déjà été raconté cent fois.

 

Vos histoires sont-elles plutôt inspirées de votre vie personnelle ou de votre imagination pure ?

Elles proviennent avant tout de mon imagination. C’est elle qui représente la source principale, le moteur intime de mes récits. J’aime inventer des univers, créer des personnages qui n’ont jamais existé et explorer des situations improbables ou poétiques. L’imaginaire me fournit une liberté totale qui déplace les frontières du réel, transforme le quotidien en merveilleux ou fait surgir l’extraordinaire au détour d’un détail ordinaire. Ma vie personnelle, en réalité, intervient très peu de manière directe. Ce monde-là appartient à une autre sphère de mon existence. En revanche, même si je n’y puise pas des intrigues, elle m’a sans doute apporté une connaissance plus fine de l’humain. L’écoute, l’attention aux fragilités

et la compréhension des peurs ou des espoirs nourrissent indirectement mon regard de conteur. Mais cela ne va jamais au-delà d’influences souterraines qui mériteraient d’être transposées. J’aime la distance qui permet d’embrayer pour la création et le plaisir d’inventer m’anime plus que tout.

 

Pour vous, quelle est la force d’un bon conte ?

Un bon conte se résume d’abord à un bon script. Tout commence là ! On ne peut pas se reposer uniquement sur le talent d’orateur ou sur une belle voix. S’il n’y a rien de solide derrière, le récit sonne creux. Il ne faut pas conter si l’on n’a rien à dire. La force d’un bon conte réside dans sa construction. Il doit avoir une ossature claire, un fil conducteur et une progression qui tient l’auditeur en haleine. Chaque mot compte. Chaque silence aussi ! Un bon récit ne tient pas seulement dans une suite d’événements. Il emmène le public quelque part et il faut savoir où l’on va. Sa force tient également à sa capacité de résonance. Une bonne histoire touche quelque chose d’universel. Elle parle d’amour, de peur, de perte, de courage ou de solitude. Bref, des émotions que chacun connaît. Même si le décor est imaginaire et même si les personnages sont fantastiques, le tout doit demeurer profondément humain. À quoi sert-il ? Il sert à éclairer, parfois à questionner. Il permet de dire des vérités sans les asséner. À travers la métaphore, il ouvre un espace de réflexion. Il propose aussi un moment de communion. Pendant quelques minutes, nous sommes réunis autour d’une même histoire, d’un même souffle.

 

Après plus de vingt ans auprès des enfants, quel est selon vous le secret pour captiver un auditoire ?

Avec l’expérience accumulée au fil des ans, je peux affirmer qu’un bon texte ne suffit pas. Il ne faut pas lire les contes. Il faut les raconter ! La différence est fondamentale. Lire revient à garder les yeux sur un livre. Raconter consiste à lever les yeux, à regarder le public, à sentir ses réactions et à ajuster son rythme en fonction de son attention. Le regard crée le lien. Beaucoup de gens confondent lecteur et conteur. Le lecteur transmet un texte écrit, alors que le conteur incarne une histoire. Il la porte avec sa voix et son corps. Il se trouve en interaction permanente avec son auditoire. S’il sent que l’attention faiblit, il modifie l’intonation, il accélère ou il marque une pause. Le récit devient vivant, presque improvisé, même s’il est parfaitement préparé. Captiver un auditoire, surtout avec des enfants, implique de croire à ce qu’on raconte. Les enfants perçoivent immédiatement l’authenticité. Si le conteur s’ennuie ou récite mécaniquement, ils décrochent. En revanche, s’il est habité par son histoire, ils entrent avec lui dans l’univers proposé. Le secret, finalement, tient en trois mots : préparation, adaptation et présence. Une histoire bien écrite, pensée pour son public et racontée avec un regard vivant et sincère, fait naître l’attention et, avec elle, la magie du conte.

 

À quatre-vingts ans, vous continuez d’inventer de nouvelles histoires. Qu’est-ce qui vous pousse à créer toujours ?

Pour être honnête, je ne crée plus tant que cela. Avec le temps, j’ai accumulé près de quatre cents histoires et il arrive souvent que, lorsqu’une nouvelle idée germe, je me rends compte que je l’ai déjà exploitée sous une autre forme ou dans un autre récit. Cela signifie peut-être que j’ai exploré, au fil des années, les territoires qui m’habitaient. On tourne toujours autour de quelques grandes questions que sont la peur, l’amour, la solitude, le courage et le temps qui passe. À force de raconter, j’en a déjà décliné bien des variations !

 

Le public a-t-il changé au fil des décennies ?

Etonnamment, l’écoute est restée la même qu’il y a vingt ans. On pourrait penser que les écrans, la rapidité des images et les réseaux sociaux auraient profondément modifié la capacité d’attention. Pourtant, lorsque l’histoire est bonne et que le conteur est présent, le silence se fait toujours de la même manière. Les regards se posent, les corps se calment et l’intérêt qu’on porte au récit fait son office. Les bons textes restent et traversent les générations sans perdre leur force. Les contes des Frères Grimm, par exemple, plaisent toujours autant. Ils parlent de peurs ancestrales, de courage, d’épreuves et de justice. Ces thèmes ne vieillissent pas, parce qu’ils touchent à quelque chose d’universel. Les enfants d’aujourd’hui frissonnent et rêvent comme ceux d’hier, même si la société a changé !

 

Quel a été le plus beau compliment qu’une auditrice, un auditeur, puisse vous faire à la fin d’un conte ?

Le plus beau compliment, ce ne sont pas forcément les applaudissements, ni les félicitations prononcées à chaud. Ce sont les lettres que des enfants m’ont écrites. Recevoir un courrier représente autre chose ! Cela signifie que l’histoire a continué à vivre après la rencontre, qu’elle a laissé une trace suffisamment forte pour donner envie de prendre un crayon, de choisir des mots et de raconter ce que l’on a ressenti. Quand un enfant écrit : J’ai rêvé de votre histoire ou J’aimerais qu’elle continue, voilà une preuve que le conte a trouvé sa place en lui. Ces lettres sont souvent simples, parfois maladroites, mais d’une sincérité bouleversante. Elles parlent d’un personnage aimé, d’un moment qui a fait peur ou d’une phrase qui a marqué. Elles montrent que l’imaginaire a été touché et, pour un conteur, voilà l’essentiel !

 

Si vous deviez choisir un seul de vos contes pour vous représenter, lequel serait-ce ?

Sans hésiter, je choisirais Les aventures de Joël et Plume Bleue dans l’Ouest américain.  Ce récit me ressemble profondément. Joël est un garçon curieux, courageux, plein de rêves et d’enthousiasme. Plume Bleue l’accompagne dans des aventures qui défient les limites du réel. J’aurais voulu être à la place de ce garçon pour ressentir la liberté, l’excitation de l’inconnu, la découverte de territoires sauvages et vivre pleinement chaque péripétie avec un regard émerveillé. Ce récit reflète ma propre soif de découvertes et mon désir de faire voyager ceux qui m’écoutent. Il incarne aussi ce que je considère comme l’essence du conte. A savoir, mêler l’aventure et l’émotion, éveiller l’imaginaire tout en donnant à réfléchir et, surtout, jeter un pont entre l’histoire et l’auditeur. Pour toutes ces raisons, si je devais me résumer en une seule de mes histoires, ce serait celle-ci !

 

Retrouvez Jean-Jacques Detiège et ses histoires sur le site www.isabelle-et-ses-amis.com

Propos recueillis par Daniel Bastié

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Un été français

Approchez gentes dames et gentils messieurs,
Car un roulement de tambour de l'Afrique,
Vous contera un été faisant peu d'envieux,
Que l'on nommerait vraiment, oui, dramatique !

Pourquoi un tambour de l'Afrique direz-vous,
Nous sommes en Europe, le vieux continent,
Celui des quatre saisons et des étés doux,
Quand sortir de sa maison devient charmant !

Eh bien car l'Afrique est maintenant chez nous,
Air torride, des jardins aux rameaux cassants ;
Nos corps moites, suants, fatigués, à genoux,
Guettent une goutte sur un carreau brûlant !

Dehors tout craque, s'effondre et se sauve,
Des hommes périssent luttant contre les feux,
Le brasier torture sa proie tel un fauve,
Se rit des quelques verres jetés à ses yeux !

La fumée court, villes, villages aussi,
Cherchant une once d'un air encore frais,
Le reste d'un espoir que rien n'est fini,
Que demain redeviendra comme il était !

GCM
Pensée brûlante du jour.28/7/2026

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administrateur théâtres

Seventh Heaven… at Classissimo!

37 degrés à l’ombre ? Au Théâtre Royal du Parc, on a trouvé mieux que des ventilateurs. Classissimo y fête ses vingt ans. La Musique, le plus beau des remèdes, à la canicule !

Du 5 au 11 août, Classissimo vous convie à sept soirées thématiques qui invitent au voyage. Sous l’impulsion de son directeur artistique, le flûtiste Marc Grauwels, le festival reste fidèle à l’esprit de son fondateur, Georges Dumortier : faire de la musique classique une fête ouverte à tous, chaleureuse, accessible et résolument vivante.

Dans ce festival bruxellois, la mise en avant de la jeunesse est primordiale : fidèle à l’esprit des « Jeunes Solistes », le festival offre une vitrine majeure aux jeunes virtuoses belges et internationaux, qui partagent la scène avec des musiciens confirmés.

En effet, point de hiérarchie entre les grands maîtres et les jeunes interprètes. La transmission est le véritable fil rouge du festival. Les artistes se rencontrent, dialoguent, partagent la scène avec une générosité qui rappelle que la musique de chambre est d’abord un art de l’écoute. Chaque concert est un temps de conversation vivante où les instruments vont respirer ensemble. La transmission est une réalité palpable qui se joue sous les yeux du public, dans la complicité des regards, des souffles et des archets.

Place aux croisements insolites, l’essence de la créativité. Et une programmation sans frontières ; Mozart, Gounod, Brahms, Verdi, Bizet et Carl Orff côtoient Astor Piazzolla. Le baroque français dialogue avec les musiques d’Espagne et d’Amérique latine. Un Sonico Quintet fait vibrer le tango, tandis que le glassharmonica, le cymbalum ou les castagnettes apporteront des couleurs originales et envoûtantes.

Tout cela dans un de nos lieux préférés de la scène bruxelloise : le théâtre à l’italienne du Théâtre Royal du Parc, avec sa belle acoustique et le charme désuet du velours rouge pour que chaque concert devienne une parenthèse hors du temps. 19e, 20e, 21e siècles ? Who knows! On s’y retrouve pour écouter, s’émerveiller, respirer… se rafraîchir le cœur et les méninges.

À quinze euros en prévente, gratuit pour les moins de dix-huit ans et les étudiants, Classissimo prouve qu’un festival d’excellence se doit d’être un festival de partage :

« …la Musique est un bien commun.

Georges, ce festival est le tien. Que les notes qui résonneront cette semaine s’élèvent vers toi en un infini remerciement. Nous poursuivrons ton œuvre avec la même passion. »

 

J1. Ouverture : Grand concert réunissant toutes les générations autour de Mozart, Gounod et des puissants Carmina Burana de Carl Orff.

J2. Baroque français, Élégance en diable. Une soirée intimiste dédiée au grand répertoire historique francophone.

J3. Le Soleil du Sud : Un voyage musical passionnant naviguant entre l’Espagne et l’Amérique latine.

J4. Musique de chambre : Œuvres de Mozart et Brahms portées par Valère Burnon (récent lauréat belge du Concours Reine Élisabeth) flanqué de jeunes virtuoses.

J5. Nuit à l’Opéra : Extraits célèbres de Verdi, Bizet ou Weber, sublimés par la participation insolite de 21 flûtistes.

J6. Tango : Une immersion vibrante dans l’univers d’Astor Piazzolla grâce au groupe spécialisé Sonico Quintet.

J7. Clôture : Un final envoûtant mariant l’orchestre de chambre aux sonorités magiques du glassharmonica.

Day 7 ? …Go to Heaven !

Du mercredi 5 août 2026 au mardi 11 août 2026, les concerts ont lieu chaque soir à 20h00 au Théâtre Royal du Parc

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Tarifs et Infos Pratiques 2026

  • Gratuité totale : L’accès est entièrement gratuit pour les moins de 18 ans et les étudiants (sur présentation d’un justificatif), une mesure forte pour inciter la jeunesse à pousser la porte du théâtre.
  • Tarifs adultes : Le billet est fixé à 15 € en prévente (18 € sur place). Un Pass Festival complet pour les 7 soirées est proposé à 68 €.
  • Horaires : Ouverture des portes du théâtre à 19h30, début des représentations à 20h00 précises.

https://www.classissimo.brussels/fr/about?

 

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administrateur théâtres

 Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville

A Midsummer Night’s Dream à L’Abbaye

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, en version XXI siècle

Du théâtre éblouissant pour célébrer les quarante ans des productions estivales de  Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville. Si l’on en croit Patrick de Longrée, ce sont plus de 750. 000 spectateurs qui auront franchi les portes du site au terme de ces quatre décennies.

Quelle richesse d’imagination ! Des déluges de fleurs et de verdure envahissent les costumes des artistes autant que les ruines de l’abbaye. De quoi faire éclore une splendeur visuelle et poétique à couper le souffle. À cela s’ajoute un étonnant brassage d’époques et de styles, porté par un rythme effréné qui laisse le spectateur abasourdi… et admiratif. Thierry Debroux signe ici une mise en scène qui ressemble à un véritable feu d’artifice théâtral.

Tout commence dans l’Athènes antique, où le duc Thésée s’apprête à épouser Hippolyta, reine des Amazones. Drapée dans un voile qu’elle refuse obstinément de soulever, la souveraine paraît bien peu disposée aux élans amoureux, tandis qu’une immense table de noces attend déjà les convives.  

Parmi eux, Égée, père de la pétillante Hermia, interprétée par une exquise Mathilde Daffé. Celle-ci aime Lysandre (Nathan Fourquet-Dubart), mais refuse obstinément le mariage avec Démétrius que son père voudrait lui imposer.  Pour l’heure, Démétrius ne jure que par la ravissante Hermia et repousse avec une froideur désarmante les avances passionnées d’Héléna, la meilleure amie de cette dernière. Il n’en faut pas davantage pour mettre le feu aux cœurs…

La suite se joue en pleine nature, dans les mystères d’une forêt profonde où serpentent des ruisseaux, où chantent les oiseaux et où les grottes de verdure deviennent les complices des égarements amoureux. Difficile de détacher son regard du berceau de feuillages où s’est endormie la belle Titania.

C’est là que règne Titania, souveraine des fées, convoitée par Obéron, roi des elfes, assisté de son irrésistible lutin, Puck, esprit malicieux, farceur et drolatique. Bien sûr, les fées et les elfes adorent se jouer des humains et de leurs maladresses. Elles manipulent les passions avec un plaisir gourmand. Mais voilà le fidèle Puck qui s’embrouille dans la mission que lui a donnée Obéron.

Love at first sight? Tout dépendra, cette fois… des interventions pharmacologiques des enchanteurs ! Il suffira d’une seule nuit dans cette forêt pour que les lois des hommes s’effacent devant celles de la magie, du désir et de l’imaginaire. À mesure que les heures s’écoulent, les certitudes s’effacent. Le rêve devient réalité, tandis que la réalité emprunte les chemins de l’inconnu.

Secouez le tout, ajoutez le suc d’une fleur blanche magique, quelques poursuites folles, des quiproquos à n’en plus finir, des passions qui se croisent et se décroisent… Vous obtenez la partie la plus enchanteresse de ce spectacle que l’on prolongerait volontiers jusqu’au petit matin. Ainsi, le merveilleux ne cesse de tenir le public en haleine. La mise en scène inventive, les décors fantastiques et les éclairages féeriques composent un univers qui vous imbibe littéralement de bonheur.

Au fil du spectacle surgissent des surprises, comme autant de gourmandises. Soudain éclatent des voix amplifiées, des jeux de lumière spectaculaires et d’irrésistibles morceaux de rock. Le micro devient le cordon ombilical qui relie Shakespeare à notre XXIᵉ siècle. Il conclut les scènes, révèle les états d’âme à l’aide de pépites rocambolesques, ouvrant les yeux du cœur… autant que ceux de la mémoire.

Et il y a ce majestueux bar à cocktails pour accueillir le public dès le début du spectacle, éclatant de liqueurs multicolores, comme dans L’Écume des jours. Un DJ fascinant y règne en maître, récoltant d’entrée de jeu, avec la chanteuse, de vigoureuses salves d’applaudissements. C’est que Denis Carpentiera a de l’énergie à revendre, qu’il soit formidable Philostrate ou le Puck magnétique, cœur de rocker et âme de bateleur !

Il se fait que la plupart des comédiens se métamorphosent au fil de la représentation, incarnant avec une réjouissante virtuosité deux personnages différents. Shakespeare jubilerait devant un tel brouillage des pistes.

Ainsi, la rayonnante Perrine Delers interprète aussi bien Hippolyta que Titania, aux côtés d’Emmanuel Dell’Erba, tour à tour Thésée et ObéronLili Sorgeloos prête ses traits à Héléna comme à Fleur de PoisAntoine Minne passe avec aisance de Démétrius à L’ÉtriquéJonas Jans devient successivement Meurt-de-Faim et Grain de MoutardeJean-François Roussillon compose à la fois Égée et Lecoing, tandis que Charlotte De Halleux incarne la Fée ainsi que Toile d’Araignée. Soit dit en passant, les seuls noms de ces personnages provoquent déjà des éclats de rire.

Or donc, les chassés-croisés amoureux flirtent avec le surréalisme ; les batailles sentimentales font rage, on en vient aux mains, le cœur cogne, les têtes rebondissent ; les enchantements semblent suspendus comme autant de guirlandes que le Destin aurait accrochées aux branches des buissons, ainsi que d’inextricables fils de la vierge ! Les esprits se brouillent, les cœurs aussi, et le réel perd toutes ses plumes. C’est une véritable jubilation pour le public, si finement éclaboussé de joyeux anachronismes, la griffe de Thierry Debroux.

Shakespeare n’oublie pourtant pas son petit peuple. Charpentiers, tisserands, menuisiers et ouvriers rêvent eux aussi de briller devant les nobles en interprétant la tragédie de Pyrame et Thisbé. Une histoire revue par Ovide et peinte sur des vases grecs.

Bottom, admirablement manœuvré par Thierry Janssen, et sa cohorte d’artisans offrent alors une longue parenthèse burlesque. Mâchoires grinçantes, cabrioles, masques grotesques, farces volontairement outrées organisent un théâtre dans le théâtre, totalement parodique, qui fera rire une bonne partie du public. Les grimaces absurdes du Destin ?  Sacré bémol pour certains.

Pour ma part, j’ai trouvé le contrepoint un peu lourd, trop au détriment de la poésie du rêve. Le contraste est sans doute voulu : rappeler que derrière la comédie sommeille toujours la tragédie et que la passion peut parfois… tuer aveuglément. Parole de lion.

Je serais volontiers restée plus longtemps sous le charme des philtres, des fées et des clairières enchantées, de tout ce qui nourrit depuis toujours nos contes et notre littérature. Même avec un âne dans les bras, à qui l’on vient murmurer les plus tendres serments.

Mais sous la douceur de cette lune souveraine, reine de ce spectacle cette année à Villers-la-Ville, Shakespeare fait fleurir les pierres, danser les ombres et nous fait croire, le temps d’un songe, que les fées n’ont peut-être jamais quitté nos forêts. D’ailleurs Puck, le malicieux lutin, nous prévient : cette histoire, comme la vie, n’est qu’un songe fragile. « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les songes » …murmure Prospero dans The Tempest.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

L’ÉQUIPE DE RÉALISATION

Mise en scène : THIERRY DEBROUX

Avec DENIS CARPENTIER, MATHILDE DAFFEPERRINE DELERSEMMANUEL DELL’ERBACHARLOTTE DE HALLEUXNATHAN FOURQUET-DUBARTTHIERRY JANSSENJONAS JANSANTOINE MINNEJEAN-FRANÇOIS ROSSIONLILI SORGELOOSOCÉA GONELMATHILDE LAULIER

Costumes : BÉA PENDESINI – Scénographie : PATRICK de LONGRÉE – Éclairages : CHRISTIAN STÉNUIT – Chorégraphies : EMMANUELLE LAMBERTS – Maquillages : WENDY WILLEMS – Décor sonore : LOÏC MAGOTTEAUX – Assistant à la mise en scène : JONAS JANS

Produit à Villers par PATRICK de LONGRÉE et RINUS VANELSLANDER

Une coproduction de DEL DIFFUSION VILLERS et du THÉÂTRE ROYAL DU PARC

Prolongation jusqu’au 14 août 2026

 

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Le bord du monde.

"...Le bout du monde, le bord du monde, c'est donc en dedans qu'il faut aller le chercher.  Dans l'isolat, dans la langue dont on ne connaît pas le filiation . Dans le verbe dont on ignore l'origine puisqu'il est l'origine même.

aller jusqu'à l'extrême,

écrit Roberto Juarroz,

c'est rester sans lieu,

parce que l'extrême n'est pas un lieu,

au-delà il n'y a pas d'espace

et quiconque est allé jusqu'à l'extrême

ne peut plus reculer.

Aller jusqu'à l'extrême précisément consiste

à découvrir l'impossibilité du retour.

L'impossibilité, je le comprends ici à Puerto Williams, est mon ailleurs définitif ".

"Patagonie intérieure" -  Lorette Nobécourt .

(Grasset 2013 ).

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TU NE PORTERAS PAS DE FAUX TEMOIGNAGES

 

C’est-à-dire, « n’utilise pas la parole pour faire souffrir l’autre »

 

Et pourtant sur le mur auquel il tournait le dos, il y avait des dessins de ses enfants, avec des mots pleins d'amour pour leur papa.

« Lisez le procès-verbal et signez ici s’il vous plaît. »

Je pris le stylo, je parcouru la feuille qu’il me demandait de lire au préalable, et puis je m'exclamai " de toute façon je l'aimerai toujours ! car c’est une femme agréable, dont le sourire n’est pas accroché à un porte-manteau, son sourire, c’est une promesse ! et son cœur bat dans ma poitrine avec tous les cœurs de ceux que j’aime.  

Et par ailleurs, mais je ne vous apprends rien, qu’il n’y a que les criminels pour se doter d’un alibi »

Alors, il me regarda avec des yeux pleins d’interrogations, pleins d’incrédulité, à l’écoute de ces paroles excessives.

Dehors j'ai pensé aux dessins d'enfants et aux mots d’amour adressés au papa. Dessins pleins de naïveté, les enfants ne connaissent que leur parent.

Des dessins qui jurent dans un tel endroit où les sentences n’ont pas de cœur.

En face dans la cour de l'école, les enfants jouaient et lançaient leurs cris pleins de joie par-dessus les grillages.

Le vent soufflait nous étions en novembre, les feuilles voltigeaient autour de moi pour aller jaunir le trottoir.

J'ouvris ma voiture, je m'installai confortablement, serrai la ceinture, allumai mes phares, j’enclenchai prudemment la marche arrière, doucement j’appuyai sur l'accélérateur, j’opérai un demi-tour sur le parking de la gendarmerie, derrière les grillages des enfants me regardaient faire la manœuvre. Je mis le clignotant j'accélérai un peu sur la grande route. J’entendis la sirène de l'école sonnait la fin de la récréation. Et le grand brouhaha des enfants.

J’accélérais, il était 8h le temps était gris comme je l'aime, ma vitesse passa à 80 km heure. Dans 2h j'arriverai à la maison,

Je ne reviendrai plus au pays de Guillaume où règne désormais la vulgarité.

 

Lionel M.

 

« … Je connais bien leur cruauté ; en effet, ils veulent taire partout la vérité, parce qu’elle leur est désavantageuse. Ils souhaiteraient ne jamais l’entendre !( …) Vous ne les reconnaitrez certes pas à l’habit, les imposteurs, les traitres pleins de ruses : c’est leurs actions qu’il faut regarder. » Le Roman de la Rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

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administrateur théâtres

Kinky Boots : Everybody says Yeah!

Spectacles

Kinky Boots, la rencontre entre deux mondes

C’est George (Patrick Waleff), fidèle gardien et mémoire vivante de la maison Price & Sons, impeccable dans son costume old style, qui ouvre le bal. Un personnage d’une élégance désuète qui incarne à lui seul tout un monde industriel sur le point de disparaître. Top chrono, la comédie musicale démarre, certes, mais aussi une aventure qui sait parler aux yeux du cœur.  

Les chaussures ont toujours raconté notre histoire.

Depuis les cothurnes de l’Antiquité jusqu’aux bottes de sept lieues, du soulier de Cendrillon aux sabots d’Hélène, sans oublier mon affection parfaitement assumée pour les Crocs, elles portent nos rêves autant que nos blessures. Et les escarpins rouge vif, tout un programme parfaitement sexy.  Elles nous élèvent, nous protègent, nous transforment. Hélas, elles savent aussi devenir les terrifiants « bruits de bottes » qui jalonnent l’Histoire. Tout un symbole de notre fragilité humaine.

Ainsi, Kinky Boots va se déployer dans la grande cour du château du Karreveld, tandis que les perruches à collier, bavardes et jalouses de la musique semblent ne jamais vouloir aller se coucher. Le 28ᵉ Festival Bruxellons offre une adaptation française, surtitrée en néerlandais, d’une intensité remarquable. Une production généreuse, créative, portée par une troupe aux accents bilingues, totalement investie.

 Au commencement était Simon, l’enfant, amoureux déjà de l’objet fétiche en vernis rouge à talons hauts. Il rêvait en secret de s’élever pour échapper à une autorité paternelle cuisante.

Puis se dégage l’univers gris d’une vieille fabrique de chaussures anglaises increvables où explose soudain un feu d’artifice des sept couleurs. Nos préférées :  le jaune poussin, le vert émeraude, le bleu des mers du Sud, le parme et les cent nuances du rouge passion… Chaque tableau ressemble à une toile fauviste où les costumes dialoguent avec les lumières. Les high heels vertigineux se marient aux gants longs, pour dessiner une première chorégraphie flamboyante. L’heure est à la fête et les carrés blond platine, se métamorphoseront en cascades rutilantes, brillantes de vie et d’énergie, assorties de costumes… dignes de mousquetaires.  Enfin, le crescendo de paillettes s’emparera même de nos propres yeux : quelle contagion !  Une montée en puissance jubilatoire qui fait de cette soirée un réveillon de 31 décembre, déguisé en fête nationale. On rit. On applaudit. On jubile devant l’esthétique.  On oublie le quotidien. Le bonheur circule librement entre la scène et les gradins.  Toutefois, cette exubérance va tisser aussi une histoire beaucoup plus porteuse de sens.

À première vue, il ne s’agit que de sauver une entreprise familiale menacée de faillite grâce à un produit totalement inédit destiné à conquérir Milan. Pourtant, au fil des scènes, le spectacle aborde avec une rare intelligence des thèmes universels : la résilience, la difficulté d’exister dans l’ombre d’un père admiré, le respect de la différence, l’amour filial, la confiance retrouvée, l’amitié, le couple, Ah! L’excellente Lucie Hoellinger en Nicola. Mais par-dessus tout: l’acceptation de soi. On entend la voix d’Oscar Wilde nous souffler: « Be yourself ; everyone else is already taken. » Tout est là. Être soi-même, la chose la plus admirable. Et oser dire oui à ce qui vient en faisant éventuellement demi-tour. Le oui à la vie: « J’veux entendre des Yeah! »

These boots are made for walking… pour apprendre à marcher vers soi-même. 

Le formidable défi lancé à Don par Laura constitue une résolution aussi intelligente que bouleversante, où personne ne perd véritablement et où chacun grandit. La rencontre de deux mondes se produit lors d’un formidable coup de théâtre. C’est cette victoire profondément humaine qui vous laisse une trace indélébile. Son bataillon d’admiratrices vrombit autour d’elle: «Maisquelhomme, maisquelhomme!» Vive la ruche!

Et puis la distribution est remarquable.

Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature.  En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.  

Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage, de reprendre ses droits.

Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.  

Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.

L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges : Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgeois, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi et Pauline Arnout participent tous à donner chair à cette galerie de personnages avec une remarquable sincérité.

Kylian Campbell et Nicoline Hummel, à la mise en scène, maintiennent le plateau dans une vie bourdonnante. Ce foisonnement permanent donne une impression de vérité scénique très réjouissante.

Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont d’une redoutable efficacité. Énergiques, précises, explosives, elles sculptent chaque numéro avec une personnalité propre et entraînent toute la troupe dans un irrésistible mouvement collectif.

Sous la direction musicale de Laure Campion avec à la baguette Thomas Vanhauwaert, l’orchestre sur scène fait merveille. La partition de Cyndi Lauper conserve toute son énergie rock, son émotion et sa générosité. Les voix s’épanouissent dans un heureux  équilibre sonore  qui accompagne aussi bien les instants méditatifs les plus intimes, que les multiples explosions de joie.

Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine. Oui, Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux. Et Bruxelles lui a même ajouté …un supplément d’âme.  Que l’on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement qu’une seule chose : le courage d’être soi.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Kinky Boots: Musical de Harvey Fierstein et Cyndi Lauper

Avec Loïc Suberville, Vincent Heden, Maud Hanssens, Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgois, Frédéric Célini, Patrick Waleffe, Hélène KamersThomas Servranckx, Roland Bekkers, Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert, Douwe Debroux, Thimothée Charles Auffray, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi, Pauline Arnout, Teo Beets, Rémi Forrest et Senne Van Damme

Mise en scène: Nicoline Hummel, Kylian Campbell

Direction musicale: Laure Campion

Adaptation française: Stéphane Laporte

Chef d’orchestre: Thomas Vanhauwaert

Assistanat à la mise en scène: Clara Barlow

Direction polyphonie vocale: Sebastien Jurczys

Coach vocal: Kristel Lamerichs

Chorégraphie: Alexia Cuvelier & Kylian Campbell

Scénographie: Sylvianne Besson & Yves Hauwaert

Lumière: Kaye Laurent

Création des costumes: Béatrice Guilleaume

Créatrice maquillage & coiffures: Djennifer Merdjan

Ingénieurs son: Vincent DebongnieShiba Defrenne & Erik Loots

Photographe: Gael Maleux Photography Une production du Festival Bruxellons !

Info et réservations: www.bruxellons.be

 

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1950

Rien ne ressemblera à ce qui a été,
Les années ont effacé la mémoire,
Les rues sont désertes des pas qui ont marché,
Quelques vieux restés sont sortis de l'histoire !

Etonnés par la mort qui les guette dès lors,
Inspirent de belles voitures toxiques,
S'arcboutent sur de vieilles portes dehors ,
Scandent de vieilles musiques en mimiques !

Ils voient des gamins aux genoux ensanglantés,
Qui crient et tapent dans un ballon crevé,
Là, un jeune homme sur un vélo retapé,
Emmène sa "fille" et vont se promener !

Elle porte une robe chatoyante,
Rit aux éclats, ils vont bientôt se marier,
Demain est bien loin c'est aujourd'hui qui chante,
Rien ne ressemblera à ce qui a été !

GCM
Pensée du jour.11/7/2026

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Découverte

Je viens de découvrir , après au moins vingt ans, à la relecture du livre d'Alain Bosquet :"La mémoire et l'oubli " ,une phrase ,ou plutôt quelques mots consacrés à Max Elskamp...dans une lettre reçue de St -John Perse , par l'auteur :

"Perse me charge de lui envoyer quelques livres, parmi ceux que que je crois digne de sa lecture. Il m'écrit , fin 57 :" J'ai bien reçu votre choix de livres - retrouvé la voix d' Elskamp telle qu'il y a cinquante ans - approfondi ma vive sympathie pour Cioran et pour sa rare ubiquité d'esprit...N'oubliez pas , si vous en avez l'occasion, de transmettre une chaleureuse amitié de ma part à Michaux".

J'aimerais en découvrir plus...

Cette relecture " faisait suite" , en quelque sorte, à la lecture d'un livre assez touchant et combien différent :" Mort aux vaches !"  ( récits et portraits de Brassens à Soulages ) de Roger Pierre Turine. 

Les rencontres, les critiques., les avis, les époques..Ce qui distingue aussi les amitiés des relations .,..

Il y a  bien d'autres découvertes , certaines très attachantes comme la correspondance , des années durant, entre deux auteurs...lus , relus,admirés et/ou respectés ..Par exemple  ."Une amitié littéraire",  la correspondance entre R.L. Stevenson et Henri James...

" Si l'un de nous deux oublie l'autre, qu'il devienne étranger à jamais" , disait Stevenson.

Mais cela , c'est une autre histoire...

 

Alain Bosquet : "La mémoire et l'oubli"     Grasset 1990;

Roger Pierre Turine  : "Mort aux vaches ! "    ALENTOURS  Editions Tandem.

 

 

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Contemplez autour de vous ces trois visages,
Soyez assuré que derrière ces masques,
Le quotidien en fait son bon usage,
Vous envoie ses joies, ses peines, ses frasques !

Le joyeux, empli de rires aime danser,
Vous ouvre les bras sans aucune autre raison,
Que virevolter avec lui dans sa passion,
De n'être plus seul et vouloir tout partager !

Le triste porte la misère du monde,
Il est déjà vieux avant l'âge et se plaint,
Vous voit-il que déjà ses larmes abondent,
A vous conter son passé et futurs demains !

L'impassible est une énigme sournoise,
Que pense-t-il, est-il gêné ou ennuyé ?
Tel un voile qui flotte sur son visage,
Vous annonce que vous ne pourrez rien en tirer !

GCM
Pensée du jour.7/7/2026

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administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénarioFabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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administrateur théâtres

Avec Molière, une troupe qui nous ébaudit!

 

Spectacles

Le médecin malgré lui

Vous connaissiez ce Parc dans Bruxelles, qui évoque la culture… des pommes de terre ? Son nom est un hommage à celui qui les fit entrer dans l’Histoire : Antoine Parmentier. C’est là, sous ses grands arbres et au pied d’une vieille bâtisse religieuse, en plein dans un décor agreste que la Comédie Kapel a planté, pour quelques soirs d’été, ses lampions et son théâtre de verdure.

Et lorsque la chaleur du jour s’efface enfin, que les oiseaux cèdent peu à peu la place aux premiers éclats de rire, Molière prend possession des lieux.

Préparez-vous : il va pleuvoir des coups de bâton sur les maris buveurs, dévoyés et fainéants, les pères tyranniques et les faux savants.

L’an dernier déjà, cette joyeuse bande faisait chavirer le public avec un irrésistible Scapin. Nous n’avions qu’une envie : revenir. La promesse est tenue. La fête recommence, plus champêtre encore, sous des frondaisons où le théâtre retrouve peut-être sa vocation première : rassembler des inconnus autour d’une même histoire, au cœur d’une douce soirée d’été.

On pourrait appeler ces artistes les baladins de la mémoire. Car ils ne se contentent pas de jouer Molière : ils réveillent tout un héritage populaire. Entre la domestique qui s’enivre d’envolées lyriques puisées chez Gounod, et l’incomparable Lucas qui roule les “r” comme on laboure la terre, les discrètes allusions musicales qui ravissent les baby-boomers, et les galimatias pseudo-latins des médecins improvisés, « Le Médecin malgré lui » devient une véritable fête foraine du langage.

Écrite en 1666, juste après le succès d’estime mais les recettes décevantes du Misanthrope, cette comédie d’un genre populaire, permet à Molière de récupérer quelques pistoles sonnantes et trébuchantes pour payer sa troupe. Inspiré directement du vieux fabliau médiéval du Vilain Mire, Molière renoue avec la farce : ainsi, les bastonnades, les quiproquos, les personnages hilarants, les maris bernés, les femmes qui mènent le jeu, les bourgeois vénaux et les médecins dont le latin cache surtout une abyssale ignorance.

Mais le génie de Molière organise ces ingrédients de la veille de la Renaissance pour les transformer en une mécanique d’horlogerie où chaque réplique fait mouche. Derrière le rire, il fustige l’hypocrisie sociale, les rapports de domination et la crédulité humaine. Le bâton amuse mais les mots gracieux habillent la raillerie et la critique.

Benoît Strulus en Sganarelle s’y entend à merveille pour moquer les grands médecins de l’Antiquité, la théorie des humeurs, des saignées, des lavements et autres remèdes fantaisistes. Son faux médecin règne, chapeau vissé sur la tête, sur la science de l’époque aussi pompeuse qu’approximative. Écoutez-le savourer le mot « Mé-de-cins » en trois larges syllabes, comme s’il découvrait lui-même l’immensité de son nouveau savoir. Tout est juste, tout est savoureux.

Dès l’incipit, le ton est donné. Une lessive flotte au vent, culottes en étendard. Martine, jouée par l’admirable Colette Sodoyer, règle ses comptes avec son mari. Les reproches deviennent vengeance, la vengeance devient mascarade, et la machine infernale de la farce est lancée.

Femmes diaboliques et victorieuses ? Maris dupés ? Pères abusifs ? Culte du profit ? Peu importe finalement. Les véritables vainqueurs seront les amoureux, Léandre et Lucinde, qui trouveront enfin, grâce au plus improbable des médecins, le chemin de leur bonheur.

Les costumes d’époque virevoltent. Les comédiens surgissent des taillis comme des maraudeurs du verbe. Les domestiques se gaussent. Les femmes tiennent fermement la barre, et gare aux mains baladeuses ! L’exquise Jacqueline, nourrice chez Géronte et épouse de Lucas (Marc Deroy) insuffle sous les traits de Mathilde Mazabrard un entrain et une fraîcheur irrésistibles.

C’est Bernard Lefrancq qui campe le Géronte absolu, à la fois inquiet et imbu de lui-même. Affublé d’un costume et d’un bonnet qui rappellent celui du Malade imaginaire, il convoque des emportements et des postures dignes de Louis de Funès, qui se serait subrepticement échappé des Trente Glorieuses.

Face à lui, Anne-Isabelle Justens et Alexis Lejeune composent le couple d’amoureux complices et tellement gourmands de vie. La joie est dans le pré.

Chemin faisant, nos vieux cours d’histoire du théâtre français resurgissent, et l’ombre de ces anciennes farces françaises données sur les places du village. Celle du Cuvier par exemple, quand le théâtre se jouait avant tout pour faire rire le peuple. Et quelle aventure, entre limonade et bière, de retrouver cet esprit parfois grivois, aujourd’hui, le verre à la main, installés sur une chaise courte plutôt que longue, ou autour d’une table, tandis que le soleil décline doucement derrière les arbres.

Bref, ce qui touche, au fond, c’est l’engagement artistique de toute cette troupe, comme du temps de Jean-Baptiste Poquelin ? Les rires ont tôt fait de crépiter dans le champ fraîchement fauché pendant que le parfum de l’herbe se mêle à celui de cette langue ancienne si musicale qui semble avoir traversé les siècles sans périr. C’est que Molière, qui se plaît à épingler les vices de l’humanité, est vraiment éternel.

Le public, lui aussi acteur de la fête, répond aux sollicitations, s’étonne, applaudit, rit et glousse de plaisir. Et tant pis pour les blagues un peu épaisses. On les rangera en toute simplicité avec les épluchures …de pommes de terre.

Hélas, la météo caniculaire aura sans doute retenu chez eux quelques spectateurs. Dommage. Mais ceux qui étaient présents auront largement compensé leur moindre nombre par la chaleur et la vivacité de leurs applaudissements.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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administrateur théâtres

Big Mother, « la Chose » reviendra-t-elle?

Spectacles

 Au théâtre Le Public

La satire… n’est plus matière à rire

« Ils disent parler au nom du peuple mais s’en prennent aux piliers mêmes de la démocratie. Surtout, ils s’attaquent à tout ce qui pourrait les freiner : juges, médias, institutions internationales, universités… »
— Le Monde

Dans son thriller politique, Mélody Mourey confie être inquiète face au futur. « …Parce que je suis réaliste, mais je crois à notre capacité à changer les choses. »

Heureusement, le théâtre est là pour sensibiliser le public aux réalités que nous vivons déjà et aux enjeux qui nous attendent.

BIG MOTHER se joue actuellement au Théâtre Le Public et sera, on l’espère, prolongé la saison prochaine. Ce n’est pas un hasard. Rarement une satire politique aura frappé avec une telle puissance.

Rire de bon cœur de nos travers ? Non, dans cette pièce, on les voit se refermer sur nous comme un piège.

Toutes griffes dehors, cette œuvre brillante alerte, accuse et secoue le spectateur. Elle le met face à ce qu’il subodorait, sans vouloir vraiment y croire : plus rien n’est écrit dans la pierre, notre monde est devenu un lieu où la vérité est une matière volatile et malléable, où l’information se fabrique, où la surveillance se fait …consentie et où nos libertés s’érodent avec notre propre assentiment.

Nous les artistes anonymes
De la sculpture ou de la rime
Tenterons de vous la transcrire
Pour les siècles à venir
Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Rarement un spectacle aura laissé une salle dans un tel état d’épuisement nerveux. Pendant une heure et quarante, sans entracte, Big Mother ne nous accorde pas une seconde de répit. Les personnages courent, s’agitent, enquêtent, s’affrontent, s’effondrent. Les vérités éclatent avant d’être aussitôt ensevelies sous d’autres récits. Le spectacle, d’une densité à couper le souffle, hurle ses vérités à travers des personnages à bout de nerfs, dans un rythme dont on sort submergé et épuisé.

Oui. La violence épuise. Mais si j’avais encore mes grands élèves en charge, j’y courrais avec eux pour en débattre ensuite, comme nous le faisions jadis après An Inconvenient Truth ou All the President’s Men. Ils adoreraient la scénographie tournoyante d’écrans qui, intrus décrits par George Orwell, sont devenus dans notre XXI siècle une compagnie plus qu’utile : indispensable quoique parfois délétère. Ces hublots quadrangulaires, en mode cinéma ou en plans fixes, dessinent les multiples lieux de l’action. En outre, ils permettent une saisissante simultanéité des scènes, composant, paradoxe suprême, un ensemble presque esthétique. Déjà une supercherie. Car ce qui est beau finit souvent par ne plus nous inquiéter.

La musique, digne d’un thriller, accompagne le tout dans des couleurs de délire incandescent.

Autour de cette machinerie fascinante, les six acteurs accomplissent une véritable prouesse. En scène, un merveilleux sextuor : Itsik Elbaz, Salomé Crickx, Tiphanie Lefrançois, Jérémie Petrus, Laurence Oltuski et Nabil Missoumi. Tous jouent « la Chose » avec une conviction et un talent effréné, une précision et une énergie qui forcent l’admiration. Leur impressionnante galerie de personnages se déroule avec une virtuosité sidérante dans des Méta-morphoses nous offrant un miroir implacable de notre monde.

Un livre, on le referme pour reprendre une pause. Ici, impossible. Ce spectacle vous tient dans ses griffes.

On y retrouve, bien sûr, ce vieux principe qui accompagnait nos jeunes années : « Le poète a dit la vérité. Il doit être exécuté. » Et si ça s’appliquait maintenant aux journalistes ? Quelle engeance dangereuse clament tous nos néotyrans. Néanmoins, une banderole édifiante flotte sur le plateau « Killing the  journalist  won't kill the  story! » Une étincelle d’espoir.

Mais aujourd’hui, la machine infernale est plus perverse que jamais. Pour installer une dictature, nul besoin d’exécuter le poète. Il suffit de nous noyer sous un déluge d’informations. De rendre toute certitude impossible, d’annuler nos outils de vérification. De faire en sorte que plus personne ne sache distinguer le vrai du faux, du vraisemblable, du filtré, du fabriqué, du sur-mesure.

Dans Big Mother, Mélody Mourey pousse cette logique jusqu’à son terme avec un concept glaçant : la Totale Démocratie. Une démocratie qui promet avec un large sourire davantage de participation citoyenne grâce au Big Data… …mais qui organise, en réalité, notre consentement.

Nous croyons choisir. Nous sommes choisis.

Nous croyons décider. Nous sommes guidés.

Nous croyons être informés. Nous sommes profilés.

Nous croyons exercer notre liberté. Nous alimentons les algorithmes qui finiront par penser à notre place.

Sous les dehors rassurants d’une BIG MOTHER qui ne nous voudrait que du bien, nos perceptions s’émoussent. Nos indignations s’endorment. Notre vigilance s’efface. Et la réalité finit par nous échapper. Le plus glaçant n’est pas que quelqu’un nous surveille. Le plus glaçant est que nous ayons fini par offrir nous-mêmes toutes les clés… pour nous atteindre. La manipulation atteint alors son apogée alors que la démocratie représentative se meurt sous nos yeux, puisque notre regard est ailleurs.

Même la liberté perd son essence sacrée pour devenir une illusion soigneusement entretenue. Et où est donc passée la lumière ? Nous voilà prisonniers de la noire caverne. Platon en perdrait son grec !

De fait, notre monde est ainsi devenu pire que celui d’Orwell. Et nous découvrons que celui d’Huxley lui prête désormais main-forte. Le premier imaginait une dictature de la peur. Le second est une dictature du confort. Ainsi nous en venons à réussir l’impensable : faire cohabiter les deux.
…Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Alors, chers étudiants de mes jeunes années… Vous êtes aujourd’hui de jeunes parents. Vous souvenez-vous encore du Meilleur des mondes ? Vous souvenez-vous de 1984 ? Nous les lisions comme des romans d’anticipation, en forme d’avertissements nous conjurant d’être attentifs à toute tentation totalitaire. Cette pièce Big Mother (2023) sonne l’alarme. Et qui sait, le tocsin. Face à cette « Chose », il y a urgence citoyenne.

Et bravo à ces six artistes qui donnent tout : la voix, le corps, le souffle, l’intelligence, le rythme. Ils portent cette fable noire avec une générosité et une intensité rares. Car au-delà du thriller, de l’urgence, de l’effroi, de la violence, resurgit une vieille vérité. Celle que formulait déjà La Boétie : « C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être serf ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug. »

 Vous noterez que la véritable question que pose Big Mother n’est pas : Qui nous manipule ? Elle est infiniment plus dérangeante : Pourquoi acceptons-nous si volontiers de l’être ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

De : Mélody Mourey

– Mise en scène : Mélody Mourey

– Avec : Salomé Crickx, Itsik Elbaz, Tiphanie Lefrancois, Nabil Missoumi, Laurence Oltuski et Jérémie Petrus

– Scénographie : Olivier Prost

– Costumes : Bérengère Roland

– Costumière : Sarah Duvert

– Lumière : Arthur Gauvin

– Musique : Simon Meuret

– Vidéo : Edouard Granero, Laure Cohen, Emmanuelle Buchet

– assistés de : Clémentine Kosh

– Habillage : Eugénie Poste

– Régie : Geoffrey Leeman

– Assistanat régie : Junior Neptune

Du  12.05 au 04.07.26

➡ https://bit.ly/BigMotherTickets

 Photos : Gaël Maleux

https://www.theatrelepublic.be/big-mother

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