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TU NE CHERIRAS QU'UN SEUL MOT

PAX

 

Il existe un mot

Plus joli qu’un autre

Car c’est le préféré de tous.

La preuve c’est qu’il est utile pour en fabriquer d’autres.

Il gazouille comme l'oiseau,

Il est dans les cris de haine

Dans les déclarations d’amour

Il est peut-être dans les plis des drapeaux

Il est écrit dans les cahiers d’écoliers

Il est dans la bouche des marmots et dans celle du créateur

Il est à l’eau, à la menthe, à l’anis, dans les tuyaux des châteaux en Espagne.

C’est le songe du vent au bras du soleil

On le devine dans un sourire, sous un chapeau et dans les lignes de la main.

C’est un mot de môme qui nous mène par le nez mais pas à la baguette.

Il a le vice dans la peau, ce mot !

Il tête les tétons et serre les mains sales

Pourtant c’est un petit mot ce mot, juste un son !

Un pin’s au col des poètes. 

C’est le rêve des fleurs,

Mais aussi des postières,

Des vaches du loup du cochon et de l’alouette,

Des clowns et des acrobates

Peut-être celui des policiers

C’est un mot pourtant célèbre !

Capable de dissoudre un discours comme son orateur. 

Ses vertus :

Faire bavarder les muets 

Ouvrir les oreilles des sourds.

Pétale de coquelicot,

Pelage d’agneau

Comme, ce mot est doux !

Minéral et vérité,

Il scintille !

Convaincant et intransigeant

Mais tellement gentil que la brute lui obéit.

Il a la colombe dans son sillage

Et l’univers dans ses bras.

Il gueule surtout comme un putois : 

Attention !  Je suis la paix !

 

 LIONEL MORIN (Sédiment)

 

 

 

 

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administrateur littératures

Dans le cadre des Rencontres Littéraires de l’Espace Art Gallery, 83 rue de Laeken, 1000 Bruxelles, l’organisateur et administrateur des rencontres Thierry-Marie Delaunois recevra le samedi 14 mars (14h30 - 17h30) L’Association des écrivains belges de langue française AEB en la personne de sa Présidente Martine Rouhart et de Anne-Marielle Wilwerth, un de ses membres. 

Le programme :

- une introduction de Thierry-Marie Delaunois 

- la présentation de l’AEB par Martine Rouhart accompagnée d’une séance d’informations pratiques. Des témoignages et un Questions/ Réponses complétera la présentation 

- un hommage à Robert Paul et Anita De Meyer avec différents intervenants qui apporteront leurs témoignages 

- une interview croisée avec Martine Rouhart et Anne-Marielle Wilwerth. Martine Rouhart présentera "La haute couture de l’infime" de Anne-Marielle Wilwerth, éditions Bleu d’encre, et cette dernière présentera "En ce lieu clos" de Martine Rouhart, Toi éditions (Cécile Ossant)

- une séance de dédicaces avec Martine Rouhart et Anne-Marielle Wilwerth 

- un drink littéraire de rencontres informelles 

Entrée gratuite et bienvenue à tous et toutes !

Avec la participation (entre autre) de Taya Leon, Frédéric Vinclair (présence à confirmer), Jerry Delfosse et Thierry-Marie Delaunois. 

Espace Art Gallery : à 5 bonnes minutes de la place De Brouckère 

Un événement à ne pas manquer ! 

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administrateur théâtres

Harpe, Lyre ou cithare ? L'ensemble de musique ancienne La Cetra d'Orfeo, dirigé par Michel Keustermans, s'est produit le 22 janvier 2026 dans le cadre de la Balade musicale à Rixensart.

 Toute notre gratitude va à Jean-Pierre Peres, la cheville ouvrière et le directeur artistique de longue date de ce festival très apprécié  dans le Brabant Wallon et dont c’est aujourd’hui la 13ème édition. Les concerts "baladent" en effet les auditeurs entre plusieurs édifices de la région.

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 Nous avions besoin de diversion et L’ensemble baroque brainois La Cetra d’Orfeo dirigé par Michel Keustermans nous a comblés hier soir, dans la vaste et paisible église Saint-Sixte dont l’architecture ne ressemble pas du tout à celle d’une église traditionnelle. Depuis son origine, voilà la troisième version de l’édifice religieux consacré au Saint chrétien, un pape martyre qui vécut au temps de l'empereur Adrien.  Cette église est  maintenant d’ailleurs un peu en retrait de l'ancienne place communale, sans flèche de clocher, et il faut même la chercher un peu, pour la repérer. Son plan en forme de  carré dont les angles ont été coupés, donne ainsi une impression circulaire, un vrai bonheur pour l’assemblée des priants ou des spectateurs. D’emblée on s’y sent chaleureusement accueilli. Et les concerts qui y sont donnés bénéficient d’une très belle acoustique.  

Jeudi 22 janvier 26, l’église Saint-Sixte faisait salle comble pour écouter Vivaldi & Co. Avec les Concerti « a molti stromenti » de Vivaldi, Tartini, Boismortier, et JC Bach. Le programme virtuose permettait tour à tour à chaque instrumentiste d’être soliste et tuttiste (… ça se dit? ).  La lumineuse série de concerti du XVIIIe siècle était introduite avec humour par Michel Keustermans le directeur artistique, et titulaire de la flûte à bec. Le joyeux ensemble réunissait des artistes jouant sur instruments anciens.

    • Mira Glodeanu (violon)
    • Benoit Laurent (hautbois)
    • José Rodrigues (basson)
    • Hervé Douchy (violoncelle)
    • Raphaël Collignon (clavecin)
    • Giorgos Kakitsis (théorbe/guitare)
    • Istvan Csata (violone) 

Cet ensemble belge se spécialise dans la musique ancienne (Baroque et Renaissance) avec une approche vivante et accessible. Il a récemment annoncé la sortie de son nouveau CD, "Bach Today", disponible depuis février 2025. 

 

D’emblée, la violoniste roumaine Mira Glodeanu a saisi les auditeurs par son extrême présence. Changeant l’ordre du programme c’est avec Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) que le concert a commencé.  Celui qui représente la musique italienne en France et semble ne cesser de s’amuser de badinages harmoniques. Basson, violon, flûte et Basse continue, fabriquent des entrelacs précieux, des pas de danse, de joyeux dialogues et un village de cordes qui applaudit.

Le morceau suivant, du Tartini, comme promis, ou autre chose ?    …Un premier mouvement très expressif, du style concertant français à l’italienne, un menuet scintillant et une collection de de reflets par la soliste passionnée.

 Et enfin, le très attendu Vivaldi. La violoniste est reine dans ce concerto en ré majeur RV99 pour violon, hautbois, flûte à bec, basson et basse continue. Le largo chante aussi l’hiver avec un rythme scandé, presque syncopé et des accords marqués. Les bois murmurent en duo complice. Entre pluie battante et feu ouvert, le temps intérieur est fluide et serein, avant les coups de bourrasque de l’allegro. Mais la vie frémit dans la flûte, la joie crépite et la violoniste est brillante et heureuse. Cette artiste, joue encore, même quand elle se tait. Tout passe par le corps, les expressions du visage et la tenue joyeuse de l’archet.

La sonate pour violoncelle et basse continue de Vivaldi a été choisie par Isvan Csata. Il y a de longs phrasés mystérieux, quelques gouttes de notes aigues au clavecin, pour terminer par un envoi plein de peps.

 

Direction Jean-Chrétien Bach, «  le Bach de Londres » qui préfigure la musique galante de Haydn et Mozart. Ici, le clavecin est maître, vs tutti. Il y a cette connivence des artistes qui donne envie de rentrer dans la ritournelle.

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Le bouquet final, c’est le concerto en sol mineur RV 107 de Vivaldi pour flûte à bec, hautbois, violon basson et basse continue. C’est brillant comme le dernier chant d' ensemble, à la fin d’un opéra. Le deuxième mouvement entre dans une langueur brillante et les bois sont en promenade dans la délicatesse. Souplesse des sonorités. Le troisième mouvement entraîne dans une boucle fascinante que l’on pourrait écouter jusqu’au lendemain matin. Avant les derniers accords, grandioses.

En bis ? Le jaillissement gourmand d’une courte création signée Michel Keustermans : Zakouski N° 2. C’est une discussion libre entre musiciens de Braine,  des rythmes asymétriques, les pizzicati bouillants du Violoncelle.  Le théorbe est parti dormir. Ce n’est pas son siècle. Un peu de panthère rose, des parfums de James Bond. Le clavecin très délicat garde son sérieux.  Et un seul accord final de tutti couronne le tout. Les auditeurs se ruent en applaudissements.

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 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 https://www.balademusicale-rixensart.be

 lien: 

La Certa d'Orfeo

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administrateur théâtres

au Théâtre Le Public : L’Habilleur de Ronald Harwood

 Grandeur et fragilité

 

Il faut du temps pour digérer ce bijou du répertoire britannique que l’on joue en ce moment au Théâtre Le Public : L’Habilleur de Ronald Harwood. Une ode au théâtre, semble-t-il. Alors, une ode en fa mineur, striée de douleur, saturée de désillusion. Car la beauté se débat avec la déchéance, la fidélité bute sur l’ingratitude, le panache flirte avec le renoncement. Oui, « Les chants les-plus-beaux sont les plus… désespérés»

 

Au centre, Sir John, immense comédien shakespearien, se prépare pour la 227e fois à jouer le Roi Lear dans une Angleterre qui tremble sous les bombes. Keep calm and Carry on! À ses côtés, Norman, son habilleur, le soutient, le borde, le porte, le ramasse, le répare comme on veille jalousement sur une figure royale.

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Michel Kacenelenbogen livre ici quelque chose qui dépasse le jeu. Ça tient presque du testament, et cela effraye grandement. Et ce grand corps offert en pâture, et ce « regardez ce que l’art coûte à ceux qui l’ont servi ». Il y a chez lui cette grandeur tragique qui frôle l’obscène, parce que trop vraie. Pathétique acteur qui se défait, qui perd la boule, la mémoire, la dignité. On songe bien sûr à nos vieux aînés, à des proches, à ce mari, cette épouse qui ne reconnaissait plus les siens.

 

Tout cela est brutalement fort loin de ce petit plaisir malin annoncé par notre heureux théâtre Le Public. Ou bien, un avertissement tragique, un constat lucide et glacé de notre monde immensément fracturé et trahi?

 

 

 

 

Face au monstre,  Sir John, Antoine Guillaume offre un Norman bouleversant et révolté dans sa dévotion même. Mémoire supplétive, serviteur fidèle, mais jamais servile, épaule silencieuse, l’homme qui assiste, qui répare, qui cajole, qui s’épuise, déploie des trésors d’intelligence et de patience. Admirable de finesse et de tenue, ce formidable sherpa! Le sang revient dans les veines après l’effroi. La dame de compagnie veille sur le monarque capricieux. Mais, que reçoit-il ? Rien. Pas même la gratitude. Pas même la reconnaissance minimale de l’existence. « Ce sont les plus petits qui éprouvent les plus grandes douleurs» lâche-t-il, révolté devant le désert affectif.

 

Autour du duo principal, une distribution tout aussi engagée : Didier Colfs, Nicole Oliver, Tiphanie Lefrançois, Jérémy Bouly, François Michel van der Rest et Aylin Yay donnent chair aux périphéries du récit, sans lesquelles la mécanique ne tiendrait pas. Et la musique de Pascal Charpentier soulage.

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Mais la mise en scène de Michel Kacelenenbogen et la scénographie de de Renata Gorka de ne cherchent pas à arranger les angles. Ça commence comme un éboulement verbal, un torrent de mots qui dévale une montagne hostile. On est submergé, désorienté, essoufflé. Puis la scénographie, sobre, laisse les ruines bien visibles : le théâtre n’est plus la fabrique du rêve mais une chambre mortuaire. Le cintres habillés de vêtements en sombre arc en ciel pendent, lamentables témoins muets, comme dans un musée glacé et sans vie.

 

Des éclairs chaotiques de King Lear percent la brume et ils font mal. Car si Lear pleure sur sa folie, Sir John se gausse, jusqu’à ce que ça ne rie plus du tout.

 

Malgré le voile d’amertume, c’est du grand théâtre. Les deux acteurs, magnifiques, naviguent entre comédie et drame avec une précision chirurgicale. L’horlogerie des répliques fait mouche. Le reste de la distribution, solide et élégante, maintient le cadre, comme un chœur dispersé et désorienté.

 

En quittant les lieux, pas de jubilation. Pas le clin d’œil complice. On n’a pas bu du champagne mais de la ciguë, jusqu'au bout. Car L’Habilleur est une sorte de petite mort, jouée à nu. Celle aussi de notre société affolée? Une ode au théâtre qui rappelle la folie, la dépendance, l’ingratitude, et la vanité sublime …des planches!

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

L'HABILLEUR

DE RONALD HARWOOD

VERSION FRANÇAISE DE DOMINIQUE HOLLIER

13.01 > 28.02.26

Relâches du 17.02 au 26.02.26

Avec:  Jérémy Bouly, Didier Colfs, Antoine Guillaume, Michel Kacenelenbogen, Tiphanie Lefrancois, Nicole Oliver, François-Michel van der Rest et Aylin Yay Mise en scène de Michel Kacenelenbogen Assistanat à la mise en scène: Barbara Borguet Scénographie: Renata Gorka Costumes: Chandra Vellut

Lumière: Jérôme Dejean avec Candice Hansel

Compositeur musique originale: Pascal Charpentier

Régie: Martin Celis, Raphaël Lemaitre

 

 Photos © Gaël Maleux

Représentations du mardi au samedi à 20h30, sauf les mercredis à 19h00.

Dimanche 25.01 à 17h00.

 

 

 

 

 

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administrateur théâtres

La véritable histoire de Sigmund Freud

Au théâtre Royal de la Comédie Claude Volter : 

…Un héros de laboratoire, entouré de disciples, de femmes remarquables et de conflits magnifiques.

 C'est parti, comme sur des roulettes ! Cinq personnages grandeur nature, pris dans les glaces du temps se voient pris dans un cube miroitant sur le plateau de la Comédie Claude Volter. Encore des miroirs ! Ces révélateurs biologiques et psychiques.  En hauteur, largeur et profondeur, les personnages prennent vie sous la lumière des projecteurs.  Voilà pour le décor prodigieux de Renata Gorka et la substance de la pièce. Ajouter deux comédiens étourdissants : Nicolas Pirson et Hélène Theunissen, qui sautent héroïquement d’un rôle à l’autre, dans une légèreté magistrale. 

 En spectateur assoiffé de découvertes, on a très vite l’impression de participer à un événement unique, vibrant, inoubliable, dont on sent que la gestation a été un travail formidable. Celui de Christine Delmotte-Weber, autrice, metteuse en scène de plus de 50 pièces dans nos différents théâtres bruxellois et réalisatrice belge. Diplômée de l’INSAS, en mise en scène théâtre et réalisation télévision et radio, puis en méthodologie et en psychopédagogie au Conservatoire Royal de Bruxelles, excusez du peu, elle dirige la compagnie Biloxi 48 depuis sa création en 1987. Elle nous a séduit avec des œuvres marquantes telles que Antigone d'Henry Bauchau, Rhinocéros de Ionesco, l’inoubliable Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler ! et l’an dernier : Je voudrais mourir par curiosité, à la Comédie Claude Volter.

La véritable histoire de Sigmund Freud est une fois de plus, un spectacle qui emporte, nous bouscule et nous émerveille, non seulement par l’intelligence de son propos, mais par la magie de son incarnation scénique. Quel exploit : c’est carrément la Pensée qui surgit, qui prend vie, qui explose en émotions dans un rythme presque débridé. Et l’insaisissable subconscient qui virevolte devant nos yeux. La pièce opère comme une fouille archéologique du psychisme humain. C’est captivant.

Inspirée du roman de Susann Heenen-Wolff, la pièce déborde d’audace et de finesse malgré l’absence d’histoire. On assiste à la naissance d’un concept, l’inconscient, dans sa dimension la plus vivante et la plus palpitante. L’énergie du spectacle est communicative, le spectateur est happé par ce laboratoire d’idées où chaque échange, chaque confrontation, fait jaillir des étincelles de réflexion. 

Freud, ici, rayonne d’humanité.  Il apparaît tour à tour pédagogue, père, tyran bienveillant, théoricien prudent, juif viennois inquiet, vieil enfant curieux, humain impuissant devant la maladie qui l’accable. Il apparait moins fondateur que fondu dans l’architecture de ce qu’il invente. On comprend que la psychanalyse n’est pas sortie d’un unique cerveau génial, mais d’un vrai champ de bataille. Entouré de figures hautes en couleur, il apparaît tour à tour mentor, explorateur, questionneur vibrant, sans cesse traversé par le doute et l’audace. Fascinant personnage, riche et attachant. On apprend mille choses… et on achètera le livre à la sortie !  La psychanalyse naît sous nos yeux, d’une constellation d’êtres passionnés, animés par le feu de la découverte.

Peut être une image de une personne ou plus, téléviseur, le Bureau ovale et texte

La mise en scène des conflits se décline en affrontements théoriques, en duels affectifs, en secousses historiques… On ressent la tension, la nécessité du combat pour que l’idée progresse. Le théâtre est un laboratoire où la contradiction est le tremplin de la créativité. À chaque obstacle, une révélation, un éclair, et l’inconscient  surgit, là où personne ne l’attendait.

Mais surtout, quelle jubilation, celle de voir les femmes occuper le devant de la scène, et même incarner d'un bout à l'autre  la voix même du grand Sigmund ! Merci à cette merveilleuse actrice, Hélène Theunissen qui pendant une heure trente anime sans répit, toute une collection de personnages. Et ces femmes :  Lou Andreas-Salomé, Marie Bonaparte, Anna Freud… quel trio de choc ! Des femmes qui n’étaient pas de simples patientes mais de nouvelles théoriciennes. Elles déplacent la théorie vers la sexualité vécue, le corps, l’enfance, le trauma. On sent littéralement la modernité en train de s’inventer.  A mille lieues bien sûr de faire tapisserie, ou d’éplucher des légumes, elles bousculent, interrogent, inventent, déplacent les frontières. Par la force de leur présence et la profondeur de leurs points de vue, elles révèlent la psychanalyse sous un jour neuf, audacieux, absolument passionnant. Le spectacle n’affirme-t-il pas avec panache que le féminin est la condition même de cette aventure intellectuelle ? Elles obligent Freud à se confronter à ce qu’il ne voit pas.  Lou apporte la bisexualité psychique et la poésie du désir, La princesse Marie Bonaparte apporte le corps, l’orgasme, la mesure anatomique, l’expérience vécue, la fille de Freud, Anna apporte l’enfance, le père, le développement, l’homosexualité.

 Autre découverte réjouissante : l’enfance, traitée avec une sensibilité rare dans cette scène où Sándor Ferenczi, éminent psychanalyste hongrois du XXe siècle, introduit la fameuse « confusion des langues ». L’enfant n’est pas un adulte miniature, c’est un sujet qui sent avant de comprendre. C’est Ferenczi qui a élaboré le concept de « traumatisme d’identification », où l’enfant, plongé dans un abîme de confusion et de douleur, s’identifie involontairement à l’agresseur dans une tentative désespérée de comprendre et d’assimiler une expérience traumatisante. L’enfant serait-il le cœur battant de la subjectivité moderne ?

Et que dire de la manière imprévisible mais tellement juste, dont la guerre fait irruption sur scène ! Un court moment sur les “trembleurs de guerre” : la Première Guerre mondiale comme événement psychique fondateur de notre monde actuel. Le surgissement du trauma, tout cela est rendu avec une brûlante intensité.  Et si la psychanalyse était montrée comme une réponse vibrante aux secousses du siècle, un miroir de notre fragilité collective. C’est inattendu, puissant et bouleversant. Et quel sera notre avenir ? 

Ce spectacle hors du commun est incandescent, intelligent, généreux, il devient une expérience, une aventure, une fête de l’esprit et un questionnement.  Une phrase nous hante « L’homme n’est pas maître dans sa propre maison ». Elle résonne comme un manifeste vibrant et profondément humain. La « maison » représente notre psychisme humain. Des forces invisibles, pulsions, désirs refoulés, traumatismes d'enfance dictent souvent nos comportements à notre insu.

C’est donc lesté d’une réelle énergie communicative que l’on quitte La véritable histoire de Sigmund Freud : la tête pleine d’idées, l’envie de creuser le sujet, de débattre, de rêver, de réfléchir. On prend la mesure de ce que la modernité doit à cette invention fulgurante : la subjectivité, l’acceptation de nos contradictions, la beauté de l’inachevé. Et la perception poignante de l’inachevé de notre psychisme en perpétuelle évolution. Au bout du spectacle, c’est La véritable histoire de Sigmund Freud, qui ne nous quitte pas !

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Du 21 janvier au 1er février 2026 , à la Comédie Claude Volter.

LA «VÉRITABLE» HISTOIRE DE SIGMUND FREUD

de SUSANN HEENEN-WOLFF

 

AVEC : HÉLÈNE THEUNISSEN & NICOLAS PIRSON

ADAPTATION THÉÂTRALE ET MISE EN SCÈNE : CHRISTINE DELMOTTE-WEBER

ASSISTANAT GENÉRAL : ANTOINE MOTTE DIT FALISSE

SCÉNOGRAPHIE ET COSTUMES : RENATA GORKA,  ASSISTANT COSTUMES :  CHRISTOPHE MARTELLEUR

CRÉATION LUMIÈRE : JÉRÔME DEJEAN, ASSISTANAT LUMIÈRE : CANDICE HANSEL

MONTAGE PHOTO : JEREMY BRUYNINCKX

CONSTRUCTION DÉCOR :  ATELIER PIRATE

RÉGIE : BRUNO SMIT

ADMINISTRATION : HERVÉ PLASMAN

PHOTOS : LARA HERBINIA

Une production de la Compagnie Biloxi 48, de la Comédie Royale Claude Volter et du Théâtre de la Valette.

 

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L'étranger

 

 

L’étranger

 

En vous cachant derrière vos yeux,

Ce masque affreux je le connais,

Je vous vois vous moquer encore,

Laissez-moi vivre ce que je suis,

Un homme étrange, un étranger,

Venant d’un monde inexistant,

Je suis venu en passager

Et mon langage est inconnu.

 

Je suis un peu artiste,

Je suis un peu poète

 

Votre regard, je le connais,

Depuis petit, il ma suivi

Et dans ma tombe il me regarde,

Il est en moi, il est partout,

Ce que je suis, ma voix, mon âme,

Pensées, manières, mon caractère

Ne vous ne plaisent pas, je suis hideux,

Je ne pourrais être charmant.

 

Je suis très passionné,

Je suis dans mon tourment .

 

Vos masques dansent autour de moi,

Mais cette valse continuera,

Je resterai juste, seul avec moi

Et quelques-uns qui ont compris

Que l’étrange dit l’étranger,

Le trouble fête, le répugnant,

Se moquent bien de tous papiers,

Sauf pour les mots et les couleurs

 

Je suis pastel en moi

Et ce moi est chanson.

 

le 22-1-2026

 

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administrateur théâtres

L'effet Miroir, au théâtre le Public

Spectacles

Un miroir où chacun peut me voir… comme le chantait France Gall

Compte à découvert. On a parfois tendance à croire que les contes pour enfants font du bien. Qu’ils rassurent, qu’ils réparent, qu’ils adoucissent. Au Théâtre Le Public, l’adaptation bruxelloise du texte de Léonore Confino rappelle l’inverse : les fables ont des dents. Elles mordent, elles ouvrent les plaies, elles réveillent les secrets.

Cette pièce fait tout de suite penser à « La psychanalyse des contes de fées », une théorie élaborée par Bruno Bettelheim, avec sa méthode d'interprétation qui voit dans les contes des représentations symboliques des conflits psychiques internes dans le développement humain.

Alors pourquoi l’écrivain à succès Théo ( interprété de façon très touchante par Zeno Fab Fabio ), en panne sèche d’inspiration littéraire, n’aurait-il pas le droit de se livrer à l’écriture d’un « petit conte » sans but commercial, qui l’éclairerait sur lui-même et sur ses proches ?  Envers et contre tous, Il le fait, mu par la magie de son reflet entrevu dans un miroir éloquent, datant du 17e siècle. Il l’a acquis en cachette de sa femme, Irène, certes une wonderwoman, mais qui peine tant à gérer les tristes finances familiales. Une magnifique Stéphanie Van Vyve.  Le déni : avec un entêtement féroce, il interdit catégoriquement à ses proches qui ont eu accès à son écrit, de se projeter dans ce miroir verbal ! Il n’y a pas le moindre symbolisme, clame-t-il, dans ces personnages aquatiques inventés, habitant la mer profonde, cette version aquatique de la forêt intérieure. Mais ce monde sous-marin incarne bien, même à son insu, les trois personnes qui lui sont les plus chères : sa femme, son frère et sa belle-sœur. Et lui-même, bien évidemment.  Bien qu’il s’en défende avec la dernière énergie, des vérités flagrantes émergent de cette histoire de bigorneau perdu, d’oursin bourru, de sirène impériale et de crevette aventurière.  

La force de Léonore Confino est de comprendre que la famille est le premier théâtre des projections. On se voit tous quelque part dans cette galerie : en bigorneau paumé, en sirène hystérique, en oursin anxieux. Ce n’est pas grâce au réalisme, mais grâce au symbole : l’irréel permet le vrai.  Le tout dans une langue faite de jeux de mots tourbillonnants et dans une série de tribulations totalement loufoques.

Le petit bigorneau, orphelin et nu, cherche une coquille comme on cherche un sens. Théo, lui, cherche une œuvre qui le libère de lui-même. Son livre fait mouche : il brise les coquilles sociales, les costumes, les postures, les faux-semblants familiaux. Le conte devient performatif : il modifie la vie de tout le cercle familial.  L’imaginaire marin agit comme révélateur de photo : les identités apparaissent, les blessures se fixent, et la famille se dissout en aveux. Les proches, croient reconnaître des messages dissimulés : chacun lit une attaque, une confession, un bilan conjugal. Rien n’est dit, tout est supposé. Le miroir n’a pas besoin d’être exact pour être efficace : il suffit qu’il réfléchisse. Le conte est un miroir.

Mais bien plus, il y a la notion jungienne par excellence où l’autre est comme le comme réceptacle de nos zones d’ombre. Ce que je projette, je ne peux le reconnaître qu’en autrui. Le conte marin n’est pas une fantaisie zoologique, mais un dispositif projectif où l’on retrouve son propre visage dans un crustacé ou un coquillage. On se souvient de l'histoire du homard de Françoise Dolto! Et vive le carnaval de projections ! Alors les quiproquos féroces s’enchaînent, la violence est palpable, le comique surréaliste. Tout cela est sublimement joué, à fleur de peau, dans une brutalité viscérale. Les répliques cinglantes fusent, la mécanique est redoutable, l’animosité claque. Le repas de famille devient une arène de dévoilement explosif. L’un après l’autre, chaque membre de la famille va déverser ses non-dits, mettre à nu ses angoisses, et dire tout ce qu’il a sur le cœur. Ana Rodriguez et Alexandre Trocki jouent avec feu cet autre couple à la dérive.

 

En dehors des morsures de la vie conjugale de chacun et la perte des illusions, l’accent est mis sur de terribles blessures : le désir et le manque d’enfant de ce couple William et Jeanne, cette tragédie pour tant de jeunes couples, et la révélation par le vieux père au téléphone que Théo n’est pas un fils biologique. Des révélations choquantes qui contrastent avec le style un peu famille Adams. Ce spectacle immensément carnavalesque et formidablement joué est certes très intéressant pour ce qui est de l’effet miroir, mais très dur à regarder pour de vrais couples stériles ou ceux en recherche d’identité.  Or, ceci n’est dit nulle part ! Que laisse-t-on au public lorsque la fiction touche à un manque qui, dans la vraie vie, n’a pas de solution, pas de réparation, pas de morale consolante ? Alors, dans la salle, les rires se coincent parfois au bord des lèvres malgré l’amoncellement de scènes drolatiques. Heureusement, la tendresse prend le dessus après toutes ces péripéties.

 

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Au Public

Création – Salle des Voûtes

L’EFFET MIROIR DE LÉONORE CONFINO

15.01 > 28.02.26

Avec : Ana Rodriguez, Stéphanie Van Vyve, Alexandre Trocki et

Fabio Zenoni

Mise en scène : Isabelle Paternotte

Assistanat à la mise en scène : Hélène Catsaras

Scénographie : Dimitri Shumelinsky

Costumes : Béa Pendesini

Lumière : Laurent Kays

Création son : Antoine Plaisant

Régie : Geoffrey Leeman, Junior Neptune, Vladimir Matagne

Représentations du mardi au samedi à 20h30, sauf les mercredis à 19h00.

Photo © Gaël Maleux

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administrateur théâtres

...Valmont, for ever Yours!

Spectacles

Les liaisons dangereuses: Encore des Monstres… !

La cruauté, un sport mondain bien avant les réseaux sociaux ! Mais… voici : Une langue exquise !

                   « J’ai souhaité préserver, dans cette adaptation inédite, toute la finesse et la préciosité de la langue. Sa force brute et ciselée. Et surtout la noirceur des personnages et du propos. Ce sont des monstres qui parlent, qui agissent (je parle de Merteuil et Valmont bien sûr). C’est une histoire de panthères qui courent après des biches. Il est question de prédateurs et de proies, qui tourbillonnent dans une savane luxuriante », précise Arnaud Denis, dans sa note d’intention lors de la création de son spectacle Les Liaisons dangereuses…

Une œuvre du 18e siècle, unique au sens fort : c’est la seule œuvre de Choderlos de Laclos, un roman épistolaire qui scintille de perversité et d’élégance de style.

Deux tigres de salon s’affrontent. Ils ont décidé d’un troc charnel machiavélique. C’est ce qui met le roman épistolaire en marche et mène implacablement vers le désastre. La mécanique de précision est huilée à la vanité et à l’arrogance dans ces 175 lettres qui servent de champ de bataille à deux êtres qui ne savent aimer qu’en détruisant.

La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont sont des Libertins, la nouvelle mode, après celle du gentilhomme au 17 e siècle. Tous deux sont solennellement obsédés par l’art de disposer des autres. Le monde est pour eux un échiquier, où l’on enrôle pucelles, bigotes et sots maris dans un cirque de manipulations démoniaques. Tous deux désirent guérir d’un mal incurable : l’amour.

La Marquise, en avance sur son temps, refuse catégoriquement de se soumettre, pire, elle entend « venger son sexe », elle réclame pour la femme une autonomie qui dépasse de loin celle des Précieuses ridicules. Contrôlant tout autour d’elle, elle revendique le droit à la vengeance avec les mêmes armes que celles des hommes, en mieux, en plus chirurgical, en plus efficace. C’est glaçant, mais c’est splendide.

Valmont, est le libertin à la recherche d’un absolu. Il affiche le charme irrésistible du prédateur mondain mais sa quête d’absolu est comme le Graal, elle lui est sans cesse dérobée, par son incapacité viscérale d’aimer.

Dans ces jeux cruels, où l’on confond amour et domination, la jeune Cécile de Volanges, est la victime innocente, jeune fille sacrifiée à la rancœur d’autrui, sans le moindre remords.

Mais parlons aussi de l’accueil chaleureux et admiratif que la salle comble du Wolubilis a réservé aux artistes. On a vu, au terme du drame, le public encore sous le choc applaudir longuement cette splendide représentation dans un élan de forte gratitude et de franche passion.

Il faut savoir que tout au long du drame, dans la salle, on percevait cette tension silencieuse qui naît lorsque le verbe fait mouche, devient arme et que les répliques tombent comme des rafales de couperets. A chacun de savourer à son aise le pur élixir de cruauté irrigué par le texte. La victime est si belle et le crime est si … beau ! Avec cette langue sublime, brillant de mille feux, dont on dit qu’elle est la meilleure et la pire des choses.

Delphine Depardieu en Marquise de Montreuil a profondément impressionné par la façon dont elle laissait tout de même affleurer la fêlure sous la glace brûlante. Et Valentin de Carbonnières, en Valmont, par sa manière d’habiter l’arrogance de façon foudroyante et avec une précision presque voluptueuse. Sa condamnation absolue de l’amour sonne comme une déclaration de guerre sans merci.

La mise en scène admirablement musicale et fluide d’Arnaud Denis relie, respire, nette, lisible, sans jamais être pesante. Elle est pensée au millimètre près avec la valse du sobre du riche mobilier et des décors sur cette immense scène du Wolubilis éclairée à la bougie, tandis que circulent dans l’air, des tonnes d’électricité. Le jeu théâtral des 7 comédiens porte majestueusement cette magnifique langue de Laclos qui voyage entre les scènes jouées sur tous les tons de la séduction, du viol, de la manipulation, de la blessure profonde, et la lecture en voix off, tranquille et puissante des Lettres révélatrices. Celles-ci apparaissent alors comme autant de plages de repos, à savourer les yeux fermés.

Magie du théâtre : les époques se confondraient-elles ? Dans le dernier tableau, on finit même par prendre la lointaine ligne de mille cierges allumés pour un vaste horizon de gratte-ciel d’une ville moderne dans la nuit.

Il est donc rare de voir spectacle qui traite de la séduction avec autant de réussite scénique et de lucidité… et où l’on voit que l’humiliation est le BA de la domination, quand elle est plus prisée que l’amour. Choderlos de Laclos l’avait bien compris.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

ADAPTATION ET MISE EN SCENE Arnaud Denis

AVEC Delphine Depardieu, Valentin de Carbonnières, Salomé Villiers, Michèle André, Jérémie Lutz, Marjorie Dubus, Jean-Benoît Souilh

COLLABORATION ARTISTIQUE Georges Vauraz

DÉCORS Jean-Michel Adam

COSTUMES David Belugou

LUMIERES Denis Koransky

MUSIQUE Bernard Vallery

 

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administrateur théâtres

Spectacles

Je suis retournée voir « Le Dragon » !

Au Théâtre Jean Vilar, Pl. Rabelais 51, Ottignies-Louvain-la-Neuve

Utile. Aujourd’hui, plus que jamais: allez voir LE DRAGON

On rit, on frémit, on reconnaît sans peine les visages contemporains derrière les masques fabuleux, et l’on savoure, avec un léger vertige, les bonheurs paradoxaux de cette immense fable mordante. C’est du conte, mais du conte qui mord.

Une adaptation de Benno Besson. Écrite par Evgueni Schwartz en 1943–44, en pleine terreur stalinienne, la pièce déploie une allégorie d’une limpidité cruelle : un dragon exerce depuis des siècles son despotisme sur une ville. On lui sacrifie annuellement une pucelle, on l’implore, on le sert, on l’excuse. Bref, on s’accommode, voire, on le remercie de ses « bienfaits»!

Jusqu’au jour où un chevalier léger comme une plume et amoureux de toutes les femmes, surgit, décidé à occire le monstre. Marvin Schlick en Lancelot. À ceci près que le héros se meurt. Ou tout comme… La victoire du « vainqueur » se voit usurpée. Le réel, sitôt entrevu, se voit aussitôt « réinterprété » par des autorités qui connaissent fort bien l’art de confisquer la parole …et même la victoire.

Cette féerie satirique, jouée au théâtre du Parc en mai dernier, est sur les planches du Vilar en ce début d’année 2026, une incarnation scénique d’une richesse jubilatoire. Il faut dire que l’air du temps y contribue… On y goûte la justesse incisive du duo Axel De Booseré & Maggy Jacot, à la mise en scène : tout à la fois sulfureuse et poétique, implacable, dépouillée, mythique et indispensable.

La scénographie est d’une simplicité rare. Murailles mouvantes, volumes écrasants, bruitages inquiétants décrivant un univers où l’espace lui-même semble opprimer. On pense à Kafka, à Poe, parfois à Bosch, lorsqu’apparaissent des visions grotesques, hybrides, résolument expressionnistes.

Ce ballet des sons, lumières et voix a tout pour fasciner. Travail d’orfèvre mené par Gérard Maraite, Guillaume Istace et Allan Beurms : nappes sonores terrifiantes, éclairages chirurgicaux, projections infiltrées, contrepoints vocaux… Tout concourt à ce climat d’enchantement sinistre où perle la sueur froide. Merci les baladins, c’est du pur cirque, ce théâtre politique!

Les interprètes – chacun tellement allégorique – se démènent avec une énergie farouche, entraînant le public dans cette incroyable histoire de peur domestiquée et de liberté redoutée. Car tout est là : après huit siècles de tyrannie, la ville préfère son dragon familier à l’incertitude du jour d’après. On sacrifie une vierge ? Certes, mais « il veille sur nous », plaident-ils. C’est le chef-d’œuvre du despotisme : transformer l’oppression en confort. Dans une interprétation magistrale de Fabian Finkels.

Révoltantes et d’une tristesse glaçante, ces multiples scènes de retournement, où les habitants acclament aujourd’hui ce qu’ils dénonçaient hier.

Les parallèles contemporains surgissent, fantômatiques et grinçants. E.Schwartz n’avait pas prévu nos réseaux, nos propagandes insidieuses, notre désinformation systémique, notre réécriture de l’histoire, et l’appétit gargantuesque des milliardaires et des nouveaux impérialistes. Mais toute La mécanique est là, identique.

Les silhouettes féminines, empaquetées en matriochkas-forteresses roulantes et monumentales, figurent à la fois l’obéissance et la transmission de la servitude. Interprétées avec une vérité troublante par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, elles rappellent que le totalitarisme n’est pas seulement un régime : c’est une perversion, un héritage empoisonné, une peur qui se transmet dans toutes les fibres de la société.

Les figures masculines, elles, s’encanaillent dans la caricature grinçante. Le bourgmestre, l’incomparable Othmane Moumen, se tortille s’agite, éructe, et surtout récupère avec un opportunisme olympique le résultat du combat héroïque. Toutes ses postures et ses contorsions grotesques illustrent physiquement sa propre monstruosité et sa répugnante versatilité. Elles symbolisent à la perfection la torsion de la vérité et du réel. Thierry Janssen, caméléon glaçant, endosse le rôle de « fils dévoué », de maître de propagande et de Big Brother projeté sur écran, en virtuose de la manipulation. Encore un monstre. La ville entière est une ménagerie de monstres de lâcheté et d’asservissement, volontaire ou non. Sauf le Chat! Quel bonheur ce Chat, son esprit bondissant, ses yeux qui percent l’obscurité, ces sauts souples et alertes, son amour de la vie … Joué par Julien Besure. Saluons au passage, les multiples rôles de Karen De Paduwa.

E. Schwartz écrit contre tous les dragons:

…qu’ils se nomment Stalinisme, Nazisme ou autres perfides -ismes, ces immondes variantes du rêve totalitaire. Si le merveilleux Lancelot a tué ce terrifiant dragon à trois têtes, combien d’autres hantent toujours cette ville fabuleuse et nos paysages?

Heureusement, le théâtre, parfois, nous fait gagner du courage et rallume les lumières. Ainsi, le « non » final d’Elsa est une vraie bénédiction. Un sursaut d’humanité. Sachez que tout cela s’écrit chaque jour dans Le grand livre du Monde… que Lancelot a découvert dans une lointaine Caverne.

Une lointaine Caverne… Un mythe très ancien... « À cinq années de marche d’ici, dans les montagnes noires, il y a une grande caverne. Et dans cette caverne, il y a un grand livre. Personne n’y touche, mais chaque jour il s’y remplit des pages et des pages. Qui est-ce qui écrit? Le monde entier. Les montagnes et les herbes, les pierres, les arbres, les lacs et les rivières sont témoins de tout ce que font les hommes et tous les crimes, toutes les misères passent de branche en branche, de feuille en feuille, de goutte en goutte, de nuage en nuage, jusqu’à la grotte des montagnes noires, et le livre se remplit. Si ce livre n’existait pas, les arbres se dessècheraient d’horreur et les eaux deviendraient amères.»

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Adaptation : Benno Besson revue par Mireille Bailly – Création et réalisation : Axel De Booseré et Maggy Jacot – Avec Mireille Bailly, Julien Besure, Karen De Paduwa, Fabian Finkels, Thierry Janssen, Othmane Moumen, Marvin Schlick et Elsa Tarlton – Création lumières : Gérard Maraite – Création musicale : Guillaume Istace – Maquillage : Pauline Lescure et Wendy Willems – Coiffure : Michel Dhont – Assistanat à la mise en scène : Julia Kaye – Création vidéo : Alan Beurms – Chorégraphie : Darren Ross – Régie lumière : Viktor Budo – Régie son : Tom Falaschi – Régie plateau : Johane Escude et José Bonga – Habilleuse : Tatania Strobbe

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administrateur théâtres

Prolongations... Coucou C'est la guerre!

Spectacles

Coucou, c’est la guerre ! Un titre qui fait frissonner…

Début du XX, quand la Belgique se raconte en chansons, en farce… et en vérité. Ce sera la Der de der ? L’Histoire belge vibrante, humaine, intensément vivante, vous saute aux yeux et aux oreilles dans ce Belgo-Belgian Musical, fort dépouillé, certes, mais percutant et aussi déjanté que sérieusement émouvant.

C’était au temps de …  Notre reine Elisabeth I, infirmière dans les tranchées et dans les hôpitaux.  Sur scène, une page de plus en plus méconnue de notre mémoire collective se déploie sous nos yeux. La Belgique y est au premier plan, avec ses travers, ses contradictions, ses silences, ses héroïsmes oubliés. Au cœur du récit, Édith Cavell, infirmière d’origine anglaise, courageuse héroïne de la Première Guerre mondiale, figure lumineuse, dont le nom résonne encore aujourd’hui à travers une clinique prestigieuse de notre ville. Un lieu de naissance pour combien d’entre nous ?  En révélant le dessous des cartes, l’Histoire se fait chair, rire, colère et poésie. Avec la contribution passionnée de quatre artistes et un musicien. Tous projetant une énergie folle qui passe même par Johnny Hallyday, Hamilton, Téléphone ou Queen. Même Le Titanic est de la partie. Aux commandes : Thibault Nève.

Coucou, c’est la guerre prend la forme d’un road movie scénique, muet bien sûr mais où le piano a cédé la place à de formidables percussions. Tout passe par le corps, le chant, le regard, le rythme. Les interprètes sautent d’un rôle à l’autre avec une virtuosité réjouissante, convoquant au passage des personnages relégués aux marges de la grande Histoire, mais qui existent encore toujours.  Le moteur du spectacle ? L’engagement total des comédiens, porté par ces percussions extraordinaires qui enguirlandent la scène et propulsent le récit dans une course effrénée.  Et de naîfs accessoires qui sculptent la poésie du spectacle. Sans compter un clin d’œil à l’épopée des ballons dirigeables, entre innovation et catastrophe… Toute une époque. Aussi la nôtre ?

On rit. Beaucoup.

On est saisi. Souvent.

Et parfois, sans prévenir, l’émotion nous attrape à la gorge.

Dans l’esprit frondeur de Tijl Uilenspiegel, version wallonne, le spectacle ose la satire intelligente, celle qui fait éclore la réflexion au cœur même de la farce. Comme au temps du Canard enchaîné, les coups de griffe sont impertinents, précis, jamais gratuits. On rit tout en ressentant, au fond de l’âme, la justesse et la pertinence du propos.

Le quatuor vocal et théâtral se démène avec une assurance remarquable. Les voix sont solides, expressives, habitées. Le jeu est précis, généreux, toujours au service de cette histoire héroïque racontée sans fard et épicé d’une certaine dose de sagesse. La victoire, en chantant ?

Le regard, lui aussi, est pleinement sollicité. Les images projetées, en diapo ou en vidéo, sont choisies avec un soin évident. Un véritable festival de couleurs remplace le sépia attendu. Des réminiscences de grands maîtres de la peinture surgissent çà et là… de façon inopinée.  Le spectateur partage alors son attention entre la qualité vocale des interprètes et la rêverie provoquée par ce livre d’images mouvant, aussi beau que stimulant.

Pensé pour les fêtes de fin d’année, Coucou, c’est la guerre réussit un pari audacieux : être festif sans être superficiel, drôle sans être léger, engagé sans jamais être pesant. Un spectacle qui repense le monde en chantant, qui fait dialoguer mémoire collective et plaisir du jeu, et qui rappelle que l’Histoire, lorsqu’elle est racontée avec intelligence et cœur, peut encore nous surprendre.

 À voir, entendre, et ressentir, au Martin’s Hotel à Genval. Parce que rire ensemble de notre passé, c’est aussi une manière très actuelle d’appréhender notre présent.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Comédiens : Julie Lenain, Thibault Packeu, Stéphane Pirard, Aurianne Servais et Louis Preudhomme
Écriture : Céline Scoyer, Thibault Packeu, Stephane Pirard et Louis Preudhomme
Mise en scène : Thibaut Nève et Isabelle Defossé
Dramaturgie : Thibault Nève et Thibault Packeu
Conseillère historique : Nathalie Stalmans
Scénographie et costumes : Sophie Hazebrouck
Création sonore : Guillaume Lion
Création lumière : Martin Delval
Une production de :  » Il est temps d’en rire!  »

 

Face au succès, des dates supplémentaires ont été ajoutées du 21 au 27 février 2026,  juste à temps pour les vacances scolaires de Carnaval.

 

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MEDUSA

Médusa

 

Des songes hantent mes nuits  

Et disparaissent à la lumière.

Parfois, je rêve les yeux ouverts.  

Ce matin,  

La lune diaphane

M’observe.

Comme la muse

En robe de satin

Qui se pavane

Dans le jardin d’Euphrasie

Quand le printemps enflamme les lilas.

Son regard médusant me dévoile.  

Je cache mon désir de la posséder

Gorgone me rend blême

Comme un cnidaire des eaux profondes   

 

 

 

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Les émotions

 

Les émotionnels

 

Pour un soleil te souriant,

Pour un oiseau chantant l’amour

Et ce rouleau d‘écume blanche,

Dans ton regard resté enfant,

Ton cœur s’emballe dans sa prison,

Tu sens ta mer monter en toi,

Autour de toi chacun est calme,

Mais ta machine est bien lancée,

 

Nous les handicapés

Des fortes émotions,

 

On nous regarde et nous entend,

Pourquoi si peu nous grise tant

Et ça revient comme un manège,

Tu parles seul dans cette foule

Et tout à coup tu pars en toi,

Sable mouvant, lourdeur de mort,

Une souffrance et des douleurs,

Hurlant vers eux, ils t’ont broyé

 

Nous les handicapés

Des fortes émotions,

 

Certains t’aimant tendent la main,

Dans leurs regards le jour se lève

Et l’horizon t’aspire au loin

Et tu repars en t’envolant

Vers des endroits si inconnus,

Que seule ton âme a déjà vus

Même un génie ne pourrait pas

Montrer à tous ce que tu vois

 

Nous les handicapés

Des fortes émotions

 

Le 6-1-2026

 

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L'inquiètude

L’inquiétude

 

« Allongé à l’ombre d’un tilleul, contemplant un ciel presque sans nuages, j’ai vu ce ciel basculer et s’engloutir dans le vide »

Jean Grenier

 

J’ai mis ma douleur en veille

Et je suis sorti

J’ai marché

Le trottoir défilait comme un parchemin

Le ciel avait la couleur du vide

J’ai traversé le jardin des Prébendes 

Il n’est jamais très fréquenté à cette heure

Surtout à cette saison 

Aujourd'hui, Il tombe un crachin désagréable

Qui plonge tout dans l’inquiétude de vivre

Dans la salle d’attente il n’y a personne

Ni courant électrique

Elle est assise à son bureau

Elle a sur son nez des lunettes de maîtresse d'école

Elle porte un pull qui pointe sa poitrine 

Désolée elle laisse tomber ses bras 

Et me donne sa lassitude

Tenez.

Je sors

Je déteste ce temps, j'ai horreur de sortir du vide pour y retourner!

Je croise un chien famélique

Le ciel gris est tombé

Je parcours le chemin du retour

Nauséabond

Je vomis.

Rentré chez moi

Je dispose un vase sur le guéridon

Remplit de sa voix

En pull de cachemire grise

 

Lionel M.

 

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ET LES FLEURS DE LA BANQUISE?

LE SQUARE

ALLONS VOIR SI FLEURISSENT LES FLEURS DE LA BANQUISE

 

Le train a eu du retard. Dans le hall de la gare, les passagers courent dans tous les sens. Je me méfie des valises à roulettes. Flegmatique un lampiste au pull jacquard vaque à ses occupations en trainant son humeur noire. 

Dehors la place De la dernière chance baigne dans le soleil, et aujourd’hui le ciel est tout bleu comme un hortensia, je suis chanceux. 

Le rendez-vous est au Square Marguerite Duras. C’est à dix minutes, je suis en avance, je flâne, comme de coutume.

Je patiente sur un banc placé dans le parfum d’une Viorne. En face de la fameuse statue de La Beauté aux yeux bleus. Je sors de ma sacoche mon bloc-notes, et la dernière édition des Fleurs du Mal.

Des passantes déambulent, cueillent de ci de là de l’aspérule odorante. 

Des canins aux crocs entartrés s’entretiennent autour d’une langue de bœuf.

Au téléphone, je lui ai dit :

« Anaïde, il n’y a pas à se gourer. Quand tu es sur le Boulevard Des Ecureuils tu prends la première à gauche et puis tu passes la Ruelle du Pigeon Blanc et c’est indiqué sur ta droite :  Square Marguerite Duras, je t’attends. »

Je sors de ma lecture.  J’observe.

L’ombre verte des tristes conifères décline.  Je secoue mon impatience.  Je sifflote.

Une passante saisit d’un énervement sûrement habituel réclame des comptes à un homme en costume blanc.   « Tu n’as qu’à t’acheter une règle à calcul au lieu de faire des hypothèses » crie- t-elle de sa voix de crécelle à l’oreille de l’homme qui chausse des lunettes noires.

Le soleil est particulièrement généreux aujourd’hui.  Ses rayons traversent les bosquets de camélias. Serpentent au sommet des magnolias en fleur.  Flattent l’aigremoine. Dansent avec les iris et tissent autour du bassin d’eau accueillant de paisibles nénuphars le canevas d’un paysage bucolique.

La grille du square grince. 

C’est elle !

Elle est coiffée d'une touffe de gui

Une chaîne pourpre lui ceint sa taille d'hyménoptère.

De sa bouche s’échappe un nuage rêveur gonflé de sentiments.

Ses yeux sont deux myosotis.

Anaïde s’assoit près de moi.

« Je te reconnais à ta ponctualité et à tes chaussettes très raffinées. » s’exclame-t-elle.  

Sa robe est ouverte sur des cuisses pâles, blanche comme des fleurs de vanille.  Mauve, sa robe ample est une robe de jour de pluie, cependant elle s’accorde avec sa chevelure de maïs.  

De son sac à main, elle sort pèle mêle :

Un fard à paupières

Un stylo Bic

Un réveil

Un miroir

Un mouchoir blanc 

Une brucelle en vermeil

Et un revolver-allume cigarette.

Je la regarde sortir son bric-à-brac.

-  Mais pourquoi, déballes-tu tout ça, Anaïde ? 

- Mais ! parce que nous avons l’éternité ! » me déclare-t-elle heureuse. 

- Si tu le dis ! Tiens ! Voilà ce que je viens d’écrire en t’attendant.

Les nuages qui sont les images des rêves ont toujours l’odeur attachante et sucrée d’une lointaine allée de tilleuls où courent des souvenirs récompensés par des images d’Epinal et qui chahutent dans un bac à sable alors que défilent des camions bourrés d’armes menaçantes sur une grande avenue prioritaire »

Anaïde me reluque. Ses yeux étincellent de perplexités. Elle consulte le réveil.

Je poursuis :

Mes mains te supplient, comme la nuit la lumière qui voyage, comme le nénuphar soumis à l’hibiscus, comme l’ormeau devant le Bernard l'Hermite. Regarde les nuages qui se fatiguent à changer de position et de forme comme des enfants turbulents. En revanche, comme toutes les surveillantes, la surface de l’étang ne rigole pas.

Des chiens aboient et des tourterelles prennent leur envol.

Je me tourne vers Anaïde. Je poursuis ma lecture :

…  Les enfants rient de se voir vieillir dans les gares où leurs cheveux soyeux et gris descendent l'échelle des temps et coulent sur leur robe de velours bleues. Anaïde, je t’ai vu dans la salle des pas perdus, ton iris et tous les corpuscules de ta rétine me suggéraient les agates perdues dans les cours d'école, tu portais un camée sur la poitrine et ta ceinture te ceignait ta taille d’hyménoptère. Je t’ai rencontré une autre fois deux mois plus tôt peut être dans la rue où l’on cueille les cerises qui dansent impossiblement sur un adagio réclamé par l’éternité. Haute comme trois pommes toi et ton petit toutou australien me dévisagiez comme l’Emeu devant son kiwi. Et en mai, au pont des Oies tu es sortie coupable d’un livre de mille pages. Celui-là même que tu lisais dans la salle des pas perdus !

Anaïde me regarde bouche bée.

« Ça alors ! c’est aussi énigmatique que le message d’une mésange ligérienne. Alors ! nous ressemblerons à nos enfants ?

-Oui Anaïde, je préfère ressembler à l’avenir pour disparaître avec toi » 

J’observe, intrigué « la Beauté aux yeux bleus », c’est un buste de femme en marbre noir. Le visage est altier et les yeux sont fermés.

« Anaïde ! La beauté a-elle-vraiment les yeux bleus ? Finira-t-elle par ouvrir les yeux ? Faut-il attendre que le soleil se couche ?  

- Non ! Reste avec moi, je t’en prie ! Si tu restes avec moi, je garderais toujours les yeux ouverts ! Les miens sont bleus !

Lionel Morin (Tours 2025)

 

 

 

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Cybernétique

Cybernétique

 

 

Nous montons tous un escalier

dans nos machines

 

Nos robots se déplacent grâce aux informations

autoguidées et calculées

 

Chacun reçoit de sa mémoire environnante et génétique le message

respiration, digestion, action, marche

 

Un code auto suggéré capté, transmis, décodé, transformé

et le mouvement devient fluide, précis, accéléré ou ralenti

 

Cet escalier peut-être réel ou imaginaire

 

L’humain peut imaginer l’abstrait

 

Par qui a t’il été créé, il peut rêver qu’il est un univers fermé, il peut le croire,

beaucoup se contentent de vivre, ils ont certainement raison

 

Mais les humains ne sont pas identiques pour beaucoup de raisons,

leur génétique et leur environnement en particulier

 

El cet escalier rêvé peut prendre énormément de formes différentes,

avoir beaucoup d’argent pour se sentir bien,,

ne pas aimer cet argent qui transforme tout

 

 

Essayer d’exprimer ce qu’il ressent au plus profond de lui même,

afin de se comprendre et d’être compris et pourquoi, sa différence, sa maladresse l’handicapent tellement que sa machine n’accomplit même plus les tâches de vie et survie

 

Tout ce qu’il fait est absurde et pourtant il insiste grossièrement,

son corps est devenu un clône désarticulé

 

Serait il possible que ce message aide à une certaine amélioration,

ce serait vraiment orgueilleux d’y croire

 

Alors les robots humains pourraient être un peu plus Pascaliens et compassionnels en haut de l’escalier

 

le 22-12-2025

 

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AMANDINE

Amandine



J’ai vu le potiron d’Amandine ! 

Et il y a aussi des fleurs de la passion qui grimpent au mur 

Et du chèvrefeuille pour donner du parfum au macadam 

Il y a aussi des roses trémières comme à Saint Cyr sur Loire

Et de la morelle faux jasmin comme celle qui orne la rue Henri Barbusse 

Il y a des géraniums les mêmes qu'il y a dans les Pyrénées 

Il y a des herbes toutes écervelées 

Des herbes folles 

Mais elles n'ont pas le rire de Valériane 

D’ailleurs il y en a partout  

Même rue d'Entraigues 

Y a des fleurs qui poussent sur le trottoir

Pas loin il y a le jardin botanique et le soleil même en retraite y traîne ses pieds  

Sous l'arbre aux quarante écus pour revenir à Amandine 

Les jardiniers intelligents  

Font pousser des cucurbites 

Des citrouilles des potirons

Et des chrysanthèmes et des Dahlias  

Et dans le bac à sable 

Les gamins s'époumonent à faire des ballons 

Ils croient au père Noël !

Justement il y en a un dans la rue 

Où habite peut-être Amandine 

Où il y a aussi un chat percé de partout 

Qui regarde le père Noel justement 

Qui s'esquinte à grimper au mur 

Mais Amandine si elle dit qu'il monte au lampadaire 

Alors je veux bien la croire 

Puisque c'est bientôt Noël 

Pour les petits quéniots 

Comme dirait Jean Richepin 

Le confrère de celui qui habitait rue Lobin 

Et qu'est monté au ciel pour nous éclairer 

 

Lionel M.

 

 

 

 

 

 

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L'EXPLOITATION SERA BANNIE

 

A mon chat

 

Ce matin dans le ciel vagabondent des immortelles. J'ai cueilli deux nuages bleus et trois étoiles de nuit. 

Je mettrai les nuages à tes épaules et les étoiles réveilleront ta poitrine et le coquelicot endormi  

Ton cœur bat toujours dans ma poitrine 

Ton âme c’est la couleur de mon ombre

Tu es partout sur les chemins du soleil

Tes sourires d’émeraudes ont la chaleur de tes paroles lointaines  

Chaque jour il y a dans le ciel autant de nuages qui voyagent comme autant de souvenirs sur mon visage

 

Sur la route (1993-2015)

 

Lionel M.

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Il était une fois, une histoire vraie

Article du "Figaro" copié, il y a très, très longtemps, en oubliant les références.

Le Norvégien Roald Amudsen est entré dans l'histoire, le 15 décembre 1911 , en devenant le premier homme à atteindre le Pôle Sud et à rentrer sain et sauf avec son équipe, dans son pays. Il devança de 34 jours son challenger britannique Robert Falcon Scott et ses cinq compagnons qui moururent de froid et de faim  sur le chemin du retour.

Roald Admunsen était un homme soucieux du détail qui avait préparé son raid pendant des années. Il avait observé avec attention la manière de vivre des Esquimaux.Il avait emporté plus de vivres que nécessaire. pendant son raid, l'explorateur norvégien s'imposa une discipline de fer ; parcourir chaque jour  vingt à trente kilomètres peu importe les conditions météorologiques.

Robert Falcon refusa de s'entraîner en parcourant des milliers de kilomètres à ski dans les conditions les plus terribles. Il n'emporta   pas suffisamment de réserves. Il marchait longtemps quand le temps était beau et s'arrêtait quand le blizzard lui semblait trop terrible..

L'auteur de l'article dont , à l'époque, le nom m'intéressait moins que la leçon de vie, parlait alors surtout pour les entreprises et de réussir à s'épanouir à l'intérieur du chaos.. C'était les années 90. Mais...

Le chaos, le vrai, le voilà...

Relisant cet article après toutes ces années , je me suis dit  Pour 2026 ? Le seul choix.

Quel choix, pour protéger et faire avancer les siens ? " La marche de trente kilomètres" absolument...

Et...la Beauté...La beauté du monde, des siens, des choses

 

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L'ULTIME

TU NE CHERIRAS QU’UN SEUL MOT

 

 

Il existe un mot

Plus joli qu’un autre

Car c’est le préféré de tous.

La preuve, c’est qu’il est utile pour en fabriquer d'autres.

Il gazouille comme l'oiseau,

Il est dans les cris de haine

Et les déclarations d’amour

Il est peut-être dans les plis des drapeaux

Il est écrit dans les cahiers d’écoliers

Il est dans la bouche des marmots et dans celle du créateur

Il est à l’eau, à la menthe, à l’anis, dans les tuyaux des châteaux.

Il se cache dans un sourire, sous un chapeau et dans les lignes de la main.

Ce mot de môme pourrait nous mener par le nez mais pas à la baguette.

Il a pourtant le vice dans la peau, ce mot !

Il tête les tétons et serre les mains sales.

Et pourtant c’est un petit mot, juste un son.

Un pin’s au col des poètes.  

C’est le rêve des fleurs,

Des postières,

Des vaches du loup du cochon et de l’alouette.

Des clowns et des acrobates

Peut-être celui des policiers.

C’est un mot pourtant célèbre

Sournois il peut dissoudre un discours et l'orateur avec!  

Ses vertus :

Faire bavarder les muets 

Ouvrir les oreilles des sourds.

Pétale de coquelicot,

Pelage d’agneau

Comme, ce mot est doux !

Minéral et vérité,

Il scintille !

Convaincant et intransigeant

Mais si gentil,  que la brute lui obéit.

Il a la colombe dans son sillage

Et l’univers dans ses bras.

Il gueule comme le putois, 

"Attention !  C’est moi la Paix !"

Lionel M.

 

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Sur la terre abandonnée

Sur la terre abandonnée

 

 

 

Vers le ciel de nos étoiles du ciné aux animaux

tu as brillé jusqu’à la fin

 

Celle du berger t’a accueillie comme l’espoir

que tu as accroché à nos cœurs

 

 

 

Si belle sur la toile et dans ton regard cet amour infini qui se lève à vingt ans

tu as gardé cette étincelle accrochée au sapin

 

 

Juste avant que l’année s’endorme à jamais tu es restée debout

comme le porte drapeau

 

 

 

On gardera en nous ton amitié profonde pour ceux qui nous aiment tant

et dont les yeux parlent plus que tous ces humains

 

 

 

Merci BB reste en notre âme à jamais

 

 

le 28-12-2025

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