Toutes les publications (16135)
Le collier (noces de palissandre)
Tous les points de nos vies
sont devenus dansants,
Comédie de papier,
de couleurs en écho,
Car tous les horizons
ne sont que d’intuitions
Accrochées au passé,
comme pierres d’un collier
C’est un bijou pour ton amour,
quelques étoiles pour toujours
Je me souviens Les Buttes,
le rocher et le lac
Et puis le carrousel
et les bottes de gris vert,
Tout a tourné longtemps
dans ma drôle de machine,
Avec les bombardiers
et les bougies en cave
C’est le ciel de l’amour,
à nos lits pour toujours
Tous les points de ma vie,
complémentaires aux tiens,
Je les unis sur toile,
dans les mots et les sons,
formant notre chanson,
notes de ton collier,
Je le pose à ton cou
perles d’éternité
C’est un orage pour ton amour,
quelques éclairs des mauvais jours
Tous les points de ma vie
sont autant de repères,
Les Touristes normands,
Toi et quelques amis,
le soleil dans nos âmes
Et nos sens bouleversés,
la pièce du puzzle
était dans nos deux mains
C’est un jour merveilleux
Noces de Palissandre
le 23-2-2026
Yves Duteil en Belgique
Jeudi soir, Au Centre culturel d’Auderghem, Yves Duteil n’a pas “donné un tour de chant”, il a fait salon. Et la salle entière anticipait et murmurait les refrains. Il a tenu une conversation. Dans le petit bar, il y a des semaines et des années… Une conversation douce, complice, et …presque artisanale d’un passeur de lumière. Avec cette sacrée guitare qu’il se doit d’accorder sans cesse, afin que vive sa musique, à la pointe de l’excellence. Cette fragilité du geste, loin d’être un défaut, pourrait bien être une métaphore : rien n’est jamais définitivement accordé. Ni les cordes. Ni les cœurs. Et puis, sourire en coin, une guitare, c’est plus facile à accorder qu’une harpe !
Nous sommes nés quasi ensemble en 1950. Lui, quelques mois plus tôt. Nous appartenons à cette génération qui a cru que la chanson pouvait porter le monde, panser les plaies, attiser sa beauté en le sculptant comme une œuvre d’art. Avec le respect le plus profond. Nous avons grandi avec des mots qui respectaient le silence et détestaient le bruit ou la cacophonie. On l’admire, confiant dans les beaux accords du Yamaha. En écho du sens universel. « Je me revois, la main dans la main… »
Ainsi, nous étions trois, avec ce splendide piano. Et Yves de livrer ses secrets. Mais c’est trop fort, moi aussi j’ai envie de livrer un … secret. J’ai connu la triste expérience de perdre l’homme aimé bien avant sa fin, lorsqu’’ on doit apprendre à converser avec une présence qui s’effiloche. Depuis 80, tous, chez nous, nous aimions Yves Duteil. Hier, le hasard aidant, je suis venue seule à son concert, ce que je déteste cordialement. Et pourtant, je n’étais pas seule. Je n’écoutais pas seulement un chanteur, je poursuivais une conversation commencée avec l’être aimé …il y a cinquante ans.
Parenthèse : tout à coup, il m’en souvient, petite, je découpais le cœur battant, dans la première page du journal Le Soir à l’heure de l’Exposition universelle … cette petite rubrique fascinante : » … il y a cinquante ans ! Elle me passionnait et je rebâtissais l’Histoire. Et vous, vous en souvenez-vous ? C’était au temps où … Nous écoutions sans relâche Georges Brassens, Léo Ferré, Barbara, Guy Béart, Piaf, Aznavour bien sûr ! Puis vinrent les 5.000 chansons écrites par Pierre Delanoë. Yves nous a joyeusement rafraichi les souvenirs, et la salle ronronnait. Les Champs Elysées, t’en souviens-tu ?
On ne peut pas qualifier Yves Duteil de “naïf”. Erreur de lecture, il résiste. Il ressort de ses chansons une clarté à la fois spontané et subversive. Une évidence. C’est ce que nous aimons. Il s’inscrit lui aussi, dans le cortège des grands de la Chanson française. Et ce soir, il a osé chanter La valse à 1000 temps du Grand Jacques, imitant presque son paroxysme. Même en cent ans, on n’aurait pas le temps… La salle exulte.
Par la rigueur du mot juste, Yves est un héritier discret de Georges Brassens avec ses belles exigences prosodiques et ses syllabes brillantes, que l’artiste installe dans la proximité, la main tendue. Il pratique avec immense générosité, une sorte d’écologie du lien, avec ses thématiques favorites : la transmission, l’enfance, la fidélité, les racines… Bref, Le Respect. Miroir de toute son œuvre. Le ciment de l’humanité. Ce qu’il sème à tous vents ? Rien que des convictions humanistes, épurées, sans le moindre décorum.
Et on se surprend à penser : Reste encore. Reste pour les enfants du monde entier
Car, figurez-vous, Yves Duteil ne chante pas seulement pour ceux qui l’ont connu dans les années quatre-vingt. Il chante pour l’enfance permanente de l’humanité. Pour ce qui n’est pas encore cynique. Pour ce qui croit encore à la beauté simple.
Il y a, dans sa manière d’habiter la scène, quelque chose d’apaisant. Il ne cherche pas l’effet. Il ne cherche pas la performance. Il cherche la justesse. Et lorsqu’il doit réaccorder sa guitare, il nous rappelle que l’harmonie se travaille. Hier, je n’écoutais pas seulement le chanteur. Je poursuivais ma conversation avec l’absent. Bien sûr que nous étions trois. Cette triangulatité parfaite.
Et il a aussi nommé des Justes, tout comme Jean … Ferrat. Nous étions des mille et des cents. Une gare, au petit jour… Et les larmes inévitables arrivent, salvatrices.
Lorsqu’elle honore le texte, la chanson française, œuvre poétique, devient plus qu’un art : elle devient un havre de mémoire. Elle permet d’adresser la parole à ceux qui ne répondent plus. Elle offre une consolation sans pathos, une respiration sans effondrement.
Dans une époque saturée d’ironie, la bienveillance peut sembler suspecte. Duteil, lui, persiste. Il refuse le sarcasme comme on refuse un vêtement qui ne nous étrangle. Sa douceur n’est pas mièvrerie : c’est résistance. Il nous rappelle que la continuité vaut autant que la rupture. Que l’apaisement peut être plus courageux que le cri. Que la lenteur artisanale est une forme de modernité. Yves a écrit environ 200 chansons. Des joyaux. Sa musique ne distrait pas de la perte, elle l’accompagne et la rend habitable. Et c’est peut-être cela, au fond, le charme discret d’Yves Duteil : faire de la fidélité non pas un regret, mais une lumière, …avec le regard malicieux et une voix qui n’a pas pris une ride.
Contre l’indifférence, il faut certainement » rêver le monde plus beau qu’il n’est, afin qu’il le devienne »
Le public a vraiment « embarqué » comme on dit si bien au Québec !
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
Yves Duteil, hier au Centre Culturel d’Auderghem a promis:
« Je vais revenir en Belgique ces 28 mars au Trocadéro de Liège et 2 avril à La Sucrerie Wavre.
Ainsi que le 9 mai 2027 au Cirque Royal Bruxelles pour un concert anniversaire à l’occasion de mes 55 ans de carrière !
La billetterie pour cette date s’ouvrira dans une dizaine de jours (des pré-réservations peuvent déjà se faire via : infos.dates.spectacles@gmail.com).
Tous droits réservés, crédit photos: Etienne Pixel
Fabrice Vandeloise Productions of Professional Artists & Events
Grèce, éternelle! Et si les blessures antiques rejoignaient nos combats contemporains ?
Comment dire l’émotion poétique et bouleversante que suscitent Les Héroïdes ? Est-ce une illumination soudaine ? Un choc face à la beauté, l’audace, l’inventivité ? Un joyeux embarquement vers un modèle féminin libre et épanoui, enfin délivré de ses peurs ? Ou cette connivence vibrante avec une jeunesse artistique qui n’a peur de rien ?
Créées il y a cinq ans au Festival d’Avignon par Flavia Lorenzi, et jouées à bureau fermé au Théâtre de Poche à Bruxelles, ces « Héroïdes » font preuve d’un engagement incandescent, d’une vitalité héroïque, par moments, franchement insolente.
Elles sont inspirées des Héroïdes d’Ovide, une série de lettres imaginaires adressées par des héroïnes mythologiques à leurs amants absents ou disparus et tellement assoiffés de gloire. On les voit défiler : Ariane, Pénélope, Médée, Hypsipyle, Déjanire, Hélène, Didon… Mais il en est fait de leurs supplications figées dans la tradition. Par le jeu, le mime, la danse, la musique, la voix, le spectacle opère une transmutation lumineuse des mythes revisités. Place à la parole chorale qui se redresse, qui danse, qui revendique, qui exulte.
La réécriture fait éclater la solitude originelle du texte d’Ovide, pour en faire une expérience collective nouvelle, des rencontres bourrées de complicité. Les monologues originaux, enfermés dans l’attente stérile et délétère, deviennent un chant choral radieux, parlé ou chanté, une agora, un espace politique et sensible où la voix gronde, circule, se partage, se renforce et s’enflamme.
La mise à feu: une flamme. …Et tout commence. Au tout début, les mots sont absents. Il y a juste des corps féminins qui veillent autour d’une flamme.
Celle du foyer ?
Celle des Vestales ?
Celle d’Olympie ?
Ou celle d’un nouveau jeu ?
Le mystère de la transmission s’avance. Une symphonie de syllabes inconnues s’élève, rythmée presque comme un chant de guerre, ou plutôt de victoire. On le sent tout de suite : si les Amazones furent des femmes libres, ces héroïnes deviennent des femmes souveraines, habitées par la joie. Jeans, paillettes, immenses voiles fluides sculptant les corps et l’espace : chaque interprète est partie intégrante d’une mosaïque mouvante, organique, presque rituelle. L’esthétique jaillit et atteint cet endroit secret où siège notre idéal de Beauté.
Effet de catharsis.
Elles sont six. Six comédiennes-musiciennes aux voix puissantes, profondes, lyriques et étonnamment libres. Danseuses fières de leur sexe. Elles incarnent Ariane, larguée par Thésée sur une île comme une vulgaire canette. Hélène de Troie, sacrée la plus belle au monde qui fait un burn-out. Vient Déjanire qui se venge vicieusement, d’ Hercule . Là, le spectacle vaut son pesant d’or. La salle se gondole de rire. C’est une revanche jouissive. Combien ne se vantent-ils pas d’être des demi-dieux ? On attend leur chute avec impatience. Didon, fondatrice, et reine de Carthage, abandonnée par Enée découpe sa vie. On découvre Hypsipile, quittée elle aussi. Médée raconte ses trahisons. En surimpression, quelques textes contemporains. Voilà Niki de Saint-Phalle qui maquille l’Antiquité. La mise en scène de ce ballet ensorcelant est subtile. Sous nos yeux, les héroïnes ne cessent de se métamorphoser tandis qu’un fil invisible relie en continu la femme de l’Antiquité à celle d’aujourd’hui.
Des femmes humiliées, abandonnées, reléguées en bas de page prennent le micro. Dans cette odyssée de l’attente, on voyage du drame à la comédie pure, du lyrisme au chœur parlé, elles osent tout.
La musique semble improvisée, mêlant pulsations tribales, accents baroques, dramaturgie classique et éclaboussures pop. On saute du show télévisé à la comédie musicale, de la confidence intime à la satire mordante. Parfois, l’humour ira puiser dans la férocité. Mais ce qu’on préfère, ce sont toutes les vibrations profondes des chœurs antiques face à la mer.
La condition de femmes abandonnées est jetée sur le rivage comme un vêtement troué. Les lettres aux amants absents sont devenues affirmation d’une existence propre, puissante, lumineuse.
Le tout enveloppé par l’art poétique. Il y a là les ingrédients d’un opéra. Toutes femmes dehors. C’est à la fois léger et grave. Le chant vibre de toutes ses forces et touche au plus profond. Et tout cela est franchement jubilatoire : On rit des jeux de mots. On frissonne. On célèbre la vie. C’est généreux et drôle. Là où il était question d’abandon et de trahison, voici la lumière. Ainsi, la parole a gagné.
Hier, c’était la dernière au Théâtre de Poche. La salle était comble et levée pour une dernière ovation, tellement méritée. Mais on le sait maintenant : elles reviendront la saison prochaine pour les 75 ans du Poche et au Centre Culturel d’Uccle du 30 mars au 3 avril 2027. Écrivez cela sur vos tablettes.
Longue vie aux héroïnes et merci à elles. Pour la beauté, pour l’aboutissement de leur projet. Merci pour leur puissance évocatrice. Merci pour l’humour qui fait un bien fou.
.Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
Production : Cie Bruta Flor
Drôle de fête
L’accordéon bien solitaire faisait banquette
à la saint Jean, dans le village,
Au tempo des oiseaux
éparpillés dans les décors,
Les couples de colombes
s’abandonnaient à leur bonheur
Et les lampions volaient au vent
de couleurs estompées
Drôle de fête au fond des têtes,
Changeons de vie ou bien d’envies
Où sont parties les amourettes
sous les tonnelles et les grands saules,
C’est le temps des i phones
de l’IA et du Rap,
L’amour au net, télé travail,
Les sentiments dans la machine,
Les mots en vrac, sans orthographe,
Nous sommes des robots
Drôle de fête au fond des têtes,
Changeons de vie ou bien d’envies
Où sont parties nos douces âmes,
dans les ordis artificiels
Et au marché Biron,*
tu retrouves la chanson,
de mots, de sons et de bonheur
Drôle de fête au fond des têtes,
Changeons de vie ou bien d’envies,
C’est une boîte à musique
d’où sort un coulpe amoureux,
Il est suivi par des milliers
le 10-2-2026
Et Bienvenue en Absurdie !
La base d’une comédie, dites-moi, n’est-elle pas d’embarquer des êtres parfaitement ordinaires, dans une situation qu’ils n’auraient jamais, au grand jamais, dû vivre ? Eh bien nous y sommes. En plein dedans. En creux, en bosses, et en éclats. Surtout… de rires, incontrôlables ! Secrets d’histoire? Secret story? Bruxelles Secrète? Rien de tout cela.
Les trois coups. Un fracas. Pas de portes qui claquent, une porte qui résiste, de toutes ses forces, et la peur qui se répand dans la salle, à cause du bruit.
Dès l’ouverture, le suspense. Un seul homme face à nous. Fabien. Il ne nous supplie pas d’ouvrir nos cœurs. Il nous intime presque l’ordre inverse : fermez la porte. Au propre comme au figuré. Aux vendeurs d’aspirateurs, certes, mais surtout, figurez-vous, aux amis. Aux vrais. Ceux qui débarquent avec un Secret.
Un? Secret.s. Tel est le titre de la pièce, une œuvre caustique écrite par Sébastien Blanc, mise en scène avec brio par Alexis Goslain. On sursaute. Depuis quand l’ami n’est-il plus cette oreille hospitalière où viennent se déposer nos tempêtes intérieures ? Depuis quand faut-il se méfier du trait d’union qu’est la confidence ?
Et pourtant… plus la pièce avance, plus le doute s’installe. Et si ouvrir la porte, c’était accepter d’être lesté d’un poids qui n’est pas le nôtre ? Et si l’amitié, parfois, était un transfert de gravité qui vous met carrément au tapis ?
Le jeu de Denis Carpentier dans le rôle de Fabien est d’une justesse rare. Millimétré, vibrant. Chaque réplique semble précédée d’une écoute intense de l’autre. Il ne joue pas : il perçoit. Tout son corps trahit ses émotions. Et face à la tempête, il incarne une résistance admirable à l’aveuglement de la colère. Un modèle d’écoute malgré l’interdit qu’il s’est infligé ! On admire. On rit. On s’attache. À lui. Pas à ces intrus qui débarquent chez lui, des jumeaux incarnés par un magnifique Pierre Pigeolet. L’un est égoïste, vénal, superbe, menteur et manipulateur, lâche, c’est Éric. L’Autre, c’est l’autre, Jérôme. Pas celui « qui a tout pris » !
En filigrane, certains percevront toute l’humaine problématique de la gémellité et la complexité des relations entre jumeaux. Nous glissons peu à peu vers une plongée vertigineuse dans l’Absurde. Dans le monde étonnamment hostile de deux frères jumeaux qui s’adorent et se détestent plus encore. Romulus et Remus, à la conquête de Rome ?
Un Absurde à la fois tendre et cruel, où le rire surgit, c’est vraiment surréaliste, là où l’on sent poindre l’ombre du tragique. Un peu comme dans le théâtre de Pinter ?
Pierre Pigeolet démultiplie les apparitions, les couleurs, les tensions, les bascules, les retournements. Il est éblouissant. Sainte Juliette, priez pour nous ! Saint Charles, plantez vos grains de moutarde ! Comprenne qui pourra !
Les deux acteurs composent une partition rock-ambulesque. Oui, marchant au bord du précipice avec un éternel sourire de connivence avec la salle, ils nous entraînent avec leurs péripéties successives dans une énergie couleur Hitchcock.
Cependant que, fuse dans la salle, un feu nourri de salves d’éclats de rire, spontanés, sonores et tellement salvateurs. Ils ont enflammé la scène.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
Mise en scène : Alexis Goslain
Scénographie : Francesco Deleo
Costumes : Sophie Malacord
Lumières : Félicien Van Kriekinge
Musique : Laurent Beumier
Du 18 février au 15 mars 2026, au théâtre Royal des Galeries
Disparition de Nicolas Bouvier , le 17 février 1998.
"L'usage du monde" , son premier livre, écrit à compte d'auteur et ayant connu un succès croissant et continu , est devenu la bible des voyageurs.
Parti seul de Genève , en "Topolino" , il rejoint son ami photographe, Thierry Vernet, à Belgrade et, en sa compagnie, il poursuit sa route jusqu'en Afganistan, au gré des rencontres ,des circonstances, des besoins d'argent, de leurs envies...
Entre "Le voyageur contemplant la mer de nuages" de Capar David Freidrich , "La croisière jaune" , la Méditation et la rencontre improbable , tel était Nicolas Bouvier. Ecrivain- voyageur dans la plus belle acceptation du terme : les découvertes, l'angoisse , la peur, les larmes, l'humilité et le savoir.
Il avait une prédilection pour l'Orient, les détours, les confins, les lieux dépouillés qui permettent le mieux, disait-il, de s'affranchir, de s'appauvrir, s'éroder, s'user. " irrésistible dérive vers tout ce qui est fait de peu et qui, dit-il, se trouve entre presque rien et rien".
Ses photos, ses mots, ses descriptions, soignés,délicats, sophistiqués même; " Exquis, émerveillé, fourbu , pérégriner ou cocasse ", les mots de Nicolas Bouvier malgré l'angoisse , le malaise, la désorientation." Ici, un pas vers le moins est un pas vers le mieux (...) Voyager c'est aller vers le peu" (...) " Trop de rien qui mêne au fantastique et à l'allucination" (...). " Le dehors guérit", disait R.L.Stevenson et, pourtant,." la vision d'une porte de chêne encastrée dans le mur contre laquelle un homme s'appuie et qui tourne en silence , l'enfermant dans une nuit inconnue" ("Une amitié littéraire" R.L. Stevenson par Henri Jame). L'enfermement lui aussi.
Contrairement à Anne-marie Jaton qui , dit-elle, "détruit l'icône de l'écrivain de voyage pour observer jusque dans la fatigue ou la maladie, les fulgurances où une oeuvre se révèle en sa vérité : celle d'une aventure poétique " , je pense que l'écrivain de voyage est aussi cette oeuvre. Nicolas Bouvier, rentrant "émerveillé et fourbu" de ces voyages initiatiques, tout au long de sa vie . " Ispahan, c'est vraiment l'émerveillement qu'on nous en promettait"ou ""Et moi je suis resté/suis resté longtemps là : les bottes bien ancrées dans le limon doré/ rôdeur ensorcelé/ trop ébloui pour oser faire un pas " (Mahabad ).
"Le dehors et le dedans" recueil de ses poèmes, édité juste avant sa disparition. Quarante-quatre poèmes, quarante-quatre pages. L'avant-dernier "La dernière douane" me touche particulièrement : " Depuis que le silence / n'est plus le père de la musique / depuis que la parole a fini d'avouer / qu'elle ne nous conduit qu'au silence / les gouttières pleurent / il fait noir et il pleut. Dans l'oubli des noms et des souvenirs / il reste quelque chose à dire / entre cette pluie et Celle qu'on attend/ entre le sarcasme et le testament / entre les trois coups de l'horloge / et les dix battements de sang / Mais par où commencer / depuis que le midi du pré / refuse de dire pourquoi / nous ne comprenons la simplicité / que quand notre coeur se brise".
"L'usage du monde " - "Chroniques japonaises" - "Le poisson-scorpion" - "Journal d"Aran et d'autres lieux" - Payot.
Toutes les oeuvres de Nicolas Bouvier chez Metropolis et Zoé ( Genève). Bibliographie complète dans "Nicolas Bouvier - Paroles du monde, du secret et de l'ombre" (Anne-Marie Jaton)
"Le hibou et la baleine' -Film / " Nicolas Bouvier le vent des mots" DVD.
"...si demain quelqu'un s'inquiète de notre ami d'au-delà des mers, dites que, déposant ses sandales, il est rentré chez lui, pieds nus" . (à la mémoire du bonse Eisen, mort en Chine, en l'an 830).
Merci! Bruel… Brassens… et les autres!
Merci! …Une hygiène de l’âme
« Faut-il,
Ou non,
Inviter Patrick Bruel au spectacle « Merci ! » donné au Théâtre Le Public et concocté par ces trois magnifiques saltimbanques que sont Laurence Vielle, Magali Pinglaut, et l’extraordinaire Pietro Pizzuti?
« On passe sa vie à dire merci
Merci à qui, à quoi ? »
Pour Bruel, la gratitude polie, forcée ou dénuée de sens, est captée comme indésirable dans sa chanson poignante « Qui a le droit ? », dédiée aux « enfants à qui l’on ment ». Moment clé de chacun de ses concerts. Silence dense. Poings serrés. La chanson dénonce l’hypocrisie détestable des adultes qui dictent règles et croyances tout en trahissant, abandonnant parfois. Alors… ?
Alors, ce spectacle, donné dans la petite salle du Public, comment va-t-on faire pour y adhérer, s’y abandonner, ou y glisser notre timide grain de sel comme les comédiens nous y invitent finement ?
Ils répondent en chœur et les yeux brillants : Oui, qu’il vienne ! Question de célébrer la bienveillance, l’humilité, la joie de vivre. Ils nous invitent à une danse de l’âme. Un moment de grâce.
Ils entrent sans fracas. Ils parlent comme on cherche. Ils doutent à voix haute. Leur « labo de transition intérieure » n’a rien d’un laboratoire prétentieux. C’est un atelier de respiration. Ils prennent le mot Gratitude et le déposent au centre, comme un objet. Ils le tournent. L’examinent.
Nous voilà embarqués en altitude. Ils s’activent, débattent, expérimentent. Ce n’est ni conférence compassée, ni sermon moral. C’est une joute vive, un cabaret philosophique explosif, une dissertation joyeuse et incarnée sur les vertus de la gratitude. Eh non, Gratitude ne rime pas avec lassitude ou servitude. Elle claque comme une étincelle qui allume la lumière. Elle ouvre un espace. Elle oblige à regarder autrement. Gratitude comme résistance douce. Comme choix. Comme posture politique ? Pourquoi pas… Car dire merci, ce n’est pas se soumettre quoi qu’en dise Riccardo Petrella. C’est reconnaître. C’est relier. C’est affirmer que quelque chose, quelque part, a fait du bien, et que cela compte de façon illimitée. « Seul l’argent, clôt » entend-on dire.
La Gratitude est un ressenti qui participe à la Joie et à la paix. Pour avoir visité le cimetière d’Arromanches dix fois, silencieusement, on se sent profondément remué à cette évocation, et reconnaissant pour les 80 ans de paix, rendus possible par milliers de jeunes soldats morts sur nos côtes en 44.
La scène devient agora. Les exemples s’empilent : des philosophes antiques aux économistes contemporains. Psychanalystes, chercheurs en neurosciences : on cite, on détourne, on rit. On se taquine. Le public savoure.
L’inimitable Laurence Vielle, solaire, insuffle le rythme d’une parole poétique qui déplace les évidences.Elle dépose les mots comme des graines. Magali Pinglaut, précise et pétillante, questionne sans relâche les angles morts. Le bondissant Pietro Pizzuti, dans son ardeur, tisse les fils et embrase le débat d’une vibrante intensité. Et bouge, comme une flamme, pour nous faire bouger…
Les comédiens ne cherchent pas à convaincre. Ils cherchent à faire vibrer. À faire réfléchir sans alourdir. À ouvrir une brèche. La gratitude n’était pas un automatisme acquis, murmuré entre deux portes, mais un acte conscient. Un levier d’humanisme nouveau ?
Dans un monde saturé de revendications, de ressentiments, de colères légitimes et de fractures, ces trois-là osent poser une question presque subversive : que faisons-nous de ce qui nous a été donné ? Ce n’est nullement naïf ni mièvre, c’est vivant et audacieux. Impertinent?
Ils n’ignorent rien des injustices ni des blessures : de celle de celui qui a traversé les océans en quête d’un peu de vie digne, à celle du prisonnier qui s’aperçoit de la liberté inestimable de pouvoir écrire sur un papier… Mais ils proposent une autre énergie. Une énergie de construction. Une plénitude en mouvement.
Inviter Patrick Bruel, certes. Mais surtout, faut-il aussi inviter nos propres résistances, nos ironies faciles, notre cynisme confortable, notre indifférence.
Dans l’intimité chaleureuse de la petite salle du Public, on se sent secoué… avec douceur. Prêts à flotter parmi le chant des baleines dans un nouveau matin du monde. Et l’on se surprend à murmurer, non par politesse, mais par franche conviction : Merci.
Ça me rappelle aussi une chanson ancienne: Elle est à toi, cette chanson… toi l’étranger qui sans façons… Georges Brassens.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
À voir jusqu’au 28/02/26 https://www.theatrelepublic.be/merci
Tickets : https://www.theatrelepublic.be/merci
Photos : Gaël Maleux
"Les herbes folles
Sous la foule molle
Evitent les passages
D'où à lâge
Laissent des traces
Sans nulle glace
Car ici aux couleurs
Les ans ont du bonheur
De ces verdures
Plaines de nature
Et sans nul doute de cultures
Dons nous avons devoir de préserver
Toutes les contrées planétaires ; aimer"
Ecriture prompte
ED
01
02
2026
Abandon
Lorsque la nuit revient,
tu marches sur les étoiles
pour enfin te trouver,
tu es le funambule
qui glisse sur la toile
de ton âme égarée,
tu trouves sur le chemin
des étagères froissées,
emplies de tes mémoires,
tes yeux se tendent au loin
et touchent le sacré,
enveloppant ta peau,
tu entends tout ce bruit
frapper derrière la porte,
sombrant vers le néant,
alors tu t'abandonnes
au reflet du regard,
encombrant ton destin
C'était en 2019... !
Dans le style de W. Turner.
Ne faire qu'un trait, l'horizon, peindre le fond du ciel en 3 couleurs.
Ranger le pinceau et adoucir les nuances avec les doigts.
Poser les bâtiments, vite en quelques coups de pinceaux précis, sans trop chercher les détails.
Se laisser s'ennivrer de musique douce et de couleurs tendres, puis tracer les mâts, pour équilibrer la masse des proues des navires ayant franchi le fragile équilibre entre la ligne d'horizon, et la ligne de terre.
Les oiseaux de mer sont les derniers à se poser sur la toile.... A suivre.
Acrylique sur toi le de lin - 60X40
Chères amies, amis, collectionneurs et habitués de notre galerie,
La galerie fête ses 20 ans d’existence cette année 2026 ! De nombreux événements et démarches vont marquer cette année particulière…
Un grand article français/anglais de 5 pages dans la belle revue d’art international « IAM magazine » by FACEC n° 24/2025 rédigé par Dominique Lecat rédacteur en chef IAM magazine). (Voir pièce-jointe en fin de revue). FACEC-IAM MAG 24 WEBINFO.pdf
Les artistes présents pour cet événement de février sont :
Vierdamme (BE) peintures à l’acrylique, Marianelli Art (Fr) peintures à l’acrylique, ART’Mony (FR) techniques mixtes et sculptures, Alla Kirillova (FR) peintures sur toile, Leonardo Pisano (IT) peintures à l’acrylique, Guy Raimon Cuisinier (FR) peintures à l’acrylique, Joël Jabbour (BE) photographies décalées, St. Ghor (SN) sculptures « UBUNTU », pour son dernier mois, et un collectif d’artistes internationaux cotés en tant que belles découvertes !
La galerie a le plaisir de présenter en ce début d’année quelques artistes internationaux cotés via un agent d’artistes très introduit dans les milieux culturels. C’est ainsi que l’on présente les artistes de renoms suivants : Damien Verlinde (BE), Igor Tcholaria (GE), Enyejo Bakaka (CD), Didier Masamba (CD), Raymond Tsham (CD), Corneille (NL), Pierre Bayard (BE), Abbias Ngateu (CM), Huang Yin (CN), Liu Yu Jun (CN), Don Ken (BE), …
Vernissage le jeudi 05 février de 18h 30 à 21h 30.
Finissage le 27 & 28 février de 11h 00 à 18h 00.
Lien vers l’annonce visuelle de l’exposition du 05 février :
Lien vers le reportage photos du vernissage du 05 février :
Lien vers la page événements actuels et à venir :
https://www.espaceartgallery.eu/category/evenements/
Lien vers la présentation des espaces et des artistes :
https://www.instagram.com/espace.art.gallery/
Lien vers nouveau site Digital NFT Art Curator Belgium en 2026 :
https://ea-gallery.com (en pièce-jointe infos et inscriptions…Mail NFT 2026.pdf ) & https://www.instagram.com/digital.nftart.curator.belgium/
https://www.facebook.com/www.espaceartgallery.eu
https://www.linkedin.com/in/jerry-delfosse-espace-art-gallery/
Lien pour visionner les 232 vidéos et 102.800 vues sur YouTube
https://www.youtube.com/@espaceartgallery4966
Lien vers le plus grand Rooftop d’Europe !
Lien vers cette plateforme touristique où la galerie est présente :
« autres activités » + https://www.kayak.fr/Brussels.32869.guide
Lien vers le nouveau Centre d’art dans le quartier :
https://cloudseven.be/home-of-frederic-de-goldschmidt-collection/
Situé au centre-ville dans le quartier bruxellois de la mode et du design.
Lien vers Bruxelles bouge comme le prouve cet article :
Bien cordialement,
Jerry Delfosse
Galeriste
*
Fondateur et propriétaire de l’Espace Art Gallery,
Les Éditions d’Art EAG & EAG Studio’s
Co-fondateur et propriétaire du réseau Arts et Lettres 3.0
Administrateur général
Président de jury pour décerner 3 diplômes d’art EAG
Membre d’un jury international à Corsica Art Fair
Membre d’un jury pour décerner 2 diplômes d’art A&L
*
Rue de Laeken, 83 à B 1000 Bruxelles – Belgium
GSM: 00.32. (0)497.577.120
https://www.espaceartgallery.eu/
https://artsrtlettres.ning.com/
&
Amedeo Arena arena.amedeo@gmail.com
Director www.amartgallerybrussel.be
GSM: 00.32. (0)475.721.272
Les corbeaux noirs et les petits cailloux blancs.
Tout là-haut sur le chêne un corbeau se posa.
Puis un autre, et un autre, et puis un autre encore.
Ils étaient des centaines sur les branches perchés,
Pas un souffle de vent ne les faisait bouger.
Le fermier dans son champ avait vu le manège,
Un oeil sur le sillon, un autre sur le chêne.
La journée avançait vers la fin de sa peine,
Et la terre sentait bon, le grain, le chêne liège.
L’attelage entama son dernier tour de piste,
Et le fermier rangea la charrue, soc lisse,
Brillant comme un miroir, comme une lame nue.
Il était fier de lui, un vrai travail d’artiste.
Un grand corbeau bougea, noir, sournois, aux aguets.
Le fermier s’en alla, l’air de rien, sûr de lui.
Pris le chemin du nord le long de l’étang gris,
Et sourit en pensant à ce qu’il avait fait.
Comme une vague noire sans écume à la crête
Le peuple des corbeaux s’abattit sur le champ,
Et fouillant les sillons à forts grands coups de becs
Découvrir comme grains...
Des petits cailloux blancs.
Ce fut à tire d’aile, à grands renforts de cris,
Qu’ils s’éloignèrent du chêne
Tout en rongeant leur faim.
Sans savoir que, la veille
Par vent et forte pluie,
Le fermier souriait...
En semant de beaux grains.
La morale de l’histoire car il en faut bien une,
C’est qu’en semant son grain par vent et forte pluie,
Le fermier, aux corbeaux, leur a coupé les plumes,
La justice est passée, et les voleurs punis !
G.B.
Un revenant ? Après deux déménagements en 7 ans, dont un changement de région me voilà de retour. J'ai remarqué des changements sur le site, et mes photos ont disparu.
Je suis ravi de revenir parmis vous, et de partager,
"CHOUCHEN" Un pastel sur carton Touch 50 x 70
La statue
Tôt le matin dans le désert,
nous sommes là tous deux assis,
mon frère et moi, sur nos deux pierres,
Interloqués par la statue,
Immense tête de notre mère,
Est ce un mirage, une illusion ?
Mon faux jumeau touche mon bras,
Il m’a quitté depuis longtemps .
Une mère est si grande
pendant toute une vie.
A cet instant, un rayon vert
Sort de ses yeux, une pierre tombe,
Je suis âgé, une autre pierre
Tombe à mes pieds et je suis seul
face à ses yeux de grand dragon,
La litanie de mes mémoires,
le carrousel de de mon chemin,
un chapelet de désamour.
Une mère est si grande
pendant toute une vie.
Dans son message, je sais le signe
d’un autre temps et dans le ciel,
devenant nuit, tous trois fantômes,
elle nous tient et nous marchons
Dans ce tunnel, je me sens bien
Et sur ma pierre, je trace un cœur,
Elle m’a dit qu’elle m’aimait,
Dans ce désert je ne suis seul.
Une mère est si grande
pendant toute une vie.
le 4-2-2026
Dans le cadre des Rencontres Littéraires prévues le 14 mars à l’Espace Art Gallery, un hommage sous forme de témoignages sera rendu à Robert Paul, fondateur du réseau et initiateur des Rencontres littéraires, et Anita De Meyer, artiste et photographe de presse.
Si parmi vous, membres du réseau, quelqu’un souhaiterait témoigner au sujet de notre ami Robert, il est le bienvenu à la galerie le samedi 14 mars dès 14h30, mais dans ce cas il doit, pour une question d'organisation et d’annonce de l’événement, impérativement me le faire savoir par mail : thierrymarie.delaunois@gmail.com
Pas ici en message privé, s’il vous plaît !
Merci de votre attention,
Thierry-Marie Delaunois
Organisateur de l’événement
Périr sans avoir combattu, quel dommage !
Souffrir en un coin tant de longues journées,
N'avoir pas affronté, faute de courage,
La tâche qui nous a été assignée !
GCM
Pensée du jour. 4/2/2026
Une intemporelle Seagull in a Nutshell : « Une mouette » au Théâtre Royal du Parc, dans une dramaturgie contemporaine de « La mouette » de Tchekhov signée Thierry Debroux dans une mise en scène raffinée de Valériane De Maerteleire.
Clairement, un élixir artistique de la mort qui tue et qui dure à peine 1h30 mais où l’on retrouve tous les ingrédients d’une grande histoire classique : situation initiale, montée du conflit, complications, point culminant, suspense, dénouement…
Irina Nikolaïevna Arkadina, personnage central de La Mouette d’Anton Tchékhov (1896) est une actrice célèbre, inoxydable et narcissique. Elle est en villégiature en Ukraine, chez son frère Sorine, pour l’été. Femme dominatrice, intransigeante et versatile, elle regrette ses jeunes années et domine son entourage, notamment son fils, le jeune dramaturge Constantin Tréplev, dont elle méprise tristement le talent. N’est-elle pas la seule à pouvoir occuper le devant de la scène ? Ce jeune godelureau ne représente d’ailleurs rien à côté de son amant, le séduisant écrivain à succès, Trigorine, joué avec grande allure et prestance par Quentin Minon.
C’est Anoushka Vingtier qui déroule le formidable rôle de figure maternelle et de femme fatale. Toujours brillante dans ses interprétations de grands rôles passionnels, elle est ici une fois de plus remarquable dans sa vérité d’actrice. Très moderne dans son tailleur-pantalon rose vif, casquette et lunettes Ray-Ban, elle excelle. Et bouleversante dans ses souffrances. Dans cette mise en scène ramassée et crue, chaque réplique d’Arkadina est un coup de lumière brutale sur la peur de vieillir, la jalousie de la réussite, l’obsession de rester “la meilleure”. Anoushka Vingtier ne laisse aucun répit à son personnage ni au public; l’actrice brille, vacille, et expose sa douleur comme une arme à double tranchant: séduisante, blessante, partant, tellement humaine.
La mise en scène privilégie un décor dépouillé, question de décalquer à la perfection l’intensité des turbulences émotionnelles de l’histoire : un grand ciel sans nuages, teinté de rose, quelques touffes d’herbe quelques pontons et l’étendue, par devers le public, d’un immense lac couvert de voix d’oiseaux pour engager au mieux l’imaginaire. Jusque-là, pas l’ombre d’une mouette ! Catherine Cosme signe cette scénographie épurée, éclairée par les lumières très parlantes de Xavier Lauwers. La toile sonore de Loïc Magotteaux, épouse les moindres mouvements de l’âme.
Au début de la pièce, le jeune et idéaliste Konstantin Tréplev, surnommé Costa discute avec son oncle. Finalement le seul philosophe de l’histoire, un frère désabusé, mais pas vraiment amer, joué avec tendresse par l’inimitable Guy Pion. Seul un chien qui aboie… semble le déranger.
Costa prépare fébrilement la présentation de sa pièce dans le petit théâtre improvisé du jardin. Cela se jouera devant sa mère. Ah ! les convulsions presque physiques de la création théâtrale ! Le texte se veut être une révolution poétique qui brisera tous les codes, et qui peut-être augurera de la naissance d’un nouveau monde ? Et pourquoi pas, …brisera le sortilège dans lequel est enfermé sa mère. L’espoir du jeune homme est immense, comme sa jalousie de l’amant. Une prise de ce rôle magnifiquement tourmenté, par Sigfrid Moncada, qui occupe la scène de façon spectaculaire.
En Nina, il a trouvé la jeune actrice faite pour son rôle. Elle représente un élan vertigineux vers l’infini : cette mouette ? La jeune-fille, très surveillée par des parents qui ne voient pas d’un bon œil l’escapade de la jeune-fille dans le domaine voisin, rêve d’évasion ! Les deux jeunes gens deviennent visiblement amoureux. À ce stade, la pièce laisse entrevoir tous les possibles : une belle comédie, avec la reconnaissance maternelle, l’amour partagé, le bonheur ou le drame imminent.
Et voilà, le tempérament slave mélange les pires poisons. Aux yeux d’Arkadina, la pièce est un fiasco et elle l’interrompt. Le fils essuie tout son mépris. Première blessure. Pire, Nina tombe aux pieds de ce Trigorine, le superbe bellâtre. Double et triple blessure. La situation se dégrade rapidement pour Konstantin, en pleine quête d’idéal. Nina se désintéresse de lui, éblouie par le brillant « homme de lettres ». C’est ici qu’apparaît une mouette, cadeau singulier. Symbole de cœur blessé, présage, espoir d’indépendance, essor de liberté, rêve d’absolu, de pureté et d’infini ?
Deux ans se passent, point de répit. Nina a fui vers la ville. Le volcanique Konstantin Tréplev se réfugie dans l’écriture solitaire, entre sautes d’espoir, et temps chaotiques, mais peut-on empailler le bonheur ?
Du désir à la désillusion… il n’y a qu’un pas. Cette pièce incandescente explore le sentiment d’insatisfaction. Un oiseau nommé désir ? La pièce interroge le sentiment d’insatisfaction et le désir, moteur universel mais aussi source de souffrance. Le ressentiment se révèle plus destructeur que le manque d’amour lui-même. Chaque personnage rêve de son propre envol, de son ascension, de ses moments de gloire et de lumière. Pour planer.
Finalement, de Nina ou de la mère du poète maudit, laquelle est la plus forte ? Elle a souhaité devenir une actrice célèbre et prospère. Elle a visé Trigorine à cause de son succès, emportant avec elle l’amour de Tréplev. Oui, les mouettes volent et déchirent. A la ville, la voilà qui a sombré dans le malheur le plus atroce. Sommes-nous maintenant en pleine tragi-comédie ?
En tout cas le rôle est endossé à la perfection par la jeune comédienne dont ce sont les débuts sur les planches du Parc. Lili Sorgeloos est tour à tour, ingénue, rayonnante, la proie du désir incontrôlable, la victime blessée de la vie, la diva passionnée… follement amoureuse de son métier d’artiste, femme éprise de manière incoercible d’un homme qui se refuse, tandis qu’envers et contre tout, l’héroïne s’accroche à une vitalité tourbillonnante.
Konstantin et Arkadina forment eux les deux piliers dramatiques, absolument prisonniers de l’objet de leur désir. Et court-on aveuglément vers le drame ? Peuvent-ils supporter les douleurs de l’âme ? L’histoire suit sa construction logique de complication, point culminant, suspense, dénouement. Mais pour ce qui est de la conclusion, Tchékhov, se tait devant le destin. Il laisse planer le doute… Points de suspension.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
Une Mouette d’après TCHEKHOV
du 29/01 au 28 février 26 au Parc
Avec:
Quentin Minon, Sigfrid Moncada, Lili Sorgeloos, Guy Pion, Anouchka Vingtier
Mise en scène Valériane De Maerteleire
Photo @Aude Vanlathem
Un songe
Combien pèse un rêve
Envahi de décors,
De luminosités
Suivies d’ombres noircies,
Débroussaillant les cimes
D’une porte moresque,
Ouvrant la nudité
D’un corps presque céleste.
L’eau du bassin chante la paix,
Les nymphéas sont réveillés.
Le songe est un nuage
S’accrochant aux cheveux,
S’immisçant peu à peu
Dans les zones incolores
Et c’est le carnaval
De toutes ambiguïtés,
Nos masques se déchirent,
Nous sommes des fous vivants.
L’eau du bassin multicolore
A envahi notre conscience.
Défilent les poètes
Devant des croque-morts,
Alignés sur les champs
De toutes fantaisies,
Au loin les jeux de mots
Nous repassent des clichés,
Un scandale pour ces bons
Conducteurs de la vie.
L’eau du bassin n’est pas très claire,
Le naturel revient très vite.
Combien pèse la conscience,
Le légiste le sait,
Une plume d’artiste,
Intuition impression,
Son regard sur le monde
Est un immense chantier,
La pluie d’étoiles de jour
Nettoie sa nostalgie.
L’eau du bassin déborde de joie,
Les larmes coulent vers l’univers.
le 15-9-2025
Dans le cadre des Rencontres Littéraires de l’Espace Art Gallery, 83 rue de Laeken, 1000 Bruxelles, l’organisateur et administrateur des rencontres Thierry-Marie Delaunois recevra le samedi 14 mars (14h30 - 17h30) L’Association des écrivains belges de langue française AEB en la personne de sa Présidente Martine Rouhart et de Anne-Marielle Wilwerth, un de ses membres.
Le programme :
- une introduction de Thierry-Marie Delaunois
- la présentation de l’AEB par Martine Rouhart accompagnée d’une séance d’informations pratiques. Des témoignages et un Questions/ Réponses complétera la présentation
- un hommage à Robert Paul et Anita De Meyer avec différents intervenants qui apporteront leurs témoignages
- une interview croisée avec Martine Rouhart et Anne-Marielle Wilwerth. Martine Rouhart présentera "La haute couture de l’infime" de Anne-Marielle Wilwerth, éditions Bleu d’encre, et cette dernière présentera "En ce lieu clos" de Martine Rouhart, Toi éditions (Cécile Ossant)
- une séance de dédicaces avec Martine Rouhart et Anne-Marielle Wilwerth
- un drink littéraire de rencontres informelles
Entrée gratuite et bienvenue à tous et toutes !
Avec la participation (entre autre) de Taya Leon, Frédéric Vinclair (présence à confirmer), Jerry Delfosse et Thierry-Marie Delaunois.
Espace Art Gallery : à 5 bonnes minutes de la place De Brouckère
Un événement à ne pas manquer !


