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Concerts

Aimez-vous Brahms? Un trio à Rixensart

Depuis plusieurs saisons déjà, la Balade musicale de Rixensart fait rayonner la musique classique au cœur du Brabant wallon. Un rendez-vous devenu précieux pour les mélomanes : intime, chaleureux, exigeant. Partie intégrante d’une recherche. Au sens proustien? Et pourquoi pas!

La saison touche à sa fin… et quelle finale en perspective : le 19 mars, la 13e édition du festival refermera son écrin sonore avec une ultime soirée qui promet d’être aussi élégante qu’émouvante. Elle accueillera à l’Église St Sixte l’Orchestre de la Fondation Arthur Grumiaux sous la direction de Luc Dewez avec des artistes confirmés :  Pauline Van der Rest, violon ; Eugeniusz Wawrzyniak, orgue; Cécile Lastchenko, mezzo. Ce sera un ultime chapitre de cette belle et heureuse traversée musicale. Après une soirée qui s’annonce intense, nul doute que le public de Rixensart reviendra la saison prochaine, y rechercher encore et encore, ces moments privilégiés où la musique semble parler la langue de nos plus secrètes émotions.

Mais revenons un instant à l’extraordinaire soirée du 19 février dernier. Cette avant-dernière escale musicale avait des allures de constellation.

Trois compositeurs: Rachmaninov, Anton Arensky, et Brahms.

Trois interprètes: Valère Burnon, piano; Hawijch Elders, violon, Joao Pedro Gonçalves, violoncelle.

La violoniste Hawijch Elders déploie un violon lumineux et intensément expressif. Son archet respire avec la phrase musicale, tantôt fougueux, tantôt d’une tendresse presque murmurée. À ses côtés, le piano de Valère Burnon structure l’espace sonore avec une intelligence musicale impressionnante : tour à tour architecte et poète, il fait jaillir les couleurs du clavier avec naturel et profondeur. Quant au violoncelle de João Pedro Gonçalves, il apporte au trio cette voix chaude et profonde qui ancre la musique dans une humanité vibrante….

Et entre eux, tout l’esprit du romantisme, et ce miracle si rare en musique de chambre : une cohésion absolue alliée à une expression individuelle éclatante. Beau paradoxe, n’est-ce pas ! Dans ce trio affirmé, la musique est dialogue d’égal à égal : les voix se croisent, s’écoutent, se répondent. Quel souffle. Quelle énergie partagée dans une salle qui écoute ce trio plein de caractère et  savoure le plaisir des yeux et des oreilles.

Dans la première œuvre du programme , Le trio élégiaque N° 1 en sol de Rachmaninov, les retours du thème principal agissent comme un apaisement. Les légères frictions des archets du violon laissent au piano toute sa substance. Les sonorités enflent, crescendo. On dirait que l’humain s’accroche viscéralement à la vie… avant que ne sonne une sorte de glas…L’atmosphère se fait sombre, puis soudain lumineusement sereine. Et la salle d’exploser en applaudissements.

La seconde œuvre: Le trio N°1 en rémineur op.32 d’Anton Arensky déploie d’abord des arabesques joyeuses, presque comme dans les comptines enfantines. Mais très vite surgissent les questionnements de l’adolescence, ses bouillonnements et ses élans. Quelques phrases musicales glissent même vers un humour malicieux.

La violoniste expose d’abord les émotions. Le violoncelle les recueille. Le piano les déploie dans un jeu lumineux. La fougue devient intense, presque nostalgique. On pense alors à l’Ode to a Skylark, ce poème romantique anglais de Shelley,  où la joie pure, l’ivresse de vivre, frôlent la mélancolie.

Soudain le scherzo fait danser la musique, avec impertinence ,comme au carnaval. Puis surgissent des sonorités inattendues : une valse moqueuse, des accents espiègles, on pense à Gershwin. Mais l’émotion atteint son sommet dans l’Adagio, sortez vos mouchoirs. Le pianiste insiste sur un thème douloureux tandis que les cordes se font discrètes. Le violon reprend la ligne mélodique, puis le violoncelle la recueille avec une hésitation poignante. Et c’est lui qui aura le dernier mot. C’est de toute beauté.

La suite éclate comme un cri. Fracassant. Guerrier. Le violon devient presque paroxystique. Le trio semble se révolter.

Puis soudain s’ouvre un paysage bucolique, plein de grâce et de lumière. Le thème principal revient apaiser les tensions. Les dernières mesures respirent la joie retrouvée.

Après la pause voici le dernier trio: Le trio N° 1 en si majeur op.8 de Brahms.

La musique devient alors véritable storytelling. Tout commence par une berceuse douce, pleine de langueurs et d’amour. Peu à peu, cette douceur se transforme en profession de foi : une humanité qui ne se laisse pas abattre. Le thème initial revient alors, brûlant de confiance et de liberté.

Un instant suspendu. Peut-être la fameuse note bleue. Le mouvement suivant plonge dans une tendresse absolue. Les cordes semblent pleurer doucement tandis que le piano fait flamboyer des accords sombres. Le tempo se ralentit presque à l’extrême. La musique devient une lente construction de rêverie, ou d’une prière secrète.

Il y a vraiment de l’infini dans ce trio.

Puis vient le retour sur terre : un rythme syncopé exulte et peint une joie de vivre éclatante. L’élégance des artistes s’accorde à une vitalité presque aventurière. Éblouissant le final.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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Impressions

Impressions

 

Au lit défait de l’aventure,

Le soleil luit sur le midi,

La balançoire de nos désirs

Monte et descend dans les amours

Et sur le pont du roi Jadis

Nous remontons un peu le temps,

Au bord du lit les oies se posent

Quelques péniches les saluent

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

Après-midi sur le canal,

Aux impressions si souriantes,

Chacun en soi prend du plaisir,

La liberté des chats, du chien,

Coule en reflet en nos mémoires,

Dans les douceurs et les couleurs,

Une toscane, cyprès du ciel

A l’horizon pins parasols,

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

Au lit défait des heures lentes,

Comme un matin rideaux fermés,

Les rêves passent tout éveillés

Dans la rondeur d’un doux tempo,

Nos cœurs battant les derniers pas,

La vérité est dans nos veines,

L’ âme le sait et nous le dit

Dans le refrain de la chanson

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

le 26-10-2025

 

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La tondeuse verte.

 

Ce texte oublié dans un mauvais dossier,  ressort à la lumière de 2026,

je l'ai écrit en 1977,   il y a donc 49 ans. 

Certains paragraphes semblent prémonitoires ! surprised

 

J'attend vos commentaires.  Merci à toutes et à tous.

 

La vieille tondeuse - Été 1977

 

 

L'aube était là, fuyante derrière un brouillard léger, comme une fumée de cigarette poussée par le vent. Antoine était réveillé depuis un moment, il n'attendit pas la sonnerie du réveil et se leva pour se diriger vers la cuisine ; rien de tel qu'un grand bol de café avec quelques tartines de confitures pour commencer la journée. Mais ce matin là, le café resta dans la tasse. Antoine enfila un pantalon et un pull puis sortit dans le jardin. Il habitait en bout du village, un corps de ferme hérité de ses grand-parents. Quelques maisons étaient habitées par des retraités adorables, toujours prêt à rendre service. Antoine les connaissait depuis bien longtemps. Il venait souvent, quand il était enfant puis ado, vivre à la ferme pendant les vacances. Les ruelles du village n'avaient aucun secret pour lui.

 

Il déverrouilla la porte et sortit dans ce matin brumeux mais déjà chaud ; direction l'étang « du haut » au bout du vieux chemin. Tout en marchant vers ce petit coin de paradis, il se mit à penser à son grand-père, un gentil papy un peu râleur mais toujours en train de raconter des bêtises, ou à apprendre tous les petits détails de la vie que tu ne trouves pas toujours dans les livres.

 

  • Sais-tu ce que tu dois toujours avoir dans tes poches si un jour tu pars en randonnée pour la journée ? Mis à part bien entendu une gourde d'eau, deux pommes, un morceau de pain et quelques sucres ?

  • Heu non pas vraiment ! Une boussole peut-être ?

  • Oui c'est bien mais encore faut-il savoir s'en servir ! Je t'apprendrai. Dans tes poches ou ton sac tu dois toujours avoir quatre choses: un briquet/allumette, aussi appelé briquet permanent. Par simple frottement il fait des étincelles et peut s'allumer 8 à 10.000 fois. Puis il te faut une pelote de bonne ficelle, un couteau... pliant ça va de soit, et multi lames si possible, et un sifflet à roulette.

  • Un sifflet ? Pourquoi ce jouet ?

  • Ce n'est pas un jouet, il faut un vrai sifflet, comme les arbitres. Dans les bois on l'entend de loin, et si on te recherche c'est lui qui signalera ta présence, ici et pas ailleurs.

 

C'était ça le grand-père, tantôt bougon, tantôt instructeur de survie. Antoine se réveilla de ses souvenirs venus pendant sa marche vers l'étang, et continua son chemin en grignotant un gâteau sec qu'il avait chipé dans la boite en fer avant de quitter la maison. Plus il avançait vers son but, plus il se sentait intrigué et sur le qui-vive. Cette forêt qu'il n'avait pas revue depuis bien longtemps, vingt cinq ans peut-être lui semblait étrangère : elle avait changé. Il s'arrêta et écouta. Rien ne l'intrigua, rien tout était silencieux et calme. Il reparti lentement vers la forêt de châtaigniers à la recherche d'un écureuil roux, il y avait toujours un ou deux couples qui sautaient d'arbres en arbres, ou plutôt de tronc en tronc, rapides comme l'éclair ils avaient vite fait de disparaître remplacés par d'autres, dans ce théâtre vivant qu'était la forêt il restait souvent assis à regarder leur manège. 1)

 

 

Antoine sortit de ses pensées et, en caressant le tronc de l'arbre, le dossier d'un client compliqué (que ce soit le dossier ou le client), le ramena mentalement au « boulot ». Bouleau / boulot ! Il se prit à sourire à l'association d'idées, mais le charme était rompu, la forêt de dossiers avait remplacé la forêt d'arbres verdoyants. Les téléphones sans fil et leurs batteries en bandoulières, les ordinateurs, les mail, les fax, tous ces « outils » qui en définitive mangeaient le potentiel temps d'humanité, c'était la vie de toutes et tous en ville, pensa Antoine. Il s'aperçut que malgré le changement de lieu, cette vie trépidante reprend très vite le dessus sur l'essentiel, le moment présent, et il avait l'impression de se trouver dans une salle de cinéma en train de regarder deux films sur le même écran.

 

Que se passe t-il autour de moi ? Dans ma ferme ? pensa Antoine. Et comme s'il avait besoin de vider un trop plein d'énergie il se mit à parler tout seul.

 

  • Je ne comprends pas... J'ai l'impression d'être devenu sourd, tout semble lourd et étrange.

 

Ces pensées troublaient Antoine depuis un moment, il n'avait pas d'explication rationnelle. Quelques minutes après, il aperçut l'étang « du haut », comme les gens le nommait, brillant comme mille diamants sous le premier soleil du matin. Les années avaient passé et la longue alignée de peupliers avait doublé de volume. Les arbres n'avaient pas souffert des récentes tempêtes. Il mit les pieds sur la chaussée, où gamin puis adolescent, il posait ses cannes à pêche pour attraper les gardons de l'étang et les gougeons venant des ruisseaux. Antoine retrouva très vite le gros rocher plat qui souvent servait de table pour le casse-croûte. Il s'assit et sursauta quand un poisson bondit hors de l'eau pour, sans doute, échapper à une grosse perche qui le chassait pour son déjeuner. Trente ans, peut-être plus... Plus de trente ans étaient passés depuis la disparition des grands parents, trente ans pour le grand-père et trente ans et quelques mois pour la grand-mère ! A croire que l'un sans l'autre, la vie sur terre n'avait plus d'attrait. Depuis leurs départs, Antoine revenait à la ferme cinq ou six fois par an pour seulement deux ou trois jours. C'était trop court pour aller en forêt ou au bord de l'étang. Alors il se contentait de respirer l'odeur de la maison avec sa grande cheminée en pierres, les granges qui sentaient encore le foin séché, quelques petits boulots d'entretiens, une balade dans les alentours, sans oublier de discuter avec les voisins qui avaient repris la ferme de leurs proches. C'était bon de passer quelques heures à refaire le monde. Mais le temps passant vite, Antoine devait toujours repartir le lendemain ou le surlendemain pour Limoges. Aujourd'hui, c'était différent ! Il était en vacances, fatigué de tous ces conflits avec les collègues, ainsi que l'administration qui semblait prendre un malin plaisir à compliquer les choses au lieu de les simplifier.

 

Un jour Antoine avait acheté un jouet pour le fils d'un copain : un taxi en tôle avec un moteur électrique. Les jouets avaient tous ou presque des moteurs à piles, fini les moteurs à clés. Il se surprit à sourire de la pensée qu'il venait d'avoir : « quand nos voitures seront-elles électriques ?  Antoine se mit à rêver. Bientôt les voitures à essence auront des moteurs électriques comme les jouets. Un petit robot tondra la pelouse à ta place et un autre servira une drogue douce devant la piscine pour t'empêcher de réfléchir.   Stop pensa Antoine.

2)

 

Il était en vacances... bien décidé à dormir et à se balader dans la propriété, SA propriété désormais, mais aussi se balader dans celles des autres, car ouvrir une barrière en bois en la refermant derrière soi, ce n'était pas très compliqué, pas besoin de boîtier à boutons pour l'ouvrir et la fermer. A la campagne c'était une question de confiance entre le propriétaire du champ et le promeneur, lui avait dit la grand mère un jour de cueillette des champignons. Si tu oublies de fermer la barrière, les moutons ou les vaches, qui sont au prés, trouveront la porte et se sauveront, l'herbe étant toujours meilleure chez le voisin.

 

Antoine passa le reste de la matinée à faire le tour de l'étang du haut, puis dans les forêts de chênes et de châtaigniers où poussaient girolles et gros cèpes, que la grand-mère se dépêchait à mettre en bocaux pour les futures omelettes ou pommes sautées. Curieusement, il reprit le chemin de la ferme la boule au ventre. Un sentiment de perte et d'abandon le tourmentait sans cesse. Le retour vers la ferme fut très rapide. Quelque chose le poussait à entrer entre les murs épais et protecteurs, d'allumer un bon feu, comme ça pour le plaisir, d'entendre crépiter le bois sec et admirer les flammes dansant dans l'âtre avant de s'échapper en fumée par le large conduit. La ferme revivait avec cette fumée sortant en haut du toit et, Antoine en était convaincu, les voisins disaient : – Tiens le Toine est là !

 

La nuit fut compliquée et agitée sous les draps et dans sa tête. Antoine ne comprenait pas pourquoi il avait ressenti ces grands moments de solitude à l'étang, dans les forêts et dans les champs. Pourquoi ???? Le téléphone sonna sur la table de ferme en merisier le rappelant que son monde était bien loin... de l'autre côté du village.

 

  • Allô ! … Salut Georges .... Non, je n'ai pas oublié mon ordi ! Oui oui ce dossier est bouclé. Et non non et non, je suis en vacances à la ferme, et tu le sais très bien ! Tu connais le mot vacances ? Ecoutes-moi Georges, tu oublies mon adresse, tu oublies mon numéro d'urgence et s'il y a le feu, tu fais le 17. Bonne journée à toi et à l'équipe. Clic !

 

Ce n'était pas le jour, mais au moins c'était clair, net et précis.

 

Antoine ne voulait pas se laisser envahir par cet sentiment inconnu de la veille et qui lui échappait. Il prit sa douche, puis le café avec des tartines de confiture et se rappela les recommandations du grand-père ; dans le petit sac à dos, il mit deux pommes, une bouteille d'eau en plastique, un morceau de pain, quelques sucres dans une boite en fer dégotée dans un placard de la cuisine, puis chercha une pelote de ficelle dans le petit atelier. Il manquait le couteau. Le couteau pliant ! Il chercha partout dans la cuisine, pas de couteau pliant. Pourtant il fallait respecter la liste, Antoine avait l'impression que c'était important ; il ne devait pas déroger aux recommandations du grand-père. Rien dans le tiroir de la table de ferme, rien dans ceux de la cuisine, que des couteaux normaux. Antoine s'agaçait. Il posa les fesses sur un petit tabouret face au bout de la table, la place habituelle du grand-père et vit : le tiroir du chef comme disait la grand-mère pour faire râler son homme. Il l'avait oublié ce tiroir de bout. Antoine l'ouvrit presque respectueusement. Il ne l'avait jamais fait. Il fouilla et découvrit divers petits couteaux pour les légumes et champignons, un vieux briquet

à essence sans sa molette, des boutons de veste de chasse, un doigt en cuir avec un lacet (pour les blessures sans doute), quelques stylos, un petit carnet, un permis de chasse, une multitude d'objets inconnus et puis, plié dans un mouchoir, un couteau suisse avec une étiquette... Pour Antoine !

 

Une larme coula sur sa joue, les années étaient passées comme passent les nuages un jour de grand vent et Antoine n'avait jamais ouvert ce petit tiroir… Merci papy !

 

Sac sur le dos, Antoine reprit le chemin de l'étang du haut bien décidé à comprendre cette angoisse qui lui avait gâchée sa journée d'hier. Il ralentit le pas, attentif à son environnement. En passant devant la petite fontaine à dévotions conduisant à un point d'eau pour les animaux, rien ne sembla le troubler, c'était calme. Il s'arrêta et regarda au fond de la petite fontaine Saint Rock surmontée d'une croix en fer qu'il avait toujours connue. Quelques pièces brillaient un peu dans l'eau, à croire que quelqu'un du village était venu nettoyer le fond. Antoine sortit son portefeuille. Il attrapa une pièce égarée dans la pochette puis la jeta dans la fontaine et instinctivement, comme il avait vu faire la grand mère des dizaines de fois, il marmonna une prière et mentalement fit le signe de croix (s'il te plaît Saint Rock, fais moi comprendre pourquoi j'ai le sentiment d'être un étranger chez moi, merci). La grand-mère devait rigoler, pensa Antoine.

 

Dans le milieu de la matinée, après avoir erré de l'étang à la forêt de chênes, puis des grands prés fraîchement fauchés de ce beau blé doré, il avait fait la rencontre de François, un habitant du village venu lui aussi respirer l'air de la forêt. Les échanges furent brefs car ce dernier n'était pas bavard, les villageois le nommaient « le taiseux » c'est tout dire sur ce personnage qui malgré son apparence était prêt à rendre service au moindre problème. Il était tout et son contraire le François !

 

La matinée touchant à sa fin, Antoine envisageât de s'arrêter manger une pomme avec un morceau de pain. Adossé à un arbre centenaire, il repensa au taiseux. Il est vrai qu'en sa compagnie c'était le silence le plus complet. … Le silence le plus complet ! Antoine arrêta de croquer la pomme et écouta la nature autour de lui.

 

Au bout de deux ou trois minutes, il entendit un insecte dans le buisson épineux, un bourdon certainement. Il resta ainsi de longues minutes à écouter la forêt, puis changea d'endroit et traversa le pré où, des années au-paravent, Monsieur le Maire faisait paître son troupeau de moutons. Antoine se planta au milieu du pré et attendit, il voulait entendre ce qu'il était venu chercher : les grillons, ces cri cri cri stridents et rassurants sur la journée ensoleillée à venir. Il se souvenait qu'après avoir trouvé leur trou, il s'amusait avec les copains à les faire sortir en les taquinant à l'aide d'un brin d'herbe. Le grand-père, lui, les attrapait pour aller à la pêche. En dix minutes, il en avait une pleine boite, une vieille boite en fer de médicament pour la toux.

 

Mais aujourd'hui, rien, rien de rien, où sont-ils passés ? Il marcha de long en large dans le pré et en entendit deux ou trois, c'est tout… Antoine commença à ne plus aimer cette solitude, tout semblait sans vie et il ne s'expliquait pas encore ce silence. Il se dirigea vers la mare aux grenouilles. Elle était bien là, enfin ce qu'il en restait, entourée de fougères et de plantes qui devaient aimer avoir les pieds dans l'eau. Mais point de grenouilles, disparues, plus de chant, ni de « floc » quand elles sautaient dans l'eau à l'approche du danger. Le pic-vert, les moineaux, les araignées d'eau, les libellules sur l'étang et la mare, les papillons jaunes, rouges, les mésanges, les rouges gorges....tous disparus ou presque ! Antoine en vit un qui passait haut dans le ciel bleu, un petit, un moineaux sans doute. Il venait de découvrir son malaise et son mal être. C'était le silence ! C'était çà qui l'oppressait ! La ferme de sa jeunesse, l'étang, les forêts, les prés ? Tout avait changé.... Le vivant qui embêtait le soir sous la lampe du jardin, les dizaines d'oiseaux qui te réveillaient le matin souvent avant le coq ? Tout avait disparu, tout n'était que silence ou presque ! Antoine se leva péniblement et sentit une sourde colère l'envahir, une colère contre lui et contre ce que les scientifiques et autres gros patrons ou financiers (ce sont les mêmes) appelaient le monde moderne. Il se rappela une discussion houleuse entre son grand-père et un voisin qui avait acheté un désherbant pour les carottes : un désherbant sélectif avait-il dit « il faut attendre que les carottes soient sorties de terre et on passe le désherbant ; ça tue toutes les herbes, sauf les carottes ». Le grand-père était fou furieux. Il avait viré son voisin sans plus de ménagement. Ils se sont réconciliés le lendemain derrière une chopine bien fraîche à condition que la boite de traitement anti-herbes-folles passe à la poubelle !

 

Antoine sourit à ce souvenir, mais la colère reprit le dessus. On avait massacré son village, ses fermes, ses forêts, ses prés. Il repartit vers la ferme en se disant que lui aussi avait participé à ce carnage de tout ce qui vit sur terre. Il était furieux contre lui et contre la terre entière.

 

En chemin, il croisa un vacancier qui se dirigeait vers l'étang avec son chien en liberté. Et ce qui devait arriver, arriva.

 

  • Bonjour, c'est quoi comme race votre chien, un chasseur ?

  • Oh non, Il est coupé avec un beagle et un corniaud. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

  • Une quoi ? Une mouche ? Encore faudrait-il qu'il y en ait ! Vous trouvez qu'il y en a beaucoup d'insectes autour de nous ? Sincèrement, répondez-moi ! Et les oiseaux ? Vous en entendez beaucoup gazouiller dans les buissons et en haut des arbres ? Je viens depuis plus de 40 ans dans la ferme de mes grands-parents, et dans l'absolu, il y a d'avantage d'insectes à la campagne qu'en ville, les oiseaux s'en nourrissent, mais là... il n'y en a plus ou presque. Et les poissons dans les ruisseaux ? Disparus aussi pour certaines espèces. Avec mon grand-père, on attrapait des gardèches, des saies, je n'en ai pas vu un seul ce matin.... Les grenouilles dans la mare en bas avant l'étang ? Plus de grenouilles ! Il y avait des écureuils mais depuis presque trois jours que je suis là, je n'en ai vu qu'un couple, enfin j'espère que c'est un couple. Pardonnez-moi je vous gâche votre séjour mais je suis agacé et triste d'en prendre seulement conscience cet après-midi ! De nos jours, les hommes sont devenus dépendants des machines et je viens de me réveiller de ce cocon dans lequel on nous emprisonne en riant. Les moutons de Panurge, vous connaissez ? Voilà ce que nous sommes devenus. On obéit, on achète, on paye, on remplit les placards, et aujourd'hui, en l'an 1977, on ne veut plus rien foutre... Il faut des robots, des téléphones à piles, des jouets électriques ! Et pourquoi pas des vélos, des voitures, des 5) avions, des camions, des patins à roulettes ? et les chaussures hein ? Çà serait chouette ça, des chaussures à piles ou à batteries !

  • Mais c'est normal monsieur c'est le monde moderne.

  • Le monde moderne ? C'est ça le monde moderne ? Antoine devint rouge de colère. Ah ils veulent le silence même à la campagne ? Ah ils ne veulent plus entendre les oiseaux ? C'est ce que l'on va voir ! Faites attention à votre chien monsieur, il y a plein de vipères dans les murs de pierres autour de l'étang et dans les murets des prés.

  • Ah bon ? des vipères ? Tango, Tango, viens là mon chien, nous remontons à la voiture. Bonne journée monsieur, et merci de m'avoir prévenu.

 

C'est ça mon gros, pensa Antoine, les vipères ont fait comme le reste, elles ont disparu. Antoine reprit son chemin, le silence était pesant ; alors, il se mit à chantonner pour masquer cet absence de bruit, de vie. Il repensa au jouet japonais acheté pour le fils de son pote. Deux piles et en avant jeunesse, la voiture file tout droit vers le mur, le bute et part en marche arrière tout en changeant de direction grâce à la roue jockey, puis elle tape le pied de la table, repart en marche avant et ainsi de suite. Pourquoi ne pas adapter ce système à une tondeuse, pensa Antoine ? Achetez la tondeuse non-stop hurla t-il ! Ras le bol du silence, il voulait du bruit, sans doute pour se venger de lui-même, mais il se tut, s'arrêta et se rappela de la vieille tondeuse du Grand-père. Où était-elle passée cette vieille bécane qui puait l'essence et l'huile brûlée ?

 

Qu'est-ce que le grand père en avait fait ? Et tout l'après-midi Antoine fouilla les granges, déplaçant les vieux meubles, les planches, des vieux lits de coin.... mais rien, pas de tondeuse. Il ne l'a quand même pas descendu à la cave ! Non, rien non plus à la cave, à part des toiles d'araignées. Alors elle est au grenier, pensa Antoine, mais comment a t-il fait pour la monter ? Nous verrons demain, ce soir c'est bon la journée à eu son compte de pensées négatives.

 

Le lendemain après un copieux petit-déjeuner, il remplit à nouveau son sac et en rangeant les fruits, il se rappela les recommandations du grand-père. Il était interdit de se promener sous les poiriers dans la journée car il y avait des guêpes et des frelons qui s'invitaient au repas. C'est pour cela que la grand-mère allait en faire la cueillette les matins avec le lever du jour. Ce fut en croquant la poire bien juteuse qu'il s'aperçut que, la veille, il avait désobéi aux recommandations du grand-père en allant cueillir les poires en fin d'après-midi, et sans être nquiété par les insectes. Sa journée d'hier lui revint en mémoire, tout lui revenait après cette nuit sans sommeil......les scarabées bleus, les coccinelles, les libellules, les écureuils, les araignées d'eau, les pic-verts, les moineaux, les bouvreuils … disparus. Sa colère remontait doucement. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il vivait dans un monde d'argent, pas dans le monde des vivants, des gens ordinaires, des éveillés en définitive. La vie simple n'existe plus, se dit-il. Le monde moderne a tout pourri, tout délavé, tout tué ! La tondeuse.... où était cette fichue tondeuse à essence ? Dans le grenier ? Il monta les escaliers et ouvrit la porte qui donnait sur une petite chambre, le grenier étant derrière. Il y était monté deux ou trois fois dans sa jeunesse mais il faisait sombre et ça sentait le vieux comme disait la grand-mère. Aujourd'hui, l'odeur était la même ! Un grenier plein jusqu'aux tuiles, des cartons de vieilles vaisselles, 6) des miroirs cassés, des tuyaux en zinc, des valises pleines de vêtements, des armoires sans portes, mais pas de tondeuse ! Et puis... Antoine n'avait pas remarqué qu'il y avait des sous-pentes condamnées de chaque coté du toit. Soudain, il vit une ficelle qui dépassait d'une planche. Il tira sur cette dernière et une petite porte s'ouvrit. La tondeuse était planquée derrière avec, cerise sur le gâteau, un fusil de guerre, probablement largué par les Anglais en 1944 !

 

Antoine descendit la tondeuse dans la grange et sortit la caisse à outils du grand-père. Il n'était pas un pro en mécanique mais ces petits moteurs n'avaient pas de secret pour lui ; changer la bougie, les filtres et joints du carburateur, de l'huile pour motoculture, un peu d'essence pour nettoyer les pièces et de l'essence propre pour le réservoir, Après avoir établi la liste des pièces nécessaires, il ferma la grange laissant la tondeuse en pièces détachées sur la grande table de batteuse, et direction la petite ville de Saint-Léonard où il était certain de trouver ce dont il avait besoin.

 

Ah ils voulaient le silence, les allées bien propres comme le plancher du salon, ils ne voulaient plus d'abeilles et de guêpes, ça pique ces bestiaux-là, ni d'escargots, çà bouffe les jeunes pouces alors, on utilise de la poudre ou des granulés. Antoine était toujours très en colère contre la société dans laquelle il vivait, il râlait tout seul dans la cour de la ferme maudissant son aveuglement sur le changement radical de la nature. Après avoir réparé la tondeuse et certain de la faire redémarrer dans un bruit d'enfer, il irait tondre l'herbe de la cour. Il se ferait critiquer par les voisins, c'était certain, mais pourquoi ne pas inviter ses quatre copains fermiers et éleveurs autour de la table, et leur proposer de monter un dossier de culture bio pour toute la commune ? Jamais ça ne s'était fait, il s'occuperait de tout ce qui est paperasse administrative, rendez-vous avec l'administration, les syndicats, la presse et tous le cirque de la vie trépidante qu'il connaissait bien, et qu'il commençait à haïr. Pourquoi pas pensait-il, pourquoi pas ? Il se mit à parler tout seul, et sa colère repris le dessus ; ça ne marchera pas, ils ne voudront jamais changer radicalement d'habitudes, ils sont coincés dans le système.

 

Il émergea de ses pensées assis sur le banc dans la cour, et il entreprit de remonter le carburateur, fit le plein d'huile et, pour le plaisir, donna un coup de bombe verte sur le capot et les roues.

 

Antoine suivit les conseils du mécano et tira sur la ficelle de démarrage. Pouf pouf, il baissa un peu le starter ! pouf pouf pouf.

 

  • Démarre ma belle on va faire du bruit, démarre !

 

Pouf pouf pouf... et cette fois, la vieille tondeuse pétarada dans la cour, une fumée bleue envahie l'espace de la ferme. Hum qu'elle sent bon cette vieille odeur de gaz brûlé ! Les voisins allaient me traiter de fou, mais qu'importe, aujourd'hui c'est la fête de la tondeuse. Demain Antoine organiserait un rendez-vous avec ses voisins fermier, mais uniquement pour boire un coup. Ils amèneront leurs épouses pensa Antoine, ça fait longtemps que cette ferme ne vit plus comme avant. Il se mit à rire tout seul et poussa la tondeuse verte en criant à tue-tête la chanson de Jean Ferrat, « la femme est l'avenir de l'homme ». 7)

 

  • Allez ma belle on descend voir l'étang réveiller les truites et les grenouilles puis on cassera la croûte sur la grosse pierre.

 

A son retour vers le milieu de l'après-midi, épuisé mais heureux de sa bêtise, il rangea la tondeuse verte, ferma la porte de la grange et se dirigea vers la maison. Un tour de poignée et... porte fermée. Il se rappelait très bien avoir laissé la porte ouverte comme d'habitude, aucun risque de vol, le chien de Gilbert naviguait entre la maison de son maître et la ferme.

 

  • Qui m'a fait ce tour de cochon hurla t-il !

  • C'est nous Antoine, c'est nous, les pollueurs, les semeurs de granulés, les pulvérisateurs de poisons divers et variés. C'est bon ? Tu as tondu le prés aux chevaux ? J'espère que tu as fait le tour de l'étang et que les fossés sont propres ? Les deux fermiers étaient hilares et Antoine commençait à sentir la moutarde lui monter au nez, comme disait le grand-père juste avant de se mettre vraiment en colère, et là... il valait mieux baisser la tête.

  • Tu as bien pollué l'atmosphère avec ton tas de ferraille ? On a vu le démontage, bon boulot, et puis c'est chouette peint en vert, c'est bien pour la campagne, et ils se mirent à rire.

  • Pourquoi dites vous-çà ? Pourquoi vous foutez vous de moi ? Je suis en vacances pour trois semaines et j'aimerais bien en profiter un maximum avant de repartir à Limoges.

  • Pourquoi on rigole ? Oh c'est simple, depuis trois jours, tu parles tout seul, tu râles, tu cries, tu engueules la terre entière. Au début on a cru que vous étiez plusieurs et puis non, tu parlais à l'autre, enfin c'est toi qui le nommait ainsi. On a supposé que tu étais en pétard contre quelqu'un, et puis non, puisqu'un matin tu parlais fort dans la cour, et tu as dit : - Et toi l'Antoine tu es satisfait ? Alors on a compris. Tu rouspétais tout seul sans cesse mais vous étiez deux, l'Antoine de la ville, qui ne voit plus que les autoroutes, les fils électrique et les restaurants qui te serves à bouffer dans ta voiture, la télé, et tout le bazar des villes, et l'autre, celui qui voulait refaire le monde !

  • C’est vrai, vous avez raison, je parlais fort. J'étais et je suis encore très en colère...

  • Et bien figures-toi que tu intéresses le village, enfin ceux qui restent, une dizaine de famille dont trois qui bossent en ville.

  • J'ai compris, dit Antoine, vous voulez monter un cirque et je serai Monsieur Loyal, dit-il en colère.

  • Cré Vendiou, on dirait ton grand-père, tu es une vraie tête de mule, tu peux écouter un instant ou tu as l'intention de passer trois semaines à hurler comme un putois. 

 

Antoine se ferma dans sa coquille, mais il était ravi qu'on le compare à son cher grand-père.

 

  • Figures-toi que la petite Marie Mérigot vient d'obtenir son droit d'ouverture en bio pour ses chèvres et ses fromages.

 

Antoine, surpris, s'assit sur le vieux banc les jambes coupées, le cœur en vrac.8)

 

 

Pourquoi deux voisins qui à l'évidence se moquaient de lui  étaient là, dans la cour, à lui parler de Marie qu'il connaissait depuis seulement trois ans.

 

  • Pourquoi me parlez-vous de la petite Marie ? Je la connais à peine !

 

C'est à ce moment-là qu'un autre voisin, le Pierre, entra dans la cour un panier en osier sous le bras avec Marie et deux femmes hilares, qui embrassèrent Antoine avec affection.

 

  • Tu es surpris le Toine ? Ça t'apprendra à chanter à tue-tête que « la femme est l'avenir de l'homme »

 

Tout le monde se mit à rire et Antoine aussi bien évidemment, c'est vrai qu'il chantait un peu fort en répétant le refrain de cette chanson.

 

  • Tiens voilà tes clés, j'ai apporté deux bonnes bouteilles et une roteuse pour les femmes.

  • Ah mais avec grand plaisir, dit Antoine, il fera plus frais dans la maison, et puis il faudra qu'on fasse un repas pendant mes vacances. Mais dis moi, on fête quoi aujourd'hui ?

 

Antoine ouvrit la porte et fit entrer ses amis dans la pièce fraîche qui sentait bon les poires cueillies du matin. Antoine ouvrit l'armoire et commença à sortir les verres. Gilbert, contre toute attente, ouvrit le tiroir de bout et sortit un tire-bouchon.

 

  • Tu es surpris que je sache où est le tire-bouchons ? Quand tes parents sont partis travailler en ville, mon père a pris l'habitude de venir donner un coup de main à ton grand-père, et puis un jour il lui a dit : je ne sais pas si l'Antoine reviendra sur ces terres, mais en attendant que ce jour vienne, c'est toi qui fera aérer la maison.

 

  • C'est pour ça que la ferme ne sentait jamais le vieux comme disait la grand-mère ? C'est ton père et toi qui ouvraient la maison ?

 

Gilbert se contenta d'un hochement de tête avec un grand sourire de fierté. Antoine était ébahie. Voilà pourquoi mon père a refusé l'héritage en ma faveur pensa t-il ! Il se leva doucement et ce fut un long moment de complicité entre les deux hommes.

 

  • Bon alors, vous ne m'avez toujours pas répondu, on fête quoi aujourd'hui ?

     

  • C'est très simple, puisque à l'évidence tu aimes parler tout seul nous avons entendu quelques mots de colère que nous partageons aussi. C'est ta faute, avant hier, hier et ce matin tu as vécu comme si tu étais sur une île déserte. Alors pour une fois fermes-là mon petit Toine, et écoutes bien, ça va être très court.

     

    Gilbert se leva du vieux banc devant la cheminée, et le temps sembla continuer sa route en mode ralenti, tous le monde se regardait sans dire un mot, attendant l'intervention de Gilbert.

     

  • Voilà Antoine, nous avons un projet à discuter aujourd'hui, avec toi, avec Marie et … l'autre !

     

Le village bio allait-il voir le jour ?

 

 

Gérard BRETON - 1977 9)

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administrateur théâtres

À Cœur Joie À Bozar en mars 26

Concerts

Sunrise Mass & Adiemus

Le concert du 02 mars 2026 au Palais des Beaux-arts de Bruxelles (BOZAR) était un événement choral et symphonique d’envergure rassemblant trois cents artistes. Il s’agit d’un grand Atelier quadriennal où des choristes, venus de multiples horizons, se retrouvent après de longs mois de travail, pour faire naître une imposante œuvre collective. Organisé par la régionale A Cœur joie de Bruxelles, cet ensemble comportait près de 230 choristes sur scène associés à l’orchestre philharmonique Orfeo. À la baguette, la direction chaleureuse et inspirée d’Élise Smout pour le souffle, la cohésion et la puissance.

 Le mouvement À Cœur Joie fut fondé en France dans l’immédiat après-guerre, par le compositeur César Geoffray pour gagner rapidement toute la francophonie dans le monde.

Dans un élan profondément humaniste, les bénéfices de la soirée étaient destinés à une œuvre caritative, l’ASBL la Clé, un centre d’hébergement situé dans la commune de Schaerbeek, qui offre un cadre familial à des enfants et adolescents atteints de surdité sévère. Quel bonheur si la Musique peut aller à la rencontre de l’épanouissement personnel de ces enfants et contribuer à leur bien-être. Et quelle belle correspondance : la musique au service de ceux pour qui le monde sonore est un défi quotidien. Comme si l’art lui-même voulait rappeler que l’essentiel réside dans ce que l’on partage.

Ce programme mettait à l’honneur 2 œuvres majeures de la musique contemporaine présentées comme une première en Belgique pour un tel format. La première partie du concert était consacrée à la Sunrise Mass du compositeur norvégien Ola Gjeilo.

Composée en 2008 pour chœur et orchestre à cordes, cette œuvre propose une vision originale de la messe : moins une œuvre liturgique qu’un voyage musical et spirituel.

Quatre mouvements : The SpheresSunriseThe City et Identity & The Ground dessinent un parcours symbolique qui mène de l’espace cosmique vers la terre habitée. D’abord l’immensité mystérieuse des sphères. Puis l’apparition progressive de la lumière. Vient ensuite la cité humaine, vibrante et vivante. Enfin, l’ancrage dans une identité terrestre et spirituelle.

Les cordes installaient une atmosphère ample et lumineuse. Les voix semblaient flotter dans l’espace acoustique avec une douceur presque irréelle. La musique de Gjeilo possède le pouvoir particulier de créer des paysages sonores d’une grande pureté, proches à la fois des grands espaces que l’on trouve dans certaines musiques de film mais aussi dans l’infini suscité par la tentation mystique. Sous la direction attentive et vibrante d’Élise Smout, les choristes faisaient naître toute une architecture de lumière, délicate et enveloppante. Et dans cette cathédrale imaginaire, tant d’émotion profonde à l’écoute des diverses paroles de messe en latin. Le Kyrie, le Gloria, Tout le Credo et son cadre dramatique… Et cette prière, la plus grave de toutes : Dona nobis pacem. À ce moment-là, toute la salle est plongée dans un silence palpable. Les yeux rivés sur la Cheffe, on déborde de reconnaissance. Nommer les choses, ne les fait-elles pas exister ?    

La seconde partie du programme nous entraînait dans l’univers du compositeur gallois Karl Jenkins (The Armed Man), l’un des créateurs les plus populaires de la musique chorale contemporaine.

Ancien musicien de jazz devenu compositeur à succès, Karl Jenkins s’est fait connaître internationalement grâce à son projet musical Adiemus, où les voix chantent dans une langue imaginaire destinée à faire de la voix un instrument universel. Sa musique, immédiatement communicative, mêle influences classiques, rythmes contemporains et inspirations venues de diverses traditions du monde. Du pays de Galles à l’Afrique profonde.  Ici la grande masse chorale confère à l’œuvre une dimension spectaculaire,  portée par des pulsations énergiques et des harmonies lumineuses. C’est un splendide terrain d’expression pour la bouillante cheffe.  Les voix se répondaient en larges vagues sonores. Les pianissimi suspendaient le temps, tandis que les grandes montées orchestrales déployaient une puissance presque tellurique. Une œuvre très contrastée,  au sens premier du mot baroque. Avec une variété de styles impressionnante. Des cuivres majestueux, des percussions omniprésentes, des incursions de carillon, de xylophone, des voix de jeunes filles perlées. Des thèmes répétitifs rappelant The Lion King, des complaintes, des marches, des chants patriotiques… Et par moments, des rythmes de valse. Et une apothéose tribale cyclique en rythme syncopé, à couper le souffle.  Élise Smout conduisait tous ces artistes avec une précision fabuleuse et une générosité débordante, obtenant de ces artistes rassemblés qu’ils forment un seul organisme sonore, vibrant d’une même émotion.

Maisà deux pas du 8 mars, le concert prenait aussi, presque malgré lui, une résonance particulière avec la Journée internationale des droits des femmes en perspective. Diriger… et rester femme.

Et ce détail qui n’en est pas un : « Est-ce qu’une cheffe d’orchestre ne devrait pas porter le traditionnel tailleur-pantalon noir ? » Résolument Non ! Voilà une cheffe en séduisante robe de bal ! Fière de sa féminité, refusant de s’effacer derrière un code vestimentaire neutre. Car la musique n’est pas neutre ! Et puis, la féminité ne diminue en rien la rigueur et l’autorité musicale. Ce soir-là, elle dirigeait en robe de princesse. D’abord une somptueuse robe de dentelle noire, puis une seconde tenue, couleur parme, scintillante, accompagnée d’une coiffure digne d’une reine. Sur scène, les choristes arboraient de délicats foulards couleur lilas, comme une constellation de nuances violettes. Une palette de diversité, qui rappelle le rose de l’aube allant à la rencontre du bleu du ciel.  Et cependant, une couleur discrète, profondément symbolique.

 Cette soirée musicale aura offert, en plus de sa beauté sonore, l’image simple et forte d’une femme dirigeant plus de trois cents artistes, avec autorité, grâce… et robe scintillante. Une façon lumineuse de rappeler que l’excellence n’a pas besoin de renoncer à la féminité pour être prise au sérieux. Un rappel que les femmes ne sont pas identiques aux hommes, et n’ont nullement à l’être. Ainsi, on quitte la salle le cœur rempli de gratitude et de joie.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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ADMINISTRATEUR GENERAL

Chères amies, amis, collectionneurs et habitués de notre galerie,

La galerie fête ses 20 ans d’existence cette année 2026 ! De nombreux événements et démarches vont marquer cette année particulière…

Un grand article français/anglais de 5 pages dans la belle revue d’art international « IAM magazine » by FACEC n° 24/2025 rédigé par Dominique Lecat rédacteur en chef IAM magazine). (Voir pièce-jointe en fin de revue). FACEC-IAM MAG 24 WEBINFO.pdf

Les artistes présents pour cet événement de mars sont :

Bénédicte Lecat (Fr) via la FACEC International peintures et photographies, Luxiane Edmond (Fr) peintures, Bytro (Fr) sculptures, Patrick Lecointre (Fr) digital art sur impressions , Micka Freeman (Be) digital art sur écrans.

La galerie a le plaisir de présenter en ce début d’année quelques artistes internationaux cotés via un agent d’artistes très introduit dans les milieux culturels. C’est ainsi que l’on présente les artistes de renoms suivants : Damien Verlinde (BE), Igor Tcholaria (GE), Enyejo Bakaka (CD), Didier Masamba (CD), Raymond Tsham (CD), Corneille (NL), Pierre Bayard (BE), Abbias Ngateu (CM), Huang Yin (CN), Liu Yu Jun (CN), Don Ken (BE), Palmieri (IT) et Tuhal (CM). 

 

Vernissage le jeudi 05 mars de 18h 30 à 21h 30.

Finissage le 28 & 29 mars de 11h 00 à 18h 00.

 

Lien vers l’annonce visuelle de l’exposition du 05 mars :

https://www.espaceartgallery.eu/espace-art-gallery-vous-presente-son-prochain-vernissage-du-05-03-2026-et-son-agenda-culturel/

Lien vers le reportage photos du vernissage du 05 mars :

https://www.espaceartgallery.eu/la-galerie-a-le-plaisir-de-vous-presenter-le-reportage-photos-lors-de-son-vernissage-du-05-mars-2026/

Lien vers la page événements actuels et à venir :

https://www.espaceartgallery.eu/category/evenements/

Lien vers la présentation des espaces et des artistes :

https://www.instagram.com/espace.art.gallery/

Lien vers nouveau site Digital NFT Art Curator Belgium en 2026Mail NFT 2026.pdf

https://ea-gallery.com (en pièce-jointe infos et inscriptions… )  & https://www.instagram.com/digital.nftart.curator.belgium/

 

https://www.facebook.com/www.espaceartgallery.eu

https://www.linkedin.com/in/jerry-delfosse-espace-art-gallery/

Lien pour visionner les 234 vidéos et 103.000 vues sur YouTube

https://www.youtube.com/@espaceartgallery4966

 

Lien vers le plus grand Rooftop d’Europe !

https://www.58.brussels/

Lien vers cette plateforme touristique où la galerie est présente :

« autres activités » +  https://www.kayak.fr/Brussels.32869.guide

Lien vers le nouveau Centre d’art dans le quartier :

https://cloudseven.be/home-of-frederic-de-goldschmidt-collection/

Situé au centre-ville dans le quartier bruxellois de la mode et du design.

Lien vers Bruxelles bouge comme le prouve cet article :

https://www.visit.brussels/en/professionals/news-articles-insights/why-brussels-is-your-mice-destination

 

Bien cordialement,

Jerry Delfosse

Galeriste

*

Fondateur et propriétaire de l’Espace Art Gallery,

Les Éditions d’Art EAG & EAG Studio’s

Co-fondateur et propriétaire du réseau Arts et Lettres 3.0

Administrateur général

Président de jury pour décerner 3 diplômes d’art EAG

Membre d’un jury international à Corsica Art Fair

Membre d’un jury pour décerner 2 diplômes d’art A&L

*

Rue de Laeken, 83 à B 1000 Bruxelles – Belgium

GSM: 00.32. (0)497.577.120

eag.gallery@gmail.com

https://www.espaceartgallery.eu/

https://ea-gallery.com

https://artsrtlettres.ning.com/

&

Amedeo Arena arena.amedeo@gmail.com

Director www.amartgallerybrussel.be

GSM: 00.32. (0)475.721.272

 

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Qui es tu ?

 

Qui es tu?

 

En t’écartant du bon chemin,

vers une trace buissonnière,

Les yeux du monde t’ont regardé,

très étonnés, même incendiaires,

Qui peut comprendre,

Ce que tu dis est inaudible,

Où as tu donc trouvé ces mots

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers ?

 

Tu te sens mal parmi nous tous,

comme un mutant venu d’ailleurs,

Tu ne comprends nos habitudes

et cet argent, notre messie,

Les magasins, petits et grands

et ce plaisir d’y acheter

Et toi tu parles et dessine

ce que tu vois ou imagines

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers ?

 

En t’écartant, tu es en marge,

un marginal, un encombrant,

Pour tous tes proches, c’est la galère,

la traversée des braises blanches

sur la pointe de leurs pieds nus,

Il va falloir te mettre en cage

ele4-3-2026t te suspendre dans les airs,

en haut d’un phare, en pleine mer

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers 

 

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Darkness, censure & cinéma,

LIVRE :

Darkness, censure & cinéma

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Interdictions totales, versions mutilées, classements X, procès retentissants, coupes imposées, scandales politiques ou moraux… Depuis plus d’un siècle, le cinéma avance sous surveillance. Chaque image jugée excessive – trop violente, trop sexuelle, trop politique – déclenche son lot d’indignations et de sanctions.

Darkness, censure & cinéma, la collection explore les territoires les plus inflammables du septième art. Des polémiques autour du porno chic à l’occultation du cinéma pornographique gay, des déferlements gore du cinéma italien aux tourments judiciaires de films comme Cannibal Holocaust, des batailles autour de Mad Max aux listes noires britanniques des Video Nasties, jusqu’aux nouvelles formes de régulation imposées par les plateformes de streaming, l’ouvrage met au jour les mécanismes d’une censure en perpétuelle mutation.

Car la censure ne disparaît jamais : elle change de visage. Tantôt morale, tantôt religieuse, tantôt politique ou économique, elle s’adapte à l’air du temps. Hier, commissions et ministères décidaient ; aujourd’hui, algorithmes, réseaux sociaux et pressions communautaires redessinent les frontières du visible. À mesure que la “sensibilité” se transforme en “susceptibilité”, la liberté artistique se retrouve plus que jamais interrogée.
Un ouvrage essentiel pour comprendre ce que nos sociétés tolèrent ou refusent de voir. Un livre qui rappelle que derrière chaque image censurée se joue toujours un débat sur la liberté.

Ce volume a pour ambition de vous faire découvrir le ton et l’esprit de la collection à travers une sélection d’articles tirés des précédents volumes, avec un inédit dans lequel Mathieu Jaborska revient sur le dispositif de classification des œuvres cinématographiques en France après l’interdiction aux –18 ans du film Terrifier 3.

Un ouvrage collectif :

  • Le cinéma autrement
    Jean-François Jeunet et Christophe Triollet
  • La classification des films en France
    Qui décide de ce que vous pouvez voir ?
    Mathieu Jaborska
  • Les films de cannibales
    Au-delà des tabous !
    Daniel Bastié
  • Fulci, le gore et la censure
    Lionel Grenier
  • Renvoyez la censure !
    Anastasie, tes foudres m’anesthésient
    Jean-Pierre Putters
  • Mises en cène sacrilèges au cinéma et leurs scandales et censures
    Albert Montagne
  • Video Nasties
    Une incroyable chasse aux sorcières !
    Christophe Triollet
  • Censuré par omission
    Boys in the Sand ou la naissance du porno chic
    Eric Peretti
  • Mad Max
    Le plein de censure
    Fernand Garcia
  • Les plateformes de streaming américaines à la conquête du Moyen-Orient
    S’adapter, mais jusqu’à quel point ?
    Benjamin Campion

Darkness, censure & cinéma, la collection - éditions LettMotif

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Le collier

Le collier (noces de palissandre)

 

Tous les points de nos vies

sont devenus dansants,

Comédie de papier,

de couleurs en écho,

Car tous les horizons

ne sont que d’intuitions

Accrochées au passé,

comme pierres d’un collier

 

C’est un bijou pour ton amour,

quelques étoiles pour toujours

 

Je me souviens Les Buttes,

le rocher et le lac

Et puis le carrousel

et les bottes de gris vert,

Tout a tourné longtemps

dans ma drôle de machine,

Avec les bombardiers

et les bougies en cave

 

C’est le ciel de l’amour,

à nos lits pour toujours

 

Tous les points de ma vie,

complémentaires aux tiens,

Je les unis sur toile,

dans les mots et les sons,

formant notre chanson,

notes de ton collier,

Je le pose à ton cou

perles d’éternité

 

C’est un orage pour ton amour,

quelques éclairs des mauvais jours

 

Tous les points de ma vie

sont autant de repères,

Les Touristes normands,

Toi et quelques amis,

le soleil dans nos âmes

Et nos sens bouleversés,

la pièce du puzzle

était dans nos deux mains

 

C’est un jour merveilleux

Noces de Palissandre

 

le 23-2-2026

 

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administrateur théâtres

Prendre un enfant par la main...

Concerts

Yves Duteil en Belgique

Jeudi soir, Au Centre culturel d’AuderghemYves Duteil n’a pas “donné un tour de chant”, il a fait salon. Et la salle entière anticipait et murmurait les refrains. Il a tenu une conversation. Dans le petit bar, il y a des semaines et des années… Une conversation douce, complice, et …presque artisanale d’un passeur de lumière. Avec cette sacrée guitare qu’il se doit d’accorder sans cesse, afin que vive sa musique, à la pointe de l’excellence. Cette fragilité du geste, loin d’être un défaut, pourrait bien être une métaphore : rien n’est jamais définitivement accordé. Ni les cordes. Ni les cœurs. Et puis, sourire en coin, une guitare, c’est plus facile à accorder qu’une harpe !

Nous sommes nés quasi ensemble en 1950. Lui, quelques mois plus tôt. Nous appartenons à cette génération qui a cru que la chanson pouvait porter le monde, panser les plaies, attiser sa beauté en le sculptant comme une œuvre d’art. Avec le respect le plus profond. Nous avons grandi avec des mots qui respectaient le silence et détestaient le bruit ou la cacophonie. On l’admire, confiant dans les beaux accords du Yamaha. En écho du sens universel. « Je me revois, la main dans la main… »

Ainsi, nous étions trois, avec ce splendide piano. Et Yves de livrer ses secrets. Mais c’est trop fort, moi aussi j’ai envie de livrer un … secret. J’ai connu la triste expérience de perdre l’homme aimé bien avant sa fin, lorsqu’’ on doit apprendre à converser avec une présence qui s’effiloche. Depuis 80, tous, chez nous, nous aimions Yves Duteil. Hier, le hasard aidant, je suis venue seule à son concert, ce que je déteste cordialement. Et pourtant, je n’étais pas seule. Je n’écoutais pas seulement un chanteur, je poursuivais une conversation commencée avec l’être aimé …il y a cinquante ans.

Parenthèse : tout à coup, il m’en souvient, petite, je découpais le cœur battant, dans la première page du journal Le Soir à l’heure de l’Exposition universelle … cette petite rubrique fascinante :  » … il y a cinquante ans ! Elle me passionnait et je rebâtissais l’Histoire. Et vous, vous en souvenez-vous ? C’était au temps où … Nous écoutions sans relâche Georges Brassens, Léo Ferré, Barbara, Guy Béart, Piaf, Aznavour bien sûr ! Puis vinrent les 5.000 chansons écrites par Pierre Delanoë. Yves nous a joyeusement rafraichi les souvenirs, et la salle ronronnait. Les Champs Elysées, t’en souviens-tu ?

On ne peut pas qualifier Yves Duteil de “naïf”. Erreur de lecture, il résiste. Il ressort de ses chansons une clarté à la fois spontané et subversive. Une évidence. C’est ce que nous aimons. Il s’inscrit lui aussi, dans le cortège des grands de la Chanson française. Et ce soir, il a osé chanter La valse à 1000 temps du Grand Jacques, imitant presque son paroxysme. Même en cent ans, on n’aurait pas le temps… La salle exulte.

Par la rigueur du mot juste, Yves est un héritier discret de Georges Brassens avec ses belles exigences prosodiques et ses syllabes brillantes, que l’artiste installe dans la proximité, la main tendue. Il pratique avec immense générosité, une sorte d’écologie du lien, avec ses thématiques favorites : la transmission, l’enfance, la fidélité, les racines… Bref, Le Respect. Miroir de toute son œuvre. Le ciment de l’humanité. Ce qu’il sème à tous vents ? Rien que des convictions humanistes, épurées, sans le moindre décorum.

Et on se surprend à penser : Reste encore. Reste pour les enfants du monde entier

Car, figurez-vous, Yves Duteil ne chante pas seulement pour ceux qui l’ont connu dans les années quatre-vingt. Il chante pour l’enfance permanente de l’humanité. Pour ce qui n’est pas encore cynique. Pour ce qui croit encore à la beauté simple.

Il y a, dans sa manière d’habiter la scène, quelque chose d’apaisant. Il ne cherche pas l’effet. Il ne cherche pas la performance. Il cherche la justesse. Et lorsqu’il doit réaccorder sa guitare, il nous rappelle que l’harmonie se travaille. Hier, je n’écoutais pas seulement le chanteur. Je poursuivais ma conversation avec l’absent. Bien sûr que nous étions trois. Cette triangulatité parfaite.

Et il a aussi nommé des Justes, tout comme Jean … Ferrat. Nous étions des mille et des cents. Une gare, au petit jour… Et les larmes inévitables arrivent, salvatrices.

Lorsqu’elle honore le texte, la chanson française, œuvre poétique, devient plus qu’un art : elle devient un havre de mémoire. Elle permet d’adresser la parole à ceux qui ne répondent plus. Elle offre une consolation sans pathos, une respiration sans effondrement.

Dans une époque saturée d’ironie, la bienveillance peut sembler suspecte. Duteil, lui, persiste. Il refuse le sarcasme comme on refuse un vêtement qui ne nous étrangle. Sa douceur n’est pas mièvrerie : c’est résistance. Il nous rappelle que la continuité vaut autant que la rupture. Que l’apaisement peut être plus courageux que le cri. Que la lenteur artisanale est une forme de modernité. Yves a écrit environ 200 chansons. Des joyaux. Sa musique ne distrait pas de la perte, elle l’accompagne et la rend habitable. Et c’est peut-être cela, au fond, le charme discret d’Yves Duteil : faire de la fidélité non pas un regret, mais une lumière, …avec le regard malicieux et une voix qui n’a pas pris une ride.

Contre l’indifférence, il faut certainement » rêver le monde plus beau qu’il n’est, afin qu’il le devienne »

Le public a vraiment « embarqué » comme on dit si bien au Québec !

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Yves Duteil, hier au Centre Culturel d’Auderghem a promis:

« Je vais revenir en Belgique ces 28 mars au Trocadéro de Liège et 2 avril à La Sucrerie Wavre.

Ainsi que le 9 mai 2027 au Cirque Royal Bruxelles pour un concert anniversaire à l’occasion de mes 55 ans de carrière !

La billetterie pour cette date s’ouvrira dans une dizaine de jours (des pré-réservations peuvent déjà se faire via : infos.dates.spectacles@gmail.com).

Tous droits réservés, crédit photos: Etienne Pixel

Fabrice Vandeloise Productions of Professional Artists & Events

Avec Les Amis d’Yves DUTEIL

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administrateur théâtres

Les Héroïdes: Dialogue avec le mythes anciens

Grèce, éternelle! Et si les blessures antiques rejoignaient nos combats contemporains ?

Comment dire l’émotion poétique et bouleversante que suscitent Les Héroïdes ? Est-ce une illumination soudaine ? Un choc face à la beauté, l’audace, l’inventivité ? Un joyeux embarquement vers un modèle féminin libre et épanoui, enfin délivré de ses peurs ? Ou cette connivence vibrante avec une jeunesse artistique qui n’a peur de rien ?

Créées il y a cinq ans  au Festival d’Avignon par Flavia Lorenzi, et jouées à bureau fermé au  Théâtre de Poche à Bruxelles, ces « Héroïdes » font preuve d’un engagement incandescent, d’une vitalité héroïque, par moments, franchement insolente.

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Elles sont inspirées des Héroïdes d’Ovide, une série de lettres imaginaires adressées par des héroïnes mythologiques à leurs amants absents ou disparus et tellement assoiffés de gloire.  On les voit défiler :  Ariane, Pénélope, Médée, Hypsipyle, Déjanire, Hélène, Didon… Mais il en est fait de leurs supplications figées dans la tradition. Par le jeu, le mime, la danse, la musique, la voix, le spectacle opère une transmutation lumineuse des mythes revisités. Place à la parole chorale qui se redresse, qui danse, qui revendique, qui exulte.

La réécriture fait éclater la solitude originelle du texte d’Ovide, pour en faire une expérience collective nouvelle, des rencontres bourrées de complicité. Les monologues originaux, enfermés dans l’attente stérile et délétère, deviennent un chant choral radieux, parlé ou chanté, une agora, un espace politique et sensible où la voix gronde, circule, se partage, se renforce et s’enflamme.

 

La mise à feu: une flamme. …Et tout commence. Au tout début, les mots sont absents. Il y a juste des corps féminins qui veillent autour d’une flamme.

Celle du foyer ?

Celle des Vestales ?

Celle d’Olympie ?

Ou celle d’un nouveau jeu ?

Le mystère de la transmission s’avance. Une symphonie de syllabes inconnues s’élève, rythmée presque comme un chant de guerre, ou plutôt de victoire.  On le sent tout de suite : si les Amazones furent des femmes libres, ces héroïnes deviennent des femmes souveraines, habitées par la joie. Jeans, paillettes, immenses voiles fluides sculptant les corps et l’espace : chaque interprète est partie intégrante d’une mosaïque mouvante, organique, presque rituelle. L’esthétique jaillit et atteint cet endroit secret où siège notre idéal de Beauté.

Effet de catharsis.

Elles sont six. Six comédiennes-musiciennes aux voix puissantes, profondes, lyriques et étonnamment libres. Danseuses fières de leur sexe. Elles incarnent  Ariane, larguée par Thésée sur une île comme une vulgaire canette. Hélène de Troie, sacrée la plus belle au monde qui  fait un burn-out. Vient Déjanire qui se venge vicieusement, d’ Hercule . Là, le spectacle vaut son pesant d’or. La salle se gondole de rire. C’est une revanche jouissive. Combien ne se vantent-ils pas d’être des demi-dieux ? On attend leur chute avec impatience. Didon, fondatrice, et reine de Carthage, abandonnée par Enée découpe sa vie. On découvre Hypsipile, quittée elle aussi. Médée raconte ses trahisons. En surimpression, quelques textes contemporains. Voilà Niki de Saint-Phalle qui maquille l’Antiquité. La mise en scène de ce ballet ensorcelant est subtile. Sous nos yeux, les héroïnes ne cessent de se métamorphoser tandis qu’un fil invisible relie en continu la femme de l’Antiquité à celle d’aujourd’hui.

 Des femmes humiliées, abandonnées, reléguées en bas de page prennent le micro. Dans cette odyssée de l’attente, on voyage du drame à la comédie pure, du lyrisme au chœur parlé, elles osent tout.

La musique semble improvisée, mêlant pulsations tribales, accents baroques, dramaturgie classique et éclaboussures pop. On saute du show télévisé à la comédie musicale, de la confidence intime à la satire mordante. Parfois, l’humour ira puiser dans la férocité. Mais ce qu’on préfère, ce sont toutes les vibrations profondes des chœurs antiques face à la mer.  

La condition de femmes abandonnées est jetée sur le rivage comme un vêtement troué. Les lettres aux amants absents sont devenues affirmation d’une existence propre, puissante, lumineuse.

Le tout enveloppé par l’art poétique. Il y a là les ingrédients d’un opéra. Toutes femmes dehors. C’est à la fois léger et grave. Le chant vibre de toutes ses forces et touche au plus profond. Et tout cela est franchement jubilatoire : On rit des jeux de mots. On frissonne. On célèbre la vie. C’est généreux et drôle. Là où il était question d’abandon et de trahison, voici la lumière. Ainsi, la parole a gagné.

Hier, c’était la dernière au Théâtre de Poche. La salle était comble et levée pour une dernière ovation, tellement méritée. Mais on le sait maintenant : elles reviendront la saison prochaine pour les 75 ans du Poche et  au Centre Culturel d’Uccle du 30 mars au 3 avril 2027. Écrivez cela sur vos tablettes.

Longue vie aux héroïnes et merci à elles. Pour la beauté, pour l’aboutissement de leur projet. Merci pour leur puissance évocatrice. Merci pour l’humour qui fait un bien fou.

.Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Production : Cie Bruta Flor

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Drôle de fête

Drôle de fête

 

L’accordéon bien solitaire faisait banquette

à la saint Jean, dans le village,

Au tempo des oiseaux

éparpillés dans les décors,

Les couples de colombes

s’abandonnaient à leur bonheur

Et les lampions volaient au vent

de couleurs estompées

 

Drôle de fête au fond des têtes,

Changeons de vie ou bien d’envies

 

Où sont parties les amourettes

sous les tonnelles et les grands saules,

C’est le temps des i phones

de l’IA et du Rap,

L’amour au net, télé travail,

Les sentiments dans la machine,

Les mots en vrac, sans orthographe,

Nous sommes des robots

 

Drôle de fête au fond des têtes,

Changeons de vie ou bien d’envies

 

Où sont parties nos douces âmes,

dans les ordis artificiels

Et au marché Biron,*

tu retrouves la chanson,

de mots, de sons et de bonheur

 

Drôle de fête au fond des têtes,

Changeons de vie ou bien d’envies,

 

C’est une boîte à musique

d’où sort un coulpe amoureux,

Il est suivi par des milliers

 

 

le 10-2-2026

 

 

 

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administrateur théâtres

Top! Secret.s Au théâtre des Galeries

 
Secret.s C’est Top!

Et Bienvenue en Absurdie !

La base d’une comédie, dites-moi, n’est-elle pas d’embarquer des êtres parfaitement ordinaires, dans une situation qu’ils n’auraient jamais, au grand jamais, dû vivre ? Eh bien nous y sommes. En plein dedans. En creux, en bosses, et en éclats. Surtout… de rires, incontrôlables !  Secrets d’histoire? Secret story? Bruxelles Secrète? Rien de tout cela.

Les trois coups. Un fracas. Pas de portes qui claquent, une porte qui résiste, de toutes ses forces, et la peur qui se répand dans la salle, à cause du bruit.

Dès l’ouverture, le suspense. Un seul homme face à nous. Fabien. Il ne nous supplie pas d’ouvrir nos cœurs. Il nous intime presque l’ordre inverse : fermez la porte. Au propre comme au figuré. Aux vendeurs d’aspirateurs, certes, mais surtout, figurez-vous, aux amis. Aux vrais. Ceux qui débarquent avec un Secret.

Un? Secret.s. Tel est le titre de la pièce, une œuvre caustique écrite par Sébastien Blanc, mise en scène avec brio par Alexis Goslain. On sursaute. Depuis quand l’ami n’est-il plus cette oreille hospitalière où viennent se déposer nos tempêtes intérieures ? Depuis quand faut-il se méfier du trait d’union qu’est la confidence ?

Et pourtant… plus la pièce avance, plus le doute s’installe. Et si ouvrir la porte, c’était accepter d’être lesté d’un poids qui n’est pas le nôtre ?  Et si l’amitié, parfois, était un transfert de gravité qui vous met carrément au tapis ?

Le jeu de Denis Carpentier dans le rôle de Fabien est d’une justesse rare. Millimétré, vibrant. Chaque réplique semble précédée d’une écoute intense de l’autre. Il ne joue pas : il perçoit. Tout son corps trahit ses émotions. Et face à la tempête, il incarne une résistance admirable à l’aveuglement de la colère. Un modèle d’écoute malgré l’interdit qu’il s’est infligé ! On admire. On rit. On s’attache. À lui. Pas à ces intrus qui débarquent chez lui, des jumeaux incarnés par un magnifique Pierre Pigeolet. L’un est égoïste, vénal, superbe, menteur et manipulateur, lâche, c’est Éric. L’Autre, c’est l’autre, Jérôme. Pas celui « qui a tout pris » !

En filigrane, certains percevront toute l’humaine problématique de la gémellité et la complexité des relations entre jumeaux. Nous glissons peu à peu vers une plongée vertigineuse dans l’Absurde. Dans le monde étonnamment hostile de deux frères jumeaux qui s’adorent et se détestent plus encore. Romulus et Remus, à la conquête de Rome ?

Un Absurde à la fois tendre et cruel, où le rire surgit, c’est vraiment surréaliste, là où l’on sent poindre l’ombre du tragique. Un peu comme dans le théâtre de Pinter ?

Pierre Pigeolet démultiplie les apparitions, les couleurs, les tensions, les bascules, les retournements. Il est éblouissant. Sainte Juliette, priez pour nous ! Saint Charles, plantez vos grains de moutarde ! Comprenne qui pourra !

Les deux acteurs composent une partition rock-ambulesque. Oui, marchant au bord du précipice avec un éternel sourire de connivence avec la salle, ils nous entraînent avec leurs péripéties successives dans une énergie couleur Hitchcock.

 Cependant que, fuse dans la salle, un feu nourri de salves d’éclats de rire, spontanés, sonores et tellement salvateurs. Ils ont enflammé la scène.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 “Secret.s” de Sébastien Blanc

Mise en scène : Alexis Goslain​

Scénographie : Francesco Deleo

Costumes : Sophie Malacord 

​​Lumières : Félicien Van Kriekinge

Musique : Laurent Beumier 

Du 18 février au 15 mars 2026, au théâtre Royal des Galeries

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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"L'usage du monde"

Disparition de Nicolas Bouvier , le 17 février 1998.

"L'usage du monde" , son premier livre, écrit à compte d'auteur et ayant connu un succès croissant et continu , est devenu la bible des voyageurs.

Parti seul de Genève , en "Topolino" , il rejoint son ami photographe, Thierry Vernet, à Belgrade et, en sa compagnie, il poursuit sa route jusqu'en Afganistan, au gré des rencontres ,des circonstances, des besoins d'argent, de leurs envies...

Entre "Le voyageur contemplant la mer de nuages" de Capar David Freidrich , "La croisière jaune"  , la Méditation et la rencontre improbable , tel était Nicolas Bouvier. Ecrivain- voyageur dans la plus belle acceptation du terme : les découvertes, l'angoisse , la peur, les larmes, l'humilité et le savoir.

Il avait une prédilection pour l'Orient, les détours, les confins, les lieux dépouillés qui permettent le mieux, disait-il, de s'affranchir, de s'appauvrir, s'éroder, s'user. " irrésistible dérive vers tout ce qui est fait de peu et qui, dit-il, se trouve entre presque rien et rien".

Ses photos, ses mots, ses descriptions, soignés,délicats, sophistiqués même;  " Exquis, émerveillé, fourbu , pérégriner ou cocasse  ", les mots de Nicolas Bouvier malgré l'angoisse , le malaise, la désorientation." Ici, un pas vers le moins est un pas vers le mieux (...) Voyager c'est aller vers le peu" (...) " Trop de rien qui mêne au fantastique et à l'allucination" (...).  " Le  dehors guérit", disait R.L.Stevenson et, pourtant,." la vision d'une porte de chêne encastrée dans le mur contre laquelle un homme s'appuie et qui tourne en silence , l'enfermant dans une nuit inconnue" ("Une amitié littéraire" R.L. Stevenson par Henri Jame). L'enfermement   lui aussi.

Contrairement à Anne-marie Jaton qui , dit-elle, "détruit l'icône de l'écrivain de voyage pour observer jusque dans la fatigue ou la maladie, les fulgurances où une oeuvre se révèle en sa vérité : celle d'une aventure poétique " , je pense que l'écrivain de voyage est aussi cette oeuvre. Nicolas Bouvier, rentrant "émerveillé et fourbu" de ces voyages initiatiques, tout au long de sa vie . " Ispahan,  c'est vraiment l'émerveillement qu'on nous en promettait"ou ""Et moi je suis resté/suis resté longtemps là : les bottes bien ancrées dans le limon doré/ rôdeur ensorcelé/ trop ébloui pour oser faire un pas " (Mahabad ).

"Le dehors et le dedans" recueil  de ses poèmes, édité juste avant sa disparition. Quarante-quatre poèmes, quarante-quatre pages. L'avant-dernier "La dernière douane" me touche particulièrement  : " Depuis que le silence / n'est plus le père de la musique /  depuis que la parole a fini d'avouer / qu'elle ne nous conduit qu'au silence / les gouttières pleurent / il fait noir et il pleut.                                                                                                                                                                                                                                                                                Dans l'oubli des noms et des souvenirs / il reste quelque chose à dire / entre cette pluie et Celle qu'on attend/  entre le sarcasme et le testament / entre les trois coups de l'horloge / et les dix battements de sang /                                                                                                                                                                                                                                                        Mais par où commencer / depuis que le midi du pré / refuse de dire pourquoi  / nous ne comprenons la simplicité / que quand notre coeur se brise".

 

"L'usage du monde " - "Chroniques japonaises" - "Le poisson-scorpion" - "Journal d"Aran et d'autres lieux" - Payot.

Toutes les oeuvres de Nicolas Bouvier chez Metropolis et  Zoé  ( Genève).                                                                                                                                                                                 Bibliographie complète dans "Nicolas Bouvier - Paroles du monde, du secret et de l'ombre" (Anne-Marie Jaton)

"Le hibou et la baleine' -Film  / " Nicolas Bouvier le vent des mots" DVD.

                                 "...si demain quelqu'un s'inquiète de notre ami d'au-delà des mers, dites que, déposant ses sandales, il est rentré chez lui, pieds nus" .                                                                                                                                                                                       (à la mémoire du bonse Eisen, mort en Chine, en l'an 830).

 

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administrateur théâtres

MERCi! Pour le Rire! C'est au théâtre Le Public

Spectacles

Merci! Bruel… Brassens… et les autres!

Merci! …Une hygiène de l’âme

« Faut-il,
Ou non,
Inviter Patrick Bruel au spectacle « Merci ! » donné au Théâtre Le Public et concocté par ces trois magnifiques saltimbanques que sont Laurence Vielle, Magali Pinglaut, et l’extraordinaire Pietro Pizzuti?

« On passe sa vie à dire merci
Merci à qui, à quoi ? »

Pour Bruel, la gratitude polie, forcée ou dénuée de sens, est captée comme indésirable dans sa chanson poignante « Qui a le droit ? », dédiée aux « enfants à qui l’on ment ». Moment clé de chacun de ses concerts. Silence dense. Poings serrés. La chanson dénonce l’hypocrisie détestable des adultes qui dictent règles et croyances tout en trahissant, abandonnant parfois. Alors… ?

Alors, ce spectacle, donné dans la petite salle du Public, comment va-t-on faire pour y adhérer, s’y abandonner, ou y glisser notre timide grain de sel comme les comédiens nous y invitent finement ?

Ils répondent en chœur et les yeux brillants :  Oui, qu’il vienne ! Question de célébrer la bienveillance, l’humilité, la joie de vivre. Ils nous invitent à une danse de l’âme. Un moment de grâce.

Ils entrent sans fracas. Ils parlent comme on cherche. Ils doutent à voix haute. Leur « labo de transition intérieure » n’a rien d’un laboratoire prétentieux. C’est un atelier de respiration.  Ils prennent le mot Gratitude et le déposent au centre, comme un objet. Ils le tournent. L’examinent.

Nous voilà embarqués en altitude. Ils s’activent, débattent, expérimentent. Ce n’est ni conférence compassée, ni sermon moral. C’est une joute vive, un cabaret philosophique explosif, une dissertation joyeuse et incarnée sur les vertus de la gratitude. Eh non, Gratitude ne rime pas avec lassitude ou servitude. Elle claque comme une étincelle qui allume la lumière. Elle ouvre un espace. Elle oblige à regarder autrement. Gratitude comme résistance douce. Comme choix. Comme posture politique ? Pourquoi pas… Car dire merci, ce n’est pas se soumettre quoi qu’en dise Riccardo Petrella. C’est reconnaître. C’est relier. C’est affirmer que quelque chose, quelque part, a fait du bien, et que cela compte de façon illimitée. « Seul l’argent, clôt » entend-on dire.

 La Gratitude est un ressenti qui participe à la Joie et à la paix.  Pour avoir visité le cimetière d’Arromanches dix fois, silencieusement, on se sent profondément remué à cette évocation, et reconnaissant pour les 80 ans de paix, rendus possible par milliers de jeunes soldats morts sur nos côtes en 44.  

La scène devient agora. Les exemples s’empilent : des philosophes antiques aux économistes contemporains. Psychanalystes, chercheurs en neurosciences : on cite, on détourne, on rit. On se taquine. Le public savoure.

L’inimitable Laurence Vielle, solaire, insuffle le rythme d’une parole poétique qui déplace les évidences.Elle dépose les mots comme des graines. Magali Pinglaut, précise et pétillante, questionne sans relâche les angles morts. Le bondissant Pietro Pizzuti, dans son ardeur, tisse les fils et embrase le débat d’une vibrante intensité. Et bouge, comme une flamme, pour nous faire bouger…

 Les comédiens ne cherchent pas à convaincre. Ils cherchent à faire vibrer. À faire réfléchir sans alourdir. À ouvrir une brèche. La gratitude n’était pas un automatisme acquis, murmuré entre deux portes, mais un acte conscient. Un levier d’humanisme nouveau ?

Dans un monde saturé de revendications, de ressentiments, de colères légitimes et de fractures, ces trois-là osent poser une question presque subversive : que faisons-nous de ce qui nous a été donné ? Ce n’est nullement naïf ni mièvre, c’est vivant et audacieux. Impertinent?

Ils n’ignorent rien des injustices ni des blessures : de celle de celui qui a traversé les océans en quête d’un peu de vie digne, à celle du prisonnier qui s’aperçoit de la liberté inestimable de pouvoir écrire sur un papier…  Mais ils proposent une autre énergie. Une énergie de construction. Une plénitude en mouvement.

Inviter Patrick Bruel, certes. Mais surtout, faut-il aussi inviter nos propres résistances, nos ironies faciles, notre cynisme confortable, notre indifférence.

Dans l’intimité chaleureuse de la petite salle du Public, on se sent secoué… avec douceur. Prêts à flotter parmi le chant des baleines dans un nouveau matin du monde.   Et l’on se surprend à murmurer, non par politesse, mais par franche conviction : Merci.

Ça me rappelle aussi une chanson ancienne: Elle est à toi, cette chanson… toi l’étranger qui sans façons… Georges Brassens.

 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 

À voir jusqu’au 28/02/26 https://www.theatrelepublic.be/merci

🎟 Tickets : https://www.theatrelepublic.be/merci

📷 Photos : Gaël Maleux

 

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Herbes folles

"Les herbes folles

Sous la foule molle

Evitent les passages

D'où à lâge

Laissent des traces

Sans nulle glace

Car ici aux couleurs

Les ans ont du bonheur

De ces verdures

Plaines de nature

Et sans nul doute de cultures

Dons nous avons devoir de préserver

Toutes les contrées planétaires ; aimer"

 

 

Ecriture prompte

ED

01

02

2026

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Abandon

Abandon

 

Lorsque la nuit revient,

tu marches sur les étoiles

pour enfin te trouver,

 

tu es le funambule

qui glisse sur la toile

de ton âme égarée,

 

tu trouves sur le chemin

des étagères froissées,

emplies de tes mémoires,

 

tes yeux se tendent au loin

et touchent le sacré,

enveloppant ta peau,

 

tu entends tout ce bruit

frapper derrière la porte,

sombrant vers le néant,

 

alors tu t'abandonnes

au reflet du regard,

encombrant ton destin

 

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"L'usine"

C'était en 2019... !  

Dans le style de W. Turner.

 

Ne faire qu'un trait, l'horizon, peindre le fond du ciel en 3 couleurs.

 

Ranger le pinceau et adoucir les nuances avec les doigts.

 

Poser les bâtiments, vite en quelques coups de pinceaux précis, sans trop chercher les détails.

 

Se laisser s'ennivrer de musique douce et de couleurs tendres, puis tracer les mâts, pour équilibrer la masse des proues des navires ayant franchi le fragile équilibre entre la ligne d'horizon, et la ligne de terre.

 

Les oiseaux de mer sont les derniers à se poser sur la toile.... A suivre.

 

Acrylique sur toi le de lin - 60X40

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