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Seventh Heaven… at Classissimo!

37 degrés à l’ombre ? Au Théâtre Royal du Parc, on a trouvé mieux que des ventilateurs. Classissimo y fête ses vingt ans. La Musique, le plus beau des remèdes, à la canicule !

Du 5 au 11 août, Classissimo vous convie à sept soirées thématiques qui invitent au voyage. Sous l’impulsion de son directeur artistique, le flûtiste Marc Grauwels, le festival reste fidèle à l’esprit de son fondateur, Georges Dumortier : faire de la musique classique une fête ouverte à tous, chaleureuse, accessible et résolument vivante.

Dans ce festival bruxellois, la mise en avant de la jeunesse est primordiale : fidèle à l’esprit des « Jeunes Solistes », le festival offre une vitrine majeure aux jeunes virtuoses belges et internationaux, qui partagent la scène avec des musiciens confirmés.

En effet, point de hiérarchie entre les grands maîtres et les jeunes interprètes. La transmission est le véritable fil rouge du festival. Les artistes se rencontrent, dialoguent, partagent la scène avec une générosité qui rappelle que la musique de chambre est d’abord un art de l’écoute. Chaque concert est un temps de conversation vivante où les instruments vont respirer ensemble. La transmission est une réalité palpable qui se joue sous les yeux du public, dans la complicité des regards, des souffles et des archets.

Place aux croisements insolites, l’essence de la créativité. Et une programmation sans frontières ; Mozart, Gounod, Brahms, Verdi, Bizet et Carl Orff côtoient Astor Piazzolla. Le baroque français dialogue avec les musiques d’Espagne et d’Amérique latine. Un Sonico Quintet fait vibrer le tango, tandis que le glassharmonica, le cymbalum ou les castagnettes apporteront des couleurs originales et envoûtantes.

Tout cela dans un de nos lieux préférés de la scène bruxelloise : le théâtre à l’italienne du Théâtre Royal du Parc, avec sa belle acoustique et le charme désuet du velours rouge pour que chaque concert devienne une parenthèse hors du temps. 19e, 20e, 21e siècles ? Who knows! On s’y retrouve pour écouter, s’émerveiller, respirer… se rafraîchir le cœur et les méninges.

À quinze euros en prévente, gratuit pour les moins de dix-huit ans et les étudiants, Classissimo prouve qu’un festival d’excellence se doit d’être un festival de partage :

« …la Musique est un bien commun.

Georges, ce festival est le tien. Que les notes qui résonneront cette semaine s’élèvent vers toi en un infini remerciement. Nous poursuivrons ton œuvre avec la même passion. »

 

J1. Ouverture : Grand concert réunissant toutes les générations autour de Mozart, Gounod et des puissants Carmina Burana de Carl Orff.

J2. Baroque français, Élégance en diable. Une soirée intimiste dédiée au grand répertoire historique francophone.

J3. Le Soleil du Sud : Un voyage musical passionnant naviguant entre l’Espagne et l’Amérique latine.

J4. Musique de chambre : Œuvres de Mozart et Brahms portées par Valère Burnon (récent lauréat belge du Concours Reine Élisabeth) flanqué de jeunes virtuoses.

J5. Nuit à l’Opéra : Extraits célèbres de Verdi, Bizet ou Weber, sublimés par la participation insolite de 21 flûtistes.

J6. Tango : Une immersion vibrante dans l’univers d’Astor Piazzolla grâce au groupe spécialisé Sonico Quintet.

J7. Clôture : Un final envoûtant mariant l’orchestre de chambre aux sonorités magiques du glassharmonica.

Day 7 ? …Go to Heaven !

Du mercredi 5 août 2026 au mardi 11 août 2026, les concerts ont lieu chaque soir à 20h00 au Théâtre Royal du Parc

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Tarifs et Infos Pratiques 2026

  • Gratuité totale : L’accès est entièrement gratuit pour les moins de 18 ans et les étudiants (sur présentation d’un justificatif), une mesure forte pour inciter la jeunesse à pousser la porte du théâtre.
  • Tarifs adultes : Le billet est fixé à 15 € en prévente (18 € sur place). Un Pass Festival complet pour les 7 soirées est proposé à 68 €.
  • Horaires : Ouverture des portes du théâtre à 19h30, début des représentations à 20h00 précises.

https://www.classissimo.brussels/fr/about?

 

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administrateur théâtres

 Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville

A Midsummer Night’s Dream à L’Abbaye

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, en version XXI siècle

Du théâtre éblouissant pour célébrer les quarante ans des productions estivales de  Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville. Si l’on en croit Patrick de Longrée, ce sont plus de 750. 000 spectateurs qui auront franchi les portes du site au terme de ces quatre décennies.

Quelle richesse d’imagination ! Des déluges de fleurs et de verdure envahissent les costumes des artistes autant que les ruines de l’abbaye. De quoi faire éclore une splendeur visuelle et poétique à couper le souffle. À cela s’ajoute un étonnant brassage d’époques et de styles, porté par un rythme effréné qui laisse le spectateur abasourdi… et admiratif. Thierry Debroux signe ici une mise en scène qui ressemble à un véritable feu d’artifice théâtral.

Tout commence dans l’Athènes antique, où le duc Thésée s’apprête à épouser Hippolyta, reine des Amazones. Drapée dans un voile qu’elle refuse obstinément de soulever, la souveraine paraît bien peu disposée aux élans amoureux, tandis qu’une immense table de noces attend déjà les convives.  

Parmi eux, Égée, père de la pétillante Hermia, interprétée par une exquise Mathilde Daffé. Celle-ci aime Lysandre (Nathan Fourquet-Dubart), mais refuse obstinément le mariage avec Démétrius que son père voudrait lui imposer.  Pour l’heure, Démétrius ne jure que par la ravissante Hermia et repousse avec une froideur désarmante les avances passionnées d’Héléna, la meilleure amie de cette dernière. Il n’en faut pas davantage pour mettre le feu aux cœurs…

La suite se joue en pleine nature, dans les mystères d’une forêt profonde où serpentent des ruisseaux, où chantent les oiseaux et où les grottes de verdure deviennent les complices des égarements amoureux. Difficile de détacher son regard du berceau de feuillages où s’est endormie la belle Titania.

C’est là que règne Titania, souveraine des fées, convoitée par Obéron, roi des elfes, assisté de son irrésistible lutin, Puck, esprit malicieux, farceur et drolatique. Bien sûr, les fées et les elfes adorent se jouer des humains et de leurs maladresses. Elles manipulent les passions avec un plaisir gourmand. Mais voilà le fidèle Puck qui s’embrouille dans la mission que lui a donnée Obéron.

Love at first sight? Tout dépendra, cette fois… des interventions pharmacologiques des enchanteurs ! Il suffira d’une seule nuit dans cette forêt pour que les lois des hommes s’effacent devant celles de la magie, du désir et de l’imaginaire. À mesure que les heures s’écoulent, les certitudes s’effacent. Le rêve devient réalité, tandis que la réalité emprunte les chemins de l’inconnu.

Secouez le tout, ajoutez le suc d’une fleur blanche magique, quelques poursuites folles, des quiproquos à n’en plus finir, des passions qui se croisent et se décroisent… Vous obtenez la partie la plus enchanteresse de ce spectacle que l’on prolongerait volontiers jusqu’au petit matin. Ainsi, le merveilleux ne cesse de tenir le public en haleine. La mise en scène inventive, les décors fantastiques et les éclairages féeriques composent un univers qui vous imbibe littéralement de bonheur.

Au fil du spectacle surgissent des surprises, comme autant de gourmandises. Soudain éclatent des voix amplifiées, des jeux de lumière spectaculaires et d’irrésistibles morceaux de rock. Le micro devient le cordon ombilical qui relie Shakespeare à notre XXIᵉ siècle. Il conclut les scènes, révèle les états d’âme à l’aide de pépites rocambolesques, ouvrant les yeux du cœur… autant que ceux de la mémoire.

Et il y a ce majestueux bar à cocktails pour accueillir le public dès le début du spectacle, éclatant de liqueurs multicolores, comme dans L’Écume des jours. Un DJ fascinant y règne en maître, récoltant d’entrée de jeu, avec la chanteuse, de vigoureuses salves d’applaudissements. C’est que Denis Carpentiera a de l’énergie à revendre, qu’il soit formidable Philostrate ou le Puck magnétique, cœur de rocker et âme de bateleur !

Il se fait que la plupart des comédiens se métamorphosent au fil de la représentation, incarnant avec une réjouissante virtuosité deux personnages différents. Shakespeare jubilerait devant un tel brouillage des pistes.

Ainsi, la rayonnante Perrine Delers interprète aussi bien Hippolyta que Titania, aux côtés d’Emmanuel Dell’Erba, tour à tour Thésée et ObéronLili Sorgeloos prête ses traits à Héléna comme à Fleur de PoisAntoine Minne passe avec aisance de Démétrius à L’ÉtriquéJonas Jans devient successivement Meurt-de-Faim et Grain de MoutardeJean-François Roussillon compose à la fois Égée et Lecoing, tandis que Charlotte De Halleux incarne la Fée ainsi que Toile d’Araignée. Soit dit en passant, les seuls noms de ces personnages provoquent déjà des éclats de rire.

Or donc, les chassés-croisés amoureux flirtent avec le surréalisme ; les batailles sentimentales font rage, on en vient aux mains, le cœur cogne, les têtes rebondissent ; les enchantements semblent suspendus comme autant de guirlandes que le Destin aurait accrochées aux branches des buissons, ainsi que d’inextricables fils de la vierge ! Les esprits se brouillent, les cœurs aussi, et le réel perd toutes ses plumes. C’est une véritable jubilation pour le public, si finement éclaboussé de joyeux anachronismes, la griffe de Thierry Debroux.

Shakespeare n’oublie pourtant pas son petit peuple. Charpentiers, tisserands, menuisiers et ouvriers rêvent eux aussi de briller devant les nobles en interprétant la tragédie de Pyrame et Thisbé. Une histoire revue par Ovide et peinte sur des vases grecs.

Bottom, admirablement manœuvré par Thierry Janssen, et sa cohorte d’artisans offrent alors une longue parenthèse burlesque. Mâchoires grinçantes, cabrioles, masques grotesques, farces volontairement outrées organisent un théâtre dans le théâtre, totalement parodique, qui fera rire une bonne partie du public. Les grimaces absurdes du Destin ?  Sacré bémol pour certains.

Pour ma part, j’ai trouvé le contrepoint un peu lourd, trop au détriment de la poésie du rêve. Le contraste est sans doute voulu : rappeler que derrière la comédie sommeille toujours la tragédie et que la passion peut parfois… tuer aveuglément. Parole de lion.

Je serais volontiers restée plus longtemps sous le charme des philtres, des fées et des clairières enchantées, de tout ce qui nourrit depuis toujours nos contes et notre littérature. Même avec un âne dans les bras, à qui l’on vient murmurer les plus tendres serments.

Mais sous la douceur de cette lune souveraine, reine de ce spectacle cette année à Villers-la-Ville, Shakespeare fait fleurir les pierres, danser les ombres et nous fait croire, le temps d’un songe, que les fées n’ont peut-être jamais quitté nos forêts. D’ailleurs Puck, le malicieux lutin, nous prévient : cette histoire, comme la vie, n’est qu’un songe fragile. « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les songes » …murmure Prospero dans The Tempest.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

L’ÉQUIPE DE RÉALISATION

Mise en scène : THIERRY DEBROUX

Avec DENIS CARPENTIER, MATHILDE DAFFEPERRINE DELERSEMMANUEL DELL’ERBACHARLOTTE DE HALLEUXNATHAN FOURQUET-DUBARTTHIERRY JANSSENJONAS JANSANTOINE MINNEJEAN-FRANÇOIS ROSSIONLILI SORGELOOSOCÉA GONELMATHILDE LAULIER

Costumes : BÉA PENDESINI – Scénographie : PATRICK de LONGRÉE – Éclairages : CHRISTIAN STÉNUIT – Chorégraphies : EMMANUELLE LAMBERTS – Maquillages : WENDY WILLEMS – Décor sonore : LOÏC MAGOTTEAUX – Assistant à la mise en scène : JONAS JANS

Produit à Villers par PATRICK de LONGRÉE et RINUS VANELSLANDER

Une coproduction de DEL DIFFUSION VILLERS et du THÉÂTRE ROYAL DU PARC

Prolongation jusqu’au 14 août 2026

 

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Le bord du monde.

"...Le bout du monde, le bord du monde, c'est donc en dedans qu'il faut aller le chercher.  Dans l'isolat, dans la langue dont on ne connaît pas le filiation . Dans le verbe dont on ignore l'origine puisqu'il est l'origine même.

aller jusqu'à l'extrême,

écrit Roberto Juarroz,

c'est rester sans lieu,

parce que l'extrême n'est pas un lieu,

au-delà il n'y a pas d'espace

et quiconque est allé jusqu'à l'extrême

ne peut plus reculer.

Aller jusqu'à l'extrême précisément consiste

à découvrir l'impossibilité du retour.

L'impossibilité, je le comprends ici à Puerto Williams, est mon ailleurs définitif ".

"Patagonie intérieure" -  Lorette Nobécourt .

(Grasset 2013 ).

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TU NE PORTERAS PAS DE FAUX TEMOIGNAGES

 

C’est-à-dire, « n’utilise pas la parole pour faire souffrir l’autre »

 

Et pourtant sur le mur auquel il tournait le dos, il y avait des dessins de ses enfants, avec des mots pleins d'amour pour leur papa.

« Lisez le procès-verbal et signez ici s’il vous plaît. »

Je pris le stylo, je parcouru la feuille qu’il me demandait de lire au préalable, et puis je m'exclamai " de toute façon je l'aimerai toujours ! car c’est une femme agréable, dont le sourire n’est pas accroché à un porte-manteau, son sourire, c’est une promesse ! et son cœur bat dans ma poitrine avec tous les cœurs de ceux que j’aime.  

Et par ailleurs, mais je ne vous apprends rien, qu’il n’y a que les criminels pour se doter d’un alibi »

Alors, il me regarda avec des yeux pleins d’interrogations, pleins d’incrédulité, à l’écoute de ces paroles excessives.

Dehors j'ai pensé aux dessins d'enfants et aux mots d’amour adressés au papa. Dessins pleins de naïveté, les enfants ne connaissent que leur parent.

Des dessins qui jurent dans un tel endroit où les sentences n’ont pas de cœur.

En face dans la cour de l'école, les enfants jouaient et lançaient leurs cris pleins de joie par-dessus les grillages.

Le vent soufflait nous étions en novembre, les feuilles voltigeaient autour de moi pour aller jaunir le trottoir.

J'ouvris ma voiture, je m'installai confortablement, serrai la ceinture, allumai mes phares, j’enclenchai prudemment la marche arrière, doucement j’appuyai sur l'accélérateur, j’opérai un demi-tour sur le parking de la gendarmerie, derrière les grillages des enfants me regardaient faire la manœuvre. Je mis le clignotant j'accélérai un peu sur la grande route. J’entendis la sirène de l'école sonnait la fin de la récréation. Et le grand brouhaha des enfants.

J’accélérais, il était 8h le temps était gris comme je l'aime, ma vitesse passa à 80 km heure. Dans 2h j'arriverai à la maison,

Je ne reviendrai plus au pays de Guillaume où règne désormais la vulgarité.

 

Lionel M.

 

« … Je connais bien leur cruauté ; en effet, ils veulent taire partout la vérité, parce qu’elle leur est désavantageuse. Ils souhaiteraient ne jamais l’entendre !( …) Vous ne les reconnaitrez certes pas à l’habit, les imposteurs, les traitres pleins de ruses : c’est leurs actions qu’il faut regarder. » Le Roman de la Rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

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administrateur théâtres

Kinky Boots : Everybody says Yeah!

Spectacles

Kinky Boots, la rencontre entre deux mondes

C’est George (Patrick Waleff), fidèle gardien et mémoire vivante de la maison Price & Sons, impeccable dans son costume old style, qui ouvre le bal. Un personnage d’une élégance désuète qui incarne à lui seul tout un monde industriel sur le point de disparaître. Top chrono, la comédie musicale démarre, certes, mais aussi une aventure qui sait parler aux yeux du cœur.  

Les chaussures ont toujours raconté notre histoire.

Depuis les cothurnes de l’Antiquité jusqu’aux bottes de sept lieues, du soulier de Cendrillon aux sabots d’Hélène, sans oublier mon affection parfaitement assumée pour les Crocs, elles portent nos rêves autant que nos blessures. Et les escarpins rouge vif, tout un programme parfaitement sexy.  Elles nous élèvent, nous protègent, nous transforment. Hélas, elles savent aussi devenir les terrifiants « bruits de bottes » qui jalonnent l’Histoire. Tout un symbole de notre fragilité humaine.

Ainsi, Kinky Boots va se déployer dans la grande cour du château du Karreveld, tandis que les perruches à collier, bavardes et jalouses de la musique semblent ne jamais vouloir aller se coucher. Le 28ᵉ Festival Bruxellons offre une adaptation française, surtitrée en néerlandais, d’une intensité remarquable. Une production généreuse, créative, portée par une troupe aux accents bilingues, totalement investie.

 Au commencement était Simon, l’enfant, amoureux déjà de l’objet fétiche en vernis rouge à talons hauts. Il rêvait en secret de s’élever pour échapper à une autorité paternelle cuisante.

Puis se dégage l’univers gris d’une vieille fabrique de chaussures anglaises increvables où explose soudain un feu d’artifice des sept couleurs. Nos préférées :  le jaune poussin, le vert émeraude, le bleu des mers du Sud, le parme et les cent nuances du rouge passion… Chaque tableau ressemble à une toile fauviste où les costumes dialoguent avec les lumières. Les high heels vertigineux se marient aux gants longs, pour dessiner une première chorégraphie flamboyante. L’heure est à la fête et les carrés blond platine, se métamorphoseront en cascades rutilantes, brillantes de vie et d’énergie, assorties de costumes… dignes de mousquetaires.  Enfin, le crescendo de paillettes s’emparera même de nos propres yeux : quelle contagion !  Une montée en puissance jubilatoire qui fait de cette soirée un réveillon de 31 décembre, déguisé en fête nationale. On rit. On applaudit. On jubile devant l’esthétique.  On oublie le quotidien. Le bonheur circule librement entre la scène et les gradins.  Toutefois, cette exubérance va tisser aussi une histoire beaucoup plus porteuse de sens.

À première vue, il ne s’agit que de sauver une entreprise familiale menacée de faillite grâce à un produit totalement inédit destiné à conquérir Milan. Pourtant, au fil des scènes, le spectacle aborde avec une rare intelligence des thèmes universels : la résilience, la difficulté d’exister dans l’ombre d’un père admiré, le respect de la différence, l’amour filial, la confiance retrouvée, l’amitié, le couple, Ah! L’excellente Lucie Hoellinger en Nicola. Mais par-dessus tout: l’acceptation de soi. On entend la voix d’Oscar Wilde nous souffler: « Be yourself ; everyone else is already taken. » Tout est là. Être soi-même, la chose la plus admirable. Et oser dire oui à ce qui vient en faisant éventuellement demi-tour. Le oui à la vie: « J’veux entendre des Yeah! »

These boots are made for walking… pour apprendre à marcher vers soi-même. 

Le formidable défi lancé à Don par Laura constitue une résolution aussi intelligente que bouleversante, où personne ne perd véritablement et où chacun grandit. La rencontre de deux mondes se produit lors d’un formidable coup de théâtre. C’est cette victoire profondément humaine qui vous laisse une trace indélébile. Son bataillon d’admiratrices vrombit autour d’elle: «Maisquelhomme, maisquelhomme!» Vive la ruche!

Et puis la distribution est remarquable.

Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature.  En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.  

Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage, de reprendre ses droits.

Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.  

Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.

L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges : Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgeois, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi et Pauline Arnout participent tous à donner chair à cette galerie de personnages avec une remarquable sincérité.

Kylian Campbell et Nicoline Hummel, à la mise en scène, maintiennent le plateau dans une vie bourdonnante. Ce foisonnement permanent donne une impression de vérité scénique très réjouissante.

Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont d’une redoutable efficacité. Énergiques, précises, explosives, elles sculptent chaque numéro avec une personnalité propre et entraînent toute la troupe dans un irrésistible mouvement collectif.

Sous la direction musicale de Laure Campion avec à la baguette Thomas Vanhauwaert, l’orchestre sur scène fait merveille. La partition de Cyndi Lauper conserve toute son énergie rock, son émotion et sa générosité. Les voix s’épanouissent dans un heureux  équilibre sonore  qui accompagne aussi bien les instants méditatifs les plus intimes, que les multiples explosions de joie.

Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine. Oui, Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux. Et Bruxelles lui a même ajouté …un supplément d’âme.  Que l’on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement qu’une seule chose : le courage d’être soi.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Kinky Boots: Musical de Harvey Fierstein et Cyndi Lauper

Avec Loïc Suberville, Vincent Heden, Maud Hanssens, Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgois, Frédéric Célini, Patrick Waleffe, Hélène KamersThomas Servranckx, Roland Bekkers, Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert, Douwe Debroux, Thimothée Charles Auffray, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi, Pauline Arnout, Teo Beets, Rémi Forrest et Senne Van Damme

Mise en scène: Nicoline Hummel, Kylian Campbell

Direction musicale: Laure Campion

Adaptation française: Stéphane Laporte

Chef d’orchestre: Thomas Vanhauwaert

Assistanat à la mise en scène: Clara Barlow

Direction polyphonie vocale: Sebastien Jurczys

Coach vocal: Kristel Lamerichs

Chorégraphie: Alexia Cuvelier & Kylian Campbell

Scénographie: Sylvianne Besson & Yves Hauwaert

Lumière: Kaye Laurent

Création des costumes: Béatrice Guilleaume

Créatrice maquillage & coiffures: Djennifer Merdjan

Ingénieurs son: Vincent DebongnieShiba Defrenne & Erik Loots

Photographe: Gael Maleux Photography Une production du Festival Bruxellons !

Info et réservations: www.bruxellons.be

 

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1950

Rien ne ressemblera à ce qui a été,
Les années ont effacé la mémoire,
Les rues sont désertes des pas qui ont marché,
Quelques vieux restés sont sortis de l'histoire !

Etonnés par la mort qui les guette dès lors,
Inspirent de belles voitures toxiques,
S'arcboutent sur de vieilles portes dehors ,
Scandent de vieilles musiques en mimiques !

Ils voient des gamins aux genoux ensanglantés,
Qui crient et tapent dans un ballon crevé,
Là, un jeune homme sur un vélo retapé,
Emmène sa "fille" et vont se promener !

Elle porte une robe chatoyante,
Rit aux éclats, ils vont bientôt se marier,
Demain est bien loin c'est aujourd'hui qui chante,
Rien ne ressemblera à ce qui a été !

GCM
Pensée du jour.11/7/2026

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Découverte

Je viens de découvrir , après au moins vingt ans, à la relecture du livre d'Alain Bosquet :"La mémoire et l'oubli " ,une phrase ,ou plutôt quelques mots consacrés à Max Elskamp...dans une lettre reçue de St -John Perse , par l'auteur :

"Perse me charge de lui envoyer quelques livres, parmi ceux que que je crois digne de sa lecture. Il m'écrit , fin 57 :" J'ai bien reçu votre choix de livres - retrouvé la voix d' Elskamp telle qu'il y a cinquante ans - approfondi ma vive sympathie pour Cioran et pour sa rare ubiquité d'esprit...N'oubliez pas , si vous en avez l'occasion, de transmettre une chaleureuse amitié de ma part à Michaux".

J'aimerais en découvrir plus...

Cette relecture " faisait suite" , en quelque sorte, à la lecture d'un livre assez touchant et combien différent :" Mort aux vaches !"  ( récits et portraits de Brassens à Soulages ) de Roger Pierre Turine. 

Les rencontres, les critiques., les avis, les époques..Ce qui distingue aussi les amitiés des relations .,..

Il y a  bien d'autres découvertes , certaines très attachantes comme la correspondance , des années durant, entre deux auteurs...lus , relus,admirés et/ou respectés ..Par exemple  ."Une amitié littéraire",  la correspondance entre R.L. Stevenson et Henri James...

" Si l'un de nous deux oublie l'autre, qu'il devienne étranger à jamais" , disait Stevenson.

Mais cela , c'est une autre histoire...

 

Alain Bosquet : "La mémoire et l'oubli"     Grasset 1990;

Roger Pierre Turine  : "Mort aux vaches ! "    ALENTOURS  Editions Tandem.

 

 

..

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Contemplez autour de vous ces trois visages,
Soyez assuré que derrière ces masques,
Le quotidien en fait son bon usage,
Vous envoie ses joies, ses peines, ses frasques !

Le joyeux, empli de rires aime danser,
Vous ouvre les bras sans aucune autre raison,
Que virevolter avec lui dans sa passion,
De n'être plus seul et vouloir tout partager !

Le triste porte la misère du monde,
Il est déjà vieux avant l'âge et se plaint,
Vous voit-il que déjà ses larmes abondent,
A vous conter son passé et futurs demains !

L'impassible est une énigme sournoise,
Que pense-t-il, est-il gêné ou ennuyé ?
Tel un voile qui flotte sur son visage,
Vous annonce que vous ne pourrez rien en tirer !

GCM
Pensée du jour.7/7/2026

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administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénarioFabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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administrateur théâtres

Avec Molière, une troupe qui nous ébaudit!

 

Spectacles

Le médecin malgré lui

Vous connaissiez ce Parc dans Bruxelles, qui évoque la culture… des pommes de terre ? Son nom est un hommage à celui qui les fit entrer dans l’Histoire : Antoine Parmentier. C’est là, sous ses grands arbres et au pied d’une vieille bâtisse religieuse, en plein dans un décor agreste que la Comédie Kapel a planté, pour quelques soirs d’été, ses lampions et son théâtre de verdure.

Et lorsque la chaleur du jour s’efface enfin, que les oiseaux cèdent peu à peu la place aux premiers éclats de rire, Molière prend possession des lieux.

Préparez-vous : il va pleuvoir des coups de bâton sur les maris buveurs, dévoyés et fainéants, les pères tyranniques et les faux savants.

L’an dernier déjà, cette joyeuse bande faisait chavirer le public avec un irrésistible Scapin. Nous n’avions qu’une envie : revenir. La promesse est tenue. La fête recommence, plus champêtre encore, sous des frondaisons où le théâtre retrouve peut-être sa vocation première : rassembler des inconnus autour d’une même histoire, au cœur d’une douce soirée d’été.

On pourrait appeler ces artistes les baladins de la mémoire. Car ils ne se contentent pas de jouer Molière : ils réveillent tout un héritage populaire. Entre la domestique qui s’enivre d’envolées lyriques puisées chez Gounod, et l’incomparable Lucas qui roule les “r” comme on laboure la terre, les discrètes allusions musicales qui ravissent les baby-boomers, et les galimatias pseudo-latins des médecins improvisés, « Le Médecin malgré lui » devient une véritable fête foraine du langage.

Écrite en 1666, juste après le succès d’estime mais les recettes décevantes du Misanthrope, cette comédie d’un genre populaire, permet à Molière de récupérer quelques pistoles sonnantes et trébuchantes pour payer sa troupe. Inspiré directement du vieux fabliau médiéval du Vilain Mire, Molière renoue avec la farce : ainsi, les bastonnades, les quiproquos, les personnages hilarants, les maris bernés, les femmes qui mènent le jeu, les bourgeois vénaux et les médecins dont le latin cache surtout une abyssale ignorance.

Mais le génie de Molière organise ces ingrédients de la veille de la Renaissance pour les transformer en une mécanique d’horlogerie où chaque réplique fait mouche. Derrière le rire, il fustige l’hypocrisie sociale, les rapports de domination et la crédulité humaine. Le bâton amuse mais les mots gracieux habillent la raillerie et la critique.

Benoît Strulus en Sganarelle s’y entend à merveille pour moquer les grands médecins de l’Antiquité, la théorie des humeurs, des saignées, des lavements et autres remèdes fantaisistes. Son faux médecin règne, chapeau vissé sur la tête, sur la science de l’époque aussi pompeuse qu’approximative. Écoutez-le savourer le mot « Mé-de-cins » en trois larges syllabes, comme s’il découvrait lui-même l’immensité de son nouveau savoir. Tout est juste, tout est savoureux.

Dès l’incipit, le ton est donné. Une lessive flotte au vent, culottes en étendard. Martine, jouée par l’admirable Colette Sodoyer, règle ses comptes avec son mari. Les reproches deviennent vengeance, la vengeance devient mascarade, et la machine infernale de la farce est lancée.

Femmes diaboliques et victorieuses ? Maris dupés ? Pères abusifs ? Culte du profit ? Peu importe finalement. Les véritables vainqueurs seront les amoureux, Léandre et Lucinde, qui trouveront enfin, grâce au plus improbable des médecins, le chemin de leur bonheur.

Les costumes d’époque virevoltent. Les comédiens surgissent des taillis comme des maraudeurs du verbe. Les domestiques se gaussent. Les femmes tiennent fermement la barre, et gare aux mains baladeuses ! L’exquise Jacqueline, nourrice chez Géronte et épouse de Lucas (Marc Deroy) insuffle sous les traits de Mathilde Mazabrard un entrain et une fraîcheur irrésistibles.

C’est Bernard Lefrancq qui campe le Géronte absolu, à la fois inquiet et imbu de lui-même. Affublé d’un costume et d’un bonnet qui rappellent celui du Malade imaginaire, il convoque des emportements et des postures dignes de Louis de Funès, qui se serait subrepticement échappé des Trente Glorieuses.

Face à lui, Anne-Isabelle Justens et Alexis Lejeune composent le couple d’amoureux complices et tellement gourmands de vie. La joie est dans le pré.

Chemin faisant, nos vieux cours d’histoire du théâtre français resurgissent, et l’ombre de ces anciennes farces françaises données sur les places du village. Celle du Cuvier par exemple, quand le théâtre se jouait avant tout pour faire rire le peuple. Et quelle aventure, entre limonade et bière, de retrouver cet esprit parfois grivois, aujourd’hui, le verre à la main, installés sur une chaise courte plutôt que longue, ou autour d’une table, tandis que le soleil décline doucement derrière les arbres.

Bref, ce qui touche, au fond, c’est l’engagement artistique de toute cette troupe, comme du temps de Jean-Baptiste Poquelin ? Les rires ont tôt fait de crépiter dans le champ fraîchement fauché pendant que le parfum de l’herbe se mêle à celui de cette langue ancienne si musicale qui semble avoir traversé les siècles sans périr. C’est que Molière, qui se plaît à épingler les vices de l’humanité, est vraiment éternel.

Le public, lui aussi acteur de la fête, répond aux sollicitations, s’étonne, applaudit, rit et glousse de plaisir. Et tant pis pour les blagues un peu épaisses. On les rangera en toute simplicité avec les épluchures …de pommes de terre.

Hélas, la météo caniculaire aura sans doute retenu chez eux quelques spectateurs. Dommage. Mais ceux qui étaient présents auront largement compensé leur moindre nombre par la chaleur et la vivacité de leurs applaudissements.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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administrateur théâtres

Big Mother, « la Chose » reviendra-t-elle?

Spectacles

 Au théâtre Le Public

La satire… n’est plus matière à rire

« Ils disent parler au nom du peuple mais s’en prennent aux piliers mêmes de la démocratie. Surtout, ils s’attaquent à tout ce qui pourrait les freiner : juges, médias, institutions internationales, universités… »
— Le Monde

Dans son thriller politique, Mélody Mourey confie être inquiète face au futur. « …Parce que je suis réaliste, mais je crois à notre capacité à changer les choses. »

Heureusement, le théâtre est là pour sensibiliser le public aux réalités que nous vivons déjà et aux enjeux qui nous attendent.

BIG MOTHER se joue actuellement au Théâtre Le Public et sera, on l’espère, prolongé la saison prochaine. Ce n’est pas un hasard. Rarement une satire politique aura frappé avec une telle puissance.

Rire de bon cœur de nos travers ? Non, dans cette pièce, on les voit se refermer sur nous comme un piège.

Toutes griffes dehors, cette œuvre brillante alerte, accuse et secoue le spectateur. Elle le met face à ce qu’il subodorait, sans vouloir vraiment y croire : plus rien n’est écrit dans la pierre, notre monde est devenu un lieu où la vérité est une matière volatile et malléable, où l’information se fabrique, où la surveillance se fait …consentie et où nos libertés s’érodent avec notre propre assentiment.

Nous les artistes anonymes
De la sculpture ou de la rime
Tenterons de vous la transcrire
Pour les siècles à venir
Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Rarement un spectacle aura laissé une salle dans un tel état d’épuisement nerveux. Pendant une heure et quarante, sans entracte, Big Mother ne nous accorde pas une seconde de répit. Les personnages courent, s’agitent, enquêtent, s’affrontent, s’effondrent. Les vérités éclatent avant d’être aussitôt ensevelies sous d’autres récits. Le spectacle, d’une densité à couper le souffle, hurle ses vérités à travers des personnages à bout de nerfs, dans un rythme dont on sort submergé et épuisé.

Oui. La violence épuise. Mais si j’avais encore mes grands élèves en charge, j’y courrais avec eux pour en débattre ensuite, comme nous le faisions jadis après An Inconvenient Truth ou All the President’s Men. Ils adoreraient la scénographie tournoyante d’écrans qui, intrus décrits par George Orwell, sont devenus dans notre XXI siècle une compagnie plus qu’utile : indispensable quoique parfois délétère. Ces hublots quadrangulaires, en mode cinéma ou en plans fixes, dessinent les multiples lieux de l’action. En outre, ils permettent une saisissante simultanéité des scènes, composant, paradoxe suprême, un ensemble presque esthétique. Déjà une supercherie. Car ce qui est beau finit souvent par ne plus nous inquiéter.

La musique, digne d’un thriller, accompagne le tout dans des couleurs de délire incandescent.

Autour de cette machinerie fascinante, les six acteurs accomplissent une véritable prouesse. En scène, un merveilleux sextuor : Itsik Elbaz, Salomé Crickx, Tiphanie Lefrançois, Jérémie Petrus, Laurence Oltuski et Nabil Missoumi. Tous jouent « la Chose » avec une conviction et un talent effréné, une précision et une énergie qui forcent l’admiration. Leur impressionnante galerie de personnages se déroule avec une virtuosité sidérante dans des Méta-morphoses nous offrant un miroir implacable de notre monde.

Un livre, on le referme pour reprendre une pause. Ici, impossible. Ce spectacle vous tient dans ses griffes.

On y retrouve, bien sûr, ce vieux principe qui accompagnait nos jeunes années : « Le poète a dit la vérité. Il doit être exécuté. » Et si ça s’appliquait maintenant aux journalistes ? Quelle engeance dangereuse clament tous nos néotyrans. Néanmoins, une banderole édifiante flotte sur le plateau « Killing the  journalist  won't kill the  story! » Une étincelle d’espoir.

Mais aujourd’hui, la machine infernale est plus perverse que jamais. Pour installer une dictature, nul besoin d’exécuter le poète. Il suffit de nous noyer sous un déluge d’informations. De rendre toute certitude impossible, d’annuler nos outils de vérification. De faire en sorte que plus personne ne sache distinguer le vrai du faux, du vraisemblable, du filtré, du fabriqué, du sur-mesure.

Dans Big Mother, Mélody Mourey pousse cette logique jusqu’à son terme avec un concept glaçant : la Totale Démocratie. Une démocratie qui promet avec un large sourire davantage de participation citoyenne grâce au Big Data… …mais qui organise, en réalité, notre consentement.

Nous croyons choisir. Nous sommes choisis.

Nous croyons décider. Nous sommes guidés.

Nous croyons être informés. Nous sommes profilés.

Nous croyons exercer notre liberté. Nous alimentons les algorithmes qui finiront par penser à notre place.

Sous les dehors rassurants d’une BIG MOTHER qui ne nous voudrait que du bien, nos perceptions s’émoussent. Nos indignations s’endorment. Notre vigilance s’efface. Et la réalité finit par nous échapper. Le plus glaçant n’est pas que quelqu’un nous surveille. Le plus glaçant est que nous ayons fini par offrir nous-mêmes toutes les clés… pour nous atteindre. La manipulation atteint alors son apogée alors que la démocratie représentative se meurt sous nos yeux, puisque notre regard est ailleurs.

Même la liberté perd son essence sacrée pour devenir une illusion soigneusement entretenue. Et où est donc passée la lumière ? Nous voilà prisonniers de la noire caverne. Platon en perdrait son grec !

De fait, notre monde est ainsi devenu pire que celui d’Orwell. Et nous découvrons que celui d’Huxley lui prête désormais main-forte. Le premier imaginait une dictature de la peur. Le second est une dictature du confort. Ainsi nous en venons à réussir l’impensable : faire cohabiter les deux.
…Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Alors, chers étudiants de mes jeunes années… Vous êtes aujourd’hui de jeunes parents. Vous souvenez-vous encore du Meilleur des mondes ? Vous souvenez-vous de 1984 ? Nous les lisions comme des romans d’anticipation, en forme d’avertissements nous conjurant d’être attentifs à toute tentation totalitaire. Cette pièce Big Mother (2023) sonne l’alarme. Et qui sait, le tocsin. Face à cette « Chose », il y a urgence citoyenne.

Et bravo à ces six artistes qui donnent tout : la voix, le corps, le souffle, l’intelligence, le rythme. Ils portent cette fable noire avec une générosité et une intensité rares. Car au-delà du thriller, de l’urgence, de l’effroi, de la violence, resurgit une vieille vérité. Celle que formulait déjà La Boétie : « C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être serf ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug. »

 Vous noterez que la véritable question que pose Big Mother n’est pas : Qui nous manipule ? Elle est infiniment plus dérangeante : Pourquoi acceptons-nous si volontiers de l’être ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

De : Mélody Mourey

– Mise en scène : Mélody Mourey

– Avec : Salomé Crickx, Itsik Elbaz, Tiphanie Lefrancois, Nabil Missoumi, Laurence Oltuski et Jérémie Petrus

– Scénographie : Olivier Prost

– Costumes : Bérengère Roland

– Costumière : Sarah Duvert

– Lumière : Arthur Gauvin

– Musique : Simon Meuret

– Vidéo : Edouard Granero, Laure Cohen, Emmanuelle Buchet

– assistés de : Clémentine Kosh

– Habillage : Eugénie Poste

– Régie : Geoffrey Leeman

– Assistanat régie : Junior Neptune

Du  12.05 au 04.07.26

➡ https://bit.ly/BigMotherTickets

 Photos : Gaël Maleux

https://www.theatrelepublic.be/big-mother

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Alicja Polechonska - Summer Flowers

ALICJA POLECHONSKA - SUMMER FLOWERS

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Au fil des toiles, coquelicots, marguerites, bleuets et autres fleurs des champs se déploient dans des compositions baignées de lumière. Les couleurs éclatantes dialoguent avec des nuances plus délicates, créant une atmosphère chaleureuse qui évoque les longues journées estivales et les paysages en pleine floraison. La diversité des techniques enrichit cette recherche plastique. La peinture à l'huile apporte profondeur, subtilité et richesse aux matières, tandis que l'acrylique confère aux œuvres une énergie spontanée et un souffle de modernité. Les jeux de textures, les contrastes et la liberté du geste donnent à chaque tableau une personnalité singulière. Inspirée par les paysages naturels, Alicja Polechonska ne cherche pas à reproduire fidèlement la réalité. Elle en retient l'essentiel : le mouvement des fleurs sous le vent, la vibration de la lumière, la poésie des couleurs et l'impression de liberté qui émane des prairies sauvages. Chaque œuvre invite le spectateur à renouer avec une nature à la fois familière et précieuse. Summer Flowers est une célébration de la beauté éphémère du monde végétal. L'exposition rappelle que les fleurs sauvages, souvent modestes et discrètes, possèdent une grâce universelle qui traverse les saisons et les frontières. À travers son regard lumineux et sa palette généreuse, Alicja Polechonska transforme ces fleurs en véritables symboles de vitalité, de liberté et d'espoir.

 

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Il y a sur la terre trois personnages,
Nés de trois berceaux totalement différents,
Qui vivent en plus ou moins bon voisinage,
Frappés à leur insu d'un sceau parlant d'argent !

Le cossu est un héritier le plus souvent,
Bien mis, il promène un bel équipage,
Gâté aux petits soins par de nombreux servants,
Profite le plus de tous ses avantages,
Prie Dieu, ses saints, pour une place à venir,
Qu'il paie déjà de son vivant pour bien dormir !

Le sans-sou, lui, rêve de devenir riche,
Sait que de petits billets changent un destin,
Saisit que ses bras et sa tête en friche,
Sont seuls à la récolte de ses lendemains,
Il doit se lever tôt à viser l'avenir,
Se coucher tard, trimer dur pour peu s'enrichir !

L'indifférent n'achète pas le paradis,
Il n'a nul besoin de gens à son service,
Il ne s'épuise pas, se moque des on-dit,
En vérité voit son temps sans artifices !

GCM
Pensée du jour.18/6/2026

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Malheur à ceux qui perdent leur âme d'enfant

Ecoute

 

Malheur à ceux qui perdent leur âme d’enfant

 

A Antigone, celle qui nous réveille, dont l’esprit me protège et  que je protège, car il le principe de la Vie

 

Ecoute, c’est cette gamine de vingt ans qui après avoir perdu son âge   m’a invité au ciné pour y voir le dernier Disney, Ecoute est italienne, son papa est mort dans un accident et sa maman est coiffeuse à défaut d’être actrice de cinéma.

Sa chevelure dorée tombe sur des épaules juvéniles. Elle s'amuse dans la lumière matinale près de l’étang où des nénuphars paresseux se reposent. Aujourd'hui elle porte une ravissante robe blanche et un canotier assorti d’un ruban bleu. Sa façon très enfantine de remuer la tête m'enchante. Ses yeux verts sont deux belles amandes qui brillent comme des agates. Ecoute est observatrice, toujours les sens en éveil. Le parfum des fleurs évoque chez elle une mélodie. Le parfum des fleurs c’est leur langage affirme-t-elle, il s'apprécie autant qu'une musique.

Quand je lui montre l’arbre à mouchoirs, elle devient si triste que j'éprouve le besoin de la serrer contre mon cœur qui bat devant une fleur négligée.

Le parfum de la rose affirme-elle est plus doux que le roucoulement entêtant des tourterelles après une pluie de septembre, celui du bleuet est moins bruyant et plus rythmé que le claquement des volets quand souffle le vent de novembre, celui des primevères en revanche est audacieux car il ouvre les portes du printemps et sent le bonheur qui siffle à tue-tête comme le merle au réveil du soleil, les jours d'avril.

Quand je lui fais observer que les pivoines m’apparaissent voluptueuses, elle s’exclame pour tempérer mes ardeurs n'entendre qu’un battement de cil. Celui de ton actrice préférée celle à la peau de neige, me rétorque-t-elle jalouse. C’est d'un air dégouté qu’elle me signale que le moisi a l’odeur de la confiture de virus responsables en janvier de la bronchiolite des nourrissons.

Espiègle, Ecoute a toujours le sourire aux lèvres, c’est chez elle une habitude de sourire de mes étonnements, de mes ignorances. Alors je lui sors de ma poche un chou-fleur de saison, elle ferme les yeux et s’exclame entendre la parole du vent de mars dans les cyprès et les ifs du cimetière municipal où des cabots de porcelaine rêvent dans les allées de chrysanthèmes.

La démarche du temps me déclare-t-elle philosophe, est ineffable inexorable. Le temps se déplace nonchalamment d’instant en instant, moments inoubliables dont les poètes seuls connaissent les secrets. Au bord du lac Léman pendant les journées de décembre, je les vois, les rêveurs se creuser la tête devant leur toile. Leur aquarelle terminée s’apprécie autant que la musique intemporelle de Jean Sébastien Bach.

J’offre souvent des fleurs sauvages à ma petite Ecoute, chaque bouquet est pour elle une sonate de Mozart. Elle me remercie avec timidité, me tend la joue, je la lui caresse d’un bouton d’or. Sensible elle s’exclame deviner le soleil faire des castagnettes comme il le fait souvent à la saint Jean dans la ville de Plan.

Souvent nous nous promenons dans les jardins, main dans la main. Ecoute raconte que certains arbres jouent de la flûte, surtout en octobre m'assure-t-elle, quand poussent les vesses de loup et que les cyclamens fleurissent dans les plaines à l'ombre de la Toussaint. 

Ecoute, pourquoi les tilleuls embaument-ils les jardins d'une odeur de miel autant que les mélèzes les versants du Jura lui demandé-je ? Elle, qui a réponse à tout, lève les bras vers le ciel et me soutient ouïr uniquement le chant maitrisé d'oiseaux de bon augure, comme celui du Pétrel au large du triangle des Bermudes.

Parfois au cours de nos déambulations, nous nous asseyons sur un banc. Nous observons les nuages migrés vers des paysages étrangers. Devant nous, des agapanthes en prière, des ancolies rieuses et des nigelles à l'ouvrage, toutes se lamentent. Et mon cœur s’épanche, Ecoute plisse les yeux, remue le nez et me sourit comme un ange, elle murmure dans le ton du reproche que mon amour est grave. Comme à la ville ! s'exclame-t-elle, comme ce jour de février où les trottoirs font commerce de plantes factices. Tu es un véritable violoncelle, se moque-elle.

Sa plus belle déclaration est de m’avoir signifié que j’étais plus beau que la solitude en cage et plus délicat que les iris des bords de l’Agréau où se désaltèrent les agneaux qui portent toujours le même tricot, c'est à dire blanc, immuable comme le plumage d'une colombe.

 

Soucieuse, Marie-Noelle, cette gamine qui est aussi le souffre-douleur des indifférents, me prend la main et me déclare : « n’est-ce pas que le monde du rêve est merveilleux ! N’est-ce pas que tout cela pourrait appartenir au monde qui pourrait être, à notre monde à nous !»

Seyssel, 1996-Tours, 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LES ARBRES MEURENT AUSSI DE CHAGRIN

Les arbres meurent aussi de chagrins

 

A toutes les personnes décimées par la civilisation

 

Sur le chemin de l'école

Entre les allées d’érable

J’ai rencontré un hiver si rude

Que mes doigts en souffrir blanc de marbre, 

Et que mes antennes

Furent privées du son 

Du marteau battant l'enclume.

Elles prenaient alors la couleur écarlate du nez de décembre 

Austère, les arbres ne se plaignent pas, mais m’engagent à la réflexion.

« Nos amis ne sortent pas de terre pour gémir dans nos cheminées au centre d'un confort superfétatoire. Au printemps leur parure chlorophyllienne ne recouvre aucune honte. Leur richesse égale celle de toute personne même plus vulnérable que nous autres et ils méritent notre protection, notre respect.

Eux, les oubliés des clercs et des rois, eux qui abritèrent les amours de Claire et François, et que vénèrent encore les amis d’Hildegarde.

Il n’y a que les vagabonds nuages pour entendre leurs prières de fossiles errants, dont l'écorce cache la pudeur des misérables.

Apitoyé, j’entends leurs lamentations, leurs gémissements dans les plaines et les sombres forêts où le mycélium se nourrit de la mort qu’annoncent dans les ciels de novembre, les soupirs des corbeaux.  

On nous parle toujours, de l’Oranger de Carthage, du Cèdre du Liban, du Baobab de l'Afrique en guenilles, du Maté du Chili, de l'Orme buvant à la Volga, du Séquoia à l’ombre de la Californie, et des Tilleuls des cours d'école !

On ne nous cause jamais des arbres qui meurent de chagrin, comme le cerisier cet ami  mort d'avoir aimé une capucine quand rougissent d'aise les fruits du mois de mai convoités par le merle chanteur qui piaffe comme un veau au lever du soleil. Et de l'Aubépine en tenue d’harlequin, et de l'Eglantier revendicateur, hein ! Personne n’en cause ! Et pour cause !

 

…si les pétales de mon âme pouvaient apaiser la soif de l'abricotier argenté qui réclame la Paix depuis que l'homme foule son sol. Le seul vivant.

 

J’aimerais entendre la mélodie des arbres au retour des tourterelles, entendre fredonner leurs paroles sacrées auxquelles succombent même les tyrans. 

 

Lionel M.

 

 

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administrateur théâtres

ZAZOUS, DES LENDEMAINS QUI CHANTENT

Spectacles

Au Théâtre Le Public

Hier, c’était le 6 juin.

Le Jour le plus long.

Celui de 1944.

Sur les plages blondes de ma Normandie débarquaient des jeunes hommes venus de l’autre bout du monde pour rendre à l’Europe ce bien si fragile que l’on croit éternel lorsqu’on le possède : la liberté.

Dans les villages de la côte, on commémorait la Libération. On déposait des fleurs, on hissait des drapeaux. On se souvenait aussi que cette liberté eut un prix terrible. Sous le ciel de Ouistreham et des autres villages, des civils innocents mouraient également sous les bombes alliées.

Cette année, à Langrune-sur-Mer, à deux kilomètres du village familial, l’actualité venait troubler les cérémonies. Certains habitants refusaient la présence du Secrétaire américain de la Défense, estimant que ni ses discours, ni ceux du président qu’il représente, ne portent aujourd’hui les valeurs d’humanisme, de paix et d’amitié entre les peuples qui fondèrent jadis nos alliances.

Et moi, fille spirituelle de ces irrévérencieux zazous d’autrefois, nourrie dès l’enfance des mots de Jacques Prévert, de Boris Vian, de la poésie qui résiste à toutes les censures, je me souvenais. Je revoyais une autre place. Une autre foule. Le 8 mai 1968, sur la Grand-Place de Bruxelles, avec mon lycée et d’autres écoles de la ville, nous chantions le Chant des Partisans.  Nous célébrions la paix retrouvée. Il m’en souvient comme si c’était hier. Toutes habillées de blanc, nous avions des larmes de reconnaissance aux yeux. Nous avions l’espoir au cœur et une Europe qui célébrait la paix.  

Alors quel mystérieux hasard a guidé mes pas, précisément ce soir du 6 juin, vers « Zazous, des lendemains qui chantent » au Théâtre Le Public ?

Dès les premières minutes, j’ai senti que nous n’allions pas juste découvrir, la culture zazou tellement peu évoquée dans les cours d’Histoire.  Non, tout à coup, le spectacle, éclatant de couleurs vives sur fond vert de gris, s’est mis à bondir sur scène au rythme du swing, porté par la direction musicale inspirée de Pascal Charpentier. Les univers de Django Reinhardt, Cab Calloway, Boris Vian et des compositions originales s’y rencontrent avec une liberté qui chante la résilience, qui souffle l’espoir et la vie. C’est Charles Trenet, Yves Montand et bien d’autres qui viennent nous chatouiller le cœur. Et aussi Baudelaire : « Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais ! »  On n’est pas sérieux quand on a 17 ans !

Baptiste Blampain, Bénédicte Chabot, Laure Godisiabois, Antoine Guillaume et Cédric Raymond semblent passer naturellement du récit au chant, de la confidence à l’humour, de la légèreté à l’émotion la plus nue. Ils lisent des livres interdits et s’enchantent de citations poétiques. On les adore. Sous la plume collective de Laure Godishiabois et Patricia Ide, l’histoire devient tissu vivant d’une jeunesse qui résiste, le placard vide mais la fleur à la guitare.  Les amoureux qui échangent des mots interdits ont choisi l’insolence des vêtements extravagants, celle du swing et du rire comme acte de résistance. Ils iront percer les pneus de la Gestapo avant d’aller danser clandestinement et conjurer la peur.  Ils déposeront une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe, ils arboreront par provocation et solidarité l’étoile jaune.   Ils combattent avec leur liberté d’être, avec leur refus de ressembler à ce que les régimes autoritaires de Berlin et de Vichy attendaient d’eux.

Avec leurs vestes à carreaux trop larges, leurs chapeaux boule moqueurs, leurs parapluies nommés pépins, les cheveux longs pour les garçons, les jupes très courtes et le rouge à lèvres scandale pour les filles, ils affichent leur goût du jazz et de la bière grenadine. C’est tout l’esprit de Charlie Chaplin.  

Patricia Ide orchestre tout cela avec une remarquable précision. La scénographie mobile de Renata Gorka et les costumes terriblement révélateurs de Chandra Vellut recréent un univers où l’excentricité devient un manifeste politique.

Et puis surviennent ces instants où le tempo ralentit. Les délations.  Les arrestations. Les séparations. La peur. La salle entière retient son souffle. Les larmes montent aux yeux alors que le swing rend la tragédie plus poignante encore. Derrière l’insouciance apparente se cache le courage. Parce que derrière les chansons se cache la résistance.

Et soudain…

Les premières notes.

Celles-là même.

Celles qui traversent les décennies.

Celles qui relient ma Normandie de 1944 à ma Grand-Place de 1968.

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »

Je n’ai pas pu retenir mes larmes. « Le Chant des Partisans » résonnait à nouveau, insistant, essentiel.  Pas comme une relique du passé mais comme un rappel brûlant, un serment, une nécessité face à la terreur.  

À l’heure où tant de démocraties vacillent, où les extrémismes relèvent la tête, où une guerre sanglante ravage les confins de notre Europe, où l’art et la liberté d’expression continuent de déranger les pouvoirs autoritaires, « Zazous, des lendemains qui chantent » nous rappelle avec une lumineuse évidence que la Culture est un acte de résistance. Danser est un acte de résistance. Chanter est un acte de résistance. Créer est un acte de résistance.

Merci à cette formidable troupe de nous avoir réveillés hier soir de notre léthargique apathie, merci de nous avoir rappelé que les lendemains qui chantent se défendent, se transmettent et se chantent. La Honte, c’est quand personne ne bouge.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

https://www.theatrelepublic.be/zazous-des-lendemains-qui-chantent

ZAZOUS, DES LENDEMAINS QUI CHANTENT


14.05 > 04.07.26

1H35

Création

Petite Salle

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administrateur théâtres

28 saisons au Au théâtre de la Valette

Spectacles

Albert & Charlie à La Valette, des génies entrecroisés

Et une amitié qui transcende les différences

Au Théâtre de la Valette, l’Histoire ressuscite des instants fragiles et lumineux, le fil captivant d’une amitié un peu passée inaperçue. Albert & Charlie, porté par l’écriture subtile d’Olivier Dutaillis, orchestre des improbables tête-à-tête de deux autodidactes, entre Albert Einstein et Charlie Chaplin avec élégance et malice. C’est la relativité qui côtoie la poésie burlesque, dans un ballet d’idées et de sourires. L’humour est le ciment.

Le spectacle s’ouvre sur le souvenir réel d’une rencontre à Hollywood en 1931, lorsque Charlie Chaplin et sa famille accueillirent Einstein à son arrivée d’Europe, fuyant la montée du nazisme et la haïssable éducation prussienne. À l’occasion de la première de City Lights, 300 000 spectateurs, quel est le sens de tout ça ? S’interroge Einstein.  L’échange piquant entre Einstein et Chaplin, fuse et fait mouche. “Ce que j’admire le plus dans votre art, c’est votre universalité…”, glisse le savant, aussitôt renvoyé par Chaplin : “Le monde vous admire, même s’il ne comprend pas un mot de ce que vous dites.” Toute la saveur de la pièce réside là : dans la complicité et le rire partagé, langage universelintemporel, on l’espère.

Sous la direction précise d’Alexis Goslain, le décor nous transporte à Princeton dans le bureau feutré du savant, entre tableaux noircis de formules et silences habités. Là où les génies s’interrogent, s’opposent et trébuchent, et l’humanité s’affirme.  Car les dialogues fictifs sont subtilement enracinés dans une amitié authentique qui ne se prive pas de joutes existentielles. Derrière les éclairs d’esprit, les bribes de monologues intérieurs mis à nu, l’humour reste toujours leur plus grand trait d’union. Même si l’état du monde est une cure d’adrénaline quotidienne.

Les sujets de discussion ne manquent pas. La terrifiante montée du nazisme, que Chaplin choisira de tourner en dérision dans The Great Dictator. La comédie la plus engagée ayant jamais existé.  Le vertige atomique, dont Einstein, militant inconditionnel de la paix, portera longtemps la culpabilité morale après avoir alerté Franklin D. Roosevelt. Il avoue même qu’il aurait préféré être gardien de phare que professeur d’université. Et se console avec la musique de Schubert. Point de famille heureuse pour le soutenir.  Puis l’Amérique soupçonneuse du maccarthysme, qui forcera Chaplin à l’exil en 1952.

Les dialogues entrent en magnifique résonance, comme cet échange :
- Charlie [à propos de la mise au point de la bombe A] : « Vous aviez prévu que la bombe atomique découlerait de votre théorie ?
- Einstein : « À votre avis, l’homme de Cro-Magnon, quand il frottait ses silex, il avait prévu l’incendie du Reichstag ? » Les rires fusent dans la salle, mais 
 ne serait-ce pas une belle pirouette, pour retirer son épingle du jeu? Einstein cosigna la lettre Einstein-Szilard destinée à convaincre le président américain Fr. D. Roosevelt de la capacité d’énergie provoquée par la fission atomique et de l’urgente nécessité de prendre de vitesse le IIIe Reich dans la mise au point des armes, c’était sa plus grande peur. Néanmoins le pacifiste convaincu qu’était Einstein fut écarté du développement de la bombe atomique et n’eut aucune influence sur la décision de son utilisation. D’où les larmes du savant.

Entre ces secousses, les deux hommes avancent dévoilant leur sensibilité. L’un avance par fulgurances, intuition et imagination. L’autre polit chaque geste, chaque silence, jusqu’à l’obsession. Mais ils sont profondément frères d’armes.

La pièce ne se contente pas d’aligner les faits : elle explore les failles. L’exil, la solitude, le prix de la notoriété, les sacrifices intimes. Elle interroge aussi cette chose mystérieuse : d’où naît la création. Chez Einstein, dans un éclair brûlant. Chez Chaplin, dans la répétition maniaque.

L’un, bohême, est vêtu à la Saint-Simon, presque en robe de chambre. Il a la détestation de l’uniforme et l’amour de la chevelure sauvage, l’autre, cravaté et tiré à quatre épingles, est sanglé dans des costumes de gala. Il singe Hitler, car faire rire de lui et la seule façon de l’abattre.En scène : un fabuleux Michel Wright, débordant d’humanité, parfaitement extravagant, et un magnifique Gauthier Jansen que l’on prendrait bien pour un joli cœur. D’ailleurs la dame du logis n’est pas insensible à son charme.

Heureusement, cette présence veille et respire : Hélène, la gouvernante allemande qui a suivi Einstein dans son exil, figure à la fois stricte et tendre, qui humanise encore ces géants, tempère les colères, et rappelle que même les génies… doivent manger, dormir, et être protégés. Ah! L’excellente imitation germanique de Catherine Claeys!

Quelques détails savoureux surgissent comme des bulles : Einstein et sa pipe, son goût pour le cervelas et la vodka, sa « rébellion contre la chaussette », ou son amour intact pour la kidney pie de son enfance londonienne. Au-delà des traits d’esprit qui claquent, c’est l’émotion qui demeure. Elle s’installe, doucement, jusqu’à cette dernière rencontre imaginée, sans doute la dernière, où l’amitié entre les deux géants est bouleversante. Et notre fragilité, tellement palpable. Et brusquement, cette évidence: le génie ne serait rien, sans humanité. Et la vie humaine n’est-elle pas comme une œuvre d’art?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Ave: Catherine Claeys, Gauthier Jansen et Michel Wright

Mise en scène: Alexis Goslain

Assistanat mise en scène: Enza Rigolio

28 saisons déjà…

Raconter les 28 ans du Théâtre la Valette, ne peut se faire sans évoquer cette vibrante Communauté, celle d’un foyer théâtral professionnel incrusté dans un village de l’Ouest du Brabant wallon, à Ittre. Que soit remercié ici, son infatigable directeur, Michel Wright, qui a mis sur pied tant de spectacles intelligents et drôles! Meilleurs souhaits de succès à la nouvelle équipe.

Avec seulement 100 places, sans bus ni tram ni métro ni train, le Théâtre se situe à un jet de pierre de Bruxelles et rencontre depuis des années, succès et reconnaissance. Il est situé au coeur d’un village très sympathique et accueillant.
On aime La Valette, ce petit lieu atypique et particulier, pour sa programmation de spectacles exigeants et accessibles, offrant émotions, rires, réflexions et échanges. Et puis il y a ce charmant bar des Artistes, prêt à vous accueillir avant le spectacle!

L’équipe, renouvelée, dotée d’une nouvelle direction en 2026, s’attellera à vous accueillir, nous l’espérons de tout coeur, chaque soir la saison prochaine, de manière aussi conviviale et chaleureuse. Dice are cast!

Théâtre la Valette


11, Rue Basse – 1460 Ittre
info@theatrelavalette.be
0473/29 17 09
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L'Ecume des jours, for ever!

Spectacles

L’Écume des jours au théâtre

« L’écume des jours » c'était au  Théâtre des Galeries... en avril dernier. 

C’était une adaptation absolument onirique du merveilleux livre de Boris Vian« Le plus poignant des romans d’amour contemporains » selon Raymond Queneau. Un concentré de surréalisme tragique endossé par quinze personnages joués par une brochette explosive de 10 jeunes comédiens.

Dans un coin de la scène, ils étaient là, poétiques. Contre toute attente, deux amis à la vie, à la mort, Chat et Souris, vous avez bien lu, se faisant des confidences.

Elle, (Tiphanie Lefrançois) la petite souris, fidèle fée du logis des amoureux, livre son chagrin et son envie d’en finir à son cher confident félin (Quentin Minon). Elle va lui conter les malheurs de la maison de Colin et Chloé. Se laissera-t-il convaincre par le récit merveilleux et triste de ces jeunes humains aux rêves tellement cabossés ?

Au début c’est l’insouciance totale. Dans un vent de jeunesse joyeuse sous le ciel de Paris libéré, débarquent de ravissants personnages virevoltant sur des patins à roulettes. Rythmes de jazz, joie et surprises de l’amour. Tour à tour, on fait la connaissance de Chick (Alexis Vandist) et de sa compagne Alise (Laura Fautre). Il y a aussi Isis (Zoé Pauwels) qui invite Colin et ses amis à l’anniversaire de Dupont, le Chien. Il ne manque que l’Oiseau Bleu pour compléter la féerie.

État de grâce, la bande de jeunes glisse avec bonheur de vivre sur la patinoire. Nicolas, le majordome de Colin (Simon Lombard), est aussi invité à la soirée. Un personnage attachant et haut en couleurs, presque une figure tutélaire à la diction hilarante.

Observons la scénographie. Serait-on tout à coup dans un sous-marin ? L’assemblée est dans la mire d’un œil, celui d’un immense hublot qui projette les mille et un visages du roman, scrutés par haute technologie. Un haut-parleur chasse les heureux batifoleurs et la scène se transforme comme par magie.

 Voici les personnages dans les rues de Paris, voici le spectateur invité au cœur de l’appartement de Colin discutant avec son majordome. Puis viendront l’église nuptiale, le cabinet de médecin, la sombre officine du pharmacien, l’antre du monstrueux libraire maffieux, et, haut perché dans sa chaire à l’université, voilà où pérore le distingué Jean Sol Parte (Joseph Colona).

La savante scénographie de Lea Gardin donne à palper le kaléidoscope d’émotions et entraine le spectateur dans des bouffées de rire.  Ce hublot, cet œil imaginaire, ne cesse de scruter l’âme humaine avec grande finesse et puissance évocatrice. Les images brillantes et artistiques subliment le roman fétiche des adolescents. Vidéos signées Allan Beurms et lumières de Laurent Comiant.

Dès le début, Colin, hurlait son désir, il voulait plus que tout, tomber amoureux, avoir le cœur en chamade, explosant dans sa poitrine à en devenir fou d’amour. D’ailleurs, la seule chose qui vaille la peine. À l’instant où il croisera Chloé à la soirée, en robe couleur soleil ou couleur tournecoeurs, il lui dira : « C’est exactement vous ! ». Avec la musique de Laurent Beumier et les ravissants costumes de Sophie Malacord.

 Et de la demander aussitôt en mariage. Colin (Rémy Thiebaut) et Chloé (Romina Palmeri), se sont épris d’amour fou au premier regard. Love at first sight, ça existe. Or, cet amour ivre de bonheur a-t-il une chance ? Ou un implacable destin lui donnera-t-il un infâme coup de poignard ?

L’amour resplendissant est là, à portée des mains, des lèvres, des corps des jeunes amoureux, il est absolu, comme on en rêve. Et pourtant, le malheur va fondre sur l’innocence de cet amour à couper le souffle.

Au fond de la poitrine de Chloé grandit la sombre « Tumeurs » ou l’assaut de la tuberculose, à l’époque.  Ce nénuphar avide consume la vie de la jeune femme et tue à petit feu les belles illusions du jeune couple. Le nymphéa glouton avale impitoyablement toutes les autres fleurs qu’on lui donne en pâture et peu à peu éteint toute la lumière du jour. Quelle terrible symbolique.

Course effrénée vers la mort :  la patinoire de rêve a été remplacée par la tristesse infinie d’un travail éreintant et absurde pour payer docteur, pharmacien et rêve de rétablissement en haute montagne.

Mais dans la pièce, il y a heureusement toutes les inventions de Boris Vian, ses mots gorgés de poésie et d’amour. Voyez ce fameux pianocktail, fantastique instrument de musique imaginaire capable de créer des boissons basées sur les notes de musique jouées, prouvant que l’esprit d’ingénieur de l’auteur servait constamment son imaginaire poétique.

Parodique en diable, l’auteur n’a de cesse que de condamner la course à l’argent, la vanité maladive du collectionneur hystérique, l’écriture prétentieuse du couple de philosophes du néant, l’hypocrisie et l’avidité des gens d’église, celle des pharmaciens et des docteurs. Le public se tord de rire, ouf ! Voilà une énergie salvatrice. Mais par-dessus tout, on frissonne quand Boris Vian condamne la guerre et les marchands de canons. C’est gravé dans le roman : il faut paraît-il de la chaleur humaine pour faire pousser les canons dans les champs mortifères. Et c’est hélas le travail épuisant qui est offert à Colin pour lui procurer de l’argent afin de sauver Chloé. Boris Vian se lâche. Il y a, en passant, une sacrée tirade sur la valeur prétendue du travail versus l’usage rêvé de machines pour nous libérer de ses contraintes.  

Reste, la seule vérité, celle de Chloé : « Embrasse-moi encore et encore… » tandis que le pharmacien exécute son ordonnance au pistolet.

Ainsi, tout l’univers de l’auteur est présent à chaque transformation de la scène. Cela se savoure doublement si on a eu la chance d’avoir lu le livre. Et dans le cas contraire, quel bonheur d’aller s’y précipiter pour y revivre toutes ces émotions palpitantes et retrouver la trace de l’amour, même quand tout a disparu. Ce qui reste d’un baiser…

 Le ciment de tout cela ? La musique, omniprésente, électrisante, jazzy et vivante, elle est l’âme sœur de Boris. C’est Daniela Bisconti, qui a signé la mise en scène de haute voltige et a su restituer toute la poésie et le tragique de ce roman intemporel, sans le moindre temps mort et avec une verve bien moderne. Le dénouement à la fois sombre et percutant nous rappelle que Vian, le prince de Saint-Germain-des-Prés,amoureux de la vie, immense romancier, l’auteur du « Déserteur », chanteur de jazz et polymathe exubérant, allait m o u r i r, peu avant ses quarante ans….

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Vu au Théâtre des Galeries, du 1er au 26 avril 2026, 1h40.

Mise en scène par Daniela Bisconti

Avec: Joseph Colonna, Laura Fautré, Tiphanie Lefrancois, Simon Lombard, Quentin Minon, Romina Palmeri, Za Zù, Rémy Thiébaut, Alexis Vandist

Chorégraphie : Isabelle Beirens

Scénographie : Léa Gardin

Vidéos : Allan Beurms

Costumes : Sophie Malacord

Lumières : Laurent Comiant

Musique : Laurent Beumier

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administrateur théâtres

Bientôt, dans l'acoustique mystique de l'église Saint-Jean-Berchmans, l'une des œuvres les plus puissantes du répertoire sacré, sublimée par 80 musiciens et choristes. La force lumineuse de la musique : le "Stabat Mater" de Dvořák.31178991857?profile=RESIZE_584x Une mère brisée, un compositeur endeuillé et un chant d'espérance d'une humanité pure. Il faut vivre le Stabat Mater de Dvořák comme un voyage de la peine vers la lumière. C’est la fresque sacrée la plus bouleversante de Dvořák, celle d’un père devant le deuil de ses enfants.

 Et une nouvelle fois,  le concert  sera fait d'étonnement et de surprise.  On peut certes se préparer au Stabat Mater, mais l'autre œuvre, encore un secret? Success story part 2? Le titre: "Hymns of freedom", composé à l'occasion de la Journée de la femme par Nasser Sahim Nasseb.Ce sera sans nul doute  une nouvelle découverte... La dernière fois aussi, nous sommes passés de surprise en surprise: 

Concerts

Le 10 avril, Vivaldi ou Richter? ...Les deux

Retour sur les Quatre saisons de Vivaldi, pardon, de Max Richter ! par l’orchestre de jeunes musiciens, le Brussels Philharmonic Orchestra

Il est libre… Max !

Quel choc ! On s’attendait, ayant parcouru l’affiche un peu trop vite, au théâtre des saisons d’Antonio Vivaldi dansé et joyeusement chorégraphié par une troupe de danseurs en herbe… tendre, bien sûr ! Laurent Drousie, directeur artistique à la Chorégraphie, la soliste Rasa Vosyliuré au violon. Le belgo-chilien   David Navarro-Turres, à la baguette, dirigeant Le Brussels Phiharmonic Orchestra.  

Et nous voilà plongés dès le début du concert dans le noir, dans un univers de cordes méditatives, se balançant dans un rythme insistant, lancinant. Une musique étale, minimaliste, profondément sombre. Une lumière glauque qui semble absorber l’espace. Mais un rythme qui éveille tout à coup un vague souvenir ; oui. Cela ressemble même à une musique de film récent… ! Eurêka ! C’est « Hamnet ! » Un film bouleversant, s’il en est. On n’en croit pas les oreilles ! L’intériorité presque crépusculaire prend dès lors tout son sens.

La musique minimaliste, et opiniâtre mord comme une douleur qui ne se tient pas tranquille. Joue-t-elle les accents de notre condition humaine, faite de douleurs et d’éclats de joie ? La voilà qui nous envahit comme une sorte de ressac émotionnel. Elle évoque des matières vitales : la naissance, l’amour, le deuil, l’absence, les fragments de mémoire, la beauté des jours heureux, la beauté de la lumière du jour. On se souvient du désespoir de l’Antigone grecque tellement triste de se voir voler à jamais la lumière du jour. Et le titre de la pièce musicale « On the Nature of the Daylight » prend donc tout son sens. On perçoit son évanescence, sa fuite, sa disparition. Et aussi son perpétuel retour, comme une vivante respiration de la Terre.

C’est aussi ce que nous disent les jeunes danseurs. Une femme, un homme, un couple, un groupe. Ils ne cessent d’apparaître, de se consumer et de disparaître. Ils sont vêtus au plus simple, en maillots noirs et chemises anonymes. Seuls les mouvements comptent, la soif de vivre sur l’intense orchestration de cette musique du chagrin.

Avec « Infra », les corps apparaissent dans une gestuelle fragmentée, en costumes bordeaux d’une neutralité troublante. Rien ne cherche à séduire. L’attente de Vivaldi se fait plus pressante. On l’a compris, on assiste à une suite symphonique de Max Richter dont on découvre petit à petit toute la modernité. Il aura fallu du temps pour changer de cap !

Et lorsque les « Four Seasons Recomposed » de Richter nous tendent enfin une main familière, le cœur bondit à chaque reconnaissance d’une phrase italienne ! Le BPHO se déploie et renoue avec la joie de vivre, quelle que soit la saison.

Et on est alors tout yeux pour la magnifique troupe d’Europa Danse Company qui déploie toute son énergie devant nous, lumières enfin reconquises ! Le ravissement des corps a pris le dessus, et la musique les porte avec brillance.  Ce concert jouait délibérément sur le décalage. Un joli poisson d’avril, reçu en plein cœur le 10 du même mois, en la salle très fréquentée du Novum Théâtre, à deux pas du Collège Saint-Michel. On avait la chance d’y être.  Respectueux remerciements.  

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

On s'y voit?

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