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Apaisement

 

 

 

 

Apaisement

 

Dans la pluie ce matin,

j’ai cueilli des étoiles,

elles font briller mon âme

comme un banc de soleils,

 

Un vol de silences ponctué de cliquetis,

 

Quelque soupir nouveau, peuplant mon intuition,

la brillance de la vie, dansant à quelques pas,

 

Mon cœur dans le soleil,

au tempo de l’univers,

s’est enfin ralenti

 

Et je chante dans mon corps l’écho de l’infini

 

le 2-4-2026

 

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L'ETRANGERE

A une inconnue de Bahreïn

 

 

Une belle étrangère

Aux yeux de fougère

Est entrée dans mon cœur

Plus belle qu’un archipel d’un orient de bonheur

Où les rêves brillent la nuit plus intensément que les étoiles.

Elle a réveillé mon ennui et son regard a fouillé ma production spirituelle

Sa longue chevelure noire est une rivière de diamants

Sa nudité dérobée à la beauté ouvre mon étonnement

Dubitative elle observe par la fenêtre la sortie de la messe

J’éteins la radio.

Ils viennent d’annoncer la reprise des bombardements en orient

Elle me regarde implorante,

« Ça n’en finira donc jamais ! » s’écrie-t-elle

 

Lionel M.

 

 

 

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administrateur théâtres

La Chapelle Musicale en gala à Bozar

Concerts

Musical Chapel Gala à Bozar

11 Mars 2026. Quel programme splendide la Chapelle Musicale Reine Élisabeth nous a offert à Bozar pour son concert de Gala ! Un programme riche, intelligemment construit : une véritable dramaturgie du dialogue. À la baguette du Brussels Philharmonic, Christian Blex impose d’emblée une direction à la fois sensible et ardente.

Pour commencer, la fresque musicale In the South, op. 50 de Edward Elgar (1903). Un véritable poème symphonique condensé, où affleure une nostalgie lumineuse. Le souvenir d’une Antiquité harmonieuse, épargnée par les soubresauts du monde contemporain ?

L’entame est franchement belliqueuse, dressant un empire de dissonances. Les cuivres, nobles et éclatants, soutenus par les percussions, dominent d’abord le paysage sonore. Puis, soudain, la harpe et le triangle s’immiscent dans le fracas, esquissant les premières lignes d’un poème porté par des cordes délicates et des flûtes lascives. Mais le tumulte reprend, plus vif encore. Et tant mieux, s’il est la fureur de vivre !

La structure, solidement architecturée, repose sur l’alternance de vastes masses orchestrales et de moments d’une introspection raffinée, reliés par de subtiles transitions harmoniques. Et quelle victoire, lorsque les extrêmes finissent par se rejoindre dans une forme de sérénité : l’homme enfin réconcilié avec la Nature ?

Changement de climat avec l’art du double miroir : le Concerto pour deux pianos n° 10 en mi bémol majeur, K. 365 de Mozart. Toujours sous la direction inspirée de Christian Blexle  Brussels Philharmonic accompagne deux jeunes solistes complices, Nicolas Meeuwssen et Ethur Hinnewinkel.

Ici, tout est dialogue. Dès l’Allegro, les deux claviers s’entrelacent dans une écriture concertante où alternent imitation, complémentarité et jeux d’échos. L’orchestre devient une toile de fond vivante, encadrant et relançant ce duo d’une rare complicité. Les basses insufflent un rythme presque jazzy, tandis que les violons soyeux déposent un voile de légèreté sur l’ensemble.

L’élégante conversation se poursuit en un ballet de sonorités joyeuses. Tout respire le bonheur partagé. Les cadences, d’une extrême fluidité, semblent naître d’une même respiration. Dans l’Andante, moment suspendu, les deux pianistes ne font plus qu’un : limpidité troublante de l’écriture, pureté et élégance sublime des gestes. Puis le Rondeau final réintroduit une vivacité théâtrale pleine de spontanéité, mêlant virtuosité enjouée et souffle généreux de la jeunesse.

Impossible de ne pas songer à Maria Anna Mozart, la  sœur de Mozart, pour qui cette œuvre fut écrite : une musique du lien, de l’intimité, de la joie partagée, de l’amour de la musique. Le public, conquis, rayonne.

En guise de bis, suprême délicatesse : une transcription de Johann Sebastian Bach par György Kurtág. Miniature suspendue, comme un clin d’œil hors du temps.

Sans entracte, la soirée se prolonge dans une autre forme de magie avec le Concerto triple en ut majeur, op. 56 de Ludwig van Beethoven.

Œuvre singulière, presque inclassable : ni tout à fait concerto, ni véritable symphonie concertante, mais une utopie musicale où trois solistes dialoguent avec l’orchestre. Frank Braley au piano, entouré d’Angela Chan et Jonathan Swensen, forme un trio aussi brillant qu’engagé. Les artistes piaffent d’impatience.  

Dès l’Allegro, une hiérarchie subtile s’installe : le violoncelle, souvent initiateur, expose les thèmes avant d’être rejoint par ses partenaires. Cette distribution inhabituelle crée une texture sonore originale, presque chambriste au sein de l’orchestre.

Le Largo, bref mais d’une intensité rare, ouvre un espace méditatif avant le Rondo alla Polacca final. Ici, Beethoven s’amuse : danse noble, éclats de lumière, énergie jubilatoire. Qui oserait encore le dire grave ? Le trio étincelle, passant de l’humour à la passion, jusqu’à des sommets de lyrisme vertigineux.

Les longues arabesques, les arpèges fabuleux de Frank Braley au clavier entraînent l’écoute vers une forme d’élévation, tandis que les mélodies surgissent, légères, comme capturées au vol … des danses de papillons ?  Les humeurs changent, mais une évidence s’impose : la Joie triomphe. Et la foi en l’homme. C’est sublime. Ce trio est une bombe d’énergie au sein de l’orchestre qui l’accompagne avec splendeur. Il brille de mille feux, de l’humour à la passion en passant par un paroxysme de sentimentalité.Frank Braley a réalisé une mise en scène époustouflante avec ses deux partenaires. En applaudissant à tout rompre, on se retient de rire. C’était brillant au possible. Mais… Restons sérieux !

Quel que soit l’âge, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…

« On rentre encore aux cafés éclatants,

On demande des bocks ou de la limonade…

et les tilleuls verts de la promenade… »

…. Après un tel Gala, longtemps après, la poésie vous enveloppe encore! Car la grande musique n’est décidément pas une affaire vraiment sérieuse. Dès qu’on s’y abandonne, elle devient jeu, surprise, vertige. Et cette joie irrépressible qui nous saisit, au moment d’applaudir…le visage épanoui et le rire plein les yeux.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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administrateur théâtres

Bellezza e Bruttezza, jusqu'au 14 juin 2026

 

Cultureexposition

Bellezza e Bruttezza, ce n’est pas seulement une belle allitération !

 

C’est l’événement culturel du printemps. Du 20 février au 14 juin 2026, Bozar déploie une exposition choc : Bellezza e Bruttezza. L’idéal, le réel et la caricature à la Renaissance. Voilà sans doute une exposition qui fera date.  Un événement phare, annoncé comme le grand rendez‑vous muséal de la saison. Un choc esthétique qui réunit près de 95 œuvres rarement sorties des réserves des plus grands musées. Une plongée où Botticelli, Titien, Léonard de Vinci et Tintoret croisent Cranach, Metsys ou encore Dürer… Bref, une affiche de gala.

L’enjeu ? Explorer comment, aux XVe et XVIe siècles, les artistes italiens et nord-européens ont mis en scène ce ballet troublant entre beauté et laideur, idéalisme et grotesque, grâce et difformité. Deux forces opposées, mais indissociables. Comme l’ombre et la lumière. Dans cette période effervescente des XVe et XVIe siècles, les artistes n’en finissent pas de jouer au jeu des contrastes : la grâce contre le grotesque, l’idéal contre l’excès. Chiara Rabbi Bernard, commissaire passionnée qui travaille sur cette thématique depuis cinq ans, revisite ce duel fondateur avec une ambition très humaine : comprendre ce qui nous émeut, nous dérange, nous attire encore dans ces visages parfaits… ou volontairement difformes.

La beauté, la laideur disent beaucoup de nous. Beauté et laideur n’ont cessé de fasciner. Pas seulement comme critères esthétiques, mais comme miroirs de notre humanité. Chiara Rabbi Bernard, a voulu reconstruire ce dialogue étrange, délicat, parfois grinçant, qui s’exprime dans les visages, les postures, les gestes. En dépit de l’exaltation de la grâce, de la vertu, de la richesse et du pouvoir.

En Italie, l’idéal classique domine encore : proportions harmonieuses, élégance intemporelle, pureté des lignes. Mais déjà, sous les pinceaux de Léonard ou Lotto, les premiers saboteurs du « beau » une tension apparaît : l’expression humaine, ses fragilités, ses excès, ses rides, ses grimaces, gagnent du terrain.

Au Nord, en revanche, c’est un tout autre univers. Une esthétique de la vérité crue, parfois brutale, souvent satirique. Cranach et Bruegel n’hésitent pas à tirer le trait, à souligner ce qui déraille, ce qui dérange, ce qui fait rire aussi. Le grotesque devient une langue artistique à part entière. Et l’on comprend ce que Léonard avait saisi avant tout le monde : la beauté et la laideur se renforcent, dialoguent, se répondent.

Finalement, nous avons créé des sociétés de plus en plus obsédées par l’apparence. Si le parcours avance, la réflexion s’élargit. Au XVIe siècle, la beauté devient une véritable préoccupation sociale. Les premiers manuels, destinés aux femmes, livrent des recettes pour paraître « plus belle ». Les conseils cosmétiques se multiplient. Le marché du paraître naît. Une modernité s’esquisse déjà dans ces petits écrits.

À notre époque, cette obsession a pris des proportions industrielles. Mais l’exposition rappelle combien la Renaissance en amorce subtilement les codes. En parallèle, la laideur se fraye un chemin dans l’art, gagnant ses lettres de noblesse. De curiosité dérangeante, elle devient terrain d’exploration anthropologique, philosophique, culturelle.

C’est aussi l’occasion de voyager doublement : dans le temps et dans l’espace. Le catalogue de l’exposition, à lui seul, pourrait trôner sur une table basse chic : Botticelli, Floris, Lotto, Véronèse… Les œuvres arrivent de Florence, Rome, Vienne, Washington, Berlin. Un véritable tour du monde de chefs-d’œuvre. Un ensemble étourdissant de quelques sculptures, peintures, et dessins, nourri de prêts prestigieux : Offices de Florence, Vatican, Louvre, National Gallery of Art de Washington, Kunsthistorisches Museum de Vienne, Hamburger Kunsthalle… Rarement ces pièces ont quitté leurs murs. C’est dire l’importance de l’événement.

Arrêt sur image. Voici Breughel ! Le monde à l’envers et notre propre vertige. Parmi les œuvres qui marquent, Les Proverbes de Bruegel l’Ancien est un arrêt magistral. Un tableau foisonnant, drôle, déroutant, parfois cruel, qui met en scène plus de cent proverbes flamands. Une fresque humaine qui dit nos faiblesses, nos obsessions, nos travers. On y entre comme dans un labyrinthe, on s’y perd avec jubilation. Un détail retient l’œil : celui d’un globe terrestre dont la croix est tournée vers le bas. Une vision littérale du monde à l’envers.  C’est presque prophétique. Particulièrement dans le Nord, la Renaissance cultive l’amour de l’ironie et de la provocation visuelle !

Plus loin, on s’attardera pour découvrir la vraie histoire de la Belle et la bête.  Avec une œuvre qui intrigue, interroge, bouleverse. C’est le portrait de Maddalena Gonsalvus, fille de Petrus Gonsalvus, atteint d’hypertrichose, un cas de pilosité extrême.  Ce noble canarien à la pilosité spectaculaire, avait épousé une femme d’une grande beauté. Leur histoire inspira une légende qui hante toujours notre imaginaire : celle de La Belle et la Bête. Maddalena, représentée avec tendresse, dignité et une forme de fierté, rappelle à quel point l’humanité peut surgir dans ce qui dérange. Ici, aucune caricature. Maddalena est représentée comme une princesse, respectée, aimée, entourée. Une dimension profondément humaine traverse ce tableau : celui d’un père qui élève sa fille dans la dignité, malgré un monde prompt au jugement.

Et si la Renaissance avait inventé…à côté de la beauté idéale de Boticelli, la laideur moderne? Il semble qu’elle ait aussi ouvert la voie à la laideur comme langage artistique, comme outil critique, comme émotion esthétique légitime. Les artistes n’ont jamais cessé d’interpréter la réalité, de l’embellir ou de la déformer, d’en révéler les tensions.

Embellir parfois, juste pour … servir le pouvoir. Lors de cette exposition, on découvre Titien en train d’améliorer le portrait de l’empereur Charles Quint, geste qui peut s’interpréter comme une marque de respect ou de soumission. L’empereur avait tendance à garder la bouche entrouverte et le menton relâché, ce qui n’était pas très flatteur. Titien, avec délicatesse, corrige ces détails pour préserver l’image de puissance, de vertu et de noblesse du souverain. Au XVIe siècle, le portrait va bien au-delà d’une simple représentation : il devient un outil de propagande et un symbole de légitimité politique. Les monarques européens, parfaitement conscients du pouvoir de leur image, font réaliser des portraits officiels qui circulent à travers le continent. Titien maîtrise cet art, combinant réalisme, symboles et une mise en scène qui valorise l’autorité.

 ….

Mais tout au long de cette exposition, dans une véritable chasse aux stéréotypes, Bozar nous rappelle aussi avec brio que le grotesque, plus qu’un contrepoint, est parfois l’essence de vérités dérangeantes. Dans l’imaginaire collectif, Fous et bouffons ne se contentent pas de transgresser les normes, ils les piétinent allègrement. Leur allure hors du commun, où le grotesque tutoie la sagesse, ne nous incite-t-elle pas à revisiter nos certitudes ?   On le sait, Shakespeare était un grand maître en la matière.  Sujets et personnages grotesques, et même la laideur extrême, de la maladie à la luxure, comme dans les dernières salles, forcent la société à regarder en face ses propres préjugés sous le couvert du rire.  Et tant pis si elle vole la vedette à l’idéal !

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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Huit mars deux mille vingt quatre

Huit mars deux mille vingt quatre

 

Un ciel épais et lourd, un ciel gris, un ciel de mercure ondule au-dessus de la ville.

Les arbres du boulevard sont au garde à vous. Je flâne entre deux rangés de platanes en tenue de général.

Je distingue le printemps derrière un arbre, il est chaussé de baskets blanches.

C'est un jour de printemps, mais un jour où la peine est lourde à porter sur les épaules comme un ennui un jour de juillet. Le téléphone sonne. Personne ne répond. La lâcheté est parfois anonyme.

C'est un jour à l’atmosphère nitreuse. Un jour écœurant comme la fumée de cigarette qui laisse des traces jaunes au bout des doigts et qui fatigue les paupières.

Les feuilles des platanes luisent comme le creux des mains. Les poumons des arbres sont viciés, un jour viendra, ils se révolteront.  

Le vent roule derrière les maisons taillées dans le tuffeau.

L'immeuble aux portes de secours est encore loin. Un banc. J’assois ma douleur. Je sors le livre de la dame de Lusignan. Je lis :

"Et dans sa robe blanche Jeanne implore Antoine mais il n'y entendait rien..."

Il se met à pleuvoir ! Je pose le bouquin au fond du panier, avec le beurre et les œufs.  

Je lève la tête.

Une jeune personne dans une gabardine noire m'observe intriguée.

Mon regard croise le sien, inquiet et terrifié, comme celui d’un poète devant le cadavre d’un oiseau. 

 Lionel M.

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Bouleversement

 

 

 

 

Bouleversement

 

La balançoire des mots oscille dans les couleurs

de ce lever du jour, montant dans ta mémoire,

le train de ta vie entre très lentement,

ses reflets sont aveuglants.

 

Combien de temps encore s’étirera t’il dans les nuages,

avant que toutes les fourmis s’éparpillent .

 

Sur le banc des anciens réfractaires, la messe est dite

et chacun se regarde du coin de l’œil

sans sourciller.

 

Il y a bien quelques enfants, courant sur les voies,

mais les enfants seront toujours des enfants,

certains toute leur vie.

 

Et c’est ton cas, toi qui a tout inventé, mais n’a rien étudié,

il faut toujours que tu dises à tout le monde

ton ignorance si importante.

 

Mais l’heure a sonné et tu dois te lever, avec ton sifflet,

la récré tourmentée est finie,

pourvu qu’il y ait du soleil .

 

 

 

Le petit point s’agrandit

 

le 30-3-2026

 

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administrateur théâtres

Concerts

Eliso Virsaladze à la Ferme du Biéreau

À la Ferme du Biéreau : rencontre exceptionnelle avec une grande dame. On y va pour le programme, on en repart touché par l’artiste. Eliso Virsaladze, c’est le murmure souverain d’une légende.

Eliso Virsaladze est une artiste que les initiés vénèrent, que le grand public découvre parfois tardivement, presque par hasard – ce hasard dont on dit qu’il ne se trompe jamais !

Née à Tbilissi, en Géorgie, elle perpétue la grande tradition de l’école pianistique russe, héritière d’une lignée prestigieuse remontant à Heinrich Neuhaus. Formée notamment auprès de Yakov Zak, elle se distingue très tôt en remportant le Concours Schumann en 1966, après un passage remarqué au Concours Tchaïkovski.

Mais plus que les prix, c’est une esthétique qui la définit : refuser l’esbroufe, rechercher la vérité et la profondeur du son. Son jeu s’inscrit dans une filiation où la musique prime toujours sur l’ego du pianiste. On pense à Sviatoslav Richter, admirateur de ses interprétations.

Grande pédagogue, elle a formé plusieurs générations de pianistes au Conservatoire de Moscou, transmettant un art du piano fondé sur l’écoute intérieure, la rigueur et la sincérité.

Son répertoire de prédilection – Robert Schumann, Frédéric Chopin, Johannes Brahms – révèle une affinité profonde avec les mondes introspectifs, les architectures secrètes, les élans contenus.

Écouter Eliso Virsaladze, ce n’est pas assister à une performance.  C’est, loin de tout glamour, entrer dans une pensée musicale dense, habitée, en quête d’essentiel.

Lors de son récital à la Ferme du Biéreau, la grande dame du piano nous a ouvert les portes de ses secrets. Quel privilège ! Entrer dans un univers où chaque note semble naître d’un mystère. Le son explore l’intime et dévoile des terres inconnues.

Dès les premières mesures de Johann Sebastian Bach, dans la transcription de la cantate BWV 29, une architecture invisible prend forme. On a l’impression que les grandes orgues d’une cathédrale intérieure s’éveillent en nous. Puis vient le Largo de la sonate BWV 1005, transcrit par Camille Saint-Saëns : une confidence lente, une respiration suspendue. On imagine une marguerite qui s’effeuille sur le clavier, avec une infinie tendresse.

Avec Mozart, le ton change. La Sonate K.280 commence avec autorité, presque une certaine rudesse. Mais l’Adagio… ah, l’Adagio ! Il réconcilie, il apaise, il console. Les trilles deviennent soupirs, les accords se répondent comme des échos du cœur. Puis, soudain, le Presto démarre, joyeux, théâtral, dans une jubilation presque italienne, comme un clin d’œil à la Commedia dell’arte.

Vient alors Beethoven, lumineux, humain, presque espiègle. C’est inattendu. Derrière la majesté, on devine le jeu : des éclats de jeunesse, des fragments de vie. Le célèbre Rondo a capriccio op. 129 évoque une course effrénée, une énergie bondissante où les doigts effleurent à peine le clavier pour mieux s’envoler. Et quand même des effets de prestidigitation !

Mais le véritable cœur du concert bat dans la deuxième partie du récital : avec Chopin, lui que l’on attendait. Les Nocturnes deviennent des paysages intérieurs. Le Nocturne op. 27 n° 2 est immédiatement enlacé au premier. Il murmure plus qu’il ne chante. Pas de brillance de salon et des sonorités rutilantes. Eliso Virsaladze choisit l’ombre, la question, le frisson retenu. Elle sème des silences qui n’en sont pas vraiment. De ces silences naissent des rubans sonores, délicats, presque irréels.

Le charme opère. On plonge dans l’univers d’une artiste puissante, magicienne, presque prêtresse. Sa main droite caresse le temps, sa main gauche l’ancre dans une profondeur volcanique. Et soudain, la musique devient bain de beauté, traversée intime.

Les Mazurkas, elles, dansent autrement. Elles évoquent la terre, la mémoire, les jours heureux, les nostalgies secrètes. Tantôt légères, tendres ou vibrantes, elles dessinent des paysages bucoliques intemporels, des souvenirs d’un Âge d’or, baignés de lumière et de parfums d’été.

Puis, comme un éclat de rire final, la Valse brillante surgit, presque foudroyante. C’est ainsi que les grands sentiments se lancent face au monde. En bis, une Mazurka en la mineur,  nous est offerte, comme un dernier souffle.

Rien n’a été démonstratif. Tout a été essentiel. Dans une sobriété de gestes presque irréelle, Eliso Virsaladze s’efface, laissant la musique seule nous marquer. Lorsqu’elle quitte la scène, des fleurs à la main, sur la pointe des pieds, malgré les salves d’applaudissements, elle semble nous confier un secret : la vraie musique est transmission secrète, cadeau intime. Une communion dans la simplicité première. Primordial, comme le trésor de la main  tendue.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Du 3 au 10 mars 2026

-Un concert dans le cadre du Festival International Est-Ouest, pour sa 14e édition à la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve

-À l’affiche: des concerts de musique classique, des jeunes talents et des contes musicaux.

  • Lieu : Ferme du Biéreau, Ottignies-Louvain-la-Neuve.
  • Programme 2026 :
    • 3 et 4 mars : Lauréats du Concours Reine Elisabeth.
    • 5 mars : Quatuor d’Ukraine et de Russie par Musiques Nouvelles.
    • 7 mars : Récital d’Elisso Virsaladze.
    • 8 mars : Conte musical (Le roi qui n’aimait toujours pas la musique) et concert-lecture poétique.
    • 10 mars : Opéra Così fan tuttede Mozart (midzik & soir)

 

À la Ferme du Biéreau

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administrateur théâtres

HUIT mars 2026 en fête

Concerts

Héroïnes et sortilèges, ou l’éclat féminin en musique au Dolce La Hulpe Brussels

Un dimanche au Dolce, sous le signe de la liberté et de l’émotion

Ce dimanche matin de mars, le Dolce La Hulpe Brussels a prêté sa magnifique salle de spectacle à trois musiciennes passionnées.  C’était le 8 mars 2026, journée internationale des droits des femmes, et trois jeunes artistes y célébraient l’arrivée du printemps en même temps que l’audace créative du féminin.

 Dans ce havre baigné du soleil de la forêt de Soignes, non loin du Château de la Hulpe, la musique s’est érigée en manifeste passionné pour la liberté d’être, de jouer, de créer, portée par l’énergie impertinente d’étoiles de la musique : Cécile Lastchenko, Elina Buksha et Julie Delbart. Un trio libre, complice, ardent.

La scène, ouverte sur de splendides images de la renaissance du printemps et de la vie sauvage brabançonne, a servi d’écrin à un concert où chaque note vibrait d’enthousiasme partagé. Dès les premiers accords, le public a perçu la force du message : la musique adoucit les mœurs, mais elle sait aussi illustrer les luttes.

 Les artistes ont cousu un programme à la fois délicat et fougueux, hommage vibrant à la création féminine, écho flamboyant à la célèbre phrase de Christine Delmotte : « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler. »  Oui, la magie des sortilèges flottait dans l’air, chaque œuvre choisie lançant un nouvel enchantement dans la salle. Cécile Lastchenko, mezzo-soprano à la voix saisissante, captive d’emblée. Sa présence scénique magnétique, son timbre lumineux, sa capacité à passer du sourire à la passion, font d’elle une conteuse autant qu’une interprète. Dans Bizet ou Viardot, elle incarne des héroïnes libres, indépendantes, pleines d’esprit, chaque chanson devenant confidence, chaque phrase, émotion. À ses côtés, Elina Buksha fait danser le feu sur les cordes de son violon. L’énergie, la concentration et l’audace de son jeu captivent. Dans la Romanza Andaluza de Sarasate, elle offre un voyage sensoriel vers le Sud, où la virtuosité côtoie la nostalgie et où la musique semble respirer les parfums d’Espagne.Son archet magnifique est incandescent. La violoniste   possède ce brûlant soleil au fond du cœur qui rappelle la passion de Jacques Brel pour l’inaccessible étoile. Julie Delbart, elle, transforme le piano en un cœur bondissant. Tantôt discrète, tantôt éclatante, elle insuffle au trio une pulsation poétique. Sous ses doigts, les Danses argentines de Ginastera prennent des allures telluriques, le clavier devient souffle, éclat ou caresse, et la complicité avec ses partenaires se lit dans chaque regard échangé. Le programme, véritable mosaïque d’émotions, plonge l’auditoire dans une Espagne de feu et de sensualité, où chaque pièce célèbre une forme de liberté sauvage.

Quel parcours plein de flammes !  L’air de Dulcinée dans Don Quichotte de Massenet  a lancé d’emblée une déclaration d’indépendance espiègle, puis surgit l’irrésistible Carmen, éternelle icône d’émancipation, avec « Près des remparts de Séville ». Elina Buksha irradie la salle de la Romanza Andaluza, concentré d’élégance et de nostalgie, avant que Pauline Viardot (née Garcia (1821-1910) ne s’invite avec ses tableaux espagnols. Madrid et Les Filles de Cadix, sont des éclats d’esprit et de panache. Madrid

Car c’est ma princesse Andalouse!
Mon amoureuse, ma jalouse
Ma belle veuve au long réseau!
C’est un vrai démon, c’est un ange!

Elle est jaune comme une orange
Elle est vive comme l’oiseau!

L’atmosphère se fait plus mystérieuse et poétique avec le Nocturne de Lili Boulanger, météore de la musique française, suspendant le temps dans une brume de rêve. Le public se laisse ensuite emporter par Les violons dans le soir et la Danse macabre de Saint-Saëns, la poésie du folklore espagnol chez De Falla, la fierté gitane, la sensualité, la mélancolie. Enfin, les Danses argentines de Ginastera font vibrer la salle d’une énergie inédite, sous les doigts inspirés de Julie Delbart. Et pour conclure ? La Bohémienne la plus célèbre de l’opéra s’impose naturellement: « Les  tringles des sistres tintaient… » et la célèbre Habanera de Carmen. L’amour est un oiseau qui n’a jamais connu de loi…

Ces trois musiciennes partagent plus que leur art. Chacune y va de son authenticité et ensemble, elles tissent une générosité rare. Ce concert était une ode à l’émancipation, à la créativité et à la passion, rappelant à chaque instant que la musique demeure l’une des plus puissantes forces de liberté. Le public, conquis, n’a pu qu’applaudir longuement, dans l’attente de prochains rendez-vous musicaux dans cette salle très accueillante où la magie, à nouveau, prendra vie.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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Sur la route

Sur la route (1993-2015)

...et blanc comme la virginité que nous assumons" Léo Ferré 

 

Ce matin dans le ciel vagabondent des immortelles. J'ai cueilli deux nuages bleus et trois étoiles de nuit. 

Je mettrai des nuages à tes épaules des agates dans tes yeux, toute sorte de fleurs dans ta chevelure et un coquelicot entre tes lèvres.  

J’entends souvent battre ton cœur dans ma poitrine. Et je devine ton âme émeraude se lier à mon ombre quand je fonce sur les routes ensoleillées.

Le reflet de mon visage dans le parebrise c’est le tien où voyagent des souvenirs plus précieux que les trains de nuages qui roulent dans le ciel, qui roulent dans ma mémoire.  

 

Lionel M

 

 

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L'INQUIETUDE

L’inquiétude

 

« Allongé à l’ombre d’un tilleul, contemplant un ciel presque sans nuages, j’ai vu ce ciel basculer et s’engloutir dans le vide »

Jean Grenier

 

J’ai mis ma douleur en veille, et je suis sorti.

Je marche à grand pas, le trottoir défile comme un parchemin. Le ciel est gris, il y traine des nuages menaçants. Je traverse le jardin public. Il n’est jamais très fréquenté à cette heure, surtout à cette saison. 

Aujourd'hui, Il tombe un crachin désagréable qui plonge tout dans l’inquiétude de vivre.

Je sonne, j’entre, et là n’y a personne, je m’assois, je patiente. Par les vitres pénètre une lumière jaunâtre. L’ampoule du plafonnier est grillée.

Assise à son bureau, elle porte le masque de la contrariété.

Elle a chaussé des lunettes de maîtresse d'école.

Elle porte un pull qui pointe sa poitrine. 

Elle laisse tomber ses bras, et me donne sa lassitude.

- Tenez ! Je suis désolée, aujourd’hui j’ai la migraine. Revenez demain.  Donnez-moi votre cahier ! Je le consulterai ce soir.  Vous m’en ferez le résumé.

-Entendu ! alors à demain.

J’ai horreur de quitter le vide pour y retourner. La journée est détestable. Je croise un chien famélique avec un bâton dans la gueule. Le ciel gris est creusé dans le vide. Le chemin du retour est écœurant. La pluie bat le pavé, tout est nauséabond. Tout est dégueulasse. Contrarié, je vomis dans le caniveau.

 

Rentré chez moi, je dispose un vase sur le guéridon,

Un lys, un glaïeul, des iris dans une eau trouble

Trouble, comme des paroles que l’on ne comprend pas.

Lionel M.

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JOUR 49

Veille

 

Tandis que dans les eaux de la mer Noire, la seiche sentiente patiente, l’hippocampe plus royal que l’anguille des abysses, évolue dans les eaux empoisonnées à la surface desquelles flottent des algues mercurielles, et où se réfléchissent le vol d’oiseaux aux ailes d’acier traversants un ciel métallique plus noir que la stibine.

 

Par les chemins de falun que suit le chagrin planté par le clou de la mémoire

Par les murs blancs noircis par les croix de la nuit

Par les rêves que le sommeil confond avec la peur

Par les humeurs pisseuses des trottoirs qu'un regard s’en émeut

Par les vomissures sur les murs des écoles 

Par les confusions crachées par des gueules de bois dont s’indignent un passant

Par la balance dégrafant son corsage pour en faire estimer le contenu à son ami d’infortune,

Pour les amours funambules au-dessus du gouffre de l’ennui,

Pour des échanges amoureux sur un banc de fortune loin des sorties d’usine, à l’heure où rentre le mendiant aux mains d’argile et aux yeux qui implorent,

Pour l’hermine qui se dandine sur l’asphalte luisante avec égard pour l’animal recherchant sa pitance,

Par la douleur en cerne cernée et les paupières fardées à l’égyptienne,

Par les couronnes de l’aube et de l’aurore retrouvées sur les chemins lumineux qu’ouvrent les étoiles noires,

Et par l’étincelle crevant la dimension curieuse du ciel

Je te salue

Carnallite

Minerai dont les chiens ignorent la couleur de la parure, puisque le pourpre n’est peut-être qu’un os.

 

Lionel M.

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Le gâteau

Le gâteau

 

Derrière les draps de carnaval

le monde entier est en délire,

Il fête la mort avec la guerre,

en partageant le dieu dollar,

Tout ce qui n’est de ton côté

est un rebus, un encombrant,

Seul le présent, étant coté,

est un élu du bon côté .

 

Tous les manants dans l’ombre

ne brilleront jamais.

 

Derrière les draps de carnaval

il y a eu les chercheurs,

ils sont partis des vielles terres

Chasser les plumes de leurs mémoires,

tous ces cowboys, sonnant la trompe,

gardent en leur sang la même couleur,

En repoussant ce qui n’est blanc,

c’est leur grand jeu avec l’IA.

 

Tous les manants dans l’ombre

ne brilleront jamais.

 

Derrière les draps de carnaval

certains n’adhèrent à ce massacre,

Car ce gâteau n’est à leur goût,

A l’horizon, leur espérance

n’est pas en or dégoulinant,

ni des objets tout en diamants,

Traduire en mots et en peinture,

leurs sentiments leur suffit bien.

 

Alors certains étant dans l’ombre

brilleront bien le jour venu.

 

Le 22-3-2026

 

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Découverte

Paul LAMBDA ou  "Le désespoir avec modération"

"Bouffées d'amour et renvois sucrés"   (...)

"A apprendre par coeur et déclamer sous sa douche"(...)

"Convient aux enfants et aux pandas"(...)

"Date d'expiration 31/12/2099."(...)

 

                         "Bienvenue étranger ! Nous nous regardâmes interloqués . Qui de nous deux avait parlé ?".

 

PS : " C'est agréable de faire court. C'est un peu secouer la tête, le porte-plume et constater que des dizaines,des centaines de petites histoires ou de pensées s'éparpillent tout autour"

        ( Henin-Miris : " Zadigacités" .).

                            

                           Découverte des lectures de Sylvin Cotton : " Le carnet et les Instants" .

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                               

 

                                                                                                                                                                                                                                                                 

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administrateur théâtres

Concerts

Aimez-vous Brahms? Un trio à Rixensart

Depuis plusieurs saisons déjà, la Balade musicale de Rixensart fait rayonner la musique classique au cœur du Brabant wallon. Un rendez-vous devenu précieux pour les mélomanes : intime, chaleureux, exigeant. Partie intégrante d’une recherche. Au sens proustien? Et pourquoi pas!

La saison touche à sa fin… et quelle finale en perspective : le 19 mars, la 13e édition du festival refermera son écrin sonore avec une ultime soirée qui promet d’être aussi élégante qu’émouvante. Elle accueillera à l’Église St Sixte l’Orchestre de la Fondation Arthur Grumiaux sous la direction de Luc Dewez avec des artistes confirmés :  Pauline Van der Rest, violon ; Eugeniusz Wawrzyniak, orgue; Cécile Lastchenko, mezzo. Ce sera un ultime chapitre de cette belle et heureuse traversée musicale. Après une soirée qui s’annonce intense, nul doute que le public de Rixensart reviendra la saison prochaine, y rechercher encore et encore, ces moments privilégiés où la musique semble parler la langue de nos plus secrètes émotions.

Mais revenons un instant à l’extraordinaire soirée du 19 février dernier. Cette avant-dernière escale musicale avait des allures de constellation.

Trois compositeurs: Rachmaninov, Anton Arensky, et Brahms.

Trois interprètes: Valère Burnon, piano; Hawijch Elders, violon, Joao Pedro Gonçalves, violoncelle.

La violoniste Hawijch Elders déploie un violon lumineux et intensément expressif. Son archet respire avec la phrase musicale, tantôt fougueux, tantôt d’une tendresse presque murmurée. À ses côtés, le piano de Valère Burnon structure l’espace sonore avec une intelligence musicale impressionnante : tour à tour architecte et poète, il fait jaillir les couleurs du clavier avec naturel et profondeur. Quant au violoncelle de João Pedro Gonçalves, il apporte au trio cette voix chaude et profonde qui ancre la musique dans une humanité vibrante….

Et entre eux, tout l’esprit du romantisme, et ce miracle si rare en musique de chambre : une cohésion absolue alliée à une expression individuelle éclatante. Beau paradoxe, n’est-ce pas ! Dans ce trio affirmé, la musique est dialogue d’égal à égal : les voix se croisent, s’écoutent, se répondent. Quel souffle. Quelle énergie partagée dans une salle qui écoute ce trio plein de caractère et  savoure le plaisir des yeux et des oreilles.

Dans la première œuvre du programme , Le trio élégiaque N° 1 en sol de Rachmaninov, les retours du thème principal agissent comme un apaisement. Les légères frictions des archets du violon laissent au piano toute sa substance. Les sonorités enflent, crescendo. On dirait que l’humain s’accroche viscéralement à la vie… avant que ne sonne une sorte de glas…L’atmosphère se fait sombre, puis soudain lumineusement sereine. Et la salle d’exploser en applaudissements.

La seconde œuvre: Le trio N°1 en rémineur op.32 d’Anton Arensky déploie d’abord des arabesques joyeuses, presque comme dans les comptines enfantines. Mais très vite surgissent les questionnements de l’adolescence, ses bouillonnements et ses élans. Quelques phrases musicales glissent même vers un humour malicieux.

La violoniste expose d’abord les émotions. Le violoncelle les recueille. Le piano les déploie dans un jeu lumineux. La fougue devient intense, presque nostalgique. On pense alors à l’Ode to a Skylark, ce poème romantique anglais de Shelley,  où la joie pure, l’ivresse de vivre, frôlent la mélancolie.

Soudain le scherzo fait danser la musique, avec impertinence ,comme au carnaval. Puis surgissent des sonorités inattendues : une valse moqueuse, des accents espiègles, on pense à Gershwin. Mais l’émotion atteint son sommet dans l’Adagio, sortez vos mouchoirs. Le pianiste insiste sur un thème douloureux tandis que les cordes se font discrètes. Le violon reprend la ligne mélodique, puis le violoncelle la recueille avec une hésitation poignante. Et c’est lui qui aura le dernier mot. C’est de toute beauté.

La suite éclate comme un cri. Fracassant. Guerrier. Le violon devient presque paroxystique. Le trio semble se révolter.

Puis soudain s’ouvre un paysage bucolique, plein de grâce et de lumière. Le thème principal revient apaiser les tensions. Les dernières mesures respirent la joie retrouvée.

Après la pause voici le dernier trio: Le trio N° 1 en si majeur op.8 de Brahms.

La musique devient alors véritable storytelling. Tout commence par une berceuse douce, pleine de langueurs et d’amour. Peu à peu, cette douceur se transforme en profession de foi : une humanité qui ne se laisse pas abattre. Le thème initial revient alors, brûlant de confiance et de liberté.

Un instant suspendu. Peut-être la fameuse note bleue. Le mouvement suivant plonge dans une tendresse absolue. Les cordes semblent pleurer doucement tandis que le piano fait flamboyer des accords sombres. Le tempo se ralentit presque à l’extrême. La musique devient une lente construction de rêverie, ou d’une prière secrète.

Il y a vraiment de l’infini dans ce trio.

Puis vient le retour sur terre : un rythme syncopé exulte et peint une joie de vivre éclatante. L’élégance des artistes s’accorde à une vitalité presque aventurière. Éblouissant le final.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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Impressions

Impressions

 

Au lit défait de l’aventure,

Le soleil luit sur le midi,

La balançoire de nos désirs

Monte et descend dans les amours

Et sur le pont du roi Jadis

Nous remontons un peu le temps,

Au bord du lit les oies se posent

Quelques péniches les saluent

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

Après-midi sur le canal,

Aux impressions si souriantes,

Chacun en soi prend du plaisir,

La liberté des chats, du chien,

Coule en reflet en nos mémoires,

Dans les douceurs et les couleurs,

Une toscane, cyprès du ciel

A l’horizon pins parasols,

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

Au lit défait des heures lentes,

Comme un matin rideaux fermés,

Les rêves passent tout éveillés

Dans la rondeur d’un doux tempo,

Nos cœurs battant les derniers pas,

La vérité est dans nos veines,

L’ âme le sait et nous le dit

Dans le refrain de la chanson

 

Et les mots du moulin

S’endorment dans les livres

 

le 26-10-2025

 

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La tondeuse verte.

 

Ce texte oublié dans un mauvais dossier,  ressort à la lumière de 2026,

je l'ai écrit en 1977,   il y a donc 49 ans. 

Certains paragraphes semblent prémonitoires ! surprised

 

J'attend vos commentaires.  Merci à toutes et à tous.

 

La vieille tondeuse - Été 1977

 

 

L'aube était là, fuyante derrière un brouillard léger, comme une fumée de cigarette poussée par le vent. Antoine était réveillé depuis un moment, il n'attendit pas la sonnerie du réveil et se leva pour se diriger vers la cuisine ; rien de tel qu'un grand bol de café avec quelques tartines de confitures pour commencer la journée. Mais ce matin là, le café resta dans la tasse. Antoine enfila un pantalon et un pull puis sortit dans le jardin. Il habitait en bout du village, un corps de ferme hérité de ses grand-parents. Quelques maisons étaient habitées par des retraités adorables, toujours prêt à rendre service. Antoine les connaissait depuis bien longtemps. Il venait souvent, quand il était enfant puis ado, vivre à la ferme pendant les vacances. Les ruelles du village n'avaient aucun secret pour lui.

 

Il déverrouilla la porte et sortit dans ce matin brumeux mais déjà chaud ; direction l'étang « du haut » au bout du vieux chemin. Tout en marchant vers ce petit coin de paradis, il se mit à penser à son grand-père, un gentil papy un peu râleur mais toujours en train de raconter des bêtises, ou à apprendre tous les petits détails de la vie que tu ne trouves pas toujours dans les livres.

 

  • Sais-tu ce que tu dois toujours avoir dans tes poches si un jour tu pars en randonnée pour la journée ? Mis à part bien entendu une gourde d'eau, deux pommes, un morceau de pain et quelques sucres ?

  • Heu non pas vraiment ! Une boussole peut-être ?

  • Oui c'est bien mais encore faut-il savoir s'en servir ! Je t'apprendrai. Dans tes poches ou ton sac tu dois toujours avoir quatre choses: un briquet/allumette, aussi appelé briquet permanent. Par simple frottement il fait des étincelles et peut s'allumer 8 à 10.000 fois. Puis il te faut une pelote de bonne ficelle, un couteau... pliant ça va de soit, et multi lames si possible, et un sifflet à roulette.

  • Un sifflet ? Pourquoi ce jouet ?

  • Ce n'est pas un jouet, il faut un vrai sifflet, comme les arbitres. Dans les bois on l'entend de loin, et si on te recherche c'est lui qui signalera ta présence, ici et pas ailleurs.

 

C'était ça le grand-père, tantôt bougon, tantôt instructeur de survie. Antoine se réveilla de ses souvenirs venus pendant sa marche vers l'étang, et continua son chemin en grignotant un gâteau sec qu'il avait chipé dans la boite en fer avant de quitter la maison. Plus il avançait vers son but, plus il se sentait intrigué et sur le qui-vive. Cette forêt qu'il n'avait pas revue depuis bien longtemps, vingt cinq ans peut-être lui semblait étrangère : elle avait changé. Il s'arrêta et écouta. Rien ne l'intrigua, rien tout était silencieux et calme. Il reparti lentement vers la forêt de châtaigniers à la recherche d'un écureuil roux, il y avait toujours un ou deux couples qui sautaient d'arbres en arbres, ou plutôt de tronc en tronc, rapides comme l'éclair ils avaient vite fait de disparaître remplacés par d'autres, dans ce théâtre vivant qu'était la forêt il restait souvent assis à regarder leur manège. 1)

 

 

Antoine sortit de ses pensées et, en caressant le tronc de l'arbre, le dossier d'un client compliqué (que ce soit le dossier ou le client), le ramena mentalement au « boulot ». Bouleau / boulot ! Il se prit à sourire à l'association d'idées, mais le charme était rompu, la forêt de dossiers avait remplacé la forêt d'arbres verdoyants. Les téléphones sans fil et leurs batteries en bandoulières, les ordinateurs, les mail, les fax, tous ces « outils » qui en définitive mangeaient le potentiel temps d'humanité, c'était la vie de toutes et tous en ville, pensa Antoine. Il s'aperçut que malgré le changement de lieu, cette vie trépidante reprend très vite le dessus sur l'essentiel, le moment présent, et il avait l'impression de se trouver dans une salle de cinéma en train de regarder deux films sur le même écran.

 

Que se passe t-il autour de moi ? Dans ma ferme ? pensa Antoine. Et comme s'il avait besoin de vider un trop plein d'énergie il se mit à parler tout seul.

 

  • Je ne comprends pas... J'ai l'impression d'être devenu sourd, tout semble lourd et étrange.

 

Ces pensées troublaient Antoine depuis un moment, il n'avait pas d'explication rationnelle. Quelques minutes après, il aperçut l'étang « du haut », comme les gens le nommait, brillant comme mille diamants sous le premier soleil du matin. Les années avaient passé et la longue alignée de peupliers avait doublé de volume. Les arbres n'avaient pas souffert des récentes tempêtes. Il mit les pieds sur la chaussée, où gamin puis adolescent, il posait ses cannes à pêche pour attraper les gardons de l'étang et les gougeons venant des ruisseaux. Antoine retrouva très vite le gros rocher plat qui souvent servait de table pour le casse-croûte. Il s'assit et sursauta quand un poisson bondit hors de l'eau pour, sans doute, échapper à une grosse perche qui le chassait pour son déjeuner. Trente ans, peut-être plus... Plus de trente ans étaient passés depuis la disparition des grands parents, trente ans pour le grand-père et trente ans et quelques mois pour la grand-mère ! A croire que l'un sans l'autre, la vie sur terre n'avait plus d'attrait. Depuis leurs départs, Antoine revenait à la ferme cinq ou six fois par an pour seulement deux ou trois jours. C'était trop court pour aller en forêt ou au bord de l'étang. Alors il se contentait de respirer l'odeur de la maison avec sa grande cheminée en pierres, les granges qui sentaient encore le foin séché, quelques petits boulots d'entretiens, une balade dans les alentours, sans oublier de discuter avec les voisins qui avaient repris la ferme de leurs proches. C'était bon de passer quelques heures à refaire le monde. Mais le temps passant vite, Antoine devait toujours repartir le lendemain ou le surlendemain pour Limoges. Aujourd'hui, c'était différent ! Il était en vacances, fatigué de tous ces conflits avec les collègues, ainsi que l'administration qui semblait prendre un malin plaisir à compliquer les choses au lieu de les simplifier.

 

Un jour Antoine avait acheté un jouet pour le fils d'un copain : un taxi en tôle avec un moteur électrique. Les jouets avaient tous ou presque des moteurs à piles, fini les moteurs à clés. Il se surprit à sourire de la pensée qu'il venait d'avoir : « quand nos voitures seront-elles électriques ?  Antoine se mit à rêver. Bientôt les voitures à essence auront des moteurs électriques comme les jouets. Un petit robot tondra la pelouse à ta place et un autre servira une drogue douce devant la piscine pour t'empêcher de réfléchir.   Stop pensa Antoine.

2)

 

Il était en vacances... bien décidé à dormir et à se balader dans la propriété, SA propriété désormais, mais aussi se balader dans celles des autres, car ouvrir une barrière en bois en la refermant derrière soi, ce n'était pas très compliqué, pas besoin de boîtier à boutons pour l'ouvrir et la fermer. A la campagne c'était une question de confiance entre le propriétaire du champ et le promeneur, lui avait dit la grand mère un jour de cueillette des champignons. Si tu oublies de fermer la barrière, les moutons ou les vaches, qui sont au prés, trouveront la porte et se sauveront, l'herbe étant toujours meilleure chez le voisin.

 

Antoine passa le reste de la matinée à faire le tour de l'étang du haut, puis dans les forêts de chênes et de châtaigniers où poussaient girolles et gros cèpes, que la grand-mère se dépêchait à mettre en bocaux pour les futures omelettes ou pommes sautées. Curieusement, il reprit le chemin de la ferme la boule au ventre. Un sentiment de perte et d'abandon le tourmentait sans cesse. Le retour vers la ferme fut très rapide. Quelque chose le poussait à entrer entre les murs épais et protecteurs, d'allumer un bon feu, comme ça pour le plaisir, d'entendre crépiter le bois sec et admirer les flammes dansant dans l'âtre avant de s'échapper en fumée par le large conduit. La ferme revivait avec cette fumée sortant en haut du toit et, Antoine en était convaincu, les voisins disaient : – Tiens le Toine est là !

 

La nuit fut compliquée et agitée sous les draps et dans sa tête. Antoine ne comprenait pas pourquoi il avait ressenti ces grands moments de solitude à l'étang, dans les forêts et dans les champs. Pourquoi ???? Le téléphone sonna sur la table de ferme en merisier le rappelant que son monde était bien loin... de l'autre côté du village.

 

  • Allô ! … Salut Georges .... Non, je n'ai pas oublié mon ordi ! Oui oui ce dossier est bouclé. Et non non et non, je suis en vacances à la ferme, et tu le sais très bien ! Tu connais le mot vacances ? Ecoutes-moi Georges, tu oublies mon adresse, tu oublies mon numéro d'urgence et s'il y a le feu, tu fais le 17. Bonne journée à toi et à l'équipe. Clic !

 

Ce n'était pas le jour, mais au moins c'était clair, net et précis.

 

Antoine ne voulait pas se laisser envahir par cet sentiment inconnu de la veille et qui lui échappait. Il prit sa douche, puis le café avec des tartines de confiture et se rappela les recommandations du grand-père ; dans le petit sac à dos, il mit deux pommes, une bouteille d'eau en plastique, un morceau de pain, quelques sucres dans une boite en fer dégotée dans un placard de la cuisine, puis chercha une pelote de ficelle dans le petit atelier. Il manquait le couteau. Le couteau pliant ! Il chercha partout dans la cuisine, pas de couteau pliant. Pourtant il fallait respecter la liste, Antoine avait l'impression que c'était important ; il ne devait pas déroger aux recommandations du grand-père. Rien dans le tiroir de la table de ferme, rien dans ceux de la cuisine, que des couteaux normaux. Antoine s'agaçait. Il posa les fesses sur un petit tabouret face au bout de la table, la place habituelle du grand-père et vit : le tiroir du chef comme disait la grand-mère pour faire râler son homme. Il l'avait oublié ce tiroir de bout. Antoine l'ouvrit presque respectueusement. Il ne l'avait jamais fait. Il fouilla et découvrit divers petits couteaux pour les légumes et champignons, un vieux briquet

à essence sans sa molette, des boutons de veste de chasse, un doigt en cuir avec un lacet (pour les blessures sans doute), quelques stylos, un petit carnet, un permis de chasse, une multitude d'objets inconnus et puis, plié dans un mouchoir, un couteau suisse avec une étiquette... Pour Antoine !

 

Une larme coula sur sa joue, les années étaient passées comme passent les nuages un jour de grand vent et Antoine n'avait jamais ouvert ce petit tiroir… Merci papy !

 

Sac sur le dos, Antoine reprit le chemin de l'étang du haut bien décidé à comprendre cette angoisse qui lui avait gâchée sa journée d'hier. Il ralentit le pas, attentif à son environnement. En passant devant la petite fontaine à dévotions conduisant à un point d'eau pour les animaux, rien ne sembla le troubler, c'était calme. Il s'arrêta et regarda au fond de la petite fontaine Saint Rock surmontée d'une croix en fer qu'il avait toujours connue. Quelques pièces brillaient un peu dans l'eau, à croire que quelqu'un du village était venu nettoyer le fond. Antoine sortit son portefeuille. Il attrapa une pièce égarée dans la pochette puis la jeta dans la fontaine et instinctivement, comme il avait vu faire la grand mère des dizaines de fois, il marmonna une prière et mentalement fit le signe de croix (s'il te plaît Saint Rock, fais moi comprendre pourquoi j'ai le sentiment d'être un étranger chez moi, merci). La grand-mère devait rigoler, pensa Antoine.

 

Dans le milieu de la matinée, après avoir erré de l'étang à la forêt de chênes, puis des grands prés fraîchement fauchés de ce beau blé doré, il avait fait la rencontre de François, un habitant du village venu lui aussi respirer l'air de la forêt. Les échanges furent brefs car ce dernier n'était pas bavard, les villageois le nommaient « le taiseux » c'est tout dire sur ce personnage qui malgré son apparence était prêt à rendre service au moindre problème. Il était tout et son contraire le François !

 

La matinée touchant à sa fin, Antoine envisageât de s'arrêter manger une pomme avec un morceau de pain. Adossé à un arbre centenaire, il repensa au taiseux. Il est vrai qu'en sa compagnie c'était le silence le plus complet. … Le silence le plus complet ! Antoine arrêta de croquer la pomme et écouta la nature autour de lui.

 

Au bout de deux ou trois minutes, il entendit un insecte dans le buisson épineux, un bourdon certainement. Il resta ainsi de longues minutes à écouter la forêt, puis changea d'endroit et traversa le pré où, des années au-paravent, Monsieur le Maire faisait paître son troupeau de moutons. Antoine se planta au milieu du pré et attendit, il voulait entendre ce qu'il était venu chercher : les grillons, ces cri cri cri stridents et rassurants sur la journée ensoleillée à venir. Il se souvenait qu'après avoir trouvé leur trou, il s'amusait avec les copains à les faire sortir en les taquinant à l'aide d'un brin d'herbe. Le grand-père, lui, les attrapait pour aller à la pêche. En dix minutes, il en avait une pleine boite, une vieille boite en fer de médicament pour la toux.

 

Mais aujourd'hui, rien, rien de rien, où sont-ils passés ? Il marcha de long en large dans le pré et en entendit deux ou trois, c'est tout… Antoine commença à ne plus aimer cette solitude, tout semblait sans vie et il ne s'expliquait pas encore ce silence. Il se dirigea vers la mare aux grenouilles. Elle était bien là, enfin ce qu'il en restait, entourée de fougères et de plantes qui devaient aimer avoir les pieds dans l'eau. Mais point de grenouilles, disparues, plus de chant, ni de « floc » quand elles sautaient dans l'eau à l'approche du danger. Le pic-vert, les moineaux, les araignées d'eau, les libellules sur l'étang et la mare, les papillons jaunes, rouges, les mésanges, les rouges gorges....tous disparus ou presque ! Antoine en vit un qui passait haut dans le ciel bleu, un petit, un moineaux sans doute. Il venait de découvrir son malaise et son mal être. C'était le silence ! C'était çà qui l'oppressait ! La ferme de sa jeunesse, l'étang, les forêts, les prés ? Tout avait changé.... Le vivant qui embêtait le soir sous la lampe du jardin, les dizaines d'oiseaux qui te réveillaient le matin souvent avant le coq ? Tout avait disparu, tout n'était que silence ou presque ! Antoine se leva péniblement et sentit une sourde colère l'envahir, une colère contre lui et contre ce que les scientifiques et autres gros patrons ou financiers (ce sont les mêmes) appelaient le monde moderne. Il se rappela une discussion houleuse entre son grand-père et un voisin qui avait acheté un désherbant pour les carottes : un désherbant sélectif avait-il dit « il faut attendre que les carottes soient sorties de terre et on passe le désherbant ; ça tue toutes les herbes, sauf les carottes ». Le grand-père était fou furieux. Il avait viré son voisin sans plus de ménagement. Ils se sont réconciliés le lendemain derrière une chopine bien fraîche à condition que la boite de traitement anti-herbes-folles passe à la poubelle !

 

Antoine sourit à ce souvenir, mais la colère reprit le dessus. On avait massacré son village, ses fermes, ses forêts, ses prés. Il repartit vers la ferme en se disant que lui aussi avait participé à ce carnage de tout ce qui vit sur terre. Il était furieux contre lui et contre la terre entière.

 

En chemin, il croisa un vacancier qui se dirigeait vers l'étang avec son chien en liberté. Et ce qui devait arriver, arriva.

 

  • Bonjour, c'est quoi comme race votre chien, un chasseur ?

  • Oh non, Il est coupé avec un beagle et un corniaud. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

  • Une quoi ? Une mouche ? Encore faudrait-il qu'il y en ait ! Vous trouvez qu'il y en a beaucoup d'insectes autour de nous ? Sincèrement, répondez-moi ! Et les oiseaux ? Vous en entendez beaucoup gazouiller dans les buissons et en haut des arbres ? Je viens depuis plus de 40 ans dans la ferme de mes grands-parents, et dans l'absolu, il y a d'avantage d'insectes à la campagne qu'en ville, les oiseaux s'en nourrissent, mais là... il n'y en a plus ou presque. Et les poissons dans les ruisseaux ? Disparus aussi pour certaines espèces. Avec mon grand-père, on attrapait des gardèches, des saies, je n'en ai pas vu un seul ce matin.... Les grenouilles dans la mare en bas avant l'étang ? Plus de grenouilles ! Il y avait des écureuils mais depuis presque trois jours que je suis là, je n'en ai vu qu'un couple, enfin j'espère que c'est un couple. Pardonnez-moi je vous gâche votre séjour mais je suis agacé et triste d'en prendre seulement conscience cet après-midi ! De nos jours, les hommes sont devenus dépendants des machines et je viens de me réveiller de ce cocon dans lequel on nous emprisonne en riant. Les moutons de Panurge, vous connaissez ? Voilà ce que nous sommes devenus. On obéit, on achète, on paye, on remplit les placards, et aujourd'hui, en l'an 1977, on ne veut plus rien foutre... Il faut des robots, des téléphones à piles, des jouets électriques ! Et pourquoi pas des vélos, des voitures, des 5) avions, des camions, des patins à roulettes ? et les chaussures hein ? Çà serait chouette ça, des chaussures à piles ou à batteries !

  • Mais c'est normal monsieur c'est le monde moderne.

  • Le monde moderne ? C'est ça le monde moderne ? Antoine devint rouge de colère. Ah ils veulent le silence même à la campagne ? Ah ils ne veulent plus entendre les oiseaux ? C'est ce que l'on va voir ! Faites attention à votre chien monsieur, il y a plein de vipères dans les murs de pierres autour de l'étang et dans les murets des prés.

  • Ah bon ? des vipères ? Tango, Tango, viens là mon chien, nous remontons à la voiture. Bonne journée monsieur, et merci de m'avoir prévenu.

 

C'est ça mon gros, pensa Antoine, les vipères ont fait comme le reste, elles ont disparu. Antoine reprit son chemin, le silence était pesant ; alors, il se mit à chantonner pour masquer cet absence de bruit, de vie. Il repensa au jouet japonais acheté pour le fils de son pote. Deux piles et en avant jeunesse, la voiture file tout droit vers le mur, le bute et part en marche arrière tout en changeant de direction grâce à la roue jockey, puis elle tape le pied de la table, repart en marche avant et ainsi de suite. Pourquoi ne pas adapter ce système à une tondeuse, pensa Antoine ? Achetez la tondeuse non-stop hurla t-il ! Ras le bol du silence, il voulait du bruit, sans doute pour se venger de lui-même, mais il se tut, s'arrêta et se rappela de la vieille tondeuse du Grand-père. Où était-elle passée cette vieille bécane qui puait l'essence et l'huile brûlée ?

 

Qu'est-ce que le grand père en avait fait ? Et tout l'après-midi Antoine fouilla les granges, déplaçant les vieux meubles, les planches, des vieux lits de coin.... mais rien, pas de tondeuse. Il ne l'a quand même pas descendu à la cave ! Non, rien non plus à la cave, à part des toiles d'araignées. Alors elle est au grenier, pensa Antoine, mais comment a t-il fait pour la monter ? Nous verrons demain, ce soir c'est bon la journée à eu son compte de pensées négatives.

 

Le lendemain après un copieux petit-déjeuner, il remplit à nouveau son sac et en rangeant les fruits, il se rappela les recommandations du grand-père. Il était interdit de se promener sous les poiriers dans la journée car il y avait des guêpes et des frelons qui s'invitaient au repas. C'est pour cela que la grand-mère allait en faire la cueillette les matins avec le lever du jour. Ce fut en croquant la poire bien juteuse qu'il s'aperçut que, la veille, il avait désobéi aux recommandations du grand-père en allant cueillir les poires en fin d'après-midi, et sans être nquiété par les insectes. Sa journée d'hier lui revint en mémoire, tout lui revenait après cette nuit sans sommeil......les scarabées bleus, les coccinelles, les libellules, les écureuils, les araignées d'eau, les pic-verts, les moineaux, les bouvreuils … disparus. Sa colère remontait doucement. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il vivait dans un monde d'argent, pas dans le monde des vivants, des gens ordinaires, des éveillés en définitive. La vie simple n'existe plus, se dit-il. Le monde moderne a tout pourri, tout délavé, tout tué ! La tondeuse.... où était cette fichue tondeuse à essence ? Dans le grenier ? Il monta les escaliers et ouvrit la porte qui donnait sur une petite chambre, le grenier étant derrière. Il y était monté deux ou trois fois dans sa jeunesse mais il faisait sombre et ça sentait le vieux comme disait la grand-mère. Aujourd'hui, l'odeur était la même ! Un grenier plein jusqu'aux tuiles, des cartons de vieilles vaisselles, 6) des miroirs cassés, des tuyaux en zinc, des valises pleines de vêtements, des armoires sans portes, mais pas de tondeuse ! Et puis... Antoine n'avait pas remarqué qu'il y avait des sous-pentes condamnées de chaque coté du toit. Soudain, il vit une ficelle qui dépassait d'une planche. Il tira sur cette dernière et une petite porte s'ouvrit. La tondeuse était planquée derrière avec, cerise sur le gâteau, un fusil de guerre, probablement largué par les Anglais en 1944 !

 

Antoine descendit la tondeuse dans la grange et sortit la caisse à outils du grand-père. Il n'était pas un pro en mécanique mais ces petits moteurs n'avaient pas de secret pour lui ; changer la bougie, les filtres et joints du carburateur, de l'huile pour motoculture, un peu d'essence pour nettoyer les pièces et de l'essence propre pour le réservoir, Après avoir établi la liste des pièces nécessaires, il ferma la grange laissant la tondeuse en pièces détachées sur la grande table de batteuse, et direction la petite ville de Saint-Léonard où il était certain de trouver ce dont il avait besoin.

 

Ah ils voulaient le silence, les allées bien propres comme le plancher du salon, ils ne voulaient plus d'abeilles et de guêpes, ça pique ces bestiaux-là, ni d'escargots, çà bouffe les jeunes pouces alors, on utilise de la poudre ou des granulés. Antoine était toujours très en colère contre la société dans laquelle il vivait, il râlait tout seul dans la cour de la ferme maudissant son aveuglement sur le changement radical de la nature. Après avoir réparé la tondeuse et certain de la faire redémarrer dans un bruit d'enfer, il irait tondre l'herbe de la cour. Il se ferait critiquer par les voisins, c'était certain, mais pourquoi ne pas inviter ses quatre copains fermiers et éleveurs autour de la table, et leur proposer de monter un dossier de culture bio pour toute la commune ? Jamais ça ne s'était fait, il s'occuperait de tout ce qui est paperasse administrative, rendez-vous avec l'administration, les syndicats, la presse et tous le cirque de la vie trépidante qu'il connaissait bien, et qu'il commençait à haïr. Pourquoi pas pensait-il, pourquoi pas ? Il se mit à parler tout seul, et sa colère repris le dessus ; ça ne marchera pas, ils ne voudront jamais changer radicalement d'habitudes, ils sont coincés dans le système.

 

Il émergea de ses pensées assis sur le banc dans la cour, et il entreprit de remonter le carburateur, fit le plein d'huile et, pour le plaisir, donna un coup de bombe verte sur le capot et les roues.

 

Antoine suivit les conseils du mécano et tira sur la ficelle de démarrage. Pouf pouf, il baissa un peu le starter ! pouf pouf pouf.

 

  • Démarre ma belle on va faire du bruit, démarre !

 

Pouf pouf pouf... et cette fois, la vieille tondeuse pétarada dans la cour, une fumée bleue envahie l'espace de la ferme. Hum qu'elle sent bon cette vieille odeur de gaz brûlé ! Les voisins allaient me traiter de fou, mais qu'importe, aujourd'hui c'est la fête de la tondeuse. Demain Antoine organiserait un rendez-vous avec ses voisins fermier, mais uniquement pour boire un coup. Ils amèneront leurs épouses pensa Antoine, ça fait longtemps que cette ferme ne vit plus comme avant. Il se mit à rire tout seul et poussa la tondeuse verte en criant à tue-tête la chanson de Jean Ferrat, « la femme est l'avenir de l'homme ». 7)

 

  • Allez ma belle on descend voir l'étang réveiller les truites et les grenouilles puis on cassera la croûte sur la grosse pierre.

 

A son retour vers le milieu de l'après-midi, épuisé mais heureux de sa bêtise, il rangea la tondeuse verte, ferma la porte de la grange et se dirigea vers la maison. Un tour de poignée et... porte fermée. Il se rappelait très bien avoir laissé la porte ouverte comme d'habitude, aucun risque de vol, le chien de Gilbert naviguait entre la maison de son maître et la ferme.

 

  • Qui m'a fait ce tour de cochon hurla t-il !

  • C'est nous Antoine, c'est nous, les pollueurs, les semeurs de granulés, les pulvérisateurs de poisons divers et variés. C'est bon ? Tu as tondu le prés aux chevaux ? J'espère que tu as fait le tour de l'étang et que les fossés sont propres ? Les deux fermiers étaient hilares et Antoine commençait à sentir la moutarde lui monter au nez, comme disait le grand-père juste avant de se mettre vraiment en colère, et là... il valait mieux baisser la tête.

  • Tu as bien pollué l'atmosphère avec ton tas de ferraille ? On a vu le démontage, bon boulot, et puis c'est chouette peint en vert, c'est bien pour la campagne, et ils se mirent à rire.

  • Pourquoi dites vous-çà ? Pourquoi vous foutez vous de moi ? Je suis en vacances pour trois semaines et j'aimerais bien en profiter un maximum avant de repartir à Limoges.

  • Pourquoi on rigole ? Oh c'est simple, depuis trois jours, tu parles tout seul, tu râles, tu cries, tu engueules la terre entière. Au début on a cru que vous étiez plusieurs et puis non, tu parlais à l'autre, enfin c'est toi qui le nommait ainsi. On a supposé que tu étais en pétard contre quelqu'un, et puis non, puisqu'un matin tu parlais fort dans la cour, et tu as dit : - Et toi l'Antoine tu es satisfait ? Alors on a compris. Tu rouspétais tout seul sans cesse mais vous étiez deux, l'Antoine de la ville, qui ne voit plus que les autoroutes, les fils électrique et les restaurants qui te serves à bouffer dans ta voiture, la télé, et tout le bazar des villes, et l'autre, celui qui voulait refaire le monde !

  • C’est vrai, vous avez raison, je parlais fort. J'étais et je suis encore très en colère...

  • Et bien figures-toi que tu intéresses le village, enfin ceux qui restent, une dizaine de famille dont trois qui bossent en ville.

  • J'ai compris, dit Antoine, vous voulez monter un cirque et je serai Monsieur Loyal, dit-il en colère.

  • Cré Vendiou, on dirait ton grand-père, tu es une vraie tête de mule, tu peux écouter un instant ou tu as l'intention de passer trois semaines à hurler comme un putois. 

 

Antoine se ferma dans sa coquille, mais il était ravi qu'on le compare à son cher grand-père.

 

  • Figures-toi que la petite Marie Mérigot vient d'obtenir son droit d'ouverture en bio pour ses chèvres et ses fromages.

 

Antoine, surpris, s'assit sur le vieux banc les jambes coupées, le cœur en vrac.8)

 

 

Pourquoi deux voisins qui à l'évidence se moquaient de lui  étaient là, dans la cour, à lui parler de Marie qu'il connaissait depuis seulement trois ans.

 

  • Pourquoi me parlez-vous de la petite Marie ? Je la connais à peine !

 

C'est à ce moment-là qu'un autre voisin, le Pierre, entra dans la cour un panier en osier sous le bras avec Marie et deux femmes hilares, qui embrassèrent Antoine avec affection.

 

  • Tu es surpris le Toine ? Ça t'apprendra à chanter à tue-tête que « la femme est l'avenir de l'homme »

 

Tout le monde se mit à rire et Antoine aussi bien évidemment, c'est vrai qu'il chantait un peu fort en répétant le refrain de cette chanson.

 

  • Tiens voilà tes clés, j'ai apporté deux bonnes bouteilles et une roteuse pour les femmes.

  • Ah mais avec grand plaisir, dit Antoine, il fera plus frais dans la maison, et puis il faudra qu'on fasse un repas pendant mes vacances. Mais dis moi, on fête quoi aujourd'hui ?

 

Antoine ouvrit la porte et fit entrer ses amis dans la pièce fraîche qui sentait bon les poires cueillies du matin. Antoine ouvrit l'armoire et commença à sortir les verres. Gilbert, contre toute attente, ouvrit le tiroir de bout et sortit un tire-bouchon.

 

  • Tu es surpris que je sache où est le tire-bouchons ? Quand tes parents sont partis travailler en ville, mon père a pris l'habitude de venir donner un coup de main à ton grand-père, et puis un jour il lui a dit : je ne sais pas si l'Antoine reviendra sur ces terres, mais en attendant que ce jour vienne, c'est toi qui fera aérer la maison.

 

  • C'est pour ça que la ferme ne sentait jamais le vieux comme disait la grand-mère ? C'est ton père et toi qui ouvraient la maison ?

 

Gilbert se contenta d'un hochement de tête avec un grand sourire de fierté. Antoine était ébahie. Voilà pourquoi mon père a refusé l'héritage en ma faveur pensa t-il ! Il se leva doucement et ce fut un long moment de complicité entre les deux hommes.

 

  • Bon alors, vous ne m'avez toujours pas répondu, on fête quoi aujourd'hui ?

     

  • C'est très simple, puisque à l'évidence tu aimes parler tout seul nous avons entendu quelques mots de colère que nous partageons aussi. C'est ta faute, avant hier, hier et ce matin tu as vécu comme si tu étais sur une île déserte. Alors pour une fois fermes-là mon petit Toine, et écoutes bien, ça va être très court.

     

    Gilbert se leva du vieux banc devant la cheminée, et le temps sembla continuer sa route en mode ralenti, tous le monde se regardait sans dire un mot, attendant l'intervention de Gilbert.

     

  • Voilà Antoine, nous avons un projet à discuter aujourd'hui, avec toi, avec Marie et … l'autre !

     

Le village bio allait-il voir le jour ?

 

 

Gérard BRETON - 1977 9)

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administrateur théâtres

À Cœur Joie À Bozar en mars 26

Concerts

Sunrise Mass & Adiemus

Le concert du 02 mars 2026 au Palais des Beaux-arts de Bruxelles (BOZAR) était un événement choral et symphonique d’envergure rassemblant trois cents artistes. Il s’agit d’un grand Atelier quadriennal où des choristes, venus de multiples horizons, se retrouvent après de longs mois de travail, pour faire naître une imposante œuvre collective. Organisé par la régionale A Cœur joie de Bruxelles, cet ensemble comportait près de 230 choristes sur scène associés à l’orchestre philharmonique Orfeo. À la baguette, la direction chaleureuse et inspirée d’Élise Smout pour le souffle, la cohésion et la puissance.

 Le mouvement À Cœur Joie fut fondé en France dans l’immédiat après-guerre, par le compositeur César Geoffray pour gagner rapidement toute la francophonie dans le monde.

Dans un élan profondément humaniste, les bénéfices de la soirée étaient destinés à une œuvre caritative, l’ASBL la Clé, un centre d’hébergement situé dans la commune de Schaerbeek, qui offre un cadre familial à des enfants et adolescents atteints de surdité sévère. Quel bonheur si la Musique peut aller à la rencontre de l’épanouissement personnel de ces enfants et contribuer à leur bien-être. Et quelle belle correspondance : la musique au service de ceux pour qui le monde sonore est un défi quotidien. Comme si l’art lui-même voulait rappeler que l’essentiel réside dans ce que l’on partage.

Ce programme mettait à l’honneur 2 œuvres majeures de la musique contemporaine présentées comme une première en Belgique pour un tel format. La première partie du concert était consacrée à la Sunrise Mass du compositeur norvégien Ola Gjeilo.

Composée en 2008 pour chœur et orchestre à cordes, cette œuvre propose une vision originale de la messe : moins une œuvre liturgique qu’un voyage musical et spirituel.

Quatre mouvements : The SpheresSunriseThe City et Identity & The Ground dessinent un parcours symbolique qui mène de l’espace cosmique vers la terre habitée. D’abord l’immensité mystérieuse des sphères. Puis l’apparition progressive de la lumière. Vient ensuite la cité humaine, vibrante et vivante. Enfin, l’ancrage dans une identité terrestre et spirituelle.

Les cordes installaient une atmosphère ample et lumineuse. Les voix semblaient flotter dans l’espace acoustique avec une douceur presque irréelle. La musique de Gjeilo possède le pouvoir particulier de créer des paysages sonores d’une grande pureté, proches à la fois des grands espaces que l’on trouve dans certaines musiques de film mais aussi dans l’infini suscité par la tentation mystique. Sous la direction attentive et vibrante d’Élise Smout, les choristes faisaient naître toute une architecture de lumière, délicate et enveloppante. Et dans cette cathédrale imaginaire, tant d’émotion profonde à l’écoute des diverses paroles de messe en latin. Le Kyrie, le Gloria, Tout le Credo et son cadre dramatique… Et cette prière, la plus grave de toutes : Dona nobis pacem. À ce moment-là, toute la salle est plongée dans un silence palpable. Les yeux rivés sur la Cheffe, on déborde de reconnaissance. Nommer les choses, ne les fait-elles pas exister ?    

La seconde partie du programme nous entraînait dans l’univers du compositeur gallois Karl Jenkins (The Armed Man), l’un des créateurs les plus populaires de la musique chorale contemporaine.

Ancien musicien de jazz devenu compositeur à succès, Karl Jenkins s’est fait connaître internationalement grâce à son projet musical Adiemus, où les voix chantent dans une langue imaginaire destinée à faire de la voix un instrument universel. Sa musique, immédiatement communicative, mêle influences classiques, rythmes contemporains et inspirations venues de diverses traditions du monde. Du pays de Galles à l’Afrique profonde.  Ici la grande masse chorale confère à l’œuvre une dimension spectaculaire,  portée par des pulsations énergiques et des harmonies lumineuses. C’est un splendide terrain d’expression pour la bouillante cheffe.  Les voix se répondaient en larges vagues sonores. Les pianissimi suspendaient le temps, tandis que les grandes montées orchestrales déployaient une puissance presque tellurique. Une œuvre très contrastée,  au sens premier du mot baroque. Avec une variété de styles impressionnante. Des cuivres majestueux, des percussions omniprésentes, des incursions de carillon, de xylophone, des voix de jeunes filles perlées. Des thèmes répétitifs rappelant The Lion King, des complaintes, des marches, des chants patriotiques… Et par moments, des rythmes de valse. Et une apothéose tribale cyclique en rythme syncopé, à couper le souffle.  Élise Smout conduisait tous ces artistes avec une précision fabuleuse et une générosité débordante, obtenant de ces artistes rassemblés qu’ils forment un seul organisme sonore, vibrant d’une même émotion.

Maisà deux pas du 8 mars, le concert prenait aussi, presque malgré lui, une résonance particulière avec la Journée internationale des droits des femmes en perspective. Diriger… et rester femme.

Et ce détail qui n’en est pas un : « Est-ce qu’une cheffe d’orchestre ne devrait pas porter le traditionnel tailleur-pantalon noir ? » Résolument Non ! Voilà une cheffe en séduisante robe de bal ! Fière de sa féminité, refusant de s’effacer derrière un code vestimentaire neutre. Car la musique n’est pas neutre ! Et puis, la féminité ne diminue en rien la rigueur et l’autorité musicale. Ce soir-là, elle dirigeait en robe de princesse. D’abord une somptueuse robe de dentelle noire, puis une seconde tenue, couleur parme, scintillante, accompagnée d’une coiffure digne d’une reine. Sur scène, les choristes arboraient de délicats foulards couleur lilas, comme une constellation de nuances violettes. Une palette de diversité, qui rappelle le rose de l’aube allant à la rencontre du bleu du ciel.  Et cependant, une couleur discrète, profondément symbolique.

 Cette soirée musicale aura offert, en plus de sa beauté sonore, l’image simple et forte d’une femme dirigeant plus de trois cents artistes, avec autorité, grâce… et robe scintillante. Une façon lumineuse de rappeler que l’excellence n’a pas besoin de renoncer à la féminité pour être prise au sérieux. Un rappel que les femmes ne sont pas identiques aux hommes, et n’ont nullement à l’être. Ainsi, on quitte la salle le cœur rempli de gratitude et de joie.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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ADMINISTRATEUR GENERAL

Chères amies, amis, collectionneurs et habitués de notre galerie,

La galerie fête ses 20 ans d’existence cette année 2026 ! De nombreux événements et démarches vont marquer cette année particulière…

Un grand article français/anglais de 5 pages dans la belle revue d’art international « IAM magazine » by FACEC n° 24/2025 rédigé par Dominique Lecat rédacteur en chef IAM magazine). (Voir pièce-jointe en fin de revue). FACEC-IAM MAG 24 WEBINFO.pdf

Les artistes présents pour cet événement de mars sont :

Bénédicte Lecat (Fr) via la FACEC International peintures et photographies, Luxiane Edmond (Fr) peintures, Bytro (Fr) sculptures, Patrick Lecointre (Fr) digital art sur impressions , Micka Freeman (Be) digital art sur écrans.

La galerie a le plaisir de présenter en ce début d’année quelques artistes internationaux cotés via un agent d’artistes très introduit dans les milieux culturels. C’est ainsi que l’on présente les artistes de renoms suivants : Damien Verlinde (BE), Igor Tcholaria (GE), Enyejo Bakaka (CD), Didier Masamba (CD), Raymond Tsham (CD), Corneille (NL), Pierre Bayard (BE), Abbias Ngateu (CM), Huang Yin (CN), Liu Yu Jun (CN), Don Ken (BE), Palmieri (IT) et Tuhal (CM). 

 

Vernissage le jeudi 05 mars de 18h 30 à 21h 30.

Finissage le 28 & 29 mars de 11h 00 à 18h 00.

 

Lien vers l’annonce visuelle de l’exposition du 05 mars :

https://www.espaceartgallery.eu/espace-art-gallery-vous-presente-son-prochain-vernissage-du-05-03-2026-et-son-agenda-culturel/

Lien vers le reportage photos du vernissage du 05 mars :

https://www.espaceartgallery.eu/la-galerie-a-le-plaisir-de-vous-presenter-le-reportage-photos-lors-de-son-vernissage-du-05-mars-2026/

Lien vers la page événements actuels et à venir :

https://www.espaceartgallery.eu/category/evenements/

Lien vers la présentation des espaces et des artistes :

https://www.instagram.com/espace.art.gallery/

Lien vers nouveau site Digital NFT Art Curator Belgium en 2026Mail NFT 2026.pdf

https://ea-gallery.com (en pièce-jointe infos et inscriptions… )  & https://www.instagram.com/digital.nftart.curator.belgium/

 

https://www.facebook.com/www.espaceartgallery.eu

https://www.linkedin.com/in/jerry-delfosse-espace-art-gallery/

Lien pour visionner les 234 vidéos et 103.000 vues sur YouTube

https://www.youtube.com/@espaceartgallery4966

 

Lien vers le plus grand Rooftop d’Europe !

https://www.58.brussels/

Lien vers cette plateforme touristique où la galerie est présente :

« autres activités » +  https://www.kayak.fr/Brussels.32869.guide

Lien vers le nouveau Centre d’art dans le quartier :

https://cloudseven.be/home-of-frederic-de-goldschmidt-collection/

Situé au centre-ville dans le quartier bruxellois de la mode et du design.

Lien vers Bruxelles bouge comme le prouve cet article :

https://www.visit.brussels/en/professionals/news-articles-insights/why-brussels-is-your-mice-destination

 

Bien cordialement,

Jerry Delfosse

Galeriste

*

Fondateur et propriétaire de l’Espace Art Gallery,

Les Éditions d’Art EAG & EAG Studio’s

Co-fondateur et propriétaire du réseau Arts et Lettres 3.0

Administrateur général

Président de jury pour décerner 3 diplômes d’art EAG

Membre d’un jury international à Corsica Art Fair

Membre d’un jury pour décerner 2 diplômes d’art A&L

*

Rue de Laeken, 83 à B 1000 Bruxelles – Belgium

GSM: 00.32. (0)497.577.120

eag.gallery@gmail.com

https://www.espaceartgallery.eu/

https://ea-gallery.com

https://artsrtlettres.ning.com/

&

Amedeo Arena arena.amedeo@gmail.com

Director www.amartgallerybrussel.be

GSM: 00.32. (0)475.721.272

 

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Qui es tu ?

 

Qui es tu?

 

En t’écartant du bon chemin,

vers une trace buissonnière,

Les yeux du monde t’ont regardé,

très étonnés, même incendiaires,

Qui peut comprendre,

Ce que tu dis est inaudible,

Où as tu donc trouvé ces mots

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers ?

 

Tu te sens mal parmi nous tous,

comme un mutant venu d’ailleurs,

Tu ne comprends nos habitudes

et cet argent, notre messie,

Les magasins, petits et grands

et ce plaisir d’y acheter

Et toi tu parles et dessine

ce que tu vois ou imagines

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers ?

 

En t’écartant, tu es en marge,

un marginal, un encombrant,

Pour tous tes proches, c’est la galère,

la traversée des braises blanches

sur la pointe de leurs pieds nus,

Il va falloir te mettre en cage

ele4-3-2026t te suspendre dans les airs,

en haut d’un phare, en pleine mer

 

Qui es tu ? d’où viens tu ?

et de quel univers 

 

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