Merci! Bruel… Brassens… et les autres!
Merci! …Une hygiène de l’âme
« Faut-il,
Ou non,
Inviter Patrick Bruel au spectacle « Merci ! » donné au Théâtre Le Public et concocté par ces trois magnifiques saltimbanques que sont Laurence Vielle, Magali Pinglaut, et l’extraordinaire Pietro Pizzuti?
« On passe sa vie à dire merci
Merci à qui, à quoi ? »
Pour Bruel, la gratitude polie, forcée ou dénuée de sens, est captée comme indésirable dans sa chanson poignante « Qui a le droit ? », dédiée aux « enfants à qui l’on ment ». Moment clé de chacun de ses concerts. Silence dense. Poings serrés. La chanson dénonce l’hypocrisie détestable des adultes qui dictent règles et croyances tout en trahissant, abandonnant parfois. Alors… ?
Alors, ce spectacle, donné dans la petite salle du Public, comment va-t-on faire pour y adhérer, s’y abandonner, ou y glisser notre timide grain de sel comme les comédiens nous y invitent finement ?
Ils répondent en chœur et les yeux brillants : Oui, qu’il vienne ! Question de célébrer la bienveillance, l’humilité, la joie de vivre. Ils nous invitent à une danse de l’âme. Un moment de grâce.
Ils entrent sans fracas. Ils parlent comme on cherche. Ils doutent à voix haute. Leur « labo de transition intérieure » n’a rien d’un laboratoire prétentieux. C’est un atelier de respiration. Ils prennent le mot Gratitude et le déposent au centre, comme un objet. Ils le tournent. L’examinent.
Nous voilà embarqués en altitude. Ils s’activent, débattent, expérimentent. Ce n’est ni conférence compassée, ni sermon moral. C’est une joute vive, un cabaret philosophique explosif, une dissertation joyeuse et incarnée sur les vertus de la gratitude. Eh non, Gratitude ne rime pas avec lassitude ou servitude. Elle claque comme une étincelle qui allume la lumière. Elle ouvre un espace. Elle oblige à regarder autrement. Gratitude comme résistance douce. Comme choix. Comme posture politique ? Pourquoi pas… Car dire merci, ce n’est pas se soumettre quoi qu’en dise Riccardo Petrella. C’est reconnaître. C’est relier. C’est affirmer que quelque chose, quelque part, a fait du bien, et que cela compte de façon illimitée. « Seul l’argent, clôt » entend-on dire.
La Gratitude est un ressenti qui participe à la Joie et à la paix. Pour avoir visité le cimetière d’Arromanches dix fois, silencieusement, on se sent profondément remué à cette évocation, et reconnaissant pour les 80 ans de paix, rendus possible par milliers de jeunes soldats morts sur nos côtes en 44.
La scène devient agora. Les exemples s’empilent : des philosophes antiques aux économistes contemporains. Psychanalystes, chercheurs en neurosciences : on cite, on détourne, on rit. On se taquine. Le public savoure.
L’inimitable Laurence Vielle, solaire, insuffle le rythme d’une parole poétique qui déplace les évidences.Elle dépose les mots comme des graines. Magali Pinglaut, précise et pétillante, questionne sans relâche les angles morts. Le bondissant Pietro Pizzuti, dans son ardeur, tisse les fils et embrase le débat d’une vibrante intensité. Et bouge, comme une flamme, pour nous faire bouger…
Les comédiens ne cherchent pas à convaincre. Ils cherchent à faire vibrer. À faire réfléchir sans alourdir. À ouvrir une brèche. La gratitude n’était pas un automatisme acquis, murmuré entre deux portes, mais un acte conscient. Un levier d’humanisme nouveau ?
Dans un monde saturé de revendications, de ressentiments, de colères légitimes et de fractures, ces trois-là osent poser une question presque subversive : que faisons-nous de ce qui nous a été donné ? Ce n’est nullement naïf ni mièvre, c’est vivant et audacieux. Impertinent?
Ils n’ignorent rien des injustices ni des blessures : de celle de celui qui a traversé les océans en quête d’un peu de vie digne, à celle du prisonnier qui s’aperçoit de la liberté inestimable de pouvoir écrire sur un papier… Mais ils proposent une autre énergie. Une énergie de construction. Une plénitude en mouvement.
Inviter Patrick Bruel, certes. Mais surtout, faut-il aussi inviter nos propres résistances, nos ironies faciles, notre cynisme confortable, notre indifférence.
Dans l’intimité chaleureuse de la petite salle du Public, on se sent secoué… avec douceur. Prêts à flotter parmi le chant des baleines dans un nouveau matin du monde. Et l’on se surprend à murmurer, non par politesse, mais par franche conviction : Merci.
Ça me rappelle aussi une chanson ancienne: Elle est à toi, cette chanson… toi l’étranger qui sans façons… Georges Brassens.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
À voir jusqu’au 28/02/26 https://www.theatrelepublic.be/merci
Tickets : https://www.theatrelepublic.be/merci
Photos : Gaël Maleux








































« Choisir sa vie ? »



Il s’agit d’une famille très ordinaire. L’envoi est donné le jour des funérailles de la mère du narrateur (un exquis Valéry Bendjilali) , lorsqu’il met en pratique une expérience proustienne, où le goût acidulé d’une tarte aux cerises réveille tout à coup dans le cœur de l’adulte de quarante ans, une foule de souvenirs familiaux enfouis dans sa mémoire émotionnelle. Ces souvenirs éclatent comme des bulles de réminiscences douces-amères, au fil de la remémoration de la jeunesse révolue et des occasions d’aimer évanouies dans le fleuve de la vie. Le spectateur est franchement ébloui par l’immense justesse des perceptions, la grande pudeur des propos rassemblés dans une histoire sans doute filtrée à travers le prisme d’une certaine idéalisation du passé. Boris Cyrulnik n’a pas tort quand il dit que l’on finit par caraméliser le passé pour en contenir et exorciser les souffrances. Cette écriture engage le spectateur à réfléchir à la beauté véritable du pardon, à la vertu de la communication, à l’observation bienveillante du monde. Des vertus en fait instillée par sa mère adorée… une source inépuisable d’amour.













