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administrateur théâtres

SPECTACLES

Une muse particulière … La dame à la camionnette

Conversations avec ma mère… de plus en plus amères…

EN TOURNÉE SAISON 2020-2021 Notre immense comédienne nationale Jacqueline Bir, 87 ans, s’est emparée avec Alain Lempoel, son metteur en scène, du rôle de Miss Shepherd dans « The Lady in the Van », un superbe film de la BBC réalisé par Nicholas Hytner (2015) et qui passe sur Netflix. On la comprend aisément, les éloges ont été dithyrambiques. Le film est adapté par Alan Bennett des mémoires qu’il a écrites pour la London Review of Books où il raconte une histoire de relations mère-fils haute en couleurs. Un sujet qui la passionne.

 Miss Sheperd est une sans-abri rebelle, hautaine et acariâtre qui a forcé Bennett à la laisser finalement parquer son camping-car délabré, fait-maison, devant chez lui, dans son allée, au cœur du quartier londonien réputé de Camden.  Cela durera de 1974 à 1989, au lieu de quelques semaines. Le voisinage bon chic bon genre ne rêve que de la voir partir, tandis que des vauriens rêvent de renverser le véhicule.  Cette Miss Shepherd pourrait bien être le double sauvage et imaginaire de sa propre et sage petite mère bourgeoise, très réelle, qui commence à perdre la tête et qui risque de se retrouver bientôt dans un home. Lui en profite pour se dédoubler à son tour en deux personnages : l’homme qui vit sa vie et celui qui écrit. « I live, you write, that’s how it works !»  La réalité vs. la fiction. A propos de création, Bennett réalise que l’on ne projette pas dans l’écriture celui que l’on pense être mais que c’est en écrivant que l’on découvre qui l’on est.

 La Miss Shepherd a un caractère épouvantable. Sulfureuse en diable, elle ne dit jamais merci et ne supporte pas la moindre action de type charitable. Cette femme, qui a passé sa prime jeunesse chez les nonnes, qui a été éduquée et parle français, fut même une pianiste talentueuse – et qui a fait ambulancière dévouée sous le blitz – semble devoir se défouler en s’embarquant dans son taudis à roulettes, d’une culpabilité secrète. Elle exprime dans la première partie du spectacle un chapelet sans fin de lamentations tandis que ses voisins de rue bien famée répriment difficilement leur dégoût du concerto d’odeurs répugnantes qu’elle dégage. 

 Mais si on n’a pas vu le film, on ne sait pas qu’elle en est arrivée là pour un délit de fuite suite à une collision accidentelle avec un jeune écervelé à moto. C’est ainsi qu’elle s’est retirée brutalement du monde… et des lumières de la rampe. La voilà même poursuivie par un maître chanteur, ancien flic !  Son frère l’a fait colloquer dans un asile psychiatrique … Elle en est venue à détester la musique qui était toute sa vie, la prière, en mieux. Mais il est intéressant de voir comme elle fascine celui qui l’accueille sur son terrain.  Car lui, de son côté, doit domestiquer les culpabilités qu’il éprouve vis-à-vis d’une mère étouffante en fin de vie et qu’il laissera emporter dans un home…. La clocharde au caractère de chien qui veut désespérément rester incognita, lui sert de catalyseur et de d’éclaireur sur ses inquiétudes profondes. Ah ! les magnifiques guenilles signées Ronald Beurms !

Quelques reproches s’appliquent néanmoins à une mise en scène à la fois trop proche – on ne peut pas faire du copié-collé du film de Netflix – et trop lointaine :  il manque plein de morceaux, omis on ne sait pourquoi, qui brisent véritablement la ligne dramatique. Quelle lourdeur dans l’entreprise !  Et puis, malgré toute l’admiration que l’on puisse avoir pour Jacqueline Bir, si fine et bouleversante dans les « Conversations avec ma mère », elle n’arrive pas à la cheville de la splendide Maggie Smith, tellement plus convaincante et chatoyante.  Si attachante malgré son horrible caractère ! Le débit scandé comme un métronome de notre comédienne belge devient lancinant à la longue, si pas carrément soporifique dans la première partie du spectacle fort chaotique et décousu. Bon, la seconde partie sauve enfin les meubles… au vu de l’histoire qui prend enfin forme plus excentrique et au vu des nombreuses problématiques qu’elle soulève. Ouf ! L’adaptation belge veut camper sur l’ironie grinçante et le surréalisme, tandis que la version anglaise s’avère beaucoup plus humaine… et plus plausible ! Les célèbres « Conversations avec ma mère » se poursuivent, mais sur un ton bien plus amer et pessimiste. 

La dame à la camionnette | Théâtre de Namur

Histoire vraie

La traduction française : Danielle De Boeck

Alain Leempoel : Mise en scène et adaptation

Ronald Beurms : Scénographie, décor, accessoires et costumes

La distribution :

Jacqueline Bir – Miss Shepherd ; Bernard Cogniaux – lan Bennett 1 ; Patrick Donnay – Alan Bennett 2 ; Frederik Haugness – Rufus Underwood, Médecin de Mam, Médecin de Miss Sherpherd, Rustre, Ambulancier, Leo Fairchild; Isabelle Paternotte – Assistante sociale, Médecin de Mam, Pauline, Intervieweuse, Mam’s

Première au Wolubilis : https://www.wolubilis.be/a-voir/la-dame-a-la-camionnette/

Du 29 septembre au 9 octobre 2021

Théâtre de Wolubilis
Cours Paul-Henri Spaak, 1 1200 Woluwe-Saint-Lambert Contact: http://www.wolubilis.be

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Chateaubriand, Victor Hugo, Mérimée, Rimbaud, Poussin…, autant de noms figurant à des endroits pour le moins surprenants, comme par exemple tout en haut d'un temple égyptien, sur les murs de la tour de Londres ou de Notre-Dame de Paris, ou encore dans le marbre d'une cheminée au Vatican. Mais les anonymes, galériens, prisonniers ou voyageurs, ne sont pas oubliés. Les auteurs tentent même, avec succès, de reconstituer la biographie de l'un ou l'autre à partir d'un simple graffiti.

L’étude des signes lapidaires projette ses regards sur les signes liés aux métiers de la pierre. Parmi eux se glissent d’autres marques, telles que les graffitis-signatures, parfois réduits à de simples initiales qui peuvent se confondre avec les marques de tailleurs de pierre. L’étude de ces graffitis protéiformes livre de nombreux renseignements, non seulement sur leurs auteurs, mais encore sur l’histoire du bâtiment sur lequel ils furent écrits, gravés, griffés, tracés, barbouillés, charbonnés.

De cette corne d’abondance se déverse alors un flux de questions diverses. Qui en sont les auteurs ? Quand furent-ils tracés ? Dans quel but ? Pourquoi ce bâtiment a-t-il été choisi ? Quelle identité a été dévoilée ? De quelle manière (partielle, complète) ? Pourquoi certaines époques paraissent-elles davantage signifères ? Dans cet ouvrage, nous donnons des pistes de réponse à ces questions, la connaissance des marques de tailleurs de pierre et celle des graffitis-signatures participant à une meilleure approche de l’histoire du bâti.

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http://www.safran.be/proddetail.php?prod=PREC06

ISBN: 978-2-87457-116-9 | EAN: 9782874571169
par Jean-Louis Van Belle et Anne-Sophie Brun
Coll. Précisions, 6 |  | REF. PREC06
2020 | 232 pages | 52,00 €
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administrateur théâtres

Même pas peur ?

Personne ne s’y attend mais “What’s the luck” remplace d’un coup le "f... word" pour venir convertir sous vos yeux agrandis par la surprise, la réalité glaçante de la maladie que personne ne veut nommer dans les faire-parts.

Voici que sous l’interprétation délicate et forte à la fois de Caroline Lambert - elle fait penser à une coach d’aérobic - surviennent des traces d’espoir dans un ciel plutôt bleu et apparaissent des visages de bonheur qui transfigurent à la fois l’intervenante et un public sur le qui vive. Ce spectacle éblouissant de confiance a le don de ranimer la flamme humaine mieux qu’un coureur olympique. Vous en jugerez. Ni muck ni sucks... Tout cela sous le regard d’une metteur en scène à la fois géniale et profondément humaine : Anne Beaupain.

Le voyage intérieur de la crabahuteuse - le vocable est d’Hélène Bénardeau - évoque les deuils, les péripéties génétiques, médicales, physiques, affectives et morales, que trouve sur son parcours, la femme atteinte du cancer (sein ou ovaires), ou de celle dont le gène tueur larvé risque à tout moment de s’éveiller et de débarquer dans la vie d’une victime á la fleur de l’âge. Tough luck!

Caroline, la survivante des deux, résume. Elle et Véronique, cousines germaines quasi jumelles partagent ainsi un destin commun : celui de la lutte contre le crabe, à la scène comme à la ville. Dans la vraie vie, quoi ! Et sous forme d’exercice courageux d’auto guérison artistique sur les planches de la Comédie Claude Volter. du 4 au 8 février, semaine de la lutte contre le cancer. Elle a couché sur papier ses affects les plus désespérés et les plus intimes et les interprète acec une sensibilité à fleur de peau sur la scène bruxelloise. C’est avec avec tact, distanciation, humour, bienveillance et des litres de verres à moitié plein que Caroline Lambert lève le rideau sur ses cogitations, ses colères, ses trouilles et ses espoirs grandeur nature. C’est qu’elle porte en elle, non un enfant, mais ce gène maléfique, suceur de vie. L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes sur scène et intérieur

Miracle, Caroline multiplie les exorcismes, exhume au fur et à mesure des émerveillements bouleversants devant le miracle de la vie. Pour toutes ses sœurs de pas d’chance. Chemin faisant, elle se déleste des poids morts, au bord de la tombe elle rejoint et vole dans les bras de sa cousine raflée par le crabe et balise la route pour toutes ses sœurs d’infortune.

Miracle, malgré toutes ses tribulation qui arrachent l’empathie et les rires d’un public converti, elle explose la joie contagieuse d’aimer et d’être aimée. Contre tous les vents hostiles du destin et l’absurdité de la souffrance et de la maladie. Que du vécu sublimé par l’art de dire et de jouer.

Permettez nous donc de citer ici les paroles sublimes d’une autre femme des années cancer : Hélène Bénardeau, décédée il y a 3 ans.

“Je suis juste une petite terrienne, donc faillible, comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que je vous raconte, même si je le fais en toute conscience. Mon Crabounet à moi, mon corps, ma sensibilité, mes colères, mes soucis, mes paniques, mes remèdes ne sont que les cousins des vôtres. Vous êtes seules à pouvoir apprivoiser la bête, et le dompteur magister le plus apte à vous épauler, c’est celui ou celle que vous aurez CHOISI (et non subi) parmi les p’tits soldats d’Hippocrate. “

Et voici d’autres paroles tout aussi vraies :

"... Il y a une chose, une seule, que malgré tout l’amour du monde, vous n’arriverez pas à éradiquer, à déraciner de nos cœurs... Cette chose… c’est La PEUR.

Ce sont nos peurs.Retour ligne automatique
Peur des traitements lourds.Retour ligne automatique
Peur des mutilations, des balafres indélébiles.Retour ligne automatique
Peur de ne pas pouvoir ré-apprivoiser notre nouveau-moi.Retour ligne automatique
Peur que vous ne l’aimiez plus.Retour ligne automatique
Peur de la souffrance physique.Retour ligne automatique
Peur de la souffrance morale.Retour ligne automatique
Peur de vous user à la corde.Retour ligne automatique
Peur de voir vos yeux, un jour, nous regarder partir.Retour ligne automatique
Peur de vous faire souffrir.Retour ligne automatique
Peur de plomber l’insouciance de nos enfants.Retour ligne automatique
Peur de ne pas les voir grandir.Retour ligne automatique
Peur du monde médical, qui, parfois, nous maltraite autantRetour ligne automatique
Peur de savoir que nous ne quitterons jamais le fauteuil de Denys, que le crin de cheval est fragile et que le glaive est lourd.Retour ligne automatique
Peur que vous oubliiez qu’un bonbon d’hormonothérapie, ce n’est pas un cachou.Retour ligne automatique
Peur que vous ne l’oubliiez pas.Retour ligne automatique
Peur de ces contrôles, de ces rendez-vous incontournables, qui vont désormais ponctuer nos existences et ce JUSQU’A LA FIN DE NOS JOURS.

Oui, nous allons oublier, parfois. Oui, nous allons réapprendre à l’aimer cette vie qui court dans nos veines, palpitante, impérieuse. Nous avons tout accepté POUR ÇA, pour l’amour de vous, des autres, de ce monde qui marche sur la tête mais que nous ne voulons pas quitter, pas encore ... "  

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Et tout cela au théâtre, le lieu des dramaturgies humaines, le jour et la semaine de la journée mondiale contre le cancer.
M A G N I F I Q U E autant qu’inoubliable. Même pas peur, et l'épée au poing!  Le docteur de Caroline Lambert était dans la salle. Ovation. Cinq étoiles, bien sûr !

Dominique-Hélène Lemaire  

du 4 au 8 Février

WHAT THE LUCK ?

de & avec Caroline LAMBERT

Quand j’étais petite, j’avais toujours peur de dire mon signe astrologique de peur de l’attraper. Cancer. Je suis cancer ! J’avais l’impression qu’il était déjà en moi ! En même temps, j’étais pas si bête que ça vu qu’apparemment, il y a un petit terreau !  

Caroline nous livre un récit intime et familial d’une sensibilité rare et soulevant des questions universelles. Travailler la joie avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, une invitation qui nous est lancée à travers ce spectacle dont il est difficile de ne pas sortir transformé.

Bouleversant, rempli d’espoir, teinté d’humour et débordant d’Amour !

Mise en scène : Anne BEAUPAIN

Scénographie : Valérie PERIN

Musique : Patrick PERIN

Création lumière : Sébastien MERCIAL

Le TEASER 

********************  ******************** du 4 au 8 Février 2020

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Salvador Dalí et René Magritte : deux icônes du surréalisme en dialogue

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et René Magritte. Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont étudiés et  mis en lumière. Il en ressort un authentique dialogue de potaches métissé de  compétition artistique. 

90 ans après leur rencontre...

Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).Tous deux, Dalí et Magritte s’attachent à défier le réel, à questionner notre regard et à bousculer nos certitudes. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi leurs approches philosophiques et esthétiques à travers plus de 100 peintures, sculptures, dessins et photographies...

La visite commence par une expérience immersive, la tête dans les nuages. La célèbre œuvre "Le temps menaçant" de Magritte étant absente de l'exposition, les organisateurs, quelque peu déçus, ont décidé de la recréer en images de synthèse, explique Michel Draguet, commissaire de l'exposition. Il s'agit d'une peinture que Magritte a réalisée lors de son séjour en août 1929 en Espagne, à Cadaqués, le port d'attache de Salvador Dali. Un été qui verra entrer la Méditerranée dans l'œuvre du Belge et se révélera décisif pour lui.

Tout au long du parcours, les deux icônes du surréalisme interagissent autour de thématiques qui les unissent, telles que "le rêve et l'hallucination", "les portraits", "les paysages", "dedans >< au-delà", ... Ce "dialogue de tableau à tableau témoigne d'une fabuleuse proximité dans la différence", souligne Michel Draguet. "La relation qui unit Magritte à Dali et Dali à Magritte est sans doute l'une des plus fécondes" de ce mouvement artistique.

Notez que  cette exposition se veut aussi accessible aux personnes aveugles ou malvoyantes, grâce notamment à quatre postes tactiles qui décrivent en braille des œuvres significatives des artistes, reproduites en relief. Plusieurs activités seront aussi organisées dans le cadre de l’événement.

Plus d'info | Billets

Espaces créatifs Accessibles en permanence  et gratuits. Co-créez avec Dalí et Magritte dans 4 espaces d’expérimentations artistiques, didactiques, et ludiques. Dormez les yeux ouverts! Traversez les  90 ans après leur rencontre. Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).paysages infinis : dedans et au-delà! Jouez avec les mots, les images et les illusions! Créez, superposez, en un mot, « anamorphosez »! Daliriant ou Dalirant?  

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Anniversaire des dix ans du Musée Magritte :  le 24 novembre 2019

24.11 2019

Journée festive!  Save the date! Visitez gratuitement la plus grande collection d’œuvres du célèbre surréaliste belge et découvrez la nouvelle sélection du Musée. Visites contées, ateliers d’écriture, workshops,  "Take the pose" et pleins d’autres activités attendent petits et grands!

Plus d'infos

Intro Expo 12.10 | 9.11 | 7.12 | 18.1 | 8.2

En 30 minutes, le conférencier de ce bref exposé déploie l’essentiel des faits, références et analyses qui vous permettent de savourer pleinement l’exposition Dalí & Magritte. Familiarisé avec l’univers des deux artistes, vous abordez le parcours de l’exposition à votre rythme et selon vos envies…

Plus d'infos

Image result for daliVisite-lectures:  qu’a dit Dali ?

20.10 |10.11 | 12.01 | 09.02

Visite-lectures dans l’exposition, par un trio de guide-lecteurs native-speakers : Inès della Calle, Jack Ghosez & Myriam Dom. Des extraits choisis dans les biographies de Dali et dans ses écrits, La vie secrète de Salvador Dali, Visages cachés, seront lus en français et en espagnol et agrémentés de commentaires, dans des mises en scène aussi daliniennes que magritiennes !

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Visites en famille

20.10 | 22.12 | 28.12

Venez découvrir en famille l’exposition consacrée à deux icônes du surréalisme.
Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont mis en lumière. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques à travers plus de 80 peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives.

Plus d'infos

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
3 rue de la Régence - 1000 Bruxelles
Tél.: +32 (0)2 508 32 11
Fax: +32 (0)2 508 32 32


 

 

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administrateur théâtres

Spectacle porteur et enchanteur, voici une authentique tour des vents!  La parole est au souffle épique, le récit est souffle, le souffle est la vie… On se laisse inévitablement entraîner, à part sans doute quelques récalcitrants, pourfendeurs de sophismes.  « Le porteur d’histoire » est une invitation chorale à réfléchir dans nos vies, à la part de rêve dont s’emparent tous nos récits. Et comme le texte le souligne, le récit, c’est la vie. Si vous choisissez la vie, vous choisissez le récit. Tout est fiction. Sur un ton plus grave,  « Et en ce monde, celui qui détient l’information, celui qui détient les clés du récit, celui qui sait mieux que les autres raconter une histoire devient le maître.» Cela, on l’avait déjà lu dans 1984 de George Orwell. Et George Orwell, on y est.


Alexis Michalik, le jeune auteur français primé en 2014 pour les  Molières du meilleur auteur francophone vivant et du meilleur metteur en scène de théâtre privé, s’explique : « J’ai choisi cinq acteurs : trois hommes et deux femmes; cinq tabourets, un plateau nu et deux portants chargés de costumes. Les cinq acteurs incarnent un nombre illimité de personnages fictionnels ou historiques. Au fil du récit, ils deviennent moteurs et instruments narratifs.» Quarante-cinq changements de costumes, de personnages, de cadre historique, de pays, de point-de-vue, contribuent à bâtir une tour légendaire d’histoires bondissantes,  où tout est relié. Elle se construit avec adresse sous les yeux émerveillés du spectateur. La pure fiction prend des airs de vérité car l’information est sans cesse croisée, vérifiée, historiée. Tout se tient comme dans une immense tapisserie, ou un vitrail, si vous n’aimez pas  l’image de la  tour.  La damnation de Babel en moins, car même langues et accents s’entrecroisent sans le moindre heurt ! Comme dans le Candide de Voltaire on est cerné par le rythme haletant des récits .

Deux femmes, Alia Ben Mahmoud, et sa fille Jeanne vivent dans un village perdu dans le désert algérien et reçoivent la visite d’un homme qui recherche l’hospitalité. Charmé par la découverte  de leur   incroyable bibliothèque, comme l’aède de l’Iliade et l’Odyssée, le visiteur  commence une histoire qui aiguise  d’heure en heure, leur curiosité. Elles aussi rapportent comment elles se sont  libérées de l’enfermement marital.  Une quinzaine d’années auparavant,  à l’occasion du décès de son père,  le narrateur a découvert dans une tombe abandonnée parmi des livres ensevelis, des carnets écrits entre 1820 et 1830 par une certaine Adélaïde de Saxe de Bourville…. Le jeu de piste est enclenché pour découvrir à travers l’écriture vertigineuse … des trésors d’imagination. S’offre alors  aux spectateurs, médusés à leur tour, une cascade de  perles de chorégraphie littéraire tant  mimée que  parlée.


La mise en scène impeccable par l’auteur lui-même,  transporte l’esprit entre ce village algérien de 2001, un coin perdu des Ardennes françaises,  le rêve canadien,  chez le pape à Avignon en 1348, à Paris, aux côtés d’Alexandre Dumas ou d’Eugène Delacroix, voire de Marie-Antoinette, et auprès de ceux de ceux qui firent de l’Algérie une colonie française récitant «  nos ancêtres les Gaulois » pendant plus de 130 ans… C’est tout un symbole de vie, cette quête du Graal, ce mystérieux calice  d’un arbre qui plonge ses racines dans un  monde matriarcal  aujourd’hui disparu, celui des mystérieuses  Lysistrates.   Le récit, serait-il l’antidote de la guerre ? Choisit-on la coupe ou le sabre ? The word or the sword ?  On rêve. Autre question, l’histoire, n’est-elle pas toujours  contée par les vainqueurs ? Le récit fait mouche, le coche est emballé, l’équipage, dont nous sommes, est en cavale imaginaire, quel que soit le bout par lequel on prenne l’histoire.


Ce tour de force narratif repose sur les épaules de 5 comédiens belges hors pair qui font jaillir l’étincelle du récit avec une adresse de souffleurs de verre.  Le tourbillon romanesque qui raconte les filles d’Adélaïde, est incarné par une sublime Shérine Seyad , un rêve de femme, et la très délicate Julia Le Faou. Il est  exhaussé  par la verve de  Nicolas Buysse le brillant lecteur des sources et professeur d’Histoire canadien, secondé par deux compères tout aussi créatifs et crédibles dans leurs rôles, l’un  en anti héros contemporain, interprété avec réalisme incisif  par Baptiste Blampain et l’autre, indispensable  cinquième larron de la feria, Allan Bertin, dans une valse de rôles jubilatoires dont   la flamboyance d’un Alexandre Dumas grandiose. La cohésion  des comédiens, la finesse de jeu font plaisir à voir, et mettent en évidence le lien qui unit tous les humains. Ces artistes, tour à tour, se prêtent au jeu, ravissent l’imaginaire, exaltent le pouvoir addictif de l’histoire et construisent cette tour des vents chorale dont la beauté apparaît à chaque détour,  gavée de verbe et d’éblouissantes pantomimes.


Dominique-Hélène Lemaire

  • Création
  • 15 au 25 janvier 2019
  • Théâtre Jean Vilar
  • Durée : 1h35

Mise en scène Alexis Michalik
Avec Allan Bertin, Baptiste Blampain, Nicolas Buysse, Julia Le Faou, Shérine Seyad 
Photo © Gregory Navarra Photographe 

Rencontre avec les artistes jeudi 24/01 

Introduction au spectacle vendredi 25/01 à 19h45

    

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administrateur théâtres

« 1984 » George Orwell au théâtre du Parc (Bruxelles)

Mars16, 2019

On dirait qu’après avoir extrait l’élixir maléfique de ce roman d’anticipation écrit en 1948 , Thierry Lebroux a investi le plateau avec une œuvre encore plus parlante et plus explicite … Nos jeunes, installés aux premières loges, car c’est sur eux que repose tout notre avenir, apprécieront!

D’un visionnaire à l’autre...

Si on avait la moindre tentation de banaliser le propos que Georges Orwell développe minutieusement dans son roman « 1984 », l’adaptation qu’en a faite Thierry Debroux à l’aube de la nouvelle décennie l’an 2000, brûle d’un pouvoir de suggestion et d’urgence encore plus vif que l’œuvre mère. Savamment filtrée par le mystérieux alambic du directeur du théâtre du Parc, l’adaptation retient l’essentiel et nous parle en direct et sans ambages. Elle se fonde sur notre vécu et l’observation des multiples dérives du monde abrutissant qui nous entoure. Ce ne sont plus les dérives épouvantables de l’hitlérisme et du stalinisme conjugués qui sont ici évoquées, mais celles des temps présents, que nous ne cessons de déplorer chaque jour et qui semblent projeter un horizon 2050 totalitaire, encore plus désincarné et déspiritualisé et certainement totalement déshumanisé. Le prix à payer à l’essor des technologies et de l’intelligence artificielle dans un monde hyperconnecté et à la gourmandise des puissants? Un froid glacial nous glisse dans le dos.

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Comme à la sortie du roman d’Orwell, on est à nouveau devant un faisceau d’avertissements dont on craint à juste titre qu’il soient prophétiques. Les prendrons-nous en compte, cette fois?

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Le super duo Fabian Finkels-Guy Pion a fait merveille une fois de plus. Présence théâtrale confirmée, esprit, vivacité, diction impeccable, justesse de ton, sensibilité, charisme, tout y est.Guy Pion prend habilement les habits de la « mauvaise pensée » du héros Winston, (Fabian Finkels) et sert de personnage supplémentaire à Thierry Debroux pour mettre en scène le journal intime , fil conducteur de l’œuvre d’Orwell. Coup de maître, puisque le même Guy Pion, très astucieusement vêtu du même manteau et chapeau appartenant à un siècle révolu, joue aussi le rôle d’O Brien , l’opposant au régime, ou pas… La résultante des méprises est d’autant plus glaçante. Une méprise semblable à celle annoncée dans la conclusion de « Animal Farm» (1945) la fable prophétique d’Orwell où les personnages finissent par se mélanger indistinctement dans l’esprit du narrateur. ..Et si ce splendide équipage Finkels-Pion , un véritable bijou d’art scénique, représentait par leur ensemble tellement bien huilé, l’essence charnelle et spirituelle de notre nature humaine? Quelle paire! Unique en son genre, extraordinairement vibrante et bouleversante!

De même, le formidable duo Winston -Julia (Muriel Legrand) creuse les sentiers interdits de l’amour prêt à succomber. Ou ceux de la trahison… Mention spéciale décernée au terrifiant duo mère-fille, Magda et Lysbeth Parsons, joué à la perfection par Perrine Delers et en alternance, Ava Debroux, Laetitia Jous et Babette Verbeek , aussi impressionnante que Misery, personnage de Stephen King. C’est tout dire! Pierre Longnay tient le rôle de Syme, avec conviction. La mise en scène de Patrice Mincke, alterne dialogues, chansons et les superbes chorégraphies de Johann Clapson et Sidonie Fossé. Fort heureusement, les voix humaines qui s’élèvent à travers les chants et les ballets des danseurs trouent par moment l’univers étouffant des circuits électroniques et des écrans omniprésents et convoquent notre émotion en aiguisant notre nostalgie, comme si déjà on y était, au cœur de cette détestable uchronie, où sévissent des drones de tout poil. C’est à pleurer! Et pas de rire…

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Le décor irrespirable et oppressant de Ronald Beurms est fait de monstrueux containers imbriqués au début du spectacle, dans une sorte de rubik’s cube glauque fait de métal et de bois brut comme un immense coffre-fort.

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« Morituri te salutant » Le monde ne tourne plus rond, il se bloque dans des mouvements d’abscisse et d’ordonnée, , celui d’un ordre nouveau jouant sur la verticalité et l’horizontalité ne laissant plus aucune place à la pensée, à la vie, aux courbes, à la nature, à la féminité. Les concepts sont inversés, on marche donc sur la tête. L’Amour n’est plus, vaincu par la Haine que l’on se doit de vénérer en groupes. Elle est érigée en principe de vie dès le plus jeune âge, la dénonciation d’autrui étant devenu le modus vivendi. Vivre ou mourir, quelle importance? La seule raison d’exister est de servir Big Brother ou vous êtes vaporisé. Le monde n’a plus aucune notion de paix puisqu’il est en état de guerre perpétuelle. La liberté, même celle inscrite au plus profond de nos rêves est mise hors la loi. Le langage, à long terme est appelé à disparaître, pour empêcher toute ébauche de critique du régime politique en place. L’inoffensif terme «Monsieur» est même en passe de disparaître du dictionnaire. Tout comme l’amour, le vin, la musique, les parfums et Shakespeare. C’est l’avènement d’un langage épicène visant à l’extinction de la pensée. «Big Brother »vise à ce que les citoyens soient rendus à une existence de moutons coupables, dociles et décérébrés. Happy End.

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Applaudir ou ne pas applaudir? Là est la question. On applaudira à tout rompre, mus par la pertinence et la beauté du spectacle, sa créativité parfaitement aboutie et l’élan vital et spirituel qui nous habite encore.

Dominique-Hélène Lemaire

« 1984 »

Du jeudi 7 mars 2019 au samedi 6 avril 2019

Avec : Perrine DELERS
Julie DIEU
Béatrix FERAUGE
Fabian FINKELS
Muriel LEGRAND
Pierre LOGNAY
Guy PION
les enfants Ava DEBROUX, Laetitia JOUS ou Babette VERBEEK

Ainsi que les figurants:
Pauline BOUQUIEAUX, Johann FOURRIÈRE, Laurie GUENANTIN, Vanessa KIKANGALA, Barthélémy MANIAS-VALMONT, Romain MATHELART, Franck MOREAU et Lucie VERBRUGGHE.

Mise en scène : Patrice MINCKE

Assistanat : Melissa LEON MARTIN
Scénographie et costumes : Ronald BEURMS

Éclairages : Laurent KAYE

Vidéos : Allan BEURMS

Musique originale : Laurent BEUMIER
Maquillages : Urteza DA FONSECA

Chorégraphie : Johann CLAPSON et Sidonie FOSSÉ

Crédit photos: ZvonocK

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Basée sur le roman Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell (Copyright, 1949), avec l’accord de Bill Hamilton, ayant-droit du patrimoine littéraire de la défunte Sonia Brownell Orwell.

Une coproduction du Théâtre Royal du Parc, du Théâtre de l’Eveil et de La Coop asbl.

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administrateur théâtres

Les mystères de la diplomatie

LE CHEVALIER D’ÉON

Du jeudi 25 avril 2019 au samedi 25 mai 2019 au théâtre du Parc à Bruxelles

Il ou elle ? Avec «  Le Chevalier d’Eon » Thierry Debroux revisite l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du XVIIIème siècle. Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Thimothée d’Éon de Beaumont, dit le Chevalier d’Éon fut successivement docteur en droit, avocat au Parlement de Paris, secrétaire de l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, capitaine des Dragons, agent secret, chevalier de Saint Louis et ministre plénipotentiaire à Londres. En même temps, il fut considéré comme l’une des plus belles femmes du XVIIIème siècle… Homme ou femme, celui qui fut l’une des plus fines lames de son temps a préservé l’ambiguïté jusqu’à son dernier souffle. Revisitant avec jubilation la comédie de cape et d’épée, Thierry Debroux nous entraîne dans la France et la Russie du XVIIIème siècle ». Saison 2005-2006 au théâtre le Méridien, théâtre d’émotions, hélas disparu depuis 2012.

Revoici  notre chevalier, au Parc, en James Bond dégenré,  affublé de jupons lors de ses missions d’espionnage, sous le nom de Lia de Beaumont. A la manière d’un phénix et dirigé avec virtuosité, par Daphné D’heur il reprend du métier, et quel métier! Celui de nous ravir et de nous promener à travers l’Europe du XVIIIe, Anne Guilleray, préposée à la création des costumes, faisant  merveille. Les hauts maquillages sont signés Urteza Da Fonseca. Et le chevalier ? Quel est son vrai nom à la ville? Julien Besure. Tout juste trente ans et l’an dernier, Octave dans les fourberies de Scapin, sur les mêmes planches. Jim Hamwkins dans l’Île au trésor, en 2016. A part le surf, le ski et le snowboard, il est passé maître en escrime, sous la conduite de son  fracassant maître d’armes…Jacques Capelle.  Mais aussi bretteur vocal sidérant et attrape-coeurs  aussi volatile qu’Arsène Lupin. 

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Son histoire  campe une période de guerre mondiale très noire,  pudiquement dénommée de guerre de sept ans (1756-1763) se déroulant simultanément sur plusieurs continents.  Elle opposait deux blocs franchement ennemis, tous deux  en route pour la conquête du monde : l’Angleterre et son empire colonial alliée à  Frédéric II de  Prusse contre la France et l’Autriche, leurs alliés et empires coloniaux.  A qui la Russie tendrait-elle la main? L’empire britannique sort vainqueur, régnant sur toutes les mers du monde,  la Prusse s’affirme au sein de l’espace germanique. La France perd définitivement la bataille de la culture française, versus la culture anglo-saxonne.  Le texte met en relief les machinations politiques, les questions d’intérêt, la place congrue du cœur dans la sphère politique.

– La légende raconte que, déguisé en femme lors d’un bal, Le chevalier d’Eon  aurait subjugué Louis XV. Recruté dans les services secrets du roi, il est envoyé comme espion à la cour de Russie. La mission qui lui est confiée est délicate puisqu’il il doit gagner la confiance de la tsarine Elisabeth afin de conclure un traité d’alliance pour rétablir les relations diplomatiques entre la France et la Russie, ce qu’il réussit avec brio sous les traits de Lia de Beaumont. 


Côté hommes,  Daphné D’Heur ne manque pas de comédiens d’excellence. Les voilà tous rassemblés. avec un Maroine Amini superlatif dans le rôle de Lubin, le fidèle valet vif argent du chevalier qui mêne grand train, une histoire d’amour ancillaire avec sa Nanette (Laurie Degand) , époustouflante de vivacité et de répartie tant vocale que physique. Sir Douglass, en tenue écossaise,  qui représente la perfide Albion, cache admirablement son jeu … ou pas, C’est Anthony Molina-Diaz, une autre grande pointure des planches du Parc.  Didier Colfs se partage avec autant de bonheur entre le très envieux Duc de Nivernais et Le Prince russe Narychkine. L’autre vilain, c’est le Chancelier Bestouchev (Nicolas Janssens), un concentré d’arrivisme et de manipulation, flanqué de notre Fabian Finkels, campant des vice-chancelier Voronstov et Ministre Lebel presque Felliniens. Habiles jeux de masques et d’éventails meurtriers, les chassés-croisés se succèdent dans un rythme échevelé, à la manière du vaudeville haut de gamme, Georges Lini es-tu là ? Les scènes comiques et jubilatoires sont au rendez-vous.  Le plateau tournant  trilobé explose les  portes qui claquent, et le décor très frugal se  contente d’à peine quelques médaillons évocateurs. Tout est dans l’énergie bondissante des  acrobaties amoureuses et politiques.


Côté femmes, des perles rares. Une comtesse de Rochefort exquise, une grande dame, intelligente de cœur et d’esprit, notre préférée? Elle incarne à la fois le badinage de Marivaux et la sagesse de la vie qui sait savoure ce qui lui est donné, et rit de bon cœur du reste, tout en délicatesse. « C’est le genre de femme qui ne passe pas inaperçue en public. Longiligne, port altier, chevelure noir jais encadrant un visage au teint d’albâtre, aux traits fins et réguliers, d’où se détachent deux immenses yeux incandescents. » écrivait à son propos Philip Tirard, en 2005.  Ajoutons, des pommettes fabuleuses à faire craquer les amants… Toute jeune, elle a parcouru la planète avec des parents d’origine italienne, les Abruzzes.  Remarquée par sa prof de français à Hong Kong,  elle s’inscrit  par amour du théâtre au Conservatoire de Mons au retour en Europe. Toujours pas trouvé ? Il s’agit de Laurence d’Amélio, autant jeune première que tragédienne.


Petra Urbanyi, princesse hongroise de caractère ? Oui pour le caractère, non pour la Hongrie.  Elle joue Sophie-Charlotte de Mecklembourg, princesse de Saxe qui piétine de rage, féministe jusqu’au bout des cheveux, refuse qu’on la marie avec Georges III le roi d’Angleterre surnommé le roi fou, mais deviendra tout de même la grand-mère de la reine Victoria ! Un jeu surexcité d’ado rebelle et de jeune femme rêvant d’amour véritable, très marrie d’être convoitée plus comme objet politique que comme roseau pensant.L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout


Et la palme, si palme il y a, revient à la tsarine Elisabeth Petrovna, admirablement présente et déclinée par Perrine Delers, un monument théâtral, une prestance éclatante, une allure incomparable. Elle a tout : la voix, les humeurs, le maintien, la noblesse,  le prestige, l’autorité. On se souvient de son rôle de voisine écrasante dans le 1984 d’Orwell, la métamorphose en tsarine ne fait qu’amplifier  son  port royal et  son ascendant dévorant.

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes souriantes, personnes debout et intérieur


Rien que des éloges donc,  pour cette pièce où le rire est roi et le plaisir souverain, où roulent les tribulations, les ballets XVIIIe, les noms prestigieux,  les supercheries politiques et les jeux du pouvoir intenses pendant que le monde entier se trouve  rassasié de guerres incendiaires et dévastatrices. Sept jours, sept ans, le chiffre biblique de l’éternité jeté en pâture à la violence humaine.

Dominique-Hélène Lemaire    Pour Arts et Lettres

Crédit photos : ZVONOCK

Réservations: 
via le site ou par téléphone au 02 505 30 30 – du mardi au vendredi  – ouvert de 12h à 19h.

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Le château du Rondon d’Olivet raconte…

son histoire de France

 

Le message de l'un de mes lecteurs, Michel Hilt, sur ce livre :

 Bonjour Jean-Louis Riguet Je viens vous faire part de mon plaisir à la lecture de votre livre " le chateau du Rondon d'Olivet" toute la première partie historique de l ouvrage c est un vrai bonheur ! bonne continuation

Un message de Christophe B. :

Cher Monsieur, Cher confrère ai-je envie de dire,

Je vous écris avec un stylo P. Cardin, impossible désormais de le regarder sans une pensée pour sa réponse à Mary Marquet.

Je penserai à Jean Nohain si je croise de nouveau dans les bois Stéphanie A. et sa soeur Raphaëlle G., à Jouy.

Et à Clovis et Euspice en dormant heureux au Cloître St-Aignan à Orléans Toutes ces pensées vagabondes par la grâce de votre livre que j'ai beaucoup aimé de même que votre dédidace attentionnée. L'idée de faire parler le Rondon est originale. J'ai dû me retenir pour ne pas aller trop vite vers les pages où vous évoquez Marcel Arland.

 

 

Objet :

découvrir l’histoire du château du Rondon, à Olivet, depuis la création par le Big Bang jusqu’à une période très récente, et à travers elle l’histoire de France en ce qu’elle concerne la région, un nouveau travail sur les récits historiques de Jean-Louis Riguet

Auteur de roman, docu-fiction, poésie et récits historiques, je tenais à vous présenter mon livre, Le château du Rondon d’Olivet raconte… son histoire de France, qui est une suite de récits historiques qui met en lumière certains faits ou personnes qui ont marqué la région et même au-delà.

 

En voici les thèmes abordés :

Le prologue commence par faire connaître l’origine du narrateur de ce livre, qui est le terrain sur lequel repose le château du Rondon à Olivet.

Tous les faits historiques sont exacts comme dans une docu-fiction.

Du Big Bang on passe rapidement au VIe siècle, à Clovis et aux moines qui ont créé l’abbaye de Micy à la Pointe de Courpin, à la jonction entre la Loire et le Loiret. On y parle de Charlemagne, d’Hugues Capet, des vingt-six saints issus de cette abbaye.

Après avoir survécu à la Peste des années 1347 à 1349, on aborde la guerre de Cent Ans, avec Jeanne d’Arc qui est venue guerroyée à Orléans, puis l’assassinat du duc François de Guise le Balafré, le frère de celui assassiné à Blois, à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin.

On s’étend sur Henri IV venu chassé le loup dans la région et aussi sa maîtresse, Henriette d’Entragues, dans le château du Poutyl à Olivet, accueilli ici par le maire d’Orléans, Monsieur d’Escures, propriétaire de celui-ci. Henri IV consomma également du vin d’Orléans dont il raffolait et en faisait une consommation excessive d’après son médecin.

Le livre relate les investissements de Pilté-Grenet dans le bâtiment et le parc avec l’achat et le transfert de statues antiques provenant du château de Richelieu (Indre et Loire) dont certaines sont venues grossir la richesse du château de Chamerolles (Loiret).

Le château du Rondon a également donné dans la finance, la banque, avec l’homme politique et banquier Jacques Laffitte qui y a vécu quelques années.

En 1832, le choléra morbus a frappé toute la France et notamment l’Orléanais. Son invasion et les techniques utilisées pour tenter de le combattre ont impacté le château et la région.

Ensuite, les jours deviennent meilleurs avec l’accueil de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) souhaitée par Paul Milliet. Pendant plusieurs dizaines d’années, le château vivra au rythme des séjours de personnalités dans le monde artistique. Ainsi, en sera-t-il de Maurice Chevit, Abel Gance, José-André Lacour et Gerty Colin qui échangèrent beaucoup avec l’avionneur Marcel Dassault, Marcel Arland, André Malraux, Jules Supervielle, Eugène Ionesco, Mary Marquet, Jean Nohain, et bien d’autres encore. L’homme qui a reçu bon nombre d’eux est Claude Loiselet le régisseur que je remercie particulièrement pour tous les renseignements qu’il m’a communiqués. Il a d’ailleurs reçu des mains de Jean Nohain un livre d’or qui recèle des richesses innombrables.

Puis, la propriété a été acquise par le Département du Loiret qui pendant une grosse paire d’années l’a utilisé pour accueillir des petits Rwandais, à la suite des massacres et génocides dus à la guerre entre les Tutsis, Hutus et Twa dont l’histoire est racontée.

Enfin, pour terminer sur une note plus optimiste, l’épilogue évoque la vie et l’élection de Sonia Rolland comme Miss France avant qu’elle ne fonde l’Association Sonia Rolland pour les enfants avant de devenir Maisha Africa.

 

 

Détails à savoir :

Vous pouvez vous procurer ce livre chez l’éditeur :

 

Les éditions du Jeu de l’Oie

16 rue Saint-Nicolas

45110 Châteauneuf-sur-Loire

 

www.editions-jeu-oie.com

 

ISBN : 978-2-36831-071-7

 

240 pages - 20 €

 

 

L’auteur en détient également !

 

  

À propos de Jean-Louis Riguet :

 

Biographie de Jean-Louis RIGUET

Natif du Poitou, né dans une famille modeste, entré en activité professionnelle dès 15 ans et demi, Jean-Louis Riguet se consacre en premier lieu à des études par correspondance en parallèle avec son travail dans plusieurs études de notaire.

Autodidacte, il obtient l’examen aux fonctions de notaire à Paris, devient Conseil Juridique indépendant puis est nommé notaire à la résidence d’Orléans. Pendant son ministère, il occupe des fonctions au sein des instances professionnelles et enseigne au Centre de Formation Professionnelle des Notaires à Paris. Après 53 ans de sacerdoce notarial, il devient retraité, mais pas inactif.

Jean-Louis Riguet est sociétaire de la Société des Gens de Lettres. Il écrit des romans, des docu-fictions, des récits historiques et de la poésie. Deux de ses livres ont été primés, dont deux au Salon du livre de Mazamet en 2015 et en 2018.

Au crépuscule de sa vie, il n’a pas la prétention d’être un écrivain. Il préfère dire écriveur, ou à défaut auteur.

 

 

Bibliographie

Récits Historiques de l’Orléanais, Val de Loire, Beauce, Sologne, Éditions du Jeu de l’Oie, 2016, 

Récits Historiques des Quais de Loire, Éditions du Jeu de l’Oie, 2017, premier prix « Roman Terroir » au Salon international du livre à Mazamet en 2018

Le Dénouement des Jumeaux (Bataille de Coulmiers 1870), Éditions du Masque d’Or, 2016

 

Ondes Intimes, recueil de poésie, Prem’Edit, 2018

Les Acrostiches en liberté, recueil collectif de poésie, Prem’Edit, 2018

Coquecigrues par Mégarde, recueil de poésie, Prem’Edit, 2017

Pétales Éclectiques, recueil de poésie, Prem’Edit, 2016

 

Éliminations pour un héritage, roman d’enquête, Carolus éditions, Librinova, 2018

 

André dans le tumulte de 39-45, Éditions Dédicaces, 2015 (épuisé)

Aristide la butte meurtrie (Vauquois 1914-1918), Éditions Dédicaces, 2014 (épuisé)

Prix Marie Chantal Guilmin au Salon du Livre de Mazamet en 2015

Augustin ma bataille de Loigny, Éditions Dédicaces, 2012 (épuisé)

La Vie en Archives d’un Petit Gars, Éditions Dédicaces, 2014 (épuisé)

 

Délire Très Mince, essai, Éditions du Masque d’Or, 2014 (épuisé)

L’Association des Bouts de Lignes, roman, Éditions du Masque d’Or, 2013, (épuisé)

Prix Scriborom 2013, nominé pour le prix Œuvre Originale au Salon du Livre de Mazamet 2014

Lettre aux Attenteurs, pamphlet dans un recueil collectif titré « Les mots ne sont pas des otages !… et Mahomet n’était pas islamiste ! », Éditions du Masque d’Or, 2015 (épuisé)

 

Membre de la Société des Gens de Lettres

Liens :

Blogue : https://librebonimenteur.net

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Riguet

 

 

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administrateur théâtres

Fêtons dignement le 8 mai!

Fêtons dignement le 8 mai! On parle parfois de la décadence de la civilisation européenne. La France a démontré le contraire : elle a choisi l'ouverture et la tolérance, dans le droit fil des Lumières qui la caractérisent, contrairement aux Américains. Merci à tous les électeurs, soyons fiers d'eux ! Le 7 mai 2017 l y a avait un énorme enjeu pour la démocratie et un seul candidat qui représentait ses valeurs! Il a gagné, ne lui volons pas la victoire! Que celles et ceux qui ont refusé de se mouiller fassent profil bas. Happy & proud to be European today! France, let's go!

Le 8 mai 1945, la reddition du belligérant est pure et simple. L'état de guerre prend fin immédiatement. C'est la victoire directe pour les alliés.
 
En France, le 8 mai, jour férié rappelle la victoire des Alliés - Union soviétique, Etats-Unis, Royaume-Uni, France libre... - sur le théâtre européen dans la Seconde guerre mondiale, et la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945

 

Photo de Jean-Marc Onkelinx.
Photo de Jean-Marc Onkelinx.
Photo de Jean-Marc Onkelinx.
Photo de Jean-Marc Onkelinx.
À l'heure où près d'un français sur  quatre a voté pour un régime non démocratique, liberticide et intolérant, à l'heure ou de nombreux pays s'inclinent vers des régimes totalitaires et répressifs, on peut se souvenir que le 8 mai, qui marque la victoire de la démocratie sur la tyrannie, se souvient de la mort de millions d'hommes qui se sont battus pour que nous puissions être libres aujourd'hui! Rendons hommage à ces innocents morts pour notre liberté! Et faisons tout, pour que le Front National ne puisse être présent au second tour en 2022.
 crédit photos : Jean-Marc Onkelinx
 

8 mai, un jour clé de l'épopée de la France et de l'Europe. 

Traditionnellement, le 8 mai a été adopté en France comme le jour de commémoration de la capitulation de l’Allemagne lors de la Seconde guerre mondiale. Pourtant, la réalité est nettement plus complexe.

D’abord parce que cet événement ne marque la fin de la Seconde guerre mondiale qu’en Europe, le conflit se poursuivant encore pendant quatre mois dans le Pacifique, entre le Japon et les Etats-Unis. Ensuite parce que différents actes de capitulation ont été signés à différents moments entre le 7 et le 9 mai, selon le référent temporel choisi.

Dans tous les cas, le début du mois de mai 1945 marque l’effondrement du Troisième Reich. Le 30 avril, Adolf Hitler se suicide dans son bunker de la chancellerie, tandis que les soldats soviétiques sont dans Berlin. Joseph Goebbels tente de prendre contact afin de signer un armistice. Incapable d’établir le lien avec les Alliés et refusant une capitulation sans condition, il se donne la mort avec son épouse et ses enfants le 1er mai. Le lendemain, la Bataille de Berlin s’achève avec la capitulation du général allemand Helmuth Weidling et des hommes chargés de la défense de la capitale. Du 4 au 6 mai, l’ensemble des forces nazies restantes (aux Pays-Bas, en Allemagne du Nord, au Danemark, en Bavière, à Breslau) se rendent aux Alliés. Herman Göring, le plus haut dignitaire nazi vivant, se livre aux autorités américaines à la frontière germano-autrichienne.

Deux documents de capitulation :

> La première capitulation du 7 mai à Reims

> La deuxième capitulation du 8 mai à Berlin

Le grand-amiral Karl Dönitz a été nommé président du Reich par Hitler dans son testament. A la tête d’un gouvernement provisoire du Reich, il tente de négocier une série de redditions partielles face aux alliés occidentaux, afin de pouvoir continuer le combat à l’est contre les troupes soviétiques. Les Américains refusent le compromis. Le général allemand Alfred Jodl, envoyé par Dönitz, signe la capitulation le 7 mai à 2h41 du matin. Ce moment historique a eu lieu dans une salle du Collège technique et moderne de Reims, qui était alors le QG des forces alliées.

Alfred Jodl a signé la capitulation de Reims, le 7 mai 1945 © "Bundesarchiv Bild 146-1971-033-01, Alfred Jodl" / CC-BY-SA

Seulement, cette signature n’est pas du goût de Staline, qui regrette l’absence de hauts-représentants soviétiques lors de cette signature. Une seconde capitulation est organisée le 8 mai dans la soirée à Karlshorst, près de Berlin. Cette fois, c’est le Commandant suprême de l’Armée rouge, Gueorgui Joukov, qui préside à la signature. C’est Wilhelm Keitel, commandant suprême des forces armées allemandes, qui signe la capitulation. Elle rentre en application à 23h01 le 8 mai. A l’heure de Moscou, cette heure correspond au 9 mai à 01h01 du matin. Aujourd’hui, c’est le 9 mai qui est célébré comme le jour de la capitulation allemande en Russie.

Revivez le débarquement de 1944, la libération de Paris et la libération de la France, la découverte par les soviétiques du camp d'Auschwitz et les derniers jours d'Adolf Hitler en images. 

8 mai 1945 : la capitulation

© AFP

Officiellement, le nom du jour férié correspondant au 8 mai est "Victoire de 1945". L’utilisation du mot armistice, comme dans l’expression "armistice de 1945", que l’on trouve sur certains calendriers, n’est pas correcte. En effet, un armistice est une convention signée par des gouvernements. Elle met fin à un conflit armé en temps de guerre, mais ne met pas fin à l’état de guerre. C’est ce type de document qui a été signé le 11 novembre 1918 dans le wagon de Rethondes, démarrant un cessez-le-feu et les négociations qui aboutiront au Traité de Versailles, signé par l’Allemagne et les Alliés. En 1945, il s’agit bel et bien d’une capitulation du Troisième Reich. En effet, il s’agit d’une reddition pure et simple d’un belligérant, de la fin des combats et de l’état de guerre. D’où l’appellation "victoire de 1945" et non "armistice de 1945".

8 mai 1945 et Algérie, journée de répression et d'affliction...

La journée du 8 mai est également une journée du souvenir essentielle dans les relations franco-algériennes. C’est en effet le 8 mai 1945 que démarrent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, dans une Algérie alors colonisée par la France. Le drame démarre le 8 mai. Une manifestation de nationalistes algériens, réclamant l'indépendance de leur pays, est organisée en marge d’un cortège célébrant la victoire des Alliés. Ils réclament notamment la libération de leur chef - Messali Hadj - chef du PPA (Parti Populaire Algérien), emprisonné par les autorités françaises. Celles-ci exigent que les manifestants ne portent ni armes, ni drapeau algérien.

© FAROUK BATICHE AFP

Lors de la manifestation, dans la ville de Sétif, un jeune scout musulman brandit un drapeau algérien au cœur d’un quartier très majoritairement peuplé par une population d’origine européenne. La police tente de retirer le drapeau et des tirs éclatent entre manifestants et policiers. Un jeune homme de 26 ans, drapeau algérien à la main, est abattu par un policier. La panique et la confusion s’accroissent alors que musulmans indigènes et populations d’origine européenne échangent des coups de feu. Le bilan dépasse les 20 morts de chaque côté. A Guelma, la police tire, tuant un manifestant. Dans les campagnes, des émeutes à l’encontre des populations d’origine européenne éclatent : 102 personnes sont tuées. Le gouvernement, mené par le général de Gaulle, envoie l’armée sur place. La répression – qui dure jusqu’au 22 mai - est terrible : exécutions sommaires, bombardements de villages, cérémonies de "soumission" au drapeau français. Le bilan officiel établi par les autorités françaises fait état de 1 000 morts. En réalité, le bilan serait cinq à dix fois supérieur selon les historiens.

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12273156295?profile=originalA la croisée des influences.


Reprenons le fil de l’histoire…


     Longtemps persécutés, les chrétiens verront leur religion légalisée en 313. Religion qui deviendra la religion officielle de l’Empire romain en 380. Constantin fonde sa capitale, Constantinople, en 330, scindant l’Empire romain en deux.


Cappadoce, terre de saints et de martyrs…


      Saint Paul de Tarse, au premier siècle déjà, après s’être converti, en avait fait une terre de mission. Saint Mammès de Césarée (aujourd’hui Kayseri) fut, quant à lui, livré aux lions en 275. Saint Blaise de Sébaste y mena une vie érémitique au début du IVe siècle.
Et, tandis que Jean-Baptiste crie dans le désert, son écho se fait entendre, se répercute, pour que d’autres préparent le chemin du Seigneur. Ainsi, Saint Basile le Grand (329-379), également de Césarée, fonde les premières communautés de Cappadoce et prône la vénération des icônes. Alors que Saint Grégoire de Nysse (ca 331-394) et Saint Grégoire de Nazianze (329-390) prolongent l’œuvre d’évangélisation.

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     L’Empire romain d’Occident, de plus en plus décadent, est mis à sac par Alaric et ses Wisigoths en 410. Un empire qui s’effondrera définitivement avec l’abdication de Romulus Augustule en 476 après un an de règne, laissant s’épanouir un Empire romain d’Orient, avec une Byzance toute-puissante depuis le schisme de 1054. Jusqu’en 1453, lorsque Constantinople fut prise par les Ottomans.
Mais les incursions arabes sont de plus en plus nombreuses, les habitants se terrent dans des villes, une quarantaine au moins, qui comptent jusqu’à dix-huit niveaux souterrains.
Puis, de 726 à 843, l’iconoclasme se répand comme vérole sur le bas-clergé tandis que les cénobites se replient.

12273156685?profile=originalDans un paysage façonné par une éruption ultra plinienne,
des caches offrent un abri à l’anachorète.
Et vivre comme saint Blaise le reste de son âge sous les replis de sa fruste cappa…

     Les images impies sont détruites ou, au mieux, recouvertes de chaux, remplacées par de simples symboles comme la croix.

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Une période trouble qui ne favorise pas l’épanouissement.

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     Heureusement la paix revint au Xe siècle et avec elle les arts renaissent et prospèrent. C’est à cette époque bénie que fleurissent les plus belles églises rupestres et leurs fresques d’influence byzantine.
Epoque sur laquelle nous nous attarderons bientôt et qu’on appelle parfois la Renaissance macédonienne.
En 1071, la Cappadoce est conquise par les Turcs seldjoukides.

12273158685?profile=originalLa petite mosquée d’Ürgüp (XIIe)…

12273159281?profile=original… est aussi creusée partiellement dans le tuf


     Des mosquées s’édifient et, dans la plaine là-bas jouxtant le plateau cappadocien, sur la route de la soie, des caravansérails s’érigent tous les quarante kilomètres environ, offrant gîte, couvert et protection aux marchands caravaniers.

12273159477?profile=originalLe caravansérail de Sultanhan

construit par les Seldjoukides près d’Aksaray

12273159867?profile=originalLe passé nous éclaire.
Le caravansérail de Sultanhan, bâti en 1229, couvre 5000 m2

     En 1299, Osman 1er fonde la dynastie ottomane qui conquiert peu à peu tout le territoire anatolien. Beaucoup de chrétiens quittent le pays ou se convertissent sous la pression. Jusqu’en 1923 où les derniers d’entre eux sont expulsés.


Un passé mouvementé, brossé en quelques traits hâtifs car la région connut encore bien des révolutions, à donner le tournis à un derviche !
Nonobstant, les communautés chrétiennes perdurèrent longtemps et ornèrent la vallée de Göreme notamment de leurs plus riches peintures.


A suivre…

Michel Lansardière (texte et photos)

En attendant d'ouvrir une nouvelle fenêtre...

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... vous pouvez retrouver la première partie de cet article, enrichi de nouvelles photographies, sur :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-1-re-partie?xg_source=activity


Lire la suite...

12273153697?profile=originalL’Eglise Obscure se révèle…


Dans un pays où l’espace et le temps nous sont contés…
Là, dans ce quasi-désert, un foyer artistique éclaire une période dite elle aussi parfois obscure.


      Pour finir en beauté, concentrons-nous donc dès à présent sur les réalisations les plus somptueuses ou les plus curieuses que la Renaissance macédonienne nous ait léguées dans la vallée de Göreme, près du bourg d’Avcilar. Magnifiques trésors d’un style à son apogée, qu’il est si important de préserver de la fureur des hommes.
Si, fort heureusement, le Parc national de Göreme et les sites rupestres de Cappadoce sont classés au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1985, assurant, en principe, leur protection, il n’en va pas toujours de même pour d’autres lieux…rob

12273154270?profile=originalLes fresques d’Ürgüp ont connu bien des frasques

Après la triste époque iconoclaste, réduite à un style aniconique canonique, succède, après la « restitution des icônes » qui marque une transition, un foisonnant style théologique byzantin. Basile, le bienheureux, en aurait été ravi.
Revenu parmi les siens, nous le suivrions sur son blanc cheval perché…

12273154876?profile=originalUn couvent ouvert à tout vent
couvert de simples capuches de capucins.


       C’est en conséquence au sein même de la légende de Göreme que nous nous engageons, là où les communautés laissèrent les plus belles reliques de leur vie cénobitique.


L’Eglise Obscure :


Karanlik Kilise a été construite au XIIe siècle sur un promontoire. Cette église est un enclos, un réceptacle sombre qui a ainsi pu préserver toute leur fraîcheur aux fresques byzantines. Un livre de prières où les scènes de L’Evangile se déroulent où j’ai eu le privilège de pénétrer. Réalisant un rêve de pacha qui aurait vu pousser le gazon en toutes saisons.

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Un joyau préservé qui sort de l'ombre protectrice

pour nous transmettre le mystère de la Lumière

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L’Eglise au Serpent :


Yilanli Kilise, du XIe siècle, est une des plus curieuses. Connue notamment pour sa représentation de Saint Georges et Saint Théodore tuant le dragon et la légende d’Onouphrios.

     Saint Georges de Lydda (ca 275-303), lui aussi né en Cappadoce, supplicié puis décapité sous Dioclétien, l'empereur romain qui organisa la persécution des chrétiens au début du IVe siècle.

Saint patron de la chevalerie, il inspira une Vie de la Légende dorée de Jacques de Voragine* à la fin du XIIe siècle.

     Saint Théodore Tiron, le Conscrit, du Pont sur la rive méridionale de la mer Noire (Turquie) finit lui aussi décollé en 303.

12273155297?profile=originalMais la Bête a-t-elle vraiment été terrassée ?


     Onouphrios était une femme, belle et légère sans doute, mais qui s’exaspérait des assiduités des hommes. Elle implora Dieu de l’y soustraire. Et Dieu sauva la femme. Le Seigneur la rendit laide et barbue. D’où l’hermaphrodisme de son iconographie et la morale de cette histoire.

12273155489?profile=originalDétail du Saint Georges et Saint Théodore tuant le dragon

12273156101?profile=originalSaint Georges


L’Eglise à la Boucle :


Tokali Kilise est la plus grande et la plus richement décorée. Une église primitive du début du Xe siècle sur un premier niveau, et, au-dessus, une église plus importante et sa chapelle latérale qui recèlent de nombreuses scènes bibliques d’une remarquable vivacité, ainsi que la chronique de Basile de Césarée.

12273156683?profile=originalMarie Theotokos, « qui porte Dieu »

     Troublant, comme j’éprouvais les mêmes impressions, ou presque (les fresques ont été restaurées), que Paul Lucas au début du XVIIIe siècle.


« A travers les portes je vis sur les murailles

comme des restes d’anciens portraits ;

de sorte qu’il semblait qu’il y eût eu des peintures :

mais cela était trop effacé pour y rien connaître. »

L’Eglise à la Pomme :


Elmali Kilise, du milieu du XIe siècle, doit son nom à l’une des peintures où Jésus semble tenir une pomme, plus certainement le monde.

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L’Eglise Sainte Barbara :


Azize Barbara remonte au XIe siècle. Ses motifs géométriques simples et ses fresques peints à l’ocre à même la paroi rocheuse, comme firent nos plus lointains ancêtres, en font l’un des sanctuaires les plus émouvants.

 

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      Nous sommes environ deux siècles avant Cimabue, Giotto, Duccio di Buoninsegna, Lorenzetti… ces peintres précurseurs de la Renaissance italienne, réputés avoir rompu avec la tradition. On dit la peinture byzantine plate, formaliste, statique, dénuée de sentiments, hiératique. Qu’en pensez-vous ?

Michel Lansardière (texte et photos)

* Voir le billet de Robert Paul... pour combattre seulement avec son coeur :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/la-legende-doree-pour-combattre-seulement-avec-son-coeur

Retrouvez ci-après mes précédents articles, enrichis de nouvelles photographies, consacrés à la Cappadoce :


• Les origines :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-1-re-partie

• De l’ignorance à la renaissance :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-de-l-ignorance-la-renaissance-2e

• La redécouverte :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-la-cappadoce-la-red-couverte-3-me-partie

Un dernier message. Chrétiens… Arméniens… Kurdes… Puisse simplement le pays appliquer sa devise nationale,


« Paix dans le pays, paix dans le monde »


, adoptée après le manifeste de Mustafa Kemal Atatürk, père d’une Turquie moderne et laïque. Sa riche culture aussi y gagnerait.

12273158867?profile=originalSi les colombes sont revenues en Cappadoce...

Peuples garrottés, je tenais à vous saluer. Je n'en dirais pas plus, mais ne pouvais rester bouche totalement cousue.

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A bientôt sous d'autres cieux...

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Lire la suite...

12273154460?profile=originalOu comment la mémoire de l’Orient revint à l’Occident…


Voilà qui pourrait être le titre de ce nouveau volet consacré à l’histoire de la Cappadoce.


      La Cappadoce demeura longtemps méconnue de l’Occident, jusqu’au Voyage du sieur Paul Lucas fait par ordre du Roi dans la Grèce, l’Asie mineure, la Macédoine et l’Afrique au début du dix-huitième siècle.
Paul Lucas (1664-1737), « antiquaire du roi » et négociant en pierres précieuses découvre les formations et l’habitat si singuliers de la région. Et en reste bouche bée… Pétrifié !

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     « J’avais fait déjà beaucoup de voyages, mais je n’avais jamais vu ni même entendu parler de rien de semblable. Ce sont quantités de pyramides qui s’élèvent les unes plus, les autres moins, mais toutes faites d’une seule roche et creusées en dedans de manière qu’il y a plusieurs appartements les uns sur les autres, une belle porte pour y entrer, un bel escalier pour y monter, et de grandes fenêtres qui en rendent toutes les chambres très éclairées. Enfin, je remarquai que la pointe de chaque pyramide était terminée par quelque figure. »

12273154295?profile=originalOui, ma chaumière je la préfère

avec toi, oui avec toi, au palais d'un roi

     Au point qu’il prend ces sortes de termitières pour des constructions entièrement faites de main d’hommes, et bien qu’altérées, ce sont pour lui, aucun doute permis, des pyramides. Toute une ville immense est ainsi construite, avec ses villages environnants et sa gigantesque nécropole.


     « Est-ce le cimetière de la ville de Césarée et de tous les environs, ou plutôt d’une ville d’une construction particulière, et la seule de cette espèce qui soit dans l’univers. »


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Il en fait, à son retour, une description exaltée. Qui laisse pantois, et incrédule.


                 - Ce ci-devant-là affabule !

12273155272?profile=originalComment ça, je travaille du chapeau ?!

Et, malgré une excursion sur le site de Roland Puchot, comte des Alleurs, ambassadeur à la Porte de 1747 à 1755, qui confirmait les dires du sieur Lucas, on resta circonspect.

 

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Il faut raison garder.

Pour autant qu'il ne soit jamais bon de trop tôt avoir raison...

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     Jusqu’à Charles Texier (1802-1871), archéologue et architecte, un homme incontestablement sérieux et pondéré, qui, lors d’une mission en Asie mineure, de 1833 à 1837, établit les faits. L’homme a de l’expérience et des connaissances en géologie, il reconnait cheminées de fées et autres formations d’origine volcanique, façonnées par les eaux de ruissellement, gel et vent, et aménagées par l’homme.


12273156855?profile=originalAvanos

et les avanies de l'Histoire

("avanie" : imposition infligée par les Turcs aux chrétiens)

     La vallée de Göreme, « Tu ne peux me voir »… Un lieu que Paul de Tarse, saint Paul, jugea propice aux missionnaires dès le milieu du premier siècle, et où nombre de Chrétiens se réfugièrent.

12273157087?profile=originalPour vivre en paix restons cachés aux yeux de l’Histoire.
Les villes souterraines sont peu à peu abandonnées
au profit de sites plus aériens mais toujours discrets.
(ici Derinkuyu, une ville souterraine qui compte huit étages s’enfonçant dans le sol)

12273157875?profile=originalFace aux coups de boutoir de la Sublime Porte,

mieux valait garder huis clos...

(fermeture ottomantique)

12273157472?profile=original... et prendre de la hauteur

De là, une grande concentration d’églises, couvents ou simples chapelles. Et souvent parmi les plus remarquables de ces édifices, comme l’Eglise à la Boucle et sa superbe Vierge à l’Enfant, lovée dans une niche, l’Eglise Obscure et son Christ Pantocrator, l’Eglise à la Pomme, l’Eglise aux Sandales… toutes joyaux de la Renaissance macédonienne. Ou d’autres, plus simples, plus primitives mais tout autant chargées d’émotion, telles l’Eglise de la Vierge Marie, l’Eglise Sainte Barbara, l’Eglise au Serpent, l’Eglise cachée…

Trésors que j’ai pour mission de dévoiler.

12273158500?profile=original

Il suffira de franchir le seuil...


A suivre…


Michel Lansardière (texte et photos)

Vous pouvez retrouver ci-dessous mes deux premiers billets :
• Les origines :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-1-re-partie

• De l’ignorance à la renaissance :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-de-l-ignorance-la-renaissance-2e

Lire la suite...

12273146501?profile=originalDes siècles et des siècles en contemplation…

Avant même de pénétrer au cœur de notre sujet, attardons-nous un peu, si vous le voulez bien, à l’histoire de cette mystérieuse contrée. Quant à moi, géologie, art et histoire, voilà un cocktail qui me convient.


     Le paradoxe de la Cappadoce, c’est qu’elle fut toujours un lieu de passage ou un lieu de repli. Les invasions s’y sont succédées, les influences mêlées, les échanges développés. Tout à la fois plaque tournante et havre de paix propice à la protection comme à la méditation dans ses vallées reculées.

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     La Cappadoce, le « Pays des beaux chevaux » pour les Perses, est une terre contrastée née du feu et de la cendre.
Des nuées pyroclastiques, issues des volcans environnants, les monts Erciyes, Hasan et Göllü, déposant un tuf (ignimbrite) plus ou moins poreux, alternant avec des émissions basaltiques laissant, érosion aidant, des vallées profondes, plateaux et cheminées de fées.


12273148652?profile=originalLe mont Erciyes culmine à 3916m.
Cest l’Argyros, l’Argenté, ou Argée des Anciens.

12273148689?profile=originalCheminées de fées, plateaux et vallées profondes, la Cappadoce...

     C’est ce tuf qui a permis, pour ceux qui n’étaient pas à la fête, de creuser cônes, surplombs ou sous-sol pour y installer des habitations troglodytiques ou des pigeonniers, couvents, ermitages ou églises rupestres, villages fortifiés ou villes souterraines.

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     Et c’est ce basalte, dur mais fractionné, qui a protégé ces niveaux de tuf tendre et coiffé ces demoiselles qu’on appelle cheminées de fées.

12273149081?profile=originalRegarde bien petit
Regarde bien
Sur la plaine là-bas…

     Des abris sûrs dans une terre volcanique, cela signifie aussi un riche limon qui a permis aux hommes de se sédentariser dès le néolithique.
Des gorges, des vallées, une plaine favorisent aussi le passage, les échanges de richesses, la conquête. Et là le bât blesse.
     Feu et cendres. La Cappadoce a connu bien des affrontements, bien des invasions. Hittites en tête, qui la colonisèrent dès le deuxième millénaire avant Jésus-Christ.
     Puis vinrent les Assyriens, les Phrygiens, qui volèrent aux demoiselles qui en étaient coiffées leurs bonnets, les Lydiens, les Mèdes, les Perses, ces derniers laissant à la Cappadoce son nom et une certaine autonomie. Elle devint même indépendante sous Ariarathe 1er qui prêtât pourtant allégeance à Alexandre le Grand. La région alors s’hellénise.
     Plus tard, alliée des Romains, Tibère l’annexe à l’Empire en 17. Petit à petit, elle se christianise, des monastères s’y implantent, qui correspondent à une première période artistique. A l'ascétisme des premiers temps succède un monachisme où la vie s'organise...

12273149300?profile=originalPrintemps, été, automne, hiver...

passent les saisons...

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... d'où surgiront les plus enthousiasmantes réalisations.

Que bientôt nous découvrirons...

12273150889?profile=originalGöreme et son Eglise Obscure où nous nous rendrons bientôt...


A suivre…


Michel Lansardière (texte et photos)

Lire la suite...

12273100291?profile=originalAu rendez-vous des amis.

The first white man's log cabin, Haines, Alaska (B. L. Singley, 1898).

B. L. Singley exploita tous les effets de la stéréoscopie, profondeur de champ et vision en relief, pour un rendu spectaculaire et didactique.

     La stéréoscopie est arrivée bien avant la 3D, puisque l'on doit à sir Charles Wheatstone (1802-1875) le premier appareil stéréoscopique ! Et cela un an avant la présentation officielle de la photographie par Arago, le 7 janvier 1839, de l'invention de Daguerre. Tout se confond même car Arago parle de daguerréotype et que Wheatstone utilise le premier le mot "photographie" *.

Quoi qu'il en soit les premières images stéréoscopiques furent des daguerréotypes, deux images se cotoyant et légérement décalées lors de la prise de vue produisant l'effet. Impressionnant.

On retrouvera cette présentation sur quelques ambrotypes ou ferrotypes (voir l'article "Collodion et C°" de Michel Lefrancq sur A&L).

     Sir David Brewster (1781-1868), inventeur du kaléidoscope (et dédicataire d'une espèce minérale, la brewsterite), perfectionne l'appareil de Wheatstone en 1850.

     Quant aux photographies stéréoscopiques proprement dites, sur papier albuminé,elles connurent une grande vogue dès les années 1860, avec un pic de production de 1890 à 1920, jusqu'à leur tombée en désuétude en 1950 (si l'on omet les appareils et cartes Lestrade ou Colorelief que nous avons tous connus dans les années 60-70).

Kilburn, Singley et la Keystone, Underwood & Underwood (des frères Bert et Elmer Underwood) furent leurs hérauts.

12273101259?profile=originalAvoir un bon copain...

Des associés, pourvu que l'entente soit bonne, c'est mieux lutter contre l'adversité...

et améliorer la productivité.

Lowell cabin, Beaver City, Alaska (Singley, 1899).

     Singley commercialisait, via sa Keystone View Company de Pennsylvanie, ses photographies sur des cartes cartonnées de 9x18 cm, légérement incurvées pour accentuer l'effet de relief (ce qui provoque parfois un reflet parasite lorsqu'on les reproduit, c'est pourquoi je vous en propose un gros plan, et d'ailleurs l'effet de relief sur un écran plat !...), chaque photo mesurant 7,5x8 cm.

Bon... ça creuse... une petite pause ?

12273100896?profile=originalTable ouverte au Golden Gate !

Dans une hostellerie mes amis, pas un boui-boui, presque un 5 étoiles...

Main Street, Sheep Camp, Alaska (Singley, 1898).

Des reportages pris sur le vif, sensations garanties, permettant de suivre, mieux de vivre, tous les grands évènements.

12273102065?profile=original... ou en plein air,

famille tuyau de poële ou vraie communauté...

Lunch by the wayside, Dyea trail, Alaska (Singley, 1898).

Comme ici la vie des pionniers qui participèrent à la ruée vers l'or du Klondike et colonisèrent l'Alaska, poussant toujours plus loin les limites de la frontière.

12273101695?profile=original... à la bonne franquette.

A miner's banquet, Beaver City, Alaska (Singley, 1899).

Le spectateur rivé à sa lunette, littéralement hypnotisé par le regard du photographe.

12273102093?profile=original... ou même à la belle étoile, lorsqu'il n'y a pas de garni !

A halt by the wayside, en route to Klondyke (Singley, 1898).

     J'espère que pour vous aussi la séance fut prenante et que, seul ou en compagnie, vous aurez pris plaisir à nous suivre Singley et moi en Alaska, the last frontier...

12273102495?profile=originalMais surtout ne pas être seul !

Qui va à la chasse...

Lone prospector in the winderness of Alaska (Singley, 1899).

The last ? non, car si le voulez bien, il y aura une suite...

* Le 1er février 1839 dans une lettre à Talbot.

Pour d'autres le 13 février de la même année par l'astronome anglais John Hershel, ou encore à l'astronome allemand Johann von Maedler, le 25 février !. Quant à Henry Fox Talbot , il dépose le brevet du calotype, premier procédé de photographie sur papier le 8 février 1841.

A moins...

D'aucuns attribuent la paternité du mot "photographie" à Hercules Florence (1804-1879). Un Français qui à vingt ans se fixa au Brésil dans une petite ville isolée de l'état de Sao Paulo (Vila de Sao Carlos qui deviendra Campinas). Florence était un inventeur qui découvrit un procédé photographique en 1833, un papier sensibilsé au nitrate argentique, qu'il ne parviendra pas à fixer. Ses travaux resteront longtemps oubliés, un "essai polygraphique" sans lendemain.

En janvier 1840, le Français Louis Compte fit devant l'empereur Pedro II la première démonstration de la nouvelle invention de Daguerre présentée un an plus tôt. Le daguerréotype est lancé aux Amériques...

L'histoire mérite d'être contée, ne trouvez-vous pas ?

Samuel Morse, oui celui du code (binaire) et du télégraphe, qui avait rencontré Daguerre en mars 1839, aurait réalisé le premier daguerréotype  américain aux Etats-Unis en septembre 1839, sans qu'on en connaisse la date exacte. Alors il pourrait aussi bien que cela soit le fait de D. W. Seager, le 16 septembre 1840 à New York.

En octobre 1839, Télémine à Péterbourg fit quant à lui le premier daguerréotype russe...

Et nous remarquerons qu'à l'heure d'internet l'image et l'information circulaient vite au dix-neuvième siècle !

Rappelons enfin que c'est à Nicéphore Niépce que l'on doit la première image photographique, en 1822 (la première héliographie conservée, Point de vue du Gras, date de 1827).

Michel Lansardière (texte, photos et documents).

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LA PREMIÈRE GRÈVE DE L’HISTOIRE

Les grèves sont devenues un fait du quotidien dans beaucoup de pays du monde et les grévistes appartiennent à tous les secteurs de l’économie et à toutes les catégories professionnelles. Les grèves ont pour but la revendication de meilleurs salaires et de meilleures conditions de vie, et il est intéressant de savoir quels furent les plus anciens conflits entre patrons et travailleurs dont l'histoire ait gardé la trace. Ils eurent lieu en Égypte ancienne.

La toute première grève dont il y a mémoire historique eut lieu lors de la construction de la Grande Pyramide de Chéops (environ en l’an 1580 avant notre ère). D’après l’historien grec Hérodote (Hérodote, Historia, Livre II, 124-126), les artisans qui construisaient les pyramides recevaient une partie de leur salaire en ail et aussi une ration quotidienne de la plante, afin d’améliorer leur performance physique et de faire face aux maladies, car l’ail est depuis l’Antiquité réputé et cultivé pour ses vertus médicinales. À cause de diminution puis de suppression des rations quotidiennes d’ail, ils arrêtèrent de travailler.

 

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Une autre action gréviste considérée par certains comme étant la première de ce genre eut lieu pendant la 29e année de règne de Ramsès III (environ en l’an 1152 avant notre ère), le dernier grand pharaon du Nouvel Empire, et cet épisode est mentionné dans le Papyrus de la Grève qui se trouve au Musée Égyptien de Turin, en Italie. Selon ce document, les artisans chargés de la construction du tombeau du pharaon protestèrent contre le retard de ravitaillement de certains produits – notamment l’huile et la farine – en faisant un arrêt de travail, puis en s’adressant au vizir (l’équivalent du premier ministre de nos jours) pour lui demander de présenter leur revendication auprès du pharaon. Une fois la situation résolue, les ouvriers reprirent le travail. Il peut paraître étrange à nos yeux d’appeler à la grève à cause de produits tels que l’huile et la farine, mais l’huile protégeait leur peau du climat agressif du désert, et la farine était l’ingrédient principal des différentes sortes de pain qui constituaient la base de leur alimentation.

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Les raisons pour lesquelles les artisans ne recevaient pas leurs rations habituelles ne sont pas claires, il est toutefois connu que la rareté des produits alimentaires était à l’époque une conséquence de l’énorme corruption de la classe dirigeante. Les ouvriers étaient sensés recevoir mensuellement une certaine quantité de céréales, mais le texte du document laisse comprendre que cette ration subit fréquemment des retards pendant le règne de Ramsès III.

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12272945687?profile=originalBenjamin W. Kilburn (à gauche sur la photo).

Our trip to the mines, Ouray, Colorado, 1890.

Suivons-les en voyage...

Encore un photographe oublié, voire complètement inconnu en Europe. Pourtant sa production fut pléthorique (des milliers de vues stéréoscopiques lui sont attribuées) et toujours, ce qui n'est pas nécessairement incompatible quoique assez rare, d'une exceptionnelle qualité. Son oeuvre ne peut être comparée sur ce plan qu'à celle de Lloyd Bonneville Singley (1864-1938), dont je reparlerai.

Natif de Littleton, New Hampshire, où il restera basé toute sa vie, il est reconnu aux Etats-Unis comme un grand photographe paysagiste.

Infatigable homme de terrain, on lui doit en effet beaucoup de vues du New Hampshire (Mont Washington notamment), mais aussi du Colorado (Ouray), de Californie (Serra Nevada) ou du Wyoming (Yellowstone) entre autres.

Mais il sut aussi remarquablement saisir la vie des rudes hommes de l'Ouest.

12272946454?profile=originalCamping out. Un campement en Californie, ca 1873.

Benjamin W. Kilburn fut d'abord associé avec son frère Edward (1830-1884) de 1865 à 1879, fondant la Kilburn Brothers ils se spécialisèrent dans la stéréoscopie.

12272946870?profile=originalMount Shasta, California, 1895. Un vieux prospecteur se dirigeant vers le Gold Gulch Camp.

Une affaire, devenue la B. W. Kilburn Co., qui prospéra rapidement, au point de devenir la plus grande entreprise mondiale de vues stéréos entre 1890 et 1905. Ces photos restituant le relief connurent une vogue énorme à cette époque.

12272947464?profile=originalThe miners ships, Ouray, Colorado, 1890. Un train de mules...

Mais ce qui nous retient ici c'est la qualité de son travail, sa puissance narrative, et le témoignage que nous livre notre "Old man of the mountain" sur la vie des pionniers, mineurs en particulier, en Californie, Colorado, Alaska et Klondike (Yukon, Canada)...

12272947865?profile=originalThe great gold belt, Ouray, Colorado, 1890.

... lors des trois principales ruées vers l'or du 19e siècle, celles des Forty-niners de Californie en 1849 (même si celle-ci n'était plus qu'un souvenir, avec néanmoins quelques soubresauts comme la ruée du Mont Shasta au nord de l'Etat), des Pike's Peakers du Colorado, dès 1858, puis des Klondikers du Yukon en 1898.

12272947890?profile=originalOn their way to En partance...

Kilburn fut bien un grand reporter !

12272948874?profile=originalPanning out the gold in the Klondyke, Alaska, 1899. Le lavage de l'or...

Maigre victoire après bien des épreuves (remarquez sur la seconde et les trois dernières photos la présence de femmes, fait particulièrement rare dans ces contrées reculées et inhospitalières. La dernière photo se situe au Canada, et non en Alaska, Etats-Unis, comme l'indique la légende, mais quand on est américain...).

Et un artiste, ici présenté pour la pour la première fois en français sur Arts et lettres.

Alors, en route ! Go West !

Michel Lansardière (texte et photos ; doc. coll. L. M.).

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administrateur théâtres

"No Sport"

De et avec Stéphane Stubbé

Mise en scène : Christian Dalimier, assisté de Sophie Jallet

Du mardi 16 avril au samedi 4 mai 2013 à 20h30
relâche dimanche et lundi

 

De gauche à droite. Dommage que  la très belle  musique des interludes entre les tableaux, sortes d’improvisations très mélodieuses qui soulignent l’amour des arts de Winston Churchill, écrivain et peintre à ses heures, ne jaillissent pas du piano droit hélas  fermé, qui sert de guéridon pour  un téléphone des années 50… Continuons le travelling : un grand fauteuil grenat cachant de nombreux secrets dans ses accoudoirs. Un valet chargé de vêtements méticuleusement pliés et un rideau pudique entourant …une couche militaire? Un lit conjugal ? Non, une  surprise ! Vous avez ainsi le décor planté devant un escalier privé, l’escalier du temps qui passe…pour découvrir ensemble le jardin secret du grand Homme.  

Nous sommes à la Samaritaine, qui cette fois nous offre un décor très construit. Winston Churchill fête son non anniversaire et va nous entraîner dans une vie fabuleuse et dans une jeunesse dont aucun de nos jeunes n’a idée.  Le comédien, Stéphane Stubbé qui incarne Winston Churchill est lui-même fabuleux.  Il a écrit le texte de cette biographie passionnante et plonge parfois  avec malice dans l’uchronie, question de donner encore  plus de sel au spectacle. A vous d’être attentifs et de sourire aux supercheries.  L’auteur nous dit être tombé un jour amoureux des récits  du jeune journaliste Winston Churchill. Il avait alors 32 ans lorsqu’il décrit la féerie  d’un de ses voyages qui le mena à Mombasa, Kenya. Un choc inoubliable avec la beauté terrestre.  Ce sera le point d’orgue du spectacle. Le dernier regard en arrière avant de rejoindre son Créateur et savourer une fois encore  la beauté stupéfiante  des portes de l’Afrique :  « De tous côtés surgit une végétation humide, tumultueuse, variée. De grands arbres, des herbes hautes qui ondulent, des taches brillantes de bougainvilliers violets et au milieu de tout cela, clairsemées, parvenant à peine à maintenir la tête au-dessus du flot fertile de la nature, les maisons aux toits rouges de la ville et du port de Mombasa.»

Le regard très professionnel de Christian Dalimier, le  metteur en scène, a lissé l’ouvrage, mettant en place un spectacle captivant peuplé de grandes figures du 20e siècle, y compris Brigitte Bardot. La langue fascine, portée par une diction  aux accents vénérables d’un Jean Gabin. Intonations, gestes, mimiques dignes de Belmondo (tiens, tiens,  octogénaire lui aussi !), imitations hilarantes complètent les quinze tableaux qui amusent franchement car le comédien déploie une rare richesse scénique.  C’est une histoire  de l’Histoire qui plaît. Autant aux adultes que nous sommes, dont l’enfance est peuplée de ces mêmes souvenirs  et aux jeunes qui partent à la découverte d’une première moitié du 20e siècle faite de « blood, toil, tears and sweat …*» Une époque douloureuse mais  extraordinairement féconde, dirigée vers la  victoire des valeurs démocratiques, la création de paix et de bien-être pour tous.12272896282?profile=original

Et le titre, direz-vous… Churchill, qui avait vu ses parents mourir jeunes et craignait beaucoup la cinquantaine, eut lui,  la grâce de vivre jusqu’à 91 ans.  Interrogé par un  journaliste, non anglophone sur les raisons de sa longévité, il répondit : « No sport », « Oui, Madame ! » C’est dans le texte ! Le journaliste en question avait sans doute mal compris la réponse humoristique : « Whisky, cigars, and low sports ». Churchill considérait en effet  le sport comme essentiel à l'éducation d'un gentleman. Ainsi en  témoignent  ses nombreuses citations sur les bienfaits de l'équitation ou l'excentricité du jeu de golf. Allez voir cette pièce cousue de fidélité aux  valeurs européennes et d’humour britannique… dans la langue de Molière !

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(*du sang , du labeur, des larmes et de la sueur : une phrase prononcée par Winston Churchill le 13 mai 1940, dans son premier discours devant la Chambre des communes, après sa nomination au poste de Premier ministre du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale.)

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administrateur théâtres

Au théâtre Le Public : DU COQ à LASNE

 

De et avec  LAURENCE VIELLE ( avec JEAN-MICHEL AGIUS), Vincent Granger (clarinettes)  Helena Ruegg(bandonéon) pour la musique

Regard extérieur à l'écriture et à la mise en scène : Pietro Pizzuti

DU 12/04/12 AU 26/05/12               Petite Salle - Création mondiale - relâche les dimanches et lundis. Durée 1h30 / Supplémentaire le lundi 7 mai 2012 à 20h30

12272805292?profile=original« Pendant la deuxième guerre mondiale, il y avait dans ma famille flamande un résistant, membre du réseau Comète, et un collaborateur, fondateur du pèlerinage de la tour de l'Yser. Le premier est mort à Flossenburg en mars 1945, à l'âge de 34 ans, tandis que le second, après la guerre, était encore vivant. Cette histoire est un secret de famille. Personne n'en parle. On se tient bien... »

 

 Traversée de Flandre-Bruxelles-Wallonie. Cochon, coq ou âne, qu'importe? Voyage à pied dans l’espace et le temps.  « C’est le cheminement qui importe. » Lors de son voyage entre De Haan (du coq) et Lasne (à l’âne) Laurence fait une trouvaille insolite au bord d’un rang d’arbres de la forêt de Soignes : deux petites chaises pour enfant, porteuses  de deux âmes vieilles de plus de cent ans, comme dans l’Oiseau Bleu.

Bon début,  la peinture bleue est à peine écaillée. Laurence Vielle va s’empresser d’écouter avec passion le bruissement de la voix de son  arrière grand-mère en conversation avec son frère. La jeune femme, encore sous l’emprise de  la magie de l’enfance saisit les moindres frémissements des choses et des gens. "Van de hak tot op de tak."  De long en large, elle cherche inlassablement, classe, range et refait surgir l’image déteinte de sa famille. Elle fait reverdir tout un arbre de vie commune. Les uns et les autres se partagent les mêmes racines et s'expliquent. Tandis que la voix de  sa mère n’a de cesse que de la  conjurer de ne plus remuer le passé, Laurence travaille comme une archéologue. Explorer, étiqueter, replacer, trouver la bonne distance, restaurer les voix contradictoires : résistants contre collabos, francophones contre flamands, occupés contre occupants, les face-à-face sont prodigieux. « L’humain face à l’humain. »  

 

Laurence veut, à travers sa patiente et minutieuse reconstitution,  comprendre de quoi elle est faite, essayer de retrouver le fil rouge qui file l’histoire de mères en filles. Braver la honte et lever  une à une les pierres qui scellent des secrets terribles. C’est toute l’histoire de la Belgique qui y passe, depuis les tranchées de l’Yser. Un tableau  poignant qui nous aide à comprendre la superbe des uns la frustration des autres et ce clivage géologique fait du schiste le plus dur  qui pourfend la Belgique depuis sa création.

 

 Les moyens poétiques mis en œuvre par l’archéologue familiale sont d’une rare inventivité. Elle ne tient pas en place et passionne le public.  A vous de découvrir tous les secrets de l’art de la conteuse qui batifole avec tout ce qui lui tombe sous la main et organise un véritable jeu de piste surréaliste. Les voix sont touchantes, la volonté de nager en eau libre enfin transparente est  tenace. Ces questions d’identité sont  une question de vie ou de mort. Le spectacle est si émouvant et attendrissant que l’on doit souvent  retenir ses larmes. Il y a des paroles terribles :  « A défaut de savoir qui on est, on stigmatise qui on n’est pas.»  C’est rare de s’abreuver à une telle source d’humanité et de parole juste. Dans sa quête, elle cite Primo Levi et Aragon. Laurence fait plus que du théâtre, elle devient chaque jour un peu plus « Elle » en mille facettes: une métaphore vivante de la Belgique, telle qu’on la rêve, tous les soirs sur le plateau.

 

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=293&type=2#

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administrateur théâtres

Et voici la lauréate du prix première 2012:

Elle vient d'obtenir pour son  premier roman "Léna" le prix Première de la RTBF décerné ce premier mars à la foire du livre de Bruxelles.

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 Virginie Deloffre  est médecin à Paris... à mi temps, car elle écrit depuis un long moment et voici son premier roman.  Fascinée depuis l’enfance par la Russie, elle signe  un livre magnifique à l'écriture sensitive. La toile de fond est  toute l’épopée soviétique depuis les années 20 jusqu’à  l’effondrement de l’URSS à la fin des années 80.  Une débâcle spectaculaire qui ressemble à celle du fleuve Léna lorsqu’il sort de sa rêverie hivernale et cause des conséquences catastrophiques quand craquent tous les barrages de glace.

La Léna dont la romancière retrace le parcours est une enfant rêveuse, traumatisée par la mort de ses parents disparus dans un trou de glace en Sibérie, recueillie par un vieux couple sans enfant, Dimitri, un scientifique exilé en Sibérie et Varvara une bonne vieille paysanne pragmatique au franc parler, fière de son communisme. Hélas sa chaleur humaine peine fort à dégeler l'enfant mystérieuse et secrète.

Léna les quitte pour épouser Vassili, un ardent pilote de chasse de l’Armée rouge, et se retrouve seule dans un nouvel environnement urbain. A quel malheur doit-elle se préparer ?  Sa vie intérieure est marquée par  la rêverie et l’attente perpétuelle des retours de mission de Vassia. Son immobilité lui suffit pour capter la permanence.   Elle se complait dans l’inaction comme si bouger dans sa chrysalide allait tout faire basculer. A chaque départ et chaque retour de son mari elle écrit  de longues missives nostalgiques à son oncle et sa tante restés dans le Grand Nord et se souvient : "La terre et la mer se confondent, uniformément blanches et plates l'une et l'autre, sans ligne de fracture visible. L’œil porte si loin dans cette blancheur, qu'on croit percevoir la courbure de la terre à l'horizon. A ce point d'immensité l'espace devenait une stature, imprégnant chacun des êtres qui l'habitent, une irréductible liberté intérieure qui fait les hommes bien nés, les Hommes Véritables, ainsi que ces peuples, les Nénètses,  se désignent eux-mêmes."  Elle se sent comme les paysages de sa tribu d’origine: sans limites, à la fois changeants et immuables, aussi désertiques.

 La langue poétique dévoile peu à peu tous les replis de son âme vagabonde. Elle a aussi la distance pour décrire avec humour son nouvel environnement : "C'est la fameuse Laideur Soviétique, inimitable, minutieusement programmée par le plan, torchonnée cahin-caha dans l'ivrognerie générale, d'une tristesse inusable. Un mélange d'indifférence obstinée, de carrelages mal lavés, de façades monotones aux couleurs uniques -gris-bleu, gris-vert, gris-jaune-, témoins d'un probable oukase secret ordonnant le grisaillement égalitaire de toutes les résines destinées à la construction du socialisme avancé. Un genre de laideur qu'on ne trouve que chez nous, que l'Ouest n'égalera jamais, malgré les efforts qu'il déploie à la périphérie de ses villes. "  
 

Soudain, rien ne sera plus jamais le même. « Elle est tombée sur moi, la menace que je sentais rôder. »  Lorsque Vassia  est sélectionné pour faire partie de mission de la station Mir, Lena, fille de l’immuable perd ses repères: la routine de son attente des retours-surprise du mari qui faisait  tout son bonheur  tranquille et solitaire explose et fait  place aux incertitudes et au questionnement. Son monde solitaire est fracassé.
Elle est forcée au commerce avec autrui, confrontée par la réalité. Et de se demander ce que  vont donc chercher les hommes dans l'espace. Quelle est cette force qui les lance vers l'inaccessible?  Qu’ont-ils contemplé ces cosmonautes,  face à face avec l'univers? Pourquoi ceux qui en reviennent ont-ils tous le même vide au fond des yeux ?  « Je ne sais pas pourquoi les hommes veulent aller plus loin. Mais ils l'ont toujours fait, ils ont toujours marché droit devant eux. Ils se sont heurtés à des déserts, puis à des montagnes, et ils les ont franchis. Ils sont arrivés à la mer et cet obstacle leur a pris des siècles. Mais ils ont appris à construire des bateaux et ils sont partis sur la mer au milieu des tempêtes, droit devant vers l'inconnu. Vers l'inconnu terrifiant toujours. Chaque étape de leur progression était jonchée de cadavres et pourtant ils ont continué jusqu'à couvrir la surface de la terre, et maintenant la terre ne leur suffit plus. Ils sont ensorcelés par les lointains. C'est une force en eux, sans doute semblable à celle qui habite les oies sauvages au printemps. L'étendue les attire, elle les appelle. Et ils se mettent en marche. »

Le roman est construit avec  le soin d’une lente distillation de l’art de dire,  sans en dire trop, par petites touches successives, pour fabriquer des images inoubliables. Le plaisir de la lecture est total tant la langue soutient l’imaginaire, fait éclore l’émotion, et ouvre nos yeux sur la sensibilité de l’âme  russe. Elle insiste sur  le désir permanent  de conquête  de l’homme. Elle capte les différences ahurissantes entre l’homme et la femme dans les deux couples… qui malgré tout s’entendent.   Le personnage de Léna est tout émotion: fine, pudique et délectable. Tous les  personnages sont riches, la narration de l’histoire soviétique prend des allures de conte. Le lecteur de l’OUEST se sent transporté dans un monde inconnu et surprenant.  L’écriture fluide  et rythmée colle au roman, comme un vêtement mouillé car Léna au fur et à mesure fait fondre la glace qui l’étreint. Tout au long de l’histoire on assiste à une accélération dynamique de l’énergie  et à une authentique mise à flots du vaisseau de la vie. Celle de Léna.

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Le ravissement de l'éclosion.

 

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administrateur théâtres

Le Diable Rouge (théâtre Royal du Parc)

... pages  vivantes d’Histoire, des comédiens au jeu du "je" éblouissants!

Colbert : «Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…» 

-Mazarin : «Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison mais l’État… L’État, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’État en prison. Alors, il continue, il creuse la dette! Tous les États font cela.»

Colbert : «Ah oui? Vous croyez? Cependant, il nous faut de l’argent et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables?»

Mazarin : «On en crée d’autres».

Colbert : «Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà».

Mazarin :: «Oui, c’est impossible».

Colbert : «Alors, les riches?»

Mazarin :: «Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres».

Colbert : «Alors, comment fait-on?»

Mazarin : «Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d'un malade)! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus! Ceux là! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… C’est un réservoir inépuisable.»

 

Et le public de sourire, d’un air entendu. Toutes les crises se ressemblent. Les ingrédients sont toujours les mêmes : le pouvoir, l’argent et l’amour.

Les costumes ont la brillance  du 17e   siècle et semblent surgis du pinceau de grand maîtres, tout en soieries, dentelles rubans et brocarts. Le décor  est un réel  chef-d’œuvre émaillé de corridors en miroirs, de hautes colonnes, de gobelins, peintures, astrolabe, sculptures,  et meubles précieux où glissent les merveilleux comédiens. Les sentiers de l’histoire sont vivants, sortis de la plume inventive d’Antoine Rault illuminés de bougies d'un autre siècle.

 

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Le bal du pouvoir commence. « Quand on n’est pas né roi, on avance masqué ! » Mazarin, son Eminence Le Diable Rouge, est subtil, intelligent, manipulateur, italien … en diable malgré ses accès de goutte et de gravelle….  « Je les aurai par la douceur, c’est ça, la politique ! »  Il espionne, surveille, soudoie, flatte, conspire. En orfèvre du mensonge et de l’intrigue  il arrive toujours à ses fins avec onction. C’est l’illustre Jean-Claude Frison qui interprète ce rôle, et  il est magistral dans la gestuelle et le phrasé italien. 

 

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 Mais il y a bien d’autres diables. Le jeune futur Louis XIV - la  beauté du diable incarnée -   est joué par un acteur juvénile et craquant… Toussaint  Colombani. Son  innocence tranquille déconcerte et renverserait les plans les plus machiavéliques.   Il émane  de lui une prestance, une confiance en soi, une façon de se mouvoir, royales. C’est qu'il a reçu l’éducation d’honnête homme dispensée avec amour par le cardinal.  L’éclosion de sa jeune personnalité lui fait saisir avec panache et naturel les rênes du pouvoir comme s’il s’agissait de  pas de danse galante, son passe-temps favori.  Il est tout aussi  diablement convainquant dans son histoire d’amour avec la sémillante Marie Mancini, que joue avec  passion et   vigueur, l’intrépide Morgane Choupay.

 

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 Mais en amoureux de la France,  Mazarin guette les amants: « Un homme est toujours seul devant les grandes décisions, mais il doit jamais être sous l’emprise d’une passion, et encore moins de celle d’une femme ». « Etre libre, c’est pouvoir choisir » dit Louis, « Vous devez choisir », répond Mazarin.  La paix n’a pas de prix quand la guerre dure depuis 30 ans!

 

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Anne d’ Autriche (l’impressionnante Rosalia Cuevas)  dans sa somptueuse robe dorée, c’est la mère du Roi-Soleil, régente de France et de Navarre pendant la minorité du jeune Louis. Elle est magnifique et pathétique lorsqu’elle se rend compte que son fils  si jeune va soudain échapper à son autorité et à jamais prendre son envol. Du haut de ses 14 ans il lui déclare, courtois mais ferme, qu’il estime profondément  Marie et refuse d’épouser l’infante.  Et que  diable, c’est lui le roi ! Son baudrier n’est-il pas  solaire ?

 

Et voici Colbert (Bruno Georis, tout en finesse), épiant toutes les scènes de son regard calculateur, sachant se rendre indispensable à la reconstruction de la fortune de Mazarin, habile, sarcastique, briguant sans jamais relâcher son étreinte mortelle, la place de Fouquet.  Ses réparties sont  vives et mordantes, ses saillies, piquantes, mais  il est surtout un livre de comptes ambulant et  un conseiller redoutable : « Il n’y a pas plus habile que vous ! » concède Mazarin.

 

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Diables, fripons et fripouilles mènent la danse vertigineuse du pouvoir. « On ne peut pas gouverner avec uniquement des gens honnêtes, on a besoin de fripons ! » C’est la leçon du Diable Rouge au jeune roi élevé avec tendresse et dévouement. Et le public d’applaudir le miroir qui lui est présenté, frénétiquement!

 

 

 

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2010_2011_004

Du 24 février au 2 avril 2011

 

 

 

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