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photographie (19)

12273217889?profile=originalDeux propriétaires heureux posant devant une galerie de mine ©
Rare photo prise en extérieur, les photographes, avec leur lourd et encombrant matériel,

préférant le studio, qui permettait par ailleurs une meilleure maîtrise de la lumière

et un traitement plus rapide (ferrotype ou tintype, ca 1865).



       Une sacrée veine ! Le plus grand affleurement d’argent ! L’or en prime ! Ophir était son nom ! Et, à ce qu’on dit, James Old Virginny Finney, un soir de cuite, pour conjurer le sort, une de ses bouteilles de whiskey s’étant brisée au sol, proclama « I christen this ground Virginia ! » Et, sur cette pierre, on bâtit Virginia City !

12273218093?profile=originalComme on touche du bois,...
Celui-là semble vouloir mettre toutes les chances de son côté ©(ferrotype ou tintype, ca 1860) 

D’Ophir au sud à Gold Hill au nord tout le terrain était maintenant occupé. La bande des quatre était riche ! Riche ? Enfin…
Henry Comstock, vantard, laissa bien son nom à la postérité, mais vendit sa concession pour 11 000$ à plus malin que lui, le juge Walsh. Avec son pactole, il acheta un magasin de marchandises générales qui périclita. Adieu, vaches, cochons, couvées, prospérité. Il erra, perdit la raison et se suicida au Montana, le 27 septembre 1870, d’une balle de révolver. Triste sort. Il fut enterré, sans plus de formalités, à Bozeman au Montana. Old Pancake avait 50 ans. Oublié, on ne porta pas même le crêpe…

12273218872?profile=originalUn fondu d’or ©
Rien n'est superflu ! Double symbole fer-à-cheval et aimant,
voilà de quoi s'attirer chance et prospérité !
(Tintype, ca 1865, monté en carte-de-visite, un format popularisé en 1854 par le Français Disdéri et rapidement adopté par les Américains).

James Finney, Old Virginny, vendit lui aussi, pour, dit-on, du whiskey de Virginie et un cheval borgne, et but son fonds. Il tomba de son cheval et se fracassa le crâne. Il mourut le 20 juin 1861, jeté à la fosse commune à 44 ans. Ce qu’on appelle pudiquement aujourd’hui le carré des indigents. Pour lui, le carré d’as c’est déjà fini.

12273219267?profile=originalLa partie de cartes : mauvaise donne ©
(Tintype, ca 1865)

S’il finit seul dans le plus grand dénuement, il laissa son nom à Virginia City. Et une pierre aujourd’hui commémore sa mémoire.

 

12273220056?profile=originalTombe de James Finney Fennimore, Dayton, Nevada.

Une stèle commémorative pour tous ces pionniers.

(photo captée sur le Net)

Oui, mais de O’Riley et de McLaughlin, qu’advint-il ?

12273219460?profile=originalPeter O’Riley et Patrick McLaughlin ©
(ferrotype ou tintype, détail, ca 1860-1865)

Sans fleurs voici le couronnement de l’histoire…
Patrick McLaughlin céda ses parts pour 3 500$, occupa des petits boulots, devint cuistot pour finir par mourir de faim à San Bernardino, Californie, en 1875. Lui aussi finit à la fosse commune. Resquiescat in pace.

12273220094?profile=originalDescente aux enfers ©
(Tintype, ca 1860-1865)
Un décor dantesque en toile de fond.
Il s’agit probablement d’un concessionnaire minier posant pour la postérité.

Peter O’Riley, sans céder, réussit à tirer 45 000$ de ses concessions. Une sacrée somme ! Un chiffre qui résonne et qu’il saurait faire fructifier ! Avec sa vista, il se mit à entendre des voix qui le guideraient vers de nouveaux filons – là… entends-tu ? – pour y creuser sa tombe. Il finit sa vie dans un asile d’aliénés à Woodbridge en Californie, où il décéda en 1874. On ne lui connait pas de sépulture.

12273220694?profile=originalComme on creuse sa tombe ©
(ferrotype ou tintype, ca 1860)

Et alors, et alors…

      La finance investit le Nevada silver rush, faisant tourner la roue à coups de comstocks, jouant des mots (ces actions étaient échangées à la San Francisco stock and Exchange Board), se jouant des petits porteurs grâce à la rumeur, pour faire monter les enchères, descendre les cours, rafler la mise. La spéculation battait son plein. Silver City, Gold Hill, Virginia City régnaient.

12273221277?profile=originalDes étincelles plein les yeux,
ils voyaient des pépites gros comme ça ! ©
(ambrotype, ca 1855)

Corruption, prévarication, délit d’initié allaient bon train, avec cela une bonne publicité et le tour était joué. Car même « Si le minerai était modérément prometteur, nous suivions la coutume du pays, nous nous servions d’adjectifs puissants et écumions comme si la merveille des merveilles en fait de découverte argentifère venait d’apparaître. Si la mine était une mine ‘exploitée’ et ne pouvait montrer de minerai traitable (qu’elle n’avait évidemment pas), nous louions le tunnel, disant que c’était un des tunnels les plus encourageants du pays, radotant et radotant sur ce tunnel jusqu’à ce que nous soyons complétement à cours d’extase, mais nous ne disions pas un mot du minerai. Nous pouvions répandre une demi-colonne d’adulation sur un puits, ou un nouveau filin d’acier, ou un treuil de pin couvert, ou une pompe fascinante et terminer par un éclat d’admiration sur ‘le surintendant distingué et efficace’ de la mine… mais nous ne soufflions mot du minerai. », Samuel Clemens, qui se fit connaître sous le nom de Josh d’abord, puis sous celui de Mark Twain. Twain qui, effectivement, passa là « six ou sept années longues et singulières » A la dure (Roughing it), comme prospecteur dans un premier temps, puis comme journaliste. Finalement « Il n’y avait rien qui ne fut vendable dans le domaine des concessions minières. » pendant ses Folles années*.
Une autre supercherie qu’on se voudrait de ne pas signaler, les salted mines, et qui avait de quoi dessaler les plus crédules. Comme pour donner un air authentique à une commode Louis XV montée dans une arrière-boutique de bazar, chargez un fusil de chasse de cartouches remplies de grenaille d’or. Tirez. Vous obtenez un filon, des filous. La mine ainsi lestée est promptement cédée au premier pigeon venant à passer. Ou bien « L’entrepreneur de la chose découvrait un filon sans valeur, y creusait un puits, achetait un chargement de riche minerai de la ‘Comstock’, en jetait une partie dans le puits et installait le reste sur ses bords extérieurs. Il montrait alors la chose à un nigaud et lui vendait à un prix élevé. », Mark Twain. Une pratique qui ensemença toute l’Amérique.

12273221479?profile=originalBeaucoup y laissèrent leur chemise
(ferrotype ou tintype, ca 1860-1865)

      Mais il faut reconnaître que cette aventure a amené beaucoup d’innovations, de premières, d’avancées industrielles… Emploi de la dynamite, mise au point des techniques de traçage et de foration des trous de mines en couronne afin d’utiliser ce nouvel explosif en toute sécurité pour l’abattage, perforatrice Burley à air comprimé. Perfectionnement du moulin californien afin qu’il puisse fonctionner en continu grâce à la force hydraulique mue par la roue Pelton. Encore plus astucieux, le système de boisage par emboîtage de Philip Deidesheimer, ingénieur allemand formé à Freiberg en Allemagne, la meilleure Ecole des mines du monde. Une structure alvéolaire capable de résister aux pressions verticales et latérales, modulable en fonction des veines, failles et cisaillements d’un filon qui ne file pas droit, améliorant la sécurité tout en permettant d’aller toujours plus profond dans les mines du Comstock et ses minerais auro-argentifères. Aérage et drainage des galeries grâce à un tunnel conçu par Adolph Sutro, qui ne fit par ailleurs que ralentir l’inéluctable déclin d’une ville à son crépuscule.
Et « L’Ophir n’avait pratiquement rien valu un an auparavant et elle se vendait maintenant à près de quatre mille dollars le pied ! », Mark Twain.
Enfin, si aux Etats-Unis on se souvient d’Henry T. Comstock pour, en fait, avoir su détourner à son profit le Comstock Lode de ses deux véritables inventeurs, pour ce qu’il en est d’O’Riley et de McLaughlin, ils sont quasiment ignorés. Il faut dire qu’on ne connaissait pas le portrait de nos deux Irlandais. Aussi j’ai ici voulu réhabiliter ces deux véritables pionniers avec des informations et des documents inédits. Quand bien même le rush n’en rendit pas riches ceux qui décrochèrent la roche-mère.

12273221096?profile=original« Le temps des prospecteurs libres est révolu », semble dire ce vétéran,
« il est temps de se ranger des voitures et faire son deuil de la fortune. »
(tintype dans son curieux carton de montage, façon faire-part de deuil, ca 1865). ©

Et pouvoir vivre heureux le reste de son âge…

12273222071?profile=originalPapy a fait de la résistance.
(ferrotype ou tintype monté en carte-de-visite, ca 1865) ©

Voici enfin levé un des derniers mystères de l’Ouest. Pour mieux en suivre les péripéties vous pouvez en retrouver ici la première partie :


WANTED : https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/l-trange-et-difiante-histoire-de-peter-o-riley-et-de-patrick

Lansardière Michel (texte, photos, documents ©)

* Les mémoires de Mark Twain ont été publiées en 1872 sous le titre original de Roughing it, traduites en français sous les titres de Mes folles années ou d’A la dure.

N. B. : si la première photo de la première partie de cet article partie (cf. WANTED, et la sixième du présent billet qui en montre un gros plan) semble bien être l’authentique et unique portrait de Peter O’Riley et Patrick McLaughlin, du moins une hypothèse raisonnable, les autres american tintypes ne prétendent pas représenter les autres personnages de l’histoire. Par contre, elles leur sont toutes contemporaines, originales, et restituent le contexte de l’époque. Tous les documents ©, sauf mention contraire (3 photos captées sur le Net), proviennent de mes recherches personnelles.
Si enfin, concernant la photo de Billy the Kid, qui a beaucoup circulé et été montrée à la télévision, ou la découverte de celle de Henry Comstock, on a pu s’appuyer sur une iconographie déjà connue et donc procéder, entre autres, à des comparaisons faciales, pour la photographie de McLaughlin et de O’Riley je ne m’appuie que sur l’étiquette contre-collée au dos du tintype, ne connaissant aucune image d’eux. Alors, photo « salée »… il faudrait pour trancher d’autres moyens d’investigation (datation de l’encre, du papier…). J’ai par contre l’expérience de la photographie ancienne, américaine en particulier, et ai consacré plus de vingt ans de recherches aux chercheurs d’or. Et il s’agit bien d’un tintype américain contemporain de nos deux protagonistes. Aux découvertes fortuites de William Bohn en 2009 pour Henry Comstock et de Randy Guijero en 2010 pour Billy the Kid, j’ajoute une pierre au mythe doré et argentique.
Si vous voulez une suite à cette histoire, l’après, Virginia City au temps de Samuel Clemens (Mark Twain) ou du photographe Timothy O’Sullivan, et d’autres documents inédits…

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12273211257?profile=original

WANTED

¿ Qién es  ?...  ¿ Qién es  ? seraient les derniers mots prononcés par Billy the Kid, alias William Henry McCarty, alias William Bonney, alias William Antrim… The Kid, dont on vient de retrouver une deuxième photo avec sa bande des Regulators qui a récemment défrayé la chronique. Mais ceci est une autre histoire… See you later Regulator...

Pourtant, il sera bien question de roc(k), d’or et d’argentique. Ainsi, au hasard d’une vente aux enchères, je suis tombé sur deux hommes qui eux aussi, à leur manière, forgèrent la légende de l’Ouest américain. Cette photo, un ferrotype* (tintype), serait la seule connue de ces deux desperados…

Oui, mais justement… Qui sont-ils ?

 

12273211088?profile=originalPeter O’Riley et Patrick McLaughlin

(ferrotype ou tintype, ca 1860-1865) :

Du moins si l’on en croit la note dactylographiée collée au verso de la plaque :

« Peter O’Riley

&

Patrick McLaughlin,

The two discoverers of

 the famous Comstock Vein,

Virginia City, Nevada.

This mine eventually, as

 estimated, yealded

 $325, 000, 000 in gold

and silver.”

12273211472?profile=original

      Ces deux-là auraient pu devenir les rois de l’or et de l’argent. Mais trop naïfs, comme souvent les découvreurs, il en fut autrement. L’histoire de ces deux Irlandais mérite pourtant amplement d’être contée…
L’or était un aimant puissant. Et l’or c’était la Californie. Pourtant sur la route, au cœur de la Sierra Nevada, certains avaient bien prospecté, découvert quelques indices prometteurs…


On marmonne que les Mormons les premiers passèrent là et y levèrent les indices de la présence de l’or…
L'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours fut fondée par Joseph Smith (1805-1844), le maître spirituel. A quatorze ans, il eut une révélation par l’intercession de l’ange Moroni. Dieu lui indiqua l’emplacement d’étranges tablettes d’or (ou de cuivre) à l’ouest de l’état de New York. Découvertes en 1827, elles divulguaient que les Indiens descendaient des « Nephites » et des « Lamanites » qui, venant d’Israël, s’étaient établis en Amérique six siècles avant J.-C. Le Christ après sa crucifixion apparut aux habitants du Nouveau Monde et souhaita qu’y soit établie la vraie église. Et Joseph Smith serait son « prophète, voyant, révélateur ». En 1830, il publia la traduction du Texte sacré et fonda son Église dans l’Ohio. Brigham Young y adhéra. Après bien des vicissitudes, persécutés par les « Gentils », installés au Missouri à Independance, chassés, les Mormons, puisqu’il s’agit bien d’eux, crurent trouver la paix à Nauvoo dans l’Illinois en 1839, et ce jusqu’en 1844, quand Smith et dix de ses apôtres furent tués. Un certain Rigdon le remplaça à la tête du Quorum. C’était sans compter sur le très influent et charismatique Young qui rapidement prit les rênes en mains et guida son peuple à travers l’Iowa, le Nebraska, le Wyoming, pour terminer leur long chemin de croix dans leur « Royaume de Deseret » le 24 juillet 1847. Deseret, « abeille », industrieuse et communautaire.

12273211497?profile=originalDestinée manifeste, tous vers l'Ouest !
Hommes, femmes, enfants, trente-huit pionniers sur le départ (photo sur papier albuminé*, ca 1865/70).

      Mais les autorités ne l’entendaient pas ainsi qui créèrent le « territoire d’Utah », nommèrent fonctionnaires et juges fantoches, chaperonnés par le puissant Gouverneur du Territoire, Brigham Young en personne (l’Utah ne devint État de l’Union qu’en 1896). Mais surtout ce qui changea c’est que l’appel de l’or transita par là. Le « Mormon trail » devint, pour partie, le « California trail ». Voitures à bras pour les uns, chariots tirés par six mulets ou, le plus souvent, quatre paires de bœufs pour les autres, les Mormons eurent beau crier dans le désert, la caravane passa.
Afin d’étendre leur emprise jusqu’au Pacifique, les Mormons essaimèrent, prêchèrent, péchèrent, par mission ou par passion.
      Il y eut déjà le « Mormon Battalion » qui avait rejoint l’Ouest pour bouter le Mexicain hors de la Californie nouvellement conquise. Henry W. Bigler, qui sera un autre grand apologiste de l’or (c’est dans son journal que l’on verra paraître pour la première fois la découverte d’or au moulin Sutter par James Marshall entre le 18 et le 20 janvier 1848), en fit partie au côté de Brigham Young. Arrivés après la bataille, certains travaillèrent au moulin Sutter avec les conséquences que l’on sait. Sam Brannam (c’est lui qui propagea la découverte d’or en Californie et déclencha la ruée que l’on sait en 1849. Il possédera jusqu’au cinquième de San Francisco et fondera Sacramento !), un temps converti, puis excommunié, il fit d’autres adeptes, portant loin la parole d’or. Et l’on rencontra quelques camps qui disent bien l’origine de leurs fondateurs, comme Mormon Bar ou Mormon Island, bien connu pour son magasin général où l’on trouvait tout pour le mineur, aux meilleurs prix, fort de café, chocolat, épices… mais ni alcool ni tabac… Toujours prosélytes, les Mormons repérèrent l’or au Nevada, après avoir traversé le Forty-mile Desert, d’abord à Carson Valley en 1849, puis, en quantités plus appréciables, à Gold Canyon l’année suivante. Ce qui forcément attira les fouineurs de ce côté du Nevada, dans le comté de Washoe…

12273211866?profile=originalVingt ans ! L’âge de tous les possibles
Deux jeunes gens posent fièrement armés de leurs pelles (tintype, ca 1860).

     Puis arrivèrent Ethan Allen et Hosea Ballou Grosh, mais l’or ne roulait pas les rivières, ne se ramassait pas à la pelle, non, décidément trop d’argent !
Oui, mais la Californie n’était plus ce qu’elle était… Et il y avait, certains s’en souviennent, un Gold Canyon du côté de la Sun Mountain (devenue le Mont Davidson). Et l’on retrouva un peu d’or au Six-Mile Canyon. Et là, exactement, à la jonction entre ces deux canyons, affleurait le plus riche gisement d’argent et d’or ! Qui deviendra célèbre sous le nom de Comstock Lode.
Ils étaient six sur le secteur à pouvoir revendiquer la paternité de sa découverte en 1859. Un seul laissera son nom…

¿ Qién es  ?...  ¿ Qién es  ?

12273211291?profile=originalCamp de prospecteurs (tintype, ca 1865)
Qu’ils soient mandatés pour une mission géologique et minière ou indépendants
tout l’Ouest était sous surveillance, sillonné de part en part.
La tente est plantée, les chevaux sellés,
déserts et sierras vont pouvoir continuer à livrer leurs secrets.

      Oui, mais pour cela il fait délimiter et enregistrer la concession, et même « Selon la loi du district, les locataires ou prétendants à une concession étaient obligés de faire un travail raisonnable sur leur nouvelle propriété dans les dix jours suivant la date de leur location, sans quoi il y avait forclusion et n’importe qui pouvait s’en emparer. », Mark Twain.

Or, qui serait en mesure de faire valoir ses titres en plein désert ?
      Déjà, Hosea Ballou Grosh, né en 1826, mourut le 2 septembre 1857 à Gold Hill. Son seul titre fut d’être le premier à être enterré au cimetière de Silver City. C’est ballot !
Voulant traverser la Sierra Nevada, il fut pris dans une tempête de neige, ses pieds gelèrent, ses jambes atteintes par la gangrène, il refusa d’être amputé. Il décéda le 19 décembre de la même année. Il repose au cimetière de Last Chance, dans le Placer County, Californie. Bien sûr, aucun des deux frères ne put enregistrer de concession. C’est pas de pot.

12273212089?profile=originalHosea Ballou et Ethan Allen Grosh
(photo captée sur le Net)

Pour eux l’affaire était réglée. Gros-Jean comme devant.
La question, Doc, restait en suspens… Qui remporterait le titre ?


      James Fennimore ( ? – 1861), qui se faisait appeler Finney pour oublier son lourd passé, et que l’on surnommait Old Virginny, un rappel de ses origines autant que de sa propension à siffler son bourbon.
      Henry Tompskins Paige Comstock (1820-1870), dit Old Pancake, un de ces mountain men capable de survivre avec un peu de farine et d’eau, un dur-à-cuire, un sourdough, droit dans ses bottes, toujours à l’aise, toujours chez lui. Et, à Gold Hill, ces deux-là trouvèrent bien un filon. Un bon filon même, mais pas de quoi aimanter les foules, si ce n’est quelques traine-savates.

Serait-il notre champion ?

12273211891?profile=originalHenry P.Comstock
(portrait supposé, découvert en 2009 par William Bohn)
(photo captée sur le Net)

12273212652?profile=originalEn tenue !
Deux mineurs posent en chemise et chapeau bas en tenue de travail, bottes, jean et brettelles

(tintype, ou ferrotype, ca 1860).

      Patrick McLaughlin et Peter O’Riley enfin, qui levèrent l’or au fond de la retenue d’eau qu’ils avaient aménagée. Oh, un or un peu pâlichon (en fait de l’électrum, un alliage naturel d’argent et d’or, mais ça ils l’ignoraient) et qui ne rapportait pas autant que le bon or franc. Mais quand même ! De plus le filon était dur à travailler.
Quoi qu’il en soit, ils pouvaient, à juste titre, avoir quelques prétentions, caresser quelques ambitions, briguer les plus hautes fonctions.
      Et puis il y avait ce fier-à-bras de Henry Old Pancake Comstock qui clamait haut et fort que le terrain était à lui ! C’est qu’il en imposait cette vieille crêpe ! D’ailleurs il leur flanqua son bras-droit comme associé, Emanuel Manny Penrod. Et voilà nos trois lascars à creuser. Mais Dieu que c’est lourd tout ce sable bleuâtre à évacuer pour récupérer la couleur jaune ! Un gaillard plus avisé s’en vint porter cette « terre bleue » à essayer. Et l’essayeur n’en revint pas ! Une teneur de 3000$ d’argent et de 876$ d’or la tonne ! Voilà qui fit grand bruit ! Ça c’est de la boue payante ! De quoi piqueter toute la montagne, enregistrer les concessions, lever des fonds, remplir des wagons, purger le filon !


      Et ce fut la ruée… Une de ces ruées comme on n’en avait plus connue depuis dix ans ! Bien entendu, quand tous ces gens affluèrent, les quatre inventeurs, Comstock, Penrod, O’Riley et McLaughlin s’étaient taillés la part du lion… Mais on sait ce qui advint de Daniel…
La meute des Washoeites, comme on nomma alors ces nouveaux chercheurs d’or, était lâchée, traînant son lot de misères. Le filon était riche, d’or mais surtout d’argent…

12273212483?profile=originalWestward ho !
A ce cri de ralliement, par vagues successives de milliers de migrants gagnèrent la Californie, quelle que soit leur condition. Ici un homme, d’un âge déjà avancé, pose en redingote, exhibant fièrement sa pelle, montrant ainsi sa détermination, sa rage de partir et de forcer le destin. Le photographe, par sa composition, une diagonale coupant le sujet, donne l’image d’une carte à jouer. Notre homme a-t-il tiré la bonne ?
Au-delà des conventions, la volonté manifeste, du photographe comme de son modèle, de transmettre un message, de raconter l’histoire en marche.

En redingote et boutons dorés...
(ambrotype*, 1/6e de plaque, dans son cadre, ca 1855).

Et la compétition ne faisait que de commencer…


A suivre…

Michel lansardière (texte, photos, documents)

*  Jadis et Daguerre (notes) :

 

Le ferrotype est un procédé photographique inventé par le Français Adolphe Alexandre Martin en 1852 ayant pour support une plaque de métal. Mais le brevet fut déposé en Angleterre par William Kloen et Daniel Jones en 1856, par Hamilton Lamphere Smith aux Etats-Unis la même année, sous les appellations melainotype et tintype où, popularisé par Peter Neff, il connut un succès considérable Outre-Atlantique.

Quant à l’ambrotype (du grec ambros, immortel), il fut mis au point en 1850 par le Britannique Frederic Scott Archer, procédé au collodion humide sur plaque de verre.  Aux Etats-Unis le brevet en fut déposé par James Ambrose Cutting l’année suivante.

L’un comme l’autre furent commercialisés, dans les premiers temps, dans des écrins (union-cases) comme l’étaient les daguerréotypes aux Etats-Unis.

Dans une épreuve à l’albumine, le papier est enduit de blanc d’œuf qui lui donne une surface brillante. Le papier est ensuite sensibilisé au nitrate d’argent et mis en contact avec le négatif (collodion sur verre). Procédé mis au point en 1847 par Louis-Désiré Blanquart-Evrard. Il présenta le procédé de tirage positif à l’albumine à l’Académie des sciences en mai 1850. Niépce de Saint-Victor (cousin de Nicéphore Niépce, pionnier de l’héliographie, dont la première image permanente conservée date de 1827) travailla aussi sur ce principe mais directement sur un verre sensibilisé. Le 7 janvier 1839 François Arago soumit à l’Académie des sciences l’invention de Louis Jacques Mandé Daguerre, considéré comme le père de la photographie. Quant à la photographie sur un support de papier salé, le calotype (de kalos, beau), elle fut inventée par William Henry Fox Talbot, également en 1839. C’est ce dernier que la perfide Albion considère généralement comme étant l’inventeur de la photographie (ce mot fut employé pour la première fois le 1er février 1839 par Charles Weattone dans un courrier à Talbot. Du moins si on omet la citation de ce terme par Hercules Florence, un Français installé au Brésil, chercheur oublié, dans ses manuscrits inédits, en... 1933 ! six ans avant la présentation officielle du procédé de Daguerre par Arago. Ecrits retrouvés par hasard dans les archives d'un journal brésilien dans les années 1970. Sa méthode a pu être éprouvée depuis...).

 

 

Nota: tous les documents présentés (sauf mention contraire, "photo captée sur le Net") proviennent de ma collection personnelle issue de plus de vingt ans de recherches.

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12273181857?profile=originalBergen blottie au cœur de juillet

Oslo, Bergen

Décollage d’un avion blanc, le soir,
puis ce couché de soleil rose et parme,
inouï, triomphal,
apparaît puis s’étend ; une pure merveille.

12273182256?profile=originalVol au-dessus de l’infinie Scandinavie

Des paysages polaires, entre l’Est et l’Ouest,
des maisons en bois, coquettes, multicolores,
dévalent joyeusement ;
alentours des vallées, des prairies, des jardins,
du vert à profusion, des espaces infinis,
de simples fleurs sauvages, à l’instar de ballerines,
gracieuses et féminines, sous mes yeux se
mettent en scène, s’illuminent, dansent et bruissent !

12273181899?profile=originalBergen multicolore, Bergen technicolor

Autour d’elles, le soleil adapte sa lumière,
les nimbes de tout son or, les caresse, les honore.

12273182477?profile=originalPrécieux soleil, parcimonieux soleil

Puis ces neiges éternelles sur ces monts
vertigineux et bleus ; c’est l’été de l’hiver,
Le soleil mesuré.

12273183500?profile=originalA bras ouverts, Norvège

Ce sont ces regards clairs, grand-ouverts,
dont les yeux bleus-glacier donnent
le vertige aux sombres,
puis étonnent et à la fois subjuguent
la Méditerranéenne que je suis, que je reste ;
l’ombre là-bas embaume encore la neige,
même en plein cœur de juillet.


12273184075?profile=originalPaysage hivernal, huile sur toile
Sophus Jacobson (peintre norvégien, 1833-1912)

La blondeur est partout ;
les chevelures, l’air que l’on respire,
les corps, les gestes ensoleillés des gens d’ici,
jusqu’à leur mots si chauds, si ronds ; des bateaux.

12273184683?profile=original« Les rues sont remplies d’amour », prince Haakon de Norvège
Oslo

La Norvège est paisible, blanche et verte,
pacifique.

NINA

12273185671?profile=originalRosemarsjen, Oslo, 25 juillet 2011
Marche blanche, marche des roses…
Du blé en herbe fauché au regain de la jeunesse,
aux promesses de blonds épis

J’ai vu le poème de NINA, émoi.
Les images tournaient, qui défilaient en moi sur l’écran des nuits blanches.
Et moi… tandis que le film repassait, je déposais les photos sur les mots.
Et voici le résultat d’un nouveau partenariat…
De vous à nous, qu’en pensez-vous ?

Michel Lansardière (photographies)

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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12273173070?profile=originalMasque de lune (photo L. M.)

Le masque

Le soleil déguisé en lune,

En ce jour dépourvu d'attraits

Sur un fond blanc-terne apparaît,

Sa présence est inopportune.

En ce jour dépourvu d'attraits

Sans éclat ni grâces aucunes,

Sa présence est inopportune.

Son apparence me distrait.

Sans éclat ni grâces aucunes,

Reste suspendu, en arrêt.

Son apparence me distrait.

L'aimerais d'or en la nuit brune.

Reste suspendu en arrêt,

Le faux visage de la lune.

L'aimerais d'or en la nuit brune

Je le regarderais briller.

Suzanne Walther-Siksou

Hasard, coïncidence ? Pas de loup...

La photo a été prise, par une nuit de pleine lune, le 23 février 2016. Je l'intilulai aussitôt "Masque de lune". Et, tandis que je rêvais, tombant de la lune, je découvrais le lendemain le poème que Suzanne nous avait présenté le 19 février...

Un rayon avait jeté un pont, un arc-en-ciel nocturne, des deux cotés de l'Atlantique... Jouant des fuseaux, la lune, bonne onde, passait un message entre Terriens et Sélénites au rendez-vous du soleil et de la lune...

12273173668?profile=original (Durrenberger, céramique)

12273173499?profile=originalPhoto L. M.

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12273100291?profile=originalAu rendez-vous des amis.

The first white man's log cabin, Haines, Alaska (B. L. Singley, 1898).

B. L. Singley exploita tous les effets de la stéréoscopie, profondeur de champ et vision en relief, pour un rendu spectaculaire et didactique.

     La stéréoscopie est arrivée bien avant la 3D, puisque l'on doit à sir Charles Wheatstone (1802-1875) le premier appareil stéréoscopique ! Et cela un an avant la présentation officielle de la photographie par Arago, le 7 janvier 1839, de l'invention de Daguerre. Tout se confond même car Arago parle de daguerréotype et que Wheatstone utilise le premier le mot "photographie" *.

Quoi qu'il en soit les premières images stéréoscopiques furent des daguerréotypes, deux images se cotoyant et légérement décalées lors de la prise de vue produisant l'effet. Impressionnant.

On retrouvera cette présentation sur quelques ambrotypes ou ferrotypes (voir l'article "Collodion et C°" de Michel Lefrancq sur A&L).

     Sir David Brewster (1781-1868), inventeur du kaléidoscope (et dédicataire d'une espèce minérale, la brewsterite), perfectionne l'appareil de Wheatstone en 1850.

     Quant aux photographies stéréoscopiques proprement dites, sur papier albuminé,elles connurent une grande vogue dès les années 1860, avec un pic de production de 1890 à 1920, jusqu'à leur tombée en désuétude en 1950 (si l'on omet les appareils et cartes Lestrade ou Colorelief que nous avons tous connus dans les années 60-70).

Kilburn, Singley et la Keystone, Underwood & Underwood (des frères Bert et Elmer Underwood) furent leurs hérauts.

12273101259?profile=originalAvoir un bon copain...

Des associés, pourvu que l'entente soit bonne, c'est mieux lutter contre l'adversité...

et améliorer la productivité.

Lowell cabin, Beaver City, Alaska (Singley, 1899).

     Singley commercialisait, via sa Keystone View Company de Pennsylvanie, ses photographies sur des cartes cartonnées de 9x18 cm, légérement incurvées pour accentuer l'effet de relief (ce qui provoque parfois un reflet parasite lorsqu'on les reproduit, c'est pourquoi je vous en propose un gros plan, et d'ailleurs l'effet de relief sur un écran plat !...), chaque photo mesurant 7,5x8 cm.

Bon... ça creuse... une petite pause ?

12273100896?profile=originalTable ouverte au Golden Gate !

Dans une hostellerie mes amis, pas un boui-boui, presque un 5 étoiles...

Main Street, Sheep Camp, Alaska (Singley, 1898).

Des reportages pris sur le vif, sensations garanties, permettant de suivre, mieux de vivre, tous les grands évènements.

12273102065?profile=original... ou en plein air,

famille tuyau de poële ou vraie communauté...

Lunch by the wayside, Dyea trail, Alaska (Singley, 1898).

Comme ici la vie des pionniers qui participèrent à la ruée vers l'or du Klondike et colonisèrent l'Alaska, poussant toujours plus loin les limites de la frontière.

12273101695?profile=original... à la bonne franquette.

A miner's banquet, Beaver City, Alaska (Singley, 1899).

Le spectateur rivé à sa lunette, littéralement hypnotisé par le regard du photographe.

12273102093?profile=original... ou même à la belle étoile, lorsqu'il n'y a pas de garni !

A halt by the wayside, en route to Klondyke (Singley, 1898).

     J'espère que pour vous aussi la séance fut prenante et que, seul ou en compagnie, vous aurez pris plaisir à nous suivre Singley et moi en Alaska, the last frontier...

12273102495?profile=originalMais surtout ne pas être seul !

Qui va à la chasse...

Lone prospector in the winderness of Alaska (Singley, 1899).

The last ? non, car si le voulez bien, il y aura une suite...

* Le 1er février 1839 dans une lettre à Talbot.

Pour d'autres le 13 février de la même année par l'astronome anglais John Hershel, ou encore à l'astronome allemand Johann von Maedler, le 25 février !. Quant à Henry Fox Talbot , il dépose le brevet du calotype, premier procédé de photographie sur papier le 8 février 1841.

A moins...

D'aucuns attribuent la paternité du mot "photographie" à Hercules Florence (1804-1879). Un Français qui à vingt ans se fixa au Brésil dans une petite ville isolée de l'état de Sao Paulo (Vila de Sao Carlos qui deviendra Campinas). Florence était un inventeur qui découvrit un procédé photographique en 1833, un papier sensibilsé au nitrate argentique, qu'il ne parviendra pas à fixer. Ses travaux resteront longtemps oubliés, un "essai polygraphique" sans lendemain.

En janvier 1840, le Français Louis Compte fit devant l'empereur Pedro II la première démonstration de la nouvelle invention de Daguerre présentée un an plus tôt. Le daguerréotype est lancé aux Amériques...

L'histoire mérite d'être contée, ne trouvez-vous pas ?

Samuel Morse, oui celui du code (binaire) et du télégraphe, qui avait rencontré Daguerre en mars 1839, aurait réalisé le premier daguerréotype  américain aux Etats-Unis en septembre 1839, sans qu'on en connaisse la date exacte. Alors il pourrait aussi bien que cela soit le fait de D. W. Seager, le 16 septembre 1840 à New York.

En octobre 1839, Télémine à Péterbourg fit quant à lui le premier daguerréotype russe...

Et nous remarquerons qu'à l'heure d'internet l'image et l'information circulaient vite au dix-neuvième siècle !

Rappelons enfin que c'est à Nicéphore Niépce que l'on doit la première image photographique, en 1822 (la première héliographie conservée, Point de vue du Gras, date de 1827).

Michel Lansardière (texte, photos et documents).

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12273094884?profile=originalDe l'aube au crépuscule, vous saurez tout (ou presque) sur Singley et la stéréoscopie.

Twilight - In camp at St. Michaels. Alaska (B. L. Singley, 1898).

     Singulièrement Singley photographia beaucoup de femmes dans des contrées qui n'en comptaient guère mais sur lesquelles on pouvait compter.

12273095296?profile=originalLes compagnons de fortune spéculent sur leur avenir.

Des divergences ?

Klondikers in council (B. L. Singley, 1898).

Malgré les aléas...

12273096277?profile=original... Qu'il doit être bon de se réchauffer au pied de la cheminée !

A happy home in Alaska (B. L. Singley, 1898).

     La stéréoscopie c'est comme un couple uni, avec ses deux points de vue légérement décalés et complémentaires qui au final convergent.

Une mémoire binoculaire qui donne son sel et son relief à la vie.

12273096683?profile=originalUn p'tit coin de paradis,

en mode d'été venu.

A claim on the Klondike (B. L. Singley, 1898).

    Si, au début de son activité, Singley prenait lui-même toutes ses photographies, reconnues pour leur qualité, plus son succès grandissait, plus il engageait des assistants et des correspondants pour des missions de plus en plus lointaines.

Si bien qu'au fil des années on ne sait plus à quel photographe attribuer tel ou tel cliché. Quoique souvent il ne signât plus que Keystone ou mentionnât un fonds ancien racheté, des indices pas toujours suffisants dans une recherche de paternité !

Comme souvent en art lorsqu'il s'agit de travail d'atelier.

Il finit même par engloutir ses concurrents, Kilburn, White ou Underwood & Underwood, rachetant leurs stocks. Et ouvrit des agences à Londres, Paris, Tokyo, Rio de Janeiro, Sidney ou Le Cap.

     A sa manière, la stéréoscopie c'est aussi le pré-cinéma. Emile Reynaud et son praxinoscope, le phantoscope, le théâtre optique, le chromatrope... allaient allegro.

... ma non troppo...

12273097078?profile=originalQuoi d'neuf docteur ?

Dr. Jone's residence - Preparing dinner, Sheep camp, Alaska (B. L. Singley, 1898).

     Le Français Etienne-Jules Marey et l'Américain Eadweard Muybridge* décomposaient le mouvement avec la chromatographie. George Eastman,  avec son Kodak, mettait définitivement la photographie à la portée de tous. Facile... clic-clac Kodak (un "K" car ça claque et que sa maman s'appelait Kilbourn).

Concomitamment Keystone distribuait également des plaques de projection photographique pour lanternes magiques en fondu enchaîné.

     Puis vinrent les Edison et son kinétoscope. Edison qui envoya aussi ses équipes au Klondike filmer la ruée vers l'or (quelques titres : "Pack train to the Chilcoot", "En route to the Klondike"...).

Les frères Lumière et leur cinématographe (120 ans cette année !). Gaumont, Pathé...

En 1947, le Hongrois Dennis Gabor pose le principe de l'holographie, qui lui vaudra le prix Nobel de physique en 1971.

Le monde était en marche et la modernité, déjà sur de bons rails, vit filer à toute vitesse le vingtième siècle.

12273097478?profile=originalAlors on déblaye...

Gold miners and packers on Dyea trail, Alaska (B. L. Singley, 1898).

     La photographie stéréoscopique fut aussi un puissant outil pédagogique (des notes précises figuraient au dos des cartes stéréos de Singley). Elle servit de support à nombre de conférences, ou de propagande, pendant le première guerre mondiale notamment.

     Benneville Lloyd Singley est mort en 1938, mais sa Compagnie, la Keystone, lui survécut jusqu'en 1972. Un homme à la charnière de son siècle.

     Pourtant, paradoxalement, Singley, comme Kilburn, sont de grands oubliés, au mieux, cités dans les histoires de la photographie. D'ailleurs Benneville est parfois orthographié Bonneville, ou prénommé... Benjamin ! Aucun article en français (guère plus en anglais) ne leur est consacré. J'ai donc voulu combler cette lacune.

Et Singley, sa Keystone en pierre angulaire, gagnait notre panthéon...

12273097693?profile=originalSingley au pied de l'escalier doré.

Klondikers starting up "The golden stair", Chilkoot pass, Alaska (B. L. Singley, 1898).

      Convenez qu'ils méritaient votre regard tous ces pionniers, et que leur place était toute trouvée sur Arts & Lettres.

Ainsi que la photographie,

"Cette invention du hasard ne sera jamais un art,

mais le plagiat de la nature par l'optique."

Alphonse de Lamartine (1790-1869).

Qui se reprit bien vite...

"Je ne dis plus que ce n'est rien :

je ne dis même plus que c'est un métier ;

je dis que c'est un art ;

c'est mieux qu'un art ;

c'est un phénomène solaire

où l'artiste collabore avec le soleil."

     Et aujourd'hui la stéréoscopie est entrée dans la modélisation 3D, nouvelle clé de voûte de la technologie et de la recherche tous azimuts.

Alors, cinglé de Singley, moi ? à vous d'en juger...

Et puis il faut que je m'accorde un peu de repos !

12273098069?profile=originalThe Klondyker.

(B. L. Singley, 1898).

* Eadweard Muybridge (1830-1904), né Edward James Muggeridge, en Angleterre, qui prit aussi le pseudonyme de Helios, fut un photographe, un inventeur (le zoopraxicope, qui permit de montrer qu'un cheval au galop pouvait ne poser aucun sabot au sol), un éditeur... excentrique et même meurtrier (il tua l'amant de sa femme, à l'amitié, trop chère, il préféra le révolver).

Michel Lansardière (texte, photos, documents).

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12273090896?profile=originalEn route pour le Colorado !

Burro train - Gold from Virginius mine near Ouray, Col. , U.S.A. (1898)

C'est qu'il apprenait vite le bougre !

Etudiant en Pennsylvanie de 1886 à 1889, B. L. Singley comprit très vite l'impact éducatif et commercial que pouvaient avoir les vues stéréoscopiques.

Son professeur, James M. Davis*, lui montra alors des photos stéréos, notamment de B. W. Kilburn (voir mon billet : "Benjamin West Kilburn : l'oeil révolver.") et le déclic se fit.

En 1892, il photographie les crues qui inondèrent Meadville (Pennsylvanie) et fonde la Keystone View Company* pour vendre sa production.

En 1898, il fabrique et distribue des stéréoscopes pour les visionner, ainsi que des lanternes magiques et leurs plaques de projection.

Et en 1905 la firme devenait le numéro 1 mondial du secteur, détrônant la B. W. Kilburn Co., l'élève dépassant le maître.

Hi-han...

1936, il se retire des affaires et décède le 15 novembre 1938.

Mais ce qui nous intéresse ici c'est la qualité de ses images, le pouvoir qu'elles exercent encore sur nous, leur valeur patrimoniale et artistique.

Car, si Singley fut peut-être un suiveur, il ne manquait pas de talent.

Pour cela nous lui emboîterons le pas, pas qu'il avait lui-même mis dans ceux de Kilburn et Davis.

Ses premiers grands pas, du Colorado...

12273091293?profile=originalChargé comme une mule.

To the gold mines - Burro supply train, Colorado, U.S.A. (1897)

12273091064?profile=originalJusqu'aux tréfonds des veines.

In the "Bobtail" mine, Black Hawk Canyon, Col. , U.S.A. (1898)

12273091473?profile=originalSortie de burros.

Burro train with ore from the gold mines, Col., US.A. (1898)

... jusqu'en Alaska.

En passant par l'Oregon, pour une vue plongeante qui exploite au maximum l'effet tridimensionnel de la stéréoscopie...

12273091860?profile=originalVertigineux !

Fluming lumber from the mountains in Oregon, U. S. A. (1898)

... ou le Klondike, Canada (c'est notre dada, on ne se refait pas !), en suivant le fleuve Yukon.

12273092275?profile=originalClair de lune sur le Yukon (qui vaut bien celui de Maubeuge).

Going up the Yukon river by moonlight to Dawson City, Alaska (1898).

A pied, burro (âne) ou bronco, en traîneau, en radeau ou en bateau à voile...

12273092493?profile=original1400 miles à l'intérieur de l'Alaska.

Prospectors starting for Home, 1400 miles in the interior of Alaska (1899).

... avec la mort qui rode.

12273093057?profile=originalLa morgue, après l'avalanche, 3 avril 1898.

The morgue, after the snowslide, Aprl 3rd, 1898, Sheep Camp, Alaska.

Et vous admettrez qu'il fallait le suivre, le gaillard ! sur ces pentes escarpées en compagnie des 'stampeders', ces pionniers partis à la conquête d'un hypothétique nouvel Eldorado.

Mais, point de vue photo, c'est banco !

A suivre...

Michel Lansardière (texte et photos ; doc. coll. L. M.).

* James M. Davis était associé avec Kilburn dans les années 1880. Il fit breveter une lunette stéréoscopique, la Saturn Scope, en 1883. Un modèle populaire, un sorte de face-à-main portant sur une réglette la photo à observer. Modèle pourtant déjà présenté sous une forme très similaire par Oliver Wendell Holmes en 1859. Curieusement cet appareil fut surnommé en France le "Mexicain".

12273092896?profile=originalStéréoscope et photo stéréoscopique (Prospectors burning down a hole, North Artic Circle, Alaska. 1898).

* La Keystone, qui deviendra une filiale de la New York Motion Pictures et qui produisit les premiers courts métrages de Charlot en 1914-1915. Voir mes articles consacrés à Chaplin avec de nombreuses photos de Singley et de Kilburn, entre autres, qui lui inspirèrent "La rue vers l'or". Et la bobine continue de défiler.

M. L.

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Souvenirs et rires

12272994101?profile=original

Souvenirs et rires

Play, pleasure, plaisir

Désir de dire les plaies des heures

Plaies et heurts

Du temps qui passe

Et se joue de nous.

Reflets, reflection, réflexion

Traces fugaces, séance de projection

Miroitements, séquences et impressions

Épreuves par imbibition

Les bobines défilent

Pellicule nitrate inflammable

Sur la table de montage

Le tourbillon de nos émotions.

Avoir l'heur de vous plaire

Conserver les couleurs par transfert

Et retenir cette flamme

De nous une image même floue.

 

Souvenirs...

12272995256?profile=original

et rires...

12272995295?profile=originalLansardière Michel (février 2014)

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Une photo de Michel Lansardière, un pastel de Liliane Magotte
et une aquarelle de Jacqueline Nanson, une histoire…

Ceci est l'histoire simple et belle d'une photo "Nature morte" un jour déposée sur notre site, qui a trouvé un écho, s'est épanouie... et m'est revenu un magnifique cadeau...

12272972067?profile=original"Nature morte" (photo L. M.)

La photo aussi réussie soit-elle restera toujours figée pour l'éternité. La peinture au contraire par sa matière permet mille et une lectures, offrant un éclairage différent, perpétuellement changeant.

Ces deux oeuvres par exemple magnifient la photo, lui donnent la profondeur que seul le travail du peintre peut atteindre. Et à chaque artiste son style, sa technique, sa sensibilité.

12272971694?profile=original

     Liliane : " Je découvris cette photo, émerveillée par ses couleurs, sa composition m’interpella, j’eus alors l’envie soudaine d’en faire un pastel ! Jamais encore depuis très longtemps je n’avais été inspirée par une nature morte. Sitôt dit, sitôt fait, le coeur à l’ouvrage, et le coffret de pastels ouvert à ma sensibilité, je décidai d’offrir à Michel une interprétation clair-obscur de la composition automnale. "

Si je retiens le pastel c'est à une aile de papillon à laquelle je pense immédiatement, velours et miroitements, sensuelles sensations. Au pastel en effet un velouté, une lumière qui caresse, qui brasille, qui réchauffe et envoute. Myrrhe et pourpre.


12272972667?profile=original

     Jacqueline : " En voyant cette photo j’ai eu un coup de cœur pour cette association de fruits et légumes un peu surprenante, soudainement j’ai eu l’envie de les peindre étant intriguée par les feuilles tortueuses du maïs, une difficulté, un défi pour moi qui n’ai jamais peint une nature morte et quelle occasion de faire honneur à Michel qui nous offre de si beaux partages. Aussitôt j’ai décidé de l’interpréter et voilà le résultat un peu revisité à ma façon. "

A l'aquarelle lumière et transparence sans égal, grâce et spontanéité. Une délicatesse qui donne vie au sujet, qui n'a rien à voir avec l'instantané d'un cliché qui fixe la composition. Libelle dansant au coeur d'un cristal de roche.

Photo ou peinture ?

C'est bien là que l'on voit la supériorité du peintre sur le photographe, la peinture ou le dessin permettent de multiples interprétations, plaisir durable, qui imprègne et varie selon le temps. Baudelaire ne s'y est pas trompé qui définissait la photographie comme "Le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études." Et moi qui aime tant la photo je ne peux qu'y souscrire, piteux. Et Alain qui enfonce le clou "Le procédé photographique, copie trop servile de la réalité, ne donne jamais rien de beau."

Tenez, prenez un détail, insignifiant en apparence : le maïs. Sur le pastel il est à maturité, lumière mordorée, vermicelles d'or qui éclatent, qui vibrent, s'agitent, pop-corn dans la poêle à frire mais que l'on sait fait pour d'autres palais. A l'aquarelle, à peine glané, une pointe d'acidité, il agace la dent et flatte l'oeil telle une jouvencelle encore trop verte, il s'effeuille à peine, esquisse un pas et se dérobe. Dans un cas comme dans l'autre la peinture séduit, vit, aguiche, se renouvelle, humeur changeante, et l'on s'aperçoit que "nature morte" ne convient pas tant elles ont de personnalité.

Plus que jamais ces toiles sont une invitation au voyage, une vision florale et colorée qui nous porte vers un ailleurs imaginaire. Miroirs profonds qui nous donnent l'ineffable désir du monde.

Pour terminer je dédie le texte qui suit à Jacqueline et à Liliane,

mais aussi à tous les créateurs du réseau...

L'air du beau

Beauté classique, parfaitement ciselée

Beauté baroque, ors et parures

Luxe

Beauté romantique, idéal exacerbé

Beauté impressionniste, suggérée, aérée

Calme

Beauté expressionniste, violemment éclairée

Beauté cubiste, éclatée

Désordre

Beauté métaphysique, intellectualisée

Beauté surréaliste, dématérialisée

Volupté

L'Art, le Beau, pouvoir de changer d'ère.

L. M.

Un partenariat

Arts

12272797098?profile=original

Lettres

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12272945687?profile=originalBenjamin W. Kilburn (à gauche sur la photo).

Our trip to the mines, Ouray, Colorado, 1890.

Suivons-les en voyage...

Encore un photographe oublié, voire complètement inconnu en Europe. Pourtant sa production fut pléthorique (des milliers de vues stéréoscopiques lui sont attribuées) et toujours, ce qui n'est pas nécessairement incompatible quoique assez rare, d'une exceptionnelle qualité. Son oeuvre ne peut être comparée sur ce plan qu'à celle de Lloyd Bonneville Singley (1864-1938), dont je reparlerai.

Natif de Littleton, New Hampshire, où il restera basé toute sa vie, il est reconnu aux Etats-Unis comme un grand photographe paysagiste.

Infatigable homme de terrain, on lui doit en effet beaucoup de vues du New Hampshire (Mont Washington notamment), mais aussi du Colorado (Ouray), de Californie (Serra Nevada) ou du Wyoming (Yellowstone) entre autres.

Mais il sut aussi remarquablement saisir la vie des rudes hommes de l'Ouest.

12272946454?profile=originalCamping out. Un campement en Californie, ca 1873.

Benjamin W. Kilburn fut d'abord associé avec son frère Edward (1830-1884) de 1865 à 1879, fondant la Kilburn Brothers ils se spécialisèrent dans la stéréoscopie.

12272946870?profile=originalMount Shasta, California, 1895. Un vieux prospecteur se dirigeant vers le Gold Gulch Camp.

Une affaire, devenue la B. W. Kilburn Co., qui prospéra rapidement, au point de devenir la plus grande entreprise mondiale de vues stéréos entre 1890 et 1905. Ces photos restituant le relief connurent une vogue énorme à cette époque.

12272947464?profile=originalThe miners ships, Ouray, Colorado, 1890. Un train de mules...

Mais ce qui nous retient ici c'est la qualité de son travail, sa puissance narrative, et le témoignage que nous livre notre "Old man of the mountain" sur la vie des pionniers, mineurs en particulier, en Californie, Colorado, Alaska et Klondike (Yukon, Canada)...

12272947865?profile=originalThe great gold belt, Ouray, Colorado, 1890.

... lors des trois principales ruées vers l'or du 19e siècle, celles des Forty-niners de Californie en 1849 (même si celle-ci n'était plus qu'un souvenir, avec néanmoins quelques soubresauts comme la ruée du Mont Shasta au nord de l'Etat), des Pike's Peakers du Colorado, dès 1858, puis des Klondikers du Yukon en 1898.

12272947890?profile=originalOn their way to En partance...

Kilburn fut bien un grand reporter !

12272948874?profile=originalPanning out the gold in the Klondyke, Alaska, 1899. Le lavage de l'or...

Maigre victoire après bien des épreuves (remarquez sur la seconde et les trois dernières photos la présence de femmes, fait particulièrement rare dans ces contrées reculées et inhospitalières. La dernière photo se situe au Canada, et non en Alaska, Etats-Unis, comme l'indique la légende, mais quand on est américain...).

Et un artiste, ici présenté pour la pour la première fois en français sur Arts et lettres.

Alors, en route ! Go West !

Michel Lansardière (texte et photos ; doc. coll. L. M.).

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L’image cinématographique est donc

l’observation des faits dans le temps,…

Mais ces observations nécessitent

une sélection.

Andrei Tarkovski

Denis Deprez est un artiste qui peint à l’acrylique des images de grand format. Les sources de ces images sont pour la plupart des photographies réalisées par l’artiste. L’artiste photographie son propre environnement et des pays étrangers lors de ses voyages, mais il arrive que des images proviennent d’autres sources : le cinéma, la presse, l’écran d’un ordinateur.

La photographie est pour lui un outil de repérage qui permet d’ébaucher un cadrage, de construire une focalisation et de saisir un sujet. Il arrive que des images soient modifiées, mais la plupart du temps, les images issues des photographies sont utilisées sans transformation notoire. Quand elles sont modifiées, elles le sont selon un type d’opération semblable au collage (deux images sont découpées et remontées de façon à n’en faire qu’une seule) ou au zoom (un gros plan sur un détail de l’image).

Les images peintes constituent progressivement un ensemble, une sorte de répertoire au sein duquel des liaisons se tissent, des séries apparaissent. Dans cet ensemble, les images ont un sens qu’isolées elles n’ont pas. Mieux, les images sont ce qu’elles sont dans la mesure où elles sont destinées à prendre place dans cet ensemble qui leur donne leur véritable signification.

Non seulement, les images s’inscrivent dans un réseau complexe de significations fluctuantes selon les liaisons se nouant entre elles, mais, sur un autre plan, c’est leur statut qui semble osciller entre plusieurs pratiques : ce n’est pas de la bande dessinée (l’artiste a longtemps pratiqué cet art), ce n’est pas de la peinture non plus (la peinture était constamment présente dans la pratique bédéiste de l’artiste). Pourtant, les images peintes empruntent à l’une et à l’autre des aspects qui paraissent spécifiques à ces deux pratiques. Comme nous le verrons plus loin, les images de Denis Deprez empruntent aussi des aspects à la pratique cinématographique. Quant à la photographie, nous avons souligné son rôle déjà : elle définit le cadrage, la lumière, le motif et la focalisation.

Manifestement, la pratique visuelle de l’artiste se situe à l’intersection de ces différentes pratiques. La stratification constitutive de l’image opère en quelque sorte horizontalement, par le jeu des liaisons entre les images, et verticalement, par la superposition des pratiques.

Une semblable sophistication impose une approche plurielle qui puisse s’attarder successivement à divers aspects de l’oeuvre. Nous proposons ici une suite d’éclairages qui explorent tour à tour le projet et sa diversité générique.

L’absence : le monde tel que je l’ai trouvé.

Plusieurs aspects attirent l’attention, mais ce qui frappe surtout dans les images peintes de Denis Deprez, c’est l’absence du sujet, si l’on entend par sujet l’être humain, l’individu. Si jamais le sujet humain est présent, c’est de façon allusive : soit l’artiste nous montre des choses bâties par l’homme (constructions de diverses sortes, routes, écrans…), soit le cadrage indique que ce que l’image montre est vu par quelqu’un, quelqu’un que l’on ne voit jamais.

En regardant les images de l’artiste, on songe au philosophe Ludwig Wittgenstein qui un moment caressa l’idée d’écrire un livre intituléLe monde tel que je l’ai trouvé. Dans ce livre, dit le philosophe, il ne pourrait être question du sujet. Toute proportion gardée, c’est un peu ce qui se passe dans les images de Denis Deprez : le sujet, c’est ce qui ne s’y trouve pas ou plus.

Ce sujet qui s’absente ne laisse derrière lui que le vide à ce qu’il semble. Pas un vide absolu puisque les images montrent bien quelque chose, quelque chose de tout à fait ordinaire : un carrefour, un pont, une estacade, une jetée, une route de campagne qui s’en va on ne sait où, la une d’un jour (le tsunami au Japon), etc.

Dans ces images à l’apparente neutralité, tout ne paraît-il pas se valoir ? L’expressivité tout en retenue de la touche tend à accentuer cette impression d’égalité absolue. Chaque image est traitée avec un soin égal, mais c’est avec très grand soin. Le choix du support, le papier, tend à produire une sensation moins noble que si le support avait été une toile de lin. Toutefois la réserve de la touche, la retenue du geste soumis à des contraintes diverses, n’empêchent jamais la qualité picturale d’affleurer partout sur la surface peinte (tel ciel par exemple évoque Constable, peintre qui a été étudié de près par l’artiste). Plus l’artiste s’avance dans le développement de l’oeuvre et plus la picturalité s’affirme. Malgré tout, tout paraît se passer comme si la peinture était d’abord un outil, au même titre, mais sur un autre niveau, que l’est pour l’artiste la photographie. La peinture paraît être au service d’autre chose qu’elle.

Retour à l’ordinaire

Ce que l’on voit dans les images, le bitume grisâtre d’une route secondaire, un brise-lame d’une extrême banalité, une chambre d’hôtel minimaliste, un réservoir d’eau rouillé, interdit toute tentative de sublimer le monde dans lequel nous nous trouvons. Pourtant il arrive que la lumière aveuglante d’un ciel nous fasse cligner des yeux. Il semble toutefois que ce soit là une notation du genre «Il est quatre heures de l’après-midi, le ciel est bleu ». La littéralité est très forte, l’image semble dire que ce qui est, est. Rien de plus, rien de moins.

Les images peintes de « Fractures » ne sont donc pas des natures mortes, elles n’ont aucune visée morale. Elles ne préparent pas le spectateur à passer dans un autre monde. L’image ne tient lieu d’aucune transcendance. Ce que les images semblent montrer, répétons-le, c’est le monde tel que l’artiste le trouve, aucun jugement n’est formulé, aucune recommandation. Le monde est là, ordinaire, regardez.

On serait toutefois bien en peine d’assigner un lieu géographique précis aux images d’après ce qu’elles montrent. Dit autrement, ce que les images montrent pourrait très bien se situer n’importe où dans le monde. Or ces images sont situées, les photographies qui en sont les sources ont été prises dans des lieux spécifiques, mais le prélèvement ne montre rien ou du moins très peu de cette spécificité. Ce que l’on voit en revanche, c’est combien les particularités sont gommées : les images montrent un littoral tel qu’il en existe partout dans le monde standardisé qui est le nôtre.

En rester à ce constat pourrait donner à penser que le travail de l’artiste se résume à formuler par le biais de la peinture un double constat métaphysique et politique : 1. le sujet est la limite du monde, mais il n’appartient pas (ou plus) au monde, le sujet est tout au plus la condition du monde, ce point à partir duquel se déploie le champ visuel et 2. notre monde se banalise, tout y est de plus en plus semblable et tend à l’égalité la plus neutre.

La relance formelle

A cette lecture un peu déprimante, réduisant à l’ordinaire le plus obvie les images peintes, des images sans aura aurait dit Walter Benjamin, peut se substituer une lecture formelle sans doute plus riche et en tous les cas plus féconde. En effet, un autre aspect, autre que la disparition du sujet, mais qui lui est corrélatif en quelque sorte, devient apparent lorsque l’on met les images en liaison les unes avec les autres. D’une part différents types de rapports formels se constituent. Par exemple, la route s’inscrit dans la même perspective légèrement décalée vers la droite que la perspective du brise-lame. Au sein même des images, un jeu de symétries et de rappels divers instaure un dialogue entre les différents pans de l’image. Dans la peinture de l’estacade, le haut de l’image est relié au bas par l’effet du miroir tandis que dans la peinture du brise-lame, le haut s’écoule en quelque sorte vers le bas par le biais de l’eau qui court le long de l’édifice.

Le récit de l’absence.

D’autre part, des rapports narratifs s’instituent. Face à ces images, nous serions en présence d’un dispositif narratif qui prolongerait les recherches du dessinateur de bande dessinée que fut l’artiste, mais sur un autre mode : l’on est passé du livre à l’écran, du livre au mur et de la bande dessinée à la peinture (mouvement dans une certaine mesure réversible). La disparition du sujet s’inscrirait alors dans ce dispositif. La narration serait implicite. Les routes suggéreraient le déplacement du narrateur. Entre les images s’insinuerait le jeu de l’ellipse caractéristique de la bande dessinée, se nouerait ou se dénouerait l’action. Un espace propre au jeu de l’ellipse tendrait à se profiler. Cet espace « entre » contiendrait tout ce que l’on ne voit pas et qui cependant explique et motive ce que l’on voit. Il ne faut pas oublier que les images proviennent des déplacements de l’artiste. Elles s’inscrivent dans une progression temporelle. Certes les images ne restituent pas de façon linéaire la chronologie du déplacement. Cependant, elles peuvent être vues comme des instantanés de séquences plus amples. Entre deux instantanés, il se passe quelque chose (quoi, nous ne le savons pas et peu importe). Ainsi, l’ensemble des images consacrées au littoral sont-elles enclines à suggérer un récit et forment-elles une séquence où s’insinue la narration : la chambre, la plage, les nuages, tout cela relié nous « raconte » quelque chose.

Ici se cristallise un autre plan de lecture des images de Denis Deprez. Il faut répéter qu’avant de se lancer dans ce vaste work in progress l’artiste a été de longues années un dessinateur de bandes dessinées. Pas n’importe lequel, puisqu’il a participé avec le collectif Fréon (devenu ensuite Frémok) à la création du mouvement que l’on a appelé « la bande dessinée indépendante ». Il a de plus signé le premier livre publié par Fréon, Les Nébulaires, livre que l’on peut lire autant comme un manifeste que comme un programme de l’œuvre à venir. Ce collectif d’auteurs se caractérise par une conception moderne de la bande dessinée, conception qui grosso modo consisterait à vider le récit (le sujet s’absente) et à l’éviter (le récit est contrarié de diverses manières).

Devant les images de Denis Deprez, on se trouverait donc devant une nouvelle version de cette contrainte d’évitement et d’évidementdu récit. Il faut aussitôt préciser que le récit évité et évidé ne signifie pas le récit aboli. Il reste possible de lire les images selon la grille d’un récit, ne serait-ce qu’à relier les images entre elles en imaginant qu’elles sont les traces d’un cheminement réalisé par quelqu’un, le narrateur que l’on ne voit pas, mais qui montre ce qu’il a vu. On pourrait aussi imaginer que les images ne cessent pas de nous raconter la disparition du sujet, que la disparition est leursujet par excellence (le modèle de ce type de récit serait la femme qui disparaît dans L’Avventura, le film d’Antonioni ; dans ce film, on ne nous explique jamais les causes de la disparition, la disparition par contre hante tout le film). Si les images ont une dimension narrative, c’est donc sur un mode moderne plus proche du roman selon Claude Simon, le Claude Simon écrivant Les corps conducteurs, et du cinéma d’Antonioni que du récit traditionnel.

La logique du plan

Les images peintes de Denis Deprez sollicitent le spectateur autant qu’elles le contraignent. En vidant le sujet, en l’évitant, l’artiste creuse un vide que potentiellement chacun peut occuper dans le dispositif qu’est l’exposition. Là, en ce lieu vide qu’occupe à présent le spectateur, il ne s’agit pas de revivre naïvement la perception de l’artiste, mais il s’agit de tisser soi-même à partir des images peintes un monde possible constitué par les liaisons entrevues, par les aspects relevés.

Ce monde émergeant à travers le jeu des liaisons paraît obéir à une logique du plan au sens cinématographique du terme. Les images sont cadrées de manière à induire une focalisation bien précise qui tend à définir un sujet hors-cadre mais cependant cadrant ce qu’il perçoit. Autrement dit ce qui est montré est vu, cadré, par un sujet « hors-champ ». Un sujet en mouvement dont l’image signale un temps d’arrêt. Chaque image de ce point de vue est comme un photogramme, un instantané qui rend compte de ce mouvement. Bien qu’il faille se garder de confondre plan filmé et image peinte, on peut suggérer qu’à l’instar du plan filmé, l’image peinte est un « bloc de temps » qui se donne à voir. Un « bloc », il est vrai, extrêmement dynamique et plastique dans la mesure où il serait la synthèse d’au moins trois temporalités : le temps qui est cet instantané auquel renvoie l’image, le temps de la réalisation de l’image qui se montre à travers sa matérialité (le jeu visible des couches d’acrylique renverrait à ce temps du processus) et enfin le temps du spectateur qui s’introduit dans ce lieu défini par la focalisation subjective superposant de la sorte son regard au regard du narrateur.

La temporalité s’ouvre également à travers le jeu du montage qui organise les contiguïtés entre les images. Le plan n’a de sens que dans la mesure où il est relié à d’autres plans. La logique du montage se combine à la logique du plan et induit un récit. Le gros plan du téléphone introduit un élément narratif dans le dispositif. L’accent subitement mis sur le téléphone change la perception et le sens que l’on accorde aux images de la chambre d’hôtel, de l’estacade, du ciel, de la mer. Par le biais de ce gros plan, la fiction s’introduit dans le jeu, s’institue dès lors une autre temporalité.

Du coup, le sens du titre du projet « Fractures » pourrait se lire comme signifiant cette ouverture au jeu de la fiction. Alors que le procédé initial qui consiste à prendre des photographies et à les agrandir par le recours à l’acrylique sur papier ancre les images dans le réalisme, le dispositif dans lequel les images peintes viennent s’inscrire tend à les faire changer de registre. Un passage se fait à travers le réel vers la fiction.

Dans ce dispositif qui oscille entre réalité et fiction, entre narration graphique, peinture et cinématographe, certains ne verront rien (il n’y a pas de sujet), d’autres ne verront que ce rien, et d’autres encore verront des images qui montrent des lieux vides et « racontent » des histoires probables ou improbables, certains ne verront que la lumière qui baigne les images, d’autres ne verront que des croisements de route, à moins qu’ils ne voient que la peinture. Aucun ne se trompera tout à fait.

 

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Ils furent nombreux les photographes de la ruée vers l'or du Klondike (Yukon, Canada) et le l'Alaska. Mais combien connaissent leurs noms ? d'autant que nombre d'entre eux sont oubliés, leurs clichés éparpillés. Je veux rendre hommage aujourd'hui à deux d'entre-eux, et des plus talentueux. Et loin d'être les plus renommés, mais pour moi les plus fameux. Je veux parler de Case & Draper. Mais patientons un peu...

Le plus connu est certainement Eric A. Hegg, certainement parce que Ethel Anderson Becker lui consacra une monographie, Klondike'98, dès 1949 (chose peu courante un photographe à l'époque), et aussi pour ses cartes postales qui ont beaucoup circulé. Il faut dire qu'il avait du talent, notamment celui d'être toujours là au bon moment, le premier le plus souvent. Et qu'il a laissé dans l'imaginaire collectif la photo la plus célèbre de la ruée vers l'or (cf. mon billet intitulé "La pépite"). Charles Chaplin s'en souviendra...

Citons encore Benjamin W. Kilburn, Benneville L. Singley (les plus productifs, mais pas les moins doués), William H. Rau, Harry C. Barley, Veazie Wilson, Louis H. Pedersen, Joseph Burr Tyrrell, H. J. Goetzman, T. W. Ingersoll, R. Y. Young, Walter Strand, Wolfe, Graves, Griffith & Griffith, Robertson & Darms, Larss & Duclos, George Hicks, Ernest Keir, Wilfred et Ed McDaniel, Frank La Roche ou Asahel Curtis (oui, le frère d'Edward S. Curtis, excellent photographe lui aussi, hélas laissé dans son ombre). Mais je vous fais mariner... (si vous me pressez je pourrais y revenir...)

William H. Case et Herbert H. Draper s'associèrent et travaillèrent dans leur studio de Skagway (Alaska) de 1898 à 1908 et conjointement à Juneau de 1905 à 1907, jusqu'à leur séparation, Draper restant à Skagway jusqu'en 1913 et Case à Juneau jusqu'en 1920, dates de leurs morts respectives.

Oui mais leur travail ?

Case & Draper furent certainement les plus novateurs, les plus modernes, explorant des domaines variés avec un sens du cadrage hors du commun.
Dans leurs vues en extérieur, paysagistes hors pair, ils apportaient souvent un détail, arrière ou avant-plan, qui donne vie à leurs clichés. Une vue du fleuve Yukon avec un esquif passant entre deux rocs les rapides de "Five Fingers", alors que d'autres, je pense à la même prise par Barley, ne faisaient pas vivre le site, ou de simples cabanes de mineurs :

12272864071?profile=originalYukon River (Canada, photo Case & Draper, ca 1900 ; collection L.M)

Pour les intérieurs, froids, mécaniques, désincarnés, comme leur série "Treadwell Gold mines", un sens de la perspective, de la composition, de la lumière, qui en font des oeuvres presque abstraites, "cubistes", qui font penser tant à Vasarely, le père de l'art optique, qu'à M. C. Escher, fou de figures spatiales mathématiques abstraites, à Léger...Intemporel miroir magique mais combien humain ainsi définirai-je leur travail.

12272864670?profile=originalTreadwell mines. Douglas island, Alaska (Etats-Unis, photo Case & Draper, 1906 ; coll. L.M)

Comme on le voit, un photo "industrielle" permet à nos photographes d'exercer leur talent, perspectives, contrastes, lumière, profondeur, offrent une image d'une grande modernité.
Pendant la ruée vers l'or en Alaska, la "Treadwell gold mine" fut la plus grande mine d'or du monde, tournant 24h sur 24. Son propriétaire, John Treadwell (1842-1927), dirigea son activité de 1881 à 1922, employant jusqu'à 2000 personnes.

Enfin et surtout ils furent des ethno-photographes avant l'heure. Bien que réalisées en studio, leurs photos sont loin de maints clichés d'alors où le "sauvage" est montré comme ours en foire ou larron sur toile de fond. Déjà ombres et lumières dessinent les Indiens comme le feraient les grands maîtres du portrait pour des princes de cour (il faudra attendre les célèbres studios Harcourt créés en 1934 pour ainsi mettre en valeur les vedettes avec ce sens du noir et blanc), témoignant d'un respect pour le modèle qui force l'admiration. De plus ces portraits ont une valeur ethnographique incontestable, témoignages uniques des indiens Tlinglit  (ou Thlinkit) au début du vingtième siècle. Je pense notamment aux portraits des chefs Ano-Thlosh ou Cow-Dik-Ney, ou d'autres membres de cette nation, hommes ou femmes, ainsi que les objets de leur quotidien captés comme les objets d'art qu'ils sont, mais perçus alors comme des curiosités incongrues, pris en 1906-1907. C'est là qu'ils rejoignent l'immense Edward Sheriff Curtis (1868-1952), oublié à sa mort, emporté par une crise cardiaque autant que par la fièvre de l'or, mais heureusement redécouvert dans les années 1970.

Sur le vif, ils ont également beaucoup photographié les travailleurs, les gens de peu, les anonymes, mineurs ou pêcheurs, employés ou charpentiers, du Grand Nord.

Dire qu'à ma connaissance aucune monographie, aussi bien en français qu'en anglais, n'existe de ces deux grands noms de la photographie ! Même dans la littérature la plus pointue, consacrée aussi bien à l'histoire de la photographie qu'à la ruée vers l'or du Klondike ou aux Indiens d'Amérique du Nord, on ne les trouve que rarement ne serait-ce que mentionnés (néanmoins certaines photos sont visibles en ligne, notamment sur le site de l'Alaska Historical Collection de l'Alaska State Library).

12272865070?profile=originalLignes de fuite (aéroport d'Abu Dhabi, 2012 ; photo L.M prise en hommage à Case & Draper).

Lansardière Michel

Les photographies proviennent de ma collection personnelle. Je dois néanmoins la photo n°2 à Chantal Roussel qui m'en fit cadeau et que je remercie ici.

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Caravan’Sérail, comme l'indique la définition, est une maison rassemblant de multiples passions avec l’envie de les partager dans un endroit unique.

A vocation artistique et culturelle, le lieu veut amener chaque citoyen à (re)découvrir l’art au sens large et la photographie en particulier. L’objectif étant d’y organiser un large panel d’activités pour amener le grand public à découvrir les talents d’aujourd’hui.

La maison idéalement située à deux pas de la très tendance Place Flagey bénéficie d’un grand espace d’exposition  (25 mètres de cimaises) donnant sur un jardin de 500 m2. Cet espace, équipé des meilleures technologies, est également disponible à la location pour vos repas et séminaires d’entreprise.

En sous-sol, la cuisine a été conçue par le restaurant occupant les lieux auparavant. Elle permet la préparation de vos dîners d’affaires mais aussi des tables d’hôtes et des vernissages liés aux projets photographiques.

Au troisième étage et sous les combles, 3 chambres d’hôtes permettront aux visiteurs de prolonger agréablement leur séjour à Bruxelles. Le petit-déjeuner bio sera servi aux hôtes au coeur même des expositions ou dans le jardin.

Dans la partie «cave» se trouve le laboratoire de photographie argentique.

Le site: http://www.caravanserail.be/index.html

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administrateur théâtres

  J comme... Justice, J comme Jaar (Alfredo):

    Dès le 9 octobre 2012            La nouvelle expo à L’ING : ALFREDO JAAR, photographe chilien:

                               Titre : « Let There Be Light » « Que JUSTICE soit faite ! » 


  dans le cadre du
Projet d’art contemporain international Newtopia - The State of Human Rights, Malines.

Un  travail artistique sur la problématique des droits de l’homme

L’Espace culturel ING a le plaisir de présenter une exposition entièrement dédiée aux   œuvres d’Alfredo Jaar, artiste   chilien de renommée internationale établi à New York. Ce projet satellite   fait partie intégrante de Newtopia. L’état des droits de l’homme, une exposition collective d’envergure internationale qui se tiendra prochainement  à Malines(ING en est le  principal sponsor).


  Viscéralement concerné par la question des droits de l’homme, Jaar a réalisé tout   au long de ses trente ans de carrière des œuvres textuelles, photographiques   et filmiques ainsi que des installations s’articulant autour des conflits armés, politiques et sociaux qui ébranlent la planète. Sans relâche, il y explore les relations Nord-Sud et y dissèque avec un œil critique la façon dont ces événements sont relayés, présentés et commentés dans la presse internationale. Le travail de Jaar s’intéresse aux actualités internationales et  en particulier aux violations des droits de l’homme, aux exclusions sociales et aux inégalités économiques. Il attire l’attention du public sur une multitude de sujets comme le génocide rwandais, les exactions de la junte militaire chilienne sous l’œil complice des Américains, les mines d’or au Brésil, la pollution au Nigeria, les questions liées à la frontière entre le   Mexique et les États-Unis et les conséquences du néolibéralisme.

La violence dans les medias: une consommation passive dénoncée

En déconstruisant les images de violence et d’atrocités jetées en pâture par les   médias, Alfredo Jaar dénonce à mots couverts la politique de l’image et remet en question la consommation passive de cette imagerie. À l’heure où ces images sont devenues d’une banalité affligeante et interchangeables, les œuvres de Jaar soulèvent notamment la question de savoir si cette sursaturation d’images médiatiques de guerre et de violence n’engendre pas l’indifférence et, dans ce cas, comment y remédier. Autrement dit, elles posent la question complexe de l’empathie et de l’affect, de l’engagement et de la responsabilité individuelle, ainsi que de la réhabilitation de ces valeurs.    12272837294?profile=original                                                                  

Focus sur le continent africain

L’exposition  fait un gros plan sur le continent africain à travers des œuvres qui documentent les drames dont des pays comme l’Angola, le Soudan et l’Afrique du Sud ont été et sont toujours le théâtre. Mais le visiteur y découvre aussi et surtout une série d’installations photographiques faisant partie du Rwanda Project (1994-2000), un projet à long terme exemplaire dans lequel Jaar a tenté de mettre en évidence l’absurdité et les conséquences d’une   extermination (le troisième plus grand génocide du XXe siècle) qui a coûté la vie à plus d’un million de Tutsis en 1994.

Au cœur de ce projet se pose la question éthique de la représentation de la violence, de la souffrance et de la douleur, et notamment du rôle controversé de la photographie dans ce domaine. Comment peut-on documenter dans les limites de la décence des exécutions de masse à travers des images ? Comment peut-on documenter la souffrance sans verser dans le voyeurisme et la spectacularisation ? Comment  peut-on encore engendrer l’empathie dans un monde saturé d’images de violence ? Quelle est la responsabilité du photographe dans ce contexte? Voici quelques-unes des questions qui viennent à l’esprit à la vue des œuvres magistrales de Jaar qui brillent par leur subtilité et par le respect dont leur auteur témoigne à l’égard de ses sujets.

Personnage attachant, Alfredo Jaar cite E.M.Cioran en anglais:  

“I am simultaneously happy and unhappy, exalted and depressed, overcome by pleasure and  despair of contradictory harmonies” et se déclare "pessimiste dans l'âme par rigueur intellectuelle" et "optimiste par  la volonté de changer le monde"  ...et les médias? Ses oeuvres montrent l'imperceptible humanité qui transparaît derrière la  vision cruelle de la  réalité.

Et Comme Jean-Luc Godard, Alfredo Jaar professe que " tout art est politique, le reste... décoration."

L'exposition peut sembler minimaliste. Certes, mais ô combien chargée de sens. C'est une qualité. Les installations sont percutantes. Un livret du visiteur, magnifiquement relié, est offert à chaque visiteur, afin de l'éclairer sur la genèse de l'oeuvre. Il lui permettra en outre  de garder une trace, une lumière,  qui,  invitée chez soi, sera  comme veilleuse  de justice et d'humanité.

  

http://www.alfredojaar.net/index1.html  

                                                                             

 

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Émile Zola photographe au Château de Tours

25 avenue André Malraux à Tours

Une exposition du Musée du Jeu de Paume Hors les murs

jusqu'au au 29 mai 2011

 

Émile Zola


Chantre du naturalisme littéraire, qui soumet sa démarche à l'observation "sur les faits de la nature", trouve dans la photographie un moyen idéal pour saisir et accentuer son regard méticuleux sur la réalité. "Quand j’évoque les objets que j’ai vus, écrit Zola, je les revois tels qu’ils sont réellement avec leurs lignes, leurs formes, leurs couleurs, leurs odeurs et leurs sons. C’est une matérialisation à outrance, le soleil qui les éclairait m’éblouit presque."

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Un beau lieu culturel à Bruxelles: L'Hôtel Hannon

L’année 2003 fut l'année du centenaire de l’Hôtel Hannon, très bel hôtel de maître Art Nouveau, situé avenue de la Jonction à Bruxelles. Il fut effectivement construit en 1903-1904 par l’architecte Jules Brunfaut à la demande de son ami Edouard Hannon ingénieur auprès de la société Solvay et photographe.

Au sein de cette magnifique demeure, le peintre rouennais Paul-Albert Baudouin réalisa les importantes fresques de la cage d’escalier et du fumoir; les vitraux sont dus à Raphaël Evaldre, le mobilier et la décoration, aujourd’hui dispersés, portent la griffe du célèbre verrier et ébéniste Emile Gallé et de Louis Majorelle.

L’Hôtel Hannon, classé en 1976 par les Monuments et Sites, fut acquis par la Commune de Saint-Gilles et bénéficia d’une importante rénovation de 1984 à 1988.
Les lieux furent alors mis à la disposition de l’Espace Photographique Contretype, association qui s’occupe de sa gestion culturelle et qui y a déjà présenté une centaine d’expositions dans le domaine de la photographie contemporaine

 

C O N T R E T Y P E

Association fondée en 1978 par Jean-Louis Godefroid, Contretype se présente comme un espace d’exposition,
de production et de diffusion centré sur la photographie créative, sans considération de pratiques ou de genres particuliers.

Depuis vingt-cinq ans, Contretype œuvre à l’accueil à Bruxelles de productions européennes et extra européennes
et, en instaurant des relations de travail avec ses partenaires, diffuse la production d’artistes belges à l’étranger.

Les principales activités de Contretype sont les suivantes:

- expositions à l’Hôtel Hannon ou hors les murs,
- création de missions photographiques,
- résidences d’artistes,
- publication d’une revue bimestrielle,
- édition de livres photographiques et de porte-folios,
- organisation de conférences à propos de la photographie.

 

Au pratique:

Siège social et lieu d'exposition de l'Espace Photographique Contretype:

Adresse:
1, avenue de la Jonction - 1060 Bruxelles
Tél.: 00 32 (0)2 538 42 20
Fax.: 00 32 (0)2 538 99 19
E-mail: contretype@skynet.be

Trams : n° 81 (Janson), 97 (Janson),
92 (Ma Campagne)

Bus :
n° 54 (Ma Campagne)

L’Espace Photographique Contretype est accessible au public:

- Du mercredi au vendredi, de 11 à 18 heures
- Samedi et dimanche, de 13 à 18 heures
- Fermé lundi, mardi et jours fériées

 




 

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Façade de l'Hôtel Hannon
Architecte Jules Brunfaut
Photographie de Paul Louis


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Intérieur de l'Hôtel Hannon
Fresque de P.A. Baudouin
Photographie de Paul Louis

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Edouard HANNON
Autoportrait
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Exposition REFLET DE LA PHOTOGRAPHIE LIEGEOISE

L’asbl REFLETS présente :

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img_1292856503_821.jpg« REFLET DE LA PHOTOGRAPHIE LIEGEOISE... » Exposition les week-ends des 15, 16 et 22 et 23 janvier au Centre Culturel de Glons L'EPLIPHOTA présente ses lauréats 2010..! L'Entente Provinciale Liégeoise des cercles de Photographes (Epliphota), qui regroupe une quarantaine de clubs photos répartis dans toute la Province, a le plaisir de vous convier à une exposition tout à fait exceptionnelle.

 

Ce sont, en effet, plus de 100 photographies d'une soixantaine d'auteurs différents qui seront exposées dans le magnifique cadre du Centre Culturel de Glons. Toutes ces photographies ont été primées à des examens et/ou des concours provinciaux, nationaux ou internationaux ! Vous ne pourrez qu’être séduits tant par la variété des sujets abordés que par les différentes approches photographiques. Et c’est véritablement un privilège pour l’asbl Reflets d’être associé à l’Epliphota pour présenter cette exposition majeure qui sera aussi une grande première en Vallée du Geer..! Elle est donc à découvrir absolument !

 

Roger Wauters

 

Renseignements : L’expo sera accessible les samedis 15 et 22 janvier 2011 de 13h à 18h et les dimanches 16 et 23 janvier 2011 de 11h à 18h – Centre Culturel de Glons, rue St-Pierre 8 à 4690 Glons. Alain Lennertz Président de l’Epliphota 0497-350545 alainlennertz@skynet.be Roger Wauters Secrétaire asbl Reflets 0472-736633 Regor@teledisnet.be

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Pour me présenter...

Bonjour à tous,Je suis très heureuse de rejoindre aujourd'hui le réseau des Arts et des Lettres.Française d'origine, je travaille pour les peintres, sculpteurs et photographe du monde entier, d'où mon intérêt pour ce réseau.J'espère échanger avec vous et trouver sur ce site des informations pertinentes et intéressantes qui pourraient me servir dans mon métier.Armelle VAN LERBERGHEwww.artrinet.fr
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