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sculpture (27)

Quelques notes d’un lointain syrinx me reviennent… Pan, sans doute, est à la traversière… empruntons donc cette voie de traverse, sur l’air des vendanges de l’amour.
       Cupidon nous accompagnera à la parade, déjà il me tend une plume… en garde ! elle peut être perfide.

12273291070?profile=original Paon et Cupidon
Détail des « Scènes de vendanges »
« L’Amour, ce fripon, ce brandon de discorde, a d’étranges formules. »,
                                                                    Moschos de Syracuse (IVe s. av. J.-C.)
Maison de Dionysos (Nea Paphos, Chypre)

Dernière tournée et ultimes tours pour Aphrodite, Eros, héros et héroïnes avant de leur tirer notre révérence.
       Susceptible, vindicative, exclusive, et intrigante, Aphrodite ne fut pas pour rien dans la mort tragique d’Hippolyte. A ses beaux yeux, il avait commis ce péché originel d’incliner pour la lunaire Artémis (Diane), vierge de surcroit, et tenant à le rester, pour qui il se vouait.
       Hippolyte était le fils de Thésée. Lorsque le vainqueur du Minotaure quitta la Crète, il conduisit Ariane et sa sœur, Phèdre, vers d’autres destinées. Chemin faisant, il se lie à une Amazone, Antiope, qui lui donna ce beau fils. Après le décès d’Antiope, il épousa Phèdre.

12273291261?profile=originalPhèdre et Hippolyte
Hippolyte s’apprête ici à partir à la chasse – chaussé, sachant chasser, avec son chien - lorsqu’il reçoit un diptyque de Phèdre, sa belle-mère, lui avouant son amour. Dans l’attente, Phèdre sur son trône se consume. Cupidon, ce petit scélérat, avait su embraser son cœur. Avec ce brûlot qu’elle lui inspira

« C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. »
Maison de Dionysos (Nea Paphos, Chypre)

Vous suivez ? Reprenons le fil, cherchons l’intruse et son agent de liaison.


C’est là qu’Aphrodite intervint comme le ferait un corbeau malfaisant, avec la complicité d’Eros, son envoyé spécial qui dicta sans états d’âme un fallacieux message à Phèdre. Calamiteux calame…
Alors que Thésée était absent, Phèdre le crut mort et déclara sa flamme à son gendre Hippolyte, qui, glacé d’effroi, la repoussa.
Sur ces entrefaites, Thésée réapparait. Craignant sa colère, l’épousée accusa alors Hippolyte de l’avoir violée. Fils maudit, Hippolyte partit et fut tué sur son char par une vague monstrueuse transmuée en un taureau furieux guidé par Poséidon en personne !

Après ce scandale dans la famille, Phèdre se suicida


« Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable
Je péris la dernière et la plus misérable. »,
                                                                                           Jean Racine (1639-1699)


Et Thésée, qui apprit la vérité par l’entremise d’Artémis, abandonna son royaume.
Amour fatal, tragédie mémorable.

Et Aphrodite est parfois dite Sôsandra, « celle qui sauve les hommes » ! Faut-il se voiler la face, se draper dans sa vertu !

12273290884?profile=original Eros monté sur un taureau
Survivances païennes en période paléochrétienne*1.
Ces œuvres datent, pour la plupart, du IVe siècle.
Mosaïque de la maison d’Aion (Nea Paphos, Chypre)

      Europe, princesse de Tyr, gambadait dans les prés avec son petit panier fleuri et ses amies. Zeus, au balcon d’un nuage, observait cette charmante scène champêtre d’où se détachait notre héroïne, tant elle était fraîche, fleur parmi les fleurs, prête à être cueillie. Un peu sauvage aussi. De son côté, la déesse de l’amour veillait pareillement, et aimant mêler les cœurs autant que le grain et l’ivraie dans l’ivresse des sens, elle demanda à Eros de décocher une de ses fameuses flèches, qui derechef atteint le dieu suprême. Incontinent, le père des dieux et des hommes, et roi des transformistes, se mua en taureau, échappant ainsi à la vigilance d’Héra, sa légitime épouse. Sans ambages, il héla la fille du roi Agénor, « Io ma sœur, en croupe ! » (c’était un rapteur avant l’heure), se rua sur la belle et l’emporta. Au galop sur les flots, ils gagnèrent Chypre, pour jouir de la félicité d’un amour partagé. Elle lui donna trois fils, puis épousa le roi de Crète. Et c’est comme ça que, descendus de l’Olympe et « des fils glorieux dont les sceptres exerceraient leur pouvoir sur tous les hommes », nous sommes tous Européens !

12273291297?profile=original L’enlèvement d’Europe
Ils atteignirent Matala et vécurent heureux en Crète, où on dit qu’à Gortyne le platane qui abrita leurs amours reste toujours vert… En toute saison*2 !
On ne mesurera jamais assez les bienfaits du régime crétois !
(IIIe s. ap. J.-C. ; mosaïque trouvée dans la ville de Rhodes en 1966)

      Clio pour sa part, un jour, désavoua Aphrodite et son amour trop tapageur pour Adonis. Clio pensait avoir la haute main sur l’histoire, la suite lui prouva que non. Ses piaillements l’incommodant, la déesse fit qu’une irrésistible inclination poussa la Muse de l’Histoire dans les bras du roi Piéros. Piéros, roi d’Emathie (Macédoine) et ses neuf filles, les Piérides*3, à qui il avait donné le nom des neuf Muses, raison pour laquelle, outre qu’elles rivalisaient avec elles au chant, elles furent métamorphosées en pies et corneilles, oiseaux rebelles que nul ne peut apprivoiser. Et pan sur son bec ! Faut pas la chercher. Et ne bayez pas ! La musique n’adoucit pas ses mœurs.

12273291494?profile=original ‘Tu croas ça toi’ croassèrent les Piérides, avec, comme dit Ovide, leur « caquet, une voix rauque et un insatiable désir de parler. ».

      Avançons-nous maintenant vers cette représentation populaire (pandemos) de la déesse où on voit Vénus chevaucher un bouc. Elle est du type Epitragia.
Les cheveux dans le vent, il lui monte des désirs divins dans le creux de ses reins, sur son terrible caprin.

12273292069?profile=original Vénus Pandemos
« Le vulgaire, dans la nature, se mêle souvent au sublime »,

Mme de Staël.

(ca 250 ans av. J.-C. ; marbre de Pentélique ; musée du Louvre, Paris)

      Une croyance répandue dans la Grèce antique voulait, ainsi que le rapporte Pline, que « les chèvres respirent par les oreilles… et que la fièvre ne les quitte jamais : ce serait pour cette raison que leur souffle est plus brûlant et qu’elles sont plus ardentes à l’amour… »*4.

12273292094?profile=originalLa chèvre de la mosaïque des « Quatre saisons »
Remarquez la flute de Pan (syrinx).
Faut-il y voir une bique lubrique ?
Bê… fabæ caprini fini ! réplique-t-elle bellement.
Maison de Dionysos (IVe s., Nea Paphos, Chypre)

      Priape, né sous la bonne étoile du berger qui l’éleva, veillait particulièrement les troupeaux de chèvres, première espèce ruminante à être domestiquée par l’homme.
Fils naturel d’Aphrodite et de Dionysos, mais si petit, si laid, si libidineux, que sa mère l’abandonna. Il devint donc le protecteur du cheptel et des jardins… Jardins où notre disgracieux homoncule réapparut plus tard sous forme du charmant nain ornemental*5 que nous connaissons tous. Gage de fertilité, son sexe énorme telle une masse d’armes avait aussi l’avantage d’éloigner les voleurs comme de servir d’épouvantail à moineaux !

12273291659?profile=original La jeunesse de Jupiter (ca 1700, détail)
Ignaz Elhafen (1658-1715)
(ivoire, Victoria & Albert Museum, Londres)


Pan au tambourin, une nymphe et Amalthée, la chèvre nourricière de Zeus. Pour Homère, Zeus, le plus glorieux des dieux, était le père d’Aphrodite, qu’il eût de de son union avec Dioné. Il devait y avoir un certain atavisme.

12273291872?profile=originalEstán como cabras
María del Carmen Díez Muňoz (Villadovid, 1989)
(linogravure, 2015 ; musée insulaire de La Palma)
Tant il est vrai qu’elle m’a rendu chèvre !

Cabri c’est fini.


       Malgré tout, je ne voudrais pas terminer sur une figure un peu trop fruste. Il suffit pour cela de changer de disque pour prendre celui, bien plus aimable à nos yeux, mais hélas perdu, que décrivait Anacréon, le chantre de Téos, il y a deux mille cinq cents ans. J’en appelle donc à l’aède…


« Qui donc osa graver la mer ? Quel art habile déroula sur ce disque les flots arrondis de l’onde azurée ? Quel est celui dont l’esprit inspiré des dieux a représenté sur le dos de l’humide élément la blanche et douce Cypris, reine des Immortels ? Il nous l’a montrée nue : les flots servent seuls de voile aux appas qu’il faut cacher : elle erre sur l’eau comme l’algue blanchissante que balance une onde paisible.
Le corps soutenu par la mer, elle sépare devant elle les vagues frémissantes et fend pour la première fois les flots répandus autour de son sein de roses, au-dessous de son cou délicat. Au milieu des sillons d’azur, comme un lys enlacé aux violettes, Cypris brille sur le calme de la mer. L’argent représente des dauphins en chœur et portant l’Amour et le Désir qui se jouent des finesses des hommes. La troupe des poissons, en cercle sur les flots, caresse la reine de Paphos partout où elle nage en souriant. »*6


       Assez chanté ses louanges, de dithyrambe… Cependant, sans l’abandonner, nous laisserons notre déesse se délasser, pour nous consacrer à ses Amours, turbulents enfants, et à leurs traits… de caractère.

12273291897?profile=originalLe repos de Vénus et de Vulcain
Les Amours affutent leurs flèches.
L’Albane (Francesco Albani, dit ; 1578-1660)
(musée du Louvre, Paris)

Vous pouvez, en attendant, retrouver notre héroïne dans les précédents épisodes de cette série :
1. A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5

2. A la poursuite d’Aphrodite la dorée :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5

3. Toujours fondu d’Aphrodite ? :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphrodite-aphrodite-3-6

4. Dans le miroir de Vénus :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/dans-le-miroir-de-v-nus-aphrodite-4-7-1

5. Rhodos, Salmacis et hermaphrodite :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/recherche-aphrodite-perdument-aphrodite-5-7
6. Vénus ou l’écume de nos nuits :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/v-nus-ou-l-cume-de-nos-nuits-aphrodite-6-7

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 L’île de Chypre a été évangélisée par Paul, Barnabé et Marc en 45. La religion chrétienne sera proclamée religion officielle de l’Empire romain en 392. En 395, à la mort de Théodose, l’empire est scindé en Empire romain d’Orient et Empire romain d’Occident. Il y eut aussi des foyers de résistance polythéiste, notamment pendant le règne de l’empereur Julien (331-363), l’Apostat pour les Chrétiens.


*2 Sempervirens, il l’est ! Vérifications faites, une espèce endémique à feuilles persistantes vit sur l’île (platanus orientalis cretica). Il n’en resterait qu’une trentaine de spécimens. Ils font naturellement partie des spermatophytes (angiospermes). Par la semence de Zeus !


*3 Les Piérides sont souvent assimilées aux Muses (idem pour les Carmènes) et données comme synonymes d’après leur lieu de naissance, la Piérie, en Macédoine. Leurs vocalises se répétaient en écho sur les monts Olympe, Piérus, Pinde, Parnasse et Hélicon pon pon pon pon.


*4 Antiquité ?... Avant la Seconde Guerre mondiale, un charlatan américain, John Romulus Brinkley (1885-1942), greffa des testicules de bouc, émissaire de puissance et de gloire, à des patients (plus de 15000 victimes tout de même !) voulant retrouver leur virilité. Ce personnage sulfureux, aux ambitions politiques, propagea les nauséabondes thèses nazies… Il est vrai que l’odeur hircine n’est pas celle de la sainteté, le Diable s’habille en angora.
Un film d’animation documentaire, Nuts ! (jeu de mots entre « cinglé » et « testicules »), se basant sur cette histoire a été réalisé en 2016 par Penny Lane.
Mais « le bonheur ne serait pas le bonheur sans une chèvre qui joue du violon » selon une réplique d’un personnage contemplant « La mariée » de Marc Chagall dans Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell.


*5 Kobolde et Nicker, sont des esprits de la terre des légendes saxonnes. Ces « Petits vieillards, à barbe blanche, armés d’un marteau, ceints de cuir protecteur des mineurs, la tête couverte d’un bonnet conique. La figure souriante, ils batifolent dans les grottes, trottinent le long des filons, à la recherche des pierres fines, des métaux précieux. » (Karl Grün, 1843-1890) sont aussi à l’origine de nos nains de jardin, comme des mots « cobalt » et « nickel ».

*6 Traduction d’Ernest Falconnet (1815-1891). Bien sûr, pour Anacréon et ses contemporains le dauphin était un poisson. Linné n’était pas né.
Le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778) a classé le monde animal en proposant une nomenclature binominale latine dans son Systema naturae. Dans la famille vénus, il a donc mis de l’ordre. Dans la langue vernaculaire la palourde avait tout pour praire. Il les trouva mauvais genre, communes. Une faune (on lui doit le mot pour désigner le peuplement animal, idem pour la flore) bêtement vulgaire. Esprit systématique, il nomma la première Venerupis decussata Linnaeus, 1758 et la praire Venus verrocusa L., 1758, et cætera. Vous admettrez, que cela redonne une certaine classe à une famille ainsi recomposée. Bien rangée, Vénus est bien à tiroirs taxinomiques autant que mythologiques, voire métaphysiques. Dois-je consulter, Dr Freud ?

12273291684?profile=originalVénus aux cheveux d’or
Auguste Arnaud (1825-1883)
(palais de Compiègne, Oise)
J’aurai tenté avec cette série de faire toute la lumière, ou presque, sur la déesse…
Initialement cette sculpture était partiellement dorée. Napoléon III en ayant fait l’acquisition au Salon de 1863 demanda à ce que l’on lui ôta cette parure.
Voir à propos de ses cheveux le billet 2/7 : « A la poursuite d’Aphrodite la dorée »
(lien ci-dessus)

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L'inattendue victoire de Rossinante...

JEAN MARC n'a pas encore 13 ans quand il réalise ce portrait de sa mère sur un panneau de bois avec des fonds de Ripolin chapardés à son père... 

Oui, la pauvre Rossinante symbolise toute la misère, tout le malheur du monde !

Mais elle avance quand même liée à ce Quijote auquel elle est si fidèle, si dévouée, sans lequel elle serait moins encore, comme sans elle il n’était pas lui...

Au moment où il la crée, JEAN MARC personnifie sa détresse, son dénuement, sa misère, et la fatalité d’avancer malgré tout face à l’adversité, qu’il vit profondément, dans un jour sombre de son destin.

Enfance pourtant heureuse dans le petit village de Montans où il est né.

Il est appelé à reprendre le commerce de son père (marchand forain de laine, de boutons, de fil à coudre et de petits objets, qui ne veut pas voir son fils pourtant très doué en dessin et peinture, prendre la route des Beaux-Arts - ce qu’il fait quand même plus tard brièvement -).

Ainsi, de fils de petit commerçant, il devient paysan, par mariage avec ma mère, qui possédait de ses propres parents un petit vignoble en gaillacois, à la fin de la guerre mondiale 1939 – 1945 (terrible conflit dont il sillonne les dernières années en faction de résistance depuis le maquis Vendôme jusqu'au maquis Roger, aux côtés de l’un de ses héros dont il était chauffeur, agent de liaison, et accessoirement aide de camp, l’Abbé ROUSSEAU).

Quelques années plus tard, l’intérêt de JEAN MARC viticulteur pour l’œnologie, amène mes parents à vouloir faire évoluer le terroir conjugal : ils sacrifient leurs maigres économies en replantant presque toutes les vignes, s’endettant même pour cet apanage nouveau…

Vendanges 1955 : abondantes dans les deux vielles parcelles qui n’avaient pas été arrachées, elles s’annoncent vraiment prometteuses pour les années à venir avec les nouveaux cépages tout juste plantés.

Février 1956 : la douceur du mois de janvier laisse présager un hiver doux, et mes parents se réjouissent de voir leurs vignes toutes neuves pousser prochainement leurs premiers bourgeons, mais dans la nuit du 31 janvier au 1er février, chute brutale des températures : ce n’est que le début d’une terrible descente du mercure dans les thermomètres, qui va tout anéantir.

Le 12 février il fait plus de – 20°, la neige et le gel sont intenses, constants chaque jour, les vignes ne supportent pas, mes parents sont ruinés !

Nous sommes sept à devoir être nourris à la maison, c’est le froid, la solitude, la détresse, avec si peu à manger au cœur de cet hiver désolé.

JEAN MARC saisit alors la première embauche dénichée dans les petites annonces de "La Dépêche" : manœuvre comme aide-monteur en chauffage central ...

Dieu sait si on a besoin de chauffage (et pas que central), partout à ce moment-là. S’ensuit pour lui l’apprentissage accéléré de la forge et du chalumeau, tandis que quelques légumes et autres denrées reviennent petit à petit dans la marmite familiale…

En découvrant le travail du métal, JEAN MARC découvre un matériau magnifique pour exorciser sa souffrance, son combat, sa lutte acharnée pour la survie de ses enfants de son foyer, pour sa propre survie : Rossinante est née qui incarne toute la misère et la peine du monde, en menant son Quichotte mener bataille contre les moulins à vent.

Deux ans sont passés : d’autres personnages, figures porteuses de rêves et de chimères, gens simples au grand cœur, paysans rencontrés comme lui sur le bord du chemin sont venus peupler son imaginaire et remplir la maison.

Un jour, mon père paysan - chauffagiste (et sculpteur), est invité à exposer chez un ami artisan ébéniste, artiste lui-même et amateur d’art, et voilà qu’il passe dans sa boutique un personnage extraordinaire, reporter cinéaste, correspondant à ce moment-là des actualités françaises pour la Fox Movietone (Fox Movietone News) : Jimmy BERLIET.

Ce monsieur a un œil infaillible et un flair hors du commun vis-à-vis des choses du beau (car il est avant tout cinéaste et directeur de la photographie, il collabore entre autres avec de grands réalisateurs tels Luis Buñuel, René Clair, ou Jacques de Baroncelli), et sa vision de la Rossinante provoque en lui un tel effet, qu’il la propulse aussitôt à la une d’un nombre incroyable de journaux puis avec son auteur, dans les actualités cinématographiques du monde entier.

C’est comme cela qu’avec mes frères et sœurs, nous sommes emmenés par nos parents au cinéma de Gaillac voir le “Monde du silence” où on découvre en même temps notre papa, sa Rossinante, sa forge et ses vignes, en “CinémaScope grand écran” !

La vie de JEAN MARC vient alors de basculer, c’est le début d’une magnifique aventure, son emblématique Rossinante ayant fait la preuve des bienfaits de la persévérance et du courage, face à l’adversité !

L'un des très nombreux articles de presse (journal parisien) consacrés à Rossinante à la une des journaux...

Mais ce que va révéler Jimmy BERLIET au grand public, ce n’est pas seulement l’histoire de cette Rossinante sortie d’un conte de fées, mais bien la dimension d’un artiste hors du commun, qui nous accompagne au plus profond des êtres et des choses, comme s’il nous donnait un endoscope pour scruter l’âme humaine avec sagesse, humour, autant parfois que dérision.

Dans l’univers de JEAN MARC, la Rossinante étant la première allégorie qui peut nous enrichir de sa parabole (je vous en conterai d’autres une autre fois), j’ai le plaisir, pour continuer avec vous cette aventure de la création, de vous inviter au vernissage d’une exposition exceptionnelle, puisqu’elle réunit une grande partie des œuvres auxquelles il tenait le plus (mais si on n’y voit pas la Rossinante - dont il a dû se séparer dans un autre moment difficile -, il y aura tout de même quelques peintures reflétant bien différentes manières de son expression).

Le vernissage sera suivi d’une soirée projection – rencontre avec la famille”, on y projettera entre autres le film “Le ciel du forgeron” réalisé par Jacques CHANCEL et Georges FERRARO en 1974 (et si le planning le permet, un ou deux autres films d’autres réalisateurs).

Il ne reste plus que 20 jours. C’est le premier pas de la réhabilitation de JEAN MARC, trop vite oublié, auquel je vous invite à vous joindre à votre façon, simplement en partageant autour de vous l’information, en relayant si vous voulez cet article, par mail et réseaux sociaux, ainsi que ceux qui vont suivre à son sujet.

Imaginez votre bonheur, votre enthousiasme, si vous aviez à révéler un VAN GOGH ou un GAUGUIN !

JEAN MARC est de ceux-là, non pas par sa peinture (qu’il considérait comme un simple divertissement), mais par sa sculpture. Alors, c’est à partir de maintenant que nos efforts et notre pensée peuvent entrer en synergie, pour que son œuvre ne disparaisse pas, pour que ce qui était incontestablement plus que du talent, soit reconnu à sa juste valeur bien au-delà du cercle fermé de ses heureux collectionneurs et des critiques de son temps.

Car faire connaître ou redécouvrir l’œuvre de JEAN MARC, c’est faire entendre la voix d’une culture qui ne viendrait plus seulement “d’en haut”, mais s’imposerait d’elle-même par son universalité, son intemporalité, autant que par les valeurs profondes et les qualités réelles qu’elle véhicule par delà l’espace et le temps.

Qualités et valeurs qui sont aussi les nôtres, car chacun de ses enfants de métal porte en lui ce miroir secret et infaillible qui nous fait nous reconnaître et nous recentre d’un seul regard, au milieu de l’invraisemblable hourvari de notre monde contemporain !

Je vous tiendrai informés (es) de cette journée du 5 juillet où sera inaugurée l’exposition. De sa réussite ou non dépendra le début de cette sorte de réhabilitation, mais je ne doute pas un instant que ce soit un moment vrai, sincère, chaleureux, amical, profond, un échange pétillant comme il les aimait tant, entre sa famille de cœur et d’esprit, et celle des nouveau-nés de son âme et de sa forge livrés au public lors de ses nombreuses expositions.

Si vous ne pouvez venir à celle-ci, j’essaierai de publier régulièrement quelques-unes de ses œuvres et continuerai sa biographie sur le site Web que je suis en train de lui consacrer, ne nous perdez pas de vue :

https://jean-marc-art.fr/ 

Avec le matériel de Jimmy BERLIET (devenu un ami de la famille) en 1963, lors de l'un des nombreux reportages consacrés à JEAN MARC. J'étais si fier de porter son matériel, si fier de mon père surtout. Je rêvais de devenir reporter, c'est aujourd'hui à mon tour de faire "re - connaître" l’œuvre de JEAN MARC, avec les seuls moyens dont je dispose. Mais ils sont magnifiques, parce que grâce à Internet ils peuvent directement toucher le cœur des gens en les faisant participer à cette nouvelles grande aventure derrière leurs écrans, depuis chez eux, leurs doigts sur les claviers : il leur suffit de transmettre pour que passe le message, et que 55 ans plus tard le vœu d'un adolescent qui admirait son père soit exaucé ![/caption]

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Cordes-Sur-Ciel au dessus des blés. Huile sur toile. JEAN MARC[/caption]  

Voici l'une des peintures de JEAN MARC, qui sera visible tous les jours à l'exposition de son œuvre, à La Galerie (9 allée Paul Causse, Bozouls, Aveyron) à partir du 4 et jusqu'au 22 juillet, mais dont le vernissage aura lieu le jeudi 5 juillet à 18 h.

Si la peinture est (selon lui) un genre mineur dans son expression, (JEAN MARC la considérait comme « un agréable passe-temps »), elle n'en reste pas moins...

Je vous copie le lien de la suite de mon article sur mon blog : https://alain-marc.fr/2018/06/26/j-7-vernissage-de-lexposition-jean-marc/ (que je ne peux dupliquer en entier ici par manque de temps et pour respecter les contraintes de référencement SEO)

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J-15 Vernissage de l'exposition JEAN MARC

https://alain-marc.fr/2018/06/21/j-15-vernissage-de-lexposition-jean-marc-votre-invitation

12273288057?profile=original

Assurément, l’exposition « Jean Marc forgeron humaniste » n’est pas une exposition

ordinaire !

D’abord, parce qu’il n’y a rien à vendre, et que son concept entre, avec ses valeurs, dans l'esprit

d'Arts et Lettres, cet esprit que j'aime tant qui est justement de partager des valeurs autour de la

création, que Monsieur Paul et ses amis (es) en soient remerciés.

.

Alors, on peut faire de grandes choses de façon totalement désintéressée, parfois, vous ne croyez

pas ?

Des choses pour autrui, pour vous, pour nous tous, pour l’art et la culture, et aussi pour qu’un

artiste qui a apporté beaucoup à sa région, à notre regard sur la société et sur nous-mêmes soit

connu du plus grand nombre. Pour que le temps n’efface pas sa création, sa trace.

Ensuite, parce qu’elle est le fruit d’une formidable synergie à l’occasion des 10 ans de sa

disparition, qui est celle d’un grand artiste méconnu, dont la vie est un roman, et l’œuvre une

parabole.

Je tiens, dans le cadre de cette belle et noble aventure, (voir la suite sur :

https://alain-marc.fr/2018/06/21/j-15-vernissage-de-lexposition-jean-marc-votre-invitation/)

 

12273288476?profile=originalL'article de l'invitation 

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JEAN MARC : La Rossinante

 

C’est la Rossinante de Don Quichotte de la Mancha. Fourbue, misérable, décharnée. Elle avance quoiqu’il advienne, car elle s’identifie à son héros dont elle est la monture, le chevalier errant, dont rien ne compte que la grandeur d’âme !

Regardez bien cette sculpture, elle a fait le tour du monde, mais est pourtant inconnue !

Alors, je vous invite à une formidable aventure : celle de réhabiliter par les réseaux sociaux et tout moyens à notre portée son auteur trop vite oublié, son œuvre qui se compte par plus d’un millier de créations hors du commun (qui plus est, dans un matériau aux contraintes très exigeantes), autant que de relayer le formidable message d’humanisme, de courage, de paix et d’harmonie, qu’il nous a lui-même transmis.

Là, on oublie quelques instants nos peintures et notre ego, on parle de sculpture, car il est trop injuste qu’un être qui a mis son existence au service de l’art avec un tel talent (reconnu en son temps par ses pairs et les observateurs parmi les plus clairvoyants de son temps, dont Jacques Michel du Monde, ou Jacques Chancel), ait été écarté de l’histoire de l’art.

Sans doute était-il trop humble, trop loin des capitales, des cercles d’influence et des circuits du « marché »...

Il n’était qu’un simple paysan, qu’un modeste forgeron, mais a réalisé une œuvre considérable.

Dix ans se sont écoulés depuis que JEAN MARC nous a quittés.

Ce n’est pas parce qu’il était mon père, mais parce que la force de son œuvre, le regard visionnaire dans lequel il avait pressenti son destin se dessiner, n’ont rien perdus de leur pouvoir de transmutation dans lequel ses personnages nés du fer et du feu viennent nous parler d’idéal et d’amour, de courage et d’espérance, de paix, de générosité, ou vibrer de l’intensité dramatique du tragique de la vie, comme dans l’évocation de Jacques Brel chantant aux portes de la mort.

Et à ces éléments de l’existence, nous sommes tous assujettis, par eux nous sommes tous touchés, directement ou indirectement.

C’est pour cela que l’œuvre de JEAN MARC est si humaine et universelle, qu’elle nous concerne tous.

Je vous dirai très bientôt ce qu’elle peut nous apporter dans notre existence à la manière de ce que les fables de La Fontaine peuvent nous apprendre de la vie.

À partir d’aujourd’hui, nous avons 25 jours pour préparer ensemble quelque chose de formidable (vous saurez bientôt quoi), dont vous pouvez toutes et tous être dès à présent à la fois le vecteur et le relais : ce ne sera pas compliqué, il s'agira de partager !

En vous racontant plus tard l’incroyable et merveilleuse histoire de la Rossinante de JEAN MARC, vous comprendrez pourquoi en partageant ce message, vous aurez aidé l’art à dépasser la mort pour transcender la vie !

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administrateur théâtres

Une mise en scène de Nele Paxinou, et le texte de François Ost (editions Lansman)

Camille

François Ost

Adaptation François Ost, Nele Paxinou
Mise en scène Nele Paxinou
Avec Marie Avril, Virgile Magniette, Bernard Sens
Danseurs Robin Capelle, Juliette Colmant, Caroline Givron

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De quoi ça parle?
 

 Qui ne connaît pas le  destin tragique de Camille Claudel, sœur de l’éminent poète  chrétien et diplomate français Paul Claudel? On se souvient au moins du film Camille Claudel de Bruno Nuytten dans lequel Isabelle Adjani incarnait Camille et Gérard Depardieu Rodin. Le film  fut couronné cinq fois aux César du cinéma 1989 et nommé aux Oscars. Auguste Rodin, impressionné par le caractère innovant et  la solidité de son travail, fait entrer  la jeune Camille, comme praticienne à son atelier de la rue de l'Université en 1885 et c'est ainsi qu'elle collabora à l'exécution des « Portes de l'Enfer » et au monument des « Bourgeois de Calais ». Ayant quitté sa famille pour l'amour de Rodin, elle travaille plusieurs années  à son service, négligeant sa propre création.  Qui de l’élève ou du maître inspire  ou copie l'autre ? L'amour ne distingue pas.  Mais considérée par sa famille comme une dévergondée, elle est rejetée brutalement.  Rodin ne peut se résoudre à quitter Rose Beuret, sa compagne dévouée… pour l’épouser.   La rupture définitive est consommée en 1898.  Camille s’installe alors 19 quai Bourbon et poursuit sa quête artistique dans  la plus grande solitude, malgré l’appui de  quelques critiques. Camille craint à tout moment que Rodin n’envoie des inconnus pour lui dérober ses œuvres. Elle vit  dans une grande détresse physique et morale, ne se nourrissant plus et se méfiant de tous. Son père, son soutien de toujours,  mourra le 3 mars 1913. Pourvue d’une  mère, incapable d’amour vis-à-vis de sa fille  elle  sera internée le 10 mars à Ville-Evrard puis transférée, à cause de la guerre, à Villeneuve-lès-Avignon Elle  y végétera et y mourra trente ans plus tard, le 19 octobre 1943, privée de tout contact avec sa famille et ses amis.  Un destin que l’on  peut comparer à celui de Zelda,  la femme de  Francis Scott Fitzgerald, l’auteur de « Gastby le magnifique » ,une autre femme subissant  l’injuste condition de la femme à la fin du XIXe siècle et le plagiat artistique.  

Et alors?camille-claudel-valse-figurine-sculpture.jpg

L'idée de débuter la pièce par l’internement psychiatrique et la fin de vie de Camille Claudel, permet de  prendre de plein fouet  l’injustice faite à cette femme qui eut le tort de se vouloir, libre, amoureuse et artiste et qui sombrera, privée de tout,  lâchée par tous, dans la déchéance absolue. C’est l’idée de l’auteur, suivie d’ailleurs par la metteuse en scène, Nele Paxinou,  qui a su ressusciter par la puissance de sa théâtralité le conflit des énergies,  et donner aux personnages des contours absolument poignants nimbés dans la poésie et l’humanité propres aux œuvres de Camille! On apprécie particulièrement  la présence très vivante de deux danseurs, un  homme une femme qui,  tout au long de la représentation, soulignent  les dialogues par de  précieuses chorégraphies très bien pensées. Leurs visages restent immuablement neutres mais leurs corps  semblent répéter en  variations  mobiles  toutes les émotions des comédiens.  Les deux figures de sable ou de glaise, dont la nudité semble surgir de la terre, dorée par les jeux de lumière sont là pour évoquer de façon fascinante les émouvantes sculptures de l’artiste et la force de ses créations. La musique est celle d’impressionnistes français, en hommage à Debussy. Il faut  bien cela pour supporter la tension du texte de François Ost,  qui déroule les épisodes de la vie antérieure de la jeune femme, avant son internement infâmant et permet d’exploiter tout le potentiel du rêve artistique de la jeune femme! Face à  l’amant, sculpteur prométhéen, génie du feu, et le frère, poète mystique, génie aérien, elle incarne la fertilité et l’énergie de  la terre .  Tandis que  le texte  célèbre la liberté  de la Chèvre de Monsieur Seguin, celle-ci est victime d’une mort pernicieuse programmée par le génie masculin.

 

Et le casting? 

Irréprochable ! Une rage, « Evidemment, je lui faisais de l’ombre. Mère de son enfant, je n’étais plus la gentille-jolie élève, je devenais Madame Rodin ! La maternité, c’est pour Rose ; les cours particuliers, c’est pour Camille ; chaque chose à sa place, un temps pour tout. Surtout ne pas troubler le confort du Maître ! Ah tu ne veux pas vivre avec moi, et bien ta fille tu ne la verras jamais ! Envolée, délivrée, Galatée ! »  Un génie à l’œuvre « Regarde, la roche devient luisante, elle me sourit. Elle brille comme un miroir. Et elle rend un autre son, sous les coups de ciseau. Ah, Camille Claudel, SCULPTEUR !» Enfin, la fureur de création, tout est magnifiquement emmené et campé par la comédienne Marie Avril, dont la voix, la diction et le timbre sont un délice  pour l’oreille ! Paul Claudel/ Virgile Magniette, le frère  apparaît sans caricature, décapé du lustre dont il se pare, car on ne voit plus que son âme grise. Parfait ! Et Rodin, …est d’une  savante justesse théâtrale.  Bernard Sens

 

Que demander de plus?  

La Note de la metteuse en scène: 
Avec passion, j’ai voué ma vie au théâtre. J’ai fondé en 1980 Les Baladins du Miroir, théâtre itinérant
sous chapiteau, théâtre total mêlant le jeu de l’acteur à la musique et à l’acrobatie. Aujourd’hui, j’ai
atteint mon objectif : partager la culture en faisant découvrir nos grands auteurs (Molière, Shakespeare,
Ghelderode, Cervantès, Voltaire,..etc.) à un très large public. La renommée des Baladins du
Miroir a traversé les frontières et nous avons jusqu’ici touché quelque 700.000 spectateurs.
Lorsque j’ai remis les rênes de la compagnie à Gaspar Leclère, j’ai décidé de prendre un nouveau
départ en créant la société Vitaly Production qui s’est assigné une mission vitale : mettre en valeur
des artistes d’aujourd’hui qui nous interpellent.
Ma rencontre avec François Ost répond à cette attente. Il nous propose dans un très beau texte –
nominé au prix littéraire du Parlement de la Communauté Wallonie Bruxelles 2014 – un nouvel éclairage
sur l’œuvre et le personnage de Camille Claudel.
Femme et sculpteur de génie, elle a réussi à imposer son art dans un monde d’hommes et dans une
société bien-pensante où la femme restait vouée au sexe et à la maternité.
Camille revendique une vie libre. Elle vit une passion amoureuse avec Auguste Rodin. Bientôt bafouée
par son amant et maintenue enfermée ensuite dans un asile par la lâcheté d’un autre homme, son
frère Paul Claudel, elle revendique pleinement une place vouée à la création.
Je voudrais accompagner, faire résonner encore son geste créateur, célébrer sa mémoire, bien audelà
de l’anecdote, en la conduisant là où elle nous attend : le moment précis où LA VIE SURGIT DE
LA PIERRE.


Nele Paxinou

http://www.atjv.be/Camille

L’image contient peut-être : 1 personne, barbe, texte qui dit ’CAMILLE Centre culturel de Nivelles Jeudi 5 mars 2020 à 20h’

  

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Vénus ou l'écume de nos nuits (Aphrodite, 6/7)

12273259456?profile=original Aphrodite

Pensive, elle est lascive, en décolleté de marbre.

(musée archéologique de Rhodes)

 

« Vénus… Ô Déesse…

Tant épris de ton charme, chacun brûle de te suivre où tu veux l’entraîner. »,

Lucrèce (ca 94-54 av. J.-C.)

 

12273259496?profile=originalAphrodite de la Mer

Sans bras, mais pas sans appas.

(IIIe siècle av. J.-C., 1,94m, marbre, musée archéologique de Rhodes)

Polie par le temps et par la vague. Née deux fois de l’écume*1, la pélagienne a en effet été retrouvée par un pécheur au large du port de Rhodes, en 1929, à la hauteur du quartier de Nichorion.

Du type aidoumene, pudique, cachant sa poitrine de son bras droit, tandis que du gauche elle essaie, en vain, de retenir sa si fluide tunique.

 Aguicheuse comme une effeuilleuse ou une publicité fallacieuse, elle semble dire :

« Demain j’enlève le bas »

C’est probablement cette statue cultuelle qui ornait le temple d’Aphrodite.

12273259887?profile=originalTemple d’Aphrodite à Rhodes

(IIIe siècle av. J.-C.)

 

Que fit la polis de Rhodes ? La cité chargea la poliade, divinité protectrice, de veiller sur la ville, Aphrodite sur le port, Apollon au point culminant, l’Acropolis*2. Adieu.

 

12273259675?profile=originalAphrodite sandalizomene (ôtant sa sandale)

(copie romaine d’un original grec du IIe s. av. J.-C. ;

palais des Grands Maîtres de Rhodes)

On connait le groupe Aphrodite, Pan et Eros du musée national d’Athènes,

 où la déesse brandit sa sandale, plus provocante que menaçante,

 face au dieu des campagnes, mi-homme, mi-bouc, qui peut bien lui jouer de la flûte tandis qu’Eros taquine la badine et le bandit bandant,

qui aimait tant semer la panique et faire l’amour comme un odieux.

Plus gracieuse ici, elle s’attire dieux et hommes, mi-ange, mi-démon, semailles et moissons, moins prompte au scandale. 

Le petit personnage qui l’accompagne est ici son fils Priape,

 dieu de la fertilité, représenté en nain. Et jamais un coup de pompe !

 

12273260290?profile=original Vénus

« La pudeur ajoute encore à la beauté. », Ovide (Les Amours)

Collection Borghèse

(marbre, IIe/IIIe s. ap. J.-C. ; musée du Louvre, Paris)

Quoique « La véritable pudeur doit se cacher elle-même avec autant de soins que le reste. La main qui ramène un pli de la robe fait plus rêver à ce qu'elle veut cacher, qu'à la honte vertueuse qui le lui fait cacher. »

« Douce pudeur, suprême volupté de l'amour, que de charmes perd une femme au moment qu'elle renonce à toi ! Combien, si elle connaissait ton empire, elle mettrait de soin à te conserver, sinon par honnêteté,

du moins par coquetterie ! »*3

 

 

      Une fille perdue de notre déesse pourrait aussi nous troubler. D’Adonis en effet, Aphrodite aurait eu une fille Béroé*4. Béroé, l’Accomplie, dont Dionysos (Bacchus) s’éprit, ainsi aiguillonné par Eros, son roué coursier, à qui  Nonnos*5 prête ces paroles :

« Bacchus met le trouble chez les humains,

Ma flamme sait troubler Bacchus lui-même. »

      J’espère que cette série vous a plu. Il me reste malgré tout un regret, celui de ne pas entièrement posséder mon sujet. Mais j’ai encore un ou deux numéros inscrits sur mon mémento pour, sur un quiproquo, conclure. Pour peu qu’au clair de la lune mon ami Ovide me prête sa plume pour écrire un dernier mot.

 

12273259700?profile=originalOvide reçoit de notre muse favorite une plume

 qu’elle vient d’arracher d’une des ailes de l’Amour.

(gravure Noël Le Mire, d’après Charles Eisen)

 

D’ici là, vous pouvez retrouver ici les précédents numéros :

1.     A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

  https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-a...

2.    A la poursuite d’Aphrodite la dorée :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphro...

3.    Toujours fondu d’Aphrodite ?

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphro...

4.     Dans le miroir de Vénus :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/dans-le-miroir-de-v-nu...

5.     Rhodos, Salmacis et Hermaphrodite :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/recherche-aphrodite-perdument-aphrodite-5-7?xg_source=activity

 

A suivre…

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 L’ « écume de mer », un silicate de magnésium hydraté, est un minéral tendre, blanc et léger. Elle flotte sur l’eau de mer et on la croyait faite d’écume pétrifiée. Son nom scientifique est sépiolite, du grec sêpion, ‘os de seiche’, à rapprocher du latin sepia, que les artistes connaissent bien. Cette précieuse matière réfractaire sert à fabriquer des têtes de pipes. Vienne en était, pour la qualité artistique de ses fourneaux sculptés, le centre le plus réputé. On trouve cette pierre essentiellement à Eskisehir en Anatolie (Turquie). En France (Gard), elle est la « terre de Sommières », aux vertus dégraissantes et détachantes. Au Maroc, c’est le « savon de Fez », qui servait à la toilette de Vénus. Un minéral trouvé à Långbanshyttan (Vårmland, Suède), très proche chimiquement, est localement nommé… Aphrodite.

Nom d’une pipe !

12273260682?profile=original Aphrodite de Rhodes

Na ! Na !

*2 Charès de Lindos (IVe s. av. J.-C.), disciple de Lysippe, y érigea le célèbre Colosse incarnant Hélios. Sur l’acropole (mont Smith) Zeus, maître du Ciel, et Athéna, protectrice des Arts et Lettres, étaient également vénérés. On y trouvait aussi un sanctuaire dédié aux Nymphes. Je suis bien sûr allé siffler là-haut sur la colline… Athéna, Minerve, Aphrodite… je vénère en vain. Nul et non à Vénus.

*3 Citations d’Alphonse Karr (1808-1890) et de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), respectivement et respectueusement.

*4 C’est aussi le nom d’une des trois mille Océanides, filles d’Océan et de Téthys.

*5 Nonnos, né à Panopolis (cité de Pan, aujourd’hui Akhmîn, en Egypte), est un poète grec du Ve siècle, à qui on doit les Dionysiaques. C’est le seul auteur sur lequel je sois tombé qui mentionne cette fille d’Aphrodite. Je vous en laisse les vers à ronger et en extraire la substantifique moelle.

12273261263?profile=originalUn halo de mystère l’enveloppe encore,
qu’il faudra bien dissiper…

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Dans le miroir de Vénus (Aphrodite, 4/7)

12273249659?profile=originalVénus Pudique

Quoique, méfiez-vous, elle sort tout juste de sa réserve…

(marbre ; musée du Louvre, Paris)

« Ha que plût aux Dieux que je fusse !

Ton miroir, à la fin que je pusse,

Te mirant dedans moi, te voir. »,

Anacréon (ca - 560, - 478 av. J.-C.) *1

 

      Archétype de la beauté, mythe absolu, déification de l’éternel féminin, finalement elle réconcilie les Anciens et les Modernes.

      Déjà, dans le monde gréco-romain, en Egypte et en Syrie, on a trouvé des figures de la déesse aux multiples attributs polythéistes (le gouvernail de la Fortune et la corne d’abondance, le casque de Minerve ceint du diadème de Cybèle, l’emblème d’Isis). C’est l’Aphrodite Panthée, protectrice de l’épousée, dans la lignée d’Isis-Hathor-Astarté, unies-vers-elle la panthéiste.

Produite en série (on la retrouve au Louvre, à Vienne… A Myrina, en Asie mineure, par exemple, on déclinait beaucoup de Vénus accroupie en terre cuite dans l’Antiquité), elle a continué de ravir et d’inspirer nombre d’artistes de la Renaissance aux plus contemporains. Rodin, Maillol, Bourdelle, Redon…

« Exquise vérité des formes, en sorte qu’on aurait pu les croire moulées sur nature,

si la nature produisait d’aussi parfaits modèles. »

Prosper Mérimée (La Vénus d’Ille)

 

12273250063?profile=original Vénus de Vienne

Sainte-Colombe à sa toilette.

(Ier-IIe s. ; marbre de Paros ; musée du Louvre, Paris)

Rappelons ici que Prosper Mérimée (1803-1870) fut inspecteur général des Monuments historiques. En tant que tel, il visita en 1835 le « Palais du Miroir » à coté de Vienne en Isère. Ce qui amena la découverte, deux ans plus tard, de la Vénus de Vienne dans le frigidarium des thermes de Saint-Romain-en-Gal. Une copie romaine de l’Aphrodite accroupie de Doidalsas de Bithynie, « une Vénus nue, supérieure encore à celle de Praxitèle » pour Pline l’Ancien.

 

      Rodin, ou avant lui Michel-Ange, rejoignaient Lysippe qui, tel que Pline le rapporte, « déclarait volontiers que les Anciens représentaient les hommes tels qu’ils les voyaient, et lui, tels qu’ils lui donnaient l’impression d’être. »

Ce sculpteur grec du IVe siècle avant notre ère dont « on dit qu’il contribua largement au progrès de la statuaire par le rendu minutieux de la chevelure et la modification des proportions du corps : les têtes étant plus petites, les corps plus minces et nerveux, la taille des statues semblait plus élancée. »

… Dali, Arp, Zadkine, Arman ou Andy Warhol…

Un thème universel qui défie le temps.

      Attractive, elle séduit toujours et fait vendre des produits en tout genre, les marchands se saisissant de  cette image qui capte immédiatement le regard du chaland. Un visuel parfait au fort pouvoir vendeur. Je me souviens que l’on avait même tenté de commercialiser les œufs d’escargot au prix exorbitant d’un « caviar blanc » sous l’alléchante appellation de « Perles d’Aphrodite » !

Oh je sais que d’Hermès, Aphrodite conçut Hermaphrodite, mais ce n’est que de son union avec Salmacis qu’il devint tel un petit hélix.

Et qu’Hésiode a traité Aphrodite - ah ! c’est pas joli… ah ! c’est pas gentil… c’est même retors - d’hélicoblépharos, la « paupière en vrille » !

 

12273250485?profile=originalEn flânant, serein, devant les devantures de magasins,

une Aphrodite Mélaenis, Noire, maîtresse de la nuit, nous retient.

(copie d’une céramique dans le style attique à figures noires)

 

Je ne vais pas vous faire l’article… En boutique, on la vante extra vierge ! Organic (biologique) ! Magnétique !!! C’est la mercatique qui veut cela…

 

Et elle ne ferait plus recette ? c’est pourtant une huile !

12273250679?profile=originalA écouter les sirènes de la publicité, la consommation serait l’alpha et l’oméga 3 de l’existence !

 

Et ici, notre « Aphrodite de la Mer » rhabillée en magnet !

12273251467?profile=original (je vous livrerai la vraie, bien plus aimante et dans son plus simple appareil, dans le prochain numéro)

 

Quelle enseigne tout de même !

 

12273251490?profile=originalDans un jardin de Rhodes

Même mille fois déclinée avec tant de produits dérivés,

Jamais quelconque dans sa conque.

 

Surtout elle stimule la créativité des artisans qui perpétuent la tradition de la céramique, dans la copie ou son interprétation.

 

12273251289?profile=originalCéramique de Faros (Rhodes)

Enjôleuse et vendeuse, non ?

 

Aphrodite nous dicte toujours sa loi, elle qui bohème n’en connut guère. Car elle en impose encore notre déesse.

 

      12273252088?profile=originalVénus au miroir

Elle aimait le reflet de sa beauté, coquette au sortir du bain

ou conquérante dans le bouclier de Mars, fatale toujours.

(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)

 

      Mais les attributs de la vénusté seraient-ils soumis aujourd’hui à un coefficient de vétusté ? 

La taille… plus fine ! Les jambes… plus longues ! Les seins… en obus de canon !!! Ainsi, par les vertus d’un traitement numérique, ou pis, par la chirurgie esthétique, notre almée à l’envoûtant déhanchement en serait-elle réduite à se conformer aux nouveaux diktats de la mode pour défiler sur les podiums ? Mincir pour entrer dans les normes, quel paradoxe ce paradigme !

« Son ventre splendide, large comme la mer. »,

Auguste Rodin, à propos de la Vénus de Milo

Quels que soient les commandements de la modernité, je ne cesserai de tourner autour de ces rondes-bosses…

 

12273252264?profile=original Vénus accroupie ou Vénus à la toilette

« Une fleur de vie, forme qui me réjouit. »,

Auguste Rodin

D’après un original de Doidalsas de Bithynie

(musée national, Rome)

 

… autant que de la contempler  accrochée aux cimaises me remplit d’aise.

 

12273251888?profile=originalLa toilette de Vénus (ou l’Air)

L’Albane  (Francesco Albani, dit ; 1578-1660)

(musée du Louvre, Paris)

 

Et se livrer avec Aphrodite aux délices de Capoue*2

 

12273252287?profile=original Toutes veulent être Vénus...

Cette belle romaine arbore une coiffure en vogue au 1er siècle

(Marcia Furnilla, seconde épouse de l’empereur Titus ?)

(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)

 

Pas sûr toutefois que toutes puissent soutenir…

 

12273253471?profile=originalLa comparaison

Jean-Frédéric Schall (1752-1825)

« Jouissez amants, la fleur de jeunesse vous rit au visage. »,

Gioachino Rossini (1792-1868)

(musée du Louvre, Paris)

 

« Il avait à Syracuse un couple surnommé Belles Fesses. », raconte Cercidas de Megalopolis deux siècles avant notre ère. Voici l’histoire…

Deux sœurs s’interrogeaient, et la question était grave. A savoir laquelle avait le plus joli postérieur. Il fallait bien trancher, bien que le partage fût déjà très équitable. Un joli cœur s’en vint par là. « Il est bon de savoir qui de nous a le plus beau. » Bien qu’il y eût à hésiter, il devait en juger, il opta pour l’ainée. Et, bon gars, pour ne pas peiner la cadette, manda de ce pas son frère afin qu’il puisse plaider aussi son cas. Ce dernier lui trouva de sérieux atouts et, ma foi, fort à son goût. Tous se marièrent et firent ériger une statue à Aphrodite, callipyge comme il se doit pour rendre hommage à tant de grâces. On comprend mieux maintenant le motif*3 de ce tableautin libertin et pourquoi tant de messieurs aimeraient tant voir Syracuse avant que leur jeunesse s’use.

 

« Des jeunes cœurs c’est le suprême bien :

Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien. »,

La Fontaine

 

Les anciens Grecs déjà prisaient fort les jeux de hasard. Aux dés la combinaison gagnante était le « coup d’Aphrodite » (3 fois 6). Victoire assurée… Sinon un « coup de chien » (3 fois 1), sinon l’apocalypse cette bête, était mauvais signe néanmoins. Heureux au jeu… Le perdant pouvait se consoler en se disant qu’aux jeux de l’amour il avait peut-être évité un « coup de pied d’Aphrodite », maladie vénérienne de ceux qui sacrifient trop à Vénus au hasard de rencontres douteuses. « Amour, Amour, quand tu nous tiens

On peut bien dire : « Adieu prudence. », La Fontaine (Le lion amoureux), autant :

« J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,

La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien

Qui me soit souverain bien,

Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. »,

Id., Les Amours de Psyché et de Cupidon

 

      Par-delà la légende, Chypre, l’île d’Aphrodite, toujours très sismique, est née de la mer au crétacé, il y a environ 90 millions d’années, d’une surrection du plancher océanique, un choc titanesque entre les plaques anatolienne et africaine. Puis l’île s’est surélevée au pléistocène, il y a environ 1,8 millions d’années, pour dominer à 1952m dans le massif du Troodos au mont Olympe (qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme, siège des dieux de la mythologie grecque).

 

12273253854?profile=originalAu printemps de quoi rêvais-tu Sandro ?

A la naissance de Vénus ?

(musées capitolins, Rome)

Tête dite d’Amazone blessée du type Capitole-Sôsiclès. Copie romaine d’un original grec du Ve s. av. J.-C. La statue aurait été créée par Crésilas pour un concours l’opposant ainsi à Polyclète, Phidias, Phradmon et Cydon. Elle était destinée au temple d’Artémis à Ephèse et serait arrivée en troisième position après celles de Polyclète et Phidias, devançant celles de Cydon et Phradon.

N’est-elle pas confondante cette beauté canonique ? Eternelle korê (jeune fille) qui semble bien avoir inspiré Botticelli pour sa Naissance de Vénus*4, en tout cas cela m’a frappé lorsque je l’ai photographiée. Ou, plus sûrement encore, un dessin à la mine de plomb de Gustave Moreau.

 

A suivre…

Car l’amour renait sans cesse.

Vous aurez peut-être plaisir à retrouver ici les trois premiers épisodes de ce feuilleton avant son épilogue prochain :

1.  A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5

2.  

1.    A la poursuite d’Aphrodite la dorée :


 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5

1.  Toujours fondu d’Aphrodite ?

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphrodite-aphrodite-3-6

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Anacréon, poète lyrique grec, adapté pour l’occasion par Rémi Belleau (1528-1577). Sous la plume de Pierre de Ronsard (1524-1585) les vers d’Anacréon deviendront :

« Mais je voudrais être miroir

Afin que toujours tu me visses. »

Un autre de leur contemporain, Olivier de Magny (1529-1561), donna :

« Je voudrais être le miroir

Où vous vous ébattez à voir

Les beautés de votre visage. »

Au XVIIIe siècle, par le truchement de Louis Poinsinet de Sivry (1733-1804), on obtint :

« Que n’est-il en mon pouvoir

D’être cette glace heureuse,

Où vous aimez à vous voir ? »

Enfin, de la réflexion de Charles-Marie Lecomte de Lisle (1818-1894) :

« Pour moi, que ne suis-je, ô chère maîtresse,

Le miroir heureux de te contempler. »

Quant à la statue, exposée depuis peu au public et ici donnée en illustration, elle est du type genitrix (mère ; Vénus, déesse de la fécondité ; cf. A la poursuite d’Aphrodite, 2/7).

A remarquer également, l’hydrie (aiguière), rappelant le bain lustral. L’eau-mère associée à sa naissance, à l’abondance qu’elle génère.

*2 Les « délices de Capoue » font référence à Hannibal et son armée qui prirent Capoue (Santa Maria Capua Vetere de nos jours) aux Romains en – 215. Au lieu de repartir en campagne, ils y firent relâche, attendant des renforts, et cédèrent à la tentation. Après la débauche, les Romains n’eurent plus qu’à faire main basse sur la ville, en – 211, et rafler la mise. Hannibal était défait. Anachronisme, me direz-vous. Pas tant que ça, je fais ici allusion à l’Aphrodite de Capoue du musée archéologique de Naples, attribuée à Lysippe ou à Scopas selon les auteurs, et comparable à la Vénus de Milo. De même l’Aphrodite Landolina du musée de Syracuse avec son drapé qui s’ouvre telle une conque pour révéler les jambes splendides de la déesse.

Un peu plus loin encore (aux jeux de l’amour et du hasard) les époques se carambolent (si le « coup d’Aphrodite » est bien une expression grecque, les autres termes sont nettement postérieurs), autres temps ne signifiant pas nécessairement autres mœurs. Aussi me suis-je accordé quelque licence… littéraire.

*3 Complétons la légende. Sous la Régence, il y avait aussi une « fraternité des Aphrodites ». Ses membres, qui se faisaient aussi appeler Morosophes, aimaient se réunir du côté de Montmorency, au nord de Paris, pour de petites sauteries entre amis amateurs d’académies. Cet « ordre » fut dissout en 1791. Et Schall, qui vivait à Paris, aimait les sujets légers.

*4 Même si on dit souvent que c’est Simonetta Vespucci, « la sans pareille », qui, bien que morte depuis plusieurs années, lui aurait prêté ses traits. Ou, plus osé encore, Alessandra Lippi, sa filleule et fille de son maître Fra Filippo Lippi. Mon hypothèse après tout n’est guère plus risquée et, au moins, l’Amazone de Crésilas de la Vénus de Botticelli a la lippe. Une vraie renaissance de l’idéal antique.

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12273242698?profile=originalAphrodite de Rhodes (parfois attribuée à Doidalsas de Bithynie)

Sous le ciseau du sculpteur elle s’humanise.

Plus de 2000 ans et pas une ride,

pour 49 cm de grâce absolue.

(III? ou Ier siècle av. J.-C., marbre de Paros, musée archéologique de Rhodes)

« A l’eau de la claire fontaine,

Elle se baignait toute nue. »,

 Georges Brassens

Cette petite est comme l'eau vive... je cours suivre son fil.

 

      Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une Nymphe. Une Naïade, fille d’Océan, veillant sur une source sacrée, un fleuve ou une rivière. La tradition orale a en effet ici mémoire fort longue (et ce billet est mis en ligne un vendredi, jour de Vénus). Je n’en donnerais que quelques exemples.

      Rhodos*1, fille de Poséidon et d’Aphrodite, eût de sa passion avec Hélios (le dieu Soleil, dieu tutélaire de Rhodes) de nombreux fils. Trois d’entre eux laissèrent leurs noms aux trois premières cités de l’île de Rhodes, Ialysos, Camiros et Lindos. Si les deux premières sont en ruines, le village de Lindos est toujours prospère notamment grâce aux  touristes qui s’y rendent tant pour la beauté du site, ses maisons blanches que pour son acropole.

Et la rivière Nymphi alimente toujours en eau vive la ville de Rhodes, qui fut créée par les habitants des villes précédemment citées.

 

12273243071?profile=originalAphrodite ou Nymphe (selon le cartouche du

musée archéologique de Rhodes ; fin IIIe s./début IIe s. av. J.-C.)

Aphrodite Nymphia, toi qui facilitais les fiançailles et accordais ta bénédiction nuptiale, pourquoi ne pouvais-tu protéger l’union de ton fils et de Salmacis ?

Et mettre ainsi tout le monde d’accord…

 

      Soyons plus encore précis, ce pourrait même être la Nymphe Salmacis*2. Hardi petit, étayons cette hypothèse, après tout j’ai été nourri au lait de Genesis.

Je m’appuierai sur Ovide, je ne saurai mieux dire.

      Hermaphrodite, jeune pâtre, encore « un enfant, né des amours d’Hermès et d’Aphrodite (il était facile à reconnaître, à ses traits, les auteurs de ses jours, qui lui donnèrent son nom), se plut à errer dans des lieux inconnus. Il trouva un lac dont le cristal laissait voir la terre au fond de ses eaux. »

 

12273243696?profile=originalHermaphrodite endormi

(marbre, IIe s., musée national, Rome)

Près d’un lac, il s’était endormi. Quand soudain, venant de nulle part, surgit…

 

Salmacis qui « tantôt baigne dans l’onde pure ses membres gracieux, tantôt, avec le buis de Cytore, démêle ses cheveux et consulte le miroir des eaux sur ses atours. »

« En le voyant, elle désira le posséder. Avant de s’approcher de lui, malgré toute son impatience, elle dispose avec art sa parure, en examine l’arrangement d’un regard attentif et compose les traits de son visage : enfin elle peut paraître belle. Alors elle s’écrie : ’’Enfant, tu mérites d’être pris pour un dieu.’’ »

Et ajoute : « Heureuse celle qui est ta compagne, ou pour qui tu allumeras le feu de l’hyménée. Si tu la choisis, accorde-moi pourtant un bonheur furtif ; si ton choix n’est pas fait, puissé-je le fixer et partager ta couche ! »

« Une rougeur pudique couvre les traits du jeune berger, qui ne connaît pas encore l’amour ; des grâces nouvelles naissent de cette rougeur. »

La Nymphe n’y tient plus ! « Déjà ses mains allaient saisir le cou d’albâtre d’Hermaphrodite :

’’ Cesses ou je fuis, dit-il, et je te laisse seule en ces lieux.’’ 

Elle jette de nouveau ses regards vers lui, se cache au fond des broussailles, fléchit le genou et s’arrête. »

« L’enfant, avec toute l’agilité de son âge, persuadé qu’aucun œil ne l’observe en ces lieux solitaires, va et revient, plonge dans l’eau transparente la plante de ses pieds et les baigne jusqu’au talon. Bientôt séduit par la douce chaleur de l’onde, il dépouille le fin tissu qui enveloppe ses membres délicats. Salmacis tombe en extase. » « Elle veut être dans ses bras ; déjà elle ne maîtrise plus son délire. Hermaphrodite de ses mains frappe légèrement ses membres et se précipite au sein des flots. »

« Je triomphe ; il est à moi », s’écrie la Naïade.

 

12273245068?profile=original Salmacis et Hermaphrodite

« L’amour est fait d’une seule âme habitant deux corps. »,

Aristote (384-322 av. J.-C.)

Fontaine, boirais-je pour cela de ton eau ?

Jean-François de Troy (1679-1752)

(musée Bossuet, Meaux)

 

« Elle se jette au milieu des flots, saisit Hermaphrodite qui résiste, et, malgré ses efforts lui ravit des baisers : ses mains jouent autour de sa poitrine qu’il cherche en vain à lui dérober, elle l’enchaîne dans ses bras. Il a beau lutter pour se soustraire à ses embrassements, elle l’enlace comme le serpent. »

Mais il se cabre le bel enfant lorsqu’une ronde lui revient aux oreilles…

« Y’en a des belles à regarder

Y’en a qui sont à éviter. »*3

… et « refuse à la Nymphe le bonheur qu’elle attend. »

Hélas, là est l’os, il était sans malice.

Alors, «  Elle le presse de tous ses membres ; et, dans la plus vive étreinte, à son cou suspendue, elle s’écrie :

’’Tu résistes en vain, cruel, tu ne m’échapperas pas.

Dieux, ordonnez que jamais rien ne puis le séparer de moi,

ni me séparer de lui.’’

Cette prière est exaucée : leurs corps s’unissent et se confondent. »

(j’abonde et m’embrase, j’adore les histoires d’O.)

« Hermaphrodite et la Nymphe, étroitement unis par leurs embrassements, ne sont plus deux corps distincts ; ils ont une double forme, mais on ne peut les ranger ni parmi les femmes ni parmi les hommes : sans être d’aucun sexe, ils semblent les avoir tous les deux. »

(qui trop l’embrasse… mâle éteint)

Alors, une dernière fois ; Hermaphrodite clame d’une voix qui n’est déjà plus virile :

« Accordez une grâce à votre fils, qui tire son nom de vous deux,

ô mon père ! ô ma mère !

Que tout homme, après s’être baigné dans ces eaux, n’ait,

quand il en sortira, que la moitié de son sexe :

puissent-t-elles en le touchant, lui ravir soudain sa vigueur ! »

Les auteurs de ses jours furent sensibles à ce vœu et donnèrent à cette fontaine une vertu mystérieuse.

Une explication qui semblerait couler de source.

Admettez que la description que fait Ovide de notre Naïade est souvent confondante de ressemblance.

 

12273246063?profile=original « C’est des profondeurs de la mer que jaillit Rhodos,

enfant d’Aphrodite, déesse de l’Amour,

afin qu’elle devint l’épouse d’Hélios. »,

Pindare (518-438 av. J.-C.)

 

      Cela étant, Aphrodite élit résidence à Rhodes tandis qu’Arès partait pour la Thrace. Et il suffisait qu’une déesse se baignât là pour qu’on y bâtisse un édifice cultuel. Si la divinité y agréait, on délimitait alors un espace sacré, le téménos, pour les célébrations rituelles. Le temple était alors agrandi pour abriter statues et ex-voto, rien n’était trop beau.

A suivre...

Voici, pour patienter, les liens permettant de retrouver les précédents épisodes de cette série consacrée à l’égérie :

1.     A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

  https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-a...

2.    

A lA la poursuite d’Aphrodite la dorée :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphro...

3.     Toujours fondu d’Aphrodite ?

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphro...

4.     Dans le miroir de Vénus :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/dans-le-miroir-de-v-nus-aphrodite-4-7-1

A suivre…

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Aphrodite la dorée, Rhodos la rose. Une racine que l’on retrouve, en minéralogie, dans la rhodonite, un silicate de manganèse, ou la rhodochrosite, un carbonate de manganèse, de couleur rose. La ville de Rhodes, placée sous le haut patronage du soleil (Hélios), a pour emblème la rose. Par contre, si j’ai une inclination pour les roses et les minéraux, j’aime pas les rhododendrons ! Ce serait par contre pécher de ne pas goûter aux tétons de Vénus, cette délicieuse variété de pêche (c'est aussi le nom d'une tomate et d'un mont du Cantal).

*2 Salmacis donna son nom à une source. Cette source se situerait en Carie (région d’Halicarnasse, aujourd’hui Bodrum, en Turquie, que seul un isthme sépare de Rhodes). Détestée, on lui prêtait la faculté d’amollir et de rendre efféminés ceux qui s’y baignaient ou en buvaient. Cytore était une montagne de Paphlagonie (région de Turquie bordant la Mer Noire) abondante en buis selon Virgile. Hermaphrodite aurait été berger sur le mont Ida en Phrygie (actuel Kaz Dag, en Turquie toujours) avant de se rendre en Lycie et en Carie, où il rencontra Salmacis pour son malheur. Le groupe Genesis a tiré de cette histoire un magnifique titre : « The fountain of Salmacis », en 1971. Lien ci-après :

 https://artsrtlettres.ning.com/video/genesis-fountain-of-salmacis-nursery-cryme-1971

12273246275?profile=original

Aphrodite ou Nymphe, toujours selon le cartouche (et je suis très à cheval sur l’étiquette) du musée archéologique de Rhodes.

Ces deux statues, un peu figées, stéréotypées, sont de la même période que celle présentée plus haut.

12273247266?profile=original

*3 Les Frères Jacques, « Les fesses. ». Allez voir la vidéo séance tenante, ce séant devrait vous seoir.

Lire la suite...

Toujours fondu d'Aphrodite ? (Aphrodite, 3/7)

Continuons d’éclairer notre lanterne en examinant au plus près notre sujet...

12273231675?profile=original Deux jeunes gens étudiant une statue de Vénus

 à la lueur d’une lampe

Godfried Schalcken (1643-1706)

(huile sur toile ; collection Leiden, New York)

En matière de clair-obscur, Aphrodite est un oxymore à elle seule comme nous allons le voir. Contradiction toute féminine ?

Il faut cependant remarquer que si Aphrodite était libre, la société athénienne n’était guère égalitaire. Les femmes passaient leur vie au gynécée où elles tissaient et filaient doux. Hors les processions rituelles point de sorties. A Sparte, si elles pratiquaient l’éducation physique et se montraient au palestre, pour l’éducation intellectuelle elles pouvaient repasser !

 

12273232465?profile=originalQuand l’ordinaire se réduisait aux tâches ménagères.

Comment dès lors ne pas idéaliser pour les unes,

 fantasmer pour les autres ?

A Tamassos, d’où provient cette statuette, Aphrodite eût bien sûr son temple.

(terre cuite, VIe s. av. J.-C. ; musée archéologique de Nicosie, Chypre)

       Tous les ans à Chypre, ses fidèles, couverts de myrte, affluaient dans son sanctuaire à Palaia Paphos (l’ancienne Paphos, aujourd’hui Kouklia) où, ne songeant plus qu’aux douces joies des hyménées et à leurs mystères après avoir reçu un phallus et du sel (j’en ai un grain aussi), ils se livraient à des fêtes orgiaques.

« Viens, Cypris, offre-nous tes couronnes,

Et dans les coupes d’or, gracieusement,

Verse comme un vin ton nectar

Mêlé de joies. »,

Sappho, qui pour l’Aphrodite a dédaigné l’Eros.

      Sans verser dans les excès, ne cédons pas aux divagations de Pierre-Joseph Proudhon qui en la matière pousse un peu loin le bouchon lorsqu’il écrit « Le culte multiplié d’Astarté, Aphrodite ou Vénus ; les fêtes orgiaques, dionysiaques ou bacchanales ; les lamentations sur la mort d’Adonis, les jeux floraux, les prostitutions sacrées, le priapisme universel, les poésies érotiques, l’amour vulgivague, omnigame en sont les monuments. Ajoutons encore les théâtres, les danses, le vin, la bonne chère. Ainsi tout se tient : le raffinement des arts amène la corruption. » Ne pas se courber certes, mais voir dans l’art la racine de toutes les dépravations, il y a là un pas que je ne franchirai pas. Des spartiates il n’est dans ce domaine effectivement rien resté, plus laconique il faut parfois demeurer.

 

12273233260?profile=originalOffrandes à Aphrodite-Astarté

Figurines de terre cuite (VIe s. av. J.-C.), aèdes, chanteurs et musiciens.

Petits présents faits à Aphrodite, rustiques mais touchants,

lors des processions et célébrations données en son honneur

 au temple de Kition (Larnaca).

Que la fête commence !

(musée archéologique de Nicosie, Chypre)

Chœur des Bacchantes :

« Chypre ! C’est l’île d’Aphrodite

Où nichent les Amours ensorceleurs

Ils font venir une âme aux mortels… »

Euripide (480-406 av. J.-C.)

Evohé !

 

       A Rhodes, le temple d’Aphrodite était situé à l’entrée de la ville antique, au niveau de l’ancien port de Mandraki, mais de là à penser qu’elle n’est qu’une hétaïre, voire pire une vile femme à marins ! Une poule à facettes pour nightclubbers en goguette !

Toujours est-il qu’avec le prompt renfort de croisiéristes, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Et que sous la canicule nous constatâmes que Vénus est bien la plus chaude*1 du système solaire !

 

12273233674?profile=original Ruines du temple d’Aphrodite à Rhodes

(IIIe siècle av. J.-C.)

 

      A mélanger ainsi les genres et si on remonte plus loin dans le temps, avec « la déesse aux serpents » minoenne, Astarté, la « reine de lumière » babylonienne et Ishtar, la « donneuse de lumière » cananéenne, déesses du croissant fertile, Inanna pour les Sumériens, ou encore Hathor l’Egyptienne, que l’on peut toutes à raison assimiler à Aphrodite ; ou que l’on porte le regard tout au nord avec la Freyja scandinave par exemple, partout on retrouve des déesses de l’Amour et de la Fécondité, à la sexualité certes débridée.

D’accord, à Babylone, Ishtar ou, à Sumer, Inanna avaient leurs praticiennes, grandes prêtresses de l’amour sensuel. Certes, comme le chantait Ferré, avec

« La ‘the nana’, c’est comme un ange qu’aurait pas d’ailes.

La ‘the nana’, au septième ciel tu fais tes malles. »

Vrai toujours que Vénus libentina avait la libido exaltée. Voluptueuse et légère comme susurrait Farmer « petite bulle d’écume, poussée par le vent. » Qu’Aphrodite Porné était invoquée par les courtisanes en tant que divinité de l’amour vénal. Que plus d’un mâle a succombé sous leurs charmes, au point que notre déité était surnommée Androphonos, la tueuse d’hommes ! Et Vénus Libitina, par une malencontreuse euphonie*2,  veillait aux cérémonies funèbres…

Eros et Thanatos.

« Mourir sans mourir est cette frénésie qui se nomme amour. »,

Métastase*3

Souvent libertine, parfois même catin vouée aux enfers.

      Mais faire d’Aphrodite ou de ses avatars la mère de tous les vices et de l’art son vecteur le plus propice ! Dans cette conation camarade Pierre-Joseph, je te le dis tout net, tu attiges !

« Les bains, le vin et Vénus usent nos corps.

Mais les bains, le vin et Vénus font la vie. »,

Proverbe latin.

Toutefois rappelons-nous cette maxime de Cléobule de Lindos, un des Sept sages de l’Antiquité,

« La modération est le plus grand bien »,

conservons un calme olympien, et reprenons. 

 

12273233885?profile=originalFreyja ou Frigg ?

Vendredi pour Vénus, friday pour Freyja !

Chaudron de Gundestrup (détail)

(âge du fer celtique, ca 500 av. J.-C., argent. Musée national, Copenhague)

 

Quoi qu’il en soit, des temples un peu partout, en Grèce, en Crète, en Asie mineure surtout, révèrent Aphrodite.

 

12273234480?profile=originalFigure d’Aphrodite dans le style de l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle.

Quelle femme d’épithètes !

Des yeux comme mouillés qui arracheraient des larmes à un cœur de pierre.

(fin de la période hellénistique ; palais des Grands Maîtres de Rhodes)

 

        J’en rêve encore… Car elle mérite tous les qualificatifs, est dotée de bien des attributs, et suscite toujours l’admiration.

 

12273234674?profile=originalVénus du Belvédère

(musées du Vatican)

« Rien de plus suave, de plus voluptueux que ses contours. »

Quoique « Dédain, ironie, cruauté,

se lisaient sur ce visage d’une incroyable beauté cependant.

… Sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté

pût s’allier à l’absence de toute sensibilité. »,

Prosper Mérimée

 

12273235292?profile=originalStatue d’Aphrodite dite Vénus de l’Esquilin

Marbre d’après l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle.

Serait-elle devenue pudique ?

On disait déjà qu’au sortir de l’eau-mère à Paphos elle se cacha derrière un buisson de myrte, plante qui depuis symbolise charme et jeunesse.

Elle semble dire et médire, à la manière de Musset :

« Le marbre me va mieux que l’impure Phryné

Chez qui les affamés vont chercher leur pâture,

Qui fait passer la rue au milieu de son lit,

Et qui n’a que le temps de nouer sa ceinture

Entre l’amant du jour et celui de la nuit. »

(marbre, 1er siècle apr. J.-C., musées capitolins, Rome)

 

Praxitèle avait il est vrai, en la personne de sa maîtresse, Phryné, un modèle parfait. Quoique hétaïre, à ce que l’on disait une pouliche d'Aphrodite, il était difficile de la haïr tant sa beauté resplendissait. Et bien qu’on l’appelât « le Crible », passant tout petit ami au sas de ses envies, ôtant ses dessous le laissant sans le sou.

 

« Elle mérite l’admiration sous toutes ses faces.

On raconte qu’un homme en tomba amoureux et que, s’étant caché une nuit, il fit l’amour avec la statue :

 Des taches sur le marbre gardent, dit-on, la trace de sa concupiscence. »,

Pline l’Ancien, à propos de Praxitèle et de sa Vénus de Cnide.

 

12273235890?profile=originalAphrodite de Menophantos

Ménauphantos, sculpteur grec du 1er s. av. J.-C. (?)

(musée national, Rome)

 

      Si Praxitèle créa le prototype du nu féminin avec l’Aphrodite de Cnide, souvent décliné, on doit à un autre sculpteur grec de génie, Doidalsas de Bithynie, le modèle de l’Aphrodite accroupie. Il faut aussi citer Scopas de Paros, proche de Praxitèle, pour sa Vénus pudique ou alors, plus explicite, chevauchant un bouc, Epitragia, l’Aphrodite Pandemos. Phidias pour sa céleste Aphrodite Ourania, Callimaque et son Aphrodite Genetrix, Alcamène, Agoracrite…

 

12273236268?profile=originalVénus Cesi

Une plastique parfaite à vous faire perdre la tête.

C’est l’effet que fit Phryné, née à Thespies, où on vouait un culte à Eros.

Copie romaine du Ier ou IIe s. d’après l’Aphrodite de Thespies de Praxitèle.

(musée du Louvre, Paris)

12273237258?profile=originalVénus de Praxitèle

Collection Richelieu

 (marbre, IIe s., restaurée au XVIIe ; musée du Louvre, Paris)

A noter que si une gravure sur la plinthe l’attribue à Praxitèle celui-ci vécut au IVe s. av. J.-C. A ce propos, je relève cette remarque de Phèdre, l’affranchi d’Auguste : « Certains ouvriers de ce siècle ]… Le fabuliste vécut de - 14 à + 50 ap. J.-C. environ[ augmentent de beaucoup l’estime et le prix de leurs ouvrage en gravant sur une nouvelle statue de marbre le nom de Praxitèle ]…[ : car l’envie, qui cherche toujours à mordre, est beaucoup plus favorable au mérite des anciens, qu’aux gens de bien qui vivent aujourd’hui. »

 

Ou le peintre Apelle de Cos pour sa Vénus Anadyomène.

Selon Pline l’Ancien, « Certains pensent qu’elle (Pancaspé, la maîtresse préférée d’Alexandre, qui en fit « don » à l’artiste touché par charis, la grâce) posa pour la Vénus Anadyomène. »

 

12273237289?profile=original Aphrodite anadyomene

Au bain et sans grand frais de toilette.

(Ier ou IIIe s. av. J.-C. ; palais des Grands Maîtres de Rhodes)

 

 Un tableau*4 si saisissant que plus tard « le divin Auguste dédia dans le sanctuaire de son père adoptif César. » Par malheur l’œuvre rapidement se détériora et « Apelle avait commencé une seconde Vénus de Cos, où il se proposait de surpasser en beauté la première. Mais la mort lui refusa le temps nécessaire à la finir. » Un Apelle entendu à la Renaissance par Botticelli, Giorgione, Bellini, Titien, Véronèse, Tintoret, puis, avec leurs Vénus plus baroques et opulentes, par Bronzino, Giordano, Carrache, Le Guerchin, Rubens, Vélasquez… Quelle cohorte de prétendants.

 

12273237872?profile=originalAphrodite accroupie de Doidalsas de Bithynie

Copie romaine en marbre de l’époque d’Hadrien

d’un original en bronze du IIIe s. av. J.-C.

(musée national, Rome)

 

A suivre…

 

Si vous avez raté les deux précédents numéros de la série, vous trouverez là une session de rattrapage :

1.     A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5

2.     A la poursuite d’Aphrodite la dorée :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Mercure, la planète la plus proche du soleil, est à une température moyenne de 420°C, alors que Vénus, à l’atmosphère chargée en soufre provoquant un violent effet de serre, est à 460°C. Brûlante ! mais, gare, elle sent le soufre.

*2 Malheureux glissement sémantique qui va de libentina à libitina car c’est Perséphone, Proserpine à Rome, qui était la reine en titre des Enfers.

*3 Authentique ! Pierre Métastase (Pietro Trapassi dit Metastasio, 1698-1782), poète et librettiste, notamment pour Pergolèse ou Mozart (La clémence de Titus).

*4 Pinax. Pinakès que les Grecs disposent dans des pinacothèques.

Lire la suite...

12273230275?profile=originalAphrodite Niképhoros de la villa de Thésée,
Nea Paphos, marbre, 2e/3e s. av. J.-C.
(musée de Chypre, Nicosie)

 

      Et là sur cette plage d’Achni qui vit émerger Aphrodite, au Rocher du Grec, les Achéens s’en revinrent de Troie et débarquèrent. La boucle était bouclée.

Ou presque… Permettez encore que je file la métaphore tant la légende est belle.

 

12273229880?profile=originalAphrodite

(marbre du 1er siècle découvert à Soli, musée de Chypre, Nicosie)

Aphrodite la dorée, qui fait naitre l’amour

Et met en émoi la création entière.

Dorée comme un Titien, une certaine morgue aux lèvres.

Son galbe est parfait, mais ne lui dites pas qu’elle est la plus belle hellène, irascible, elle pourrait se méprendre et vous poursuivre de sa vindicte.

 

      A Chypre toujours, un jeune sculpteur pétri de talent, Pygmalion,  se prit à créer une statue qu’il voulut divine. Chaque jour il passait et repassait son ciseau jusqu’à atteindre la forme suprême de l’art, l’art vivant qui fait oublier le geste, qui fait oublier le reste. Tant et si bien qu’il s’éprit de sa création, d’un amour sans retour.

Aphrodite s’en émut. Et la statue ne demeura pas de marbre, ou d’ivoire, ni sans défense.

« De son sein il approche une amoureuse main…  Pygmalion sent des veines tressaillir… Alors, transporté d’allégresse, il rend grâces » à la déesse*1. 

Il appelle l’œuvre de chair Galatée, qu’il étreint aussitôt.  

N’y voyant pas offense,

« La vierge sent ses baisers et rougit, elle ouvre à la lumière un œil craintif, et voit à la fois le ciel et son amant. »

12273230896?profile=originalPygmalion et Galatée, 1819

Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson (1767-1824)

« Elle rougit parfois, parfois baisse la vue ;

Rougit, autant que peut rougir une statue. »,

La Fontaine

(musée du Louvre, Paris)

Là, la voyez-vous frémir ?

Mais je dois à la décence ne pas en dire plus.

Toutefois « quand la lune eut vu neuf fois son croissant se remplir, Paphos naquit », qui donna son nom à la cité qui chaque année célèbre Aphrodite.

      Cypris est d’ailleurs le nom souvent donné à Aphrodite par les Cypriotes.

A Chypre où, comme à Rhodes ou Cythère (Cythérée), elle comptait ses plus fervents adeptes.

Cypris voyant Cypris à Cnide s’écria

Hélas, hélas ! Où Praxitèle m’a-t-il vue nue ?

Epigramme de l’Anthologie grecque

       Consacrés à Aphrodite, les poissons rouges (le cyprin doré) étaient élevés en son honneur à Athènes. Quant aux disciples d’Hippocrate, drôles de carabins, ils ont donné à une sécrétion, manifestation du désir sexuel, le nom de cyprine. J’en rougis comme cuivre, mais tout de même, tout ce que l’on apprend sans jamais oser le demander*2 ! Comme aurait dit Freud, je prends sur moi, « Ҫa laisse sans bras ! » 

 

12273231298?profile=originalCyprin doré dans un bassin du musée archéologique de Rhodes

12273231901?profile=originalVénus en armes

Collection Borghèse

(marbre, IIe siècle, complétée au XVIe ; musée du Louvre, Paris)

 

      Ah, elle en fit tomber des chefs notre Aphrodite Niképhoros, « porteuse de victoires », la Vénus Victrix des Romains ! Car même si d’Arès (Mars) elle accoucha d’Harmonie, je crois que jusqu’à Vercingétorix on en paya le prix, que toujours, n’en déplaise à Brennus, Vénus commande aux choses de la chair que malignement elle mêle à l’esprit.

 12273232486?profile=originalVénus d’Arles

Découverte en 1651 à Arles, copie romaine d’après Praxitèle,

 restaurée par Girardon.

Elle tient la pomme de Pâris, tout en réfléchissant face à sa psyché.

L’entendez-vous fredonner cette lointaine mélopée :

« Au-delà des mers, là-bas sous le ciel clair… mon pays et Pâris

… pour eux toujours mon cœur est ravi… »

(musée du Louvre, Paris)

 

Jules César lui-même, par l’entremise de sa tante Julia, qui eût Anchise comme aïeul, se prétendit parent d’Aphrodite.

Aphrodite, en effet, d’Anchise, jeune et beau berger apparenté à la famille royale de Troie, enfanta Enée*3. Enée, fuyant Troie saccagée par les Grecs, revenu des Enfers, finit par s’installer dans le Latium, devenant l’ancêtre de Romulus et Remus, fondateurs de Rome. Enée, dont descendent les Julii, la gens Julia. C’est ainsi que se bâtissent les empires. Et qu’Aphrodite est au fondement de notre civilisation.

12273234057?profile=originalTous enfants d’Aphrodite !

La Mère de l’eau (Vandmoderen)

Kai Nielsen (1882-1924)

(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)

 

Quelle lignée tout de même que celle de notre Vénus Genetrix !

Une mère figurée dans un drapé moulant et suggestif. Tentatrice, elle nous apostrophe.

M’imagine-t-on en nourrice ? au gynécée…

En effet on ne la voit guère au foyer, vaquant aux tâches ménagères, la marmaille sur les bras. Portant un enfant, c’est pourtant ainsi que se présente l’Aphrodite courotrophe.

Rare et sage image d’une déesse-mère, car ce n’était pas l’instinct maternel qui prédominait chez elle, trop mariolle pour s’encombrer d’une progéniture certes pléthorique. Famille nombreuse, famille heureuse, peut-être, mais seul son petit Eros préféré savait lui procurer toute la félicité.

Bien plus que deux amours, elle avait cependant deux vertus. Celle que l’on prêtait à Aphrodite Apostrophia de faire oublier les amours contrariés. De changer les cœurs et de vous purifier, un don d’Aphrodite Verticordia que l’on invoquait.

« Dis à ta déesse qui tu veux que sa force plie à ton amour. »,

Sappho (ca 630-580 av. J.-C.)

 

12273234270?profile=original Vénus Genitrix

Copie romaine d’après un bronze de Callimaque.

Callimaque était surnommé le catatexitechnos, le « trop minutieux ». 

 Mais comment lui reprocher, et ne pas frémir devant ce drapé « mouillé », être tenté par cette pomme à croquer ?

(marbre de Paros ; musée du Louvre, Paris)

 

Nous suivrons encore la versatile, les poètes ne me contrediront pas, la matière est fertile.

 12273234660?profile=originalAphrodite du type du Capitole

avec Eros monté sur un dauphin.

(copie romaine d’après Praxitèle ; marbre ; musée du Louvre, Paris)

 

Et nous accompagnerons encore, par parenthèses, sa parentèle.

 

12273235485?profile=original Eros (Cupidon)

« Celui qui est touché par l’Amour ne marche jamais dans l’ombre. »,

Platon (ca - 427/- 348)

Attention toutefois au fripon Cupidon car « son jeu est cruel.

Son cœur est méchant mais sa langue est de miel. 

Ne touche pas aux traîtres dons du plus beau des dieux immortels.

Son trait est petit, mais il atteint le ciel. »

(IIe s. ap. J.-C., marbre, musée du Louvre, Paris)

 

12273235071?profile=originalTorse d’Aphrodite du type de la Vénus d’Arles

(Ecole de Praxitèle ; musée archéologique de Rhodes)

 

A suivre…

En attendant, vous aimerez peut-être retrouver ici la première partie de ce billet :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5?xg_source=activity

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Que le poète latin Ovide, à qui l’on doit ces citations, nomme bien sûr Vénus.

*2 Cyprine… En conchyliologie, c’est aussi le nom donné à un coquillage, du genre vénus évidemment ; en minéralogie à une variété cuprifère de vésuvianite (ou idocrase) utilisée comme pierre fine. Quant aux « cheveux de Vénus », ce sont des cristaux aciculaires de dioxyde de titane, une forme de rutile donc, que l’on trouve en inclusions dans le quartz. Cette dernière appellation est aussi donnée, en botanique, à la nigelle de Damas.Sabot de Vénus étant une petite orchidée poussant dans nos Alpes.

*3 Curieuse analogie, Enée, Æneas en latin, signifiant de cuivre (ou d’airain, bronze). Chypre tient également son nom du cuivre natif, cyprium, dont elle détenait de fabuleux gisements, que l’on trouve mentionnés dans des inscriptions mésopotamiennes du IIe millénaire évoquant le cuivre d’Alasia (aujourd’hui Enkomi, ou Tuzla pour les Turcs). Par contre, pas de marbre à Paphos comme sur le reste de l’île, il venait donc de Paros. Et Cypris est un autre nom d’Aphrodite, j’y reviendrai…

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12273226268?profile=originalNaissance de Vénus, 1863
Alexandre Cabanel (1823-1889)
(musée d’Orsay, Paris)

       Au commencement, si l’on en croit la Théogonie d’Hésiode, furent d’abord créés Chaos, Gæa (le Terre) et Eros (l’Amour, force primitive)…

Gæa engendra le Ciel, Ouranos, les montagnes, Ori, et la mer, Pontos.

Puis, avec un sens de la famille qui force le respect, Gæa s’unit à Ouranos et ils donnèrent ainsi naissance aux Titans, aux Cyclopes et aux Géants. Sacrée filiation.

      Ouranos était un dieu fort sourcilleux. Il craignait que ses enfants ne lui ravissent le pouvoir, aussi, afin de contrer leurs noirs desseins, les enferma-t-il dans le ventre de Gæa, devenue son épouse. Elle en prit ombrage et ourdit un plan avec son fils Cronos, le plus jeunes des Titans…

Alors qu’Ouranos gagnait sa couche, toujours prêt à honorer sa moitié, Cronos, s’approchant en tapinois, trancha net les parties viriles de son père dépité.

 

12273226862?profile=originalOuranos dépité, la lippe pendante...

Mais... c'est une fille... bah, appelons-la Aphrodite Ourania

(falaise proche de Pétra to Romiou, Paphos, Chypre)

 

Et le sang*1 s’épandit dans la mer…

 

12273227253?profile=originalVénus anadyomène

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)

(musée Condé, Chantilly)

 

De l’écume (aphros) se forma, d’où surgit Aphrodite Anadyomène (« sortie de la mer »). A Cythère précisément, une île grecque entre la Crète et le Péloponnèse, et, de là, portée par le doux Zéphyre, gagna Chypre, l’île d’Aphrodite.

 

12273226679?profile=originalPétra tou Romiou

« Le souffle du vent d’ouest l’a portée

De l’écume jaillissante et par-dessus la mer profonde

Jusqu’à Chypre, son île, aux rivages frangés de vagues. »,

Homère (VIIIe s. av. J.-C.)

 

Là, exactement, sur la plage d’Achni, à Pétra tou Romiou, le rocher d’Aphrodite, près de Paphos. Elle prit ainsi le nom de Kyprogéneia, « née à Chypre » (il est vrai qu’à Cythère, de mauvais esprits sans doute, la disent Kythéreia, née là-bas !).

« Tous furent émerveillés à la vue de Cythérée

Aux cheveux ceints de violettes. », id.

Dont elle n’avait ni la discrétion ni la pudeur, nous le verrons.

Et l’onde de choc se propagea…

 

12273227471?profile=originalVénus à Paphos (ca 1852)

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)

(musée d’Orsay, Paris)

 

Dire qu’elle était parfaite…

Que la colombe était son emblème.

 

12273227095?profile=originalAphrodite, « radieuse déesse dorée »,

ointe qu’elle fut d’huile immortelle à sa sortie de l’onde par les Charités.

Elle reprend ici le modèle créé par Praxitèle à Cnide,

qui vaut mieux que les vertus aphrodisiaques prêtées à la cantharide.

(marbre, 1er siècle av. J.-C., musée de Chypre, Nicosie)

Blanche comme l’écume, dure comme le marbre, aux proportions idéales, telle le nombre d’or. Un canon vous dis-je, la callipyge. Et ardente avec ça, voire impertinente, l’innocente !

 

12273228088?profile=originalAphrodite callipyge (« aux belles fesses »)

(marbre, début XIXe, d’après l’antique.  

Parc du château de Chantilly.

Original conservé au musée archéologique de Naples)

 

Dessous le nom de Vénus belle-fesse ;
Je ne sais pas à quelle intention ;

Mais c’eût été le temple de la Grèce

Pour qui j’eusse eu le plus de dévotion.

Que jamais l’art abstrait qui sévit maintenant

N’enlève à vos attraits ce volume étonnant.

(La Fontaine, pour les quatre premiers vers, Brassens pour les deux suivants. Nos deux poètes auraient, n’en doutons pas, apprécié ce partage)

 

Qui vous embarque pour ses fêtes galantes.

Laissez-vous donc emporter par ce tourbillon…

      Aphrodite, déesse de l’Amour, préside au bonheur et à la fidélité des couples… Pourtant, de son temps, la déesse de la Volupté, mit plus que de raison le feu au panthéon, multipliant les accrocs, déclenchant les passions.

      Elle se maria à Héphaïstos, maître du feu, patron des forgerons, difforme il est vrai, mais qui ne portait alors de cornes !

 12273227868?profile=originalNaissance de Vénus, 1879

William Bougereau (1825-1905)

(musée d’Orsay, Paris)

 

A Chypre même, elle recueillit Adonis bébé, qu’elle confia à Perséphone, reine des Enfers. Toutes deux s’enamourèrent du bel adolescent qu’il était devenu. Zeus intervint avant que l’orage ne gronde et ne devint tempête. Il demanda à sa fille Calliope, une des Muses inspiratrices des Arts et Lettres, de trancher le différend. La messagère partagea équitablement le temps entre les deux rivales, tout en laissant quatre mois l’an à la guise d’Adonis.

      D’une liaison avec Arès, dieu de la guerre et son propre beau-frère, Aphrodite eut quatre enfants, dont un petit Eros, enfant charmant certes, ailé et joufflu, mais archer maladroit ou facétieux, c’est selon. Et qu’il ne faut pas confondre avec le dieu primitif de l’Amour. Car il pouvait taper sur la mandoline, bambino !

       Ce qui n’empêchait pas Aphrodite d’être toujours éprise d’Adonis qui, pour se distraire, partit à la chasse. Arès, éternel tempérament orageux, de l’éphèbe envieux, se changea en sanglier et chargea mortellement l’impudent imprudent qui saigna abondamment. A tire-d’aile la déesse en détresse « sur son char traîné par des cygnes, s’élance dans les plaines éthérées. », Ovide. Elle « ne touchait pas encore au rivage de Chypre, mais elle reconnait de loin les gémissements d’Adonis mourant. » D’une flaque répandue elle fit éclore l’anémone, d’une goutte naquit l’adonide goutte-de-sang. Une épine au pied piqua la déesse et que croyez-vous qu’il advint ? une rose blanche pour la jolie maman se mua en rose rouge. Si ce n’est pas du charme, je rends les armes!

12273228289?profile=original

Vénus conduite par l’Amour auprès d’Adonis mort

Bertoja (Jacopo Zanguidi, dit ; 1544-1573)

(musée du Louvre, Paris)

Funeste destin et gros chagrin pour notre héroïne après ce coup de boutoir. Elle obtint de Perséphone qu’il revint la moitié de l’année au Royaume des vivants.

 

12273228856?profile=originalVénus et l’Amour

(Ecole française, XVIe s ; musée Condé, Chantilly)

 

De Poséidon (Neptune), qui préside aux profondeurs marines, et sacré « ébranleur de la terre », deux enfants naquirent, dont une fille, Rhodos, dont l’île de Rhodes tient son nom.

De Dionysos, né de la cuisse de Jupiter (Zeus), dieu de l’ivresse et de la transe - enfin elle le prétendit, il était en voyage… mais Adonis passait par là – elle accoucha de Priape, dieu de la fécondité, pas vraiment attirant mais au naturel si érectile…

Tandis que d’Hermès (Mercure), un dieu très leste et remuant, elle aurait eu Hermaphrodite, au caractère ambivalent hérité de ses parents.

      Et lorsqu’elle ne séduisait pas le tout Olympe, elle semait la zizanie dans les couples les plus unis !

Belle d’entre les belles. Les têtes tournaient, la jalousie rongeait les cœurs les plus endurcis…

 

12273228879?profile=originalAphrodite et Eros, dite Vénus Felix

Alors, heureuse ?

Epoque romaine impériale,

d’après l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle

(musée Pio Clemento, Vatican)

 

      Au mariage de Pelée, roi d’Egine, et de Thétis, la splendide Néréide, Eris, la déesse de la discorde ne fut pas de la noce. Lors du repas, elle lança « à la plus belle » une pomme d’or cueillie au jardin des Hespérides. Héra, Athéna, Aphrodite se reconnurent dans l’invective. Chacune voulut donc, à juste titre, gouter à cette golden et la défendre de la convoitise des deux autres.

12273228676?profile=originalLe jugement de Pâris, 1562

Léonard Limosin (ca 1505-1576)

Email de Limoges ; d’après une gravure de Marc-Antoine Raimondi

exécutée d’après un tableau perdu de Raphaël.

(Musée national de la Renaissance, Ecouen)

Pâris, le petit berger, simple mortel, quoique fils de Priam, roi de Troie, à la demande de Zeus, dut trancher le différend. Aphrodite lui promit alors la Belle Hélène et, Pâris ainsi tenté élit Aphrodite évidemment. Pomme de discorde qui déclencha la guerre de Troie… Le ver était dans le fruit.

 

12273227695?profile=originalMars et Vénus

Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588)

Taquin, Cupidon (Eros) badine avec un chien, symbole de fidélité, tandis que Mars (Arès) se désarme devant Vénus (Aphrodite) qui s’amuse d’une girouette. Au moulin elle batifole, au four Vulcain (Héphaïstos) forge sa vengeance.

(musée Condé, Chantilly)

      Couchée dans le foin, le Soleil fut témoin, selon Ovide, « du commerce adultère de Vénus et de Mars » et celui-ci livra « au fils de Junon (Vulcain-Héphaïstos) les infidélités et l’asile qui en est le théâtre. » Alerté, Vulcain les surprend « réunis dans la même couche ]…[ et les enchaîne au milieu de leurs embrasements. » Il fit alors entrer les dieux de l’Olympe ; à la vue de ce spectacle « les Immortels éclatèrent de rire, et cette aventure servit longtemps d’entretien à la céleste cour. »

Vulcain, à la demande expresse de Neptune, libère pourtant les amants de leurs liens. Ce qui ne suffit pas à calmer l’ire de la déesse.

« La déesse de Cythère tire de cette révélation une mémorable vengeance ; elle veut qu’à son tour celui qui a trahi ses mystérieux amours soit trahi dans des amours semblables. Que peuvent, ô fils d’Hypérion (le Soleil, que les Romains assimilèrent à Apollon), ta beauté, ta chaleur, et l’éclat de tes rayons ? » Elle frappe le Soleil d’un désir ardent pour Leucothoé, un feu irréfléchi. N’ayant plus d’yeux que pour cette vierge, il délaisse ses amours passés, Rhodos, Clyméné et Clytie.

Pour la séduire et l’abuser, il prend la forme de sa mère, Eurynome. Clytie, folle de jalousie, dénonce le subterfuge au père, Orchamus. Scandale dans la famille, ce dernier, implacable, fait enterrer sa fille vivante. Le Soleil, n’y pouvant mais, répand sur le corps de Leucothoé un nectar odorant. Et la Nymphe, trempée de l’essence divine, devint encens (boswellia).

Eplorée, Clytie se tourna vers le Soleil, changée en héliotrope (ou en tournesol*2 dans une version courante de la légende). Depuis elle suit éternellement sa course.

 

 

12273229253?profile=original

La métamorphose de Clytie en tournesol

Un… De… Troy… Soleil !

Jean-François de Troy (1679-1752)

(musée Bossuet, Meaux)

 

Honteuse malgré tout des conséquences de son effroyable courroux, Vénus partit se rafraîchir les idées dans sa retraite de Paphos, tandis que Mars battait la campagne en Thrace.

Ah l’Amour !

Et vous, sacrifierez-vous à son culte ?

A suivre…

 

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 De ce sang primordial et de la divine semence naîtront également des Géants et les Erinyes (Furies), dont la charmante Mégère. Quelle engeance !

*2 Le tournesol, ou girasol ou soleil, de nos campagnes aurait été introduit en Europe par les conquistadors au XVIe siècle… alors que l’héliotrope d’Europe était répandu dans tout le bassin méditerranéen. L’héliotrope, ou jaspe sanguin, est aussi une variété de calcédoine verte mouchetée de rouge évoquant des taches de sang. Taches que l’on observera plus aisément en mouillant la pierre et en la tournant vers le soleil avant de la sculpter (« pierre des martyrs ») et de la polir. Tandis qu’en peinture l’héliotrope est une nuance de violet. Le girasol également est une variété d’opale ou de quartz chatoyants qui accrochent les rayons du soleil.

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12273216272?profile=originalFaites entrer les lauréats… (affiche)

      La ville de Paphos, un petit port tranquille de la côte sud-ouest de Chypre, a été choisie comme capitale européenne de la culture 2017 (avec Aarhus au Danemark).
Aussi ai-je décidé tout au long de cette année de vous présenter quelques aspects de la culture chypriote, riche de tant de siècles passés, variée de tant de cultures brassées.
Et comme le thème général retenu « Lier les continents, créer des ponts entre les cultures » me semblait fort à propos pour un site comme le nôtre…
       Dans cette introduction je vais m’attacher à mettre en avant quelques peintres et sculpteurs chypriotes.

12273216872?profile=originalYiota Ioannidou
Sol Alter
(bronze, 2016)

Ouvrons notre horizon…


Avec cette sélection forcément suggestive, et ce à plusieurs titres.
D’abord, seulement huit artistes contemporains ont été retenus par un jury dont je ne faisais évidemment pas partie.
Ensuite par le thème imposé pour cette exposition inaugurant l’année culturelle « Au départ les mythologies. »
Enfin, une seule œuvre par artiste était choisie.
Un choix restreint donc, mais qui a le mérite d’être celui des Chypriotes eux-mêmes.
       Cette exposition montre toute la vigueur de l’art chypriote. Chypre, un pays meurtri certes, toujours envahi, mais qui sans cesse se relève et avance. Chypre creuset de tant de cultures. Chypre d’aujourd’hui et de toujours.
Voici donc les artistes et les œuvres honorés pour commencer la saison culturelle...


Christos Foukaras (né en 1944). Après s’être formé à l’architecture à Nicosie, il poursuit ses études à Moscou, se spécialisant dans l’art décoratif (fresques, mosaïque, peinture murale, vitrail…) avant de s’installer quelque temps à Athènes puis de retourner à Chypre comme professeur d’art plastique, pour enfin pouvoir se consacrer à plein temps à son art.

12273217297?profile=originalLes aïeux
Tradition et modernité. Des demoiselles d’honneur qui ne sont pas sans rappeler les Ménines telles qu’interprétées par Picasso.
(huile sur toile, 1996)

Christos Christou (né à Paphos en 1950). Diplômé des Beaux-Arts de Paris, son cœur maintenant balance entre notre capitale et l’amour de son pays. Il mêle avec bonheur influences byzantine, Renaissance et modernisme.

12273217674?profile=originalLa naissance d’un ange
(acrylique et feuille d’or, 2010)


George Kotsonis (né en 1950). Peintre de la grâce et du bonheur, il a étudié à Londres puis en Chine et à Prague avant de retourner vivre et travailler à Paphos.

12273217890?profile=originalLéda et le cygne
(acrylique, 2014)

Léda, un thème éternel, ici revisité avec élégance et sensualité.


       Léda, épouse du roi de Sparte Tyndare, se baignait toute nue dans le fleuve Eurotas, quand un cygne s’approcha. Tonnerre ! C’était Zeus en personne ainsi métamorphosé qui déjà s’échauffait. Zeus, tout feu, tout flamme, qui faisait flèche de tout bois en ce temps-là, ne tarda pas à s’unir à Léda. Un œuf elle trouva, d’où éclot la Belle Hélène. Et d’un même élan conçut les Dioscures (« fils de Zeus »), les jumeaux Castor et Pollux.

Andras Charalambides (né en 1939). Après s’être orienté vers une carrière sportive dans une école de gymnastique d’Athènes, il bifurque et entre à l’Académie des Beaux-Arts de la ville. Il s’installe à Paphos où il adopte un style abstrait jusqu’à l’invasion turque de 1974. Il complète alors sa formation à Redding en Angleterre avant de retrouver la mythologie grecque et l’art byzantin comme sources d’inspiration et vivre paisiblement le reste de sa vie.

12273218489?profile=originalLe secret de l’Oracle
(acrylique et feuille d’or, 2005)

Andy Hadjiadamos, dit « Adamos » (1936-1960). Peintre, sculpteur, graveur et auteur né à Paphos. Il étudie en Afrique du Sud avant de retrouver son pays fin 1972 pour le quitter pendant les évènements tragiques de 1974. Il revient en 1980 s’installer dans sa ville natale. Si sa sculpture est imprégnée du travail de Henry Moore, sa peinture de l’art brut d’un Dubuffet, on sent ici l’influence prépondérante d’un Gauguin ouvrant ses bras au monde, ou d’un Munch.

12273218673?profile=originalL’homme jaune
Pacifique et rédempteur
Ecoutez son cri contre la Ligne Verte
(peinture sur bois, 1999)

Costas Economou, né en 1925. Il s’est formé à Morfou (aujourd’hui Güzelyurt dans Chypre occupé) puis à Londres avant d’enseigner à Nicosie. C’est un artiste réputé qui privilégie l’aquarelle sans pour cela dédaigner l’huile.

12273219294?profile=originalLe royaume des oiseaux
A la manière de Chagall, un rêve en couleurs.
(huile sur toile, 1999)

Stass Paraskos (1933-2014). Formé à Leeds. Influencé aussi bien par l’art byzantin que par celui d’un Matisse ou d’un Gauguin, qui décidément laissa son empreinte sur les îles.

12273219886?profile=originalPrintemps païen
(huile sur toile, 1968)

A ces sept peintres d’aujourd’hui s’ajoute la présentation d’une sculpture fort symbolique de Kypros Perdios.

12273219481?profile=originalPhoenix, oiseau mythique (albâtre gypseux, 1983)

Né d’un volcan, toujours occupé, humilié, écartelé, brûlé, Chypre à chaque fois renait de ses cendres et se régénère. Même si, comme l’écrivait Albert Camus*, devait revenir « l’heure des martyrs, aussi inlassables que l’oppression, et qui finissent par imposer à un monde indifférent la revendication d’un peuple oublié de tous, sauf de lui-même. »


       Hors les murs, deux œuvres de Yiota Ioannidou récemment installées ont été immédiatement adoptées par la population locale. La première, Sol Alter, accueillie comme étant « La Dame qui veille sur le port de Paphos. » Au pied de la seconde, j’y ai vu des messages de paix et de fraternité déposés par les passants.

12273220658?profile=originalLe petit pêcheur
(bronze, 2016)

Yiota Ioannidou (née en 1971) est une jeune artiste formée à Athènes et habitant Paphos. Un talent multiforme à l’étonnante maturité.

      Puisse cet article vous donner l’envie de découvrir ce pays, et Chypre retrouver, avec cette génération d’artistes, son Âge d’or.
Un des thèmes annexes pour 2017 est « Mythes et religion » (avec « Voyageurs du monde » et « Scènes du futur »), voilà donc un axe que je me propose d’emprunter tout au long de cette année. Nous aurons donc d’autres rendez-vous sur l’île d’Aphrodite…

12273220879?profile=originalA bientôt...

Michel Lansardière (texte et photos)

* Chypre était alors possession britannique. Camus réclama en vain la grâce de Michalis Karaolis dans un article pour L’Express du 6 décembre 1955, « L’enfant grec », qui fut pendu le 10 mai 1956. Il avait 23 ans. Devenue République indépendante en 1960, et malgré son intégration à l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, Chypre reste amputé de 37% de son territoire, comme anglaisé d’une partie vive occupée par les Turcs depuis 1974. Sa capitale, Nicosie, est toujours coupée en deux…

Nota : le journal Beach News de Paphos m’a été bien utile pour la rédaction de plusieurs des courtes biographies données ici.

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12273144870?profile=original

« On pouvait se croire revenu au XVIIIe siècle, sous le règne du grand maharajah Jai Singh II, fondateur de la ville moderne de Jaipur, qui était réputé pour la splendeur de sa cour et la sagesse de son gouvernement. »,
                                                                                                              Guyatri Devi,

                                                                   qui fut la dernière maharani de Jaipur.

     L’observatoire de Jaipur n’est pas le premier bien sûr. J’ai déjà évoqué celui de Tycho Brahé sur l’île de Hven, construit en 1576. Si celui-ci a disparu, il reste la Tour ronde (Rundetårn) Copenhague, conçue en 1642 sous Christian IV. Plus loin dans le temps, Hipparque (ca 190-120 av. J.-C.) choisit l’île de Rhodes pour le sien.

La culture arabe, à l’acmé de son rayonnement, en construit à Damas, à Bagdad, aux IXe-Xe siècles, à Maragha en Perse en 1260, à Samarkand en 1420, la tour Galata à Istanbul, au Caire, à Cordoue, Tolède…

Beaucoup d’étoiles tiennent leurs noms de cette origine, comme Aldébaran, Altaïr, Bételgeuse… Bon, les énumérations al-Sufi*.


« Mais savez-vous ce qui rend Vénus si jolie de loin ?
C’est qu’elle est fort affreuse de près.
On a vu avec les lunettes d’approche que ce n’était qu’un amas de montagnes beaucoup plus hautes que les nôtres, fort pointues et apparemment fort sèches ;
et, par cette disposition, la surface d’une planète est la plus propre qu’il se puisse à renvoyer la lumière avec beaucoup plus d’éclat et de vivacité. »
                                    Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686.

     Pluralité des mondes, voilà un concept qui me plait. Revenons donc à Jaipur. Son observatoire historique n’est pas davantage le plus vieil actif. Le plus ancien observatoire actuel, toujours en activité, est celui de Paris. Il date de 1667.
     Ce n’est pas non plus le seul construit par Jai Singh II. Il entreprit d’abord de bâtir celui de Delhi en 1724, puis déménagea sa capitale d’Amber à Jaipur, avant de faire élever les observatoires de Vârânasî, Ujjain et Mathura. Néanmoins celui de Jaipur est le plus important et le mieux préservé.
     Pour l’heure, nous avons rendez-vous avec Vénus, celle qui apporte la paix des Planètes de Gustav Holst (1874-1934).

Sept planètes pour sept notes, une gamme de couleurs pour sept cycles tonaux (cycles tonanux, c'est redondant, non ?).

Création d'un monde, univers parfait et harmonieux, équilibre de la musique des sphères.

https://artsrtlettres.ning.com/video/holst-venus-from-the-planets-suite

Vénus, l’étoile du Matin, l’étoile du Soir, sera donc notre Berger.


La Tour ronde (1642) à Copenhague
abritait un observatoire astronomique à 35 mètres de haut…

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… et sa rampe hélicoïdale
qui permettait d’y acheminer les instruments astronomiques :

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Mais revenons à notre observatoire de Jaipur, avec le :

Narivalaya yantra :

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Son gnomon pointe vers le pôle, sa circonférence graduée en ghatis (heures) et palas (minutes). Il détermine la position du soleil et donne l’heure locale et l’heure indienne. Ou comment être clair tout en maniant la parabole.

Jai Prakash yantra :


Son invention est due à Jai lui-même. Deux coupes hémisphériques de marbre blanc de 5,5 mètres de diamètre chacune figurent les hémisphères célestes et sont utilisées alternativement d’heure en heure.
      Un anneau métallique est tendu en leurs centres, l’ombre y passant permet de calculer l’azimut, le méridien, la distance du zénith, la déclinaison et la longitude du soleil… Impressionnant, même si je n’y entends rien. Mais assurément un des objets les plus beaux et des plus intrigants, tout de marbre blanc.

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Et d’une beauté lactée. Séléné se baignant dans l’océan intergalactique…

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     Et, au clair de la lune, à Jaipur le soir, il suffit de s’installer dans la conque pour faire ses observations célestes nocturnes. Et chercher fortune.

Brihat Samrat yantra :

     Un cadran solaire géant ! Un triangle rectangle de 44 mètres de base, s’élevant à 27 mètres de haut à 27°. Et deux cadrans de 15 mètres gradués en heures, minutes, secondes donnant l’heure précise à la demi-seconde près ! Pas sûr que votre réveille-matin soit aussi exact. Ni votre montre à quartz aussi performante, puisqu’on obtient aussi la distance au zénith, la déclinaison et la distance des astres de jour comme de nuit. Une autre structure similaire, le Laghu Samrat yantra (décrit dans la seconde partie de cet article), existe sur le site qui permet de déterminer l’heure solaire.
En juin-juillet il permet toujours de prédire si la mousson sera favorable ou non à de bonnes récoltes ou que la disette s’annonce.

12273146694?profile=originalSawai Jai Singh II en grande conversation avec les émissaires portugais,

le père Figueiredo et Xavier de Silva (miniature indienne)


A la même époque, Louis XIV se piquait également d'astronomie, sans toutefois les mêmes compétences que Jai Singh II.

"Le Roi vouloit qu'on choifit quelques astronomes de l'Académie royale des sciences pour aller obferver à Marli en sa présence l'éclipse du Soleil" (1706) 

Aimant cependant à observer la danse des astres autour du Soleil, convoquant les Cassini de père en fils et neveu Maraldi, La Hire ou, plus tard, Lemonnier, sous le règne de Louis XV qui reprit cette même manie.

"Le 24 octobre, j'eus l'honneur de faire voir au Roi et à la cour la Comète",

Maraldi, 1724

"La présence de Sa Majesté qui a désiré voir Vénus plusieurs fois ]...[

n'a pas peu contribué au succès de toutes les déterminations." (1761)

Mais il est temps, je vous laisse au pied de cette fantastique rampe de lancement.

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      Dans mon Objectif Lune, j’ai à coup sûr commis des erreurs et approximations que vous voudrez bien pardonner. Mais, pour reprendre Fontenelle que je ne suis pas tout en le paraphrasant un peu, excusez du peu…


« Je dois avertir ceux qui ]qui auront lu mon billet[, et qui ont quelque connaissance de la physique, que je n’ai point du tout prétendu les instruire mais seulement les divertir en leur présentant d’une manière un peu plus agréable et un peu plus égayée de qu’ils savent déjà plus solidement ; et j’avertis ceux pour qui ces matières sont nouvelles que j’ai cru pouvoir les instruire et les divertir tout ensemble. »


De même, les puristes voudont bien pardonner les traits d'humour :

quand le sujet est aride, je déride.

Mais peut-être cet extraordinaire site inspirera-t-il à un artiste sa Nuit étoilée.


      Van Gogh, passionné d’astronomie, fut sollicité par Camille Flammarion qui devait superviser l’installation du pavillon d’astronomie pour l’Exposition universelle de 1889.

https://artsrtlettres.ning.com/video/van-gogh-et-sa-nuit-toil-e-par-jean-pierre-luminet


« Et dans le nombre des études, il y en aura, j’espère, qui soient des tableaux.
Pour le Ciel étoilé, j’espère bien le peindre
et peut-être serai-je un de ces soirs dans le même champ labouré,
si le ciel est bien étincelant. »


      Henri Dutilleux (1916-2013), à son tour, s’en inspira pour sa symphonie (pas une bourrée) Timbres, espace, mouvement.

https://artsrtlettres.ning.com/video/henri-dutilleux-timbres-espaces-mouvement-ou-la-nuit-toil-e-part

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Détail d’un globe céleste du XVIe siècle.
Travail du Lombard Giovanni Antonio Vanosino de Varèse (1535-1593)

     Quant à Edgard Varèse (1883-1965), c’est à l’Astronomie hermétique de Paracelse (1493-1541 ; de son irrésistible véritable nom Philippus Theophrastus Bombastus van Hohenhein) qu’il se référa pour composer Arcana.

https://artsrtlettres.ning.com/video/edgard-varese-arcana-1926-1927-revised-1960

« Une étoile existe plus que tout le reste.

Celle-ci est l’étoile de l’Apocalypse.

La deuxième est celle de l’ascendant.

La troisième est celle des éléments qui sont quatre.

Outre celles-ci, il y a encore une autre étoile,

l’imagination
qui donne naissance à une nouvelle étoile

et à un nouveau ciel. »

A vous donc !

* Abn al-Rahman al-Sufi, dit parfois Azophi sous nos latitudes, l'astronome persan à qui on doit cette nomenclature et en l'honneur duquel on baptisa, si on permet le mot, un cratère lunaire.

Michel Lansardière (texte et photos)

Si vous souhaitez voir ou revoir la première partie de cet article, une présentation générale du site de Jantar Mantar, cliquez ci-dessous :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jantar-mantar-quand-la-science-se-conjugue-avec-art-1-3

Ou, pour une présentation détaillée des différents instruments astronomiques, vous pouvez retrouver la première partie ici :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/les-instruments-du-maharadja-jantar-mantar-2-3

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Les Muses président aux Arts et aux Lettres. Aussi, chantons Uranie, muse de l’astronomie !

Le compas d’Uranie a mesuré l’espace.

Ô Temps, être inconnu que l’âme seule embrasse,

Invisible torrent des siècles et des jours,

Tandis que ton pouvoir m’entraîne dans la tombe,

J’ose, avant que je n’y tombe,

M’arrêter un moment pour contempler ton cours.

Antoine Léonard Thomas (1732-1785),

Ode sur le temps

 


 

Mais, des divinités hindoues, nous n’oublierons pas d’invoquer Sürya, ce soleil qui brille au firmament.

Commençons toutefois par un portrait de Sawai Jai Singh II (1688-1743), souverain qui veilla à l’édification de l’observatoire de Jaipur en 1727.

     Sawai, « une fois un quart plus grand », est un titre qui fut donné à Jai Singh II par l’empereur moghol, le redouté Aurangzeb, pour sa vaillance. Voilà qui donne de la hauteur.

Jai Singh II monta sur le trône à l’âge de onze ans, à la mort de son père Bishan Singh, le maharaja régnant sur les Kachhawas du Rajasthan.

Enfant doué, il avait acquis de bonnes bases, que fort heureusement il consolida auprès des pandits (savants) dont il avait su s’entourer. Pandit Jagannat Samrat d’abord, polyglotte et omniscient, qui l’aida dans sa recherche des meilleures sources européennes en la matière. Pandit Keval Ramji ensuite pour la rédaction des éphémérides astrologiques, entre autres. Des pères jésuites portugais, comme Manuel de Figueiredo, français, tels Claude Boudier ou le rugueux père Pons, allemands, tel Anton Gabelsberger… lui rendirent visite, voire l’assistèrent.

Alors bien sûr, il s’illustra d’abord dans l’art de la guerre. Il fallait bien asseoir son trône, affirmer sa puissance.

Mais il s’intéressait particulièrement à l’astronomie, science pour laquelle il montrait de réelles dispositions. Il étudia toutes les sources disponibles, de la Syntaxe de Ptolémée, connue dans sa traduction arabe, l’Almageste, aux Principes de Newton ou aux Tables de La Hire, comme celles (Zij) d’Ulugh Beg. L’Inde se trouvant à la confluence de toutes les cultures tout en développant ses propres concepts.

Dans la longue tradition indienne, Jai Singh II s’inscrit à la suite de ses illustres prédécesseurs, Aryabhata (476-550), Varahamihira (505-587), Brahmagupta (598-668) ou Bhaskara II (1114-1185), le précepteur, que bien sûr il étudia. Tous ces brillants mathématiciens et astronomes qui fixèrent le monde du zéro à l’infini, sans pour cela évacuer l’irrationnel.

Son objectif était d’établir des thèmes astraux et d’en déduire les temps les plus favorables aux voyages qu’il devait entreprendre, aux mariages, aux semailles et aux récoltes… on n’est jamais trop prudent.

Plans sur la comète ? Peut-être, mais avec une précision scientifique tout à fait sidérante.

Le ciel ne saurait attendre, examinons quelques-uns de ces étonnants instruments de plus près.

 

Chakras yantras :

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Construits dans un alliage insensible aux variations thermiques, deux cadrans gradués pivotant parallèlement à l’axe terrestre et pointant vers le pôle. On place un tube en leur centre pour connaître la déclinaison d’une planète, son heure de passage au méridien.

La roue (chakra) est associée à Vishnu qui incarne la force de cohésion de l’ordre cosmique, l’attraction vers le centre. Symbole solaire, les chakras sont, dans le yoga, les centres d’énergie.

 

Krantivritta yantra (au 1er plan) :

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Cet instrument sert à mesurer la latitude et la longitude célestes. Il est constitué de deux cadrans mobiles concentriques formant avec leur base un angle de 27°.

 

Laghu Samrat yantra :

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Construit en grès rouge et marbre blanc, ce "petit cadran solaire" sert à mesurer la déclinaison des astres. Ce cadran est flanqué de deux cadrans latéraux, chacun divisé en six heures, elles-mêmes divisées en soixante minutes, chaque minute en trois sections, donnant ainsi l'heure à vingt secondes près.

Cet instrument principal suit une inclinaison de 27°.

Un chiffre, 27, qu’on retrouve régulièrement et je remarque juste en passant que notre soleil, cœur battant du système solaire, tourne sur lui-même avec un période de 27 jours.

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Rashivalayas yantras  :

Un ensemble de douze instruments monumentaux portant chacun un cadran gradué hémisphérique. A chaque signe du zodiaque son cadran. Ils permettent l’observation de la longitude et de la latitude célestes toutes les deux heures depuis le signe du Bélier à 0° jusqu’au Verseau, en suivant une course selon un plan en trèfle. A quatre feuilles, évidemment.

Je vous présente ici deux de ces cadrans dédiés aux rashivavalayas (signes du zodiaque) :

Premier servi, le Lion, 23 juillet-22 août 

 

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Et le Sagittaire, 22 novembre-21 décembre

 

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Yantra Raj : 

 

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Le « roi des instruments », l’instrument du roi. Le favori du maharaja, qui écrivit deux volumes pour en préciser le principe et son usage. Son axe central représente l’étoile polaire. Plus-haut, à 27° exactement, pas à côté, pas n’importe où, se trouve la ligne correspondant à la latitude de Jaipur. La circonférence est divisée en 24 heures. Le cercle intérieur, exactement, juste en dessous, est gradué en 360°… Mon tout permet de calculer la position de plusieurs constellations. C’est sûrement un rêve astronomique, une extraordinaire carte du ciel, un disque doré de plus de deux mètres de diamètre.

 

Si sous le règne de Sawai Jai Singh II, les Lumières se répandirent sur son territoire, à sa mort ses observatoires menacèrent vite ruine. De celui de Mathura il ne reste d’ailleurs rien, ses instruments de cuivre ayant même été vendus au poids du vil métal. Funeste signe des temps !

Vous trouverez une présentation générale dans la première partie de cet article en cliquant ci-dessous :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jantar-mantar-quand-la-science-se-conjugue-avec-art-1-3?xg_source=activity

Ce qui ne nous empêchera pas de poursuivre, instrument par instrument, la visite de Jangar Mantar, restauré une première fois en 1901, aujourd'hui sauvegardé comme Patrimoine mondial de l'UNESCO, dans le troisième et ultime volet de ce billet.

Michel Lansardière (texte et photos)

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Un parc dédié à la sculpture moderne ?

Miro, Brancusi, Dali, Gaudi… ?

Est-ce là, avec ces artistes admirés, où je vous emmène aujourd’hui. ?

Que nenni !

Non… au Rajasthan, avec un maharaja fou d’art et de science au XVIIIe siècle.

Jantar Mantar.

L’Orient et ses mystères, merci Lansardière.

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Jantar Mantar, littéralement « Instrument de calcul », est l’observatoire astronomique de Jaipur.

Loin de moi l’idée de vous faire un cours d’astronomie, je n’en ai ni la compétence ni la vocation. Mais l’envie m’est venue de vous faire part de mes étonnements, de vous faire partager mes émotions artistiques autant que scientifiques.

Au passage quelques informations seront j’imagine bienvenues, aussi essaierai-je d’être précis dans ma relation. Mais, pour l’instant, je me contenterai de considérations générales et de vues d’ensemble.

Cet observatoire, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été conçu par et pour le maharaja Sawai Jai Singh II (1688-1743) et sa première pierre posée, concomitamment avec celle de sa nouvelle capitale de Jaipur, la « ville de Jai », en 1727.

Bien sûr, il y eut avant lui bien des astronomes, et des plus illustres.  Aristarque de Samos (310-230 av. J.-C.) ou Autolycos de Pitane (ca 330 av. J.-C.) et toute une cohorte de savants qui firent croire au « miracle grec ». Ératosthène (ca -284, -192 av. J.-C. ; cf. « Vie Force Santé » https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/vie-force-sant-mes-voeux-pour-2015) qui, depuis Alexandrie, partit circonscrire le tour de la terre. Abn Al-Haytham (965-1039) ou Abd al-Rahman al-Sufi  (903-986) inaugurent l’âge d’or de l’astronomie arabe. Copernic (1473-1543) et sa révolution, Galilée (1564-1642) et sa lunette, Kepler (1571-1630), qui harmonisa à sa manière la musique des sphères, excluant, au passage de la comète, définitivement l’astrologie du champ des sciences. Et tant pis pour le septième ciel, qu’on ne pourrhttps://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/vie-force-sant-mes-voeux-pour-2015ait plus atteindre par l’échelle des vertus, d’autres voies s’ouvraient pour connaître les anges. Newton (1642-1727) persévéra avec sa loi sur la physique de la chute des corps et du mouvement orbital des planètes. Un espace newtonien remis en question par Einstein (1879-1955), qui relativise le continuum espace-temps… Big bang de l’Univers avec Gamov (1904-18968), Friedmann (1888-1925) et Lemaître (1894-1966) ; tandis que le vent l’emporte avec Biermann (1907-1986) et que des moyens spatiaux permettent l’étude in situ du milieu interplanétaire… Longues théories de savants qui ont éclairé le monde de leurs idées révolutionnaires.

Mais je pense surtout ici à Tycho Brahé (1546-1601) et son observatoire d’Uraniborg sur l’île de Hven en mer Baltique. Le château d’Uranie, muse de l’astronomie, dont il ne reste malheureusement rien.

Les civilisations égyptienne, chinoise, babylonienne ont fourni des traces écrites de leurs observations.

« L’Empereur Jaune a fait des observations sur les étoiles et a mis au point un calendrier. Il a établi les Cinq éléments : le métal, le bois, l’eau,  le feu et la terre, et a conclu à leur corrélation…

Ainsi, le peuple a pu jouir de la bénédiction du Ciel et mener une vie prospère. »

Sima Qian,

l’historien de la dynastie des Han de l’Ouest (206 av. J.-C., 25 apr. J.-C.)

Et aussi loin que la mémoire se perde, on peut évoquer la  grotte de Lascaux, ou Stonehenge. Mais aussi extraordinaires soient les théories émises à ces sujets, on reste là dans le domaine de l’hypothèse. Même s’il ne fait aucun doute que l’homme a observé le ciel depuis les temps les plus lointains et que sa communion avec la nature était totale. Le mouvement apparent du soleil donna les premières horloges. Et les phases de la lune, les premiers calendriers. L’observation de tous ces phénomènes célestes donnait lieu à toutes sortes de prédictions.

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 La ligne qui va de l’extrémité ouverte du fer à cheval de pierres jusqu’à l’entrée

marque l’emplacement du soleil levant au solstice d’été

et du soleil couchant au solstice d’hiver…

Stonehenge, de 3000 à 1600 av. J.-C., Wiltshire.

 

J’ai toujours été séduit par la beauté d’un instrument scientifique ancien en laiton, microscope, lunette astronomique, trébuchet, astrolabe… aussi bien que par les observatoires modernes du Pic-du-Midi ou du Mont Palomar. Toujours plus près des étoiles avec Hubble…

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Mais rarement la conjonction entre art et science m’a semblé aussi évidente, aussi séduisante. Comme si la beauté d’une équation me frappait l’œil, telle une évidence. Vous avouerez qu’une telle révélation, à mon âge, relève du prodige.

Et des lignes d’une telle légèreté, d’une telle modernité !

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Dans une subtile alliance de marbre, de grès rouge, de bronze, d’acier et de béton.

 

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Le tout parfaitement fonctionnel et signifiant !

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J’en viendrais presque à penser qu’il y a chez certains de nos artistes contemporains comme un air de forfaiture, une imposture intellectuelle…

Mais ceci est une autre histoire.

Ici chaque instrument nous surprend autant par sa plastique que par sa précision mathématique. Aussi je m'y pencherai dans deux prochains articles qui, après cette vue générale, donneront quelques détails sur les plus importants d'entre eux.

12273135897?profile=originalRashivalayas yantras : instruments solaires des 12 signes du zodiaque.

A bientôt donc...

Michel Lansardière (texte et photos)

Lire la suite...

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« Le corbeau noir d’ébène ]…[ a l’air de se demander

 quelle réponse il devra rapporter à l’arche. »

Bret Harte

 

C’est un endroit qui ressemble au pays Shan, en Birmanie...

Ou ailleurs, quelque part entre le Pays imaginaire de James Matthew Barrie et la jungle de Rudyard Kipling…

C’est un endroit étonnant où nature et sculptures s’imbriquent et s’interrogent. Un petit bout-du-monde à Chessy en bord de Marne. Un rêve debout, un rêve sans fin…

C’est un bestiaire fantastique, un petit jardin d’Eden, loin des courants, loin des marchés de l’art et de la mode, entre champs et bosquets, quelques pavillons coquets et la Marne qui coule là paisiblement.

Des matériaux de récupération, quelques outils et du temps, du temps encore et toujours, pour inscrire dans la pierre calcaire sa conception plastique du monde.

Cette œuvre en devenir et pourtant déjà bien constituée, puisque une quarantaine de sculptures monumentales s’élèvent déjà, est due au sculpteur Jacques Servières.

Au départ, il y avait un aqueduc construit dans les années 1860 pour alimenter Ménilmontant des eaux de la Dhuys. Un pont-aqueduc enjambait la Marne et l’eau-vive courait vers Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale le pont est bombardé. Le site est dès lors abandonné.

Des ruines, des pierres, une friche… inspirent Jacques Servières. L’artiste y voit Angkor, ses voyages d’Orient.

Et c’est d’abord l’art khmer qui guide sa main.

12273130078?profile=original(photo L. M.)

Et puis… et puis l’imagination file, la toile se tisse. Un patchwork d’influences, un entrelacs de formes où la nature domine. La femme et l’homme s’y lovent. Le style s’affirme.

 

12273130296?profile=original(photo L. M.)

 

Alors, bien sûr, on pense aussi  à Joseph-Ferdinand Cheval (1836 - 1924). Le Facteur Cheval et son Palais Idéal, qu’il nommait initialement son Temple de la Nature.

 

« Est-on dans l’Inde, en Orient, en Chine, en Suisse ; on ne sait

car tous les styles de tous les pays et de tous les temps sont confondus et mêlés. »,

J-F Cheval, 1911

On peut aussi y voir l’imagination d’un Charles Billy (1909-1991) et son Jardin de Nous-Deux, de Raymond Isidore (1900-1964) et sa Maison Picassiette. Plus encore, peut-être, l’œuvre de l’abbé Fouré (1839-1910), le tailleur fou qui cisela La légende des rochers de Rothéneuf dans le granit breton des côtes de Saint-Malo.

Outre l’influence cambodgienne initiale, il y a aussi des apports de l’antiquité égyptienne ou de l’art précolombien.

12273131652?profile=original(photo L. M.)

Plus loin, l’Art déco s’insinue. Là un moaï s’élève.

 

12273131495?profile=original(photo L. M.)

 

Entre ces cultures le dialogue s’engage…

 

12273131899?profile=original(photo L. M.)

… et l’artiste pétrit son humanité.

 

12273132477?profile=original(photo L. M.)

 

Et puis Bourdelle (1861-1939) est aussi un « voisin », dont le jardin-musée à lui entièrement dédié est situé à la pointe sud de la Seine-et-Marne.

Plusieurs sculpteurs reconnus, universellement admirés, peuvent également être évoqués.

12273132888?profile=original(photo L. M.)

En premier lieu, le norvégien Gustav Vigeland (1869-1943) et son installation au parc Frogner à Oslo.

 

12273133101?profile=originalGustav Vigeland, Frognerparken, Oslo (photo L. M.)

 

D’autres sculpteurs, comme l’américain d’origine ukrainienne Archipenko (1887-1964) ou le Suisse Tinguely (1925-1991) et son Cyclop installé en Essonne à Milly-la-Forêt, peuvent aussi bien être convoqués. Ou même des architectes, tels Kiesler (1890-1965) et sa maison sans fin, lui aussi Américain d’origine ukrainienne,  ou le Catalan Gaudi (1852-1926) au Parc Güell…

Hors les sentiers battus, plus loin plus proches, un esprit follet peut aussi penser à d’autres singuliers contemporains. Filippo Bentivegna (1888-1967) en son Château enchanté de Sciacca en Sicile. Jean-Marie Pidou, sculpteur Tout est Un du granit limousin, et ses Pierres initiatiques de Saint-Nicolas. René Raoult et son Jardin de Pierre en Bretagne. Jacques Warminski qui anime L’Hélice Terrestre en Anjou…

Sans oublier Picasso et son « Rêve », ou ses « Deux femmes courant sur la plage », voire une « Construction molle avec des haricots bouillis », une vision de Dali.

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Deux femmes courant sur la plage, Torremolinos,

près de Malaga, ville natale de Picasso (photo L. M.)

 

Mais Servières est Servières, Dali is Dali, comme un soleil dans le gris du ciel.

Un sculpteur d’infini, qui, d’un nuage, modèle sa paréidolie.

Vive l’utopie !

Vive le Jardin de sculptures de la Dhuys !

Monsieur Servières merci !

12273133892?profile=original(photo L. M.)

Continuez à porter votre projet que d'aucuns disent fou.

Et à bientôt pour le second volet de notre mini-série…

Michel Lansardière (texte et photos)

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L’arche d’alliance, archétype du trésor disparu, aurait renfermé les Tables de la Loi.

L’arche geneseoas est un triangle parfait symbolisant l’abondance, la fécondité pour les disciples de Pythagore.

 Au XIIe siècle, l’arche était un coffre à secrets d’où dériva le mot arcane au XVe….

 

C’est fabuleux, mais que voilà bien des mystères, même pour les animaux qui, comme nous, s’interrogent.

 

12273128470?profile=original(photo L. M.)


Jacques Servières, notre fabuliste, qui semble posséder la langue des oiseaux, devrait nous éclairer en nous confiant quelques détails de son alchimie. Il nous tint à peu près ce langage dans un entretien accordé le 15 octobre 2015.

Jacques Servières est né en 1954 et rien ne le prédestinait à la sculpture.

C’est un autodidacte, un sculpteur d’instinct, qui a appris à lire dans le roc et qui, au fil des ans et de la pierre, a déjà donné vie, depuis 1986, à près de cinquante œuvres monumentales. Figures hiératiques à l’étrange beauté d’icônes païennes.

     Ceci dit, le dialogue avec la pierre, il connait. Il a d’abord construit sa maison de ses mains, pierre à pierre. Puis un ami tailleur de pierre lui apprit les rudiments du métier en Anjou, terre de pierres s’il en est. C’est là qu’il entre vraiment en résonnance avec la roche. Ensuite, dans son pavillon de banlieue, il s’est mis à créer son univers. Au grand dam des voisins. Il a fallu changer de terrain, se mettre au vert.

Il a largué les amarres, oh pas bien loin, posant là sur la Marne son canoé pour y trouver son île, son jardin d’hiver. Et un beau stock de pierres du pont-aqueduc abandonné.

Malgré son âme nomade, la marne, c’est bien connu, est une terre qui vous colle aux pieds, retenant là ses semelles de vent, même si, pour se ressourcer, il repart de temps en temps.

« Moi, mes souliers ont passé dans les prés,

Moi, mes souliers ont piétiné la lune.

Puis mes souliers ont couché chez les fées

Et fait danser plus d’une… »

Felix Leclerc (1914-1988)

 

Et depuis, printemps, été, automne, hiver… et printemps, il voyage en solitaire, donnant à sa sculpture la forme que lui dicte le calcaire. Car il sait écouter, sans trop s’occuper des courants comme du qu’en-dira-t-on.

 Ce qui n’empêche pas quelque susceptibilité.

« Dans notre société seul le produit intéresse, pas l’homme qui est derrière. 

On prend, on jette, on oublie. »

D’ailleurs, quand la mairie de Chessy, qui pourtant s’enorgueillit de « son » Jardin de sculptures de la Dhuys, organise un évènement comme Sculptures en Fête, elle omet bêtement de l’inviter. Si vous en faites, vous n’êtes pas à la fête.

Une autre anecdote, révélatrice de l’état d’esprit du bonhomme. Lors de la dernière restauration du Pont Neuf, qui s’est terminée début 2007, notre artiste déterminé apprend sur France Culture que des moellons avaient été déposés pour en alléger la structure. Têtu, l’homme est prêt à remuer la terre pour gagner son ciel. Ainsi, après maints coups de fil, il a pu récupérer ce dépôt de blocs calcaires du plus ancien pont de Paris. Marne et Seine réunies. Le bon roi Henri en aurait souri, les amants aussi.

Alors Servières… Surréaliste, nabi, naïf, brut, dada oulipesque ou yop la boum ? Je ne sais. Tout cela est exquis, mais foin d’étiquettes toutes faites, nul n’est prophète. Il est tout juste dépositaire de cet art vierge et vivace pour un bel aujourd’hui, moins bien que demain.

Tout simplement « …des statues

Qui se tiennent bien tranquillement le jour dit-on

Mais moi je sais que la nuit venue

Elles s’en vont danser sur le gazon. »

Charles Trenet (1913-2001)

 

12273128867?profile=original(photo L. M.)

 

Servières qui reprendrait certainement à son compte cette inscription de Cheval…

« Pour les hommes de bien, tous les peuples sont frères.

Notre devise à nous est de les aimer tous. »

 

12273129269?profile=original(photo L. M.)

 

Au jardin de la Dhuys, ouvert librement à tous et à tout vent, on rencontre surtout des randonneurs, des joggers, des enfants. Et le sculpteur qui poursuit son œuvre buissonnière. Jamais aussi libre que lorsqu’il est au bloc.

« Car c’est la récompense

Ô sculpteur gigantesque

D’avoir réalisé ton rêve

Surhumain

Va - sic - tu peux bien graver

Ton nom à chaque fresque

Hier c’était le labeur

C’est la gloire demain. »

De Cheval encore cet envoi, lui qui manquait peut-être de lettres mais ni d’art ni d’esprit.

 

Mais la gloire s’accorde-t-elle avec le travail hors les sentiers battus ?

Van Gogh, citant Thomas Carlyle dans sa correspondance, note :

« Vous connaissez les lucioles qui au Brésil sont si lumineux, que les dames le soir les piquent avec des épingles dans leur chevelure, c’est très beau la gloire, mais voilà, c’est à l’artiste ce que l’épingle de toilette est à ces insectes. »

 

Outre son travail en taille directe, Servières est aussi un dessinateur qui aime livrer ses impressions dans ses carnets.

Ah oui, une dernière chose, monsieur Servières… Continuez à cultiver votre jardin seine-et-marnais.

Les fleurs y poussent bien...

 

12273129694?profile=original(photo L. M.)

 

... les passereaux chantent au rythme de sa massette et prospèrent,

 

12273130085?profile=original(photo L. M.)

 

... la paix niche à Chessy.

 

12273130872?profile=original(photo L. M.)

 

Passants, arrêtez-vous dans ce champ des possibles, ces rondes figures et comptines.

Pierre…

 

12273130899?profile=original(photo L. M.)

Feuilles…

12273131855?profile=original(photo L. M.)

 

 Ciseau…

 

12273132070?profile=original(sculpture en cours d'exécution ; photo L. M.)

Pierre… feuille… ciseaux… ou puits… de la postérité ou de l’oubli...

 

12273132672?profile=original(photo L. M.)

 

Laissons la nature ou les hommes, ou les deux enfin réconciliés, avant que de trancher.

Echappons, en attendant, au poids de l’ennui.

 

12273132883?profile=originalGustav Vigeland (1869-1943 ; photo L. M.)

 

Vous aurez peut-être plaisir à voir ou revoir la première partie de cet article, pour cela cliquez sur https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/le-jardin-extraordinaire-de-jacques-servi-res-1-2

Laissez-vous entraîner dans ce jardin enchanteur et, comme moi, entonnez à tout va :

C'est fou tout ce que l'aqueduc a !

Lansardière Michel (texte et photos)

 

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« Nom d'une pipe, nom d'un balai » est l'une des trois sculptures de Jean MARC que je présenterai sur mon stand le week-end prochain au premier Salon d’Art Contemporain d’Auvergne qui se déroulera à Clermont-Ferrand au parc des Expositions.

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C’est une histoire banale et pourtant si instructive, comme savait les raconter mon père par le fer et par le feu du fond de son atelier de Corde-sur-Ciel (Cordes c’est déjà une légende)...
Nous sommes un jour de foire à Gaillac la jolie petite ville tarnaise.
Dans la petite rue qui descend vers les vieux quartiers de la ville où j’aime tant flâner, une gentille dame balaie le devant de sa porte lorsqu’arrive de la foire l’un de ses voisins qui vient d’acheter le journal  : «  — alors, les nouvelles sont-elles bonnes mon voisin  ?  »
                 «  — Non d’une pipe, vous savez quoi ?  »
... Et la conversation s’engage sur l’actualité de tous les drames et de toutes les nouvelles qu’il tient à la main, dégénérant vite sur tous les commérages du quartier  :
    «  — Et si vous saviez encore ce que je vais vous dire  ?  » Etc., etc.
    «  — Nom d’une pipe, ce n’est pas possible  !  »
... Et notre voisin de renchérir avec un nouveau «  nom d’une pipe  !  » auquel la gentille dame répond ou acquiesce par «  nom d’un balai  » parce que son univers se limite aux horizons de son balai et qu’elle ne peut s’exprimer qu’avec ce qu’elle connaît.
Ainsi en est-il des fables de mon père Jean MARC, le génial sculpteur, peintre, poète et forgeron d’art trop vite oublié après sa disparition.
Cette simple et humoristique fable nous rappelle combien le monde se résume à l’horizon des limites de son propre univers, à quel point l’information de la plus banale à la plus élaborée peut être interprétée différemment selon notre nature, notre culture, notre perception de la vie.  
Les raccourcis faciles deviennent parfois de prodigieuses paraboles dans l’univers de JEAN MARC...

12273126289?profile=originalLe «  voisin  » tel qu’il apparaît façonné par JEAN MARC  : un voisin comme nous en avons tous si ce n’est que nous sommes peut-être nous-même le voisin de quelqu’un...

12273127074?profile=originalQuant à la gentille dame, nous en connaissons tous également qui ont réponse facile aux questions les plus inextricables du monde dans lequel nous vivons... nom d’un balai  !

C’est une vision très parcellaire et limitée de l’œuvre de JEAN MARC que vous aurez sur mon stand au SACA de Clermont-Ferrand dès demain, mais elle vaut la peine d’être découverte, car il est très rare maintenant d’y avoir accès...

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Regards croisés : Carrier-Belleuse et Rodin.

12273051280?profile=originalCarrier-Belleuse : Bacchante, marbre (détail, 1863).

"La peinture et la sculpture peuvent faire mouvoir les personnages."

"L'inclination d'un front, le moindre mouvement de sourcils, la fuite d'un regard révèlent les secrets d'un coeur."

Auguste Rodin.

Injustement oublié, Carrier-Belleuse (1824-1887) fut pourtant adulé sous le Second Empire, lui le Républicain dans l'âme, et la Troisième République.

C'est vrai qu'il fut profondément marqué par les oeuvres de la Renaissance, Michel-Ange ou Jean Goujon (voir le billet sur "La fontaine des Innocents") en tête, et le XVIIIe siècle, Canova (1757-1822) notamment.

Pourtant, s'il s'inscrit dans une longue tradition, il ouvre aussi à la modernité. Touche-à-tout de génie, cet infatigable modeleur fut un novateur, comme nous le verrons, et un formateur (Dalou, Falguière, Rodin l'assistèrent) respecté de ses élèves et praticiens.

12273051491?profile=originalRodin : Carrier-Belleuse, terre cuite patinée, 1882.

Né Albert-Ernest Carrier de Belleuse en 1824 dans une famille désargentée mais gardant un certain entregent, il travaille à 13 ans comme apprenti ciseleur, chez Beauchery, puis entre chez les orfèvres Fannière Frères. Habile au ciseau, il sut aussi activer ses réseaux tout en continuant à apprendre et à travailler. Les frères Arago le guident avec bienveillance (François, le scientifique, soutint aussi Daguerre, contribuant activement au lancement de la photographie en 1839). Il cotoie David d'Angers (Pierre-Jean David, 1788-1856, dit), sculpteur installé, ou les cercles républicains. Il est reçu en 1840 à l'Ecole des Beaux-Arts, la grande porte, mais préfère la "Petite Ecole" (qui devint l'Ecole des arts décoratifs) où il se lie avec Charles Garnier.

Mais son ambition c'est d'exposer au Salon, étape obligée pour réussir dans la carrière. Il y figure dès 1850 et ne cessera, ou presque, d'y exposer jusqu'en 1887.

La même année 1850, il part pour cinq ans en Angleterre comme directeur de la manufacture de céramique de Minton. Puis, à son retour en France, collabore avec des maisons d'art décoratif.

Notre homme est un travailleur, il faut qu'il dessine, cisèle, modèle, qu'il pétrisse, sans oublier sa vie personnelle, avec sa femme Anne-Louise il aura huit enfants.

12273052287?profile=originalCarrier-Belleuse : Entre deux amours, 1867.

Un marbre plus tendre que la porcelaine, exquis comme un biscuit, plus fondant qu'un bronze.

La glaise, le plâtre, le kaolin, le marbre, le bronze, rien ne l'arrête, sculptures, vases ou torchères ne lui font pas peur (l'escalier d'honneur de l'Opéra de Paris, c'est lui).

12273052681?profile=originalCarrier-Belleuse : buste d'Honoré Daumier, terre cuite, 1862.

Carrier-Belleuse perce ici avec une acuité folle la puissance du regard, lucide, féroce parfois, désabusé souvent par les travers la société, et finalement altruiste et doux, de Daumier.

"C'est un satirique, un moqueur,

Mais l'énergie avec laquelle

Il peint le Mal et sa séquelle

Prouve la beauté de son coeur."

Charles Baudelaire.

On n'a trop souvent vu de lui que le caricaturiste, ses portraits-charges sont restés. Mais ce fut aussi un sculpteur et un dessinateur de talent, un peintre de la taille d'un Goya.

"Ce gaillard  a du Michel-Ange sous la peau."

Balzac. On est en bonne compagnie.

Par son traitement, son regard perçant, mobile, ce buste est a rapprocher de la "Jeune fille au chapeau fleuri" (Rose Beuret, 20 ans lorsque Rodin la rencontre en 1864. La même année Rodin débute chez Carrier-Belleuse et nait Camille Claudel), la célèbre terre cuite de Rodin (Rodin qui sut retenir la leçon de Carrier, l'oeil du maître, pour mieux capter le regard de Rose fraîche, modeler la glaise pour faire naître à la vie une jeune fille en fleur à la pupille papillonnante) exécutée certainement en 1865, et de la photographie de Nadar (Gaspard Félix Tournachon, dit) qui présente la même attitude avec cette pose légèrement de côté.

C'est un entrepreneur, il dirige un atelier où travaillent cinquante ouvriers et praticiens. D'une énergie folle, il assiste, supervise, organise avec bienveillance.

C'est un novateur. Il travaille pour les grandes maisons d'orfèvrerie, Froment-Meurice ou Christofle, quel que soit le matériau, noble ou vulgaire, argent ou zinc, oeuvre unique ou création industrielle, édition limitée ou production en série, biscuit ou galvanoplastie, statue monumentale (Hébé endormie, 2,07 m, la déesse de l'éternelle jeunesse qui eut deux fils d'Héraclès, ou Bacchante, 1,80m, dont vous avez le détail) ou théière.

En 1876 il devient Directeur des Travaux d'art de la Manufacture de Sèvres.

12273053072?profile=originalRodin : Diane, marbre, entre 1875 et 1879.

Si avec son carquois et son joli minois Diane, Déesse-Lune, ne vous perce pas c'est que vous êtes vous aussi de marbre !

C'est un formateur. Rodin lui doit beaucoup. Sortis tous deux de la Petite Ecole, ils se sont fâchés, en Belgique (en 1871 Carrier l'appelle à Bruxelles où ils travaillent au décor de la Bourse ; dès 1879 ils collaborent à nouveau à Sèvres), on les a opposés, n'empêche l'un a soutenu l'autre, le second a défendu le premier. Car même si Rodin a dit : "J'ai reçu une éducation du XVIIIe siècle", il reconnait qu'il faut "Aimez dévotement les maîtres qui vous précèdent." Voyez le buste qui rend hommage à celui qu'il respecte ou le vase "Les Eléments" réalisé à quatre mains.

12273053652?profile=originalCarrier-Belleuse et Rodin : Les Eléments.

Manufacture de Sèvres, 1878, porcelaine dure et bronze (détail, le vase mesure 1,15 m !).

Collaboration entre Carrier-Belleuse et Rodin pour la Manufacture de Sèvres, difficile de demêler l'apport de l'un et de l'autre. On peut dire cependant qu'il fut créé sur une forme inventée par Carrier-Belleuse avec un décor "pâte sur pâte" conçu par Rodin.

"Avant tout travail de décor, le vase a été recouvert à l'éponge d'un engobe de pâte blanche. Les sujets ont été dessinés sur cru par enlèvement de l'engobe blanc, au moyen d'un rifloir ]...[ Le fond rose, réapparaissant aux endroits où l'engobe a été gratté, forme les ombres du dessin. Les parties claires ont été accentuées, comme sur les émaux limousins, ou à la manière des dessins en blanc et noir de Prud'hon, par une surcharge de pâte blanche rapportée au pinceau."

Roger Marx, 1907.

Comme cela semble couler de source...

12273054258?profile=originalCarrier-Belleuse et Rodin : Les Eléments, détail de la frise.

En continuateur de Carrier-Belleuse, Rodin poussa la sensualité à son paroxysme en "Dieu Pan faisant frémir ses troupeaux de lignes, il avait l'air d'aspirer l'âme de l'argile ainsi qu'on conquiert un baiser", Antoine Bourdelle. Quitte à se métamorphoser en bélier pour bousculer les conventions. Pan ! Faut bien tuer le père. Et Pan séduit les Ménades de Dionysos.

 

12273054291?profile=originalCarrier-Belleuse : Bacchante (détail), 1863.

Pleine de vie et de sensualité, avec cette prunelle puissante comme un alcool, cette bacchante vous invite à fêter l'automne, ses derniers beaux jours, vous sussure des mots doux d'une voix d'ange, à vous faire danser aux vendanges... une bourrée c'est sûr !

"Cours, Bacchante au pied léger !

Auprès de Dionysos empourpré

Compagnon des Ménades*

A la torche enflammée"

Convenons tout de même que Carrier-Belleuse, le "Clodion du Second Empire" (en référence, et condescendance, à Claude Michel, 1738-1814, dit Clodion aux belles bacchantes et aux satyres) qui fut, avec Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), le sculpteur le plus connu du XIXe siècle valait bien un coup d'oeil.

Mais, chut ! refermons la porte...

Michel Lansardière (texte et photos).

* Ménades, autre nom des Bacchantes.

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