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administrateur théâtres

L'effet Miroir, au théâtre le Public

Spectacles

Un miroir où chacun peut me voir… comme le chantait France Gall

Compte à découvert. On a parfois tendance à croire que les contes pour enfants font du bien. Qu’ils rassurent, qu’ils réparent, qu’ils adoucissent. Au Théâtre Le Public, l’adaptation bruxelloise du texte de Léonore Confino rappelle l’inverse : les fables ont des dents. Elles mordent, elles ouvrent les plaies, elles réveillent les secrets.

Cette pièce fait tout de suite penser à « La psychanalyse des contes de fées », une théorie élaborée par Bruno Bettelheim, avec sa méthode d'interprétation qui voit dans les contes des représentations symboliques des conflits psychiques internes dans le développement humain.

Alors pourquoi l’écrivain à succès Théo ( interprété de façon très touchante par Zeno Fab Fabio ), en panne sèche d’inspiration littéraire, n’aurait-il pas le droit de se livrer à l’écriture d’un « petit conte » sans but commercial, qui l’éclairerait sur lui-même et sur ses proches ?  Envers et contre tous, Il le fait, mu par la magie de son reflet entrevu dans un miroir éloquent, datant du 17e siècle. Il l’a acquis en cachette de sa femme, Irène, certes une wonderwoman, mais qui peine tant à gérer les tristes finances familiales. Une magnifique Stéphanie Van Vyve.  Le déni : avec un entêtement féroce, il interdit catégoriquement à ses proches qui ont eu accès à son écrit, de se projeter dans ce miroir verbal ! Il n’y a pas le moindre symbolisme, clame-t-il, dans ces personnages aquatiques inventés, habitant la mer profonde, cette version aquatique de la forêt intérieure. Mais ce monde sous-marin incarne bien, même à son insu, les trois personnes qui lui sont les plus chères : sa femme, son frère et sa belle-sœur. Et lui-même, bien évidemment.  Bien qu’il s’en défende avec la dernière énergie, des vérités flagrantes émergent de cette histoire de bigorneau perdu, d’oursin bourru, de sirène impériale et de crevette aventurière.  

La force de Léonore Confino est de comprendre que la famille est le premier théâtre des projections. On se voit tous quelque part dans cette galerie : en bigorneau paumé, en sirène hystérique, en oursin anxieux. Ce n’est pas grâce au réalisme, mais grâce au symbole : l’irréel permet le vrai.  Le tout dans une langue faite de jeux de mots tourbillonnants et dans une série de tribulations totalement loufoques.

Le petit bigorneau, orphelin et nu, cherche une coquille comme on cherche un sens. Théo, lui, cherche une œuvre qui le libère de lui-même. Son livre fait mouche : il brise les coquilles sociales, les costumes, les postures, les faux-semblants familiaux. Le conte devient performatif : il modifie la vie de tout le cercle familial.  L’imaginaire marin agit comme révélateur de photo : les identités apparaissent, les blessures se fixent, et la famille se dissout en aveux. Les proches, croient reconnaître des messages dissimulés : chacun lit une attaque, une confession, un bilan conjugal. Rien n’est dit, tout est supposé. Le miroir n’a pas besoin d’être exact pour être efficace : il suffit qu’il réfléchisse. Le conte est un miroir.

Mais bien plus, il y a la notion jungienne par excellence où l’autre est comme le comme réceptacle de nos zones d’ombre. Ce que je projette, je ne peux le reconnaître qu’en autrui. Le conte marin n’est pas une fantaisie zoologique, mais un dispositif projectif où l’on retrouve son propre visage dans un crustacé ou un coquillage. On se souvient de l'histoire du homard de Françoise Dolto! Et vive le carnaval de projections ! Alors les quiproquos féroces s’enchaînent, la violence est palpable, le comique surréaliste. Tout cela est sublimement joué, à fleur de peau, dans une brutalité viscérale. Les répliques cinglantes fusent, la mécanique est redoutable, l’animosité claque. Le repas de famille devient une arène de dévoilement explosif. L’un après l’autre, chaque membre de la famille va déverser ses non-dits, mettre à nu ses angoisses, et dire tout ce qu’il a sur le cœur. Ana Rodriguez et Alexandre Trocki jouent avec feu cet autre couple à la dérive.

 

En dehors des morsures de la vie conjugale de chacun et la perte des illusions, l’accent est mis sur de terribles blessures : le désir et le manque d’enfant de ce couple William et Jeanne, cette tragédie pour tant de jeunes couples, et la révélation par le vieux père au téléphone que Théo n’est pas un fils biologique. Des révélations choquantes qui contrastent avec le style un peu famille Adams. Ce spectacle immensément carnavalesque et formidablement joué est certes très intéressant pour ce qui est de l’effet miroir, mais très dur à regarder pour de vrais couples stériles ou ceux en recherche d’identité.  Or, ceci n’est dit nulle part ! Que laisse-t-on au public lorsque la fiction touche à un manque qui, dans la vraie vie, n’a pas de solution, pas de réparation, pas de morale consolante ? Alors, dans la salle, les rires se coincent parfois au bord des lèvres malgré l’amoncellement de scènes drolatiques. Heureusement, la tendresse prend le dessus après toutes ces péripéties.

 

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Au Public

Création – Salle des Voûtes

L’EFFET MIROIR DE LÉONORE CONFINO

15.01 > 28.02.26

Avec : Ana Rodriguez, Stéphanie Van Vyve, Alexandre Trocki et

Fabio Zenoni

Mise en scène : Isabelle Paternotte

Assistanat à la mise en scène : Hélène Catsaras

Scénographie : Dimitri Shumelinsky

Costumes : Béa Pendesini

Lumière : Laurent Kays

Création son : Antoine Plaisant

Régie : Geoffrey Leeman, Junior Neptune, Vladimir Matagne

Représentations du mardi au samedi à 20h30, sauf les mercredis à 19h00.

Photo © Gaël Maleux

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"Les émotifs anonymes" au théâtre le Public

SPECTACLES

Comédie caramel beurre salé! "Les émotifs anonymes"

Surmonter la timidité paralysante, combattre la solitude, voilà le défi des hyperémotifs. Aux rendez-vous des angoissés, Angélique, chocolatière talentueuse, est morte de trac. Tout lui fait peur, elle s’est inscrite aux émotifs anonymes, un groupe de parole, pour faire fondre son malaise. Jean-René, patron d’une chocolaterie en faillite, a des phobies sociales et voit un psy. Le portier d’hôtel a bien raison « Etre seul, il n’y a rien de pire ! ». C’est le chocolat et son désir qui les conduira aux plaisirs de l’amour salvateur. A un train d’escargots… faut-il le dire, et c’est très bien !


Nos deux émotifs sont animés par la même passion : le chocolat. – ©Frédéric Sablon

Une comédie caramel beurre salé, faite pour les 14 février, fébrile, touchante, captivante. La fable drôle et tendre issue du film éponyme, est de Jean-Pierre Améris et Philippe Blasband, l’auteur de « Tuyauterie », jouée sur la même scène où se distinguait déjà le couple mythique : Charlie (Dupont) et Tania (Garbaski), un duo sur scène et à la ville. Arthur Jugnot signe une mise en scène en proximité, car la salle des voûtes du théâtre le Public, s’y prête merveilleusement. Au bout d’un moment, ce que l’on a failli prendre pour des poubelles sélectives, s’avère être l’intérieur d’un coffret de chocolats, design pralines Marcolini, et se transforme en salle de réunion, table de restaurant, lit double dans une chambre d’hôtel, salon, canapé de psy, hall d’accueil de la chocolaterie qui retombe sur ses pattes !… Et vive le langage des fleurs et du chocolat !

Car malgré leur timidité compulsive, les deux émotifs tombent amoureux l’un de l’autre, ce qui génère nombre de quiproquos, malentendus et situations cocasses. Ils font tout pour se défiler, puis se culpabilisent, jusqu’à ce que les cloches victorieuses de l’église annoncent enfin la marche nuptiale. Les deux protagonistes sont adroitement épaulés de deux comédiens agiles mais parfois un fifrelin envahissants : Ayline Yay et Nicolas Buysse qui interprètent les six autres personnages.


Allons, du courage, chers anonymes fragiles ! « Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint », disait l’admirable Montaigne. Et vous, qu’est-ce qui vous paralyse ?

Dominique-Hélène Lemaire ( pour Arts et Lettres)

LES ÉMOTIFS ANONYMES


07/01 > 22/02/20 1H15 CRÉATION SALLE DES VOÛTES À VOIR EN FAMILLE DÈS 10 ANS au théâtre le Public

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administrateur théâtres

Une mise en scène de Nele Paxinou, et le texte de François Ost (editions Lansman)

Camille

François Ost

Adaptation François Ost, Nele Paxinou
Mise en scène Nele Paxinou
Avec Marie Avril, Virgile Magniette, Bernard Sens
Danseurs Robin Capelle, Juliette Colmant, Caroline Givron

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De quoi ça parle?
 

 Qui ne connaît pas le  destin tragique de Camille Claudel, sœur de l’éminent poète  chrétien et diplomate français Paul Claudel? On se souvient au moins du film Camille Claudel de Bruno Nuytten dans lequel Isabelle Adjani incarnait Camille et Gérard Depardieu Rodin. Le film  fut couronné cinq fois aux César du cinéma 1989 et nommé aux Oscars. Auguste Rodin, impressionné par le caractère innovant et  la solidité de son travail, fait entrer  la jeune Camille, comme praticienne à son atelier de la rue de l'Université en 1885 et c'est ainsi qu'elle collabora à l'exécution des « Portes de l'Enfer » et au monument des « Bourgeois de Calais ». Ayant quitté sa famille pour l'amour de Rodin, elle travaille plusieurs années  à son service, négligeant sa propre création.  Qui de l’élève ou du maître inspire  ou copie l'autre ? L'amour ne distingue pas.  Mais considérée par sa famille comme une dévergondée, elle est rejetée brutalement.  Rodin ne peut se résoudre à quitter Rose Beuret, sa compagne dévouée… pour l’épouser.   La rupture définitive est consommée en 1898.  Camille s’installe alors 19 quai Bourbon et poursuit sa quête artistique dans  la plus grande solitude, malgré l’appui de  quelques critiques. Camille craint à tout moment que Rodin n’envoie des inconnus pour lui dérober ses œuvres. Elle vit  dans une grande détresse physique et morale, ne se nourrissant plus et se méfiant de tous. Son père, son soutien de toujours,  mourra le 3 mars 1913. Pourvue d’une  mère, incapable d’amour vis-à-vis de sa fille  elle  sera internée le 10 mars à Ville-Evrard puis transférée, à cause de la guerre, à Villeneuve-lès-Avignon Elle  y végétera et y mourra trente ans plus tard, le 19 octobre 1943, privée de tout contact avec sa famille et ses amis.  Un destin que l’on  peut comparer à celui de Zelda,  la femme de  Francis Scott Fitzgerald, l’auteur de « Gastby le magnifique » ,une autre femme subissant  l’injuste condition de la femme à la fin du XIXe siècle et le plagiat artistique.  

Et alors?camille-claudel-valse-figurine-sculpture.jpg

L'idée de débuter la pièce par l’internement psychiatrique et la fin de vie de Camille Claudel, permet de  prendre de plein fouet  l’injustice faite à cette femme qui eut le tort de se vouloir, libre, amoureuse et artiste et qui sombrera, privée de tout,  lâchée par tous, dans la déchéance absolue. C’est l’idée de l’auteur, suivie d’ailleurs par la metteuse en scène, Nele Paxinou,  qui a su ressusciter par la puissance de sa théâtralité le conflit des énergies,  et donner aux personnages des contours absolument poignants nimbés dans la poésie et l’humanité propres aux œuvres de Camille! On apprécie particulièrement  la présence très vivante de deux danseurs, un  homme une femme qui,  tout au long de la représentation, soulignent  les dialogues par de  précieuses chorégraphies très bien pensées. Leurs visages restent immuablement neutres mais leurs corps  semblent répéter en  variations  mobiles  toutes les émotions des comédiens.  Les deux figures de sable ou de glaise, dont la nudité semble surgir de la terre, dorée par les jeux de lumière sont là pour évoquer de façon fascinante les émouvantes sculptures de l’artiste et la force de ses créations. La musique est celle d’impressionnistes français, en hommage à Debussy. Il faut  bien cela pour supporter la tension du texte de François Ost,  qui déroule les épisodes de la vie antérieure de la jeune femme, avant son internement infâmant et permet d’exploiter tout le potentiel du rêve artistique de la jeune femme! Face à  l’amant, sculpteur prométhéen, génie du feu, et le frère, poète mystique, génie aérien, elle incarne la fertilité et l’énergie de  la terre .  Tandis que  le texte  célèbre la liberté  de la Chèvre de Monsieur Seguin, celle-ci est victime d’une mort pernicieuse programmée par le génie masculin.

 

Et le casting? 

Irréprochable ! Une rage, « Evidemment, je lui faisais de l’ombre. Mère de son enfant, je n’étais plus la gentille-jolie élève, je devenais Madame Rodin ! La maternité, c’est pour Rose ; les cours particuliers, c’est pour Camille ; chaque chose à sa place, un temps pour tout. Surtout ne pas troubler le confort du Maître ! Ah tu ne veux pas vivre avec moi, et bien ta fille tu ne la verras jamais ! Envolée, délivrée, Galatée ! »  Un génie à l’œuvre « Regarde, la roche devient luisante, elle me sourit. Elle brille comme un miroir. Et elle rend un autre son, sous les coups de ciseau. Ah, Camille Claudel, SCULPTEUR !» Enfin, la fureur de création, tout est magnifiquement emmené et campé par la comédienne Marie Avril, dont la voix, la diction et le timbre sont un délice  pour l’oreille ! Paul Claudel/ Virgile Magniette, le frère  apparaît sans caricature, décapé du lustre dont il se pare, car on ne voit plus que son âme grise. Parfait ! Et Rodin, …est d’une  savante justesse théâtrale.  Bernard Sens

 

Que demander de plus?  

La Note de la metteuse en scène: 
Avec passion, j’ai voué ma vie au théâtre. J’ai fondé en 1980 Les Baladins du Miroir, théâtre itinérant
sous chapiteau, théâtre total mêlant le jeu de l’acteur à la musique et à l’acrobatie. Aujourd’hui, j’ai
atteint mon objectif : partager la culture en faisant découvrir nos grands auteurs (Molière, Shakespeare,
Ghelderode, Cervantès, Voltaire,..etc.) à un très large public. La renommée des Baladins du
Miroir a traversé les frontières et nous avons jusqu’ici touché quelque 700.000 spectateurs.
Lorsque j’ai remis les rênes de la compagnie à Gaspar Leclère, j’ai décidé de prendre un nouveau
départ en créant la société Vitaly Production qui s’est assigné une mission vitale : mettre en valeur
des artistes d’aujourd’hui qui nous interpellent.
Ma rencontre avec François Ost répond à cette attente. Il nous propose dans un très beau texte –
nominé au prix littéraire du Parlement de la Communauté Wallonie Bruxelles 2014 – un nouvel éclairage
sur l’œuvre et le personnage de Camille Claudel.
Femme et sculpteur de génie, elle a réussi à imposer son art dans un monde d’hommes et dans une
société bien-pensante où la femme restait vouée au sexe et à la maternité.
Camille revendique une vie libre. Elle vit une passion amoureuse avec Auguste Rodin. Bientôt bafouée
par son amant et maintenue enfermée ensuite dans un asile par la lâcheté d’un autre homme, son
frère Paul Claudel, elle revendique pleinement une place vouée à la création.
Je voudrais accompagner, faire résonner encore son geste créateur, célébrer sa mémoire, bien audelà
de l’anecdote, en la conduisant là où elle nous attend : le moment précis où LA VIE SURGIT DE
LA PIERRE.


Nele Paxinou

http://www.atjv.be/Camille

L’image contient peut-être : 1 personne, barbe, texte qui dit ’CAMILLE Centre culturel de Nivelles Jeudi 5 mars 2020 à 20h’

  

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administrateur théâtres

« N’oubliez pas l’Art tout de même. Y a pas que la rigolade, y a aussi l’Art ! » C’est  écrit dans le texte  impertinent de Raymond Queneau le Normand, puisqu’il est né au Havre!  Et l’art de la mise en scène  et de l’adaptation est au top, dans ce merveilleux spectacle présenté au Parc pour clôturer la saison. Miriam Youssef signe un véritable feu d’artifice.

Tonique comme Alice au pays des merveilles, Zazie,  la petite donzelle en visite  à Paris, découvre le monde. C’est  un vent de fraîcheur, des couleurs acidulées, la liberté des choix, de l’humour noir à travers des personnages hauts en couleurs et en parodie. Partout  comme des pastilles à sucer, les vues de Paris  telles des points sur les i. Les illustrations sont de Jean Goovaerts  et Sébastien Fernandez.  Avec Miriam Youssef, ils  n’y  sont  pas allés de main morte, chamboulant les modes et les codes, fabriquant avec leur splendide équipe  comme faite sur mesure,  une œuvre théâtrale poétique et percutante autour du personnage délirant et lucide de Zazie, une fille au répertoire épicé, aux réparties souvent ponctuées de « Mon Q »! Du grand art!  

 Jeune provinciale  sortie d’un milieu familial plus que compliqué, la voilà jetée, elle l’espère, dans le ventre de Paris pour une  première  libre exploration du monde,  avec sur les lèvres des questions aussi  étourdissantes que tyranniques.  Fraîchement arrivée, elle hurle sa déception comme un enfant gâtée : le métro est fermé pour cause de grèves. Elle découvre aussi un oncle « gardien de nuit » qui fait le plus souvent la tante: Gabriel à la ville, Gabriella au Mont-de-Piété!  Le radieux Stéphane Fenocchi.  Pleins feux sur la sexualité d’une drôle de famille d’accueil, les questions essentielles de l’enfant obstinée  « déjà formée »  (elle insiste !) …mais pas formatée, dérangent! Même pas peur, elle fugue de nuit et s’élance vers la liberté. These boots are made for walking… Elle ne lâche pas ses bottes jaune citron quand elle quitte  son effarant tutu rouge, pour enfiler  les « bloudjinnzes » de  la liberté! « Tu causes, tu causes et c’est tout ce que tu sais faire ! », claironne Laverdure, le perroquet des tenanciers du bar d’endsous! Quelqu’un doit lui avoir tordu le cou : le squelette dudit perroquet  trône sur l'épaule de Turandot, le tenancier grimmé comme un pirate, secondé par la craquante  Mado P'tits-Pieds, la serveuse... De savoureux personnages brillamment joués par  Luc Van Grunderbeeck et François Regout.

En tout état de cause, c’est avec son langage détonnant  que Zazie  se défend et affirme son identité et sa liberté, toute vulgarité vaincue. Pure magie, Julie Deroisin interprète l’héroïne à la perfection, argot y compris. Elle enchaîne les « Hormosessuel qu’est-ce que c’est?». La jeune effrontée en a vu d’autres, et pas des plus délicates, dans sa campagne  natale… Queneau nous conduit dans un rêve en boucle. « Paris n’est qu’un songe… »  La  réponse de Zazie, rendue furtivement  à sa mère par  la douce Marcelina inopinément transformée en jeune Marcel,   sera énigmatique: « Alors, t’as vu le métro ? Non j’ai vieilli ! » En à peine deux nuits!   En 1959, dans la France d’après-guerre,  Queneau entend dénoncer la stigmatisation sociale de l’homosexualité, la bêtise profonde des français de souche qui conspuent les étrangers, le recours à la culpabilisation, les accusations non fondées des bien-pensants, les manières fortes de la police bleu-blanc-rouge et le pouvoir des apparences. Voilà, sous un jour poétique, le Paris des déshérités libérés des conventions sociales et des lourdeurs mondaines…  

L’éclatante et jeune équipe sous la conduite de  l’infatigable  metteuse en scène  capte les reflets de la société dans une indiscutable verve scénique. Les costumes de Thibaut De Costeret et Charly Kleinermann sont eux aussi  de véritables œuvres d’art réalisées par Elise Abraham et Sarah Duvert. Même compliment pour les maquillages et coiffures d'Urteza Da Fonseca. Le décor, lui aussi, joue aux œuvres d'art:  fait de  pièces cubistes  genre Optical Art en équilibre sur la pointe du cœur, on l'enverrait bien  faire un tour au Musée Vuitton avec ses lignes Mondriaan et ses  éclairages couleurs oiseau des tropiques, ou "Jungle Arc" de l’artiste américain Ray Burggraf. 12273228065?profile=originalDu rêve, quoi !  C'est Geneviève Péria au pinceau, Alain Collet aux lumières.  Vertigineux, ce décor:  il  fourmille de trappes secrètes,  d’escaliers, de rampes dissimulées,  de plans inclinés instables où opère l’inénarrable et vénéneux équilibriste qu’est le Satyre, Pedro-Surplus, Trouscaillon le policier, Bertin Poirée et enfin Aroun Arachide, vrais et faux en série,  admirablement incarnés par John-John Mossoux.

On ne sait si le bus de touristes allemands cherche de la choucroute ou la Sainte-Chapelle. Le métro, même s’il est en grève, sort de terre. Sa grille fermée se tord de rire et laisse échapper ce grand échalas, style poireau sans chapeau, cité plus haut. Personnage énigmatique, magnifiquement interprété par John-John Mossoux qui joue les métamorphoses.  Un individu multiforme, transfuge sans foi ni loi, un œil vissé sur l’Autre, prédateur en diable, qui ne sait même plus à la fin qui il est! Voilà, pour le côté thriller. Et puis il y a une séquence pure poésie et les musiques rêvées d'Isabelle Fontaine...  et une veuve sentimentale, la veuve Mouaque (Pierre Poucet) qui mourra en Gavroche ! La faute à Voltaire, la faute à Rousseau ! 

On adore bien sûr le couple angélique formé par Stéphane Fenocchi et Sébastien Schmit. Et tout autant, la tendre histoire d’amour entre l’ami Charles, le taximane au pittoresque tacot et Mado P’tits pieds, jouée par le duo Jean-François Rossion et  François Regout.

...Voir tant de talents se correspondre et fleurir entre les pavés, et donc, applaudir  à tout rompre, voilà du vrai bonheur et du grand art!    

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/57/44.html

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administrateur théâtres

Image may contain: 1 person, sitting, child, table, shoes and indoorTempête dans un café. Cela se joue dans l’arrière-salle d’un café parisien, dans un décor et des costumes de Lionel Lesire. Imaginez un jukebox et des sofas et table basses faits avec des palettes de récupération. Un grand mur de briques blanches et une fenêtre pour le temps qu’il fait. Elles sont belles, les comédiennes d’ "Un temps de chien", une comédie contemporaine de Brigitte Buc ! Naissance de vies de jeunes femmes ? Joyeux et délirant comme un enterrement de vies de jeunes filles.

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 Avec Sophie DelacolletteCécile Florin and Christel Pedrinelli et Fred NyssenImage may contain: 3 people, people sitting

La mise en scène de ce texte bien rythmé est signée Fabrice Gardin. Dehors : la pluie, la neige, les giboulées. Dedans : le chaos de vies sous pression qui explose sous le regard narquois du garçon de café misogyne mais compatissant (Frédéric Nyssen) qui a eu de nombreux déboires avec les femmes et n’est pas de bonne humeur, aujourd’hui. Big Bang bénéfique, car au fur et à mesure des partages gourmands de ces commensales fortuites et bavardes, le monde se redessine autrement, grâce à l’humour !

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Hélène (Christel Pedrinelli) est la wonderwoman débordée par son boulot haut de gamme et sa famille égocentrique. Un optimisme forcené l’aide à gérer, ou presque. Loulou (Sophie Delacollette) est la jolie bringue, mère célibataire, craquante de charme, travaillant dans un magasin de lingerie. Elle n’aime que son fils, et lui donne tout ce qu’elle-même n’a jamais reçu, étant une enfant de la Ddass, brinqueballée de famille d’accueil en famille d’accueil. Après des tas d’aventures ratées, Gabrielle (Cécile Florin) est seule, méfiante et paumée. Au cours du huis-clos les regards se mesurent, se comprennent ; les cœurs fondent, les rancœurs crépitent et les langues se délient. De chiens de faïence, elles se changent en saint-Bernard et vont se solidariser à vue d’œil, à coups de bonne chère et d’Armagnac. Crises de nerfs, burnout, tout y passe avec des uppercuts bien assénés sur les maux du siècle. Quelle meute ! On fête un non anniversaire délirant, décidément, le meilleur de leur vie. Elles sont hors du temps : elles dansent, elles fument, elles s’éclatent sans la moindre honte ! Elles prennent le bon temps à bras le corps. Le peps et le champagne coulent à flots, le garçon de café est atterré et finit par fuir les lieux, non sans les avoir enfermées par erreur ! Et la fin… justifie les moyens, à vous de juger ! 

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http://www.trg.be/saison-2016-2017/un-temps-de-chien/en-quelques-lignes__7004

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Solitude

Nous nous serions croisés

Autour d'un baiser

Je n'aurais pas vu d'écueil

Dans le bleu de ton œil

Tu aurais senti mon vrai

Malgré mon allure de pauvret

Tu m'aurais ouvert ton cœur

Je m'y serais perdu de bonheur

Tu m'aurais donné ta clef

Je l'aurais bien gardée

Nous aurions vécu à deux

Nous aurions exclu l'adieu

Tu m'aurais offert ton corps

Encore et encore

Je l'aurais pris

Et encore repris

Mêlant toi et moi

Moi et toi

Deux corps qui se nouent

Pour former un nous

Tu m'aurais tout donné

Tu m'aurais abreuvé

Je t'aurai vu

Je t'aurais bu

Je t'aurai savourée

Tu m'aurais emporté

Tu m'aurais absorbé

Je t'aurais tempérée

Ensemble nous aurions respiré

Ensemble nous aurions transpiré

Moi tout autour de toi

Toi dans l'espoir de moi

Toi le corps tendu

Ta joie serait venue

Moi le visage tordu

Je m'y serai perdu

Tu m'aurais pris

Je t'aurais remplie

Nous aurions dit je t'aime

Nous aurions redit je t'aime

Nous aurions fermé les yeux

Dans le bonheur d'être deux

Dans celui d'être un

À chaque matin

Nous aurions soudé corps et âmes

Pour écrire VIE au calame

Nous aurions pu vivre l'éternité

Si tu avais existé.

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administrateur théâtres

LE MEC DE LA TOMBE D'À CÔTÉ (théâtre Le Public)

LE MEC DE LA TOMBE D'À CÔTÉ de Katarina Mazetti


Mise en scène: Michelangelo Marchese / Avec Florence Crick et Guy Theunissen

DU 26/10/10 AU 31/12/10 au théâtre Le Public

Daphné Merlin, Bac+5, se rend régulièrement sur la tombe de son jeune Hugo de mari, un alter ego qui a eu le mauvais goût de mourir sur son vélo, la tête dans un casque où il écoutait des chants d’oiseaux. Bibliothécaire, et citadine en diable, elle vit dans un appartement impeccable, tout blanc, plantes vertes, très tendance, pas une tache. Au cimetière, elle rencontre le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence rustique l'agace souverainement, autant que la stèle orgueilleuse et son abondante vie végétale, digne d’un pépiniériste. La tombe où elle se recueille est nue et sobre, pas même un rosier, car le mec d’avant, amoureux du vide, en avait décidé ainsi, réglant tout dans sa vie, jusqu’à ses obsèques. Depuis le décès de sa mère, Jean-Marie vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il est fort affecté du vide laissé par la mort de sa mère, mais il a de l'humour et de l'autodérision et le rêve inavoué d’un « je t’aime, tu m’aimes, on sème… ». Chaque fois qu'il rencontre « la dame beige », bonnet ridicule fiché sur sa masse vaporeuses de cheveux, il s'énerve contre la 'Crevette' qui occupe le banc au cimetière avec lui, avec son carnet et son incroyable « stylo à plume !» « Est-ce qu’elle compterait les maris qu’elle a enterrés ? » Tout les sépare et pourtant, les monologues intérieurs sont éloquents, chacun éprouve un désir confus. « Un arc-en-ciel a surgit entre nous » dit-il au premier sourire involontaire de la belle. Une histoire d’amour démarre.

Ils vont se raconter tour à tour, se rencontrer, s’aimer, se séparer, se rattraper, se disputer copieusement, vivre une relation charnelle à la Lady Chatterley…. Mais le choc des cultures ! Le tournant ce sera cette phrase des moutons qui tue. Innocemment Jean-Marie lâche : « Il va falloir qu’on les rentre… » Totalement étrangère aux choses de la ferme, la crevette se cabre. Saisie d’une peur panique elle voit en un instant le piège épouvantable d’une vie de paysanne se refermer sur elle, et, devenue chevrette sauvage, elle prend la fuite. Et ce "ON", terrifiant pronom menteur, qui s'emble l'avoir inclue! Pourtant tous deux nourrissent des illusions romantiques…

Le duo Florence Crick et Guy Theunissen joue avec brio, malice et justesse, ces deux personnages un peu manichéens. C'est en fait cela leur problème: aucun lieu de rencontre, si ce n’est le lit de leurs amours et le cimetière de leurs illusions. La volubilité, et les mouvements de poursuite et d’esquives brillent comme des éclairs. Les yeux et les sourires parlent plus que déclarations. Les moments de tendresse sont profonds comme une meule de foin, et sublimes alors qu’ils sont assis sur une tombe. La lucidité de la paysannerie est là : « On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s'arrête. A chaque jour suffit sa peine, je n'aurai qu'à apprendre à faire avec. » La campagne et ses odeurs tenaces, l’immense ferme un peu délaissée, la bibliothèque, le théâtre et la ville sont magnifiquement rendus par la parole et le geste. Dommage que le seul lieu de rencontre ne soit qu’un cimetière, s’ils pouvaient y enterrer leur ego une fois pour toutes, tout irait mieux. « Mieux vaut franchir les minutes une à une, les avaler comme des pilules amères, essayer de ne pas penser à toutes celles qui restent "» Qui fera le pas, et enterrera en même temps la hache de la guerre du couple ?

Daphné insiste cruellement : « Bien sûr que c'est possible de vivre comme ça, être les meilleurs amis du monde, chacun sur son étoile, puis s'amuser ensemble lorsqu'on sent le souffle de la solitude sur la nuque? Bien sûr que c'est possible? » Une attitude triste à pleurer, hélas typique de notre époque postmoderne, où l’engagement est devenu si difficile, où jamais on ne veut lâcher prise et se donner vraiment à l’autre, où «chacun vit sur une autre planète ! » Dans la peur panique du lien.

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=257&source=agenda&year=2010&month=10&day=26

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