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Théâtre (456)

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Une intemporelle Seagull in a Nutshell : « Une mouette » au Théâtre Royal du Parc, dans une dramaturgie contemporaine de « La mouette » de Tchekhov signée Thierry Debroux et une mise en scène de Valériane De Maerteleire.

Clairement, un élixir artistique de la mort qui tue et qui dure à peine 1h30 mais où l’on retrouve tous les ingrédients d’une grande histoire classique : situation initiale, montée du conflit, complications, point culminant, suspense, dénouement…

Irina Nikolaïevna Arkadina, personnage central de La Mouette d’Anton Tchékhov (1896) est une actrice célèbre, inoxydable et narcissique. Elle est en villégiature en Ukraine, chez son frère Sorine, pour l’été. Femme dominatrice, intransigeante et versatile, elle regrette ses jeunes années et domine son entourage, notamment son fils, le jeune dramaturge Constantin Tréplev, dont elle méprise tristement le talent. N’est-elle pas la seule à pouvoir occuper le devant de la scène ? Ce jeune godelureau ne représente d’ailleurs rien à côté de son amant, le séduisant écrivain à succès, Trigorine, joué avec grande allure et prestance par Quentin Minon.

C’est Anoushka Vingtier qui déroule le formidable rôle de figure maternelle et de femme fatale. Toujours brillante dans ses interprétations de grands rôles passionnels, elle est ici une fois de plus remarquable dans sa vérité d’actrice. Très moderne dans son tailleur-pantalon rose vif, casquette et lunettes Ray-Ban elle excelle. Et bouleversante dans ses souffrances.

La mise en scène privilégie un décor dépouillé, question de décalquer à la perfection l’intensité des turbulences émotionnelles de l’histoire : un grand ciel sans nuages, teinté de rose, quelques touffes d’herbe quelques pontons et l’étendue, par devers le public, d’un immense lac couvert de voix d’oiseaux pour engager au mieux l’imaginaire. Jusque-là, pas l’ombre d’une mouette ! Catherine Cosme signe cette scénographie épurée, éclairée par les lumières très parlantes de Xavier Lauwers. La toile sonore de Loïc Magotteaux, épouse les moindres mouvements de l’âme.

Au début de la pièce, le jeune et idéaliste Konstantin, surnommé Costa discute avec son oncle. Finalement le seul philosophe de l’histoire, un frère désabusé, mais pas vraiment amer, joué avec tendresse par l’inimitable Guy Pion. Seul un chien qui aboie… semble le déranger.

Costa prépare fébrilement la présentation de sa pièce dans le petit théâtre improvisé du jardin. Cela se jouera devant sa mère. Ah ! les convulsions presque physiques de la création théâtrale ! Le texte se veut être une révolution poétique qui brisera tous les codes, et qui peut-être augurera de la naissance d’un nouveau monde ? Et pourquoi pas, …brisera le sortilège dans lequel est enfermé sa mère. L’espoir du jeune homme est immense, comme sa jalousie de l’amant. Une prise de ce rôle magnifiquement tourmenté, par Sigfrid Moncada qui occupe la scène de façon spectaculaire.

En Nina, il a trouvé la jeune actrice faite pour son rôle. Elle représente un élan vertigineux vers l’infini : cette mouette ?   La jeune-fille, très surveillée par des parents qui ne voient pas d’un bon œil l’escapade de la jeune-fille dans le domaine voisin, rêve d’évasion ! Les deux jeunes gens deviennent visiblement amoureux. À ce stade, la pièce laisse entrevoir tous les possibles : une belle comédie, avec la reconnaissance maternelle, l’amour partagé, le bonheur ou le drame imminent.

Et voilà, le tempérament slave mélange les pires poisons. Aux yeux d’Arkadina, la pièce est un fiasco et elle l’interrompt. Le fils essuie tout son mépris. Première blessure. Pire, Nina tombe aux pieds de ce Trigorine, le superbe bellâtre. Double et triple blessure. La situation se dégrade rapidement pour Konstantin, en pleine quête d’idéal. Nina se désintéresse de lui, éblouie par le brillant « homme de lettres ». C’est ici qu’apparaît une mouette, cadeau singulier. Symbole de cœur blessé, présage, espoir d’indépendance, essor de liberté, rêve d’absolu, de pureté et d’infini ?

Deux ans se passent, point de répit. Nina a fui vers la ville. Le volcanique Konstantin Tréplev se réfugie dans l’écriture solitaire, entre sautes d’espoir, et temps chaotiques, mais peut-on empailler le bonheur ?

Du désir à la désillusion… il n’y a qu’un pas. Cette pièce incandescente explore le sentiment d’insatisfaction. Un oiseau nommé désir ?  La pièce interroge le sentiment d’insatisfaction et le désir, moteur universel mais aussi source de souffrance. Le ressentiment se révèle plus destructeur que le manque d’amour lui-même. Chaque personnage rêve de son propre envol, de son ascension, de ses moments de gloire et de lumière. Pour planer.  

Finalement, de Nina ou de la mère du poète maudit, laquelle est la plus forte ? Elle a souhaité devenir une actrice célèbre et prospère. Elle a visé Trigorine à cause de son succès, emportant avec elle l’amour de Tréplev. Oui, les mouettes volent et déchirent. A la ville, la voilà qui a sombré dans le malheur le plus atroce. Sommes-nous maintenant en pleine tragi-comédie ?

En tout cas le rôle est endossé à la perfection par la jeune comédienne dont ce sont les débuts sur les planches du Parc. Lili Sorgeloos est tour à tour, ingénue, rayonnante, la proie du désir incontrôlable, la victime blessée de la vie, la diva passionnée… follement amoureuse de son métier d’artiste, femme éprise de manière incoercible d’un homme qui se refuse, tandis qu’envers et contre tout, l’héroïne s’accroche à une vitalité tourbillonnante.

Konstantin et Arkadina forment eux les deux piliers dramatiques, absolument prisonniers de l’objet de leur désir. Et court-on aveuglément vers le drame ? Peuvent-ils supporter les douleurs de l’âme ? L’histoire suit sa construction logique de complication, point culminant, suspense, dénouement. Mais pour ce qui est de la conclusion, Tchékhov, se tait devant le destin. Il laisse planer le doute… Points de suspension.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Une Mouette d’après TCHEKHOV

du 29/01 au 28 février 26 au Parc

Avec:

Quentin Minon, Sigfrid Moncada, Lili Sorgeloos, Guy Pion, Anouchka Vingtier

Mise en scène Valériane De Maerteleire

Photo @Aude Vanlathem

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au Théâtre Le Public : L’Habilleur de Ronald Harwood

 Grandeur et fragilité

 

Il faut du temps pour digérer ce bijou du répertoire britannique que l’on joue en ce moment au Théâtre Le Public : L’Habilleur de Ronald Harwood. Une ode au théâtre, semble-t-il. Alors, une ode en fa mineur, striée de douleur, saturée de désillusion. Car la beauté se débat avec la déchéance, la fidélité bute sur l’ingratitude, le panache flirte avec le renoncement. Oui, « Les chants les-plus-beaux sont les plus… désespérés»

 

Au centre, Sir John, immense comédien shakespearien, se prépare pour la 227e fois à jouer le Roi Lear dans une Angleterre qui tremble sous les bombes. Keep calm and Carry on! À ses côtés, Norman, son habilleur, le soutient, le borde, le porte, le ramasse, le répare comme on veille jalousement sur une figure royale.

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Michel Kacenelenbogen livre ici quelque chose qui dépasse le jeu. Ça tient presque du testament, et cela effraye grandement. Et ce grand corps offert en pâture, et ce « regardez ce que l’art coûte à ceux qui l’ont servi ». Il y a chez lui cette grandeur tragique qui frôle l’obscène, parce que trop vraie. Pathétique acteur qui se défait, qui perd la boule, la mémoire, la dignité. On songe bien sûr à nos vieux aînés, à des proches, à ce mari, cette épouse qui ne reconnaissait plus les siens.

 

Tout cela est brutalement fort loin de ce petit plaisir malin annoncé par notre heureux théâtre Le Public. Ou bien, un avertissement tragique, un constat lucide et glacé de notre monde immensément fracturé et trahi?

 

 

 

 

Face au monstre,  Sir John, Antoine Guillaume offre un Norman bouleversant et révolté dans sa dévotion même. Mémoire supplétive, serviteur fidèle, mais jamais servile, épaule silencieuse, l’homme qui assiste, qui répare, qui cajole, qui s’épuise, déploie des trésors d’intelligence et de patience. Admirable de finesse et de tenue, ce formidable sherpa! Le sang revient dans les veines après l’effroi. La dame de compagnie veille sur le monarque capricieux. Mais, que reçoit-il ? Rien. Pas même la gratitude. Pas même la reconnaissance minimale de l’existence. « Ce sont les plus petits qui éprouvent les plus grandes douleurs» lâche-t-il, révolté devant le désert affectif.

 

Autour du duo principal, une distribution tout aussi engagée : Didier Colfs, Nicole Oliver, Tiphanie Lefrançois, Jérémy Bouly, François Michel van der Rest et Aylin Yay donnent chair aux périphéries du récit, sans lesquelles la mécanique ne tiendrait pas. Et la musique de Pascal Charpentier soulage.

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Mais la mise en scène de Michel Kacelenenbogen et la scénographie de de Renata Gorka de ne cherchent pas à arranger les angles. Ça commence comme un éboulement verbal, un torrent de mots qui dévale une montagne hostile. On est submergé, désorienté, essoufflé. Puis la scénographie, sobre, laisse les ruines bien visibles : le théâtre n’est plus la fabrique du rêve mais une chambre mortuaire. Le cintres habillés de vêtements en sombre arc en ciel pendent, lamentables témoins muets, comme dans un musée glacé et sans vie.

 

Des éclairs chaotiques de King Lear percent la brume et ils font mal. Car si Lear pleure sur sa folie, Sir John se gausse, jusqu’à ce que ça ne rie plus du tout.

 

Malgré le voile d’amertume, c’est du grand théâtre. Les deux acteurs, magnifiques, naviguent entre comédie et drame avec une précision chirurgicale. L’horlogerie des répliques fait mouche. Le reste de la distribution, solide et élégante, maintient le cadre, comme un chœur dispersé et désorienté.

 

En quittant les lieux, pas de jubilation. Pas le clin d’œil complice. On n’a pas bu du champagne mais de la ciguë, jusqu'au bout. Car L’Habilleur est une sorte de petite mort, jouée à nu. Celle aussi de notre société affolée? Une ode au théâtre qui rappelle la folie, la dépendance, l’ingratitude, et la vanité sublime …des planches!

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

L'HABILLEUR

DE RONALD HARWOOD

VERSION FRANÇAISE DE DOMINIQUE HOLLIER

13.01 > 28.02.26

Relâches du 17.02 au 26.02.26

Avec:  Jérémy Bouly, Didier Colfs, Antoine Guillaume, Michel Kacenelenbogen, Tiphanie Lefrancois, Nicole Oliver, François-Michel van der Rest et Aylin Yay Mise en scène de Michel Kacenelenbogen Assistanat à la mise en scène: Barbara Borguet Scénographie: Renata Gorka Costumes: Chandra Vellut

Lumière: Jérôme Dejean avec Candice Hansel

Compositeur musique originale: Pascal Charpentier

Régie: Martin Celis, Raphaël Lemaitre

 

 Photos © Gaël Maleux

Représentations du mardi au samedi à 20h30, sauf les mercredis à 19h00.

Dimanche 25.01 à 17h00.

 

 

 

 

 

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La véritable histoire de Sigmund Freud

Au théâtre Royal de la Comédie Claude Volter : 

…Un héros de laboratoire, entouré de disciples, de femmes remarquables et de conflits magnifiques.

 C'est parti, comme sur des roulettes ! Cinq personnages grandeur nature, pris dans les glaces du temps se voient pris dans un cube miroitant sur le plateau de la Comédie Claude Volter. Encore des miroirs ! Ces révélateurs biologiques et psychiques.  En hauteur, largeur et profondeur, les personnages prennent vie sous la lumière des projecteurs.  Voilà pour le décor prodigieux de Renata Gorka et la substance de la pièce. Ajouter deux comédiens étourdissants : Nicolas Pirson et Hélène Theunissen, qui sautent héroïquement d’un rôle à l’autre, dans une légèreté magistrale. 

 En spectateur assoiffé de découvertes, on a très vite l’impression de participer à un événement unique, vibrant, inoubliable, dont on sent que la gestation a été un travail formidable. Celui de Christine Delmotte-Weber, autrice, metteuse en scène de plus de 50 pièces dans nos différents théâtres bruxellois et réalisatrice belge. Diplômée de l’INSAS, en mise en scène théâtre et réalisation télévision et radio, puis en méthodologie et en psychopédagogie au Conservatoire Royal de Bruxelles, excusez du peu, elle dirige la compagnie Biloxi 48 depuis sa création en 1987. Elle nous a séduit avec des œuvres marquantes telles que Antigone d'Henry Bauchau, Rhinocéros de Ionesco, l’inoubliable Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler ! et l’an dernier : Je voudrais mourir par curiosité, à la Comédie Claude Volter.

La véritable histoire de Sigmund Freud est une fois de plus, un spectacle qui emporte, nous bouscule et nous émerveille, non seulement par l’intelligence de son propos, mais par la magie de son incarnation scénique. Quel exploit : c’est carrément la Pensée qui surgit, qui prend vie, qui explose en émotions dans un rythme presque débridé. Et l’insaisissable subconscient qui virevolte devant nos yeux. La pièce opère comme une fouille archéologique du psychisme humain. C’est captivant.

Inspirée du roman de Susann Heenen-Wolff, la pièce déborde d’audace et de finesse malgré l’absence d’histoire. On assiste à la naissance d’un concept, l’inconscient, dans sa dimension la plus vivante et la plus palpitante. L’énergie du spectacle est communicative, le spectateur est happé par ce laboratoire d’idées où chaque échange, chaque confrontation, fait jaillir des étincelles de réflexion. 

Freud, ici, rayonne d’humanité.  Il apparaît tour à tour pédagogue, père, tyran bienveillant, théoricien prudent, juif viennois inquiet, vieil enfant curieux, humain impuissant devant la maladie qui l’accable. Il apparait moins fondateur que fondu dans l’architecture de ce qu’il invente. On comprend que la psychanalyse n’est pas sortie d’un unique cerveau génial, mais d’un vrai champ de bataille. Entouré de figures hautes en couleur, il apparaît tour à tour mentor, explorateur, questionneur vibrant, sans cesse traversé par le doute et l’audace. Fascinant personnage, riche et attachant. On apprend mille choses… et on achètera le livre à la sortie !  La psychanalyse naît sous nos yeux, d’une constellation d’êtres passionnés, animés par le feu de la découverte.

Peut être une image de une personne ou plus, téléviseur, le Bureau ovale et texte

La mise en scène des conflits se décline en affrontements théoriques, en duels affectifs, en secousses historiques… On ressent la tension, la nécessité du combat pour que l’idée progresse. Le théâtre est un laboratoire où la contradiction est le tremplin de la créativité. À chaque obstacle, une révélation, un éclair, et l’inconscient  surgit, là où personne ne l’attendait.

Mais surtout, quelle jubilation, celle de voir les femmes occuper le devant de la scène, et même incarner d'un bout à l'autre  la voix même du grand Sigmund ! Merci à cette merveilleuse actrice, Hélène Theunissen qui pendant une heure trente anime sans répit, toute une collection de personnages. Et ces femmes :  Lou Andreas-Salomé, Marie Bonaparte, Anna Freud… quel trio de choc ! Des femmes qui n’étaient pas de simples patientes mais de nouvelles théoriciennes. Elles déplacent la théorie vers la sexualité vécue, le corps, l’enfance, le trauma. On sent littéralement la modernité en train de s’inventer.  A mille lieues bien sûr de faire tapisserie, ou d’éplucher des légumes, elles bousculent, interrogent, inventent, déplacent les frontières. Par la force de leur présence et la profondeur de leurs points de vue, elles révèlent la psychanalyse sous un jour neuf, audacieux, absolument passionnant. Le spectacle n’affirme-t-il pas avec panache que le féminin est la condition même de cette aventure intellectuelle ? Elles obligent Freud à se confronter à ce qu’il ne voit pas.  Lou apporte la bisexualité psychique et la poésie du désir, La princesse Marie Bonaparte apporte le corps, l’orgasme, la mesure anatomique, l’expérience vécue, la fille de Freud, Anna apporte l’enfance, le père, le développement, l’homosexualité.

 Autre découverte réjouissante : l’enfance, traitée avec une sensibilité rare dans cette scène où Sándor Ferenczi, éminent psychanalyste hongrois du XXe siècle, introduit la fameuse « confusion des langues ». L’enfant n’est pas un adulte miniature, c’est un sujet qui sent avant de comprendre. C’est Ferenczi qui a élaboré le concept de « traumatisme d’identification », où l’enfant, plongé dans un abîme de confusion et de douleur, s’identifie involontairement à l’agresseur dans une tentative désespérée de comprendre et d’assimiler une expérience traumatisante. L’enfant serait-il le cœur battant de la subjectivité moderne ?

Et que dire de la manière imprévisible mais tellement juste, dont la guerre fait irruption sur scène ! Un court moment sur les “trembleurs de guerre” : la Première Guerre mondiale comme événement psychique fondateur de notre monde actuel. Le surgissement du trauma, tout cela est rendu avec une brûlante intensité.  Et si la psychanalyse était montrée comme une réponse vibrante aux secousses du siècle, un miroir de notre fragilité collective. C’est inattendu, puissant et bouleversant. Et quel sera notre avenir ? 

Ce spectacle hors du commun est incandescent, intelligent, généreux, il devient une expérience, une aventure, une fête de l’esprit et un questionnement.  Une phrase nous hante « L’homme n’est pas maître dans sa propre maison ». Elle résonne comme un manifeste vibrant et profondément humain. La « maison » représente notre psychisme humain. Des forces invisibles, pulsions, désirs refoulés, traumatismes d'enfance dictent souvent nos comportements à notre insu.

C’est donc lesté d’une réelle énergie communicative que l’on quitte La véritable histoire de Sigmund Freud : la tête pleine d’idées, l’envie de creuser le sujet, de débattre, de rêver, de réfléchir. On prend la mesure de ce que la modernité doit à cette invention fulgurante : la subjectivité, l’acceptation de nos contradictions, la beauté de l’inachevé. Et la perception poignante de l’inachevé de notre psychisme en perpétuelle évolution. Au bout du spectacle, c’est La véritable histoire de Sigmund Freud, qui ne nous quitte pas !

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Du 21 janvier au 1er février 2026 , à la Comédie Claude Volter.

LA «VÉRITABLE» HISTOIRE DE SIGMUND FREUD

de SUSANN HEENEN-WOLFF

 

AVEC : HÉLÈNE THEUNISSEN & NICOLAS PIRSON

ADAPTATION THÉÂTRALE ET MISE EN SCÈNE : CHRISTINE DELMOTTE-WEBER

ASSISTANAT GENÉRAL : ANTOINE MOTTE DIT FALISSE

SCÉNOGRAPHIE ET COSTUMES : RENATA GORKA,  ASSISTANT COSTUMES :  CHRISTOPHE MARTELLEUR

CRÉATION LUMIÈRE : JÉRÔME DEJEAN, ASSISTANAT LUMIÈRE : CANDICE HANSEL

MONTAGE PHOTO : JEREMY BRUYNINCKX

CONSTRUCTION DÉCOR :  ATELIER PIRATE

RÉGIE : BRUNO SMIT

ADMINISTRATION : HERVÉ PLASMAN

PHOTOS : LARA HERBINIA

Une production de la Compagnie Biloxi 48, de la Comédie Royale Claude Volter et du Théâtre de la Valette.

 

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...Valmont, for ever Yours!

Spectacles

Les liaisons dangereuses: Encore des Monstres… !

La cruauté, un sport mondain bien avant les réseaux sociaux ! Mais… voici : Une langue exquise !

                   « J’ai souhaité préserver, dans cette adaptation inédite, toute la finesse et la préciosité de la langue. Sa force brute et ciselée. Et surtout la noirceur des personnages et du propos. Ce sont des monstres qui parlent, qui agissent (je parle de Merteuil et Valmont bien sûr). C’est une histoire de panthères qui courent après des biches. Il est question de prédateurs et de proies, qui tourbillonnent dans une savane luxuriante », précise Arnaud Denis, dans sa note d’intention lors de la création de son spectacle Les Liaisons dangereuses…

Une œuvre du 18e siècle, unique au sens fort : c’est la seule œuvre de Choderlos de Laclos, un roman épistolaire qui scintille de perversité et d’élégance de style.

Deux tigres de salon s’affrontent. Ils ont décidé d’un troc charnel machiavélique. C’est ce qui met le roman épistolaire en marche et mène implacablement vers le désastre. La mécanique de précision est huilée à la vanité et à l’arrogance dans ces 175 lettres qui servent de champ de bataille à deux êtres qui ne savent aimer qu’en détruisant.

La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont sont des Libertins, la nouvelle mode, après celle du gentilhomme au 17 e siècle. Tous deux sont solennellement obsédés par l’art de disposer des autres. Le monde est pour eux un échiquier, où l’on enrôle pucelles, bigotes et sots maris dans un cirque de manipulations démoniaques. Tous deux désirent guérir d’un mal incurable : l’amour.

La Marquise, en avance sur son temps, refuse catégoriquement de se soumettre, pire, elle entend « venger son sexe », elle réclame pour la femme une autonomie qui dépasse de loin celle des Précieuses ridicules. Contrôlant tout autour d’elle, elle revendique le droit à la vengeance avec les mêmes armes que celles des hommes, en mieux, en plus chirurgical, en plus efficace. C’est glaçant, mais c’est splendide.

Valmont, est le libertin à la recherche d’un absolu. Il affiche le charme irrésistible du prédateur mondain mais sa quête d’absolu est comme le Graal, elle lui est sans cesse dérobée, par son incapacité viscérale d’aimer.

Dans ces jeux cruels, où l’on confond amour et domination, la jeune Cécile de Volanges, est la victime innocente, jeune fille sacrifiée à la rancœur d’autrui, sans le moindre remords.

Mais parlons aussi de l’accueil chaleureux et admiratif que la salle comble du Wolubilis a réservé aux artistes. On a vu, au terme du drame, le public encore sous le choc applaudir longuement cette splendide représentation dans un élan de forte gratitude et de franche passion.

Il faut savoir que tout au long du drame, dans la salle, on percevait cette tension silencieuse qui naît lorsque le verbe fait mouche, devient arme et que les répliques tombent comme des rafales de couperets. A chacun de savourer à son aise le pur élixir de cruauté irrigué par le texte. La victime est si belle et le crime est si … beau ! Avec cette langue sublime, brillant de mille feux, dont on dit qu’elle est la meilleure et la pire des choses.

Delphine Depardieu en Marquise de Montreuil a profondément impressionné par la façon dont elle laissait tout de même affleurer la fêlure sous la glace brûlante. Et Valentin de Carbonnières, en Valmont, par sa manière d’habiter l’arrogance de façon foudroyante et avec une précision presque voluptueuse. Sa condamnation absolue de l’amour sonne comme une déclaration de guerre sans merci.

La mise en scène admirablement musicale et fluide d’Arnaud Denis relie, respire, nette, lisible, sans jamais être pesante. Elle est pensée au millimètre près avec la valse du sobre du riche mobilier et des décors sur cette immense scène du Wolubilis éclairée à la bougie, tandis que circulent dans l’air, des tonnes d’électricité. Le jeu théâtral des 7 comédiens porte majestueusement cette magnifique langue de Laclos qui voyage entre les scènes jouées sur tous les tons de la séduction, du viol, de la manipulation, de la blessure profonde, et la lecture en voix off, tranquille et puissante des Lettres révélatrices. Celles-ci apparaissent alors comme autant de plages de repos, à savourer les yeux fermés.

Magie du théâtre : les époques se confondraient-elles ? Dans le dernier tableau, on finit même par prendre la lointaine ligne de mille cierges allumés pour un vaste horizon de gratte-ciel d’une ville moderne dans la nuit.

Il est donc rare de voir spectacle qui traite de la séduction avec autant de réussite scénique et de lucidité… et où l’on voit que l’humiliation est le BA de la domination, quand elle est plus prisée que l’amour. Choderlos de Laclos l’avait bien compris.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

ADAPTATION ET MISE EN SCENE Arnaud Denis

AVEC Delphine Depardieu, Valentin de Carbonnières, Salomé Villiers, Michèle André, Jérémie Lutz, Marjorie Dubus, Jean-Benoît Souilh

COLLABORATION ARTISTIQUE Georges Vauraz

DÉCORS Jean-Michel Adam

COSTUMES David Belugou

LUMIERES Denis Koransky

MUSIQUE Bernard Vallery

 

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Spectacles

Je suis retournée voir « Le Dragon » !

Au Théâtre Jean Vilar, Pl. Rabelais 51, Ottignies-Louvain-la-Neuve

Utile. Aujourd’hui, plus que jamais: allez voir LE DRAGON

On rit, on frémit, on reconnaît sans peine les visages contemporains derrière les masques fabuleux, et l’on savoure, avec un léger vertige, les bonheurs paradoxaux de cette immense fable mordante. C’est du conte, mais du conte qui mord.

Une adaptation de Benno Besson. Écrite par Evgueni Schwartz en 1943–44, en pleine terreur stalinienne, la pièce déploie une allégorie d’une limpidité cruelle : un dragon exerce depuis des siècles son despotisme sur une ville. On lui sacrifie annuellement une pucelle, on l’implore, on le sert, on l’excuse. Bref, on s’accommode, voire, on le remercie de ses « bienfaits»!

Jusqu’au jour où un chevalier léger comme une plume et amoureux de toutes les femmes, surgit, décidé à occire le monstre. Marvin Schlick en Lancelot. À ceci près que le héros se meurt. Ou tout comme… La victoire du « vainqueur » se voit usurpée. Le réel, sitôt entrevu, se voit aussitôt « réinterprété » par des autorités qui connaissent fort bien l’art de confisquer la parole …et même la victoire.

Cette féerie satirique, jouée au théâtre du Parc en mai dernier, est sur les planches du Vilar en ce début d’année 2026, une incarnation scénique d’une richesse jubilatoire. Il faut dire que l’air du temps y contribue… On y goûte la justesse incisive du duo Axel De Booseré & Maggy Jacot, à la mise en scène : tout à la fois sulfureuse et poétique, implacable, dépouillée, mythique et indispensable.

La scénographie est d’une simplicité rare. Murailles mouvantes, volumes écrasants, bruitages inquiétants décrivant un univers où l’espace lui-même semble opprimer. On pense à Kafka, à Poe, parfois à Bosch, lorsqu’apparaissent des visions grotesques, hybrides, résolument expressionnistes.

Ce ballet des sons, lumières et voix a tout pour fasciner. Travail d’orfèvre mené par Gérard Maraite, Guillaume Istace et Allan Beurms : nappes sonores terrifiantes, éclairages chirurgicaux, projections infiltrées, contrepoints vocaux… Tout concourt à ce climat d’enchantement sinistre où perle la sueur froide. Merci les baladins, c’est du pur cirque, ce théâtre politique!

Les interprètes – chacun tellement allégorique – se démènent avec une énergie farouche, entraînant le public dans cette incroyable histoire de peur domestiquée et de liberté redoutée. Car tout est là : après huit siècles de tyrannie, la ville préfère son dragon familier à l’incertitude du jour d’après. On sacrifie une vierge ? Certes, mais « il veille sur nous », plaident-ils. C’est le chef-d’œuvre du despotisme : transformer l’oppression en confort. Dans une interprétation magistrale de Fabian Finkels.

Révoltantes et d’une tristesse glaçante, ces multiples scènes de retournement, où les habitants acclament aujourd’hui ce qu’ils dénonçaient hier.

Les parallèles contemporains surgissent, fantômatiques et grinçants. E.Schwartz n’avait pas prévu nos réseaux, nos propagandes insidieuses, notre désinformation systémique, notre réécriture de l’histoire, et l’appétit gargantuesque des milliardaires et des nouveaux impérialistes. Mais toute La mécanique est là, identique.

Les silhouettes féminines, empaquetées en matriochkas-forteresses roulantes et monumentales, figurent à la fois l’obéissance et la transmission de la servitude. Interprétées avec une vérité troublante par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, elles rappellent que le totalitarisme n’est pas seulement un régime : c’est une perversion, un héritage empoisonné, une peur qui se transmet dans toutes les fibres de la société.

Les figures masculines, elles, s’encanaillent dans la caricature grinçante. Le bourgmestre, l’incomparable Othmane Moumen, se tortille s’agite, éructe, et surtout récupère avec un opportunisme olympique le résultat du combat héroïque. Toutes ses postures et ses contorsions grotesques illustrent physiquement sa propre monstruosité et sa répugnante versatilité. Elles symbolisent à la perfection la torsion de la vérité et du réel. Thierry Janssen, caméléon glaçant, endosse le rôle de « fils dévoué », de maître de propagande et de Big Brother projeté sur écran, en virtuose de la manipulation. Encore un monstre. La ville entière est une ménagerie de monstres de lâcheté et d’asservissement, volontaire ou non. Sauf le Chat! Quel bonheur ce Chat, son esprit bondissant, ses yeux qui percent l’obscurité, ces sauts souples et alertes, son amour de la vie … Joué par Julien Besure. Saluons au passage, les multiples rôles de Karen De Paduwa.

E. Schwartz écrit contre tous les dragons:

…qu’ils se nomment Stalinisme, Nazisme ou autres perfides -ismes, ces immondes variantes du rêve totalitaire. Si le merveilleux Lancelot a tué ce terrifiant dragon à trois têtes, combien d’autres hantent toujours cette ville fabuleuse et nos paysages?

Heureusement, le théâtre, parfois, nous fait gagner du courage et rallume les lumières. Ainsi, le « non » final d’Elsa est une vraie bénédiction. Un sursaut d’humanité. Sachez que tout cela s’écrit chaque jour dans Le grand livre du Monde… que Lancelot a découvert dans une lointaine Caverne.

Une lointaine Caverne… Un mythe très ancien... « À cinq années de marche d’ici, dans les montagnes noires, il y a une grande caverne. Et dans cette caverne, il y a un grand livre. Personne n’y touche, mais chaque jour il s’y remplit des pages et des pages. Qui est-ce qui écrit? Le monde entier. Les montagnes et les herbes, les pierres, les arbres, les lacs et les rivières sont témoins de tout ce que font les hommes et tous les crimes, toutes les misères passent de branche en branche, de feuille en feuille, de goutte en goutte, de nuage en nuage, jusqu’à la grotte des montagnes noires, et le livre se remplit. Si ce livre n’existait pas, les arbres se dessècheraient d’horreur et les eaux deviendraient amères.»

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Adaptation : Benno Besson revue par Mireille Bailly – Création et réalisation : Axel De Booseré et Maggy Jacot – Avec Mireille Bailly, Julien Besure, Karen De Paduwa, Fabian Finkels, Thierry Janssen, Othmane Moumen, Marvin Schlick et Elsa Tarlton – Création lumières : Gérard Maraite – Création musicale : Guillaume Istace – Maquillage : Pauline Lescure et Wendy Willems – Coiffure : Michel Dhont – Assistanat à la mise en scène : Julia Kaye – Création vidéo : Alan Beurms – Chorégraphie : Darren Ross – Régie lumière : Viktor Budo – Régie son : Tom Falaschi – Régie plateau : Johane Escude et José Bonga – Habilleuse : Tatania Strobbe

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administrateur théâtres

Prolongations... Coucou C'est la guerre!

Spectacles

Coucou, c’est la guerre ! Un titre qui fait frissonner…

Début du XX, quand la Belgique se raconte en chansons, en farce… et en vérité. Ce sera la Der de der ? L’Histoire belge vibrante, humaine, intensément vivante, vous saute aux yeux et aux oreilles dans ce Belgo-Belgian Musical, fort dépouillé, certes, mais percutant et aussi déjanté que sérieusement émouvant.

C’était au temps de …  Notre reine Elisabeth I, infirmière dans les tranchées et dans les hôpitaux.  Sur scène, une page de plus en plus méconnue de notre mémoire collective se déploie sous nos yeux. La Belgique y est au premier plan, avec ses travers, ses contradictions, ses silences, ses héroïsmes oubliés. Au cœur du récit, Édith Cavell, infirmière d’origine anglaise, courageuse héroïne de la Première Guerre mondiale, figure lumineuse, dont le nom résonne encore aujourd’hui à travers une clinique prestigieuse de notre ville. Un lieu de naissance pour combien d’entre nous ?  En révélant le dessous des cartes, l’Histoire se fait chair, rire, colère et poésie. Avec la contribution passionnée de quatre artistes et un musicien. Tous projetant une énergie folle qui passe même par Johnny Hallyday, Hamilton, Téléphone ou Queen. Même Le Titanic est de la partie. Aux commandes : Thibault Nève.

Coucou, c’est la guerre prend la forme d’un road movie scénique, muet bien sûr mais où le piano a cédé la place à de formidables percussions. Tout passe par le corps, le chant, le regard, le rythme. Les interprètes sautent d’un rôle à l’autre avec une virtuosité réjouissante, convoquant au passage des personnages relégués aux marges de la grande Histoire, mais qui existent encore toujours.  Le moteur du spectacle ? L’engagement total des comédiens, porté par ces percussions extraordinaires qui enguirlandent la scène et propulsent le récit dans une course effrénée.  Et de naîfs accessoires qui sculptent la poésie du spectacle. Sans compter un clin d’œil à l’épopée des ballons dirigeables, entre innovation et catastrophe… Toute une époque. Aussi la nôtre ?

On rit. Beaucoup.

On est saisi. Souvent.

Et parfois, sans prévenir, l’émotion nous attrape à la gorge.

Dans l’esprit frondeur de Tijl Uilenspiegel, version wallonne, le spectacle ose la satire intelligente, celle qui fait éclore la réflexion au cœur même de la farce. Comme au temps du Canard enchaîné, les coups de griffe sont impertinents, précis, jamais gratuits. On rit tout en ressentant, au fond de l’âme, la justesse et la pertinence du propos.

Le quatuor vocal et théâtral se démène avec une assurance remarquable. Les voix sont solides, expressives, habitées. Le jeu est précis, généreux, toujours au service de cette histoire héroïque racontée sans fard et épicé d’une certaine dose de sagesse. La victoire, en chantant ?

Le regard, lui aussi, est pleinement sollicité. Les images projetées, en diapo ou en vidéo, sont choisies avec un soin évident. Un véritable festival de couleurs remplace le sépia attendu. Des réminiscences de grands maîtres de la peinture surgissent çà et là… de façon inopinée.  Le spectateur partage alors son attention entre la qualité vocale des interprètes et la rêverie provoquée par ce livre d’images mouvant, aussi beau que stimulant.

Pensé pour les fêtes de fin d’année, Coucou, c’est la guerre réussit un pari audacieux : être festif sans être superficiel, drôle sans être léger, engagé sans jamais être pesant. Un spectacle qui repense le monde en chantant, qui fait dialoguer mémoire collective et plaisir du jeu, et qui rappelle que l’Histoire, lorsqu’elle est racontée avec intelligence et cœur, peut encore nous surprendre.

 À voir, entendre, et ressentir, au Martin’s Hotel à Genval. Parce que rire ensemble de notre passé, c’est aussi une manière très actuelle d’appréhender notre présent.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Comédiens : Julie Lenain, Thibault Packeu, Stéphane Pirard, Aurianne Servais et Louis Preudhomme
Écriture : Céline Scoyer, Thibault Packeu, Stephane Pirard et Louis Preudhomme
Mise en scène : Thibaut Nève et Isabelle Defossé
Dramaturgie : Thibault Nève et Thibault Packeu
Conseillère historique : Nathalie Stalmans
Scénographie et costumes : Sophie Hazebrouck
Création sonore : Guillaume Lion
Création lumière : Martin Delval
Une production de :  » Il est temps d’en rire!  »

 

Face au succès, des dates supplémentaires ont été ajoutées du 21 au 27 février 2026,  juste à temps pour les vacances scolaires de Carnaval.

 

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administrateur théâtres

Chez Claude Volter en décembre, J'y suis, j'y reste

Monts et merveilles d’une jolie pièce de vaudeville née en 1950.

      ...Dans un château du Périgord, règne la très despotique comtesse Appoline de Mont-Vermeil. Une merveilleuse Danielle Fire l’incarne. La Dame tient tout son beau monde dans le creux de sa main. Tout ploie devant elle : son neveu vétérinaire, Hubert le mal marié (Arnaud Van Parys) ; Gisèle (Ambre Grimmiaux), la jeune demoiselle de compagnie pas très futée ; Lucie (par l’excellente Margaux Frichet), la jolie et impertinente soubrette mais à la cervelle d’oiseau. Elle est amoureuse de Patrice, un très fourbe majordome, qui a trouvé un moyen d’extorquer régulièrement à la comtesse des revenus supplémentaires. Brillamment joué par Bernard d’Oultremont. Cet escroc tout sucre, tout miel a en effet réussi à attirer sa patronne fantasque dans le monde des courses hippiques, et par un savant montage, à encaisser à son compte, de plantureux paris, via un bookmaker imaginaire.

      Ce joli monde ronronne paisiblement quand arrive à l’impromptu Antoinette (ah ! voici Stéphanie Moriau) très vite flanquée de son barman – Jules – (un sensationnel Xavier Percy aux allures …de Peaky Blinders, version parisienne). On rit tellement ils détonnent dans ce ravissant cadre aristocratique. Restauratrice dans un joyeux troquet des Halles, la titi de Paris, dite « Nénette », use d’un vocabulaire et d’intonations dignes de Zazie dans le métro. C’est désopilant à souhait. Or, projetant d’épouser son Jules, elle a appris avec stupéfaction qu’elle serait déjà mariée, avec un certain baron Hubert de Mont-Vermeil. Tout s’éclaire, elle se souvient que dix ans plus tôt, on lui avait volé son sac avec ses papiers et que donc son identité a dû lui être subtilisée par une intrigante pressée pour se faire épouser par le naïf baron (et puis de filer avec le coffre-fort) ! C’est ainsi que la jeune femme débarque au château pour pouvoir divorcer de cet encombrant premier mari.

      Mais « …pas question de divorcer chez les Mont-Vermeil » dixit l’inénarrable comtesse. Et ce jour-là, moins que jamais, car on attend la visite du cardinal de Tramone afin de le prier d’accélérer une nomination à Rome d’un cadet de la famille … 

      L’arrivée en scène franchement jubilatoire de Michel de Warzée en cardinal est le nœud de cette histoire très bien charpentée. Il donne d’ailleurs toute son envergure à l’ouvrage. Quiproquos et cachotteries s’emmêlent. Et le public de se tenir les côtes et glousser de bonheur.

      Ladite « Nénette » a juré évidemment ne pas quitter le château avant d’avoir obtenu gain de cause, et s’écrie : « J’y suis, j’y reste ! ». Voilà pour le titre de la pièce. Une phrase, plus que royale, qui fête de maintenant ses 75 ans d’existence, et vous fera rire toute la soirée, dans ses diverses interprétations. Les auteurs, Raymond Vincy et Jean Valmy, oubliés de nos jours, avaient tout de même sacrément du rythme et de la verve ô combien savoureuse ! Une langue qui convient à merveille au style un peu Vieille France de la Comédie Claude Volter, avec des artistes qui ont le don de vous mettre le cœur en fête ! Et comme ce sont les fêtes, c’est l’occasion, non?

      Stéphanie Moriau incarne cette Antoinette effrontée, usant tour à tour du franc parler des Halles et maniant avec humour les mièvreries alambiquées de la langue de la « haute » lorsqu’elle se met à interpréter le personnage en cure en Suisse, censé être cette première épouse du dénommé Hubert. Très beaux jeux de changements d’identité ! Et quel formidable pique-nique avec le très débonnaire ecclésiastique ! Cette comédie de mœurs étincelante, follement hilarante, qui fait exploser les clivages sociaux, a vraiment tout pour plaire. La pièce a aussi fait les grands jours de l’émission télévisée renommée « Au théâtre ce soir » sur les chaînes françaises in illo tempore.  Des spectacles, on s’en souvient, dans les années 60 et 80, toujours absolument … gondolants ! Question décors, ils sont magnifiques et signés Francesco Deleo. De toute beauté ! Comme la pièce.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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MISE EN SCÈNE / Michel de Warzée

ASSISTANTE / Ambre Grimmiaux

DÉCORS /Francesco Deleo

COSTUMES / Danielle Fire et Stéphanie Moriau

CRÉATION LUMIÈRE ET RÉGIE / Bruno Smit

REMERCIEMENTS / Le Theâtre Royal des Galeries

Anne Marien, Huguette Van Hamme, Yves Piette

Conception du programme Jean Claude Seynave

 

 

 

 

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administrateur théâtres

Fantôme au théâtre du Parc ? OUI!

Il est des soirs où le théâtre se fait sortilège et vous ne pourrez qu’être carrément « chamboulés ». Coups de tonnerre, le rideau se lève sur une musique inquiétante, dirigée par un maître de musique presque invisible, dont on aperçoit néanmoins la gestique, juché là-haut, au sommet du théâtre.  La scène baigne « dans un halo de fumée », et déjà la voix s’élève, mystérieuse, profonde, aérienne, frémissante : Christine, Christine… chante pour moi !

Le Théâtre Royal du Parc bruisse d’attente, et la légende du célèbre Palais Garnier à Paris s’éveille sous nos yeux pour constituer une fresque humaine somptueuse, autour de cette seule loge numéro 5.  C’est d’ailleurs avec une réelle économie de personnages que la fastueuse Belle Epoque reprend vie. Une histoire qui se déroule en 1881, alors que des événements tragiques hantent l’opéra avec l’effondrement du grand lustre et la mort d’un machiniste. 

Romancée par Gaston Leroux en 1910, l’histoire évoque un personnage mystérieux connu sous le nom de Fantôme qui hante l’Opéra Garnier, mêlant horreur, obsession et passion amoureuse avec toute sa jalousie destructrice. Elle se concentre sur la vie de Christine Daaé, une jeune soprano orpheline talentueuse et deux hommes captivés par elle : le Fantôme de l’opéra, cette présence inquiétante cachée sous un masque dissimulant un visage ravagé par des brûlures et le jeune et fier aristocrate Raoul de Chagny poursuivant désespérément son amour d’enfance. Un pétulant Jérémy Vliegen. Voilà pour le triangle passionnel mené avec feu par l’immense Cyril Collet, en fantôme omniprésent.

La scénographie de Saïd Abitartour à tour baroque et mouvante, révèle les profondeurs secrètes des coulisses de l’Opéra Garnier, lieu de splendeur et de damnation. Avec une loge n° 5 chaque fois plus… parlante !   Avec des costumes créés par Anne Guilleret  qui épousent à merveille toute la dynamique des personnages.

L’écriture captivante de Thierry Debroux et la mise en scène frémissante de Daphné D’Heur créent un Fantôme de l’Opéra terriblement humain, à la fois classique et contemporain, totalement bouleversant dans sa quête d’identité. Revenons à la source : « Sous ce masque, il y a un visage et derrière ce visage, un cœur. » Un cœur torturé par la passion, dans ce qu’elle a de plus sublime et de plus dévastateur.  Le cœur d’un personnage enfermé dans la solitude, abandonné depuis l’enfance, sevré de toute relation d’amour. Alors, La Musique… est cette fée invisible qui panse les douleurs les plus profondes et vient naturellement au secours de l’humain. The language of the heart.  Jusqu’à écrire un opéra pour la femme qui est tout son horizon ! « Ah ! Ne tarde pas… »   D’ailleurs, Cyril Collet n’est-il pas   « Comédien, fraichement diplômé, rêve de puissance, de cris, de larmes et de feu? » 

La mise en scène vertigineuse de Daphné D’Heur est ciselée dans les jeux de lumière de Philippe Catalanodans les airs et dans l’abîme inquiétant d’un lac souterrain, – Ah ce bruit retentissant de gouttes qui fait frémir le spectateur… À croire que l’on navigue dans l’univers de E.A. Poe.  Cette mise en scène nous entraîne dans un imaginaire fantastique, jouant des ombres et des miroirs en feu, pour faire vibrer peurs et sentiments extrêmes. Car derrière la beauté du chant, la jalousie veille, le désir dévore, et la musique devient une arme. L’amour y frôle la folie, et le Fantôme, déchiré, semble pourtant murmurer à l’infini : « Sens-tu comme nos deux âmes se rejoignent quand tu chantes ? » Ce puissant fantôme a un nom : Erik. Un être qui appelle à la fois à la compassion et au rejet.

 Mais soufflons un peu.  En contrepoint, il y a ces scènes tellement drôles de tractations mercantiles entre deux directeurs de théâtre – l’ancien et le nouveau – qui développent leurs palabres commerciaux avec belle fulgurance.  Un délice ! Des rôles tenus avec ardeur par Emmanuel Dell’Erba en Moncharmin et Antoine Guillaume en Firmin. Irrésistibles.   Il y a aussi cette formidable concierge, Madame Giry, adorable dans ses généreux élans protecteurs, horriblement désolée de voir poindre l ‘heure du départ de son directeur de théâtre préféré… Elle est jouée par Claudine Gourdin. Solaire.

Place aux vocalises. De L’air des bijoux… au Duo des fleurs. Les deux voix de soprano qui pourraient franchement vous faire prendre la production pour un vrai opéra, vous embarquent sur leur vaisseau musical qui n’a rien d’un fantôme. Héloise Pouleten prima donna vertigineuse – La Carlotta – porte à son bord des airs qui réveillent le plaisir des grandes maisons d’opéra, mais la mise en scène poivre tout de même ses prestations de malicieuses pointes d’humour. Cela soulage agréablement de toute la tension scénique.   L’autre voix, d’une fraîcheur et d’une tendresse exquises, a trouvé dans la Musique – comme par enchantement – un havre de bonheur et l’expression de ses sentiments les plus intimes. C’est que l’Ange de la Musique, veille bien sûr sur elle et ne cesse de l’inspirer. Tantôt visible, tantôt invisible. Aussi, l’esprit d’un père violoniste, hélas disparu.  Romina Palmeri, est cette Christine au chant lumineux, suspendue entre innocence, ingénuité, et féminité assumée.  

Mais tout le magnétisme et le ravissement nous vient aussi d’autre part. Dans le rôle de la prima ballerina La Sorelli, il y a Colette Coenraets, en professeure de danse sur scène. Telle une sévère institutrice guindée, du temps passé, elle dirige d’une main de fer les quatre très jeunes danseuses classiques, qui émaillent précieusement le spectacle de leurs rondes ingénues. Elles avalent littéralement tout l’espace scénique. Ce ravissant quatuor enchanteur change à chaque apparition, et de costume et de style. Un régal. Leur kaléidoscope de gestes gracieux, de mouvements d’ensemble charmants estompe chaque fois le décor qui disparaît dans leurs merveilleux sourires et leurs regards pétillants de malice. Cette magie de la Danse fascine, volant presque la vedette à la Musique. Ces jeunes danseuses du Centre Choréartsont là pour incarner la grâce innocente des petits rats de l’Opéra et  diffuser toutes sortes d’états d’âme. Elles évoluent sur une bande sonore signée Dario Delbushayecelui qui a tissé un fil d’or entre Purcell, Gounod et ses créations originales. Oui, Daphne et Dario, mère et fils se retrouvent ici réunis dans un très touchant duo artistique…

 En définitive, on participe à un grand frisson d’art total :  théâtre, musique, chant, danse et lumière traversent cette création. Il y aura même la surprise d’un jeu de cape et épée avec un retentissant duel chorégraphié par l’incontournable Jacques Cappelle.  Le Théâtre du Parcavec son ADN fait de flamboyance, de précision et de rêve nous a offert lors de cette splendide première, un hymne vibrant à la beauté et à la démesure, celle de la passion ?  

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Crédit Photos Aude Vanlathem

En savoir plus ?

La légende du fantôme de l’opéra prend sa source dans plusieurs événements qui ont eu lieu au XIXe siècle. En 1863, une danseuse de l’opéra meurt brûlée lors d’une répétition. Elle laisse un fils, nommé Ernest, qui devient un pianiste talentueux en grandissant. Plus tard, le jeune homme se fiance avec une ballerine. Malheureusement, cette dernière meurt dans l’incendie de l’opéra Le Peletier. Inconsolable, Ernest se réfugie dans les souterrains de l’opéra Garnier pour se consacrer à la composition d’une œuvre dédiée à sa bien-aimée. On ne le reverra plus jamais. Néanmoins, on raconte que le fantôme d’Ernest continue de hanter l’opéra. En effet, machinistes, comédiens et régisseurs sont témoins d’étranges phénomènes : le son du piano qui résonne la nuit, des partitions corrigées par une main inconnue, des voix dans la loge numéro 5…

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administrateur théâtres

Quand Molière rencontre la Comédie Kapel

Avec Les Fourberies de Scapin

 Scapin : Fourbe ou redresseur de torts ? Coquin de la dernière espèce ou joyeux luron ? On penche pour les deux ! Mais dans Naples, il n’y a pas de valet qui fut plus dévoué à son maître. Scapin brille de malice et de stratagèmes pour amadouer les pères rétifs, mais aussi pour commettre des actes pendables, mais finalement se faire pardonner son credo de la transgression ! Merci Sylvestre, ce grand Saint !

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Une version ni littérale ni de pur style littéraire, mais de celle qui vous fait vous rouler dans le bonheur du partage. Le mot clé ? Une totale spontanéité des 6 artistes et une réelle adhésion populaire de l’audience. Partant, une excellente pièce de théâtre, tout de même signée Molière (1671). Résultat : une salle hilare, des applaudissements nourris et des souvenirs plein la tête.

  

Le personnage principal, le rusé Scapin oscille entre l’Arlequin italien et notre très belge Tijl Uilenspiegel. Et ce n’est pas qu’une question de chapeau. Un élément d’ailleurs très bien exploité pendant la pièce. Costumes d'époque, cela fait toujours plaisir ! 

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Les personnages féminins, rassemblés en une comédienne fulgurante jouent les heureux mélanges : La jolie Zerbinette victime d'un rapt à 4 ans, libérée des cruels Egyptiens par l'intervention de Léandre, a un caractère trempé, contrairement à la sentimentale Hyacinthe, inquiète de l'avenir de son mariage avec Octave... on adore l’Egyptienne, bohémienne, diseuse de Bonaventure, chanteuse, manipulatrice et femme fatale dans ce monde ...où les mères ont disparu. 

 

 Cette comédie farceuse du XVIIe siècle mais bourrée d'anachronismes, moque en long et en large la figure du Père, qui se voit systématiquement critiquée pour ses insatiables abus de pouvoir. Pour preuve : deux pères ridicules qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau : avares, autoritaires, égoïstes, on finirait bien par les mélanger tant Molière voudrait nous rendre odieux ces parents qui veulent marier les enfants contre leur inclination. Grimaces, postures grotesques, on se régale de voir ces « chefs de famille » se faire berner par Scapin et compagnie. L’humour est mordant, jamais méchant, et les spectateurs s’en donnent à cœur joie.

 

Quant à Sylvestre, l’autre valet, il vole presque la vedette à Scapin, car on aime sa profonde bénévolence ! Les deux compères réussissent à faire alliance malgré le côté plus maléfique de Scapin et se trouvent sacrément complices presque jusqu'à la fin !

 

Trèves de bavardage, le comique de situation bat son plein. Avec force de coups de bâton, d'humour à la louche, et d’inversions de rôles. L'intrigue est bondissante, les mélanges linguistiques et imitations d’accents sont savoureux et l’ensemble est fort réjouissant. Fun ! Bernard Lefrancq avec ses airs de de Funès ? Sans compter le plaisir partagé, de part et d’autre de la rampe en coquilles Saint-Jacques, …d’avoir pu tromper les puissants paternels, vengé les maltraitances, conspué l'avarice, et peut-être, changé l'ordre des choses.

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Un valeureux casting s’est emparé de l’aventure : Benoît Strulus, Bernard Lefrancq, Colette Sodoyez, Marc De Roy, Cédric Lombard et Bertrand Lapièce. Ils ont sillonné joyeusement les routes de Wallonie et projettent de débarquer sans doute dans les écoles. On salue bien bas cette heureuse initiative qui célèbre le verbe, le cœur et la justice. Tout cela accompagné d'une équipe fort accueillante lors du spectacle CCWO. Et Vivent ces fiers saltimbanques, venus nous ébaudir à Wezembeek Oppem  pour un heureux 27 septembre!



 

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 

 

 Crédit photos: Aude Vanlathem

Au Centre Culturel et de Jeunesse de Wezembeek-Oppem

 Par la Comédie Kapel, troupe de théâtre professionnelle

Téléphone : 0479 /12 86 17
E-mail : comediekapel@gmail.com

 

 

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administrateur théâtres

Le Masque de fer? Rouillé? Jamais!

Rouille et or s’y entrelacent : La couleur de l’amertume devant un monde qui raconte l’apogée et le déclin ? Ou un âge d’or rêvé ?

Un Masque de fer …spectaculaire

L’histoire énigmatique de l’homme au Masque de fer, un chapitre sombre et flamboyant du Vicomte de Bragelonne, ouvre la nouvelle saison du Théâtre du Parc. Rideau levé : au centre du plateau, un immense œil, presque vivant, nous fixe. Vision inquiétante, presque biblique — on songe à Caïn dans sa tombe, scruté par un regard implacable, de la plume immortelle de Victor Hugo. Thriller immédiat : serions-nous déjà enfermés avec le prisonnier sous son masque, et sur le point de découvrir de terribles secrets du XVII e siècle, contés par Alexander Dumas ? Il faudra bien du temps pour arriver à la lumineuse rencontre. Accomplir tout un chemin avec les célèbres protagonistes, et cette fois-ci… plusieurs femmes.   

Le premier tableau frappe de plein fouet : un père et sa fille croisent joyeusement le fer pour s’exercer….  Et, soudain, un meurtre. Et la  vaillante jeune fille en larmes, devant le corps de son père rendant son dernier souffle. Le ton est donné : violence, injustice, larmes, colère. Vengeance ?

 Le spectateur sera rapidement happé dans une incroyable mosaïque de scènes très brèves, incisives comme des éclats de feu d’artifice, brillantes comme des pierreries. Le décor pourtant, est nu et fixe  mais sans cesse innovant.  Les personnages surgissent, disparaissent, le rythme donne le vertige. Celui de notre époque ?  La narration semble une fuite en avant permanente. Vers un précipice ?

Voici donc le grand retour des mousquetaires. Vieillis, cabossés, mais soudés. Athos, Porthos, Aramis, d’Artagnan — et même Planchet, valet tellement attachant et fidèle. Maroine Amini, un favori de la scène bruxelloise.  L’Hôtel Bourguignon redevient le lieu des serments. Mais Thierry Debroux nous fait une surprise de taille, celle de ressusciter la terrible Milady, vénéneuse, imprévisible, spectrale, marquée au fer de la vengeance. Anoushka Vingtier est extraordinaire dans le rôle.  Dans son ample robe guerrière, de la verte couleur de la jalousie, celle du « the green-eyed monster », elle se pose en victime mais avance en prédatrice. À ses côtés, Mordaunt (Emilie Guillaume), fils maudit, silhouette au crâne rasé, troublante, évoque le miroir sombre d’une jeunesse désenchantée et dévoyée.

Et là, au centre, Bernard Yerlès. Son d’Artagnan est à la fois usé et lumineux, père contraint, soldat loyal, ami indéfectible. L’ombre du Masque de Fer pèse sur lui : ce prisonnier au visage effacé, frère possible du roi. Un second fils ? La légende du jumeau de Louis XIV plane, et Thierry Debroux la traite comme matière dramatique. Car oui, le prisonnier masqué a existé : les registres de la Bastille en attestent. Voltaire en a parlé. Et Pagnol, même ! Tout au long de la subtile intrigue, on voyage entre mythe et vérité. De Paris à Cannes, avec grande curiosité.

 Autour de Yerlès, une troupe de près de vingt comédiens compose la vibrante fresque. Chacun trouve son éclat, entre humour, émotion et flamboyance. On rit même avec Porthos (un formidable Eric De Staercke) qui hésite entre saucisson et pâté, on frémit avec la délicieuse Clémence (Clémentine Fargéas-Sichler) qui se bat pour l’amour au cœur des ténèbres, on tremble face à Milady, la revenante qui marche au-delà du destin. On s’émeut et on soupire avec la vie secrète d’Anne d’Autriche (une inoubliable Perrine Delers). Aramis, sous les traits de Denis Carpentier, joue finement ses différentes alliances.  Le sévère mais attachant Athos et son fils Raoul sont craquants de vérité sentimentale avec le beau duo Laurent Bonnet et Julien Besure.

 La splendide dramaturgie explose dans onze combats — chacun réglé avec une précision d’orfèvre par Émilie Guillaume, cascadeuse et chorégraphe, épaulée par Felipe Salas. Du duel intime au final apocalyptique à douze, six contre six, chaque affrontement devient une pièce de théâtre en soi. La beauté des échanges fascine. Il n’y a pas un combat de trop ! Certes, les mousquetaires ont vieilli, mais chacun garde son style de lame, sa respiration, son âme. Même rouillés, ils gardent leur panache. Leur esprit légendaire. Leur devise immuable : Tous pour un, un pour tous !  Les deux rampes inspirées d’un skate-park deviennent champ de bataille, et la salle sous le choc, admire. Même le balcon étroit qui domine le plateau sert de terrain de lutte mortelle.  Tout le vertige de la spirale de la violence est là…

 Aussi, chaque vêtement épouse et vibre avec son comédien, respire ses moindres émotions. C’est du grand art.  Les costumes sont pour la plupart, de véritables armures vivantes. En tout cas, ce que chacun donne à voir : les apparences ? En tout, quarante-cinq silhouettes imaginées par Béa Pendesini et son atelier. Cuir, scuba, mesh : matières hybrides qui allient noblesse et souplesse, beauté et efficacité. Les costumes royaux, lourds de perruques et traînes, ont été conçus pour traduire qui, la majesté, qui, la folie emplumée. Tout est message et mouvement ! Et, lorsque ... le Roi danse, la salle entière se trouve coincée et muette, devant l’image du pouvoir absolu, dansé, déclaré et clamé haut et fort. Un rôle porté avec grâce par Lucas Cruz.

La scénographie de Saïd Abitar et Thierry Debroux a choisi la rouille, la corrosion, la décadence ?  Mais aussi, l’aventure, le voyage imaginaire, le rêve du Bien ? Les savants éclairages, les niveaux multiples, les projections vidéo —balayent l’espace de l’ombre à la lumière. Tous les tableaux utilisent l’œil monumental pour évoquer d’une traite le nouveau lieu d’action. Autant que lorgnette de l’histoire, cet œil est aussi l’image d’un veilleur de nuit qui veille en permanence, symbole du temps et de la conscience.

Dans ce mythe du prisonnier sans visage, muré dans le silence, on traverse une épopée de fer et de chair, une légende réinventée en 2025 avec fougue et poésie.  Thierry Debroux signe à nouveau un théâtre total, où le souffle des mousquetaires ranime les souvenirs heureux des lectures de jeunesse, et incitera sans doute, - quel bienfait - les plus jeunes à la lecture des chefs d’œuvre classiques, nous menant dans une épopée qui ne finit pas… A never ending story… ?

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Crédit Photos Aude Vanlathem

 

🎭 Du 4 septembre au 18 octobre 2025

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#LeMasqueDeFer #ThéâtreRoyalDuParc #OnARetrouvéDArtagnan #CascadesEtSecrets #MasquesEtMiroirs #BilletsEnVue

 

 

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administrateur théâtres

Un scoop à Bruxellons!: Goodbye Norma Jeane

Goodbye Norma Jeane : miroir brisé, étoile survivante

Marilyn. Norma Jeane.  Fantôme lunaire de lumière et de chair, insaisissable papillon blanc, prisonnière d’un mythe qui la dévore. On croyait tout connaître d’elle, on croyait avoir traversé ses mystères, mais le théâtre, tel un élixir révélateur, ravive l’inconnu derrière l’icône : la femme fissurée, la tragédie à fleur de peau, en fichu, lunettes de soleil et manteau de fourrure. Mutilée par les regards.

Au Festival Bruxellons ! Dans une brillante mise en scène de Simon Paco, la nouvelle comédie musicale Goodbye Norma Jeane ose l’impossible : faire revenir Marilyn Monroe d’entre les morts. Un travail au scalpel.  Non pas l’icône figée, mais Norma Jeane, démasquée, la femme survivante, retirée du monde, et toujours secrètement hantée par son propre mythe. Dualité de corps. Et d’âme.

Hello! Norma Jeane, are you there?

Léovanie Raud, chatoyante brune, incarne Norma Jeane vieillissante avec une intensité prodigieuse : féline blessée, a cat on a hot tin roof, elle vacille entre confidences et éclats de lucidité. Norma Jeane va se défaire progressivement du maquillage de son histoire, laissant peu à peu voir l’abîme, le clown triste qui ne rit plus de sa propre mascarade. Face à elle, Maud Hanssens campe une Marilyn brûlante, belle, rare et mystérieuse comme la super lune bleue. Mais la beauté parfaite devient masque cruel.  Un double éclatant qui renvoie à Norma Jeane l’image de ce qu’elle fut, ou de ce qu’on voulut qu’elle soit. Deux présences, deux visages d’un même naufrage.

L’une papillon de jour d’un blanc incandescent, l’autre grand habitant aux couleurs fauves des bibliothèques de la nuit. L’histoire du papillon blanc est tragique, irrésistiblement attiré par les lumières, assoiffé de liberté et d’amour, il se brûle à chacun de ses envols…

Le trouble s’amplifie avec l’arrivée du jeune et pétulant journaliste américain, joué par Rémi Palazy, figure à la fois candide et intrusive. Un premier de promotion ? Un groupie ? Un enquêteur ?   Il rallume en elle la peur viscérale de Norma Jeane d’être encore utilisée, encore volée, vendue comme vulgaire marchandise ?  La rencontre vire au duel : la mémoire contre l’oubli, l’icône contre la femme. France Gall, l’icône française blonde elle aussi, avait bien raison…  Résiste ! Prouve que tu existes…

La mise en lumière de Laurent Kaye et la direction musicale d’Ilse Stroobant font merveilles et sculptent l’espace huis-clos en clair-obscur, soulignant la fragilité d’un récit qui hésite entre confessions et hallucinations. Le son, signé Vincent Debongnies, distille et souligne l’étrangeté d’une parole inscrite aussi dans les partitions invisibles de ce piano blanc omniprésent, pièce maîtresse du décor. Un instrument annonciateur, consolateur, qui scande élégamment le récit, jamais musique d’ambiance. La musique enveloppe la scène d’un halo fragile, elle fait du piano blanc un personnage à part entière – témoin silencieux de la confession impossible et pièce à conviction irréfutable.

Au-delà du portrait, la pièce ose une hypothèse vertigineuse : et si la mort de Marilyn avait été arrangée ? En contrepoint du drame des « seconds violons » Ah ! Le Pauvre Bobby ! Suicide utile, maquillage pratique pour l’ordre politique, CIA en coulisses, panique en sourdine, mythe ainsi mieux géré, plutôt que de laisser vivre des vérités qui dérangent. Comment peut-on échapper à l’œil du monde ?   Le propos semble aussi glisser dans les territoires profonds de Tennessee Williams et rejoint même le vertige d’un Kean : ces artistes prisonniers de leur rôle, en déroute, suppliant d’être reconnus pour ce qu’ils sont, et de pouvoir enfin vivre hors du masque. Vivre, c’est jouer, mais à force de jouer, on se perd.

 La salle retient son souffle. Les trois comédiens chevronnés auront rejoué de manière vertigineuse toute la magie d’une vie d’équilibriste « At the top », éblouissante et nue. Mise en abyme : toute la biographie affolante de Marylin y passe, en mode ultra rapide.  Etourdissant ! Les changements costumes et de postures théâtrales, discrets mais efficaces, chatouillent l’imaginaire. Les grands noms du 20e siècle défilent. On voudrait les retenir !  La Marilyn belge a capté toutes les poses, les humeurs et les chansons de la star. Devant nos yeux éblouis, elle fait vivre avec intensité la vie de l’icône de papier glacé, nourrie de diamants, d’alcool,de cachets et de désillusions en séries… « A material girl » ? Une vie que la star a choisi de quitter… They say.

Sous la lumière crue, dans la nudité bouleversante d’une vérité arrachée à l’oubli, Norma Jeane parle, Norma Jeane tremble. Et elle existe.

Peut être une image de 1 personne et texte qui dit ’LA DERNIÈRE NUIT DE MARILYN MONROE AVEC MAUD HANSSENS Goodlbge, RÉMI PALAZY LÉOVANIE RAUD ILSE STROOBANT Norma UINE COMÉDIE COMÉDIEMUSICALE MUSIC ALLARD BLOM SAM VERHOEVEN Festival ηεε! MISE ASSISTANAT À PARTIR DU 24 AOOT 2025 Château du Karreveld bruxellons.be SCENE SIMON PACO DIRECTI ISE SEEN NSCENE DELPH INCENT DEBONGNIES MUSICALE ILSE STROOBANT ADAPTATION RANCAISE STEPHANE LAPORTE LAURENT KAYE PACO RRUC VERONIQUE LACROIX NE COPRODJe ΠΟΝ PRODUCTION วะ COOPE PRODUCTION P프포 beside PERI HOSTALGE by ご0’

 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Avec Maud Hanssens, Leovanie Raud, Rémi Palazy & Ilse Stroobant, dans une mise en scène de Simon Paco.

Direction musicale et arrangements : Ilse Stroobant,

Adaptation française : Stéphane Laporte,

Assistanat à la mise en scène : Delphine Peraya,

Costumes : Simon Paco,

Lumières : Laurent Kaye,

Sound design : Vincent Debongnies,

Perruque : Véronique Lacroix, une production du Festival Bruxellons !

 

 

 

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administrateur théâtres

MOMO – Une farce… qui vous serre la gorge

On croyait s’installer à Genval, sur l’herbe ou dans les chaises longues sur les copeaux de bois pour une soirée légère, on est ressorti, ayant bien applaudi, le cœur partagé entre éclats de rire et pincements à l’âme.

 Momo, au Théâtre de la Toison d’Or (en collaboration avec le festival Il est temps d’en rire à Genval), c’est ce genre de pièce qui vous prend par surprise : d’abord joyeuse absurdité, explosions de rires, puis glissement insensible vers des zones plus sombres, plus poignantes.

La situation, déjà, est un bijou de surréalisme : un couple sans enfants voit débarquer chez lui un jeune homme qui parle bizarrement mais affirmant après bien des tâtonnements vocaux, être leur fils.  Il finit par annoncer qu’il va se marier, invite chez eux la petite amie pour les présentations aux « parents », à la façon d’un thriller surréaliste, tout semble concourir à prouver qu’il dit vrai. Absurde ? Oui. Mais aussi terriblement troublant. Car derrière la farce, c’est notre rapport aux liens, au sang, et même à la mémoire qui vacille.

Explosion de rires donc, grâce à des dialogues acérés et à des situations qui ne cessent de flirter avec le boulevard… mais le comique est comme une peinture posée sur une façade malade. un vernis posé sur la coque d’une barque fendue et alors apparaissent les tragédies humaines que chacun porte. Le texte de Sébastien Thiery (déjà comparé par certains à un Koltès en goguette) tisse ce trouble avec un art consommé.

Et puis, il y a l’équipe : une Hélène Theunissen magistrale, virtuose de toutes les féminités, Thibault Packeu, un Benoît Van Dorslaer absolument parfait et Aurianne Servais, tous au sommet de leur engagement de comédiens. Chacun apporte sa couleur : exubérance, tendresse, colère, comique, sérieux,  folie douce… Le metteur en scène Thibaut Neve avoue : « Il y a des textes qu’on porte en soi sans savoir pourquoi, jusqu’au jour où des comédiens vous révèlent la clarté du mystère. » On comprend mieux en voyant la précision avec laquelle il cadre l’absurde, sans jamais le laisser déborder en pur non-sens.

Si l’on devait trouver un bémol, il serait peut-être dans ce balancement : certains spectateurs voudront rester du côté du rire pur et se sentiront déstabilisés par les teintes plus graves qui s’installent. Mais c’est justement ce qui fait la force du spectacle : cette sensation d’être entré dans une comédie, et de ressortir de cette incroyable fable humaine, un peu échevelé. Fils de personne, enfant de tous, Momo nous rappelle que l’absurdité, parfois, c’est la plus belle façon de parler au cœur. Et, au diable les puristes des  filiations de sang !

 

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Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

🎭 Infos & réservations : ilesttempsdenrire.be 

 

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administrateur théâtres

Le "Dragon " du théâtre du Parc part en voyage!

A vos agendas pour Le Vilar en 2026!

...Et en ce moment, au Festival de Spa!

"Hier soir, c’était la dernière du 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 à Spa (01 > 17.08.2025)

Un conte aux allures fantastiques, un dragon à trois têtes, un chevalier, un chat qui parle… et derrière la magie, une charge puissante contre toutes les formes de tyrannie.
Ce spectacle est une douce claque, comme une alerte déguisée en fable.
Toutes les représentations ont affiché complet - un record d’audience sur un même spectacle dans l’histoire du Royal Festival. Mais au-delà des chiffres, ce sont vos messages et commentaires qui nous ont bouleversés. Le spectacle laissera une trace dans vos vies… C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Parce que l’art nous aide à penser sans désespérer, à rêver sans fuir le réel. Parce que 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵, écrit en 1943, parle aussi de nous, ici et maintenant.
Et parce qu’un enfant peut s’y émerveiller, frissonner, rire aux éclats, tandis qu’un adulte en capte les résonances plus sombres… c’est là toute la puissance d’un spectacle comme 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 🐉
Oui, la culture est essentielle. Elle nous rassemble, nous éclaire, nous remue. Et c’est à travers vos regards, vos émotions, qu’elle prend tout son sens.
 
 
 Prochaines représentations au Vilar à Louvain-la-Neuve, du 7 au 17 janvier 2026 🎯
 
 
Place Rabelais 51, Louvain-la-Neuve, Belgium
010 47 07 00
info@levilar.be
levilar.be
 
Le Dragon au mois de mai 2025, au théâtre royal du Parc 

Adaptation de Benno BESSON revue par Mireille BAILLY

Pour ce 1er mai, voici un brin de littérature jeunesse qui vaut la cueillette. A l’origine, « Le Dragon » une pièce fantastique, grave et burlesque, écrite en 1943 contre le totalitarisme et l’asservissement par l’écrivain russe Evguéni Schwartz.  Une création pour le théâtre Royal du Parc, réalisée par Axel De Booserré et Maggy Jacot, assistés par Julia Kay.

Vous allez voir ce que vous allez voir, c’est du pur cirque, du Grand guignol, une farce politique dont certains tableaux sont aussi monstrueux que les créatures de Jérôme Bosch… Une fantaisie héroïque ? C’est une féerie inversée, un cauchemar, certes, mais qui s’ouvre fort heureusement sur la lumière. C’est comme cela dans les contes. Et nous voici rassurés sur la nature humaine.

Comme dans le théâtre symbolique de Maeterlinck dans « L’oiseau bleu », une chatte au regard acéré prend la parole. Quel est son regard ? Serait-elle la seule à échapper au despotisme absolu qui semble régner depuis 400 ans sur ce pays imaginaire dirigé par un implacable Dragon ? Magnifique sous toutes ses formes, le regard qui tue, celui-ci se repait chaque jour de taureaux qui lui sont sacrifiés et chaque année, d’une jeune fille totalement résignée   dans l’accomplissement de son devoir. On pense à l’histoire du Minotaure, monstre dirigé par ses pulsions et ses instincts, mais vaincu enfin par le héros grec Thésée.

Avide de pouvoir et destructeur, ce Dragon n’a bien sûr rien des qualités protectrices que lui attribuaient les guerriers nordiques, rien des pouvoirs mythiques du prestigieux Dragon fêté par les cultures asiatiques … ni même la force et le courage du serpent à trois têtes, peint sur le bouclier d’Agamemnon.

Ce Dragon, décrit par l’auteur russe, incarne plutôt le Dracu roumain, tellement présent dans l’imaginaire de ce peuple, et cause évidente de tout mal. Nommer les choses aide parfois à les supporter. Utiliser la parole, c’est finalement déjà, un début de sagesse pour réussir à s’échapper d’un monde concentrationnaire, cimenté par la haine, l’oppression et la peur, et partant, privé de tout espoir de bonheur.

Dès le début du spectacle on se trouve au cœur de la menace de murailles mouvantes qui écrasent comme dans les mondes de Kafka ou d‘Edgard Poe. Des effets sonores et lumineux terrifiants vous remplissent d’effroi. Une prodigieuse bande sons, voix, lumières et vidéo est issue d’une équipe de choc : Gérard Maraite, Guillaume Istace et l’indispensable Allan Beurms qui mènent l’enfer dans un rythme oppressant.   Le but sera atteint, si ce dernier spectacle de la saison du théâtre du Parc, nous fait réfléchir à l’horreur du pouvoir absolu et du culte de la personnalité.

 De nouveaux despotes sont là et nos sociétés risquent même l’asservissement volontaire. Ecrivain de livres pour la jeunesse, E. Schwartz, rapidement censuré par l’administration de Staline, utilisait les vertus du conte pour critiquer le nazisme, afin de stigmatiser l’effroyable pouvoir stalinien.

Sur scène, les femmes empaquetées dans des tenues de Matriochka, mère et fille, telles des forteresses sur roulettes font frémir d’horreur.  Elles sont interprétées par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, toutes deux, saisissantes de vérité. Les caricatures des différents personnages grimaçants évoquent un univers Ensorien: un bourgmestre ébouriffé et fou (l’incomparable Othmane Moumen), Henri, un fils absolument laid et fourbe, au service du fameux Dragon, prêt à sacrifier sa fiancée pour plaire à son maître. Ce même personnage endosse d’ailleurs de façon glaçante le rôle d’une espèce de Big Brother projeté sur écran, responsable d’une communication nauséabonde et de la propagande du pouvoir. Joué avec excellence par Thierry Janssen. Costumes, coiffures, maquillages, chorégraphie, tout se tient pour caricaturer l’atroce tyrannie.

Le seul humain qui nous ressemble est ce merveilleux Lancelot (Marvin Schlick), d’une beauté éternelle, intrépide, léger comme une plume libre, agile comme David… qui a décidé d’abattre la bête immonde.

On attend avec impatience la métamorphose de la jeune fille grâce à l’amour.  On revient à la vie devant l’aide providentielle de Dame Nature et des esprits de la forêt. Voilà le merveilleux de notre cher Maeterlinck à nouveau à l’œuvre dans un jeu de décors inoubliables. Sans doute que nos artistes belges transportent cet esprit dans leurs veines… Un vrai ravissement.

Mais l’histoire est loin d’être réglée après l’épuisante victoire du héros professionnel… Attendez-vous au pire du pire…

Comprenez que le pire c’est la parole définitivement confisquée, et cette ville entière qui s’est prosternée devant ce Dragon. Un assoiffé du pouvoir qui a réussi à s’imposer comme bienfaiteur de l’humanité grâce à la manipulation maléfique de la langue et autres détournements de la vérité. Une langue assez simpliste véhicule ce spectacle, illustrant d’ailleurs les terribles avertissements de Georges Orwell. Mais pour réellement accrocher le spectateur, ne faudrait-il pas un discours encore plus mordant, pour ne pas rater la cible historique du crime stalinien?

Heureusement la distribution flambante est là, toutes griffes dehors pour faire du spectacle une croisade contre l’ensauvagement de notre monde. Les grands favoris de la scène du Parc sont fidèles au rendez-vous : en tête, le très méphistophélique  Fabian Finkels dans le  formidable rôle du Dragon,  avec l’insaisissable Julien Besure  tantôt le Chat, tantôt un citoyen, et  l’effarante comédienne de talent légendaire,  Karen De Paduwa, tour à tour ministre des prisons, Berthe, l’amie d’Elsa, une artisane et l’enfant citoyen.

 

Dans le miroir tendu, chacun peut y voir tout ce qu’il veut y voir : toute une monstruosité en marche, ou une fiction pour la jeunesse pour leur faire aimer le théâtre …. C’est selon, mais une œuvre vraiment utile en nos temps d’absurdité profonde et de libertés insidieusement assassinées.

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

Photo@Aude Vanlathem

LE DRAGON – Théâtre Royal du Parc

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles
02 505 30 30

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administrateur théâtres

Kean Ressuscité au théâtre des Galeries

Spectacles

Kean en crescendo saisissant au Théâtre des Galeries

Mai 2025. Pari osé, pari tenu. Le Théâtre des Galeries ressuscite Kean, d’abord imaginé dans une pièce en 5 actes, par Alexandre Dumas en 1836, puis transfiguré par Jean-Paul Sartre en 1953, dans une version dense, réflexive, parfois vertigineuse.

Ce qui aurait pu devenir une représentation poussiéreuse de héros de théâtre romantique, sous les traits d’un menteur professionnel, se révèle être une mise en abîme haletante de l’identité, du jeu, et de la solitude de l’artiste torturé.

Daniel Hanssens y est immense. La pièce repose presque entièrement sur ses épaules. Et quelles épaules ! L’acteur belge, connu pour sa générosité scénique et son ancrage populaire, atteint ici une forme de sommet dans la tragi-comédie. Il mêle avec virtuosité la gouaille de Falstaff, les états d’âme d’Alceste, le questionnement d’Hamlet, la sauvagerie d’Othello, la débauche de Don Juan. Couvert de dettes, il est tour à tour clown, tragédien, ivrogne, séducteur, enfant blessé. Il passe d’un masque à l’autre sans jamais perdre de vue l’abîme intérieur de Kean : un homme qui ne sait plus où finit le théâtre et où commence la vie. Dans certaines scènes, particulièrement celle du miroir, Hanssens semble littéralement se désincarner : le public, suspendu, devient témoin d’un effondrement autant que d’une révélation.

« Kean », c’est nous, c’est vous, c’est tout lui.

Dans cette triple identification, on entend l’écho de l’existentialisme de Sartre : l’être humain n’est pas une essence figée, mais une construction perpétuelle à travers ses actes, ses choix, et son regard sur soi. Kean, comédien qui perd sa propre identité dans ses rôles, devient un miroir dans lequel chacun peut se voir. Nous sommes tous, à un moment donné, des “Kean” : tiraillés entre l’image que les autres attendent de nous et notre vérité intérieure, fuyante, mouvante, insaisissable.

Jean-Paul Sartre dans sa réécriture de Dumas ne se contente pas de moderniser un texte : il y insuffle sa vision de l’homme, de la liberté, de la responsabilité. Kean, dans ses mains, devient un être en crise, en lutte avec l’absurde de l’existence, avec la nécessité de jouer un rôle — littéralement et symboliquement — pour être aimé, reconnu, exister. Le théâtre devient le lieu même de la conscience de soi.

Daniel Hanssens est la chair de ce mythe. Il ne joue pas Kean : il le devient, au sens sartrien du mot. Il incarne la complexité humaine, dans toute sa grandeur et ses failles. Il nous rappelle que le comédien, comme tout homme, est condamné à la liberté — à la fois bénédiction et fardeau. Par son jeu, il révèle que l’acteur et le personnage, l’homme et son rôle social, ne font qu’un dans le vertige de l’existence.

La mise en scène d’Alain Leempoel opte pour une esthétique épurée : peu de décors ou de mobilier, à part des immenses livres grands comme des portes, et 5 grands miroirs à bords dorés, flottant, avec ou sans tain. Ils captent les personnages ou ceux-ci  les traversent. Des lumières tranchantes, des points de fuite changeants. Partout, les livres de Shakespeare en édition ancienne, jouent les géants silencieux qui montent la garde des lieux, du temps de de l’action. Tout conduit à arracher les voiles de l’hypocrisie et à rendre compte des impostures. Seul le décor de la taverne nous ramène au réalisme du début du 19e siècle. Ce dépouillement sert le propos : l’essentiel est dans le verbe, dans le geste, dans la tension entre ce que l’on est et ce que l’on prétend être.

Ainsi, la troupe solide papillonne avec effervescence autour du lion Kean, cet acteur qui a réellement existé, figure publique adulée, et cependant …aux pieds d’argile, perpétuellement inquiet dans sa quête bouleversante de lui-même et le désir ardent de changer le monde. La mièvrerie, les grimaces, les jeux de dupe, la cruauté, s’entrechoquent autour de lui alors que les rires et l’amusement s’enchaînent la salle. Tous, les comédiens sont de brillants personnages bien ciselés, que ce soit l’aubergiste (Marc De Roy), Salomon, l’intendant de Kean (David Leclercq) ou le ridicule Lord Mewill (Pierre Poucet). Avec trois autres comparses réputés de la comédie : Robin Van DijkVirgile Magniette et Michel Hynderyckx, chacun participe à sa façon au crescendo du jeu de massacre qui se produit au cours de cette effarante construction équilibriste.

Le rôle d’Elena, comtesse de Koefeld (Laurence d’Amelio), épouse de l’ambassadeur du Danemark (Jean-Michel Vovk) est magistralement tenu ainsi que celui de la très merry wife, Amy, comtesse de Gosswill (Christel Pedrinelli), elle aussi, amoureuse du King !

Le rôle du prince de Galles, très improbable ami de Kean, est campé avec le brio du gentleman éternel par l’élégant Dominique Rongvaux.

La pétulante Shérine Seyad, en comédienne en herbe qui ne s’en laisse pas conter, nous séduit par sa franchise et sa vivacité.

Il faut cependant admettre que c’est le monologue intérieur de Kean — incarné dans chaque regard, chaque intonation, chaque geste — qui sculpte vraiment le cœur du spectacle.

Kean, pièce sur le théâtre, nous confronte sur notre manière de jouer à être, chaque jour. Dans cette version incisive et dépouillée, le Théâtre des Galeries offre bien plus qu’un spectacle : toute une expérience existentielle. Un miroir tendu, déformant et troublant. On en sort secoué, peut-être, plus authentique ?

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

  Kean » D’Alexandre Dumas et Jean-Paul Sartre, Du 30 avril au 25 mai 2025 , Billetterie : du mardi au samedi de 11h à 18h – 02 / 512 04 07

 

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administrateur théâtres

Spectacles

Oui aux artistes!

Au-delà de la peinture des caractères humains éternels, une Leçon de Lucidité ?

Par les temps qui courent, c’est tellement réjouissant de pouvoir retrouver sur scène l’un des joyaux du répertoire notre cher Molière ! On a donc couru au théâtre Le Public, un beau dimanche après-midi d’automne, flanqués de notre jeune famille, bien préparée à la découverte du Tartuffe, comédie en 5 actes et en alexandrins (1667).  

Or, tout de suite, nous voilà pris par surprise : la joie fait place à une situation de crise intense. Nous voilà, face à un plateau absolument vide, sans le moindre accessoire, sauf les murs recouverts d’une magnifique tapisserie florale – conçue par Renata Gorka – qui nous rappelle le très beau tapis de fleurs bruxellois édition 2024. Devant ce décor minimaliste, on retient son souffle, car voici que les portes claquent sans relâche, mais ici, avec une brutalité bien loin de la bonne humeur qui préside aux comédies de boulevard. Que se passe-t-il ?

Une foule de personnages vêtus de riches costumes d’époque (Chandra Vellut), tels ceux des tableaux de Velasquez ou Watteau, s ‘agite et met à courir, s’invectiver dans tous les sens, comme autant d’êtres affolés

A rat race ? dirait-on en anglais !  Serait-on brusquement projetés à l’entrée de jeu dans une immense souricière d’un monde Orwellien ?  Non, on va juste voir se dérouler devant nos yeux les innommables fourberies du Tartuffe, passé maître dompteur des imbéciles heureux.

Heureusement les riches alexandrins du XVIIe siècle, faits pour ravir l’oreille, démentent par leur harmonie une plongée directe dans l’enfer ! Et les habiles jeux de lumières qui épousent les moindres émotions sont aussi là, pour nous sourire.

En effet, la mise en scène fulgurante de Michel Kacenelenbogen immerge tout de suite les personnages dans une violence inouïe. Madame Pernelle, la mère d’Orgon, jouée par une Jacqueline Godinas enflammée, est devenue une mater familias tyrannique, hystérique et hargneuse. Toute vêtue de noir et de mauvaise foi, elle semble plutôt habillée d’une indécrottable bêtise. Oui, penchons pour la bêtise…  On comprend qu’elle se trouve sous l’emprise du répugnant Tartuffe, un monstre d’hypocrisie et d’avidité qui l’a entortillée. Vouant à son idole un culte inconditionnel, elle vocifère tous azimuts dans ses atours de vieille duègne espagnole acariâtre. D’ailleurs, personne ne comprend sa colère.  Elle préfigure la folie qui a atteint son fils, un incorrigible Orgon, noyé par une crédulité et une naïveté sans nom.  

 Lorsque le faux dévot prétentieux paraît enfin, on le voit tendre un mouchoir à Dorine, la gouvernante de Mariane (Anne Sylvain)« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! » Le cuistre ! L’imposteur !  Premiers rires, très bienvenus ! 

 Le pauvre Orgon si bien interprété par Laurent Capellutto, se trouve bientôt totalement à la merci du prédateur. À genoux, il ira jusqu’à l’embrasser dans un fervent enlacement…. C’est ainsi que l’on fait avec les gourous, non ? Incapable de proférer la moindre parole, on le voit tel un lamentable animal désespéré, courant en rond comme un fou dans une cage, pris définitivement au piège, dans une scène qui fait froid dans le dos.

 Voilà qu’il n’y a plus d’écart entre le plateau et les spectateurs… Les émotions de part et d’autre sont trop vives. Cet Orgon si tristement dénué d’entendement ou de la moindre dose d’esprit critique fait peur. Est-il possible ? Le spectateur, irrité, irait bien le gifler pour le rappeler enfin à la réalité !

 Ni les efforts répétés de son entourage, ni les preuves vivantes de la fourberie de son « ami » fournies très explicitement et charnellement par sa jeune femme Elmire (Jeanne Kacenelenbogen), ni l’amour qu’il pourrait éprouver pour son adorable fille Mariane qu’il veut faire épouser contre son gré par Tartuffe, ni la perte de ses biens, rien ne vient l’éclairer. Victime et proie de choix, il est totalement aveuglé et danse au bord du gouffre jusqu’à la chute finale… Les temps ont changé depuis Molière. Il fallait oser dans cette production !  Une licence poétique a décidé de ne concéder aucun cadeau à un scénario optimiste et transforme le cauchemar de plus en plus aigu en thriller éblouissant.

 Symbolique. Bonnes gens et populistes de tout poil, réveillez-vous, ne voyez-vous pas se profiler une fumisterie généralisée ?  Les mensonges en série au goût de pain béni, tueurs et vainqueurs de notre esprit critique ?  Les pantins que vous pourriez devenir ? L’ignominie du profit personnel qui avale toutes nos valeurs ?

 Heureusement la salle crépite souvent sous les rires, bercée par la langue si savoureuse de l’illustre Molière… C’est le très brillant Pietro Pezzuti qui incarne le machiavélisme aux mille et une nuances du Tartuffe et on déguste vraiment sa manière de jouer. En effet, le comédien se glisse avec un art consommé dans le personnage de Tartuffe, sournois si totalement diabolique, dénué de moralité et dépravé…

 Et Bravo à ceux qui résistent courageusement : …Cléante, le beau-frère d’Orgon qui tente de faire comprendre à Orgon qu’il nage en plein délire.

 « Vous les voulez traiter d’un semblable langage,

Et rendre même honneur au masque qu’au visage,

Égaler l’artifice à la sincérité,

Confondre l’apparence avec la vérité ? »

 De jolies palmes reviennent aussi à Valère, l’amant de Mariane et à Damis, ce pauvre fils finalement jeté à la porte par un père guignol !

 Bien heureusement aussi, la jeune et pétulante Lily Dupont, pour la première fois sur les planches du Public, qui incarne du haut de ses 21 ans la frêle Mariane, séduit à la fois par l’innocence de son charme mais aussi par son jeu aiguisé et sa jeune combativité tellement actuelle.  Capable de nous rassurer enfin que nous pouvons toujours choisir …de ne pas être dupes.

 …Et nos jeunes spectateurs, d’être éblouis par cette tartuffiade plus que réussie !

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 Crédit photos: Ph Gael Maleux

Distribution

Jusqu’au 7 décembre 2024  Infos & Réservations: 02 724 24 44

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administrateur théâtres

Spectacles

« Un univers visuel et esthétique fort » dans « La Belle et la Bête »au théâtre du Parc

Loin des tumultes du monde et des discours belliqueux des puissants, Belle murmure : « Je voudrais une rose… »

Bienvenue dans le refuge des rêveurs, un miroir magique aux multiples échos, véritable enchantement.

Ce spectacle magnifiquement écrit suit la trame du conte « La Belle et la Bête », tel que Jean Cocteau l’a narré dans son film en noir et blanc de 1946, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Rêvait-il d’une approche plus généreuse du monde ? C’est sûrement ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui : une Belle histoire.

Contrairement aux plans graphiques en noir et blanc du film de Cocteau, l’adaptation de Thierry Debroux nous offre un festival de couleurs gourmandes, peintes au pinceau du merveilleux, même si le château a parfois des allures de carton-pâte. Inspiré par le récit de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, le conteur navigue volontairement dans les méandres du sombre et du mystérieux pour nous mener à travers les énigmes de l’attraction, vers une éclosion magique et lumineuse de la joie. Les éléments moteurs de l’histoire sont des principes vitaux : l’amour, les métamorphoses et le rire salvateur, pour conjurer maléfices et sortilèges.

On se prend donc à rêver. Et si la vie n’était que métamorphoses toujours recommencées, faites d’élans vers le Beau, le Bien, le Vrai ? Où l’évolution du royaume de la Nature finit toujours par gagner. Si nous allions, nous aussi, gagner sur la violence, la destruction, le mensonge, l’hypocrisie, l’avidité, la vanité du pouvoir et l’orgueil. Si c’était l’essentiel ?

Remercions donc les créateurs qui donnent à voir et à entendre. La création musicale originale envoûtante est signée par les compositeurs Nicolas Fiszman et Fabian Finkels. La distribution de rêve, dirigée par Emmanuelle Lamberts, met en scène des valeurs dans lesquelles on voudrait bien croire, ne serait-ce que l’espace d’un soir.

C’est donc une invitation à la légèreté qui nous est faite cette année, sur le plateau du Théâtre du Parc, un heureux cadeau pour clore cette année 2024 et augurer du meilleur. « Je vous souhaite des rêves, à n’en plus finir… »

L’habile scénographie de Thibaut De Coster et Charly Kleinermann est délicieusement païenne – vivent les Celtes, les elfes, les villageois et les fées ! Humaine et bienveillante, cette féerie théâtrale et musicale posée en Irlande s’engage sous des décors presque organiques qui ne cessent de se mouvoir, de respirer, de prendre vie et de nous entraîner dans la rêverie. Tout est à contempler par les yeux ou les oreilles. On est véritablement happé par une synergie et une fluidité extraordinaires qui circulent en continu, comme dans les fondus enchaînés du cinéma. Entre les ballets, le mouvement des décors et des tableaux, les voix de belle musicalité, les chœurs, les lumières, les costumes (Chandra Vellut), c’est l’interprétation du texte souvent farceur, dit par des comédiens de haut niveau, qui fascine par sa justesse de ton et sa vivacité. Une Belle comédie musicale. Enfants admis!

Les contrastes ont également le beau rôle. L’extraordinaire entrée en scène de La Bête monstrueuse (Nicolas Kaplyn) est fracassante… de beauté ! La présence et le jeu sensible de Belle (Romina Palmeri) sont un pur message de bonté. Quel couple exquis au cœur de cette incessante chorégraphie !

L’humanité et le désarroi du personnage du père ruiné, qui fait tout pour sauver sa famille, émeuvent profondément. Fabian Finkels est d’ailleurs presque omniprésent et plane comme un appel muet sur l’ensemble. La complicité des deux sœurs (Marie Glorieux) finit par effacer l’ombre des jalousies toxiques qui hantent les contes. Vous remarquerez sûrement cette oreille jalouse dans l’entrebâillement d’une porte, mais leur émouvant duo vous fera basculer dans des larmes de tendresse. Le majordome de la Bête (Jérôme Louis) est drôle et attachant comme pas deux. Le jeu incisif du pasteur ambivalent (Antoine Guillaume) suscite à la fois le rire et la pitié, et le cocktail réussi de tous ces personnages est vraiment explosif, avec une méchante fée franchement méchante. Quitte à faire exploser nos stéréotypes ?

De quoi rallumer la générosité et la chaleur humaine ! Puisque l’invisible se présente, non seulement chez les danseurs de forêt, arbres et plantes humaines, mais aussi sous les traits de deux comédiens facétieux et captivants (Perrine Delers et Emmanuel Dell’Erba), qui intègrent le tableau, tantôt sages, tantôt burlesques, et que l’on verrait bien siéger dans l’imaginaire de Saint-Exupéry, Lewis Carroll ou Maeterlinck ! Ah ! Les correspondances…

Vous ressortirez, figurez-vous, le cœur enluminé et battant. La rose, …sans le fusil.

 

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

Crédits photos Aude Vanlathem 

N.B.

Les réservations dès le soir de la première couvraient déjà les deux premières semaines de spectacle!

« La Belle et la Bête », jusqu’au 7 décembre au Théâtre Royal du Parc

 

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administrateur théâtres

Du 03 > 20/10 2024 au théâtre de la Valette, à Ittre, une première en Belgique

Interprétation : Christel Pedrinelli, Séverine De Witte, Laura Fautré & Bénédicte Chabot, la mise en scène de Fabrice Gardin, décors de Léa Gardin

Pour survivre, elles ont choisi la retraite qui sauve, la réclusion volontaire, cloîtrées dans une maison provinciale au milieu de nulle part. Il leur a fallu quitter le monde, ce monde extérieur hostile de la violence avérée des hommes. Ainsi, résister, se barricader, comme dans les villas romaines, contre les barbares. Quitte à mourir de faim et à même halluciner, une vieille pratique intuitive moyenâgeuse pour conjurer le mal ? Le curseur est sur la détresse absolue.

All in the same boat… n’est-ce pas ?

Face à la misogynie structurelle vécue, l’union fait la force malgré les différends et les chamailleries féminines. Ainsi, ces quatre femmes rangées se retrouvent attablées dans des scènes d’ébriété surréaliste. La mère autoritaire en tête. Face au public, comme découpées entre les panneaux verticaux du décor, elles apparaissent comme quatre points cardinaux pour un bateau fantôme : Fluctuat nec mergitur.

Au nord, qu'elle semble avoir perdu, il y a Violet, cette mère qui a souffert tant et plus de la tromperie et des sévices des hommes. Elle combat la dépression à coup de pilules roses.

Au sud : c'est Brown, une de ses filles, exploratrice relationnelle intrépide des insectes et des hommes. Elle est blonde comme les blés, se passionne pour l’encadrement des papillons, libellules et amants de trois jours.

À l’est : Black. Le soleil intérieur de la jeune artiste incomprise dessine, peint et chante coûte que coûte, au besoin, dans une langue inventée. C’est l’aînée de la famille, la plus vaillante ?

Enfin, tout à l’ouest : Blue, la dernière de la famille, personnage terriblement complexe et attachant ; elle fait ...de la divination. Comme ses demi-sœurs, elle porte une couleur du désespoir. Elle a d’ailleurs voulu offrir ses poignets au cutter, à la suite de la mort attendue de son père. Sa vie est-elle suspendue à un fil ? Vit-elle dans l'entre-deux ? Atteinte par la folie d’amour, elle fascine par ses plongées en apnée dans le mystère…

Le spectateur invité dans leur huis-clos ne sait absolument pas de quel côté penchera leur navire solitaire. Vers l’humour, surtout …noir ? L’auto-dérision ? Les interminables disputes de gynécée ? L’ironie du destin ? Le jeu infernal des sortilèges ? Un monde de sorcières ? L’amour quand même, mijotant dans le creuset de la sororité ?

Sachez seulement que le jeu en vaut vraiment la chandelle. Tant celui, impeccable, des comédiennes est haletant, et tant a force dramatique est sans cesse renouvelée. Surtout que personne, ni elles, ni le public ne s'attend au moment de bascule qui fera éclater leur mode de "mortes à la vie".

Or, dans la pire extrémité, voici de l’or véritable : les voilà soudain projetées dans une scène inoubliable, baignées d’amour et de lumière dans l’intimité d’une salle de bain. La sublime mise en scène de Fabrice Gardin les éclaire via le moteur humain inné de la compassion et de la solidarité. Car le moteur, n’est-ce pas, ce n’est pas l’argent, le travail, l’amour, le désir….

« Πάντα χωρε κα οδν μένει » C’est Héraclite, n’est-ce pas qui affirme que « tout passe et rien ne demeure ». Tel un navigateur à bout de souffle sur son radeau, le spectateur se voit donc chahuté et bouleversé à maintes reprises par toutes ces tempêtes émotionnelles successives…

 Il y aurait-il tout de même une sorte d’ange qui veille sur elles ? Ou, siègerait-il carrément en l’une d’elles ? Surnage donc cette certitude vitale qu’il est bon d’écouter les ailes des anges qui poussent irrésistiblement. Et ça, c’est la bonne nouvelle !

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

https://theatrelavalette.be/

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administrateur théâtres

Avec Denis Carpentier, Cécile Florin, Catherine Claeys et Pierre Pigeolet 

 

Teaser : Fantastique, cette salle qui rit sans la moindre retenue… Il y a cette réplique qui vous rappelle un siècle d’humour bienveillant. « Qui c’est ? » Tout le monde connaît la réponse. « Le plombier » , ça coule de source. Merci Raymond , non, Fernand! Ça fait des lustres que cela fait rire, et, comme il est bon de RIRE ! Cela a quelque chose… d’éternel.

L’histoire roule sur une série fracassante d’embouteillages, plus emberlificotés les uns que les autres, et sans sens giratoire, vous vous en doutez ! Soit un cirque ahurissant de comiques de situation. Mais ne vous attendez pas à du Feydeau ou du Labiche, non, ils sont morts et enterrés depuis belle lurette, pas une once de jeux spirituels de salon dans cette comédie de boulevard moderne. D’ailleurs, il y a-t-il encore des boulevards, ou des salons ?

En revanche, les méprises et les chaînes de quiproquos gardent toute leur saveur et leur extraordinaire ressort comique. Le metteur en scène a remonté les moteurs à fond et ça marche, à fond.

Pour tout dire, sans divulgâcher, trois zèbres dans la trentaine aux dégaines fort disparates se cognent comme des papillons fous aux portes et fenêtres d’un mari jaloux, pas encore cocu mais alerté.  

L’idée géniale du mari consiste à tout faire pour éviter que sa femme ne tombe sous le charme d’un élégant agent immobilier rencontré au hasard d’une visite. Un mec sacrément dangereux avec presque autant de charme qu’un authentique membre de la famille Kretz, chemise blanche ouverte, jeans et basquets… sourire ravageur.  Arnaud, le mari inquiet est incarné par le formidable Pierre Pigeolet, un pilier de Théâtre des Galeries, omniprésent, dans son ardeur nerveuse à prévenir le mal personnifié par un triple Denis Carpentier. Sacré bière !

 La rencontre fortuite du fameux sieur Éric risque en effet de faire basculer le couple Marion-Arnaud dans les affres tumultueuses des 7 ans de cohabitation, redoutable écueil de lassitude qui guette les amoureux les plus sincères….

La jeune femme avec son ravissant carré blond, ses allures de chef d’entreprise, est éblouissante. Légère et court vêtue - quel jeu de jambes campées sur talons aiguilles - Cécile Florin ménage son entrée en scène. Pourtant, d’une certaine manière maître du jeu, elle est armée d’une logique implacable et nullement prête à se laisser berner par la moindre entourloupe. Le combat des chefs peut commencer. Mise en scène très astucieuse d’ Alexis Goslain. Jeux de costumes très pétillants d’esprit. A la manoeuvre : Sophie Malacord. Et aux lumières : Laurent Comiant.

Ah ! On allait oublier la voisine, archétype de la commère curieuse et bavarde et hypocrite, qui se voit impliquée dans le tourbillon moqueur des chassés croisés. Un personnage haut en couleurs qui n’hésite pas à surjouer, et cela fait aussi rire de bon cœur. Catherine Claeys allume les applaudissements.

 On admire au passage le décor petit bourgeois semi moderne et décontracté, bleu ciel et crème signé Francesco Deleo.  Pour les accessoires, un conseil : ne pas mélanger gerbes et couronnes, si ce n’est par… dérision. Donc, un point en plus.  " Molière de la meilleure comédie 2023 "

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Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

 

Du 18 septembre au 13 octobre 2024 au théâtre Royal des Galeries

Billetterie : du mardi au samedi de 11h à 18h - 02 / 512 04 07

https://www.trg.be/une-idee-geniale

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administrateur théâtres

Spectacles

Monte Cristo? Tout un destin. Glaçant. Tout démarre avec le sort innommable des prisonniers politiques, ces victimes de délits d’opinion et leurs conditions de détention atroces. Cela vous dit quelque chose ?

 Et pour exemple Edmond Dantès, héros du roman feuilleton Le Comte de Monte Cristo (1844-46), jeune marin, dans cette belle production du Théâtre du Parc, sous les traits de Quentin Minon. Il est accusé à tort de bonapartisme et enfermé sous le nom de Numéro 34 dans la forteresse du Château d’If au large de Marseille pendant 14 ans. Une chance, il se lie d’amitié au fond de son sépulcre avec un vieux détenu, brillant homme d'église, incarné par Guy Pion, l’inénarrable abbé Faria, qui lui servira de précepteur enthousiaste. Une bonne âme de Sichuan ?  

Question de ménager un peu la sensibilité des spectateurs, il y a un côté Bertolt Brecht dans l'écriture magistrale de Thierry Debroux.   Cette fois, le très malicieux Guy Pion, encore lui, grand pourvoyeur d’espoir, presque un deus ex machina, se présente comme un lecteur passionné de l’œuvre du grand Alexandre et endosse adroitement le rôle intemporel de narrateur omniscient. Le comédien est en pleine forme, car, depuis sa plus tendre enfance, il s’est réfugié dans la lecture salvatrice, dans l’imaginaire, pour fuir les brimades du monde. Conseil aux plus jeunes ?

Question mis en scène, la situation effroyable de ce jeune homme mis au cachot à 19 ans, par traîtrise et pour de soi-disant délits d’opinion, est illustrée par la scénographie saisissante de Thierry Debroux et Saïd Abitar. L’atmosphère étouffante est celle du ciel de Baudelaire qui pèse comme un couvercle, du pendule fatidique d’Edgar Poe et une référence obstinée aux œuvres de Pierre Soulages, ou : comment faire de la lumière avec du noir. Les couleurs ? Absentes ou presque.  C’est le noir du puits sans fin d’un monde fossilisé dans la haine, comment en sortir ? La question sous-jacente ? 

Il y a pourtant le Rouge sang de la vendetta sur les mains. Il éclate régulièrement derrière les panneaux mobiles et les praticables qui s’écartent et se referment pour donner le frisson de la mort : un trop plein de haine nourrie de vengeance. Pour couronner le tout, Bea Pendesini (création de costumes) a osé. Voilà des comédiens qui osent les costumes verts… Vert émeraude comme le green eyed monster ! La peur et l’angoisse hantent les planches.  Aux lumières, Xavier Lauwers, à la création de vidéos, Allan Beurns et aux impressionnants décors sonore, Loïc Magotteaux qui, sans relâche enchaîne bruitages et références musicales, des polyphonies corses à Beethoven.   Ce trio émérite de mousquetaires artistes s'unit pour créer des tableaux graphiques et grandioses. Mais, entre l’intensité du jeu des comédiens et la noire splendeur des décors, que choisir ?  

 

 Toutefois, revenons au personnage principal. Grâce à son amitié avec l’abbé Faria, le prisonnier patiemment instruit par son mentor, se retrouve libre et Comte de l’île de Monte Cristo, personnage richissime. Il n'a qu'une idée, celle d' assouvir tranquillement et machiavéliquement son immense désir de vengeance. Insaisissable serial killer aux multiples déguisements, y compris celui …d’un bon samaritain, il n'est donc pas totalement diabolique... Là c’est le magnifique Itsik Elbaz qui se mesure avec panache et entêtement à toutes les convulsions de la vengeance.

Certes, la vengeance, est à la fois jouissance et soulagement du persécuté, mais aussi nouvel enfermement, l'abbé aura prévenu... Pire, engrenage aux conséquences finalement franchement dramatiques pour des innocents pris dans la foulée. Et là on verse dans l’écriture d’une noire comédie de Shakespeare. Avec un nombre faramineux de personnages, des changements d’identité, des phrases prophétiques, des brassées de mensonges, des assassinats, des scènes de combat (Emile Guillaume) et aussi une héroïne, exemplaire dans son interprétation, jouée par la merveilleuse Anouchka Vingtier, toute vêtue d’une extraordinaire robe bleue, bleu radieux ou bleu de Blues, tellement l'espoir est absent. C’est la belle Mercédès, l’ex fiancée du jeune Dantès qui s’est laissé séduire par Fernand de Morcerf (Nicolas Ossowski), un voyou dans l'âme et un traître, bref, représentant un monde de notables et de banquiers plus pourri que le royaume de Danemark. Il faut dire que quand la Justice est absente, grande est la tentation de la faire soi-même.

Mention spéciale pour deux autres femmes intrépides : la royale Haydée (Tiphanie Lefrançois), somptueuse esclave, victime des agissements du comte de Morcerf, et Valentine (Lou Hebborn), un adorable bijou de fraîcheur et de jeunesse.  Et pour achever de nous fasciner, voilà aussi le jeu innocent de ces deux jeunes garçons pré-ados, perdus dans le poison fétide d’une société qui se dévore. Très touchants. Et dire que, Vingt ans avant, c’était …le bonheur !

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

Crédit Photos:  Aude Vanlathem

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administrateur théâtres

They did it! A la Comédie de Bruxelles

En tournée.... 

                        Titulaire du prestigieux Prix Maeterlinck de la Critique, Daniel Hanssens, sacré roi de l’humour, a tout fait  : cinéma, enseignement, comédies musicales. Qu’il soit comédien, metteur en scène, réalisateur… ce qui lui importe depuis quarante ans, c’est le public. Et dernièrement, du 12 au 17 mars 2024 au Centre culturel d’Auderghem avec sa création de "Ladies Night", il a fait un vrai tabac devant public joyeux et  sans complexe, ravi de jouer  le jeu par un accueil délirant.

                        Cette pièce qui se termine par un effeuillage intégral pourrait sembler un brin racoleuse, mais non! Qu’il pleuve ou qu’il vente, Daniel Hanssens sait prendre des risques et doit avoir une bonne étoile. On sent qu'il a comme impératif la flamme de la création, surtout si ça sert l’humain, l'humour et la bienveillance.  Ainsi,  cette pièce montée avec brio est une vraie partie de plaisir.   Voilà une  adaptation belge très réussie  de l’une des meilleures comédies britanniques des années 1990 “The Full Monty” ( traduire “ Le grand Jeu”) de Terrence McNally et David Yazbek, film inspiré  lui-même, de la pièce de théatre LADIES NIGHT écrite en 1987 par Anthony McCarten et Stephen Sinclair.

                       Le pitch: les usines ont fermé et des hommes désemparés et au chômage se retrouvent au café du coin. L’homme contre la machine, vous connaissez? Humiliés et  confrontés au manque d’argent, ils broient du noir. Le hasard leur fait soudain un monumental clin d’œil et voilà l’un d’eux prend les devants et veut convaincre les copains de monter un spectacle de strip-tease masculin pour gagner de l’argent et se refaire une dignité. Le feront-ils ou pas? That’s the question ! Valse hésitation, réticences, peur du regard des autres… estime de soi à zéro, on n’en aura jamais fini avec la misère et l’exploitation des petites gens :  le tenancier du bistrot, un black, un meneur, un rondouillard, un timide, une grande gueule, et un rocker. Mais ils  finiront par sortir le grand jeu, et se prouver qu'ils existent malgré leur détresse sociale, familiale et morale.  Sept hommes ... et une femme! 

                       Tous les genres de comique y passent, le public rit de bon cœur devant les situations les plus scabreuses, le vocabulaire et les postures osées.  Côté public, on se livre avec délices à une vraie conjuration du rire. Daniel Hanssens  rappelle que la nudité n’est pas le propos. «Ce sont avant tout des paumés qui veulent s’en sortir. Ils sont à bout, ne savent plus payer leurs traites, craignent que leur femme les quitte. Se mettre à nu sera pour eux comme une nouvelle naissance, une manière de se refaire une place dans la société. A l’heure où le taux de chômage ne cesse de grimper, cette pièce est terriblement actuelle. »

                        Après  une semaine de succès ininterrompu au Centre Culturel d'Audergem, si vous ne les avez pas vus,  foncez  les voir au Centre Culturel d'Uccle ! 

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour Arts et Lettres

 

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Mise en scène de  Daniel Hanssens, Assistant à la mise en scène Victor Scheffer

Avec;  Philippe Résimont, Eric de Staercke, Michel Hinderyckx, Pierre Pigeolet, Frédérik Haugness, Georges Lini, Bruce Ellison et Rosalia Cuevas

Décor Francesco Déleo

 Aux Lumières: Laurent Kaye

 Une Production de  la Comédie de Bruxelles qui fête ses 20 ans

 

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