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peur (3)

administrateur théâtres

Spectacles

Je suis retournée voir « Le Dragon » !

Au Théâtre Jean Vilar, Pl. Rabelais 51, Ottignies-Louvain-la-Neuve

Utile. Aujourd’hui, plus que jamais: allez voir LE DRAGON

On rit, on frémit, on reconnaît sans peine les visages contemporains derrière les masques fabuleux, et l’on savoure, avec un léger vertige, les bonheurs paradoxaux de cette immense fable mordante. C’est du conte, mais du conte qui mord.

Une adaptation de Benno Besson. Écrite par Evgueni Schwartz en 1943–44, en pleine terreur stalinienne, la pièce déploie une allégorie d’une limpidité cruelle : un dragon exerce depuis des siècles son despotisme sur une ville. On lui sacrifie annuellement une pucelle, on l’implore, on le sert, on l’excuse. Bref, on s’accommode, voire, on le remercie de ses « bienfaits»!

Jusqu’au jour où un chevalier léger comme une plume et amoureux de toutes les femmes, surgit, décidé à occire le monstre. Marvin Schlick en Lancelot. À ceci près que le héros se meurt. Ou tout comme… La victoire du « vainqueur » se voit usurpée. Le réel, sitôt entrevu, se voit aussitôt « réinterprété » par des autorités qui connaissent fort bien l’art de confisquer la parole …et même la victoire.

Cette féerie satirique, jouée au théâtre du Parc en mai dernier, est sur les planches du Vilar en ce début d’année 2026, une incarnation scénique d’une richesse jubilatoire. Il faut dire que l’air du temps y contribue… On y goûte la justesse incisive du duo Axel De Booseré & Maggy Jacot, à la mise en scène : tout à la fois sulfureuse et poétique, implacable, dépouillée, mythique et indispensable.

La scénographie est d’une simplicité rare. Murailles mouvantes, volumes écrasants, bruitages inquiétants décrivant un univers où l’espace lui-même semble opprimer. On pense à Kafka, à Poe, parfois à Bosch, lorsqu’apparaissent des visions grotesques, hybrides, résolument expressionnistes.

Ce ballet des sons, lumières et voix a tout pour fasciner. Travail d’orfèvre mené par Gérard Maraite, Guillaume Istace et Allan Beurms : nappes sonores terrifiantes, éclairages chirurgicaux, projections infiltrées, contrepoints vocaux… Tout concourt à ce climat d’enchantement sinistre où perle la sueur froide. Merci les baladins, c’est du pur cirque, ce théâtre politique!

Les interprètes – chacun tellement allégorique – se démènent avec une énergie farouche, entraînant le public dans cette incroyable histoire de peur domestiquée et de liberté redoutée. Car tout est là : après huit siècles de tyrannie, la ville préfère son dragon familier à l’incertitude du jour d’après. On sacrifie une vierge ? Certes, mais « il veille sur nous », plaident-ils. C’est le chef-d’œuvre du despotisme : transformer l’oppression en confort. Dans une interprétation magistrale de Fabian Finkels.

Révoltantes et d’une tristesse glaçante, ces multiples scènes de retournement, où les habitants acclament aujourd’hui ce qu’ils dénonçaient hier.

Les parallèles contemporains surgissent, fantômatiques et grinçants. E.Schwartz n’avait pas prévu nos réseaux, nos propagandes insidieuses, notre désinformation systémique, notre réécriture de l’histoire, et l’appétit gargantuesque des milliardaires et des nouveaux impérialistes. Mais toute La mécanique est là, identique.

Les silhouettes féminines, empaquetées en matriochkas-forteresses roulantes et monumentales, figurent à la fois l’obéissance et la transmission de la servitude. Interprétées avec une vérité troublante par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, elles rappellent que le totalitarisme n’est pas seulement un régime : c’est une perversion, un héritage empoisonné, une peur qui se transmet dans toutes les fibres de la société.

Les figures masculines, elles, s’encanaillent dans la caricature grinçante. Le bourgmestre, l’incomparable Othmane Moumen, se tortille s’agite, éructe, et surtout récupère avec un opportunisme olympique le résultat du combat héroïque. Toutes ses postures et ses contorsions grotesques illustrent physiquement sa propre monstruosité et sa répugnante versatilité. Elles symbolisent à la perfection la torsion de la vérité et du réel. Thierry Janssen, caméléon glaçant, endosse le rôle de « fils dévoué », de maître de propagande et de Big Brother projeté sur écran, en virtuose de la manipulation. Encore un monstre. La ville entière est une ménagerie de monstres de lâcheté et d’asservissement, volontaire ou non. Sauf le Chat! Quel bonheur ce Chat, son esprit bondissant, ses yeux qui percent l’obscurité, ces sauts souples et alertes, son amour de la vie … Joué par Julien Besure. Saluons au passage, les multiples rôles de Karen De Paduwa.

E. Schwartz écrit contre tous les dragons:

…qu’ils se nomment Stalinisme, Nazisme ou autres perfides -ismes, ces immondes variantes du rêve totalitaire. Si le merveilleux Lancelot a tué ce terrifiant dragon à trois têtes, combien d’autres hantent toujours cette ville fabuleuse et nos paysages?

Heureusement, le théâtre, parfois, nous fait gagner du courage et rallume les lumières. Ainsi, le « non » final d’Elsa est une vraie bénédiction. Un sursaut d’humanité. Sachez que tout cela s’écrit chaque jour dans Le grand livre du Monde… que Lancelot a découvert dans une lointaine Caverne.

Une lointaine Caverne… Un mythe très ancien... « À cinq années de marche d’ici, dans les montagnes noires, il y a une grande caverne. Et dans cette caverne, il y a un grand livre. Personne n’y touche, mais chaque jour il s’y remplit des pages et des pages. Qui est-ce qui écrit? Le monde entier. Les montagnes et les herbes, les pierres, les arbres, les lacs et les rivières sont témoins de tout ce que font les hommes et tous les crimes, toutes les misères passent de branche en branche, de feuille en feuille, de goutte en goutte, de nuage en nuage, jusqu’à la grotte des montagnes noires, et le livre se remplit. Si ce livre n’existait pas, les arbres se dessècheraient d’horreur et les eaux deviendraient amères.»

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Adaptation : Benno Besson revue par Mireille Bailly – Création et réalisation : Axel De Booseré et Maggy Jacot – Avec Mireille Bailly, Julien Besure, Karen De Paduwa, Fabian Finkels, Thierry Janssen, Othmane Moumen, Marvin Schlick et Elsa Tarlton – Création lumières : Gérard Maraite – Création musicale : Guillaume Istace – Maquillage : Pauline Lescure et Wendy Willems – Coiffure : Michel Dhont – Assistanat à la mise en scène : Julia Kaye – Création vidéo : Alan Beurms – Chorégraphie : Darren Ross – Régie lumière : Viktor Budo – Régie son : Tom Falaschi – Régie plateau : Johane Escude et José Bonga – Habilleuse : Tatania Strobbe

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"Les émotifs anonymes" au théâtre le Public

SPECTACLES

Comédie caramel beurre salé! "Les émotifs anonymes"

Surmonter la timidité paralysante, combattre la solitude, voilà le défi des hyperémotifs. Aux rendez-vous des angoissés, Angélique, chocolatière talentueuse, est morte de trac. Tout lui fait peur, elle s’est inscrite aux émotifs anonymes, un groupe de parole, pour faire fondre son malaise. Jean-René, patron d’une chocolaterie en faillite, a des phobies sociales et voit un psy. Le portier d’hôtel a bien raison « Etre seul, il n’y a rien de pire ! ». C’est le chocolat et son désir qui les conduira aux plaisirs de l’amour salvateur. A un train d’escargots… faut-il le dire, et c’est très bien !


Nos deux émotifs sont animés par la même passion : le chocolat. – ©Frédéric Sablon

Une comédie caramel beurre salé, faite pour les 14 février, fébrile, touchante, captivante. La fable drôle et tendre issue du film éponyme, est de Jean-Pierre Améris et Philippe Blasband, l’auteur de « Tuyauterie », jouée sur la même scène où se distinguait déjà le couple mythique : Charlie (Dupont) et Tania (Garbaski), un duo sur scène et à la ville. Arthur Jugnot signe une mise en scène en proximité, car la salle des voûtes du théâtre le Public, s’y prête merveilleusement. Au bout d’un moment, ce que l’on a failli prendre pour des poubelles sélectives, s’avère être l’intérieur d’un coffret de chocolats, design pralines Marcolini, et se transforme en salle de réunion, table de restaurant, lit double dans une chambre d’hôtel, salon, canapé de psy, hall d’accueil de la chocolaterie qui retombe sur ses pattes !… Et vive le langage des fleurs et du chocolat !

Car malgré leur timidité compulsive, les deux émotifs tombent amoureux l’un de l’autre, ce qui génère nombre de quiproquos, malentendus et situations cocasses. Ils font tout pour se défiler, puis se culpabilisent, jusqu’à ce que les cloches victorieuses de l’église annoncent enfin la marche nuptiale. Les deux protagonistes sont adroitement épaulés de deux comédiens agiles mais parfois un fifrelin envahissants : Ayline Yay et Nicolas Buysse qui interprètent les six autres personnages.


Allons, du courage, chers anonymes fragiles ! « Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint », disait l’admirable Montaigne. Et vous, qu’est-ce qui vous paralyse ?

Dominique-Hélène Lemaire ( pour Arts et Lettres)

LES ÉMOTIFS ANONYMES


07/01 > 22/02/20 1H15 CRÉATION SALLE DES VOÛTES À VOIR EN FAMILLE DÈS 10 ANS au théâtre le Public

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administrateur théâtres

 Nous sommes en 1942 dans la France occupée. Deux officiers allemands  ont été  abattus devant un immeuble. Dans un des appartements on fête un anniversaire. Le Commandant Kaubach - il adore Horace et Virgile - vient annoncer  poliment que deux otages devront être désignés parmi les convives… c’est son cadeau d’anniversaire ! « Si vous ne vous décidez pas, je vous fais fusiller tous les 7 !» 

Julien Sibre a eu l'idée de monter la pièce en 2001, en voyant à la télévision le film de Christian-Jaque, Le Repas des fauves, avec Claude Rich, France Anglade, Francis Blanche, Antonella Lualdi. Il contacta Vahé Katcha, l'auteur de la pièce écrite dans les années 60, pour retravailler l'adaptation avec son accord. Cinq ans de travail  assidu, avant de  monter la pièce en 2010. « Je souhaitais un point de vue un peu plus moderne, que le spectateur soit l'acteur d'une histoire à laquelle il aurait pu ou pourrait un jour être confronté. » Aux Molières 2011, le spectacle a gagné 3 récompenses : Molière de l'adaptateur, Molière du metteur en scène et Molière du théâtre privé pour cette chronique cruelle et lucide de la barbarie ordinaire.  Le spectacle a été joué à Bruxelles en 2012 au Centre Culturel d’Auderghem, récoltant un très franc succès. Déjà joué plus de 600 fois, le revoici sous la griffe d’ Alexis Goslain  au Théâtre des Galeries en 2015 en décors d’époque, avec une très brillante distribution de comédiens rôdés aux comédies de boulevard, tous des artistes sincères et généreux. Le sujet est pourtant grave. Et le défi de faire rire dans un contexte aussi tragique relève de la prouesse, car dans ce jeu difficile, la faute de goût guette chacun des gestes des acteurs, chacune de leurs intonations. Et comment rester crédible, ne pas surjouer des rôles qui frisent la caricature?  Le festin des fauves sera-t-il un dîner parfait? Un régal théâtral très applaudi dès la première, en tous cas. Avec Christel Pedrinelli, Stéphanie Van Vyve, Denis Carpentier, Marc De Roy, Dominique Rongvaux, Fabrice Taitsch, Lucas Tavernier et Michel Poncelet.

Tombe la neige!

Max ne viendra pas ce soir,

 Il est liiiibre Max!

Trève de Haiku, la question glaçante que chacun se pose en dehors de l’aveu de la lâcheté de tous en situation de danger de mort, c’est de  se demander quelle vie vaut plus que celle d’un autre ? Et qui peut oser porter ce jugement? Est-ce celle de Françoise qui a le courage de distribuer des tracts de la résistance? Celle du couple Victor et Sophie Pélissier dont on fête justement l’anniversaire et qui pourrait être enceinte? Celle du médecin grisonnant, enclin aux bassesses les plus immondes mais qui pourrait sauver la vie de tout une patientèle et rejoindre sa femme Madeleine? Celle de Vincent, électron libre qui n’a peut-être plus rien à perdre mais qui, dégoûté par la découverte de la lâcheté générale  et la férocité mutuelle des soi-disant « amis », ne se porte plus volontaire pour devenir l’un des deux otages de l’officier allemand ? Celle de Pierre, devenu aveugle au front, ayant combattu pour la France? Celle enfin de cet industriel  exécrable, Monsieur André, l’homme d’affaire bien décidé à sauver sa peau en se mettant du bon côté, en jouant la loi du plus fort et en prenant les commandes pour manipuler tout ce beau monde terrorisé, afin de mieux se protéger? Mais ils sont tous faits comme des rats. Des propos impensables d’inhumanité et de bassesse ou de mauvaise foi fusent de toutes parts  sous le regard  amusé de l’officier. Le public n’a que son rire pour se défendre. C’est un sauve-qui-peut ignoble et détestable, jusqu’au coup de théâtre final.  …Qu’ils aillent donc tous au Diable éternel, se cacher et  boire la honte de leur triste nature humaine.

Jusqu’au 15 novembre, au théâtre des Galeries

Avec : Christel Pedrinelli, Stéphanie Van Vyve, Denis Carpentier, Marc De Roy, Dominique Rongvaux, Fabrice Taitsch, Lucas Tavernier et Michel Poncelet.

Dans la mise en scène d’Alexis Goslain

Décor et costumes de Charly Kleinermann et Thibaut De Coster, les lumières sont signées Laurent Comiant

 

http://www.trg.be/saison-2015-2016/le-repas-des-fauves/en-quelques-lignes__6020

 

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