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poésie (188)

administrateur théâtres

Histoire de plumes et de déjeuner sur l'herbe

 

Où? Quand? ...Comment, un   nouveau « Déjeuner sur l’herbe » ?

Cela manquait à mon tableau de chasse… Après plus de

900 billets culturels pour le Réseau Arts et Lettres

dont un gastronomique,  à propos d’un  délicieux petit restaurant vietnamien aujourd'hui disparu, à deux pas d’une célèbre Galerie d’art

où veilla pendant des années un galant homme de lettres, qui, manquant d’espace, finit par établir son quartier général

loin de la mythique rue Lesbroussart :

 A L’Espace Art Gallery  rue de Laeken, 1000 Bruxelles,

nouveau lieu de rencontres dirigé par  l’aimable Jerry Delfosse.

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Et voici que, la semaine dernière dans ce  poétique quartier des étangs d'Ixelles,

mais en plein milieu de chaotiques ravalements de trottoirs,

de monceaux de nouveaux pavés dans la mare,

à une encablure d’un parking souterrain qui affiche

régulièrement « complet sauf aux abonnés » et « fermé » dès que tombe la neige ou la pluie...

A un saut de puce, vous dis-je, du parvis d’une sainte église de la Croix,

au confluent du paquebot Flagey où viennent de voguer en février  les somptueux Piano Days - on vous en a soufflé mot -

voici pour les lecteurs qui n’ont pas perdu patience, un billet à plumes.

 Ne vous en déplaise, un billet de derrière les fagots, à propos d’un événement propre à briser les ailes d’anges de tous les

puritains et puritaines  qui s'offusquent du plaisir.

Le spectacle se nomme le " Sassy "   du  nom d’un cabaret qui n’a pas froid aux yeux, ni au cœur ni aux corps. 

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 Elles sont cinq complices fabuleuses, qui content la vie avec le corps, et murmurent les temps qui courent. Dès l’entrée de jeu,

voilà trois Grâces à peine vêtues de déshabillés de soie et portant des maquillages à faire frémir Cléopâtre de jalousie.

C’est elles qui donneront le  ‘ la’  à un spectacle plein de surprises. Chacune évoluant dans ce premier numéro,  sur une chaise

pure et dure. Envoyez la musique. Un petit  avant-goût éloquent avant que la présentatrice, œuvrant avec charme comme

 master of ceremonies,  ne prévienne l’assistance du bien-fondé de la poésie et de l’érotisme ou, vice versa. Personne ne quitte

les lieux, subjugué.

 

Un envoûtement préparé avec soin?  Oui,  l’humour bien placé vous guette à chaque tournant de cette vertigineuse odyssée

intime. C’est léger et profond à la fois, comme la légèreté de l’être, c’est tantôt, volcanique,  battant d’érotisme, tantôt parfumé

d’onirisme, tantôt convaincant de vérité, nue, bien sûr. Pour la jeune génération, c’est bruyant à souhait pour cacher les

vulnérabilités. C’est tourneboulant, savamment proposé, intelligemment articulé. Aussi, le public s’affole et siffle de ravissement

tout au  long  de l’exercice de style.  Raymond Queneau où es-tu?  De fait, on se retrouve sans voix devant l’audace, le fond la

forme la puissance et l’énergie gymnaste des demoiselles. Pardon, on a sorti ce terme de la langue française... Elles manient

 aussi, avec brio, la parodie d'une humanité en proie au cynisme le plus effrayant,  et si tragique.

 

Courrez-y, l’an prochain, on vous le conseille, cela se passe chaque année au théâtre littéraire de la Clarencière, 20 rue du Réverbère… Pardon, du Belvédère. À Ixelles. What else? Garanti sans vannes graveleuses.

Bons baisers de la rédaction. 

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour Arts et Lettres

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administrateur théâtres

Ballades en sous-sol à La Clarencière

SPECTACLES

25ème saison du théâtre de la Clarencière

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Ballade Galante de morceaux choisis

Au clair de la lune… mon ami Mathieu… entre d’emblée

…en conversation avec son public, avant de lui envoyer, tels des avions en papier, tant il s’amuse, des volées de billets poétiques amoureux et enflammés : des épigrammes en veux-tu en voilà, des joyaux à la manière courte et ludique, des tirades sous forme de vers, envers et contre tous, des mots anciens qui fleurent les études classiques, le tout, lesté d’accents spirituels, et surtout, en n’ayant pas peur des mots.

Rythme, textes familiers et lointains, avec ses ruptures de ton passionnées, il a tous les atouts, l’artiste ! Le geste, la physionomie, mais surtout bien sûr, la voix…

Cette voix humaine…qui n’a pas froid aux yeux.

Et de la dentelle aux manches pour signifier son amour de Molière et la magie de la scène. Ravi par le verbe, il joue au pastoureau qui rassemble sans lyre ni flutiau. À chacun il parle son langage favori : docte, ironique, candide, amoureux, rabelaisien, ronsardien, grivois parfois le jour de la Saint Valentin, complice, en cent rimes ou raison, pour allumer l’olympique flamme de l’amour toujours…celui qui sauvera le monde.

C’était au théâtre littéraire de la Clarencière, à Ixelles, le soir de la Saint Valentin, avec des textes d’éternité et d’autres, mutins. Le nom de l’artiste : Mathieu, maître en diction poétique.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour Arts et Lettres

 

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 » En compagnie de Mathieu Moreau, balladez-vous dans quelques morceaux choisis de la littérature du 18ème au 21ème siècle et,laissez-vous saisir d’émoi à l’écoute de passages intenses…
De la passionnelle relation de George Sand et Alfred de Musset, à la Fontaine, Voltaire, Corneille, Baudelaire en passant par Apollinaire, Marceline Desbordes-Valmor, Ovide, l’abbé de Latteignant et plus proche de nous, Hippolyte Wouters … et alii  »

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Elle revient, cette soirée dédiée à l’Amour *** Le samedi 23 mars à 20h30 – SOIREE CARITATIVE EN FAVEUR DE NEFER TI ***

Théâtre La Clarencière Rue du Belvédère 20 à 1050 Bruxelles Réservations www.laclarenciere.be

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administrateur théâtres

Avoue! Lorca!

SPECTACLES

Du 23 mars 23 au 1er avril : LE PROCES EN HERESIE DE GARCIA LORCA

Un festival de flamenco est une injure à l’autorité de Dieu! C’est du lourd, mais du vrai, des émotions à fleur de peau.  Des souffrances humaines, des artistes bafoués, la parole confisquée. La révolte qui gronde?

De tous temps, la procédure de l’Inquisition est invariable de par le monde, comme dans la célèbre fable du Loup et de l’Agneau. C’est la loi du plus fort qui prévaut. Non celle de la raison, encore moins celle du cœur. Le texte de José Perez fourmille de rancœurs contre le pouvoir absolu des usurpateurs de tous horizons, en particulier celui bien sûr, de Francisco Franco dont le régime antidémocratique a perduré jusqu’à sa mort, en 1975. En outre, José Perez stigmatise le despotisme d’une église hypocrite, cupide et corrompue qui traitait les femmes comme des esclaves soumises au pouvoir de l’homme. Dénuées du droit à la parole, comment exister? L’église de l’Inquisition a le plus grand mépris pour la femme tentatrice bien sûr inspirée par Lucifer en personne. Et même si les temps bibliques ne sont plus les nôtres, l’autorité religieuse n’hésite pas à manipuler les écrits du grand Saint Paul qui ont vraiment bon dos, pour asséner sa vérité!

Le Grand Inquisiteur qui instruit le « procès en hérésie «  refuse de voir que les femmes célèbrent la vie et la donnent. Santa María llena eres de gracia! Alors que les graines qu’elles sèment sont justement celles de la dignité humaine et de la joie de vivre. C’est leur voix qui chante l’espoir des idées nouvelles. Parce qu’il faut bien qu’elles se battent pour exister.  » Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère »

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Le poète maudit Federico del Sagrado Corazón de Jesús García Lorca a pris le parti de soutenir la vie, la musique, la danse, le chant de la la terre, la joie, la magie de la poésie, contre le mensonge et la prédation institutionnalisés. Il préfère la vérité de la vigne à celle du calice… dont, comble de l’imposture, même son éminence Le Grand Inquisiteur se gausse avec mépris. Sous nos yeux, le poète a le ventre noué par la peur, et ne peut s’en remettre quà Dieu pour sa défense.

Ainsi, José Perez rebat les cartes, prend appui sur l’injustice profonde infligée à son modèle culturel, Garcia Lorca qui tomba sous les balles dans sa ville natale de Grenade le 19 août 1936, en pleine guerre civile espagnole, pour ses idées de gauche. A lui d’instruire un juste procès … des noires années du franquisme!

Pour interpréter son texte, l’auteur s’est entouré d’une équipe de choc: des femmes. Toutes vêtues de redingotes et pantalons noirs qui incarnent surtout des hommes, pour chanter ce procès factice qui broie tout notre sens de la Justice. Dès le premier tableau, elles apparaissent toutes comme des cariatides marquées par la vie, fichées droites contre un mur, prêtes elles aussi, à être fusillées?

Elles émeuvent, par leur jeu précis, leurs regards de souffrance muette, leurs visages aux traits et cheveux tirés, sans l’ombre d’un maquillage, pour dire leur vérité et celle du poète mythique de l’Espagne en colère. 

Car Garcia Lorca veut célébrer le bonheur et l’émerveillement de la vie ici bas et refuse de se soumettre à la peur. Les promesses de l’au-delà qu’il refuse catégoriquement n’ont aucune prise sur lui. Un monde où se lève la menace du fachisme partout en Europe est une menace pour l’intégrité de tous.

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Le travail au cordeau de Denis Gayzal, le metteur en scène est efficace et bouleversant. Les chants du terroir hispaniques de vous nouent le ventre tandis que la guitare sonne le glas. La troupe de comédiennes joue avec conviction la Comédie humaine. Toutes sont attachantes et par bonheur, il n’y en n’a que l’une d’elles, celle qui joue le rôle du Grand Inquisiteur, pour incarner le Mal absolu d’un procès sans espoir de défense. Lorsque L’arbitraire règne en maître, il faut se battre.

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Extrait:

Le Grand inquisiteur: Silence! Recroqueville-toi Lorca! Abjure! Prosterne-toi! Et unis-toi à l’ Eternel, fût-ce dans des noces de sang!

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour Arts et Lettres

De José Perez

Mise en scène : Denis Gayzal

Avec Florine Elslande, Myriam Kaminski, Cecil Rgt , Sylvie Rigot et Jocelyne Sadis

Théâtre La Clarencière Rue du Belvédère 20 à 1050 Bruxelles Réservations www.laclarenciere.be

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administrateur théâtres

SPECTACLES

Un art de scène idéaliste sur un plateau … intimiste

Lui, Francis Lalanne, c’est une guitare chargée d’oiseaux gravés dans le lac noir de ses modulations. Sous sa houppelande fantasque de manouche noir corbeau, il porte des bottes de mousquetaire, et dans son dos, une longue natte, jamais désacralisés par la coupe aux ciseaux. Un regard pénétrant qui perce l’obscurité du monde fouille les visages des spectateurs et cherche leur regard, puisque , par définition, sans le regard du spectateur, il n’y a pas théâtre. La voix de l’artiste ne fait pas tout. La magie, c’est la rencontre. La salle du théâtre de la Clarencière est pleine à craquer, le public est plutôt jeune et désinvolte et se serre l’un contre l’autre. On prie tout bas qu’un cercle magique aura fermé la porte au terrible virus rampant. On prie tout haut que tous veuillent bien mettent leur masque, un rappel se fait en début de spectacle. Mais la foule… ne fait toujours que ce qu’elle veut et la peur de l’autre est tapie dans le cœur des moins jeunes et plus vulnérables, même de ceux triplement certifiés. On ne s’embrasse plus, n’est-ce pas ? Juste avec les yeux, disions nous à Fabienne Govaerts, la pétulante directrice du Théâtre qui garde courageusement le cap à travers les bourrasques culturelles ambiantes. Son masque à paillettes de bronze est son armure. « L’art vivant est mon droit ! »

Des Contes d’hiver pour réchauffer les cœurs servis en duo dans un spectacle qui a de la gueule.

Fabliaux, récits, légendes de monts et de vaux, de déserts et d’océans, voici avec fraîcheur et poésie la structure du spectacle que nous présente Francis et Alice. Tiens ! Ils riment ces deux-là ! Entendez vous ? Et se tiennent par la musique du cœur et des cordes, deux racines latines identiques d’ailleurs et le sentiment en parts égales, fiché comme un étendard dans le corps et l’âme Lalanne. Jolie recette ! “Deux étions et n’avions qu’un cœur”. Alice sort de l’ombre et joue du violoncelle, les yeux fermés, paupières nacrées d’or, visage de madone et chevelure d’ange lisse, elle est son égérie qui lui met les larmes aux yeux.

Les deux artistes en scène se correspondent comme le ying et le yang. Pas l’un sans l’autre. C’est l’un et l’autre. Le souhait d’Alice Poussin, sans équivoque…
Les récits, drôles, stylés, presque tous irrésistibles proposent un déchiffrement, une interprétation du monde et une morale implicite.
Adorables chutes sur un tapis de bienveillance, cérémonie de beau langage bien scandé, plein de couleurs, d’humour, et de saillies poétiques. On sent le public qui s’extasie. Sensibilité à fleur des yeux.
Avec ses loups, Francis Lalanne se sert des animaux pour instruire les hommes. Grenouilles, hérissons, colibris, chameaux, et par dessus tout, les loups, agneau compris ! Il n’hésite d’ailleurs pas  à appeler le plus grand honnête homme du 17e siècle pour souligner son propos. Merci Jean de La Fontaine.  Et à Rostand ? Il emprunte… le panache.

Aussi, à la fin de l’envoi, Francis a touché …son obole : une statuette de couleur turquoise, l’effigie de notre Manneken Pis farceur, que lui a remise la maîtresse des lieux. Une distinction littéraire bruxelloise appelée Le Manneken Prix.


Sachez aussi qu’une troisième reprise est prévue à la Clarencière et que le spectacle est également programmé à Avignon 2022

Le livre, pour chaque spectacle en réimpression, peut vous être dédicacé à l’issue de la soirée  « L’assemblée des loups », Francis Lalanne, Théâtre littéraire de La Clarencière, éditions Lamiroy

L'Assemblée des loups
de et par Francis Lalanne
Avec Alice Poussin au violoncelle
Production : Music Alice

https://www.laclarenciere.be/ Jusqu'au dimanche 19 décembre 2021

Dominique-hélène Lemaire pour Arts et Lettres

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La roche volcanique tient le gaz en maraude
Et quand il se libère, l’espace emplit d’eau chaude
Reçoit par gravité, en couches horizontales,
Une gelée de silice qui donne la calcédoine.
12273400886?profile=originalSi tu vois un caillou, brun chocolat, ridé,
Que tu le trouves moche et le laisse tomber,
T’es passé à côté d’une merveille de la terre ;
Un bijou délicat, c’est « un œuf de tonnerre » !
12273401271?profile=originalAu contraire, intrigué par ta belle découverte,
Découpe la roche en deux pour en polir les faces :
Une étoile à cinq branches, tu découvriras la trace
Ou peut-être un tableau, lequel te déconcerte…12273400895?profile=original

Suzel Swinnen

Légendes :


En-tête : agate à eau, Brésil. Agate enhydre (ou aérohydre), où une cavité centrale (géode) conserve un peu de la solution originelle piégée lors de sa formation et laissant affleurer une bulle de gaz mouvante lorsque on la remue. La silice (calcédoine) a quant à elle précipité en couches concentriques.
Une explication bien prosaïque pour un effet magique.
Poètes, c’est ce qu’on peut appeler l’odyssée de l’eau mère.


12273401697?profile=originalCalcédoine (agate), lithophyse « œuf de tonnerre” (thunder egg), Oregon (Etats-Unis). Quand une étoile éclot dans la rhyolite*…


12273402272?profile=originalLithophyse « œuf de tonnerre » (agate), Sankt Egidien (Saxe, Allemagne). Comme une fleur pétrifiée laissée par la lave refroidie.


12273402657?profile=originalLithophyse (agate) faisant apparaître à notre imagination exaltée (paréidolie) l’image étrange d’un « monstre », la bête de Gévaudan peut-être…

12273402100?profile=original Calcédoine enhydre (Indonésie)
Au centre, la cavité montre une solution biphasée (liquide et gazeuse) mobile.

L’eau est bien un minéral (que l’on aperçoit par transparence),

elle est restée cloîtrée après que la silice se soit cristallisée,

plus ou moins colorée en brun, rouge ou beige par le fer

selon sa concentration.

Cette eau a donc l’âge de la formation de la pierre.

Comme un reliquaire conservant l’eau primordiale,

l’humeur vitrée de l’œil de la terre.

Michel Lansardière : titre, légendes, photographies

* Roche volcanique acide.

12273402473?profile=originalOui, ouvrons l’œil…

12273402865?profile=original … et même les deux

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Terres sacrées, pierres de légendes

12273388053?profile=originalCoup de foudre sur la sierra
(paesine, marbre de Florence)

Pouvoir incantatoire des pierres, puissamment évocateur, jeux de la nature, obsidienne, miroir fumant de l’Aztèque, larmes d’Apache, agate, lithophyse, œuf de tonnerre, fulgurite, céraunie, glossopètre, pierre de foudre, cristal de roche, marbre, pietra paesina


Dans ces messages codés, ces signaux de fumée, ces traces laissées par le temps, j’y ai vu d’étranges correspondances…

12273388283?profile=original Pluie de cendres sur un monde perdu
Gioacchino Toma (1836-1891)
(huile sur toile, détail ; La pioggia di cinere a Napoli)

« Les roches elles-mêmes semblent bavarder, fraternelles,
débordantes de sympathie.
Ce qui n’a rien d’étonnant,
nous avons tous les mêmes père et mère. »,
                                                                                               John Muir (1838-1914)

Dès lors poursuivons le dialogue.

12273388656?profile=originalCoup de tonnerre sur les Chiricahua Mountains

(paesine, marbre de Florence)

Il y a très longtemps, par une violente nuit d’orage, Eclair à plusieurs reprises frappa Femme Peinte en Blanc. C’est ainsi qu’elle donna le jour à Enfant de l’Eau. Quand Eclair jugea qu’Enfant de l’Eau était digne d’être son fils, il lui fit don d’une telle force qu’Enfant de l’Eau put anéantir Géant. Ainsi le Peuple des Forêts, tels que les Apaches se nommaient eux-mêmes, put vivre tranquillement, chassant, cueillant pour subvenir à ses besoins.

(Légende apache)

 

On dirait une terre d’orage

Levée en plein ciel

Une terre de rouille et de ruine

D’ombre

Et de marbre

 

Quelque chose de brutal et d’injuste

En pleine nature

Presque une vengeance       sauvage

De l’homme

Comme revenu de lui-même

Arnauld Pontier, Marbre, 2007

 

12273388869?profile=originalTerre apache

(paesine, marbre de Florence)

Cette pierre, née du hasard, ressemble étrangement au mont Graham.

Même profil que cette montagne sacrée, le « Mont Assis » des Apaches,

 Dzit Ncha Sí Án

« Ici, sur cette terre éternellement jeune et formidablement ancienne, [l’homme] se sent à la fois plus petit et plus grand. Ses yeux ont une portée exceptionnelle, car ils sont confrontés avec des choses qui se trouvent dans l’espace depuis des millions d’années. »,

                                                                                         Elliott Arnold (1912-1980)

« Les actes accomplis et les mots prononcés se sont immédiatement pétrifiés, comme l’exigeait une loi mystérieuse,

à jamais incompréhensible. »

id.

 

12273388696?profile=originalLe chant de la foudre

(paesine, marbre de Florence)

C’est aux sommets des monts Graham, Turnbull, Chiricahua et White Mountain, avec le grondement du tonnerre, que viennent se réfugier les nuages et les Êtres Tonnerres. C’est à eux que les Apaches adressent leurs prières. Gibier, récoltes, pluie, longue vie…

Alors les Gans, les Esprits de la Montagne, « ceux qui ne meurent pas », les envoyés d’Usen, le Grand Esprit des Apaches, le donneur de vie, purent danser.

(d’après les textes recueillis et traduits par Claude Dordis, in Voix des Apaches)

 

12273389874?profile=original Crown Dancer

Septaria (San Sebastian, Guipuscoa, Espagne)

(concrétion marneuse indurée dont les veines de rétractation sont emplies ici de calcite)

Le danseur couronné incarne le Gan, l’Esprit de la montagne.

Il « invoque et danse autour du feu et éloigne la maladie.

Il chasse le maléfice et apporte le bien. »,

Elliott Arnold.

Je suis l’Eclair éblouissant et éclatant,

La vie se tient là, dans sa coiffe,

Dans le cliquetis de ses pendentifs il y a la vie,

On entend ce bruit et il résonne

Et mon chant entoure les danseurs

Et les protège.

C’est le chant de la vie sous le soleil.

 

12273390098?profile=original Hilili

Bois flotté (ramassé pour être honnête sur une plage de Crète)

Les Crown dancers sont souvent cinq, quatre Gans représentent les points cardinaux et un clown sacré.

Koyemsi, le clown sacré des Hopis, introduit d’un cri l’entrée du

maître de cérémonie, Hilili

Riez, tremblez…

 

12273390688?profile=originalGrés de Kanab

(Utah, Etats-Unis)

 

12273390490?profile=originalMonument Valley

(Agate paysage du Brésil)

Vision panoramique, profondeur de champ, dans un technicolor éblouissant, on se projette dans un film de John Ford. Les vastes étendues entre Arizona et Utah, tout ça dans moins d’un millimètre d’épaisseur et dans la dimension d’une vignette (4 x 2,8cm).

 

« C’est un miroir merveilleux qui, à un moment donné,

a reçu l’empreinte et reflété l’image d’un grand spectacle…

la vitrification de notre planète. »,

George Sand (1804-1876)

 

12273391673?profile=original Esprit de la Montagne

Bout de terre sacrée

Grès de Monument Valley ramassé au pied d’une butte au cœur du

 Territoire Navajo.

 « Le moindre caillou, niché au fond d’une poche, peut représenter un instant de mémoire absolu. »,

Maurice Rajsfus (1928-2020)

 

 

 12273391295?profile=originalPeinture sur sable Navajo

Phil & Lucinda Benally, Indiens navajos de Shiprock (Nouveau-Mexique)

Le peuple Navajo croit en un monde d’équilibre.

Mais l’homme peut le renverser, provoquant désastre ou maladie. L’homme-médecine peut tenter de rétablir cet équilibre naturel et guérir celui qui y a contrevenu par des herbes, des prières, des peintures sur sable qui seront dispersées par le vent.

Et des chants.

Ho – Na – Dzon – Age – Ne – Yo

Où sont passés tous les miens ?

Chant de Geronimo

 

12273392669?profile=originalYo – l’oiseau

Agates (lithophyses de l’Esterel, Var)

 

12273393684?profile=originalKokopelli

Fac-similé d’un pétroglyphe anasazi incisé dans le grès acquis auprès d’un indien Hopi au Canyon de Chelly (Nevada, USA).

Courbé par la vieillesse et jouant de la flûte, Kokopelli symbolise la virilité masculine autant que l’humidité bienfaisante et féconde de la saison des pluies pour les peuples indiens du sud-ouest des Etats-Unis.

 

12273393890?profile=originalKachina

Hopi (XXe siècle. Racine de yucca, plumes, cuir)

Kachina-Aigle (?).

Les Kachinas-Oiseaux sont des esprits intercesseurs des dieux très aimés des Hopis. Ils dansent en poussant des cris stridents lorsqu’ils entrent dans la kiva (espace cérémoniel).

Ces poupées magiques fascinèrent les surréalistes, notamment Max Ernst et André Breton. Ce dernier, en juillet 1945, sillonna le Nevada, l’Arizona et le Nouveau Mexique, rencontra les Indiens Hopi, collecta ces Kachinas. Effigies des forces de la nature, règnes animal, végétal, minéral.

 

 

12273394478?profile=original Three Mesas, les ruines d’un monde

ou les veines ouvertes de l’Amérique indienne

Septaria

(les fentes de rétractation sont ici juste saupoudrées de pyrite)

 

 

12273395077?profile=originalCrépuscule indien

Jaspe paysage

Comme dans le Joueur de flûte de Hamelin,

 traités et promesses ne furent guère tenus.

On finit par les parquer dans des réserves

Terme de la Longue Marche Tragique

des Navajos et des Apaches

Piste des larmes

des Cherokee

Soleil Hopi.

12273395469?profile=originalPointe de lance indienne

Jaspe.

Utah

 

12273395500?profile=originalGrés paysage

Finitude d’un monde enclavé, étranglé

sur lequel je pleure.

12273395895?profile=original Politique de la terre brulée

Un monde aujourd’hui renait, déterminé.

Grés (Etats-Unis)

 

Apache sèche tes pleurs

Sur la piste

une étoile

a déposé

une fleur

un calice

Pour qu’au firmament

Terre et Hommes puissent

Passer la voute du temps.

M. L.

 

12273396690?profile=originalThunder egg

(lithophyse « œuf de tonnerre », Oregon)

 

12273397478?profile=originalGrés

Mais que sont les mots pour le temps…

 

12273397885?profile=originalLithophyse

Ce temps qui, tel Cronos le Titan, dévore ses enfants.

Cronos armé de sa faucille, Zeus tenant la foudre.

Tous les hommes sont de la même terre pourtant.

 

« Les oiseaux quittent la terre avec leurs ailes,

et nous, les hommes, pouvons également ce monde,

non pas avec des ailes, mais avec l’esprit. »,

Black Elk (1863-1950),

homme-médecine des Lakota oglala

 

Pour vous conter cette histoire j’ai nourri mon imaginaire de ces curieuses formes minérales, quand « la nature imite si bien les productions de l’art » (Patrin) autant que l’art semble imiter la nature.

12273398098?profile=originalPierre de Florence (Pietra paesina)

Peint par Jacques Deseve, gravé par Gérard-René Le Villain pour l’

Histoire naturelle des minéraux de Eugène-Melchior-Louis Patrin (1742-1815)

 

Michel Lansardière

(texte et photos)

 

Glossaire :

Obsidienne : roche volcanique vitreuse

Miroir fumant : miroir divinatoire en obsidienne destiné à invoquer le dieu Tezcatlipoca.

Larme d’Apache : obsidienne guttulaire.

Agate : quartz microcristallin, une calcédoine déposée en couches très graphiques et aux couleurs contrastées.

Lithophyse : nodule d’origine volcanique empli d’agate.

Œuf de tonnerre : lithophyse où l’agate forme souvent une étoile à cinq branches (thunder egg de l’Oregon).

Fulgurite : tube de silice creux formé par la foudre frappant le sable.

Céraunie : objet que l’on croyait d’origine céleste (cela pouvait être une hache de pierre préhistorique, un minéral comme la marcassite, une météorite, un fossile, bref une étrangeté dont on ne comprenait pas l’origine).

Glossopètre : encore un objet que l’on croyait tombé du ciel (nous sommes Gaulois que diantre ! Il s’agissait en fait d’une dent de requin fossile ou d’une pointe de flèche du temps d’avant Taranis).

Pierre de foudre : synonyme de céraunie.

Cristal de roche : quartz transparent et incolore.

Marbre : calcaire métamorphique, cristallin.

Pietra paesina : la paesine (ou pierre de Florence) est une forme de marbre au graphisme pouvant évoquer une ville en ruine (« pierre aux masures », marbre ruinatique). Très prisée à la Renaissance, on la trouvait fréquemment dans les cabinets de curiosités.

 

Nota : Murillo a peint sur obsidienne, des « miroirs fumants » d’origine aztèque ; Orazio Gentileschi, Antonio Carrache, le Cavalier d’Arpin ou Antonio Tempesta sur lapis-lazuli ; Filippo Napoletano, Francesco Ligozzi, Jacques Stella sur paesine… Après tout où trouver plus belle palette que notre planète.

Dans mes compositions seule la nature a œuvré (un sciage a suffi pour en révéler la subtilité, et un polissage parfois pour en sublimer la beauté), laissant libre-cours à l’imagination.

12273398875?profile=originalPeinture sur paesine (Toscane, début XVIIe)

« Il n’y a pas de miracles.

Plutôt tout est miracle. »,

                                                                                        Saint François d’Assise

M. L.

 

 

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12273380088?profile=originalTabatière chinoise en calcédoine et agate mousse
Un nodule d'agate mousse (la chlorite qui la colore s’étant concentrée dans le noyau) dont le cœur a servi au lapidaire pour sculpter une grenouille sur une feuille de lierre flottant dans un torrent, les légères ondulations de la calcédoine blanche, qui donne corps à cette folle fiole, suggérant le courant. Une fois encore l’artiste a épuisé toutes les ressources de la matière.
La grenouille est par ailleurs considérée comme un porte-bonheur,

une offrande propitiatoire toujours appréciée.
Reine des rainettes sur l’onde voguait…
En poche, succès apportait.

« La grenouille selon la tradition extrême-orientale (les Japonais ont aussi beaucoup d’amitié pour les grenouilles et les crapauds) est une vivante invite à l’insouciance et à la liberté. »,
                                                                                                          François Cheng

Et, comme nous l’allons voir, les histoires dont ces batraciens sont les héros abondent. Crapauds ou grenouilles, la mare grouille…
Saute grenouille !

12273380885?profile=originalTabatière chinoise en fluorite et turquoise
Comble de raffinement, virtuosité, préciosité digne du palais d’Eté, ce flacon allie la fluorite et la turquoise pour figurer un crapaud gobant une libellule en plein vol.
Objet impropre à un usage quotidien qui fit le bonheur du mandarin, du lettré dans son cabinet. Et, comme souvent, ces petites choses sont de grandes inspiratrices d’histoires. Il suffit juste de savoir les écouter…


Croyez-moi, surtout si vous entendez une grenouille ou son coassocié coasser…

12273381275?profile=originalTabatière chinoise en fluorite et turquoise
La grenouille est en fluorite bicolore. Pierre fine de la plus belle eau, elle a été sculptée dans un seul et même bloc. La zone violacée a servi à tailler la grenouille, la partie blanche et translucide a permis de façonner les feuilles
et la grappe de raisin blanc.
La fluorite, longtemps appelée spath fluor (appellation toujours employée en métallurgie, où le spath est utilisé comme fondant), est un minéral assez tendre mais difficile à travailler car son clivage (fracturation selon un plan octaédrique) est parfait, ce qui la rend particulièrement fragile.
L’artiste doit donc déployer des trésors d’ingéniosité, de méticulosité pour la tailler. Une prouesse tant technique qu’esthétique. Il est toutefois évident que cette précieuse fiole n’a jamais contenu de tabac, destinée qu’elle était à orner une vitrine.
Pour un obligé, le présent rêvé destiné à son protecteur.
Pour un courtisan l’assurance d’être remarqué.

La grenouille offerte en cadeau diplomatique
(pochade surprise)

Pas plus grosse qu’un œuf elle flattera tout un aéropage
Tout bourgeois qui veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince ayant des ambassadeurs,
Tout marquis voulant avoir des pages.
Mais gare ! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands
Car si le Soleil se pique,
Il leur fera sentir :
La République aquatique
Pourrait bien s’en repentir.
La louange la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur ;
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur.

A l’eau du spath, pour un pauvre animal,
Grenouille, à mon sens, ne raisonnait pas mal.


M. L.*1

12273381496?profile=originalTabatière chinoise en fluorite et turquoise (détail)
Plutôt qu’une grenouille, il peut bien s’agir d’un alyte (crapaud) accoucheur, symbole de fécondité, dont les œufs tombèrent du ciel,
frai comme la rosée…
Ou même de Jin Chan (ou Chan Chu), le crapaud d’or à trois pattes,
gage de bonne fortune, quoique avide et pour tout dire un peu pingre.
Il est l’acolyte de Liu Hai, « crapaud marin », l’immortel,
le pourvoyeur de richesse.
Il éloigne également le mauvais sort et stimule la fertilité.
On dit qu’il vivrait sur la lune, qu’il l’engloutit un jour d’éclipse,
et qu’il pourrait bien vous aider à la décrocher…
Liu Hai (ou Liu Haichan ou Haichanzi) est parfois assimilé aux huit immortels. Alchimiste, ce demi-dieu, patron des marchands, éternellement jeune et facétieux, était accompagné du crapaud à trois pattes qu’il avait attrapé au fond d’un puits, l’attirant grâce à une ligature de sapèques (les anciennes pièces chinoises, percées en leur centre, étaient liées pour leur transport), car pas plus que les mouches le vinaigre ne l’affriole. Notre crapaud n’est pas sans défauts*2… comme nous allons le voir dans Le crapaud à trois pattes.

12273381097?profile=originalPoids à papier en forme de crapaud, Chan Chu.
Le genre d’objet que l’on trouvait dans le studio du lettré chinois.
Aujourd’hui c’est un talisman censé vous protéger, dans le fengshui,
une forme ancestrale de géomancie où pullulent les charlatans.
Voyez sur le net, Chan Chu n’éloigne pas tous les esprits malveillants !
Les orbes de la pierre évoquent la peau verruqueuse de l’animal
« mangeur de lune », garant de chance, longévité, prospérité.
Document reproduit avec l’amicale autorisation de Jacqueline De Ro,
que je remercie ici et à qui je dédie le petit texte qui suit :

Le crapaud à trois pattes

L’avare n’est que le gardien,
non le maître de son argent

Tombé dans le lacs par la soif de l’or,
sauvé par l’appât du gain,
curieux coup du sort…
Un fil à la patte que tu perdis
par ton inconséquence, pardi
Insensée gloutonnerie.
Que cet avis ne soit pas vain
Crapaud d’argent retient ceci :

Il ne faut pas s’engager à la légère
dans les affaires.


M.L.*3

Non, tout compte fait l’hôte des marais a bien ses quatre pattes,
pourtant le charme opère encore,
- quatre n’est-il point chiffre propice en Chine ? -
la fable était trop belle pour n’être pas contée.

12273381681?profile=original

Tabatière chinoise en fluorite et son bouchon de turquoise
Objets réalisés pour le seul plaisir des yeux et du cœur


«Ce sont des bijoux comme les libellules affairées sur les rivages d’automne.  »,

                                                                                                     Yan Shu, 991-1055

12273382256?profile=originalLibellule stylisée (bouchon)

La libellule est en turquoise, un phosphate de cuivre et d’aluminium,
minéral très apprécié en Chine comme dans tout l’Orient.
Le bouchon forme ici le parfait complément du flacon, le tout donnant
une sculpture animalière originale, réaliste et animée.
La libellule ce sont les beaux jours revenus,
mais aussi le signe d’une certaine versatilité.

12273382484?profile=originalStylisée, mais finement observée...

Il s’agit certainement de la libellule déprimée que l’on trouve jusqu’en

Asie centrale.

Libellule déprimée mâle à l’abdomen bleu turquoise

(couleur plus intense encore chez sa cousine l’agrion jouvencelle)

(photo T. Bekaert, captée sur le net)

La libellule s’envole insouciante

        et tu restes là, dernier lotus,

                   sur ta tige tremblante.

                                                         Bing Xin (ou Pingh Hsin, 1900-1999)

 

Nous envions ces fragiles insectes

Dont, consommé le seul accouplement,

Ou affronté l’unique péril,

S’achève la merveilleuse vie.

                                                 Feng Zhi (1905-1993)

 

Saisissant de vie

La mort fauchant

Cycle naturel

Cœur copulatoire

                                 M.L.

12273382273?profile=originalCrapaud en améthyste (XVIIIe ou XIXe s.)
Bouchon de tabatière sculpté améthyste représentant un crapaud posé sur une fleur de lotus. Ce fécond amphibien est l’emblème même de la fertilité, son possesseur jouirait donc d’une bonne nature et se préserverait ainsi, grâce à une nombreuse progéniture, des injures du temps.

12273382684?profile=originalQi Baishi (1864-1957)
Grenouilles et têtards
(encre sur papier ; photo captée sur le net)

En médecine chinoise traditionnelle, la chair du crapaud luttait contre la dénutrition infantile ou était prescrite en cas de digestion difficile.
Mais comment réduire au silence ces infernaux batraciens pendant la saison des amours ?! Simple, en voilà l’admirable secret, d’après Albert le Grand (ca 1200-1280) : prendre de la graisse de crocodile et l’incorporer à de la cire blanche, puis placer le mélange dans une lampe à huile que vous placez près de la mare, allumez-là et le silence se fera.
Fin de ce carillonnant sabbat.

Michel Lansardière

*1 Adapté d’extraits en italique de La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf (Livre premier. Fable 3) ; Les deux taureaux et une grenouille (Livre second, Fable 4) ; Le Soleil et les grenouilles (Livre douzième, Fable 24) ; La grenouille et le rat (Livre quatrième, Fable 11) ; Le Soleil et les grenouilles, première du nom (Livre sixième, Fable 12). Rendons à La Fontaine… mais lui-même ne puisait-il pas à d’autres sources ?

*2 On appelle « crapaud » un défaut dans un diamant, « Crapaudine » une pierre utilisée en joaillerie, que l’on croyait autrefois provenir de la tête d’un crapaud, en fait une dent de poisson fossilisée. Un peu comme les « glossopètres » que l’on pensait être des langues de serpents ou de dragons et qui étaient en réalité des dents de squales pétrifiées, ou les « acétabules », dents fossiles en forme de cupules, les « bézoards » des concrétions se développant dans le corps de certains ruminants et non des pierres magiques autant que précieuses supposément être de puissants antidotes aux poisons. La crapaudine fut aussi appelée « batrachite » ou « bufonite », que l’on retrouve dans bufo bufo, le nom scientifique de notre crapaud commun, ou dans la bufoténine, un alcaloïde secrété par la peau du crapaud. La crapaudine était sertie dans le chaton d’une bague pour se protéger des miasmes, montée en pendentif contre la fièvre quarte.
Ah les vieilles croyances populaires et les vieux dictionnaires, tel celui d’Elie Bertrand auquel je me réfère. C’était le bon temps où la géologie, la minéralogie et la paléontologie confondues, sciences encore balbutiantes, s’appelaient encore « oryctologie ».


*3 En exergue, cette maxime (Avarus auri custos, non dominus) figurait à l’origine en en-tête dans Le renard et le dragon (Livre IV, Fable XVIII) de Phèdre (ca 14 av. J.-C., 50 apr. J.-C.). Accessoirement, il est curieux de constater que libellule, que notre grenouille avale goulûment, se dit dragonfly (dragon volant) en anglais. En pied du Crapaud à trois pattes, la morale finale, elle est tirée de Les grenouilles à l’étang desséché d’Esope (ca 620-564 av. J.-C.).

12273383098?profile=originalL’art, la main, la matière…
Mais de quoi est faite cette tabatière ?

Pour aller plus loin… crapahutons ensemble sur un chemin caillouteux :
Fluorite : CaF2 ; classe III : halogénures ; système cristallin : cubique ; dureté : 4 ; densité : 3,1 ; habitus : cubique, octaédrique… ça c’est pour la science.
Quelques exemples…

12273382898?profile=originalOctaèdre de fluorite obtenu par clivage.
Fragile et clivable comme un bloc d’halite
(sel gemme, un autre halogénure et homophone de notre alyte rencontré plus haut),
imaginez la difficulté pour sculpter une grenouille dans une masse
qui se réduit en lames suivant de tels plans !

12273383866?profile=originalFluorite rose cristallisée en octaèdre sur quartz.
Un faciès, quoiqu’assez rare, parfaitement naturel !
Les Droites, Mont Blanc (France)

12273383692?profile=originalFluorite verte cristallisée en octaèdres
parfaitement développés en provenance de Russie.

12273384455?profile=originalRare forme de fluorite en agrégats botryoïdaux (forme arrondie en « grappe »)
provenant de Chine. Une structure naturelle là encore.

Michel L.

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12273375864?profile=original


Saltimbanques, mes frères itinérants


12273376079?profile=original
« En tenant son sac sur le dos,
De l’aurore jusqu’au couchant,
Et sa guitare sous le paletot,
Avec sur la lèvre un doux chant ;
Il allait parcourant la terre
Traversant la ville ou les champs…


12273376699?profile=originalBenjamin, c’est une prière :
Joue-nous donc un air entraînant !

L’arbre qu’on avait abattu
Vibre à travers son instrument.
Quand il joue au coin d’une rue,
Il fait chanter le bois d’antan
Et sa musique nous enlève
Chagrins d’amour, chagrins d’enfant…


12273377288?profile=originalEn nous offrant autant de rêves,
Tu nous fais bien passer le temps…

Un jour un mendigot jaloux
A brisé l’archet qui frissonne
Alors qu’il jouait un air doux
Ne faisant de mal à personne…
Et cette jalousie infâme
Faillit détruire le troubadour.


12273377469?profile=original

Mais avec l’aide d’une femme,
Il a trouvé le grand amour…

12273377860?profile=originalViola da braccio

Avec Benjamin, la bergère
Nous chante des airs entraînants ! »


Suzel Swinnen

12273377897?profile=original

Et claquent les galoches !
En avant la bamboche !

Un partenariat A&L : Michel Lansardière pour le titre, le texte additionnel et les photographies (Montluel, Bergen, Stockholm, Prague) sur un poème de Suzel Swinnen.


12273378281?profile=originalA la bohème… 


A tous les saltimbanques, intermittents, chemineaux, traineux, folkeux ou en queues-de-pie, trouvères ou troubadours, artistes de tous pays… que le spectacle recommence !


Aussi pour terminer je vous dédie ce pot-pourri d’Un gas qu’a mal tourné :


Et, gueux d’argent, riche d’espoirs,
J’allais chanter dans les manoirs,
Devant les dames aux yeux noirs
Dont les barons faisaient compagne…


Gaston Couté (1880-1911), Le vieux trouvère

J’entends les violons… Marie
Va petiote que j’aimais bien
Moi, je n’ai plus besoin de rien !
Va-t’en danser à la frairie
J’entends les violons… Marie !...


Id., Va danser


Frairie : fête de village.

12273378696?profile=original
Dis, sais-tu ma jolie
En revenant du bal danser
On a pris les sentiers.
Dis, sais-tu ma jolie
Où s’en vont les petits sentiers ?


Id., Brin de conduite

12273379262?profile=original

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12273376684?profile=originalPapou ? pas papou ? petit papou du papa poule ?
(agate onyx œillée, photo L. M.)

La pierre ? Un bijou !

Rassemblés en colonies
Qu’on surnomme « roquerie »
Les manchots papous font leur cour
Prolongent la race et l’amour…

12273377077?profile=originalPetit manchot papou
(photo captée sur le net)

Sais-tu que le manchot papou
Drague en offrant de beaux cailloux ?
Cadeau obligé : un galet
Pour celle qu’il a choisi d’aimer…

12273376881?profile=originalSur la banquise, ce manchot-là est bien adroit…
Elle ne reste pas de glace… elle fond… elle craque.
(agate, photo L.M.)

Afin de séduire la femelle
Il construit un beau nid de pierres
Pas manchote, la donzelle,
Garnit aussitôt la litière.

12273377672?profile=originalRire… sardonyx (photo L. M.)
Le choix de Séléna, 7 ans et pas manchote
L’élu ? Bien Malouin qui peut le dire !

Au cœur des îles Malouines,
Le pingouin n’est pas fou !
Pour sa tendre Valentine,
Il offre une pierre : « un bijou » !

12273377482?profile=originalTransi, givré… mais content
Elle aime son gorfou des Terres australes,
tous ses papotages et ses papouilles.
Papa papou il est dans l’coup
(agate, photo L.M.)

 12273378082?profile=originalAmical clin d’œil…
Bijou, caillou, papou, scoubidou, fou…
(agate, photo L.M.)

12273378658?profile=originalCe conte poético-humoristique intergénérationnel vous est présenté en exclusivité pour A&L par Suzel Swinnen pour le texte en italique et Michel Lansardière pour les photos et légendes.

12273378482?profile=originalEn habit, prêt pour un voyage de noces.
L’île de Pâques pour nos épousailles ça te dit ?
Mais oui, on emmène le poupard, on pourra pouponner.
Et prends tes bijoux…
(photo Suzel)

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12273371882?profile=originalPrimevères au rendez-vous du Printemps

 

Primevère, la printanière.

 

Primevère, petite fleur printanière

Tu parsèmes nos jardins, nos couverts

Discrète, tu réjouis les espaces verts

Le trille de la mésange charbonnière

Egaie nos vies mornes et confinées

Herbes folles, végétation spontanée

Haies, taillis, halliers, graminées

Rêvez, plantez, semez, laissez aller

La biodiversité ne se réduit aux cimetières

Vous serez mieux en pré qu’en terre*.

 

Michel Lansardière

 

* Plutôt cueillir le jour… Herbicides et pesticides sont interdits dans les cimetières depuis 2015, tandis que le glyphosate reste autorisé dans nos champs jusqu’en 2023. Carpe diem.

 

12273372472?profile=originalMésange charbonnière et mésanges bleues

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12273366467?profile=originalRêve d’idéal

  

      Aux « quatre tentations de l’homme », le vin, les femmes, la richesse et la colère, qui, selon la tradition chinoise, sont les vices communs des mortels qui, en outre, les empêchent de demander l’inspiration au rêve.

      A Pékin, je vous parle de l’ancien Pékin pas de la moderne Beijing, on retient toujours le chiffre quatre : les « Quatre Grands Maîtres Yuan » (les peintres Huang Gondwang, Wu Zhen, Ni Zan, Wang Meng), les « Quatre Bonheurs » en cuisine, les « Quatre Génies » d’un sanctuaire, les « Quatre Professions » pour les classes sociales (de l’aristocratie aux vils marchands, en passant par les paysans et les artisans), les « Quatre Plantes souveraines » (prunier, bambou, chrysanthème, orchidée), les « Quatre grandes inventions » (boussole, papier, imprimerie, poudre noire), les « Quatre Trésors » du lettré (pierres, encre, pinceaux, papier), les « Quatre Livres extraordinaires » (Au bord de l’eau, Les Trois Royaumes, La pérégrination vers l’Ouest, Fleur en fil d’or, ou, selon l’époque pour ce dernier, Le Rêve dans le Pavillon rouge), jusqu’aux « Quatre Livres » de l’enseignement confucéen (La Grande Etude, L’Invariable Milieu, les Entretiens de Confucius et de Mencius) ou les « Quatre Nobles Vérités » révélées par le Bouddha (la douleur ; la racine de la douleur qui est le désir ; la douleur peut être vaincue en atteignant le nirvana ; pour le gagner il faut suivre la voie de la sagesse, de l’éthique, de la méditation) en passant par les « Quatre Montagnes Sacrées » du bouddhisme  (les monts Wutai, d’or, représentant la sagesse, Putuo, d’argent, la compassion, Emei, de bronze, la pratique,  Jiuhua, de fer, le vœu)

La forme la plus pure de poésie chinoise classique est le quatrain. La part belle y est faite aux images simples et spontanées comme fleurs des champs, mais rigoureusement réglée selon quatre figures ou tons. Forme qui évoluera en huitain (qi lü).

      Et même aux temps nouveaux des lendemains qui devaient chanter, aux « Quatre Vieilleries » selon Mao (vieilles idées, cultures, coutumes, habitudes) succédèrent les « Quatre Modernisations » (agriculture, industrie, science, défense) de la Chine Populaire de Zhou Enlai et Deng Xiaoping.

Chute de la Bande des Quatre.

Quatre restera le chiffre de la prospérité. Dans le respect évidemment des « Quatre Grands Principes fondamentaux » inscrits dans le préambule de la Constitution de 1982 : le Socialisme, la Dictature démocratique populaire (admirez l’oxymore), le rôle dirigeant du PCC, le marxisme-léninisme et la Pensée du Grand Timonier.

 

      Humblement, je m’en suis donc remis à une pierre de rêve (mengshi). Celle-ci m’a suggéré quatre textes purement imaginaires que j’ai réunis ici afin substituer aux quatre funestes tentations ces Quatre visions de la porte Vénération des Lettres : Poème visuel, Abolir le temps, L’esprit est un miroir brillant et Essence de vie.

Toutes s’inspirent des Quatre Vertus, les principes fondamentaux du tch’an,  harmonie, respect, pureté, sérénité.

Se retrouvent ainsi les « trois enseignements » de Bouddha, Kongzi (Confucius) et Laozi (Lao-Tseu), piliers de culture chinoise traditionnelle. Du moins vus par un occidental réduit à interpréter des signes, un promeneur qui tente de traduire l’intime et sensible relation qui se crée entre l’homme et la nature. Un peu comme le ferait un moine errant en robe pourpre vagabondant sur le sentier de la longévité.

 

 

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Les Quatre visions de la porte Vénération des Lettres (Chongwenmen*)

 

 

Poème visuel

 

Quand les mots ne suffisent plus

Quand le mystère est trop grand

Que même la pierre ne peut exprimer l’indicible

Que ma plume s’assèche en attendant le jour

Que l’hiver espère un nouveau printemps

Alors la nature toute entière se grave dans ma mémoire

Comment s’en détacher ?

Et je pleure sur le monde d’hier.

 

12273366898?profile=original 

Abolir le temps

 

Il s’assit alors sous le pin de la longévité,

dans cet entredeux, cet entrelacs,

ne servant à rien,

ne faisant rien

Sublime oisiveté

Il n’eut plus ni passé

ni présent

Il ne pâtit de rien

Suprême liberté

Tel le phénix,

oiseau de paradis,

vit au loin un rocher d’éternité

et, passant au-delà de sa psyché,

 il entra dans le domaine où il n’existe ni vie ni mort

Infinie félicité.

 

En italique : Tchouang-tseu (ou Zhuangzi, IVe s. av. J.-C.)  

 

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L’esprit est un miroir brillant

 

Maîtrise de l’esprit sur la matière

En laissant chanter la pierre

Abolir le temps, l’espace

Se soustraire au monde.

 

Juste une sensation de fraîcheur

Un bouquet d’arbres, en fleurs

Un reflet de lune pâle

Saisie d’une caresse magique.

 

Pure jouissance esthétique

Le goût subtil de l’inutile

Du lointain éclat de l’opale

Astre d’une nuit magnétique.

 

« L’esprit est comme un miroir brillant », Shen-hsiu (ou Shénxiù, ca 607-706).

 

 

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Essence de vie

 

Chef-d’œuvre non signé

Chef-d’œuvre d’humilité

Saisir la beauté et la sublimer.

 

Harmonie, respect, pureté, sérénité

 

Humanité délivrée

Simplicité inspirée

Complicité, spontanéité.

 

Transcender l’ordinaire

Creuser aux racines

Pour atteindre l’universel.

 

Conscience, essence de vie

Sincérité de cœur et d’esprit.

 

Ainsi la fleur de cerisier s’abandonne au vent

Gagne l’onde, quitte le réel pour l’éternel.

 

En italique : Sen no Rikyū (1522-1591)

 

 

Michel Lansardière

 

 

A-t-on jamais entendu pareille pierre muette parler ?

A-t-on déjà vu chose inerte ainsi inspirer ?

Une certaine sagesse immanente, sidérale peut-être…

Tout est possible, surtout si l’artiste se fait démiurge, le minéral illusionniste, le poète visionnaire.

 

 

      Voilà, j’ai ici groupé mes quatre « poèmes visuels » pour former un cinquième billet. Cinq comme le sont en Chine les cinq éléments (bois, feu, terre, métal, eau), les cinq couleurs primaires (rouge, jaune bleu, blanc, noir), les cinq saveurs (âcre, aigre, amère, douce, salée), mais aussi les Cinq Classiques (les Livres des Mutations, de l’Histoire, des Odes, des Rites, les Annales du Printemps et de l’Automne) qui forment le canon confucéen à la base de la culture chinoise, les Cinq Dynasties (907-960), les Cinq Empereurs de l’âge d’or du bon gouvernement qui honorèrent le mieux les cinq vertus confucéennes (humanité, intégrité, sagesse, justice, persévérance), les cinq bénédictions (longue vie, richesse, santé, amour, fin heureuse)… Poèmes traditionnellement composés de cinq (quatrain) à sept (huitain) caractères, musique savante.

Si pour les Chinois cinq est un chiffre parfait… pour nous cinq est un nombre premier et six un nombre parfait (c’est la somme de ses diviseurs en-dehors de lui-même).

Cela m’a semblé idéal pour fêter la fin du Nouvel an chinois et clore un mois de février « parfait » lui aussi : quatre semaines commençant par un lundi et se terminant par un dimanche.

 

 

Pour connaître le vertige de la liste (Umberto Eco), la griserie des mots d’un Li Yi-chan (ou Li Shangyin, 813-858) dans ses Notes, comme dans sa litanie des

 

Choses agaçantes :

Des arbres dont l’ombrage coupe la vue

Un mur si haut qu’il cache une montagne

Pas de vin à la saison des fleurs…

et approcher de l’ivresse d’un Li Bai (ou Li Po, 701-762)…

Trois coupes et je maîtrise le Tao

Une jarre pleine et je fais corps avec la nature

 

Quand les coupes d’or se rempliront-elles à nouveau

Sur ces routes qui mènent au Mont de la Porte des pierres ?

 

Les oiseaux s’effacent en s’envolant…

 

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Fond opalescent, ciel bleu :

nuit après nuit, je songe

hiver, lune pâle

merles d’or qui chantez,

versez vos pleurs

abreuvez les dernières fleurs.

Michel Lansardière

(pastiche de Li Yi-chan)

 

 

* Dans le vieux Pékin, au début du XXe siècle, la porte « Vénérations des Lettres » ou « de la Culture » (Chongwenmen, ou Hademen ou Hatamen, ou Wenmingmen sous la dynastie Yuan, 1279-1368) ouvrait sur des quartiers populaires animés par de nombreux artisans.

« Le quartier était habité par des artisans, des petits commerçants,

des porteurs de palanquins, des coolies et quelques rares riches commerçants ou des prostituées. »,

Deng Youmei

Cette porte, connue pour sa tortue marine en fer (dans le temple Zhenhai) qui protégeait la ville fut démolie dans les années soixante.  C’était «  le lieu de prédilection des artistes qui travaillent le jade, l’ivoire, le feutre, le strass et autres matériaux plus humbles. » (id.)

La porte « Vénérations des Lettres » est une des trois voies d’accès internes qui faisaient communiquer la « Ville tartare » (ou « mandchoue », soutiens de la dynastie en place, dite encore, à tort, « mongole », ou « Ville intérieure ». Elle protège la « Ville impériale » - ou « Ville jaune » ou Houang-tchen - avec ses temples et pagodes, ses jardins et lacs, ses hauts dignitaires, qui elle-même enclave la « Cité interdite » - « Ville rouge », Houang-chan-ti-kong - , le Palais impérial) et la « Ville chinoise » (ou « Ville extérieure »).

C’est près de cette porte, à l’intérieur de la « Ville tartare », que s’installeront les légations étrangères à partir de 1860, chacune dans une résidence princière ou Fou (le Tsing-kong-fou, pour le palais de la légation française).

Au sud, près de Suzhou la cité des mille canaux, nous dit Yuan Hongdao (1568-1610) en adepte du bouddhisme tch’an amoureux des paysages, nuages, montagnes et pierres, « Le Kiosque de la Littérature est lui aussi admirable. »

Pour lui, comme l’eau vive « la littérature s’élabore par la concentration et s’exprime par le souffle. »

« Rien, sous le ciel, n’est plus proche de la littérature que l’eau. Elle part soudain tout droit, ou soudain change de cours. ]…[ Rapide ou lente, nonchalante ou brusque, elle jaillit sous dix mille formes. »

C’est quand même fou ce qu’une pierre a à transmettre !

M. L. (texte, notes, photos)

 

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Illustration de tête : Léonard (détail ; fresque murale réalisée par Nadège Dauvergne et Fabrice Minel/Captain’Baf, Méru, Oise)

 

 

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Essence de vie (poème visuel 4)

12273363072?profile=originalSous la lune, ce paysage est encore plus sublime ;

la face cachée des fleurs et des arbres,

l’humeur secrète des monts et des eaux

y ont une autre séduction.

Yuan Hongdao (1568-1610)

 

 

Essence de vie

 

Chef-d’œuvre non signé

Chef-d’œuvre d’humilité

Saisir la beauté et la sublimer.

 

Harmonie, respect, pureté, sérénité

 

Humanité délivrée

Simplicité inspirée

Complicité, spontanéité.

 

Transcender l’ordinaire

Creuser aux racines

Pour atteindre l’universel.

 

Conscience, essence de vie

Sincérité de cœur et d’esprit.

 

Ainsi la fleur de cerisier s’abandonne au vent

Gagne l’onde, quitte le réel pour l’éternel.

 

Michel Lansardière

 

 

« Harmonie, respect, pureté, sérénité » : principes du zen (tch’an en Chine) selon Sen no Rikyū (1522-1591), maître de thé japonais de l’école wabi. Comme lui, le lapidaire chinois, par un travail sur soi, solitaire, communie, interagit avec la nature. Sa pratique vient de l’Eveil.

      Au Japon, le wabi-sabi (wabi : solitude, nature, simplicité… et sabi : vieillissement, patine des objets…) est un concept esthétique et sentimental qui reflète le passage du temps, le travail des hommes, la modestie, la sobriété… que l’on peut trouver dans les choses simples (une pierre, un bouquet, un arbre - ikebana ou bonsaï -, un jardin sec, un parfum - kōdō -, ou la cérémonie du thé). Soif d’idéal.

 

« Quand arrive le printemps,

Je m’assieds dehors pour travailler

Et je ne m’ennuie jamais.

Avec un ciseau dans la main,

De la pierre je fais jaillir des fleurs. »

Anonyme japonais

(Poème du début du XVIe siècle figurant sur un rouleau illustré, ou emaki, le Sanjuniban Shokudin Uta-awase, réalisé suite à un concours de poésie, un uta-awase)

 

 

Illustration : Pierre de rêve (mengshi), détail.

Eau et rocher (montagne miniature du jardin chinois)

Vide médian/souffle/âme/respiration/énergie

 « La lune approfondit le chagrin de nos secrets enfouis. »,

Li Bai (ou Li Po, 701762)

 

La pierre est ordinaire, une couche de calcédoine blanche (cortex) fait ressortir le cœur (noyau ou nucléus) gravé par l’artiste anonyme.

Le banal ainsi est transcendé.

Une pierre dont la contemplation est décidément très inspirante.

 

Puisque au fond rien n’a d’existence,

au moins son cœur de silice résiste au feu

des passions qui nous consument.

M. L.

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L’esprit est un miroir brillant

L’esprit est comme un miroir brillant

Maîtrise de l’esprit sur la matière
En laissant chanter la pierre
Abolir le temps, l’espace
Se soustraire au monde.

Juste une sensation de fraîcheur
Un bouquet d’arbres, en fleurs
Un reflet de lune pâle
Saisie d’une caresse magique.

Pure jouissance esthétique
Le goût subtil de l’inutile
Du lointain éclat de l’opale
Astre d’une nuit magnétique.

Michel Lansardière

« L’esprit est comme un miroir brillant »,
                                                                       Shen-hsiu (ou Shénxiù, ca 607-706).


Ce à quoi Huìnéng (Eno pour les japonais), son maître, le sixième patriarche du bouddhisme tch’an (le Tch’an ou Chan en Chine devint le zen au Japon), répondit :
« Il n’y eut jamais… de miroir clair, l’Esprit est depuis l’origine Absence absolue ».
Huìnéng (638-713), illettré, mais à quoi bon quand l’écrit est impuissant à rendre les vérités profondes, était par ailleurs… graveur (sur bois).

12273360459?profile=originalComme un oiseau sur la branche
Détail (ca 3x3cm) d’une tabatière chinoise en calcédoine (agate) à deux couches.
La couche supérieure blanche a permis au sculpteur de faire ressortir ces motifs d’oiseaux dans des branches de prunus en fleur, tandis que le cœur gris-bleuté les met en valeur. L’oiseau et de la fleur de prunier symbolisent l’hiver.

En-tête : Pierre de rêve (mengshi) gravée, détail. Une pierre propice à la méditation.

Dans le souffle d’un Yuan Hongdao, j’ai voulu ces
« Propos inspirés par l’entente des cœurs dans une retraite campagnarde, paresseux et libres. »

M. L.

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Abolir le temps (poème visuel 2)

12273358878?profile=original« Nulle pierre ne peut être polie sans friction,

Nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve.»,

Kongzi (Confucius)

Abolir le temps

Il s’assit alors sous le pin de la longévité,

dans cet entredeux, cet entrelacs,

ne servant à rien,

ne faisant rien

Sublime oisiveté

Il n’eut plus ni passé

ni présent

Il ne pâtit de rien

Suprême liberté

Tel le phénix,

oiseau de paradis,

vit au loin un rocher d’éternité

et, passant au-delà de sa psyché,

il entra dans le domaine où il n’existe ni vie ni mort

Infinie félicité.

Michel Lansardière

Une fin heureuse très inspirée (en italiques) de l’infinie sagesse de Tchouang-tseu (ou Zhuangzi, IVe s. av. J.-C.) et interprétée à la lumière de l’énigmatique calligraphie muette et minérale gravée par le lithoglyphe…

Illustration : Pierre de rêve (mengshi)

sur son support en bois réalisé sur mesure (daïza)

Calcédoine (agate)

La composition de l’œuvre respecte les principes de la peinture chinoise classique, celle d’un peintre et poète comme Ni Zan (1301-1374) par exemple, un des « quatre grands maîtres Yuan » : un arbre en avant, un rocher, une montagne en arrière-plan, coupés en leur mitan par un plan d’eau.

Ce plan d’eau, tel un silence dans une partition, c’est un souffle,

un vide animé, une onde qui relie et unifie le yin et le yang.

Recherche esthétique autant qu’éthique.

Le glypticien a travaillé ici en léger bas-relief pour le plaisir du lettré.

Objet de curiosité pour les uns, de méditation pour les autres.

Notes :

L’agate mesure 10,5 x 7,5cm, 12 cm de haut avec son support. Cette pierre de rêve aurait été réalisée, sublimée, dans une pierre locale assez banale (le Brésil devenant le premier fournisseur d’agate de très belle qualité dans les années1840) sous la dynastie mandchoue des Qing, probablement entre 1750 et 1850.

Glypticien : spécialiste de la gravure sur pierre (intailles et camées). On parlera indifféremment de glypticien, lapidaire, graveur, voire tailleur, ciseleur, sculpteur. Quant au lettré Littré, toujours distingué, il emploie le mot lithoglyphe. Pour le graveur sur cristal de roche (quartz) on utilise parfois le terme de cristallier, en Belgique notamment (un mot qui désigne aussi, dans les Alpes suisses ou françaises, le chercheur de cristaux). Quant au gemmologue (ou gemmologiste) c’est un spécialiste de l’étude des pierres précieuses.

Le phénix chinois, ou fenghuang, règne sur les autres oiseaux. Il symbolise les plus hautes vertus et, tout comme la grue blanche, emporte les défunts sur les îles des immortels pour l’éternelle sérénité.

M. L.

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12273349882?profile=originalLapidaire

L’œil, la main, le lapidaire

(L’Art et la Matière)

Lapidaire, ca 1920, Allemagne (Idar-Oberstein ?, C.P.A.).

Intelligence de la matière et cœur de pierre

Où l’on verra que cela n’a rien de péjoratif…

 

« La promesse au tréfonds du caillou dessine en riant le ciel. »,

Jean-Pierre Luminet

 

Ce billet constitue le pendant du précédent, « L’œil, la main, le lapidaire » ( https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/l-il-la-main-le-lapidaire-l-art-et-la-mati-re ), dans lequel des explications complémentaires seront données sur les gemmes utilisées et l’art du tailleur de pierres, le tout agrémenté bien sûr de nouvelles illustrations.

Il y a tant d’histoires à raconter…

 

12273350461?profile=originalL’œil du maître

Aux yeux perçants d’une agate il faut le regard pénétrant du lapidaire… agate œillée ou niccolo (1,8 x 1,3cm ; Indonésie).

 

 

12273351259?profile=originalBouchon de flacon à tabac (Chine, XVIIIe ou XIXe s.) sculpté dans l’améthyste figurant un crapaud posé sur une fleur de lotus, le tout sur 23mm x 15mm ! Dire qu’en gemmologie un « crapaud » est un défaut dans une pierre précieuse !

 

12273351854?profile=originalLe travail des agates d’après le Journal d’un voyage de Cosimo Alessandro Collini (1776)

Le travail des agates à Idar-Oberstein, capitale européenne de la taille des pierres dures, exigeait la collaboration de quatre corps de métiers.

Les mineurs (achat-grübern) qui extraient l’agate des montagnes du Palatinat rhénan. Les tailleurs (achat-schleiffern) qui, penchés sur leurs meules, polissent la pierre. Les foreurs (achat-bohrern) qui percent et façonnent des ébauches que les maîtres-lapidaires parachèveront.

Sur l’illustration on notera :

En bas, à gauche, la meule de grès alimentée en eau ; au centre, le lapidaire couché en position de travail allongé sur son banc (kürass) ; à droite, détail du banc de travail.

Au centre, un touret à polir.

En haut, différents dispositifs pour percer, creuser ou polir au XVIIIe siècle.

 

 

12273352096?profile=originalYin-Yang

 Le grand commencement originel

Yin et yang dansant dans une agate (Indonésie). La glace et le feu, l’ombre et la lumière, le vide et le plein… effet obtenu d’un geste délié.

 

« Le Tao engendre l’Un

L’Un engendre le Deux

Le Deux engendre le Trois

Le Trois donna naissance aux Dix Mille Êtres

Les Dix Mille Êtres s’adossent au Yin

et serrent sur leur poitrine le Yang

L’harmonie naît au vide des souffles médians. »*

Lao Tseu

Pensée complexe dont j’essaie de suivre les méandres.

 

12273352663?profile=originalLa croix et la manière

Une croix se dessine et flotte telle une apparition dans l’agate (Indonésie).

Le lapidaire comme le photographe ou le peintre saisit l’image et de sa main l’impose à l’esprit.

 

12273352870?profile=originalLa montagne de la croix sacrée

Huile sur toile, 1875 (détail)

Thomas Moran (1837-1926)

Mount of the Holy Cross (Colorado) qu’avait photographié pour la première fois en 1873 William Henry Jackson (1843-1942).

Les deux artistes accompagnaient la mission géologique de Ferdinand Vandeveer Hayden (1829-1887) de 1871. Ces trois-là furent à l’origine de la création du premier parc national, celui du Yellowstone.

Art et géologie se recoupent.

 

 

12273353459?profile=originalFigure taillée en bas-relief comme pour un camée dans une moldavite.

La moldavite (de la Moldau pour les Allemands, ou Vlatvite, de la Vlatva pour les Tchèques) est une tectite (ou impactite), c’est-à-dire un verre d’impact dû à la chute d’un bolide de grande taille sur la Terre il y a 15 millions d’années.

Le travail du lapidaire est remarquable de finesse, jouant de la couleur, de la transparence, de l’épaisseur de la pierre pour modeler un visage empreint de noblesse. Bel exemple de glyptique.

 

12273353687?profile=originalMoldavite (ou vlatvite) de Bohème (République tchèque)

telle que le ciel et la terre nous l’ont donnée ! brute !

Cette pierre, quasi extra-terrestre, sans être une météorite mais le résultat de son impact, un métamorphisme de choc, se trouve en Bohème (région de České Budějovice), alors que l’astroblème (le Nördlinger Ries en Bavière) d’où elle a été éjectée se situe en Allemagne à 300 kms !

 

12273354076?profile=original« Monument Valley » 

Agate paysage du Brésil, taillée à Idar-Oberstein en Allemagne. Vision panoramique, profondeur de champ, dans un technicolor éblouissant, on se projette dans un film de John Ford. Les vastes étendues entre Arizona et Utah, tout ça dans moins d’un millimètre d’épaisseur et dans la dimension d’une vignette (4 x 2,8cm).

 

« C’est un miroir merveilleux qui, à un moment donné,

a reçu l’empreinte et reflété l’image d’un grand spectacle…

la vitrification de notre planète. »,

George Sand

 

12273354459?profile=original« La mare au diable »

 Agate paysage (Inde). Des inclusions d’oxydes et d’hydroxydes de fer et manganèse forment ce paysage fantasmé. Ce « dessin » (2,2 x 2cm) est produit de façon naturelle par la croissance fractale d’oxydes. La nature n’a pas de dessein, mais l’homme par son intention révèle l’œuvre. George Sand appréciait tout particulièrement les dendrites. A sa mémoire, c’est donc à un voyage au cœur du cristal que je vous invite ici.

 

12273354875?profile=originalPetite coupe en agate mousse (Inde)

La ‘mousse’ est due à des inclusions de chlorite, un silicate.

Travail particulièrement délicat qui montre toute l’habileté du lapidaire.

 

 

Photos coll. M. L.

 

* Le Tao-tö king, dont cette citation est extraite  est un texte bien obscur pour nous, sujet à controverse. Me référant notamment à François Cheng, il peut s’interpréter ainsi : « Le Vide originel engendre le Souffle originel qui engendre les souffles vitaux, les principes complémentaires du Yin et du Yang s’associent au vide médian faisant naître l’ensemble de la Création. »

 

Notes :

  • Toutes les pierres présentées sont entièrement naturelles, sans traitement (ni colorées artificiellement, ni traitées thermiquement), si ce n’est la taille et le polissage. La nature dans ce qu’elle a de plus beau et de plus secret. Si vous voulez en savoir davantage reportez-vous à la note suivante.
  • Calcédoine, agate, cornaline sont en fait synonymes. On parlera d’agate pour des calcédoines colorées et rubanées (le terme de calcédoine étant souvent réservé pour les couleurs grise ou bleue, de cornaline pour une pierre d’un rouge-orangé, alors que la sardoine est brun-rouge, d’onyx pour une alternance de couches blanches et noires, chrysoprase pour la calcédoine verte… Finalement ce n’est qu’un code de couleurs pour une même matière, un quartz microcristallin. Si l’agate est translucide, le lapidaire doit se montrer extralucide. Connaissance, clairvoyance, il est en intelligence avec la matière. Quant au jaspe c’est un quartz microcristallin opaque associé à d’autres minéraux, des oxydes de fer notamment, qui lui donnent des couleurs souvent vives et variées comme dans l’héliotrope, ou jaspe sanguin, vert moucheté de rouge, ou le plasma, vert tacheté de jaune, la lydienne, charbonneuse, noire... C’est la pierre de touche des orfèvres. Des minéraux à aspect amorphe, de même composition (SiO2) et de même dureté (7) que le quartz qui cristallise dans le système rhomboédrique, formant des prismes hexagonaux avec une terminaison sommitale en pyramide à six cotés.

« Les pierres sont des maîtres muets »,

Johann Wolfgang von Goethe

Chaque pierre a son histoire sans paroles…

… il faut savoir écouter, le lapidaire est volubile.

Sur cet oxymore j’ajouterai que la goethite a été dédiée à Goethe (1749-1832) et que cet oxyde de fer se trouve souvent en fines inclusions. Dendrites et inclusions, tout un monde en soi que j’espère vous faire découvrir un jour…

 

Notes et légendes Lansardière Michel

  

 

12273355865?profile=originalLapidaires et leurs tours à archet

“ Grinding gems –garnets, rubies, sapphires and moonstones,

at Ratnapora, Ceylon “

 (« Le meulage des gemmes-grenats, rubis, saphirs et pierres de lune à Ratnapura », Sri Lanka, ca 1910).

Petits métiers d’art du coin de la rue…

Le procédé est archaïque, mais le résultat obtenu souvent spectaculaire.

 

Lien : "Le luxe, le goût, la science..." Neuber, orfèvre minéralogiste à la Cour de Saxe.

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/exposition-le-luxe-le-go-t-la-science-neuber-orf-vre-min

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Poème visuel (1)

12273355870?profile=original« Si l’on avait vaincu le secret de l’immortalité,
On ne compterait plus les allées et venues du printemps. »,

                                                                                      Anonyme chinois (XVIIIe s.)

Poème visuel

Quand les mots ne suffisent plus
Quand le mystère est trop grand
Que même la pierre ne peut exprimer l’indicible
Que ma plume s’assèche en attendant le jour
Que l’hiver espère un nouveau printemps
Alors la nature toute entière se grave dans ma mémoire
Comment s’en détacher ?
Et je pleure sur le monde d’hier.

                                                                                                    Michel Lansardière

Illustration : Pierre de rêve (mengshi)
Infinie terminologie faite de fantaisie et de poésie, on parlera de « pierres de rêve » (mengshi), « pierres étranges » (qishi), « pierres de couleurs » (caishi)… ou simples « pierres de décoration » (kazari-shi) toutes vous transportent et vous poussent à aimer.
Il s’agit d’une calcédoine (agate), polie comme un miroir,
finement ciselée et dorée sur tranche
(la tranche supérieure est en effet recouverte d’émail doré selon une technique, laque et or, proche du kintsugi, « jointure en or », japonais).

Ce que fit le lettré ?…

Il s’assit alors sous le pin de la longévité…

Le prochain billet lui sera consacré…


M. L.

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L’œil, la main, le lapidaire

(L’Art et la Matière)

12273353284?profile=original

L’œil appréhende, examine, perce, envisage
Dans l’inerte, le brut, la trace de quelque visage
Pierre roulée amasse dendrites, inclusions, formes
Mémoire des temps immémoriaux, informes.

12273353861?profile=originalDevant l’innommable, l’inconnu, l’étrange
La main soupèse, évalue, espère et tranche
La tête sur le billot, la silhouette, le paysage
Certains voient dans cette révélation un présage.
12273353875?profile=originalDans l’ombre de l’atelier le lapidaire est un expert
Hasard ou intuition, heuristique et probabilité
Il discerne, interprète, modèle l’objet à façonner
Qui sans lui ne serait que galet, caillou sans vie.
12273354267?profile=originalEn la matière, sa savante lecture des pierres
Taille, clivage, sciage, polissage et manière
Mettent en lumière et offrent à l’imaginaire
Du cristal inanimé, son âme, ses mystères.

12273354660?profile=originalArtiste obscur, artisan habile et téméraire
Devin, maïeuticien d’une réalité augmentée
Pour nos sens à jamais émerveillés, ravis
De ce tour d’où jaillit l’étincelle, l’esprit.

Michel Lansardière
(photos coll. M. L.)

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Si vous voulez tout savoir sur les pierres présentées en interlignes tels des culs-de-lampe historiés et le travail du lapidaire, je vous convie à lire le billet suivant :

« Voyage au cœur du cristal »

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/voyage-au-c-ur-du-cri...

12273355292?profile=original

12273355076?profile=originalJe dédie ce poème aux artisans d’art, et plus particulièrement à mon grand-père.

Penché sur son banc de finition, cette photo ancienne d’un lapidaire allemand me le rappelle.

Mêmes gestes, même attitude, même silhouette, même amour du travail bien fait, même air bienveillant. Flamand (de Lede), il fit la guerre de 14-18, qui le rendit antimilitariste, s’installa et se maria en France.

Il m’éleva avec ma grand-mère jusqu’à son décès en 1966. Il était artisan-bottier.

Il s’appelait Petrus Flonius Bijl (Pierre Byl pour l’état civil français, mais il resta Belge jusqu’au bout),

ma grand-mère l’appelait Floni.

Je pense souvent à lui.

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Gemmes, l’imaginaire, le savoir-faire

12273328462?profile=original

Gemmes, l’imaginaire, le savoir-faire

Dans cet entrelacs minéral primaire
Par un patient travail, le lapidaire
Ondulant d’imaginaire en savoir-faire
(intelligence du geste,
art modeste)
Offre un unique exemplaire
Que l’œil a inventé
(un éclair,
effet Schiller)
La main a sublimé
12273328674?profile=originalPosséder son métier
En bon ouvrier
Là est sa fierté.

Michel Lansardière

En-tête : Taillerie de Royat (Puy-de-Dôme ; ca 1900) : La taille et le polissage des améthystes, rubis, saphirs, émeraudes…
La Société Anonyme des Pierres Précieuses d’Auvergne, « La plus intéressante curiosité du pays » disait la réclame, est fermée depuis 2004. On n’y travaillait plus guère, on ouvrait le patrimoine à la visite… Les prolétaires de la terre ont perdu leur fierté. Hommage leur soit rendu, ils sont dignes d’éloges.


Au centre : petite coupe en agate mousse (pierre provenant d’Inde, mais probablement taillée en Allemagne à Idar-Oberstein). La « mousse » est due à des inclusions de chlorite, un silicate. Travail particulièrement délicat qui montre toute l’habileté du lapidaire.

On appelle « effet Schiller » (ou adularescence, labradorescence, iridescence, opalescence) une interférence, c’est-à-dire une propriété optique obtenue par la réflexion de la lumière sur la structure interne de la pierre et que la taille en cabochon et le polissage révèlent. Plus simplement on peut parler de chatoiement ou de miroitement. On trouve cet effet dans certains feldspaths (labradorite, pierre de lune, pierre de soleil) ou la nacre.


12273328867?profile=originalLabradorite de Madagascar montrant l’effet Schiller.

Convenez que ce miroitement, ce battement d’ailes, est finalement plus séduisant que l’ « effet papillon » qui vous transmet un virus en clin d’œil et sème chaos et désolation.

(photos coll. M. L.)

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Hymne à la Terre nourricière

12273322268?profile=originalHymne à la Terre nourricière

 

Bombe, navette, javelle, fuseau,

fils de feu, pétrifiante parabole,

tissent leur voile au point de croix.

Terre terreur sème ses cataclysmes,

laisse sa trame cataplasme

grains de riz ou marasme

croute de pain, sel de cette sphère

qui en son cœur puise ses ressources

où la vie paie son tribut au destin

Couleur du sang séché

qui abreuve nos sillons,

coulées de boue issues du flanc

de montagnes de cendres

Chant des soldats du sein

de notre mère la Terre

Nuées ardentes, prières de pierres

Désert d’où surgira demain.

 

Michel Lansardière

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Pentes prospères des volcans aux pieds desquels les Anciens s’établirent, à Pompéi ou ailleurs. Ainsi, sur l’île de Pâques, les immenses moaï sculptés par les Rapanuis, du début du XVIe siècle (ou XIe siècle selon les hypothèses) jusqu’à leur déclin dans la première moitié du XVIIe, étaient taillés dans la roche volcanique (tuf) issue de la carrière creusée dans le volcan Rano Raraku (carrière de Puna Pau, à une douzaine de kilomètres de la première, pour les coiffes, pukao, de tuf rouge). Ces idoles étaient tout à la fois des sculptures rituelles et bornes fertilisantes grâce aux sels minéraux (calcium, phosphore) et autres oligo-éléments qu’elles concentrent, maintenant par ailleurs l’hydratation des sols. Une vénération qui vous revitalise. « Il est, paraît-il,
des terres brûlées donnant plus de blé
(ou, en l’occurrence, bananes, taros ou patates douces) qu'un meilleur avril. » Il n’en demeure pas moins vrai que la surexploitation de l’île est devenue emblématique de la catastrophe écologique. «  Neuf cent millions de crève-la-faim, et moaï et moaï et moaï. » Je n’irai pas plus loin.

 

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Photos M. L. :

  • Moaï de l’île de Pâques (Musée du Louvre, Paris) ;
  • Bombe volcanique en fuseau (Chaîne des Puys, Auvergne). Pour obtenir cette forme en navette, il faut que la lave projetée soit encore assez fluide, visqueuse, pour, en tournoyant dans l’air, prendre cette allure fuselée, puis suffisamment refroidie pour ne pas s’écraser au sol comme une bouse. La bombe affecte alors cette allure caractéristique, mais pas si courante, d’un grain de blé, promesse peut-être de moissons futures ;
  • « Pour qu’un ciel flamboie le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? », (J. Brel). Eruption nocturne du Stromboli dans les Îles Eoliennes.
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administrateur théâtres

Les parfums de fleurs de couteau. Rite funéraire. Sous le chapiteau,  toute la Méditerranée en pleurs. Mantilles noires,  mains jointes, les visages chantent un Kyrie Eleison bouleversant. Lux perpetua luceat eis. Pour qui ?  On entoure la veuve.  Le fils voudrait que la mère lui rende son couteau. Tout est là : le désir, la terre et le sang. On plonge d’un coup dans l’univers de Garcia Lorca. Derrière les bribes de mélopée  qui vous prennent  au ventre, surgit le fil rouge,  l’instituteur rouge et libre penseur, ami du poète qui égrènera  son hommage tout au long du spectacle. Cela aussi c’est un rite funéraire.

Le décor est fait d’une roulotte, un fois le voile noir levé,  d’un plateau circulaire de bois blond sur lequel les chaises s’envolent comme des brassées de feuilles mortes.   Décidément, Dominique Serron adore cela! C’est beau, on attend le développement. C’est alors que l’on est pris  par la  bourrasque théâtrale. Le parcours  prend le rythme d’une  traque. Le spectateur s’accroche aux racines pour ne pas tomber.  Il est hors d’haleine, il vient de comprendre que trois histoires  différentes s’entremêlent comme des battements de cœur régulier, pour souligner les thèmes favoris du poète espagnol. C’est ingénieux, parfois dur à suivre, mais tellement palpitant. Il va de soi que les dix-sept  comédiens -danseurs,-chanteurs  changent de peau et d’histoire à chaque tournant… L’inventive Dominique Serron à la mise en scène s’amuse et se repaît des apparences, des visions fugaces, fouaillant toujours  pour atteindre le drame pur. Les yeux des spectateurs sont éblouis par les scènes de village, les chiens, la pleine lune,les malédictions,  la discussion des brodeuses, le deuil omniprésent, le rêve de vie encore plus tenace, la campagne crucifiée par la sécheresse, les préparatifs de noces, le rapport fétide filles-mère, les personnages déchaînés,  la folie, le mal, les danses, les ensembles vocaux. Le corps à corps des amants  ennemis, un paroxysme de tension dramatique,  est un sommet de la  mise en scène. Béjart en aurait fait tout un spectacle.

 Cette trilogie rurale de Lorca qui regorge de mauvais présages: « Les noces de sang », « La maison de Bernarda Alba » et « Yerma » se trouve  ainsi déclinée en musiques chorales, danses et textes  si brûlants de non-dits palpables qu'ils  émeuvent au plus  intime. Cette trilogie  devient une bacchanale envoûtante. Utile de souligner  combien Garcia Lorca  a été  un poète  de la libération féminine, lui qui est tombé sous les balles des phalangistes, quelques mois après l’écriture de ces  trois chef d’œuvres qui dépeignent  l’âme féminine et l’Andalousie profonde. 

Chapiteau Des Baladins du Miroir
Boulevard Baudouin Ier
1340 Louvain-La-Neuve
Téléphone :
0800/25 325 - Réservation préférable
Tarif :
10 à 22€
Public :
à partir de 12 ans
Internet :
https://atjv.be/Desir-Terre-et-Sang

D’après l'œuvre de Federico Garcia Lorca - Adaptation et mise en scène : Dominique Serron - Avec (en alternance) : Irène Berruyer / Léonard Berthet-Rivière / Andréas Christou / Stéphanie Coppé / Elfée Dursen / Monique Gelders / Aurélie Goudaer / Florence Guillaume / François Houart / Geneviève Knoops / Sophie Lajoie / Léa Le Fell / Gaspar Leclère / Diego Lopez Saez / David Matarasso / Virginie Pierre / Géraldine Schalenborgh / Léopold Terlinden / Juliette Tracewski / Julien Vanbreuseghem / Coline Zimmer (Sous réserve de modification. Voir www.atjv.be

Du 19 septembre au 1er octobre 2019

 

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