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liberté (49)

administrateur théâtres

Kinky Boots : Everybody says Yeah!

Spectacles

Kinky Boots, la rencontre entre deux mondes

C’est George (Patrick Waleff), fidèle gardien et mémoire vivante de la maison Price & Sons, impeccable dans son costume old style, qui ouvre le bal. Un personnage d’une élégance désuète qui incarne à lui seul tout un monde industriel sur le point de disparaître. Top chrono, la comédie musicale démarre, certes, mais aussi une aventure qui sait parler aux yeux du cœur.  

Les chaussures ont toujours raconté notre histoire.

Depuis les cothurnes de l’Antiquité jusqu’aux bottes de sept lieues, du soulier de Cendrillon aux sabots d’Hélène, sans oublier mon affection parfaitement assumée pour les Crocs, elles portent nos rêves autant que nos blessures. Et les escarpins rouge vif, tout un programme parfaitement sexy.  Elles nous élèvent, nous protègent, nous transforment. Hélas, elles savent aussi devenir les terrifiants « bruits de bottes » qui jalonnent l’Histoire. Tout un symbole de notre fragilité humaine.

Ainsi, Kinky Boots va se déployer dans la grande cour du château du Karreveld, tandis que les perruches à collier, bavardes et jalouses de la musique semblent ne jamais vouloir aller se coucher. Le 28ᵉ Festival Bruxellons offre une adaptation française, surtitrée en néerlandais, d’une intensité remarquable. Une production généreuse, créative, portée par une troupe aux accents bilingues, totalement investie.

 Au commencement était Simon, l’enfant, amoureux déjà de l’objet fétiche en vernis rouge à talons hauts. Il rêvait en secret de s’élever pour échapper à une autorité paternelle cuisante.

Puis se dégage l’univers gris d’une vieille fabrique de chaussures anglaises increvables où explose soudain un feu d’artifice des sept couleurs. Nos préférées :  le jaune poussin, le vert émeraude, le bleu des mers du Sud, le parme et les cent nuances du rouge passion… Chaque tableau ressemble à une toile fauviste où les costumes dialoguent avec les lumières. Les high heels vertigineux se marient aux gants longs, pour dessiner une première chorégraphie flamboyante. L’heure est à la fête et les carrés blond platine, se métamorphoseront en cascades rutilantes, brillantes de vie et d’énergie, assorties de costumes… dignes de mousquetaires.  Enfin, le crescendo de paillettes s’emparera même de nos propres yeux : quelle contagion !  Une montée en puissance jubilatoire qui fait de cette soirée un réveillon de 31 décembre, déguisé en fête nationale. On rit. On applaudit. On jubile devant l’esthétique.  On oublie le quotidien. Le bonheur circule librement entre la scène et les gradins.  Toutefois, cette exubérance va tisser aussi une histoire beaucoup plus porteuse de sens.

À première vue, il ne s’agit que de sauver une entreprise familiale menacée de faillite grâce à un produit totalement inédit destiné à conquérir Milan. Pourtant, au fil des scènes, le spectacle aborde avec une rare intelligence des thèmes universels : la résilience, la difficulté d’exister dans l’ombre d’un père admiré, le respect de la différence, l’amour filial, la confiance retrouvée, l’amitié, le couple, Ah! L’excellente Lucie Hoellinger en Nicola. Mais par-dessus tout: l’acceptation de soi. On entend la voix d’Oscar Wilde nous souffler: « Be yourself ; everyone else is already taken. » Tout est là. Être soi-même, la chose la plus admirable. Et oser dire oui à ce qui vient en faisant éventuellement demi-tour. Le oui à la vie: « J’veux entendre des Yeah! »

These boots are made for walking… pour apprendre à marcher vers soi-même. 

Le formidable défi lancé à Don par Laura constitue une résolution aussi intelligente que bouleversante, où personne ne perd véritablement et où chacun grandit. La rencontre de deux mondes se produit lors d’un formidable coup de théâtre. C’est cette victoire profondément humaine qui vous laisse une trace indélébile. Son bataillon d’admiratrices vrombit autour d’elle: «Maisquelhomme, maisquelhomme!» Vive la ruche!

Et puis la distribution est remarquable.

Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature.  En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.  

Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage, de reprendre ses droits.

Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.  

Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.

L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges : Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgeois, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi et Pauline Arnout participent tous à donner chair à cette galerie de personnages avec une remarquable sincérité.

Kylian Campbell et Nicoline Hummel, à la mise en scène, maintiennent le plateau dans une vie bourdonnante. Ce foisonnement permanent donne une impression de vérité scénique très réjouissante.

Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont d’une redoutable efficacité. Énergiques, précises, explosives, elles sculptent chaque numéro avec une personnalité propre et entraînent toute la troupe dans un irrésistible mouvement collectif.

Sous la direction musicale de Laure Campion avec à la baguette Thomas Vanhauwaert, l’orchestre sur scène fait merveille. La partition de Cyndi Lauper conserve toute son énergie rock, son émotion et sa générosité. Les voix s’épanouissent dans un heureux  équilibre sonore  qui accompagne aussi bien les instants méditatifs les plus intimes, que les multiples explosions de joie.

Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine. Oui, Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux. Et Bruxelles lui a même ajouté …un supplément d’âme.  Que l’on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement qu’une seule chose : le courage d’être soi.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Kinky Boots: Musical de Harvey Fierstein et Cyndi Lauper

Avec Loïc Suberville, Vincent Heden, Maud Hanssens, Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgois, Frédéric Célini, Patrick Waleffe, Hélène KamersThomas Servranckx, Roland Bekkers, Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert, Douwe Debroux, Thimothée Charles Auffray, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi, Pauline Arnout, Teo Beets, Rémi Forrest et Senne Van Damme

Mise en scène: Nicoline Hummel, Kylian Campbell

Direction musicale: Laure Campion

Adaptation française: Stéphane Laporte

Chef d’orchestre: Thomas Vanhauwaert

Assistanat à la mise en scène: Clara Barlow

Direction polyphonie vocale: Sebastien Jurczys

Coach vocal: Kristel Lamerichs

Chorégraphie: Alexia Cuvelier & Kylian Campbell

Scénographie: Sylvianne Besson & Yves Hauwaert

Lumière: Kaye Laurent

Création des costumes: Béatrice Guilleaume

Créatrice maquillage & coiffures: Djennifer Merdjan

Ingénieurs son: Vincent DebongnieShiba Defrenne & Erik Loots

Photographe: Gael Maleux Photography Une production du Festival Bruxellons !

Info et réservations: www.bruxellons.be

 

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administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénarioFabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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administrateur théâtres

Big Mother, « la Chose » reviendra-t-elle?

Spectacles

 Au théâtre Le Public

La satire… n’est plus matière à rire

« Ils disent parler au nom du peuple mais s’en prennent aux piliers mêmes de la démocratie. Surtout, ils s’attaquent à tout ce qui pourrait les freiner : juges, médias, institutions internationales, universités… »
— Le Monde

Dans son thriller politique, Mélody Mourey confie être inquiète face au futur. « …Parce que je suis réaliste, mais je crois à notre capacité à changer les choses. »

Heureusement, le théâtre est là pour sensibiliser le public aux réalités que nous vivons déjà et aux enjeux qui nous attendent.

BIG MOTHER se joue actuellement au Théâtre Le Public et sera, on l’espère, prolongé la saison prochaine. Ce n’est pas un hasard. Rarement une satire politique aura frappé avec une telle puissance.

Rire de bon cœur de nos travers ? Non, dans cette pièce, on les voit se refermer sur nous comme un piège.

Toutes griffes dehors, cette œuvre brillante alerte, accuse et secoue le spectateur. Elle le met face à ce qu’il subodorait, sans vouloir vraiment y croire : plus rien n’est écrit dans la pierre, notre monde est devenu un lieu où la vérité est une matière volatile et malléable, où l’information se fabrique, où la surveillance se fait …consentie et où nos libertés s’érodent avec notre propre assentiment.

Nous les artistes anonymes
De la sculpture ou de la rime
Tenterons de vous la transcrire
Pour les siècles à venir
Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Rarement un spectacle aura laissé une salle dans un tel état d’épuisement nerveux. Pendant une heure et quarante, sans entracte, Big Mother ne nous accorde pas une seconde de répit. Les personnages courent, s’agitent, enquêtent, s’affrontent, s’effondrent. Les vérités éclatent avant d’être aussitôt ensevelies sous d’autres récits. Le spectacle, d’une densité à couper le souffle, hurle ses vérités à travers des personnages à bout de nerfs, dans un rythme dont on sort submergé et épuisé.

Oui. La violence épuise. Mais si j’avais encore mes grands élèves en charge, j’y courrais avec eux pour en débattre ensuite, comme nous le faisions jadis après An Inconvenient Truth ou All the President’s Men. Ils adoreraient la scénographie tournoyante d’écrans qui, intrus décrits par George Orwell, sont devenus dans notre XXI siècle une compagnie plus qu’utile : indispensable quoique parfois délétère. Ces hublots quadrangulaires, en mode cinéma ou en plans fixes, dessinent les multiples lieux de l’action. En outre, ils permettent une saisissante simultanéité des scènes, composant, paradoxe suprême, un ensemble presque esthétique. Déjà une supercherie. Car ce qui est beau finit souvent par ne plus nous inquiéter.

La musique, digne d’un thriller, accompagne le tout dans des couleurs de délire incandescent.

Autour de cette machinerie fascinante, les six acteurs accomplissent une véritable prouesse. En scène, un merveilleux sextuor : Itsik Elbaz, Salomé Crickx, Tiphanie Lefrançois, Jérémie Petrus, Laurence Oltuski et Nabil Missoumi. Tous jouent « la Chose » avec une conviction et un talent effréné, une précision et une énergie qui forcent l’admiration. Leur impressionnante galerie de personnages se déroule avec une virtuosité sidérante dans des Méta-morphoses nous offrant un miroir implacable de notre monde.

Un livre, on le referme pour reprendre une pause. Ici, impossible. Ce spectacle vous tient dans ses griffes.

On y retrouve, bien sûr, ce vieux principe qui accompagnait nos jeunes années : « Le poète a dit la vérité. Il doit être exécuté. » Et si ça s’appliquait maintenant aux journalistes ? Quelle engeance dangereuse clament tous nos néotyrans. Néanmoins, une banderole édifiante flotte sur le plateau « Killing the  journalist  won't kill the  story! » Une étincelle d’espoir.

Mais aujourd’hui, la machine infernale est plus perverse que jamais. Pour installer une dictature, nul besoin d’exécuter le poète. Il suffit de nous noyer sous un déluge d’informations. De rendre toute certitude impossible, d’annuler nos outils de vérification. De faire en sorte que plus personne ne sache distinguer le vrai du faux, du vraisemblable, du filtré, du fabriqué, du sur-mesure.

Dans Big Mother, Mélody Mourey pousse cette logique jusqu’à son terme avec un concept glaçant : la Totale Démocratie. Une démocratie qui promet avec un large sourire davantage de participation citoyenne grâce au Big Data… …mais qui organise, en réalité, notre consentement.

Nous croyons choisir. Nous sommes choisis.

Nous croyons décider. Nous sommes guidés.

Nous croyons être informés. Nous sommes profilés.

Nous croyons exercer notre liberté. Nous alimentons les algorithmes qui finiront par penser à notre place.

Sous les dehors rassurants d’une BIG MOTHER qui ne nous voudrait que du bien, nos perceptions s’émoussent. Nos indignations s’endorment. Notre vigilance s’efface. Et la réalité finit par nous échapper. Le plus glaçant n’est pas que quelqu’un nous surveille. Le plus glaçant est que nous ayons fini par offrir nous-mêmes toutes les clés… pour nous atteindre. La manipulation atteint alors son apogée alors que la démocratie représentative se meurt sous nos yeux, puisque notre regard est ailleurs.

Même la liberté perd son essence sacrée pour devenir une illusion soigneusement entretenue. Et où est donc passée la lumière ? Nous voilà prisonniers de la noire caverne. Platon en perdrait son grec !

De fait, notre monde est ainsi devenu pire que celui d’Orwell. Et nous découvrons que celui d’Huxley lui prête désormais main-forte. Le premier imaginait une dictature de la peur. Le second est une dictature du confort. Ainsi nous en venons à réussir l’impensable : faire cohabiter les deux.
…Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Alors, chers étudiants de mes jeunes années… Vous êtes aujourd’hui de jeunes parents. Vous souvenez-vous encore du Meilleur des mondes ? Vous souvenez-vous de 1984 ? Nous les lisions comme des romans d’anticipation, en forme d’avertissements nous conjurant d’être attentifs à toute tentation totalitaire. Cette pièce Big Mother (2023) sonne l’alarme. Et qui sait, le tocsin. Face à cette « Chose », il y a urgence citoyenne.

Et bravo à ces six artistes qui donnent tout : la voix, le corps, le souffle, l’intelligence, le rythme. Ils portent cette fable noire avec une générosité et une intensité rares. Car au-delà du thriller, de l’urgence, de l’effroi, de la violence, resurgit une vieille vérité. Celle que formulait déjà La Boétie : « C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être serf ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug. »

 Vous noterez que la véritable question que pose Big Mother n’est pas : Qui nous manipule ? Elle est infiniment plus dérangeante : Pourquoi acceptons-nous si volontiers de l’être ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

De : Mélody Mourey

– Mise en scène : Mélody Mourey

– Avec : Salomé Crickx, Itsik Elbaz, Tiphanie Lefrancois, Nabil Missoumi, Laurence Oltuski et Jérémie Petrus

– Scénographie : Olivier Prost

– Costumes : Bérengère Roland

– Costumière : Sarah Duvert

– Lumière : Arthur Gauvin

– Musique : Simon Meuret

– Vidéo : Edouard Granero, Laure Cohen, Emmanuelle Buchet

– assistés de : Clémentine Kosh

– Habillage : Eugénie Poste

– Régie : Geoffrey Leeman

– Assistanat régie : Junior Neptune

Du  12.05 au 04.07.26

➡ https://bit.ly/BigMotherTickets

 Photos : Gaël Maleux

https://www.theatrelepublic.be/big-mother

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administrateur théâtres

ZAZOUS, DES LENDEMAINS QUI CHANTENT

Spectacles

Au Théâtre Le Public

Hier, c’était le 6 juin.

Le Jour le plus long.

Celui de 1944.

Sur les plages blondes de ma Normandie débarquaient des jeunes hommes venus de l’autre bout du monde pour rendre à l’Europe ce bien si fragile que l’on croit éternel lorsqu’on le possède : la liberté.

Dans les villages de la côte, on commémorait la Libération. On déposait des fleurs, on hissait des drapeaux. On se souvenait aussi que cette liberté eut un prix terrible. Sous le ciel de Ouistreham et des autres villages, des civils innocents mouraient également sous les bombes alliées.

Cette année, à Langrune-sur-Mer, à deux kilomètres du village familial, l’actualité venait troubler les cérémonies. Certains habitants refusaient la présence du Secrétaire américain de la Défense, estimant que ni ses discours, ni ceux du président qu’il représente, ne portent aujourd’hui les valeurs d’humanisme, de paix et d’amitié entre les peuples qui fondèrent jadis nos alliances.

Et moi, fille spirituelle de ces irrévérencieux zazous d’autrefois, nourrie dès l’enfance des mots de Jacques Prévert, de Boris Vian, de la poésie qui résiste à toutes les censures, je me souvenais. Je revoyais une autre place. Une autre foule. Le 8 mai 1968, sur la Grand-Place de Bruxelles, avec mon lycée et d’autres écoles de la ville, nous chantions le Chant des Partisans.  Nous célébrions la paix retrouvée. Il m’en souvient comme si c’était hier. Toutes habillées de blanc, nous avions des larmes de reconnaissance aux yeux. Nous avions l’espoir au cœur et une Europe qui célébrait la paix.  

Alors quel mystérieux hasard a guidé mes pas, précisément ce soir du 6 juin, vers « Zazous, des lendemains qui chantent » au Théâtre Le Public ?

Dès les premières minutes, j’ai senti que nous n’allions pas juste découvrir, la culture zazou tellement peu évoquée dans les cours d’Histoire.  Non, tout à coup, le spectacle, éclatant de couleurs vives sur fond vert de gris, s’est mis à bondir sur scène au rythme du swing, porté par la direction musicale inspirée de Pascal Charpentier. Les univers de Django Reinhardt, Cab Calloway, Boris Vian et des compositions originales s’y rencontrent avec une liberté qui chante la résilience, qui souffle l’espoir et la vie. C’est Charles Trenet, Yves Montand et bien d’autres qui viennent nous chatouiller le cœur. Et aussi Baudelaire : « Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais ! »  On n’est pas sérieux quand on a 17 ans !

Baptiste Blampain, Bénédicte Chabot, Laure Godisiabois, Antoine Guillaume et Cédric Raymond semblent passer naturellement du récit au chant, de la confidence à l’humour, de la légèreté à l’émotion la plus nue. Ils lisent des livres interdits et s’enchantent de citations poétiques. On les adore. Sous la plume collective de Laure Godishiabois et Patricia Ide, l’histoire devient tissu vivant d’une jeunesse qui résiste, le placard vide mais la fleur à la guitare.  Les amoureux qui échangent des mots interdits ont choisi l’insolence des vêtements extravagants, celle du swing et du rire comme acte de résistance. Ils iront percer les pneus de la Gestapo avant d’aller danser clandestinement et conjurer la peur.  Ils déposeront une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe, ils arboreront par provocation et solidarité l’étoile jaune.   Ils combattent avec leur liberté d’être, avec leur refus de ressembler à ce que les régimes autoritaires de Berlin et de Vichy attendaient d’eux.

Avec leurs vestes à carreaux trop larges, leurs chapeaux boule moqueurs, leurs parapluies nommés pépins, les cheveux longs pour les garçons, les jupes très courtes et le rouge à lèvres scandale pour les filles, ils affichent leur goût du jazz et de la bière grenadine. C’est tout l’esprit de Charlie Chaplin.  

Patricia Ide orchestre tout cela avec une remarquable précision. La scénographie mobile de Renata Gorka et les costumes terriblement révélateurs de Chandra Vellut recréent un univers où l’excentricité devient un manifeste politique.

Et puis surviennent ces instants où le tempo ralentit. Les délations.  Les arrestations. Les séparations. La peur. La salle entière retient son souffle. Les larmes montent aux yeux alors que le swing rend la tragédie plus poignante encore. Derrière l’insouciance apparente se cache le courage. Parce que derrière les chansons se cache la résistance.

Et soudain…

Les premières notes.

Celles-là même.

Celles qui traversent les décennies.

Celles qui relient ma Normandie de 1944 à ma Grand-Place de 1968.

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »

Je n’ai pas pu retenir mes larmes. « Le Chant des Partisans » résonnait à nouveau, insistant, essentiel.  Pas comme une relique du passé mais comme un rappel brûlant, un serment, une nécessité face à la terreur.  

À l’heure où tant de démocraties vacillent, où les extrémismes relèvent la tête, où une guerre sanglante ravage les confins de notre Europe, où l’art et la liberté d’expression continuent de déranger les pouvoirs autoritaires, « Zazous, des lendemains qui chantent » nous rappelle avec une lumineuse évidence que la Culture est un acte de résistance. Danser est un acte de résistance. Chanter est un acte de résistance. Créer est un acte de résistance.

Merci à cette formidable troupe de nous avoir réveillés hier soir de notre léthargique apathie, merci de nous avoir rappelé que les lendemains qui chantent se défendent, se transmettent et se chantent. La Honte, c’est quand personne ne bouge.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

https://www.theatrelepublic.be/zazous-des-lendemains-qui-chantent

ZAZOUS, DES LENDEMAINS QUI CHANTENT


14.05 > 04.07.26

1H35

Création

Petite Salle

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administrateur théâtres

La vie, l'amour, etc...

Michel Fugain  ✨, la joie de vivre en partage,  au ✨Whall de Woluwe-Saint-Pierre

 

Il fallait être là, hier soir, dans la confortable salle du Whall à Woluwe-Saint-Pierre, où chaque spectateur bénéficie d’une vue impeccable sur le spectacle. Pendant deux heures, Michel Fugain, 83 ans, a offert à Bruxelles une leçon de vitalité, de résilience et de bonheur de vivre. Un régal !

 

Il célèbre le succès ininterrompu du "Big Bazar" jusqu'en 1977 grâce à ses chansons :  Une belle histoire, Attention mesdames et messieurs, Fais comme l’oiseau, Chante… Comme si tu devais mourir demain, La Fête, Bravo Monsieur le monde, Les Acadiens et Le Printemps, rien que des hymnes d'amour, de bonheur, de liberté et de paix.

 Vent debout, généreux et chaleureux, entouré de musiciens complices, il a donné un concert vibrant d’énergie, où la lumière sculpte chaque chanson comme un tableau. Tout au long du spectacle on valse entre chansons, mots d’esprit, verve parisienne, ses précieux souvenirs, les escaliers de la Butte, le temps des cerises, qu’il chante lui aussi. Comme des dizaines d’autres grands artistes avant lui… il s’y frotte avec émotion, et entraîne un public ému qui entonne, a capella. Il évoque bien sûr la genèse de ce Big Bazar ; c’est l’histoire de nos jeunes années, disons… les 50 dernières ! On retrouve à chaque tournant le peps inimitable d’un artiste qui a traversé les tempêtes de la vie – les deuils, les blessures intimes, les épreuves de santé – sans jamais cesser de croire à la force des chansons partagées. Le spectacle fait une boucle avec au début et à la fin « Chante, la vie chante… » un baume contre le découragement. Mieux que le baume du tigre contre les piqûres de moustiques.

 

 Comme il le confiait récemment : « J’ai su garder mon innocence ». C’est sans doute là son secret, cette fraîcheur qui irrigue encore sa musique et son regard. Et puis, il a gardé toute la chaleur vibrante de sa voix.

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✨ Un concert cousu main avec le fil d’or de sa relation avec Sanda, 22 ans plus jeune, son épouse depuis dix ans. Fière de ses boucles couleur Marilyn, elle est la fille d’un écrivain dissident roumain ayant fui le régime de Ceaucescu. Elle-même, une artiste célébrée en Roumanie avant de croiser le chemin de Michel Fugain, dans un piano-bar corse.  La Corse, un havre de paix, où la montagne tombe dans la mer. Il a d’ailleurs choisi l’île de Beauté pour y finir ses jours. Sanda incarne à ses côtés la force bienveillante et l’ancrage amoureux. « Un amour qui peut changer le plomb en or ; avec un peu d’alchimie, il suffit d’un sourire ! » Leur connivence discrète sur scène, parfois esquissée d’un simple regard, fait scintiller le spectacle.✨

 

Ce qui frappe aussi, c’est la gratitude que Michel Fugain ne cesse d’exprimer vis à vis de tous les artistes et paroliers qu’il a rencontrés. … les Copains d’abord ! Comme Brassens, non ? Et puis la chanson n’est-elle pas d’abord un acte de communion ? En plus, il préfère, dit-il, les petites salles. Cela gomme un peu l’aspect commercial des grand-messes tonitruantes et rapproche le chanteur de son public. À Woluwe, chaque spectateur a le sentiment d’être convié à une fête insouciante où l’optimisme est une barricade contre le malheur. Fais comme l’oiseau !

 

Tout cela ne l’empêche pas de distribuer quelques sérieux coups de griffes aux réseaux sociaux, au platistes, aux bourrins, aux influençeu.r.se. s de tout poil. « De l’air, de l’air, donnez-nous de l’air !» Un truc dont les Roumains semblent raffoler !

 

À travers quelques inconnues, les succès revisités, les rythmes entraînants, ah ! Les Acadiens et les Acadiennes… les respirations plus intimes aussi, c’est toute une trajectoire qui se dessine : celle d’un artiste qui ne nie rien des ombres traversées divorce, maladies, deuils... En particulier l'une des pires épreuves de la vie : la perte de sa fille Laurette, morte à 22 ans en 2022 de leucémie foudroyante. Et pourtant, Michel Fugain choisit inlassablement la lumière. Comme si, à chaque note, il réaffirmait la beauté d’exister, ici et maintenant, ...auprès de sa blonde.

 

Hier soir, Michel Fugain a rappelé à Bruxelles que chanter, c’est encore et toujours une manière de dire oui à la vie. Et ce oui, dans la ferveur palpable du Whall, sonnait comme une ivresse. Un beau roman, une belle histoire...

 

Mais il n’a pas fini et vous déclare sans frémir, que la Faucheuse (ah ! L’ami Georges, encore lui !) est là ! Qu'elle le conduise,  Mais Au… père éternel, forcément ! Parole d’Auvergnat !

 

Et la salle se lève. Le couple se serre les mains sous un déluge de lumière « Viva la vida ! », De la pure magie humaine dans ce final solaire… toutes les mains rayonnent comme des étoiles. Il ajoute : … Bruno à la guitare…. etc. !

 

Au fait, c’était quoi le titre du concert ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

https://michelfugain.fr/ 

https://whalll.be/evenement/michel-fugain/

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administrateur théâtres

Le "Dragon " du théâtre du Parc part en voyage!

A vos agendas pour Le Vilar en 2026!

...Et en ce moment, au Festival de Spa!

"Hier soir, c’était la dernière du 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 à Spa (01 > 17.08.2025)

Un conte aux allures fantastiques, un dragon à trois têtes, un chevalier, un chat qui parle… et derrière la magie, une charge puissante contre toutes les formes de tyrannie.
Ce spectacle est une douce claque, comme une alerte déguisée en fable.
Toutes les représentations ont affiché complet - un record d’audience sur un même spectacle dans l’histoire du Royal Festival. Mais au-delà des chiffres, ce sont vos messages et commentaires qui nous ont bouleversés. Le spectacle laissera une trace dans vos vies… C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Parce que l’art nous aide à penser sans désespérer, à rêver sans fuir le réel. Parce que 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵, écrit en 1943, parle aussi de nous, ici et maintenant.
Et parce qu’un enfant peut s’y émerveiller, frissonner, rire aux éclats, tandis qu’un adulte en capte les résonances plus sombres… c’est là toute la puissance d’un spectacle comme 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 🐉
Oui, la culture est essentielle. Elle nous rassemble, nous éclaire, nous remue. Et c’est à travers vos regards, vos émotions, qu’elle prend tout son sens.
 
 
 Prochaines représentations au Vilar à Louvain-la-Neuve, du 7 au 17 janvier 2026 🎯
 
 
Place Rabelais 51, Louvain-la-Neuve, Belgium
010 47 07 00
info@levilar.be
levilar.be
 
Le Dragon au mois de mai 2025, au théâtre royal du Parc 

Adaptation de Benno BESSON revue par Mireille BAILLY

Pour ce 1er mai, voici un brin de littérature jeunesse qui vaut la cueillette. A l’origine, « Le Dragon » une pièce fantastique, grave et burlesque, écrite en 1943 contre le totalitarisme et l’asservissement par l’écrivain russe Evguéni Schwartz.  Une création pour le théâtre Royal du Parc, réalisée par Axel De Booserré et Maggy Jacot, assistés par Julia Kay.

Vous allez voir ce que vous allez voir, c’est du pur cirque, du Grand guignol, une farce politique dont certains tableaux sont aussi monstrueux que les créatures de Jérôme Bosch… Une fantaisie héroïque ? C’est une féerie inversée, un cauchemar, certes, mais qui s’ouvre fort heureusement sur la lumière. C’est comme cela dans les contes. Et nous voici rassurés sur la nature humaine.

Comme dans le théâtre symbolique de Maeterlinck dans « L’oiseau bleu », une chatte au regard acéré prend la parole. Quel est son regard ? Serait-elle la seule à échapper au despotisme absolu qui semble régner depuis 400 ans sur ce pays imaginaire dirigé par un implacable Dragon ? Magnifique sous toutes ses formes, le regard qui tue, celui-ci se repait chaque jour de taureaux qui lui sont sacrifiés et chaque année, d’une jeune fille totalement résignée   dans l’accomplissement de son devoir. On pense à l’histoire du Minotaure, monstre dirigé par ses pulsions et ses instincts, mais vaincu enfin par le héros grec Thésée.

Avide de pouvoir et destructeur, ce Dragon n’a bien sûr rien des qualités protectrices que lui attribuaient les guerriers nordiques, rien des pouvoirs mythiques du prestigieux Dragon fêté par les cultures asiatiques … ni même la force et le courage du serpent à trois têtes, peint sur le bouclier d’Agamemnon.

Ce Dragon, décrit par l’auteur russe, incarne plutôt le Dracu roumain, tellement présent dans l’imaginaire de ce peuple, et cause évidente de tout mal. Nommer les choses aide parfois à les supporter. Utiliser la parole, c’est finalement déjà, un début de sagesse pour réussir à s’échapper d’un monde concentrationnaire, cimenté par la haine, l’oppression et la peur, et partant, privé de tout espoir de bonheur.

Dès le début du spectacle on se trouve au cœur de la menace de murailles mouvantes qui écrasent comme dans les mondes de Kafka ou d‘Edgard Poe. Des effets sonores et lumineux terrifiants vous remplissent d’effroi. Une prodigieuse bande sons, voix, lumières et vidéo est issue d’une équipe de choc : Gérard Maraite, Guillaume Istace et l’indispensable Allan Beurms qui mènent l’enfer dans un rythme oppressant.   Le but sera atteint, si ce dernier spectacle de la saison du théâtre du Parc, nous fait réfléchir à l’horreur du pouvoir absolu et du culte de la personnalité.

 De nouveaux despotes sont là et nos sociétés risquent même l’asservissement volontaire. Ecrivain de livres pour la jeunesse, E. Schwartz, rapidement censuré par l’administration de Staline, utilisait les vertus du conte pour critiquer le nazisme, afin de stigmatiser l’effroyable pouvoir stalinien.

Sur scène, les femmes empaquetées dans des tenues de Matriochka, mère et fille, telles des forteresses sur roulettes font frémir d’horreur.  Elles sont interprétées par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, toutes deux, saisissantes de vérité. Les caricatures des différents personnages grimaçants évoquent un univers Ensorien: un bourgmestre ébouriffé et fou (l’incomparable Othmane Moumen), Henri, un fils absolument laid et fourbe, au service du fameux Dragon, prêt à sacrifier sa fiancée pour plaire à son maître. Ce même personnage endosse d’ailleurs de façon glaçante le rôle d’une espèce de Big Brother projeté sur écran, responsable d’une communication nauséabonde et de la propagande du pouvoir. Joué avec excellence par Thierry Janssen. Costumes, coiffures, maquillages, chorégraphie, tout se tient pour caricaturer l’atroce tyrannie.

Le seul humain qui nous ressemble est ce merveilleux Lancelot (Marvin Schlick), d’une beauté éternelle, intrépide, léger comme une plume libre, agile comme David… qui a décidé d’abattre la bête immonde.

On attend avec impatience la métamorphose de la jeune fille grâce à l’amour.  On revient à la vie devant l’aide providentielle de Dame Nature et des esprits de la forêt. Voilà le merveilleux de notre cher Maeterlinck à nouveau à l’œuvre dans un jeu de décors inoubliables. Sans doute que nos artistes belges transportent cet esprit dans leurs veines… Un vrai ravissement.

Mais l’histoire est loin d’être réglée après l’épuisante victoire du héros professionnel… Attendez-vous au pire du pire…

Comprenez que le pire c’est la parole définitivement confisquée, et cette ville entière qui s’est prosternée devant ce Dragon. Un assoiffé du pouvoir qui a réussi à s’imposer comme bienfaiteur de l’humanité grâce à la manipulation maléfique de la langue et autres détournements de la vérité. Une langue assez simpliste véhicule ce spectacle, illustrant d’ailleurs les terribles avertissements de Georges Orwell. Mais pour réellement accrocher le spectateur, ne faudrait-il pas un discours encore plus mordant, pour ne pas rater la cible historique du crime stalinien?

Heureusement la distribution flambante est là, toutes griffes dehors pour faire du spectacle une croisade contre l’ensauvagement de notre monde. Les grands favoris de la scène du Parc sont fidèles au rendez-vous : en tête, le très méphistophélique  Fabian Finkels dans le  formidable rôle du Dragon,  avec l’insaisissable Julien Besure  tantôt le Chat, tantôt un citoyen, et  l’effarante comédienne de talent légendaire,  Karen De Paduwa, tour à tour ministre des prisons, Berthe, l’amie d’Elsa, une artisane et l’enfant citoyen.

 

Dans le miroir tendu, chacun peut y voir tout ce qu’il veut y voir : toute une monstruosité en marche, ou une fiction pour la jeunesse pour leur faire aimer le théâtre …. C’est selon, mais une œuvre vraiment utile en nos temps d’absurdité profonde et de libertés insidieusement assassinées.

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

Photo@Aude Vanlathem

LE DRAGON – Théâtre Royal du Parc

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles
02 505 30 30

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administrateur théâtres

Kean Ressuscité au théâtre des Galeries

Spectacles

Kean en crescendo saisissant au Théâtre des Galeries

Mai 2025. Pari osé, pari tenu. Le Théâtre des Galeries ressuscite Kean, d’abord imaginé dans une pièce en 5 actes, par Alexandre Dumas en 1836, puis transfiguré par Jean-Paul Sartre en 1953, dans une version dense, réflexive, parfois vertigineuse.

Ce qui aurait pu devenir une représentation poussiéreuse de héros de théâtre romantique, sous les traits d’un menteur professionnel, se révèle être une mise en abîme haletante de l’identité, du jeu, et de la solitude de l’artiste torturé.

Daniel Hanssens y est immense. La pièce repose presque entièrement sur ses épaules. Et quelles épaules ! L’acteur belge, connu pour sa générosité scénique et son ancrage populaire, atteint ici une forme de sommet dans la tragi-comédie. Il mêle avec virtuosité la gouaille de Falstaff, les états d’âme d’Alceste, le questionnement d’Hamlet, la sauvagerie d’Othello, la débauche de Don Juan. Couvert de dettes, il est tour à tour clown, tragédien, ivrogne, séducteur, enfant blessé. Il passe d’un masque à l’autre sans jamais perdre de vue l’abîme intérieur de Kean : un homme qui ne sait plus où finit le théâtre et où commence la vie. Dans certaines scènes, particulièrement celle du miroir, Hanssens semble littéralement se désincarner : le public, suspendu, devient témoin d’un effondrement autant que d’une révélation.

« Kean », c’est nous, c’est vous, c’est tout lui.

Dans cette triple identification, on entend l’écho de l’existentialisme de Sartre : l’être humain n’est pas une essence figée, mais une construction perpétuelle à travers ses actes, ses choix, et son regard sur soi. Kean, comédien qui perd sa propre identité dans ses rôles, devient un miroir dans lequel chacun peut se voir. Nous sommes tous, à un moment donné, des “Kean” : tiraillés entre l’image que les autres attendent de nous et notre vérité intérieure, fuyante, mouvante, insaisissable.

Jean-Paul Sartre dans sa réécriture de Dumas ne se contente pas de moderniser un texte : il y insuffle sa vision de l’homme, de la liberté, de la responsabilité. Kean, dans ses mains, devient un être en crise, en lutte avec l’absurde de l’existence, avec la nécessité de jouer un rôle — littéralement et symboliquement — pour être aimé, reconnu, exister. Le théâtre devient le lieu même de la conscience de soi.

Daniel Hanssens est la chair de ce mythe. Il ne joue pas Kean : il le devient, au sens sartrien du mot. Il incarne la complexité humaine, dans toute sa grandeur et ses failles. Il nous rappelle que le comédien, comme tout homme, est condamné à la liberté — à la fois bénédiction et fardeau. Par son jeu, il révèle que l’acteur et le personnage, l’homme et son rôle social, ne font qu’un dans le vertige de l’existence.

La mise en scène d’Alain Leempoel opte pour une esthétique épurée : peu de décors ou de mobilier, à part des immenses livres grands comme des portes, et 5 grands miroirs à bords dorés, flottant, avec ou sans tain. Ils captent les personnages ou ceux-ci  les traversent. Des lumières tranchantes, des points de fuite changeants. Partout, les livres de Shakespeare en édition ancienne, jouent les géants silencieux qui montent la garde des lieux, du temps de de l’action. Tout conduit à arracher les voiles de l’hypocrisie et à rendre compte des impostures. Seul le décor de la taverne nous ramène au réalisme du début du 19e siècle. Ce dépouillement sert le propos : l’essentiel est dans le verbe, dans le geste, dans la tension entre ce que l’on est et ce que l’on prétend être.

Ainsi, la troupe solide papillonne avec effervescence autour du lion Kean, cet acteur qui a réellement existé, figure publique adulée, et cependant …aux pieds d’argile, perpétuellement inquiet dans sa quête bouleversante de lui-même et le désir ardent de changer le monde. La mièvrerie, les grimaces, les jeux de dupe, la cruauté, s’entrechoquent autour de lui alors que les rires et l’amusement s’enchaînent la salle. Tous, les comédiens sont de brillants personnages bien ciselés, que ce soit l’aubergiste (Marc De Roy), Salomon, l’intendant de Kean (David Leclercq) ou le ridicule Lord Mewill (Pierre Poucet). Avec trois autres comparses réputés de la comédie : Robin Van DijkVirgile Magniette et Michel Hynderyckx, chacun participe à sa façon au crescendo du jeu de massacre qui se produit au cours de cette effarante construction équilibriste.

Le rôle d’Elena, comtesse de Koefeld (Laurence d’Amelio), épouse de l’ambassadeur du Danemark (Jean-Michel Vovk) est magistralement tenu ainsi que celui de la très merry wife, Amy, comtesse de Gosswill (Christel Pedrinelli), elle aussi, amoureuse du King !

Le rôle du prince de Galles, très improbable ami de Kean, est campé avec le brio du gentleman éternel par l’élégant Dominique Rongvaux.

La pétulante Shérine Seyad, en comédienne en herbe qui ne s’en laisse pas conter, nous séduit par sa franchise et sa vivacité.

Il faut cependant admettre que c’est le monologue intérieur de Kean — incarné dans chaque regard, chaque intonation, chaque geste — qui sculpte vraiment le cœur du spectacle.

Kean, pièce sur le théâtre, nous confronte sur notre manière de jouer à être, chaque jour. Dans cette version incisive et dépouillée, le Théâtre des Galeries offre bien plus qu’un spectacle : toute une expérience existentielle. Un miroir tendu, déformant et troublant. On en sort secoué, peut-être, plus authentique ?

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

  Kean » D’Alexandre Dumas et Jean-Paul Sartre, Du 30 avril au 25 mai 2025 , Billetterie : du mardi au samedi de 11h à 18h – 02 / 512 04 07

 

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administrateur théâtres

SPECTACLES

De part en part, un combat résolument moderne

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  L’excellent Guy Pion dans une antique école des femmes? Un poids plume peut-être, mais qui fait pourtant vraiment le poids face à  Lysistrata, la très brillante Anoushka Vingtier et ses huit filles extraordinairement vaillantes. Car les voilà de plus en plus convaincues et résolues à changer le monde pour rétablir enfin la paix.  En effet, la triste et sanglante guerre du Péloponnèse  dure depuis vingt ans entre la démocratie d’Athènes, grande puissance maritime et la ligue du Péloponnèse, menée par la très oligarchique et jalouse Sparte. Celle-ci n’hésitera d’ailleurs pas à s’allier avec Les Perses, ennemis jurés des grecs, pour signer la chute définitive de la Grèce antique de Périclès. Ainsi, Athènes ne sortira finalement  du feu et de la folie  qu’en 404 avant notre ère, vaincue et humiliée.

  Gravité et sérieux animent donc cette belle comédie d’Aristophane, produite en 411 avant notre ère, en signe de courageuse opposition aux  va-t-en-guerre. Cette oeuvre du grand comique est bourrée bien sûr de jokes  d’humour sauvage et licencieux typique de l’auteur antique.  Faisant quelque peu le ménage dans les allusions phalliques, l’adaptation parfaitement inspirée de Thierry Debroux est succulente d’esprit, regorge de savoureux anachronismes et  apparaît néanmoins pleine de consistance. Telle sa version vraiment frappante du mythe de la caverne de Platon qui commence ,en citant …Socrate. En joue, au-delà de la guerre : la corruption, ces politiciens véreux qui profitent de la guerre, le patriarcat égoïste plein de superbe, la soumission silencieuse des femmes, le triste statut des esclaves, les oubliés de la société. On retiendra la magnifique Keisha, cette merveilleuse servante  intelligente jouée par Alex Lobo.

En hommage? A la lutte viscérale des femmes pour la paix, au retour de la vie et de l’harmonie.  Même si, dit le texte, « le pire ennemi de la femme, c’est la femme! » Courez  donc voir ce magnifique spectacle, vous comprendrez!

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  Le pitch:  « Lysistrata », un nom qui signifie  en grec ancien « je défais les armées », dépeint la prise par les femmes de la cité de l’Acropole et du trésor d’Athènes gardé par un magistrat  bien heureux dans sa fonction: notre fameux Guy Pion.  À l’instigation de Lysistrata, voilà même les athéniennes unies aux femmes de Sparte, ô les traitresses,  pour interdire toute relation sexuelle avec leurs époux, jusqu’à ce qu’ils se décident à mettre fin à l’innommable guerre.  C’est cela ou la mort de la société!  Non contentes de  passer leur vie à la tenue du foyer, les femmes tiennent bon, réclament leur participation à la vie de la cité, jusqu’à ce que leurs partenaires, désespérés arrangent la paix.  Ainsi, hommes et femmes seront alors réunis.  La grève du sexe aura porté ses fruits!  Le bouquet, c’est ce chœur final d’une beauté bouleversante.  Surtout quand on s’aperçoit qu’il s’agit de l’ode à la Liberté dans  l’émouvante chanson Baraye, écrite pour dénoncer une affligeante réalité de notre monde: l’assassinat en Iran de #MahsaAmini, âgée de  22 ans  à peine, le 16 septembre 2022.

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  Guy Pion et Béatrix Ferauge Photo Aude Vanlathem

Aspasie, la femme du magistrat, cet homme comblé, est audacieuse au lit et totalement soumise à son mari.  Jouée à la perfection par Béatrix Ferauge, elle évolue néanmoins à vue d’œil et rejoint  sans tarder les vaillantes amazones. Toutes : étincelantes de vigueur, de beauté et  de cœur au ventre : Margaux Frichet, Océa Ghonel, Charlotte de Halleux, Tiphanie Lefrançois, Noémie Maton, en fabuleuse Hécate, l’intrigante déesse lunaire et  Emma Seine. Un décor unique: une élégante rotonde de colonnes doriques, bruisse de chants d’oiseaux et de couleurs…  Une  allusion à la tholos de Delphes qui marque l’entrée du sanctuaire d’Appolon et dédiée à Athéna?   De  savants jeux de lumières y reflètent les différentes humeurs depuis l'horrueur de la guerre jusqu’à  la couleur de la cigüe …  Avec cela, des costumes, des maquillages et des coiffures haut de gamme. A la vidéo: Allan Beurms. Et la somptueuse voix de Bernard Yerlès…

  Ce spectacle est donc d’une richesse extraordinaire. La dynamique des combats et chorégraphies  scande le texte sans lasser, ne laissant aucun moment de répit devant le cri  éternel et désespéré des femmes:  il faut sauver le monde du tourment de la guerre!

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour Arts et Lettres

Au Théâtre du Parc à Bruxelles – jusqu’au 14 octobre 2023

Avec Béatrix Ferauge, Margaux Frichet, Océa Gonel, Charlotte De Halleux, Noémie Maton, Tiphanie Lefrançois, Alex Lobo, Guy Pion, Emma Seine, Anouchka Vingtier.

Mise en scène Thierry Debroux Assistanat Catherine Couchard
Costumes Béa Pendesini Lumières Xavier Lauwers
Décor sonore Loïc Magotteaux Maquillage et coiffures Florence Jasselette
Composition des chœurs chantés et coaching vocal Camélia Clair et Daphné D’Heur
Chorégraphie des danses
 Emmanuelle Lamberts Chorégraphie des combats Émilie Guillaume
Vidéos Allan Beurms

 Réserver ma place

Photos Aude Vanlathem

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administrateur théâtres

SPECTACLES

Un 8 mars en avance à l’opéra de Liège?

Mese Mariano  de Giordano et Suor Angelica de Puccini,  quel  beau mariage lyrique !  Le sujet est grave, mais il n’y aura pas de  misérabilisme  ou  le  pathos enflammé auquel on aurait pu s’attendre. Rien que de la dignité sous la baguette agile  et fiévreuse de la frêle chef d’orchestre ukrainienne Oskana Lyniv. Elle  se veut  ambassadrice déterminée  d’une culture européenne en marche par laquelle  elle veut défendre la paix et  les valeurs humanistes,  la communication   rationnelle versus la folie du monde et des hommes. On ne sort pas ses mouchoirs, malgré deux histoires poignantes de femmes méprisées,  soumises aux lois mâles de la société, résignées devant leur malheur, violées, battues et privées de leur progéniture. Tous les malheurs à la fois. Par l’ énergie de la musique  que la fringante artiste ukrainienne déploie  en   interprétant ces deux œuvres elle semble dire : «  Nous sommes fortes, nous sommes fières », nous  ne pleurerons pas.  Chez le spectateur, la spectatrice,  c’est plutôt une sorte de colère silencieuse  qui finit par prévaloir,  tandis que  les yeux restent secs malgré  un  cœur qui saigne.


L’ouverture de Mese Mariano est chantante, pleine de charme. Le rideau se lève  presque  aussitôt sur  les  gracieuses  arcades couvertes de glycines de la piazza d’un monastère  surplombant, à l’aube du 20e siècle, une vallée  napolitaine riante et un duomo étincelant sous le soleil. L’ouvre de Francesca Mercurio.  Aux lumières : Luigi Della Monica.  Contrastant avec  la beauté des décors et la foule de cornettes innocentes qui vaquent joyeusement  dans la cour du monastère, le récit bouleversant de Carmela fait peu à peu prendre conscience de toute l’horreur de la condition féminine de l’époque. Sa sujétion au monde des hommes, sa dépendance, son impuissance, son manque de liberté, son infériorisation. Et parmi  toute ces  femmes qui acceptent leur triste et humble condition, il y a ces traîtresses qui jouent le jeu des hommes, ces Cruella hautaines et méprisantes qui  osent marcher sur leurs sœurs. Dans le deuxième opéra, c’est carrément  le mur du monastère  et ses trois imposantes colonnes qui semble tomber du ciel pour  signifier l’enfermement de la jeune suor Angelica.  Une très habile mise en scène de Lara Sansone.  Une formidable Violeta Urmana interprète l’imposante et glaciale Madre Superiore dans Mese Mariano, et la princesse  dans l’œuvre de  Puccini, Suor Angelica . Elle est vêtue d’une  impressionnante tenue Elisabéthaine, qui contraste avec la simplicité et l’humilité des tenues des nonnes du couvent (costumes des mains de Teresa Acone).  Son jeu de véritable marâtre est implacable. Sa voix contient tout  l’orage de la vindicte  des puissants:  des grondements profonds , aux éclairs fulgurants, au silence meurtrier qui condamne sa victime sans appel. A côté de ce dragon, la pauvre Carmela et la suor Angelica n’ont aucune chance. A travers ces deux œuvres miroir, émerge la conviction profonde que les avertissements de Victor Hugo proférés à l’ouverture des “Misérables” résonnent de façon  toujours aussi  pressante, même à notre époque. Et notre frisson  intérieur reste le même: “ tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celuici pourront ne pas être inutiles. » Les femmes et les enfants sont toujours  au premier rang des victimes.

En Italie,  la veine artistique  vériste  signe  l’ entrée fracassante du naturalisme dans l’opéra,  avec des personnages mélodramatiques faisant partie du commun des mortels. La sincérité de l’interprétation de Serena Farnocchia est très  touchante et invite à la compassion, par une vocalité toute en nuances dans les  plaidoyers bouleversants de Carmela et de Suor Angelica.    

La Beauté humble de la musique vériste, ses bouillonnements passionnels émouvants,  la douceur et l’élégant classicisme des décors italiens ont patiemment tissé la parole des femmes…

Les splendides chœurs d’enfants très actifs et attendrissants,  sous la direction aérienne de Véronique Tollet  et une distribution presque totalement féminine  ont donné  une dimension particulièrement émouvante  au spectacle. Un dernier vœux  posthume de Stefano Mazzonis Di Pralafera ?  


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Lors de la dernière du dimanche après-midi, parmi les nombreuses sœurs qui interviennent dans les deux histoires nous avons aussi  eu la chance d’écouter les talentueuses interprétations de Chantal Glaude (artiste des Chœurs à l’ORW) dans le rôle de Suor Celeste et de  Louise Kuykenhoven dans celui de Suor Genovieffa. En remplacement au pied levé de la chanteuse lyrique  Morgane Heyse. Les merveilleuses Julie Bailly et Natacha Kowalsky en suor Cristina et Suor Maria. Patrick Delcour, un habitué de la scène liégeoise, le seul chanteur masculin de cette distribution,  en Don Fabiano.

Dominique-Hélène Lemaire Pour le réseau Arts et Lettres

GIORDANO / PUCCINI Voici deux histoires croisées qui se répondent à huit ans d’intervalle et qui émanent des plus grands protagonistes de la scène vériste italienne, Giordano et Puccini. Au centre du propos, deux jeunes mères éplorées, obligées d’abandonner leur enfant illégitime et bouleversées d’apprendre bientôt leur mort… Deux tragédies fulgurantes et édifiantes qui permettent à leurs auteurs une introspection des recoins les plus intimes de l’âme humaine… Avec Mese Mariano (Le Mois de Marie), en 1910, Giordano condense une trajectoire immuable et nous mène, en une bonne demi-heure profondément émouvante, dans la simplicité des « vinti dalla vita » (les vaincus de la vie). Quant à Puccini, avec Suor Angelica, ce célèbre volet du Trittico créé à New York un soir de 1918, il saisit l’occasion de confier à l’odieuse princesse, la tante d’Angelica, le seul rôle important d’alto et l’une des rares incarnations féminines malfaisantes de toute sa production…

MESE MARIANO
LIVRET DE SALVATORE DI GIACOMO
D’APRÈS LE DRAME ’O MESE MARIANO, TIRÉ DU ROMAN SENZA VEDERLO

SUOR ANGELICA
LIVRET DE GIOVACCHINO FORZANO

A voir en replay dès le 18 février 2022 sur France•TV Culturebox

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ORCHESTRE, CHŒURS ET MAÎTRISE
OPÉRA ROYAL DE WALLONIE-LIÈGE CHEF DES CHŒURS
DENIS SEGOND
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administrateur théâtres

SPECTACLES

Stefan Zweig, invité d’honneur au Public

Coup de billard à trois bandes réussi…

  • "Le Monde d’Hier" de Stefan Zweig, témoignage magistral du 20e siècle, se joue au Théâtre Le Public jusqu’au 26 février.
  • Stefan Zweig, le 1 janvier 1930.
  • © Alice Piemme – Théâtre Le Public / « Le Monde d’Hier » de Stefan Zweig au Théâtre Le Public jusqu’au 26 février.

Écouter le monde d’hier pour penser le monde d’aujourd’hui. Voici le défi de ce spectacle éveilleur de consciences. Un cocktail qui met le questionnement au premier rang: le pourquoi, le comment? Avec l’inquiétude comme carburant.

Stefan Zweig ne se plaint-il pas de “ son inquiétude intérieure déjà intolérable » qui ne le laisse jamais en paix et le pousse à voyager. Il fustige ce “Weltschmerz” qui signifie l’échec de la civilisation. Comment le monde est-il passé de la plus grande élévation spirituelle, telle qu’elle était palpable à Vienne avant 1914, à la pire des décadences morales de notre civilisation, dès les années 30, avec la montée du fascisme? Comment le monde a-t-il pu s’habituer à la violence, à l’injustice, à la brutalité absolue?

Ce travail de spéléologie est orchestré avec détermination par une équipe de chercheurs dynamiques, emportés par la relecture de cette œuvre maîtresse de Stefan Zweig: « Le monde d’hier », Souvenirs d'un européen. Ils ont arraché leurs masques de théâtre, ils ont quitté volontairement leur zone de confort artistique, baissé toutes leurs gardes et lâché leurs armes de comédiens pour porter la souffrance de ce siècle passé – et sans doute les angoisses du nôtre – devant nos yeux avides de clarté. Un travail de groupe, un exercice de cours d’histoire, sans doute aux relents didactiques, puisque la passion de la transmission est bien présente. Juste avec chacun, humblement, son émotion intime. Itsik Elbaz, Patricia Ide et Anne Sylvain ont fait ce courageux pari, de gommer toute anecdote, de fuir tout effet de théâtre, pour présenter à la façon anglo-saxonne ce que eux appellent “facts”. Comme au tribunal. Des dates à rebours, des photos d’époque, des coupures de journaux, des citations, et le puissant roman de Stefan Zweig bien sûr, avec sa poignante lucidité comme pièce de résistance.

Spéléologie, parce que tout l’art est de plonger en apnée et à rebours à travers les dates, dans ce livre à la fois lumineux et absolument noir: “Die Welt von Gestern“ Le monde d’hier, Souvenirs d'un européen. Un roman autobiographique, car l’auteur y retrace pas à pas la déconfiture de l’idéal paneuropéen tel qu’il l’avait fait sien avec la fougue de ses jeunes années flamboyantes, quand il habitait Vienne, juste en face de la maison de celui qui allait vouer cette Europe rêvée au carnage, à la haine élevée en institution et à la défaite absolue de la raison. Stefan Zweig décrit avec passion ce monde révolu où la liberté était l’étendard et les voyages se faisaient sans le moindre passeport. Où une formidable culture bouillonnait à travers tous les arts: de la cuisine, à la musique, à la poésie, la philosophie, le théâtre, l’histoire, le roman… les sciences, loin de toute mise en boîte, ou récupération politique. Un genre d’âge d’or, avant que n’ éclatent les atrocités des deux guerres mondiales et le désastre de la conscience humaine.

Sur scène, on commence par la triste fin suicidaire du couple … pour remonter aux origines du mal. A sa banalisation. Personne n’a mentionné la figure de Hannah Arendt, mais on ne peut pas s’empêcher de penser à elle.

Tout cela sous le regard de Myriam Youssef, à la mise en scène. Le fond dépasse tellement la forme, que celle-ci s’estompe naturellement pour parvenir au cœur du paradoxe: Pourquoi, Comment , la culture est-elle si dérisoire face à la barbarie, et pourtant son unique rempart?

Ce spectacle est à la fois une œuvre de mémoire, une invitation à sortir de l’aveuglement ou de la léthargie que nous imposent souvent les politiques, un appel à notre esprit critique, et une consécration de notre droit à la liberté. Un refus des fallacieuses vérités qui suppriment le doute et renforcent la prise de pouvoir.

On ne peut qu’admirer une si noble démarche intellectuelle et humaniste loin des discours perroquet du monde.

Dominique-Hélène Lemaire, pour Le réseau Arts et Lettres

Distribution

De Stefan Zweig | Adaptation : Itsik Elbaz | Mise en scène collective | Avec : Itsik Elbaz, Patricia Ide, Anne Sylvain

LAISSEZ NOUS UN AVIS !

Du 31 janvier au 26 février 2022

Théâtre Le Public
Rue Braemt, 64 70 1210 Saint-Josse-Ten-Noode Contact : http://www.theatrelepublic.be
contact@theatrelepublic.be
+32 80 09 44 44

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administrateur théâtres

L’éveil!

Juin 2021, au théâtre du Parc, à Bruxelles. Enfin le voilà, le réveil tant attendu de la Culture! Les portes du théâtre se rouvrent! Nous sortons enfin de la torpeur de la crise sanitaire, pour que les artistes puissent joyeusement rebrûler les planches, galvaniser le public, et conquérir passionnément la parole confisquée par la pandémie.
Année 1879 - 20 ans avant la création de l’illustre Cyrano de Bergerac - voici « Une maison de poupée » à Bruxelles, au théâtre du Parc,  ne vous en déplaise, et avant Paris, la création de la pièce d’ Ibsen, traduite par un lettré de l’université de Bruxelles. De nombreux pays européens censurent la pièce et exigent une autre fin. Celle où Nora revient soumise au logis.
Poupée de cire, poupée de son!
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Lorsque Nora paraît, toute la société masculine, femmes comprises, est ébranlée. Elle doit avaler sa cravate, son jabot ou sa lavallière. En douceur, mais sans appel. Le drame privé prend valeur universelle.
Nora vit depuis douze ans, frivole, insouciante et dépensière dans une maison de poupée, et devinez quel cadeau attendent ses filles chéries pour Noël? A Doll’s House, what else? En toute innocence et en toute impunité.
Sauf si, Nora, au désespoir, secouée par un affreux chantage d’origine masculine, décide de défier son élégant statut d’épouse chiffon, symbole de l’incapacité juridique de la femme. L’histoire de Nora sabote alors sans vergogne les bases séculaires des conventions sociales et du couple bourgeois. Poussant l’outrecuidance jusqu’à faire fi de sa fibre maternelle! La honte absolue!
Et voici en 2021 une très heureuse piqûre de rappel. Vaccinez-vous, non? Ibsen accable l’avocat Helmer et le grossier Krogstad magnifiquement imbu de lui-même, par qui l’odieux chantage arrive. Le personnage plutôt sympathique du docteur et les autres très beaux personnages féminins suppriment toute velléité d’approche manichéenne. Ainsi, Ibsen libère la parole de la femme des années 1800 ... 80.
Montée dans le monde entier depuis plus d’un siècle et demi, la pièce est inscrite au Registre Mémoire du monde en 2001.
Peu d’oeuvres théâtrales ont eu un tel impact au plan mondial sur les normes et les conditions sociales. Ibsen a construit avec le personnage de Nora un rôle d’une épaisseur universelle. Et avec ce personnage, le dramaturge a su donner une vitalité nouvelle à l’art théâtral, en introduisant dans le drame bourgeois européen une profondeur éthique inédite, une richesse psychologique et une dimension humaine comparable à celles de Shakespeare.
Avec cela, une foule de détails charmants vont ravir les yeux des spectateurs. On vous fait un bouquet?
Une mise-en scène ultra-cinématographique du grand Ladislas Chollet, la scénographie léchée de Thibault De Coster et Charly Kleinermann, une fabuleuse costumière, Jackie Fauconnier, aux lumières Alban Sauvé, et les chorégraphies soignées d’Emmanuelle Lamberts.
Un foisonnement de détails qui enchantent au premier regard : “l’écureuil” en robe saumon à petits pois, souliers vernis et brodés, assortis à la ceinture, tressaillants froufrous de jupons blancs, chignon princesse qui a la dépense dans le sang. La maison American beauty, Le Sapin de Noël mythique et La boîte aux lettres dont la clef est gardée jalousement par le mari... La desserte années 50 sur laquelle la domestique de toujours servira le thé. Un ravissement.
On passe sur les étapes du thriller psychologique dans une tension théâtrale grandissante, pour tomber dans les bras tragiques de Marilyn Monroe en personne qui n’a plus rien d’une tête de linotte. Happy birthday, Mr President. Dans ce rôle phare, Anouchka Vingtier déploie toute son ingéniosité, sa fertilité romanesque, et le véritable caractère d’une héroïne, qui d’abord s’est sacrifiée pour celui qu’elle aime pour ensuite découvrir avec stupeur que dans son couple, ils ne se sont jamais vraiment parlés...
Nora a aussi pris soudain conscience que, déjà avec son père, elle n’était qu’une ... vulgaire poupée.
Et sa maison d’épouse et de mère n’est  en vérité qu’une salle de jeux. Elle qui espérait le miracle de la communication, va   LARGUER les amarres et s’engouffrer dans sa nouvelle liberté à la recherche de q u i elle est. Ne plus être seulement la femme de...
Elle quitte tout, en baskets, jeans et capuche. D’une époque à l’autre, le rêve reste toujours le même: « Que la vie commune devienne un vrai mariage! »
Un éveil à l’autre.
DOMINIQUE-HÉLÈNE LEMAIRE
Distribution, par ordre alphabétique :

Avec Anouchka Vingtier, Catherine Grosjean, Daniel Nicodème, Jacqueline Nicolas, Nicolas Ossowski, Jean-Michel Vovk. Les enfants en alternance Ava Debroux, Lily Debroux, Eledwen Janssen, Jannah Tournay.

Mise en scène Ladislas CHOLLAT - Assistanat Catherine COUCHARD
Scénographie Thibault DE COSTER et Charly KLEINERMANN- Costumes Jackye FAUCONNIER - Lumières Alban SAUVÉ Chorégraphies Emmanuelle Lamberts - Musique originale Frédéric Norel – Maquillages et coiffures Florence JASELETTE


TEASER

https://theatrezmoi.be/une-maison-de-poupee?fbclid=IwAR2V0MyMVj8VpPDqLGdr3Q8vwwpngN4cO6CCVLcvlLMxhcmjB76aUFmX05Q

Du 03.06.2021 > 30.06.2021
À partir de 14 ans
Représentation à 20:15 - Les dimanches :15:00
Le samedi 26 juin 2020 :15:00 - Relâche les lundis
« UNE MAISON DE POUPÉE » d’après Henrik IBSEN
02 55 30 30
PHOTO @ZVONOCK
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Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Don CarlosPlay it on ! "Don Carlos" à l'Opéra de Liège

La superbe version française de «Don Carlos» à l’Opéra de Liège a fait dernièrement l’unanimité aussi bien dans la critique musicale élogieuse qu’auprès d’un public totalement conquis. En version longue, dite « originale de Paris» de 1866. En version d’une diction française parfaite. Paolo Arrivabeni à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège a distillé quelques merveilleuses heures de déploiement musical et lyrique tout en délicatesse. La théâtralité subtile et sombre des amours et amitiés contrariées a envahi le plateau et bouleversé le public touché par la musique chatoyante ce drame lyrique signé Giuseppe Verdi. On pourra écouter la retransmission intégrale de l’
enregistrement de la soirée du 14 février le 7 mars 2020 sur Musiq 3.

La vivacité de l’orchestre, son engagement dans les souffrances romantiques sans la moindre lourdeur, la distribution lyrique irréprochable, le défilé soyeux de 800 costumes et chapeaux Renaissance de Fernand Ruiz, les décors fastueux de Gary Mc Cann qui font valser les multiples tableaux de cette œuvre en cinq actes, la conduite rutilante des chœurs de Pierre Iodice, les savants éclairages de Franco Marri ont fondu l’ensemble dans un creuset quasi cinématographique. La mise en scène intelligente et pétrie d’historicité bien documentée de Stefano Mazzonis di Pralafera a conféré une fidélité intense à l’œuvre Verdienne et une fusion parfaitement onctueuse de tous les éléments de l’opéra.

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Cette œuvre est grandiose pour sa dimension historique, et poignante pour sa vérité dramatique. En cause, ce Rodrigue, prénom prédestiné qui a tant de coeur, et qui développe un personnage si complexe et si attachant? Ou est-ce la versification française si limpide qui fait penser à la tension dramatique des grands classiques français?
Est-ce, plus simplement, le charisme rutilant de l’interprète de ce Rodrigue, Marquis de Posa incarné par le fabuleux belge Lionel Lhote acclamé de toues parts qui livre sur scène une prestation d’une incomparable fluidité théâtrale?
La voix est chaude, enveloppante, débordante de grandeur sublime. La personne du chanteur diffuse son sage humanisme en continu. Le personnage incarne le débat cornélien: le devoir de fidélité au roi Philippe II qu’il a juré de servir, ou l’attachement inconditionnel à ses serments d’amitié avec Don Carlos. Le choix est cruel et dangereux.

La  fascinante  basse cantabile Ildebrando D’Arcangelo dans le rôle de Philippe II, est superbement grave, orgueilleux, manipulateur. Il est autoritaire et souverain, au lit comme à la cité. On apprend qu’il ne dédaigne pas les charmes de la bouillante princesse Eboli qui aura grand mal à faire acte de contrition et rétablir la justice après avoir rêvé de vengeance et empoisonné la cour de ses immondes machinations
pour obtenir l’amour de Carlos. L’amour est cruel et Kate Aldrich l’interprète avec fougue et exaltation. Mais, pauvre chose féminine, comment pourrait-elle agir face à l’infâme machine de l’inquisition? Le sombre Philippe II est flanqué de Roberto Scandiuzzi, un Grand Inquisiteur bien glaçant.

En version féminine, le même débat cornélien se présente à la pauvre Elisabeth de Valois, fille d’Henri II priée d’oublier ses amours adolescentes et forcée d’endosser les lourdes robes qui l’emprisonnent dans son nouveau rôle de reine d’Espagne pour garantir la paix après des années de guerres dévastatrices. Une très émouvante Yolanda Auyanet. En dépit de ses émois amoureux vrais, bons et naturels la voilà embarquée dans un sérail irrespirable aux côtés d’un roi jaloux prêt à l’immoler. On le voit complètement dépité au 4e acte quand il perçoit que finalement « Elle ne l’aime pas! ». Elle est si jeune et palpitante, d’un naturel si tendre et si sincère. La voilà cloîtrée, obligée de plier devant un seigneur inflexible qui la voit comme sa chose! Dire qu’elle choisit son devoir de reine car elle a promis d’être l’otage de la paix. Que de vibrante vertu!

Et les Flamands dans tout cela? Une équipe vibrante elle aussi avec Patrick Delcour, Roger Joachim, Emmanuel Junk, Jordan Lehane, Samuel Namotte et Arnaud Rouillon. Ils symbolisent la rébellion, la voix du peuple affamé, le pays conquis mis à feu et à sang par les exécutions de l’Inquisition, un pays réduit à une populace de morts-vivants pris dans les affres de la guerre. Une situation politique que dénonçait à travers eux le grand Verdi, défenseur de la liberté et de sa patrie. Les Flamands résistent. L’infant se révolte contre son père dénaturé… Même combat. La salle pleure des larmes d’indignation et pense à l’innommable duc d’Albe qui sévissait dans nos régions. La musique enflamme des sentiments d’injustice à vif. L’impressionnant ténor Gregory Kunde qui a endossé le rôle-titre est héroïque et somptueux avec ses aigus qui s’envolent avec aisance d’un tapis de vibrations chaleureuses.

Le rejet de la tyrannie sous toutes ses formes est le fil rouge omniprésent dans l’oeuvre. Comme cela fait du bien! On éprouve gratitude et admiration devant tant de résistance face à la dictature d’état ou celle de la religion. On se laisse emporter par tant de beauté musicale pour dépeindre la cruauté de l’injustice et l’orgueil démesuré des grands.

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« If music be the food of love, play on. » -William Shakespeare, « Twelfth Night »

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres 

En direct, le vendredi 14 février, sur la plateforme de France TV à 19h00 Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Don Carlos

https://www.operaliege.be/actualites/lopera-royal-de-wallonie-liege-fete-ses-200-ans-episode-03/

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administrateur théâtres

Fugueuses, ces gueuses… au théâtre Le Public

Vieille prune et jeune pêche, comment faire bon ménage. Sans rire… Faites gaffe à vos mères et grand-mères… Ne les jetez ni aux orties ni aux glaïeuls ! Offrez-leur plutôt des roses…

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Jusqu’au 22 juin le spectacle affichait complet, et du 6 septembre au 12 octobre 2019 la salle du Théâtre Le Public, n’a pas désempli. Vous avez vos couvertures ? La salle des voûtes souterraines est pleine. Deux axes de gradins NS et EW se croisent, question de ne pas perdre le Nord, et au centre, un plateau circulaire mobile, – ciment ou bitume ? – attend l’action. Avec un art consommé de la mise en scène, Michel Kacenelbogen et son assistante à la mise en scène, Hélène Catsaras, exploitent dans un esprit d’école buissonnière, la partition comique des « FUGUEUSES » de Pierre Palmade et Christophe Duthuron. Cette comédie bourrée de verve a été jouée de multiples fois, par d’illustres duos, de Line Renaud et Muriel Robin (2007) à nos jours, partout en royaume …de France et de Navarre.

Aucune fausse note. Ces fugueuses, de vraies gueuses ! L’élégance contrastée des actrices Martine Willequet et Nicole Olivier font en tous cas la joie du spectateur. On adore le regard immensément pétillant de l’une sous ses lunettes de directrice d’école, intrépide et égoïste, et le collier de perles bon chic bon genre de la jeune bourgeoise sans la moindre faute de goût, dont pas une mèche ne dépasse de sa sage barrette. Par monts et par vaux elles gardent une pêche d’enfer, malgré les vicissitudes. Pièce culte féministe ? Le texte rythmé et enlevé, toujours aussi convainquant après tant d’interprétations, fait rire de bonheur.

Le bonheur de la libération et de la joie d’exister. Spinoza ?

Peu d’accessoires à part les vielles casseroles à abandonner, et de lourdes valises de souvenirs pour la jeune échappée et un sac-à dos ulta-léger pour celle qui a fui dans sa chemise de nuit, les Glaïeuls, home sweet home ! Les voilà en pleine nuit sur la route, inconscientes, comme deux fugueuses ado, prêtes à repartir à zéro. C’est là que les vieilles valeurs en prennent un coup et basculent tout à coup puisque c’est l’instinct de survie qui prend les commandes. Finalement, pas besoin de couvertures, la chaleur humaine est là, malgré les innombrables chamailleries des nouvelles copines.

Ce spectacle revêt une drôlerie non envahissante, a une saveur d’air frais et de cavale bien improvisée. Chaque scène est un bouquet d’affects bien dosés, ponctués par la musique joyeuse années 80 de Pascal Charpentier. La scénographie de Noémie Vanheste fait la part belle aux décors sonores : le stop sur la nationale, la forêt profonde, la ferme, l’eau du pont, en un mot, l’aventure …

Pour mémoire : Antagonistes, Margot a tout juste 40 ans et Claude, prénom épicène, fait le double. L’une fuit la condition de femme de.., mère de …, et autres servitudes, l’autre a tâté du demi-mouroir organisé appelé « les Glaïeuls » où ses enfants l’ont fourrée. La suite, c’est le voyage… Vous voudriez quoi ?

Dominique-Hélène Lemaire

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FUGUEUSES

De Pierre Palmade et Christophe Duthuron.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen. Avec : Nicole Oliver et Martine Willequet.

Assistante à la mise en scène : Hélène Catsaras / Scénographie et costumes : Noémie Vanheste / Décoratrice : Eugénie Obolensky / Lumière : Alain Collet / Musique originale : Pascal Charpentier


 Réservations : 0800 944 44 ou http://bit.ly/FugueusesS26
 Gregory Navarra

DU 06/09/19 AU 12/10/19

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administrateur théâtres

SPECTACLES 

Prenons un malin plaisir : la saison 18-19 au Public porte bien son nom : Corps et Âmes. Et de nom, il est beaucoup question au cours de cette pièce écrite par Anne Sylvain, dont le déchaînement dramatique ne peut laisser personne indifférent. La plume ardente et inventive d’Anne Sylvain pratique une véritable amplification poétique et dramatique de l’histoire d’« Elephant Man », qui n’aurait nécessité que deux comédiens en scène, Frederick Treves, le docteur et Joseph Merrick, la créature humaine particulièrement repoussante, utilisée à l’époque comme phénomène de foire et surnommée « Elephant man ».


Autour de cet être humain,  » I am not an animal, I am a human being » qui vécut sous le règne de la reine Victoria apparaît un quatuor de femmes hors pair. L’auteur fait appel aux grands formats de la scène féminine belge : Bénédicte Chabot, (Les filles aux mains jaunes, Les poissons vert pâle) pour Amélia, la prostituée ; Ariane Rousseau ( Le trio TIBIDI, « le rêve d’Ariane ou l’histoire d’un quatuor à cordes » avec le Qatuor ALFAMA) pour Ellen Terry l’actrice ; Jo Deseure (Tu te souviendras de moi) en Reine Victoria, enfin humaine. Anne Sylvain s’est réservé le privilège du rôle extraordinaire de l’infirmière, tout ce qu’il y a de plus rugueux et rébarbatif, à première vue. Il est clair qu’un regard strictement féminin, décliné en quatre approches différentes, toutes très vraisemblables, ajoute à l’histoire leur pesant d’or. La présence utile et esthétique de la musique de Pascal Charpentier fait le reste.

Un chef-d’œuvre. David Lynch avait porté à l’écran en 1980, sous les traits de John Hurt et d’Anthony Hopkins les mémoires du médecin britannique Frederick Treves intéressé pour ses recherches scientifiques par le célèbre cas de Joseph Merrick, un personnage affligé de difformités spectaculaires que d’aucuns n’hésitaient pas à confondre avec Jack l’éventreur.

Très finement, Anne Sylvain souligne d’emblée combien le nom d’une personne est important pour lui donner existence et dignité. Jusqu’à la fin de la pièce, le médecin s’avère incapable d’appeler son patient par son vrai prénom. Il tombe à tous les coups dans le « John » au lieu de Joseph. (John Doe, pendant de « Jane Doe » dans le monde anglo-saxon dénote quelqu’un d’anonyme ou qui a perdu son identité : NN Nomen Nescio, dans la culture latine.) Machin, quoi, ou …Chose!

Au début du spectacle, le chirurgien Itzik Elbaz, éblouissant et sincère, seul en scène, s’interroge et interroge le monde soulevant des questions essentielles. On ignore encore la présence de Joseph Merrick incarné par le tout aussi fabuleux Othmane Moumen. « Dans l’Angleterre victorienne », la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. Les miroirs se suivront et ne se ressembleront pas. Mais Anne Sylvain nous en tend des dizaines, histoire de nous faire réfléchir à coup de tirades percutantes bourrées d’humour aux grandes questions telles que la place de l’autre, le droit à la différence, l’eugénisme, les limites de la recherche, les apparences si trompeuses, la rumeur, la solitude du pouvoir, le colonialisme, l’appât du gain, la gloire … Et pourtant malgré le sérieux des questions abordées, on ne cesse de rire. Un rire homérique ? Certes non, Dieu nous garde de rire aux éclats comme les dieux dans le premier livre de l’Iliade en voyant la démarche boiteuse de Vulcain… Un rire de connivence, chaleureux et irrésistible, à cause du jeu irréprochable des comédiens et d’ un texte si bien écrit, une intrigue menée avec tant d’ élégance de cœur et d’esprit…Passons sous silence, les références à nos auteurs favoris, Hugo et Shakespeare, de délicieuses billes, pétillantes d’à-propos.

Ce sont très souvent les comportements de chaque personnage qui en disent plus que leurs discours. Ce décalage engendre un rire à la fois jouissif et immensément philosophique. Le personnage d’Elephant Man s’avère être lui-même le miroir de la conscience de chacun où n’existe plus que vérité sans faux-fuyants.


Anne Sylvain déploie son pamphlet très habilement. Si le médecin prétend vouloir comprendre la pathologie pour l’intérêt de la science, son jeu scénique, démontre tout le contraire, c’est son ego et son intérêt personnel qui sont principalement en jeu, même sous des dehors de bon samaritain. Anne Sylvain joue admirablement bien l’assistante, Eva Lückes, infirmière revêche au possible au début du spectacle, qui fera tout pour comprendre, non seulement la pathologie de Joseph, mais surtout son âme. En effet, à force de soins au patient interné à vie dans l’hôpital, elle crée avec lui une relation basée sur l’empathie, réprouvée par le médecin. Son rôle évolue de façon remarquable. C’est elle qui se plait à faire remarquer jusqu’au bout au bon docteur, qu’il se trompe de nom. 
Le dénonceur dénoncé : « Ton éthique est-elle plus honorable que la mienne, charlatan ? » Le médecin a toutes les apparences du beau rôle, c’est lui qui va sauver celui que tous montrent du doigt, il va l’accueillir, l’abriter, le nourrir. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il va lui aussi l’utiliser «  comme cobaye au profit des êtres sains » tout comme celui à qui il l’avait arraché, Mr. Norman le montreur de foire. Rôle joué avec une énergie de feu par Yves Classens . Il réclame à cor et à cris de récupérer son « outil de travail  », son « trésor » mais Joseph Merrick, ne sera pas dupe ! CarJoseph écoute et entend entend la musique du monde, il a un violon à la place du cœur.

Un spectacle qui a du corps et combien d’âme. En allant voir cette pièce au si beau texte, et si magnifiquement interprétée, on reçoit un talisman contre les injustices du monde, à moins que tout ne vienne de la statuette en bois de santal nommée Ganesch, protecteur des médecins, offerte par la Reine Victoria à son ami, Joseph Merrick dont le squelette a été conservé à L’hôpital de médecine de Londres depuis 1890, date de sa mort.

Dominique-Hélène Lemaire

Comédie dramatique

THE ELEPHANT MAN

De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain

Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste 
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Chandra Vellut
Assistante costumes : Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses : Bloody Mary’s
Maquillage : Patricia Timmermans 
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet
Construction du décor : Jani Afar 
Régie : Rémy Brans  

DU 09/05/19 AU 22/06/19

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administrateur théâtres

« 1984 » George Orwell au théâtre du Parc (Bruxelles)

Mars16, 2019

On dirait qu’après avoir extrait l’élixir maléfique de ce roman d’anticipation écrit en 1948 , Thierry Lebroux a investi le plateau avec une œuvre encore plus parlante et plus explicite … Nos jeunes, installés aux premières loges, car c’est sur eux que repose tout notre avenir, apprécieront!

D’un visionnaire à l’autre...

Si on avait la moindre tentation de banaliser le propos que Georges Orwell développe minutieusement dans son roman « 1984 », l’adaptation qu’en a faite Thierry Debroux à l’aube de la nouvelle décennie l’an 2000, brûle d’un pouvoir de suggestion et d’urgence encore plus vif que l’œuvre mère. Savamment filtrée par le mystérieux alambic du directeur du théâtre du Parc, l’adaptation retient l’essentiel et nous parle en direct et sans ambages. Elle se fonde sur notre vécu et l’observation des multiples dérives du monde abrutissant qui nous entoure. Ce ne sont plus les dérives épouvantables de l’hitlérisme et du stalinisme conjugués qui sont ici évoquées, mais celles des temps présents, que nous ne cessons de déplorer chaque jour et qui semblent projeter un horizon 2050 totalitaire, encore plus désincarné et déspiritualisé et certainement totalement déshumanisé. Le prix à payer à l’essor des technologies et de l’intelligence artificielle dans un monde hyperconnecté et à la gourmandise des puissants? Un froid glacial nous glisse dans le dos.

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Comme à la sortie du roman d’Orwell, on est à nouveau devant un faisceau d’avertissements dont on craint à juste titre qu’il soient prophétiques. Les prendrons-nous en compte, cette fois?

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Le super duo Fabian Finkels-Guy Pion a fait merveille une fois de plus. Présence théâtrale confirmée, esprit, vivacité, diction impeccable, justesse de ton, sensibilité, charisme, tout y est.Guy Pion prend habilement les habits de la « mauvaise pensée » du héros Winston, (Fabian Finkels) et sert de personnage supplémentaire à Thierry Debroux pour mettre en scène le journal intime , fil conducteur de l’œuvre d’Orwell. Coup de maître, puisque le même Guy Pion, très astucieusement vêtu du même manteau et chapeau appartenant à un siècle révolu, joue aussi le rôle d’O Brien , l’opposant au régime, ou pas… La résultante des méprises est d’autant plus glaçante. Une méprise semblable à celle annoncée dans la conclusion de « Animal Farm» (1945) la fable prophétique d’Orwell où les personnages finissent par se mélanger indistinctement dans l’esprit du narrateur. ..Et si ce splendide équipage Finkels-Pion , un véritable bijou d’art scénique, représentait par leur ensemble tellement bien huilé, l’essence charnelle et spirituelle de notre nature humaine? Quelle paire! Unique en son genre, extraordinairement vibrante et bouleversante!

De même, le formidable duo Winston -Julia (Muriel Legrand) creuse les sentiers interdits de l’amour prêt à succomber. Ou ceux de la trahison… Mention spéciale décernée au terrifiant duo mère-fille, Magda et Lysbeth Parsons, joué à la perfection par Perrine Delers et en alternance, Ava Debroux, Laetitia Jous et Babette Verbeek , aussi impressionnante que Misery, personnage de Stephen King. C’est tout dire! Pierre Longnay tient le rôle de Syme, avec conviction. La mise en scène de Patrice Mincke, alterne dialogues, chansons et les superbes chorégraphies de Johann Clapson et Sidonie Fossé. Fort heureusement, les voix humaines qui s’élèvent à travers les chants et les ballets des danseurs trouent par moment l’univers étouffant des circuits électroniques et des écrans omniprésents et convoquent notre émotion en aiguisant notre nostalgie, comme si déjà on y était, au cœur de cette détestable uchronie, où sévissent des drones de tout poil. C’est à pleurer! Et pas de rire…

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Le décor irrespirable et oppressant de Ronald Beurms est fait de monstrueux containers imbriqués au début du spectacle, dans une sorte de rubik’s cube glauque fait de métal et de bois brut comme un immense coffre-fort.

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« Morituri te salutant » Le monde ne tourne plus rond, il se bloque dans des mouvements d’abscisse et d’ordonnée, , celui d’un ordre nouveau jouant sur la verticalité et l’horizontalité ne laissant plus aucune place à la pensée, à la vie, aux courbes, à la nature, à la féminité. Les concepts sont inversés, on marche donc sur la tête. L’Amour n’est plus, vaincu par la Haine que l’on se doit de vénérer en groupes. Elle est érigée en principe de vie dès le plus jeune âge, la dénonciation d’autrui étant devenu le modus vivendi. Vivre ou mourir, quelle importance? La seule raison d’exister est de servir Big Brother ou vous êtes vaporisé. Le monde n’a plus aucune notion de paix puisqu’il est en état de guerre perpétuelle. La liberté, même celle inscrite au plus profond de nos rêves est mise hors la loi. Le langage, à long terme est appelé à disparaître, pour empêcher toute ébauche de critique du régime politique en place. L’inoffensif terme «Monsieur» est même en passe de disparaître du dictionnaire. Tout comme l’amour, le vin, la musique, les parfums et Shakespeare. C’est l’avènement d’un langage épicène visant à l’extinction de la pensée. «Big Brother »vise à ce que les citoyens soient rendus à une existence de moutons coupables, dociles et décérébrés. Happy End.

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Applaudir ou ne pas applaudir? Là est la question. On applaudira à tout rompre, mus par la pertinence et la beauté du spectacle, sa créativité parfaitement aboutie et l’élan vital et spirituel qui nous habite encore.

Dominique-Hélène Lemaire

« 1984 »

Du jeudi 7 mars 2019 au samedi 6 avril 2019

Avec : Perrine DELERS
Julie DIEU
Béatrix FERAUGE
Fabian FINKELS
Muriel LEGRAND
Pierre LOGNAY
Guy PION
les enfants Ava DEBROUX, Laetitia JOUS ou Babette VERBEEK

Ainsi que les figurants:
Pauline BOUQUIEAUX, Johann FOURRIÈRE, Laurie GUENANTIN, Vanessa KIKANGALA, Barthélémy MANIAS-VALMONT, Romain MATHELART, Franck MOREAU et Lucie VERBRUGGHE.

Mise en scène : Patrice MINCKE

Assistanat : Melissa LEON MARTIN
Scénographie et costumes : Ronald BEURMS

Éclairages : Laurent KAYE

Vidéos : Allan BEURMS

Musique originale : Laurent BEUMIER
Maquillages : Urteza DA FONSECA

Chorégraphie : Johann CLAPSON et Sidonie FOSSÉ

Crédit photos: ZvonocK

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Basée sur le roman Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell (Copyright, 1949), avec l’accord de Bill Hamilton, ayant-droit du patrimoine littéraire de la défunte Sonia Brownell Orwell.

Une coproduction du Théâtre Royal du Parc, du Théâtre de l’Eveil et de La Coop asbl.

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administrateur théâtres

Un drapeau à la Comédie Claude Volter: Le droit des enfants selon Korczak

 Mars 27, 2019 

« Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message. » Bruno Bettelheim

« Korczak la tête haute «  est une création de Jean-Claude Idée pour l’Atelier Théâtre Jean Vilar, jouée au Théâtre de Blocry du 12 février au 02 mars dernier, actuellement à la Comédie Claude Volter. Il en signe également les costumes et la mise en scène. On ne peut s’empêcher de penser au film de Polanski (2002) “The Pianist” mettant en scène Wladyslaw Szpilman le musicien juif qui survécu dans le ghetto de Varsovie, grâce à l’amitié d’un officier allemand qui ne partageait pas les idées nazies. Dans son autobiographie, il raconte que le 5 août 1942 Korczak: « …dit aux orphelins qu’ils allaient à la campagne, alors ils devraient être gais. Enfin, ils pourraient échanger les horribles murailles suffocantes contre des prés de fleurs, des ruisseaux où ils pourraient se baigner, des bois pleins de baies et de champignons. Il leur a dit de porter leurs plus beaux vêtements et ils sont donc entrés dans la cour deux par deux, bien habillés et de bonne humeur. La petite colonne était dirigée par un SS … » La tête haute!

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Le décor allie une bouteille de vodka à moitié vide, cachée sous un lit, une maigre couverture militaire, trois chaises de fer autour d’une table où l’on voit Korczak en train d’écrire. Un rosier blanc en pot trône sur l’avant- scène, tout un symbole. Près du lit, un quignon de pain et un broc d’eau… pour le rosier. Le reste est muraille nue et enfermement. Au début, un long silence profond et inconfortable accompagne le défilé dérisoire de vieilles photos d’une vie de Juste, projetée sur l’écran du mur. Le réel est tragique. Le théâtre transcende et donne du sens. C’est le propos illustré par la pièce.

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Il en a fait couler de l’encre et des larmes, ce vénérable médecin juif, pédiatre, éducateur et écrivain polonais qui a inspiré des pédagogues tels que Célestin Freinet et bien d’autres. Summerhill? Françoise Dolto? Boris Cyrulnik? Enfant d’une famille aisée, ses seuls confidents jusqu’à l’âge de 14 ans, étaient sa grand-mère et son canari en cage. De son lycée russe où il s’ennuyait atrocement, il retient les coups de fouet et l’absence totale de respect pour l’enfant. Son père atteint de folie doit être interné, il subvient aux besoins de la famille en devenant précepteur. Il se réfugie dans l’imaginaire et tient un journal. Après le suicide de son père il consacre son premier livre aux enfants de la rue. Son livre « Les enfants de salon » le rend célèbre. Il publie de la littérature enfantine très appréciée. Jeune médecin, il se retrouve en 1905 au front dans une première guerre qui oppose Russie et Japon. Il en vivra trois. En 1907, son ouvrage « Colonie de vacances » consigne ses récits et expériences de volontaire brillant et avisé comme éducateur dans les premières colonies de vacances du siècle pour enfants pauvres. « Pour changer le monde, il faut changer l’éducation. » L’auteur y relate ses surprises et ses déconvenues pour parvenir à s’entendre avec les enfants et à les aider à surmonter leurs appréhensions et leur violence. Il vit des moments pédagogiques fondateurs du métier d’éducateur et de sa future pratique pédagogique qui invente l’autogestion. « C’est au cours de ces promenades en forêt que j’ai appris à parler non pas aux enfants mais avec les enfants! ». Tout est dit. Il sera le fondateur des droits et du respect de l’enfant et mourra avec eux dans la dignité, à Treblinka. Ses écrits sont à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Enfant à l’ONU.

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Alexandre von Sivers épouse parfaitement le rôle bouleversant de l’humaniste qui fonda en 1912 le Dom Sierot un orphelinat pour enfants pauvres et auquel il consacra sa vie entière. Malgré la précarité de divers déménagements jusque dans l’enfer du ghetto, il établit une « république des enfants » basée sur la « création d’environnement, d’atmosphère, de conditions positives… qui affectent l’éducation ». Par sa manière d’être, son optimisme affiché et sa bienveillance innée, Alexandre von Sivers contourne avec tact les écueils de la représentation sur scène de projets pédagogiques d’une part, d’idées philosophiques et de théorisation des droits de l’enfant de l’autre. Le comédien manie l’humour, ce chemin scintillant vers l’autre, la dérision, le chemin hors de soi, et incarne avec pragmatisme le rêve d’une société enfin meilleure. Il convainc par la délicatesse alors que l’enfer du ghetto de Varsovie porte au désespoir, voire, à l’autodestruction. Ce sont surtout les paroles de la jeune Esther Winogron qui couronnent cette œuvre palpitante de Jean-Claude Idée que l’on emporte avec soi, comme elle le fait dans l’histoire, sous forme de flambeau ou de viatique:

« Mes enfants, nous allons nous quitter.   Les  paroles  sont  faibles  pour  dire  les  grandes émotions. Ici, à part le gîte et le couvert, en principe, nous ne donnons rien aux orphelins.
Ni Dieu, car vous devez le chercher en vous-même,
Ni Patrie, car vous devez la choisir avec votre pensée et votre coeur,
Ni  Amour,  car  l’amour  est  pardon,  et  le  pardon  ne vient pas sans peine, et cette peine, vous seul pouvez la prendre, pour vous  libérer  de  la rancune.
Nous avons seulement essayé de vous faire entrevoir que le bonheur est possible,
Nous  vous  avons  donné  soif  d’une  vie  meilleure qui n’existe pas encore, mais qui existera un jour.
Cette soif de savoir, de vérité et de justice, désormais vous la portez en vous.
Et c’est cette soif qui vous conduira peut-être à Dieu, à la Patrie, à l’Amour et au bonheur.
C’est du moins ce que je vous souhaite. » 

Aux côtés de Janusz, la fidèle Stefania Wilczynska (1886-1942), sa collaboratrice pendant trente ans, évoque les souvenirs du passé. La jeune et rebelle institutrice Esther représente la fureur de vivre et l’horizon du futur. Deux points de vue opposés, mais qui se rejoignent dans l’amour entêté, la confiance et l’admiration qu’elles lui portent. Soulignons le jeu tendre et délicat de la vieille complice de Janusz Korczak, admirablement porté par par Cécile Van SNICK, et celui, plus sauvage et intransigeant dans le rôle d’Esther de la pétulante Stéphanie MORIAU.

Dominique-Hélène Lemaire

Avec Alexandre von SIVERS, Cécile Van SNICK & Stéphanie MORIAU

Mise en scène, Décors, Costumes : Jean-Claude IDÉE

Représentations du 13 au dimanche 31 mars 2019

du Mardi au Samedi à 20h15 / Dimanche à 16h

Une coproduction de L’Atelier Théâtre Jean Vilar, de la Comédie Claude Volter et de DC&J Création


http://www.comedievolter.be/korczak-la-tete-haute/

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Les Acrostiches en liberté

 

Les Acrostiches en liberté, un recueil collectif ludique

 

 

COMMUNIQUÉ  DE  PRESSE

 

Les Acrostiches en Liberté

  

Nouveau recueil de poésies

 

Présentation du livre :

Quatre auteurs d'univers différents ont conçu ce recueil d'acrostiches sur quatre thèmes. Chacun y a mis ce qu'il ressentait par rapport à eux. Des approches différentes d'un même thème permettent de s'approprier les ressentis de chaque auteur.

L'acrostiche est une forme poétique consistant à ce que la première lettre ou les premiers mots d'une suite de vers composent un mot ou une expression lue à la verticale.

Les vers sont alors disposés de telle manière que la lecture des premières lettres effectuées de haut en bas révèle le message.

Quatre auteurs issus de genre autre que la poésie se sont prêtés au jeu de l'acrostiche et vous font découvrir avec humour que l'acrostiche est un genre ludique.

 

 

Les thèmes abordés sont :

Entre gens civilisés

Proverbes et citations - Sentences et adages

Les Artistes

La Nature

  

Les Acrostiches en Liberté

 

 

 

Présentation des auteurs

Pierre Casadei

Pierre Casadei, comédien, metteur en scène a joué dans de nombreuses pièces de théâtre, au cinéma/télévision. Il a traduit des pièces de théâtre d'auteurs italiens. Auteur de pièces de théâtre, Pierre Casadei a lu en feuilletons publics "A la Recherche du Temps perdu" de M. Proust, "Ulysse" de J. Joyce, "Guerre et Paix" de L. Tolstoï, "L'Odyssée" d'Homère, "Pantagruel et Gargantua" de Rabelais, "La Divine Comédie" de Dante Alighieri... Amateur de chansons à texte il est aussi auteur-compositeur, interprète.

 

 

Ursula Heraud

Ursula Heraud est née en région parisienne. Elle débute dans l'écriture à l'âge de douze ans. Ses premières phrases s'expriment sous formes de pensées existentielles et poétiques. A seize ans, elle intègre un groupe de musique où elle manifeste sa rébellion contre la société. Plus tard, elle participe à des ateliers d'écritures "les mots à la Venvole" où cinq recueils collectifs seront publiés. Elle écrit des textes à évocations poétiques, des poèmes et des chansons. Son style littéraire est engagé, contemplatif et romantique. Ses lecteurs y trouvent un sens musical, pictural, spirituel et philosophique. Ses écrits semblent venir d'une autre époque. "Par le psaume d'une exquise révérence que réclament les rayons agrandis, l'horizon du soir souligne l'élégance de sa dentelure de cuivre arrondi où des missives se font messagères" dit-elle. D'une sensibilité hors du commun, elle exprime avec une grande liberté ses sentiments et ses émotions. Ses penchants actuels poétiques vont vers Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire, Maiakovski, Marceline Desbordes-Valmore, Rollinat...

 

Krystin Vesterälen

Krystin Vesterälen est conteuse professionnelle et auteure. Elle est belge et demeure en Normandie. Elle se passionne pour les traditions orales à travers les contes, légendes, récits traditionnels. A travers ses livres de contes, légendes, récits elle retranscrit ce patrimoine oral de l'humanité. Du spectacle vivant en passant par les ateliers formatifs à l'art du conte, de la radio en passant aux CD, il était normal que Krystein Vesterälen explore de nouvelles rencontres à travers des recueils collectifs. Elle écrit aussi des contes d'aujourd'hui.

 

 

Jean-Louis Riguet

Natif du Poitou, de famille modeste, entré en activité professionnelle dès 15 ans 1/2, Jean-Louis Riguet se consacre en premier lieu à des études par correspondance en parallèle avec son travail dans plusieurs études de notaire. Autodidacte, il obtient l'examen aux fonctions de notaire à Paris, devient Conseil Juridique indépendant puis est nommé notaire à la résidence d'Orléans. Pendant son ministère il occupe des fonctions au sein des instances professionnelles et enseigne au Centre de Formation Professionnelle des Notaires à Paris pour la préparation du Diplôme Supérieur du Notariat. Après cinquante-trois ans de sacerdoce notarial, il devient retraité mais pas inactif. Jean-Louis Riguet est sociétaire de la Société des Gens de Lettres. Il écrit des romans, des docu-fictions, des nouvelles et de la poésie. Deux de ses livres ont été primés : prix Scriborom en 2013 et prix Marie-Chantal Guilmin au Salon du livre de Mazamet en 2015. Au crépuscule de sa vie il n'a pas la prétention d'être un écrivain. Il préfère se dire écriveur ou à défaut auteur.

 

 

Prem’Edit, édition nouvelle génération à compte d’éditeur

Prem’Edit a décidé de laisser le choix des publications à un comité de lecture citoyen composé de 120 personnes. En cinq ans d’existence, ce petit éditeur a publié une soixantaine de livres, dont certains ont connu le succès comme « Alicia n’est pas rentrée » d’Hervé Guiliénine. Infos sur le site www.premedit.net 

 

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administrateur théâtres

Genre ...GOOGLE déjanté

Un monde qui grince, un monde qui pleure et qui rit. Spectacle de déraison et de dérision, iconoclaste et subversif, artistique en diable, le diable aux corps. Radiguet se retourne dans sa tombe ! Pourtant on est loin du Bal du comte d’Orgel !

42660510_10214719141105875_1016073667483795456_n.jpg?_nc_cat=100&oh=02c28fcea4654ef101d70a936bff5177&oe=5C567BAF&width=400Le spectacle est sur scène avec les cocardiers moqueurs et dans le public prêt au carnage : image de notre K.O. contemporain désordonné, mais en toute musicalité car les orchestrations et les voix sont magnifiques, même quand elles grincent à dessein, même quand elles se bloquent dans les impasses de la souricière ou qu’elles trébuchent, soudain rendues au néant, because...The show must go on !

"Parlez-vous franglais ?" de M. Etiemble date de 1964... "Astérix chez les Bretons" fut publié à 900 000 exemplaires en août 1966, voici aujourd’hui "Les Franglaises". On n’a pas fini de fêter le cinquantenaire des trente glorieuses ! Ils sont à Louvain-La-Neuve pour un 27 septembre en folie. L’occasion est trop belle pour stigmatiser la vacuité immense des plus beaux tubes planétaires qui ont fait les riches heures de la pop Music depuis plus d’un demi siècle ! Juste pour savoir ce que l'on, chante vraiment sous la douche...
On remonte les Golden sixties, on va jusqu’à l’Hotel California en passant par New York, New York et on vous livre le mode d’emploi. Emballé, c’est pesé. Avec son pesant d’anachronismes, autre ressort comique éprouvé par le temps, ses mimes et ses tribulations clownesques. Mais surtout, vivent les éclats de rires générés par la traduction littérale de Sky my husband, Ciel mon mari ! Et vas-y donc, à la va comme je te pousse,  que ça rigole ! Comme avec les traductions made in GOOGLE ! Et la morale de l’histoire, c’est qu’on aime encore plus le multilinguisme! Vive Babel et les bonnes gens qui sont dedans!

Projos sur la vie d’artiste: on galère mais on s’amuse et le maître de cérémonies a bien du mal à gérer l’équipage toujours à deux doigts de la mutinerie! Il a sous la main des Spicegirls impertinentes et une brochette de crooners complètement sauvages pire que des wild cats. Seul son amour pour Philip le tient debout dans un spectacle où tout s’écroule y compris le décor, où tout explose, y compris le public, lui c’est de rire. Habillage : Claire Djemah, géniale! 

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texteRunning time : "Depuis 2011, ils sillonnent les scènes françaises...". Le spectacle est porté par des comédiens amateurs finalement devenu professionnels grâce à ce spectacle ultra vivant et créatif. "Nous avions commencé à jouer dans la rue, pour atterrir à Bobino en passant par l’Olympia et bien d’autres salles." Et ils ont ramassé le Molière du Musical en 2015. Entendez : théâtre de comédie musicale!

Courez-y ! Ready, Steady, Run ! "NO ! I regret nothing !" Edith Piaf.

Dans la programmation de l'Atelier Théâtre Jean Vilar, Aula Magna Louvain-la-Neuve

  • Accueil français
  • 26 au 29 septembre 2018
  • Aula Magna
  • Durée : 1h40

Mise en scène Quentin Bouissou
Direction musicale Philippe Lenoble
Avec Saliha Bala, Benjamin Carboni, Yoni Dahan, Fabien Derrien, William Garreau, Stéphane Grioche, Marsu Lacroix, Philippe Lenoble, Roxane Terramorsi, Daphnée Papineau, Romain Piquet, Laurent Taieb

https://www.atjv.be/Les-Franglaises

http://www.lesfranglaises.fr/infos.html

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administrateur théâtres

            L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein airCoup de foudre  retentissant pour les pères (Benoit Van Dorselaer et Thierry Janssen), les fils (Mickey Bocar et Julien Besure), les valets (Simon Wauters et Othman Moumen) et les donzelles (Brigitta Skarpalezos et Laure Godisiabois)! Le spectacle est démentiel... rebelle, sexy, inventif et hippie! Tous à la plage, la  galère s'amuse, la pièce sera jubilatoire!  Voici Scapin 68 - une adaptation des plus réjouissantes des bien-nommées « Fourberies de Scapin » signées Jean-Baptiste Poquelin dit Molière en 1671 -  …ou quand la jeunesse en mini-jupes  et en pattes d’eph toise l’ordre établi et les interdits.

              Les deux pater familias, Argante (Thierry Janssen) et Géronte (Benoit Van Dorselaer) en costume cravate vont se faire l’un et l’autre moquer, rosser, vilipender, soutirer de l’argent, comme au théâtre du Grand guignol et  dans  la tradition de la  Commedia dell’arte. Cette pièce  qu’écrivit Molière en forme de récréation après le Don Juan,  L’Avare, Le Misanthrope  et le Tartuffe met en scène Octave (Julien Besure), fils d’Argante qui a épousé derrière le dos de son père Hyacinthe (Brigitta Skarpalezos), une jeune fille pauvre  de naissance inconnue, et Léandre (Mickey Bocar), fils de Géronte  qui s’est épris d’une  jeune Égyptienne, Zerbinette (Laure Godisiabois) . Pour contrecarrer l’autorité paternelle, tous deux  se trouvent forcés de recourir  au  savoir-faire ingénieux de deux domestiques maîtres-du-jeu : Scapin et son complice Sylvestre (Simon Wauters). Tour de passe-passe du dramaturge, les jeunes amoureuses se révéleront  à la fin, être celles même  que les pères  destinaient à leurs fils comme épouses. All is well that ends well!  L’intrigue n’est pas complexe mais qu’est-ce qu’on s’amuse! Quel sens de la fête, quelle glorieuse farce divinement mise en scène par Thierry Debroux 

 41527448_1369623813172693_7840669249335984128_o.jpg?_nc_cat=0&oh=720ecc60202b66198630d83feee7c054&oe=5C3563F4&width=322OCTAVE.- Oui, belle Hyacinte, et ces nouvelles m’ont donné une atteinte cruelle. Mais que vois-je ? vous pleurez ! Pourquoi ces larmes ? Me soupçonnez-vous, dites-moi, de quelque 
infidélité, et n’êtes-vous pas assurée de l’amour que j’ai pour vous ?
HYACINTE.- Oui, Octave, je suis sûre que vous m’aimez ; mais je ne le suis pas que vous m’aimiez toujours.
OCTAVE.- Eh peut-on vous aimer, qu’on ne vous aime toute sa vie ?
HYACINTE.- J’ai ouï dire, Octave, que votre sexe aime moins longtemps que le nôtre, et que les ardeurs que les hommes font voir, sont des feux qui s’éteignent aussi facilement qu’ils 
naissent.
OCTAVE.- Ah ! ma chère Hyacinte, mon cœur n’est donc pas fait comme celui des autres hommes, et je sens bien pour moi que je vous aimerai jusqu’au tombeau.
HYACINTE.- Je veux croire que vous sentez ce que vous dites, et je ne doute point que vos paroles ne soient sincères ; mais je crains un pouvoir qui combattra dans votre cœur les tendres sentiments que vous pouvez avoir pour moi. Vous dépendez d’un père, qui veut vous marier à une autre personne ; et je suis sûre que je mourrai, si ce malheur m’arrive.

             Les Moliérophiles ne seront nullement déçus, pas une virgule ne manque au texte qui est projeté dans une  intelligence parfaite. La mise en scène  vintage années soixante-huit est  une déferlante de bonheur théâtral, plastique et musical. Ready, Steady, Act ! Les comédiens ont reçu un thème: la plage, rapport à la phrase : « Sous les pavés, la plage ! » Donc, voilà une maison à colombages en bord de mer, le cri des mouettes, et l’imagination de tous  ...au pouvoir! Un sacré coup de pouce pour nos générations de jeunes assoupis...

  Tout  s’enchaîne  dans un délire de trouvailles autour des serviettes et fauteuils de plage,  jeu de boules en plastique, bouées, costumes et bonnets de bain rétro, sans oublier, au large,  …la fameuse galère.  La musculature parfaite et la souplesse de chat  frémissant d’Othmane Moumen, beau comme un plagiste, qui  voltige de  balcons en réverbères et autres escarpolettes, a déteint sur tous les comédiens qui eux aussi, sautent, rebondissent, jaillissent de trappes improbables et mènent  un jeu  d’enfer délirant autour du texte,  comme si tous avaient fumé la moquette et siroté des breuvages multicolores!   Et quand  une inénarrable scène de rire inextinguible s’empare de Laure Gaudisiabois et de Benoit Van Dorselaer, la salle ne se tient plus. On est dans un sommet de l'excellence théâtrale où le corps est roi  et on applaudirait bien en cours de route, comme à l’opéra!  Car d’ailleurs de la musique - des tubes anglo-saxons absolument légendaires - il y en a … avant, pendant et après, mais on n’en dira pas plus, car franchement, on ne peut manquer un tel spectacle auquel, on ose attribuer 5 étoiles, tant c’est bien fait, vivant, inédit et décoiffant. Quant à la morale « Il est interdit d’interdire » : on adore, pas vous?

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Du jeudi 13 septembre 2018 au vendredi 26 octobre 2018 au théâtre Royal du Parc 

http://www.theatreduparc.be/index.php?mact=Agenda,cntnt01,DetailEvent,0&cntnt01id_event=59&cntnt01returnid=57

 

Mise en scène Thierry Debroux Avec Julien Besure, Mickey Boccar, Laure Godisiabois, Thierry Janssen, Othmane Moumen, Brigitta Skarpalezos, Benoît Van Dorslaer, Simon Wauters Scénographie et costumes Thibaut De Coster, Charly Kleinermann Maquillages Urteza Da Fonseca Lumières Alain Collet Décor sonore David Lempereur Assistanat mise en scène Catherine Couchard

Crédit Photos:  Zvonock Light Knight 

Une coproduction du Théâtre Royal du Parc, de l’Atelier Théâtre Jean Vilar, du Théâtre de Liège et de DC&J Création

Jusqu’au 26 octobre au Théâtre du Parc (Bruxelles). Du 6 au 16 novembre au Théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve). Les 23 et 24 novembre à Wolubilis (Woluwe-Saint-Lambert). Du 28 novembre au 7 décembre au Théâtre de Liège.

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