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âme (9)

administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénarioFabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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Alexis et Edmond, un monde de connivences…

Nous voici à Paris, en décembre 1875,  à l’époque où une grandiloquente Sarah Bernhardt déclame « La Princesse Lointaine » au Théâtre de la Renaissance. L’ennui est prodigieux. Edmond Rostand n’a pas le sou, deux jeunes enfants à nourrir et une fidèle épouse sage comme une image. Ses pièces sont une suite de fours sans précédent. Tout le monde court ventre à terre voir du Labiche ou du Feydeau. Les messieurs, en passant par la case des « Belles Poules ». Question d’époque ?


N’est pas Poquelin qui veut! Coquelin, nouveau directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin a déserté  la Comédie-Française, pour se mettre à son compte en toute liberté, mais il est pourchassé par les huissiers. Premier clin d’œil autobiographique d’Alexis Michalik qui a fui le Conservatoire, dit-il, pour devenir freelance ?  Sauf que les  opus De Michalik ont fait immédiatement  pleuvoir sur lui  tous les Molières et nous ont portés au plus fort de la jouissance théâtrale. Comme ce fabuleux « Porteur d’histoire » l’an dernier joué au Public et à l’Atelier Jean Vilar.

Michalik a  donc flashé sur Cyrano de Bergerac et se lance dans une amplification théâtrale foisonnante et  savoureuse autour de son auteur, Edmond Rostand. Michalik fait flèche de tout bois dans de innombrables tableaux surprenants entourant la genèse de la pièce.  A la fois souffrance et exultation, rien ne sort de la plume sans urgence, c’est le propre de la création… Le tout  se trouve  émaillé de substantifique moelle, celle des extraits les plus  chavirants ou les plus drôles de la pièce de Rostand. Entre pastiche et vérité, il y a le rêve de la création littéraire et des tonnes de références culturelles incongrues.


Côté pastiche, on est servi ! Une vraie salade russe. La belle Roxane aux boucles blondes  est jouée par une actrice prétentieuse que l’on croirait sortie des contes de Perrault. Elle est affublée de deux producteurs corses  glauques qui  en sont entichés au point de servir de papas gâteau a son jeune fils adoré, François.  Au passage, on rencontre Tchekhov  qui fréquente  le poulailler rose qu’ils entretiennent: « Les Belles Poules ». Tchékov a soit-disant l’accord de sa femme car il  prétend qu’il va mourir sous peu! …Maintenant ou plus tard, de toute façon on va mourir un jour ! Les deux Georges, Georges Feydeau  et Georges Courteline  se prennent pour  Dupont et Dupond. Un certain Maurice  offre un  « boléro » pour la première… L’âme du « Dindon » se coince dans les claquements de portes.  Gallégeades théâtrales  ( champagne ou verveine ? ) persillée de joyeusetés telle  le patron noir du café, Honoré, bien sûr,  qui remet à sa place un fâcheux qui l’a traité de « nègre ». L’occasion de déclamer  sur tous les tons… la magnifique tirade du nez!  Voilà  quelques exemples  pétillants des  chapelets de connotations littéraires et malicieuses.

Au dos du décors et au plus profond de l’action il reste …l’éternel panache, cette note bleue qui chante  la hauteur des sentiments pour tout ce qui est muse ou idéal féminin,  versus l’usure domestique de l’amour quotidien. Mais par-dessus tout, voici une vibrante ode à  l’Esprit frappeur. Entre tous, l’Art théâtral, est le couronnement et le fondement de l’art vivant, loin des écrans de tout poil et autres «  réalités »   virtuelles. Le lieu par excellence de l’enthousiasme, comme le définit Madame de Staël. A bon entendeur, Salut !


La distribution impeccable rassemble une élite de la scène belge. Douze comédiens en goguette pour incarner pas moins de 38 personnages… De très connus :  Maxime Anselin, la très joviale Perrine Delers, Inès Dubuisson, l’incomparable Itsik Elbaz, l’illustre Antoine Guillaume. Mais aussi: Tristan Schotte ( Edmond Rostand) , la délicieuse  Elsa Tarlton  (Jeanne et Rosine), Rézal Siellez, Sandrine Laroche, Mwanza Gautier ( inénarrable Monsieur Honoré) et David Dumont. Le tout sous l’aimable regard de Michel Kacenelenbogen, dans sa mise en scène virevoltante. Et un  beau nombre de rappels enthousiastes. Presque comme au soir de la Première… le 28 décembre 1897.

Dominique-Hélène Lemaire    pour Arts et Lettres

Au théâtre le Public

L’image contient peut-être : 12 personnes, personnes souriantes

« EDMOND », la pièce aux 5 Molières d’Alexis Michalik, Comédie héroïque

Texte et direction artistique : Alexis Michalik.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen. Avec : Tristan Schotte (Edmond Rostand), Maxime Anselin (Jean Coquelin), Perrine Delers (Maria Legaut), Inès Dubuisson (Rosemonde Rostand), David Dumont (Léo Volny et le passant), Itsik Elbaz (Constant Coquelin), Mwanza Goutier (Monsieur Honoré), Antoine Guillaume (Georges Feydeau), Sandrine Laroche (Sarah Bernhardt), Réal Siellez (Marcel Floury), Elsa Tarlton (Jeanne), François-Michel van der Rest (Ange Floury).

DU 05/09/19 AU 30/11/19

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Les souffrances du jeune Gauthier, exorcisme de la douleur...

....Gauthier est un clown sans frontières. Sambuca est son ange triangulaire... Face aux victimes de la guerre, de la misère ou de l'exclusion, aujourd'hui, il perd le sens de sa vie à un point qui pourrait lui être fatal.....

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Attendu que la mort  de la chanteuse Amy Winehouse ( 27 ans) dans son appartement de Londres est restée inexplicable (Back to Black!) ;

Que Gauthier est né sans le vouloir ;

Que sa générosité  naturelle et sans limite l’a mené des Philippines au Liban, en passant par un an cœur du  Cambodge, pour faire renaître le sourire  dans le cœur et les yeux d’enfants orphelins, déshérités, enfermés dans des camps ;

Qu'il s’est inondé  pendant dix ans de toute la misère du monde et n’a plus un coin sec où pleurer ;

Que son ange triangulaire - que certains nommeront conscience, psy, meilleur ami imaginaire ou non - va faire tout pour lui faire retrouver le goût de vivre et la flamme rayonnante indispensable à tout être humain, selon la formule bien connue de « rise and shine ! » ou de « this little light of mine ! » ;

Que nous assistons à une authentique séance de shamanisme pour chasser les fantômes malfaisants et trompeurs, volutes de fumée  lumineuse et transes garanties ;

Que l’on touche de près  à l'absurdité de la souffrance, aux questionnements, et  à certains souvenirs personnels, de part et d'autre de la frontière entre la scène et le public, mais où est passée la frontière?  

Que Gauthier a livré toute son histoire à Pietro ;

 Et...

Pas n’importe lequel: Pietro Pizzuti, en personne et que celui-ci, l’a recueillie, comme il recueille les migrants du Parc Maximilien  et  a construit au milieu du délire,  un personnage fulgurant, chasseur de tous les faux-semblants et de toutes les impostures ;

Que sieur Alain Eloi, véritable caméléon ensorceleur, spécialiste du changement de  peaux et de mots, n’est pas le flic des ONG, mais fait résonner la sagesse au milieu de la catastrophe et a été présent aux côtés de Gauthier depuis  le jour de sa naissance ;

Que la richesse intérieure de Gauthier - Clown et Comédien - est aussi inépuisable que ses bulles ;

Que la colère et le doute animent le jeu, dès les premières répliques ;

Que le décor est un chaos  poétique et surréaliste savamment  organisé ; 

Que l’association Clown sans frontières Belgique qui part régulièrement aux quatre coins du monde et en Belgique est une organisation solidaire qui ne table que sur le pur bénévolat, et sur le  timide soutien d’un public  heureusement révolté par la souffrance qu’endurent des millions d’enfants  en  situation de guerre, d'abandon ou de famine ;

Que ce sont la guerre et la violence qui n’ont pas de frontières ;  

Qu'en définitive le jeu  des deux acteurs est magnifique et palpitant d’un bout à l’autre ;

Que Gauthier est prêt à  arrêter les pilules qui le maintiennent en vie pour oublier l’horreur vécue au coeur  des ténèbres,  et qu’il a vu qui étaient les vrais salauds…rapport aux gosses, et rapport à Amy Winehouse…sans doute ;  

Qu’il ne voit même plus  ce qu’est devenue son âme, qu’il a perdu sa liberté de penser, d’agir, que rien ne va plus… tant il a  côtoyé l’innommable ;

À quoi bon faire rire ces enfants?

Mais que l’Ange l’a sommé de CONTINUER,

Et que  l'aube s'est levée quand Gauthier a promis de TRANSMETTRE,

 

Pour toutes ces raisons aussi futiles qu'inimaginables,  il faut se précipiter voir cette pièce qui n’est pas une pièce, ni une pièce de musée mais une pièce d’artillerie contre l’injustice, la haine, le pourrissement. Une pièce à conviction, car elle redonne le souffle vital, le bon sens, et plus généralement le rire aux lèvres, grâce aux sortilèges des nez rouges et leur armée de pitreries, 

Et puis, c’est tellement dense, qu’il vous faudra un temps d’arrêt pour ressentir profondément ce que cela fait, et comment gérer vos nouvelles émotions, et comprendre qu’il en faut peu pour être heureux et se mettre à rayonner chacun avec ses propres talents…

 

Et surtout, l’écriture explosive et onirique de la mise en scène porte la belle signature de Christine Delmotte, véritable révélatrice d’humanité! Sorcière si éprise de liberté qu'elle puise  le pouvoir de ses philtres magiques  dans les plis de son âme, de ses racines, de sa capacité à aimer, de ses rages et de ses  failles où  transparaît  la LUMIERE! 

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http://www.atjv.be/Qui-a-tue-Amy-Winehouse

                                                Qui a tué Amy Winehouse ?

                                                              De Pietro Pizzuti, mise en scène de Christine Delmotte avec Gauthier Jansen et                                                                Alain Eloy. Du 17 janvier au 3 février 2018 à 20h30 à l’Atelier Théâtre Jean                                                                      Vilar et du 28 février au 31 mars 2018 auThéâtre des Martyrs.

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God save the  spirit! Voici un spectacle qui a du panache !

« Au clair de la lune, trois petits lapins qui mangeaient des prunes, le verre à la main… » On n’est pas vraiment dans la normalité de la chanson  Mon ami Pierrot, on l’aura tout de suite compris, en recevant à l’entrée du spectacle un sachet dans lequel se cache un verre en cristal, organique bien sûr, garanti sans plomb en vue de la dégustation. Les cinq sens seront tous  au rendez-vous!  Un conseil allez-y à  plusieurs,   car  l'instrument de cristal permet de trinquer joyeusement  en si bémol majeur ce qui ajoute de pétillantes respirations  concertantes entre voisins décomplexés.  La gageure c’est qu’après six verres d’élixirs divers, c’est peut-être vous qui aurez du plomb dans l’aile. Mais vous pouvez toujours aller cracher sur scène entre les plats de calembredaines et de plaisantes parodies à la sauce bien zwanze de chez nous!

 

Enjoué, canaille, vif, velouté, souple, aimable,  puissant, nerveux, léger, gouleyant, généreux et franc, le boshimam d’un genre nouveau tape sur toutes les religions confondues : "ni dieux ni maîtres" hormis le vin. Sauf à dire  que les religions de tout poil tablent sur les libations  et se greffent toutes  sur la survie de la Vigne,  traversant  grâce à elle,  les  différentes civilisations humaines. L'échanson du rire  tacle les français dans et hors de la salle, les étudiants et les riches, les allemands de passage, les touristes,  les anglais bien sûr et les Belges une fois sur deux, et  en particulier les planteurs de betterave ataviques. Ajoutez vous-même le B.    On sert six fois à boire, sur musiques de circonstance, qu’elles soient à danser ou à batifoler, l’un ne va pas sans l’autre, c’est ainsi que vont les plaisirs de dieux !  Vas-y pour  la dégustation au propre et au figuré, en pleine figure et  plein la  bouche, à gorge déployée (on ne vous dira pas laquelle…) pour les salves de rires. 

Le vocabulaire oenophile défile sous forme de bêtisier.  Eric Boschman élu meilleur sommelier de Belgique en ’88 s’est transformé en amuseur public,  difficile à situer,  entre  France et Belgique, plutôt RTL côté rires et balivernes. Le verre à la main, L’esprit gouailleur, il explose au passage une à une, les figurines politiques véreuses de notre temps, ne se privant pas  d’envoyer quelques gros-plants sur la scène mondiale des  brutalités encours.  Toutes frontières abolies: l'alcool désinhibe.  Il remonte les rivières, parcourt les chaînes de montagnes, batifole dans tous les vignobles, détaille les  théologies, les mélange en libations sacrées et vertueuses car seule l'ivresse est interdite (par les Arabes!).   Et  il termine sur  un porto dont l'étiquette reste un mystère étoilé de souvenirs de jeunesse! 

   

En définitive, son Wineman show musical et humoristique  réveille les papilles,  catalyse les rires et adoucit les mœurs. Quelle jolie fête de fin de saison! Comme tout bon Belge  qui se respecte, cela avait commencé par de l’autodérision pur jus , puisqu’il moque au premier chef, sa propre gent vinophile,  et en particulier, ces  happy fews qui n’osent avouer qu’ils  pratiquent l’œnologie un fois par semaine et rentrent aux petites heures…

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NI DIEUX NI MAITRES MAIS DU ROUGE

De et avec Eric Boschman

DU 07/06/17 AU 30/06/17

Théâtre Le Public
rue Braemt, 64-70 1210 Saint-Josse-Ten-Noode

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=469

https://www.ericboschman.be/spectacles/

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***** DANS MA TETE *****

Textes et interprétation : Rubina 

Elle est … Belle! Elle dansait dans sa tête… Elle avait 5 ans et débarquait ans un monde qui n’était pas le sien. Elle racontera tout cela, à cause d’une fêlure dans son horizon. Pendant la conférence sur la différence de nos codes d’accès à la réalité, sur nos stratégies de défenses, sur le fonctionnement de notre cerveau, elle est saisie par message étrange qui s’affiche sur son Iphone : « Je suis ton père et je suis dans la salle ! » Le choc ! Cette phrase fortuite dérange toute l’architecture de son discours, embrase son cœur et fait jaillir des larmes au coin de ses yeux. Des yeux magnifiques, de véritables brasiers à peine maquillés qu’elle promène de visage en visage dans la salle comble qu’elle caresse et dont elle se nourrit. Une chevelure vivante qui appelle un océan de rêves et de voyages.

Nous sommes devant une expérience troublante. La dame improvise son texte, de concert avec  sa  frangine au clavier. T’es toi quand tu danses… C’est là qu’elle va, c’est son but ! De trace en trace, elle fait surgir les souvenirs et les apprivoise, comme une magicienne. Plus rien ne pourra lui faire mal. Elle a fait ce travail d’écoute de soi, de rencontre avec l’être profond, dionysiaque peut-être… mais elle a rencontré l’éternel enfant en nous, source de toute création.  Le magnifique jeu corporel, la belle diction, le port de princesse de sang royal, tout contribue à faire de ce spectacle chercheur de vérités, un cadeau inestimable pour chacun des spectateurs qui l’écoute avec le cœur. Elle donne des noms de sages qui ont l'art de  reconstruire... 

Elle questionne : « Quel est votre rôle sur le grand échiquier où nous avons besoin d’exister? »  Elle se bat contre des tendances acquises : « Quand tu auras un diplôme, de l’argent, un couple,  des enfants, une maison, des voyages, tu seras heureux ! » Elle barre la route aux chemins tracés d’avance. Elle redonne des aimants aux désirs… à la capacité de manger la vie. Une bonne fée, quoi!

Elle explique encore que les manques de l’enfance se retrouvent dans les désirs  que forment inévitablement les parents à propos de leurs enfants. Compensation, quand tu nous tiens ! Pire encore, elle disserte sur l’absence du père. Elle revient sur son éducation, sur ses diverses métamorphoses, sur ses retours aux sources de  la souffrance. Et de fil en aiguille, elle répare, elle restaure par la voix et le geste, elle écoute ses talents, et toute en haut de sa nouvelle pyramide, elle installe le pardon. Car pardonner aux autres, c’est être. C’est être heureux.

Summertime, and the livin' is easy

Fish are jumpin' and the cotton is high
Oh, your daddy's rich and your ma is good-lookin'
So hush little baby, Don't you cry

One of these mornings you're gonna rise up singing
And you'll spread your wings and you'll take to the sky
But 'til that morning, there ain't nothin' can harm you
With Daddy and Mammy standin' by

Summertime, and the livin' is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
Oh, your daddy's rich and your ma is good-lookin'
So hush little baby, Don't you cry

One of these mornings you're gonna rise up singing
And you'll spread your wings and you'll take to the sky
But 'til that morning, there ain't nothin can harm you
With Daddy and Mammy standin' by

Elle a chanté  « Summertime » en solo appuyée sur le mur des incompréhensions et maintenant, elle danse. Elle a repoussé les murs.  Et nous, on applaudit à tout rompre dans une salle bondée…Et puis comme des gosses de quatorze ans, on ira lui demander des autographes… pour la remercier du fond de l’âme.  Elle est ... Elle. 

https://www.laclarenciere.be/SAISON_2016_2017/trismestre2.htm

Dates:Du 26 au 28 janvier 2017

Où:La Clarencière
rue du Belvédère, 20 1050 Ixelles

Contact http://www.laclarenciere.be 
fabienne.govaerts@skynet.be 
02/640.46.76

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Le pardon de la neige

Le pardon de la neige

     Antonia Iliescu

Soit bénie neige blanche,
robe du ciel, éphémère…

Viens couvrir la boue

Des choses et des hommes ;
J’attendais tes bourgeons

Truffés de lumière

Blanchir le noir du monde,
Raviver la forêt.

 

Soit bénie, neige de soie,

Neigeote sous mes paupières 

Je n’ai ni mal ni froid 

Je suis une pierre tombée

De là-haut, redevenue poussière.
Couvre-moi, doucement

Avec ta paume-duvet,

D’abord jusqu’aux chevilles,

Ensuite jusqu’au front

Que je te sente, neige, grandir en moi

Comme un auguste mont.

 

Neige hostile sans soleil

Aux lueurs bizarres

Dans tes yeux méchants,
Tu m’accroches aux cils

Des perles en collier

Comme des nœuds légers

Sur une fragile branche;
Pourtant je te pardonne, neige,

Car ton âme est si blanche…

 

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administrateur théâtres

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A l’occasion de la présidence italienne du Conseil de l’Union européenne, SIENNE* s’expose cet automne et SIENNE s’impose comme un rendez-vous artistique incontournable à Bruxelles ! Du 10 septembre 2014 au 18 janvier 2015 se tient  au PALAIS DES BEAUX ARTS  de Bruxelles une merveilleuse exposition d’œuvres en provenance de la prestigieuse Pinacoteca Nazionale di Siena et le Musée des Beaux-Arts de Rouen, ville qui accueillera d'ailleurs l’exposition, après Bruxelles.

Un juste  hommage est rendu à  cette ville  d’art  italienne qui jouit d’une grande tradition picturale après Florence.  Les 80 chefs-d’œuvre  exposés qui datent de l'époque gothique ont rarement quitté leur port d’attache. C’est grâce aux moyens de la plus haute technologie  élaborés ces dix dernières années que ces œuvres ont pu  enfin quitter Sienne et voyager  dans des conditions de sécurité valables. Les œuvres d’une fragilité extrême et toutes restaurées impeccablement  témoignent d’un art révolutionnaire qui, entre le XIIIe et le XVe siècle, fut notamment exercé par les frères Lorenzetti, Duccio di Buoninsegna, Simone Martini et Sano di Pietro.

Car forts de leur maîtrise picturale, ces artistes comme Duccio, Simone Martini, les frères Lorenzetti, Sassetta, Sano di Pietro, Giovanni di Paolo et tant d'autres vont véritablement inventer un nouveau type de récit, avec la création de modèles iconographiques. Ils renouvelèrent l’utilisation du paysage à l’arrière-plan grâce à l’introduction de la perspective et eurent recours à une palette de couleurs inédites par leur brillance et leur vivacité. A chaque arrêt devant les œuvres, on touche au sublime. Il est  fait de naïveté, de spiritualité, d’espérance et de beauté. La dynamique de chaque œuvre, ses lignes maitresses fulgurantes,  ses coloris, la perfection des visages, le galbe des corps, la fluidité des drapés,  le rendu des tissus et des  matières  ont  de quoi  émerveiller et de quoi  donner à notre société orgueilleuse  et impudente, un  bienfaisant  regain d’humilité. A chaque arrêt devant l’œuvre on se tait, touché par la grâce picturale et la vibration des couleurs. Un antidote contre la grossièreté ambiante!  

 Quant au  titre de l’exposition, s’il  parle d’ars narrandi  c’est que chaque œuvre  raconte une histoire biblique ou religieuse locale pour que le peuple peu éduqué puisse être édifié. Pour nous, visiteurs du 21 e siècle,  il s’agit d’une communion sans paroles avec notre histoire et parfois avec une indicible émotion. Chaque fois un petit miracle se renouvelle: on entre de plein pied dans des enluminures grandeur nature.  Cet art narratif et didactique d’une extrême finesse  est illuminé d’humour et d’expression d’émotions d’une grande humanité. Il est révolutionnaire, parce qu’il abandonne l’iconographie rigide de de l’art byzantin tardif et crée un monde vivant fait de scènes de la vie quotidienne, de  paysages réels comme décor, et de personnages très expressifs.

*"Sienne fut un carrefour en Europe La situation de Sienne sur la Via Francigena, l’itinéraire qui menait les pèlerins d’Europe du Nord vers Rome et, au-delà, vers les ports d’Italie méridionale et les Lieux Saints, a fait de la ville un important carrefour commercial et a favorisé les échanges artistiques. Les peintures, souvent de petits bijoux faciles à transporter tels que diptyques, retables portatifs et miniatures, ont été diffusés le long de cet itinéraire de pèlerinage. De la sorte, ils ont également fasciné les autres centres de l’Italie et marqué de leur empreinte l’Europe entière."

photo.jpg?width=175L’exposition, vous pouvez aussi l’emmener chez vous. Sous la forme d’un magnifique livre intitulé « Peinture de Sienne - Ars narrandi dans l’Europe gothique » dont les planches et les textes  témoignent de la dévotion artistique des collaborateurs.

Mario Scalini, Anna Maria Guiducci Collectif

http://www.bozar.be/activity.php?id=14090

Du 10 septembre 2014 au 18 janvier 2015
Palais des Beaux-Arts (Bruxelles)
Rue Ravenstein 22
1000   Bruxelles
http://www.bozar.be  Ouvert: De mardi à dimanche: 10h > 18h (Jeudi: 10h > 21h)
Fermé: Lundi

 

 

 

 

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L'homme à la découverte de son âme

12273027286?profile=original"L'homme à la découverte de son âme" est un ouvrage du psychiatre et psychologue suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) paru en 1934. L'un des horizons essentiels que nous ouvre la lecture de cette oeuvre est celui des "projections". La projection est le phénomène selon lequel un individu imprime sur un sujet ou un objet du monde qui l'environne une tonalité psychique qui est un trait de sa vie intérieure.

L'être humain est doublement relié au monde dans lequel il vit: par la pereption, d'une part, par la projection, de l'autre. La projection est ce que l' individu investit dans le monde, les mirages, les chimères de l'esprit qu'il plaque sur l'objet et qui en interdisent bien souvent la perception. La projection estompe, modifie, travestit la perception; elle peut même l'effacer pour se substituer à elle. Ces projections sont d'autant plus tenaces qu'elles ont pour origine l' inconscient.

Une autre notion étudiée dans ce texte est celle de l' "archétype", c'est-à-dire une structure mentale innée. C'est une sorte de "Gestalt" (forme), une sorte d'image de l' instinct. Ces archétypes forment l'architecture mentale de base d'un individu. Mais le plan archétype de l'être n'est pas immuable. C'est un plan vivant, évoluant avec l'âge du sujet.

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administrateur théâtres

12272995464?profile=originalMercredi 29.01.2014 > Dimanche 25.05.2014

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles vient d’ouvrir ses portes à un génie du siècle d’or espagnol surnommé « le Caravage espagnol ». L’exposition durera quatre mois. C’est la première fois en Belgique que l’on consacre une monographie à Zurbaran. A part une toile présentée lors de Europalia 1985 consacrée à l’Espagne, on ne possède aucune œuvre de ce grand maître sur notre territoire.

Zurbaran est né en 1598 dans le village de Fuente de Cantos en Estrémadure, une région située entre Madrid et Lisbonne. Son père est marchand de tissus, boutiquier aisé d’origine basque. Très jeune il s’installe à Séville, capitale andalouse où il forge sa carrière et son style. Il reçoit de nombreuses commandes des ordres monastiques.

C’est l’artiste qui a le mieux représenté la religiosité de la Contre-Réforme de l’église espagnole du 17ème siècle, suite au concile de Trente. Elle est imprégnée de l’esprit des écrits mystiques de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix. En effet, l’œuvre du peintre qui comme Velázquez et Murillo représente l’âge d’or de la peinture espagnole est un outil spirituel, un moyen de rechercher la grâce divine, de transcender le réel et d’accéder à la sérénité. L’acte pictural est un moment privilégié de création et rencontre une émotion de type divin. La création artistique est un instrument de connaissance et d’émotivité qui relie le peintre au Créateur. Le dépouillement est la caractéristique principale de ces œuvres. Tout le décorum et la mise en scène médiévale ont été gommés, on revient à l’essentiel dans le plus pur esprit du renouveau religieux. Cela passe par la simplicité, le naturalisme et la création de formes transcendées et pures comme si elles étaient dictées par la révélation d’un art poétique pictural. L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom (Zurbarán. œuvres choisies 1625-1664) décrit l’œuvre de Zurbarán comme « un essai sur les rapports entre la lumière, la couleur et la matière comme on n’en reverra plus avant Cézanne » (Le Labyrinthe du pèlerin. Mes chemins de Compostelle).

L’approche coloriste de l’artiste est très innovante. Elle est faite de contrastes délicats, d’éclairages subtils, de cadrages précis, et de grande sobriété qui range cette production artistique auprès de nos peintres modernes. Le rendu des textures et des tissus, lins, draps brocards, drapés, peaux de mouton, chevelures ont une plastique presque tactile mais divine aussi car c’est Dieu qui semble s’immiscer dans la matière. Une des marques de son originalité est son intérêt pour la vie quotidienne et des objets qui semblent posséder une âme. En effet dans ses tableaux on retrouve souvent des petits ensembles de natures mortes qui ont une puissance symbolique évidente. La tasse remplie d’eau pure qui s’imprègne de lumière, l’assiette d’étain – une image de la planète qui reflète la lumière, encore vue comme un plateau dans l’univers ? – la rose qui renvoie à la virginité de la vierge et à la nativité, des fruits et des flacons…isolés ou regroupés pour suggérer le dénuement humain, l’humilité et la ferveur. Le tout, loin des canons de l’époque qui célèbrent la munificence, la richesse et l’esprit de conquêtes.

Les tableaux de cet artiste mettent en lumière la vie des saints, de martyrs et de moines qu’églises et convents lui ont commandés. Contemporain de Rubens, il ne montre aucun intérêt pour les portraits mondains ou les nus voluptueux inspirés de la mythologie.

12272994271?profile=originalLe spectateur moderne est touché par la modernité de l’approche et son intemporalité. La frontière entre le sacré et le profane est mince et la lumière joue un rôle crucial dans le dialogue entre les deux dimensions. L’homme est à l’image de Dieu ou dieu fait à l’image de l’homme par le regard humain semble nous dire la toile du « Christ en croix contemplé par saint Luc, ca 1655, Madrid Museo Nacional del Prado ». Il semble que c’est le peintre lui-même qui s’est glissé dans le vêtement intemporel du saint. Le visage du saint en extase est inondé de lumière, une lumière intérieure faite du miracle de sa spiritualité intense, sa palette et ses pinceaux offerts en hommage. L’espace est vide et découpe la forme sculpturale du Christ dont le visage humain est presque plongé dans les ténèbres alors que son corps semble illuminé par une lumière venue d’ailleurs. Le fond neutre du Golgotha souligne la solitude de l’homme et le caractère austère et humble du dialogue.

12272994090?profile=originalL’exposition est divisée en 12 sections, chacune consacrée à un contexte spécifique suivant un cheminement à la fois chronologique et thématique. Dans la première salle, on peut admirer Saint Grégoire, vêtu richement certes car il est pape, mais bombardé sur un fond neutre. Il tient dans ses mains gantées le livre sacré dont la tranche est du même rouge presque fluorescent que les gants, un message explicite dont on ne peut détourner le regard. Au bas de son étole, on retrouve Saint Pierre, en hommage à la filiation avec le fondateur de l’Eglise catholique romaine. Le visage naturaliste du lecteur est illuminé par l’intensité de la rencontre spirituelle. Dans la même salle on est tout de suite confronté à l’extrême vitalité et au caractère humain très dynamique des personnages. Supplément d’âme ou supplément de vie ? Les deux. Le rendu des mouvements est extraordinaire, que ce soit pour « La guérison miraculeuse du bienheureux Réginald d’Orléans » guéri par la Vierge grâce à l’intervention de saint Dominique ou pour le « Saint Dominique à Soriano », une peinture illustrant le moment où la Vierge accompagnée de deux saintes apparaît à un moine pour lui remettre une image de saint Dominique. Un miracle très particulier dans lequel une peinture participe même à l’acte fondateur d’un ordre religieux. La légende raconte qu’en 1510, inspiré par saint Dominique, le frère Vicente de Cantazano arriva à Soriano pour y fonder un couvent. Dans la nuit du 15 septembre Frère Lorenzo da Grotteria, le sacristain reçut l’apparition de la Vierge accompagnée de Marie-Madeleine et Catherine et reçut d’elle une toile montrant l’image de saint Dominique qu’il fut chargé d’accrocher au-dessus de l’autel pour remplacer l’image fruste peinte au mur. Cette salle est en effet consacrée aux nombreuses commandes des Dominicains, cet ordre de prédicateurs hélas liés à l’Inquisition.

Dans la deuxième salle les commandes émanent de l’ordre des Mercédaires (couvent de la Merci Chaussée) où l’artiste et tout son atelier se sont installés pendant la réalisation de leurs commandes. Ces œuvres illustrent des scènes de vie de saint Pierre Nolasque, fondateur de l’ordre. La composition soignée des œuvres, en formes triangulaires ou pyramidales, visent toujours à l’essentiel. Elles sont de véritables mises en scène où le céleste et le terrestre se retrouvent côte à côte dans un souci de proximité du religieux pour l’homme. La maîtrise picturale des tissus est à nouveau très subtile, particulièrement les vêtements blancs et contribue à donner l’impression d’illumination divine.

La salle 3 présente « Saint François » (ca 1635), une œuvre de grand format prêtée par le Milwaukee Art Museum. Le saint apparaît en pied, se détachant sur un fond indéfini plongé dans la pénombre. La lumière sur l’habit franciscain produit un effet sculptural comme si la figure était une projection tridimensionnelle impressionnante. Le visage bistré, barbu, plongé dans l’ombre de la cagoule franciscaine, contraste avec les mains et les pieds nus fortement éclairés. Le message mystique est évident. Le poids et la texture du vêtement de bure brunâtre et le crâne tenu dans les mains engagent à une méditation sur la mort. La vie contemplative, la solitude monastique, l’austérité, le mysticisme et l’importance de la prière sont présentes dans ce tableau et justifient le succès du peintre auprès des ordres monastiques.

12272994072?profile=originalDans la salle 4 on rencontre les natures mortes. Mais le sont-elles vraiment ? Fortes et expressives, ces œuvres sont des objets de méditation pour mettre le spectateur en relation avec Dieu. On est au cœur de l’intime et des questions métaphysiques. Les « bodegones » désignent les scènes de genre et les natures mortes des maîtres espagnols. Deux œuvres du maître illustrent la simplicité, l’ascétisme et la rigueur sans pour autant y mettre de la sévérité. On retrouve la tasse remplie d’eau, l’assiette d’étain, la rose … Deux autres natures mortes, moins dépouillées sont attribuées à son fils, Juan, peintre également.

12272994081?profile=originalLa salle 5 est centrée sur la passion et la mort du Christ. Un « Agnus Dei » est représenté, isolé sur fond sombre et neutre, pattes entravées, symbole d’innocence, d’humilité et de compassion. Au-dessus de sa tête prête à être immolée, flotte une délicate auréole. Ce symbolisme qui préfigure la passion du Christ est annoncé dans Isaïe (Is 53,7).

12272994868?profile=originalSalle 6. Année 1634 : grand tournant : Zubaran est appelé à la cour pour une campagne de décoration du salon des royaumes au palais Buen Retiro à Madrid, siège du pouvoir royal de Philippe IV. Il est appelé à peindre des scènes des travaux d’Hercule, le héros de la mythologie considéré comme fondateur mythique de la monarchie espagnole. On retient deux œuvres très fortes, (visionnaires?), celle d’Hercule affrontant le lion de Némée et celle de La mort d’Hercule, le corps prisonnier d’un manteau de flammes.

12272994881?profile=originalLa salle 7 rassemble des scènes de la vie quotidienne de l’Enfant Jésus très touchantes et pleines de symboles prémonitoires de la passion du Christ. Le quotidien de la vie commune à tous les hommes et les femmes de toute époque se voit ici sacralisé dans les scènes de l’enfant à Nazareth. Marie, grande figure pyramidale, est représentée comme l’image même de la mélancolie : elle a interrompu son ouvrage de broderie et, main appuyée sur sa joue avec une larme qui coule, elle semble plongée dans une rêverie accablée : son fils de dix ans vient de se piquer le doigt à une épine. La Vierge enfant endormie (ca 1655-1660) est tout aussi émouvante. Le visage est inondé de lyrisme mystique, et invite à la réflexion intellectuelle. Le livre que la jeune enfant endormie sur sa chaise tient dans la main et le tiroir de la table entr’ouvert rappellent que l’histoire est en marche et que la vérité est écrite dans le livre.

On retrouve des images de La Vierge dans les salles 8 et 9 qui célèbrent le culte marial et l’Immaculée Conception. Zurbaran cultive la représentation d’une vierge très jeune, sans tache, animée de pureté et de candeur enfantine. On retrouve ici principalement une construction verticale, des vues de la ville de Séville, des fonds dorés comme dans les icônes, le bleu céleste, des allusions au Cantique des cantiques… le cyprès, le palmier, le puits, le jardin, etc. s’observent aisément dans les premières versions et se confondent plus tard avec le fond, avant de disparaître entièrement.

12272994853?profile=originalLa salle 10 emmène le spectateur vers le nouveau monde. Les commandes de monastères se sont taries et le peintre cible une clientèle plus lointaine. Il va exporter vers l’Amérique mais sera rarement payé pour sa peine car les pirates affluent et les œuvres atteindront rarement les commanditaires du Pérou ou de l’Argentine. C’est dans cette salle également que l’on peut admirer « Sainte Casilde » (ca 1635) une sainte vénérée pour avoir été rebelle à son père et avoir nourri secrètement des prisonniers. Ainsi ses doigts innocents transformèrent en fleurs  les pains qu’elle transportait. C’est la toile qui fait l’affiche de l’exposition et la couverture de son splendide catalogue. Le tissu de la robe d’une rare beauté et les bijoux resplendissants symbolisent l’élection divine.

La salle 11 présente des œuvres baignées de lumière, aux tonalités douces. Zubaran s’est installé définitivement à Madrid – la peste de Séville de 1649 a emporté son fils Juan – et il peint dans ses dernières années  en majorité des œuvres mettant en scène la Sainte famille (La Vierge à l’Enfant et le petit saint Jean ca 1658), saint Jean-Baptiste… et un fameux Saint François en extase (ca 1658-1660).

La salle 12 est dominée par ce splendide Christ en croix contemplé par Saint Luc (ca 1655) une œuvre de dévotion privée, qui nous vient du Prado et qui met en scène tout le mystère de la Création dans une réelle virtuosité de lumières et de palette. Un testament artistique et spirituel absolument poignant.


 Sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine Paola

Commissaire: Ignacio Cano
Conseillé: Gabriele Finaldi

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