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Bientôt, dans l'acoustique mystique de l'église Saint-Jean-Berchmans, l'une des œuvres les plus puissantes du répertoire sacré, sublimée par 80 musiciens et choristes. La force lumineuse de la musique : le "Stabat Mater" de Dvořák.31178991857?profile=RESIZE_584x Une mère brisée, un compositeur endeuillé et un chant d'espérance d'une humanité pure. Il faut vivre le Stabat Mater de Dvořák comme un voyage de la peine vers la lumière. C’est la fresque sacrée la plus bouleversante de Dvořák, celle d’un père devant le deuil de ses enfants.

 Et une nouvelle fois,  le concert  sera fait d'étonnement et de surprise.  On peut certes se préparer au Stabat Mater, mais l'autre œuvre, encore un secret? Success story part 2? Le titre: "Hymns of freedom", composé à l'occasion de la Journée de la femme par Nasser Sahim Nasseb.Ce sera sans nul doute  une nouvelle découverte... La dernière fois aussi, nous sommes passés de surprise en surprise: 

Concerts

Le 10 avril, Vivaldi ou Richter? ...Les deux

Retour sur les Quatre saisons de Vivaldi, pardon, de Max Richter ! par l’orchestre de jeunes musiciens, le Brussels Philharmonic Orchestra

Il est libre… Max !

Quel choc ! On s’attendait, ayant parcouru l’affiche un peu trop vite, au théâtre des saisons d’Antonio Vivaldi dansé et joyeusement chorégraphié par une troupe de danseurs en herbe… tendre, bien sûr ! Laurent Drousie, directeur artistique à la Chorégraphie, la soliste Rasa Vosyliuré au violon. Le belgo-chilien   David Navarro-Turres, à la baguette, dirigeant Le Brussels Phiharmonic Orchestra.  

Et nous voilà plongés dès le début du concert dans le noir, dans un univers de cordes méditatives, se balançant dans un rythme insistant, lancinant. Une musique étale, minimaliste, profondément sombre. Une lumière glauque qui semble absorber l’espace. Mais un rythme qui éveille tout à coup un vague souvenir ; oui. Cela ressemble même à une musique de film récent… ! Eurêka ! C’est « Hamnet ! » Un film bouleversant, s’il en est. On n’en croit pas les oreilles ! L’intériorité presque crépusculaire prend dès lors tout son sens.

La musique minimaliste, et opiniâtre mord comme une douleur qui ne se tient pas tranquille. Joue-t-elle les accents de notre condition humaine, faite de douleurs et d’éclats de joie ? La voilà qui nous envahit comme une sorte de ressac émotionnel. Elle évoque des matières vitales : la naissance, l’amour, le deuil, l’absence, les fragments de mémoire, la beauté des jours heureux, la beauté de la lumière du jour. On se souvient du désespoir de l’Antigone grecque tellement triste de se voir voler à jamais la lumière du jour. Et le titre de la pièce musicale « On the Nature of the Daylight » prend donc tout son sens. On perçoit son évanescence, sa fuite, sa disparition. Et aussi son perpétuel retour, comme une vivante respiration de la Terre.

C’est aussi ce que nous disent les jeunes danseurs. Une femme, un homme, un couple, un groupe. Ils ne cessent d’apparaître, de se consumer et de disparaître. Ils sont vêtus au plus simple, en maillots noirs et chemises anonymes. Seuls les mouvements comptent, la soif de vivre sur l’intense orchestration de cette musique du chagrin.

Avec « Infra », les corps apparaissent dans une gestuelle fragmentée, en costumes bordeaux d’une neutralité troublante. Rien ne cherche à séduire. L’attente de Vivaldi se fait plus pressante. On l’a compris, on assiste à une suite symphonique de Max Richter dont on découvre petit à petit toute la modernité. Il aura fallu du temps pour changer de cap !

Et lorsque les « Four Seasons Recomposed » de Richter nous tendent enfin une main familière, le cœur bondit à chaque reconnaissance d’une phrase italienne ! Le BPHO se déploie et renoue avec la joie de vivre, quelle que soit la saison.

Et on est alors tout yeux pour la magnifique troupe d’Europa Danse Company qui déploie toute son énergie devant nous, lumières enfin reconquises ! Le ravissement des corps a pris le dessus, et la musique les porte avec brillance.  Ce concert jouait délibérément sur le décalage. Un joli poisson d’avril, reçu en plein cœur le 10 du même mois, en la salle très fréquentée du Novum Théâtre, à deux pas du Collège Saint-Michel. On avait la chance d’y être.  Respectueux remerciements.  

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

On s'y voit?

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Harpe, Lyre ou cithare ? L'ensemble de musique ancienne La Cetra d'Orfeo, dirigé par Michel Keustermans, s'est produit le 22 janvier 2026 dans le cadre de la Balade musicale à Rixensart.

 Toute notre gratitude va à Jean-Pierre Peres, la cheville ouvrière et le directeur artistique de longue date de ce festival très apprécié  dans le Brabant Wallon et dont c’est aujourd’hui la 13ème édition. Les concerts "baladent" en effet les auditeurs entre plusieurs édifices de la région.

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 Nous avions besoin de diversion et L’ensemble baroque brainois La Cetra d’Orfeo dirigé par Michel Keustermans nous a comblés hier soir, dans la vaste et paisible église Saint-Sixte dont l’architecture ne ressemble pas du tout à celle d’une église traditionnelle. Depuis son origine, voilà la troisième version de l’édifice religieux consacré au Saint chrétien, un pape martyre qui vécut au temps de l'empereur Adrien.  Cette église est  maintenant d’ailleurs un peu en retrait de l'ancienne place communale, sans flèche de clocher, et il faut même la chercher un peu, pour la repérer. Son plan en forme de  carré dont les angles ont été coupés, donne ainsi une impression circulaire, un vrai bonheur pour l’assemblée des priants ou des spectateurs. D’emblée on s’y sent chaleureusement accueilli. Et les concerts qui y sont donnés bénéficient d’une très belle acoustique.  

Jeudi 22 janvier 26, l’église Saint-Sixte faisait salle comble pour écouter Vivaldi & Co. Avec les Concerti « a molti stromenti » de Vivaldi, Tartini, Boismortier, et JC Bach. Le programme virtuose permettait tour à tour à chaque instrumentiste d’être soliste et tuttiste (… ça se dit? ).  La lumineuse série de concerti du XVIIIe siècle était introduite avec humour par Michel Keustermans le directeur artistique, et titulaire de la flûte à bec. Le joyeux ensemble réunissait des artistes jouant sur instruments anciens.

    • Mira Glodeanu (violon)
    • Benoit Laurent (hautbois)
    • José Rodrigues (basson)
    • Hervé Douchy (violoncelle)
    • Raphaël Collignon (clavecin)
    • Giorgos Kakitsis (théorbe/guitare)
    • Istvan Csata (violone) 

Cet ensemble belge se spécialise dans la musique ancienne (Baroque et Renaissance) avec une approche vivante et accessible. Il a récemment annoncé la sortie de son nouveau CD, "Bach Today", disponible depuis février 2025. 

 

D’emblée, la violoniste roumaine Mira Glodeanu a saisi les auditeurs par son extrême présence. Changeant l’ordre du programme c’est avec Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) que le concert a commencé.  Celui qui représente la musique italienne en France et semble ne cesser de s’amuser de badinages harmoniques. Basson, violon, flûte et Basse continue, fabriquent des entrelacs précieux, des pas de danse, de joyeux dialogues et un village de cordes qui applaudit.

Le morceau suivant, du Tartini, comme promis, ou autre chose ?    …Un premier mouvement très expressif, du style concertant français à l’italienne, un menuet scintillant et une collection de de reflets par la soliste passionnée.

 Et enfin, le très attendu Vivaldi. La violoniste est reine dans ce concerto en ré majeur RV99 pour violon, hautbois, flûte à bec, basson et basse continue. Le largo chante aussi l’hiver avec un rythme scandé, presque syncopé et des accords marqués. Les bois murmurent en duo complice. Entre pluie battante et feu ouvert, le temps intérieur est fluide et serein, avant les coups de bourrasque de l’allegro. Mais la vie frémit dans la flûte, la joie crépite et la violoniste est brillante et heureuse. Cette artiste, joue encore, même quand elle se tait. Tout passe par le corps, les expressions du visage et la tenue joyeuse de l’archet.

La sonate pour violoncelle et basse continue de Vivaldi a été choisie par Isvan Csata. Il y a de longs phrasés mystérieux, quelques gouttes de notes aigues au clavecin, pour terminer par un envoi plein de peps.

 

Direction Jean-Chrétien Bach, «  le Bach de Londres » qui préfigure la musique galante de Haydn et Mozart. Ici, le clavecin est maître, vs tutti. Il y a cette connivence des artistes qui donne envie de rentrer dans la ritournelle.

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Le bouquet final, c’est le concerto en sol mineur RV 107 de Vivaldi pour flûte à bec, hautbois, violon basson et basse continue. C’est brillant comme le dernier chant d' ensemble, à la fin d’un opéra. Le deuxième mouvement entre dans une langueur brillante et les bois sont en promenade dans la délicatesse. Souplesse des sonorités. Le troisième mouvement entraîne dans une boucle fascinante que l’on pourrait écouter jusqu’au lendemain matin. Avant les derniers accords, grandioses.

En bis ? Le jaillissement gourmand d’une courte création signée Michel Keustermans : Zakouski N° 2. C’est une discussion libre entre musiciens de Braine,  des rythmes asymétriques, les pizzicati bouillants du Violoncelle.  Le théorbe est parti dormir. Ce n’est pas son siècle. Un peu de panthère rose, des parfums de James Bond. Le clavecin très délicat garde son sérieux.  Et un seul accord final de tutti couronne le tout. Les auditeurs se ruent en applaudissements.

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 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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La Certa d'Orfeo

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Et sur terre, paix aux hommes de bonne volonté. And on earth, peace to men of good will…

 

 

En piste : La somptueuse Messe en si mineur BWV 232 de Jean-Sébastien Bach pour 5 solistes, chœurs et orchestre  (1832–45).  Le Chœur New Baroque Times était dirigé par  Pablo Garcia et Thierry Lequenne et laissait à de  nombreux solistes l’occasion de partager leurs talents pour interpréter cette somme musicale.  On vous donne les noms :  

 

Aurélie Moreels, Amélie Renglet, Sopranos I

Ana Sofia Ventura, soprano II

Boris Kondov, alto I

Alain Gahima, alto II

Pierre Derhet, ténor

Joris Stroobants, basse

 

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Philippe Gérard dirigeait le bel orchestre de  la  Chapelle musicale de Tournai comprenant  outre les  différents pupitres de cordes, des flûtes traversières, hautbois, bassons, trompettes, timbales, continuo. Il s’agissait d’une production  particulièrement extraordinaire, et certainement un  grand défi pour l’ensemble, mais   le chef   a su doter cette œuvre baroque monumentale  d’une  rare ivresse  musicale. Elle était présentée dans le cadre de la Balade musicale de Rixensart,  dont l’organisateur passionné,  Jean-Pierre Peres,  avait  lui aussi, de son côté  fait   un   pari osé  de présenter une œuvre d’une telle importance. Elle est d’ailleurs  selon lui, à  rapprocher des autres « sommes » musicales telles que  l’Art de la fugue, l’Offrande musicale ou les Variations Goldberg. Jean-Sébastien Bach lui-même ne  dit-il pas vouloir dédier cette œuvre sacrée à «  la délectation spirituelle des amateurs et, surtout, des connaisseurs de ce genre de travail »…

 

Et tout de suite les premières notes du Kyrie déboulent comme coup de tonnerre  sur  une matière musicale chatoyante et une intervention  vigoureuse  du ténor. L’entrée en scène des deux sopranos verra briller de beaux timbres et de belles tenues de notes. Ensuite ce sont des  violons printaniers qui relaient la prière au chœur d’hommes, rejoints  très vite   par  celui des femmes,  dans une beauté enveloppante. L’église est pleine à craquer, l’espace est utilisé à son maximum, mais quel déluge de bonheur musical!  Cuivres et percussions introduisent l’allégresse du Gloria dans un flux d’énergie enflammée. Les femmes répandent le  pax hominibus bonae voluntatis  comme une profonde vague de prière pour la paix. Le sourire de la soprano précède des violons un peu aigrelets, et elle enfile les paroles latines  sans presque respirer. Le public retient son souffle.  C’est visiblement l’énergie du bonheur d’interpréter, de partager  qui dispense ces superbes sonorités.  Le public  se  sent uni dans la tension musicale et se trouve  inondé de  couleurs.

 

Dans  cette  première partie du concert,  mettons  également en évidence un magnifique solo de flûte traversière et le duo soprano et ténor, un sombre  qui tollis peccata mundi  du choeur et orchestre qui arrache des larmes  avec des entrelacs de voix qui évoquent   le chant  d’un   monde blessé.  Au cours de la soigneuse et discrète  chorégraphie, un jeu de cache-cache entre le chœur et l'avant-scène,  survient un remarquable  alto solo sur hautbois d’amour et cordes  avec  le qui sedes at dexteram patris. Le ballet musical n’est pas fini, voilà le solo basse et cor solo avec deux bassons qui signent  le quoniam tu solus sanctus. Enfin le Chœur se  dresse pour un Cum spiritu tuo étincelant, presque martial, Onward Christian Soldier … C’est une déferlante qui nettoie le monde de tous ses péchés et accueille la lumière. Oui, un tsunami musical peut être salvateur, dirigé par le tourbillon de l’Esprit. L’émotion de l’assemblée est palpable, traversée par une sorte de suspens.   

 

 

La deuxième partie s’ouvre sur le Credo, à la fois spirituel et musical,  tant le compositeur  entrecroise ces deux substances avec succès. Et incarnatus est  développe  un  exemple  de foi , d’humilité et de révérence absolument contrasté avec la douleur tragique et le rythme pesant du Crucifixus. Sans doute aussi le poids du joug de l’obéissance au père… mais cette ambiance est détrônée par la surprenante victoire de l’ et resurrexit ! Voilà Le rire de Dieu, l’extraordinaire, l’impensable, chantés avec le feu de Dieu. Les choristes  ont du phosphore dans la voix, l’orchestre jubile. Les sopranes Aurélie Moreels et  Amélie Renglet sont acrobatiques dans le  Confiteor qui plane par-dessus les violoncelles et le continuo. Les portes du paradis s’ouvrent sur le Sanctus , le vent de l’esprit soufflerait sur le chœur et l’assemblée ? Une ivresse spirituelle se joint à une joie presque dionysiaque : cuivres pétillants, syllabes détachées comme pétales de fleurs. Un court instant,  c’est toute la tapisserie Champagne du Chant du monde de  Lurçat qui  surgit dans l’imaginaire. Etranges phénomènes que les correspondances. Pierre Derhet, habite pleinement le Benedictus tandis que le chef d’orchestre semble transfiguré par la musique, envoûté, certainement. Tout cela pour en arriver à un exaltant Dona nobis pacem,  da tutti :  un miroir de paix, fleuri, les cuivres  et percussions en fête.

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Les solistes : Aurélie Moreels, Amélie Renglet,Ana Sofia Ventura,Boris Kondov, Alain Gahima, Pierre Derhet, Joris Stroobants, et le chef d’orchestre Philippe Gérard, pressés par le public de leur accorder un bis… ou deux… Osanna !    

 

Balade musicale à Rixensart du jeudi 17 février 2022 à 20h

Eglise St Sixte, place communale à Rixensart / Genval

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Notez la date du prochain,

c’est le 31 mars avec le 1er concerto de Chopin : Anaïs Cassiers
accompagnée par la Camerata IMEP dirigée par Ayrton De Simpelaere

Réservations :
reservation@balademusicale-rixensart.be

 

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SPECTACLES

Un 8 mars en avance à l’opéra de Liège?

Mese Mariano  de Giordano et Suor Angelica de Puccini,  quel  beau mariage lyrique !  Le sujet est grave, mais il n’y aura pas de  misérabilisme  ou  le  pathos enflammé auquel on aurait pu s’attendre. Rien que de la dignité sous la baguette agile  et fiévreuse de la frêle chef d’orchestre ukrainienne Oskana Lyniv. Elle  se veut  ambassadrice déterminée  d’une culture européenne en marche par laquelle  elle veut défendre la paix et  les valeurs humanistes,  la communication   rationnelle versus la folie du monde et des hommes. On ne sort pas ses mouchoirs, malgré deux histoires poignantes de femmes méprisées,  soumises aux lois mâles de la société, résignées devant leur malheur, violées, battues et privées de leur progéniture. Tous les malheurs à la fois. Par l’ énergie de la musique  que la fringante artiste ukrainienne déploie  en   interprétant ces deux œuvres elle semble dire : «  Nous sommes fortes, nous sommes fières », nous  ne pleurerons pas.  Chez le spectateur, la spectatrice,  c’est plutôt une sorte de colère silencieuse  qui finit par prévaloir,  tandis que  les yeux restent secs malgré  un  cœur qui saigne.


L’ouverture de Mese Mariano est chantante, pleine de charme. Le rideau se lève  presque  aussitôt sur  les  gracieuses  arcades couvertes de glycines de la piazza d’un monastère  surplombant, à l’aube du 20e siècle, une vallée  napolitaine riante et un duomo étincelant sous le soleil. L’ouvre de Francesca Mercurio.  Aux lumières : Luigi Della Monica.  Contrastant avec  la beauté des décors et la foule de cornettes innocentes qui vaquent joyeusement  dans la cour du monastère, le récit bouleversant de Carmela fait peu à peu prendre conscience de toute l’horreur de la condition féminine de l’époque. Sa sujétion au monde des hommes, sa dépendance, son impuissance, son manque de liberté, son infériorisation. Et parmi  toute ces  femmes qui acceptent leur triste et humble condition, il y a ces traîtresses qui jouent le jeu des hommes, ces Cruella hautaines et méprisantes qui  osent marcher sur leurs sœurs. Dans le deuxième opéra, c’est carrément  le mur du monastère  et ses trois imposantes colonnes qui semble tomber du ciel pour  signifier l’enfermement de la jeune suor Angelica.  Une très habile mise en scène de Lara Sansone.  Une formidable Violeta Urmana interprète l’imposante et glaciale Madre Superiore dans Mese Mariano, et la princesse  dans l’œuvre de  Puccini, Suor Angelica . Elle est vêtue d’une  impressionnante tenue Elisabéthaine, qui contraste avec la simplicité et l’humilité des tenues des nonnes du couvent (costumes des mains de Teresa Acone).  Son jeu de véritable marâtre est implacable. Sa voix contient tout  l’orage de la vindicte  des puissants:  des grondements profonds , aux éclairs fulgurants, au silence meurtrier qui condamne sa victime sans appel. A côté de ce dragon, la pauvre Carmela et la suor Angelica n’ont aucune chance. A travers ces deux œuvres miroir, émerge la conviction profonde que les avertissements de Victor Hugo proférés à l’ouverture des “Misérables” résonnent de façon  toujours aussi  pressante, même à notre époque. Et notre frisson  intérieur reste le même: “ tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celuici pourront ne pas être inutiles. » Les femmes et les enfants sont toujours  au premier rang des victimes.

En Italie,  la veine artistique  vériste  signe  l’ entrée fracassante du naturalisme dans l’opéra,  avec des personnages mélodramatiques faisant partie du commun des mortels. La sincérité de l’interprétation de Serena Farnocchia est très  touchante et invite à la compassion, par une vocalité toute en nuances dans les  plaidoyers bouleversants de Carmela et de Suor Angelica.    

La Beauté humble de la musique vériste, ses bouillonnements passionnels émouvants,  la douceur et l’élégant classicisme des décors italiens ont patiemment tissé la parole des femmes…

Les splendides chœurs d’enfants très actifs et attendrissants,  sous la direction aérienne de Véronique Tollet  et une distribution presque totalement féminine  ont donné  une dimension particulièrement émouvante  au spectacle. Un dernier vœux  posthume de Stefano Mazzonis Di Pralafera ?  


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Lors de la dernière du dimanche après-midi, parmi les nombreuses sœurs qui interviennent dans les deux histoires nous avons aussi  eu la chance d’écouter les talentueuses interprétations de Chantal Glaude (artiste des Chœurs à l’ORW) dans le rôle de Suor Celeste et de  Louise Kuykenhoven dans celui de Suor Genovieffa. En remplacement au pied levé de la chanteuse lyrique  Morgane Heyse. Les merveilleuses Julie Bailly et Natacha Kowalsky en suor Cristina et Suor Maria. Patrick Delcour, un habitué de la scène liégeoise, le seul chanteur masculin de cette distribution,  en Don Fabiano.

Dominique-Hélène Lemaire Pour le réseau Arts et Lettres

GIORDANO / PUCCINI Voici deux histoires croisées qui se répondent à huit ans d’intervalle et qui émanent des plus grands protagonistes de la scène vériste italienne, Giordano et Puccini. Au centre du propos, deux jeunes mères éplorées, obligées d’abandonner leur enfant illégitime et bouleversées d’apprendre bientôt leur mort… Deux tragédies fulgurantes et édifiantes qui permettent à leurs auteurs une introspection des recoins les plus intimes de l’âme humaine… Avec Mese Mariano (Le Mois de Marie), en 1910, Giordano condense une trajectoire immuable et nous mène, en une bonne demi-heure profondément émouvante, dans la simplicité des « vinti dalla vita » (les vaincus de la vie). Quant à Puccini, avec Suor Angelica, ce célèbre volet du Trittico créé à New York un soir de 1918, il saisit l’occasion de confier à l’odieuse princesse, la tante d’Angelica, le seul rôle important d’alto et l’une des rares incarnations féminines malfaisantes de toute sa production…

MESE MARIANO
LIVRET DE SALVATORE DI GIACOMO
D’APRÈS LE DRAME ’O MESE MARIANO, TIRÉ DU ROMAN SENZA VEDERLO

SUOR ANGELICA
LIVRET DE GIOVACCHINO FORZANO

A voir en replay dès le 18 février 2022 sur France•TV Culturebox

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ORCHESTRE, CHŒURS ET MAÎTRISE
OPÉRA ROYAL DE WALLONIE-LIÈGE CHEF DES CHŒURS
DENIS SEGOND
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Au Centre Culturel d’Auderghem on applaudissait de tout cœur l’an dernier « L'Affrontement »   mettant en scène  Davy Sardou et Francis Huster, spectacle  récompensé en 2014 par un Molière . On recommence cette année, avec la même ardeur, sinon plus, pour applaudir  « Les vœux du cœur », une autre pièce magnifiquement traduite de l'Américain Bill C. Davis. Certains soirs, l’amour aidant, on ira même jusqu’à applaudir frénétiquement - en plein spectacle - car il y a un moment où on a vraiment du mal à s’en empêcher.

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Bénissons ces quatre comédiens très futés qui restent à l'écart des clichés,  dirigés par Anne Bourgois  et qui  forment un quartet éblouissant de vie, d’énergie et de justesse de ton.  C’est beau comme un vitrail par où passe la lumière. Le découpage  en tableaux brefs et bien rythmés  forme une mosaïque colorée efficace, drôle et sans aucune pesanteur malgré l’argumentation  théologique parfois très  intense. Le décor minimaliste fait  à la fois office de sacristie, d’église, de confessionnal, de presbytère, d’appart de gay people, de refuge de filles-mères, de cabinet de vétérinaire et même d’hôpital! Quelques chaises, deux prie-Dieu et un grand pouf canapé lit font l’affaire.  Les  balayages du vidéaste,  les éclairages et les musiques  très soigneusement choisies   bordent chaque impromptu  et rendent l’ouvrage très percutant, tout en lui donnant une allure de joyeuse modernité.

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Catholicisme à la carte : on retrouve Davy Sardou dans le rôle de Tom, ce trentenaire déchiré entre foi et sexualité, entre amour et respect de Dieu et respect des hommes.  Brian, son partenaire grisant de gentillesse, de sincérité et de générosité, c’est un adorable  Julien Alluguette qui voudrait vivre leur amour au sein de l'église.  Il a une sœur, Irène (Julie Debazac), tout aussi vive et  attachante. Incidemment, elle porte aussi un enfant de père marié à une autre.  Elle prépare sa tournée artistique de piano mais  elle lâcherait tout  pour que son frère soit heureux et puisse conclure l’union dont il rêve avec Tom. Y compris, parler plus que franchement  à ce prêtre rayonnant (Bruno Madinier) en chasuble verte, elle qui n’a plus mis le pied dans une église depuis 17 ans. Réussira-telle à faire plier le très charismatique père Raymond,  dont les sermons témoignent de tant d’intelligence ? Il a beau être progressif, il se range aux diktats de l’Eglise. Pour  lui, « Plus profond que le désir, il y a l’obéissance ». « Donner aux gens ce qu’ils demandent n’est pas une preuve d’amour ! » «  Etre heureux, c’est pas là la question ! » «  On ne peut pas déplacer les vœux, c’est comme déplacer le littoral ! ». Mais tout cela, c’est sans compter sur la surprise des enchaînements et le chatoiement des mystérieuses racines du cœur…

Ainsi, Aimer, Honorer, Chérir, voilà les vœux. Jusqu’à ce que la mort nous, vous, les sépare…   

 

Note d'intention d'Anne Bourgois: http://www.atelier-theatre-actuel.com/fiche.php?fiche=531&article=1656&menu=131#haut

Dates: 

Jusqu’à ce dimanche 18 décembre, Davy Sardou et Bruno Madinier jouent dans "Les vœux du cœur", de Bill C. Davis, au Centre Culturel d'Auderghem - CCA. L'histoire de trois hommes et une femme. Un couple catholique homosexuel, la sœur de l'un des concubins et un prêtre réunis dans un le huis-clos d'un presbytère. Réservations : 02/660.03.03.

Pour son rôle dans Les Voeux du Coeur, Davy Sardou a été récompensé du Triomphe AuBalcon du meilleur acteur (2016).

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