Disparition de Nicolas Bouvier , le 17 février 1998.
"L'usage du monde" , son premier livre, écrit à compte d'auteur et ayant connu un succès croissant et continu , est devenu la bible des voyageurs.
Parti seul de Genève , en "Topolino" , il rejoint son ami photographe, Thierry Vernet, à Belgrade et, en sa compagnie, il poursuit sa route jusqu'en Afganistan, au gré des rencontres ,des circonstances, des besoins d'argent, de leurs envies...
Entre "Le voyageur contemplant la mer de nuages" de Capar David Freidrich , "La croisière jaune" , la Méditation et la rencontre improbable , tel était Nicolas Bouvier. Ecrivain- voyageur dans la plus belle acceptation du terme : les découvertes, l'angoisse , la peur, les larmes, l'humilité et le savoir.
Il avait une prédilection pour l'Orient, les détours, les confins, les lieux dépouillés qui permettent le mieux, disait-il, de s'affranchir, de s'appauvrir, s'éroder, s'user. " irrésistible dérive vers tout ce qui est fait de peu et qui, dit-il, se trouve entre presque rien et rien".
Ses photos, ses mots, ses descriptions, soignés,délicats, sophistiqués même; " Exquis, émerveillé, fourbu , pérégriner ou cocasse ", les mots de Nicolas Bouvier malgré l'angoisse , le malaise, la désorientation." Ici, un pas vers le moins est un pas vers le mieux (...) Voyager c'est aller vers le peu" (...) " Trop de rien qui mêne au fantastique et à l'allucination" (...). " Le dehors guérit", disait R.L.Stevenson et, pourtant,." la vision d'une porte de chêne encastrée dans le mur contre laquelle un homme s'appuie et qui tourne en silence , l'enfermant dans une nuit inconnue" ("Une amitié littéraire" R.L. Stevenson par Henri Jame). L'enfermement lui aussi.
Contrairement à Anne-marie Jaton qui , dit-elle, "détruit l'icône de l'écrivain de voyage pour observer jusque dans la fatigue ou la maladie, les fulgurances où une oeuvre se révèle en sa vérité : celle d'une aventure poétique " , je pense que l'écrivain de voyage est aussi cette oeuvre. Nicolas Bouvier, rentrant "émerveillé et fourbu" de ces voyages initiatiques, tout au long de sa vie . " Ispahan, c'est vraiment l'émerveillement qu'on nous en promettait"ou ""Et moi je suis resté/suis resté longtemps là : les bottes bien ancrées dans le limon doré/ rôdeur ensorcelé/ trop ébloui pour oser faire un pas " (Mahabad ).
"Le dehors et le dedans" recueil de ses poèmes, édité juste avant sa disparition. Quarante-quatre poèmes, quarante-quatre pages. L'avant-dernier "La dernière douane" me touche particulièrement : " Depuis que le silence / n'est plus le père de la musique / depuis que la parole a fini d'avouer / qu'elle ne nous conduit qu'au silence / les gouttières pleurent / il fait noir et il pleut. Dans l'oubli des noms et des souvenirs / il reste quelque chose à dire / entre cette pluie et Celle qu'on attend/ entre le sarcasme et le testament / entre les trois coups de l'horloge / et les dix battements de sang / Mais par où commencer / depuis que le midi du pré / refuse de dire pourquoi / nous ne comprenons la simplicité / que quand notre coeur se brise".
"L'usage du monde " - "Chroniques japonaises" - "Le poisson-scorpion" - "Journal d"Aran et d'autres lieux" - Payot.
Toutes les oeuvres de Nicolas Bouvier chez Metropolis et Zoé ( Genève). Bibliographie complète dans "Nicolas Bouvier - Paroles du monde, du secret et de l'ombre" (Anne-Marie Jaton)
"Le hibou et la baleine' -Film / " Nicolas Bouvier le vent des mots" DVD.
"...si demain quelqu'un s'inquiète de notre ami d'au-delà des mers, dites que, déposant ses sandales, il est rentré chez lui, pieds nus" . (à la mémoire du bonse Eisen, mort en Chine, en l'an 830).
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