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L'HOMME DE LA MANCHA DE JACQUES BREL par Filip Jordens

Ecoute-moi
Pauvre monde, insupportable monde
C'en est trop, tu es tombé trop bas
Tu es trop gris, tu es trop laid
Abominable monde
Écoute-moi
Un Chevalier te défie
Oui c'est moi, Don Quichotte
Seigneur de la Mancha…

L’Homme de la Mancha 2018, c’était une splendide  production du KVS en coproduction avec Le théâtre de la Monnaie l’an dernier. Un spectacle remonté cette année pour Aula Magna avec le théâtre Jean Vilar, et plus une place disponible. Un spectacle qui a voyagé en en mai 2019 à Madrid, en août 2019 à Montevideo, Urugay. Un  spectacle délirant,  en phase avec l’Eloge de la folie  d’Erasme, et tout le monde rit et s’égosille, s'épuisant  en bravos ininterrompus. Le livret est de Dale Wasserman, la musique, de Mitch Leigh et la création originale date de 1965 à Broadway. La traduction et adaptation en français ? Signée par notre immense Jacques Brel, pour la Monnaie en octobre 1968, et c’est lui qui endosse le rôle. Pourquoi ? Pour créer à terme un monde meilleur et pas le meilleur des mondes !  La chanson de l’impossible rêve revient comme un refrain insistant tout au long du spectacle, une ritournelle de l’espoir? Dix ans plus tard, le 9 octobre 1978, le célèbre chanteur belge s'éteignait.

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Energie, générosité

Cinquante ans plus tard, C’est donc  Filip Jordens qui promène le personnage mythique de Miguel de  Cervantes, de par le monde en hommage à Jacques Brel, dans la comédie musicale emblématique ressuscitée  sous la direction des metteurs en scène Michael De Cock, directeur artistique du KVS, et Junior Mthombeni.

Miguel de Cervantes, poète-donc-coupable, attend son exécution dans les geôles de l’Inquisition. Manuscrit de son roman Don Quichotte sous le bras, il interprète avec ses codétenus, c'est toute l'astuce,  les aventures de l’hidalgo errant, flanqué de son fidèle écuyer Sancho Panza. L’auteur et son chevalier fantasque humaniste envoient à leurs persécuteurs un message miséricordieux et idéaliste. « Rêver un impossible rêve... Suivre l'étoile... »

L’homme est le bourreau de l’homme. Le procès du gentilhomme s’ouvre : «  accusé d’être idéaliste, poète et honnête homme » Va-t-il plaider coupable ? S’habillant en Don Quichotte, il déclare «  J’ai l’honneur d’être moi ! » « Et moi, Sancho, son frère ! » lui vouera un attachement imprescriptible. Superbe rôle joué parle très picaresque  Junior Akwety, pas trop pressé de rencontrer l’ennemi : il est urgent de savoir attendre! C’est la magie théâtrale qui fleurit sur le plateau où l’on ne croyait voir que des figurants, chacun reçoit  un rôle, on assiste à une genèse virtuose du spectacle,  la danse et les chœurs font le reste. Et l'amour de Dulcinée.  Un chef-d’œuvre de mises en mouvement et en abîmes tous azimuts.  Dans le groupe d’artistes  qui se pressent autour de  Filip Jordens,  il y a la soprano Ana Naqe ( Dulcinée) , le comédien François Beukelaers (chef de l’Inquisition), le chanteur de soul et de hip-hop Junior Akwety (Sancho Panza) , l’ éblouissante artiste de slam Nadine Baboy (Maria, la femme de l’aubergiste), Gwnedoline Blondeel, ( la gouvernante), Geffrey Degives (le padre à qui on donnerait le bon Dieu sans confession), Bertrand  Duby (l’aubergiste), Christophe Herrada (le médecin) Chaib Idrissi (Anselmo) et les muletiers de tout poil.  Cette équipe crépitante contribue   à une réhabilitation opiniâtre des idéaux chevaleresques : l’or de l’amour, la grâce, la beauté,  le respect,  l’honneur. Et Dieu dans tout ça ? « Pour moi, Dieu ce sont les hommes et, un jour, ils le sauront. » dirait  Jacques Brel

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 « Par son talent, sa voix, son corps, avec la complicité de ses musiciens, Filip Jordens nous convie à retrouver le grand Jacques. C'est la puissance, la force, la rage, l'ironie, la tendresse de Brel qui soudain éclatent de nouveau. Grâce à cet interprète hors pair qu'est Filip Jordens, on peut alors mesurer combien l'œuvre de Brel non seulement est toujours vivante, mais aussi combien elle est singulière et actuelle. Brel poète, Brel visionnaire, Brel musicien, Brel comédien, Brel satiriste, Brel profondément humain. Un maître, en somme. Un classique, servi par un Filip Jordens habité et éblouissant»  écrit Philippe Claudel, écrivain et cinéaste, docteur honoris causa de l'Université catholique de Leuven en février 2015.

Et sur scène Antonia, chantée par Raphaëlle Green de donner  le ton et ses clef du bonheur : former un foyer, chanter, monter sur scène joindre les talents pour sauver la planète et oser un monde meilleur. L’arrière-plan montre des vidéos de déshérités, de démolitions, de visages meurtris par la misère… « La folie suprême n’est-elle pas de voir la vie telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être ? » Notre capitale actuelle et future est façonnée par les mondes différents qui y cohabitent. Appréhender l’altérité avec la foi en un rêve et la candeur de l’espoir,  n'est-ce pas  atteindre l’inaccessible étoile? 

«Tout le monde est Don Quichotte, je crois. Tout le monde a ce côté-là quand même. Enfin, je le souhaite... J’en suis certain. Tout le monde a un certain nombre de rêves.» Jacques Brel

Se battre sans cesse contre la résignation, voilà le programme! 

Dans leur note d’intention, Michael De Cock et Junior Mthombeni,  les metteurs en scène  renchérissent :   « Cette comédie musicale traite de la menace qui pèse sur les gens en quête de sensibilité et d’imagination. Tout le monde s’acharne à crier qu’il faut penser de manière originale, non conformiste, « out of the box » et chercher des solutions créatives, innovantes, mais cela aussi est de plus en plus instrumentalisé, comme s’il s’agissait d’une recette à suivre !  En réalité, il n’y a plus beaucoup d’espace de liberté. L’art comporte par essence une dose de donquichottisme. Si l’on veut être visionnaire et changer quelque chose, il faut continuer à poursuivre cet impossible rêve. »

Dominique-Hélène Lemaire

 crédits photos:  La Monnaie/KVS    lien Detrogh/KVS

L’Homme de La Mancha

Dale Wasserman, Mitch Leigh, Joe Darion, Jacques Brel 

Comédie musicale. Un hommage à Brel, à Bruxelles, et à l’imagination !
Spectacle en français, surtitré en anglais

Mise en scène Michael De Cock, Junior Mthombeni
Avec Junior Akwety, Nadine Baboy, François Beukelaers, Gwendoline Blondeel, Geoffrey Degives, Bertrand Duby, Raphaële Green, Christophe Herrada, Chaib Idrissi, Filip Jordens, Ana Naqe, Enrique Kike Noviell

 

  • 22 au 25 octobre 2019
  • Aula Magna
  • Durée : 2h20 sans entracte
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administrateur théâtres

Orphée et Eurydice à l'Opéra Royal de Liège


Une production spectaculaire tout en français! 

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En déployant les couleurs les plus variées des sentiments  d’amour, d’espoir, de chagrin et de détresse, Varduhi Abrahamyan nous a donné une interprétation passionnée du rôle principal dans l’opéra de Gluck arrangé par Berlioz. En 1859, Berlioz arrangea l'opéra de Gluck afin qu'Orphée puisse être chanté par la grande mezzo-soprano Pauline Viardot, avec laquelle il travaillait en étroite collaboration. Il modifia la structure formelle  de l'opéra, l en divisant l'œuvre en quatre actes au lieu de trois et plaça les scènes chez Hadès et aux Champs Élysées dans des actes séparés. Il  modifia également  certaines parties d’Orphée, principalement dans les récitatifs,  tout en reprenant la majeure partie de l’orchestration de Gluck.  L'Orphée de Varduhi Abrahamyan affiche une ligne solide, étendue et puissante tout au long de son voyage amoureux dans le  séjour des morts. Permettant de franchir les portes de l'enfer et de braver ses féroces gardiens, la beauté de sa musique a fait oeuvre de magie. Varduhi Abrahamyan a plongé les spectateurs dans  les brumes bleues du mystère. Le décor très  onirique conçu par Pierre Dequivre est décliné en cinquante nuances de bleu. Cependant, la prononciation plutôt médiocre du chanteur en français nous a poussés à utiliser les sous-titres plus d'une fois, ce qui était en quelque sorte agaçant. Néanmoins, vocalisant aisément à travers la vaste gamme de matière  vocale,  la voix superbe  de Varduhi Abrahamyan se frayait un chemin à travers les flots d'émotions, soulignant à la fois  le pouvoir de guérison inhérent à  la  musique, en tant qu’art suprême. En quête de la note bleue?  Il demande  à Eurydice de l'écouter… Ce qu'elle  fait, même si elle ne souffrait plus de la moindre douleur, un fois échouée dans la paix du royaume des morts.  En accord avec  la vision paisible de Socrate! 

                               « Cet asile aimable et tranquille par le bonheur est habité. Nul objet ici n’enflamme l’âme; une douce ivresse laisse un calme heureux dans tous les sens. Et la sombre tristesse cesse dans ces lieux innocents. C’est le riant séjour de la félicité. » L’image contient peut-être : nuit


 Les débuts de Melissa Petit dans le rôle d’Eurydice à l’Opéra Royal de Wallonie  ont été lumineux et applaudis avec entrain, dès la chute du rideau. Née à Saint-Raphaël dans le sud de la France, Melissa Petit a commencé à étudier le chant à 14 ans à l'École de musique de Saint-Raphaël. En 2009, elle a fréquenté l'Université de musicologie de Nice et a travaillé comme soliste avec l'orchestre de chambre de Saint-Raphaël. La même année, elle remporte le 2e prix du concours international «Concorso Musica Sacra di Roma» et plus tard, récolte  le 1er prix du concours national de chant à Béziers en France. Inutile de dire que sa prononciation  aux impeccables sonorités était  du pur bonheur et impeccables sonorités à l'oreille française. Sa performance cristalline semblait appeler la célèbre étoile inaccessible, celle décrite par Jacques Brel, celle qui symbolise un amour et un désir inaccessibles. Rappelée à la vie par l’art de son amant, Eurydice supplie Orphée de lui parler ... Ce qu’il ne  fait pas,  parce que les Dieux le lui ont interdit. Donc,  le voilà pris dans une double impasse! Entraîné dans  des souffrances insurmontables et, bien sûr, comme il ne pouvait s'empêcher de  lui jeter un regard, voilà Eurydice ravalée par la tombe, pour la deuxième fois! 

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La délicieuse soprano belge Julie Gebhart a chanté le troisième  grand rôle:  celui de l'Amour, l'allégorie utilisée comme tiers dans l'opéra de Berlioz. Amour ou destin?

                                   « Apprends la volonté des dieux: sur cette amante adorée garde-toi de porter un regard curieux, ou de toi pour jamais, tu la vois séparée. Tels sont de Jupiter les suprêmes décrets; rends toi digne de ses bienfaits. »

Son engagement scénique  très admiré, toujours en phase parfaite avec les gracieuses modulations de son chant. Quel talent! 

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D'ailleurs, selon Gluck, «l'opéra et le théâtre vont de pair et doivent être unis jusqu'à la fusion pour exprimer la quintessence du drame». C'est le défi qu'Aurélien Bory a relevé dans  une  mise en scène à couper le souffle. Il a tout d'abord évoqué un tableau extrêmement bucolique «Orphée ramenant Eurydice des Enfers» de Camille Corot (Musée des beaux-arts de Houston, 1867).  Celui-ci capture l'instant même où Orphée est sur le point de se tourner vers Eurydice… Cette image  gigantesque de L'Arcadie se reflétait ensuite dans un dispositif constitué d'un immense miroir pivotant, qui au départ faisait plutôt penser au couvercle d'une boîte de Pandore. Diverses positions d' écrans dévoilaient également une suite de  passages secrets vers  des réalités mystérieuses. Quoi qu'il en soit, les choeurs vibrants  de Pierre Iodice se sont  finalement  installés dans un cercle lumineux au centre du plateau, de même que les six danseurs qui  tissaient  l'histoire sans relâche, bercés par l'opulente matière orchestrale dirigée avec une  énergie de feu  par l'admirable maître de musique,  Guy Van Waas, homme d'une rare sensibilité. Les  chœurs et les danseurs s'unissaient pour soutenir corporellement  la moindre phrase musicale,  fabriquant au fur et à mesure  une sorte de   tapisserie vivante bouleversante.  La matière de rêves ?   Orphée et Eurydice, contrairement au reste des artistes  se mouvaient peu et lentement,  comme s'ils étaient  englués dans la toile de la destinée.  Le déploiement  sonore  était également accompagné de  mouvement fluides de voiles balayant le sol, prêts à emporter les protagonistes impuissants.  Ce spectacle  a donc témoigné  d'une créativité visuelle particulièrement  hypnotisante,  mêlant rêve et imagination, et faite pour  souligner  de visu, les performances vocales  parfaites des chœurs et des solistes au service de la musique de Berlioz. Au final,  un  spectacle d' une modernité absolue, consacrant une histoire légendaire immortelle et bouleversante. Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Orphée et Eurydice

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres  

L'article en anglais :ici

LIVRET DE PIERRE-LOUIS MOLINE

Nouvelle production

  • Opéra Royal de Wallonie-Liège
  • Opéra Comique
  • Opéra de Lausanne
  • Théâtre de Caen
  • Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
  • Opéra Royal-Château de Versailles Spectacles
  • Croatian National Theater in Zagreb
  • Beijing Music Festival    

crédits photos: OPRLW

Prochain spectacle à L'opéra royal de LiègeVe. 08 Novembre 2019

 https://www.operaliege.be/spectacle/les-pecheurs-de-perles-2019/

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administrateur théâtres

Help! A l'aide! Billet urgent!

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  • 12271920090?profile=originalMoi

    Bonjour tout le monde! L'année dernière Arts et Lettres a été censuré par Facebook et jamais les liens hyper texte n'ont été réactivés. Aujourd'hui, jour pour jour , c'est mon blog www.deashelle.com qui assure le lien entre Facebook et notre réseau qui est victime d'un blocage. Tous mes articles

  • 7:02 PM
  • 12271920090?profile=originalMoi

    et mes photos ont disparu de toutes les pages, groupes et profiles de mes correspondants et des miens. J'ai trouvé un lien où vous seriez très aimable de signifier votre plainte et demander que ce lien soir sorti de la liste rouge et réactivé. Pour le bien de la journaliste bénévole et celui des artistes qu'elle soutient depuis dix ans plus un !  

  • 7:03 PM
  • 12271920090?profile=originalMoi

    Il faut écrire votre réclamation dans la rubrique " Veuillez nous en Informer " sur le lien suivant : https://developers.facebook.com/tools/debug/sharing/?q=https%3A%2F%2Fwww.deashelle.com%2F&hc_location=ufi

  • Merci de tout coeur à tous ceux qui prendront la peine de me venir en aide.... Deashelle

URGENT! 

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Salvador Dalí et René Magritte : deux icônes du surréalisme en dialogue

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et René Magritte. Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont étudiés et  mis en lumière. Il en ressort un authentique dialogue de potaches métissé de  compétition artistique. 

90 ans après leur rencontre...

Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).Tous deux, Dalí et Magritte s’attachent à défier le réel, à questionner notre regard et à bousculer nos certitudes. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi leurs approches philosophiques et esthétiques à travers plus de 100 peintures, sculptures, dessins et photographies...

La visite commence par une expérience immersive, la tête dans les nuages. La célèbre œuvre "Le temps menaçant" de Magritte étant absente de l'exposition, les organisateurs, quelque peu déçus, ont décidé de la recréer en images de synthèse, explique Michel Draguet, commissaire de l'exposition. Il s'agit d'une peinture que Magritte a réalisée lors de son séjour en août 1929 en Espagne, à Cadaqués, le port d'attache de Salvador Dali. Un été qui verra entrer la Méditerranée dans l'œuvre du Belge et se révélera décisif pour lui.

Tout au long du parcours, les deux icônes du surréalisme interagissent autour de thématiques qui les unissent, telles que "le rêve et l'hallucination", "les portraits", "les paysages", "dedans >< au-delà", ... Ce "dialogue de tableau à tableau témoigne d'une fabuleuse proximité dans la différence", souligne Michel Draguet. "La relation qui unit Magritte à Dali et Dali à Magritte est sans doute l'une des plus fécondes" de ce mouvement artistique.

Notez que  cette exposition se veut aussi accessible aux personnes aveugles ou malvoyantes, grâce notamment à quatre postes tactiles qui décrivent en braille des œuvres significatives des artistes, reproduites en relief. Plusieurs activités seront aussi organisées dans le cadre de l’événement.

Plus d'info | Billets

Espaces créatifs Accessibles en permanence  et gratuits. Co-créez avec Dalí et Magritte dans 4 espaces d’expérimentations artistiques, didactiques, et ludiques. Dormez les yeux ouverts! Traversez les  90 ans après leur rencontre. Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).paysages infinis : dedans et au-delà! Jouez avec les mots, les images et les illusions! Créez, superposez, en un mot, « anamorphosez »! Daliriant ou Dalirant?  

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Anniversaire des dix ans du Musée Magritte :  le 24 novembre 2019

24.11 2019

Journée festive!  Save the date! Visitez gratuitement la plus grande collection d’œuvres du célèbre surréaliste belge et découvrez la nouvelle sélection du Musée. Visites contées, ateliers d’écriture, workshops,  "Take the pose" et pleins d’autres activités attendent petits et grands!

Plus d'infos

Intro Expo 12.10 | 9.11 | 7.12 | 18.1 | 8.2

En 30 minutes, le conférencier de ce bref exposé déploie l’essentiel des faits, références et analyses qui vous permettent de savourer pleinement l’exposition Dalí & Magritte. Familiarisé avec l’univers des deux artistes, vous abordez le parcours de l’exposition à votre rythme et selon vos envies…

Plus d'infos

Image result for daliVisite-lectures:  qu’a dit Dali ?

20.10 |10.11 | 12.01 | 09.02

Visite-lectures dans l’exposition, par un trio de guide-lecteurs native-speakers : Inès della Calle, Jack Ghosez & Myriam Dom. Des extraits choisis dans les biographies de Dali et dans ses écrits, La vie secrète de Salvador Dali, Visages cachés, seront lus en français et en espagnol et agrémentés de commentaires, dans des mises en scène aussi daliniennes que magritiennes !

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Visites en famille

20.10 | 22.12 | 28.12

Venez découvrir en famille l’exposition consacrée à deux icônes du surréalisme.
Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont mis en lumière. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques à travers plus de 80 peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives.

Plus d'infos

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
3 rue de la Régence - 1000 Bruxelles
Tél.: +32 (0)2 508 32 11
Fax: +32 (0)2 508 32 32


 

 

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administrateur théâtres

Fugueuses, ces gueuses… au théâtre Le Public

Vieille prune et jeune pêche, comment faire bon ménage. Sans rire… Faites gaffe à vos mères et grand-mères… Ne les jetez ni aux orties ni aux glaïeuls ! Offrez-leur plutôt des roses…

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Jusqu’au 22 juin le spectacle affichait complet, et du 6 septembre au 12 octobre 2019 la salle du Théâtre Le Public, n’a pas désempli. Vous avez vos couvertures ? La salle des voûtes souterraines est pleine. Deux axes de gradins NS et EW se croisent, question de ne pas perdre le Nord, et au centre, un plateau circulaire mobile, – ciment ou bitume ? – attend l’action. Avec un art consommé de la mise en scène, Michel Kacenelbogen et son assistante à la mise en scène, Hélène Catsaras, exploitent dans un esprit d’école buissonnière, la partition comique des « FUGUEUSES » de Pierre Palmade et Christophe Duthuron. Cette comédie bourrée de verve a été jouée de multiples fois, par d’illustres duos, de Line Renaud et Muriel Robin (2007) à nos jours, partout en royaume …de France et de Navarre.

Aucune fausse note. Ces fugueuses, de vraies gueuses ! L’élégance contrastée des actrices Martine Willequet et Nicole Olivier font en tous cas la joie du spectateur. On adore le regard immensément pétillant de l’une sous ses lunettes de directrice d’école, intrépide et égoïste, et le collier de perles bon chic bon genre de la jeune bourgeoise sans la moindre faute de goût, dont pas une mèche ne dépasse de sa sage barrette. Par monts et par vaux elles gardent une pêche d’enfer, malgré les vicissitudes. Pièce culte féministe ? Le texte rythmé et enlevé, toujours aussi convainquant après tant d’interprétations, fait rire de bonheur.

Le bonheur de la libération et de la joie d’exister. Spinoza ?

Peu d’accessoires à part les vielles casseroles à abandonner, et de lourdes valises de souvenirs pour la jeune échappée et un sac-à dos ulta-léger pour celle qui a fui dans sa chemise de nuit, les Glaïeuls, home sweet home ! Les voilà en pleine nuit sur la route, inconscientes, comme deux fugueuses ado, prêtes à repartir à zéro. C’est là que les vieilles valeurs en prennent un coup et basculent tout à coup puisque c’est l’instinct de survie qui prend les commandes. Finalement, pas besoin de couvertures, la chaleur humaine est là, malgré les innombrables chamailleries des nouvelles copines.

Ce spectacle revêt une drôlerie non envahissante, a une saveur d’air frais et de cavale bien improvisée. Chaque scène est un bouquet d’affects bien dosés, ponctués par la musique joyeuse années 80 de Pascal Charpentier. La scénographie de Noémie Vanheste fait la part belle aux décors sonores : le stop sur la nationale, la forêt profonde, la ferme, l’eau du pont, en un mot, l’aventure …

Pour mémoire : Antagonistes, Margot a tout juste 40 ans et Claude, prénom épicène, fait le double. L’une fuit la condition de femme de.., mère de …, et autres servitudes, l’autre a tâté du demi-mouroir organisé appelé « les Glaïeuls » où ses enfants l’ont fourrée. La suite, c’est le voyage… Vous voudriez quoi ?

Dominique-Hélène Lemaire

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FUGUEUSES

De Pierre Palmade et Christophe Duthuron.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen. Avec : Nicole Oliver et Martine Willequet.

Assistante à la mise en scène : Hélène Catsaras / Scénographie et costumes : Noémie Vanheste / Décoratrice : Eugénie Obolensky / Lumière : Alain Collet / Musique originale : Pascal Charpentier


 Réservations : 0800 944 44 ou http://bit.ly/FugueusesS26
 Gregory Navarra

DU 06/09/19 AU 12/10/19

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administrateur théâtres

Cette année, nous célébrons les 450 ans de la mort de Bruegel. Avec Jan van Eyck et Paul Rubens, Pieter Brueghel est considéré comme l'un des tout grands maîtres de la peinture flamande du XVIe siècle. Membre de la Guilde de Saint-Luc d'Anvers, Brueghel s'est rendu en Italie et a été exposé à la culture humaniste. Le nom de la  guilde rapelle celui de  l'évangéliste Saint-Luc, patron des artistes, identifié par Jean de Damas comme ayant peint le portrait de la Vierge. En 1563, Bruegel s'installa à Bruxelles pour se rapprocher du centre  financier, du pouvoir et des clients potentiels. C'était une plaque tournante pour les artistes et la nouvelle noblesse urbaine. La même année, il épouse Mayken Coecke, fille de Pieter Coecke et Mayken Verhulst, à l'église Notre-Dame de la Chapelle de Bruxelles, et habite à proximité, au 132 de la  rue Haute, dans les Marolles, où il peint ses tableaux les plus célèbres, des  chefs-d'œuvre tels que Paysage d'hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux ou La Danse des paysans.   Au XVIe siècle, ce quartier était particulièrement prospère et se trouvait non loin de la résidence principale de Charles Quint au palais du Coudenberg, au Mont des Arts. Le peintre  a été  enseveli en 1569 dans la même église Notre-Dame de la Chapelle, l'endroit même où le concert: "Bruegel l'humaniste espiègle, un décor musical" s'est tenu le 3 octobre  dernier. 

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***"BREUGHEL (Pierre), ou BRUEGHEL le vieux, dit le Paysan, le Drôle, ou le vieux Breughel, peintre de paysage, de scènes burlesques, de diableries, d’histoire en petit, etc., et graveur sur bois, à l’eau-forte et au burin, né à Breughel, village près de Breda, on ne sait au juste en quelle année; d’après les uns en 1510, d’après les autres en 1530. Le nom de famille de cette belle lignée artistique n’a jamais été connu. Pierre Brenghel, souche de tous ces vaillants peintres, prit le nom de son village et n’en signa jamais d’autre. Et même celui-ci est orthographié de deux manières, Brueghel et Breughel. La première manière est la version primitive, celle que les peintres de ce nom ont adoptée pour signature; la seconde a pourtant prévalu dans l’orthographe moderne. Breughel était né paysan et fils de paysan; mais la nature en le créant artiste, lui avait donne un esprit inventif, curieux, gai et fort original. Sa vocation ne fut pas contrariée. On le plaça chez un homme célèbre, peintre, architecte, géomètre, Pierre Coecke, d’Alost. Il demeura dans la maison de celui-ci et porta plus d’une fois dans ses bras, dit Van Mander, la petite fille de son maître, sans se douter que cette petite fille serait un jour sa femme.." 

Avec la collaboration du KCB, ce concert-spectacle était basé sur l’idée d’illustrer certaines des peintures de Brueghel projetées sur écran avec des chansons et des musiques contemporaines du peintre. Le concert a été présenté sur des instruments anciens de la Renaissance, réunissant l'ensemble Les Sonadori, la mezzo-soprano Elisabeth Colson et l'organiste Fabien Moulaert, sous la direction d'Alain Gervaux, dans une coproduction de Voce et Organo - le département de recherche du Koniklijk Conservatorium Brussel - et Les Sonadori. Un programme détaillé expliquait chaque morceau de musique en parallèle avec la peinture de Brueghel ou des images d’objets illustrant son époque.Le programme est construit en cinq parties décrivant "amour et séduction", "jeux et danses", "histoire des Pays-Bas", "morale et dérision avec le personnage du Fou" et "piété" avec des œuvres de Clemens non papa, Thomas Crequillon, Pierre de la Rue, Lupus Episcopius, Benedictus Appenzeller ... publiées par Tielman Susato et Pierre Phalèse à Anvers au XVIe siècle. Ce programme sera également donné  au festival de Besançon-Montfaucon, au festival Mars en Baroque à Marseille et à La Courroie près d'Avignon.

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Quand  les musiciens de Brueghel  ont  débuté leur concert  par une procession, c’était comme si nous avions été projetés jadis, à l’époque des troubadours, des banquets et des danses de village. Leur riche répertoire et leur sonorités envoûtantes ont soudainement pris vie dans le sombre silence de l'Église, pour charmer un public tout de suite  conquis.  Des thèmes éternels  ont été chantés, joués et exposés avec  grand  amour de l'art: l'amour,  la gaudriole, la folie, la  guerre, la mort et les psaumes religieux. Nous avons  écouté avec ravissement  des chants plus cristallins que l'eau de Spa bleue, soutenus par des instruments anciens, flûtes et cordes, immensément  dynamiques, rappelant les paysages séculaires décrits par Brueghel. Des hivers, comme on en fait plus.. Voce et Organo et Les Sonadori ont tous contribué à mettre l'accent sur  l'humanité profonde  du peintre, pour qui sans doute jouer et peindre  était devenu une bénédiction de type  presque  sensuel. Lorsque la vibration de la musique correspond aux couleurs vibrantes et à l'humour vif de Brueghel, observateur sans concession de son temps, nous plongeons dans une  Renaissance qui ressemble  un peu à notre monde. Ou l'on pense immanquablement au poème des Correspondances de Baudelaire. Quand l'art devient une force motrice et donne un sentiment d'intemporalité, le spectateur est saisi d'un  mystérieux sentiment d'appartenance. Quand la musique devient le lien d'amour entre les gens et  que les peintures incarnent la beauté et les  angoisses humaines, on est comblé. 

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Une fois le concert terminé,  si vous visitez cette même  église de jour, vous pourrez peut-être aussi partir à la chasse d'esprits «échappés» de diverses peintures de Bruegel : La grande Evasion. Ils sont  cachés partout dans l’église, à vous de les découvrir!  Ils sont là pour célébrer la vie et l’œuvre du peintre  humaniste. En effet, diverses figures des peintures du maître flamand se sont échappées des  tableaux du maître pour s'accrocher ici et là. quittant pour la première fois  leur cadre  et  leur monde à deux dimensions pour se transformer en personnages réels. Ils se réunissent pour rendre hommage à l’homme qui les a peints et titiller l’imagination des visiteurs à l'esprit curieux. Ils y  resteront jusqu'à la fin  2019.

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A visiter également: l'exposition "Beyond Bruegel" qui rend hommage à l'artiste dans le majestueux Palais de la Dynastie, près de la KBR, la Bibliothèque nationale de Belgique, au Mont des Arts.

L'expérience artistique novatrice au Palais de la dynastie présente des projections immersives qui magnifient les œuvres de Brueghel et mettent en valeur des détails exquis. En tant que visiteur, vous pouvez comprendre le style et l'oeuvre du peintre dans divers espaces. Vous serez ensuite émerveillés par la  vision à 360 degrés qui illustre le monde fantasmé de Brueghel, à la fois si  terre-à-terre et si  imaginaire. Vous  foulerez des paysages où l'on rencontre  Dulle Griet ( La Folie) et une  armée de fantassins. Sur le bateau, au pied de la tour de Babel, vous irez à la rencontre des personnages uniques issus de l'imagination débordante de l'artiste. On peut suivre la projection en trois langues; anglais, français et néerlandais. Mais, les véritables peintures, ne sont pas loin, à quelques pâtés de maisons seulement:  passez au Musée juste à côté! Les amateurs de Brueghel qui visitent le"Beyond Breugel" expo  sont  aussi attendus pour saliver devant  la  carte et déguster ensuite une série de petits mets de choix au "Plein Publiek", un concept de cuisine hyper-créatif lié à l'exposition et conçu par le très talentueux ex Top chef Paul Delrez.

- "Beyond Bruegel" au "Palais de la Dynastie" au Mont des Arts à Bruxelles.
6 avril 2019 - 31 janvier 2020 www.beyondbruegel.be

- MUSEES ROYAUX DES BEAUX ARTS DE BELGIQUE

Bruegel. The Originals Les chefs-d'œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien aux MRBAB

> 15.09.2020


Rue de la Régence / Regentschapsstraat 3
1000 Bruxelles

La version anglaise de cet article: Dominique-Hélène Lemaire

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administrateur théâtres

             Vous avez bien vu: deux spectacles le même jour! Et une tournée jusque fin 2020! 

Emotions, au Centre Culturel d’Auderghem,  une généreuse  ouverture  de saison !

A l’endroit, le collège et ses misères, à l’envers, l’héroïque mousquetaire qui parle en taisant ses sentiments, se déclare en écrivant, se bat contre moulins à vent, cueille  des étoiles, élégant, courtois et  libre, tutoyant  la lune comme nul ne sait le faire. Un tissu de bonheur.

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Merveilleux  spectacle de rentrée pour tous ces jeunes qui passent la grande porte de  l’adolescence. Nouveaux dans la nouvelle école,  le collège ou le lycée, se reconnaîtront-ils dans Colin, Maxence, Adélaïde, Benoît  et les autres ? Tous nés après 2000…les voilà obligés de se découvrir,  devant une prof de français charismatique, fou de  théâtre  et qui leur sert du Cyrano sur un plateau qu’ils se  devront de conquérir. Le goût du sublime, le rêve de l’amour, la langue riche et raffinée, sont autant de mets qu’ils vont dévorer à belles dents sous la houlette bienveillante  du prof, un authentique passeur de culture, version française du grand Keating. La mort de la société des poètes disparus  en moins.   Pourtant  le jeune Colin a la mort de son père sur l’estomac, il a perdu tous ses moyens, rentre les épaules, redoute qu’on lui parle, veut se faire invisible et communique de façon à peine audible, redoublant la moindre syllabe. Va-t-il  réussir à renaître, se transformer, s’envoler enfin ?

Mais la  magie du texte de Cyrano veille. Les adolescents sont éblouis et se jettent corps et âme dans le feu des planches. Même Colin, statufié par la peur de l’autre, finit par se dégeler. Surprise: on comprend que Colin, dans le secret de sa chambre,  retrouve ses moyens grâce à sa guitare et chante  l’amour en pensant à son père disparu. Foin des logopèdes et autres psy, le sentiment d’amour ne demande   donc bien sûr qu’à s’envoler… Le prof génial l’a  bien compris, et fait éclore la personnalité blessée du jeune Colin, ravi de s’envoler, puisqu’il adore les papillons et la plus jolie fille du collège. « …Quels mots me direz-vous ? »

Fascinante magie de Nicolas. L’incipit  en voix off  intrigue : « Une histoire, c’est des personnages, et croire à une histoire, c’est faire une pause de soi et laisser la place à l’autre personnage…» Toute une philosophie. A chaque jeu d’épaule, de regard, ou de posture,  le comédien au port de danseur fait surgir des fragments de personnages qui ont le temps de lâcher leurs répliques dans un flux d’énergie virevoltante. Durée : 1 h 15. Mines, mimiques, bruitages, humour, compassion se disputent avec un verbe qui déferle de toutes parts, comme l’émotion. Comment fait-il ? Le décor est inutile : le noir complet,  une chaise d’école et un projecteur, cela suffit. Il a la comédie dans la peau!

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Nicolas Devort, auteur et comédien virtuose, en est à son 780e spectacle depuis le off d’ Avignon qui  l’encensa pendant 7 ans consécutifs! Il est seul  en scène devant un parterre bruyant de jeunes super excités de se retrouver, parfois pour la première fois,  au théâtre. On leur parle, ils trépignent. On joue, ils chuchotent, on termine, ils en voudraient encore, tant le talent de Nicolas les a séduits. Ils se précipiteront pour acheter son livre, un viatique pour certains? Ce prodigieux défilé tableaux de leurs congénères  et des adultes qui gardent leur porte fermée est si habilement troussé, qu’il a emporté leur adhésion inconditionnelle. Et puis, le charme personnel, avouons-le!

Dominique-Hélène Lemaire, Arts et Lettres

Dans la peau de Cyrano, de et par Nicolas Devort. Lumières : Jim Gavroy et Philippe Sourdive Le jeudi 26 septembre 2019 à 20h30 Au Centre Culturel d’Auderghem

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administrateur théâtres

"Le roman d'Antoine Doinel" au théâtre Grand Varia

Urgence! Nous courons lâcher notre article !...

...Par monts et par vaux

Nous courons lâcher notre article ! Ah ! si les ballons pouvaient partir à l’assaut du ciel pour faire l’article de cette rare pépite trouvée au Grand Varia, hier soir ! On en a plein les yeux, plein les oreilles, ce spectacle enchaîne les vibrations : du son à la lumière, jouant sur le mouvement, le corps et la sonorité du  verbe, évitant comme la peste les astuces de la technologie moderne. Bon débarras !

Tout se passe de planches en planches, comme par magie, dans un vagabondage temporel ultra-savoureux. Le téléphone a retrouvé sa cabine et son fil, le pneumatique renaît, on se sent libéré, l’énergie circule, libre comme l’air du temps. On respire, on hume la présence théâtrale, et c’est le cinéma qui revient ! Le ballet des sentiments est incessant. Mais le seul qui vaille la peine, palpitant comme l’oiseau, c’est l’amour, des griffonnages d’écolier élevé par sa grand-mère, aux baisers volés, au temps dilapidé. Un ravissement.

On craignait la lourdeur encyclopédique de l’entreprise … on est séduit par son absolue légèreté. On savoure l’enchevêtrement malicieux de centaines d’instants sublimes, tous croqués avec délices comme dans un jardin défendu.

Que de pétillements d’époque joyeuse nimbent l’enfance triste du poète cinéaste. Son credo, c’est l’art de la rencontre, celui de la séduction, celui de la recherche de l’absolu. Une jeunesse éternelle l’habite. Une jeunesse oubliée nous caresse l’âme, incognito. Un vent vivifiant a donc balayé les planches du Grand Varia au soir du 27 septembre, fête romane, par excellence. On revient le cœur habillé de bonheur.

Poétique, Insolite, Festif, Jubilatoire, Bondissant, Créatif, ce spectacle inédit nous invite à Sortir du Temps. A rejoindre dare-dare les Enfants Terribles. D’ailleurs, si l’on faisant comme si on était à l’opéra… personne ne trouverait le temps long ! Entrons donc de plein pied dans la vie de celui dont l’imaginaire était peuplé d’histoires qui le racontaient en mille bouts de pellicule, en centaines de répliques d’anthologie crépitantes. De plein pied, puisque les spectateurs sont assis en groupes comme dans un immense café-théâtre qui arborerait une demi-douzaine de plateaux communiquants. Les chaises pivotent, comme pour mieux embrasser le spectacle, pour mieux profiter des 360 degrés à la ronde. Et les surprises d’après l’entracte... abondent  d'amour et de fleurs. Et pas seulement d’anthologie.

1959-1979. Sachez seulement que ce sont pas moins de cinq œuvres de François Truffaut qui communiquent entre elles et s’interpénètrent pour livrer une immense fresque du jeune 20e siècle délivré enfin de l’horreur de la guerre mondiale, ravi de découvrir le cinoche, le Coca-Cola et la vie estudiantine amoureuse et libre. C’est leur vertu et le génie kaléidoscopique du metteur en scène, Antoine Laubin qui composent par touches ultra-sensible l’attachant personnage d’ Antoine Doinel, alias François Truffaut ! A en tomber ! Un merci infini aux comédiens qui de la tête aux pieds - ah ! les merveilleuses chaussures et les  mèches folles  - se sont investis corps et âme dans l’aventure : Valérie Bauchau, Caroline Berliner, Coraline Clément, Adrien Drumel, Philippe Jeusette, Sarah Lefèvre, Jérôme Nayer, Renaud Van Camp, Adeline Vesse. En cohésion parfaite. 

La suite ? In situ !

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Du 24 septembre au 12 octobre 2019 Théâtre Varia
Rue du Sceptre, 78 1050 Ixelles  http://www.varia.be
reservation@varia.be
+32 2 640 35 50  

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administrateur théâtres

« Villa dolorosa » Genre : chronique intemporelle

Sur les planches du Théâtre des Martyrs, dans une agréable scénographie et des costumes signés Renata Gorka voici un partage  généreux et désespéré!

Oh le beau Samovar !   C’est le  cadeau  d’anniversaire détesté dans «  Villa dolorosa » (2009), une  comédie dramatique de l’auteur allemande Rebekka Kricheldorf qui met en scène une génération Y résignée, en panne d’inspiration devant la déliquescence du monde et l’absurdité du quotidien. Érosion des valeurs: les cadres aux murs sont intégralement vides. Pourtant les parents défunts ont abreuvé leur descendance de culture et l’on projetée dans ce que l’on appelle l’élite intellectuelle.  Las, les  jeunes  Freudenbach  sont totalement désœuvrés et pétris de mal-être. Ils n’ont aucune prise sur le présent. Soit ils batifolent dans le passé, soit, ils errent comme des âmes en peine dans un  improbable futur.   Les dessertes croulent sous la valse des bouteilles, l’alcool coule à flots. Le spleen est devenu du cuivre en fusion dont les reflets nimbent tous les costumes. Malgré la musique, l’enfer est proche.

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Et pourtant la villa est si belle, avec son vieux Chesterfield si accueillant, sa splendide verrière donnant sur un jardin plein d’exotisme, et le saule imaginaire est …tellement pleureur. Mais sous le tapis, la pourriture gagne, ni poudre de Perse ni naphtaline n’en viendront à bout. Et les filles dont le patronyme signifie « Rivière de joie »,  s’ébattent dans le grand espace vide, dans un rythme endiablé,  se mettant à nu comment si elles étaient à la plage. Se coupant la parole, gloussant, pleurant, se saoulant,  dysfontionctionnant à qui mieux mieux, liées par le sang, les désillusions, et les désirs excentriques, dans un jeu vertigineux et sans merci semé de rires et de pardons mutuels. Mais la fête d’anniversaire  est chaque fois  un  bien triste simulacre.  Où il apparaît que peut-être l’homme n’est pas doué pour le bonheur. Surtout si le bonheur, c’est l’utopie travail et celle des enfants heureux.   

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Dans ce huis-clos déboussolé et délirant, le monde est  vide et désenchanté, à la manière de celui des « Trois sœurs » de Tchékhov. C’est le nôtre. En plus grave encore?  Olga dans son tailleur de prof ( ah! l’admirable France Bastoen!) est toujours cette femme fidèle à elle-même, qui, bien que névrosée, tente de tenir l’équilibre familial à bout de bras, Irina ( Anne-Pascale Clairembourg) à elle toute seule un symbole d’une jeunesse en mal d’avenir, Macha ( Isabelle Defossé, plus tragique que jamais), cette amoureuse tourmentée, mal mariée avec Fiodor alias Martin qui habite l’appart d’en face. Compliqué ! Quand, toute jeune, elle est partie avec lui,  «C’étaient les hormones ! » avoue-t-elle.  Maintenant elle meurt de désir pour le ténébreux et placide Georg ( Nicolas Luçon), marié par ailleurs, avec une neurasthénique sans cesse au bord du suicide.

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Quand à la Natalia, la fiancée pétulante, celle-ci est ramassée dans un parc, puis devient la compagne d’Andreï ( incarné par le très charnel Thierry Hellin), leur frère à toutes, en constant  mal d’écriture, et à court d’argent. Elle s’appelle très prosaïquement Janine. Une « pauvre » lance-t-il en s’excusant. Certainement la plus craquante et la plus galvanisante de la bande. Elle affiche une tendresse inconditionnelle pour son loser de  mari, pour ses adorables enfants à la santé fragile, pour cette maison qui se lézarde.  Mais qui sait ? Peut-être est-elle la plus riche de toutes? Celle qui fuit le privilège de glandouiller, réfléchir,  être en dépression. Celle qui n’a renié ni le travail, ni les enfants.

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La cruauté et le désespoir ont  même envahi la langue. Un parler piquant, syncopé, brut, ivre,  désillusionné, fait de bombes et de propos cinglants. Ultra modernes, comme la solitude du même nom. Tout le monde parle en même temps, comme si la « vita dolorosa »,  devait être expulsée au plus vite  de leur être martyrisé.  Mais quand s’écoutent-ils vraiment? Le public, lui, est toute oreille, devant ce déferlement d’affects si magnifiquement interprétés. La luxuriance des mouvements  du corps et des postures fascine par leur modernité et leur présence. Cette pièce flirte avec   l’intensité d’un thriller fracassant : le dehors fait peur, la villa les protège, mais elle s’avère de plus en plus fragile. Seul leur lien familial les console, ou les airs d’opéra, une chance !  Le jeu partagé est extraordinaire et longtemps on pensera à la voix, à la silhouette, aux postures de  l’intrépide Janine ( l’exquise Deborah Rouach, on l’adore!), alerte et brillante,  qui refuse de frire dans le chaudron du temps immobile.

La pièce 4 étoiles de la semaine: «Villa Dolorosa», une découverte jouissive

Georges Lini dirige avec brio les désirs inassouvis de sa brochette de comédiens si bien choisis. Solistes émouvants,  les orphelins de la vie  vibrent à l’unisson dans cette épopée moderne du désenchantement. C’est magnifique et foisonnant.  

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Et si le paradis perdu était tout simplement de recommencer à travailler et à aimer? Champagne… ou vodka?

Mise en scène Georges Lini

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres

De Rebekka Kricheldorf « VILLA DOLOROSA » Théâtre des Martyrs Bruxelles – 20.09 > 06.10.  Trois anniversaires ratés Librement inspiré des “Trois sœurs” de Tchekhov

Personnages:

« La famille » : Irina Freudenbach, 28 ans Olga Freudenbach, 37 ans Mascha Klepstedt-Freudenbach, 25 ans Andrej Freudenbach, 38 ans

Les « outsiders » rebaptisés Georg, 45 ans et  Janine, 20 ans

Compagnie Belle de Nuit

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administrateur théâtres

Les parfums de fleurs de couteau. Rite funéraire. Sous le chapiteau,  toute la Méditerranée en pleurs. Mantilles noires,  mains jointes, les visages chantent un Kyrie Eleison bouleversant. Lux perpetua luceat eis. Pour qui ?  On entoure la veuve.  Le fils voudrait que la mère lui rende son couteau. Tout est là : le désir, la terre et le sang. On plonge d’un coup dans l’univers de Garcia Lorca. Derrière les bribes de mélopée  qui vous prennent  au ventre, surgit le fil rouge,  l’instituteur rouge et libre penseur, ami du poète qui égrènera  son hommage tout au long du spectacle. Cela aussi c’est un rite funéraire.

Le décor est fait d’une roulotte, un fois le voile noir levé,  d’un plateau circulaire de bois blond sur lequel les chaises s’envolent comme des brassées de feuilles mortes.   Décidément, Dominique Serron adore cela! C’est beau, on attend le développement. C’est alors que l’on est pris  par la  bourrasque théâtrale. Le parcours  prend le rythme d’une  traque. Le spectateur s’accroche aux racines pour ne pas tomber.  Il est hors d’haleine, il vient de comprendre que trois histoires  différentes s’entremêlent comme des battements de cœur régulier, pour souligner les thèmes favoris du poète espagnol. C’est ingénieux, parfois dur à suivre, mais tellement palpitant. Il va de soi que les dix-sept  comédiens -danseurs,-chanteurs  changent de peau et d’histoire à chaque tournant… L’inventive Dominique Serron à la mise en scène s’amuse et se repaît des apparences, des visions fugaces, fouaillant toujours  pour atteindre le drame pur. Les yeux des spectateurs sont éblouis par les scènes de village, les chiens, la pleine lune,les malédictions,  la discussion des brodeuses, le deuil omniprésent, le rêve de vie encore plus tenace, la campagne crucifiée par la sécheresse, les préparatifs de noces, le rapport fétide filles-mère, les personnages déchaînés,  la folie, le mal, les danses, les ensembles vocaux. Le corps à corps des amants  ennemis, un paroxysme de tension dramatique,  est un sommet de la  mise en scène. Béjart en aurait fait tout un spectacle.

 Cette trilogie rurale de Lorca qui regorge de mauvais présages: « Les noces de sang », « La maison de Bernarda Alba » et « Yerma » se trouve  ainsi déclinée en musiques chorales, danses et textes  si brûlants de non-dits palpables qu'ils  émeuvent au plus  intime. Cette trilogie  devient une bacchanale envoûtante. Utile de souligner  combien Garcia Lorca  a été  un poète  de la libération féminine, lui qui est tombé sous les balles des phalangistes, quelques mois après l’écriture de ces  trois chef d’œuvres qui dépeignent  l’âme féminine et l’Andalousie profonde. 

Chapiteau Des Baladins du Miroir
Boulevard Baudouin Ier
1340 Louvain-La-Neuve
Téléphone :
0800/25 325 - Réservation préférable
Tarif :
10 à 22€
Public :
à partir de 12 ans
Internet :
https://atjv.be/Desir-Terre-et-Sang

D’après l'œuvre de Federico Garcia Lorca - Adaptation et mise en scène : Dominique Serron - Avec (en alternance) : Irène Berruyer / Léonard Berthet-Rivière / Andréas Christou / Stéphanie Coppé / Elfée Dursen / Monique Gelders / Aurélie Goudaer / Florence Guillaume / François Houart / Geneviève Knoops / Sophie Lajoie / Léa Le Fell / Gaspar Leclère / Diego Lopez Saez / David Matarasso / Virginie Pierre / Géraldine Schalenborgh / Léopold Terlinden / Juliette Tracewski / Julien Vanbreuseghem / Coline Zimmer (Sous réserve de modification. Voir www.atjv.be

Du 19 septembre au 1er octobre 2019

 

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administrateur théâtres

Alexis et Edmond, un monde de connivences…

Nous voici à Paris, en décembre 1875,  à l’époque où une grandiloquente Sarah Bernhardt déclame « La Princesse Lointaine » au Théâtre de la Renaissance. L’ennui est prodigieux. Edmond Rostand n’a pas le sou, deux jeunes enfants à nourrir et une fidèle épouse sage comme une image. Ses pièces sont une suite de fours sans précédent. Tout le monde court ventre à terre voir du Labiche ou du Feydeau. Les messieurs, en passant par la case des « Belles Poules ». Question d’époque ?


N’est pas Poquelin qui veut! Coquelin, nouveau directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin a déserté  la Comédie-Française, pour se mettre à son compte en toute liberté, mais il est pourchassé par les huissiers. Premier clin d’œil autobiographique d’Alexis Michalik qui a fui le Conservatoire, dit-il, pour devenir freelance ?  Sauf que les  opus De Michalik ont fait immédiatement  pleuvoir sur lui  tous les Molières et nous ont portés au plus fort de la jouissance théâtrale. Comme ce fabuleux « Porteur d’histoire » l’an dernier joué au Public et à l’Atelier Jean Vilar.

Michalik a  donc flashé sur Cyrano de Bergerac et se lance dans une amplification théâtrale foisonnante et  savoureuse autour de son auteur, Edmond Rostand. Michalik fait flèche de tout bois dans de innombrables tableaux surprenants entourant la genèse de la pièce.  A la fois souffrance et exultation, rien ne sort de la plume sans urgence, c’est le propre de la création… Le tout  se trouve  émaillé de substantifique moelle, celle des extraits les plus  chavirants ou les plus drôles de la pièce de Rostand. Entre pastiche et vérité, il y a le rêve de la création littéraire et des tonnes de références culturelles incongrues.


Côté pastiche, on est servi ! Une vraie salade russe. La belle Roxane aux boucles blondes  est jouée par une actrice prétentieuse que l’on croirait sortie des contes de Perrault. Elle est affublée de deux producteurs corses  glauques qui  en sont entichés au point de servir de papas gâteau a son jeune fils adoré, François.  Au passage, on rencontre Tchekhov  qui fréquente  le poulailler rose qu’ils entretiennent: « Les Belles Poules ». Tchékov a soit-disant l’accord de sa femme car il  prétend qu’il va mourir sous peu! …Maintenant ou plus tard, de toute façon on va mourir un jour ! Les deux Georges, Georges Feydeau  et Georges Courteline  se prennent pour  Dupont et Dupond. Un certain Maurice  offre un  « boléro » pour la première… L’âme du « Dindon » se coince dans les claquements de portes.  Gallégeades théâtrales  ( champagne ou verveine ? ) persillée de joyeusetés telle  le patron noir du café, Honoré, bien sûr,  qui remet à sa place un fâcheux qui l’a traité de « nègre ». L’occasion de déclamer  sur tous les tons… la magnifique tirade du nez!  Voilà  quelques exemples  pétillants des  chapelets de connotations littéraires et malicieuses.

Au dos du décors et au plus profond de l’action il reste …l’éternel panache, cette note bleue qui chante  la hauteur des sentiments pour tout ce qui est muse ou idéal féminin,  versus l’usure domestique de l’amour quotidien. Mais par-dessus tout, voici une vibrante ode à  l’Esprit frappeur. Entre tous, l’Art théâtral, est le couronnement et le fondement de l’art vivant, loin des écrans de tout poil et autres «  réalités »   virtuelles. Le lieu par excellence de l’enthousiasme, comme le définit Madame de Staël. A bon entendeur, Salut !


La distribution impeccable rassemble une élite de la scène belge. Douze comédiens en goguette pour incarner pas moins de 38 personnages… De très connus :  Maxime Anselin, la très joviale Perrine Delers, Inès Dubuisson, l’incomparable Itsik Elbaz, l’illustre Antoine Guillaume. Mais aussi: Tristan Schotte ( Edmond Rostand) , la délicieuse  Elsa Tarlton  (Jeanne et Rosine), Rézal Siellez, Sandrine Laroche, Mwanza Gautier ( inénarrable Monsieur Honoré) et David Dumont. Le tout sous l’aimable regard de Michel Kacenelenbogen, dans sa mise en scène virevoltante. Et un  beau nombre de rappels enthousiastes. Presque comme au soir de la Première… le 28 décembre 1897.

Dominique-Hélène Lemaire    pour Arts et Lettres

Au théâtre le Public

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« EDMOND », la pièce aux 5 Molières d’Alexis Michalik, Comédie héroïque

Texte et direction artistique : Alexis Michalik.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen. Avec : Tristan Schotte (Edmond Rostand), Maxime Anselin (Jean Coquelin), Perrine Delers (Maria Legaut), Inès Dubuisson (Rosemonde Rostand), David Dumont (Léo Volny et le passant), Itsik Elbaz (Constant Coquelin), Mwanza Goutier (Monsieur Honoré), Antoine Guillaume (Georges Feydeau), Sandrine Laroche (Sarah Bernhardt), Réal Siellez (Marcel Floury), Elsa Tarlton (Jeanne), François-Michel van der Rest (Ange Floury).

DU 05/09/19 AU 30/11/19

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administrateur théâtres

Musica vita est … La raison des sortilèges musicaux

– Causerie musicale –

Avec Jean-Yves Clément entretenant brillamment l’entretien, voici le duo improbable de Michel Onfray le Normand et la vierviétoise Eliane Reyes, pianiste émérite, nommée récemment chevalier de l’Ordre des Arts et de Lettres en pays de douce France. Mais  le lieu, dites-vous ?  Cela se passait au cœur d’une abbaye,  une des plus anciennes fondations monastiques de Belgique qui abrite le Musée Guillaume Apollinaire : Labbaye de Stavelot qui date du VIIe siècle.

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 La causerie  émaillée de moments musicaux intenses sous les doigts de la fée Eliane a lieu dans le réfectoire des moines , dans une atmosphère d’abbaye de Thélème. Michel Onfray, fondateur de l’Université Populaire  rêve d’une une communauté philosophique construite sur l’amitié et dans laquelle les adhérents s’engagent à construire leur existence comme une œuvre d’art…


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Pour Michel Onfray, la Musique commence à émouvoir le futur enfant, dès la vie intra-utérine. Il évoque les bruits organisés ou non, «  engrammés »  dans le système nerveux de l’enfant, dont il restera à l’évidence nombre de traces mémorielles… La musique naît donc avec la vie. La nature est le monde sonore par excellence et J.S. Bach, plus que tout autre compositeur, a su, dans sa musique superbement  organisée, capter la vibration du cosmos. Donner une sorte de cartographie du ciel. On comprend que Michel Onfray, bien que se réclamant de l’athéisme, ne rejette pas la transcendance. Il parle de l’immanence de la musique où se mêlent étroitement le matériel et l’immatériel pour créer une sculpture artistique du Monde sonore. Il souligne aussi l’inévitable interaction des pulsions physiologiques qui scandent l’écriture musicale du compositeur et qui influent forcément sur l’état physiologique de l’auditeur. Il y a le savoir-faire de l’interprète qui, ce soir d’exception, a joué « Jesu bleibet meine Freude » de façon bouleversante. Le tempérament d’Eliane Reyes, revisite le célèbre morceau de Bach dans une interprétation veloutée, voluptueuse, sensuelle, comme  vivifiée  par le romantisme, et la féminité.  Son  jeu nous revient au visage, comme une signature musicale. Musica vita est.

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Il apparaît que plus on se met à l’écoute du monde avec bienveillance, plus on le questionne, plus on devient philosophe. Plus on se nourrit de musique. Ah le mythe d’Orphée et le lien de Platon avec la musique! Ce qui est sûr c’est que la musique ne fait pas bon ménage avec le Diable. Entendez par là, la soif de pouvoir, le rêve de puissance, l’orgueil, la jalousie, la cupidité. Dans la valse de Chopin interprétée ensuite par Eliane, Michel Onfray a entrevu, une sorte de moment de suspension, « une levée»,  précise Eliane, qui préside à l’intuition philosophique. Ici, on peut entendre la vivante hypothèse   de « l’éternel retour »  point commun entre Nietzsche et le bouddhisme. « Une invagination du temps ».

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Michel Onfray se réfère au philosophe Schopenhauer pour qui « La musique traduit, dans sa libre explosion du sein de la conscience humaine, tous les mouvements du vouloir vivre qui anime l’univers. Elle est la langue universelle, aussi claire que l’intuition elle-même ; et pourtant, grâce à ce qu’elle touche de si près à l’essence des choses, elle a en elle on ne sait quoi d’ineffable et de mystérieux. « Elle passe à côté de nous comme un paradis familier, quoique éternellement lointain, à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable, parce qu’elle nous révèle tous les mouvements les plus intimes de notre être, mais dépouillés de la réalité qui les déforme » (Le monde comme volonté et comme représentation, Livre III, §52) »

On écoutera ensuite la transcription  de « La mort d’Isolde » de Wagner  par Liszt, les yeux absolument fermés. Les trémolos de douleur sont soulignés par des accords légers des arpèges qui ressuscitent la vie. On sent son cœur battre plus fort dans le crescendo des sonorités qui  semble étreindre un inaccessible infini. Du désespoir sans fond, émerge le souffle lumineux.


Le chapitre suivant traite du romantisme, où la petitesse de l’homme disparaît dans le spectacle sublime de la nature, et s’éteint face à la toute-puissance de la Mort. Mais voici « le Dieu fluvial riant de l’eau qui le chatouille  » dans les Jeux d’eau de Ravel. Eliane Reyes envoie dans son interprétation de Ravel une musique apollinienne, hédoniste, composée de salves de scintillements sonores dans un temps suspendu. Pour Onfray, L’embarquement pour Cythère de Debussy doit verser dans le cérébral, l’abstraction, l’éthéré… Oh que non se rebiffe la pianiste ! Eliane propose pour l’île joyeuse, un jeu sensuel, dionysiaque, liquide, concret où naissent les morsures du désir, les plages inaccessibles, les criques secrètes du plaisir pour le yin et la souffrance, résilience, et danse de feu pour le yang. Eliane Reyes has it all. Le dandy Onfray, a théorisé – avec l’humour qu’on lui connait -, la musicienne Eliane a joué. Le public s’est exalté. La soirée est inoubliable et signe la foi du philosophe en la bienveillance universelle et la musique qui l’accompagne. Après la belle interprétation du bis, la gymnopédie de Satie, aux couleurs de l’été indien enveloppé d’un sourire de madone, on remercie l’organisateur de la rencontre, Virgile Gauthier.

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Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres

Michel Onfray à l’Abbaye de Stavelot – le vendredi 13 septembre 2019 à 20h

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administrateur théâtres

Le spectaculaire Cyrano triomphe à Villers-la-Ville

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Figurant parmi les plus célèbres pièces du répertoire français, Cyrano de Bergeraca été écrit par Edmond Rostand et publié en 1897. Cette pièce s’inspire d’un véritable personnage  ayant réellement existé :   Savinien Cyrano de Bergerac, né en 1619, ayant  réellement participé au siège d’Arras en 1640 et mort en 1655.   A l’époque de Louis XIV.


Acte III, Scène X

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce?

Un serment fait d’un peu plus près, une promesse

Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,

Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer;

C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,

Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,

Une communion ayant un goût de fleur,

Une façon d’un peu se respirer le coeur,

Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme!

 20.000 spectateurs attendus à l’Abbaye ! Formidable pied de nez à la morosité verbale et affective de notre siècle, voici sous les étoiles, en vers et en 12 pieds, le nez en l’air et l’air d’un soir, un voyage tout en poésie entre la Terre et la Lune… Voici : Cyrano, Roxane et Christian. Et le trio qui les incarne à la perfection : Bernard Yerlès, l’exquise Anouchka Vingtier et le très rebelle Damien De Dobbeleer.

Une magnifique aventure collective dirigée avec amour profond du théâtre  par Thierry Debroux, qui signe  tous les émois. On découvre Roxane, une jeune femme belle et distinguée, Christian de Neuvillette, un jeune noble qui l’aime en secret et le comte De Guiche (le formidable  Éric De Staercke), qui cherche à faire de Roxane sa maîtresse et veut la marier au vicomte de Valvert (Julien Besure), ce à quoi la jeune femme ne souscrit pas, bien évidemment. Jacques Capelle,  grand chorégraphe, signe  tous les combats.

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Verbe et Costumes hauts en couleurs

Comme des Accords mets vins…

Sachez que tous les costumes de l’ardente équipe d’Anne Guilleray aux doigts de fée,  racontent une histoire, jusqu’à la tenue du pâtisser poète… Rageneau : Michel Poncelet, dans toute sa splendeur. Ah ! Comme il nous plaît !  Et que chez tous les comédiens, la diction est belle!

La robe jaune vif, solaire couleur du pouvoir, parfum de jouvence et d’éternel été, se cache sous un lourd manteau de souvenirs. Il est fait de la moire de l’empire du deuil et des larmes.  Roxane, éplorée de bout en bout  n’en peut plus  d’enterrer le bonheur ailé de l’amour: Cyrano. L’homme-parole est vêtu de  cuir et d’humus. Mais sous sa cape d'argent, il voyage entre Terre et Lune sur des chemins semés d’étoiles. Une  cape d’argent? Pour mieux jouer la folie des rayons de lune et mieux tromper le monde terre-à-terre.

 Et l’habit gris, couleur de colère du ciel,  ventre-saint-gris ! C’est celui du pauvre Christian,  une pâle esquisse de son verbe déficient, mais tellemnet seyant!    

Les pourpoints brodés et enrubannés appartiennent à De Guiche et autre Carbon de Casteljaloux, pleins de suffisance et de mâle prétention.

Le fidèle et véritable ami Le Bret (Jean-Philippe Altenloh)  arbore des nuances d’été indien…

Oui, l’œil ne cesse d’être frappé par bien d’autres costumes encore ! Sur scène, comme Edmond Rostand le souhaitait,  ainsi que  feuilles au vent, une foule de bourgeois, marquis, mousquetaires, tire-laine, poètes, cadets, gascons comédiens, violons, pages et précieuses...Pittoresques,  agrémentés de  notes anachroniques, comme surgis d’une improbable  montgolfière, les époques se mélangent. Vive l'imaginaire! Voici  même un admirable Trissotin, des perruques qui s’envolent, et autres  délirantes coiffures façon  Tampon-Jex.   On reconnait Cédric Cerbara et ses rôles annexes,  une Béatrice Ferauge alternativement Duègne compassée et coquine Sœur Marguerite ! Tous  comédiens exaltants – excusez du masculin ! – une  fabuleuse équipe et Olivier Francart qui joue Lignière. 


Lieu d’exception

Thierry Debroux a fait le choix de présenter le chef d’œuvre d’Edmond Rostand en un seul lieu. Le lieu géométrique de tous les affects, la nef des joies et des larmes de tant d’humains, au cœur de l’antique Abbaye font sens. Personne ne se balade, tout le monde voyage  et prend l’air à pleines narines.

Que personne ne bouge ! Un écrin chargé d’histoire et de souvenirs, le choeur et la nef de l’abbatiale accueillent tous les changements de décor: de l’hôtel de Bourgogne où doit se tenir la pastorale du poète hypocrite et bête,  honni par Cyrano et qui débouche sur un duel, à la rôtisserie des poètes où Cyrano brûle de rencontrer Roxane, à la scène du balcon où deux cœurs brûlent pour une seule femme, au siège d’Arras où tout le monde meurt de faim, et enfin au  lieu de la mort de Cyrano, dans le Couvent des Dames de la Cour où Roxane a trouvé refuge.15 ans  après la mort de Christian, Cyrano va mourir aux pieds de celle qu’il adore, lui disant la Gazette du jour pour la dernière fois…  Et jamais le trou laissé par sa disparition ne se refermera. 

Le panache  

C’est désormais à l’abbaye de Villers-la-Ville que  flottera le panache du grand disparu. Un supplément d’âme. Le souffle du poète. Des tirades et des envois qui pourfendent la laideur et distillent la beauté. Mais qu’est-ce que le panache dira-t-on ? La plume, bien évidemment. Celle qui flotte glorieusement  au feutre du mousquetaire.

 «  Le panache n’est pas la grandeur, mais quelque chose qui s’ajoute à la grandeur, et qui bouge au-dessus d’elle. C’est quelque chose de voltigeant, d’excessif, — et d’un peu frisé. Si je ne craignais d’avoir l’air bien pressé de travailler au Dictionnaire, je proposerais cette définition : le panache, c’est l’esprit de la bravoure. Oui, c’est le courage dominant à ce point la situation qu’il en trouve le mot. Toutes les répliques du Cid ont du panache, beaucoup de traits du grand Corneille sont d’énormes mots d’esprit. Le vent d’Espagne nous apporta cette plume ; mais elle a pris dans l’air de France une légèreté de meilleur goût. Plaisanter en face du danger, c’est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme, comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime. Certes, les héros sans panache sont plus désintéressés que les autres, car le panache, c’est souvent, dans un sacrifice qu’on fait, une consolation d’attitude qu’on se donne. Un peu frivole peut-être, un peu théâtral sans doute, le panache n’est qu’une grâce ; mais cette grâce est si difficile à conserver jusque devant la mort, cette grâce suppose tant de force (l’esprit qui voltige n’est-il pas la plus belle victoire sur la carcasse qui tremble ?) que, tout de même, c’est une grâce… que je nous souhaite. »

Celle dont se sert Cyrano pour écrire ses lettres d’amour. Celle qui va au vent comme un baiser vers l’infini.  

 Acte V, Scène VI

Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose!

Arrachez! Il y a malgré vous quelque chose

Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,

Mon salut balaiera largement le seuil bleu,

Quelque chose que sans un pli, sans une tâche,

J’emporte malgré vous, et c’est…

C’est?

Mon panache.

Dominique-Hélène Lemaire Arts et Lettres


Du 16 juillet au 10 août 2019. Mise en scène de Thierry Debroux – Chorégraphie de combat : Jacques Cappelle
avec
Bernard Yerlès – Cyrano de Bergerac
Anouchka Vingtier – Roxane 
Eric De Staercke – Comte de Guiche 
Michel Poncelet – Ragueneau 
Jean-Philippe Altenloh – Le Bret 
Damien De Dobbeleer – Christian 
Julien Bésure – Valvert 

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administrateur théâtres

 My Fair Lady à Bruxelles 

Auriez-vous eu par hasard vent de  l’exposition sur la vie d’Audrey Hepburn, « Intimate Audrey »* , créée cette année à Bruxelles par son fils Sean Hepburn Ferrer, pour fêter  les  90 ans de sa mère, dans la ville natale de l’artiste ?  Celle-ci se tient  depuis le  1er mai et jusqu’au 25 août 2019 dans l’Espace Vanderborght. Sielle est passée inaperçue  et qu’elle ne vous a pas particulièrement fait dresser l’oreille, voici pour  l’artiste  comme pour nous, un merveilleux cadeau.

Il est  offert par le festival « Bruxellons » qui propose un « My Fair lady » éblouissant, vigoureux comme aux premières heures, débordant de verve et de bienveillance. Une splendide façon de fêter les 20 ans du festival !   Sous la direction artistique de Daniel Hanssens qui s’est saisi du sujet des charmes de la phonétique  anglaise et de la fable sociale,  ce cadeau vous attend au château du Karreveld à Molenbeek, dans une version de comédie musicale bruxelloise inédite, peaufinée et impeccable.

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La mise en scène est de Jack Cooper et Simon Paco. C’est un spectacle de haut niveau qui plaira au beau monde comme aux chats de gouttière. Tout y est beau et soigné : les décors, les costumes, la scénographie, les ensembles, les chorégraphies, le chant, et bien sûr la phonétique : irréprochable! Même transposée en français !

L’histoire

Qui ne se souvient donc pas des remarquables  talents d’actrice d’Audrey Hepburn en 1964 et de  sa présence  hypnotique  à l’écran, dans cette comédie musicale unique en son genre, même si pour les chansons,  sa voix avait été doublée ?   Elle sera à jamais associée au personnage d’Eliza Doolittle en interprétant  le parcours fabuleux  de l’insolente jeune vendeuse de violettes à l’accent cockney épouvantable, qui guettait quelques sous auprès de  grands bourgeois au  sortir de l’Opéra… dans le très pittoresque  Covent Garden du début du XXe siècle. Incroyable coup du sort,  Le colonel Pickering lui achète une fleur et son ami distingué phonéticien se prend au jeu de vouloir faire passer la gueuse pour une duchesse grâce à la qualité de ses manières et de son langage.

L’origine du spectacle

Georges Bernard Shaw avait commencé à écrire sa pièce « Pygmalion »  au printemps 1912.  La pièce  fut jouée la première fois en 1913 en allemand, en Autriche, avant d’atteindre les feux de la rampe à  Londres un an plus tard. Mais, toute sa vie, jusqu’en 1950, date de sa mort,  Georges Bernard Shaw refusa que l’on adaptât sa pièce « Pygmalion » en opérette, repoussa  tout essai d’adaptation cinématographique, hormis  celle de 1938 avec Gabriel Pascal, où il conserva une supervision constante de l’adaptation. Penguin is Penguin (books) of course, le texte c’est le texte ! Librement inspiré du mythe grec de Pygmalion et de Galatée (popularisé par le poète romain Ovide dans ses Métamorphoses), « Pygmalion » et  « My fair Lady » partagent beaucoup de points communs avec la satire sociale de Shakespeare, « The Taming of the Shrew », dans laquelle un homme brutal apparemment (mais pas tout à fait) se mesure à  une femme à l’esprit libre. Si bien que Georges Bernard Shaw se disputa avec les metteurs en scène qui osèrent à maintes reprises  vouloir donner une fin romanesque à l’histoire en l’ouvrant  sur le mariage du Professeur Higgins et de sa protégée.

Foin des romances à deux balles

Si la jeune femme s’est construite grâce au professeur, l’admire sincèrement, et a vécu une relation unique avec lui,  elle est devenue une autre personne et s’affranchit totalement de son influence. Shaw tient en effet à dénoncer la société anglaise où les femmes se laissaient soumettre. Si les femmes de plus de 30 ans peuvent voter en Angleterre dès 1918, Il faut attendre la loi de 1928 qui donna le droit de vote aux femmes à 21 ans quel que soit leur état de fortune. Vote For Women! La mise en scène  n’a pas raté l’occasion de le souligner !

Les textes

Cette version bruxelloise francophone** de la comédie musicale est fidèle aux textes et à l’époque. Quel bonheur ! La libre traduction de Stéphane Laporte est d’une grande  saveur et d’une belle empathie littéraire. La musicalité de la langue anglaise a trouvé des échos francophones pleins de charme et de vivacité.   Cette adaptation soignée sous la direction d’Olivier Moerens  donne une performance remarquablement aiguisée du flegme anglais, incarné par le très rusé professeur Henry Higgins dont l’excellent Frank Vincent  tire une interprétation très juste.  Le personnage  est  archi plein de lui-même, archi fier de sa condition de « vieux célibataire confirmé »,  psychologiquement  à côté de ses satanées pantoufles en matière de sentiments, inconscient du mal qu’il fait, mais étrangement sympathique. 

Sous les étoiles

 L’humour pétille sous les étoiles dans la cour du château du Karreveld. Les petites gens sont aussi bien campées dans le verbe, que les habitués d’Ascott.  Décernons aussi  de multiples  médailles pour les fabuleux costumes signés Béatrice Guilleaume et la scénographie de Francesco Deleo, les divines coiffures d’Olivier Amerlinck,  les maquillages et perruques de Véronique Lacroix. Aux chorégraphies Kylian Campbell, aux lumières Laurent Kaye.  A la direction musicale de l’orchestre, des solistes et des chœurs, la pétulante  Laure Campion assistée parJulie Delbart. L’image est retransmise sur des écrans discrets pour ceux qui s’intéressent à la magie de la baguette.  Un orchestre live de 12 musiciens   joue en effet dans la Chapelle du Château, respect aux instruments… mais  ils viendront  saluer le public qui trépigne de bonheur.

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Les voix

La vigoureuse gouvernante du Professeur Higgins, Mrs. Pearce,  a de l’ascendant. Elle  lui rappelle « qu’on ne ramasse pas une fille comme on ramasse un galet sur la plage !» Elle est une voix de la raison. Elle  représente la voix traditionnelle, maternelle, de la classe « inférieure ». Elle se rapproche rapidement d’Eliza qu’elle entend protéger…  Un rôle à la mesure de Laure Godisiabois au mieux de sa forme.

Mme Higgins, la mère du professeur représente aussi la voix de la raison. Elle est jouée par Jeanine Godinas, royale. Emouvante, et  sensible lorsqu’elle se prend d’amitié pour Eliza. Comme dans sa jeunesse, elle est féministe en  diable et finalement  insensible aux peines de cœur de son fils qui n’a toujours pas grandi malgré ses exploits linguistiques!

 La troisième voix de la raison est  bien sûr celle de  Mr. Pickering (François Langlois), subtilement paternel,  nanti de cette bienveillance qui lui fait traiter la bouquetière comme une duchesse, contrairement à son ami Henry Higgins !

Et puis il y a la voix du coeur, celle du « love at first sight », sublimement  «  love me tender ! » : Samuel Soulie dans le rôle de Freddy. Eliza succombera-t-elle ? Elle demande à voir…

Le rôle-titre

Eliza Doolittle,  affligée d’un parler populaire à couper au couteau, d’une phonétique branlante, d’une grammaire inexistante et d’un vocabulaire de charretier,  succombe à la promesse condescendante du rusé  linguiste, rêvant d’élévation sociale. Il   parie  que son entraînement intensif à la grammaire,  style et élocution transformeront Eliza en  objet désirable – l’œuvre dont il tombe en fait amoureux-  employable, une fois l’expérience réussie, pourquoi pas dans un magasin de fleurs avec pignon sur rue ? Mais le pari gagné, Eliza Doolittle se retrouve seule. Elle se rebiffe et s’en va en claquant la porte. Bel exemple d’expérience sociolinguistique réussie,  elle  est  dans une position délicate. Que va-t-elle devenir ? Comment subvenir à ses  besoins avec le genre de compétences qui lui ont été données ?  Elle est devenue « autre ».  Il n’y a pas que la main de l’homme qui fasse mûrir le fruit ! L’interprétation irréprochable de l’artiste française Marina Pangos est empreinte d’humanité profonde. Elle fait rire, elle fait pleurer, elle fait réfléchir, se poser des questions. Fera-t-elle fléchir la misogynie universelle ?  Ce rôle central est un catalyseur d’interrogations. Le maintien est celui d’une reine. Le jeu est sûr, la voix est belle, la métamorphose sublime, le résultat de la performance admirable : une force théâtrale et musicale surprenantes. Pourtant, à vrai dire, l’intrigue était finalement bien mince!

Mais pas que

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Le père de la jeune femme a aussi bien des choses à nous dire et à partager. La vis comica de l’éboueur  Doolittle (Daniel Hanssens) emporte par sa faconde et sa jovialité. Les petits ont autant d’arrangements que les grands bourgeois. A ses dépens,  le très philosophe Monsieur  Alfred Doolittle pleure la perte de sa liberté envolée, une fois contaminé par  l’argent  reçu d’un improbable héritage et dont il ne saurait se départir ! Le voilà obligé de vivre pour les autres au lieu de ne vivre que pour lui-même !   Mais malgré les coups de griffes à la bourgeoisie bien établie,  la bonne humeur reste. C'est le plus bel héritage de ce spectacle hors pairs, fable vivifiante et festive.

Dominique-Hélène Lemaire Arts et Lettres

crédit photos: Gregory Navarra

My Fair Lady

De Lerner & Loewe

MISE EN SCÈNE: JACK COOPER ET SIMON PACO – UNE COPRODUCTION DE BULLES PRODUCTION, COOPER PRODUCTION ET LA COMÉDIE DE BRUXELLES –
25 REPRÉSENTATIONS DU 11 JUILLET AU 7 SEPTEMBRE 2019


*Tous les bénéfices iront à Eurordis-Rare Diseases Europe et aux hôpitaux Brugmann et Bordet de Bruxelles.**On peut consulter  une version du texte néerlandophone sur écrans discrets.
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administrateur théâtres

C'est la 16ème édition les 14, 15 et 16 juin 2019  Voici le célèbre FESTIVAL DE LILLE PIANO (S)

 Envie de visiter Lille en juin? Cela prend seulement une demi-heure en train à partir de BRUXELLES-ma-Belle. Que diriez-vous d'un voyage à Lille pour découvrir le festival de piano le plus fantastique qu’il soit, et sa longue liste de festivités.

   

 Jean-Claude CASADESUS, en est l’illustre fondateur.  Ces rencontres musicales ont été  créées il y a 15 ans. Elles  sont  maintenant en pleine floraison, avec d'excellents interprètes et chefs d'orchestre invités! Et  Jean-Claude CASADESUS, au cœur de ce magnifique  festival, vous charmera  par des choix musicaux  très judicieux.  Chaque année au mois de juin, 3 jours sont consacrés exclusivement aux claviers sous toutes leurs formes: concerts symphoniques, récitals, sessions de jazz, masterclasses, improvisations, créations, spectacles combinant d'autres disciplines artistiques, animations musicales, rencontres d'artistes ... Prenez vos rendez-vous sur  le Lille Festival de piano (s)!

 

Une véritable odyssée musicale

 

A la mi-juin 2019, le FESTIVAL PIANO (S) LILLE fête donc  ses 15 ans avec l'Orchestre National de Lille. Un public éclectique appréciera une véritable odyssée musicale à travers  divers instruments autres que le piano : l'orgue, le clavecin, le clavicorde, le marimba, le vibraphone, le synthétiseur, l'accordéon et le bandonéon.  Tout commence pour le public  le vendredi 14, sera en plein feu le samedi 15 et se termine le dimanche 16 juin 2019 par un concert fantastique au Nouveau Siècle avec le grand Nelson Freire à la tête du second concerto emblématique de Brahms.

 

Depuis quinze ans, de nombreuses soirées de claviers investissent divers  lieux pittoresquesdans le vieux Lille : auditoriums, gare, musées, bibliothèques, discothèques, tout simplement la rue et même l’année dernière,  l’abbaye de Vaucelles à quelques kilomètres de là. Année après année, de très beaux profil musicaux  sont  sélectionnés avec soin et viennent  du monde entier. De jeunes talents confirmés en particulier.

Qualité, créativité, éclectisme et ouverture restent les maîtres mots.  Ce sont les valeurs qui sous-tendent ce  festival lumineux et rayonnant  en Haut-de-France depuis sa création.

Jean-Claude Casadesus nous parle des 15 ans du festival au micro de Diapasons  https://rcf.fr/culture/musique/diapasons

 Lieux

 

 Le Nouveau Siècle, est situé au cœur du centre-ville, avec de beaux hôtels et restaurants tout autour.  Cet  auditorium  moderne bénéficie d’une acoustique absolument magnifique. C'est la résidence de l'Orchestre National de Lille. Des lieux plus petits, tels que la salle du Québec, accueillent des manifestations plus intimes et de plus petits concerts.

Parmi les temps forts, épinglons: Vanessa Wagner et son dernier programme musical. Le journal Le Monde la décrit comme "la pianiste la plus agréable de sa génération". A  noter également: l'Orchestre de Picardie avec deux merveilleux concerts, l'un avec Franck Braley, notre vedette belge et trompettiste Romain Leleu. L'autre avec Adam Laloum. Pour la première fois dans la cathédrale de La Treille, trois concerts d'orgue seront organisés avec Thierry Escaich et Olivier Latry, ainsi que Ghislain Leroy, le maitre des lieux.

La gare Saint-Sauveur, le Conservatoire, le Palais des Beaux-Arts, ND de la Treille et l'abbaye de Vaucelles ouvrent donc  leurs portes pour organiser tous ces concerts, le tout à des tarifs très raisonnables. Il va sans dire que le prix modéré des billets est un réel atout   qui vise à   soutenir la culture musicale et élargir l’audience intéressée par la musique. On compte sur ces lieux plus insolites  et leurs acoustiques multiples pour toucher un nouveau public, de plus en plus large. Incidemment, cela  donne à chacun également une occasion de redéfinir sa propre approche, jeunes ou moins jeunes.

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Soit dit en passant, que Jean-Claude CASADESUS, fondateur de l'Orchestre National de Lille, a encore  repris la direction du festival - pour la toute dernière fois - a-t-il dit! Une apothéose  donc pour les multiples programmes  produits dans les divers lieux et les environs les plus attractifs de Lille.

Les programmes

Naturellement, les classiques passent en premier! Avec des noms très célèbres tels que : Nelson Freire, Pascal Amoyel, Lise de la Salle, Boris Giltburg, Denis Kozhukhin ... Mais aussi du Jazz! Avec Rhoda Scott et Jacky Terrasson, le samedi 16 juin au Nouveau Siècle, Salle Québec à 19h. Si vous souhaitez vous inscrire à de fantastiques improvisations avec Thomas Enco / Vassilena Serafimova  sur musiques de BACH,  c’est le samedi 16/06 à l'Abbaye de Vaucelles à 11h00.
Mais pourquoi ne pas aller profiter du Tango,  juste pour changer? Avec Astoria Tango, vendredi 15 juin, au  Nouveau Siècle, Salle Québec, 19h30.  Et encore? Pour les romantiques, le piano de Nicolas Stavy et l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt se concentreront  sur l’œuvre de Chopin. De manière plus moderne, Edouard Ferlet mettra la technologie au service de la virtuosité, dans le carnaval des animaux. Mais vous pouvez aussi choisir le quatuor Tana, qui  flirte avec  Brahms et des compositeurs contemporains.

Tout est ici : https://www.lillepianosfestival.fr/2019 

Dominique-Hélène Lemaire ( Arts et Lettres) 

Aussi Sur Branchés Culture:

https://www.facebook.com/LillePianosFestival/

 

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administrateur théâtres

« Anna Bolena »… Ou la somptueuse innocence condamnée par un crime prémédité !

Maxime Melnik, de Anna Bolena

Le samedi 20 avril, 20 heures à l’Opéra des Liège,  se tenait  la fabuleuse dernière de « Anna Bolena », le 29e opéra tragique de Donnizetti.  Brillance, effusions prémonitoires de tendresse,  amour de la liberté, le rideau se lève sur de véritables  ébats amoureux. Un lit royal, à Richmond ?  Les courtisans  piétinent  dans l’antichambre, ne perdant rien du spectacle.  Le cœur volage d’Henry VIII brûle d’un nouvel amour, celui de  Jane Seymour (Giovanna). Un grand malheur attend Anne,  la  reine  d’Angleterre. «  Ne te force pas à la joie, ta tristesse est aussi belle que ton sourire »  se plaint-elle à son fidèle page qui lui  chante sur fond de harpe les joies du premier amour.  Francesca Ascioti, frémissante, juvénile et passionnée interprète joyeusement ce jeune Smeton  si amoureux de la reine.  Celle-ci tient tendrement sur les genoux une petite fille sérieuse : la future Reine Elisabeth I en habits d’apparat dorés, comme ceux des peintures de cour où on la verra plus tard, auguste, souveraine et intouchable.  Anna est sensible aux paroles de Smeton, elle  aussi a eu un premier amour dont les cendres sont encore chaudes… mais, utilisées perfidement par le roi pour confondre la reine, elles enflammeront l’opéra jusqu’au  brasier  final où se consumera  la reine répudiée. Cet unique soir du 20 avril, c’est  Elaine Alvarez  qui, pleine de ressources et de talent  dramatique interprète avec un  feu inimaginable, cette femme au long développement psychologique, accusée d’adultère et de trahison et injustement condamnée à mort et dont  le poids de chaque mot  est émotion incandescente.

Dès les premières scènes, ironie du sort et de l’écriture,  Anne  conseille avec grande sagesse à sa rivale Giovanna de ne pas se laisser abuser par l’éclat du trône et se plaint de la solitude dans laquelle son époux la laisse. L’ardente Sofia Soloviy s’oppose avec fracas à la sagesse de la reine. A la mise en scène fabuleuse, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Liège Wallonie. Et oui toutes les voix sont à la hauteur du festival de costumes rutilants, créés par Fernand Ruiz. Sur le plateau, nous assistons à un défilé ininterrompu de brocards, de soieries, de coiffes, et riches manteaux, dans le palais d’Henry VIII lambrissé de chêne et éclairé par des lustres de Venise à couper le souffle. La scène dans la forêt dans un décor signé Gary McCann pour la première fois sur la scène liégeoise,  est tout aussi évocateur des munificences  des Tudors. Les lambris de chêne  de Richmond ont fait place à l’arbre vivant, le chêne majestueux sous lequel se rend l’imparfaite justice humaine,  sous lequel se réunissent   les  chasseurs princiers et leurs chiens assoiffés de sang… Lord Rochefort, le frère de la reine y rencontre Richard Percy (Riccardo), qu’Heny VIII (Enrico), sûr de la réussite de son complot a rappelé pour confondre celle-ci. Maxime Melnik qui possède  jovialité et élégance d’une voix de ténor lumineuse est le Lord.  Riccardo, l’amoureux pour l’éternité, avec un timbre convainquant au possible, vibrant d’émotion, et des postures irrésistibles,  qui résisterait ? C’est Celso Albelo, le puissant ténor espagnol qui a déjà incarné ce superbe rôle à Vienne et Santa Cruz. 

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 Enrico  a bien sûr  juré à Giovanna, sa nouvelle conquête,  qu’elle n’aura pas de rivale et déteste désormais Anna, cette reine incapable de procréer un héritier mâle ! … Insensée, dupée par l’ambition,  Giovanna rêve, comme Anna en son temps,   du trône et de la  renommée. Quelles vanités !  Anne, convoitait elle aussi  le trône d’Angleterre  elle aussi, lui avait offert  l’amour  en échange. Quelle erreur funeste! Donizetti souligne de toutes parts que l’ambition du pouvoir et des richesses n’apporte que couronnes d’épines…

L’amour a la parole sous les traits du charmant page et de Percy, le premier amour de la reine,  que  le roi  a fait revenir d’exil pour accuser son épouse d’adultère. La présence passionnée de Percy dans les appartements de la reine confirme les soupçons du roi.    Parole au page qui s’est saisit en cachette d’un portrait de la reine en pendentif : « Ne préfères-tu pas un amant qui t’adore qu’un mari cruel qui t’ignore ? » Nul besoin de juges pour Anna, le médaillon l’accuse déjà, c’est elle qui est volage ! Le  sort de la reine est scellé par le roi,  un doigt accusateur absolu. Un  Marko Mimica absolument maître de la situation, maniant le regard, la voix et les postures de façon impériale et inflexible. Est-il sorti vivant du tableau d’après Hans Holbein qui trône au font à gauche dans les salles du palais ?

Maxime Melnik, de Anna Bolena

Lorsque le chœur des femmes pénètre dans le parloir de la tour où est détenue Anne, elles s’exclament « Qui peut garder les yeux secs devant tant d’angoisse ? Et ne pas sentir son cœur se briser ? » Le public ressent la même chose. La reine souhaite  un instant revoir le château de sa naissance qui lui ferait oublier toutes ses épreuves… « Rends- moi un seul jour de notre amour… » La salle émue aux larmes par la vérité absolue  de son interprétation lâche des bravi passionnés. La dramaturgie  elle aussi, est cinglante de vérité. Sous les coups sourds de cloches fatidiques, Anne donne sa couronne à la très  jeune Elisabeth. Dans un long délire vocal  aux merveilleuses coloratures, elle a même pardonné à sa rivale, et prie que ce pardon lui accorde la miséricorde divine. Elaine Alvarez dans cet immense  rôle romantique, « Tu, mia rivale ! », a vraiment raflé tous les suffrages. 

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https://www.operaliege.be/spectacle/anna-bolena/ 

Une tragédie lyrique où vibrent à la fois l’histoire, l’amour, la trahison, la passion et la virtuosité vocale! Sous la baguette de Giampaolo Bisanti, dans une mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera, avec Olga Peretyatko, Elaine Alvarez, Sofia Soloviy, Celso Albelo, Marko Mimica, Francesca Ascioti, Luciano Montanaro et Maxime Melnik

Anna Bolena (Donizetti) du 9 au 20 avril  à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège 

LIVE WEB sur Culturebox  : le mercredi 17 avril à 20h30

 

Marquez sur vos tablettes, lee prochain rendez-vous à L’Opéra de Liège, où  d'autres merveilles  vous attendent :

« La Clemenza di Tito » de Mozart (15 mai - 24 mai 2019) 

«  I Puritani » de Vincenzo Bellini ( 16 juin - 28 juin 2019)

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administrateur théâtres

SPECTACLES 

Prenons un malin plaisir : la saison 18-19 au Public porte bien son nom : Corps et Âmes. Et de nom, il est beaucoup question au cours de cette pièce écrite par Anne Sylvain, dont le déchaînement dramatique ne peut laisser personne indifférent. La plume ardente et inventive d’Anne Sylvain pratique une véritable amplification poétique et dramatique de l’histoire d’« Elephant Man », qui n’aurait nécessité que deux comédiens en scène, Frederick Treves, le docteur et Joseph Merrick, la créature humaine particulièrement repoussante, utilisée à l’époque comme phénomène de foire et surnommée « Elephant man ».


Autour de cet être humain,  » I am not an animal, I am a human being » qui vécut sous le règne de la reine Victoria apparaît un quatuor de femmes hors pair. L’auteur fait appel aux grands formats de la scène féminine belge : Bénédicte Chabot, (Les filles aux mains jaunes, Les poissons vert pâle) pour Amélia, la prostituée ; Ariane Rousseau ( Le trio TIBIDI, « le rêve d’Ariane ou l’histoire d’un quatuor à cordes » avec le Qatuor ALFAMA) pour Ellen Terry l’actrice ; Jo Deseure (Tu te souviendras de moi) en Reine Victoria, enfin humaine. Anne Sylvain s’est réservé le privilège du rôle extraordinaire de l’infirmière, tout ce qu’il y a de plus rugueux et rébarbatif, à première vue. Il est clair qu’un regard strictement féminin, décliné en quatre approches différentes, toutes très vraisemblables, ajoute à l’histoire leur pesant d’or. La présence utile et esthétique de la musique de Pascal Charpentier fait le reste.

Un chef-d’œuvre. David Lynch avait porté à l’écran en 1980, sous les traits de John Hurt et d’Anthony Hopkins les mémoires du médecin britannique Frederick Treves intéressé pour ses recherches scientifiques par le célèbre cas de Joseph Merrick, un personnage affligé de difformités spectaculaires que d’aucuns n’hésitaient pas à confondre avec Jack l’éventreur.

Très finement, Anne Sylvain souligne d’emblée combien le nom d’une personne est important pour lui donner existence et dignité. Jusqu’à la fin de la pièce, le médecin s’avère incapable d’appeler son patient par son vrai prénom. Il tombe à tous les coups dans le « John » au lieu de Joseph. (John Doe, pendant de « Jane Doe » dans le monde anglo-saxon dénote quelqu’un d’anonyme ou qui a perdu son identité : NN Nomen Nescio, dans la culture latine.) Machin, quoi, ou …Chose!

Au début du spectacle, le chirurgien Itzik Elbaz, éblouissant et sincère, seul en scène, s’interroge et interroge le monde soulevant des questions essentielles. On ignore encore la présence de Joseph Merrick incarné par le tout aussi fabuleux Othmane Moumen. « Dans l’Angleterre victorienne », la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. Les miroirs se suivront et ne se ressembleront pas. Mais Anne Sylvain nous en tend des dizaines, histoire de nous faire réfléchir à coup de tirades percutantes bourrées d’humour aux grandes questions telles que la place de l’autre, le droit à la différence, l’eugénisme, les limites de la recherche, les apparences si trompeuses, la rumeur, la solitude du pouvoir, le colonialisme, l’appât du gain, la gloire … Et pourtant malgré le sérieux des questions abordées, on ne cesse de rire. Un rire homérique ? Certes non, Dieu nous garde de rire aux éclats comme les dieux dans le premier livre de l’Iliade en voyant la démarche boiteuse de Vulcain… Un rire de connivence, chaleureux et irrésistible, à cause du jeu irréprochable des comédiens et d’ un texte si bien écrit, une intrigue menée avec tant d’ élégance de cœur et d’esprit…Passons sous silence, les références à nos auteurs favoris, Hugo et Shakespeare, de délicieuses billes, pétillantes d’à-propos.

Ce sont très souvent les comportements de chaque personnage qui en disent plus que leurs discours. Ce décalage engendre un rire à la fois jouissif et immensément philosophique. Le personnage d’Elephant Man s’avère être lui-même le miroir de la conscience de chacun où n’existe plus que vérité sans faux-fuyants.


Anne Sylvain déploie son pamphlet très habilement. Si le médecin prétend vouloir comprendre la pathologie pour l’intérêt de la science, son jeu scénique, démontre tout le contraire, c’est son ego et son intérêt personnel qui sont principalement en jeu, même sous des dehors de bon samaritain. Anne Sylvain joue admirablement bien l’assistante, Eva Lückes, infirmière revêche au possible au début du spectacle, qui fera tout pour comprendre, non seulement la pathologie de Joseph, mais surtout son âme. En effet, à force de soins au patient interné à vie dans l’hôpital, elle crée avec lui une relation basée sur l’empathie, réprouvée par le médecin. Son rôle évolue de façon remarquable. C’est elle qui se plait à faire remarquer jusqu’au bout au bon docteur, qu’il se trompe de nom. 
Le dénonceur dénoncé : « Ton éthique est-elle plus honorable que la mienne, charlatan ? » Le médecin a toutes les apparences du beau rôle, c’est lui qui va sauver celui que tous montrent du doigt, il va l’accueillir, l’abriter, le nourrir. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il va lui aussi l’utiliser «  comme cobaye au profit des êtres sains » tout comme celui à qui il l’avait arraché, Mr. Norman le montreur de foire. Rôle joué avec une énergie de feu par Yves Classens . Il réclame à cor et à cris de récupérer son « outil de travail  », son « trésor » mais Joseph Merrick, ne sera pas dupe ! CarJoseph écoute et entend entend la musique du monde, il a un violon à la place du cœur.

Un spectacle qui a du corps et combien d’âme. En allant voir cette pièce au si beau texte, et si magnifiquement interprétée, on reçoit un talisman contre les injustices du monde, à moins que tout ne vienne de la statuette en bois de santal nommée Ganesch, protecteur des médecins, offerte par la Reine Victoria à son ami, Joseph Merrick dont le squelette a été conservé à L’hôpital de médecine de Londres depuis 1890, date de sa mort.

Dominique-Hélène Lemaire

Comédie dramatique

THE ELEPHANT MAN

De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain

Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste 
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Chandra Vellut
Assistante costumes : Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses : Bloody Mary’s
Maquillage : Patricia Timmermans 
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet
Construction du décor : Jani Afar 
Régie : Rémy Brans  

DU 09/05/19 AU 22/06/19

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administrateur théâtres

"Les Dieux veillent sur ceux qui leur ressemblent ..."

 

Mythe et intemporalité

Un empereur romain sous l'apparence d'un centaure, moitié dieu, moitié humain qui partagera son manteau avec un pauvre? Une atmosphère sombre qui conviendrait le mieux aux pièces de Maeterlinck  ou à d’autres poètes symboliques. Un enchantement de la nuit  de la Saint-Jean où tout est permis? Des créatures géantes effrayantes surgissant de grottes sombres  d’où affleurent  des gisements minéraux, où la passion consume à la fois humains et  animaux monstrueux. Le public est  emmené dans un lieu improbable et légendaire, une sorte d’utopie, un  Lucus romanus mysteriosus!  Rien de plus sacré en tous les cas, que le désir surréaliste de l'empereur de mettre en œuvre ses valeurs romaines fondamentales de respect, loyauté et compassion. Sa détermination à n'agir que pour le bien de la ville et à ne jamais vouloir régner par la terreur. Il s’oppose aux pires trahisons en accordant pardon et amnistie. Il est la grâce même. 

 Markus Suihkonen, de La Clemenza di Tito

La mise en scène décalée de « La Clemenza di Tito » de Mozart  par  Cécile Roussat et Julien Lubek à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège a  agi comme  un réveil en fanfare.  Néanmoins, le deuxième acte  réduit  la mise en scène fantasmagorique  à une roche centrale mobile  le tout baignant dans des écailles luminescentes de tortues. «  Et les écailles lui tombèrent des yeux » Une référence à la conversion de saint Paul ? L’atmosphère poétique et tragique se retrouve épurée dans un mélange poignant. Thomas Rösner, le chef d'orchestre est à l'écoute des metteurs en scène créatifs, il cisèle des nuances romantiques  sur le  conte épique mozartien. Pierre Iodice, chef de chœur liégeois toujours inspiré et talentueux, a préparé le chœur. Ils sont tous de noir vêtus, pour  se glisser  discrètement et chanter derrière les musiciens dans la fosse. Question de nous replonger dans l’époque où l’on vit ?

Markus Suihkonen, de La Clemenza di Tito

 Côté noir, le cauchemar  enchaîne  la jalousie,  la soif de mariage et de pouvoir, le tout entre les mains de Vitellia. - La rédemption viendra avec le remords. - Elle est jalouse du mariage imminent de Tito avec Bérénice, reine de Judée. Elle convoite le trône, mais est aimée de l’inoffensif Sesto, le frère de Servilia, une fille romaine que Tito choisit d’épouser  pour  contenter son peuple. Cependant,  la loyale Servilia rejette la proposition impériale car elle est  sincèrement  amoureuse d’Annio, le confident de Sesto.  Bien sûr, Tito valorise la vérité avant les flatteries et  bénit  Annio et Servilia. Pendant ce temps, Vitellia n'a pas  compris le changement de cap de l’empereur et ne rêve que de le faire assassiner. Elle enjoint à Sesto de commettre l’acte fatal sans se soucier des sentiments qu’il éprouve pour son ami, mais il le fera pour lui plaire !  La révolte gronde, le Capitole brûle, Sesto croit avoir commis le meurtre irréparable, mais l'homme qu'il a poignardé n'est pas l'empereur. Sesto est arrêté. Et enfin, lorsque Vitellia se rend compte que Sesto ne l’a pas trahie lors de ses interrogatoires, elle éprouve du remords. Elle ne peut plus supporter l’idée de devenir l'épouse de l'empereur et  révèle son rôle dans le complot. Tito est déçu une nouvelle fois par la trahison mais décide de ne pas être envahi par la colère et pardonne à tout le monde, réaffirmant son désir d'agir pour le bien de la ville. Dans ce précieux  opéra  si édifiant, Tito devient le modèle même de la bonne gouvernance, un statut  rêvé et inventé par Mozart.

 Une imagination débordante

Le duo de la mise en scène Roussat-Lubek a  transformé  la cruelle Vitellia en une figure de lionne diabolique toute vêtue de rouge,   surmontée d’une perruque abracadabrante qu’elle démêle seulement lorsqu'elle se rend compte à quel point elle a été destructrice. Sesto, emprunte des cornes de bélier pour faire … le  mouton. Servilia est une fragile princesse de conte de fées vêtue d’une  robe  de mariée Art Nouveau suivie d’une rivière sans fin  de voiles scintillants. Annius est devenu un ange blanc chatoyant, à moitié ailé qui nous rappelle soit le monde de la Renaissance, soit celui de Jean Cocteau. Publius, le chef de la garde prétorienne, est devenu une créature verdâtre avec d'immenses mains squelettiques rappelant des personnages cauchemardesques d'Andersen ou de Tolkien. ... ou le puissant personnage du Temps dans "L’Oiseau Bleu" de Maeterlinck et les aiguilles du temps? Les gestes de mains de tous les personnages sont spécialement parlants et sont  axés sur le pouvoir de la communication, y compris quelques tendres invitations bouleversantes faites par un jeune enfant  à Tito.  Ce contact, un souvenir lointain  du  geste de Dieu vers l’Homme dans la Chapelle Sixtine? Quoi qu'il en soit, la célébration du corps humain culmine à merveille, quand une bande d’acrobates extraordinairement doués  à la corde ou au cerceau, semble tomber du ciel. On peut dire qu’ils connaissent les ficelles du métier. Leur intervention  silencieuse met constamment en évidence des messages importants. En quelque sorte,  ils encerclent font  circuler l'énergie du texte. En quelque sorte, ces  êtres extraordinaires sont devenus partie intégrante  du corps de la musique et révèlent en chair et en os tout ce qu’il  a  d'humanité nue. Une mention spéciale doit également être faite  pour le travail des lumières qui  abreuvent  tout mouvement de la scène.  Signé Roussat-Lubek, une fois de plus.   

Markus Suihkonen, de La Clemenza di Tito

Une musique enivrante

Mais bien sûr, ce sont les nombreuses belles arias mozartiennes qui retiennent toute notre attention. La basse finlandaise Markus Sihkonen  ponctue les mouvements du destin. L'ensemble de l'opéra semble  constamment  émerger  des ténèbres (avec les premières notes de Vitellia si proches de la voix parlée, chantée par Patrizia Ciofi) et se diriger progressivement vers une fin  lumineuse célébrant le pardon inconditionnel. La discussion animée du deuxième acte entre Sesto et Tito est particulièrement émouvante, de même que l'interprétation royale de Patrizia Ciofi  dans  le dernier revirement de conscience de Vitellia. Anna Bonitatibus est parfaite en tant que Sesto vivant et très humain. Une voix chaude, qui n'est plus du tout celle d’un mouton mais un amant passionné, partagé entre son amitié et son amour. Tantôt exaltée, tantôt abattue, sa voix puissante prend son essor et claironne et  plane comme un aigle à large envergure! Et Cecilia Montanari  incarne un Annio  aérien et voltigeant. Ceci dit, notre interprétation préférée est celle de style typiquement italien  de l'élégant Leonardo Cortellazzi, qui développe le rôle principal de Tito avec une splendeur tranquille et atteint une  puissance presque  transcendantale. "Les Dieux veillent  sur ceux qui leur ressemblent ..."   

Dominique-Hélène Lemaire

Opéra Royal de Wallonie-Liège

 15 mai >  24 mai 2019

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administrateur théâtres

Les mystères de la diplomatie

LE CHEVALIER D’ÉON

Du jeudi 25 avril 2019 au samedi 25 mai 2019 au théâtre du Parc à Bruxelles

Il ou elle ? Avec «  Le Chevalier d’Eon » Thierry Debroux revisite l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du XVIIIème siècle. Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Thimothée d’Éon de Beaumont, dit le Chevalier d’Éon fut successivement docteur en droit, avocat au Parlement de Paris, secrétaire de l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, capitaine des Dragons, agent secret, chevalier de Saint Louis et ministre plénipotentiaire à Londres. En même temps, il fut considéré comme l’une des plus belles femmes du XVIIIème siècle… Homme ou femme, celui qui fut l’une des plus fines lames de son temps a préservé l’ambiguïté jusqu’à son dernier souffle. Revisitant avec jubilation la comédie de cape et d’épée, Thierry Debroux nous entraîne dans la France et la Russie du XVIIIème siècle ». Saison 2005-2006 au théâtre le Méridien, théâtre d’émotions, hélas disparu depuis 2012.

Revoici  notre chevalier, au Parc, en James Bond dégenré,  affublé de jupons lors de ses missions d’espionnage, sous le nom de Lia de Beaumont. A la manière d’un phénix et dirigé avec virtuosité, par Daphné D’heur il reprend du métier, et quel métier! Celui de nous ravir et de nous promener à travers l’Europe du XVIIIe, Anne Guilleray, préposée à la création des costumes, faisant  merveille. Les hauts maquillages sont signés Urteza Da Fonseca. Et le chevalier ? Quel est son vrai nom à la ville? Julien Besure. Tout juste trente ans et l’an dernier, Octave dans les fourberies de Scapin, sur les mêmes planches. Jim Hamwkins dans l’Île au trésor, en 2016. A part le surf, le ski et le snowboard, il est passé maître en escrime, sous la conduite de son  fracassant maître d’armes…Jacques Capelle.  Mais aussi bretteur vocal sidérant et attrape-coeurs  aussi volatile qu’Arsène Lupin. 

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Son histoire  campe une période de guerre mondiale très noire,  pudiquement dénommée de guerre de sept ans (1756-1763) se déroulant simultanément sur plusieurs continents.  Elle opposait deux blocs franchement ennemis, tous deux  en route pour la conquête du monde : l’Angleterre et son empire colonial alliée à  Frédéric II de  Prusse contre la France et l’Autriche, leurs alliés et empires coloniaux.  A qui la Russie tendrait-elle la main? L’empire britannique sort vainqueur, régnant sur toutes les mers du monde,  la Prusse s’affirme au sein de l’espace germanique. La France perd définitivement la bataille de la culture française, versus la culture anglo-saxonne.  Le texte met en relief les machinations politiques, les questions d’intérêt, la place congrue du cœur dans la sphère politique.

– La légende raconte que, déguisé en femme lors d’un bal, Le chevalier d’Eon  aurait subjugué Louis XV. Recruté dans les services secrets du roi, il est envoyé comme espion à la cour de Russie. La mission qui lui est confiée est délicate puisqu’il il doit gagner la confiance de la tsarine Elisabeth afin de conclure un traité d’alliance pour rétablir les relations diplomatiques entre la France et la Russie, ce qu’il réussit avec brio sous les traits de Lia de Beaumont. 


Côté hommes,  Daphné D’Heur ne manque pas de comédiens d’excellence. Les voilà tous rassemblés. avec un Maroine Amini superlatif dans le rôle de Lubin, le fidèle valet vif argent du chevalier qui mêne grand train, une histoire d’amour ancillaire avec sa Nanette (Laurie Degand) , époustouflante de vivacité et de répartie tant vocale que physique. Sir Douglass, en tenue écossaise,  qui représente la perfide Albion, cache admirablement son jeu … ou pas, C’est Anthony Molina-Diaz, une autre grande pointure des planches du Parc.  Didier Colfs se partage avec autant de bonheur entre le très envieux Duc de Nivernais et Le Prince russe Narychkine. L’autre vilain, c’est le Chancelier Bestouchev (Nicolas Janssens), un concentré d’arrivisme et de manipulation, flanqué de notre Fabian Finkels, campant des vice-chancelier Voronstov et Ministre Lebel presque Felliniens. Habiles jeux de masques et d’éventails meurtriers, les chassés-croisés se succèdent dans un rythme échevelé, à la manière du vaudeville haut de gamme, Georges Lini es-tu là ? Les scènes comiques et jubilatoires sont au rendez-vous.  Le plateau tournant  trilobé explose les  portes qui claquent, et le décor très frugal se  contente d’à peine quelques médaillons évocateurs. Tout est dans l’énergie bondissante des  acrobaties amoureuses et politiques.


Côté femmes, des perles rares. Une comtesse de Rochefort exquise, une grande dame, intelligente de cœur et d’esprit, notre préférée? Elle incarne à la fois le badinage de Marivaux et la sagesse de la vie qui sait savoure ce qui lui est donné, et rit de bon cœur du reste, tout en délicatesse. « C’est le genre de femme qui ne passe pas inaperçue en public. Longiligne, port altier, chevelure noir jais encadrant un visage au teint d’albâtre, aux traits fins et réguliers, d’où se détachent deux immenses yeux incandescents. » écrivait à son propos Philip Tirard, en 2005.  Ajoutons, des pommettes fabuleuses à faire craquer les amants… Toute jeune, elle a parcouru la planète avec des parents d’origine italienne, les Abruzzes.  Remarquée par sa prof de français à Hong Kong,  elle s’inscrit  par amour du théâtre au Conservatoire de Mons au retour en Europe. Toujours pas trouvé ? Il s’agit de Laurence d’Amélio, autant jeune première que tragédienne.


Petra Urbanyi, princesse hongroise de caractère ? Oui pour le caractère, non pour la Hongrie.  Elle joue Sophie-Charlotte de Mecklembourg, princesse de Saxe qui piétine de rage, féministe jusqu’au bout des cheveux, refuse qu’on la marie avec Georges III le roi d’Angleterre surnommé le roi fou, mais deviendra tout de même la grand-mère de la reine Victoria ! Un jeu surexcité d’ado rebelle et de jeune femme rêvant d’amour véritable, très marrie d’être convoitée plus comme objet politique que comme roseau pensant.L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout


Et la palme, si palme il y a, revient à la tsarine Elisabeth Petrovna, admirablement présente et déclinée par Perrine Delers, un monument théâtral, une prestance éclatante, une allure incomparable. Elle a tout : la voix, les humeurs, le maintien, la noblesse,  le prestige, l’autorité. On se souvient de son rôle de voisine écrasante dans le 1984 d’Orwell, la métamorphose en tsarine ne fait qu’amplifier  son  port royal et  son ascendant dévorant.

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Rien que des éloges donc,  pour cette pièce où le rire est roi et le plaisir souverain, où roulent les tribulations, les ballets XVIIIe, les noms prestigieux,  les supercheries politiques et les jeux du pouvoir intenses pendant que le monde entier se trouve  rassasié de guerres incendiaires et dévastatrices. Sept jours, sept ans, le chiffre biblique de l’éternité jeté en pâture à la violence humaine.

Dominique-Hélène Lemaire    Pour Arts et Lettres

Crédit photos : ZVONOCK

Réservations: 
via le site ou par téléphone au 02 505 30 30 – du mardi au vendredi  – ouvert de 12h à 19h.

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administrateur théâtres

Théâtre: Peut-on rire de l’indicible?

Mein Kampf (farce) à la Clarencière (Bruxelles)

Le contexte

Tout récemment, le  New York Times a évoqué que le journal Tylko Polska (Only Poland) avait publié un article intitulé «Comment repérer un juif» au mois de janvier 2019.

En France, malgré la polémique, et la montée de l’antisémitisme,  les éditions Fayard  annonçaient  en 2015 qu’elles publieraient une réédition du livre en 2016, du fait qu’il tombait officiellement dans le domaine public.

En mars dernier, le manifeste politique d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », interdit dans de nombreux pays, a été mis en scène au Powszechny Theater à Varsovie. Le metteur en scène Jakub Skrzywanek voulait montrer que le langage utilisé par les hommes politiques  et  par tout le monde en Pologne, est pire que celui d’Hitler.

L’œuvre poétique de Georges Tabori « Mein Kampf (farce) » créé en anglais,  à Vienne en 1987 est très rarement jouée et se voit exhumée cette année par un groupe théâtral liégeois, Les Anges Hantés . Jorge Lavelli a créé la version française en 1993. A ce propos, Agathe Alexis (Festival d’Avignon, Comédie de Béthune, Théâtre du Rond Point, tournées en France, Suisse et Belgique) nous donne  son  éclairage. Elle  considère que c’est l’une des plus grandes tragi-comédies du vingtième siècle.  « Lorsque j’ai lu la pièce pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à cette phrase de Pouchkine : « Le rire, la pitié et la terreur sont les trois cordes de notre imagination que fait vibrer le sortilège dramatique ». Ce texte réunit, en effet, tous les « ingrédients » propres à susciter la magie d’un théâtre qui prend la réalité à bras le corps et secoue – émotionnellement et intellectuellement – le spectateur en l’entraînant sur des chemins à la fois scabreux et lumineux, sans pour autant le désenchanter, c’est-à-dire sans lui faire renoncer à sa propre humanité. « Mein Kampf (farce) » évoque pour moi les grands mystères du Moyen-Âge, avec ses figures : Dieu (le cuisinier Lobkowitz), la Mort (Madame Lamort), la Jeune Fille Vierge (Gretchen), le Méchant, odieux prédateur possédé par le mal absolu ou l’absolu du mal (Hitler) et le Vieil Homme (Shlomo Herzl), qui recherche la sagesse et veut écrire un livre qui s’appellerait « Mon combat » mais dont il n’a écrit que la dernière phrase : « Et ils vécurent éternellement heureux » – admirable image de l’indéracinable utopie qui habite le cœur de l’homme. » Oui inconditionnel à la vie. Quel être, déchu de toute humanité, pourrait écrire l’indicible ? Celui qui fait un pacte avec La Mort.

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La pièce

D’après Georges Tabori, jouée au théâtre de la Clarencière à Bruxelles, et en partance pour le festival d’Avignon 2019, voici l’œuvre interprétée par un quatuor de comédiens belges : Kim Langlois, Dominique Jacques, Guillaume Martin et Benoît Servotte.

 Ils sont rompus à l’exercice, débordants d’énergie, menant un combat désespéré contre le mal personnifié, brandissant le rire et la dérision comme doigts d’honneur. C’est beau la mise en scène polyphonique, mais un regard extérieur aurait sans doute mis un peu d’ordre dans le panier. Le spectateur est un peu perdu dans l’articulation dérisoire de la pièce, une façon sans doute de le faire entrer dans la folie. L’homme, serviteur de Dieu, est  le fleuron de la création : nézer habéria, l’exception parmi tous les êtres créés. Le dernier créé mais le premier responsable. Il est responsable de sa poule en cage, préfiguration de l’holocauste à venir ? Rira-t-on? Faut-il brûler au troisième degré ? Le respect de la vie chez l’homme et chez l’animal – le « tu ne tueras point » est  inscrit sur le visage du prochain.

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Mais Dieu a quitté les lieux, horrifié de ce qui va suivre? Fatigué de la lenteur d’écriture de son valet. Soit dit en passant, hasard ou non d’écriture,  le personnage se nomme Herzl, un personnage  réel, qui, motivé par l’affaire Dreyfus en France,  fut le fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897, il est l’auteur de Der Judenstaat – L’État des Juifs. Ce  Schmolo  se retrouve donc seul pour appliquer les commandements divins, offrir l’asile et essayer de sauver du mal,  le méchant visiteur  qui vient lui raconter ses rêves de peintre brisé, son attitude d’enfant gâté  au moi  surdimensionné, et la tentation absolue de la mort comme viatique du pouvoir. 

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La Mort, notre personnage préféré,  apparaît sous les traits de l’excellente interprète  Kim Langlois, fascinante, sans sa  faux, menaçante comme une déesse hindoue,   elle prend ses aises sur  une monture vivante qui rappelle l’attirail du Ku Klux Klan. Oui pour la blondeur trompeuse,  les faux-cils, la bouche noire, la voix puissante la diction parfaite et les intonations bien étudiées. Le rire macabre.   « Und dass hat die Lorelei getan ! ». Le tout s’achève, après un horrible détour par la cuisinière, dans la plus pure tradition de l’humour juif. Sauvés! Rire comme larrons en foire, seule échappatoire. "Ça va ? Oui,  répond-il, sauf quand je ris!"  

Kim Langlois, Dominique Jacques, 
Guillaume Martin et Benoît Servotte

Dominique-Hélène Lemaire, Arts et Lettres

 Le spectacle de juin: mail?url=http%3A%2F%2Fwww.laclarenciere.be%2FSAISON_2018_2019%2Fimages%2FAFFICHES%2FDON-QUICHOTTE_OK.jpg&t=1559329144&ymreqid=7e51cc8f-483b-71a0-1c69-450002013700&sig=c6iMMd2z32WyUTyk0ceeYg--~C

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L’attente de l’amante absente nous emmène en d’autres lieux, à d’autres moments que ceux de l'Espagne à la puissance déclinante, 
dans des pérégrinations et des anachronismes en harmonie avec l’inépuisable source de folies d' El Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha, dont l'auteur n’aurait certainement rien trouvé à redire à ce genre de procédé et se réjouirait, allez savoir, de voir ses protagonistes en rajouter dans leurs délires. 
L’évasion dans le rêve, pour se dérober à la réalité et aux contingences de notre existence terrestre, tenter de lui donner un sens, n’empêche pas des situations grotesques, triviales ou vulgaires, où l'eschatologie chevauche la scatologie.
L'égarement n'a rien de tragique. On s'amuse au contraire au spectacle. La folie nous conduit au génie, puisque celui-ci n'est jamais très loin de celle-là, à une saine réflexion sur notre société et la vanité de nos courses vers le pouvoir et la gloire, qui n'ont pas plus de sens que ses extravagances...
Un joli nom, Dulcinée. Ce n’est pas banal... On en parle beaucoup, mais peut-on dire que vous l’avez vue. Quatre fois, apparemment. 
Et peut-être s’en est-elle-même pas aperçue... elle nous la joue genre Arlésienne, votre Dulcinée. On l’espère, mais elle ne vient pas. 
C’est bien long, tout ce temps dans l’attente de l’amante absente de Sa Seigneurie errante…..



Tout public : Les mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 juin 2019 à 20h30

P.A.F. : 20 € - étudiant : 15 € - 

Je choisis mon fauteuil et je réserve en 1 clic :

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