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piano (77)

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La Chapelle Musicale en gala à Bozar

Concerts

Musical Chapel Gala à Bozar

11 Mars 2026. Quel programme splendide la Chapelle Musicale Reine Élisabeth nous a offert à Bozar pour son concert de Gala ! Un programme riche, intelligemment construit : une véritable dramaturgie du dialogue. À la baguette du Brussels Philharmonic, Christian Blex impose d’emblée une direction à la fois sensible et ardente.

Pour commencer, la fresque musicale In the South, op. 50 de Edward Elgar (1903). Un véritable poème symphonique condensé, où affleure une nostalgie lumineuse. Le souvenir d’une Antiquité harmonieuse, épargnée par les soubresauts du monde contemporain ?

L’entame est franchement belliqueuse, dressant un empire de dissonances. Les cuivres, nobles et éclatants, soutenus par les percussions, dominent d’abord le paysage sonore. Puis, soudain, la harpe et le triangle s’immiscent dans le fracas, esquissant les premières lignes d’un poème porté par des cordes délicates et des flûtes lascives. Mais le tumulte reprend, plus vif encore. Et tant mieux, s’il est la fureur de vivre !

La structure, solidement architecturée, repose sur l’alternance de vastes masses orchestrales et de moments d’une introspection raffinée, reliés par de subtiles transitions harmoniques. Et quelle victoire, lorsque les extrêmes finissent par se rejoindre dans une forme de sérénité : l’homme enfin réconcilié avec la Nature ?

Changement de climat avec l’art du double miroir : le Concerto pour deux pianos n° 10 en mi bémol majeur, K. 365 de Mozart. Toujours sous la direction inspirée de Christian Blexle  Brussels Philharmonic accompagne deux jeunes solistes complices, Nicolas Meeuwssen et Ethur Hinnewinkel.

Ici, tout est dialogue. Dès l’Allegro, les deux claviers s’entrelacent dans une écriture concertante où alternent imitation, complémentarité et jeux d’échos. L’orchestre devient une toile de fond vivante, encadrant et relançant ce duo d’une rare complicité. Les basses insufflent un rythme presque jazzy, tandis que les violons soyeux déposent un voile de légèreté sur l’ensemble.

L’élégante conversation se poursuit en un ballet de sonorités joyeuses. Tout respire le bonheur partagé. Les cadences, d’une extrême fluidité, semblent naître d’une même respiration. Dans l’Andante, moment suspendu, les deux pianistes ne font plus qu’un : limpidité troublante de l’écriture, pureté et élégance sublime des gestes. Puis le Rondeau final réintroduit une vivacité théâtrale pleine de spontanéité, mêlant virtuosité enjouée et souffle généreux de la jeunesse.

Impossible de ne pas songer à Maria Anna Mozart, la  sœur de Mozart, pour qui cette œuvre fut écrite : une musique du lien, de l’intimité, de la joie partagée, de l’amour de la musique. Le public, conquis, rayonne.

En guise de bis, suprême délicatesse : une transcription de Johann Sebastian Bach par György Kurtág. Miniature suspendue, comme un clin d’œil hors du temps.

Sans entracte, la soirée se prolonge dans une autre forme de magie avec le Concerto triple en ut majeur, op. 56 de Ludwig van Beethoven.

Œuvre singulière, presque inclassable : ni tout à fait concerto, ni véritable symphonie concertante, mais une utopie musicale où trois solistes dialoguent avec l’orchestre. Frank Braley au piano, entouré d’Angela Chan et Jonathan Swensen, forme un trio aussi brillant qu’engagé. Les artistes piaffent d’impatience.  

Dès l’Allegro, une hiérarchie subtile s’installe : le violoncelle, souvent initiateur, expose les thèmes avant d’être rejoint par ses partenaires. Cette distribution inhabituelle crée une texture sonore originale, presque chambriste au sein de l’orchestre.

Le Largo, bref mais d’une intensité rare, ouvre un espace méditatif avant le Rondo alla Polacca final. Ici, Beethoven s’amuse : danse noble, éclats de lumière, énergie jubilatoire. Qui oserait encore le dire grave ? Le trio étincelle, passant de l’humour à la passion, jusqu’à des sommets de lyrisme vertigineux.

Les longues arabesques, les arpèges fabuleux de Frank Braley au clavier entraînent l’écoute vers une forme d’élévation, tandis que les mélodies surgissent, légères, comme capturées au vol … des danses de papillons ?  Les humeurs changent, mais une évidence s’impose : la Joie triomphe. Et la foi en l’homme. C’est sublime. Ce trio est une bombe d’énergie au sein de l’orchestre qui l’accompagne avec splendeur. Il brille de mille feux, de l’humour à la passion en passant par un paroxysme de sentimentalité.Frank Braley a réalisé une mise en scène époustouflante avec ses deux partenaires. En applaudissant à tout rompre, on se retient de rire. C’était brillant au possible. Mais… Restons sérieux !

Quel que soit l’âge, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…

« On rentre encore aux cafés éclatants,

On demande des bocks ou de la limonade…

et les tilleuls verts de la promenade… »

…. Après un tel Gala, longtemps après, la poésie vous enveloppe encore! Car la grande musique n’est décidément pas une affaire vraiment sérieuse. Dès qu’on s’y abandonne, elle devient jeu, surprise, vertige. Et cette joie irrépressible qui nous saisit, au moment d’applaudir…le visage épanoui et le rire plein les yeux.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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Concerts

Eliso Virsaladze à la Ferme du Biéreau

À la Ferme du Biéreau : rencontre exceptionnelle avec une grande dame. On y va pour le programme, on en repart touché par l’artiste. Eliso Virsaladze, c’est le murmure souverain d’une légende.

Eliso Virsaladze est une artiste que les initiés vénèrent, que le grand public découvre parfois tardivement, presque par hasard – ce hasard dont on dit qu’il ne se trompe jamais !

Née à Tbilissi, en Géorgie, elle perpétue la grande tradition de l’école pianistique russe, héritière d’une lignée prestigieuse remontant à Heinrich Neuhaus. Formée notamment auprès de Yakov Zak, elle se distingue très tôt en remportant le Concours Schumann en 1966, après un passage remarqué au Concours Tchaïkovski.

Mais plus que les prix, c’est une esthétique qui la définit : refuser l’esbroufe, rechercher la vérité et la profondeur du son. Son jeu s’inscrit dans une filiation où la musique prime toujours sur l’ego du pianiste. On pense à Sviatoslav Richter, admirateur de ses interprétations.

Grande pédagogue, elle a formé plusieurs générations de pianistes au Conservatoire de Moscou, transmettant un art du piano fondé sur l’écoute intérieure, la rigueur et la sincérité.

Son répertoire de prédilection – Robert Schumann, Frédéric Chopin, Johannes Brahms – révèle une affinité profonde avec les mondes introspectifs, les architectures secrètes, les élans contenus.

Écouter Eliso Virsaladze, ce n’est pas assister à une performance.  C’est, loin de tout glamour, entrer dans une pensée musicale dense, habitée, en quête d’essentiel.

Lors de son récital à la Ferme du Biéreau, la grande dame du piano nous a ouvert les portes de ses secrets. Quel privilège ! Entrer dans un univers où chaque note semble naître d’un mystère. Le son explore l’intime et dévoile des terres inconnues.

Dès les premières mesures de Johann Sebastian Bach, dans la transcription de la cantate BWV 29, une architecture invisible prend forme. On a l’impression que les grandes orgues d’une cathédrale intérieure s’éveillent en nous. Puis vient le Largo de la sonate BWV 1005, transcrit par Camille Saint-Saëns : une confidence lente, une respiration suspendue. On imagine une marguerite qui s’effeuille sur le clavier, avec une infinie tendresse.

Avec Mozart, le ton change. La Sonate K.280 commence avec autorité, presque une certaine rudesse. Mais l’Adagio… ah, l’Adagio ! Il réconcilie, il apaise, il console. Les trilles deviennent soupirs, les accords se répondent comme des échos du cœur. Puis, soudain, le Presto démarre, joyeux, théâtral, dans une jubilation presque italienne, comme un clin d’œil à la Commedia dell’arte.

Vient alors Beethoven, lumineux, humain, presque espiègle. C’est inattendu. Derrière la majesté, on devine le jeu : des éclats de jeunesse, des fragments de vie. Le célèbre Rondo a capriccio op. 129 évoque une course effrénée, une énergie bondissante où les doigts effleurent à peine le clavier pour mieux s’envoler. Et quand même des effets de prestidigitation !

Mais le véritable cœur du concert bat dans la deuxième partie du récital : avec Chopin, lui que l’on attendait. Les Nocturnes deviennent des paysages intérieurs. Le Nocturne op. 27 n° 2 est immédiatement enlacé au premier. Il murmure plus qu’il ne chante. Pas de brillance de salon et des sonorités rutilantes. Eliso Virsaladze choisit l’ombre, la question, le frisson retenu. Elle sème des silences qui n’en sont pas vraiment. De ces silences naissent des rubans sonores, délicats, presque irréels.

Le charme opère. On plonge dans l’univers d’une artiste puissante, magicienne, presque prêtresse. Sa main droite caresse le temps, sa main gauche l’ancre dans une profondeur volcanique. Et soudain, la musique devient bain de beauté, traversée intime.

Les Mazurkas, elles, dansent autrement. Elles évoquent la terre, la mémoire, les jours heureux, les nostalgies secrètes. Tantôt légères, tendres ou vibrantes, elles dessinent des paysages bucoliques intemporels, des souvenirs d’un Âge d’or, baignés de lumière et de parfums d’été.

Puis, comme un éclat de rire final, la Valse brillante surgit, presque foudroyante. C’est ainsi que les grands sentiments se lancent face au monde. En bis, une Mazurka en la mineur,  nous est offerte, comme un dernier souffle.

Rien n’a été démonstratif. Tout a été essentiel. Dans une sobriété de gestes presque irréelle, Eliso Virsaladze s’efface, laissant la musique seule nous marquer. Lorsqu’elle quitte la scène, des fleurs à la main, sur la pointe des pieds, malgré les salves d’applaudissements, elle semble nous confier un secret : la vraie musique est transmission secrète, cadeau intime. Une communion dans la simplicité première. Primordial, comme le trésor de la main  tendue.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Du 3 au 10 mars 2026

-Un concert dans le cadre du Festival International Est-Ouest, pour sa 14e édition à la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve

-À l’affiche: des concerts de musique classique, des jeunes talents et des contes musicaux.

  • Lieu : Ferme du Biéreau, Ottignies-Louvain-la-Neuve.
  • Programme 2026 :
    • 3 et 4 mars : Lauréats du Concours Reine Elisabeth.
    • 5 mars : Quatuor d’Ukraine et de Russie par Musiques Nouvelles.
    • 7 mars : Récital d’Elisso Virsaladze.
    • 8 mars : Conte musical (Le roi qui n’aimait toujours pas la musique) et concert-lecture poétique.
    • 10 mars : Opéra Così fan tuttede Mozart (midzik & soir)

 

À la Ferme du Biéreau

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HUIT mars 2026 en fête

Concerts

Héroïnes et sortilèges, ou l’éclat féminin en musique au Dolce La Hulpe Brussels

Un dimanche au Dolce, sous le signe de la liberté et de l’émotion

Ce dimanche matin de mars, le Dolce La Hulpe Brussels a prêté sa magnifique salle de spectacle à trois musiciennes passionnées.  C’était le 8 mars 2026, journée internationale des droits des femmes, et trois jeunes artistes y célébraient l’arrivée du printemps en même temps que l’audace créative du féminin.

 Dans ce havre baigné du soleil de la forêt de Soignes, non loin du Château de la Hulpe, la musique s’est érigée en manifeste passionné pour la liberté d’être, de jouer, de créer, portée par l’énergie impertinente d’étoiles de la musique : Cécile Lastchenko, Elina Buksha et Julie Delbart. Un trio libre, complice, ardent.

La scène, ouverte sur de splendides images de la renaissance du printemps et de la vie sauvage brabançonne, a servi d’écrin à un concert où chaque note vibrait d’enthousiasme partagé. Dès les premiers accords, le public a perçu la force du message : la musique adoucit les mœurs, mais elle sait aussi illustrer les luttes.

 Les artistes ont cousu un programme à la fois délicat et fougueux, hommage vibrant à la création féminine, écho flamboyant à la célèbre phrase de Christine Delmotte : « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler. »  Oui, la magie des sortilèges flottait dans l’air, chaque œuvre choisie lançant un nouvel enchantement dans la salle. Cécile Lastchenko, mezzo-soprano à la voix saisissante, captive d’emblée. Sa présence scénique magnétique, son timbre lumineux, sa capacité à passer du sourire à la passion, font d’elle une conteuse autant qu’une interprète. Dans Bizet ou Viardot, elle incarne des héroïnes libres, indépendantes, pleines d’esprit, chaque chanson devenant confidence, chaque phrase, émotion. À ses côtés, Elina Buksha fait danser le feu sur les cordes de son violon. L’énergie, la concentration et l’audace de son jeu captivent. Dans la Romanza Andaluza de Sarasate, elle offre un voyage sensoriel vers le Sud, où la virtuosité côtoie la nostalgie et où la musique semble respirer les parfums d’Espagne.Son archet magnifique est incandescent. La violoniste   possède ce brûlant soleil au fond du cœur qui rappelle la passion de Jacques Brel pour l’inaccessible étoile. Julie Delbart, elle, transforme le piano en un cœur bondissant. Tantôt discrète, tantôt éclatante, elle insuffle au trio une pulsation poétique. Sous ses doigts, les Danses argentines de Ginastera prennent des allures telluriques, le clavier devient souffle, éclat ou caresse, et la complicité avec ses partenaires se lit dans chaque regard échangé. Le programme, véritable mosaïque d’émotions, plonge l’auditoire dans une Espagne de feu et de sensualité, où chaque pièce célèbre une forme de liberté sauvage.

Quel parcours plein de flammes !  L’air de Dulcinée dans Don Quichotte de Massenet  a lancé d’emblée une déclaration d’indépendance espiègle, puis surgit l’irrésistible Carmen, éternelle icône d’émancipation, avec « Près des remparts de Séville ». Elina Buksha irradie la salle de la Romanza Andaluza, concentré d’élégance et de nostalgie, avant que Pauline Viardot (née Garcia (1821-1910) ne s’invite avec ses tableaux espagnols. Madrid et Les Filles de Cadix, sont des éclats d’esprit et de panache. Madrid

Car c’est ma princesse Andalouse!
Mon amoureuse, ma jalouse
Ma belle veuve au long réseau!
C’est un vrai démon, c’est un ange!

Elle est jaune comme une orange
Elle est vive comme l’oiseau!

L’atmosphère se fait plus mystérieuse et poétique avec le Nocturne de Lili Boulanger, météore de la musique française, suspendant le temps dans une brume de rêve. Le public se laisse ensuite emporter par Les violons dans le soir et la Danse macabre de Saint-Saëns, la poésie du folklore espagnol chez De Falla, la fierté gitane, la sensualité, la mélancolie. Enfin, les Danses argentines de Ginastera font vibrer la salle d’une énergie inédite, sous les doigts inspirés de Julie Delbart. Et pour conclure ? La Bohémienne la plus célèbre de l’opéra s’impose naturellement: « Les  tringles des sistres tintaient… » et la célèbre Habanera de Carmen. L’amour est un oiseau qui n’a jamais connu de loi…

Ces trois musiciennes partagent plus que leur art. Chacune y va de son authenticité et ensemble, elles tissent une générosité rare. Ce concert était une ode à l’émancipation, à la créativité et à la passion, rappelant à chaque instant que la musique demeure l’une des plus puissantes forces de liberté. Le public, conquis, n’a pu qu’applaudir longuement, dans l’attente de prochains rendez-vous musicaux dans cette salle très accueillante où la magie, à nouveau, prendra vie.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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Concerts

Aimez-vous Brahms? Un trio à Rixensart

Depuis plusieurs saisons déjà, la Balade musicale de Rixensart fait rayonner la musique classique au cœur du Brabant wallon. Un rendez-vous devenu précieux pour les mélomanes : intime, chaleureux, exigeant. Partie intégrante d’une recherche. Au sens proustien? Et pourquoi pas!

La saison touche à sa fin… et quelle finale en perspective : le 19 mars, la 13e édition du festival refermera son écrin sonore avec une ultime soirée qui promet d’être aussi élégante qu’émouvante. Elle accueillera à l’Église St Sixte l’Orchestre de la Fondation Arthur Grumiaux sous la direction de Luc Dewez avec des artistes confirmés :  Pauline Van der Rest, violon ; Eugeniusz Wawrzyniak, orgue; Cécile Lastchenko, mezzo. Ce sera un ultime chapitre de cette belle et heureuse traversée musicale. Après une soirée qui s’annonce intense, nul doute que le public de Rixensart reviendra la saison prochaine, y rechercher encore et encore, ces moments privilégiés où la musique semble parler la langue de nos plus secrètes émotions.

Mais revenons un instant à l’extraordinaire soirée du 19 février dernier. Cette avant-dernière escale musicale avait des allures de constellation.

Trois compositeurs: Rachmaninov, Anton Arensky, et Brahms.

Trois interprètes: Valère Burnon, piano; Hawijch Elders, violon, Joao Pedro Gonçalves, violoncelle.

La violoniste Hawijch Elders déploie un violon lumineux et intensément expressif. Son archet respire avec la phrase musicale, tantôt fougueux, tantôt d’une tendresse presque murmurée. À ses côtés, le piano de Valère Burnon structure l’espace sonore avec une intelligence musicale impressionnante : tour à tour architecte et poète, il fait jaillir les couleurs du clavier avec naturel et profondeur. Quant au violoncelle de João Pedro Gonçalves, il apporte au trio cette voix chaude et profonde qui ancre la musique dans une humanité vibrante….

Et entre eux, tout l’esprit du romantisme, et ce miracle si rare en musique de chambre : une cohésion absolue alliée à une expression individuelle éclatante. Beau paradoxe, n’est-ce pas ! Dans ce trio affirmé, la musique est dialogue d’égal à égal : les voix se croisent, s’écoutent, se répondent. Quel souffle. Quelle énergie partagée dans une salle qui écoute ce trio plein de caractère et  savoure le plaisir des yeux et des oreilles.

Dans la première œuvre du programme , Le trio élégiaque N° 1 en sol de Rachmaninov, les retours du thème principal agissent comme un apaisement. Les légères frictions des archets du violon laissent au piano toute sa substance. Les sonorités enflent, crescendo. On dirait que l’humain s’accroche viscéralement à la vie… avant que ne sonne une sorte de glas…L’atmosphère se fait sombre, puis soudain lumineusement sereine. Et la salle d’exploser en applaudissements.

La seconde œuvre: Le trio N°1 en rémineur op.32 d’Anton Arensky déploie d’abord des arabesques joyeuses, presque comme dans les comptines enfantines. Mais très vite surgissent les questionnements de l’adolescence, ses bouillonnements et ses élans. Quelques phrases musicales glissent même vers un humour malicieux.

La violoniste expose d’abord les émotions. Le violoncelle les recueille. Le piano les déploie dans un jeu lumineux. La fougue devient intense, presque nostalgique. On pense alors à l’Ode to a Skylark, ce poème romantique anglais de Shelley,  où la joie pure, l’ivresse de vivre, frôlent la mélancolie.

Soudain le scherzo fait danser la musique, avec impertinence ,comme au carnaval. Puis surgissent des sonorités inattendues : une valse moqueuse, des accents espiègles, on pense à Gershwin. Mais l’émotion atteint son sommet dans l’Adagio, sortez vos mouchoirs. Le pianiste insiste sur un thème douloureux tandis que les cordes se font discrètes. Le violon reprend la ligne mélodique, puis le violoncelle la recueille avec une hésitation poignante. Et c’est lui qui aura le dernier mot. C’est de toute beauté.

La suite éclate comme un cri. Fracassant. Guerrier. Le violon devient presque paroxystique. Le trio semble se révolter.

Puis soudain s’ouvre un paysage bucolique, plein de grâce et de lumière. Le thème principal revient apaiser les tensions. Les dernières mesures respirent la joie retrouvée.

Après la pause voici le dernier trio: Le trio N° 1 en si majeur op.8 de Brahms.

La musique devient alors véritable storytelling. Tout commence par une berceuse douce, pleine de langueurs et d’amour. Peu à peu, cette douceur se transforme en profession de foi : une humanité qui ne se laisse pas abattre. Le thème initial revient alors, brûlant de confiance et de liberté.

Un instant suspendu. Peut-être la fameuse note bleue. Le mouvement suivant plonge dans une tendresse absolue. Les cordes semblent pleurer doucement tandis que le piano fait flamboyer des accords sombres. Le tempo se ralentit presque à l’extrême. La musique devient une lente construction de rêverie, ou d’une prière secrète.

Il y a vraiment de l’infini dans ce trio.

Puis vient le retour sur terre : un rythme syncopé exulte et peint une joie de vivre éclatante. L’élégance des artistes s’accorde à une vitalité presque aventurière. Éblouissant le final.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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Boris Giltburg revient à Flagey!

C’est Beau au carré, Boris Giltburg et Beethoven. C’est qu’il a présenté un cycle des sonates du compositeur dont on fêtera le bicentenaire en 2027. Lors de deux concerts d’une intensité rare, où l’audace rencontre …la grâce. Sa vision est toute personnelle, vivante et profondément sincère.

Jamais démonstrative, toujours pensée, nourrie d’une conversation intérieure intime avec le maître, son interprétation cisèle véritablement toutes les émotions.

Sa virtuosité est à la fois extraordinaire et immensément raffinée. Par l’âme et le corps le musicien sculpte chaque nuance, fait naître des éventails de timbres et de couleurs d’une beauté renversante. Et c’est à croire qu’ils se répandent presque librement sur son clavier. Là est la magie. Les registres se répondent, se fondent, s’illuminent avec immense naturel …tout comme les fameuses correspondances de Baudelaire.

 Devant : l’odeur du jour neuf. Ainsi naissent les mondes souterrains et insoupçonnés de Beethoven : une rage où tout brûle, des chapelets de drames, des joies rustiques, des épures où tout est lumière, la poésie où tout est suspendu. L’humain et le divin se côtoient dans l’harmonie et le temps se fige. Quelle architecture si purement romantique …. Et à la fois, totalement cérébrale.

À travers ce cycle, Giltburg souligne l’audace révolutionnaire des sonates de Beethoven qui traverse le classicisme pour ouvrir la porte au romantisme, bouleverser les formes, et inventer un nouveau langage. …Sacré ?

La saveur du bonheur. Le spectateur vit un perpétuel renouvellement de communion entre le compositeur et l’interprète. Quelle impressionnante trilogie ! Et quel miracle de la rencontre !

Hier soir, à Flagey, on ne les connaissait peut-être pas toutes, ces sonates… mais qu’importe.  Dans une salle tamisée comme tenue à la chandelle, le public écoute, souffle coupé, happé par une interprétation de ces qualités extrêmement rares. Le chant épique s’élève, la musique circule, respire, s’élève, telle une liturgie laïque, …à deux pas de Noël.

Lorsque retentissent les salves de joyeux applaudissements, Giltburg sourit, s’incline, offre un bis. Une simple offrande, humble et pudique. Rien de triomphal : juste l’âme nue de Beethoven, cette essence que Purcell célébrait déjà dans son Ode à Sainte Cécile, « la musique, fille du ciel ».

Avec ce projet titanesque, partagé sur deux soirées mémorables à Flagey, Boris Giltburg a offert une plongée au cœur d’un patrimoine que l’on croyait connaître et qu’il sut révéler sous un jour vraiment nouveau. Et, notre cher Wilhelm Kempf doit se réjouir, tout là-haut ! Qu’en pensez-vous ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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administrateur théâtres

Fugues et fougue en vogue à Rixensart

Le 25 septembre 2025, en l'Eglise Saint -Sixte, La 13e balade musicale de Rixensart a accueilli en ouverture de saison une jeunesse souriante, enthousiaste, galvanisée par sa complicité et son talent. «  Le talent, c’est l’intensité du désir» comme le dit Amélie Nothomb. Partant, une soirée exceptionnelle; de celles qui vous remontent le moral! Car des musiques sublimes rassemblent et conduisent à l’émerveillement.

 Donc, un jus musical de haute gamme et surtout, la présence de ce magnifique ensemble de cordes composé d’une bonne vingtaine de jeunes artistes: les « Young Belgian Strings» sous la direction d’un pétulant Dirk Van de Moortel. Créés en 2014 par ce très passionné Dirk Van de Moortel, Les Young Belgian Strings ne sout pas sans soutien, ils œuvrent sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine.

Leur rutilant orchestre à cordes est composé de jeunes talents, diplômés ou étudiants, issus de tous les Conservatoires et Hautes Écoles de Musique de Belgique. Des francophones et des néerlandophones unis dans un bel esprit d’harmonie culturelle! C’est pour les musiciens sélectionnés l'occasion de se rencontrer, d'échanger leurs expériences, de parfaire leur apprentissage, pour se produire sur les plus prestigieuses scènes internationales. Ce travail vient en complément de la formation musicale dans leurs institutions, ce qui leur permet de se préparer à une future carrière dans de grands orchestres mondiaux.

Les YBS démontrent à l’évidence, que la musique est un langage universel sans frontière linguistique ou autre. Quel exemple! Les musiciens, dont la limite d'âge est fixée à 30 ans, sont sélectionnés lors d'auditions devant jury et restent en général 3 ans dans l'orchestre, qui se renouvelle ainsi naturellement. Le parrain? Devinez! Le très noble Lorenzo Gatto. Who else? 

Ils ouvriront la soirée avec la 13e symphonie pour orchestre à cordes de Mendessohn. Ces premières symphonies furent écrites entre 1821 et 1823, alors qu'il avait entre douze et quatorze ans. Décidément la jeunesse est à l’honneur ce soir! Et il y aura 21 facettes à ce diamant musical ce soir, de la brillance, des scintillements millimétrés, une énergie créative qui procure un incroyable un baume de jouvence. Voilà pour ce bouquet de mimosa musical au parfum envoûtant, mais où donc trouver la rose?

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 Il y avait aussi, lors de ce fabuleux concert, la présence annoncée de cette jeune personne, Mahault Ska, pianiste belge virtuose, déjà couverte de lauriers en dépit de son jeune âge, une vraie Alice au pays des oreilles… Toute sagement vêtue d’une longue robe de châtelaine d’un rose délicat et brillant, elle enchante d'emblée de sa présence presque surnaturelle. D’un autre temps? Ses longues boucles châtain coiffées en tresses moyenâgeuses accompagnent de façon muette le rythme de la fresque musicale qu’elle va donner, tandis que la magie de ses longues mains vous prendra par le cœur.

Nous voilà transportés dans le romantisme absolu de l’immense Concerto pour piano op. 54 en la mineur de Robert Schumann. Parmi le public, les yeux se cherche tant l’émerveillement est palpable! Elle nous joue cette œuvre mythique avec une force inouïe, logée on ne sait comment dans ses minces et frêles bras de jeune fille. La voilà transformée en …Clara au clavier. Sa frappe est tantôt décidée et franche; délicate aussi et par moments, faisant naître d’amples vagues déferlantes. Les cordes frissonnent. Il y a ce dialogue soutenu avec le premier violon, des promenades dansées avec l’orchestre, des allers-retours entre passion et fougue et des parenthèses poétiques intimes pleines d’émotion.

Entre les mouvements, il a le silence profond et respectueux de l’assemblée muette d'admiration. Les violoncelles et contrebasse ont leurs moments de gloire, cela pulse entre les tendres soupirs et larmes des violons. Le piano souligne les motifs et console avec ses longues phrases mélodiques. Le plaisir craquant des pizzicati marque le retour de la joie. Au point que la pianiste elle aussi, semble faire rire son clavier. Elle ose des pointes de légèreté et d’humour avant le retour de la gravité tonique et entraînante de l’œuvre. Le final est un déluge d’émotion, de joie conquérante. C’est d’une virtuosité effarante, on a le souffle coupé. Triomphe, la jeune fille n’en peut plus de saluer,  et on ne cesse de  la rappeler. 

Elle livre en cadeau les Jeux d’eau de Debussy, une mosaïque de couleur, et des séquences fracassantes dans une maîtrise parfaite et le contrôle absolu. Des trilles fulgurantes alternent avec des éclats de douceur et tout l’orchestre, subjugué, écoute debout, le ruissellement des notes de la soliste. À nouveau une salve de saluts, et elle se rassoit, pour un dernier bis qui s’échappe de ses mains et de ses doigts avec une vivacité et une agilité absolument fascinantes.

 

 «Een zalig Asturias» dirait-on sur les ondes de Klara! Le piano a disparu, place après la pause à trois œuvres espagnoles, crépitantes de vie. En commençant par l’œuvre phare et pleine de charme d’Albéniz qui a bercé tant de générations. Dirk Van de Moortel dirige avec force de gestes vifs et musclés, et ci et là, il lance des indications de légèreté destinées, on pourrait le croire, à des danseuses imaginaires dans un coucher de soleil qui n’en finit pas.

 Dans les deux œuvres suivantes, c’est l’évasion et le peps dans le rythme brûlant de danses hispaniques d'outre Atlantique. Le chef ose le déhanchement, la castagnette veille, le flamenco enivre, le tango s’invite, la joie est solaire. La gestuelle de Dirk est intense et souple, presque féline. Elle allume un sourire ébloui dans ses yeux. Les talons s’échauffent. Le rythme gagne les mains du public. Fuga con Pajarillo de Matheo Romero et Danzon de Arturo Marquès, des vocables qui vous font déjà... 

...fuguer à l’autre bout du monde.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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ASBL Balade Musicale à Rixensart (BMR)

email : info@balademusicale-rixensart.be

Prochain concert?  NB.  les places s'envolent...

Le jeudi 23 octobre, 20:00 Au Centre Culturel, 38 Place Communale - 1332 Genval

reservation@balademusicale-rixensart.be

 

 

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administrateur théâtres

Andrei Irimia à l’Église Notre-Dame de Laeken : un pèlerinage sonore entre ombre et lumière

Le 22 septembre 2025, l’Église Notre-Dame de Laeken accueillera le retour à Bruxelles du pianiste et compositeur roumain Andrei Irimia, figure montante de la scène néoclassique européenne. Après un premier passage en 2024 qui avait séduit un public curieux et attentif, l’artiste propose aujourd’hui un nouveau chapitre de son itinéraire musical avec un concert intitulé Lights & Shadows. Pendant près de soixante-dix minutes sans entracte, l’auditeur est invité à se laisser guider dans un univers sonore qui marie la délicatesse du piano minimaliste, la profondeur des cordes et la subtilité des textures électroniques.

Une rébellion en douceur

Dans un monde saturé d’images, de bruit et d’agitation, Andrei Irimia choisit la voie de la retenue. Sa musique se déploie comme un espace intérieur, une respiration qui échappe aux classifications rapides. Elle est à la fois intime et universelle, puisant dans l’émotion personnelle pour créer des paysages où chacun peut se reconnaître. Cette « rébellion tranquille » contre le vacarme contemporain ne se manifeste pas par la rupture, mais par la recherche d’une beauté dépouillée, d’un équilibre fragile entre tension et apaisement.

Formé en Roumanie, Irimia a très tôt éprouvé le besoin de dépasser les frontières académiques de l’interprétation pianistique. Son langage se nourrit de la tradition classique tout en dialoguant avec les influences contemporaines, qu’il s’agisse de la musique minimaliste, des atmosphères électroniques ou de la sensibilité néoromantique. Il en résulte un style immédiatement reconnaissable, à la fois ancré dans une écriture raffinée et ouvert à l’improvisation poétique.

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Des paysages émotionnels

Le titre Lights & Shadows résume bien sa démarche : explorer les contrastes de l’âme humaine et mettre en lumière ce qui, d’ordinaire, reste enfoui. « La musique, explique-t-il, devient un instrument pour créer des paysages à partir des fragments de l’existence. Les véritables trésors ne se trouvent pas en surface, mais dans les espaces cachés que l’on découvre seulement par la contemplation. »

Sur scène, Andrei Irimia ne sera pas seul. Il partagera l’espace sonore avec deux complices de choix : le violoniste Răzvan Paun, dont la finesse de jeu illumine les lignes mélodiques, et le violoncelliste Thibault Solorzano, qui apporte à l’ensemble une profondeur chaleureuse. Ensemble, ils forment un trio où chaque timbre dialogue et se complète, créant une alchimie subtile entre l’épure du piano, la clarté du violon et la densité du violoncelle.

Une esthétique néoclassique contemporaine

Depuis une dizaine d’années, la mouvance néoclassique attire un public toujours plus large, en quête de musiques instrumentales capables de conjuguer émotion directe et sophistication formelle. Dans ce paysage, Andrei Irimia s’impose comme une voix singulière. Là où certains choisissent la répétition hypnotique ou l’effet atmosphérique, lui privilégie la construction narrative, chaque pièce étant conçue comme un itinéraire émotionnel.

Ses enregistrements récents – Anao Marva, Fragments ou encore son concert Berlin – Live témoignent de cette volonté de bâtir des œuvres qui sont moins des morceaux isolés que des fragments d’une fresque plus vaste. Son écriture, volontairement épurée, ménage des silences éloquents, comme autant d’espaces laissés à l’auditeur pour compléter l’expérience par sa propre intériorité.

Un lieu à la mesure de la musique

L’Église Notre-Dame de Laeken, chef-d’œuvre néogothique bruxellois, offre un cadre idéal à cette musique. La résonance naturelle de l’édifice sacré amplifie les harmoniques du piano et des cordes, créant un halo sonore propice à l’immersion. La solennité du lieu, associée à la densité poétique du programme, transforme le concert en véritable pèlerinage intérieur, où l’on quitte pour un instant le tumulte du quotidien.

Une invitation au voyage

En s’adressant à Bruxelles, ville cosmopolite par excellence, Andrei Irimia poursuit son ambition : toucher le plus grand nombre par la force de la musique instrumentale. Son parcours illustre la vitalité d’une génération d’artistes européens capables de réinventer les traditions et de bâtir des ponts entre les cultures. Lights & Shadows ne se contente pas d’être un concert : c’est une invitation au voyage intérieur, une expérience partagée où chacun est convié à découvrir les lumières et les ombres de sa propre sensibilité.  

crédit photo: https://andreiirimia.com/photos/

https://linktr.ee/andreiirimiamusic

 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 


Informations pratiques

  • Concert: Lights & Shadows

  • Artistes: Andrei Irimia (piano), Răzvan Paun (violon), Thibault Solorzano (violoncelle)

  • Date : 22 septembre 2025

  • Lieu : Église Notre-Dame de Laeken, Bruxelles 18H30! 

  • Durée : 70 minutes sans entracte

  • Liens & infos : www.andreiirimia.comEPK & médias

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administrateur théâtres

09 août 2025.  Avec Gluck, un invisible Victor Hugo, et Mozart réunis dans la même soirée, sans compter Schubert et Verdi, on a de quoi faire battre le cœur de n’importe quel mélomane. A night at the Opera?  Merci au maître de musique, Marc Grauwels de nous avoir concocté des rencontres musicales aussi foisonnantes et surprenantes lors du festival Classissimo.  

Silence religieux. Les Champs-Élysées de Gluck s’ouvrent sur un menuet: danse pure, aérienne, d’une flûte radieuse et de la pianiste qui l’accompagne. Chemise à fleurs (même stylisées) oblige, le flûtiste, Marc Grauwels en Gauguin de la musique, y fait flotter chaque note comme une respiration suspendue. La scène est à lui, il se balance comme roseau au vent. Comment séparer musique et danse?

Ensuite vient la plainte noble et poignante de Marie-Juliette Ghazarian, mezzo-soprano, en longue robe de soirée, vert forêt noire. Rien n’est égal à mon malheur, « J’ai perdu mon Eurydice » — un cri d’amour éperdu, soutenu par la sobre tendresse du piano de Marie Datcharry.

Aussi vêtue d’une longue robe vert pastoral, la soprano Marion Bauwens se drape dans Schubert: Der Hirt auf dem Felsen. Se déploie alors un dialogue à trois voix : soprano, clarinette et piano. La clarinette de Ronald Van Spaendonck, d’abord ombre discrète, se fait de plus en plus volubile, même, carrément dansante elle aussi. La pianiste se berce dans les accords insistants percutés avec régularité et vigueur. Un magnifique solo de la clarinette précède la joie du berger ,heureux de s’élancer vers le printemps … éternel! Quel regard sur l’infini dans les dernières notes printanières de  cette ravissante soprano!

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Et, surprise! Marc Grauwels, rompant le charme, annonce subitement une pause pour la voix! Les chanteuses ont disparu! Il explique qu’une flûte peut très bien imiter tout un orchestre ! En témoignent ces fameuses fantaisies brillantes, souvent jouées dans les salons au 19e siècle, surtout tellement prisées par ceux qui ne pouvaient pas se payer l’opéra! Ce sera un vrai défi de virtuosité et de précision pour qu’une flûte puisse imiter tout un orchestre et même une voix! Mais la maestria et l’humour font tout et le public aurait presqu’envie de … d’accompagner et de chanter La Traviata! Pendant l’exercice ! Magique, cette flûte traversière et bourrée d’esprit!

Après l’entracte, ce que les chanteuses vont faire est inouï! Nous faire imaginer un ins-tru-ment, car cette fois c’est la flûte qui est invisible!

Marion nous présente en effet  «  Une flûte invisible» ,œuvre de Camille Saint Saens pour voix, flûte et piano. Sur un poème de Victor Hugo. La soprano porte la tendresse d’un message d’amour invisible, la flûte en est l’écho invisible et mystérieux.

Une flûte invisible soupire,

Et, par instants, un chant léger

Semble, dans l’air qu’on croit respirer,

S’élever comme un vague sourire.

Ce doux charme qui vous attire

Vient-il de loin ou de si près ?

Est-ce une voix dans l’air discret,

Ou n’est-ce qu’un souffle qui expire ?

 Puis, c’est au tour de Marie-Juliette Ghazarian de flirter avec l’invisible. Sur le même poème, dans une amplification musicale d’ André Caplet, ce favori des jeunes pianistes… Le timbre est plus sombre, élégamment voilé, avec l’impression que la voix vient du lointain, comme  le parfum d’un souvenir.  

Ensuite, Marie-Juliette, toujours soutenue par la flûte traversière, bien présente celle-ci, et  la fidèle  pianiste ,enchaîne les cœurs avec « La flûte enchantée». Clin d'œil, c’est une mélodie pour voix et orchestre de Maurice Ravel sur des vers d'un artiste des années 1900, Tristan Klingsor

Enfin, le jeu des imitations instrumentales reprend. C’est au tour de la clarinette de tenter l’expérience de mimer la voix absente. Avec Louisa Miller, de Verdi.

Puis les deux compères, sans doute galvanisés par l’aventure, se piquent de remonter… Rigoletto! Rien de plus drôle cette Dona e mobile! Il y a de quoi se tordre de rire! On espère même que ce sera le Bis! Les instruments remplacent la voix lyrique. Sans paroles, mais avec phrasé et respiration, ils redonnent aux airs de Verdi toute leur vitalité dramatique. Marc Grauwels a même du taire les applaudissements pour se livrer à ce programme de haute voltige, toujours soutenu avec sourire par la fidèle Marie Datcharry au piano.

L’apothéose de la soirée? Un final Mozartien, l’accord parfait. Les deux chanteuses se réunissent en duo de sylphides en voiles verts, pour interpréter avec beaucoup d’allant deux joyaux de Mozart :  "Ah perdona al primo affetto" (La Clemenza di Tito) et "Via resti servita madama brillante" (Les Noces de Figaro)

Des dialogues vif-argent, bien joués, comme à l’opéra,  où voix et instruments se mêlent, comme pour sceller cette amitié musicale née sous la coupole du Théâtre Royal du Parc. Ce soir, Flûte et Voix se sont échangé leurs âmes devant un public à la fois médusé et heureux. Tantôt suppléantes, tantôt indissociables, elles racontaient la même vérité : que la musique est toujours une histoire d’amour.

@Festival Classissimo Du 07 au 13 août 2025

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

   

 

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administrateur théâtres

 

Sasha, sache qu'ici reste de toi comme une empreinte indélébile …

 

Le chagrin est incommensurable, mais la rencontre est inoubliable. A deux pas du rond-point de L’Etoile à Ixelles, tout en haut de l'immeuble ancien, dans un appartement d’artiste, voici parmi les amis d'Eliane Reyes, toute l’émotion d'un piano miroir, qui dit la peine immense d’une artiste frappée le 13 mai dernier par le décès brutal à 43 ans de l’homme de sa vie. Ce 13 mai, Sasha mourait dans la journée, des suites d'un choc septique foudroyant.

 

Nous sommes le 13 septembre 2023, deuxième journée mondiale consacrée à la septicémie, une inflammation généralisée de l'organisme par des toxines mortifères entraînant la nécrose des tissus. Cette maladie va causer la défaillance d'un organe vital qui faute de pouvoir être corrigée à temps, entraînera le décès. D’après l’OMS, 11 millions de personnes dans le monde, décéderaient chaque année d’une septicémie, soit 1 décès sur 5. En France, plus de 250 000 cas de sepsis sont recensés tous les ans, avec une mortalité de plus de 25%. À cause du vieillissement de la population, les cas pourraient doubler d’ici cinquante ans. On ne dispose pas actuellement de médicaments qui pourraient bloquer le développement irréversible des toxines.

 

Malgré le magnifique élan de solidarité qui imprègne cette soirée, les amis de la pianiste se sentent impuissants, démunis, révoltés devant cette brutale fatalité qui a ravi à la jeune famille la lumière de leur amour. Comme si le destin avait mis par mégarde un bémol à la tragédie, et pour garder à tout jamais le souvenir d'Aleksandr, pour transmettre son talent à ceux qui l'ont apprécié, écouté et pour tous ceux qui pourront le découvrir dans le futur, les derniers enregistrements de studio, de concerts, prestations de jeunesse ou récentes, … ont été remasterisés et édités sur un coffret sous le label Etcetera. L'album CD "Aleksander Khramouchin & Eliane Reyes - Music for Cello & piano" contient en effet leurs ultimes prestations ensemble, ...si providentiellement enregistrées. Le violoncelliste possède pleinement la sonorité poétique d'un instrument dont il a une maîtrise absolue. Sa brillante virtuosité renforce une expressivité généreuse, tantôt délicate, tantôt flamboyante, tout en transmettant à chaque instant, la profondeur et le mystère de l'émotion dans les moindres détails. 81 minutes 13 secondes de bonheur partagé.

 

 

En hommage, voix (Olga Kharchenko), piano (Eliane) et violoncelle s'unissent ce soir pour dire les souvenirs éternels, et pour souffler à tout jamais à la jeune Adèle Khramouchin, âgée seulement de18 mois, des mots d’amour et de tendresse pour deux. Les derniers feux du soleil couchant parlaient aussi pour lui ce soir-là. Sasha, le compagnon et le père adorés. Ils disaient le bonheur perdu, il chantaient le couple et l'immense tendresse du père et de sa fille.  La  création vidéo de Valentine Jongen a bouleversé les invités d'Eliane Reyes.

 

Si Vocalise op.3 no 34 de Rachmanivov est notre préféré, l'album débute avec la touchante iuntériorité des Fantasiestücke op.73 de Robert Schumann et se poursuit avec des oeuvres de Prokofjev, Eugène Ysaÿe, Michel Lysight, Gabriel Fauré, Claude Debussy et l'intense solennelité de la Sarabande suite no.3 en do majeur BWV1009 de Jean-Sébastien Bach. Le magnifique coffret se termine par "Le Cygne", pièce très émouvante de Camille Saint-Saëns. "After silence, that which comes nearest to expressing the inexpressible .. is Music." Aldous Huxley.

 

Musicien dans l'âme depuis sa plus tendre enfance, Aleksander Khramouchin ( Minsk 1979 - Bruxelles 2023) a débarqué en Belgique à l'âge de 13 ans en 1992, pour poursuivre ses études ses études au Conservatoire Royal d’Anvers. Il a été lauréat de nombreux concours internationaux et finaliste du XIIe Concours international Tchaïkovski de Moscou en 2002. Il s'est produit en concert et réalisé des enregistrements solo qui ont remporté de nombreux prix pour la radio et la télévision aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Chine, en Russie et dans toute l'Europe.

 

En soliste et en musique de chambre, Aleksandr Khramouchin s'est produit dans des salles de concert telles que Bozar ou La Monnaie à Bruxelles, à la Salle Gaveau de Paris, au Concertgebouw d'Amsterdam, à Francfort, Berlin et Cologne, au Rudolfinum de Prague, au Wigmore Hall à Londres et au Victoria Hall à Genève. Il va de soi, aussi  au Tchaïkovski Hall à Moscou. Très éclectique dans son répertoire, il a été premier violoncelle solo pour la Philarmonie de Luxembourg avec Emmanuel Krivine. Pendant 11 ans, il a été professeur de violoncelle à L'école internationale de Musica Mundi, une fabuleuse pépinière de jeunes talents internationaux, qui fêtait cette année ses 25 ans d'existence. Ce sont la violoncelliste Thaïs Defoort, ancienne élève d'Aleksandr Khramouchin, et le pianiste Simon Adda-Reyss  qui ont offert le bouleversant moment musical de cette soirée organisée par Elisabeth Jongen que nous remercions vivement. Sasha will be forever missed…

 

 

https://www.musicamundi.org/

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour Arts et Lettres

 

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administrateur théâtres

Concerts

Le jeune Brussels Philarmonic Orchestra débute sa saison au Conservatoire de Bruxelles

…In a nutshell, dit-on!  Sachez que le BPO n’est pas le BPO. On pourrait aisément  le confondre avec  l’ orchestre de la VRT, le Brussels Philarmonic –fondé par l’ INR  d’antan (l’Institut National de Radiodiffusion,  cela vous dit sûrement quelque chose …) en 1935, naguère sous le nom de Grand Orchestre Symphonique.   Il est dirigé actuellement  par le grand chef d’orchestre Stéphane Denève en résidence à Flagey.   Ceci n’est pas une pomme, on s’en doutait, juste des  noms similaires…avec des dates de naissances toute différentes.

 Le « Brussels Philharmonic Orchestra », créé lui à Bruxelles, au théâtre Saint- Michel en septembre  2002, poursuit le but louable  d’offrir aux diplômés des conservatoires l’occasion de mettre en pratique leurs  aptitudes musicales en faisant partie d’un grand  orchestre symphonique permanent et de  se lancer ainsi dans leur carrière musicale. Place aux jeunes donc. Place à des répertoires très éclectiques et ambitieux.  Le BPhO …appelons-le ainsi, puisqu’il y a une « h » dans leur adresse électronique,  développe des voies d’avenir. Il est devenu une  réalité confirmée dans la vie artistique de notre pays et à l’étranger.  Les musiciens se réunissent de façon intensive pour préparer les grandes œuvres du répertoire classique et d’autres plus modernes, avec une attention  particulière pour des compositeurs belges.

La vie est belge! Les musiciens du Brussels Philharmonic Orchestra proviennent de vingt-six pays et quatre continents mais avec une prédominance de la nationalité belge, originaire des trois régions et des deux communautés.  La musique au service de l’unité et de la paix.  Tous  sont portés par  le feu de  la musique, la joie du partage, la force des émotions et le souci de rassembler autour des différences. Contribuer ainsi au progrès social et culturel. Pour que le monde vive… au même diapason.

Peut être une image de une personne ou plus, personnes debout et intérieur

Les jeunes musiciens épaulés par des instrumentistes chevronnés  sont dirigés avec complicité par le chef  David Navarro Turres, né au Chili. Les organisateurs recherchent également à promouvoir des jeunes solistes belges, une belle occasion pour permettre  ce soir  au jeune  espagnol Andrés Navarro au  piano et Julie Gebhart, soprano,  de se produire  dans la magnifique grande salle du Conservatoire de  Bruxelles lors du très beau concert d’ouverture donné ce samedi 23 octobre 2021, cette fois avec une cinquantaine d’instrumentistes.


C’est  un  vent d’espoir partagé qui flottait ce soir dans la salle du Conservatoire. Une énergie magnifiquement partagée, une petite victoire, sur la pandémie qui nous accable.

Difficile aussi de faire  des choix dans le beau programme présenté. Pour commencer, dans  la Moverture  de Daniel Capelletti, c’est l’atmosphère insouciante et ludique qui prédomine, tout de suite rattrapée par la nostalgie, et des cascades de tendresse, Le premier thème réapparaît, comme une brise connue. La reprise sautillante s’engouffre  alors dans une apothéose de percussions.

 Au centre du programme il y a  le concerto pour piano No. 2 de  Camille Saint-Saëns.  Sostinuto ! Un début massif et puissant, et des contrastes de douceur malgré le sens aigu du drame. Des arabesques élégantes se disputent le souffle épique. Quel créateur, ce chef ! D’abord un peu tendu, le  jeune soliste, Andrés Navarro surveillé de près par-dessus l’ épaule du chef, se lance dans des arpèges de bonheur. Le jeune  a vaincu la peur, il joue avec des sonorités liquides et conclut avec panache. Le deuxième mouvement a des légèretés de ballerines, des jeux d’échos l’agilité des bonheurs bucoliques. Les cordes sont frottées comme autant de cigales. Clin d’œil solaire entre ce que l’on pourrait voir comme … un lien père et fils! La musique est filiation. Le troisième mouvement devient feu  musical ardent avec des  reflets spectaculaires, la frénésie de danses de sorcières ? Le jeune pianiste donne tout : la virtuosité, la maîtrise absolue,  et participe à un final fracassant. En bis ?  Un Granados introspectif… beau  et flûté comme l’ode à l’alouette,  du  poète romantique anglais Percy Bysshe Shelley. Ode to a Skylark. La musique transforme.


 Le Mahler dégage tout de suite une atmosphère de chasse au trésor. On y trouve une matière musical souple, des bois gracieux, des sonorités apaisantes des violons dansants. Et aussi de fracassantes ruptures, de profonds abîmes, et de l’illumination malgré l’horloge du temps qui rappelle la réalité. Notre humilité. Alors la confiance gronde dans le cœur, un fil d’Ariane guide le voyageur -spectateur. L’apparition de Julie Gehbard dans  une lourde jupe de brocart doré et son haut de danseuse ballerine, fait impression. Les cordes dessinent l’automne et son dénuement. La chanteuse se nourrit de la complainte vibrante des cuivre et des cordes en larmes dans une douceur de coucher de soleil. Assise, les mains jointes, le destin va–il frapper ? La vie va-t-elle fleurir ? L’orchestre miroite sous la baguette du chef. La souffrance se lève dans l’orchestre, une affliction grandissante et inexorable. Tuée par cette chose rare, restée tapie au fond de la boite de Pandore, nommée Espérance. Sommes-nous ces poupées pendues à un fil ? Fragiles mais vivantes. La harpe diffuse de l’encens, allume un cierge brillant. La dame s’est levée, elle semble s’adresser à la lune . L‘orchestre la berce lorsque son chant s’éteint. Applaudissements.  La joie de se retrouver dans ce lieu séculaire.

Dominique-Hélène Lemaire  Pour Arts et Lettres

Programme

Daniel Capelletti / Moverture
Camille Saint-Saëns / Piano concerto No. 2
Gustav Mahler / Symphony No.4 (chamber version by David Navarro-Turres)

 3 Prochaines dates:

+ A la Cathédrale le 17/11/2021

réservations: 

www.cathedralisbruxellensis.be

+Concert for Hope      27/11/2021

+  le 16/12/2021 20h00 Grande salle du Conservatoire Royal de Bruxelles

 Au programme :

The Night Before Christmas »  – Daniel Capelletti
« Double concerto Cinq canyons » – André Ristic
« Schéhérazade » – R. Korsakov


Simon DIRICQ – saxophone 
Charles MICHIELS – clarinette basse 
David NAVARRO-TURRES
, chef d ‘orchestre 

Réservations ici

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administrateur théâtres

Centenaire de Camille Saint-Saens à L'Aula Magna

SPECTACLES

A l’ombre de Saint-Saens

10/10. Au lendemain de l’anniversaire de la  naissance de Camille Saint Saens,  c’était rien moins que l’âme de  Camille qui  voletait ce soir du 10 octobre  2021 dans l’Aula Magna,  lors d’une splendide  fantaisie musicale et poétique  présentée  par l’Atelier Jean Vilar  et le Festival Musiq3 Brabant Wallon.  C’était  la dernière étape de la tournée  du  magnifique spectacle au programme des festivals de Wallonie :

« L’OMBRE DE SAINT-SAENS » 


  Le formidable Camille Saint Saens  a rendu son dernier souffle et ne veut pas quitter la vie intense et libre qu’il  a menée.  L’octogénaire  se rhabille une dernière fois et son âme,  ivre de musique et de désir, virevolte devant nos yeux  nous dévoilant ses derniers feux et ses dernières ardeurs.

  Le compositeur est ressuscité dans une  une mise en scène  simple et pleine d’adresse.  Elle est signée Sylvie Wilson et convie sur le plateau  poésie, rêve et créativité. Avec un lustre, deux cadres de peinture de grands maîtres et un fauteuil de cuir, le tour est joué.  Nous suivons avec curiosité toute  une grammaire de théâtre   d’ombres  qui dévoile les  passages secrets entre  présent et passé. Mais  en premier lieu, question de nous replonger dans la magie de l’enfance, ce sont les ombres  chinoises  faites main Philippe Beau qui nous invitent au voyage imaginaire.

Traquant  les moindres frissons de son âme  si   bavarde, le compositeur   attrape enfin une tache de soleil sur l’écran, et  tout revit  soudainement en dizaines d’éclats lumineux. Il  danse et embrasse ses émotions,   déroulant devant nos yeux  tout  l’invisible de  sa vie passionnée. La grande salle est  plongée dans un silence respectueux et parfait.  Mais son alarme de la mort est  si glaçante  qu’elle prend à la gorge :   où est le soleil ? où sont les fleurs ? C’est la fin, le froid et l’implacable solitude. On veut essuyer les pleurs de l’homme qui nous quitte.  L’artiste qui interprète ce rôle prodigieux est Thierry Hellin. Textes de Sylvain Coher.   

  On a tous aussi  bien sûr la magie de la musique avec dans  l’oreille au moins l’un de ses  nombreux « tubes » : le célèbre Carnaval des animaux, la Danse macabre, la Troisième symphonie avec orgue, ou la Bacchanale de Samson et Dalila, et c’est  le magnifique ensemble Kheops qui peu à peu, traverse les miroirs du temps,   se révèle à nos yeux et dialogue avec le compositeur. Une merveille. De même que les costumes (Caroline Sanvoisin),  dignes de grands maîtres de la peinture qui  habillent  Marie Hallynck au violoncelle, Ayako Tanaka au violon , les deux partenaires du célèbre  Muhiddin Dürüoglu,  maitre des arrangements musicaux au piano.

Compositeur le plus joué de son vivant, Camille Saint-Saëns a composé près de 600 œuvres, il s’est illustré dans tous les genres musicaux, il est l’auteur de 13 ouvrages pour la scène lyrique dans l’ombre de Samson et Dalila, mais il a composé la première musique de film de l’histoire du cinéma.   Il a été le témoin des créations de Faust, de Carmen, de Louise, de Pelléas et Mélisande et du Sacre du Printemps,  il  a  rencontré Berlioz et Rossini, il  a survécu à  Debussy, il est là quand  Ravel ou Stravinsky arrivent sur le devant de la scène. Il est l’un des plus grands pianistes de son temps, un interprète à la virtuosité et à la mémoire inégalées dont chaque apparition sur scène est un événement. Il est aussi un organiste prodigieux – le meilleur du monde, selon Liszt. Durant près de 80 ans d’une carrière ininterrompue. Saint-Saëns  voyage de Buenos Aires au Caire donne des  milliers de concerts, dirige des orchestres, assiste aux répétitions de ses œuvres scéniques et ne cesse de composer. Il est partout, et donc on comprend sa sainte colère quand on ne semble retenir de lui  que Le carnaval des animaux. Juste fureur de celui à qui on enlève la fureur de vivre !

 Illustre  voyageur à l’esprit curieux et à l’oreille attentive, il se veut  passeur de culture entre sphère latine et germanique, entre Orient et Occident, entre musique du passé et de l’avenir . ll est libre … Max !  Et c’est le souffle de cette liberté qui enchante tout au long du spectacle.


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Dominique-Hélène Lemaire

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administrateur théâtres

C'est la 16ème édition les 14, 15 et 16 juin 2019  Voici le célèbre FESTIVAL DE LILLE PIANO (S)

 Envie de visiter Lille en juin? Cela prend seulement une demi-heure en train à partir de BRUXELLES-ma-Belle. Que diriez-vous d'un voyage à Lille pour découvrir le festival de piano le plus fantastique qu’il soit, et sa longue liste de festivités.

   

 Jean-Claude CASADESUS, en est l’illustre fondateur.  Ces rencontres musicales ont été  créées il y a 15 ans. Elles  sont  maintenant en pleine floraison, avec d'excellents interprètes et chefs d'orchestre invités! Et  Jean-Claude CASADESUS, au cœur de ce magnifique  festival, vous charmera  par des choix musicaux  très judicieux.  Chaque année au mois de juin, 3 jours sont consacrés exclusivement aux claviers sous toutes leurs formes: concerts symphoniques, récitals, sessions de jazz, masterclasses, improvisations, créations, spectacles combinant d'autres disciplines artistiques, animations musicales, rencontres d'artistes ... Prenez vos rendez-vous sur  le Lille Festival de piano (s)!

 

Une véritable odyssée musicale

 

A la mi-juin 2019, le FESTIVAL PIANO (S) LILLE fête donc  ses 15 ans avec l'Orchestre National de Lille. Un public éclectique appréciera une véritable odyssée musicale à travers  divers instruments autres que le piano : l'orgue, le clavecin, le clavicorde, le marimba, le vibraphone, le synthétiseur, l'accordéon et le bandonéon.  Tout commence pour le public  le vendredi 14, sera en plein feu le samedi 15 et se termine le dimanche 16 juin 2019 par un concert fantastique au Nouveau Siècle avec le grand Nelson Freire à la tête du second concerto emblématique de Brahms.

 

Depuis quinze ans, de nombreuses soirées de claviers investissent divers  lieux pittoresquesdans le vieux Lille : auditoriums, gare, musées, bibliothèques, discothèques, tout simplement la rue et même l’année dernière,  l’abbaye de Vaucelles à quelques kilomètres de là. Année après année, de très beaux profil musicaux  sont  sélectionnés avec soin et viennent  du monde entier. De jeunes talents confirmés en particulier.

Qualité, créativité, éclectisme et ouverture restent les maîtres mots.  Ce sont les valeurs qui sous-tendent ce  festival lumineux et rayonnant  en Haut-de-France depuis sa création.

Jean-Claude Casadesus nous parle des 15 ans du festival au micro de Diapasons  https://rcf.fr/culture/musique/diapasons

 Lieux

 

 Le Nouveau Siècle, est situé au cœur du centre-ville, avec de beaux hôtels et restaurants tout autour.  Cet  auditorium  moderne bénéficie d’une acoustique absolument magnifique. C'est la résidence de l'Orchestre National de Lille. Des lieux plus petits, tels que la salle du Québec, accueillent des manifestations plus intimes et de plus petits concerts.

Parmi les temps forts, épinglons: Vanessa Wagner et son dernier programme musical. Le journal Le Monde la décrit comme "la pianiste la plus agréable de sa génération". A  noter également: l'Orchestre de Picardie avec deux merveilleux concerts, l'un avec Franck Braley, notre vedette belge et trompettiste Romain Leleu. L'autre avec Adam Laloum. Pour la première fois dans la cathédrale de La Treille, trois concerts d'orgue seront organisés avec Thierry Escaich et Olivier Latry, ainsi que Ghislain Leroy, le maitre des lieux.

La gare Saint-Sauveur, le Conservatoire, le Palais des Beaux-Arts, ND de la Treille et l'abbaye de Vaucelles ouvrent donc  leurs portes pour organiser tous ces concerts, le tout à des tarifs très raisonnables. Il va sans dire que le prix modéré des billets est un réel atout   qui vise à   soutenir la culture musicale et élargir l’audience intéressée par la musique. On compte sur ces lieux plus insolites  et leurs acoustiques multiples pour toucher un nouveau public, de plus en plus large. Incidemment, cela  donne à chacun également une occasion de redéfinir sa propre approche, jeunes ou moins jeunes.

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Soit dit en passant, que Jean-Claude CASADESUS, fondateur de l'Orchestre National de Lille, a encore  repris la direction du festival - pour la toute dernière fois - a-t-il dit! Une apothéose  donc pour les multiples programmes  produits dans les divers lieux et les environs les plus attractifs de Lille.

Les programmes

Naturellement, les classiques passent en premier! Avec des noms très célèbres tels que : Nelson Freire, Pascal Amoyel, Lise de la Salle, Boris Giltburg, Denis Kozhukhin ... Mais aussi du Jazz! Avec Rhoda Scott et Jacky Terrasson, le samedi 16 juin au Nouveau Siècle, Salle Québec à 19h. Si vous souhaitez vous inscrire à de fantastiques improvisations avec Thomas Enco / Vassilena Serafimova  sur musiques de BACH,  c’est le samedi 16/06 à l'Abbaye de Vaucelles à 11h00.
Mais pourquoi ne pas aller profiter du Tango,  juste pour changer? Avec Astoria Tango, vendredi 15 juin, au  Nouveau Siècle, Salle Québec, 19h30.  Et encore? Pour les romantiques, le piano de Nicolas Stavy et l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt se concentreront  sur l’œuvre de Chopin. De manière plus moderne, Edouard Ferlet mettra la technologie au service de la virtuosité, dans le carnaval des animaux. Mais vous pouvez aussi choisir le quatuor Tana, qui  flirte avec  Brahms et des compositeurs contemporains.

Tout est ici : https://www.lillepianosfestival.fr/2019 

Dominique-Hélène Lemaire ( Arts et Lettres) 

Aussi Sur Branchés Culture:

https://www.facebook.com/LillePianosFestival/

 

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administrateur théâtres

A deux pas du huit mars, nous avons eu la chance d’assister dimanche à un ravissant concert  100% féminin, à part le tourneur de pages : Jean-Pierre Moemaersancien professeur d'accompagnement  d’Eliane Reyes.

 Nous sommes dans le cadre des « salons de la mélodie » à la chapelle de Boondael. Ce salon musical  a été  créé par Jean-Pierre Moemaers et Sébastien Romignon Ercolini  dans le but  de faire revivre à Ixelles le temps où des  hommes et femmes de lettres et mélomanes éclairés,  recevaient chez eux en privé au cœur de leur salon, les artistes du moment, leur permettant ainsi de faire découvrir à leurs amis les beautés connues ou  méconnues du répertoire intemporel de la mélodie et du Lied.   «Les salons de la mélodie»  permettent à un public moderne  toujours plus enthousiaste de venir apprécier  ces intimes instants si précieux de la musique de chambre.

Une clé magique pour entrer dans l’univers musical proposé cette après-midi  a été la fameuse Fantaisie en Ré mineur de W.A.Mozart joué avec une intensité et une tendresse sans borne par Eliane Reyes, qui nous a mis les larmes aux yeux.  Tour à tour soliste (Brahms,  Chopin)  et accompagnatrice de choix de la soprano Cécile Lastchenko, elle  et se donne au public avec  ardeur et s'efface devant la chanteuse dont la voix sonne à la perfection et dont la diction irréprochable, quelle que soit la langue, reste  toujours claire et bien articulée.      12273276067?profile=original Cécile Lastchenko, cette  jeune artiste pleinement chaleureuse, débordante d’énergie,  irradie la joie de la musique de façon lumineuse et engagée.  On l'a vu hypnotiser un public ébloui, dans la production  très remarquée à  l’Opéra de Liège de « La favorite » et aussi  lors de  ce   concert de prestige  du 7 décembre dernier à Flagey,  assuré  par des   jeunes chanteurs de la Chapelle Musicale Reine Élisabeth . Accompagnés par l’Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, les artistes proposaient  un concert autour des duos qui ont façonné l’histoire de l’Opéra. La soprano Cécile Lastchenko  fut déjà très remarquée. Elle vient  maintenant d’être  sélectionnée ainsi que 5 autres artistes de la Chapelle  parmi 312 candidats de 22 nationalités différentes comme candidate au Concours Reine Elisabeth, dont  la première épreuve aura lieu le 1 et 2 mai prochains à Flagey.

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Charme et Féminité

Dans le concert donné cette après-midi où l’émotion était à fleur de peau,   sa voix d’une superbe maturité a mobilisé une incroyable palette des sentiments dans une maîtrise de la théâtralité très bien menée et à travers un programme très éclectique.

 

MOZART – Fantaisie en Ré mineur

  1. BRITTEN – Les Illuminations (« Royauté »« Villes »)

RAVEL – Shéhérazade  ‘« Flûte enchantée »

  1. MAHLER – Das Knaben Wunderhorn « Das irdische Leben » 3’

BRAHMS – Intermezzo op. 118 N°2

  1. BRITTEN – The Turn of the Screw « How beautiful it is » (The Governess)
  2. DEBUSSY – L’enfant Prodigue « Azaël, pourquoi m’as-tu quittée ? » (Lia)


CHOPIN – Fantaisie impromptue 

  1. ABSIL – Trois poèmes de Klingsor « Chanson du chat » « Ma mère l’Oye »« Où le coq a-t-il la plume ? »
  2. SHOSTAKOVITCH – Satires « Kreutzer Sonata »
  3. GERSHWIN – Porgy and Bess « Summertime » 2’12273276291?profile=original

  Son tempérament dramatique  manie aussi bien le sarcasme que le désir romantique, la douleur et le désespoir,  que la satire et le surréalisme. Mais avant tout, elle  ne cesse de faire preuve de profondeur, elle touche la fibre la plus intime, berce l’imagination, se doublant d’une bienfaisante conteuse pleine d’humour. La générosité est  d’ailleurs un  point de  fusion musicale entre les deux femmes : la pianiste Eliane Reyes l’accompagne  en effet avec un mélange de discrétion et de  connivence affirmée.  Élans maternels fusionnés, entre  voix et  clavier ? Ensemble elles semblent vouloir diffuser la force de l’instinct de vie, le choix lumineux que l’on peut faire de celui-ci, en opposition avec le monde parfois désincarné et surréaliste qui nous entoure.  Toutes deux représentent la force de l’espoir et de la transmission,  la foi en l’humanité jamais abandonnée.  Ensemble, elles incarnent  un rêve de paix et de  désarmante compassion à travers une resplendissante… féminité.

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http://www.lessalonsdelamelodie.com/Avec le soutien de Mme Dominique Dufourny, Bourgmestre; Yves de Jonghe d'Ardoye, Député honoraire - Échevin de la Culture et des membres du Collège des Bourgmestre et Échevins d'Ixelles  http://www.eliane-reyes.com/agenda/

http://www.cecilelastchenko.com/  

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administrateur théâtres

Il a remporté le concours Reine Elisabeth en 2013,  il est maintenant en résidence à Flagey et ses liens avec la Belgique sont privilégiés. Il  jouera ce soir  son fameux 3e concerto pour piano de Prokofiev.  Cela se passe  à l’occasion  des  Piano Days à Flagey,  un rendez-vous de l’avant printemps qui devient maintenant une tradition de 5 jours de festival  où se succèdent grands pianistes de musique classique  et de jazz mais également de jeunes virtuoses…  Par élection,  nous avions épinglé le concert du samedi soir, sachant qu’il y participait,  avec au programme :

  • Guillaume Connesson — Kadath & Le soleil couchant (2017)
  •  Igor Stravinsky — L’Oiseau de feu (suite) (version 1919)
  •  Sergei Prokofiev — Piano Concerto no. 3 in C, op. 26

Nous ne serons nullement déçus par  l’exécution brillante, dense et corsée  de l’opus de Guillaume Connesson sous la baguette follement imaginative de Stéphane Denève qui embarque les spectateurs dans un univers  méphistophélique cuivré où se côtoient des plaintess d’âmes en détresse, un cité d’or perdue dans un désert  où pleuvent des cascades de sons en forme de glaçons ou de sable, un éparpillement de voix confuses et des bourdonnements de vie domestique paisible,   avalés par la fièvre subite  d’assauts guerriers sur un rythme de sacre du Néant. Les mesures finales éblouissent dans de sombres ricanements.  Voilà une puissante et fantastique  introduction au conte de L’oiseau de feu créé  par Stravinsky.

 Quelques mots sur l’histoire d’Ivan Tsarévitch  qui aperçoit un jour un oiseau  fantastique fait d’or et de flammes. Il le  poursuit et il réussit  à lui arracher une de ses plumes scintillantes. Sa poursuite l’a mené jusque dans les domaines de Kachtcheï l’Immortel,  une  redoutable  puissance qui s’empare de maints preux chevaliers pour les changer en pierre. Les filles de Kachtcheï et les treize princesses captives, intercèdent et s’efforcent de sauver  le jeune homme. Par chance, l’Oiseau de feu survient et dissipe les  sortilèges. Le château de Kachtcheï disparaît laissant les jeunes filles, les princesses, Ivan Tsarévitch et les chevaliers délivrés …s’emparer des précieuses pommes d’or du jardin. La version 1919  de Stravinsky débute par des murmures fantomatiques, des enlacements tendres et un festin de gloussements et de pépiements d’où émegent et fusent violons et flûte.  Un climat de torpeur solaire s’installe avec  la langueur des cordes  et la harpe rêveuse encadrée par les flûtes.  Stéphane Denève, tout comme dans l’exécution précédente,  ordonne  des frappes fantastiques, une parade de fracassements bercés par le battement élégant des violoncelles. L’expressivité aérienne du chef d’orchestre se transforme en pulsations et en vibrations intenses. Les sons claquent, la terre tremble. Ce qui semble être une apothéose spectaculaire se métamorphose en un filet de sonorités humbles, en courbes souriantes apaisées, illuminées d’or. La forme des plumes magiques?   Le tempo est lent et majestueux, indolent presque imperceptible et se fond dans le chatoiement de la harpe.  Ainsi se clôt la berceuse avant le final rutilant gorgé de vitalité et de couleurs. Le chef d’orchestre est flamboyant.

Et enfin, rencontre avec le musicien de nos rêves, un façonneur de beauté  un architecte virtuose de la musicalité: Boris Giltburg que l’on écoute avec le Brussels Philaharmonic en  troisième partie  de programme, une apothéose. Boris  Giltburg entre dans le jeu du concerto de Prokofiev, bondissant. Il roule des pointillés précis, tresse des notes incandescentes. Evoque des accès de tendresse et de rêve, enlace  des torrents de cheveux d’anges puis se pet è construire de façon trépidante. Il a un tempérament de feu il catalyse des coulées de lave brûlante des éclaboussures sismiques des jaillissements de Stromboli en délire. L’orchestre propose un chant séculaire aux accents paisibles. Boris reprend au clavier, façon séraphique. La promenade se transforme en course d’obstacles  franchis avec grâce, pour déployer un jeu de douceur  et de rêverie lisse et lumineuse.  A travers l’errance,  des paysages s’évanouissent et  la saveur de l’éphémère infuse.  Encore une  reprise de l’aventure paroxystique et un ralentissement subit et le reste est silence…   Les spectateurs sont suspendus au temps.

 

 La  souplesse brillante de l’orchestre entoure les gouttes de bonheurs simples au clavier, leur humilité, leur délicatesse et  l’écoute de L’Univers.  Lorsque le pianiste reprend le thème ou le joue à l’unisson, c’est une véritable amplification poétique qui naît sous les doigts du magicien. Le clavier est devenu une divine monture,  nimbée de voiles transparents et lumineux.  L’aventure musicale, menée dans un train d’enfer à travers la poussière d’étoiles, est fougueuse, maîtrisée  et impeccablement souveraine. Et le jeune virtuose reste,  malgré les applaudissements et l’adoration du public, modeste et heureux de donner encore : deux bis où l’orchestre  entier écoute et savoure,  les yeux fermés deux interprétations à grande intensité émotive : deux  Études-Tableaux  de  Rachmaninov op. 39 - no. 8  en ré mineur et  no. 6 en la mineur. 

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administrateur théâtres

La Cinquième saison de la « Balade Musicale à Rixensart » va s’achever le jeudi 22 mars avec un « Concert Mozart » donné à l’église de Saint Sixte à Genval avec l’orchestre Piacevole sous la direction de Luc Dewez,  avec la pianiste Anaïs Cassier et la soprano Laura Telly Cambier. L’an dernier, la quatrième saison de la Balade Musicale se clôturait en apothéose avec le Requiem de Fauré dirigé avec brillance par Ayrton Desimpelaere,  depuis deux ans  Chef-assistant, à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, Chef D'orchestre à l’ IMEP Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie et au Namur Chamber Orchestra. Il est appelé à une brillante carrière. La 6e saison est en préparation et promet d’être tout aussi chatoyante.

Revenons à cette belle soirée  du 1er mars 2018 qui accueillait Florian Noack au piano pour «  Air avec trente variations »  BW988 « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach (1685-1750).

Cette œuvre  phare de Jean-Sébastien Bach est un réel défi dans le parcours d’un jeune musicien, même le plus aguerri. Dans cette œuvre, il ne s’agit pas de vouloir s’affirmer en tant que virtuose et interprète de sentiments romantiques, de narration musicale pittoresque ou de construction fantastique ou dramatique. Il s’agit avec Bach de se mettre  intégralement  dans un état d’empathie et d’écoute de l’œuvre, percevoir ce qu’elle communique et essayer de le transmettre. Il faut pour cela une immense dose de concentration tant pour l’appropriation de la construction contrapuntique  que pour la mise en chantier de chaque variation qui part et revient au même point, chaque variation correspondant à une mesure de l’aria. Le cycle se termine par une réitération de l’aria  laissant penser que tout peut recommencer.  Le pianiste doit être un  trait d’union entre le compositeur et l’œuvre.

Aucun texte alternatif disponible.

L’œuvre au départ conçue pour clavecin utilisait deux claviers. Au piano c’est d’une rare complexité que d’arriver à fondre les deux en un. Ainsi Florian Noack a  préparé ce concert avec le plus grand soin et c’est  la première fois qu’il le présente devant un public. Il a pris le temps de méditation nécessaire pour se nourrir de l’œuvre magistrale. Il explique d’ailleurs que chaque note, chaque nouvelle phrase se nourrit de la précédente, comme dans une édification vivante d’un mystérieux système qui advient minute après minute, sous ses doigts de virtuose. Tout est lien et enchaînement, de la caresse des premières pages de la partition, à  l’énergie dévorante, sans cesse renouvelée et aux sublimes moments d’apaisement. Ce sont les frissons de l’âme qui interagissent et fabriquent la matière musicale. Fermeté, souplesse, le charme inné et non fabriqué de l’artiste se complètent avec bonheur. L’exécution est parcourue de courtes respirations pour que la musique puisse reprendre son envol. Brillante dynamique : les mains se croisent et se décroisent à l’endroit, à l’envers dans un tricotage passionné, habité. Avoir la chance d’être au premier rang dans cette église accueillante donne une proximité inespérée avec le pianiste qui semble palper chaque note avec empressement passionné. Et pourtant le visage ne trahit qu’une intense concentration, seul le corps et le jeu discret de pédales indique les fluctuations de la prestation. Chaque page tournée amène un lot de climats et de couleurs différentes par moment la surprise de notes syncopées, de trilles vaillantes  parmi un bouquet de sonorités pleines. Voici un sablier musical beau et éphémère qui n’est pas sans rappeler les vanités des peintres du 17e siècle.  

Il y a par moments la rencontre de l’énergie lumineuse, les sourdines, l’intimité des ralentis, une innocence d’âge d’or. Would this soothe your pains ? C’est pleinement méditatif et transparent. Puis revient l’approche bouillonnante, les notes  fortement piquées, la volubilité, les tempi accélérés, le toucher moelleux de l’homme envoûté par la partition. Tour à tour on perçoit la recherche, l’offrande, la libéralité. On atteint la nudité de l’essentiel, une élégance de cœur rassasié et un sourire intérieur, éloge de la confiance dans le rapport extra - ordinaire à l’Autre. L’épanchement de Joie où notes de cœur et de tête se confondent, finit par construire une exaltation partagée, dénuée de toute théâtralité,  mais visionnaire de notre condition humaine. Il est évident que ce jeune musicien a su se laisse traverser par le génie surhumain de Jean-Sébastien Bach.

 Un double bis bouleversant est offert... 

il s'agissait de :
Bach -1ère Suite Française en ré mineur, "Allemande"
&

  

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administrateur théâtres

ET pourtant ...le tango a été longtemps décrié par l’Église pour sa sensualité ! It's an art attack! Et quand le syndrome de Stendhal vous attrape, il n’existe plus ni temps, ni espace, mais un émoi vertigineux. C’est ce qui s’est passé l’autre soir à l’église Saint-Marc d’Uccle qui accueillait le Brussels Philarmonic Orchestra et le chef-d’œuvre choral de  la Misa Tango… le « péché mignon du pape François » une  œuvre liturgique argentine pour piano, cordes et bandonéon.

Aucun texte alternatif disponible.

 «La messe préférée du pape»  reçut en effet les honneurs du Vatican en octobre 2013, à Saint-Ignace de Loyola, pour l'ouverture du Festival international de musique et d'art sacré de Rome, dédié au Souverain Pontife. Composée en 1996, dans l'esprit de la Misa Criolla d'Ariel Ramírez, « cette messe atypique de Martin Palmeri offre la part belle aux sonorités de la musique du tango, et a un incroyable pouvoir de séduction qui emporte même qui n’apprécierait pas la musique classique. » Les textes, en latin, et la structure sont les mêmes que ceux utilisés pour les grandes messes classiques, mais les rythmes décoiffent et bouleversent. Ne manquaient que quelques couples de danseurs profanes portés par l’émotion de la musique sacrée! Le corps et l’âme apaisés et réconciliés !

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Choix éclectique : En première partie du concert nous avons eu  le plaisir d’écouter  L’Adagio pour cordes, une courte œuvre majeure du compositeur belge Michel Lysight, présent dans la salle. Une œuvre poignante et forte comme une immense houle bienfaisante, dans laquelle le recours au canon  développe une expressivité intense et apaisante!  Pour suivre : la Sérénade Op. 22, l’une des œuvres orchestrales les plus populaires qu’Antonin Dvorak composait en mai 1875, en  moins de deux semaines quatorze jours. Les cordes tanguent déjà, le battement des pizzicatos des violoncelles  annonce la messe argentine à venir. La disposition particulière de l’église avec l’orchestre en son centre permet, si on se trouve sur la droite d’apprécier au mieux les altos, violoncelles et contrebasses. Sous le regard bienveillant de David Navarro Turres, qui dirige l’orchestre,  la salle est bondée, et les sonorités chaleureuses se dispersent en de belles harmonies sur le bois de la nef renversée qui surplombe l’ensemble et résonne comme une conque divine. Le finale démarre sur le rêve et le mystère, David Navarro Turres cueille le recueillement et semble donner une leçon de cosmologie en indiquant les étoiles sur la voûte musicale. On reçoit une perception d’infiniment lointain et d’infiniment proche qui se répondent.

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Pour l’admirable messe, Le Brussels Philharmonic Orchestra  s’accordait avec euphorie avec les longs frissons du Choeur BachWerk, les solistes Pauline Claes (glorieuse mezzo soprano),  María Gabriela Quel (les tendres larmes du piano) et Pauline Oreins ( les joies et les sanglots de l’accordéon). Tous, dans une sorte d’état de grâce, dans un mélange de gammes vers l’infini et de vivante humanité  ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Dona nobis Pacem ! La requête impérative se fond à l’espérance muette et poignante dans le cœur de chacun.

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http://www.bpho.be/concerts/2016-2017/misa-tango/

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administrateur théâtres

Hommage à Philippe Herreweghe

 

02.05.2017 — 20:00
La Grande Salle Henry Le Bœuf accueille la célébration
des 70 ans de Philippe Herreweghe,
une toute grande
figure de notre scène musicale belge.
 
Le Collegium Vocale Gent, l’Anvers Symphony Orchestra, Bozar,
deSingel AMUZ et Outhere Musique:
avec qui ce prince de la musique a toujours eu une relation étroite et privilégiée
ont uni leurs  talents pour mettre sur pied ce soir, en son honneur,
un festival d'un soir, plein d’humour et de poésie...

 

 Les artistes :

Christoph Prégardien direction & chant
Collegium Vocale Gent  choeur
Patricia Kopatchinskaja violon
Steven Isserlis  violoncelle
Marie-Elisabeth Hecker  violoncelle
Andreas Brantelid  violoncelle 
Damien Guffroy contrebasse ​
Martin Helmchen piano

Edding Quartet
Christoph Schnackertz 
piano 


Le programme
Bartok (1881-1945) Sonate pour violon seul Sz. 117, BB 124, ∙ extrait (1944)  
Schumann (1810-1856) Fantasiestücke, op. 73 
Ravel (1875-1937) Sonate pour violon et violoncelle, ∙ extrait (1922)
Schubert (1797-1828) Lieder ∙ sur des poèmes de Johann Wolfgang Goethe Schubert Quintette à cordes, en ut majeur, D. 956, ∙ extrait (1828)  
Dvořák (1841-1904) Ze Šumavy, op. 68
Schubert An die Sonne D 439 ∙ sur un poème de Johann Peter Uz (1816)
Mendelssohn-Bartholdy(1809-1847) Psalm 'Warum toben die Heiden' 
Schubert Die Geselligkeit 'Lebenslust'

Ce sont  tous de jeunes instrumentistes, chanteurs et chef d’orchestre  qui  sont là pour  rendre à  Philippe Herreweghe un hommage musical particulièrement  vivant et chaleureux. En effet, la violoniste Patricia Kopatchinskaja et le pianiste Martin Helmchen ont tous deux signé des enregistrements à ses côtés. La jeune violoncelliste au toucher délicat, Marie-Elisabeth Hecker, s’est également illustrée sous sa baguette, de même que le contrebassiste Damien Guffroy, membre de l’Orchestre des Champs Elysées. Steven Isserlis, violoncelliste proche du Gantois, partage avec ce dernier une véritable passion pour Schumann. L’Edding Quartet a enregistré deux albums pour le label Phi ; il se joint à Andreas Brantelid dans le très touchant Quintette de Schubert, pièce maîtresse de ce concert, très émouvante dans ses timbres et ses couleurs. Merveilleuse institution de Herreweghe, le Collegium Vocale Gent est aussi présent et se place pour chanter, en cette occasion si particulière, sous la direction de Christoph Prégardien, avec Christoph Schnackertz au piano  une partition surprise. Il s’agit du  Happy Birthday pour piano, cordes et voix d’Arnold Bretagne (1976) un ensemble humoristique de variations sur le thème bien connu. La salle entière ne se fera pas prier pour participer et ensuite acclamer Philippe Herreweghe qui n’a pas pu résister à sauter sur scène pour remercier l’assemblée, égrenant en quatre langues quelques historiettes savoureuses sur le temps qui passe sans rider l’âme ni le coeur…

 
En 1970 Philippe Herreweghe, encore étudiant, fondait le chœur du Collegium Vocale Gent. Ce fut le début d'un itinéraire fascinant  pour le chef et son ensemble acquérant une renommée mondiale et  exerçaient une  de nouvelles approches par  leurs interprétations de Bach. Herreweghe a fondé ensuite d'autres ensembles, tels que  la Chapelle Royale de Paris (1977) et l'Orchestre des Champs-Élysées (1992). Il est aussi la cheville ouvrière de divers festivals de  musique, comme  celui de Saintes en France et le  Collegium Vocale Crete Senesi en Italie. Depuis 1997, Philippe Herreweghe a joué un rôle actif à  l’Antwerp Symphony Orchestra en tant que chef d'orchestre invité principal. Herreweghe est maintenant considéré comme l'un des plus grands chefs de sa génération. Il a maintes fois été  convié comme Chef d'orchestre invité à l’étranger pour des formations prestigieuses telles que  le Concertgebouw d'Amsterdam, l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig ou même l'Orchestre de chambre Mahler.

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Un très beau livre-programme a été édité à  l’occasion des 70 ans de l’artiste.
Et les fans du compositeur et chef d’orchestre, se hâteront de se procurer le tout nouveau coffret de 5 CD label φ
(PHI) qui revient sur la magnifique carrière du gantois. La compilation de 5 CD est constituée d’extraits des plus
grands compositeurs tels que Lassus, Schein, Bach, Beethoven, Mahler, Dvořak ou Stravinsky. Philippe Herreweghe
y livre ses réflexions musicales et personnelles à travers une série d’entretiens réalisés par Camille De Rijck,
regroupés dans le livre-CD. Une iconographie d’archives à découvrir pour le plaisir des yeux et une biographie
réactualisée. En effet, au fil des ans Philippe Herreweghe a construit une importante discographie de plus de 100
enregistrements commencée en 2010 avec son propre label φ (PHI) pour préserver toute sa liberté artistique
au travers d’un catalogue riche et varié.
 

Cette soirée du 2 mai 2017 à Bozar ouvrait  par la même occasion le festival Bach Heritage, dont le commissaire n’est autre que... Philippe Herreweghe. Des musiciens de talent, parmi lesquels Herbert Schuch et Jean Rondeau, et des ensembles renommés se succèderont pour célébrer le Cantor de Leipzig et son immense contribution à l’histoire de la musique. Magnifique programme en perspective, le dimanche 7 mai à 20h, on retrouvera Philippe Herreweghe en compagnie de l'Orchestre des Champs Elysées retransmis en direct depuis la salle Henry Le Boeuf de Bozar, avec Christine Gyselings  qui commentera ce concert, intitulé "L'art de la fugue".  À l’occasion de ce festival,

                                                            (02 MAI ’17 — 21 MAI ’17)

 BOZAR LITTERATURE a demandé à quelques poètes d'écrire un poème portant sur Bach pour la publication "Thirteen Ways of Looking at J.S. Bach".

 

http://www.bozar.be/fr/activities/108706-bach-heritage-festival

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administrateur théâtres
FÉV 8 20:00  RÉCITAL  de STÉPHANE DEGOUT
CHANSONS MADECASSES
Mélodies de Francis Poulenc & Maurice Ravel CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES
“Degout, a wonderfully patrician singer with a handsome, ringing tone, has an innate charm that can turn to menace in a flash: it’s a superbly accomplished characterisation.”
(
The Guardian)
 
Avec les Chansons madécasses de Maurice Ravel (1875-1937), écrites entre 1925 et 1926, Stéphane Degout nous fait entrer dans le monde exotique des îles de l’Océan indien du XVIIIe siècle, revu par un compositeur français du XIXe.
Le poète et voyageur Évariste de Parny avait publié en 1787 un recueil de textes en prose tirés de chansons malgaches. Bien qu’il ne connût pas l’île de Madagascar, il en donna une vision simple et aimable, dénonçant sévèrement les méfaits de la colonisation. Maurice Ravel en sélectionna trois sur lesquels il composa une musique extrêmement dépouillée pour baryton, flûte, violoncelle et piano. « C’est une sorte de quatuor où la voix joue le rôle d’instrument principal. La simplicité y domine. » écrivit-il dans son Esquisse biographique.
Nahandove et Il est doux sont des mélodies délicates, sensuelles et érotiques, Aoua une vigoureuse dénonciation de l’exploitation et de l’esclavage. Il affirma dans une interview tardive que ces trois chansons étaient parmi ses favorites.
Sur le même principe, Ravel mit en musique les petites Histoires Naturelles de Jules Renard en 1906. Ces scénettes à l’humour quelque peu étrange et à la prosodie volontairement simpliste avaient provoqué une certaine désapprobation le jour de leur création. Pourtant, cette faune si familière – Le Paon, Le Grillon, Le Cygne, Le Martin-pêcheur, La Pintade – prend des allures de fantastique basse-cour émouvante et fragile que la musique sait merveilleusement poétiser. « Mon dessein n'était pas d'y ajouter, mais d'interpréter » aurait dit le compositeur.
Des propos que l’on peut prêter tout aussi bien à Francis Poulenc (1899-1963) lorsqu’il entreprend en 1919 de composer son propre Bestiaire sur des poèmes de Guillaume Apollinaire. Là encore, il s’agit d’animaux – Le Dromadaire, La Chèvre du Thibet, La Sauterelle, Le Dauphin, L’Écrevisse, La Carpe – dont la banalité est transfigurée par la poésie des mots et des notes. Ces petits textes charmants et ironiques offrent à Poulenc l’occasion d’un exercice musical où s’exprime sa profonde tendresse pour la vie et ses aléas. L’accompagnement originellement prévu se composait d’une flûte, d’une clarinette, d’un basson et d’un quatuor à cordes.
Apollinaire fut une source d’inspiration inépuisable pour Poulenc qui mit en musique nombre de ses poèmes. Le poète français reste le fil rouge des mélodies qui composent la suite du programme avec Calligrammes (L’Espionne ; Mutation ; Vers le Sud ; Il pleut ; La Grâce exilée ; Aussi bien que les cigales ; Voyage) daté de 1948, les Quatre poèmes (L’Anguille ; Carte-Postale ; Avant le Cinéma ; 1904) datés de 1931, Banalités (Chanson d’Orkenise ; Hôtel ; Fagnes de Wallonie ; Voyage à Paris ; Sanglots) daté de 1940, ainsi que Montparnasse et Hyde Park composés en 1945.La langue d'Appolinaire trouve avec Poulenc un interprète en parfaite synergie avec cette ironie aux accents faussement naïfs et voilée de nostalgie caractéristique du poète. Des mélodies qui, pour Poulenc, devaient parler pour elles-mêmes et être chantées sans emphase.
Viendra s’adjoindre à ce programme le trio de Kaija SaariahoCendres, pour flûte, violoncelle et piano, qui lui fut inspiré par son double concerto …à la fumée et qui vient apporter une note plus grave à ce joli moment de plaisir fantasque.

 

S’il est un artiste dont le parcours révèle toute l’exigence de qualité, c’est bien Stéphane Degout qui était récemment l'invité de La Monnaie à Flagey pour un splendide récital* et une remarquable interprétation du Poème de l’amour et de la mer de Chausson. Ce chanteur et acteur d’exception, qui n’est jamais si à l’aise que sur une scène, a déjà treize rôles à son actif à la Monnaie où son talent dramatique et l’opulence de son timbre lui ont permis toutes les audaces.
Cela n’exclut pas pour autant le plaisir du récital chez ce grand mélodiste, qui, confronté à l’intimité du genre, sait parfaitement se mettre au service de la musique et de l’expression des sentiments, et transmettre avec une finesse remarquable la poésie de la langue et son alliance parfaite avec la mélodie. Des qualités qui devraient faire des étincelles dans ce nouveau récital dédié aux mélodies de Maurice Ravel et Francis Poulenc, que le baryton français présentera le 8 février au Conservatoire Royal de Bruxelles.

Avec la complicité de trois musiciens de grand talent, le pianiste Cédric Tiberghien, le violoncelliste Alexis Descharmes et le flûtiste Matteo Cesari, il a composé un ensemble très significatif de ces deux compositeurs qui se défiaient de tout romantisme et se dissimulaient souvent derrière l’humour et la légèreté.  

Cédric Tiberghien se produira également à Flagey dans le cadre du Flagey Piano Days du 9 au 12 février 2017

 


*Alain Altinoglu Requiem & Poèmes: Debussy, Chausson, Fauré Nov 26th 2016 Concert La Monnaie De Munt

 

Baritono - STÉPHANE DEGOUT
Piano - CÉDRIC TIBERGHIEN
Violoncelle - ALEXIS DESCHARMES
Flûte - MATTEO CESARI
 

 PROGRAMME
 
Francis Poulenc (poèmes de Guillaume Apollinaire)
Le Bestiaire
(Le Dromadaire ; La Chèvre du Thibet ; La Sauterelle ; Le Dauphin ; L’Ecrevisse ; La Carpe)(1948)
Montparnasse (1945)
Hyde Park (1945)
Calligrammes (L’Espionne ; Mutation ; Vers le Sud ; Il pleut ; La Grâce exilée ; Aussi bien que les cigales ; Voyage) (1948)
Quatre poèmes (L’Anguille ; Carte-Postale ; Avant le Cinéma ; 1904) (1931)
Banalités (Chanson d’Orkenise ; Hôtel ; Fagnes de Wallonie ; Voyage à Paris ; Sanglots) (1940)

Kaija Saariaho
Cendres (Trio pour flûte, violoncelle et piano) (1998)

Maurice Ravel
Chansons Madécasses (poèmes d’Évariste Parny) (1925-26)
 ( « Nahandove, ô belle Nahandove » ,« Il est doux de se coucher »
 ; Aoua )
Histoires Naturelles (textes de Jules Renard)
 (Le Paon ; Le Grillon ; Le Cygne : Le Martin-pêcheur ; La Pintade) (1906)
INFORMATION GENERALE
REPRÉSENTATION 
8 février 2017 - 20:00
 
CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES
30, Rue de la Régence – 1000 Bruxelles
 

PRODUCTION De Munt / La Monnaie
COPRÉSENTATION Bozar Music
INFO & BILLETS
+ 32 2 229 12 11
MM Tickets, 14 rue des Princes, 1000 Bruxelles
www.lamonnaie.be - tickets@lamonnaie.be
 
PRIX
10 € à 44 €

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administrateur théâtres

Difficile de s’en passer…voici un festival croquignolet dirait-on dans le Routard, à propos du   Brussels Piano Festival

 

Hospitalité, cordialité et excellence sont les maître-mots de ce festival bruxellois qui se déroule chaque année dans un cadre bruxellois prestigieux, rien moins qu’une des plus belles salles de Belgique, la salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles... L’initiateur de ce festival est  Marc Castelain, lauréat du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles (classe de piano d’André Dumortier) et licencié en Musicologie (ULB) qui pourrait sûrement dire avec Leonard Bernstein « On ne vend pas la musique. On la partage. » On l’a connu et écouté avec passion sur les ondes de la RTBF (Musiq3). Il était particulièrement connu pour ses présentations d’opéra et ses émissions consacrées au piano. Cet instrument  est son porte-bonheur  et le mène aux quatre coins de la planète  pour visiter festivals et concours internationaux de piano.

C’est là qu’il repère les talents qui ne sont pas encore « phagocytés par les circuits classiques ». Chaque artiste invité est une réelle personnalité et possède ce quelque chose de particulier que les autres n’ont pas. Ainsi à l’ouverture du festival, le public a pu s’en prendre plein les oreilles avec les fulgurances pianistiques gorgées de  plaisir du jeune pianiste belge Florian Noack, remarqué comme « l’un des pianistes les plus prometteurs de la nouvelle génération ».

Florian Noack découvre le piano dès l’âge de 4 ans. Il entre  à 12 ans à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth dans le cycle pour ‘jeunes talents exceptionnels’. Il suit des master class auprès d’A.R. El Bacha, D. Bashkirov, V. Margulis et Brigitte Engerer.  Alors qu’il n’a que 14 ans, celle-ci écrivait : « J’ai été très impressionnée par sa maturité, ses grandes capacités techniques, son intelligence et sa musicalité naturelle. Pour moi, son brillant avenir de pianiste ne fait aucun doute. »

Il remporte de nombreux prix et parcourt l’Europe : passionné par les œuvres rares du répertoire romantique et post-romantique (Medtner, Liapounov, Dohnanyi…), Florian Noack est également auteur de transcriptions d’après des œuvres de Tchaïkovsky, Rachmaninov, Rimsky-Korsakov, etc. Un créatif-natif !

Il est l’invité de nombreux festivals en France, en Allemagne, en Chine, en Corée et aux Etats-Unis. La Lettre du Musicien le qualifie de « tout jeune virtuose à la sonorité éblouissante », à la suite de son récital à Lyon.

A 20 ans, il remporte le 2ème Prix et le Prix du Public au concours Rachmaninov, et, l’année suivante, le 3ème Prix au Concours International de Cologne, le 2ème au Concours International Robert Schumann et enfin, en 2013 le 1er Prix du Concours Karlrobert Kreiten.

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noack-pianiste-1300x866.jpg?itok=9EIfU2CGIl est devant nous ce soir, pour partager lors de son récital tous  les facettes généreuses de  son âme et la virtuosité de son talent.  Il a réalisé la transcription pour piano du Concerto pour quatre clavecins BWV 1065 de JS Bach, œuvre elle-même transcrite de Vivaldi. La méditation centrale est entourée de carillonnements virevoltants, c’est un festin presque jazzy, bouillonnant de couleurs. On est conquis. Ensuite viennent  les Variations sur un thème de Hüttenbrenner  D. 576.   de Schubert ciselées avec  tendresse, rondes nostalgiques, couleurs franches et sonorités flûtées, réveils de cordes qui rappellent la harpe, mais il est au piano bien sûr. Il sème à tous vents  ses accords graves vifs et claquants. Le toucher est délicat, long et caressant. Voilà la mélodie qui saute à gauche, les accords à droite ont une saveur et un art de confiseur, puis la main gauche explose de notes frappées pendant la promenade d’arpèges à droite.   Le jeu de dynamiques sautille, cabriole ! Schubert est magnifique sous le regard des statues de bois sculpté de la salle gothique  et d’un public profondément heureux.

Le charme pianistique est contagieux dans les Danses polovtsiennes de Borodin qu’il interprète dans un  arrangement personnel éblouissant. Le deus ex musica déborde d’énergie vitale et de passion bondissante. Après l’entracte il y aura les Six des Douze Etudes Transcendantes op. 11  de S. Lyapunov: Berceuse, Carillons, Tempête, Nuit d’été, Ronde des Sylphes, Lesghinka. Un déluge de puissance et de ferveur, de mystère et de bonheur que l’on peut retrouver gravé dans son dernier CD.

Ce n’est pas tout: le musicien dans l’âme et le corps offre des encore avec une pièce à la manière de Borodine de Ravel et  le Nachtbilder No.8 de Theodor Kirchner!

Notez les prochaines dates de récital du Brussels Piano Festival  Infos www.brusselspianofestival.com :

Le 11/10 : Heejae Kim (Corée), dans Chopin, Bach, Bach/Busoni et Schubert

Le 18/10 : Alberto Ferro (prix Musiq’3 du Reine Elisabeth 2016) Italie, dans Chopin, Debussy et Chostakovitch

 Le 25/10 : Tomoki Sakata, dans Mozart, Liszt, Takemitsu et Granados 

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administrateur théâtres

« La Framboise Frivole » au théâtre des Martyrs!

Quarante plus soixante ? Ça vous fait… cent ! Cent raisons d’aller voir sans tarder le centenaire des sans en avoir l’air. Mais ils ont la chanson, la musique  la classique et la populaire – et la façon inimitable, ces deux joyeux lurons, capables d’enflammer dès les premiers accords, un public émerveillé, été comme hiver.

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Peter Hens au violoncelle et Bart Van Caenegem au piano mettent tout leur talent au service de « La Framboise Frivole » une inoubliable gourmandise, une future madeleine. Un duo de cirque musical classico-pop et pot-pourri aux mille et une subtiles effluves. Et Avec le grand Jacques, bien sûr ! Mathilde, puisque te v’là !

Tout est dans le lien futile ou frivole quasi-inexistant, disons carrément imaginaire qui naît entre les airs enchanteurs et les supercheries de chansonniers qui vous font vous tordre de rires. Courrez tous à ce non-événement car c’est Léonard de Vinci, le chef d’orchestre ! Homme d’esprit universel que l’on connait aussi par ailleurs comme peintre, inventeur, ingénieur civil et ingénieur tout court, astronome, philosophe, anatomiste, mathématicien, compositeur, sculpteur, architecte, diplomate, poète…


« La Framboise Frivole » va vous faire découvrir les influences purement inventées du génie, sur la musique des grands compositeurs. Ce peintre de la république florentine, savant prophétique mourut le 2 mai 1519, à 67 ans au Château du Clos Lucé, Amboise, au Royaume de France. Ceci vaut bien une framboise, non ?

Donc on lance les grandes orgues pour saluer Haendel, Carmina Burana, Franz Liszt, et on jubile à chaque incursion de la pop XXieme et de la belle et douce chanson française ! Toutes barrières abolies, le temps et les genres se mélangent un feu d’artifice galactique. La fusion musicale anachronique bouillonne dans le chaudron du pianiste et le plaisir de haute alchimie verbale…court sur l’archet du violoncelle en vol ! 

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Une production de Panache Diffusion et Opus 2

Avec Peter Hens (chant et violoncelle) et Bart Van Caenegem (piano et chant)

Avec la complicité de Jean-Louis Rassinfosse

Photos: https://www.facebook.com/pg/plusde500billetsdeDHL/photos/?tab=album&album_id=1095198310607368

La framboise frivole | Théâtre des Martyrs - theatre-martyrs.be

theatre-martyrs.be/...framboise-frivole/4B82A063-2185-2B90-21D8-FFC1171CB40D...
La framboise frivole fête son centenaire ! C'est de leur vivant qu'ils ont souhaité fêter cet événement. Depuis cent ans sous le nom de la « Framboise Frivole » ...
Dates
20:15 jeudi 29 décembre
20:15 vendredi 30 décembre
19:00 samedi 31 décembre
22:00 samedi 31 décembre
20:15 jeudi 5 janvier
20:15 vendredi 6 janvier
19:00 samedi 7 janvier
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