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14695587_1445099122186137_2258976398414716966_n.jpg?oh=5598aace944035af312da142c2c70f1a&oe=58A97712Viva Nabucco ! « Sur les ruines de Sion, le roi Assyrien ne s’installera pas. Et Baal, dieu mensonger disparaîtra » 

Vole ma pensée, sur des ailes dorées;

Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,

Où embaument, tièdes et suaves,

Les douces brises du sol natal !

 

Salue les rives du Jourdain,

Les tours abattues de Sion ...

Oh ma patrie si belle et perdue !

Ô souvenir si cher et funeste ! 

PRETENDRE que « Va, pensiero », le chant des esclaves hébreux dans Nabucco, a catapulté Giuseppe Verdi   vers les sommets de  la   renommée  universelle est loin d’être exagéré. Il reste l'un des plus grands moments de  l'opéra, et les Chœurs d'Opéra de Liège sous la direction de  Pierre Iodice  ont  exécuté ce moment tant attendu de façon remarquable  le soir de la première. Le public en était tout chaviré.  Un chant qui commence à l'unisson, devient un bouleversant gonflement nostalgique, pour s'amplifier à pleine voix et mourir dans des soupirs d’espérance. Le temps de méditer sur tout ce qui nous enchaîne ou pourrait nous asservir.  La mise en scène de Stefano Mazzonis Di Palafera de Nabucco est d’une simplicité  confondante pour un opéra de cette envergure!  La plèbe des Babyloniens et des Hébreux, dont se détachent les personnages bibliques, se meut dans de lentes  mobilités  menaçantes et font penser aux arrière-plans de grands tableaux du 17 siècle.

 

 LE DECOR lui-même est un chef-d'œuvre d’abstraction moderne, avec ce rideau d’étoiles de David censé véhiculer la Jérusalem antique - avant, pendant et après sa destruction. Au deuxième acte, la maquette aérienne couleur lapis lazzuli des jardins suspendus de Babylone faits d’escaliers, de colonnades et balcons  est  un travail d’artiste. La texture est   une dentelle d’octogones imbriqués qui symbolisent les palais splendides de la cité et le regard  des femmes à travers les moucharabiehs. Au troisième acte, les pieds des esclaves fouleront les flots du Jourdain, lieu de baptême et  de rédemption en live. L’eau lumineuse qui coule depuis  l’arrière-plan fait d’un rideau de joncs dorés par  le soleil levant, a noyé la splendeur envolée des palais babyloniens. Des décors d’une simplicité parfaite soulignés par de savants jeux de lumière plongent le spectateur dans  une rêverie intemporelle.

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LA DISTRIBUTION est bien sûr éblouissante, à la mesure de l’oeuvre avec en tête, Leo Nucci dans le rôle-titre. Le chanteur vibre d’une puissance prophétique sous ses 74 printemps. Il fait une entrée remarquée sur un fabuleux cheval de bois dont le pelage arbore des couleurs de fleurs rien moins que Chagalliennes, assorties au bleu munificent des palais. Il commettra l’irréparable péché d’orgueil qui le foudroie : « Moi qui suis Dieu, adorez-moi ! » Il deviendra dément, mais il se repentira avec ferveur et regagnera la grâce divine. Une fresque épique à lui seul. Son Dio di Giuda! arrache des clameurs à la salle!


   

 

 

 LA SOPRANO argentine Virginia Tola en tant que Abigaille, campe du haut du  majestueux cheval psychédélique, la violence, la soif de pouvoir qui s’est emparée d’elle et la destruction. Elle joue du dynamisme vocal et théâtral. Sa  voix est l’instrument  achevé de tout  pouvoir insatiable : brillante et tranchante. Mais elle est aussi capable de lamentations en présence de l’homme qu’elle désire. Elle criera « Mort aux Hébreux ! Rends-moi cette couronne ! Plutôt mourir ! »  Sa superbe s’achève après s’être discrètement empoisonnée. Un très émouvant sursaut d’humilité et de dignité survient, elle implore, vaincue,  le  pardon du Tout Puissant, trempant la main dans le fleuve Jourdain.

 

 L’EXQUISE  Nahama Goldman, pour la première fois sur la scène de l’Opéra Royal de Wallonieincarne la douce Fenena, l’otage assyrienne du grand-prêtre. Elle apparaît comme   la   noble  fleur des chants justes, souples et tristes alors qu’à tout instant, vivant symbole d’empathie ou de compassion,  elle voit sur elle le glaive de  la mort. A côté d’elle, Giulio Pelligra brille d’une belle puissance et  intensité dans le rôle d’Ismaele.

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ORLIN ANASTASSOV, superbe basse lyrique dans le rôle du grand prêtre juif Zaccaria, est une révélation. Un très magistral Vieni, o Levita! ... Il santo Codice reca! rallie l’adhésion de la salle entière après sa belle introduction aux violoncelles que l’on aurait cru plus profonde. La sagesse, l’humilité et le courage qu’il insuffle de sa voix puissante et magnifiquement posée, ont de quoi ébranler. La voix appelle à une alliance éternelle avec le Tout Puissant, loin des fausses idoles renversées.  

 

Mais bien sûr, il n’y a pas que la qualité des chanteurs ou des  40 choristes dirigés par Pierre Iodice, il y a aussi la tenue de l’orchestre par  Paolo Arrivabeni qui savoure la partition avec nuances, finesse et énergie, loin de tout fracas  prétentieux.

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NOTES:

DIRECTION MUSICALE : Paolo Arrivabeni  MISE EN SCÈNE : Stefano Mazzonis di Pralafera  CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice  ARTISTES : Leo NucciIonut PascuVirginia TolaTatiana MelnychenkoOrlin AnastassovEnrico IoriGiulio PelligraCristian MogosanNa’ama GoldmanRoger JoakimAnne RenouprezPapuna Tchuradze  

 9 DATES : Du mardi, 18/10/2016 au samedi, 29/10/2016

(Saison 2016-2017) : | Opéra Royal de Wallonie

www.operaliege.be/fr/activites
La complexité de la trame originale du Nabucco de Verdi a été ici revisitée pour en garder l'essentiel: l'amour, la quête d'indépendance, la justice et le pardon.

Le lien http://fr.allreadable.com/cb36EP9 vous permet de retrouver le texte du livret en français

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     L’éventail est aussi et avant tout un objet d’art qui fait appel aux meilleurs artistes et artisans pour les confectionner, ainsi qu’aux matières les plus nobles.
Poursuivons donc notre inventaire…

12273182092?profile=original… sur l’éventaire d’un antiquaire

Et autres souvenirs surannés, comme ce carnet de bal oublié…

Souvenirs d’une marguerite effeuillée

      Le moment est donc venu de rouvrir notre magasin des frivolités, de pousser la porte de l’atelier et nous remettre sur le métier.


      Les matériaux les plus précieux sont donc employés pour les brins (baguettes), panaches (branches extérieures), bouts ou flèches (la partie supérieure du brin, entre les branches), comme pour la feuille.

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Les brins formant la gorge et bouts seront en bois (prunier, citronnier, ébène, santal, palissandre…), en os ou ivoire, en corne, nacre ou écaille de tortue, laque ou vernis Martin, argent ou or, pouvant enchâsser diamant, rubis, topaze.

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La feuille pourra être de papier, tissu (taffetas, satin…), peau (vélin, peau de cygne, canepin, cabretille…), dentelles ou plumes, nacre ou ivoire... L’imagination est au pouvoir.
     On en trouvera de tout type, écran (fixe), brisé (des lamelles remplacent la feuille), squelette (à brins étroits et peu nombreux), sultane (à bouts décorés), à systèmes (à mécanismes), plié en aile de chauve-souris, palmette, cabriolet, cocarde, plein vol

On innove et lance sans cesse de nouveaux modèles stimulant ainsi tant les inventeurs que la clientèle.
Curiosité, certains sont même munis d’une lorgnette au théâtre des vanités.
Ah ! voir sans être vue tout en étant admirée…

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D’autres, de type carnet de bal, sont munis d’un stylet, niché dans le panache, permettant de noter, au dos de chaque brin, le nom du prochain invité.


Toutefois ne comptez pas sur moi pour en éventer tous les secrets. Je sais rester discret.


Munie de ce hochet,


A toute heure, en tous lieux, la coquette se montre ;
Il n’est point de plaisir où l’on ne la rencontre :
Allez au cours, au bal, allez à l’Opéra,
A la foire, il est sûr qu’elle s’y trouvera.
                                                                                   Charles Perrault (1628-1703)

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Les meilleurs artisans d’art seront au travail. Ce sont les tabletiers-éventaillistes, ivoiriers, dentellières, doreurs…

Je ne voudrais d’autre travail
Que d’agiter cet éventail
Pour faire une brise légère

Qui pousserait tout doucement
Le bateau vers un port charmant
Et vous seriez la passagère.
                                                                                            Paul Arène (1843-1896)


Alors,


Cet éventail si c’est lui
Aile tout bas la courrière*
                                                                              Stéphane Mallarmé (1842-1898)

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Il va bientôt pleuvoir bergère
Allons sous ma chaumière…

Et, vous qui à la plage peut-être, profitant des deniers beaux jours, encore vous prélassez, doigts de pied en éventail, postez, je vous en prie, quelques mots sur cette page.

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Michel Lansardière (texte et photos)

* Evente doucement la messagère (bienvenus sont les commentaires).
J’ai extrait et inversé ces deux vers de Eventail de Madame Mallarmé.

P. S. : retrouvez ici mes précédents billets autour d'un éventail :

La surprise de l'été :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/la-surprise-de-l-t-articles-de-fantaisie-et-mode-de-paris-1-4

Je sème à tout vent :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/je-s-me-tout-vent-fantaisies-estivales-autour-d-un-ventail-2-4

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L’amitié, un sentiment aussi fort que l’amour, peut-être en plus léger, plus  désintéressé? Mais peut-il survivre à toutes les déceptions?

Au travers de leurs ouvrages respectifs qui viennent de paraître, et où l’amitié tient le premier rôle, Jacqueline Gilbert et Martine Rouhart proposent un échange amical ...sur l'amitié. Marie Meuse, également auteure, sera la troisième amie qui fera parler les deux autres…...

Martine avec son roman "Proche lointain" ,

Jacqueline avec son roman "Un penny pour vos pensées" et son recueil "Entre deux pluies"

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administrateur théâtres

Brel is Brel

Jacques Brel, notre poète, chanteur, compositeur belge, à qui on aurait bien aimé décerner, comme à  Dylan ce jour-là, un  prix Nobel posthume bien mérité, a fait sa joyeuse entrée en fanfare au Wolubilis, à bord d’une vraie  Rolls : grâce à  la complicité du Brussels Jazz Festival  avec le chaleureux chanteur de jazz David Linx.

On a assisté à un spectacle de haute qualité, où rien n’est laissé au hasard, où rien ne manque, où tout est à emporter « sur l’île déserte », comme le disait son ami Georges.  Il s’agit d’un fervent projet sous forme de libres variations qui  rend un touchant hommage au Poète Lauréat des belges.

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 La salle  est comble. Les musiciens du bateau ivre  en costume  Navy Blue sont rangés sur des gradins, derrière leurs sages pupitres de concert classique étoilés d’une loupiote, face au public. Comme pour  une  assemblée nationale musicale, on peut compter de bas en haut : un rang de quatre saxos et bois ; puis celui des trombones et enfin les trompettes. A gauche sur le plateau, il y a  la pianiste, Nathalie Loriers, seule femme de la Big Band ; entre deux,  la contrebasse et la panoplie de vibrantes  percussions. La prestation sera inoubliable. Le jazz est là. Les  musiciens  se déplacent et viennent chacun à leur tour faire leur Java devant le micro, pendant que David Linx, se promène de long en large avant de reprendre couplets ou refrains et longues harmoniques. Un souffle épique traverse le plateau, un vent de chaleur humaine.

Le CD est sorti en juin 2015. La surprise vocale vient de la tessiture du chanteur qui manie les octaves avec une aisance  vertigineuse, et rappelle tantôt Brel, tantôt Nougaro. Mais c’est du Linx bon teint, un capitaine musical particulièrement inspiré, artiste généreux en chemise  purple red, courtois et plein d’humour qui surfe sur les paroles et la musique du grand Jacques avec respect et joyeuse liberté, et qui chante des jazzy vocals et talking-singing tongues, les yeux dans les yeux avec la pianiste! Sacré Mathilde !

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 Plusieurs des membres du BJO se sont  succédé à l’arrangement des chansons mythiques du florilège : Pierre Drevet,  La chanson des vieux amants, Mathilde ; Dieter Limbourg, Le plat pays, Amsterdam,Vesoul ; Lode Mertens, Quand on n’a que l’amour, La valse à mille temps ; Gyuri Spies, l’ingénieur du son, Ces gens-là, Isabelle, dans une superbe version anglaise ; Frank Vaganée, La ville s’endormait, Bruxelles  and last but not least, Nathalie Loriers, la pianiste,  pour  Ne me quitte pas… David Linx invoquera aussi  la figure de Toots Thielemans, une autre grande figure belge  dont on a pleuré la disparition l’été dernier.

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 Et de temps à autre, cela swingue carrément  en langue originale,  avec Amsterdam, dans  une traduction anglaise magnifique de David Bowie. C’est dire que la boucle est bouclée, le cercle  refermé. Celui des poètes disparus ? Et on pleure tous  à chaudes larmes avec le titre nostalgique  tellement bouleversant de Oh ! mon amour! 

Le plat pays, un hommage au père de Linx, évoque quant à  lui, incontestablement, avec ce solo saxo méditatif puissant, ce pays qui est « le nôtre ». C’est ce qu’ont murmuré dans un même souffle, une salle totalement conquise et l’artiste sur scène.

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http://www.wolubilis.be/index.php?page=1&id=49&pid=666&year=2016&month=10

En tournée: 

 23 nov 2016
 
 20:00

Warschau (PL)

 17 mar 2017
 
 20:30

Théâtre Chassé, Breda (NL)

 18 mar 2017
 
 20:30

Centre Culturel, Huy (B)

 24 mar 2017
 
 20:00

Centre Culturel, Soignies (B)

 30 mar 2017
 
 20:00

La Ferme du Biéreau, Louvain-la-neuve (B)

 02 mai 2017
 
 20:00

Centre Culturel, Dinant

 

 

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Max Elskamp (1862-1931) et la presse privée en Belgique

La gravure fut première et, de cette passion xylographique, Elskamp (1862-1931) ne se départira jamais. La typographie vint ensuite mais lui resta étrangère, relevant seulement d’une connaissance approfondie qui ne fut jamais un amour. Le graphisme de la lettre céda toujours le pas à l’ornementation, symbole de sa pensée, qu’il inscrivit dans une mise en page rigoureuse, élaborée comme un tout organique. Avant les « Six chansons de pauvre homme », la maison Buschmann avait imprimé ses trois premiers recueils, comme elle imprimera tous les autres, y compris les œuvres posthumes, « Enluminures » et « Sous les Tentes de l’Exode » exceptés. Cette fidélité est sans exemple. Elskamp devait tout son savoir typographique à Paul Buschmann senior, son « grand ami et maître ». A la mort de ce dernier en 1909, le neveu G.-Jos Buschmann prit la relève. Entretemps, Elskamp s’était livré à quelques expériences typographiques dont certaines aboutirent. A la lecture des bribes de lettres publiées, on a cru pouvoir faire remonter ce travail à 1895. C’était mal comprendre certains termes utilisés qu’il convient de préciser.

1895 : Elskamp et la gravure
Ses premiers bois datent de cette année. Dans une lettre de février à son cher Henry van de Velde, Elskamp signale qu’il s’est « permis une petite illustration dont voici l’empreinte en passant simplement un peu de crayon sur du bois. Buschmann vient de soumettre à la presse mon premier essai ». Ch. Berg citant ce passage signale l’empreinte de « quelques nuages et de la pluie » sur l’autographe. H. van de Velde commentant le même passage sans le citer est formel : « Je tiens à signaler que c’est à cette occasion qu’il grava ses premiers bois (…). Ils sont dans la manière « hiéroglyphique » et singulièrement suggestifs de la pluie ». Si Elskamp utilise la presse de Buschmann, c’est qu’il n’en a point encore. Mais cela ne tardera guère, car la taille du bois le mord déjà : « Je jubile ! me suis fait une imprimerie de ma presse à copier ! Je me suis fait un rouleau encreur et comme plaque à encrer un simple carreau de vitre. Ci, un petit exemplaire de mon tirage dont le foulage est beaucoup trop fort (effet de la presse à copier). Ces bois sont sur buis et de ma composition ! Peut-être pourraient-ils servir pour mon petit prochain recueil. Ce serait délicieux de faire soi-même ses bois et ses vers (…) Me suis passé trois burins à travers les doigts (…) J’ai des mains d’ouvrier à présent et vraiment ce m’est joie (…) P. S. : Je suis pris d’une rage d’impression pour le plaisir de faire pirouetter ma presse à copier. P. S. 2 : Pour le plus grand dam de mes proches, j’ai transformé mon bureau d’en haut en atelier de gravure. C’est plein d’encre là-haut et sale ! un vrai rêve quoi, et ce n’est que le commencement » !
La bourgeoise demeure familiale de l’avenue Léopold noircie d’encre à l’étage ! Quel effarement ! Sa famille n’acquiesce guère : « Je crois, mais chut ! que je vais avoir une presse et imprimer désormais moi-même ». Il transforme simplement sa presse à copier, sans doute la petite presse à épreuves en bois qui a été léguée avec ses outils à graver, son matériel typographique et la presse « L’Alouette » exposée maintenant à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Mais le mot « imprimerie » reste à prendre au sens étroit du tirage de bois gravés, et non encore de typographie.

1895 : Henry van de Velde et la typographie
Nous pénétrons dans le monde raffiné de la presse privée dont l’initiateur fut William Morris avec sa Kelmscott Press en 1891. Le premier recueil sorti d’une presse belge fut les « Six chansons de pauvre homme » imprimées chez van de Velde sur la « Joyeuse » ainsi baptisée par Elskamp. Premier travail strictement typographique de van de Velde, première ornementation xylographique d’Elskamp : une collaboration « synthétique » sous le signe d’une amitié indéfectible. H. van de Velde s’ouvre de nouvelles perspectives en se lançant dans la typographie comme dans l’architecture. La rénovation de la maison de sa belle-mère Louise Sèthe au 112 avenue Vanderay à Uccle constitue son premier essai architectural en 1894. Et dès le 11 avril 1895, les plans sont déposés pour sa propre demeure, le futur Bloemenwerf qui ne sera achevé qu’au début 1896.
En attendant, c’est chez sa belle-mère où il vit avec Maria, son épouse, qu’il a installé la « Joyeuse », et c’est là que sont imprimées les « Six chansons », et non au Bloemenwerf, comme on le dit souvent. H. van de Velde qualifiera sa presse de « vrai joyau de la fabrication des machines du XVIIIe siècle ». Petite presse à bras en fonte, courte sur pied et fixée sur une table ovale, ainsi nous apparaît-elle sur une photo de son futur atelier ou à La Cambre qui l’héberge dans l’atelier de typographie depuis la fondation de l’Isad par van de Velde lui-même ». Si l’on répète qu’elle est du 18e s. (sic), on n’a guère jusqu’à présent cité sa marque : « Imperial Press. Invented J. Cope & Sherwin 5 Cumberland St. London » (sur le bras, leurs noms presque effacés sont répétés).
« L’impression de cette plaquette nous occupa (sa femme et lui) dès lors pendant de longues semaines (…) les apprentis que nous étions, enthousiastes du beau métier qui se révélait à nous ». L’impression s’acheva le 15 décembre 1895, date qui avait été initialement retenue pour l’ouverture de la nouvelle Galerie « Art Nouveau » de Samuel Bing à laquelle van de Velde participait par l’aménagement de quatre salles. Apprenti en architecture, apprenti en typographie : si la part de chacun reste difficile à déterminer, c’est Elskamp toutefois qui reste maître du « jeu », car il est le seul à avoir alors les connaissances requises.
Pour le spécialiste Fernand Baudin qui consacra l’étude la plus poussée à la typographie chez van de Velde, il ne fait aucun doute qu’avant Elskamp, van de Velde « n’a aucune expérience ni connaissance typographique (…) une expérience typographique qui manquait absolument à van de Velde ». Ce n’est point celle de graphiste ornemaniste avec la revue « Van Nu en Straks », ses éditions de « Déblaiement d’art » dont la deuxième venait de paraître en 1895 en même temps que ses « Aperçus en vue d’une Synthèse d’art », et l’ « Almanach » de l’université de Gand qui lui aura appris à prendre les caractères dans une casse, les mettre au composteur puis sur la galée, la lier, faire une imposition sur le marbre, interligner, justifier, serrer la forme… Mais c’est sans compter sur la rapidité étonnante avec laquelle van de Velde passe d’une activité spéculative à la pratique et en acquiert toute maîtrise, presque d’emblée. « C’est-à-dire que question d’amitié –et si bonne- à part, je suis chez toi, lui écrit Elskamp, comme chez Monnom, Buschmann ou autres. Avec cette grande différence toutefois que je n’aurai personne à engueuler, car tu es vraiment extraordinaire comme typo, bon vieux ». D’où Elskamp tenait-il ses connaissances typographiques ?

1898 ou Elskamp et la mise en train
A la fin de sa vie, Elskamp racontera à son cousin Henri Damiens son apprentissage chez Pau Buschmann senior : « Je connais le métier à fond, mon cher Henri, et je pourrais même gagner ma vie en le pratiquant ; le brave père Buschmann, il y a 20 ans (sic), et chez lequel j’ai travaillé pendant 6 mois, m’a tout appris, depuis la composition jusqu’au tirage, y compris la trempe du papier. J’ai commencé par le commencement, remettre les caractères retirés des formes, « tête en haut » dans les « casses » ; puis cette chose très difficile à faire : le « nœud », c’est-à-dire de réunir les lignes composées au moyen d’une ficelle, puis les mettre dans les formes ; cela se fait d’une seule main et rien ne peut tomber. Je connais tous les secrets des serrages, des hausses, de la mise en train, qui est ce qui coûte le plus cher dans la typographie soignée. Et c’est pour cela que j’aime à contrôler le tirage de mes livres moi-même ». G.-Jos Buschmann dont nous parlions plus haut confirmera ces dires en de précieux souvenirs sur Elskamp qu’il fréquenta assidûment après la mort de son oncle Paul, « dès avant 1912 » : « Cette initiation se déroulait en sa logette menue et si délicieusement encombrée d’inutilités appelée chez J.-E. Buschmann d’alors, le bureau de Mr Paul. Mais souvent, lorsqu’un détail exigeait démonstration, ils grimpaient à deux sous les combles des ateliers de la Rijnpoorvest, au réel « capharnaüm » que Paul s’y était réservé. Et où il dessinait des initiales jolies ou des décors charmants pour sa typographie… Et de ces palabres en la logette et au capharnaüm date la vieille presse-à-bras de Max Elskamp, tout en bois (sic) et acquise je ne sais où… ». « T’ai-je dit, bon vieux Henri, que j’ai une presse, fabriquée de mes mains, et que j’ai collaboré avec forgeron et menuisier avant d’arriver à ce résultat ». Il la baptisa « L’Alouette ». Il en parle à son éditeur Lacomblez le 22 février 1898. « Comme j’ai une « Presse à moi » désormais et que je pourrai être mon propre imprimeur, nous allons pouvoir travailler bon marché et bien tout à fait, à mon sens. »
Sa première page publiée semble être ce feuillet de justification qui se trouve « rapporté » dans certains exemplaires de sa petite édition xylographique des « Sept œuvres de Miséricorde » : « Tiré à 25 exemplaires sur ma presse « L’Alouette » pour servir de démonstration à un nouveau procédé de gravure sur bois aux acides ». En ces années 1898-99, Elskamp s’adonne à toute une série de projets éditoriaux dont il n’imprime que les pages de titre en multipliant les essais d’ornementation pour chacune d’elles.

L’ornementation, symbole de la pensée
En publiant sa causerie du 20 mai 1898 sur ceux qui se font imprimer, Charles Dumercy ne se doutait pas que son écriture caustique ferait l’objet des rares éditions sorties de la presse « L’Alouette » : le « Petit vocabulaire » et « La Vieille-Boucherie ». Le conférencier envisageait le point de vue de l’auteur livrant sa pensée à l’impression. A l’encontre de la plupart de ceux-ci, ignorants des faits de la typographie, Elskamp, en praticien consommé, élaborait ces « si belles et judicieuses maquettes qu’étaient toujours les copies que remettait le poète, apprenti typographe de mon oncle Paul ». Il concevait son œuvre dans sa totalité, intégrale et intégrée en une structure symbolique. En cela, il appartient à l’ Art Nouveau. En des feuillets épars conservés à la Bibliothèque royale de Bruxelles (Musée de la Littérature), Elskamp nous livre quelques-unes de ses réflexions sur l’architecture du livre, bannissant toute forme d’illustration : « Il faut considérer l’illustration au point de vue ornemental comme hors du corps du livre –c’est là son plus grand défaut. Au point de vue de la typographie, rien alors ne la justifie, c’est une interprétation exotérique au texte, dans un autre plan, en d’autres termes une démonstration linéaire graphique de ce que devraient exprimer les caractères. La plus grande erreur de l’ « illustration » dans le sens d’ « histoires » est de n’être que la compréhension d’un passage par l’ « illustration » seule. Flaubert l’avait bien compris qu’il répudia toujours les offres « d’illustrations » qui lui furent faites. Seul l’auteur d’un livre pourrait « illustrer » son livre et encore reste à voir s’il y trouverait profit ; il matérialiserait la notation de sa pensée, lui donnerait une forme absolue dans un autre plan de notation où, pour cette raison même, il y aurait grande difficulté d’adéquation. Seule une « illustration » qui serait un symbole de sa pensée pourrait être acceptable et alors encore, il ne s’agirait plus ici que d’une ornementation et non d’une illustration ».

Elskamp délaissa sans doute la typographie étant donné les moyens limités qu’offraient sa presse et son matériel, mais peut-être davantage parce que le caractère typographique ne l’intéressait guère. L’exemple de William Morris –dont les idées sociales eurent une influence prépondérante sur van de Velde- en dessinant et faisant graver trois caractères, les Golden, Troy et Chaucer Types-, ne fut guère suivi en Belgique Lorsqu’il s’agira pour van de Velde, qui s’est pourtant toujours passionné pour le graphisme de la lettre comme ornement, de concevoir un caractère pour l’ « Also sprach Zarathustra » édité par le comte Kessler, il fera appel à Georges Lemmen. Quant à l’ornementation d’Elskamp, de figurative, populaire et folklorique, elle s’ouvrira après la guerre sur un monde graphique protéiforme, abstrait, linéaire comme si toutes ses croyances en la « réalité » avaient été broyées. Ces graphistes étaient des ornemanistes, et l’ornementation le symbole de leur pensée.

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Biographie de Max Elskamp

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Oeuvre capitale d'Elie Faure (1873-1937), en quatre volumes: "L' art antique" (1909); "L' art médiéval" (1911); "L' art renaissant" (1914), et "L' art moderne" (1921), pour s'achever par l'admirable essai de "L'esprit des formes". Chaque volume, de 4 à 500 pages, est enrichi de nombreuses gravures, d'index et de tableaux synoptiques. Enfin les préfaces, augmentées lors des rééditions, précisent la pensée et l'humanisme de l'auteur. Ces préfaces se rectifient sévèrement l'une l'autre: le vrai courage étant pour Elie Faure de "laisser la vie aux témoignages matériels irréfutables des variations de son esprit". Ajoutons que ces livres sont d'un style plein de mouvement. Ils ne contiennent aucune idée qui ne soit abondamment et solidement documentée.

A vrai dire, cette "Histoire de l' art" n'est pas une Histoire, mais une recherche, d'ailleurs fructueuse. Elie Faure ne le cache pas: hormis les suites de tableaux synoptiques, où a-t-on vu un livre d'histoire qui ne soit une interprétation de l'historien? Une histoire de l' Art ne doit pas être un catalogue descriptif, mais une transposition vivante du poème plastique conçu par l'humanité. Il s'agit de restituer l'incessante germination des formes qu'engendre le jeu des forces du passé sur les forces du présent. Comment? "L' intuition seule décide, et le courage de s'en servir". Il s'agit d'écouter son coeur pour parler de l' art sans l'amoindrir. Il va de soi que ce point de vue n'a rien d'un sentimentalisme enfantin. Il s'agit du coeur éclairé. Ses émotions d'artiste ont mené Elie Faure à une philosophie de l' art a-dogmatique. Au lieu d'imposer aux idoles une religion apprise ailleurs, le philosophe leur demande de lui apprendre la religion -une religion impossible à fixer, car universelle et vivante. Cet effort de dégager des idoles quelques-uns des traits de Dieu définit la recherche qui sera couronnée par "L'esprit des formes".

L'homme poursuit une idole intérieure, il la fixe et la croit définitive, mais il ne l'achève jamais. Tel est le mouvement qu'Elie Faure nomme le "jeu". Ce jeu est ce qu'il y a de plus utile à l'homme: l'homme mouvant cherche sans cesse à s'adapter au monde mouvant. Ce jeu est la vie. Et l'amour du jeu mène à des états momentanés d'équilibre qu'on nomme "civilisation". Une civilisation est un style. On le devine, dans ce jeu, dans cet auto-mouvement, le mal, la méchanceté, l'erreur, la laideur et la sottise ont leur rôle -dynamique. La haine de la vie multiplie la puissance à vivre. L' humanisme d'Elie Faure est intégral. "Quel dommage, s'écrie Elie Faure, que l' Histoire soit si jeune, que nous ne puissions embrasser cent mille années ou plus de notre étonnante aventure, pour montrer que nous n'avons guère changé...". Le jeu de la vie est comme une danse, une alternance où l'emporte tantôt l' individu, tantôt la multitude, espèce ou groupe social. L'organisation collective mène à l' optimisme de celui qui crie fort dans le désert. La vie traverse tout cela et l'art exprime. Aussi est-il important de connaître les sources: l' archaïsme qui précède les grands rythmes collectifs, l' architecture et l' art primitif qui annonce les avènements de l' individu et, son expression, la peinture. De l'un à l'autre, la sculpture fait voir la statue, d'abord prisonnière du monument, s'en dégager, s'en séparer; puis descendre seule sur le forum et dans les jardins; puis s'évanouir en formes abstraites, sortes d'architecture en réduction et qui, peut-être, vont devenir colossales. Notre monde humain n'a probablement d'autre fin que cet incessant échange des formes de l'énergie et de l' amour. Les passages se peuvent d'ailleurs observer: quand le créateur est effacé par une école, le sentiment s'évanouit, une forme d'art cesse d'être sentie, et meurt. Ce qui vit, ce qui est jeune, c'est ce qui cherche- tel est l'état d' immortelle innocence, qui ne cesse ni d' apprendre, ni surtout de sentir ce qu'elle apprend. Ainsi Elie Faure poursuit-il à travers toute oeuvre, la vie; la vie interne de cette oeuvre qui témoigne, et de la vie de l' individu, oeuvre qui témoigne, et de la vie de l'individu, de l'homme qui ne change guère, et de celle de sa peu durable collectivité. Les passages à l'intérieur d'une oeuvre, comme les passages entre les oeuvres, font sentir l'harmonie de l'ensemble. L' harmonie est la loi profonde. Tout se mêle, se nourrit l'un et l'autre, et rend visible l'unité du monde.

L' humanisme d'Elie Faure apparaît ainsi comme une acceptation totale de la vie de l'univers. Le vrai mysticisme est un espoir frénétique qui se rue à travers les champs de la sensation et de l' action. Les peuples ignorent leurs buts réels, cependant ils donnent à leurs croyances les formes de leurs désirs, Dieu serait la forme du désir total. La vie est un incessant effort d' adaptation, et les hommes trouvent belles les formes qui s'adaptent à leurs fonctions: arbre, fleuve, sein de femme, etc. Le sentiment de la beauté est attaché à toute chose, nous jugeons tout de ce point de vue. Les hommes se tournent vers telle ou telle forme d' art de telle ou telle époque selon leur besoin du moment, ce qui explique comment les plus diverses oeuvres d'art traversent les siècles, admirées par les humanistes, et parfois, pour la même raison profonde, abandonnées ou brisées par les barbares. Au total, la fin de la vie, c'est de vivre. L' art nous sert à vivre. Ainsi l' art qui exprime et résume la vie, qui raconte l'homme et l'univers et leurs relations, répond au "connais-les-autres" et au "connais-toi". L'art est donc la seule chose réellement utile à tous avec le pain. Il est à la fois l'appel à la communion des hommes et son expression visible. Qu'on n'objecte pas les batailles esthétiques: art classique ou romantique, concret ou abstrait, etc. Ce ne sont que des formes momentanées de notre action, que des apparences diverses de la même réalité. De plus, ces pseudo-batailles témoignent d' écoles et de systèmes qui sont justement la marque d'un art qui vient de mourir. L' art vivant est déjà plus loin.

Tout ceci mène, dans le présent, à reconnaître l' art à sa source: c'est-à-dire l' artiste. Un premier signe permet de le situer: l' artiste est celui qui, devant la vie, maintient l'état d' amour dans son coeur. Il souffre et fait, par son oeuvre, vivre l'idée humaine. Il console ainsi d'autres hommes de son temps et des siècles qui suivront. "Au moyen âge, l' artiste était un ouvrier perdu dans la foule ouvrière, aimant du même amour. Plus tard, sous la Renaissance, un aristocrate d' esprit, allant presque de pair avec l' aristocrate né. Plus tard encore, un manoeuvre accaparé par l' autocratie victorieuse. Et plus tard, quand l' autocratie achève d'écraser, sous ses ruines l' aristocratie, quand l' ouvrier est séparé de l' ouvrier par la mort des corporations, l' artiste se perd dans la foule qui l'ignore ou le méconnaît... Il n'y a dans la démocratie qu'un aristocrate, l' artiste. C'est pourquoi elle le hait. C'est pourquoi elle divinise l' esclave qui fait partie d'elle, celui qui ne sait plus sa tâche, qui n'aime plus, qui connaît l' art de tout repos convenant aux classes cultivées, et consent à régner sur les esclaves, un palmarès à la main". Elie Faure n'a pas à chercher bien loin les marques de mépris subies par les artistes: concours, prix et primes, et le douloureux chemin des Rembrandt, Vélasquez, Watteau, Beaudelaire, Daumier, Flaubert, Manet, Zola, Cézanne, Van Gogh. Or si les hommes cherchaient à s'élever au lieu de juger, ils voudraient comprendre. Ils voudraient se comprendre eux-mêmes et, partant, comprendre l' artiste. Car l' artiste, qui a tant besoin des hommes dans sa solitude peuplée par l'univers, l' artiste rend aux hommes ce qu'il en reçoit: il est nous-mêmes, nous tous. Et un simple coup de son ciseau, de sa brosse ou de sa plume, peut changer l'histoire. Comment, sans les artistes et leurs empreintes, les civilisations disparues agiraient-elles sur l'humanité?

Naturellement, toute cette recherche est concrète: Elie Faure traverse avec savoir-faire et précisions les époques artistiques. L' "Art antique": avant l'histoire, l' art naît quand l'ornement qui séduit ou épouvante s'ajoute à l' utile; puis le chemin passe par l' Egypte (inquiétude et mystère); l'ancien Orient (la brute, bâtir et tuer); les soucres de l' art grec (le naturisme); Phidias (la raison); le crépuscule des hommes (beauté et sérénité); la Grèce familière (les Tanagra, la femme ne se met plus nue, on la déshabille); Rome (ou la cité, l' allégorie, la muraille). Alors Elie Faure, qui a le sens des passages, montre comment les dieux renaissent, comment les barbares réintroduisent l' instinct et le sensualisme dans la volonté et le rationalisme. C'est l' "Art médiéval", soit dix siècles de dogme, d' interdictions, de machinerie sociale et religieuse, ce qui crée l' illusion collective, et ce grand murmure confus où architecture, sculpture, peinture, musique, chant et humains sont mêlés. Quand cette situation devient intolérable, c'est l' Art renaissant". L'individu se rue pour sa propre conquête. L' artiste veut tout juger, tout comprendre, tout dire par soi. L' Italie, psychiquement formée par deux siècles de guerre civile, devait fournir les hommes de ce mouvement. L' individu réclame le droit de mettre sa pensée au service des hommes. Enfin, c'est l' "Art moderne" et l' art contemporain: le romantisme et le matérialisme.

Que peut-on dire de notre époque si tragique et de l' art qu'elle suscite? Il semble qu'il y ait davantage de tout: sensualité, intellectualité, tragédie, mystère. La Révolution française a supprimé en droit les obstacles politiques et religieux entre l' intelligence et l' expérience. L'enquête totale est devenue concevable, sinon partout possible. Notre époque a repris le passé, meurtre et rut. Est-ce pour l'élever à la plus haute puissance, au plus haut amour? Nul ne le sait. Mais les maux dont nous souffrons ne peuvent que multiplier l'énergie de ce qui doit survivre et féconder. Parallèlement, Elie Faure constate qu'il n'y a plus d' art exotique. Les arts chinois, indien, mexicain, nègre, nous sont devenus un art mondial, que nous comprenons, et qui est comme l'expression d'un homme universel. Cet homme nouveau éprouve à la fois sur toute la terre les mêmes sentiments de terreur et d'ivresse -ne serait-ce que par le cinéma, dernier-né des arts. Ce psychisme unique est aussi formé par les presses mondiales, par les transports rapides, également par les grandes guerres et le brassage des races. L' unification est visible. Si Elie Faure est heureux de ce mouvement des hommes vers l'homme universel, il se refuse à croire qu'ils y parviennent jamais. Ce n'est pas la première fois qu'une telle unification a été tentée. Athènes, Alexandrie, Bruges, Florence, Rome, Paris furent des climats uniques -d'où jaillirent les plus divers styles. La fin de la sensibilité n'est pas à craindre. L' unification des intelligences est possible, mais pas celle des coeurs. "Que l'homme tende à faire de son domaine une ruche d'abeilles soit! Mais qu'il n'y parvienne nulle part... Car l'homme alors serait identique à l'abeille, un monstre surprenant, certes, mais dont l' automatisme morne inspire une sorte d'horreur". De plus en plus, l' intelligence se perfectionne et le coeur s'éclaire. Notre époque oscille entre le machinal et le sentimental, le réalisme et le romantisme. L'accord et la vérité se réaliseront plus haut. Et sans doute quelques artistes feront-ils deviner la forme de notre dieu unique. Quoi qu'il en soit, Elie Faure, après ses souhaits, ne peut que dire: "Où allons-nous? Où l'esprit de vie le voudra". Rappelons qu'Elie Faure, dans ses papiers intimes, conte l'origine de ses efforts et de sa recherche. L'idée lui en vint à l' Eglise basse d' Assise, à la vue du "Massacre des Innocents" de l'école de Giotto. Cette fresque fut pour lui le "spectacle singulier d'une harmonie souveraine jaillissant sans effort du carnage et de la cruauté, et le témoignage d'un Dieu joueur et indifférent". Un pareil consentement au destin n'est-il pas la plus haute et la plus vivante sagesse?

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12273190675?profile=originalBel exemplaire d’éventail chinois

     Outre Paris, la Normandie, le Beauvaisis, la Chine, autres maîtres incontestés qui excellent dans un travail de patience infinie (sur des éventails en fils d’ivoire par exemple), on trouve aussi une production de qualité chez les éventaillistes allemands, les ateliers d’ivoiriers d’Erbach (Hesse) s’en étant fait une spécialité, ou autrichiens, avec Vienne. Et leurs articles sont prisés dans le monde entier, particulièrement, comme on le sait, en Italie, en Espagne ou au Japon.
Japon, pays de longue tradition, les plus raffinées aimaient en arborer, comme la courtisane et poétesse Ono no Komachi, du moins ainsi la représenta-t-on (c’était ma contribution au geishavoir, « Car mon bonheur est moqueur ! », Nietzsche).

12273191294?profile=original Courtisane sous la neige, 1831
Estampe sur éventail, Uchiwa-eban, Utagawa Kunisada

Geisha


La rieuse geisha, coquette Japonaise,
Agite son ombrelle et son éventail blancs,
Se pâme au clair de lune avec des frissons d’aise,
Et pare son peignoir aux larges plis flottants,
De chrysanthèmes blancs ; coquette Japonaise.
                                                                         Fernand Prévost de Belvaux, 1903

12273191696?profile=originalPortrait réalisé au XVIIe d’Ono no Komachi (825-900)
Musée d’art oriental Edoardo Chiossone (Gênes)

     Au XXe siècle, la vogue pour l’éventail a décliné, remplacé par le vulgaire ventilateur, « un bel aérateur, pour bouffer les odeurs » (Vian), relégué au rang de vil support publicitaire. Avant de reprendre sa place dans les défilés, avec ses strass et ses paillettes, comme dans la rue, des créateurs contemporains lui apportant un nouveau souffle. Eternel recommencement, il revient dans l’air du temps...


Plus léger qu’Eole ;
Il naît et s’envole,
Renaît et s’enfuit.
                                                                  Julien Offroy de La Mettrie (1709-1751)

12273192479?profile=originalStreet art à Montmartre
Strass et paillettes font se pâmer les grisettes

« Dans la jungle de la solitude,
un beau geste d’éventail peut faire croire à un paradis. »
                                                                                        André Breton (1896-1966)

12273193483?profile=originalChérubins pourvoyeurs de doux alizés.
Un bruissement d’aile pour un dernier froufrou…

Avant que le vent mauvais de l’automne ne souffle, si vous voulez bien déposer quelques mots avant que ces feuilles ne s’envolent.

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Avec ces cinq Fantaisies j’espère avoir montré que l’objet était porteur d’art et de poésie, maintenant autant en emporte l’évent…

12273194066?profile=originalUn atelier de tabletier (Méru, Oise)
Boutons, dominos, éventails, tabletterie
Bonbons, caramels, esquimaux, chocolat

12273194866?profile=originalBoutons et petits articles (coffrets, peignes, damiers…) de la mode parisienne assuraient l’ordinaire du tabletier, occupaient les moins talentueux.

Nacre, écaille, os, bois d'ébène, corne, ivoire…

 

Formica, inox, compressé, linoléum, bakélite…

Mécanisation, standardisation, délocalisation, consommation…

Besogneux, ouvriers, gagne-petit, traîne-misère… qui se sont révoltés en 1909 à Méru et dans ses environs.  Une guerre des boutons qui durera trois mois, durement matée par la troupe.

Complainte du progrès, les arts ménagers auraient-ils chassé les arts décoratifs ?

Les espèces protégées pour un océan de plastiques…

Industrie du luxe contre production de masse ?

Lansardière Michel (texte et photos)

P. S. : si vous voulez retrouver rapidement mes quatre premiers articles consacrés à l’éventail, avec au total 40 photos originales, avec des modèles qui vont de l’Antiquité à nos jours :

La surprise de l'été :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/la-surprise-de-l-t-art...

Je sème à tout vent :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/je-s-me-tout-vent-fant...

L'art, la matière et le savoir-faire :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/l-art-la-mati-re-et-le...

Vingt fois sur le métier :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/vingt-fois-sur-le-m-tier-fantaisies-autour-d-un-ventail-4-4

Faites-en ainsi déferler - ouvrir lentement degré par degré en parlant d’un éventail - les cinq volets. Au contraire, lassés par ce billet long comme un paravent, vous pourrez préférer décharger, les ouvrir brusquement en les faisant claquer comme pour un éventail.

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     La mode est dictée à Paris. C’est à Paris que sont installées les boutiques de luxe. Mais c’est à Dieppe (ivoiriers), et plus généralement en Normandie, ou à Sainte-Geneviève, Andeville, Méru (tabletiers), dans l’Oise, que se font les montures.
Rien que pour celles-ci, de nombreux ouvriers et artistes s’emploient pour obtenir une pièce unique. Débiteurs, Monsieur, pour le gros œuvre, puis façonneurs, polisseurs, découpeurs, graveurs, sculpteurs, ces derniers se trouvant bien évidemment au sommet de la hiérarchie, s’activent. Un teinturier, un doreur, un vernisseur, un joaillier peuvent s’y joindre pour les finitions. De l’ouvrier au maître, la division artistique du travail joue à plein.

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Enfin, des peintres, et des plus fameux, interviendront pour embellir la feuille, rehausser le dessin de délicates touches de gouache.
Parmi les peintres spécialisés dans ce délicat travail citons, pour l’exemple, Gustave François Lasellaz (1848-1910) ou Maurice Lenoir (1853-1940).

Mais tous ou presque, de la petite main au grand créateur, longtemps resteront dans l’ombre.


« Je décorais des éventails. »,
                                                                         Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)

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Et Gauguin se languissait. Alors lui aussi en orna, et ne devint célèbre qu’après les Marquises.

De leur côté Katsushika Hokusai (1760-1849) ou Utagawa Kunisada (1786-1864) les faisaient rimer en de précieux poèmes visuels en réalisant des estampes sur éventail, uchiwa-eban, pendant les années de disette.

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 Deux carpes, ca 1833

Dans leur sillage, Monet, Van Gogh, Klimt…

Uchiwa-eban, Katsushika Hokusai (musée Guimet)


Ô temps suspend ton vol, laissez-nous savourer les rapides délices.

12273191277?profile=originalDessin de Félix Anthyme Aubert - ? - (1866-1940),
artiste membre du mouvement nommé, fort à propos, L’Art dans Tout

Ainsi Anthyme sera un peu moins anonyme

Et cependant réunis pour qu’élégantes, starlettes comme midinettes, se sentent transportées d’aise.

12273192278?profile=originalOn les retrouve aujourd’hui sur les étals de tous les pays.
Ici des modèles venus d’Asie, vus sur… les bords de la Mer Noire, en Bulgarie

Sur un Eventail de Mademoiselle Mallarmé, le poète développant un art épigraphique écrivit :


Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni apaiser.


Stéphane Mallarmé (1842-1898)

Le temps et les mots passant :


S’ouvre l’éventail enfoui.

Etais las, restant à t’attendre,
Le temps rongé par le malin.
Des échos se faisaient entendre.
Ensemble ont pris le dernier train.


Suzanne Walther-Siksou,
extrait de Pastiche de Eventail de Madame Mallarmé

A sa manière, Emile Gallé reprit cet art épigraphique sur ses verreries parlantes, affirmant par son savoir-faire porté au plus haut degré que « La matière pour nous est matière à poésie. »

Le vent clair
qu’est-ce donc ?
Quelque chose à aimer
sans lui donner de nom

Bienvenue au vent qui va de l’avant
Je lève ma coupe de vin à sa caresse
Je bois à la santé du vent qui va…


Su Dongpo (1036-1101)

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Chiné… à Lyon.

 

A la santé du vent qui va, donc…

A suivre…

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

Retrouvez ici mes trois premiers articles de fantaisies :

La surprise de l'été :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/la-surprise-de-l-t-articles-de-fantaisie-et-mode-de-paris-1-4

Je sème à tout vent :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/je-s-me-tout-vent-fantaisies-estivales-autour-d-un-ventail-2-4

L'art, la matière et le savoir-faire :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/l-art-la-mati-re-et-le-savoir-faire-fantaisies-autour-d-un

 

Merci Suzanne, à qui j’ai emprunté quelques vers. Qu’elle me pardonne d’avoir écorné son poème, Stéphane lui m’a déjà absout pour avoir interverti deux de ses vers dans mon précédent billet.

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Les littératures (part I): la littérature de l'absurde

Les littératures (part II): la littérature d'Afrique du sud

Les littératures (part III); la littérature d'Albanie

Les littératures (part IV): la littérature alchimique

Les littératures (Part V): les littératures allemandes

Les littératures (part VI): la littérature allégorique

Les littératures (part VII): la littérature latine

Les littératures (part VIII): la littérature mystique

Les littératures (part IX): la littérature féministe

Les littératures (part X): la littérature messianique

Les littératures (part XI): les littératures du Canada

Les littératures (Part XII): la littérature de Suède

Les littératures (part XIII): la littérature bretonne

Les littératures (part XIV): la littérature victorienne

Les littératures (part XV): la littérature dramatique romantique

Les littératures (part XVI): la littérature des contes

Les littératures (part XVII): la littérature de la Suisse romande

Les littératures (part XVIII): les littératures apocalyptique et apocryphe

Les littératures (part XIX): la littérature de l'art poétique

Les littératures (part XX): la littérature de sapience

Les littératures (part XXI): la littérature scolastique

Les littératures (part XXII): la littérature gnostique, des mystères du monde divin, des êtres célestes et de la grâce divine

Les littératures (part XXIII): la littérature épique

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administrateur théâtres

DIRE COMBRAY - MARCEL PROUST

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Jouer pour lire et dire.  

Il n'est pas  sanglé dans un  costume de dandy fin 19e, il est en habits de metteur en scène. Dans la nudité noire du plateau, assis sur une chaise de bois, Michel Voïta réussit parfaitement à installer la croyance d’être les sujets du livre lu à la chandelle: trois extraits significatifs des premiers chapitres de Du côté de chez Swann. 

Il entraîne rapidement le public dubitatif sur son oreiller d’enfant, parcourant à la manière d’un orchestre de jazz tous les moments de réveil, ces zones entre-deux où s’installent des intuitions profondes et fugaces. Contact, tout s’éclaire.   Un temps qui  convoque  de fulgurants  instantanés  de mémoire tels des étoiles filantes  et qui superpose des perceptions de temps multiples.  Nous sommes  pris à notre tour au creux du  kaléidoscope  de Marcel Proust qui balaie l’espace d’évocations tangentes et confuses. Et tout devient lumineux, révélé comme la perception soudaine   qui vous saisit lorsque l’on regarde des illusions d’optique. Un tour de force théâtral. Un défilé de personnages et d'ombres et lumières, qui nous ramènent à notre propre ressenti. Une approche originale pour mettre en valeur les textes qui nous passionnent ou nous tétanisent et de les rendre accessibles à tous.

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 « Comme c’est le cas pour bon nombre d’entre nous, le texte de « À la recherche du temps perdu » constituait une culpabilité culturelle » explique Michel Voïta dans sa note d’intention. Comme pour  nombre de  pauvres élèves à qui on infligea de pénibles dictées de mots et de souffle - dont il fallait ensuite faire  la torturante analyse logique -  les difficultés commencèrent lorsqu’il entama son travail de lecture du premier chapitre. Puis lui  vint une sorte d’illumination, une communion subite avec le narrateur  qui décrit comment, jeune garçon, il inventait un stratagème pour que Françoise accepte de porter la lettre qu’il venait d’écrire afin que sa mère monte lui dire bonsoir dans sa chambre. Une évidence lui sauta dans le cœur: « … il ne fallait pas seulement « dire » ce texte, il fallait le faire mien, le jouer, l’inventer sur le moment même. Il me fallait m’en emparer. Comme n’importe quel rôle. Il était écrit pour cela. Et, aussitôt que je l’abordai ensuite avec cet état d’esprit, le texte s’ouvrit, se dévoila, se simplifia, les phrases s’emboîtaient maintenant logiquement et un cortège d’émotions surgit. »

Et à son tour le public est  impressionné et submergé par la même évidence, celle de l’essence du sentiment amoureux à travers les perceptions cruelles de l’amour. Une collision entre la diffraction lumineuse de l’impressionnisme et la recherche intense  de l’essence des sentiments  de l' expressionnisme.  Une rencontre  enfin avec un magicien de mots, à la diction parfaite, tendu comme un arbre de vie, vibrant comme un arc - celui d’Ulysse, nul doute -  avec son orchestration subtile et juste  de  l’espace des émotions. Une voix parfaite qui plonge et s'élève dans une très large tessiture. Jouer pour lire et dire. Réussir le défi. Peut-être  reconquérir l’amour. Présenter la galerie de personnages qui sous-tendent l'oeuvre et les faire aimer. Faire d'une  représentation théâtrale le teaser d'une oeuvre monumentale.

Le public est comblé et reconnaissant devant ce troubadour, voyageur de temps et d’espace. Les amoureux de Proust ne se sentent plus de joie et les autres accèdent aux capiteuses libations, invités désormais à oser entrer dans l’œuvre et à en savourer la force évocatrice.  

http://theatre-martyrs.be/saison/dire-combray/0232A99C-552E-EB3B-8F10-4BE41AD6988C/

Mise en scène de Michel Voïta

DATES Les représentations auront lieu du 12 au 29 octobre 2016. Les mardis et samedis à 19h00, les mercredis, jeudis et vendredis à 20h15, les dimanches 16.10 & 23.10 à 16h00

GENERIQUE DU SPECTACLE JEU Michel Voïta

CO-REALISATION Théâtre Adélie 2 | La Servante

RESERVATIONS par téléphone +32 2 223 32 08 ou via le site www.theatremartyrs.be

 

Du ven. 14/10/16 au sam. 29/10/16
détail des dates
BruxellesThéâtre de la Place des Martyrs
infos sur le lieu
Tel. +32 (0)2 223 32 08
Du sam. 05/11/16 au lun. 19/12/16
détail des dates
ParisThéâtre de la Huchette
infos sur le lieu
Tel. +33 (0)1 43 2638 99

http://www.tdg.ch/culture/culture/Proust-en-veuxtu-en-Voita/story/26413720

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   A Eygalières

   une aquarelle

   d'Adyne Gohy

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a inspiré

un poème de

Raymond Martin

La Chapelle Saint Sixte

Là-haut, sur le tertre rocailleux parfumé aux senteurs provençales,

Domine sous la fraîcheur des cyprès, Saint-Sixte, romane chapelle

Dotée d’un porche bienfaisant et d’une baie campanaire déchirant l’azur

Mais hélas, frustrée du son de sonnailles de la cloche aujourd’hui disparue.

 

 

Les cigales alentours semblent remercier l’auteur d’inventaires prestigieux,

En craquetant d’olivier en olivier pour avoir gravé dans le marbre provençal,

Ce chef-d’œuvre aux fiers contreforts, à jamais éternel, ouvert aux prestigieuses  Alpilles.

Celto-Ligures, Romains, ont laissé leurs empreintes ; leurs esprits flottent encore sur  la Camargue.

 

 

Dévolution  étrange à un nom Papal, modeste chapelle, déclame à qui le comprend

Son espérance envers la sagesse universelle, la bonté, par une statuette sise sur le ‘fenestrou’  de la voûte épurée de l’autel outragé par les ans.   

 

Camargue, terre de mystères !  Saint-Sixte, les  Saintes …sont toutes proches ….. 

 

 

Raymond  Martin

 

  Juin  2016

Un partenariat d'

Arts 

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Lettres

                                                                 

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administrateur théâtres

Difficile de s’en passer…voici un festival croquignolet dirait-on dans le Routard, à propos du   Brussels Piano Festival

 

Hospitalité, cordialité et excellence sont les maître-mots de ce festival bruxellois qui se déroule chaque année dans un cadre bruxellois prestigieux, rien moins qu’une des plus belles salles de Belgique, la salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles... L’initiateur de ce festival est  Marc Castelain, lauréat du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles (classe de piano d’André Dumortier) et licencié en Musicologie (ULB) qui pourrait sûrement dire avec Leonard Bernstein « On ne vend pas la musique. On la partage. » On l’a connu et écouté avec passion sur les ondes de la RTBF (Musiq3). Il était particulièrement connu pour ses présentations d’opéra et ses émissions consacrées au piano. Cet instrument  est son porte-bonheur  et le mène aux quatre coins de la planète  pour visiter festivals et concours internationaux de piano.

C’est là qu’il repère les talents qui ne sont pas encore « phagocytés par les circuits classiques ». Chaque artiste invité est une réelle personnalité et possède ce quelque chose de particulier que les autres n’ont pas. Ainsi à l’ouverture du festival, le public a pu s’en prendre plein les oreilles avec les fulgurances pianistiques gorgées de  plaisir du jeune pianiste belge Florian Noack, remarqué comme « l’un des pianistes les plus prometteurs de la nouvelle génération ».

Florian Noack découvre le piano dès l’âge de 4 ans. Il entre  à 12 ans à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth dans le cycle pour ‘jeunes talents exceptionnels’. Il suit des master class auprès d’A.R. El Bacha, D. Bashkirov, V. Margulis et Brigitte Engerer.  Alors qu’il n’a que 14 ans, celle-ci écrivait : « J’ai été très impressionnée par sa maturité, ses grandes capacités techniques, son intelligence et sa musicalité naturelle. Pour moi, son brillant avenir de pianiste ne fait aucun doute. »

Il remporte de nombreux prix et parcourt l’Europe : passionné par les œuvres rares du répertoire romantique et post-romantique (Medtner, Liapounov, Dohnanyi…), Florian Noack est également auteur de transcriptions d’après des œuvres de Tchaïkovsky, Rachmaninov, Rimsky-Korsakov, etc. Un créatif-natif !

Il est l’invité de nombreux festivals en France, en Allemagne, en Chine, en Corée et aux Etats-Unis. La Lettre du Musicien le qualifie de « tout jeune virtuose à la sonorité éblouissante », à la suite de son récital à Lyon.

A 20 ans, il remporte le 2ème Prix et le Prix du Public au concours Rachmaninov, et, l’année suivante, le 3ème Prix au Concours International de Cologne, le 2ème au Concours International Robert Schumann et enfin, en 2013 le 1er Prix du Concours Karlrobert Kreiten.

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noack-pianiste-1300x866.jpg?itok=9EIfU2CGIl est devant nous ce soir, pour partager lors de son récital tous  les facettes généreuses de  son âme et la virtuosité de son talent.  Il a réalisé la transcription pour piano du Concerto pour quatre clavecins BWV 1065 de JS Bach, œuvre elle-même transcrite de Vivaldi. La méditation centrale est entourée de carillonnements virevoltants, c’est un festin presque jazzy, bouillonnant de couleurs. On est conquis. Ensuite viennent  les Variations sur un thème de Hüttenbrenner  D. 576.   de Schubert ciselées avec  tendresse, rondes nostalgiques, couleurs franches et sonorités flûtées, réveils de cordes qui rappellent la harpe, mais il est au piano bien sûr. Il sème à tous vents  ses accords graves vifs et claquants. Le toucher est délicat, long et caressant. Voilà la mélodie qui saute à gauche, les accords à droite ont une saveur et un art de confiseur, puis la main gauche explose de notes frappées pendant la promenade d’arpèges à droite.   Le jeu de dynamiques sautille, cabriole ! Schubert est magnifique sous le regard des statues de bois sculpté de la salle gothique  et d’un public profondément heureux.

Le charme pianistique est contagieux dans les Danses polovtsiennes de Borodin qu’il interprète dans un  arrangement personnel éblouissant. Le deus ex musica déborde d’énergie vitale et de passion bondissante. Après l’entracte il y aura les Six des Douze Etudes Transcendantes op. 11  de S. Lyapunov: Berceuse, Carillons, Tempête, Nuit d’été, Ronde des Sylphes, Lesghinka. Un déluge de puissance et de ferveur, de mystère et de bonheur que l’on peut retrouver gravé dans son dernier CD.

Ce n’est pas tout: le musicien dans l’âme et le corps offre des encore avec une pièce à la manière de Borodine de Ravel et  le Nachtbilder No.8 de Theodor Kirchner!

Notez les prochaines dates de récital du Brussels Piano Festival  Infos www.brusselspianofestival.com :

Le 11/10 : Heejae Kim (Corée), dans Chopin, Bach, Bach/Busoni et Schubert

Le 18/10 : Alberto Ferro (prix Musiq’3 du Reine Elisabeth 2016) Italie, dans Chopin, Debussy et Chostakovitch

 Le 25/10 : Tomoki Sakata, dans Mozart, Liszt, Takemitsu et Granados 

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L'AVENTURE MISS LILY (14 ans de bateau)

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PETITE MERE

 

Couplet 1 :       Petite mère se lève tôt

                        Elle part à l’usine

                        Tant de poèmes sur son dos

                        Et sa vie dégouline

 

                        Petite mère vieillit un peu

                        Elle dort au soleil

                        Ses hublots coulent quand il pleut

                        Ou quand elle a sommeil

 

Couplet 2 :       Petite mère est sage et blanche

                        Ell’ voyage en rêvant

                        Son chant peut traverser les planches

                        Il joue comme un enfant

 

                        Petite mère romanichelle

                        Se cache entre les draps

                        Dès qu’un marin monte à l’échelle

                        Ell’ lui ouvre les bras

 

Refrain :           Attends-moi j’arrive maman

                        J’ai trop laissé passer le temps

                        Est-ce que tu m’aimes un peu encore

                        Quand tu t’ennuies au fond du port ?

 

Couplet 3 :       Petite mère est un bateau

                        L’océan la désire

                        Il l’emmènera sur son dos

                        Si çà lui fait plaisir

 

                        Petite mère laisse couler

                        Le canal sur ses reins

                        Quelqu’un est venu recoller

                        Ce grand corps presque humain

 

Refrain

 

Couplet 4 :       Petite mère se lève tôt

                        Elle part à l’usine

                        Tant de poèmes sur son dos

                        Et sa vie dégouline

 

                        Petite mère a rajeuni

                        Elle n’a pas sommeil

                        Derrière le hublot je souris

                        Elle danse au soleil

 

                        Elle danse au soleil !

écrit à Montillot en 2013

 

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                                      CE SERAIT BIEN

 

                        Ce serait bien si je

                               Pouvais garder tout le vert,

                               Tout le vert de tes yeux.

                               Dans tes yeux, je vois la mer.

 

                            Il faudrait qu’un matin,

                               Comme l’océan qui dort,

                               Je te prenne la main

                               Quand nous arrivons au port.

 

                          Ce serait bien si l’on

                               Faisait une place au rêve.
                               Le temps semble moins long

                               A l’homme heureux qui se lève.

                              Il faudrait un amour

                               Doux comme le vent d’été,

                               Plein de chaleur et d’humour

                               Et tremblant de volupté.

 

                         Ce serait bien si je

                               Pouvais garder ta présence,

                               Cacher tout au fond de

                               Mon coeur notre différence.

 

                              Il faudrait un beau soir

                               Brûler notre enfance morte,

                               Ranger dans un tiroir

                               Les clés restées sur la porte.

 

                                Ce serait bien si l’on

                               Faisait des châteaux de sable,

                               Des vers de mirliton,

                               Des bêtises sous la table,

 

                                   Des courses sur la plage,

                               Avec les cheveux défaits !

                               Il faudrait un voyage

                               Qui ne finisse jamais.

 

                          Ce serait bien si je

                               Pouvais garder tout le vert,

                               Ne pas oublier que

                               Le monde tourne à l’envers.

 

                                                                                Il faudrait qu’un matin

                               D’été chaud comme la braise,

                               Je vienne dans ta main

                               Goûter la première fraise.

écrit en 1997 à Paris

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ODE A LA LOIRE

J’ai trouvé la Loire

Comme elle était belle

J’ai trouvé la Loire

Sur un bateau blanc

Je l’aimais, c’est sûr

Mais je m’en vais loin d’elle

Je l’aime, c’est sûr

Jusqu’à la fin des temps

Je l’ai traversée

Avant le pont-canal

Ses rives ensablées

Ont tracé mon chenal

J’ai gardé la Loire

Elle m’était fidèle

J’ai gardé la Loire

Contre moi bien au chaud

Elle allait parfois

Loin du monde cruel

Elle passait parfois

Par-dessus mon bachot

Elle avait la peau douce

Et je dormais le soir

Entre elle et la grande ourse

Ma bonne vieille Loire

Dans un trou profond

Je suis tombé pour elle

Dans un trou profond

En faisant un faux pas

Tout près de l’écluse

Je pense à ses dentelles

Tout près de l’écluse

Je meurs entre ses bras

Le bois touchait les pierres

L’eau manquait ici-bas

Les marins étaient fiers

De mener ce combat

Je fais des voyages

Avec les hirondelles

Je fais des voyages

Mais pas le printemps

J’ai trouvé la Loire

Quand j’ai ouvert mes ailes

J’aimerai la Loire

Jusqu’à la fin des temps

Je l’aimais c’est sûr

Et je dors avec elle

Je dors avec elle

Jusqu’à la fin des temps

Je n’ai rien vécu

Mais cette histoire est belle

Je n’ai rien vécu

Car je suis maintenant

Trop loin de la Loire

Mais j’ai chanté pour elle

J’ai quitté la Loire

Car la Seine m’attend !

écrit en 2004 à Briare

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                               VOUS LARGUEZ LES AMARRES

 

    Vous larguez les amarres un matin du mois d’août.

    J’attends votre passage avec tant de douceur.
    Entre les deux écluses, un bateau devient fou ;

    Couché sur le flanc droit, il a mal, il a peur.

 

    Vous avez pris le nom d’un voilier, d’une femme.
    Je balance le seau vers l’eau sale du port.

    Il ne vous reste plus qu’à décorer votre âme:

    La mienne est mise à nu, alors je reste au bord.

 

                   Vous mettez  le contact  et  le monde  endormi

                   Peut crever de mensonge  et de sévérité.
                   J’imagine vos mains sur le cordage, amis,

                   Vous êtes loin mais vous ne m’avez pas quittée.

 

                   Vous êtes quelque part dans un coin de ma tête,

                   Braves marins d’eau douce  ou fringuants capitaines,

                   Vous laissez dans ma joie l’empreinte de vos fêtes.
                   Je vais m’y réfugier quand le temps se déchaîne.

 

                   Vous êtes déjà là, je ne vous attends plus,

                   Vous accrochez vos rêves à mon arbre ravi.
                   Mon hélice a tremblé, mes cordes se sont tues :

                   En nous reconnaissant, nous inventons la vie.

                   J’ai largué les amarres un matin du mois d’août.

                   Vous me voyez passer avec tant de douceur.

                   En sortant de l’écluse, un bateau vient vers vous,

                   Il a pris le départ, il vous ouvre son coeur.

 

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Procès à L'Aréopage

Jupiter entouré de sa divine cour,
Doit rendre son verdict avant la fin du jour.
Il s'agit du procès d'Espérance, accusée
De se jouer des hommes et de les abuser.

Tous les dieux sont présents. Pluton fut l'orateur,
Se montra c'est certain sévère accusateur.
Le splendide Apollon, affirma l'innocence,
De la nymphe affligée par tant de violence.

Est-elle ou non coupable? Elle a souvent déçu.
Échecs de projets cependant bien conçus.
Une foule partout dans un parfait silence
Attend que soit rendue l'imminente sentence.

Un message envoyé répand enfin la joie.
Jupiter a tranché en imposant son choix:
« Laissons-la s'envoler ! Qu'elle aille à ses affaires!
Elle aide les humains dont la vie est amère.

C'est pourquoi de nos jours, par sa seule présence,
Épargnée des soupçons et de la médisance,
La nymphe gracieuse apaise les douleurs
Stimule ceux qui osent et écarte les peurs.

10 mars 2004

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Le château d’or

« N’aie pas peur, je ne te quitte jamais.

Je suis ton ange gardien de toujours,

Depuis la nuit des temps, jusqu’à la nuit des temps

Je t’accompagne à chaque pas et veille sur toi. »

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 Voici le septième ouvrage de La Lyre d’Alizé, un livre d’or lumineux illustrant avec éclat et douceur l’histoire d’anniversaire destinée autant aux enfants qu’à leurs aînés, tant il parle au cœur et le soutient pour accomplir son projet de vie à travers les péripéties de l’existence. L’artiste peintre apporte ici son inspiration empreinte de dévotion sous forme d’Imaginations vives et sensibles pour évoquer ce grand mystère de l’innatalité, de l’incarnation de l’âme qui vient, dotée de tous les dons divins et les cadeaux célestes des grands anges. Le texte poétique libre est conté à chaque petite fête d’anniversaire et les enfants de L’Oiseau Lyre écoutent avec intensité et participent joyeusement.

 

Texte de Rébecca Terniak
Aquarelles de Marie-Christine Serventi
40 pages couleur dont 20 aquarelles originales
format 240 x 240 mm
Ed. La Lyre d’Alizé, juillet 2016
Novoprint Juillet 2016 - 22 €
Pour enfants et familles

 

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Requiem pour une perdrix

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Des plumes duveteuses, ailes d'ange brisées
et petit à petit, de la chair apparaît.
rose bonbon, devenue émouvante chose.

Le tueur sans mémoire et sans aucun remords,
offrira, à sa table, sans doute fièrement,
l'énergie retombée de ce bel oiseau mort,

Mais dans les bois touffus, colorés de l'automne,
le vent de vie ardent qui secoue et qui sème,
soufflera dans la nuit, un vibrant requiem.

25/10/1997

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Du 07 – 09 au 25 – 09 -16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), a eu le plaisir de présenter les œuvres de l’artiste peintre française, Madame MARIE-CLAIRE HOUMEAU, au cours d’une exposition intitulée TRANSPARENCES.

TRANSPARENCES est avant tout une étude extrêmement fouillée sur la matière. Il faut entendre par là une étude sur la philosophie de la matière. En cela, son œuvre atteint une dimension métaphysique. A la fois par l’éclairage apporté au sujet traité, à savoir le verre, mais aussi par la mise en situation spatiale du même sujet.

Le verre, décliné sous les traits de l’ampoule et de la bouteille, le dénominateur commun entre ces deux objets, réside dans le fait qu’il s’agit de verre brisé, lequel, une fois reconstitué par le truchement de l’imaginaire, recompose la forme initiale : l’ampoule et la bouteille telles qu’elles existent dans la réalité.

L’artiste se sert de la peinture pour nous rappeler une leçon de physique : le verre, qu’il compose une forme définie ou qu’il soit réduit en brisures, demeure toujours du verre. Dès lors, l’artiste rend la matière virginale, virtuellement inaltérée. Forme et idée, même désarticulées, retournent à l’entité originelle.

L’AMPOULE BRISEE (80 x 80 cm – huile sur toile),

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gisant au sol rappelle sa fonction première : celle de diffuser la lumière. A la fois par ce qui reste de sa forme initiale : le verre ayant gardé sa morphologie convexe, avec ses côtés clair et obscur évoquant l’intérieur et l’extérieur de l’ampoule. Le ressort permettant le passage du courant et le culot destiné à être vissé à la lampe. Cela vaut pour la forme ou si l’on veut, pour le « concept ». Quant à l’idée, elle est exprimée par la brillance à outrance de l’arrière-plan, conçu dans un blanc éclatant, mettant en exergue la destination première de l’objet : celle d’illuminer l’espace.

Il en va de même en ce qui concerne la BOUTEILLE BLEUE (90 x 90 cm – huile sur toile).

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Ses débris reposent à même le sol. On éprouve le sentiment d’avoir devant soi les différentes pièces d’un puzzle devant être monté pour retrouver la forme originale. Le rôle de l’arrière-plan demeure le même : il met en relief les pièces éclatées pour en relever leur matérialité.

A l’instar de l’ampoule, la couleur acquiert une symbolique inconsciente. Le bleu de la bouteille contraste avec le blanc de l’espace enveloppant.

Ce qui confère à l’ensemble une atmosphère assez froide. Peut-être même dangereuse par certains aspects, car à effleurer la toile du doigt, on a le sentiment de pouvoir se couper.

Le verre est conçu dans toutes ses anfractuosités et ses transparences (d’où le titre de l’exposition). La symbolique menaçante et mystérieuse du bleu de la bouteille excite notre désir, en conjuguant notre peur du verre tranchant au désir de nous y plonger pour ressentir physiquement les effets de cet univers. Tandis qu’en ce qui concerne l’AMPOULE BRISEE (citée plus haut), la chaleur (même éteinte) qu’elle dégage nous inspire un sentiment de réconfort.

La matière (servante absolue du concept) et l’idée se conjuguent pour établir à partir de l’image, tout ce qu’il y a de faussement désagrégé et de déstructuré, obligeant ainsi le visiteur à lui conférer une âme, c'est-à-dire une dynamique à cet univers en suspension.

L’ensemble des pièces occupe, à la fois, le centre ainsi que les extrémités de l’espace. Le traitement de la bouteille est conçu presque en diagonale. Tandis que l’ampoule s’étale sur tout le centre de la composition, laissant à l’espace enveloppant (à l’avant comme à l’arrière-plan) la tâche de centrer le sujet dans un halo de lumière.

PLANETE EN FUMEE (80 x 80 cm – huile sur toile)

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participe de ce qui distingue la plupart des artistes d’aujourd’hui, à savoir la mise en scène d’une symbolique personnelle, très souvent associée à des problématiques contemporaines. Cette œuvre exprime symboliquement la décision irrévocable d’arrêter de fumer de la part de l’artiste. La sphère représente notre planète de laquelle s’échappe de la fumée. Il s’agit de la manifestation d’une libération personnelle associée au drame de la pollution. A l’instar de la BOUTEILLE BRISEE (citée plus haut), nous retrouvons la même note bleue mais exprimée en dégradés entremêlée au blanc. Santé personnelle et écologie sont ici intimement liées.

Techniquement considéré, l’artiste a d’abord abordé l’espace par le noir de l’arrière-plan, sur lequel elle a défini la sphère à la fois corporelle et terrestre, laquelle va en se libérant des chaînes de la pollution tabagique. Le bleu est ensuite appliqué par transparence, à partir de l’arrière-plan noir, représenté comme toxique. Cette œuvre se définit dialectiquement par rapport au mal (personnel et universel) à combattre. La lumière devient son aboutissement.

TRANSPARENCES est le résultat par lequel l’ombre se dilue pour faire place à la clarté. Elle participe d’une « brisure » (comme l’artiste le définit elle-même) dans sa vie personnelle.

Mais la fracture n’est pas destinée à demeurer telle quelle. La brisure n’est pas condamnée à suinter dans le pus du désespoir : elle devient la condition sine qua non à la reconstruction. Et cela se perçoit dans le sentiment du « puzzle » que le visiteur est tenté de reconstituer pour revenir à l’image basique de sa propre existence. Autodidacte, l’artiste peint depuis quinze ans. Elle a débuté par l’aquarelle qu’elle a pratiquée pendant cinq ans pour se diriger ensuite vers l’huile, utilisée de façon pure, sans adjuvants. Elle a voulu entamer son parcours créatif sans se référer à aucun nom de la peinture. Ce n’est qu’aujourd’hui, en constatant sa progression créatrice, qu’elle visite les principaux piliers de l’histoire de l’Art. Nul doute que le visiteur aura remarqué que l’artiste est attirée par les formes sphériques. Cela s’explique par la symbolique de la sphère, laquelle est, à la fois, une métaphore du globe terrestre ainsi que de l’œuf et du ventre féminin en gestation. Par conséquent, l’image de la sphère nous ramène à la vie. A la recherche de nouvelles idées, l’artiste compte persévérer dans ce cheminement créateur. Ses sujets précédents sont drastiquement différents de sa production actuelle. Mais on y décèle déjà la grande maîtrise du trait et surtout de la couleur dont elle semble être amoureuse. De son propre aveu, c’est la première fois qu’elle expose la thématique des sphères, curieuse de découvrir la réaction du visiteur.

MARIE-CLAIRE HOUMEAU analyse la brisure humaine et la met en scène à l’intérieur de l’espace pictural, lequel devient, par la sensualité à vif du traitement qu’elle lui accorde, celui de l’espace de l’âme.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

 

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François Speranza et Marie-Claire Houmeau: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(25 septembre 2016 photo Robert Paul)

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Exposition Marie-Claire Houmeau à l'Espace Art Gallery en septembre 2016 - Photo Espace Art Gallery

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administrateur théâtres

02_4436.jpg"Le roi nu"

Présenté au Festival d’Avignon cet été et joué sous chapiteau à Louvain-la-Neuve les derniers jours de septembre, Le Roi nu  a fait recette. Cette  collaboration artistique  entre l’Atelier Jean Vilar, la Maison Ephémère et les Baladins du Miroir se base sur une pièce écrite en 1934 par Evguéni Schwartz,  auteur russe dénonçant le régime totalitaire.

 La recette : inspirée  du savant mélange de  trois contes d’Andersen (La Princesse au petit poisLe Garçon porcher et Les Habits neufs de l’empereur), l’auteur a désossé les nervures du conte traditionnel pour  les fondre dans une fable moderne percutante. La mise en scène jubilatoire a  chemisé le tout  de chorégraphie musclée, de costumes et grimages aussi savoureux que satiriques et et aromatisé l’ensemble de musiques étincelantes balançant  entre rock et chansons d’amour. La pièce montée finit par prendre des allures de joyeuse comédie musicale tellement l’orchestration des nez de cochon et les versets chantés sont joyeusement cadencés. Il restera sur vos papilles un goût caramélisé de divertissement et le zeste d'une vive leçon donnée aux grands de ce monde, ou à ceux qui se croient l’être. Sublime pâté d'alouettes!

Henri  - un garçon porcher, pas le roi de la poule au pot -  aime Henriette, la fille d’un Roi.   Henriette est  bien sûr contrariée dans ses amours ancillaires et envoyée sur le champ comme promise au « Roi d’à côté » qui n’a rien du charme de Riquet à la Houppe ni d'un quelconque crooner. Jusque-là,  décemment vêtu de munificents atours et halluciné par  sa propre splendeur, il  rêve seulement de se procurer une nymphe pure et de noble race ! Rien que cela, lui qui est difforme, laid, vieux, égoïste et absolument rébarbatif !  « Le faste, voilà le grand soutien du trône! » clame-t-il, sans rire ! Ce sera sa perte !   

On assiste aux multiples préparatifs du mariage sur fond de folie et de  vulgarité, épicée de parodies  où l’on rit de très bon cœur. Le public applaudirait bien debout car toute la classe gouvernante sans classe, d’ici et d’ailleurs est dans le viseur. Le jeune porcher - il est beau comme un berger ! - est bien déterminé à déjouer les arrangements parentaux et la bergère est tout-à-fait d’accord.  Leurs  atouts sont la sincérité, la grâce, l’intelligence, mais surtout, l’amour. De stratagème en stratagème, on s’achemine vers la victoire incontestable des tourtereaux et la chute délectable d’un roi totalement mis à nu.

Le grain de sel : secouez ce merveilleux sac à malices,  ajoutez une bonne dose  d‘étoiles dans les yeux et conseillez le spectacle à 10 de vos meilleurs amis,  si par aventure, le chapiteau en liesse plantait son décor à deux pas de chez eux ! 

Balançons donc leur programme, à ces merveilleux Baladins du Miroir et vivent les alouettes! 

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Le Roi nu

Evguéni Schwartz

Traduction André Markowicz
Mise en scène Guy Theunissen
Avec Hugo Adam, Line Adam, Allan Bertin, Andreas Christou, Stéphanie Coppé, Joséphine De Surmont, Monique Gelders, Aurélie Goudaer, François Houart, Geneviève Knoops, Diego Lopez Saez, David Matarasso, Virginie Pierre

  • Création
  • 20 septembre au 3 octobre 2016
  • Sous chapiteau - Parking Baudouin Ier
  • Durée : 2h30 entracte compris

Bruxelles

LE ROI NU
09/12/2016 - 18/12/2016
Place André Payfa Fosseprez
NOUVEAU SPECTACLE !
LE ROI NU
03/02/2017 20:00 - 12/02/2017 16:00
Parc d'Avroy
En partenariat avec le Théâtre de Liège et le Ville de Liège
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♦ In memoriam

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Ce qui est, ce qui n’est pas, et pourquoi, pourquoi pas

Bonjour, bonsoir, et le temps, les soleils et la brume

Les gens, les chercheurs d’or, les moineaux de bitume

Les résidents, les migrants, qui est au bon endroit ?

 

La vie, et l’Idéal mais avec l’âge, avec l’âge

S’en vont mourir les rêves si ce n’est le courage

 

Les pierrots de la plume, les décrocheurs de lune,

Les dés, les pas du hasard, les oiseaux déguisés

Croire au ciel, ne croire en rien, le fil de l’araignée

Les apprentis et les vieux, qu’est-ce donc, la fortune ?

 

La vie, et le Bonheur mais avec l’âge, avec l’âge

Si peu nous pouvons sauver et guère davantage

 

Qui parle fort, qui promet, qui tient à ses secrets

Les mystères du charme, du sourire à la larme

Une poignée de sable, un instant qui tout désarme

L’eau passant sous un pont, qu’en est-il des regrets ?

 

La vie, et les Amours, mais avec l’âge, avec l’âge

S’effacent leur romance et trois mots de marque-page

 

L’arbre, le vent, les saisons, les photos de famille

Les moulins de toujours, l’école du vrai, du faux

Un cheval au galop, les vagues et les bateaux

Les robes légères, les portraits de jeunes filles

 

La vie, et la Vie encore, avec l’âge, et avec l’âge

Qu’y a-t-il à se dire à la fois rebelle et sage ?

 

Au reste, je suis l’âge de l’effet papillon

Mon sanctuaire est ouvert aux détails qui traversent

Le temps, l’espace et qui avec aisance conversent

Avec ce qui m’est cher … En dehors de la raison

 

En dehors de la raison, ennemi de l’esprit

Libre, de ces élans, de ces ailes généreuses

Je n’aime qu’à déraison, la seule voie heureuse

D’un monde bien meilleur qu’il soit soleil ou bien pluie

 

La vie, et la Vie encore, avec l’âge et avec l’âge

Ce monde est-il sérieux si la raison n’est que rage ?

 

Fi de la raison, ce tort des idées toutes faites

Bien connues, bien pendues aux palabres attendus

Je veux encore et encore, augmenter mon vécu

Au menu des impromptus, des gros cœurs à la fête

 

Un carnaval, un bal, des manèges, des jardins,

Les guitares de rue, les gitanes de la danse

Les colliers de musique, les sentiments en balance

Le face à face à la mer, l’univers dans ta main

 

Et cetera, je ne sais mieux dire tout ce que j’aime

Mes attaches à tout, c’est toi, amour et poème

 

 

© Gil DEF - 07.01.2016

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