Publications en exclusivité (3147)
DIRE COMBRAY - MARCEL PROUST
Jouer pour lire et dire.
Il n'est pas sanglé dans un costume de dandy fin 19e, il est en habits de metteur en scène. Dans la nudité noire du plateau, assis sur une chaise de bois, Michel Voïta réussit parfaitement à installer la croyance d’être les sujets du livre lu à la chandelle: trois extraits significatifs des premiers chapitres de Du côté de chez Swann.
Il entraîne rapidement le public dubitatif sur son oreiller d’enfant, parcourant à la manière d’un orchestre de jazz tous les moments de réveil, ces zones entre-deux où s’installent des intuitions profondes et fugaces. Contact, tout s’éclaire. Un temps qui convoque de fulgurants instantanés de mémoire tels des étoiles filantes et qui superpose des perceptions de temps multiples. Nous sommes pris à notre tour au creux du kaléidoscope de Marcel Proust qui balaie l’espace d’évocations tangentes et confuses. Et tout devient lumineux, révélé comme la perception soudaine qui vous saisit lorsque l’on regarde des illusions d’optique. Un tour de force théâtral. Un défilé de personnages et d'ombres et lumières, qui nous ramènent à notre propre ressenti. Une approche originale pour mettre en valeur les textes qui nous passionnent ou nous tétanisent et de les rendre accessibles à tous.
« Comme c’est le cas pour bon nombre d’entre nous, le texte de « À la recherche du temps perdu » constituait une culpabilité culturelle » explique Michel Voïta dans sa note d’intention. Comme pour nombre de pauvres élèves à qui on infligea de pénibles dictées de mots et de souffle - dont il fallait ensuite faire la torturante analyse logique - les difficultés commencèrent lorsqu’il entama son travail de lecture du premier chapitre. Puis lui vint une sorte d’illumination, une communion subite avec le narrateur qui décrit comment, jeune garçon, il inventait un stratagème pour que Françoise accepte de porter la lettre qu’il venait d’écrire afin que sa mère monte lui dire bonsoir dans sa chambre. Une évidence lui sauta dans le cœur: « … il ne fallait pas seulement « dire » ce texte, il fallait le faire mien, le jouer, l’inventer sur le moment même. Il me fallait m’en emparer. Comme n’importe quel rôle. Il était écrit pour cela. Et, aussitôt que je l’abordai ensuite avec cet état d’esprit, le texte s’ouvrit, se dévoila, se simplifia, les phrases s’emboîtaient maintenant logiquement et un cortège d’émotions surgit. »
Et à son tour le public est impressionné et submergé par la même évidence, celle de l’essence du sentiment amoureux à travers les perceptions cruelles de l’amour. Une collision entre la diffraction lumineuse de l’impressionnisme et la recherche intense de l’essence des sentiments de l' expressionnisme. Une rencontre enfin avec un magicien de mots, à la diction parfaite, tendu comme un arbre de vie, vibrant comme un arc - celui d’Ulysse, nul doute - avec son orchestration subtile et juste de l’espace des émotions. Une voix parfaite qui plonge et s'élève dans une très large tessiture. Jouer pour lire et dire. Réussir le défi. Peut-être reconquérir l’amour. Présenter la galerie de personnages qui sous-tendent l'oeuvre et les faire aimer. Faire d'une représentation théâtrale le teaser d'une oeuvre monumentale.
Le public est comblé et reconnaissant devant ce troubadour, voyageur de temps et d’espace. Les amoureux de Proust ne se sentent plus de joie et les autres accèdent aux capiteuses libations, invités désormais à oser entrer dans l’œuvre et à en savourer la force évocatrice.
http://theatre-martyrs.be/saison/dire-combray/0232A99C-552E-EB3B-8F10-4BE41AD6988C/
Mise en scène de Michel Voïta
DATES Les représentations auront lieu du 12 au 29 octobre 2016. Les mardis et samedis à 19h00, les mercredis, jeudis et vendredis à 20h15, les dimanches 16.10 & 23.10 à 16h00
GENERIQUE DU SPECTACLE JEU Michel Voïta
CO-REALISATION Théâtre Adélie 2 | La Servante
RESERVATIONS par téléphone +32 2 223 32 08 ou via le site www.theatremartyrs.be
| Bruxelles | Théâtre de la Place des Martyrs infos sur le lieu | Tel. +32 (0)2 223 32 08 | |
| Paris | Théâtre de la Huchette infos sur le lieu | Tel. +33 (0)1 43 2638 99 |
http://www.tdg.ch/culture/culture/Proust-en-veuxtu-en-Voita/story/26413720
A Eygalières
une aquarelle
d'Adyne Gohy
a inspiré
un poème de
Raymond Martin
La Chapelle Saint Sixte
Là-haut, sur le tertre rocailleux parfumé aux senteurs provençales,
Domine sous la fraîcheur des cyprès, Saint-Sixte, romane chapelle
Dotée d’un porche bienfaisant et d’une baie campanaire déchirant l’azur
Mais hélas, frustrée du son de sonnailles de la cloche aujourd’hui disparue.
Les cigales alentours semblent remercier l’auteur d’inventaires prestigieux,
En craquetant d’olivier en olivier pour avoir gravé dans le marbre provençal,
Ce chef-d’œuvre aux fiers contreforts, à jamais éternel, ouvert aux prestigieuses Alpilles.
Celto-Ligures, Romains, ont laissé leurs empreintes ; leurs esprits flottent encore sur la Camargue.
Dévolution étrange à un nom Papal, modeste chapelle, déclame à qui le comprend
Son espérance envers la sagesse universelle, la bonté, par une statuette sise sur le ‘fenestrou’ de la voûte épurée de l’autel outragé par les ans.
Camargue, terre de mystères ! Saint-Sixte, les Saintes …sont toutes proches …..
Raymond Martin
Juin 2016
Un partenariat d'
Arts
Lettres
Difficile de s’en passer…voici un festival croquignolet dirait-on dans le Routard, à propos du Brussels Piano Festival
Hospitalité, cordialité et excellence sont les maître-mots de ce festival bruxellois qui se déroule chaque année dans un cadre bruxellois prestigieux, rien moins qu’une des plus belles salles de Belgique, la salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles... L’initiateur de ce festival est Marc Castelain, lauréat du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles (classe de piano d’André Dumortier) et licencié en Musicologie (ULB) qui pourrait sûrement dire avec Leonard Bernstein « On ne vend pas la musique. On la partage. » On l’a connu et écouté avec passion sur les ondes de la RTBF (Musiq3). Il était particulièrement connu pour ses présentations d’opéra et ses émissions consacrées au piano. Cet instrument est son porte-bonheur et le mène aux quatre coins de la planète pour visiter festivals et concours internationaux de piano.
C’est là qu’il repère les talents qui ne sont pas encore « phagocytés par les circuits classiques ». Chaque artiste invité est une réelle personnalité et possède ce quelque chose de particulier que les autres n’ont pas. Ainsi à l’ouverture du festival, le public a pu s’en prendre plein les oreilles avec les fulgurances pianistiques gorgées de plaisir du jeune pianiste belge Florian Noack, remarqué comme « l’un des pianistes les plus prometteurs de la nouvelle génération ».
Florian Noack découvre le piano dès l’âge de 4 ans. Il entre à 12 ans à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth dans le cycle pour ‘jeunes talents exceptionnels’. Il suit des master class auprès d’A.R. El Bacha, D. Bashkirov, V. Margulis et Brigitte Engerer. Alors qu’il n’a que 14 ans, celle-ci écrivait : « J’ai été très impressionnée par sa maturité, ses grandes capacités techniques, son intelligence et sa musicalité naturelle. Pour moi, son brillant avenir de pianiste ne fait aucun doute. »
Il remporte de nombreux prix et parcourt l’Europe : passionné par les œuvres rares du répertoire romantique et post-romantique (Medtner, Liapounov, Dohnanyi…), Florian Noack est également auteur de transcriptions d’après des œuvres de Tchaïkovsky, Rachmaninov, Rimsky-Korsakov, etc. Un créatif-natif !
Il est l’invité de nombreux festivals en France, en Allemagne, en Chine, en Corée et aux Etats-Unis. La Lettre du Musicien le qualifie de « tout jeune virtuose à la sonorité éblouissante », à la suite de son récital à Lyon.
A 20 ans, il remporte le 2ème Prix et le Prix du Public au concours Rachmaninov, et, l’année suivante, le 3ème Prix au Concours International de Cologne, le 2ème au Concours International Robert Schumann et enfin, en 2013 le 1er Prix du Concours Karlrobert Kreiten.

Il est devant nous ce soir, pour partager lors de son récital tous les facettes généreuses de son âme et la virtuosité de son talent. Il a réalisé la transcription pour piano du Concerto pour quatre clavecins BWV 1065 de JS Bach, œuvre elle-même transcrite de Vivaldi. La méditation centrale est entourée de carillonnements virevoltants, c’est un festin presque jazzy, bouillonnant de couleurs. On est conquis. Ensuite viennent les Variations sur un thème de Hüttenbrenner D. 576. de Schubert ciselées avec tendresse, rondes nostalgiques, couleurs franches et sonorités flûtées, réveils de cordes qui rappellent la harpe, mais il est au piano bien sûr. Il sème à tous vents ses accords graves vifs et claquants. Le toucher est délicat, long et caressant. Voilà la mélodie qui saute à gauche, les accords à droite ont une saveur et un art de confiseur, puis la main gauche explose de notes frappées pendant la promenade d’arpèges à droite. Le jeu de dynamiques sautille, cabriole ! Schubert est magnifique sous le regard des statues de bois sculpté de la salle gothique et d’un public profondément heureux.
Le charme pianistique est contagieux dans les Danses polovtsiennes de Borodin qu’il interprète dans un arrangement personnel éblouissant. Le deus ex musica déborde d’énergie vitale et de passion bondissante. Après l’entracte il y aura les Six des Douze Etudes Transcendantes op. 11 de S. Lyapunov: Berceuse, Carillons, Tempête, Nuit d’été, Ronde des Sylphes, Lesghinka. Un déluge de puissance et de ferveur, de mystère et de bonheur que l’on peut retrouver gravé dans son dernier CD.
Ce n’est pas tout: le musicien dans l’âme et le corps offre des encore avec une pièce à la manière de Borodine de Ravel et le Nachtbilder No.8 de Theodor Kirchner!
Notez les prochaines dates de récital du Brussels Piano Festival Infos www.brusselspianofestival.com :
Le 11/10 : Heejae Kim (Corée), dans Chopin, Bach, Bach/Busoni et Schubert
Le 18/10 : Alberto Ferro (prix Musiq’3 du Reine Elisabeth 2016) Italie, dans Chopin, Debussy et Chostakovitch
Le 25/10 : Tomoki Sakata, dans Mozart, Liszt, Takemitsu et Granados
PETITE MERE
Couplet 1 : Petite mère se lève tôt
Elle part à l’usine
Tant de poèmes sur son dos
Et sa vie dégouline
Petite mère vieillit un peu
Elle dort au soleil
Ses hublots coulent quand il pleut
Ou quand elle a sommeil
Couplet 2 : Petite mère est sage et blanche
Ell’ voyage en rêvant
Son chant peut traverser les planches
Il joue comme un enfant
Petite mère romanichelle
Se cache entre les draps
Dès qu’un marin monte à l’échelle
Ell’ lui ouvre les bras
Refrain : Attends-moi j’arrive maman
J’ai trop laissé passer le temps
Est-ce que tu m’aimes un peu encore
Quand tu t’ennuies au fond du port ?
Couplet 3 : Petite mère est un bateau
L’océan la désire
Il l’emmènera sur son dos
Si çà lui fait plaisir
Petite mère laisse couler
Le canal sur ses reins
Quelqu’un est venu recoller
Ce grand corps presque humain
Refrain
Couplet 4 : Petite mère se lève tôt
Elle part à l’usine
Tant de poèmes sur son dos
Et sa vie dégouline
Petite mère a rajeuni
Elle n’a pas sommeil
Derrière le hublot je souris
Elle danse au soleil
Elle danse au soleil !
écrit à Montillot en 2013
CE SERAIT BIEN
Ce serait bien si je
Pouvais garder tout le vert,
Tout le vert de tes yeux.
Dans tes yeux, je vois la mer.
Il faudrait qu’un matin,
Comme l’océan qui dort,
Je te prenne la main
Quand nous arrivons au port.
Ce serait bien si l’on
Faisait une place au rêve.
Le temps semble moins long
A l’homme heureux qui se lève.
Il faudrait un amour
Doux comme le vent d’été,
Plein de chaleur et d’humour
Et tremblant de volupté.
Ce serait bien si je
Pouvais garder ta présence,
Cacher tout au fond de
Mon coeur notre différence.
Il faudrait un beau soir
Brûler notre enfance morte,
Ranger dans un tiroir
Les clés restées sur la porte.
Ce serait bien si l’on
Faisait des châteaux de sable,
Des vers de mirliton,
Des bêtises sous la table,
Des courses sur la plage,
Avec les cheveux défaits !
Il faudrait un voyage
Qui ne finisse jamais.
Ce serait bien si je
Pouvais garder tout le vert,
Ne pas oublier que
Le monde tourne à l’envers.
Il faudrait qu’un matin
D’été chaud comme la braise,
Je vienne dans ta main
Goûter la première fraise.
écrit en 1997 à Paris
ODE A LA LOIRE
J’ai trouvé la Loire
Comme elle était belle
J’ai trouvé la Loire
Sur un bateau blanc
Je l’aimais, c’est sûr
Mais je m’en vais loin d’elle
Je l’aime, c’est sûr
Jusqu’à la fin des temps
Je l’ai traversée
Avant le pont-canal
Ses rives ensablées
Ont tracé mon chenal
J’ai gardé la Loire
Elle m’était fidèle
J’ai gardé la Loire
Contre moi bien au chaud
Elle allait parfois
Loin du monde cruel
Elle passait parfois
Par-dessus mon bachot
Elle avait la peau douce
Et je dormais le soir
Entre elle et la grande ourse
Ma bonne vieille Loire
Dans un trou profond
Je suis tombé pour elle
Dans un trou profond
En faisant un faux pas
Tout près de l’écluse
Je pense à ses dentelles
Tout près de l’écluse
Je meurs entre ses bras
Le bois touchait les pierres
L’eau manquait ici-bas
Les marins étaient fiers
De mener ce combat
Je fais des voyages
Avec les hirondelles
Je fais des voyages
Mais pas le printemps
J’ai trouvé la Loire
Quand j’ai ouvert mes ailes
J’aimerai la Loire
Jusqu’à la fin des temps
Je l’aimais c’est sûr
Et je dors avec elle
Je dors avec elle
Jusqu’à la fin des temps
Je n’ai rien vécu
Mais cette histoire est belle
Je n’ai rien vécu
Car je suis maintenant
Trop loin de la Loire
Mais j’ai chanté pour elle
J’ai quitté la Loire
Car la Seine m’attend !
écrit en 2004 à Briare
VOUS LARGUEZ LES AMARRES
Vous larguez les amarres un matin du mois d’août.
J’attends votre passage avec tant de douceur.
Entre les deux écluses, un bateau devient fou ;
Couché sur le flanc droit, il a mal, il a peur.
Vous avez pris le nom d’un voilier, d’une femme.
Je balance le seau vers l’eau sale du port.
Il ne vous reste plus qu’à décorer votre âme:
La mienne est mise à nu, alors je reste au bord.
Vous mettez le contact et le monde endormi
Peut crever de mensonge et de sévérité.
J’imagine vos mains sur le cordage, amis,
Vous êtes loin mais vous ne m’avez pas quittée.
Vous êtes quelque part dans un coin de ma tête,
Braves marins d’eau douce ou fringuants capitaines,
Vous laissez dans ma joie l’empreinte de vos fêtes.
Je vais m’y réfugier quand le temps se déchaîne.
Vous êtes déjà là, je ne vous attends plus,
Vous accrochez vos rêves à mon arbre ravi.
Mon hélice a tremblé, mes cordes se sont tues :
En nous reconnaissant, nous inventons la vie.
J’ai largué les amarres un matin du mois d’août.
Vous me voyez passer avec tant de douceur.
En sortant de l’écluse, un bateau vient vers vous,
Il a pris le départ, il vous ouvre son coeur.
Jupiter entouré de sa divine cour,
Doit rendre son verdict avant la fin du jour.
Il s'agit du procès d'Espérance, accusée
De se jouer des hommes et de les abuser.
Tous les dieux sont présents. Pluton fut l'orateur,
Se montra c'est certain sévère accusateur.
Le splendide Apollon, affirma l'innocence,
De la nymphe affligée par tant de violence.
Est-elle ou non coupable? Elle a souvent déçu.
Échecs de projets cependant bien conçus.
Une foule partout dans un parfait silence
Attend que soit rendue l'imminente sentence.
Un message envoyé répand enfin la joie.
Jupiter a tranché en imposant son choix:
« Laissons-la s'envoler ! Qu'elle aille à ses affaires!
Elle aide les humains dont la vie est amère.
C'est pourquoi de nos jours, par sa seule présence,
Épargnée des soupçons et de la médisance,
La nymphe gracieuse apaise les douleurs
Stimule ceux qui osent et écarte les peurs.
10 mars 2004
Le château d’or
« N’aie pas peur, je ne te quitte jamais.
Je suis ton ange gardien de toujours,
Depuis la nuit des temps, jusqu’à la nuit des temps
Je t’accompagne à chaque pas et veille sur toi. »
Voici le septième ouvrage de La Lyre d’Alizé, un livre d’or lumineux illustrant avec éclat et douceur l’histoire d’anniversaire destinée autant aux enfants qu’à leurs aînés, tant il parle au cœur et le soutient pour accomplir son projet de vie à travers les péripéties de l’existence. L’artiste peintre apporte ici son inspiration empreinte de dévotion sous forme d’Imaginations vives et sensibles pour évoquer ce grand mystère de l’innatalité, de l’incarnation de l’âme qui vient, dotée de tous les dons divins et les cadeaux célestes des grands anges. Le texte poétique libre est conté à chaque petite fête d’anniversaire et les enfants de L’Oiseau Lyre écoutent avec intensité et participent joyeusement.
Texte de Rébecca Terniak
Aquarelles de Marie-Christine Serventi
40 pages couleur dont 20 aquarelles originales
format 240 x 240 mm
Ed. La Lyre d’Alizé, juillet 2016
Novoprint Juillet 2016 - 22 €
Pour enfants et familles
Des plumes duveteuses, ailes d'ange brisées
et petit à petit, de la chair apparaît.
rose bonbon, devenue émouvante chose.
Le tueur sans mémoire et sans aucun remords,
offrira, à sa table, sans doute fièrement,
l'énergie retombée de ce bel oiseau mort,
Mais dans les bois touffus, colorés de l'automne,
le vent de vie ardent qui secoue et qui sème,
soufflera dans la nuit, un vibrant requiem.
25/10/1997
Du 07 – 09 au 25 – 09 -16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), a eu le plaisir de présenter les œuvres de l’artiste peintre française, Madame MARIE-CLAIRE HOUMEAU, au cours d’une exposition intitulée TRANSPARENCES.
TRANSPARENCES est avant tout une étude extrêmement fouillée sur la matière. Il faut entendre par là une étude sur la philosophie de la matière. En cela, son œuvre atteint une dimension métaphysique. A la fois par l’éclairage apporté au sujet traité, à savoir le verre, mais aussi par la mise en situation spatiale du même sujet.
Le verre, décliné sous les traits de l’ampoule et de la bouteille, le dénominateur commun entre ces deux objets, réside dans le fait qu’il s’agit de verre brisé, lequel, une fois reconstitué par le truchement de l’imaginaire, recompose la forme initiale : l’ampoule et la bouteille telles qu’elles existent dans la réalité.
L’artiste se sert de la peinture pour nous rappeler une leçon de physique : le verre, qu’il compose une forme définie ou qu’il soit réduit en brisures, demeure toujours du verre. Dès lors, l’artiste rend la matière virginale, virtuellement inaltérée. Forme et idée, même désarticulées, retournent à l’entité originelle.
L’AMPOULE BRISEE (80 x 80 cm – huile sur toile),
gisant au sol rappelle sa fonction première : celle de diffuser la lumière. A la fois par ce qui reste de sa forme initiale : le verre ayant gardé sa morphologie convexe, avec ses côtés clair et obscur évoquant l’intérieur et l’extérieur de l’ampoule. Le ressort permettant le passage du courant et le culot destiné à être vissé à la lampe. Cela vaut pour la forme ou si l’on veut, pour le « concept ». Quant à l’idée, elle est exprimée par la brillance à outrance de l’arrière-plan, conçu dans un blanc éclatant, mettant en exergue la destination première de l’objet : celle d’illuminer l’espace.
Il en va de même en ce qui concerne la BOUTEILLE BLEUE (90 x 90 cm – huile sur toile).
Ses débris reposent à même le sol. On éprouve le sentiment d’avoir devant soi les différentes pièces d’un puzzle devant être monté pour retrouver la forme originale. Le rôle de l’arrière-plan demeure le même : il met en relief les pièces éclatées pour en relever leur matérialité.
A l’instar de l’ampoule, la couleur acquiert une symbolique inconsciente. Le bleu de la bouteille contraste avec le blanc de l’espace enveloppant.
Ce qui confère à l’ensemble une atmosphère assez froide. Peut-être même dangereuse par certains aspects, car à effleurer la toile du doigt, on a le sentiment de pouvoir se couper.
Le verre est conçu dans toutes ses anfractuosités et ses transparences (d’où le titre de l’exposition). La symbolique menaçante et mystérieuse du bleu de la bouteille excite notre désir, en conjuguant notre peur du verre tranchant au désir de nous y plonger pour ressentir physiquement les effets de cet univers. Tandis qu’en ce qui concerne l’AMPOULE BRISEE (citée plus haut), la chaleur (même éteinte) qu’elle dégage nous inspire un sentiment de réconfort.
La matière (servante absolue du concept) et l’idée se conjuguent pour établir à partir de l’image, tout ce qu’il y a de faussement désagrégé et de déstructuré, obligeant ainsi le visiteur à lui conférer une âme, c'est-à-dire une dynamique à cet univers en suspension.
L’ensemble des pièces occupe, à la fois, le centre ainsi que les extrémités de l’espace. Le traitement de la bouteille est conçu presque en diagonale. Tandis que l’ampoule s’étale sur tout le centre de la composition, laissant à l’espace enveloppant (à l’avant comme à l’arrière-plan) la tâche de centrer le sujet dans un halo de lumière.
PLANETE EN FUMEE (80 x 80 cm – huile sur toile)
participe de ce qui distingue la plupart des artistes d’aujourd’hui, à savoir la mise en scène d’une symbolique personnelle, très souvent associée à des problématiques contemporaines. Cette œuvre exprime symboliquement la décision irrévocable d’arrêter de fumer de la part de l’artiste. La sphère représente notre planète de laquelle s’échappe de la fumée. Il s’agit de la manifestation d’une libération personnelle associée au drame de la pollution. A l’instar de la BOUTEILLE BRISEE (citée plus haut), nous retrouvons la même note bleue mais exprimée en dégradés entremêlée au blanc. Santé personnelle et écologie sont ici intimement liées.
Techniquement considéré, l’artiste a d’abord abordé l’espace par le noir de l’arrière-plan, sur lequel elle a défini la sphère à la fois corporelle et terrestre, laquelle va en se libérant des chaînes de la pollution tabagique. Le bleu est ensuite appliqué par transparence, à partir de l’arrière-plan noir, représenté comme toxique. Cette œuvre se définit dialectiquement par rapport au mal (personnel et universel) à combattre. La lumière devient son aboutissement.
TRANSPARENCES est le résultat par lequel l’ombre se dilue pour faire place à la clarté. Elle participe d’une « brisure » (comme l’artiste le définit elle-même) dans sa vie personnelle.
Mais la fracture n’est pas destinée à demeurer telle quelle. La brisure n’est pas condamnée à suinter dans le pus du désespoir : elle devient la condition sine qua non à la reconstruction. Et cela se perçoit dans le sentiment du « puzzle » que le visiteur est tenté de reconstituer pour revenir à l’image basique de sa propre existence. Autodidacte, l’artiste peint depuis quinze ans. Elle a débuté par l’aquarelle qu’elle a pratiquée pendant cinq ans pour se diriger ensuite vers l’huile, utilisée de façon pure, sans adjuvants. Elle a voulu entamer son parcours créatif sans se référer à aucun nom de la peinture. Ce n’est qu’aujourd’hui, en constatant sa progression créatrice, qu’elle visite les principaux piliers de l’histoire de l’Art. Nul doute que le visiteur aura remarqué que l’artiste est attirée par les formes sphériques. Cela s’explique par la symbolique de la sphère, laquelle est, à la fois, une métaphore du globe terrestre ainsi que de l’œuf et du ventre féminin en gestation. Par conséquent, l’image de la sphère nous ramène à la vie. A la recherche de nouvelles idées, l’artiste compte persévérer dans ce cheminement créateur. Ses sujets précédents sont drastiquement différents de sa production actuelle. Mais on y décèle déjà la grande maîtrise du trait et surtout de la couleur dont elle semble être amoureuse. De son propre aveu, c’est la première fois qu’elle expose la thématique des sphères, curieuse de découvrir la réaction du visiteur.
MARIE-CLAIRE HOUMEAU analyse la brisure humaine et la met en scène à l’intérieur de l’espace pictural, lequel devient, par la sensualité à vif du traitement qu’elle lui accorde, celui de l’espace de l’âme.
Lettres
N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
A voir:
Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
François Speranza et Marie-Claire Houmeau: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
(25 septembre 2016 photo Robert Paul)
Exposition Marie-Claire Houmeau à l'Espace Art Gallery en septembre 2016 - Photo Espace Art Gallery
"Le roi nu"
Présenté au Festival d’Avignon cet été et joué sous chapiteau à Louvain-la-Neuve les derniers jours de septembre, Le Roi nu a fait recette. Cette collaboration artistique entre l’Atelier Jean Vilar, la Maison Ephémère et les Baladins du Miroir se base sur une pièce écrite en 1934 par Evguéni Schwartz, auteur russe dénonçant le régime totalitaire.
La recette : inspirée du savant mélange de trois contes d’Andersen (La Princesse au petit pois, Le Garçon porcher et Les Habits neufs de l’empereur), l’auteur a désossé les nervures du conte traditionnel pour les fondre dans une fable moderne percutante. La mise en scène jubilatoire a chemisé le tout de chorégraphie musclée, de costumes et grimages aussi savoureux que satiriques et et aromatisé l’ensemble de musiques étincelantes balançant entre rock et chansons d’amour. La pièce montée finit par prendre des allures de joyeuse comédie musicale tellement l’orchestration des nez de cochon et les versets chantés sont joyeusement cadencés. Il restera sur vos papilles un goût caramélisé de divertissement et le zeste d'une vive leçon donnée aux grands de ce monde, ou à ceux qui se croient l’être. Sublime pâté d'alouettes!
Henri - un garçon porcher, pas le roi de la poule au pot - aime Henriette, la fille d’un Roi. Henriette est bien sûr contrariée dans ses amours ancillaires et envoyée sur le champ comme promise au « Roi d’à côté » qui n’a rien du charme de Riquet à la Houppe ni d'un quelconque crooner. Jusque-là, décemment vêtu de munificents atours et halluciné par sa propre splendeur, il rêve seulement de se procurer une nymphe pure et de noble race ! Rien que cela, lui qui est difforme, laid, vieux, égoïste et absolument rébarbatif ! « Le faste, voilà le grand soutien du trône! » clame-t-il, sans rire ! Ce sera sa perte !
On assiste aux multiples préparatifs du mariage sur fond de folie et de vulgarité, épicée de parodies où l’on rit de très bon cœur. Le public applaudirait bien debout car toute la classe gouvernante sans classe, d’ici et d’ailleurs est dans le viseur. Le jeune porcher - il est beau comme un berger ! - est bien déterminé à déjouer les arrangements parentaux et la bergère est tout-à-fait d’accord. Leurs atouts sont la sincérité, la grâce, l’intelligence, mais surtout, l’amour. De stratagème en stratagème, on s’achemine vers la victoire incontestable des tourtereaux et la chute délectable d’un roi totalement mis à nu.
Le grain de sel : secouez ce merveilleux sac à malices, ajoutez une bonne dose d‘étoiles dans les yeux et conseillez le spectacle à 10 de vos meilleurs amis, si par aventure, le chapiteau en liesse plantait son décor à deux pas de chez eux !
Balançons donc leur programme, à ces merveilleux Baladins du Miroir et vivent les alouettes!
Le Roi nu
Evguéni Schwartz
Traduction André Markowicz
Mise en scène Guy Theunissen
Avec Hugo Adam, Line Adam, Allan Bertin, Andreas Christou, Stéphanie Coppé, Joséphine De Surmont, Monique Gelders, Aurélie Goudaer, François Houart, Geneviève Knoops, Diego Lopez Saez, David Matarasso, Virginie Pierre
- Création
- 20 septembre au 3 octobre 2016
- Sous chapiteau - Parking Baudouin Ier
- Durée : 2h30 entracte compris
Bruxelles
LE ROI NUCe qui est, ce qui n’est pas, et pourquoi, pourquoi pas
Bonjour, bonsoir, et le temps, les soleils et la brume
Les gens, les chercheurs d’or, les moineaux de bitume
Les résidents, les migrants, qui est au bon endroit ?
La vie, et l’Idéal mais avec l’âge, avec l’âge
S’en vont mourir les rêves si ce n’est le courage
Les pierrots de la plume, les décrocheurs de lune,
Les dés, les pas du hasard, les oiseaux déguisés
Croire au ciel, ne croire en rien, le fil de l’araignée
Les apprentis et les vieux, qu’est-ce donc, la fortune ?
La vie, et le Bonheur mais avec l’âge, avec l’âge
Si peu nous pouvons sauver et guère davantage
Qui parle fort, qui promet, qui tient à ses secrets
Les mystères du charme, du sourire à la larme
Une poignée de sable, un instant qui tout désarme
L’eau passant sous un pont, qu’en est-il des regrets ?
La vie, et les Amours, mais avec l’âge, avec l’âge
S’effacent leur romance et trois mots de marque-page
L’arbre, le vent, les saisons, les photos de famille
Les moulins de toujours, l’école du vrai, du faux
Un cheval au galop, les vagues et les bateaux
Les robes légères, les portraits de jeunes filles
La vie, et la Vie encore, avec l’âge, et avec l’âge
Qu’y a-t-il à se dire à la fois rebelle et sage ?
Au reste, je suis l’âge de l’effet papillon
Mon sanctuaire est ouvert aux détails qui traversent
Le temps, l’espace et qui avec aisance conversent
Avec ce qui m’est cher … En dehors de la raison
En dehors de la raison, ennemi de l’esprit
Libre, de ces élans, de ces ailes généreuses
Je n’aime qu’à déraison, la seule voie heureuse
D’un monde bien meilleur qu’il soit soleil ou bien pluie
La vie, et la Vie encore, avec l’âge et avec l’âge
Ce monde est-il sérieux si la raison n’est que rage ?
Fi de la raison, ce tort des idées toutes faites
Bien connues, bien pendues aux palabres attendus
Je veux encore et encore, augmenter mon vécu
Au menu des impromptus, des gros cœurs à la fête
Un carnaval, un bal, des manèges, des jardins,
Les guitares de rue, les gitanes de la danse
Les colliers de musique, les sentiments en balance
Le face à face à la mer, l’univers dans ta main
Et cetera, je ne sais mieux dire tout ce que j’aime
Mes attaches à tout, c’est toi, amour et poème
© Gil DEF - 07.01.2016
Le Festival Artonov vous ouvre ses portes dans des lieux d'exception!
Ce riche festival interdisciplinaire mêle musique et arts visuels, musique et architecture, fashion design, danse et théâtre, des Arts regroupés dans une démarche interdisciplinaire, sans jamais négliger leur individualité. Il trouve son inspiration dans la période Art Nouveau d'abord, Art Déco ensuite, périodes où l'art était appelé à enrichir et faire évoluer nos société.
Jeudi 6 octobre, 20h
Première à la Villa Empain avec "La Route de la soie". L'Osuna Trio ( Thomas Baeté, Emre Gültekin et Raphaël Decock ) et l'artiste de sable Colette Dedyn emmèneront le public sur les traces de Marco Polo.
Pendant ce concert, vous entendez ce que Marco Polo aurait pu entendre lors de ses voyages en direction de l’est à la fin du Moyen Age.
Trois personnalités musicales se rencontrent ici: Thomas Baeté, joueur de viole médiévale et chanteur de paroles de troubadours, Emre Gültekin, virtuose du saz, qui a grandi dans la tradition de la musique anatolienne, et Raphaël Decock dont la fascination pour les chants diphoniques et le jeu du chatkan ramène en vie les steppes de l’Asie centrale.
Au total, 9 spectacles où jeunes et professionnels confirmés de renommée internationale seront mis en présence.
La « série FRINGE » proposera 3 performances de jeunes artistes/étudiants en Art. Les performances seront produites autour de l’installation d'une maison de Jean Prouvé, dans l’espace du CAB le Contemporary Art Center, bâtiment Art Déco dédié à l’art contemporain.
La « série ARTONOV » prévoit 6 spectacles d’envergure en collaboration avec des artistes et ensembles que nous sommes pressés de découvrir. Le dimanche, c'est Eliane Reyes qui sera la glamour pianist de cette seconde édition du festival. Ce très original concert-conférence sans entracte aura lieu au Musée van Buuren, durant lequel la pianiste et l’écrivain Yann Kerlau redécouvriront l’histoire de la mode associée aux compositeurs de l’époque Art Nouveau et Art Déco.
Un concert ponctué d’anecdotes alliant mode et musique, au cours duquel Eliane Reyes interprétera des œuvres de Chopin, Saint-Saens, Massenet, Fauré, Debussy avant de terminer par ‘Printemps’ de Nicolas Bacri.
Retrouvez le programme détaillé sur www . festival-artonov.eu .
C'est un réel plaisir et un honneur d'annoncer ce festival pour Arts et Lettres qui a déjà été invité l'année dernière, lors de son lancement. Ce festival est à la fois innovation, quête d'excellence et oeuvre de transmission.
Vincenzo Casale son directeur artistique et fondateur, a été invité ce matin par Xavier Vanbuggenhout sur la Première dans «Entrez sans frapper » pour vous parler de son projet ambitieux où l'art et l'humain sont si solidaires.
http://www.rtbf.be/auvio/detail_entrez-sans-frapper-l-integrale?id=2147945
minute 1h 31 52
Sous le matin pâle et frileux
La pelouse scintillant de mille feux...
Le doux froissement de l'écureuil
D'un bruit feutré frappant le seuil!
Déjà l'automne qui éclabousse
Dame nature si belle en rousse!
Et sous la couette tous deux serrés
Ecouter nos cœur chavirer...
J.G.
UN SECOND HYMNE NATIONAL
... symbole de l'unité italienne. Nabucco raconte l'histoire biblique de l'exil juif à Babylone. Le souverain cruel Nabucco devient impliqué dans une lutte de pouvoir avec sa fille Abigaille, dans laquelle il sera finalement vaincu et les Juifs pourront retrouver leur liberté.
Le génie de Giuseppe Verdi réside dans la formidable tension dramatique qui tend ses opéras et l’irrésistible beauté de ses mélodies. Nabucco, narrant un célèbre épisode biblique, contient en son sein les revendications d’indépendance du peuple italien soumis depuis trop longtemps à la domination étrangère. Parmi les passions humaines exprimées par les superbes airs, se trouve un chœur sublime. Le peuple juif y chante la nostalgie de son pays. Va pensiero, mélodie simple et pure par excellence devient, dès la création, un symbole de l’unité du peuple italien. Aujourd'hui, ce second hymne national a franchi les frontières et exprime la douleur de toutes les oppressions.
Pour ce chef-d’œuvre qui déclencha une véritable ferveur à La Scala de Milan lors de sa création en 1841 et qui fera de Verdi le musicien le plus célèbre d’Italie, une double et prestigieuse distribution s’impose. Nous retrouverons le grand Leo Nucci qui partagera le rôle-titre avec Ionut Pascu. Abigaille sera incarnée par les deux sopranos Virginia Tola et Tatiana Melnychenko. A la direction musicale, nous retrouvons Paolo Arrivabeni pour qui ce spectacle revêtira une signification particulière puisque c’est le premier ouvrage qu’il ait dirigé à Liège.
Nabucco est de retour dans une mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera pour une nouvelle coproduction de l’Israeli Opera de Tel Aviv et de l'Opéra Royal de Wallonie-Liège.
Le destin a frappé Verdi encore une fois, le 18 juin 1840: ce jour-là, sa tendre et douce Margherita est emportée par une encéphalite, à 26 ans, huit mois après le petit Icilio, deux ans après la jolie Virginia, leurs deux enfants.
Verdi est effondré, seul, au bord du suicide En panne d'inspiration, écrasé par les coups du destin - ses deux enfants puis sa femme meurent à quelques mois d'intervalle -, le compositeur est au bord du gouffre lorsqu'on lui confie le livret de ce qui va devenir... Nabucco.
C'est dans cet état d'abattement qu'il doit achever la composition de son opéra bouffe: on imagine aisément combien la verve comique est éloignée de son esprit. Il vient pourtant à bout de la partition, en homme scrupuleux envers ses engagements. Et, le 5 septembre 1840, la Scala crée cette deuxième œuvre de Verdi, Un giorno di regno, en présence du compositeur, tout de noir vêtu, le cœur brisé, l'esprit martyrisé. C'est un échec complet. L'opéra ne sera représenté qu'une seule fois, comme si son titre, Un giorno di regno, avait été prémonitoire.
L'hiver vient. Un soir de décembre, Verdi traverse comme un somnambule la grande place du Duomo de Milan. Machinalement, il essuie de la main sa courte barbe noire où le brouillard se fige en gouttes au goût de larmes. Soudain, il manque se heurter à un homme. C'est Merelli, le directeur de la Scala. Ecoutons leur dialogue.
Merelli - Ah! Ça alors! Verdi!
Verdi - Bonsoir, monsieur Merelli.
Merelli - Comment allez-vous, mon cher Verdi?
Verdi - Mal...
Merelli - Mais non, mais non, il ne faut pas vous laisser abattre. Il faut réagir, il faut rebondir. Tous les compositeurs connaissent des fours, vous savez! C'est bien malheureux pour nous mais c'est comme ça. Mais (il sort de sa poche une liasse de feuillets) tenez, cet imbécile de Nicolaï vient de me refuser ce livret, un livret superbe pourtant...
Verdi - Je ne composerai plus jamais!
Merelli - Allons, ne dites pas cela! Lisez-moi ce manuscrit...
Verdi - Non, vous dis-je, plus une note, plus jamais, rien.
Merelli - Ne soyez pas borné, que diable! et lisez-le au moins, cela ne peut pas vous faire de mal!
Verdi - C'est inutile, je ne veux plus composer. Plus jamais.
Merelli - Eh bien, lisez-le au moins pour me donner votre avis sur ce livret.
Avec un geste de lassitude, Verdi fourre la liasse de feuillets dans sa poche et s'éloigne lentement.
De retour dans sa chambre grisâtre, Giuseppe jette le manuscrit sur la table et ses yeux tombent sur quelques vers au milieu des pages éparpillées: «Va, pensiero, sull'ali dorate...». Il a relu récemment ce passage de la Bible narrant les malheurs du peuple juif jeté dans l'esclavage et l'exil. Dans la froidure de la nuit, le sommeil ne vient pas. «Va, pensiero...» Il se relève, rallume sa bougie et lit, relit et relit encore le manuscrit... Au petit matin, il pose quelques notes sous un vers, en griffonne d'autres durant la journée ; un autre jour, il trace une phrase mélodique pour un chœur... et, un an plus tard, l'opéra est composé. Les épaules encore voûtées par le malheur, Verdi se fait recevoir à la Scala par Merelli, qui lit son opéra, s'enflamme, s'exclame, appelle sa chère Strepponi, à laquelle il décide de confier le rôle féminin principal. Car il va le créer, cet opéra, et au plus vite, au moment du Carnaval.
Durant les répétitions, tout le personnel de la Scala est comme électrisé, chacun perçoit que c'est un tournant de l'histoire de l'opéra qui se dessine. Seul Verdi demeure sombre, comme si l'intérieur de son corps était vidé. C'est tout de noir vêtu qu'il se rend, le 9 mars 1842, à la Scala. Et la soirée n'est qu'un long triomphe: Nabucco fait renaître Verdi, qui pleure de joie - de désespoir, aussi, en songeant à celle qui n'est plus là, la belle Margherita, à ses enfants qu'il a portés en terre. Et pourtant les bravos ne cessent pas. Il doit venir saluer sur scène et le fait gauchement. Mais ces acclamations sans fin commencent lentement à lui réchauffer le cœur.
Ce sera le même triomphe à la deuxième représentation. Puis aux suivantes. Prévu pour huit représentations, Nabucco en atteindra 57 en trois mois: record absolu, et inégalé, pour la Scala ! un événement unique dans l’histoire du théâtre milanais et franchit ensuite les Alpes : Vienne, Lisbonne, Berlin, Stuttgart, Paris, Londres et même Barcelone. «Ma carrière a vraiment commencé avec Nabucco», dira-t-il quelques années plus tard. Après le terrible fiasco d'Un jour de règne près de deux ans plus tôt, c'est un règne de près de soixante ans, jusqu'à sa mort en 1901, qui débute pour Verdi.
Le 9 mars 1842, Nabucco, le troisième opéra de Verdi, est présenté à la Scala de Milan, après seulement douze jours de répétitions. Donizetti est dans la salle. Malgré la période du carnaval – Verdi s’était montré intransigeant sur le choix de la date, voulant absolument éviter la période du carême vu le sujet –, la représentation rencontre un énorme succès. Et ce malgré les conditions vocales difficiles de Giuseppina Strepponi – elle deviendra sa deuxième femme dix-sept ans après cette malheureuse représentation – qui incarnait alors le rôle ardu d’Abigaille aux côtés du baryton donizettien Giorgio Ronconi dans le rôle du roi babylonien.
Aujourd’hui, Nabucco a presque la saveur d’une lutte épique entre la providence qui lui a donné à voir la page la plus célèbre de l’opéra et Verdi lui-même qui, lecteur de la Bible, mais également agnostique tourmenté, s’est retrouvé envahi par une espèce de « fureur sacrée ». C’est d’ailleurs précisément sur cette image du chant des esclaves qu’il a libéré toute sa puissance créative. Ce chœur solennel, triste, puis lumineux, Va Pensiero, est le onzième numéro de l’opéra et anticipe la prophétie de Zaccaria, avec laquelle se clôture le troisième acte. Non seulement un adieu à la liberté, mais également un adieu à la vie. Adieu à la liberté et à la vie qu’il faudrait toujours débarrasser de la rhétorique et de tout lien à des faits politiques italiens passés et contemporains – également au niveau des arrangements scéniques – et ramener à la saveur biblique, plus dense, universelle et grandiose, associée au début de la captivité de Babylone, une prière entonnée par tout le peuple, comme l’a très justement fait remarqué Rossini, qui l’a définie comme « une grande aria pour sopranos, contraltos, ténors et basses ». Qu’a donc vu cet artiste – jeune (il n’avait que vingt-huit ans à l’époque), mais déjà plein de charisme et d’une « simplicité fascinante » – dans ce peuple enchaîné chantant à la « patria belle e perduta » (belle patrie perdue) et priant pour que cette « patire » (souffrance) se transforme en « virtù » (vertu) ?
Le psaume 137 est le seul des 150 psaumes à évoquer l'exil à Babylone qui a suivi la prise de Jérusalem par le roi de Babylone Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Selon la tradition rabbinique, il a été écrit par le prophète Jérémie. En latin: Super flumina Babylonis.
DIRECTION MUSICALE : Paolo Arrivabeni
MISE EN SCÈNE : Stefano Mazzonis di Pralafera
CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice
ARTISTES : Leo Nucci, Ionut Pascu, Virginia Tola, Tatiana Melnychenko,Orlin Anastassov, Enrico Iori, Giulio Pelligra, Cristian Mogosan, Na’ama Goldman, Roger Joakim, Anne Renouprez,Papuna Tchuradze
9 DATES : Du mardi, 18/10/2016 au samedi, 29/10/2016
http://www.operaliege.be/fr/activites/nabucco
Va, pensiero, sull’ali dorate;
Va, ti posa sui clivi, sui colli,
Ove olezzano tepide e molli
L'aure dolci del suolo natal!
Del Giordano le rive saluta,
Di Sionne le torri atterrate...
Oh mia patria sì bella e perduta!
Oh membranza sì cara e fatal!
Arpa d'or dei fatidici vati,
Perché muta dal salice pendi?
Le memorie nel petto raccendi,
Ci favella del tempo che fu!
O simile di Solima ai fati
Traggi un suono di crudo lamento,
O t'ispiri il Signore un concento
Che ne infonda al patire virtù!
Va, pensée, sur tes ailes dorées ;
Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,
Où embaument, tièdes et suaves,
Les douces brises du sol natal !
Salue les rives du Jourdain,
Les tours abattues de Sion ...
Oh ma patrie si belle et perdue !
Ô souvenir si cher et funeste !
Harpe d'or des devins fatidiques,
Pourquoi, muette, pends-tu au saule ?
Rallume les souvenirs dans le cœur,
Parle-nous du temps passé !
Semblable au destin de Solime
Joue le son d'une cruelle lamentation
Ou bien que le Seigneur t'inspire une harmonie
Qui nous donne le courage de supporter nos souffrances !
Sources
-(Extraits choisis de l’article de Luca Pellegrini dans le numéro spécial du magazine « L’Opéra » consacré, en septembre 2016, à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège)
-Alain Duault
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nabucco
https://www.opera-online.com/items/works/nabucco-solera-verdi-1842
Vernissage de mon exposition à la salle Quirin de Spa
J'ai eu la joie de faire connaissance de Nanson Jacqueline et de retrouver ma fidèle Adyne Gohy
Songerie
Lumière! Éveil à la vie
Dans une joyeuse tendresse.
M'y lover est ma seule envie.
Bien installée dans la paresse.
Pareil aux autres, un nouveau jour,
Un cadeau de la providence.
Des doux plaisirs, j'ai fait le tour,
Aime observer dans le silence.
Je prends ma part de tous les dons
Que la prodigieuse nature
Offre sans cesse à profusion.
Ses fruits donnent des confitures.
Sans conteste, j'ai mérité
La liberté dont je dispose,
Aussi de rester en santé.
Je crois profitables mes pauses.
Bien sûr, j'ai rarement l'humour
De trouver drôles les disgrâces
Qui m'enlaidissent tout à tour.
Aimerais me voiler la face!
Je vis pleinement chaque instant
Certains attendus, désirables.
La nuit me revient, trop souvent,
Une souffrance détestable.
Alors, je refais le bilan
De ce que je dus accomplir,
Courageuse pendant longtemps.
Suis heureuse de m'applaudir.
30 septembre 2016
Après avoir dépeint le Japon dans Madame Butterfly, Giacomo Puccini met le cap sur la Chine, son dernier voyage, car il mourra à Bruxelles, laissant son dernier opéra inachevé. Le compositeur parvenu au terme de sa vie déclare : « Toute la musique que j’ai écrite jusqu’à présent me semble une plaisanterie en comparaison de la musique que j’écris en ce moment » Turandot a été composé entre 1921 et 1924. Toscanini en dirigea la première, en avril 1926.

Cet opéra est l'un des plus vibrants exemples d’exotisme musical. Résolument moderne et stupéfiante, l’architecture orchestrale est particulièrement efficace et souligne une judicieuse alternance entre l’atmosphère de conte et le drame insoutenable, cette marche inexorable vers un destin fatal. Une ultime expression de souffrances longuement tues. Une débauche d’instruments à percussions, une débauche de couleurs, une débauche de tableaux sonores. Voilà ce qui nous est offert par Paolo Arrivabeni dans la fosse à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Les chœurs dirigés par Pierre Iodice, sont composés de soixante chanteurs majestueusement costumés (Fernand Ruiz). Ils sont placés de part et d’autre, dans les galeries mystérieuses qui entourent le palais de la Cité Interdite. Le luxe d’éclairages miroitants module à la perfection les mouvements sur le plateau et aux fenêtres du palais ainsi que la débauche de sentiments exacerbés.
A Pékin, une princesse hautaine et cruelle, nommée Turandot, promet d’épouser un prince qui résoudra trois énigmes. Les prétendants sont décapités s’ils échouent.

Calaf, prince en exil rêve de reconstituer son pouvoir perdu. "Tu m’as pris mon royaume, tu nous as mis en cage mon père et moi, tu tues mon peuple, donc me voici pour te frapper en retour." Mais il est fasciné par la princesse jusqu’au délire et veut tenter sa chance. En première partie, on la voit apparaître dans une tenue - large tunique et pantalon - d’une blancheur étincelante et glaciale. Elle est porteuse d’un sceptre qui ressemble à une faux. Comme la personnification de la mort. La mort blanche même, aussi implacable et dévastatrice que la cocaïne ou l’héroïne. Le prince est halluciné. "Pour la dernière fois, vaincs cette fascination" supplie son père! Et les trois magnifiques mages...
L’histoire de la femme de glace remonte à plusieurs générations. Une transmission toxique a eu lieu. Il y a des milliers d’années son aïeule a été trahie par un conquérant tartare. Après avoir mis la ville à sac, il l’emmena dans son lointain royaume où elle mourut de chagrin. C’est pour venger cette infamie, que la princesse Turandot a imaginé l’épreuve. Elle porte avec elle le lourd fardeau d’un trauma transgénérationnel que pour rien au monde elle ne voudrait lâcher car il la protège de la capitulation face à l’homme. Et plus que tout, elle rêve d’indépendance et craint l’amour charnel avec tout ce qu’il représente. Elle utilise le viol mythique de son aïeule pour haïr tous les hommes…C’est un être féroce mû par la vengeance « Je venge sur vous, cette pureté, ce cri et cette mort ! » Ironiquement, la princesse a sauvagement besoin de victimes expiatoires pour parvenir à accepter la part féminine d’elle-même qu’elle renie. L’interprète de Turandot est Tiziana Caruso, un rôle qu’elle maîtrise totalement.

Le metteur en scène José Cura, incarne avec flamboyance le prince sans nom. José Cura est passé maitre à la fois dans le chant, la direction d’orchestre, la mise en scène et la scénographie. Calaf, dont personne ne connaît l’identité, résoudra les trois énigmes mais ne veut pas forcer la glaciale beauté à qui il lance lui aussi un défi : il s’avouera vaincu et acceptera la mort si Turandot réussit à découvrir son nom, ce dont elle ne doute nullement: elle possède toutes les armes de torture pour faire avouer le moindre de ses sujets. Lui - péché d’orgueil ? - ne veut recevoir la princesse que par amour. Il est sûr de sa victoire et bouillant d’impatience.

Une seule personne connaît ce nom : l’esclave Liù, amoureuse de Calaf «Parce qu’un jour, dans le palais, tu m’as souri ! ».Elle est fragilité, innocence et sincérité. Elle se trouve dans la foule, avec son maître, un vieillard, le roi détrôné Timur (Luca Dall’Amico), père de Calaf. Une foule bruissante comme en Chine, qui commente, admire et se repaît d’imprécations, comme dans la tragédie grecque. Le fameux air de Calaf Nessun Dorma atteste que personne à Pékin n’est autorisé à dormir, sous peine de mort tant que le nom du prince ne sera révélé. La tension est au maximum. Liù, la jeune esclave se sacrifie pour l’homme qu’elle aime. C’est l’exquise Heather Engebretson, jeune soprano américaine, diplômée de la célèbre Julliard School qui l’incarne. Liù est symbole de pureté, de bonté et de beauté morale. Archétype du sacrifice par amour. Celle par qui la malédiction familiale peut être vaincue.

Les magnifiques éclairages d’Olivier Wery font vivre cette cité impériale légendaire, plantée en bord de scène, d’enfants de notre siècle - une quarantaine d'enfants de la Maîtrise de l'opéra- qui construisent des maquettes, dessinent, peignent, dorment et chantent … sous le regard attendri d’un professeur-mandarin (Roger Joachim). Une façon élégante et astucieuse de relier deux époques, de montrer que les enfants gardent cette capacité de voyager dans l’imaginaire, de souligner que tout ceci est un conte mais que les contes ont toujours une morale! La morale, c’est la jeune et bouleversante Liù qui la détient : « Liù, bonté, pardonne et oublie ! » Et Timur, en habits noirs la suit dans le couloir de la mort « pour attendre à ses côtés, la nuit sans le matin. »
Un peu de fraîcheur, une feuille morte...
Et cette lumière indécise
Quand bel automne franchit la porte
Les parfums du monde nous grisent.
Sur les épaules passe un frisson
Le vent léger nous a surpris
Nos pensées volent à l'unisson
De notre cœur soudain transi!
Comme un sourire une feuille flotte
Elle nous dépose sa blondeur...
Il semblerait que rien n'importe
Si la beauté est de rigueur!
Dans ton regard une étincelle
Elle dévore ma timidité
Aussi tendrement me rappelle :
Y a pas de saison pour aimer...
J.G.
Fifties, Sixties, Seventies…
"Ces années-là" ont été le terreau de notre société actuelle !
Clara Buflash est la présentatrice d’une émission de télé incontournable : « Les conseils flash de Clara » où à l’instar de femmes comme Coco Channel, elle s’investit pour donner à la femme une nouvelle place dans la société et la libérer enfin de l’esclavage des tâches domestiques. Son discours est timide : vous allez, grâce aux innovations techniques, retrouver du temps libre… mais surtout, mesdames soignez votre cou, vos bras et votre diction, en un mot, soyez toujours pimpantes pour charmer votre mari ! Voilà « Les secrets du bonheur »!

Mais voilà, égarée parmi les hommes, la femme en fichu (noué sur chignon monté en banane) sanglée dans un imper bleu pétrole rencontre Jean-Pierre Fleurimont, le chef de gare. On lui a fait entendre que l’audimat est sacré et qu’il n’y a vraiment pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Il faut qu’elle innove encore, qu’elle utilise ce citoyen lambda, curieux naïf et serviable pour fabriquer des émissions encore plus vivantes et captivantes. Le texte au passage en profite pour balayer de coups de projecteurs mi-amusés, mi désabusés les grands tournants d'une époque qui avance à grands pas (Perette es-tu là ?) tandis que le pouvoir des médias infiltre toutes les strates de la société de consommation.
Reconstitution d’une époque révolue, ce spectacle est une parodie la société contemporaine sous forme de sociologie souriante. Le duo absurde fait nettement référence à Jacques Tati, Pierre Etaix ou Marabout Flash, vous vous souvenez? Des petits livres format carré: « Savoir recevoir », « Vacances sous la tente », « J’apprends toutes les langues », « Savoir acheter », «En pleine forme », « Réussir dans la vie »… Et les cadeaux Bonux, la famille Duraton, "Bonne nuit, les petits!" les golden sixties avec les transistors et tourne-disques, Salut- les-copains et les yéyé! Toute une époque se trouve cristallisée dans ce spectacle vif, enlevé et drôle. Du sucre d’orge ! Un peu plus d’une heure passe dans une curiosité grandissante et sans la moindre sensation d’ennui. Au contraire, le plaisir évident et la connivence dans la salle font bourdonner les rires. Et la fin poétique et profonde de la fin de la pièce laisse une empreinte de dimension universelle. Car Marie-Christine Baeyens et Luc Van Grunderbeeck alias Claire et Jean Pierre jouent, mine de rien, une comédie de plus en plus sérieuse et poignante.
http://lesrichesclaires.be/evenement/le-cha-cha-cha-du-chef-de-gare/
Le Coin des Pêcheurs
une aquarelle
d'Adyne Gohy
a inspiré
Les Barques
un poème
de
Raymond Martin
Le capitaine au long cours marchant le long du quai de misère,
Grommèle à la vue des rafiots désœuvrés et vermoulus,
Vestiges d’un lointain passé où l’on prenait la mer comme on prend le train.
Il n’y a pas de fumée sans feu se dit-il, comme dans le foyer de la Pacific 231 ou dans la pipe en terre
De mon second buriné par les embruns.
Des coups de tabac, nous en avons eu sans sombrer sur la ligne d’horizon.
Mille sabords! De Terre-Neuve à Camaret par sept ou dix Beaufort, le coup nous avons tenu.
De la crête endiablée des vagues au tréfonds de celles-ci, toujours nos esprits avons gardé.
Désœuvrés, désolidarisés de leurs chalutiers, les voilà maintenant à ce point du quai presque sans âme
Parmi ce fatras de déchets maritimes auquel elles n’ont pas droit, pouvant encore servir comme un
Dernier honneur. Rien ne les habite. Si, un rat trottinant sur ce quai de misère, un squelette de hareng
Dans la bouche, loin de la dernière fraîcheur. Une mouette au loin bataille avec une autre pour gagner Le dernier morceau de l’encornet déchiqueté.
Leur destinée n’est pas encore dessinée ; l’un flotte le long du quai avec l’espérance d’un nouvel
Avenir. Repartir solidaire du chalutier vers une énième course aux maquereaux, près des côtes
Irlandaises où abonde aussi le merlan bleu qui deviendra « surimi », ou alors, armé d’équipements
A vocation touristique, pour les marins d’occasion désireux d’une balade en barque dans un Aber
Protégé du vent mauvais.
L’autre, presque gisant sur le quai de misère, attend, attend, attend, jusqu’au jour où son corps
Vermoulu sera rongé par son passé qui ne sera plus qu’un souvenir pour le capitaine au long cours.
Irréversible et tragique avenir pour un passé si fertile en majesté marine.
Un partenariat d'
Arts
Lettres


