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Sans m’éventer, je pense avoir trouvé un sujet rafraîchissant pour cet été…

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Et nul besoin pour cela de prendre un ton ombrageux, quand tout ne devrait être que zéphyr.

Mais... qu’est-ce là, qui volète devant vos yeux si doux, faisant écran, certes  affriolant, entre nous ?

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L’éventail, puisque c’est bien là notre sujet, aurait été inventé en Chine,

12273181070?profile=originalFengbo, comte du Vent.
Chine (province du Fujian, fin XIXe)

Musée des Confluences, Lyon.

mais c’est du Japon que les Portugais l’ont rapporté en 1549.

12273182061?profile=originalEventail (bambou et papier)
Japon (époque d'Edo, XIXe siècle)

Musée des Confluences, Lyon.

En France, on dit qu’il arriva dans les bagages de Marie de Médicis (1575-1642), reine de France de 1600 à 1610, régente jusqu’en 1614.


Hé, c’est qu’en Italie nous avons de toutes ces choses-là dans nos coffres.

Claude-Ignace Brugière de Barante (1745-1814)

12273182677?profile=originalDanseuse tenant un flabellum
Figurine de terre cuite, Athènes ou Béotie (région de Grèce centrale),
4e siècle av. Jésus-Christ (musée de Laon)

Pourtant en Europe, l’éventail trouve son origine dans le flabellum, ce grand éventail monté sur une hampe, fait de plumes d’autruche, de larges feuilles palmées ou de plumes de paon, qui déjà servait à aérer pharaon. Que l’on retrouvera encore, agité par un suisse, pour éventer le pontife.

12273183257?profile=original Eventail écran proche de l'antique flabellum

(plumes de paon, Inde)


« Si l’empire appartenait à la beauté et non à la force,
le paon serait sans contredit, le roi des animaux »

Buffon (1707-1788)


Quoi de plus troublant que ces ocelles qui oscillent devant les yeux d’une belle en une valse à mille vents ?

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     Toutefois, en France, l’éventail ne  se répandit qu'au XVIIe siècle, avant d’être l’accessoire indispensable à toute coquette au siècle suivant.
Henriette Louise de Waldner de Freundstein (1754-1802), dans ses Mémoires de la baronne d’Oberkirch, évoque un certain Méré, « éventailliste merveilleux », au faubourg Saint-Jacques, qui jadis fut la « voie sublime des couvents ». Cet artiste « loge dans un taudis ; il peint des sujets à la gouache de telle façon que certainement ni Boucher, ni Watteau n’ont rien fait de semblable. Sa manie est de n’y jamais mettre son nom. »


     Selon le temps, le lieu et l’usage, l’éventail servit à attiser le feu, à affrioler, comme arme de défense (taiji shan en Chine, gunsen et tessen au Japon) ou de séduction massive, chasse-mouche ou missive. L’éventail est un langage.
Et « un langage tout muet qu’il est, est d’autant plus dangereux qu’il n’est entendu que par l’esprit, et que l’esprit se plaît à l’entendre. », Jacques Boileau (1635-1716).
Langage codé, à l’instar de celui des mouches (cf. https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/une-journ-e-particuli-re-la-roche-guyon), qui évolua au fil du temps comme le verlan aujourd’hui.

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Bon coche, je m’en vais vous guider. Ainsi, au XVIIIe siècle, en toute galanterie :


Cacher, de son éventail fermé, l’œil droit pour demander :
Quand vous verrai-je ?
Puis le porter, toujours fermé, à l’oreille gauche pour signifier :
Gardez notre secret
Les choses avançant, enhardie par tant d’audace,
dissimuler ses yeux derrière ce « paravent de la pudeur » pour dire :
Je t’aime
Voire le porter au cœur :
Je suis à toi…
Ne pas tarder car, ainsi cachée, bailler ostensiblement montrera à l’étourdi trop peu entreprenant qu’il peut s’éclipser :
Vous m’ennuyez !
Ce qu’on appelle maintenant se prendre un vent !
Vous qui auriez juré que la cause de son tourment était de vivre sans amant.

12273120296?profile=originalEventail de la première moitié du XVIIIe siècle.

Gorge d'ivoire, nacre et argent, feuille de parchemin peint à la gouache

(réserves du musée national de la Renaissance, Ecouen)

Il me reste à souhaiter que vous réserverez à ce billet meilleur accueil. Que vous y trouverez :

« Des bons mots, des saillies, quelques étincelles

(l’esprit à sa mousse comme le champagne),

mais plus encore de joie ».

«  Et que le goût du plaisir brille dans tous les yeux.

… Que toutes les voluptés viennent tour à tour,

 tantôt amuser, tantôt enchanter nos âmes.»,

 Julien Offroy de La Mettrie (1709-1751)

 

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Bise à toutes, bon vent à tous !

Michel Lansardière (texte et photos)

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administrateur théâtres

 Un  très grand moment flambant de musique, de rencontres et d’émotions 

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Dimanche 18 septembre 2016 au Château d'Argenteuil : une découverte. C’est  Le 21e Festival Mozart. Cette année, c'est une version promenade d’un jour qui nous est offerte, avec  4 superbes concerts  d’ensembles  d’excellence. La coutume voulait que se réunissent et interagissent une  trentaine  de musiciens  talentueux  internationaux  que l’on accueillait en résidence à Waterloo  en répartissant  leurs prestations sur deux semaines de liesse musicale. Cette édition-ci est un véritable élixir.  

Small is beautiful : le public, nullement retenu par  la Journée sans voiture à Bruxelles,  a investi les salles de concert et a pu apprécier l’intensité de  cet événement ramassé sur un jour,  se délectant du  ressenti  des artistes  donné avec tant de talent et de générosité. Dès l’entrée, les participants  étaient accueillis avec le sourire de jolies élèves du Conservatoire, toutes coréennes ou japonaises, servant boissons et  collations sucrées-salées. On  a  aussi rencontré la fondatrice de l’événement, Dalia Ouziel qui a fait une visite guidée des lieux. Elle  nous confie : «  La fondation du festival, c’était il y a 21 ans dans l’église Saint-Paul de Waterloo, une initiative de mon mari  et moi,  le duo   Rubenstein-Ouziel. La liste des participants aux 20 premières années, réunissant des artistes  tous de haut vol était plus qu’impressionnante quand on y pense. Cette journée unique a été préparée avec feu par notre  fils, Daniel Rubenstein, violoniste. C’est lui  qui prend la relève et a organisé cette fête musicale  qui nous tient tant à cœur ».

Journée d’émerveillement donc. Dès 12h15 le château d'Argenteuil résonnait  de vents et  cordes  avec la complicité de  la violoniste Tatiana Samouïl, lauréate du Concours Reine Elisabeth 2001, qui jouent le Quatuor pour flûte N°3 en Ut K.285b de Mozart et le Quintette pour clarinette et cordes opus 115 de Brahms.  

C’est ensuite le Quatuor Danel qui investissait les lieux en  interprétant successivement  Dissonance, le Quatuor à cordes n ° 19 de Mozart (K. 465), puis le Quatuor N°6 en fa mineur op. 60 de Mendelssohn. Marc Danel comme à l’accoutumée, joue de son instrument avec tout son corps, comme assis sur un nuage musical dont il s’envole par moments, tordant les phrasés avec l’énergie du désespoir, tandis que le violoncelliste Yovan Markovitch lutine son instrument le sourire dans l’archet. Des quatre tailleurs de bois précieux, émergent des  figures aux visages sacrés. Le public est subjugué.  L’expression est intense, audacieuse, et vibrante. Le Mendelssohn aux sonorités étranges est puissant et galvanisé par la passion et la douleur. On est au seuil d’une musique d’épouvante.  Les musiciens ne jouent pas pour passer le temps mais pour  le cueillir, insaisissable, du bout de l’archet. L’Adagio évoque  certes des souvenirs heureux, mais que peut donc évoquer d’autre que la révolte,  la mort prématurée d’une sœur ou d’un frère? Outcry! Le pied frappe le sol pour écraser les malédictions du ciel avant les dernières mesures qui évoquent une résistance courageuse.  

 Mais le charme de la Journée opère,  et l’on se dit que cette Journée  n’est pas sans rappeler la convivialité d’un autre festival belge,  hélas aujourd’hui disparu : Les concerts à l'Orangerie du Château de Seneffe  dont la dernière édition s’est tenue en juillet 2015. En invité de choix on y rencontrait Lorenzo Gatto, Jean-Claude Vanden Eynden, Eliane Reyes, le quatuor Danel, l’altiste Vincent Hepp, la violoncelliste Sarah Dupriez… que de merveilleux souvenirs! Et  qui retrouve-t-on brusquement en train de répéter près d’une colonnade si ce n’est Vincent Hepp en  personne!

Il nous donne rendez-vous avec l’Ensemble Mendelssohn à 17h 15 à la Chapelle pour écouter  Le Sestetto concertante en mi bémol majeur K 364 (dans sa transcription de 1808) de Mozart et le Quintette à cordes N°2 en si bémol majeur op. 87 de Mendelssohn. Superbe rythmique, charme et justesse. L’alto (Vincent Hepp) produit des sonorités larges, jubilatoires. Les crescendos sont enveloppants. La musique vient à déborder comme une corne d’abondance. Le violon de Daniel Rubenstein chante avec une pureté, une lumière et une chaleur extraordinaire dans ce lieu qui rassemble les mélomanes de l’après-midi, toutes fenêtres ouvertes.    Tout se termine, trop vite,  sur un rythme Marcato, tonifiant. Le tempérament  intense, c’est la résilience. Les dernières mesures  évoquent une résistance courageuse. On quitte le concert avec une consigne : ne jamais abandonner!

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 Et  puis le soir, c’est l’apothéose,  avec Eliane Reyes et Jean-Claude Vanden Eynden. Eliane Reyes, l’élève de Jean-Claude Vanden Eynden vient de recevoir une très haute distinction. En effet, elle a reçu les insignes de Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres attribués à des personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde. Eliane Reyes est la première pianiste belge à être ainsi honorée.  Face à face, professeur et ancienne élève vont développer avec chaleur et complicité  sur deux pianos imbriqués comme le yin et le yang les magnifiques harmonies du  Concerto pour 2 pianos N°1 en mi bémol majeur K.V. 365 de Mozart. La direction de l’orchestre - une toute nouvelle aventure à suivre, celle du Nco Orchestre -  a été confiée au  jeune chef  prometteur que l’on a pu entendre diriger Mozart  au festival de Moscou l’an dernier.  Il s’agit d’Ayrton Desimpelaere.  En première partie du concert de 20h15, Ayrton Desimpelaere a dirigé la création toute récente de  Nicolas Bacri: Cosi Fanciulli, allusion au Cosi Fan Tutte de Mozart  et L’Adagio en mi majeur pour violon et orchestre K.V261 de Mozart avec Daniel Rubenstein, violon soliste.

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Une journée  enfin sous le signe de l’art de vivre : Bertolt Brecht  ne disait-il pas que  "Tous les arts contribuent au plus grand de tous les arts : l’art de vivre". Car Marie  Chimkovitch  veille avec ses pinceaux. L’artiste-peintre, une « live art performance painter », croquait  sur le vif et avec  douceur et poésie les musiciens à l’œuvre, transportant son exposition improvisée d’une salle de concert à l’autre. Ravie, elle dépose sa palette et conclut : «  La journée fut un feu d'artifice d'émotions fortes : le bonheur de peindre en musique, la musique elle-même, les musiciens, les rencontres, la gentillesse, l'amitié ... Le Festival Mozart cette année fut mini, mais quelle densité ! »

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Tableau réalisé dans le cadre du Festival Mozart 2016 : Eliane Reyes, Jean-Claude Vanden Eynden et le Namur Chamber Orchestra sous la direction d’Ayrton Desimpelaere dans le concert pour 2 pianos n°1 K365 de Mozart, huile sur toile (sur carton), 50x70cm, Château d’Argenteuil à Waterloo, le 18.09.2016.

http://www.festival-mozart.be

 

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AU BORD...

Au bord de toi

Lumière s'allume

Plein de saveur

Une sorte d'écume...

Au bord de moi

Bien trop d'attente

Tout cet émoi

Des mots qui chantent...

Au bord de nous

Le temps s'arrête

Alors ce goût

De perdre la tête...

Au bord de vie

Ne plus ramper

Pousse l'envie

De s'envoler...

J.G.

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administrateur théâtres

Target: Quality Time!  Dans un décor  gentil et un peu avachi  style « Au théâtre ce soir », va éclore   une fleur vénéneuse et  invisible, celle de la vérité pas bonne à dire. Carnivore? Sans doute, elle  semble aussi  gourmande que le Temps. Comme échappée d’une boîte de Pandore elle se met à dévorer, tout ce qui lui tombe sous la dent. Et elle a la dent dure ! Elle sonde les amitiés,  explose la vie de couple trop tranquille, dévoile les tricheries amoureuses, ricane à propos de l’emploi du temps égocentrique et ridiculises les  grimaces sociales. Elle  frappe   les vanités de ce monde : vins millésimés,  psychanalyse, musique indienne, cacahuètes mortifères,  mythe du bon samaritain, écologie, rêves d’adoption dans les pays lointains et  nouvelles habitudes matrimoniales !  Tout en écrasant  au passage dans son engrenage infernal,  conventions confortables, habitudes et lâcheté. Avec cela, impossible de mentir, tant le texte est greffé sur le langage du corps. Les pitreries révélatrices et  la bouffonnerie  ne sont pas non plus absentes de ce texte  signé Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, les auteurs de la pièce à succès retentissant Le Prénom. Pierre Pigeolet  en vrai capitaine de la scène, se révèle être un maître en la matière, tout  concentrant dans son personnage toute l’humanité de la pièce. On se félicite de la mise en scène trépidante de Martine Willequet.

Un diner d’adieu - ©FabriceGardin 083.JPG 

Un peu comme on rénove sa garde-robe,  Pierre et Clotilde Lecoeur(-Sec) décident donc d’organiser des dîners d’adieu pour se débarrasser d’amis qui n’ont plus vraiment la côte. Sur la liste noire, c’est Antoine qui le premier fait les frais du vide-amitié. La fastueuse  cérémonie de rupture à sens unique  promet de se dérouler  dans  le plaisir jubilatoire pour les deux complices de la mise en scène. Dans une ambiance do it with class, on sort le  vin millésimé de l’année de naissance du cher ami - comme c’est triste, sa femme, Béa a été retenue par une répétition de théâtre -  on l’accueille avec sa musique préférée, on lui concocte un repas princier que l'on fera suivre  par la liquidation de la cible !

Un diner d’adieu - ©FabriceGardin 213.JPG

Sauf que, les choses dérapent. Pierre et Clotilde perdent peu à peu le contrôle, pire, c’est l’ami offensé qui subtilement prend sa revanche et organise une  séance  jubilatoire et cruel de role–playing thérapeutique pour « sauver l’amitié ! »

Pourtant, quelle superbe chimère, quelle  idée grisante d’imaginer que tout d’un coup, on va pouvoir maîtriser le Temps. Préférer au gaspillage et à la dispersion, le  véritable et authentique Quality Time avec famille et amis sincères! Rayer de sa vie angoisse, ennui et obligations. Faire le ménage du Time Managing et reléguer impunément aux oubliettes tout ce qui vous dérange... et se sentir enfin libres!

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 Dès le départ, Clotilde jouée avec férocité carnivore par Christel Pedrinelli  a préparé un coup de Jarnac. On le  perçoit dans ses intonations sarcastiques, sa fausseté, ses sollicitudes exagérées, ses rires artificiels,  ses postures protectrices avec son mari. Mais la séduction de la belle  a vite fait …de faire oublier tout danger. La comédienne au top de son talent de faussaire a aussi piégé le public !   Et dans le rôle du mari gauche, anxieux, et  rénovateur  Frédéric Nyssen fait merveille. Il s’en tire particulièrement  bien dans  ce  monologue  solitaire si inconfortable  face à un Pierre Pigeolet statufié qui reste, absolument imperturbable, pire qu’un psychanalyste, figé comme un cadavre assis!  Et puis … quelles résurrections flamboyantes!

Jusqu’au 09/10/16

AU THEATRE ROYAL DES GALERIES

Galerie du Roi 32 – 1000 Bruxelles

Infos Réservations : 02/ 512 04 07

http://www.trg.be/

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12273181857?profile=originalBergen blottie au cœur de juillet

Oslo, Bergen

Décollage d’un avion blanc, le soir,
puis ce couché de soleil rose et parme,
inouï, triomphal,
apparaît puis s’étend ; une pure merveille.

12273182256?profile=originalVol au-dessus de l’infinie Scandinavie

Des paysages polaires, entre l’Est et l’Ouest,
des maisons en bois, coquettes, multicolores,
dévalent joyeusement ;
alentours des vallées, des prairies, des jardins,
du vert à profusion, des espaces infinis,
de simples fleurs sauvages, à l’instar de ballerines,
gracieuses et féminines, sous mes yeux se
mettent en scène, s’illuminent, dansent et bruissent !

12273181899?profile=originalBergen multicolore, Bergen technicolor

Autour d’elles, le soleil adapte sa lumière,
les nimbes de tout son or, les caresse, les honore.

12273182477?profile=originalPrécieux soleil, parcimonieux soleil

Puis ces neiges éternelles sur ces monts
vertigineux et bleus ; c’est l’été de l’hiver,
Le soleil mesuré.

12273183500?profile=originalA bras ouverts, Norvège

Ce sont ces regards clairs, grand-ouverts,
dont les yeux bleus-glacier donnent
le vertige aux sombres,
puis étonnent et à la fois subjuguent
la Méditerranéenne que je suis, que je reste ;
l’ombre là-bas embaume encore la neige,
même en plein cœur de juillet.


12273184075?profile=originalPaysage hivernal, huile sur toile
Sophus Jacobson (peintre norvégien, 1833-1912)

La blondeur est partout ;
les chevelures, l’air que l’on respire,
les corps, les gestes ensoleillés des gens d’ici,
jusqu’à leur mots si chauds, si ronds ; des bateaux.

12273184683?profile=original« Les rues sont remplies d’amour », prince Haakon de Norvège
Oslo

La Norvège est paisible, blanche et verte,
pacifique.

NINA

12273185671?profile=originalRosemarsjen, Oslo, 25 juillet 2011
Marche blanche, marche des roses…
Du blé en herbe fauché au regain de la jeunesse,
aux promesses de blonds épis

J’ai vu le poème de NINA, émoi.
Les images tournaient, qui défilaient en moi sur l’écran des nuits blanches.
Et moi… tandis que le film repassait, je déposais les photos sur les mots.
Et voici le résultat d’un nouveau partenariat…
De vous à nous, qu’en pensez-vous ?

Michel Lansardière (photographies)

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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ENCORE...

Oui, je suis lasse

Du temps qui passe

J'aimerais chanter

Aussi rêver!

Et ne plus vivre

A la dérive

De ces regrets

De ces secrets...

Et si l'émoi

Résonne en moi...

Toutes ces envies

Me tiennent en vie!

Mais dans la nuit

Où tout s'enfuit...

Quand ciel est noir

Fragile l'espoir!

Ne pas couler

Encore vibrer

Le monde est beau

Est mon crédo!

Alors suis lasse

Et le temps passe...

Il faut danser...

Et puis aimer!

J.G.

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administrateur théâtres

eventon16122.jpgThéâtre promenade convivial, théâtre de voyageurs spirituels qui trinquent ensemble …et avec le public. Année 1789 -10 : le roman Jacques le Fataliste et son maître en huit journées et quatre motifs, met en scène deux passagers d’une époque.  Ils cheminent en discutant de tout et de rien, tandis  que sortent pêle-mêle  de leurs malles d’osier histoires d’amour et de trahison, parenthèses, digressions, protagonistes  pittoresques hommes et femmes, apostrophes au lecteur et la reconstitution fragmentée d’un crime. Entre gaieté et profondeur, on découvre le siècle de Diderot  en costumes d’époque avec ses convictions et ses interrogations.  

Au cours de  ce voyage vers nulle part, le réjouissant questionnement du maître et de son valet sur la liberté individuelle débouche sur   une   certitude de l’époque que Diderot, l'un des premiers, veut contester.

 « Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien  et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut. » C’est l’histoire écrite sur le  Grand Rouleau : “Nous croyons conduire le destin, mais c’est toujours lui qui nous mène.”

 

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 Si le valet  futé joué par Jean-Pierre Baudson est terriblement bavard, son maître,  un noble riche et maladroit qui se refuse de lacer  le moindre brodequin, est passé virtuose dans l’art de le  faire parler. Il est campé par Patrick Donnay. Ainsi  l’amitié vraie née de la parole,  relie  ces deux extrêmes qui deviennent vite inséparables et  oh! stupeur   même dépendants l’une de l’autre, question d’abolir avant la lettre, tous les privilèges de classe. Le sujet de 1779 vit sous la dépendance de son maître,  mais le citoyen de 1789 dont on attend l’avènement, sera  celui qui affirme sa liberté, et, partant, sa souveraineté.

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 Grand déballage de malles …très emballant! Vers une aube inconnue ? A  travers  l’errance picaresque de ce duo en scène plein de verve et d’usage, le spectateur participe à une joyeuse farce sociale et philosophique où les postures intellectuelles savoureuses  de l’un et de l’autre fusent  en un énorme festin vocal. Choc des idées, hallucinante frénésie de paroles, gestuelle débridée, imaginaire au pouvoir, la  riante dissertation en live est bel et bien jouissive.  La mise en scène impeccable de Jean Lambert – elle commence dans la salle avant même le début de la séance  soutient avec talent les équilibristes du verbe qui ont su préserver  un  charme 18 ème.  Les applaudissements  fournis  de l’assemblée témoignent de la générosité des artistes qui ont tout joué, y compris les rôles désopilants d'une flopée de joyeuses dames qui n’ont vraiment pas froid aux yeux!  

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 du 06/09/16 au 29/10/16  Offrant une plongée originale et pleine de surprises dans l’univers d’un géant des Lumières, ce spectacle du Théâtre National  a rencontré un vif succès à sa création en 2013. Amusez-vous des aventures de deux compagnons qui se baladent dans la vie en méditant gaiement sur nos amis, nos amours, nos emmerdes ... et notre destinée. 

https://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=454&type=1

 

 

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La Flèche du Temps expliquée

du Temps quantique au temps macroscopique

(D'après l'université de Bâle)

Une acrylique

d'ADYNE GOHY 

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Inspirée

par un Poème de

RAYMOND MARTIN

LE TEMPS

 

 

Primordial, étal, étant, partiel et infini.

 

Défini, rationnel, indéfini du relatif, éternité absolue.

 

Par la réflexion humaine asservie à l'esprit.

 

Le cherche-t-on pour qu'il soit perdu ?

 

 

 

Courir prestement d'un point à un autre

 

Piège le temps dans le filet de la raison.

 

Est-ce irraisonné le retour au point initial, faux !

 

Présent, là, ici, là-bas, immuable et immobile, déraison !

 

 

 

Eternité, simultanéité de tous les temps.

 

Passé, présent, futur présent, futur antérieur,

 

Indicatif, pointé au tableau noir de la classe,

 

Du professeur pensant que « c'était le bon temps ».

 

 

 

De l'élève au tableau noir, déjà hors du temps,

 

Multiplicité de temps, temporalités différentes, parallèles.

 

Vacances au passé, à la récréation future approchant.

 

L'esprit virevolte, léger, à tire d'ailes.

 

 

 

L'origine du temps passé, n'est-ce pas le temps d'avant ?

 

Le futur du temps passé, n'est-ce pas le temps présent ?

 

Le futur du temps présent, c'est l'avenir.

 

Le passé de l'avenir, n'est-ce pas le temps présent ?

 

 

 

Alors, faut-il prendre le temps au temps ?

 

Mais son temps, je le lui laisse,

 

Car je prends le mien, en prenant mon temps.

 

Mais le temps presse, pour autant qu'il passe.

 

 

 

Autant en emporte le temps : dilemme !

 

Quel temps faut-il prendre, quel temps fait-il ?

 

Assurément il a fait son temps, indemne.

 

S'il a fait son temps, je lui prends son temps : futile !

 

 

 

Translation dans le temps, utopie humaine, servile,

 

A la recherche obstinée du méson perdu,

 

Initiation mystique du questeur en perpétuel devenir,

 

Vers la recherche de la parole perdue.

 

 

 

Translation dans le temps du «de mon temps» du Grand Père,

 

Au «il était une fois des comptes pour enfants»,

 

La tête dans les nuages, cotonneux de la sphère,

 

Les pieds sur terre, boueux par mauvais temps.

 

 

Poète, prends garde de ne pas retrouver le temps perdu,

 

Car alors ta quête n'aurait plus de sens,

 

Tu ne pourrais plus rêver au temps disparu,

 

Mais tu soupçonneras sa présence.

 

 

 

Je reprends mon temps et vous laisse au vôtre,

 

Vaquez, chantez, riez, à vos réflexions,

 

Chacun d'entre vous aura son bon apôtre,

 

Retour au temps béni des illusions.

 

 

 

Raymond MARTIN

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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administrateur théâtres

play_434_lisbeths_(2).jpg« Lisbeths » (2006) de Fabrice Melquiot au théâtre Le Public  

 La douce canicule de cette mi-septembre se meurt vite dans l’atmosphère renfermée de la salle des voûtes du théâtre Le Public et la pièce devient vite  irrespirable, …entendez, dans le sens de l’absence de respirations! En effet, les deux comédiens vont mener train d’enfer, aspirés dans la fébrilité de leur poursuite amoureuse à travers les ronces de la vie.

George Lini et Isabelle Defossé ont tout donné ! La langue  est haletante, truffée d’interruptions, de rires trompeurs,  de lapsus, de choses échappées à l’inconscient, de bulles effarouchées, d’hésitations essoufflées, de précipitations  vertigineuses dans un jeu théâtral intelligent et juste.  Ils ne savent pas comment s’approcher, coincés dans leurs carapaces bourrées d’épines. Pas facile l’amour chez les oursins, comment remonter à la surface ?

 Les giclées de « enfin bref » sont autant de cris d’alarme brûlants. Le sol du plateau est un lit de braises. « Enfin bref », c'est le mot qui assassine le présent, qui court haletant vers un futur qui se dérobe, qui angoisse et qui terrorise.  A lui seul il symbolise  l'urgence d'un désir inassouvi, sans jamais l'ombre d'un espoir de contentement, avec à la clef la déception comme clef de voûte de la vie, dans une course absolue et effrénée, à l'assaut des ombres et non des choses et des gens, tels qu'ils sont! 

 Le duo fantastique des deux comédiens Georges Lini & Isabelle Defossé détient un  puissant pouvoir d’invitation à la réflexion. Cette pièce fulgurante du savoyard  Fabrice Melquiot pourrait-elle briser le cycle infernal de nos temps pressés et utiles... ?   Et si on éduquait les gens au contentement et non à l’avidité permanente ? Une avidité stimulée par la publicité, qui affirme qu’il nous manque toujours impérieusement quelque chose.  Une civilisation du besoin chronique et permanent, sans cesse ressassé, qui  instille dans les esprits la dure sensation de manque.  Ils ont les yeux dans les yeux, le corps à corps, mais pas la sérénité de  l’accord ! Le spectateur ne ressortira pas indemne, touché, mais heureusement pas coulé !

 « Ils ont tout et pourquoi cela ne marche pas » se demande-t-on?  Cette question ne cesse de hanter le spectateur souvent pris à témoin par les comédiens, ballotté dans l’ivresse des mots, des dialogues et des narrations croisées au cours de joutes qui ne sont pas que verbales puisque le corps est maître à bord. Ainsi, le spectateur est entraîné, troublé, subjugué par  l’énergie théâtrale époustouflante du  ballet des amoureux qui évoluent tels des papillons de nuits affolés, dans un clair-obscur plus livide que le désespoir. Et pourtant  la fille avait des rêves, elle avait su larguer les amarres, et pourtant elle avait - mine de rien- semé la lumière, rêvé d’un enfant dans la blancheur d’une innocence retrouvée,  galbée de verres de laits à la chaîne et de craies blanches prêtes à écrire une nouvelle vie.

Le phénomène de l’amour - ce qui fait que nous existons à nos yeux et aux yeux des autres - devrait être la tendre aspiration de chaque homme et de chaque femme. Mais la pièce  se fait de plus en plus pessimiste  et l’inaccessible étoile reste bel et bien inaccessible pour les deux personnages, à force de se concentrer sur leur propre désir et non sur celui de l’autre. Et pourtant tout avait  si bien commencé, un peu comme dans L’Ecume des jours: sur les  sentiers peu fréquentés  du fantastique et de la poésie.

lisbeth

 

 Petits commerçants, petits consommateurs d’amour, ils s’éteignent aussitôt allumés, des lucioles perdues dans le grand noir !  Et l’homme est impuissant  devant son destin, vissé à une  angoisse obnubilante comme un coquillage sur son navire car sa Lisbeth, tout d’un coup, n’est  plus la Lisbeth qu’il connaissait dans les moindres recoins : elle a changé ! Elle est une Lisbeth plurielle et réelle. Et cela  Pietr ne l’accepte pas! …S’il pouvait se dire qu’elle est  tout bonnement vivante, traversée par le désir d’enfant et assoiffé de  lui ! Incapable de renoncements, il la fige dans son imaginaire, la cloue comme un papillon sur la planche de l’entomologiste, alors que la vie, c’est justement l’adaptation perpétuelle et le changement! Pauvres humains plus piquants encore,  mais bien moins sages, que les oursins!

 

http://www.chargedurhinoceros.be/index.php?option=com_content&view=article&layout=edit&id=118

...À plus de quarante ans, Pietr se contente de brèves aventures : représentant de commerce, ce n’est pas un métier pour être en couple, on n’est jamais là. Lisbeth fait irruption alors qu’il n’attendait plus rien. Ils se plaisent et décident rapidement de faire un enfant, dans un hôtel, face à l’océan. Elle patiente sur le quai de la gare. Quand il descend du train, il voit cette femme qui vient vers lui, tout sourire, toute lumière. Ce n’est plus Lisbeth, c’est une autre Lisbeth, c’est une inconnue. Mais il reste pourtant l’envie d’atteindre cet amour absolu …

De Fabrice Melquiot, mise en scène de Georges Lini, avec Isabelle Defossé et Georges Lini

Du 6 septembre au 29 octobre 2016 à 20h30 au Théâtre Le Public à 20h30

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=434

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Melquiot

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Du 31 – 03 au 24 – 04 - 16, s’est tenue à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), une exposition consacrée à l’œuvre de la sculptrice et céramiste française d’origine belge, Madame FREDERIQUE LACROIX-DAMAS, intitulée : RETOUR AUX ORIGINES.

Le « retour aux origines » est un acte dont la finalité ressemble, à s’y méprendre, à l’autoportrait. En ce sens que par le geste créateur, l’artiste remonte au tréfonds même de l’Humanité pour y débusquer son âme. 

En ce qui concerne FREDERIQUE LACROIX-DAMAS, le voyage vers les origines nous ramène au sacré de la gestation, à la fois considérée comme le miroir de l’acte dans l’acte, en ce sens que le sujet par excellence est la Femme. Il s’agit de la Femme créant en donnant la vie. Le retour aux « sources » est un parcours menant vers une esthétique oubliée, mais qui depuis la naissance de l’art moderne, ne cesse de hanter la raison d’être de la sculpture : la première approche du corps humain par la main de l’homme. Cette première approche, résultant de la découverte des arts « traditionnels » non européens, en particulier, africain et océanien, ont eu pour effet de provoquer une catharsis au sein d’une société désormais bâtie sur le credo d’une révolution industrielle, laquelle allait, progressivement, nous mener jusqu’au consumérisme actuel. Ce choc culturel à l’intérieur de l’univers artistique s’est exprimé par une autre révolution : celle de la forme, pensée comme une variation sur un langage lequel allait s’écarter des codifications artistiques, par conséquent, sociales pour retrouver une « purification » offerte à la fois par l’art magico-religieux ainsi que par l’archéologie, laquelle ne cessait de mettre au jour des artefacta remontant à la préhistoire. Ces œuvres nous offraient de l’Homme une dimension spirituelle désormais perdue en Occident mais que les sociétés dites « traditionnelles » n’avaient cessé de perpétuer au cours de leur évolution historique. L’art moderne allait servir de trait d’union entre deux courants de pensée (voire deux sacralités : l’une perdue, l’autre retrouvée) traduits dans une esthétique qui servirait de ciment au langage contemporain.

Ce langage, FREDERIQUE LACROIX-DAMAS le retrouve pour le réinterpréter selon sa sensibilité. Avec cette artiste, nous sommes à la charnière entre un style oscillant entre la céramique et la sculpture.

La céramique est présente par la matière et la technique (terre cuite – raku) mais la pose des sujets appartient au vocabulaire de la sculpture : TORSION (terre cuite raku – 48 x 23 x 19 cm).

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Cette forme anthropomorphique aux caractéristiques féminines est, comme son titre l’indique, une suite de volumes torsadés, refermant l’image d’un couple soudé à l’intérieur d’un tourbillon de courbes créant le corps de la femme surgissant d’un entrelacement entre pleins et creux.     

Le sujet traité par l’artiste est une entité composée de deux images : celle de la Femme dans celle de la Mère. En d’autres termes, le sujet est une transposition contemporaine de la Déesse-Mère paléolithique.

Dans NAISSANCE DU MONDE (terre cuite raku – 34 x 23 x 24 cm),

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un ensemble de neuf personnages féminins émergent du bec d’un vase comme une lave d’un cratère. Est-ce à dire que, pour l’artiste, l’image du « naissant » est exclusivement Femme ? Bien évidemment, le bec du vase symbolise la matrice par laquelle le corps vient à la lumière mais il est intéressant de constater que l’image masculine est « reléguée » à la réflexion : PENSEUR 2 (terre cuite raku –33 x 25 x 23 cm),

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à la contemplation presque passive (l’homme est plongé dans une attitude de relâchement physique, la tête appuyée sur son bras, se laissant dériver dans ses rêves), comme si la dynamique du Monde était Femme. L’on a même le sentiment, en observant le personnage masculin dans le détail, qu’au lieu d’exprimer une « pensée » - c'est-à-dire une construction esthétique rationnelle - celui-ci s’abandonne à un « songe », tellement le relâchement total est ressenti. L’image de la Femme est avant tout celle d’une gestation, voire l’image en tant que réalité objective, prise au moment même de sa propre gestation. Cela se remarque dans des œuvres telles que MERE ETERNELLE (terre cuite raku – 38 x 31 x 26 cm),

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à la croisée entre expression primitive et écriture contemporaine. Cette composition est avant tout une ode à la forme. Par ce que les archéologues nomment la « stéatopygie » (déformation anatomique due à l’excès de graisse sur les fesses – typique des Vénus préhistoriques), l’artiste joue savamment sur une diagonale, opposant la proéminence du coccyx à son ventre en gestation, créant un jeu de creux et pleins, de sorte à faire ressortir tant l’intériorité que l’extériorité de la forme faite Femme.

Par sa marque contemporaine, l’artiste aborde la forme primitive dans une conception exprimant la dialectique classique entre le vide (le creux) répondant au plein dans un rapport carrément architectonique centré dans le sujet sculpté. La pièce se divise en deux parties : la partie supérieure offre le buste de la Femme avec ses seins proéminents. La partie inférieure nous montre l’ « habillage » de son corps par une robe faite d’une série d’éléments rappelant la dentelle ancienne avec en son centre une fleur. Conçue comme une poterie, cette sculpture présente une partie haute (le corps) dont la tête surplombant le buste, se présente comme un goulot. Tandis que la partie basse (la robe) rappelle la panse d’un vase. Le buste est de couleur noire. La robe, en vert vif, est rehaussée de notes rouges éparses. En quoi se distingue la conception contemporaine de l’esthétique primitive en ce qui concerne le rendu des Vénus ? La MERE ETERNELLE (citée plus haut) diffère de la plastique préhistorique, notamment par la présence de bras le long du corps. Dans l’œuvre précitée, le personnage pose sa main droite sur son sein, tandis que sa main gauche repose, à plat, sur sa hanche. Rares sont les exemples de Vénus préhistoriques à présenter des bras (encore moins des mains), à l’exception notable de la Vénus de Kostienki, en Russie, datée de plus de 21.000 ans ainsi que de la Vénus de Dolni Vestonice, en Tchéquie, dont l’âge dépasse les 25.000 ans. A ces différences, s’ajoute le fait que l’artiste préhistorique sculptait sa pièce en un bloc compacte, duquel émergeaient toutes les courbes. Ici, nous avons une suite de variations sur la forme, lesquelles provoquent une série d’ondulations et d’étirements desquels se dégage la Femme. Parmi les différences plastiques, il faut noter que les têtes féminines contemporaines sont privées des parures richement ornées typiques des ornements présents sur les déesses préhistoriques, lesquelles font penser à des casques actuels. Concernant les similitudes avec les divinités primitives, il convient de signaler l’absence de morphologie faciale concrétisée par le manque d’attributs.  

A cette série de figures stéatopyges, s’ajoutent des sculptures stylisées, telles que UN PARFUM D’AUTRE FOIS (terre cuite raku – 48 x 13 x 11 cm).

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Cette composition recèle une haute note de sophistication agrémentée d’un sentiment de nostalgie. La couleur rouge est dominante.

Elle s’étend sur les trois-quarts de la pièce, servant de piédestal, propulsant la Femme au regard du visiteur. Cette pièce fut sculptée pour inaugurer la création d’un parfum. 

La couleur rouge s’étend sur le maillot de bain ainsi que sur le chapeau. Le sentiment de nostalgie se ressent principalement dans la conception du maillot de bain, typique des années d’après-guerre ainsi que dans son large chapeau. La position du bras est également très éloquente : le bras gauche posé sur la hanche et le droit entourant son ventre indiquent une attitude de nonchalance que peuvent inspirer les stars féminines du passé dans notre imaginaire. La position tournée vers la gauche du visage (droite par rapport au visiteur), laissant apparaître des traits faciaux à peine effleurés, renforcent cette nostalgie d’une époque que beaucoup d’entre nous n’ont jamais connue. La stèle au sommet de laquelle émerge la Femme est comprise dans deux zones chromatiques noires : à la base et sur le haut de la pièce.

Pourquoi proposer deux esthétiques différentes du corps féminin ? Parce que pour l’artiste, la féminité est multiforme et il incombe au visiteur de rétablir l’équilibre entre ces deux esthétiques pour remettre l’image de la Femme au diapason de son rôle politique, social et humain. Bref, au centre de l’Histoire.

Pourquoi donc revenir aux « Vénus » ? Et pourquoi fallait-il qu’elles soient « préhistoriques » ? L’artiste a voulu faire un « arrêt sur image » dans le parcours, désormais millénaire, du rapport que l’Homme entretient avec le Sacré. Néanmoins, un « arrêt sur image » implique un arrêt sur le temps. La Déesse-Mère préhistorique est à la source des Déméter grecque, des Gaia romaine, des Pachamama inca, que l’on retrouve dans l’image de la Vierge chrétienne, c'est-à-dire des divinités nourricières en rapport avec les sociétés agricoles de l’antiquité classique et proche-orientale. Loin d’être une féministe « pure et dure », l’artiste a voulu, en lui conférant une dimension contemporaine, transcender le sujet pour le rendre « actuel », tant du point de vue plastique que du point de vue sociopolitique : la situation de la Femme aujourd’hui. La Préhistoire étant l’origine de la conscience du Monde exprimée à la fois par l’Art et l’oralité, remarquons également que c’est une des rares fois où la plastique de la Vénus préhistorique est abordée par une artiste femme. Est-ce là une occasion supplémentaire de rendre justice à la Femme en tant que créatrice ?

Une idée qui circule encore aujourd’hui serait que les Vénus feraient généralement partie du répertoire artistique « masculin ». De récentes recherches concernant l’art pariétal français et espagnol (notamment concernant la grotte du Pech Merle, dans les Pyrénées) ont révélé qu’à l’examen de certaines « mains négatives » (empreintes de mains humaines rehaussées de couleurs), laissées sur les parois, quelques unes d’entre elles – vu leur taille - appartenaient à des femmes.

Ce qui tendrait à indiquer que la dichotomie sexuelle dans le travail artistique n’était pas absolue. Et qui sait ? Y avait-il déjà au Paléolithique supérieur des femmes sculptrices ?

La Femme transcendée au rang de « divinité », que ce soit au cours de la Préhistoire, de la Grèce antique ou de la Renaissance a toujours été confiée à des mains masculines. Sémantiquement parlant, il n’y a pas de différences considérables.

La forme diffère selon les styles. Mais il s’agit toujours d’une relation mère-enfant (qu’il soit présent ou encore en gestation) autour de laquelle gravite la dynamique du groupe social. Mais revenons à la question que nous nous posions plus haut : où est la place de l’homme dans la palette de l’artiste ? Osons une réponse : l’homme est à l’intérieur de la matrice qui lui assure la vie, à l’intérieur du ventre dont la gestation assure la perpétuité historique. C’est surtout un message d’espoir que nous délivre l’artiste : hommes et femmes se complètent mutuellement. Ils atteignent le même but. Et si la Vénus est autant présente dans son œuvre, c’est aussi et surtout pour rendre hommage aux mains qui exprimèrent la pensée selon laquelle malgré toutes les conditions de vie (voire de survie) possibles, l’Art peut atteindre de tels niveaux. En effet, quelle différence y a-t-il entre un artiste du Paléolithique supérieur créant sous les violences de la nature environnante pour assurer la survie du groupe et un Chostakovitch composant sa 7ème symphonie dans Léningrad en proie aux flammes de l’aviation nazie dans l’acte absolu d’une pulsion vitale ?  

Boulimique de sculpture, FREDERIQUE LACROIX-DAMAS crée depuis 1996. Après s’être essayée à bien des sujets, elle s’est aperçue qu’elle n’avait aucune « signature » qui pouvait la distinguer. Autodidacte au départ, elle a suivi une formation en sculpture dans l’atelier d’Yves Guérin, professeur à l’Ecole Des Arts Plastiques de Riom (Puy de Dôme). C’est au cours d’une visite de la grotte du Cap Blanc, dans le Périgord qu’elle a découvert, à la vue d’un planisphère représentant l’ensemble des Vénus sculptées à travers le monde, le sujet dans lequel s’investir et s’identifier. Bien entendu, à la thématique des déesses préhistoriques s’est entremêlée l’expérience de sa propre maternité. Son but est de conférer aux Vénus une féminité allant au-delà de leur maternité : la Femme n’est pas qu’une simple reproductrice. L’artiste associe ses propres déesses à la perspective de l’espace et du temps : le genre humain fait partie d’un Tout. Psychologue du travail de formation, elle a été, par la force de sa profession, au contact des gens, ce qui a développé chez elle un amour pour la personne humaine. Le ventre proéminent de ses Vénus atteint une circonférence qui rejoint celle de l’œuf. Ce qui les différencie de la forme originale des statuettes préhistoriques, en ce sens que celles-ci adoptent principalement la forme du losange. Il ne s’agit donc pas d’un simple copiage mais bien d’une œuvre d’art à part entière en forme de variation sur un thème éternel tant que l’humanité durera.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

12273162861?profile=originalFrançois Speranza et Frédérique Lacroix-Damas:  interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(30 mars 2016 - Photo Robert Paul)

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administrateur théâtres

Cinq étoiles au firmament! 

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Toutes voiles dehors et d’un train d’enfer, le nouveau spectacle grand public mis en scène par Thierry Debroux enflamme comme une traînée de poudre. Entre fidélité au texte de Robert Louis Stevenson et amplification psychologique voulue et écrite par Thierry Janssen, les décors somptueux  de l’Île au trésor de  Ronald Beurns dévoilent en deux plans, d’abord le profil sombre et macabre de «L'Amiral-Benbow »,  auberge perchée sur une falaise, et son intérieur délabré dont tout fait penser à Daphné Du Maurier. Ensuite, la magie époustouflante de la scénographie et du maître des décors - d’année en année plus surprenante - transforme soudain ce lieu lugubre en lumineux port d’attache de la fameuse Hispanolia prête à embarquer pour  une fabuleuse chasse au trésor sur une île lointaine. Puis c’est carrément catapulté dans le ventre du navire que se retrouve le spectateur, une coupe transversale qui va du ciel à la cale où conspirent les pirates endurcis. Enfin l’île paraît, ensorcelante - oui il y règne de la vraie sorcellerie, parole d’araignée -  et dangereuse, théâtre de pas moins de 17 assassinats, avant le retour sur le bateau rempli d’amers souvenirs. Maintes fois, à la première, le public enthousiasmé, a jugé bon d’interrompre le déroulement de la pièce, juste pour applaudir à tout rompre.

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Julien Besure – nommé dans la catégorie « meilleur espoir » pour son interprétation de D’Artagnan dans Les trois mousquetaires, interprète avec un  talent extraordinaire le jeune Jim Hawkins, héros de l’histoire. Celui-ci a laissé sa mère éplorée derrière lui sans savoir que le chevalier Trelaunay/ Simon Vialle malgré ses belles perruques est un  implacable personnage cupide et violent qui a mis la pauvre mère du jeune homme à la rue en faisant saisir l’auberge. Le docteur Livesey/ Othmane Moumen est peut-être le moins méprisable de la compagnie et le plus humain. Inutile de dire que les costumes sont splendides.

Thierry Janssen en personne se glisse dans la peau du formidable Billy Bones et de Jonathan Joyce, l’un des terrifiants pirates. Et l’innommable Long John Silver jamais repenti, le mécréant manipulateur avide, d’une hypocrisie monumentale se retrouve par la magie de la scène doté de traces d’humanité et de bonhommie parfois non feinte! La personnalité généreuse d’Angelo Bison qui l’incarne empêchait sans doute qu’on l’associe à un personnage totalement cruel et sans scrupules! Ainsi donc, sous des dehors tintamarresques, on ira jusqu’à ne point le honnir.

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C’est ici qu’intervient la créativité des adaptateurs qui décident d’ajouter, pris sans doute par la fièvre des marais, quelques  prolongements de leur cru, inventifs, volubiles et drôles. Ben Gunnn, le marin abandonné habitant solitaire de l’île est remplacé par  cette hallucinante  Mama Brigid  coachée avec brio par Jack Cooper en personne, et  par cet autre personnage féminin, Moustique, dont les morsures féminines retournent le cœur du jeune héros. Une lointaine allusion aux personnages Shakespeariens, mi-masculins, mi-féminins? Une occasion sur mesure pour  accueillir  dans l’olympe de  cette magnifique troupe une toute jeune élève fraîchement sortie du conservatoire, Loriane Klupsch qui a eu ainsi l’honneur et la gloire de se produire pour la première fois sur le prestigieux plateau du théâtre du Parc.

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Cette nouvelle création réunit donc tous les ingrédients du drame chers à Hugo : la chorégraphie flamboyante des combats,  l’apogée de l’horreur et de la terreur, le rire tonitruant, la passion démesurée - ici celle de l’or -, la tragédie, la comédie, la féerie, l'hymne et la farce. C’est tout simplement fa-bu-leux, tant dans le rythme que dans l’expression. Et personne n’oubliera le dernier tableau de l’aventure qui est saisissant de beauté esthétique et ...morale.  

L'ÎLE AU TRESOR
de Thierry JANSSEN, d'après le roman de Robert Louis STEVENSON.

Du jeudi 8 septembre 2016 au dimanche 23 octobre 2016

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/57/39.html

Crédit Photo: ZVONOCK

 

 

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BIENTÔT L'AUTOMNE...

Après neuf mois de gestation

Septembre nous offre ses plus beaux fruits

Nous vient une bouffée d'émotion

C'est le rêve qui s'épanouit!

Encore l'été, déjà l'automne...

Douceur et fraîcheur se mélangent

Alors plus rien ne nous étonne

Envie de tutoyer les anges...

Blonds et puis roux virent les feuillages

Puissante est l'odeur de la terre

La lumière berce les nuages

Elle enchante notre imaginaire!

Plus que trois mois, une poignée d'heures

Quelques minutes... tant de secondes!

A nous d'en goûter les saveurs

Les petites joies sont vagabondes!

L'année alors pourra partir

Afin que bientôt, un matin...

Quelques bourgeons, tel un sourire

Et notre désir de demain!

J.G.

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administrateur théâtres

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  La pièce signée  Carlo Goldoni (1707-1793) le réformateur du théâtre comique italien, renaît dans des costumes Vogue 1950 et  dans un décor solide comme une forteresse imprenable. Comme dans certaines fontaines italiennes, deux séries (inégales) de marches se rencontrent au pied d’un mur. Sauf que le mur est celui de l’incompréhension mutuelle et de la vengeance au centre duquel se trouve une porte à deux battants laqués d’or lorsqu’ils s’ouvrent de brefs instants. C’est dans ce bureau ouvert à l’imaginaire  que le comte Anselme range, trie, étiquette, classe ses précieuses collections, tandis que, du haut de ses appartements, son élégante épouse Isabelle/Cécile Van Snick mène la maisonnée désargentée, de main de fer.

 Hilarants, les  deux jolis-cœurs, clients de la famille au sens romain du terme : l’un est docteur l’autre, on ne sait pas : Docteur Bassette/Toni D’Antonio et Monsieur Delbosco/Nicolas Ossowski. Ils ont un format de Don Juan et Quichotte Panza, ce dernier la panse bien en avant. A se tordre de rire.

Monsieur Valmy/John Dobrynine, le père de Dorothée, la jeune épousée– enfin quelqu’un de sérieux - a lui tout du gentleman ou gentilhomme de l’époque sans être noble. Il est simple mais riche négociant, il a l’éducation, lit le grec, personnifie  la  sagesse et surtout  un amour paternel peu commun, émouvant. Le duo d’enfer, Dorothée et Isabelle la comtesse incontestable, marche sur les flammes de l’hypocrisie et de la haine haut de gamme et navigue sur  les marches brûlantes de l’autorité. Aucune, bien sûr, n’est à prendre au sérieux. Vous l’aurez compris, la jeune intruse  qui a été  monnayée pour renflouer les caisses du comte Anselme  est une belle-fille  honnie par la belle-mère. Emmanuel-Philibert/Valéry Stasser est le mini mari de  cette jeune dulcinée, éperdu d’amour respectueux pour sa maman, éploré de déplaire à son papa, divisé en trois par sa jeune femme exigeante. Un rôle d’un comique absolu mais touchant.   

Le mur gris perle de la forteresse est un immense lambris de médaillons, où des  trappes secrètes  ravissent chaque fois le spectateur surpris. Ainsi jaillissent à tout moment moult objets, accessoires et commentaires fusant de l’intérieur. Notamment ceux d’une domesticité intelligente mais scélérate, surtout roublarde et intéressée, prête à trahir avec la meilleure foi du monde. Sylvio/Emmanuel Guillaume et Agatha/Manon Hanseeuw forment un magnifique duo d’opérette.  Cela grince donc dans la demeure. Cependant que le grand Anselme se préoccupe innocemment de ses chères collections, complètement hors-jeu, hors du temps, dans son espace secret, indécrottable égoïste heureux, tout à sa passion des médailles et vieilles antiquités.

On allait oublier Gigi/Maroine Amimi, l’escroc arménien, à lui seul, un bouquet de comique saltimbanque au cœur d’une adaptation succulente et  mise en scène électrisante de Daniela Bisconti.

C’est donc  avec cette troupe immensément farceuse que le  Public célèbre dans sa grande salle l’ouverture d’une nouvelle saison.

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Du 1er septembre au 8 octobre:

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=453&type=1

http://www.atjv.be/La-Famille-du-collectionneur

 

 

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L'été

Comme un tapis de fleurs blanches et roses

S’étale l’azure délicatement sur les toits du monde

Alors que rouge- gorge et verdier picorant une pomme

Deux mésanges s'amusent à se balancer

Sous l’œil du beau soleil Je me suis allongée 

En buvant lentement une gorgée de jus de lime

Et de notre amour bleu j’ai rêvassé

Tout à coup des images de visages blessés m’envahissaient

Plus de 800 000 enfants Syriens vomissant du sang

Cela fait nombreuses années que je tente de comprendre

Ces dirigeants marionnettes

Ces  états rétrogrades prônant la haine au nom de Dieu

Mais Pour l'amour du ciel qu’est-ce que la géopolitique ?

Tonnes d’articles d’analyses spécialisées

Interminable compteur de morts

Milliards d’armes vendues et trafiquées

Stratégies et intelligences aux milles contradictions

Mais que du vent et des impasses multiples

Combien d’étés  faudra-t-il encore

Pour que la paix revienne

02/09/2016

Nada

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♦ Toute cette histoire ...

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Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Qui a donc décidé de ce jeu d’une rencontre

Un beau début qui fait soleil avec l’hypothèse

D’une suite possible à tout recompter par deux

 

Qui a donc décidé que ça n’irait pas plus loin,

Echec et mat, la reine n’était pas à prendre

Le roi est resté moitié avec et moitié sans

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

 

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Elle était, on ne le saura jamais, mais le charme

Lui était, tout ce qu’on le voudra, mais le trouble

Deux bonjours de plume s’envolèrent tout légers  

 

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Qui donc décide des histoires qui s’accomplissent

Mais pourquoi en permettre autant qui finissent mal

Est-ce une raison d’en interdire du premier pas

 

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Elle pour lui, était un nouveau paysage, beau à voir

Lui pour elle, était l’intrigue du tout qui changeait

Ils n’en dirent rien mais pouvaient-ils se tromper

 

Elle et lui, la distance, la faute à qui y pensait peut-être

Les rencontres furtives, rendez-vous à pas de chance

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Où en sommes-nous de nos libertés, de nos amours ?

 

Tout cette histoire qui n’aura pas existé

Il ne sert pas d’en penser une qui soit formidable

De chaque première fois les vibrations intenses

Réciproques de deux êtres qui refont le monde

 

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Nous ne saurons pas si l’on doit dire c’est bien dommage

Ou tant mieux car Elle et Lui ont pu connaître quand même

Des histoires qui donnent tous les atouts aux amants

 

L’amour est tourbillon de mystères, de l’attirance

A son accomplissement, la raison y est absente

L’amour est toujours un pari sur ce qu’on ne sait pas

Sans garantie d’un jour à tout perdre au désamour

 

Toute cette histoire qui n’aura pas existé

Il ne faut rien en décider, comme nous ne décidons pas

De tout, on peut le regretter, mais il en est ainsi

C’est un grand charivari que les beaux sentiments

 

 

  

© Gil DEF - 30.08.2016

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ET OUI...

L'écureuil est passé, petite vague rousse

Au vert frais du gazon où marguerites poussent.

Savourer un café à l'ombre du prunier

Regard dans les nuages, laisser les yeux errer...

Une grande aspiration dans matin apaisant

Sourire épanoui, la vie a du mordant!

Un brin de mélancolie s'accroche aux nuages...

On peut bien être vieux et ne pas être sage!

Alors, cœur apaisé au fil de la beauté...

Laissons la vie couler, sans plus s'en désoler!

Quand nous serons partis, il y aura encore

Pleurant des arbres murs... quelques pépites d'or!

J.G.

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ET POURTANT...

Le papillon s'envole léger...

Bel éphémère, plaisir d'été.

Le soleil certes, est encore chaud

brise primesautière caresse la peau!

Et pourtant...

Les sens déjà hument l'automne

Quelques branches mortes jonchent le sol...

Œil résigné ne s'en étonne...

Une mise à jour, comme un bémol!

Et pourtant...

Après l'automne suivra l'hiver

Pluies en cascade et sol glacé...

Et puis, ce froid dans les artères

Nous ne pourrons y échapper!

Et pourtant...

Au bout des mois comme un sursaut

de la douceur en évidence...

Terre frissonnera à nouveau

Joli printemps et folles danses!

J.G. 

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12273177463?profile=originalPeintre, graveur et poète visionnaire anglais, William Blake est l'un des artistes les plus évidemment inspirés que le monde ait connus. Ses poèmes lyriques et prophétiques, ainsi que l'oeuvre gravé qui leur est lié, constituent l'une des rares mythologies originales des Temps modernes. Les grands problèmes humains - la séparation, le mal, le salut - y sont abordés par le biais d'un symbolisme anthropomorphique parfois complexe, mais d'une singulière profondeur, et dans une optique qui se réclame du christianisme, mais se rapproche surtout de l'hérésie gnostique. L'originalité essentielle de Blake réside dans l'humanisme passionné avec lequel il proclame la valeur sacrée de l'énergie créatrice en général, et de l'imagination poétique en particulier, où il voit non seulement la forme mais la source même du divin. Il annonce et devance par là la plupart des conquêtes du romantisme européen.

 

1. De la perception vulgaire au pouvoir visionnaire

 

William Blake est né à Londres, et il y est mort. Son père, modeste bonnetier, ne lui imposa aucune instruction primaire, mais lui fit très tôt apprendre le dessin, puis le métier de graveur, qui demeurera le sien toute sa vie. En 1782, il épouse Catherine Boucher, jeune femme presque illettrée qu'il initie à sa profession et qui lui sera jusqu'au bout d'un soutien patient et dévoué. En 1787, il perd son frère tendrement chéri, Robert. Il semble que Blake ne se soit jamais résigné à cette mort, et qu'elle ait déclenché chez lui non seulement des hallucinations, auxquelles il était prédisposé depuis l'enfance, mais surtout une prodigieuse puissance créatrice de visionnaire qui ne devait plus l'abandonner. Ses premiers poèmes (Esquisses poétiques ) avaient été publiés sous forme de plaquette en 1783. A partir de 1788, il gravera lui-même ses textes et leurs illustrations, et les colorera un par un, avec sa femme, au fur et à mesure des commandes à satisfaire. Mais les acheteurs sont peu nombreux : Blake entend faire droit sans réserve à l'exigence altière d'une vocation spirituelle et esthétique hors de pair, et se trouve ainsi porté à contre-courant de la mode, obstinément voué à la solitude et à la pauvreté. C'est au jour le jour, et grâce à la sollicitude de quelques amis fidèles, qu'il pourvoira à ses besoins et à ceux de sa femme (le couple est resté sans enfants). Héritier de la tradition non conformiste, Blake fréquentera un certain temps les cercles prorévolutionnaires de Paine, Godwin, Priestley, et n'en trahira jamais l'idéal, malgré le démenti infligé par l'histoire à l'élan qui anime ses Premiers Livres prophétiques.  Il se replie davantage, dans la deuxième partie de sa vie, sur son univers intérieur, et en entreprend l'exploration approfondie dans ses Seconds Livres prophétiques , reléguant définitivement à la catégorie du mythe l'apocalypse dont il avait cru entrevoir, dans les révolutions américaine et française, la réalisation historique. Il ne reçut de son vivant que l'hommage de quelques disciples affectueux, qui commanditèrent ses dernières grandes oeuvres graphiques, et préservèrent le souvenir et l'héritage spirituel de leur maître. C'est à la génération suivante que la biographie de Blake par Gilchrist (1863) et l'étude enthousiaste de Swinburne (1868) parvinrent à susciter pour ce génie singulier un intérêt qui n'a cessé de croître.

« La divine forme humaine »

Tout entière orientée par la vision d'une unité perdue à reconquérir, la pensée de Blake saisit l'homme dans sa double identité de créature et de créateur, dans la tension entre la finitude de son existence et la divinité de son être. L'homme de Blake se trouve d'emblée dégagé de la culpabilité morale de sa chute. S'il est déchu, prisonnier de ses sens, de l'espace, du temps, c'est que le monde est lui-même déchu, c'est que la Chute ne fut autre que la Création : la chute non d'un homme mais de Dieu, ou plutôt de l'Homme-Dieu. Dieu n'existe pour Blake que dans l'homme et par lui, il est d'essence humaine ; et l'homme n'est qu'un dieu qui s'est voulu seul Dieu, s'imposant du même coup la solitude et les entraves de l'existence divisée. Il appartient à l'homme de s'ouvrir à nouveau à la plénitude du divin qu'il porte en lui :

Car la Miséricorde a un coeur humain,

 

La Pitié un visage humain,

Et l'Amour la divine forme humaine.

 

Mais cette accession ne saurait nullement se produire par la négation de sa propre humanité. Blake n'a que haine pour la morale chrétienne traditionnelle, qui maintient l'homme non seulement sous le joug spirituel du péché, paralysant sa divine énergie, mais aussi dans l'esclavage économique et politique : la religion fut toujours le principal pilier de la tyrannie monarchique et « Dieu n'est qu'une allégorie des rois ». Tout aussi dégradante lui apparaît l'emprise de l'aveugle Raison empirique, aveugle parce que liée au seul témoignage des sens, captive de la mesquinerie du réel et de la nécessité. La faculté privilégiée par quoi l'immanence du divin se révèle et s'accomplit, c'est l'imagination, que Blake appelle aussi « génie poétique ».

 

Le salut par l'imagination

 

L'imagination abolit aux yeux de Blake la séparation illusoire que la raison institue entre le sujet et l'objet ; elle lui dévoile l'unité du fini et de l'infini, lui livre « l'éternité dans l'instant, le monde dans un grain de sable ». A la finitude de la perception vulgaire, Blake oppose le pouvoir visionnaire, qui traverse la prison des sens et la surface des apparences pour accéder de plain-pied à la dimension de l'infini : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, le monde apparaîtrait tel qu'il est, infini. » C'est donc par le total accomplissement de son pouvoir visionnaire que l'homme peut espérer reconquérir sa divinité, l'apocalypse étant révélation. Les livres prophétiques de Blake se donnent pour tâche de l'y conduire. Par prophétie, il faut entendre chez lui non la prédiction ou la prédication, mais l'approfondissement et l'illumination de l'espace intérieur à l'homme, dont l'espace extérieur et le temps ne sont que l'illusoire projection. Partant des symboles de l'expérience immédiate - celle de la tyrannie morale et politique - Blake remontera toujours plus avant dans la chaîne des causes, pour élucider les conflits métaphysiques qui ont dû présider à la Création, c'est-à-dire à la chute originelle, bien antérieure à celle d'Adam et Eve. Mais cette antériorité est causale plus que temporelle : la Chute se reproduit à chaque instant, et de même c'est à chaque instant que le génie poétique peut transcender la finitude de l'existence et conquérir la vision apocalyptique de l'éternité. « Chaque fois qu'un individu rejette l'erreur et embrasse la vérité, cet individu fait l'objet d'un Jugement dernier. »

Les symboles de cette cosmogonie spirituelle sont parfois obscurs ou instables. Il ne faut pas en conclure à l'incohérence d'un cerveau délirant, mais à la nouveauté et à la difficulté d'une quête où Blake s'aventurait aussi seul que devait l'être Freud cent ans plus tard dans son exploration de l'inconscient (dont toutes les instances trouveraient d'ailleurs chez Blake une personnification adéquate). Confiant en l'infaillibilité de son intuition, c'est à elle seule qu'il entend se fier : « Il me faut trouver mon propre système, ou me laisser asservir par celui d'un autre. »

L'humanisme impétueux de Blake, sa foi dans les pouvoirs réels de l'imagination expliquent peut-être qu'il n'ait pu partager le goût de ses contemporains pour les poses mélancoliques ni leur culte de la nature. La mélancolie serait pour lui complaisance à la mort, mépris de la vision apocalyptique et de l'énergie qui est « délice éternel » ; quant à la nature, comment oublier qu'elle n'est qu'un état déchu et chaotique de l'être, et que c'est à l'imagination créatrice de l'homme qu'il incombe de lui donner forme et signification ? « Là où l'homme n'est pas, la nature est stérile. »

Bien que sa carrière se soit déroulée en marge du mouvement romantique proprement dit, et que ses contemporains plus célèbres ne lui aient accordé qu'une admiration superficielle et condescendante, Blake fait incontestablement partie de la lignée des grands visionnaires : Novalis, Nerval, Hugo, Rimbaud et Nietzsche sont à beaucoup d'égards ses frères spirituels.

Quant au romantisme moderne, sous sa forme surréaliste, il n'a pu que reprendre en bloc - christianisme mis à part - l'essentiel de sa doctrine : la volonté de réconcilier l'homme avec son désir, la politique révolutionnaire et la morale libertaire, la critique du rationalisme, la valorisation du mode de pensée onirique et du « modèle intérieur » en art, et surtout l'espoir d'atteindre, par l'exercice illimité de l'imagination, ce « point suprême » où les contraires « cessent d'être perçus comme contradictoires » (A. Breton). Un siècle et demi après sa mort, Blake demeure à la pointe du romantisme.

 

2. Reconquête de l'innocence perdue

 

L'oeuvre de Blake peut se subdiviser en écrits lyriques, théoriques et prophétiques - qui sont souvent les trois à la fois. On en citera ici les principaux. Les Chants d'Innocence  (1789) et Les Chants d'Expérience  (1794), chefs-d'oeuvre de sa poésie lyrique, mettent en parallèle « deux états contraires de l'âme humaine ». L'innocence enfantine est pour Blake l'état le plus proche de la béatitude éternelle dont la chute dans l'existence incarnée a privé l'humanité. Mais, de sa participation à l'éternité, chaque enfant est à son tour sevré par le passage inéluctable à l'adolescence. Juxtaposés presque terme à terme aux Chants d'Innocence , les Chants d'Expérience  en constituent une amère parodie. Là où s'épanouissaient la liberté, la pureté, la tendresse, la joie, et la perception spontanée du divin, règnent maintenant la culpabilité, la contrainte, la misère spirituelle et matérielle. Certes, l'enfant portait en lui la vulnérabilité au mal, mais c'est contre la société de son temps que Blake dresse son réquisitoire, contre l'hypocrisie d'une civilisation qui exploite et humilie l'enfance en se réclamant de la charité chrétienne et de la raison. Cette « petite chose noire » pleurant dans la neige, c'est le petit ramoneur ; ses parents, à l'église,

... louent Dieu et son prêtre et son roi,

Qui se construisent un paradis de notre misère.

Et l'horreur de Blake devant la corruption de l'innocence et de l'amour par la moralité conventionnelle - celle des prêtres en noir qui « ligotent avec des ronces mes joies et mes désirs » - éclate avec une violence presque insoutenable dans le poème intitulé « Londres », où

... la malédiction de la jeune putain

Étouffe les pleurs de l'enfant nouveau-né,

Et accable de fléaux le corbillard du mariage.

La chute originelle est vouée à se reproduire dans chaque être humain jusqu'à la délivrance. Mais cette délivrance ne saurait être précipitée par un retour illusoire à l'innocence (c'est le sujet du Livre de Thel  gravé en 1789). Nous ne pouvons pas nous soustraire à notre condition divisée. C'est seulement d'une réintégration dialectique des contraires par la puissance unifiante de l'imagination que nous viendra le salut - par la réconciliation de l'innocence et de l'expérience, le mariage du ciel et de l'enfer. La beauté, à chaque lecture plus surprenante, de ces courts poèmes tient en partie à la fraîcheur d'une vision véritablement enfantine, c'est-à-dire syncrétique, du monde. Les objets conservent intacte toute leur force de présence concrète ; nulle intellectualisation ne vient entamer leur fonction symbolique, qui est de rendre immédiatement sensible la plénitude limpide ou mystérieuse de l'être dans toutes les formes de l'existence finie, et de faire percevoir « l'éternité dans l'instant ».

Il n'y a pas de religion naturelle  et Toutes les religions sont une  (1788) : ces très courts manifestes théoriques proclament l'humanisme religieux de Blake, son rejet de tout déisme et de tout dogmatisme théologique. « Il n'y a pas de religion naturelle » parce que l'homme perçoit plus et autre chose que la finitude naturelle où se cantonne sa raison. La nature étant déchue, elle ne saurait révéler à l'homme la vérité à laquelle il aspire et qu'il doit tenir de sa seule imagination, ou « génie poétique ». Le génie poétique étant d'autre part universel, toutes les religions en dérivent, et n'en sont que les formes particulières : « Toutes les religions sont une », et l'homme en est l'unique source.

 

3. Mythes de la réconciliation

 

Le Mariage du Ciel et de l'Enfer  (1790-1793), malgré une structure assez composite, demeure l'exposé le plus précis des idées de Blake. La stratégie de ce pamphlet consiste à inverser ironiquement les symboles du Bien et du Mal, l'Ange et le Démon ; à identifier Satan avec l'énergie créatrice et à faire de l'Ange le représentant du dogmatisme ascétique et hypocrite du christianisme traditionnel. Dans la section des « Proverbes de l'Enfer », d'une frappe étonnamment incisive, se dessinent quelques thèmes essentiels :

a ) Toute vitalité est sacrée, et la répression de l'instinct en entraîne la perversion : « Celui qui désire mais n'agit pas engendre la pestilence. » « Mieux vaut étouffer un enfant au berceau que de nourrir des désirs non agis. »

b ) La loi morale répressive est responsable du mal : « De même que la chenille choisit les plus belles feuilles pour y poser ses oeufs, de même le prêtre pose sa malédiction sur les plus belles joies. » « Les prisons sont construites avec les pierres de la loi, les bordels avec les briques de la religion. »

c ) L'énergie et l'imagination créatrice l'emportent sur les contraintes dogmatiques de la raison : « La route de l'excès conduit au palais de la sagesse. » « Tu ne peux savoir ce qui est assez, à moins de savoir ce qui est plus qu'assez. » « Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux de l'instruction. » « L'exubérance est beauté. »

L'idéologie du Mariage du Ciel et de l'Enfer  sera développée dans les Premiers Livres prophétiques , dont la rédaction s'étale de 1789 à 1795. Les Visions des filles d'Albion  (1793) reprennent le thème de la morale puritaine déjà évoqué dans Le Mariage du Ciel et de l'Enfer.  Elles sont à la fois le mythe de l'origine de cette morale et la représentation symbolique des conflits psychologiques individuels qui en résultent. Blake y proclame la sainteté de l'amour sexuel : « Heureux, heureux amour ! libre comme le vent des montagnes... »

 

Révolutions et libération

 

Les deux révolutions dont Blake fut le contemporain et qui fournissent le sujet de La Révolution française  (1791, inachevée) et America  (1793) manifestent sur le plan politique l'affrontement éternel entre les forces de l'oppression et celles de la liberté, le combat d'Urizen et Orc. Face à Urizen - caricature de Jéhovah - incarnant la tyrannie de la morale et de la raison, Orc est le héros prométhéen qui inspire les insurgés, réduit en poussière les tables de la Loi, et libère les puissances du désir et de l'imagination. Europe  (1794) reprend ce conflit de plus haut, dans la perspective d'un mythe cyclique dont la figure centrale est ici Énitharmon, symbole de la finitude de l'étendue, et du principe de passivité féminine, où Blake voit une cause essentielle de la soumission à la tyrannie d'Urizen.

Le Livre d'Urizen  (1794) et les ouvrages qui le complètent - Le Chant de Los , Le Livre d'Ahania , Le Livre de Los  (1795) - constituent la première tentative de Blake pour élaborer en un mythe complet sa conception de la Genèse comme chute. Urizen y apparaît comme l'un des éternels qui, en proclamant orgueilleusement le règne séparé de sa loi, s'exclut lui-même de l'éternité. De la contemplation solitaire de sa propre puissance surgiront, par divisions successives, les essences et les catégories du monde créé. Mais Urizen ne sait que diviser et mesurer. C'est à Los, incarnation de l'énergie poétique éternelle, que revient la mission de donner une forme viable à la matière et de forger un à un les éléments du corps humain. L'engeance d'Urizen se multipliant sur terre, le prêtre originel veille à la retenir captive sous sa loi en tissant, à l'image des circonvolutions du cerveau humain, le filet inextricable de la religion.

C'est dans Vala, ou les Quatre Zoas  - écrit entre 1795 et 1804 et finalement laissé inachevé - que Blake entreprendra de refondre sa Genèse dans la vision plus vaste encore d'un mythe véritablement universel. Les quatre « Zoas » sont les essences constitutives de l'homme (intellect, sensibilité, imagination, instinct). Le conflit de ces identités éternelles, leur division en « spectres » et en « émanations » se déroulent entièrement dans le songe du géant Albion, dont Blake fait l'archétype humain sous quelque forme qu'il se manifeste (l'individu, la nation anglaise, l'humanité, ou Blake lui-même). L'espace intérieur de l'homme est ainsi le lieu d'un affrontement cosmique, dont la dialectique - parfois enchevêtrée, mais trouée d'éblouissantes envolées lyriques - aboutit à la triomphale reconquête de l'unité perdue.

 

L'erreur de Milton

 

L'influence de Milton sur la pensée de Blake ne le cède en importance qu'à celle de la Bible. Le grand poème que Blake lui dédie (Milton , 1804-1808) a pour objet, dans ses grandes lignes, de « sauver » Milton de la seule erreur dont il ait été victime - celle qui contraignit le poète puritain à déifier l'autorité et la raison, dans Le Paradis perdu , et à vouer aux gémonies, en la personne de Satan, les valeurs de liberté, d'énergie et d'authentique spiritualité que lui dictait son génie poétique. Milton redescend donc des cieux, entre en Blake, et entreprend ainsi un voyage initiatique où il lui faudra apprendre à transcender son moi, cause première et toujours efficiente de la Chute ; à affronter le fantôme glacial de son propre Dieu, Urizen, qu'il vaincra en le pétrissant d'argile vivante et en lui imprimant ainsi la divine forme humaine ; à renoncer à sa conception puritaine de l'amour afin de reconstituer avec son « émanation », symbole de toutes les femmes qu'il avait aimées, l'androgyne initial que la Chute avait séparé. Tous deux régénérés, s'étant délivrés de leur « spectre » rationnel et de leur moi charnel, s'unissent enfin dans la vision apocalyptique, partagée par Blake et sa femme, de Jésus et des Quatre Zoas. D'autres thèmes se mêlent à celui du rachat de Milton, mais l'essentiel du poème est le mouvement qui porte Blake de la préoccupation de la Chute et de l'origine du Mal, qui sous-tendait ses précédents ouvrages, au thème de la réconciliation et du salut.

L'éternité dans le temps

La difficulté d'interprétation de Jérusalem  (1804-1820), le poème le plus considérable qu'il ait écrit, tient en partie à l'étrangeté du symbolisme. Blake n'hésite pas à personnifier des noms de lieux anglais dans le contexte biblique de sa prophétie, et à mêler à ses propres figures mythologiques des personnages issus des légendes arthuriennes. Mais ce mélange a un sens : il exprime l'identité fondamentale entre le drame métaphysique qui se joue dans l'éternité et le même drame vécu, sur le plan de l'histoire, par l'Angleterre en général et par Blake en particulier. L'obscurité de l'oeuvre tient également à la verticalité quelque peu statique de sa structure : les quatre parties, plutôt que de retracer une progression, reprennent le même affrontement à différents niveaux. Si les thèmes en sont connus, l'accent est souvent nouveau par rapport aux oeuvres précédentes. Le christianisme de Blake s'y fait moins hérétique ; c'est une religion de la compassion, du pardon, du sacrifice de soi qu'il oppose à la religion de la culpabilité, à ce qu'il appelle la religion « druidique » dont Urizen est le dieu cruel, et le déisme la forme la plus dégénérée.

En outre, l'un des thèmes essentiels de Jérusalem  est le rôle négatif de la « volonté féminine ». La sournoise soif de puissance de la femme, et son adhérence aux séductions de la nature, à l'existence végétative constituent un danger permanent pour la liberté imaginative de l'homme. L'acte de génération n'est sacré que pour autant qu'il conduit à une régénérescence spirituelle, et non à un dégradant enracinement dans l'existence charnelle. Envers et contre tous ces obstacles, l'énergie prophétique mènera à bonne fin son combat : l'union d'Albion et de son émanation, Jérusalem, consacre l'avènement de la Cité de Dieu sur terre. La réconciliation universelle englobe même les philosophes du matérialisme empirique que Blake avait considérés comme ses plus dangereux ennemis, Bacon, Newton et Locke. Ainsi, la science vient se ranger aux côtés de la poésie dans l'harmonie éternelle des contraires, où le triomphe de l'imagination rend à toute chose sa forme humaine.

 

4. Des livres qui sont autant de tableaux

 

L'artiste était en Blake indissolublement lié au poète. Il refusa toujours d'abandonner ses oeuvres à l'anonymat de l'impression, préférant les graver et les illustrer une à une, plaque par plaque. On ne saurait donc vraiment lire Blake comme il voulait être lu sans regarder ses livres comme autant de tableaux, sans embrasser du regard l'entrelacs de branches, de nuages et de lettres que dessinent ses titres, la flore et la faune minuscules évoluant en délicates arabesques entre les lignes du texte, et surtout - richement colorées - les puissantes figures qui l'encadrent, le complètent et le commentent. Les visions de Blake l'étaient au sens propre du terme : révélations à la vue autant qu'à l'intellect.

Les essences spirituelles que découvrait en lui-même le prophète, il incombait au graveur de les rendre visibles. L'imagination, c'était aussi pour lui le pouvoir de projeter ces images. On comprend assez que le modèle n'ait pu en être qu'intérieur. Très tôt, Blake s'est insurgé contre l'imitation servile de la nature, préférant de même aux « formes mathématiques » et desséchées du néo-classicisme celles, plus vivantes et plus humaines à ses yeux, de la sculpture gothique. Son humanisme intransigeant explique d'autre part qu'il ait toujours insisté sur la nécessité d'un tracé ferme, net et précis, et que ce soit à l'exemple de Michel-Ange qu'il ait dû le plus clair de son style graphique. C'est que rien n'était plus défini pour Blake que la perception de l'infini. Car l'infini est en l'homme, il a donc forme humaine, et la mission quasi religieuse de l'artiste est de la lui dévoiler.

Urizen-Jéhovah sera donc un vieillard massif à la longue barbe blanche et au regard de pierre. On le voit, sur le célèbre frontispice d'Europe , un genou en terre, délimitant et divisant l'univers matériel au moyen d'un gigantesque compas. Contrastant avec l'opacité rocheuse d'Urizen, la jeunesse éternelle de l'imagination éclate dans la forme conquérante d'Orc, ou d'Albion régénéré, vu de face, bondissant radieux par-dessus les montagnes, les bras grands ouverts à la liberté et à la vie.

La composition de Blake est toujours frappante par sa simplicité : à l'horizontalité cadavérique des créatures pétrifiées dans le sommeil de l'existence incarnée, aux arceaux des branches et des rochers pesant de tout leur poids de formes matérielles répondent le hiératisme vertical des figures contemplatives et surtout la torsion flamboyante des corps qui s'élancent vers l'infini, et que Blake saisit parfois dans un raccourci dramatique. Ce symbolisme expressionniste ne va pas toujours sans gaucherie. Mais la franchise des visions de Blake, leur raideur même leur confèrent un pouvoir de fascination onirique. Elles obsèdent l'imagination tels les hiéroglyphes d'un langage à la fois mystérieux et familier, issu d'un au-delà qui serait en nous, et dont l'intelligence ne saurait être que de l'ordre de la révélation.

 

5. Un art insolite

 

L'art de Blake est à la fois une révolte contre l'art du passé et celui de son époque ; il condamne surtout l'art mondain de Reynolds, mais il renie aussi la peinture à l'huile des grands maîtres vénitiens et flamands, qualifiant les oeuvres de Rubens et de Rembrandt de « barbouillage ». Dans ses aquarelles et dans ses détrempes, Blake veut un contour net qui est selon lui la garantie d'un art authentique. Sans doute doit-il en partie à Michel-Ange qu'il admire cette puissance et cette pureté dans le dessin.

Blake passait un composé de colle à bois et de blanc d'ouf sur un emplâtre préparé sur de la toile, du bois ou du métal. Il appelait ces détrempes des fresques, à cause de leur ressemblance avec les peintures murales des primitifs italiens.

Autre méthode : combiner les techniques de la peinture et de l'imprimerie ; Blake peignait un dessin par détrempe sur un carton, puis l'imprimait par pression sur papier ; cette impression était reprise au pinceau et à la plume.

C'est son jeune frère, mort en 1787, qui, déclare-t-il, lui aurait révélé en rêve le procédé de la gravure à l'eau-forte qu'il devait utiliser pour illustrer ses poèmes. Les mots et les motifs étaient dessinés sur la plaque de cuivre qui était ensuite gravée à l'acide. Le texte et le dessin restaient en relief, puis étaient peints à la main, à l'aquarelle par exemple. C'est le cas de ses poèmes lyriques et de la remarquable série de gravures du Livre de Thel  et du Mariage du Ciel et de l'Enfer , vers 1795.

Un grand nombre de ses estampes colorées expriment son dégoût du monde matériel. Il en peint les symboles, désireux de libérer ainsi son imagination des horreurs qu'ils représentent. Dans Nabuchodonosor , le roi de Babylone apparaît sous une forme bestiale. Son Isaac Newton  est un symbole de l'univers mécanique.

Le monde intérieur et désintéressé de ses Chants d'Innocence , comme celui des gravures qui illustrent les Pastorales  de Virgile - ravissantes gravures sur bois qu'il réalisa dans sa vieillesse avec l'aide de Linnell - s'oppose au monde rationaliste, mercantile et matérialiste de la révolution industrielle suggéré dans ses Chants d'Expérience.  Il aurait voulu concilier ces contraires comme l'indique le titre de l'une de ses oeuvres : Le Mariage du Ciel et de l'Enfer.  Sa vision est celle de l'union de deux mondes qu'il connaît depuis son enfance. Ses Livres prophétiques , illustrés de sa main, traitent de l'Angleterre et s'interrogent sur son destin spirituel.

Blake se révolte contre l'idéalisme académique et froid de Reynolds. « La nature n'a pas de limite, mais l'imagination en a », écrit Blake. Le contour continu est pour lui comme une vérité mystique, et la ligne pure représente l'essence de chaque être. Le dessin linéaire de l'artiste trouve une harmonie entre une symétrie rigide et une ligne souple. Ainsi retourne-t-il en quelque sorte à un art médiéval, produit d'un christianisme encore irrationnel et mystérieux. Ses oeuvres rappellent les enluminures du Moyen Age ; Blake est proche de l'art gothique à la fois par sa technique et sa vision. S'il refuse l'art flamand et l'art vénitien, faits de lignes et de masses brisées, il recherche, au contraire, une forme définie, un contour bien tracé, une ligne précise et expressive.

Antinaturalisme

Cet art souligné n'est pas réaliste, car pour Blake le corps matériel de l'homme n'est pas l'être véritable de l'homme auquel ses dessins entendent donner forme. Certains l'ont accusé de ne pas savoir dessiner. S'il le faisait rarement d'après nature, il pouvait cependant rendre la forme du corps avec une très grande précision, mais il a toujours refusé de copier la nature, cherchant avant tout à exprimer une idée, ce qui explique ses corps le plus souvent tordus et son style quelquefois maniéré.

Le paysage pur ne l'intéresse pas davantage. Contrairement à la plupart des peintres anglais, il n'est ni un paysagiste ni un portraitiste. C'est par la puissance de son imagination visuelle que son art vit : l'un des exemples les plus frappants est le portrait grotesque de L'homme qui a construit les pyramides  où Blake cherche à recomposer une vision par juxtaposition de symboles.

Ses oeuvres visionnaires ne sont pas figées, elles trouvent leur force et leur dynamisme dans la torsion des corps, dans la fluidité des éléments, dans la valeur expressive, expressionniste même, de son dessin.

Le génie inventif de Blake est aussi à l'aise avec des thèmes fantastiques ; dans l'estampe Pitié  qui illustre un passage de Macbeth , Blake visualise des mots de manière presque surréaliste. Une symétrie en mouvement caractérise toute son oeuvre. L'art de Blake ne vit pas seulement par la ligne, mais aussi par la couleur. Le Paradis perdu  et Le Paradis reconquis  de Milton sont à l'origine d'une série d'aquarelles remarquables : La Création d'Eve , Satan ébouillante Job , détrempe sur bois d'acajou.

Exécutés dans sa vieillesse, ses dessins pour La Divine Comédie  révèlent ce que son symbolisme a de plus personnel. Son sens aigu de la couleur souligne le jeu des lignes dans des vortex de tons purs : Dante habillé de rouge symbolise les passions, et Virgile, qui l'est de bleu, le génie poétique.

Son contenu mythique, et même mystique, rend l'art de Blake difficile. Le Cercle de la vie de l'homme  (1821) figure par exemple une idée néo-platonicienne : le retour de l'âme à l'Un à travers le monde matériel où elle a chuté.

L'originalité de Blake interdit qu'il eût des disciples. Il vécut en dehors de la révolution intellectuelle et esthétique de son pays et de son époque. Son retour romantique vers l'art gothique n'a rien à voir avec le goût pour les ruines de son contemporain Turner ; ce n'est pas le décor qui l'attire, mais plutôt le contenu religieux qu'il évoque. La réalité n'est pour lui, et il est en cela proche de Turner, qu'un point de départ pour l'imagination ; mais là s'arrête leur similitude, car l'oeuvre de Blake annonce celle des préraphaélites.

Pour Blake comme pour Coleridge, « un esprit et une vision sont organisés ». Ce que cherchent précisément à traduire ses images, c'est la vision pure, unique, d'un monde dont il cherche à réconcilier les contraires. Son art se veut un lien entre le temporel et l'éternel. Lorsqu'il identifie l'art à la religion, Blake fait songer aux Veda qui enseignent que l'image n'a pas par elle-même de réalité ; l'image, comme l'oeuvre d'art, n'a de sens que comme un moyen adapté à une fin, qui ne peut être que de vivre une expérience intérieure.

 

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FRISSON DANS LE DOS...

Le temps qui passe

Frisson dans le dos

Être si lasse...

Besoin de repos!

Un cri d'alarme

Drôle de lien...

Rendre les armes

Est-ce anodin?

Douceur de l'air

Un soir d'été

Loin des misères

Rien qu'un baiser!

Le temps se perd

Non, le chemin

N'est pas pervers...

Juste, le destin!

J.G.

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