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Pour une plateforme contributive en art et design

 Ayant la conviction qu'il est indispensable de partager les compétences, les savoir-faire pour continuer à concevoir des projets culturels et ainsi contribuer à construire une économie de la connaissance, je partage cet article pour réfléchir ensemble à propos d'un sujet qui fonde mon engagement personnel et professionnel.

À cet égard, ma réflexion se porte sur l'invention de moyens efficaces et innovants, à la mesure des enjeux pour notre société mondialisée du développement d’un accès durable à la culture, pour contribuer au partage des savoirs ainsi qu’à la formation dans le domaine de la création pour les Industries culturelles.

Il est ici question d’un rapport renouvelé à la création et sa réception (arts plastiques et visuels, design, artisanat d’art, musique, architecture, cinéma, écriture littéraire, etc.) orienté  vers une approche contributive contextualisée par l’histoire de l’art et des idées, la philosophie ainsi que l’économie appliquée à ces champs. Un objectif essentiel me parait d'insister sur des pratiques concrètes pragmatiques et professionnelles portées par les nouveaux moyens de la création et de la diffusion.

Mon expérience de l'analyse des besoins des acteurs culturels publics et privés, adossée à mon parcours professionnel articulée avec le travail effectué avec de nombreux auteurs pour la conception et la médiation de leurs réalisations, mon approche de la création, m'ont amené à définir le concept de "confluences". J’entends ici un concept  essentiel pour entreprendre l'abord des publics avec l'objectif de construire les moyens de l’accès à des objets culturels en les pilotant avec des ressources adaptées.

Par exemple, appréhendons les arts plastiques et visuels. J’entends l’art, les artistes, leurs créations et ce qui anime leur démarche. Il me parait essentiel pour accéder à un travail artistique de réfléchir à ce qui intrinsèquement le constitue en tant que réalisation créée pour une diffusion auprès d’un public amateur ou expert. Dans un premier temps, elle est l’expression de l'intervention de l’artiste engagé dans une démarche articulée à des convictions déterminées par le chemin parcouru entre l’inspiration et la réalisation. Par ailleurs, l’œuvre est nécessairement reliée aux contextes qui influent de manière directe ou indirecte, temporelle ou intemporelle, consciente ou inconsciente sur sa création mais aussi sur sa réception. Dans un second temps intervient le public avec ses différentes sensibilités, opinions ainsi que son niveau social ou d’éducation. Cela constitue une part non négligeable de la contexture d’une œuvre qui existe in fine par sa réception. Une autre donnée essentielle dépend directement de « l’évolution des goûts » et des ruptures inhérentes à un monde en perpétuelle mutation. L’histoire des idées est ici un moyen privilégié de compréhension car cette discipline effectue un travail de synthèse éclairant.

Ainsi, j'entends le phénomène de "confluences" essentiel pour entreprendre une médiation auprès des publics avec l'objectif de construire les moyens de l’accès à des réalisations dans le domaine culturel en les abordant avec des ressources adaptées tellement il est problématique de proposer un discours simplificateur ou au contraire incompréhensible en dehors du cercle restreint de la critique et des experts.

J'ai la conviction qu'une intelligence partagée de la réception d’un projet culturel doit rassembler les composants inhérents aux démarches des auteurs avec des clefs qui ouvrent vers d’autres disciplines: histoire, philosophie, sciences, littérature, musique, culture populaire etc. pour partager un savoir nécessaire à l’appréhension des œuvres.  Dans cette perspective, il est aussi essentiel que le public interagisse par une démarche contributive pour devenir un véritable acteur de la réception. Bien entendu, il est important d’imaginer un processus qui n’étouffe pas le travail des auteurs et n’élude pas sa complexité. L’approche heuristique devient primordiale pour favoriser une démarche collaborative entre les œuvres et le public.

 Je questionne ici ce que j'entends par l'intervention dans un espace de confluences entre la culture et sa réception. Dans ce contexte, je propose d'orienter notre réflexion vers un mode d’action qui a pour vocation de favoriser le développement d'approches collaboratives entre les prestataires culturels et les publics. L'objectif étant de bâtir des dispositifs au sein des Industries culturelles économiquement viables qui définiraient par un engagement pour une éthique forte en particulier non discriminante ainsi que collective.

La conception d’une intelligence partagée autour de la réception d'objets culturels me semble nécessiter de concevoir au moins dix principaux leviers qui représentent autant de niveaux d’intervention:

  • la veille stratégique,
  • la méthode,
  • le modèle économique,
  • le pilotage,
  • la créativité,
  • la contribution,
  • l'innovation,
  • la pédagogie,
  • la communication,
  • la médiation.

Déterminé à intervenir à partir de cette analyse, j'ai fondé P&o culture et création pour proposer une prestation de service bâtie autour de trois expertises:

Conseilanalyse, montage et gestion de projets culturels,

Créations: créations en art et design,

Ressources: veille dans le domaine des industries culturelles.

Voici mon site: http://www.tlapan.jimdo.com qui présente mon parcours ainsi qu'une description détaillée de mon concept professionnel. N'hésitez pas à réagir à ce post et à me contacter pour continuer cette réflexion. Enfin, je suis bien entendu ouvert à l'étude de toutes collaborations.

Olivier de Monpezat

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administrateur partenariats

"Le temps n'existe pas"

Croquis de Catherine Guillaume

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Une émouvante tendresse

de Suzanne Walther-Siksou

Quand se croisent sur une route

Deux êtres émus par un frisson,

À l'attrait physique s'ajoute

Un sentiment d'admiration.

Ainsi naît l'amour véritable.

On veut aimer avec ferveur,

Garder ce don inestimable,

Le protéger avec ardeur.

Or le bonheur est éphémère.

L'un s'aperçoit, le coeur meurtri,

Que son conjoint n'est plus sincère;

Bien trop souvent, il a menti.

Si je vois, se donnant la main,

Un couple de vieux qui avancent,

Confiants en leurs lendemains,

Je me dis: qu'il ont de la chance!

21 novembre 2005

Un partenariat

Arts 12272797098?profile=originalLettres

 

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administrateur partenariats

"Monsieur Pierre"

Croquis de Catherine Guillaume

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Age d'or

Songerie de Suzanne Walther-Siksou

Âge d'or est l'appellation,
Qui à notre époque désigne
Les aînés, certainement dignes
De grande considération.

Ce titre évoque la brillance,
La joie de vivre, le confort,
Peut-être des vertus en or.
Et en aucun cas l'impuissance.

Les vieux du quatrième âge,
À la fin de leur existence,
Reçoivent de la providence
Qu'une faible manne en partage.

En habitant leur solitude,
Ils accueillent des souvenirs,
Toujours les mêmes à revenir.
Ô l'heureux temps des certitudes!

11 août 2016

Un partenariat

Arts 12272797098?profile=originalLettres

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Les dieux ont soif

12272828079?profile=originalIl s'agit d'un roman d'Anatole France, pseudonyme d'Anatole François Thibault (1844-1924), publié en feuilleton dans la Revue de Paris du 15 octobre 1911 au 15 janvier 1912, et en volume chez Calmann-Lévy en 1912.

 

Salué par un immense succès, ce livre va être considéré comme le chef-d'oeuvre d'un écrivain qui ne publiera plus aucun texte majeur jusqu'à sa mort. Anatole France est alors universellement reconnu comme un symbole vivant de l' humanisme républicain et socialiste. On peut s'étonner de le voir, dans ce roman, jeter un regard critique et désabusé sur la Révolution française, mythe fondateur de la IIIe République, exalté par l'école laïque et l'historiographie de gauche.

 

 

Le peintre Évariste Gamelin est un artiste médiocre mais un homme passionné et intransigeant. Il est ardemment attaché aux idéaux révolutionnaires et admire sans réserve Marat et Robespierre qui, à la faveur des terribles événements du printemps 1793, prennent de plus en plus d'influence. Il aime Élodie Blaise, fille du marchand d'estampes qui lui paie, chichement, ses oeuvres. Mais il conçoit une haine féroce pour le séducteur dont elle avoue avoir été victime autrefois, et qui, dans la ferveur révolutionnaire d'Évariste, ne saurait être qu'un aristocrate (chap. 1-5). Ni l'affection naïve de sa mère ni la sagesse aimable et souriante du vieux libre penseur Brotteaux des Ilettes, ancien «traitant» ruiné, ne peuvent adoucir le sombre caractère du jeune homme. Mme de Rochemaure, ancienne maîtresse de Brotteaux, intrigue avec des émigrés et des financiers sans scrupules. Elle fait nommer Évariste juré au Tribunal révolutionnaire, dans l'espoir de pouvoir lui faire servir ses intérêts.

 

Elle doit vite déchanter: dans le climat pesant de la Terreur, Évariste va se montrer de plus en plus impitoyable (6-11). Il envoie à la guillotine le malheureux Brotteaux, coupable d'avoir hébergé, par compassion, un prêtre réfractaire et une prostituée. Il charge un innocent qu'il prend à tort pour le suborneur d'Élodie. Il refuse toute indulgence pour Fortuné Chassagne, l'amant de sa soeur Julie à qui il ne pardonne pas de s'être enfuie avec ce «ci-devant noble et officier». Le régime semble pris d'une folie sanguinaire; selon la formule de Camille Desmoulins qui inspire le titre du roman, «les dieux avaient soif». Évariste n'est plus que l'instrument froid et implacable de cette violence d'État (12-15).

 

Il a donc lié son destin à celui de Robespierre et tombe avec lui en thermidor 1794. Après l'avoir idolâtré, Élodie le remplace dans son coeur par le graveur Desmahis, jouisseur sans idéal, dont l'opportunisme est tout le contraire de la raideur morale incarnée par Évariste Gamelin (16-29).

 

 

L'Éducation sentimentale de Flaubert avait, un demi-siècle plus tôt, remis en cause le genre du roman historique dans sa forme et ses mythes. Le souvenir de 1789 n'était, pour les héros, qu'un amas de stéréotypes et l'occasion d'un malentendu fondamental: confondre un passé glorieux avec un présent irrémédiablement médiocre ne pouvait suffire à rendre ce dernier moins insignifiant. Le romantisme tardif du Quatrevingt-Treize de Victor Hugo (1874) restaurait malgré tout l'image exemplaire d'une Histoire héroïque, d'une épopée où passion et idéal justifiaient la violence et l'excès.

 

Anatole France, dans Les dieux ont soif, tire lui aussi l'élément dramatique essentiel de son roman du caractère impérieux des faits, de l'urgence d'une époque où s'affirment de tragiques nécessités. Ainsi, le narrateur, loin d'adopter une neutralité prudente, n'hésite pas à renchérir sur l'image que les personnages croient percevoir de leur temps. Quand le citoyen Trubert, fonctionnaire exemplaire de la République, dit tranquillement à Gamelin: «La situation est toujours la même», il corrige aussitôt ces paroles sereines d'un commentaire sans nuances: «La situation était effroyable» (chap. 1). Quelques phrases elliptiques et hachées dressent alors dans leur sécheresse un décor qui impose de lui-même un climat lourdement tragique: «Paris sous les canons autrichiens, sans argent, sans pain» (ibid.).

 

La signification générale du roman doit beaucoup au poids que les fonds exercent sur les premiers plans de l'intrigue. Hugo avait déjà trouvé dans la peinture des assemblées révolutionnaires le sujet de vastes allégories dans lesquelles l'Histoire se trouvait personnifiée. Mais le peuple-héros, sujet de l'Histoire, lui conférait une dimension profondément humaine et morale. Quand Évariste Gamelin, dans les compositions académiques et mythologiques qu'affectionne sa peinture, «imaginait des Titans forgeant avec les débris ardents des vieux mondes, Dicé, la cité d'airain» (3), c'est plutôt la fascination d'une force surhumaine et démesurée qui s'exprime. De fait, toutes les images de foules et d'assemblées, celle du Tribunal révolutionnaire, en particulier, tendent à suggérer le fonctionnement de l'Histoire comme celui d'une vaste machine dans laquelle les hommes sont des ressorts, non des consciences: «Les jurés, divers d'origine et de caractère, les uns instruits, les autres ignares, lâches ou généreux, doux ou violents, hypocrites ou sincères, mais qui tous, dans le danger de la patrie et de la République, sentaient ou feignaient de sentir les mêmes angoisses, de brûler des mêmes flammes, tous atroces de vertu ou de peur, ne formaient qu'un seul être, une seule tête sourde, irritée, une seule âme, une bête mystique, qui, par l'exercice naturel de ses fonctions, produisait abondamment la mort» (15).

 

Au-delà des débats littéraires, le roman ainsi conçu et le sens qui s'en dégage interviennent à coup sûr, et de façon originale, dans les questions majeures qui agitent l'idéologie de la IIIe République. Dreyfusard, républicain et socialiste, Anatole France aurait pu participer à l'hagiographie révolutionnaire et au culte de ses valeurs fondamentales, déjà largement exaltées par l'Histoire d'inspiration marxiste et qu'on peut résumer ainsi: face aux exigences de la liberté et de la vertu, la Terreur n'est pas seulement un mal nécessaire, ni même une erreur. Le sang versé devient la rançon mystique que la nation devait payer pour s'affranchir du passé. Les hommes comme Marat et Robespierre, qui ont trouvé en eux la résolution implacable pour le faire couler, ne sont pas coupables: ils doivent être regardés comme des héros qui ont su faire taire jusqu'à leurs sentiments dans l'intérêt supérieur de l'humanité. Ainsi semble l'exprimer la devise gravée au fronton de l'ancienne église des Barnabites, siège de l'assemblée générale de la section du Pont-Neuf: «Liberté, Égalité, Fraternité ou la Mort» (1).

 

En fait, Anatole France écrit Les dieux ont soif comme la démystification la plus radicale de telles visions. «Justice», «Liberté», «Révolution» ne sont que des mots vides et froids, fondateurs des plus terribles illusions. La mystique révolutionnaire fonde un fanatisme aussi redoutable que l'obscurantisme religieux de l'Ancien Régime: les symboles s'y érigent en certitudes. Pour un esprit aussi médiocre que celui d'Évariste Gamelin, «la complexité des faits est telle qu'on s'y perd. Robespierre les lui simplifiait, lui présentait le bien et le mal en des formules simples et claires» (13). En un temps où le catéchisme positiviste et anticlérical tient lieu de pensée dominante et peut tout aussi bien justifier l'idéal démocratique que les errements de la raison d'État, comme l'affaire Dreyfus l'a démontré et ainsi que l'Ile des pingouins (1908) l'analyse sur le mode satirique, Anatole France affirme que les valeurs politiques sont aussi relatives que celles de la religion.

 

En réalité, tout est marqué de déterminisme. Le style lui-même privilégie l'emploi des impersonnels: «Il fallait vider les prisons qui regorgeaient; il fallait juger...» (15). Les personnages semblent dépassés par leurs actes et la signification qu'on leur prête. Ainsi Marat «entra comme le Destin dans la salle de la Convention» (5). Loin de vouloir dicter leur volonté aux faits, ils les subissent. Il ne s'agit pas, en effet, de faire succéder à une Histoire chaotique, dominée par le hasard et la fatalité, un avenir construit, lucide et dirigé. Les projets d'Évariste Gamelin le prouvent clairement: parmi ceux qui lui tiennent le plus à coeur, on trouve l'idée d'un jeu de cartes où des figures républicaines remplaceraient les vieux symboles de la royauté. En somme, seule la forme changerait, mais non pas les règles d'une existence où le sort serait toujours maître.

 

Il en résulte une oeuvre qui tourne résolument le dos à l'épopée. Les héros manquent tous d'élévation et d'envergure. Gamelin est un artiste raté; Fouquier-Tinville, accusateur public au Tribunal révolutionnaire, est décrit comme «un homme excellent dans sa famille et dans sa profession, sans beaucoup d'idées et sans aucune imagination» (9). La passion et l'amour eux-mêmes ne sont jamais idéalisés. Seul l'esprit romanesque d'Élodie veut voir quelque chose d'extraordinaire dans sa liaison avec Évariste. Elle ne peut s'empêcher de le trouver encore plus séduisant dès lors qu'il a utilisé son pouvoir de vie et de mort au service d'une jalousie des plus sordides et des plus communes. Tous sont finalement à l'image de ces familles qui se promènent la veille de la fête de la Fédération: «Chaque couple allait, portant dans ses bras ou traînant par la main ou faisant courir devant lui des enfants qui n'étaient pas plus beaux que leurs parents et ne promettaient pas de devenir plus heureux, et qui donneraient la vie à d'autres enfants aussi médiocres qu'eux en joie et en beauté» (8). Des êtres ordinaires se donnent l'impression de devenir extraordinaires en respirant à la fournaise d'une époque démesurée et monstrueuse. Mais leur expérience n'est guère plus signifiante que celle du plat séducteur Desmahis, allant nuitamment étreindre la Tronche, une fille de ferme dont la difformité le fascine, avant de recevoir d'Élodie, devenue sa maîtresse, les mêmes recommandations qu'Évariste: «Si tu entends du bruit dans l'escalier, monte vite à l'étage supérieur et ne descends que quand il n'y aura plus de danger qu'on te voie» (11 et 29). L'identité des paroles adressées à deux hommes en apparence radicalement différents, en fait interchangeables, semble suggérer une scène de théâtre cent fois rejouée par des acteurs divers, un rôle appris par avance et une fois pour toutes. Le vaudeville vole son dénouement à la tragédie.

 

Plus qu'ils n'incarnent des symboles, les personnages restent enfermés dans des types et des caricatures. Chacun dévalorise le modèle qu'il imite: Gamelin n'est qu'une pâle copie de David ou de Marat, Desmahis singe médiocrement les grands libertins de son siècle, et tous appartiennent à ce peuple dont le narrateur observe: «On lisait sur leurs visages un amour de la vie aussi morne que leur vie elle-même: les plus grands événements, en entrant dans leur esprit, se rapetissaient à leur mesure et devenaient insipides comme eux» (8). Pour de tels hommes, qu'il s'agisse de peindre, de juger ou d'aimer, l'apparence prévaut sur l'essence. En art, il s'agit d'abord, faute de savoir inventer un style moderne, de plagier l'antique en le vidant de tout contenu, en le réduisant aux conventions d'un décor, d'un amas d'accessoires anachroniques et déplacés, «l'Hercule populaire brandissant sa massue, la Nature abreuvant l'univers à ses mamelles inépuisables» (ibid.). De même pour la vie.

 

C'est finalement le vieux traitant Brotteaux des Ilettes, sceptique et épicurien, qui représente le mieux le point de vue de la sagesse et de l'humanité. Les polichinelles qu'il fabrique et qu'il vend pour gagner sa vie ne sont pas dépourvus de valeur satirique: le fonctionnaire qui juge les contre-révolutionnaires fait preuve de sa bêtise et de son étroitesse d'esprit. Mais sur le plan métaphysique, ces marionnettes ne sont-elles pas le plus évident reflet des hommes, transformés en pantins et agités en tous sens par le souffle de l'Histoire? Comme Jérôme Coignard ou M. Bergeret, porte-parole les plus connus de l'auteur dans ses oeuvres, Brotteaux observe le monde avec ironie et détachement. La lecture de Lucrèce suffit à entretenir sa bonté naturelle et son goût pour la vie au milieu des horreurs du présent. Refusant tout système, toute certitude, il a autant d'égards pour le vieux prêtre réfractaire, malgré son fanatisme, que pour la fille publique, malgré sa condition. Son indulgence prend le contre-pied de la pureté inflexible des robespierristes.

 

Il en découle un enseignement foncièrement pessimiste. La Révolution exige trop des hommes, incapables de répondre aux idéaux inaccessibles qu'elle propose à leur médiocrité. Une trop grande soif de justice entraîne fatalement davantage d'injustice. Quand Brotteaux, voltairien et libre penseur, se croit obligé d'avouer au père Longuemare qu'à tout prendre il souhaitait «qu'on gardât le catholicisme, qui avait beaucoup dévoré de victimes au temps de sa vigueur, et qui maintenant, appesanti sous le poids des ans, d'appétit médiocre, se contentait de quatre ou cinq rôtis d'hérétiques en cent ans» (14), c'est toute la mythologie rationaliste et perfectibiliste des Lumières qu'il tourne en dérision. Au moment où Anatole France écrit, cependant, le régime républicain, malgré les «affaires» et les contradictions qui le déchirent, affirme sa légitimité de principe, abstraite et immanente, par les seules valeurs qu'il prétend servir. L'écrivain lui montre qu'une religion laïque peut se révéler pour l'homme aussi dangereuse et mystificatrice que toute espèce d'idolâtrie.

 

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Petit essai sur le pardon

Paru dans la Revue Aura de juin 2016 (périodique du Cercle littéraire Clair de Luth à Mons, Belgique):Petit essai sur le pardonLe pardon est une relation positive (...) avec l'Autre, car il ne ferme pas les yeux (Jankélévitch)Qu'est-ce que c'est, pardonner? Effacer une faute, faire comme si, laisser passer? Oublier, excuser ?Un point commun entre ces attitudes. Dans tous les cas, quelque chose s'est produit qui a causé une blessure, un acte, une parole, une omission, un mensonge, et rien ni personne ne peut faire que cela n'ait pas été puisque le passé est irrévocable. Dans tous les cas, un pan du passé est mis de côté et l'avenir est déblayé ; on continue à avancer, malgré .... La page est tournée, tant bien que mal.L'oubli? Les choses dérangeantes sans importance, mettons-les de côté et oublions-les ! Et pour le reste ? On l'oublie parfois par un simple effilochement de la mémoire, dû à l'âge ou la maladie ; on l'oublie aussi par inattention, légèreté, simple indifférence. Mais si le temps finit par combler certaines fissures, de ce qui a été fait ou non par l'autre, en réalité rien n'est réglé. Comment cela se pourrait-il, d’ailleurs, l’oubli n’est souvent que temporaire et s’étend rarement aux grandes profondeurs… Quoiqu’il en soit, l'oubli n'est pas volontaire, l'oubli n'a aucune dimension morale.Pardonner. Pardonner, c'est décider, en toute conscience, de se défaire des rancœurs, des reproches, des vengeances, c'est relâcher son emprise sur l'autre. C'est aller de l’avant, malgré, parce que.... Sans rien minimiser( pardonner deviendrait d'ailleurs inutile en ce cas!), mais en renonçant à rouvrir le passé et en refusant de se heurter aux souvenirs. C'est passer au-dessus, définitivement et sans rien enfouir ni abolir. Ce qui a blessé est étalé en pleine lumière, regardé sans faux fuyants, puis, en quelque sorte, "purifié". Pardonner, c'est, d'une certaine manière, comprendre, même les actes les plus graves, les plus fautifs ( après tout, l'on ne peut pardonner qu'à ceux qui ont causé du mal).Celui qui pardonne et celui qui est pardonné le savent bien, le pardon, c'est un acte de générosité, un vrai cadeau.Et l'excuse? On excuse par bonté, indulgence ou complaisance (parfois à contrecœur) ce qui est dû à une maladresse, aux faiblesses, à l'incompétence, la négligence ou l'ignorance. Le mot, l'acte ou l'omission qui a fait du tort est laissé tel quel ; simplement, on passe l'éponge parce que, finalement, ce n'est pas si grave que ça... On excuse, et chacun est quitte, par une espèce de compensation ; le malentendu, le désaccord est en somme rafistolé, n'en parlons plus. Si, justement, derrière nous, certaines questions ou déceptions demeurent intactes et reviendront de temps à autre sur la table...Sur le pardon, on ne revient pas. Lui, porte plus sur la personne que sur ses agissements. La chose commise demeure présente mais transparente ; une invisibilité, éclatante pour celui qui pardonne et celui qui est pardonné. Ni l’un ni l’autre n'oubliera jamais.Pardonner, c'est faire preuve d'une grandeur d'âme, lucide, réfléchie ( car il faut tout de même avoir une raison valable, certains actes sont impardonnables!). Demander pardon, c’est reconnaître le tort qu’on a causé, et cela réclame une certaine humilité. En somme, chacun en sort grandi. Enrichi. Pardonner libère des deux côtés de la barrière, renverse l'obstacle. Le cercle vicieux des ressentiments et de l'enlisement est brisé.Ah oui, encore une chose. Se pardonner à soi? C'est peut-être ce qu'il y a de plus difficile. Mais sans être d'abord l'ami de soi-même, comment apprendre à être généreux avec les autres?Martine Rouhart
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COULEUR OCEAN...

Yeux couleur océan

M'ont troublée tant et tant!

Les ai rêvé turquoise

Pour que l'amour me toise

Les ai changés en bleu

Au fil des jours heureux

Ils ont viré gris-noir

Le jour du grand départ!

Yeux couleur océan

Capturés par le temps...
J.G.

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Bonjour,

Nouvelle saison 2016-2017 des cafés Philo Palabres d'Incourt.
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Présentation
Ce rendez-vous mensuel est conçu comme un espace-temps de discussion et de libre expression citoyenne, qui se veut réflexif sans être élitiste, dans la lignée des cafés philo popularisés en France par Marc Sautet.
Dans un monde de communication virtuelle, à la fois réducteur et de plus en plus complexe, il est bon de pouvoir revenir à la simple et authentique discussion entre personnes dans une ambiance conviviale.
Le principe est simple : des personnes de tous horizons se rassemblent autour du désir commun de partager des idées sur le monde qui les entoure. Un animateur est présent pour assurer le bon passage de ces idées. Gardien du temps et modérateur, il donne la parole à ceux qui interpellent, interrogent et veulent exprimer le fruit de leurs réflexions dans un esprit d’ouverture et d’écoute. Un verre est servi pour installer la convivialité nécessaire au bon déroulement d’une discussion citoyenne. Les thèmes abordés relèvent de la connaissance générale.
L’attitude critique, philosophique, consiste à remettre en question, sous un angle nouveau, des faits d’actualité ou historiques, de façon à ce que chacun puisse forger sa propre opinion à leur sujet, via l’argumentation de ses idées et leurs confrontations avec celles d’autrui, dans le respect des croyances de chacun, sans que personne ne prétende détenir une vérité unique et universelle.
On reprend la saison avec un sujet amusant le 19 septembre: Qu'est-ce que l'humour?
NOUVEAUTE : à partir de cette saison, les cafés Philo se tiendront à la maison de village de Sart-Risbart (73, rue Alphonse Robert à 1315 Sart-Risbart).

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LE GOÛT DU SEL...

Il prend les formes les plus diverses

Exalte nos sens et nos papilles

Si dans nos vies il pleut à verse

Titille nos lèvres quand nos yeux brillent!

Le goût du sel...

Quand l'été sonne à notre porte

Que du bon temps on peut saisir

Que la mer au loin nous emporte

Son parfum évoque le plaisir!

Un goût de sel...

Si des embruns caressent nos joues

On peut sentir sur notre peau

Une fraîcheur qui nous enjoue

Puis une ardeur qui nous rend beau!

Le goût du sel...

Dans notre vie si nécessaire

Et bien trop souvent malmené

Il doit assumer de déplaire

Car être certes un mal aimé...

Goût trop salé?

J.G. 

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Larmes d'été

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Larmes, perles de solitude, 
sur les joues forment un menu sillon salé,
tiède énurésie diurne, coule doucement,
délice rafraichissant comme pluie en été.
 
Pas de ces violents orages de mousson
que les nerfs ont lâchés, en trombe,
par saccade spasmodique
en hoquets symphoniques.
 
Non, un collier fragile, léger, pudique
un voile de larmes de fond tirées de l’âme,
juste de quoi réhydrater 
un coeur un peu aride, à force de retenue.
 
Larmes salées, amères et douces
trépas maladroit d’une illusion perdue
Larmes à gauche, larmes à droite
Larmes au point final.
 
 
P.L
Photo Man Ray
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L'aube du grand soir

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Au chevet de la rive 
un homme était assis,
 écoutant dans la mer
 l'histoire de sa vie.
 
A l'aube du grand soir
 il contemplait son oeuvre,
incertain que ce fut 
la sienne tout à fait.
 
Sans espoir de retour, 
il revoyait les heures
qui paisibles ou cruelles 
avaient scandé son temps.
 
 
Heures bleues, heures vertes, 
plus souvent pure perte
heures noires, besogneuses 
à la Machine offertes.
 
Heures volées sans conscience, 
à la tâche employées,
brave soldat cravaté
à sa mission vissé 
 
Alors que toute sève 
en lui se retirait,
éloignant de sa peau 
le goût du merveilleux.
 
L'eau mouvante racontait
 dans son immensité
l'éphémère passage
et son absurdité,
 
le mystère de la vie,
 ressac de l'immanence, 
parfum d'éternité, 
reflux de transcendance.
Pascale Landriq
                                                 
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Une parade de mots

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Ue parade de mots

Croquis de Jacques Choucroun

À M.Robert Paul

Des mots qui s'accrochent, se collent.
Des mots qui s'écartent, s'envolent. 
Des mots fripons qui déshabillent. 
Des mots qui hésitent, qui n'osent.
Des mots qui claironnent, s'imposent.
Des mots qui se métamorphosent.


Des mots planant en esseulés.
Des mots demeurant enlacés.
Des mots galopant, effrénés.
Des mots mourant déracinés.


Des mots forgés, créant la peur.
Des mots délavés, sans couleurs.
Des mots parfumés comme fleurs.
Des mot portés par la douceur.

6 août 2016

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La saveur de l'innocence

Pantoum

Le vent souffle sans violence.
Certes je me sens exister
Dans la claire réalité.
Ce jour n'offre pas de nuances.

Certes je me sens exister,
En n'ayant aucune importance.
Ce jour n'offre pas de nuances.
Je paresse sans hésiter.

En n'ayant aucune importance,
Me suis arrêté de chanter.
Je paresse sans hésiter.
J'aime à planer dans le silence.

Me suis arrêté de chanter.
Dans l'indifférence, je pense.
J' aime à planer dans le silence.
Ne cherche pas la vérité.

Dans l'indifférence, je pense. 
Oublie les printemps, les étés.
Ne cherche pas la vérité.
Vienne légère l'innocence!

5 août 2016

 

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administrateur théâtres

13716208_10154384289081542_4027188396695618803_n.jpg?oh=8a98939f5adc1a83661fedf520233920&oe=581915E1Ascension: la jeune actrice provinciale (une sulfureuse Deborah De Ridder) qui est montée à Buenos Aires rencontre le colonel Juan Perón (l’excellent Philippe d’Avilla) lors d'une vente de charité organisée afin de récolter des fonds pour les victimes du tremblement de terre  dans la région de San Juan. Chassant sa dernière  maîtresse (nommons l’exquise Maud Hanssens, la fille du metteur en scène), elle l'épouse le 21 octobre 1945. Elle contribue grandement à son élection comme président en 1946. Elle met en avant ses racines modestes afin de montrer sa solidarité avec les classes les plus défavorisées et crée la Fondation Eva Perón dont le rôle est d'assister les pauvres.

Win-Win situation: nombre d'hôpitaux et d'orphelinats créés par la Fondation ont survécu à la mort prématurée d'Evita. Elle devient le centre d'un culte de la personnalité. Elle brigue  la vice-présidence en 1951, ce qui irrite vivement les  militaires haut placés qui ne souhaitaient pas voir  une  femme gagner de l'influence.  En même temps on lui connait un côté moins reluisant. Elle est celle qui, après son  « Rainbow tour » en Europe en 1947 - de l’Espagne à Zurich, hormis l’Angleterre mais en passant  longuement par  le Vatican - a  facilité l’émigration et  la fuite des Nazis et de leur or vers l’Argentine.

 La Chute: l’ambassadrice auprès des nazis transformée en Madone mourra d’un cancer à 33 ans le  26 juillet 1952. Son corps embaumé disparaîtra après le coup d’état de 1955 pendant 17 ans nous dit l’histoire, quelque part non loin du Vatican en Italie...

Et cette vertigineuse histoire d’ambition et d’adoration démesurée est contée malicieusement par le personnage rebelle du nom de Che (Steven Colombeen)  mais en vrai, Evita n’a jamais rencontré le révolutionnaire cubain.

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Très sensibles à l’interprétation magico-romantique des versions anglo-saxonnes de ce musical, et notamment le  “monumental show” selon le Sunday Express avec Madalena Alberto (2013–2014 UK Tour), nous attendions avec impatience la version française en première mondiale. Elle est signée Daniel Hanssens & Jack Cooper.  Elle est tout, sauf romantique, il y a peu ou pas de chimie amoureuse. Elle donne la preuve tangible que les mots sont menteurs.  Elle est un élixir de réveil de citoyens. Acide et caustique, elle combat la drogue du pouvoir absolu, antidote des mal-aimés, elle combat la dictature et sa haine des classes moyennes ou aisées. Elle combat à la racine  la manipulation qui siège  déjà au sein même des couples  humains. Elle expose sans concessions la mélodie du malheur quand les décisions politiques  sont motivées d’abord par des intérêts personnels. Le texte, une adaptation dramaturgique très soigneuse d’Olivier Moerens,  est chanté d’un bout à l’autre du spectacle avec beaucoup de naturel - oui, on en oublie l’anglais. La superposition est parfaite, sur le mode  James Ensor, avec tout son sarcasme. Notre interprète préféré est ce Che (Steven Colombeen), le narrateur frémissant des désillusions en série qui met à nu toutes les tactiques manipulatrices. Un travail d’orfèvre  que l’on suit avec jubilation. Est-ce à dire que l’émotion artistique n’y est pas ? Que du contraire ! L’habileté de la mise en scène (…il y a un magicien aux commandes!), les fabuleuses chorégraphies de danses argentines, les costumes et les coiffures d’époque, les chœurs, la musique - les douze musiciens sont orchestrés par Pascal Charpentier - ont tout pour séduire et enchanter. Aucune distorsion dans la sonorisation, ce qui permet de suivre le moindre détail du texte, c’est une qualité rare pour un musical ! Et le vol des perruches par-dessus les toits !

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 Foule assoiffée d’idéal, ce spectacle est pour vous. Les comédiens sont tous animés d’un enthousiasme délirant, et cela fait chaud au cœur! Ils ont, chacun à sa place, trouvé le parfait équilibre d’une production vivante et tonifiante. Daniel Hanssens explique : «  Il y a de nombreuses choses à admirer chez Eva Peron : la personne. Sa détermination à réussir malgré des obstacles presque insurmontables. Sa défense de la femme dans une société dominée par les hommes. Son soutien des classes populaires dont elle est issue, dans une société très hiérarchisée. Son courage face à la maladie et à la mort. Et non des moindres, son apparence physique. Mais il est aussi impossible de ne pas être dégoûté par de nombreux comportements péronistes dont elle était le symbole assumé : la torture, la corruption, la tromperie et la mauvaise gestion d’un pays riche. »

  On  espère pour la formidable équipe que ce spectacle tournera beaucoup et partout! Like a  Rainbow tour?

 1489073330.jpgEVITA Du 11/07 au 06/09

 Une œuvre originale d’Andrew Lloyd Webber (musique) et Tim Rice (paroles)

 en 21 scènes et 40 artistes

 DISTRIBUTION

 Deborah De Ridder (Evita)

 Steven Colombeen (Che)

 Philippe d’Avilla (le colonel Juan Perón)

 Antonio Interlandi (Magaldi)

 Maud Hanssens (maîtresse de Perón)

 Jade Monaco (l’enfant)

Ensemble de 22 danseurs/chanteurs avec Marie-Laure Coenjaerts

 

 Equipe de création :

 Mise en scène : Daniel Hanssens & Jack Cooper assistés de Simon Paco

 Dramaturgie : Olivier Moerens

 Directeur musical : Pascal Charpentier, assisté de Julie Delbart

 Coach vocal : Fabrice Pillet

 Chorégraphie : Joëlle Morane, assistée d’Alexia Cuvelier, Kyliah Campbell

 Dance Captain : Alexia Cuvelier, Kylian Campbell

 Coach Tango : Michael Guevara Era

 Scénographie : Dimitri  Shumeleinsky

 Direction technique : Yves Hauwaert

Costumière : Françoise Van Thienen, assistée de Sylvie Thévenard, Carine Duarde, Margaux Vandervelden, Annick Leroy, Anne-Marie Hubin, Laure Clerebout, Simon Paco

Création lumière : Laurent Kaye

Ingénieur du son : Marco Gudanski, assisté de Xavier Gillis

Perruques et maquillage : Véronique Lacroix

Construction des décors : Ateliers du Théâtre Royal des Galeries.

Photographe : Gregory Navarra

Superbe programme–souvenir au prix de 5€

 

AU CHATEAU DU KARREVELD

Avenue Jean de la Hoese 3 -1080

Molenbeek – Saint-Jean (Bruxelles)

Infos Réservations : 02 / 724 24 24

 

Goed om te weten: Nederlandstalige boventitels op 28 en 29 juli en 21 (avond), 22, 25, 26 Augustus. http://musicalvibes.ovh/evita/

http://www.bruxellons.be

 

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♦ Vivre et en être digne, même si l'imparfait

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Les hommes qui font les lois, mais il reste à changer les héros

Combien de temps encore les chocs, le chaos et l’hécatombe

Le massacre des innocents, les humiliations, les sanglots

Les mensonges, les profanations des mémoires d’outre-tombe

 

Contre la peur de tout perdre, j’oppose l’air que je respire

Le bonjour d’un matin, un rouge baiser, un amour charnel

La menotte d’un enfant qui contient plus que tous les empires

Les tourbillons, les mystères des amours à l’intemporel

 

D’un pas lent mais ferme, je vais et pour le temps qui me reste

Je ferai parler la vie, à corps et à cri, intensément,

Obstinément, et nécessairement je suis un manifeste

Pour un monde qui fasse preuve de bien plus de talents

 

Les hommes qui font les lois, mais combien de faussetés à l’assaut

Combien de temps encore le pouvoir principal de nous nuire

De nous déposséder des espaces qui nous font beaux

Sentimentalement intelligents à nous joindre et tout nous dire

 

Contre tout ordre à se soumettre, à se démettre, à se défaire

S’opposent mon pas d’homme libre, ma préférence pour qui

Pense les idées d’accord, mais juste pour s’affranchir et s’en faire

Un espace-temps qui traboule et porte aux embellies

 

L’hypocrisie prêchant la tolérance m’est insupportable

Quand le malheur est le sort de tant d’amours brisés, trahis

Le temps est venu de se dégager des guerres de tous les diables

De rompre avec tous les furieux du sacré qui nous mortifient  

 

Les hommes qui font les lois, mais combien de poisons répandus

Combien de temps encore à devoir subir et maudire tant d’outrages

Nous n’irons pas loin, tant que nous serons sujets de tant d’abus

Pisteurs de mirages, sinistrés des lieux où meurt tout langage

 

Contre tout culte des idéaux mais que l’on rend impossibles

J’oppose le temps repris au vide, au non-sens du réel  

J’oppose le désir, les vibrations des univers sensibles

Ce qui sert plus sûrement que tout idéal immatériel

 

A la complaisance avec tant de bassesses et d’injustices

J’oppose la franchise et la fermeté pour dégager

Faire tomber l’imposture des sectes et des milices    

Tant empressés de punir qui n’entend pas s’en laisser conter

 

Les hommes qui font les lois, mais tous ces gens qui ne comptent pas

Combien de temps encore pour cette dramaturgie guerrière

Les cérémonies du grand déficit de tout, le désarroi

Pour qui doit porter la pierre d’un amour qu’il faut mettre en terre

 

Contre tout plan obscène à ne jurer que par la loi des armes

Sans autre résultat que le sacrifice de tout à la sauvagerie

A la disparition de toute humanité quand frappe le drame

J’oppose les mains nues et ouvertes de ceux qui sont amis

 

Je vis et il ne faut pas compter que je le fasse en misère

Et renonce à mes engagements de jeunesse pour la paix

L’insolence des charmes, des grâces en colliers, en rivières

Pour la liberté, la vie et jusqu’au bout, même si l’imparfait

 

© Gil DEF - 31.07.2016

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Un sentiment de gratitude

Enchantement, félicité!
Le bonheur exalte mon âme.
Il est entré dans mon ashram,
Ouvert à l'espace bleuté.

Par le trou d'un cèdre géant,
Le soleil disque de platine,
M'apparut surprise divine,
Rendant tout l'espace troublant.

Mon regard erra sur les haies,
Devenues touffues et sauvages.
Au-dessus des plus hauts nuages,
Vis une mouette voler.

Je sentais persister en moi
Une délicieuse allégresse,
Une énergie faite tendresse,
Un courant de nouveaux émois.

Lors j'accueillis la gratitude
Qui a une douce saveur
Et régénère la ferveur,
À l'heure des incertitudes.

30 juillet 2016

 

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GALERIE DU CERCLE ARTISTIQUE DES JARDINS DU CASINO DE LA VILLE DE SPA (BELGIQUE)

Chaque année, au mois de juillet a lieu un concours réservé aux membres du cercle; un thème spécial afin de départager les oeuvres. 

le thème: de cette année 2016

De la vigne au verre

Je suis heureuse de vous annoncer que j'ai reçu le

PRIX DU PUBLIC

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Portrait d'une femme remarquable


Porteuse de souliers magiques,
Telle la plus jeune fée,
Par le zéphyr ébouriffée,
S'offre des séjours mirifiques.

Son âme est emplie de tendresse,
D'une acuité qui émerveille
Son esprit, toujours en éveil,
Pénètre d'étranges richesses

.

Elle maîtrise le langage,
Aime saisir ce qu'elle voit.
L'imaginaire bien des fois
La ramène vers d'autres âges.

Sa culture la rend savante,
Pas le moindrement vaniteuse,
Elle demeure aventureuse
Et cependant reste présente.

Travailleuse et bienfaitrice
Elle offre son temps sans compter,
Lors son sommeil est écourté.
Elle se nomme Béatrice.

30 juillet 2016

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L’art des sculpteurs romans de Henri Focillon est une magistrale étude publiée en 1931 sur la sculpture romane, sous tous ses aspects, ronde-bosse, bas-reliefs, chapiteaux, sur ses techniques et sur son esthétique, sur les diffférentes écoles et les caractères régionaux qui leur donnent leur physionomie particulière. Beaucoup plus mystérieuse que la sculpture gothique, dit Focillon, la sculpture romane n'a pas encore été suffisamment examinée. L'auteur entreprend donc une étude d'ensemble, dans laquelle il s'attache à découvrir le contenu spirituel de cet art, à en définir l'iconographie, et à expliciter en quelque sorte le mystère dont il demeure chargé. A la différence de la sculpture gothique qui "nous est toute proche et familière", dans laquelle "nous nous reconnaissons nous-mêmes et ce qui nous entoure, et jusqu'aux plantes de nos jardins, jusqu'aux bêtes de nos campagnes...", la sculpture romane est un monde clos, en apparence impénétrable. "Les rêves dont elle nous fait part, dit Focillon, plongent dans des régions plus reculées de l'espace et du temps et nous semblent venir d'une autre humanité. Ils s'enchaînent selon des combinaisons très complexes qui ressemblent à une sorte de langue chiffrée, et ce secret d'une science cachée n'est pas ce qu'il y a de moins attachant en eux". Entre la sculpture romane et la sculpture gothique, il y a un abîme. Nous voyons difficilement le passage de l'une à l'autre, et, en réalité, il n'y a pas de passage, car ce sont des expressions plastiques répondant à des conceptions de la vie très différentes, presque opposées.

Henri Focillon avait traité de la sculpture romane dans les cours qu'il avait faits à la Sorbonne de 1926 à 1929; ce livre est né de ces cours, des controverses que Focillon y avait exposées, notamment, celle capitale, sur les origines asiatiques du roman. Il est vrai qu'un prodigieux et complexe ensemble de formes, de techniques, d'idées, de traditions, concourt à la formation de la sculpture romane. La Grèce hellénistique y a sa part, aussi bien que le monde syrien, la Perse sassanide, la Scandinavie, les miniatures irlandaises. Les sculpteurs ont pris pour modèles des tablettes d'ivoire, romaines et byzantines, des tissus égyptiens, des émaux rhénans et mosans, des objets rapportés d'Orient par les Croisés.

L'intérêt du livre de Focillon est de montrer comment, de ces innombrables influence qui ont pesé, certes, sur la formation et le développement de l'art mosan, il s'est formé "un" art original, qui a sa physionomie, ses caractères particuliers, et qui, malgré les racines lointaines qu'il enfonce jusque dans les antiques civilisations mésopotamiennes, par tout un ensemble de formes et de traitement de ces formes que Focillon a magistralement exposé, aboutit à "une nouvelle forme de la conscience humaine". L'auteur renouvelle ici, avec un grand bonheur, toute la connaissance d'une époque comparable à un tissu fait de matières les plus diverses et brodé de dessins fantastiques auxquels tous les peuples ont apporté leur inspiration. ce maître qui a imprimé à l'étude de l' histoire de l'art et de l' esthétique en France des directions fécondes, et marqué de son empreinte les jeunes générations d'archéologues, a donné dans ce livre un des exemples les plus convaincants et les plus émouvants de l'indépendance et de l'originalité de sa pensée, et du génie avec lequel il retrouvait le sens caché de l'oeuvre d'art, sa signification profonde et son plus haut message.


A voir aussi : Hommage à Henri Focillon


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Relire Focillon: moyen âge, roman et gothique

De tous les ouvrages du grand historien de l' art Henri Focillon (1881-1943), « Art d’Occident » est le plus connu, à juste titre, et le plus admiré. Publié en 1938, il constitue, en effet, une excellente histoire de l'évolution de l' art, en Europe, depuis le XIe siècle jusqu'à la Renaissance exclusivement. Il embrasse donc, dans une synthèse vaste et précise à la fois, où se reconnaissent la grande originalité de la pensée de Focillon, son immense érudition et son talent à ouvrir des perspectives neuves, où les idées et les faits apparaissent dans leur pleine et juste lumière, la totalité de l' art du moyen âge, le Roman et le Gothique.

C'est au cours de ces périodes, en effet, que se sont formées une sensibilité et une intellectualité "européennes", ou, pour mieux dire "occidentales". "L' Europe occidentale", écrit Focillon au seuil de ce monumental ouvrage, -qui est en même temps une précieuse introduction à l'histoire de l' art en général et une somme de toutes les connaissances sur l' art médiéval en particulier, -"L' Europe occidentale a créé au cours du moyen âge sa culture propre. Elle s'est dégagée peu à peu des influences méditerranéennes, orientales et barbares. D'autres éléments sont intervenus, de nouvelles conditions de vie et surtout un esprit nouveau. Ainsi est née une civilisation originale qui s'est exprimée dans les monuments avec une telle vigueur que le souvenir en est resté mêlé pendant des siècles au destin de l' occident."

Henri Focillon cherche à décrire dans ce volume, "non seulement les caractères essentiels de ces systèmes organiques que nous appelons des styles, mais la manière dont ils se sont faits et dont ils ont vécu, en suivant certains mouvements, expériences, progression interne, fluctuations, échanges, expansions. Notre travail n'est donc ni une "initiation", ni un manuel d'archéologie, mais un livre d'histoire, c'est-à-dire une étude des relations qui, diverses selon les temps et les lieux, s'établissent entre les faits, les idées et les formes. Ces dernières ne sauraient être considérées comme un simple décor. Elles prennent part à l'activité historique, elles en donnent la courbe, qu'elles ont puissamment contribué à dessiner. L' art du moyen âge n'est ni une concrétion naturelle ni l'expression passive d'une société: dans une large mesure, il a fait le moyen âge même".

Henri Focillon développe dans ce livre la rencontre et la fusion des éléments pleins de contrastes d'où est né, aux environs de l'an 1000, cet "art d' occident", devenu l'art de la communauté occidentale, ses variations dans les passages du Roman au Gothique, et des formes primaires du Gothique jusqu'au Flamboyant qui exprime bien l' inquiétude, le désarroi du moyen âge finissant. Il définit les caractères de l' humanisme médiéval qui, par cet art, "fait connaître sa vaste conception de l'homme et de ses rapports avec l' univers". A la fin du moyen âge, il montre combien de nouvelles pensées et de nouvelles formes se font jour, annonçant l'aurore d'un autre âge de la civilisation -celle qui sera la Renaissance, -qui aboutira en définitive à la découverte d'un autre monde.

Dans les chapitres consacrés à l' art roman (livre premier), Focillon étudie successivement les grandes expériences du XIe siècle, l' église romane, avec ses théories de l' architecture, ses diverses écoles nationales ou provinciales, et les particularités du décor roman, synthèse d'apports orientaux et nordiques. Le second livre est consacré à l' art gothique et examine l'âge classique, avec ses plans, ses systèmes constructifs; la plastique monumentale dans ses rapports avec l' humanisme gothique, et les "trois âges" du sentiment religieux; la peinture gothique au XIIIe et XIVe siècle: vitraux, fresques, miniatures; les recherches sur la structure de l'espace chez les grands miniaturistes de la fin du XIVe siècle. Le troisième livre est consacré à cette passionnante et complexe période qu'est la fin du moyen âge avec son "irréalisme" et l'irruption de ce que Focillon appelle très justement le "baroque gothique", tel qu'il se reconnaît surtout chez les sculpteurs de l'école de Bourgogne, les peintres flamands et Fouquet.


A voir aussi : Hommage à Henri Focillon


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Hommage à Henri Focillon

Plus d'un siècle après sa naissance, l'importance de la pensée d'Henri Focillon, théoricien et historien d'art, apparaît mieux. Sur le plan des méthodes, son « formalisme » a connu, en France, une certaine désaffection, à laquelle mirent fin les travaux de Jean Bony et de Robert Branner sur l'architecture gothique ; en Amérique, où prévalurent les méthodes issues de Ernst Cassirer sur la fonction symbolique du langage de l'art, George Kubler, Charles Seymour Jr., George H. Hamilton prolongèrent dans une large mesure la pensée de Focillon. Mais, plus que sa méthode - ou les idées de la Vie des formes  -, ce sont sa pénétrante vision de l'oeuvre d'art en tant qu'elle est le centre de l'étude - et non son prétexte - et la générosité de ses vues historiques qui se sont imposées à un grand nombre d'historiens de l'art.


Un écrivain, un professeur

Né à Dijon, Henri Focillon, fils d'un graveur de renom, fut marqué, dès son enfance, par la culture artistique d'un milieu où il rencontrait Eugène Carrière, Claude Monet, Auguste Rodin et l'écrivain et critique Gustave Geffroy. Il fit des études de lettres classiques à la Sorbonne et à l'École normale supérieure, mais s'orienta dès ce moment vers l'histoire de l'art, en entreprenant une thèse de doctorat sur Piranèse. Il séjourna à Rome, enseigna à Bourges et à Chartres, avant d'être appelé en 1913 à l'université de Lyon comme professeur d'histoire de l'art. Pendant ces années de jeunesse, il fit du journalisme politique, de la critique d'art, écrivit quelques essais littéraires et publia un ouvrage sur Benvenuto Cellini. A Lyon, de 1913 à 1925, il enseigna l'histoire de l'art moderne, s'intéressa à l'Orient et à l'Extrême-Orient, dirigea le musée des Beaux-Arts de la ville, rédigea une étude sur Raphaël, une autre sur l'art bouddhique, commença les deux volumes - parmi les plus importants de son oeuvre historique - sur la peinture au XIXe et au XXe siècle. En 1925, il fut appelé à la Sorbonne pour succéder à Émile Mâle à la chaire d'histoire de l'art médiéval, qu'il occupa jusqu'en 1937. C'est au Moyen Age qu'il consacra désormais son principal effort de professeur et d'écrivain, sans abandonner pour cela l'étude de la gravure et de l'art moderne. Professeur, en outre, à l'université Yale à New Haven et, entre 1937 et 1939, au Collège de France (où il succédait à son ami Paul Valéry), il forma de nombreux disciples, tant en France qu'à l'étranger. En 1940, Focillon rejoignit, aux États-Unis, la France libre et s'employa, jusqu'à sa mort à New Haven, à lutter par la parole et par la plume pour la victoire des Alliés.


L'oeuvre théorique : « Vie des formes »

Orateur prestigieux et écrivain d'une rare qualité, Focillon voulait être surtout historien. Et pourtant son livre le plus célèbre et le plus lu n'est pas La Peinture aux XIXe et XXe siècles  ni l'Art d'Occident , synthèses historiques d'une puissante originalité, mais sa Vie des formes  (1934), essai de méthodologie et de doctrine. Issu de l'expérience du critique et de l'historien, ce livre ne propose point de système fondé sur une pensée esthétique ou philosophique rigoureuse ; il fut salué, au moment de sa parution, comme une tentative d'interprétation « formaliste » de l'art et de son histoire (N. Worobiow). En effet, pour Focillon, le caractère essentiel de l'oeuvre d'art est qu'elle a une forme, et que sa principale signification est formelle ; elle n'est pas signe (quoiqu'elle puisse être légitimement interprétée comme tel), mais réalité, réunissant en elle des données matérielles spatiales ou visuelles, et mentales, qui sont originales et autonomes, en ce sens qu'elles ne résultent pas des conditions extérieures à la création et ne reflètent pas des activités non artistiques. Focillon refuse ainsi le déterminisme sociologique de Taine (ou tout autre déterminisme social) et se place à l'opposé de l'historicisme de l'école viennoise de Dvorak, comme aussi à l'opposé des méthodes iconologiques de l'école de Warburg, celles en particulier de E. Panofsky.

Si l'oeuvre d'art peut et doit être étudiée dans sa réalité présente, et en quelque sorte « statique », en tant qu'interprétation de la matière (matériau, outil, procédé...) et interprétation de l'espace réel ou figuré (dimension, volume, lumière, couleur...), elle ne peut être comprise que dans le contexte temporel, reconnue comme un « fait historique », événement placé sur le parcours d'un développement. Elle est, toujours, le point d'aboutissement et le point de départ de séries d'expériences liées entre elles. Ces « généalogies » formelles complexes, ces enchaînements que Focillon appelle des « métamorphoses » donnent à la forme sa vraie signification, car si chaque oeuvre est « unique », elle participe à l'universalité de l'évolution.

On peut certes, schématiquement, voir dans ces évolutions formelles plusieurs « états » : état primitif ou expérimental, état classique qui est celui de la maturité et de l'équilibre, état baroque qui est celui de la luxuriance et du déséquilibre ; mais, en fait, la vie des formes (ou la structure de l'évolution) est bien plus complexe. L'inégalité des vitesses d'évolution formelle - selon les milieux, ou selon les contraintes matérielles -, les phénomènes de « survivance », de « renaissance » ou de « réveil », etc., substituent au « temps historique » une trame évolutive sui generis , à laquelle le « temps naturel », ou astronomique, ne sert que de référence. Certaines de ces vues furent développées en 1962 par George Kubler. La « vie des formes » contredit d'ailleurs souvent ces schémas, car elle peut être modifiée par la liberté d'invention des grands artistes ou par leurs affinités au sein des « familles » spirituelles.


L'oeuvre historique

On ne trouve de véritable application de cette pensée que dans quelques articles de Focillon (« Généalogie de l'unique », 1937 ; « Les Sciences sociales en France », 1937 ; introduction au livre posthume Survivances et réveils , 1943) ; mais la méthode et les principes sur lesquels elle était fondée sous-entendaient tout son enseignement et son oeuvre d'historien. Celle-ci est très vaste, embrasse plusieurs civilisations, va du haut Moyen Age jusqu'à l'époque contemporaine ; pourtant, l'essentiel de ses écrits concerne l'art occidental du Moyen Age, le XVIIIe et le XIXe siècle européen.

L'histoire de la gravure intéressa tout particulièrement Focillon : son dernier article présentait un graveur américain, Brenson, et sa première étude, en 1906, était consacrée à la lithographie du XIXe siècle ; deux ouvrages importent surtout, dans ce domaine : sa thèse de doctorat sur Giovanni Battista Piranesi  (1918) et le volume Les Maîtres de l'estampe  (1930). D'une certaine manière, toute la méditation de Focillon sur l'art fut dominée par son amour pour la gravure, et en particulier l'eau-forte, « où il voyait un moyen particulièrement apte à faire apparaître le contact entre l'esprit et la matière, la sensibilité et la technique », le domaine où les contraintes du métier laissaient mieux transparaître l'apport personnel de l'artiste. Mais son Piranèse  est, en même temps, une étude de la société italienne et romaine au XVIIIe siècle, fond sur lequel l'artiste se détache par contraste, comme s'il était étranger à ce temps ; et l'influence de ce « visionnaire » ne se propage pas en lignes droites, elle agit par secousses, grâce aux affinités qui défient l'histoire conçue comme un développement continu et uniforme. En fait, les fondements de la Vie des formes  sont déjà posés dans ce livre.

Des nombreuses études sur l'art du XIXe siècle, on retiendra surtout les deux volumes sur La Peinture aux XIXe et XXe siècles  (1927-1928). Le XIXe siècle était pour Focillon le « grand siècle », celui dont les mouvements intellectuels et artistiques apportèrent à l'histoire les enrichissements essentiels. Le livre est « engagé », en quelque sorte, par la conviction de l'auteur à affirmer ses préférences idéologiques ou esthétiques. Ce fut, en langue française, la première synthèse de la peinture européenne moderne ; peut-être ne fut-elle pas dépassée. Sur le plan de la méthode, toutes les divergences et les convergences entre la « vie des formes » et les courants de l'évolution sociale ou intellectuelle se dessinent clairement, la peinture n'illustrant pas le siècle, mais apparaissant comme une forme qui, parmi d'autres, l'anime et lui « donne forme ».

Mais c'est à l'art médiéval que Focillon a réservé, pendant les vingt dernières années de sa vie, les réflexions les plus fécondes. Il renouvela les méthodes françaises d'étude de l'art roman par son Art des sculpteurs romans  (1932), en dépassant les considérations archéologiques sur la chronologie, les filiations et l'iconographie, par les définitions formelles du style et de son équilibre instable. La notion de « stylistique monumentale » (à laquelle Jurgis Baltrusaitis ajoutait, au même moment, la notion de « stylistique ornementale ») détermine un système formel dont on peut étudier les origines, la formation, la maturité et le déclin. Focillon entreprit, en 1934, avec ses élèves, une vaste enquête sur la sculpture romane ; mais la guerre empêcha la poursuite de ce travail. L'architecture gothique, à laquelle il réservait une place importante dans son enseignement, ne lui fournit que la matière de quelques articles (tel « Le Problème de l'ogive », 1935) ; ce fut pourtant le domaine privilégié de sa démonstration méthodologique, unissant dans la même recherche les problèmes matériels (structure), formels (masses et effets) et historiques (« métamorphoses »). La dernière grande synthèse de Focillon fut son Art d'Occident  (1938). Embrassant cinq siècles d'histoire, cherchant à définir la cohérence de la notion d'Occident et à décrire la diversité des milieux géographiques et la richesse de variations successives, Focillon y démontrait une fois de plus que l'art est un « monde cohérent et actif », animé surtout par son propre mouvement, auquel l'histoire politique ou sociale sert seulement de cadre ou de référence. A beaucoup d'égards, l'art définit le plus fortement l'originalité de l'Occident médiéval ; il l'actualise aussi le mieux, puisque ses monuments sont actuels.

 


A voir aussi:

Relire Focillon: moyen âge, roman et gothique


La vie des formes

Quand Henri Focillon évoquait l’art des sculpteurs romans

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