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Octave Mirbeau à la Comédie Claude Volter

Spectacles

Stéphanie Moriau, en inoubliable femme de chambre

Le Journal d’une femme de chambre

Certains « pestacles » sont là pour nous divertir, d’autres pour nous édifier ou nous instruire. D’autres encore, pour nous raconter des aventures ou nous ravir l’oreille avec cette langue fleurie qui nous est si chère. Quand, sans prévenir, nous saisit un coup de tonnerre qui va nous laisser avec une question aveuglante que l’on aurait préféré ne jamais se poser.

Mais dans le filigrane de cette œuvre d’Octave Mirbeau, telle que transmise par Danielle Fire, apparaît, à plusieurs reprises, une question dérangeante : pourquoi le criminel peut-il fasciner ? On n’imaginait même pas que criminel il y aurait !

Cette question va poursuivre le spectateur depuis que Stéphanie Moriau, seule en scène à la Comédie Claude Volter, a fait entrer Célestine dans nos consciences.

Car ce Journal d’une femme de chambre, finement transposé pour la scène par Danielle Fire, est le récit très réaliste d’une domestique confrontée aux turpitudes de ses maîtres. Mais c’est aussi une plongée vertigineuse dans les zones les plus fétides de l’humain : la domination, l’asservissement, l’humiliation et cette attirance trouble qui peut parfois se nouer autour même de celui qui fait peur.

Octave Mirbeau publie son roman en 1900. La Belle Époque. Un siècle et quelque plus tard, il nous revient avec une violence qui n’a rien perdu de sa férocité.

De Paris à la Normandie profonde, Célestine entre dans les maisons bourgeoises comme on entre dans les coulisses d’un théâtre : elle voit tout ce que les maîtres cachent entre eux et au monde. Derrière les bonnes manières, les dentelles et les façades respectables grouillent les appétits, les frustrations, les perversions, les petits arrangements avec la morale et les grandes lâchetés. L’avarice crasse et le pouvoir sordide de l’argent. La faune bourgeoise se repaît de ses vices. Les petits, les moins que rien, dont on efface même les noms, trinquent. On retrouve la veine de Zola. On attend l’écho accusateur de la-une-mythique de L’Aurore !

Pendant ce temps, Célestine sert. Et elle observe. Et elle encaisse. Plume en main, pour occuper son esprit, et fine mouche luttant contre l’asservissement, elle confie ses pensées intimes à son journal. La mise en scène est d’une légèreté virevoltante. La salle est comblée.

Mais, au fur et à mesure, émerge une drôle de vérité, comme une drôle de guerre. Quelque chose de très dérangeant apparaît. Ce rapport étrange entre le maître et l’esclave ne se réduit pas à une simple opposition entre dominant et victime. La domination finit par contaminer jusqu’au regard de celle qui la subit. Le pouvoir devient fascination. Le dégoût côtoie le désir. La peur n’exclut plus l’attirance.

Et c’est là que Mirbeau nous prend à la gorge.

On croyait que les choses seraient lisses et simples. Les possédants d’un côté, les serviteurs de l’autre. Mais Célestine identifie un monstre et se trouve… prise dans son orbite. Victime, certes. Mais victime fascinée par celui qui exerce sur elle son pouvoir. Et c’est précisément cette ambiguïté qui nous bouleverse.

Impossible alors de ne pas penser à certaines fascinations criminelles qui ont profondément marqué notre époque. À ces figures dont le visage, la voix, parfois même un détail physique, finissent par s’imprimer dans la mémoire collective. Et, parallèlement, à cette étrange fascination médiatique qui transforme parfois le criminel en personnage, presque en vedette.

Qu’est-ce qui peut bien aimanter le regard vers le criminel, y compris celui de ceux qui savent ce qu’il est ?

D’où vient à nous cette question insidieuse qui  nous préoccupe à plusieurs reprises lors de la représentation ? Est-ce le jeu impeccable de Stéphanie Moriau qui a lâché les monstres ? Comment est-elle parvenue à faire exister cette zone obscure ? Mais quelle comédienne !

On la connaît en soubrette intelligente et tellement démonstrative. Ici, miracle : elle est entrée dans une vérité humaine effrayante. Comme si un serpent habitait un panier de fleurs innocentes.

Elle ne force pas et laisse les mots déployer leur vérité dans son carnet intime. Ils naissent de l’urgence d’une confession. Les silences s’installent, les personnages surgissent, donnent le change, font rire et disparaissent. Les effets s’accumulent mais n’oblitèrent jamais la profonde intériorité de la jeune servante.

Elle est Célestine, bien sûr. Mais elle est tout autant maîtresse d’un jeu éblouissant qui met en scène tous ceux qu’elle rencontre, égratigne et observe et dont elle rapporte finement les gestes et les paroles. Une seule comédienne pour une galerie humaine entière. À nous d’apprécier cette formidable Comédie humaine en action.

C’est brillant côté face, et tellement troublant côté pile.

La création théâtrale de Danielle Fire, impeccable, consacre la langue et sa verdeur, sa cruauté, son insolence. Octave Mirbeau n’est pas confiné dans une bibliothèque. Il en est sorti, toutes griffes dehors. Il provoque le rire, surfe sur l’ironie acide et déstabilise à coup sûr. Sous la satire sociale se glisse la noire notion que la respectabilité fait souvent le lit de la barbarie.

Célestine est bien placée pour regarder le monde des maîtres. Mais là où elle est, elle siège en maîtresse du regard.

Or, qui appartient réellement à qui ?

Le maître possède le corps, le salaire, la maison, le pouvoir. Et pourtant la servante possède quelque chose de plus dangereux encore : le regard. Acéré. D’une lucidité impitoyable.

Mais nous, spectateurs, devenons à notre tour des voyeurs. Nous entrons dans les chambres, nous écoutons derrière les portes, nous voulons savoir. Le théâtre devient alors une étrange machine à regarder l’humain lorsqu’il croit ne pas être regardé.

Voilà où se situe le vertige de ce Journal d’une femme de chambre. Tous ces coups de miroirs !

La vraie question n’est sans doute pas : quels sont les monstres ? Mais aussi : qu’est-ce qui nous attire vers eux ? Quelles alouettes nous faisons !

Le jeu primesautier de Stéphanie Moriau, parfois d’une sobriété glaçante, fait plus de ravages que tous les effets théâtraux des comédies de boulevard. Et nous laisse une empreinte marquante de cette œuvre d’Octave Mirbeau.

Magistral, ce spectacle, où Célestine nous fait rencontrer une femme à la fois forte et faible, avec derrière elle un monstre inouï que nous aurions préféré ne jamais côtoyer.

Et ce titre fameux de journal, soudain, envahit l’espace.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Mise en scène : Danielle Fire
Avec : Stéphanie Moriau
Création lumière : Bruno Smit

Du 30 septembre au 18 octobre 2026

Spectacles du mardi au samedi à 20h15 – les dimanches à 16h00 

Le Journal d’une femme de chambre D’Octave Mirbeau

 

 

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administrateur théâtres

Sheherazade forever ...

Concerts

Nikolay Rimsky-Korsakov Shéhérazade, suite symphonique, op. 35



Par le BNO à Bozar : Et si la musique balayait le vacarme ?

Le 24 septembre dernier, le Belgian National Orchestra investissait la Salle Henry Le Bœuf de Bozar pour un format « Symphonic Date ». Si la tentative de médiation moderne a pu impatienter certains spectateurs, la performance musicale, elle, a atteint les sommets de l’absolu.

En programmant sa formule « Symphonic Date », le Belgian National Orchestra affiche certes une louable ambition : désacraliser le grand répertoire en une heure chrono, pour attirer un nouveau public. Voire le fidéliser. Le choix de l’horaire, 19 h, a d’ailleurs un petit effet tentateur.

Malheureusement, ce soir-là, le préambule se transforme en épreuve agaçante. Microphonée dans une acoustique taillée pour les instruments plutôt que pour les micros, la longue introduction se déploie, au point de faire surgir une question presque incongrue : y aura-t-il seulement un concert ? Qu’attendent les concertistes ?

Tout cela, uniquement en anglais, ce qui n’est en principe pas le choix traditionnel de Bozar. Cherchant le bon mot, la connivence à tout prix et multipliant les images chocs, ce talk-show improvisé s’avère aussi tapageur que fatigant. Trop long, peu audible, il paralyse l’attention, osons le dire ! Dans la salle, une seule injonction silencieuse semble monter des travées : Let the music play !»

Heureusement, le protocole intempestif s’efface enfin pour laisser place à l’immense orchestre que l’on brûle d’écouter.



À la baguette, le jeune chef coréen Hankyeol Yoon déploie une agilité peu commune. Sa gestique impressionnante insuffle une énergie démultipliée qui contamine tous les pupitres. Une trainée de poudre magique. Une « infection » salvatrice, au sens le plus noble de la langue de Shakespeare. Elle balaie d’un coup de vent frais les scories de l’introduction forcée et installe un véritable festival de couleurs.

De souvenirs, aussi. J’étais sur l’île enchantée de Guernsey, en 1966. J’avais seize ans. Prononcez mon âge à la française et vous comprendrez mon émotion.

Dès les premières mesures de Shéhérazade, le ton est donné. La violoniste solo et Concertmeister Misako Akama s’empare de la partition avec des interventions d’une beauté plastique renversante. Véritable bras droit du chef sur scène, elle traduit l’électricité du maestro en impulsions physiques pour l’ensemble des cordes. Sous son archet, le violon solo devient la voix même de Shéhérazade : une voix de nacre et de soie, hypnotique, qui dialogue immédiatement avec le basson déchirant de mélancolie de Gordon Fantini.

Puis ce sont les trémolos poétiques de la flûte qui s’élèvent, délicatement portés par un tapis de pulsations mystérieuses tissé par les cordes. La précision des instrumentistes est absolue : cuivres rutilants, vents lumineux, percussions fantastiques… Chaque pupitre devient une touche de peinture sur une immense toile d’Orient.

Quand la harpe de la vertigineuse Annie Lavoisier épouse le violon, l’auditeur est submergé par un déluge de bonheur et de tendresse, prolongé par un dialogue d’une intense délicatesse entre Misako Akama et Gordon Fantini.

Le deuxième mouvement s’ouvre comme un écrin de secrets : rêverie et envolées célestes. Les violons y déploient une élégance rare, une douceur qui s’apparente à une confidence venue du plus profond de l’âme. Soudain, la gamme de la flûte fuse : une envolée d’oiseaux libres s’échappant de la cage dorée du sultan. Le hautbois répond par son thème dansant, un motif rythmique qui sautille avec malice.

Mais c’est le thème de la princesse qui vous emmène à tire-d’aile vers l’infini. Plus léger encore, profondément aérien, il semble flotter, perdu dans l’absolu. Rimsky-Korsakov dessine ici un monde dépouillé de toute haine, de toute prédation et de toute malédiction ; un horizon de lumière et de pureté.

L’envol des gammes fuse à nouveau dans l’espace de Bozar, avant que la plainte du basson ne vienne mourir, apaisée, au cœur de l’harmonie générale.

Le troisième mouvement bascule dans un relief cinématographique, passionnel et parfois mutin. Véritable volcan de puissance et d’énergie, Hankyeol Yoon se démène sur son podium, agissant en démiurge des déferlantes orchestrales. L’ensemble se gonfle, composant une apothéose de feu qui finit par se figer dans un sublime ralenti.

À cet instant, l’émotion est si dense que les larmes coulent dans un océan de bonheur partagé.

Le calme revient sous le geste apaisé du chef. C’est l’avènement de la paix.

La violoniste et la harpe reviennent alors au début du début, dans un climat encore plus féerique, dépouillé et suspendu. Magnifique offrande finale : par deux fois, le basson, la harpe et la violoniste unissent leurs voix pour signer un accord parfait, ultime respiration d’une soirée mémorable.

Au moment des saluts, le maestro coréen remercie chaleureusement ses solistes principaux, réservant une mention et des félicitations particulièrement appuyées et vibrantes au pupitre des violoncelles, mené par le soliste Dmitry Silvian, saluant la profondeur et le lyrisme exceptionnels de leurs attaques tout au long de la soirée.

Chaque pupitre est à son tour ovationné par un public aux anges.

La musique a gagné.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 



https://www.nationalorchestra.be/en/orchestra/our-musicians-and-conductors/musicians-bno


https://www.bozar.be/fr/programme/belgian-national-orchestra-yoon

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administrateur théâtres

Festival Mozart 12-19 septembre 2026

Concerts

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

Festival Mozart 12-19 septembre 2026

À Argenteuil, en guise de clôture du Festival Mozart, les organisateurs nous ont servi un pot-pourri de musiques enivrantes.

Mozart, first and for all !

Le Trio K. 564, tout dernier trio avec piano de Mozart, ouvre la soirée dans une lumière intime, élégante et d’une fraîcheur presque juvénile. Nicolas Dupont au violon, Justus Grimm au violoncelle et Bertrand Giraud au piano font entendre des dialogues subtils, partagent les sourires, les respirations. Mozart y semble à la fois proche et insaisissable : la musique coule, légère et sérieuse, jamais anodine.

Puis Haydn prend le relais avec le Trio Hob. XV:17. Changement de parfums, changement de textures : la flûte de Vincent Lucas et le basson de Mavroudes Troullos se mêlent au clavier du pétillant Muhiddin Dürrüoğlu dans une palette sonore particulièrement chaleureuse. Les timbres se répondent, se colorent, se taquinent presque. La musique de chambre porte décidément bien son nom : on y entre comme dans une pièce où plusieurs amis auraient déjà commencé à converser.

Et voici Donizetti, puis Ibert. Encore d’autres parfums à humer et à apprécier !

Alissa Margulis au violon et Delphine Benhamou à la harpe se distinguent dans le Larghetto et Allegro de Donizetti, avant de nous offrir l’Entracte d’Ibert. Un sérieux clin d’œil ! Le violon chante, la harpe scintille, et voilà que le programme change encore de lumière. Deux œuvres, deux univers, deux belles découvertes.

Car c’est cela, le charme de ce festival capiteux : faire circuler les émotions d’une œuvre à l’autre, sans jamais enfermer la musique dans une seule époque ni une seule couleur. Coucou ! Y es-tu ? On voyage. On savoure.

Merci donc au Festival Mozart et à son âme créatrice, Daniel Rubenstein — triple artiste, violoniste, altiste et pianiste — qui célèbre cette année les trente ans d’existence de cette aventure débutée en 1996.

Pour cette édition anniversaire majeure, Daniel Rubenstein a réuni pas moins de 26 musiciens en résidence autour de neuf concerts d’envergure, partagés entre Waterloo et Bruxelles. Une programmation où la création contemporaine joue à cache-cache avec les immenses chefs-d’œuvre du répertoire classique. Le passé, sorti de sa vitrine, dialogue avec le présent.

Preuve en est avec La Toccata éolienne de Jean-Pierre Deleuze, pièce contemporaine pour alto et piano, interprétée par Roland Glassl à l’alto et soutenue avec brio par le chaleureux Muhiddin Dürrüoğlu au piano.

De découvertes en découvertes, on éprouve ce petit bonheur particulier : celui de se laisser surprendre par une musique dont on ne savait pas encore qu’on allait l’aimer.

Et puis… And then, comes The Grand Finale.

Un piano, un quatuor à cordes, et Robert Schumann. Le Quintette avec piano en mi bémol majeur, op. 44 : une œuvre flamboyante, généreuse, débordante d’élan, où les cinq instruments semblent se poursuivre, se répondre, s’exalter jusqu’à l’ivresse.

Avec un tel final, le titre de l’affiche ne pouvait être plus juste : A-po-thé-ose ! annonçaient-ils !

Une soirée comme un feu d’artifice musical. Tous dans le même pot ! De Mozart à Schumann, en passant par Haydn, Donizetti, Ibert et Jean-Pierre Deleuze, les parfums changent, les époques se croisent, les timbres se répondent. Et le bonheur vibre dans l’assemblée.

La musique : souveraine.

Merci, le Festival Mozart. Nous reviendrons pour la prochaine récolte de merveilles !

Au suivant…

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

…Et tous les autres! https://www.festivalmozart.org/

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administrateur théâtres

Concerts

17 septembre à Rixensart, les balades musicales

Rixensart : le miracle d’un trio de Missa Brevis

Par l’Etesiane Orchestra, sous la direction de Gabriel Hollander, le miracle d’un trio de Missa Brevis en ouverture de saison des Balades Musicales de Rixensart.

Pour l’ouverture de sa 14e saison, les Balades Musicales de Rixensart ont osé un pari audacieux, presque mystique : réunir trois Missa Brevis en un seul soir. Ne dit-on pas d’ailleurs que répéter les prières par trois fois appelle la Grâce ?

Ce concert s’est révélé être une véritable action de paix et de lumière, portée par l’Etesiane Orchestra sous la direction habitée de son chef, Gabriel Hollander, et transcendée par ses interprètes, musiciens et solistes vocaux. À eux seuls, les quatre chanteurs ont réussi la prouesse de déployer la puissance et l’amplitude de tout un chœur de… quarante personnes ? International Choir Brussels, m’entendez-vous ?

La soirée s’est ouverte sous les auspices de la clarté avec la Missa brevis Sancti Joannis de Deo de Joseph Haydn. Dès les premières mesures, l’ensemble des cordes, emmené par des musiciens d’exception tels que Romane Cabaret, Solène Beaudet, Maritsa Ney, Patrick Valls, Cédric Hustinx et Denis Guerdon, a su diffuser une allégresse des plus communicatives.

Est-ce dû à la vélocité du rythme, à la brillance des solistes et des instruments ? L’œuvre elle-même semble déborder de peps et de bonne humeur. On pense à la délicatesse et à la légèreté de voiles de dentelle, blanche bien sûr, entre communion et mariage… évoquant le souvenir de jours heureux.

Mais surtout, le public a été instantanément saisi par une impression d’illumination grâce à la soprano Clara Inglese. Son visage épanoui et lumineux, ses adorables postures de méditation et son timbre d’une pureté surnaturelle ont bouleversé les spectateurs. Dans ses yeux brillaient les sourires de l’âme. Transfigurée par le miracle de sa voix.

Le chef d’orchestre Gabriel Hollander, lui aussi sous le charme, est apparu comme suspendu à cette divine interprétation. C’est d’ailleurs cette même énergie souriante qui a guidé ses mains et ses gestes pour nourrir l’architecture musicale de l’orchestre. L’Hosanna in excelsis a résonné avec une telle force que l’illusion d’une quarantaine de choristes était bien présente.

Enfin, l’Agnus Dei, vêtu de bleu azur, s’est déployé comme un acte d’espoir sublime. « Ask and it will be given. » De quoi y croire vraiment : on n’invoque pas en vain une paix tant désirée.

Et en avant pour la deuxième Missa brevis, signée Wolfgang Amadeus Mozart : la KV 65 en ré mineur. Le contraste dramatique s’installe immédiatement avec un Gloria crépitant d’énergie. Chez Mozart, la tension est plus grandiose et théâtrale : la douleur du trépas de Dieu fait homme traverse la partition, mais sera éteinte et balayée par le rythme effréné du final glorieux du Credo.

Au cœur de cette œuvre, le Sanctus s’égrène avec une force particulière. Le texte latin séculaire joue pleinement de sa présence et de sa solide puissance rassembleuse, unissant artistes et spectateurs dans une même dévotion. Le Benedictus est un cadeau du ciel : dans une pureté de timbre parfaite, l’accord des deux chanteuses, la soprano Clara Inglese et la mezzo-soprano Julie Bailly, a littéralement inondé la salle de bonheur.

Puis vint Fabian Fiorini, un grand inconnu pour la plupart des auditeurs. La découverte de sa messe nous est présentée ici en deuxième création mondiale. Le changement de paradigme est total : nous voici plongés dans un déploiement épique et une urgence à couper le souffle.

Fiorini utilise une structure moderne faite de fondus enchaînés, comme… au cinéma. Urgence épique et cinéma de l’âme vont culminer.

Dès le Christe Eleison, les accents se font intensément dramatiques. Pour le Credo, les archets ouvrent la marche de manière saisissante, tandis que le baryton Samuel Namotte, chantant les mains jointes en namaste, livre son texte avec une conviction saisissante. Des mélanges de récitatifs parlés ou psalmodiés surgissent. Les interventions du ténor Timothé Cuvillier sont magistrales, soutenues par les pizzicati puissants des violoncelles.

Les textures orchestrales sont d’une chaleur incandescente : les cordes vibrent comme un champ de blé sous la canicule, transpercées par un violon solo qui s’élève comme un cri dans l’azur. Une alouette ? Ode to a Skylark?

Voilà le Sanctus qui frissonne de triolets. Le chœur de solistes est maintenant habité par un profond respect, dont témoignent les arpèges de la contrebasse et des deux violoncelles.

L’apothéose survient avec le Benedictus. Fiorini y installe un rythme lancinant sur trois notes, semblable à une sirène d’alarme, qui contraste violemment avec la puissante ferveur du chœur. Les In nomine Domini du Benedictus se multiplient dans une tension extrême, jusqu’à la fin qui marque l’urgence absolue :

Qui venit.

Stop.

C’est venir à Dieu qui EST l’urgence.

Un point d’orgue impressionnant. Le silence est total. Après l’Agnus Dei, des tonnerres d’applaudissements pour les artistes et le compositeur fuseront de toutes parts.

Cette ouverture de saison magistrale résonnera longtemps dans les voûtes accueillantes de l’église Saint-Sixte de Genval.

⭐️⭐️⭐️⭐️

On peut d’ailleurs prolonger le plaisir. L’aventure des messes brèves sous le prestigieux Label Cypres (référence CYP1688) est une initiative audacieuse qui fait dialoguer des œuvres rarement associées.

Dans le même album, Missa Brevis, (l’Etesiane Orchestra, Gabriel Hollander), on retrouve la Missa brevis en ré mineur de Mozart, la Orgelmesse de Haydn et la Missa brevis de Fabian Fiorini, œuvre commandée spécialement pour ce projet, dont le but affirmé est de sortir des sentiers battus et de faire entendre un répertoire exigeant et profondément vivant.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

lien: https://www.balademusicale-rixensart.be/

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administrateur théâtres

Spectacles

Perline Lombart dans « Marthe Donas »

...Elle libère une artiste par le théâtre

Perline Lombart dans « Marthe Donas » ressuscite une pionnière avec éclat. Le texte de Fabrice Gardin, une friandise artistique …que l’on sera ravi de se procurer à la fin du spectacle.

Sur la scène du Théâtre de la Valette, Perline Lombart donne à Marthe Donas une énergie résolument contemporaine. Dans cette création, sous la direction de Fabrice Gardin, elle fait revivre cette artiste rebelle et visionnaire du début du 20e siècle, dont le nom a quelque peu disparu des mémoires. Sauf à Ittre, où un musée lui est entièrement consacré.

Première femme peintre belge à s’être consacrée à l’art abstrait, Marthe Donas trouve ici une interprète à la hauteur de son audace.

Et pour Perline Lombart, jeune comédienne de vingt ans, c’est un véritable baptême artistique : c’est sa toute première prestation devant un public. Une entrée en scène particulièrement remarquée.

Arnaud Van Parys et Perline Lombart ©vivien ghiron

Elle impressionne par sa vivacité, sa précision et la fluidité élégante de sa parole, multiplie les points de vue de la narration.  En quelques secondes, elle épouse les états d’âme de Marthe et traverse avec passion les innombrables tribulations de son parcours.

Elle incarne avec force les doutes d’une femme bridée par son époque, mais aussi son besoin viscéral intense de créer. Dès qu’il est question de peinture, son corps s’anime, son regard s’éclaire : la vocation devient palpable. Connivence d’artistes ?

Du haut de ses vingt ans, elle met toute la vivacité du XXIe siècle au service d’une rebelle du passé. Son jeu abolit la distance historique. Les voyages, les errances, les toits de Paris qui la bouleversent et les rencontres artistiques prennent vie dans une interprétation physique, libre et électrique. Fascinante.

Même les épisodes les plus douloureux :  la révolte contre le milieu bourgeois d’Anvers, les 20 ans d’abstinence imposés dans le fief familial d’Ittre, le recours au pseudonyme androgyne Tour Donas, trouvent une résonance immédiate. Ce n’est plus seulement l’histoire d’une peintre d’avant-garde : c’est aussi le combat d’une femme pour devenir elle-même. Une femme en recherche perpétuelle. S’élever au-dessus de la matière, quitter le monde matériel, inventer un autre monde, qui ne part pas de la réalité mais qui recherche le degré le plus élevé de la simplicité et de la pureté…

Francine, la fille de Marthe apporte à son tour une touche d’humour et de tendresse bienvenue. Perline Lombart change alors de registre avec malice, offrant au public une image vraiment intime de l’artiste. Ah, ce lien mère-fille greffé sur la recherche mystique !

Face à elles, Arnaud Van Parys cabriole avec bonheur d’un rôle à l’autre. Romain, la terrible figure paternelle, l’artiste Alexander Archipenko, né à Kiev, particulièrement pittoresque, et Harry le philosophe…le neveu de son ancienne prof de dessin, Mme Coveliers-van Meir, qu’elle épouse et dont elle a une fille à 45 ans ! Les deux comédiens donnent au texte de Fabrice Gardin une urgence, un rythme pétillant et… couleurs et formes, comme dans un vitrail.  

Saluons au passage, leur magnifique synergie. Perline Lombart, Arnaud Van Parys et Fabrice Gardin, une trinité qui ne dit pas son nom…

Tous trois réussissent un moment de théâtre percutant et mémorable, qui ouvre sur un profond sentiment de reconnaissance pour nos racines culturelles, indispensables à notre survie. Car ici, l’énergie et l’émotion ont opéré de merveilleux chassés-croisés dans le cœur de chacun.

Un cadeau.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

http://www.marthedonas.be/

https://museemarthedonas.be/fr/le-musee/le-musee-marthe-donas

 

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administrateur théâtres

Concerts

Les 90 ans du BNO à Bozar : une ouverture de saison en forme de festin musical

Lors de ce grand rendez-vous de rentrée à la Salle Henry Le Bœuf, le 11 septembre dernier, c’est une programmation fort éclectique qui nous attendait, question de nous offrir des émotions nouvelles, des textures et des saveurs contrastées.

Un menu étonnant, servi par le Belgian National Orchestra (BNO) pour souffler ses 90 bougies. Dirigé de main de maître par Matthew Halls, le concert nous fait rapidement passer de la mélancolie à un irrésistible esprit de fête.

La mise en bouche ? Une curiosité volcanique…

Le concert s’ouvre sur Aeriality, de la compositrice islandaise Anna Thorvaldsdóttir. Une matière sonore en fusion, presque tellurique, qui explore la physicalité du son. Ici, l’orchestre ne semble même plus constitué d’instruments distincts : il devient une immense parole sonore multiple, faite de nappes, de grondements, de frémissements et de fulgurances. La musique enfle, se contracte, accumule les tensions… jusqu’à l’explosion.

Les big bangs pluriels font finalement penser, sans bien sûr que la compositrice en ait eu conscience, à une sonorisation de la Genèse… Jour après jour. Expérience acoustique vraiment impressionnante, à la frontière de la musique symphonique et la bande sonore. Idéale pour nettoyer le palais auditif avant le grand lyrisme romantique d’Anna Vinnitskaya et de son piano à la fois poétique et solaire.

Et la lumière… fut. Fine lettrée du clavier et virtuose absolue, la pianiste transcende le célébrissime Concerto pour piano de Robert Schumann. Elle est aussi… Celle qu’on attendait.

Sous ses doigts, pas un gramme de démonstration technique ou de force : juste le souffle poétique et son cortège de sentiments. Chez Schumann, le piano ne livre pas bataille à l’orchestre : il converse avec lui. Les bois lui répondent, le prolongent, l’enveloppent. La rayonnante Anna Vinnitskaya, en robe fleurie, insuffle une clarté et un charme vivant à cette œuvre intime. Le dialogue qu’elle tisse avec les bois de l’orchestre est un délice de complicité, transformant chaque phrase musicale en une confidence amoureuse. Et le public de Bozar, de se sentir transporté.

Et après l’entracte, voici le grand plat de résistance, avec Mahler.

La monumentale Symphonie n° 1 de Gustav Mahler, dite « Titan », est une œuvre prodigieuse, débordante de force vitale. Mahler y déploie un orchestre XXL pour nous raconter le monde dans ce qu’il a de plus contradictoire : la nature, l’enfance, la danse, la marche, l’ironie, le drame et la fête.

Le joyau absolu de cette interprétation réside sans conteste dans le troisième mouvement.

Avec de l’humour à couper au couteau !

Mahler a transformé Frère Jacques en marche lente! La comptine, passée du majeur au mineur, surgit d’abord à la contrebasse, comme si notre enfance revenait de très loin… mais avec quelques fantômes dans ses bagages. Quelle que soit notre langue, nous reconnaissons cette mélodie que nous chantions en canons, habillée en ré mineur !

Comme une marche insistante, insolite et un peu bancale, ce thème revient hanter l’orchestre à plusieurs reprises. À peine s’est-on habitué à cette étrange procession que la musique bascule, sans crier gare, dans des élans résolument populaires. Les bois et les cuivres s’encanaillent, les rythmes s’affolent, les cymbales claquent : le cortège funèbre se métamorphose en fanfare klezmer, vibrante de gouaille et de nostalgie festive.

Et Mahler superpose encore à cette étrange marche une mélodie tirée de ses Lieder eines fahrenden Gesellen. L’enfant, le mort, le voyageur : tout le petit théâtre mahlérien se met à danser ensemble.

Ce va-et-vient permanent entre gravité ironique et fête populaire est un pur régal pour l’esprit et les oreilles. On se surprend à… vraiment sourire devant cette malicieuse composition ! Mu par les cors et les trompettes, l’orchestre s’emballe  dans  un élan vital, rutilant de couleurs spectaculaires. La langueur et les thèmes flûtés bucoliques du début réapparaissent : tout un cycle de vie.  

Le final, un sommet d’énergie d’une puissance héroïque, achève de soulever la salle.

Certes, le BNO ne pouvait rêver plus beau sésame pour ouvrir cette saison anniversaire : un concert généreux, espiègle et définitivement inoubliable.

Et le dessert ? Des tonnes d’applaudissements.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 

lien utile:

https://www.bozar.be/fr/calendrier/belgian-national-orchestra-halls-vinnitskaya

 

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administrateur théâtres

Shakespeare au parc jusqu'au 10 octobre

Spectacles

Le songe d’une nuit d’été au Parc

Un Songe énergique et résolument moderne au Théâtre Royal du Parc

Après avoir fait fleurir les vieilles pierres de Villers-la-Ville cet été, Le Songe d’une nuit d’été poursuit son chemin… et pose ses sortilèges au Théâtre Royal du Parc. Même Shakespeare, décidément, aime changer de décor !

Pour ouvrir sa saison, le Parc s’offre une relecture pop, physique et joyeusement débridée de l’œuvre de Shakespeare. Sous la direction de Thierry Debroux, le Songe devient une immense fête des couleurs du désir, de quiproquos invraisemblables, de jalousies et de possession, mais par-dessus tout une plongée dans le merveilleux. Un Songe qui ne tient décidément pas en place !

Dans une mise en scène vertigineuse admirablement maîtrisée.

Où est le début? Tout commence en douceur, en chansons, comme si on pénétrait dans les coulisses de l’histoire, invités à un heureux mariage, idéal? Coupes antiques et flacons modernes attendent. Dès l’entrée, les costumes de Béa Pendesini donnent le ton : un déluge de fleurs, de feuillages et de verdure, d’une richesse poétique à couper le souffle. La scène se transforme en véritable jardin enchanté, tandis que les anachronismes s’en donnent à cœur joie. Époques, styles et références se télescopent, portés par des morceaux de rock électrisants et l’énergie d’un DJ. Shakespeare en baskets ?  On adore.  

Et quelle vitalité d’amazones chez les femmes ! Hermia et Helena sont loin des ingénues romantiques attendant que les hommes décident de leur destin. Elles ont du peps, du caractère, de la voix, des jambes… et surtout des poings ! Les batailles sentimentales font rage et la troupe déploie une violence parodique jubilatoire où les corps semblent exorciser la jalousie à coups de courses, de cris et de chassés-croisés fracassants.Merci Mathilde Daffe, en Hermia, Perrine Delers en Hippolyta et Titania, Lili Sorgeloos en Héléna et Fleur des Pois.

Hélena, elle, est impayable. Dans ses emportements, elle rate avec une magnifique constance les fameux accords toltèques : elle prend tout personnellement, fait des suppositions à foison et accuse son entourage à tort et à travers. De quoi déclencher des cascades de rires dans la salle. Jusque-là, le spectacle fonctionne à plein régime. Les passions s’emballent, les amoureux se poursuivent, le joyeux lutin, Puck (Denis Carpentier) sème sa maladroite et délicieuse pagaille — Nobody is perfect — et la magie opère. C’est Shakespeare dans ce qu’il a de plus universel : l’amour rend fou, surtout à première vue, le désir brouille tout, le destin peut se tromper et le spectateur se laisse joyeusement embarquer.

C’est précisément à ce moment-là que les artisans entrent en scène pour jouer leur tragi-comédie devant les nobles. Une histoire qui préfigure Roméo et Juliette, dont les racines remontent à l’Antiquité. Alors, quel contraste ironique !

À Villers-la-Ville, on avait déjà éprouvé cette longue parenthèse burlesque. Mais l’effet de loupe du Théâtre du Parc a intensifié notre perception. En plein air, au cœur des ruines majestueuses de l’Abbaye, la démesure visuelle du spectacle était telle qu’elle parvenait à absorber les excès des artisans. La scénographie immense, la nuit, les vieilles pierres : tout concourait à maintenir la féerie, malgré les grimaces et les farces outrées des mechanicals.

Au Parc, rien de tel. Dans une salle fermée, le jeu des acteurs se rapproche, se concentre, s’amplifie. Avec les rodomontades outrées, les éclats de voix derrière des masques grimaçants volontairement absurdes et les effets comiques aux allures médiévales, tout prend, dans la salle fermée, une ampleur… assourdissante. L’illusion poétique n’a plus l’espace physique où s’échapper. Ce qui m’avait semblé parodique et tolérable à Villers m’a paru ici beaucoup plus lourd — jusqu’à frôler parfois un certain ennui.

Et c’est d’autant plus dommage que la première partie nous avait littéralement emportés. Pourquoi casser ainsi l’élan précisément au moment où les intrigues amoureuses se dénouent ? Le choix d’un rire populaire et franchement burlesque est bien sûr parfaitement assumé ; mais il crée un contrepoint si massif qu’il risque de faire sortir certains spectateurs de la forêt enchantée au lieu de les y retenir.

A moins que… « Terrible, la vie d’artiste… ». Sous le couvert d’un comique désabusé, se cache peut-être une critique incisive de la mise à mort …du statut d’artiste dans nos pays ?

L’adolescent de quinze ans qui m’accompagnait a, lui, tiqué. Et son avis m’intéresse particulièrement, lui qui m’accompagne souvent dans ce magnifique théâtre depuis sa plus tendre enfance. Il avait suivi avec plaisir la course folle des amoureux et la magie de Puck. Et ses regards entendus m’ont dit plus que tout discours.

Pourtant… J’étais sûre de l’éblouir avec une sortie Shakespeare !  Et je l’avais briefé sur les différents publics que Shakespeare veut séduire : des ducs … aux manants se tenant debout dans le mythique théâtre du Globe !

Alors, Thierry Debroux, que j’aime tant, me pardonnera cette réserve. Une critique n’est-elle pas aussi une conversation avec ceux dont on aime le travail ?

Car le spectacle reste indéniablement d’une générosité folle, porté par des interprètes au dynamisme contagieux et à une remarquable virtuosité physique. La scénographie soignée de Patrick de Longrée, les lumières inventives de Xavier Lauwers et les chorégraphies d’Emmanuelle Lamberts sont du pur bonheur.  L’invention visuelle foisonne, l’Âne est hilarant, bravo François Rose !  Et tout ce qui entoure les « mechanicals » possède une énergie et une humanité des plus communicatives. Et des rôles masculins flamboyants : Denis Carpentier, Emmanuel Dell’Erba, Nathan Fourquet-Dubart, Jonas Jans, Thierry Janssen, Antoine Minne, Jean-François Rossion!

 Juste une question d’écrin : à Villers, les pierres et la nuit savaient absorber les excès mais au Parc, les murs les renvoient.

Car, dans un Songe, la magie n’a-t-elle pas besoin d’un peu d’espace pour respirer ? But… All is well that ends well! William said.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Avec
Denis Carpentier, Mathilde Daffe, Charlotte De Halleux, Perrine Delers, Emmanuel Dell’Erba, Nathan Fourquet-Dubart, Océa Gonel, Jonas Jans, Thierry Janssen, Mathilde Laulier, Antoine Minne, Jean-François Rossion, Lili Sorgeloos.

Mise en scène Thierry Debroux
Assistanat Jonas Jans
Scénographie  Patrick De Longrée
Costumes  Béa Pendesini
Lumières  Xavier Lauwers
Chorégraphies Emmanuelle Lamberts
Décor sonore  Loïc Magotteaux
Éléments décoratifs Alice-Antigone Germain
Maquillages  Wendy Willems
Coiffures  Michel Dhont

En coproduction avec DEL Diffusion Villers, la Coop asbl et Shelter Prod. Avec le soutien de ING et du Tax Shelter du gouvernement fédéral belge.

Jusqu’au 10 octobre 2026

 

 

 
 
 
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administrateur théâtres

Daniel Balavoine, hommage

Concerts

Le Chanteur à Bruxelles, il faut vivre ou survivre…

Choose life. Fermez les yeux : c’est Daniel Balavoine qu’on entend. Ouvrez-les : c’est un jeune Français, amoureux de la musique du chanteur héroïque… depuis ses neuf ans.

Trente ans plus tard, on le rencontre sur scène, flanqué de ses cinq musiciens. Le début d’un mythe ? Il est fier d’œuvrer avec des jeunes d’aujourd’hui, engagés dans des interprétations stellaires. Commémorer les 40 ans de la disparition de son idole, il se l’était juré.

Sa voix est saisissante. Par la force de nos destinées, le répertoire est évidemment bien trop court. Mais le voici à nouveau, sous forme cristallisée, pour devenir une nouvelle légende.

Cette voix mystérieuse fait renaître toute l’émotion que l’on portait au jeune disparu. Les spectateurs retrouvent leur énergie d’il y a quarante ans tout juste, et les plus jeunes se joignent avec délices à l’aventure. Oui, Daniel Balavoine renaît dans le souvenir… et sur scène.

L’auguste Jean d’O avait raison : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » Et les vibrations musicales font le reste. Celles de huit albums aux textes visionnaires.

Le Chanteur a débarqué sur le plateau du Centre culturel d’Uccle le 10 septembre 2026, quarante ans après la mort tragique du musicien-poète.

Celui qui incarne avec tant de force le répertoire de Daniel Balavoine sur scène s’appelle Charles.

Tu parles? Charles?

Et tu chantes avec des accents de vérité, avec des harmonies qui donnent le frisson. Tu transmets. Tu partages d’ailleurs la scène avec un autre musicien portant le même prénom, puisque le bassiste du groupe s’appelle également Charles.

Toute l’équipe : Léo et Maxime, jumeaux de 21 ans aux guitares, Liou à la batterie, Bastien au synthé… travaille en formidable symbiose pour porter cet émouvant projet vocal et musical avec une belle exigence et une tendre connivence artistique.

Un hommage élégant, respectueux de la mémoire de l’artiste.

Mais… pas que, glisserons-nous, en empruntant le jargon simplifié de notre époque.

Les chansons alternent avec une sorte d’interview avec l’au-delà. Une autre voix, une autre présence qui se raconte et évoque ses multiples engagements. Ses intentions qui sont aussi les nôtres. Le jeune Daniel, 33 ans, saisi par la Faucheuse à la fleur de l’âge alors qu’il survolait les pistes du désert, est parmi nous.

Quoi de plus émouvant ? Un biopic « close to life », en quelque sorte, que certains écouteront avec recueillement, tandis que d’autres auront simplement envie de chanter.

Et ils chanteront, et danseront, places assises ou non. De l’harmonie qui fait du bruit.

D’autres rendez-vous avec ce groupe enthousiaste suivront pour égrener un chapelet de chansons qui font battre le cœur.

Celle qui couronne le concert ? Le Chanteur, bien sûr.

Je ne suis pas un héros

Tous les cris, les SOS…

Mon fils, ma bataille

L’Aziza

AIMER EST PLUS FORT QUE D’ÊTRE AIMÉ

Mais par-dessus tout ? S a u v e r  l’ a m o u r

Ceci n’était qu’un début. Il y aura dans un proche avenir : l’Aula Magna, La Sucrerie, Paris… Et avant Bruxelles, il y a eu Calais ! Un triomphe !

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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administrateur théâtres

Spectacles, Comédie Musicale

John & Jen, Savoir aimer

Comédie ou drame ? La fin le dira.

Présentée actuellement en création mondiale francophone, dans le cadre du Festival Bruxellons! à la Grange du Château du Karreveld, John & Jen est la célèbre comédie musicale d’Andrew Lippa et Tom Greenwald. Mise en scène par le Français Guillaume Nozach, elle nous entraîne dans une histoire de famille qui n’a rien d’une promenade de santé.

Deux formidables artistes français, passionnés, Marion Preite et Loaï Rahman, débordent d’énergie et sont tour à tour interprètes, révélateurs, narrateurs, acteurs, danseurs, chanteurs… et visiteurs de nos pensées.

Le tout en musique incandescente ! Trois musiciens live les accompagnent — piano, violoncelle et percussions — emmenés par Arnaud Tibère. Une véritable bande-son vivante, qui épouse la sensibilité et les mouvements de cette saga familiale comme une seconde peau.

Car John & Jen traverse près de quatre décennies aux États-Unis, des années 50 aux années 90, dans une Amérique mythique. Celle rêvée en chansons par Joe Dassin… mais qui peut aussi abriter de sombres toxicités.

En effet, la comédie musicale intimiste ose s’attaquer aux traumatismes familiaux transgénérationnels et à leurs répercussions. Sujet fort délicat. Pour le meilleur ? Pour le pire ?

Au premier acte, John & Jen raconte les relations intenses d’un frère et d’une sœur.

Pour Jen, la grande sœur, John est l’amour de sa vie.

Lorsque la jeune Jen accueille son petit frère, la chanson qui lui vient spontanément aux lèvres le met déjà en garde contre les dangers qui pourraient le guetter. Elle lui promet de ne jamais lui lâcher la main.

Mais, en quelques allusions discrètes, le spectateur comprend vite que le milieu familial est violent et toxique.

Jen assume. Elle se sent responsable de ce petit garçon qu’elle adore. C’est elle qui explique avec une infinie délicatesse pourquoi le Père Noël ne pourra pas passer cette année-là. C’est elle qui le défend, bec et ongles.

Pourtant, malgré sa ferme intention de ne jamais le quitter, Jen, au seuil de ses études supérieures, saisit l’occasion de partir à New York pour se sentir enfin libre.

John a douze ans. Il supplie sa sœur de l’emmener avec elle.

Mais le désir d’évasion de la jeune fille l’emporte. Et le jeune garçon reporte alors toute son attention sur son père, à qui il rêve de faire plaisir. Ce besoin d’être accepté !

Et, au bout du compte, la guerre du Vietnam provoquera la rupture irrémédiable.

Le jeu des deux comédiens tient alors du vertige. Ils excellent à convoquer une multitude de personnages, à faire surgir des âges en perpétuelle métamorphose, à traverser des situations extrêmes d’amour-haine, sans oublier… l’amour du baseball !

Le public est vite bouleversé. L’élixir de cette histoire pénètre doucement, profondément, là où chacun porte des secrets.

Les non-dits, les frustrations, les désirs refoulés nés dans l’intimité familiale peuvent soudain se réveiller.

Des « would have, could have, should have » poignants fusent dans l’esprit du spectateur.

Il y a tous ces petits mots ludiques ou légers, et ces silences mordants, qui disent tant par devers la formule. Entre temps, Jen a récolté une vie entière de culpabilité liée à l’abandon de son frangin. Familles, je vous hais ! Disait André Gide.

Et pourtant… un hymne lumineux, chanté ensemble à tue-tête, vient périodiquement nous rassurer sur l’espoir d’un monde sans frontières, là où chacun pourrait enfin être pleinement lui-même. Golden words from self-made kids ! … Des Gavroches de barricades. Mai 68, quand même !

Le décor lui-même semble avoir été pris dans le tourbillon de cette mémoire américaine : un amoncellement d’armoires, de livres de bibliothèque, de portraits, de boîtes à surprises… autant de clins d’œil qui font surgir les grands moments et les chaos de l’Histoire.

Puis vient le deuxième acte. Une autre histoire, beaucoup plus troublante : celle d’une mère et de son fils.

Et le thème de la toute-puissance, de la possessivité, s’impose dès les premiers instants.

C’est tout de même glaçant ! Qui peut encore oser dire, à notre époque, que l’Autre vous appartient ? Même dans un couple…

J&J, c’est finalement plutôt l’histoire de Jen et John !

Lorsque Jen est devenue mère à son tour, le miroir se retourne.

Les affects se mélangent, les blessures anciennes remontent à la surface. Sans même toujours s’en rendre compte, Jen fait germer chez son propre fils les souffrances et les blessures mutuelles qui l’ont façonnée.

Ce nouvel enfant s’appelle, lui aussi, John. Erreur, malheur, compensation ?

Comment s’en sortira-t-il pour accéder à son tour à l’indépendance ?

C’est donc cela que raconte John & Jen : le long apprentissage du lâcher-prise.

Aimer, plus important qu’être aimé, comme le chante Daniel Balavoine.

Apprendre à aimer sans posséder.

À protéger sans enfermer.

À transmettre sans reproduire.

À laisser partir ceux que l’on aime pour qu’ils puissent devenir eux-mêmes.

 

Savoir aimer.

Florent Pagny.

De sorte qu’après tout ce parcours d’embûches, ces blessures croisées, tous ces « would have, could have, should have », la vie finit par souffler la plus belle des réponses possibles :

Choose life!

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 

Du 28 août au 21 septembre 2026

Av Jean de la Hoese, 3, Molenbeek-Saint-Jean, Belgium, 1080

🎟️Infos et réservations sur www.bruxellons.be

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administrateur théâtres

Concert de clôture à Rixensart

Concerts

Trois soirs à Rixensart

À Rixensart : Le violon de Chagall est par-dessus les toits

Concert de clôture prestigieux avec notre fougueux violoniste belge Lorenzo Gatto — qui fêtera bientôt ses quarante ans — et son alter ego, le pianiste arménien Ashot Khatchatourian, formé notamment à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Artiste international, Ashot Khatchatourian se produit régulièrement en Europe et dirige le Concours International de Musique Ysaÿe qu’il a fondé.

Et qui aurait cru devoir ajouter des chaises dans la cour du château pour accueillir tous ceux qui voulaient écouter leur concert, lors de cette troisième et dernière soirée musicale de Rixensart ?

Ce que nous avons reçu des deux artistes fut une véritable infusion musicale de bonheur. Lorenzo et Ashot : deux tempéraments, deux instruments, mais une seule respiration. Une connivence musicale si profonde que l’on finit par oublier où s’arrête le violon et où commence le piano.

Il faut ajouter que ce magnifique récital était dédié à la mémoire du violoniste Alexei Moshkov, Konzertmeister du Belgian National Orchestra, qui avait vécu à Rixensart et nous a quittés brutalement l’an dernier. Une soirée de musique et aussi de mémoire.

Place aux artistes. Deux nocturnes de Chopin, joués de mémoire, ouvrent la soirée. Soudain fuse le précieux Andante. Un nuage léger et transparent vient se poser entre deux fils de lampions, comme pour savourer lui aussi cette musique pleine de souvenirs. Sachez que l’on vous regarde et que l’on vous écoute depuis le ciel bleu.

Et puis surgit l’archet bondissant de Lorenzo dans la Sonate pour violon et piano n° 8 de Beethoven en sol majeur, op. 30 n° 3. Le jeu du violoniste est très marqué. Il y a des rugissements, des pas de côté, des élans pour mieux se relier au pianiste qui œuvre derrière lui. Ashot Khatchatourian, à l’ombre des arcades, semble pouvoir, à lui seul, constituer un orchestre entier.

Au deuxième mouvement, le duo devient chantant. Un oiseau, perché sur le toit, s’en mêle. Rires. Et la musique continue, à tire-d’aile. Quand l’archet étire les sonorités, le piano répond en accords délicats. C’est une sérénade à deux. Puis le piano prend l’initiative et les trilles jaillissent du violon, les yeux fermés.

Le menuet s’achève en notes d’arpège et deux accords feutrés. Dans le dernier mouvement, la passion se transmet de la tête aux pieds du violoniste. C’est une force vitale, une sève brûlante de printemps.

Chopin, pour calmer le jeu ? Que non ! Voici aussitôt le Scherzo n° 2 en si bémol mineur op. 31, qui déferle sur l’assistance. Une boucle ensorcelante. Le nuage est revenu.

Le piano vibre comme le tonnerre. Place à une subtile méditation avant que le feu originel ne réapparaisse. On voudrait chanter la partition tant elle est belle. Les pédales alternent la poésie et la joie de vivre. Voilà un véritable coup de foudre et des vibrations à couper le souffle. Le final est fait d’énergie pure. La cour entière encense le pianiste.

Brahms, l’amour et la liberté : soudain, le vent s’est levé et a fait tourner les pages de la Sonate pour violon et piano n° 2 en la majeur op. 100 de Brahms.

Une œuvre née alors que Brahms était amoureux de la jeune chanteuse Hermine Spies. Il parsème sa partition de citations de plusieurs chansons d’amour qu’il composait à la même époque. Un foisonnement lyrique, donc. Des échos bucoliques et champêtres, des moments de profonde intériorité, interrompus par des chants d’oiseaux. Eux encore : l’amour et la liberté.

Des gazouillis vivaces, entre merle enchanteur des jardins et rossignol du conte chinois. Mais on pense surtout à Jacques Prévert et aux barreaux de la cage, effacés un à un avec la plume de l’oiseau.

Ce souffle de liberté est par-dessus les toits, dans la cime de l’arbre, dans la beauté mélodique de Brahms et dans les cordes du violoniste et de son compère.

Leur bis, Liebesleid de Kreisler, est couronné par des applaudissements étourdissants.

Mi, fa, mi, ré, hop ? C’est fini. Trois soirs, trois voyages.

Trois soirs pour voyager de Don Quichotte et ses rêves impossibles à Nina Torunski, douze ans, ouvrant déjà les portes de l’infini ; de Saint-Saëns et ses tourments à la lumière souveraine de Mozart ; puis, pour finir, Beethoven, Chopin et Brahms, portés par deux artistes vibrants d’amitié.

Trois soirs pour retrouver ceux qui ont aimé la musique avant nous. Merci à la magie musicale qui sait si bien faire revenir les absents et transformer les souvenirs en lumière.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

https://www.soireesmusicales-rixensart.com

P.S.

Nous avons aussi pu visiter en compagnie de Charles-Louis de Mérode les très belles salles du château, une très longue histoire. https://chateauderixensart.be/histoire-du-chateau/

 

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administrateur théâtres

Deuxième soirée musicale du Château de Rixensart

Concerts

Deux concertos, un violoncelle et une harpe à Rixensart

Elle s’appelle Nina Torunski.

Une jeune fille fluette en longue robe couleur champagne, un violon entre les mains… et nous voilà entrés de plain-pied dans la magie de la musique avec l’Introduction et Tarentelle op. 43 de Pablo de Sarasate.

Ses brillants coups d’archet et ses envols vers l’infini sont saisissants, tandis que le tapis des violons murmure.

Ses bras fins disent qu’elle n’a que douze ans. Son jeu, lui, semble déjà connaître tous les secrets du violon. Impossible de la quitter des yeux tant son interprétation est brillante, précise, vivante.

Et tout de suite, les applaudissements de crépiter sous les voûtes de l’église Sainte-Croix du domaine de Mérode.

La salle est prête à accueillir le Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur op. 33 de Camille Saint-Saëns.

Axel de Jenlis fait preuve d’une passion rutilante, voire d’une combativité brûlante dans son interprétation. Il y a cette profondeur du son que l’on espère avec cet instrument, roi des cordes.

Tout s’enchaîne dans une fluidité remarquable.

À la tête de l’Orchestre de la Fondation Arthur Grumiaux, Luc Dewez s’active tel un peintre passionné, enivré de mouvement et de couleurs. Van Gogh à l’œuvre, devant son chevalet ? La baguette en guise de pinceau?

Une escapade de légèreté avec le menuet central, puis à nouveau l’infini de la douleur ou de la félicité. Mais plutôt des émotions qui torturent le violoncelliste, corps et archet. Cœur et âme, il se livre avec sincérité. Et puis l’aboutissement heureux de la coda en la mineur. On respire!

En bis : Le Cygne, dans un arrangement sublime avec la harpiste. Et cette dernière gamme descendante… pure merveille! Quelle soirée palpitante !

Et maintenant, la grâce, la joie, la lumière bienfaisante de Mozart avec le sublime Concerto pour flûte et harpe en ut majeur K. 299. Une harpe séraphique toujours sous les doigts d’Héloïse de Jenlis, en duo avec la flûte divine de Marie Lagaditis. Leur énergie régénère.

Les deux solistes creusent tour à tour des sentiers d’amour, des cascades de beauté, pendant que les notes trottinent parmi les violons. Elles combinent avec justesse intensité et délicatesse. Le rythme devient posé, comme un bonheur qui a trouvé sa source.

Cette musique qui a traversé les siècles s’écouterait presque les yeux fermés, si ce n’est que l’on reste fasciné par la douceur naturelle des musiciennes et leur élégance duelle.

L’Allegro final est fait de rythmes primesautiers. L’énergie devient intarissable. Leur connivence magistrale sera saluée avec éclat. Entre elles coule une véritable et profonde écoute, une compréhension de l’autre, presque instinctive.

Et pour finir, La danse lente — pas si lente — de Joseph Jongen. A thing of beauty is a joy for ever.

Ainsi se termine cette enivrante deuxième soirée estivale du Château de Rixensart.

Après le chevalier rêveur du premier soir, voici qu’une enfant de douze ans nous a ouvert les portes de l’infini. Puis le violoncelle nous a fait traverser les tumultes de Saint-Saëns avant que Mozart ne nous offre sa lumière.

La magie de la musique nous a fait voyager sans bouger, franchir les siècles, rapprocher des êtres sous le charme: on ne peut s’empêcher de communier, dans une gratitude profonde qui s’est installée sans le moindre bruit.

Et maintenant, rendez-vous avec le violon de Lorenzo Gatto, pour la troisième et dernière soirée, le 22 août à 18h30. 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

https://www.soireesmusicales-rixensart.com

 

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administrateur théâtres

Concerts

Deux voix un piano et le lyrisme au château de Rixensart

Été et soleil brabançons ?

Au Château de Rixensart, les vieilles pierres qui viennent d’accueillir, au mois de juillet, des soirées théâtrales consacrées à la légende du roi Arthur ont maintenant rendez-vous avec la musique.

Une nouvelle Quête. Du 17 au 22 août, la magnifique cour intérieure du château, dotée d’une excellente acoustique, accueille trois splendides soirées musicales où se mêlent jeunes talents, grands chefs-d’œuvre et interprètes d’exception.

Tout ce que l’on aime.

Et quel meilleur endroit qu’un château pour accueillir celui qui confond les moulins avec des géants et transforme le réel en épopée ou en rêve ?

Ce soir, lundi 17 août à 18h30, c’est le légendaire Don Quichotte qui est apparu dans l’auguste demeure des princes de Mérode, dont la première pierre fut posée en… 1615. Une date qui fait joliment écho à celle où le roman de Cervantès, épique et parodique, prenait lui aussi son envol.

Trois artistes extraordinaires de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth nous ont entraînés dans l’univers de cet attachant chevalier : la mezzo-soprano Marion Vergez-Pascal, le baryton-basse Oleg Volkov et la pianiste Kira Parfeevets.

Don Quichotte, rêveur magnifique, idéaliste jusqu’à la déraison, était donc le mystérieux et très subtil fil conducteur d’une soirée d’une fraîcheur inimaginable, pleine de fantaisie et d’émotion esthétique.

Les deux artistes lyriques ont exploité une vivante palette d’émotions, cueillies avec tendresse dans un florilège très varié de notre patrimoine lyrique.

C’est toute la magie d’une programmation pleine d’humour, qui brise les frontières et invente des correspondances.

C’est le réel plaisir d’écouter deux voix impeccables, pleines et chaleureuses.

C’est une franche admiration pour la finesse, la précision et l’entrain dans la présence théâtrale des deux artistes et une mise en scène aérienne. De quoi allumer l’esprit et le cœur.

Alors on se laisse porter. Une mélodie, une voix, des paroles, des duos, un personnage, une langue nous emmènent ailleurs… Et soudain surgit ce long air russe intense et pénétrant qui brille, lui aussi, sous l’inaccessible étoile.

 

Reste à savourer ce précieux bonheur. À fondre devant le souvenir ému de la voix de notre grand Jacques.

Et à souhaiter que nos applaudissements, généreux et enthousiastes, puissent se transformer en… bouquets de fleurs.

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PS. Et tout cela en hommage discret à un illustre grand-père :

José van Dam, notre cher artiste lyrique belge, né le 25 août 1940 à Ixelles et mort le 17 février 2026 à Bruxelles.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

https://www.soireesmusicales-rixensart.com

 

https://www.rtbf.be/article/le-chateau-de-rixensart-ouvre-sa-cour-a-trois-soirees-musicales-11771451

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administrateur théâtres

Des cailloux plein les poches, Genval

Spectacles

« Des cailloux plein les poches », avant-dernière

Festival « Il est temps d’en rire » – Genval

Décryptage

Cela démarre à un train d’enfer. Il faut un certain temps pour que l’oreille s’habitue au rythme des … vociférations et des jeux d’accents étranges.

Deux champs inclinés se font face : celui où évolueront les comédiens et le nôtre, semé de transats Atlantic Blue, ornés du mystérieux visage d’une pieuse… faiseuse de bière belge. Absence de décor, côté scène végétale, tandis que le public sirote tranquillement ses cocktails en attendant les artistes. Guinness is good for you… Mais, curieusement, on n’en a pas trouvé au comptoir. Seulement des limonades… aux fleurs calmantes !

À l’heure dite, les deux acteurs déboulent sur leurs pelouses en terrasses comme deux bolides lancés dans un shaker. Vont-ils s’écharper ? Comédie ou tragédie ? On pensait… humour !

Puis, presque sans qu’on s’en aperçoive, l’Irlande apparaît. Un arbre cachait la forêt. Une forêt de figurants. Pour tout décor, une simple barrière à vaches qui, par la magie du théâtre, devient tantôt fermes, enclosure — so British ! – église, château, loge de diva et le pub favori du village. Nous sommes au cœur du Kerry irlandais. Shakespeare n’aurait pas renié cette économie de moyens où le verbe suffit à faire naître le monde.

Nous étions arrivés très tôt pour choisir les meilleurs transats. Nous y faisions carrément la sieste sous couverture, et puis à l’heure dite, ce réveil tonitruant! Comme souvent, nous avions volontairement évité de lire le résumé de la pièce. Nous aimons découvrir les spectacles sans mode d’emploi.Peu à peu, le voile se lève.

Les deux comédiens ne sont pas deux personnages, mais près d’une vingtaine. À coups de voix, de postures, d’inflexions, ils passent de l’un à l’autre avec une virtuosité sidérante. Pendant une heure trente, ils s’interpellent, se répondent, changent d’identité en une fraction de seconde. Il faut suivre, mais quel bonheur lorsque la mécanique devient lisible !

Ce double seul-en-scène tient du prodige.

Charlie et Jake, deux chômeurs d’un petit village irlandais où même le ramassage de la tourbe ne nourrit plus son homme, se font engager comme figurants sur le tournage d’une superproduction hollywoodienne venue exploiter les vertes collines du Kerry, berceau de l’âme irlandaise.

Autour d’eux gravitent réalisateurs, producteurs, vedettes américaines, gardes du corps, habitants pittoresques, enfants, touristes… Toute cette galerie de personnages naît sous nos yeux grâce au seul talent de Stéphane Pirard et Thibaut Nève. C’est proprement bluffant.

Au début, la pièce semble parodique, grinçante, presque chaotique. Elle cahote comme une charrette lancée dans une descente vertigineuse. On se demande où tout cela nous mène. Puis l’émotion s’installe. Mieux, une profonde empathie pour le drame qui éclate.

Sous les éclats de rire apparaît la résistance silencieuse d’un village face à l’invasion hollywoodienne. Les vaches elles-mêmes semblent prendre parti. Le truculent cède la place à l’émotion, puis au cruel.

They shoot horses, don’t they?

Ce souvenir cinématographique revient du fond de la mémoire. Pas des plus jeunes, bien sûr, mais l’occasion de leur expliquer Sydney Pollack. À chaque siècle, ses crises profondes.

Si nous avions eu des brassées de fleurs, nous les aurions offertes avec immense gratitude à ces deux acteurs héroïques : Stéphane Pirard et Thibaut Nève. Ils ont simplement dit : « Demain, c’est le dernier soir » en retenant leurs larmes, faisant sourdre les nôtres.

Et les cailloux de Sean ? Plus jamais je ne regarderai un caillou comme avant. Pourtant, comme lui, je les ai toujours aimés.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Plus d’info

Mise en scène : Thibaut Packeu

Texte : Marie Jones, adaptation d’Attica Guedj et Stephan Meldegg

Scénographie et costumes : Sophie Hazebrouck

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administrateur théâtres

Musica Mundi, l'Excellence à Waterloo

festival

La 28e édition du festival Musica Mundi

du 20 juillet au 2 août 2026

 

Retour sur un festival d’été que nous suivions avec amour… bien avant le Covid ! Il est entièrement basé sur des valeurs que nous vénérons : l’enseignement et la transmission.

À Waterloo, entre les murs paisibles de Fichermont, l’école internationale de Musica Mundi constitue une grande famille musicale depuis plus d’un quart de siècle. Elle a la coutume d’inviter comme professeurs les plus grands interprètes de notre temps, les réunissant autour de ceux qui seront peut-être les plus grands de demain. Main dans la main.

Ici, les jeunes aspirants en résidence, viennent de tous les coins de la planète et ont la chance immense de respirer la musique du matin au soir. Ils apprennent à écouter autant qu’à jouer. Ils découvrent que la virtuosité n’est pas un défi d’ordre physique ou mental pour recueillir des louanges, mais que la musique classique est avant tout une école d’humilité, de dialogue et de confiance. Aussi de solidarité à toute épreuve.

Donc, cette école, sous le haut patronage de Mathilde, Sa Majesté la reine des Belges, se veut être un berceau culturel bienveillant pour des cohortes d’amoureux de la musique. On le sait, si à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, on prépare l’envol des grands solistes, à Musica Mundi, c’est l’étape précédente, la formation dès le plus jeune âge, offerte à de jeunes oiseaux qui apprennent à écouter le vent avant de déployer leurs ailes. Et après ? The Juilliard School, le Royal College of Music, le Mozarteum, des institutions les plus prestigieuses au monde…

Cette philosophie, imaginée dès 1999 par Leonid et Hagit Kerbel, dépasse incontestablement le seul enseignement instrumental. Elle défend des convictions profondément humanistes : former des musiciens d’exception, certes, mais surtout des êtres humains capables de faire de la musique un langage universel de paix et de fraternité. Le plus beau des objectifs, on en conviendra !

Rien d’étonnant, dès lors, que Maxim Vengerov ait trouvé dans cette aventure une résonance si intime.

Le violoniste, considéré comme l’un des plus grands musiciens de notre époque, n’a jamais conçu sa carrière comme une enfilade de triomphes internationaux. Partout où il voyage, il cherche les jeunes talents qui méritent d’être accompagnés. Lorsqu’il découvrit Musica Mundi, il reconnut immédiatement une vision commune : offrir aux nouvelles générations un environnement où l’exigence artistique marche main dans la main avec les valeurs humaines pour en faire des citoyens du monde…

Maxim Vengerov est ainsi devenu en 2018 le « Goodwill Ambassador » de la Musica Mundi School. Dans le même temps, il revient régulièrement au festival estival annuel où il donne des concerts, des masterclasses et partage cette présence généreuse qui fait les grands pédagogues. Son message est limpide. En même temps que les techniques musicales, il veut faire transparaître sa confiance en l’homme et que la manière de jouer soit une façon … d’habiter le monde.

Derrière la perfection de l’archet ne se cache pas seulement un immense travail. Il y a la rose des vents de l’âme. Celle qui oriente toute une vie vers la beauté, le partage et la transmission. Dans une communion d’esprit et de cœur.

Cette année encore, Maxim Vengerov a bien retrouvé “sa” famille musicale à Waterloo, montrant au public combien le feu de sa passion musicale peut enthousiasmer le public des élèves, et celui des admirables mécènes, et celui des invités à la fête musicale, tout à coup, aspirés vers les sublimes sphères de l’émotion artistique. Et oui, l’Art est fait pour faire vibrer nos rêves humains.

Lors du concert de ce 27 juillet, nous avons écouté la Chaconne, partita n° 2 pour violon solo, BWV 1004, les yeux remplis de larmes, d’un bout à l’autre. Et ses duos extraordinairement complices de Beethoven et de Schubert, avec le fougueux pianiste Sergio Tempo, ont tenu du prodige.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Musica Mundi  

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administrateur théâtres

Seventh Heaven… at Classissimo!

37 degrés à l’ombre ? Au Théâtre Royal du Parc, on a trouvé mieux que des ventilateurs. Classissimo y fête ses vingt ans. La Musique, le plus beau des remèdes, à la canicule !

Du 5 au 11 août, Classissimo vous convie à sept soirées thématiques qui invitent au voyage. Sous l’impulsion de son directeur artistique, le flûtiste Marc Grauwels, le festival reste fidèle à l’esprit de son fondateur, Georges Dumortier : faire de la musique classique une fête ouverte à tous, chaleureuse, accessible et résolument vivante.

Dans ce festival bruxellois, la mise en avant de la jeunesse est primordiale : fidèle à l’esprit des « Jeunes Solistes », le festival offre une vitrine majeure aux jeunes virtuoses belges et internationaux, qui partagent la scène avec des musiciens confirmés.

En effet, point de hiérarchie entre les grands maîtres et les jeunes interprètes. La transmission est le véritable fil rouge du festival. Les artistes se rencontrent, dialoguent, partagent la scène avec une générosité qui rappelle que la musique de chambre est d’abord un art de l’écoute. Chaque concert est un temps de conversation vivante où les instruments vont respirer ensemble. La transmission est une réalité palpable qui se joue sous les yeux du public, dans la complicité des regards, des souffles et des archets.

Place aux croisements insolites, l’essence de la créativité. Et une programmation sans frontières ; Mozart, Gounod, Brahms, Verdi, Bizet et Carl Orff côtoient Astor Piazzolla. Le baroque français dialogue avec les musiques d’Espagne et d’Amérique latine. Un Sonico Quintet fait vibrer le tango, tandis que le glassharmonica, le cymbalum ou les castagnettes apporteront des couleurs originales et envoûtantes.

Tout cela dans un de nos lieux préférés de la scène bruxelloise : le théâtre à l’italienne du Théâtre Royal du Parc, avec sa belle acoustique et le charme désuet du velours rouge pour que chaque concert devienne une parenthèse hors du temps. 19e, 20e, 21e siècles ? Who knows! On s’y retrouve pour écouter, s’émerveiller, respirer… se rafraîchir le cœur et les méninges.

À quinze euros en prévente, gratuit pour les moins de dix-huit ans et les étudiants, Classissimo prouve qu’un festival d’excellence se doit d’être un festival de partage :

« …la Musique est un bien commun.

Georges, ce festival est le tien. Que les notes qui résonneront cette semaine s’élèvent vers toi en un infini remerciement. Nous poursuivrons ton œuvre avec la même passion. »

 

J1. Ouverture : Grand concert réunissant toutes les générations autour de Mozart, Gounod et des puissants Carmina Burana de Carl Orff.

J2. Baroque français, Élégance en diable. Une soirée intimiste dédiée au grand répertoire historique francophone.

J3. Le Soleil du Sud : Un voyage musical passionnant naviguant entre l’Espagne et l’Amérique latine.

J4. Musique de chambre : Œuvres de Mozart et Brahms portées par Valère Burnon (récent lauréat belge du Concours Reine Élisabeth) flanqué de jeunes virtuoses.

J5. Nuit à l’Opéra : Extraits célèbres de Verdi, Bizet ou Weber, sublimés par la participation insolite de 21 flûtistes.

J6. Tango : Une immersion vibrante dans l’univers d’Astor Piazzolla grâce au groupe spécialisé Sonico Quintet.

J7. Clôture : Un final envoûtant mariant l’orchestre de chambre aux sonorités magiques du glassharmonica.

Day 7 ? …Go to Heaven !

Du mercredi 5 août 2026 au mardi 11 août 2026, les concerts ont lieu chaque soir à 20h00 au Théâtre Royal du Parc

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Tarifs et Infos Pratiques 2026

  • Gratuité totale : L’accès est entièrement gratuit pour les moins de 18 ans et les étudiants (sur présentation d’un justificatif), une mesure forte pour inciter la jeunesse à pousser la porte du théâtre.
  • Tarifs adultes : Le billet est fixé à 15 € en prévente (18 € sur place). Un Pass Festival complet pour les 7 soirées est proposé à 68 €.
  • Horaires : Ouverture des portes du théâtre à 19h30, début des représentations à 20h00 précises.

https://www.classissimo.brussels/fr/about?

 

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administrateur théâtres

 Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville

A Midsummer Night’s Dream à L’Abbaye

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, en version XXIᵉ siècle

Du théâtre éblouissant pour célébrer les quarante ans des productions estivales de  Dell Diffusion à l’abbaye de Villers-la-Ville. Si l’on en croit Patrick de Longrée, ce sont plus de 750. 000 spectateurs qui auront franchi les portes du site au terme de ces quatre décennies.

Quelle richesse d’imagination ! Des déluges de fleurs et de verdure envahissent les costumes des artistes autant que les ruines de l’abbaye. De quoi faire éclore une splendeur visuelle et poétique à couper le souffle. À cela s’ajoute un étonnant brassage d’époques et de styles, porté par un rythme effréné qui laisse le spectateur abasourdi… et admiratif. Thierry Debroux signe ici une mise en scène qui ressemble à un véritable feu d’artifice théâtral.

Tout commence dans l’Athènes antique, où le duc Thésée s’apprête à épouser Hippolyta, reine des Amazones. Drapée dans un voile qu’elle refuse obstinément de soulever, la souveraine paraît bien peu disposée aux élans amoureux, tandis qu’une immense table de noces attend déjà les convives.  

Parmi eux, Égée, père de la pétillante Hermia, interprétée par une exquise Mathilde Daffé. Celle-ci aime Lysandre (Nathan Fourquet-Dubart), mais refuse obstinément le mariage avec Démétrius que son père voudrait lui imposer.  Pour l’heure, Démétrius ne jure que par la ravissante Hermia et repousse avec une froideur désarmante les avances passionnées d’Héléna, la meilleure amie de cette dernière. Il n’en faut pas davantage pour mettre le feu aux cœurs…

La suite se joue en pleine nature, dans les mystères d’une forêt profonde où serpentent des ruisseaux, où chantent les oiseaux et où les grottes de verdure deviennent les complices des égarements amoureux. Difficile de détacher son regard du berceau de feuillages où s’est endormie la belle Titania.

C’est là que règne Titania, souveraine des fées, convoitée par Obéron, roi des elfes, assisté de son irrésistible lutin, Puck, esprit malicieux, farceur et drolatique. Bien sûr, les fées et les elfes adorent se jouer des humains et de leurs maladresses. Elles manipulent les passions avec un plaisir gourmand. Mais voilà le fidèle Puck qui s’embrouille dans la mission que lui a donnée Obéron.

Love at first sight? Tout dépendra, cette fois… des interventions pharmacologiques des enchanteurs ! Il suffira d’une seule nuit dans cette forêt pour que les lois des hommes s’effacent devant celles de la magie, du désir et de l’imaginaire. À mesure que les heures s’écoulent, les certitudes s’effacent. Le rêve devient réalité, tandis que la réalité emprunte les chemins de l’inconnu.

Secouez le tout, ajoutez le suc d’une fleur blanche magique, quelques poursuites folles, des quiproquos à n’en plus finir, des passions qui se croisent et se décroisent… Vous obtenez la partie la plus enchanteresse de ce spectacle que l’on prolongerait volontiers jusqu’au petit matin. Ainsi, le merveilleux ne cesse de tenir le public en haleine. La mise en scène inventive, les décors fantastiques et les éclairages féeriques composent un univers qui vous imbibe littéralement de bonheur.

Au fil du spectacle surgissent des surprises, comme autant de gourmandises. Soudain éclatent des voix amplifiées, des jeux de lumière spectaculaires et d’irrésistibles morceaux de rock. Le micro devient le cordon ombilical qui relie Shakespeare à notre XXIᵉ siècle. Il conclut les scènes, révèle les états d’âme à l’aide de pépites rocambolesques, ouvrant les yeux du cœur… autant que ceux de la mémoire.

Et il y a ce majestueux bar à cocktails pour accueillir le public dès le début du spectacle, éclatant de liqueurs multicolores, comme dans L’Écume des jours. Un DJ fascinant y règne en maître, récoltant d’entrée de jeu, avec la chanteuse, de vigoureuses salves d’applaudissements. C’est que Denis Carpentiera a de l’énergie à revendre, qu’il soit formidable Philostrate ou le Puck magnétique, cœur de rocker et âme de bateleur !

Il se fait que la plupart des comédiens se métamorphosent au fil de la représentation, incarnant avec une réjouissante virtuosité deux personnages différents. Shakespeare jubilerait devant un tel brouillage des pistes.

Ainsi, la rayonnante Perrine Delers interprète aussi bien Hippolyta que Titania, aux côtés d’Emmanuel Dell’Erba, tour à tour Thésée et Obéron. Lili Sorgeloos prête ses traits à Héléna comme à Fleur de Pois. Antoine Minne passe avec aisance de Démétrius à L’Étriqué. Jonas Jans devient successivement Meurt-de-Faim et Grain de Moutarde. Jean-François Roussillon compose à la fois Égée et Lecoing, tandis que Charlotte De Halleux incarne la Fée ainsi que Toile d’Araignée. Soit dit en passant, les seuls noms de ces personnages provoquent déjà des éclats de rire.

Or donc, les chassés-croisés amoureux flirtent avec le surréalisme ; les batailles sentimentales font rage, on en vient aux mains, le cœur cogne, les têtes rebondissent ; les enchantements semblent suspendus comme autant de guirlandes que le Destin aurait accrochées aux branches des buissons, ainsi que d’inextricables fils de la vierge ! Les esprits se brouillent, les cœurs aussi, et le réel perd toutes ses plumes. C’est une véritable jubilation pour le public, si finement éclaboussé de joyeux anachronismes, la griffe de Thierry Debroux.

Shakespeare n’oublie pourtant pas son petit peuple. Charpentiers, tisserands, menuisiers et ouvriers rêvent eux aussi de briller devant les nobles en interprétant la tragédie de Pyrame et Thisbé. Une histoire revue par Ovide et peinte sur des vases grecs.

Bottom, admirablement manœuvré par Thierry Janssen, et sa cohorte d’artisans offrent alors une longue parenthèse burlesque. Mâchoires grinçantes, cabrioles, masques grotesques, farces volontairement outrées organisent un théâtre dans le théâtre, totalement parodique, qui fera rire une bonne partie du public. Les grimaces absurdes du Destin ?  Sacré bémol pour certains.

Pour ma part, j’ai trouvé le contrepoint un peu lourd, trop au détriment de la poésie du rêve. Le contraste est sans doute voulu : rappeler que derrière la comédie sommeille toujours la tragédie et que la passion peut parfois… tuer aveuglément. Parole de lion.

Je serais volontiers restée plus longtemps sous le charme des philtres, des fées et des clairières enchantées, de tout ce qui nourrit depuis toujours nos contes et notre littérature. Même avec un âne dans les bras, à qui l’on vient murmurer les plus tendres serments.

Mais sous la douceur de cette lune souveraine, reine de ce spectacle cette année à Villers-la-Ville, Shakespeare fait fleurir les pierres, danser les ombres et nous fait croire, le temps d’un songe, que les fées n’ont peut-être jamais quitté nos forêts. D’ailleurs Puck, le malicieux lutin, nous prévient : cette histoire, comme la vie, n’est qu’un songe fragile. « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les songes » …murmure Prospero dans The Tempest.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

L’ÉQUIPE DE RÉALISATION

Mise en scène : THIERRY DEBROUX

Avec DENIS CARPENTIER, MATHILDE DAFFE, PERRINE DELERS, EMMANUEL DELL’ERBA, CHARLOTTE DE HALLEUX, NATHAN FOURQUET-DUBART, THIERRY JANSSEN, JONAS JANS, ANTOINE MINNE, JEAN-FRANÇOIS ROSSION, LILI SORGELOOS, OCÉA GONEL, MATHILDE LAULIER

Costumes : BÉA PENDESINI – Scénographie : PATRICK de LONGRÉE – Éclairages : CHRISTIAN STÉNUIT – Chorégraphies : EMMANUELLE LAMBERTS – Maquillages : WENDY WILLEMS – Décor sonore : LOÏC MAGOTTEAUX – Assistant à la mise en scène : JONAS JANS

Produit à Villers par PATRICK de LONGRÉE et RINUS VANELSLANDER

Une coproduction de DEL DIFFUSION VILLERS et du THÉÂTRE ROYAL DU PARC

Prolongation jusqu’au 14 août 2026

 

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administrateur théâtres

Kinky Boots : Everybody says Yeah!

Spectacles

Kinky Boots, la rencontre entre deux mondes

C’est George (Patrick Waleff), fidèle gardien et mémoire vivante de la maison Price & Sons, impeccable dans son costume old style, qui ouvre le bal. Un personnage d’une élégance désuète qui incarne à lui seul tout un monde industriel sur le point de disparaître. Top chrono, la comédie musicale démarre, certes, mais aussi une aventure qui sait parler aux yeux du cœur.  

Les chaussures ont toujours raconté notre histoire.

Depuis les cothurnes de l’Antiquité jusqu’aux bottes de sept lieues, du soulier de Cendrillon aux sabots d’Hélène, sans oublier mon affection parfaitement assumée pour les Crocs, elles portent nos rêves autant que nos blessures. Et les escarpins rouge vif, tout un programme parfaitement sexy.  Elles nous élèvent, nous protègent, nous transforment. Hélas, elles savent aussi devenir les terrifiants « bruits de bottes » qui jalonnent l’Histoire. Tout un symbole de notre fragilité humaine.

Ainsi, Kinky Boots va se déployer dans la grande cour du château du Karreveld, tandis que les perruches à collier, bavardes et jalouses de la musique semblent ne jamais vouloir aller se coucher. Le 28ᵉ Festival Bruxellons offre une adaptation française, surtitrée en néerlandais, d’une intensité remarquable. Une production généreuse, créative, portée par une troupe aux accents bilingues, totalement investie.

 Au commencement était Simon, l’enfant, amoureux déjà de l’objet fétiche en vernis rouge à talons hauts. Il rêvait en secret de s’élever pour échapper à une autorité paternelle cuisante.

Puis se dégage l’univers gris d’une vieille fabrique de chaussures anglaises increvables où explose soudain un feu d’artifice des sept couleurs. Nos préférées :  le jaune poussin, le vert émeraude, le bleu des mers du Sud, le parme et les cent nuances du rouge passion… Chaque tableau ressemble à une toile fauviste où les costumes dialoguent avec les lumières. Les high heels vertigineux se marient aux gants longs, pour dessiner une première chorégraphie flamboyante. L’heure est à la fête et les carrés blond platine, se métamorphoseront en cascades rutilantes, brillantes de vie et d’énergie, assorties de costumes… dignes de mousquetaires.  Enfin, le crescendo de paillettes s’emparera même de nos propres yeux : quelle contagion !  Une montée en puissance jubilatoire qui fait de cette soirée un réveillon de 31 décembre, déguisé en fête nationale. On rit. On applaudit. On jubile devant l’esthétique.  On oublie le quotidien. Le bonheur circule librement entre la scène et les gradins.  Toutefois, cette exubérance va tisser aussi une histoire beaucoup plus porteuse de sens.

À première vue, il ne s’agit que de sauver une entreprise familiale menacée de faillite grâce à un produit totalement inédit destiné à conquérir Milan. Pourtant, au fil des scènes, le spectacle aborde avec une rare intelligence des thèmes universels : la résilience, la difficulté d’exister dans l’ombre d’un père admiré, le respect de la différence, l’amour filial, la confiance retrouvée, l’amitié, le couple, Ah! L’excellente Lucie Hoellinger en Nicola. Mais par-dessus tout: l’acceptation de soi. On entend la voix d’Oscar Wilde nous souffler: « Be yourself ; everyone else is already taken. » Tout est là. Être soi-même, la chose la plus admirable. Et oser dire oui à ce qui vient en faisant éventuellement demi-tour. Le oui à la vie: « J’veux entendre des Yeah! »

These boots are made for walking… pour apprendre à marcher vers soi-même. 

Le formidable défi lancé à Don par Laura constitue une résolution aussi intelligente que bouleversante, où personne ne perd véritablement et où chacun grandit. La rencontre de deux mondes se produit lors d’un formidable coup de théâtre. C’est cette victoire profondément humaine qui vous laisse une trace indélébile. Son bataillon d’admiratrices vrombit autour d’elle: «Maisquelhomme, maisquelhomme!» Vive la ruche!

Et puis la distribution est remarquable.

Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature.  En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.  

Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage, de reprendre ses droits.

Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.  

Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.

L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges : Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgeois, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi et Pauline Arnout participent tous à donner chair à cette galerie de personnages avec une remarquable sincérité.

Kylian Campbell et Nicoline Hummel, à la mise en scène, maintiennent le plateau dans une vie bourdonnante. Ce foisonnement permanent donne une impression de vérité scénique très réjouissante.

Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont d’une redoutable efficacité. Énergiques, précises, explosives, elles sculptent chaque numéro avec une personnalité propre et entraînent toute la troupe dans un irrésistible mouvement collectif.

Sous la direction musicale de Laure Campion avec à la baguette Thomas Vanhauwaert, l’orchestre sur scène fait merveille. La partition de Cyndi Lauper conserve toute son énergie rock, son émotion et sa générosité. Les voix s’épanouissent dans un heureux  équilibre sonore  qui accompagne aussi bien les instants méditatifs les plus intimes, que les multiples explosions de joie.

Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine. Oui, Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux. Et Bruxelles lui a même ajouté …un supplément d’âme.  Que l’on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement qu’une seule chose : le courage d’être soi.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Kinky Boots: Musical de Harvey Fierstein et Cyndi Lauper

Avec Loïc Suberville, Vincent Heden, Maud Hanssens, Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgois, Frédéric Célini, Patrick Waleffe, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert, Douwe Debroux, Thimothée Charles Auffray, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi, Pauline Arnout, Teo Beets, Rémi Forrest et Senne Van Damme

Mise en scène: Nicoline Hummel, Kylian Campbell

Direction musicale: Laure Campion

Adaptation française: Stéphane Laporte

Chef d’orchestre: Thomas Vanhauwaert

Assistanat à la mise en scène: Clara Barlow

Direction polyphonie vocale: Sebastien Jurczys

Coach vocal: Kristel Lamerichs

Chorégraphie: Alexia Cuvelier & Kylian Campbell

Scénographie: Sylvianne Besson & Yves Hauwaert

Lumière: Kaye Laurent

Création des costumes: Béatrice Guilleaume

Créatrice maquillage & coiffures: Djennifer Merdjan

Ingénieurs son: Vincent Debongnie, Shiba Defrenne & Erik Loots

Photographe: Gael Maleux Photography Une production du Festival Bruxellons !

Info et réservations: www.bruxellons.be

 

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administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénario, Fabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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administrateur théâtres

Avec Molière, une troupe qui nous ébaudit!

 

Spectacles

Le médecin malgré lui

Vous connaissiez ce Parc dans Bruxelles, qui évoque la culture… des pommes de terre ? Son nom est un hommage à celui qui les fit entrer dans l’Histoire : Antoine Parmentier. C’est là, sous ses grands arbres et au pied d’une vieille bâtisse religieuse, en plein dans un décor agreste que la Comédie Kapel a planté, pour quelques soirs d’été, ses lampions et son théâtre de verdure.

Et lorsque la chaleur du jour s’efface enfin, que les oiseaux cèdent peu à peu la place aux premiers éclats de rire, Molière prend possession des lieux.

Préparez-vous : il va pleuvoir des coups de bâton sur les maris buveurs, dévoyés et fainéants, les pères tyranniques et les faux savants.

L’an dernier déjà, cette joyeuse bande faisait chavirer le public avec un irrésistible Scapin. Nous n’avions qu’une envie : revenir. La promesse est tenue. La fête recommence, plus champêtre encore, sous des frondaisons où le théâtre retrouve peut-être sa vocation première : rassembler des inconnus autour d’une même histoire, au cœur d’une douce soirée d’été.

On pourrait appeler ces artistes les baladins de la mémoire. Car ils ne se contentent pas de jouer Molière : ils réveillent tout un héritage populaire. Entre la domestique qui s’enivre d’envolées lyriques puisées chez Gounod, et l’incomparable Lucas qui roule les “r” comme on laboure la terre, les discrètes allusions musicales qui ravissent les baby-boomers, et les galimatias pseudo-latins des médecins improvisés, « Le Médecin malgré lui » devient une véritable fête foraine du langage.

Écrite en 1666, juste après le succès d’estime mais les recettes décevantes du Misanthrope, cette comédie d’un genre populaire, permet à Molière de récupérer quelques pistoles sonnantes et trébuchantes pour payer sa troupe. Inspiré directement du vieux fabliau médiéval du Vilain Mire, Molière renoue avec la farce : ainsi, les bastonnades, les quiproquos, les personnages hilarants, les maris bernés, les femmes qui mènent le jeu, les bourgeois vénaux et les médecins dont le latin cache surtout une abyssale ignorance.

Mais le génie de Molière organise ces ingrédients de la veille de la Renaissance pour les transformer en une mécanique d’horlogerie où chaque réplique fait mouche. Derrière le rire, il fustige l’hypocrisie sociale, les rapports de domination et la crédulité humaine. Le bâton amuse mais les mots gracieux habillent la raillerie et la critique.

Benoît Strulus en Sganarelle s’y entend à merveille pour moquer les grands médecins de l’Antiquité, la théorie des humeurs, des saignées, des lavements et autres remèdes fantaisistes. Son faux médecin règne, chapeau vissé sur la tête, sur la science de l’époque aussi pompeuse qu’approximative. Écoutez-le savourer le mot « Mé-de-cins » en trois larges syllabes, comme s’il découvrait lui-même l’immensité de son nouveau savoir. Tout est juste, tout est savoureux.

Dès l’incipit, le ton est donné. Une lessive flotte au vent, culottes en étendard. Martine, jouée par l’admirable Colette Sodoyer, règle ses comptes avec son mari. Les reproches deviennent vengeance, la vengeance devient mascarade, et la machine infernale de la farce est lancée.

Femmes diaboliques et victorieuses ? Maris dupés ? Pères abusifs ? Culte du profit ? Peu importe finalement. Les véritables vainqueurs seront les amoureux, Léandre et Lucinde, qui trouveront enfin, grâce au plus improbable des médecins, le chemin de leur bonheur.

Les costumes d’époque virevoltent. Les comédiens surgissent des taillis comme des maraudeurs du verbe. Les domestiques se gaussent. Les femmes tiennent fermement la barre, et gare aux mains baladeuses ! L’exquise Jacqueline, nourrice chez Géronte et épouse de Lucas (Marc Deroy) insuffle sous les traits de Mathilde Mazabrard un entrain et une fraîcheur irrésistibles.

C’est Bernard Lefrancq qui campe le Géronte absolu, à la fois inquiet et imbu de lui-même. Affublé d’un costume et d’un bonnet qui rappellent celui du Malade imaginaire, il convoque des emportements et des postures dignes de Louis de Funès, qui se serait subrepticement échappé des Trente Glorieuses.

Face à lui, Anne-Isabelle Justens et Alexis Lejeune composent le couple d’amoureux complices et tellement gourmands de vie. La joie est dans le pré.

Chemin faisant, nos vieux cours d’histoire du théâtre français resurgissent, et l’ombre de ces anciennes farces françaises données sur les places du village. Celle du Cuvier par exemple, quand le théâtre se jouait avant tout pour faire rire le peuple. Et quelle aventure, entre limonade et bière, de retrouver cet esprit parfois grivois, aujourd’hui, le verre à la main, installés sur une chaise courte plutôt que longue, ou autour d’une table, tandis que le soleil décline doucement derrière les arbres.

Bref, ce qui touche, au fond, c’est l’engagement artistique de toute cette troupe, comme du temps de Jean-Baptiste Poquelin ? Les rires ont tôt fait de crépiter dans le champ fraîchement fauché pendant que le parfum de l’herbe se mêle à celui de cette langue ancienne si musicale qui semble avoir traversé les siècles sans périr. C’est que Molière, qui se plaît à épingler les vices de l’humanité, est vraiment éternel.

Le public, lui aussi acteur de la fête, répond aux sollicitations, s’étonne, applaudit, rit et glousse de plaisir. Et tant pis pour les blagues un peu épaisses. On les rangera en toute simplicité avec les épluchures …de pommes de terre.

Hélas, la météo caniculaire aura sans doute retenu chez eux quelques spectateurs. Dommage. Mais ceux qui étaient présents auront largement compensé leur moindre nombre par la chaleur et la vivacité de leurs applaudissements.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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administrateur théâtres

Big Mother, « la Chose » reviendra-t-elle?

Spectacles

 Au théâtre Le Public

La satire… n’est plus matière à rire

« Ils disent parler au nom du peuple mais s’en prennent aux piliers mêmes de la démocratie. Surtout, ils s’attaquent à tout ce qui pourrait les freiner : juges, médias, institutions internationales, universités… »
— Le Monde

Dans son thriller politique, Mélody Mourey confie être inquiète face au futur. « …Parce que je suis réaliste, mais je crois à notre capacité à changer les choses. »

Heureusement, le théâtre est là pour sensibiliser le public aux réalités que nous vivons déjà et aux enjeux qui nous attendent.

BIG MOTHER se joue actuellement au Théâtre Le Public et sera, on l’espère, prolongé la saison prochaine. Ce n’est pas un hasard. Rarement une satire politique aura frappé avec une telle puissance.

Rire de bon cœur de nos travers ? Non, dans cette pièce, on les voit se refermer sur nous comme un piège.

Toutes griffes dehors, cette œuvre brillante alerte, accuse et secoue le spectateur. Elle le met face à ce qu’il subodorait, sans vouloir vraiment y croire : plus rien n’est écrit dans la pierre, notre monde est devenu un lieu où la vérité est une matière volatile et malléable, où l’information se fabrique, où la surveillance se fait …consentie et où nos libertés s’érodent avec notre propre assentiment.

Nous les artistes anonymes
De la sculpture ou de la rime
Tenterons de vous la transcrire
Pour les siècles à venir
Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Rarement un spectacle aura laissé une salle dans un tel état d’épuisement nerveux. Pendant une heure et quarante, sans entracte, Big Mother ne nous accorde pas une seconde de répit. Les personnages courent, s’agitent, enquêtent, s’affrontent, s’effondrent. Les vérités éclatent avant d’être aussitôt ensevelies sous d’autres récits. Le spectacle, d’une densité à couper le souffle, hurle ses vérités à travers des personnages à bout de nerfs, dans un rythme dont on sort submergé et épuisé.

Oui. La violence épuise. Mais si j’avais encore mes grands élèves en charge, j’y courrais avec eux pour en débattre ensuite, comme nous le faisions jadis après An Inconvenient Truth ou All the President’s Men. Ils adoreraient la scénographie tournoyante d’écrans qui, intrus décrits par George Orwell, sont devenus dans notre XXIᵉ siècle une compagnie plus qu’utile : indispensable quoique parfois délétère. Ces hublots quadrangulaires, en mode cinéma ou en plans fixes, dessinent les multiples lieux de l’action. En outre, ils permettent une saisissante simultanéité des scènes, composant, paradoxe suprême, un ensemble presque esthétique. Déjà une supercherie. Car ce qui est beau finit souvent par ne plus nous inquiéter.

La musique, digne d’un thriller, accompagne le tout dans des couleurs de délire incandescent.

Autour de cette machinerie fascinante, les six acteurs accomplissent une véritable prouesse. En scène, un merveilleux sextuor : Itsik Elbaz, Salomé Crickx, Tiphanie Lefrançois, Jérémie Petrus, Laurence Oltuski et Nabil Missoumi. Tous jouent « la Chose » avec une conviction et un talent effréné, une précision et une énergie qui forcent l’admiration. Leur impressionnante galerie de personnages se déroule avec une virtuosité sidérante dans des Méta-morphoses nous offrant un miroir implacable de notre monde.

Un livre, on le referme pour reprendre une pause. Ici, impossible. Ce spectacle vous tient dans ses griffes.

On y retrouve, bien sûr, ce vieux principe qui accompagnait nos jeunes années : « Le poète a dit la vérité. Il doit être exécuté. » Et si ça s’appliquait maintenant aux journalistes ? Quelle engeance dangereuse clament tous nos néotyrans. Néanmoins, une banderole édifiante flotte sur le plateau « Killing the  journalist  won't kill the  story! » Une étincelle d’espoir.

Mais aujourd’hui, la machine infernale est plus perverse que jamais. Pour installer une dictature, nul besoin d’exécuter le poète. Il suffit de nous noyer sous un déluge d’informations. De rendre toute certitude impossible, d’annuler nos outils de vérification. De faire en sorte que plus personne ne sache distinguer le vrai du faux, du vraisemblable, du filtré, du fabriqué, du sur-mesure.

Dans Big Mother, Mélody Mourey pousse cette logique jusqu’à son terme avec un concept glaçant : la Totale Démocratie. Une démocratie qui promet avec un large sourire davantage de participation citoyenne grâce au Big Data… …mais qui organise, en réalité, notre consentement.

Nous croyons choisir. Nous sommes choisis.

Nous croyons décider. Nous sommes guidés.

Nous croyons être informés. Nous sommes profilés.

Nous croyons exercer notre liberté. Nous alimentons les algorithmes qui finiront par penser à notre place.

Sous les dehors rassurants d’une BIG MOTHER qui ne nous voudrait que du bien, nos perceptions s’émoussent. Nos indignations s’endorment. Notre vigilance s’efface. Et la réalité finit par nous échapper. Le plus glaçant n’est pas que quelqu’un nous surveille. Le plus glaçant est que nous ayons fini par offrir nous-mêmes toutes les clés… pour nous atteindre. La manipulation atteint alors son apogée alors que la démocratie représentative se meurt sous nos yeux, puisque notre regard est ailleurs.

Même la liberté perd son essence sacrée pour devenir une illusion soigneusement entretenue. Et où est donc passée la lumière ? Nous voilà prisonniers de la noire caverne. Platon en perdrait son grec !

De fait, notre monde est ainsi devenu pire que celui d’Orwell. Et nous découvrons que celui d’Huxley lui prête désormais main-forte. Le premier imaginait une dictature de la peur. Le second est une dictature du confort. Ainsi nous en venons à réussir l’impensable : faire cohabiter les deux.
…Il est venu le temps des cathédrales
Le monde est entré
Dans un nouveau millénaire

Alors, chers étudiants de mes jeunes années… Vous êtes aujourd’hui de jeunes parents. Vous souvenez-vous encore du Meilleur des mondes ? Vous souvenez-vous de 1984 ? Nous les lisions comme des romans d’anticipation, en forme d’avertissements nous conjurant d’être attentifs à toute tentation totalitaire. Cette pièce Big Mother (2023) sonne l’alarme. Et qui sait, le tocsin. Face à cette « Chose », il y a urgence citoyenne.

Et bravo à ces six artistes qui donnent tout : la voix, le corps, le souffle, l’intelligence, le rythme. Ils portent cette fable noire avec une générosité et une intensité rares. Car au-delà du thriller, de l’urgence, de l’effroi, de la violence, resurgit une vieille vérité. Celle que formulait déjà La Boétie : « C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être serf ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug. »

 Vous noterez que la véritable question que pose Big Mother n’est pas : Qui nous manipule ? Elle est infiniment plus dérangeante : Pourquoi acceptons-nous si volontiers de l’être ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

De : Mélody Mourey

– Mise en scène : Mélody Mourey

– Avec : Salomé Crickx, Itsik Elbaz, Tiphanie Lefrancois, Nabil Missoumi, Laurence Oltuski et Jérémie Petrus

– Scénographie : Olivier Prost

– Costumes : Bérengère Roland

– Costumière : Sarah Duvert

– Lumière : Arthur Gauvin

– Musique : Simon Meuret

– Vidéo : Edouard Granero, Laure Cohen, Emmanuelle Buchet

– assistés de : Clémentine Kosh

– Habillage : Eugénie Poste

– Régie : Geoffrey Leeman

– Assistanat régie : Junior Neptune

Du  12.05 au 04.07.26

➡ https://bit.ly/BigMotherTickets

 Photos : Gaël Maleux

https://www.theatrelepublic.be/big-mother

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