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Un billet qui vole!

Spectacles

Pigeons, …car ils étaient deux!

Un homme qui chuchotait à l’oreille des pigeons au mois de mai, au Théâtre de Poche

Au cœur des bois, ceux du Bois de la Cambre, au Théâtre Le Poche, flotte ce soir un étrange parfum d’étable et de ciel ouvert, de vieux secrets de terroir transmis à voix basse.

Une soirée à la ferme ? Au pigeonnier ? Peut-être les deux.

Casquette de coulonneux vissée sur la tête, silhouette un peu gauche, tendre comme un personnage de Bourvil égaré dans le Borinage, Kevin Defossez entre en scène avec ses rêves, ses oiseaux et ses souvenirs. Dans ses yeux pétillent l’enfance, les fidélités anciennes et cet amour immense des choses modestes que notre époque pressée ne regarde plus.

Et puis il y a Duchesse. Duchesse, ce pigeon presque mythologique, compagne de plateau, muse ailée, apparition fragile et souveraine. Witbui est son ancêtre.

Un « elle » qui est tout autant un « il », comme au théâtre élisabéthain où les hommes jouaient les femmes. Une alternance  de deux pigeons qui pourrait sembler cocasse, mais qui devient ici pure poésie, sur un plateau presque vide, fruste et banal en apparence, transfiguré par la présence roucoulante.

Malgré les belles explications sur la colombophilie,  Pigeons n’est pas un spectacle sur les volatiles. C’est un chant d’amour au lien invisible entre les êtres. Un hommage bouleversant à ceux qui vous ouvrent les portes d’une passion. La rencontre improbable entre le fabuleux destin d’un amateur de pigeons et l’art des planches. Monsieur de la Bruyère en ravalerait sa plume.

C’est l’histoire d’un gamin un peu solitaire qui rencontre un vieux maître colombophile.Un savoir se transmet. Une langue aussi. Filiation.

Le picard roule sous les mots comme une vieille bicyclette sur les pavés d’un village wallon ou des Hauts-de-France. On écoute cette musique du terroir avec surprise et tendresse, entre deux roucoulements et quelques éclats de rire provoqués par les grimaces avicoles. Peu à peu, ce monde qui semblait folklorique prend une profondeur inattendue.

Pourquoi joue-t-on ? Pour gagner ? Pour l’argent ? Pour l’art ? Pour les pigeons ? Pour l’autre ?  

Qui sont-ils donc, ces oiseaux n’ayant en tête que le retour au pigeonnier ? Pourquoi parcourent-ils des milliers de kilomètres, par-dessus monts et plaines, pour retrouver leur point d’attache ? “N’étions-nous pas deux et n’avions-nous qu’un cœur ?”

Sous son apparente simplicité, le spectacle ouvre discrètement de vastes interrogations.Il parle d’un monde populaire avalé par la mondialisation, de passions authentiques devenues marchés juteux, d’héritages fragiles qu’il faudrait sauver avant qu’ils ne s’envolent. Et zut pour les technologies…qui changent l’art d’aimer.  

Au début, quelques lenteurs peut-être… Mais ne sommes-nous pas devenus incapables d’habiter le temps long ? Celui de l’attente du pigeon 701 dans un ciel « bleu, très bleu »…

Et puis, à force, l’émotion arrive à tire-d’aile, sans prévenir. Dans une anecdote. Dans une phrase murmurée à Ghislain. Dans une main qui caresse doucement les plumes bleu-gris et blanches de Duchesse. Alors ce théâtre inédit devient une veillée, une transmission inouïe, un morceau d’humanité recueilli avant disparition.

Qui  ressort du Poche, ressort  avec un regard changé sur ces oiseaux que nos villes combattent avec tant d’ardeur et que l’on croyait connaître.

Coup de projecteur sur le mystère de la nature humaine. Coup de projecteur aussi sur ce mystérieux ramier des forêts qui vient –  lui ou elle ?  –  trois fois par jour, s’inviter à la table de nos coqs dans notre jardin de banlieue. Comme si, une vie passée à regarder le ciel rempli d’espoir était, finalement, une très belle vie.

C’est la rencontre inattendue d’une innocence. Le réveil de celle qui parlait aux oiseaux — et peut-être même aux loups, dit-on.

Le totem de  la vie réelle est là devant nous: avec l’oiseau, avec le sourire d’une joie fraîche, loin des plaies du monde, fondu dans le miracle du vivant et de la terre ancienne.

Rara avis.

Merci.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

« PIGEONS » au Poche

De Kevin Defossez et Thierry Lefèvre | Du 12 au 30 mai 2026 

© Alice Piemme

Toujours ouvert Chemin du Gymnase, 1A, Brussels, Belgium, 1000

 12 → 30 mai 2026

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Prendre un enfant par la main...

Concerts

Yves Duteil en Belgique

Jeudi soir, Au Centre culturel d’AuderghemYves Duteil n’a pas “donné un tour de chant”, il a fait salon. Et la salle entière anticipait et murmurait les refrains. Il a tenu une conversation. Dans le petit bar, il y a des semaines et des années… Une conversation douce, complice, et …presque artisanale d’un passeur de lumière. Avec cette sacrée guitare qu’il se doit d’accorder sans cesse, afin que vive sa musique, à la pointe de l’excellence. Cette fragilité du geste, loin d’être un défaut, pourrait bien être une métaphore : rien n’est jamais définitivement accordé. Ni les cordes. Ni les cœurs. Et puis, sourire en coin, une guitare, c’est plus facile à accorder qu’une harpe !

Nous sommes nés quasi ensemble en 1950. Lui, quelques mois plus tôt. Nous appartenons à cette génération qui a cru que la chanson pouvait porter le monde, panser les plaies, attiser sa beauté en le sculptant comme une œuvre d’art. Avec le respect le plus profond. Nous avons grandi avec des mots qui respectaient le silence et détestaient le bruit ou la cacophonie. On l’admire, confiant dans les beaux accords du Yamaha. En écho du sens universel. « Je me revois, la main dans la main… »

Ainsi, nous étions trois, avec ce splendide piano. Et Yves de livrer ses secrets. Mais c’est trop fort, moi aussi j’ai envie de livrer un … secret. J’ai connu la triste expérience de perdre l’homme aimé bien avant sa fin, lorsqu’’ on doit apprendre à converser avec une présence qui s’effiloche. Depuis 80, tous, chez nous, nous aimions Yves Duteil. Hier, le hasard aidant, je suis venue seule à son concert, ce que je déteste cordialement. Et pourtant, je n’étais pas seule. Je n’écoutais pas seulement un chanteur, je poursuivais une conversation commencée avec l’être aimé …il y a cinquante ans.

Parenthèse : tout à coup, il m’en souvient, petite, je découpais le cœur battant, dans la première page du journal Le Soir à l’heure de l’Exposition universelle … cette petite rubrique fascinante :  » … il y a cinquante ans ! Elle me passionnait et je rebâtissais l’Histoire. Et vous, vous en souvenez-vous ? C’était au temps où … Nous écoutions sans relâche Georges Brassens, Léo Ferré, Barbara, Guy Béart, Piaf, Aznavour bien sûr ! Puis vinrent les 5.000 chansons écrites par Pierre Delanoë. Yves nous a joyeusement rafraichi les souvenirs, et la salle ronronnait. Les Champs Elysées, t’en souviens-tu ?

On ne peut pas qualifier Yves Duteil de “naïf”. Erreur de lecture, il résiste. Il ressort de ses chansons une clarté à la fois spontané et subversive. Une évidence. C’est ce que nous aimons. Il s’inscrit lui aussi, dans le cortège des grands de la Chanson française. Et ce soir, il a osé chanter La valse à 1000 temps du Grand Jacques, imitant presque son paroxysme. Même en cent ans, on n’aurait pas le temps… La salle exulte.

Par la rigueur du mot juste, Yves est un héritier discret de Georges Brassens avec ses belles exigences prosodiques et ses syllabes brillantes, que l’artiste installe dans la proximité, la main tendue. Il pratique avec immense générosité, une sorte d’écologie du lien, avec ses thématiques favorites : la transmission, l’enfance, la fidélité, les racines… Bref, Le Respect. Miroir de toute son œuvre. Le ciment de l’humanité. Ce qu’il sème à tous vents ? Rien que des convictions humanistes, épurées, sans le moindre décorum.

Et on se surprend à penser : Reste encore. Reste pour les enfants du monde entier

Car, figurez-vous, Yves Duteil ne chante pas seulement pour ceux qui l’ont connu dans les années quatre-vingt. Il chante pour l’enfance permanente de l’humanité. Pour ce qui n’est pas encore cynique. Pour ce qui croit encore à la beauté simple.

Il y a, dans sa manière d’habiter la scène, quelque chose d’apaisant. Il ne cherche pas l’effet. Il ne cherche pas la performance. Il cherche la justesse. Et lorsqu’il doit réaccorder sa guitare, il nous rappelle que l’harmonie se travaille. Hier, je n’écoutais pas seulement le chanteur. Je poursuivais ma conversation avec l’absent. Bien sûr que nous étions trois. Cette triangulatité parfaite.

Et il a aussi nommé des Justes, tout comme Jean … Ferrat. Nous étions des mille et des cents. Une gare, au petit jour… Et les larmes inévitables arrivent, salvatrices.

Lorsqu’elle honore le texte, la chanson française, œuvre poétique, devient plus qu’un art : elle devient un havre de mémoire. Elle permet d’adresser la parole à ceux qui ne répondent plus. Elle offre une consolation sans pathos, une respiration sans effondrement.

Dans une époque saturée d’ironie, la bienveillance peut sembler suspecte. Duteil, lui, persiste. Il refuse le sarcasme comme on refuse un vêtement qui ne nous étrangle. Sa douceur n’est pas mièvrerie : c’est résistance. Il nous rappelle que la continuité vaut autant que la rupture. Que l’apaisement peut être plus courageux que le cri. Que la lenteur artisanale est une forme de modernité. Yves a écrit environ 200 chansons. Des joyaux. Sa musique ne distrait pas de la perte, elle l’accompagne et la rend habitable. Et c’est peut-être cela, au fond, le charme discret d’Yves Duteil : faire de la fidélité non pas un regret, mais une lumière, …avec le regard malicieux et une voix qui n’a pas pris une ride.

Contre l’indifférence, il faut certainement » rêver le monde plus beau qu’il n’est, afin qu’il le devienne »

Le public a vraiment « embarqué » comme on dit si bien au Québec !

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Yves Duteil, hier au Centre Culturel d’Auderghem a promis:

« Je vais revenir en Belgique ces 28 mars au Trocadéro de Liège et 2 avril à La Sucrerie Wavre.

Ainsi que le 9 mai 2027 au Cirque Royal Bruxelles pour un concert anniversaire à l’occasion de mes 55 ans de carrière !

La billetterie pour cette date s’ouvrira dans une dizaine de jours (des pré-réservations peuvent déjà se faire via : infos.dates.spectacles@gmail.com).

Tous droits réservés, crédit photos: Etienne Pixel

Fabrice Vandeloise Productions of Professional Artists & Events

Avec Les Amis d’Yves DUTEIL

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« Comment je fais, avec ta mort, sans toi ? » Adèle pleure sa grand-mère Maria. Une femme immense, « au large de l’amour, posée sur l’autel de la mer… » comme le dirait Brel !12273200888?profile=original

Comment ne pas tomber immédiatement amoureux de la comédienne, de la jeune enfant bâtarde, de la jeune femme en quête de réponses, de sa grand-mère disparue, de son ténébreux amoureux voyageur, de ce village naufragé aux confins des terres, de ces embruns de vastes mers, de ce cœur féminin et vaillant qui bat à travers tout cela et ne rêve que d’indépendance ?

Nous voulons parler d’une histoire d’amour, de ce qui s’imprime dans le corps. Parler des choix de vie, des tournants, des rêves, des passions, de l’imprévu. Nous sommes faites de nos héritages et de ce que nous voulons devenir.

Le personnage d’Adèle apparaît à la croisée de ces chemins, entre deuil, projets et naissance.

Le texte de Veronika Mabardi a du souffle et la langue est primesautière. En marche sur le fil de la vie, sur l’écume des jours, il fait œuvre de transmission et de filiation. Le rythme d’interprétation d’Agathe Detrieux est une sorte de perfusion rafraîchissante continue, d’une fluidité parfaite, aux sonorités marines. Et au cœur des failles, entre les rocs du souvenir on voit briller les feux de cette histoire emblématique, l’histoire de cette pirate rebelle des années 1720, Anne Bonny. Une énergie fondatrice, qui autant que le personnage de la grand-mère, devenu, lui aussi légendaire, a fabriqué l’étoffe dont la jeune Adèle est faite. Cette toile de marin, à toute épreuve ! Rien à voir avec l’écharpe de Pénélope !

On pourrait écrire: « Ce à quoi elle croit, est lié à un attachement, et à une personne : Maria. Son point d’ancrage. Dans cette croyance, elle va pouvoir soutenir quelque chose qui, à son tour, la soutiendra et qui continuera à vibrer, bien après la disparition des êtres… » si on jouait avec les mots de Christian Bobin à propos d’Adèle. Sur la route noire du spleen, se profilent ses souvenirs, qu’elle rallume, patiemment, comme une fée ou une sorcière. Les grand-mères ne sont-elles pas toujours un peu les deux ? La jeune femme trimbale dans une carriole improvisée, tout ce qui a fait son enfance dans le village de bord de mer en Armorique : du moulin à café, au châle, à la mouette rieuse, aux paniers, au tabouret de cheminée ou de prairie, aux boîtes à malice, aux livres rescapés rouge et or, aux lampes de nuit, en fleurs ou en guirlandes, le tout arrimé en un énorme baluchon.

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Est-ce un cerveau gigantesque et mystérieux qui est juché sur le tricycle bleu ciel…ou un paquet de tripes soigneusement ficelé sur un trois roues, mère, fille et petite-fille… ? Et cela roule, sur les pointillés de la vie avec des arrêts sur image époustouflants de vérité, poudrés du plus pur bonheur. N’oubliez pas d’enrouler le cordage : ce lien qui lie la petite fille à sa grand-mère est indéfectible ! A l’encodage ! « Voici venu le temps de vivre. Voici venu le temps d’aimer » Encore Brel !

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Le message de la grand-mère tutélaire, elle l’assimile par petites goulées comme des gorgées de rhum, en fier matelot qu’elle est. Et quand cela descend dans le ventre… comme cela fait du bien ! C’est dans ce ventre que s’arriment et l’amour et la vie. Elle a tout compris. Elle est prête. « Laisse faire ton corps, Adèle ! » « Descends dans ton ventre, pirate ! » entend-elle les vagues lui dire ! Elle réplique, complice... Sois libre, mon enfant, comme le vent…

Ce spectacle ? Tu rigoles ou quoi ? Il vous envole et il vous envoie des paquets de mer, il vous sale du sel universel qui se mêle intimement à la vie et à ses embruns. Une bouteille à la mer qui arrive à bon port !

Un texte de Veronika Mabardi
Mis en scène par Patricia Houyoux
Avec Agathe Détrieux
Scénographie : Chloé De Wolf (Collectif Marvayus) 
Création lumière : Renaud Ceulemans
Assistanat à la mise en scène : Laure Tourneur...Le texte de la pièce est édité aux Éditions Émile Lansman.

Crédit Photos: Maxime Pistorio

Une coproduction du Festival Royal de Théâtre de Spa et du Théâtre des Riches-Claires - Remerciements à l’Infini Théâtre et au Centre Culturel d’Auderghem.

Du 10 au 26 novembre
Le mercredi à 19h
Du jeudi au samedi à 20h30
Lundi-Théâtre : le 14/11 à 20h30
Petite Salle

Infos et réservations : 02 548 25 80 - www.lesrichesclaires.be.

https://lesrichesclaires.be/une-rencontre-de-femmes-une-rencontre-de-pirates/

https://journaladele.wordpress.com/

http://www.comedien.be/agathedetrieux

 

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12272878490?profile=original« Ca c’est bien. Questionnez. Questionnez toujours ! »

 Contrastes : Le temps s’est arrêté à 5h 35,  à la mort de la  femme du vieux professeur Mashkan (Alexandre von Sivers). L’horloge de la bibliothèque rococo a de singuliers traits communs avec celle du bâtiment central du plus célèbre des camps de la mort. Les barbelés et les bruits d’univers concentrationnaire  surgissant régulièrement sur la toile de fond du décor sont une sorte de mise en abîme, si l’on peut dire. La dignité du vieux professeur et sa passion retrouvée en présence d’un unique élève cache mal sa pauvreté pécuniaire et un passé indicible.

 Voyage initiatique dans le temps : Stephen Hoffman,  (Jean-François Brion), un  jeune américain adulé est envoyé par son père en Autriche pour surmonter un  blocage soudain  et inexplicable dans sa  brillante carrière de pianiste prodige. Une condition : qu’il fasse œuvre de mémoire  en allant visiter Dachau. Mais arrivé à Vienne, il va devoir affronter un  professeur inattendu et grognon aux propos souvent  antisémites. Dès son entrée en scène le jeune pianiste triple A est arrogant, agressif  et agité par une nervosité fébrile. Il est clair qu’il ne veut pas repartir à zéro par le chant…. C’est un affront à son talent ! Les leçons démarrent tant bien que mal… 

12272878894?profile=originalCe qui  fait la beauté du spectacle n’est pas seulement le décor de l’équipe bien rôdée de Marc Cocozza, un décor aussi soigné que celui d’une antique boîte à biscuits, c’est la superposition extraordinaire de niveaux d’écoute qui rendent l’œuvre universelle et en font une leçon de vie et une leçon de mémoire.  Et quelle polysémie dans cette complexité symphonique ! S’opposent sur le plateau l’allemand et le français,  l’ancienne Europe et les Etats-Unis avant-gardistes, la  réflexion et l’émotion, la jeunesse et la maturité, le maître et l’élève, le père et le  fils, le piano ou le chant et la poésie, la dépression et l’exaltation,  le devoir de  mémoire et le pardon… et la liste n’est pas close!   Plusieurs thèmes bouleversants forment l’armature de la pièce: la controverse de l’élection de  Waldheim élu président de la République d'Autriche 8 juillet 1986,  le déni général du passé nazi de l’Autriche. La transmission et  le devoir de mémoire. Mais aussi le pouvoir de rédemption de l’amitié et de l’art,  l’importance de de l’appartenance à une culture donnée, allemande en l’occurrence, Heinrich Heine. Tout ceci est traversé par  l’utilisation de la dérision et de l’humour comme protection, voici un savoureux festival d’humour juif.   

Ce n’est pas fini.  Le cycle de chansons de Schumann : Dichterliebe constitue  autant de volets …bénéfiques  à l’articulation de la pièce. Des paroles de désir et de volupté se greffent sur la mélancolie de la musique : de la beauté pure, à en croire le profeseur de musique ! Ces volets  illustrent à la perfection la  belle phrase de Bertold Brecht: « La qualité d’un homme se révèle à travers ce qu’il pleure et la manière dont il le pleure » Le langage universel de Liszt, Beethoven, et des variations Goldberg de l’Aria de Bach seront également de la partie… Détail intéressant : en fin de tableau, tandis que Mashkan joue un morceau, une version enregistrée survient, parfaitement alignée sur la musique jouée, jusqu’à ce qu’elle soit interrompue par le premier accord  qui ouvre la  nouvelle scène, comme par magie ! Un procédé  où lumières, musique et comédiens sont  orchestrés à la seconde près... Travail millimétré ! 

Ceci  nous mène évidemment à parler du travail  gigantesque du metteur en scène,  Jean-Claude Idée. In illo tempore, il nous a dit avoir reçu des mains de Jean Piat la traduction de la pièce « Old Wicked songs » à l’affiche de Broadway plus de 200 fois en 1996… Une des œuvres de  Jon Marans, auteur New-Yorkais. Le titre se réfère à la dernière chanson du cycle de Schumann « « Die alten, bösen Lieder ».  Jean-Claude Idée  laissa fermenter le projet pendant dix ans. Il est en effet très malaisé de monter un tel spectacle qui, sans être une comédie musicale, marie le verbe, le roi des instruments de musique,  et le chant sur scène. Le tout en traduction française avec des passages en allemand. C’est finalement l’adaptation très fluide de  Thomas Joussier de 2010 qui a été retenue pour la qualité de la version française. Mais surtout, Jean-Claude Idée  a  fini par trouver  en Alexandre von Sivers et en Jean-François Brion, les  deux fabuleux interprètes qu’il attendait.

Ceux  qui savent mettre des sentiments  à la fois sur un clavier, des mots et des paroles. Des comédiens qui savent d’instinct trouver la gestuelle adéquate quand les mots se dérobent et que l’indicible apparaît.

Du 19 au 29 mars 2013 Rencontre avec les artistes : le 28/3 Au Théâtre Jean Vilar

0800/25 325

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=501

 Une production de l'Atelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa.

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