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Publications de Deashelle (971)

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Texte et image du jour

Cette célèbre icône russe du XVe siècle représente la Dormition (l'endormissement) de la Vierge Marie. Le Christ retire son âme pure de son corps tandis que les Apôtres se rassemblent du monde entier pour dire adieu à la vie terrestre de Marie.
Il est dit que son corps fut emporté au ciel trois jours plus tard. Le saint apôtre Thomas, absent lors des funérailles, se rendit plus tard au tombeau. Dans sa tristesse, le tombeau fut ouvert à sa demande pour qu'il puisse lui faire ses adieux tendres et respectueux, et on découvrit alors qu'il était vide. Ainsi, cette icône représetne à la fois la mort terrestre de Marie mais aussi son élévation au ciel par son fils qui vient à elle...

Le texte du jour de  ma grande  amie invisible
(mais on ne voit bien qu’avec le cœur) Isabelle Debiève, amie de feu Robert Paul

15 août 2025

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Peut être une image de la Basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception et texte

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Ce 12 août,  au festival  Classissimo, le tango nuevo d’Astor Piazzolla s’est glissé entre les murs accueillants du Théâtre Royal du Parc avec "de vrais musiciens dans l’âme".

L'ensemble Astoria a fait vibrer ce lieu jusqu’aux larmes, entre étreinte et vertige, offrant un vaste bouquet de vibrations des tropiques venant d'outre-mer, un mélange de rock, latino, Groove et jazz exhalant des sonorités et des rythmes uniques et inimitables. Astoria a ainsi ouvert pour nous les portes de El Mundo de Piazzolla (1921-1992), et le bandonéon de Christophe Delporte a su trouver tout de suite le chemin de nos cœurs.

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Le programme débute avec une saison chargée de mélancolie, l’automne, Ottono porteno – Savourez ! Rien a-à voir avec Vivaldi ! Il est des concerts qui vous laissent un goût de sel sur les joues, sans que l’on sache si c’est la mer d’Argentine ou la mer intime de nos émotions qui l’y a déposé.

Astor Piazzolla, né à Mar del Plata en 1921 de parents italiens, façonné par New York, amoureux de son bandonéon et génie du tango nouveau, bouscule les frontières musicales en y mêlant le classique, le jazz, le rock et la mélodie populaire argentine. Plus on l’écoute, plus cette musique se fait intense et dramatique, elle chavire l’âme comme une étreinte soudaine et imprévue.

Astoria c'est Christophe Delporte (bandonéon, accordéon), Isabelle Chardon (violon), Dino Anglani (piano), Adrien Tyberghein (contrebasse) et ce soir, une jeune chanteuse, la soprano Fany Julien. Ensemble, ils ont incarné ce souffle musical nouveau de Buenos Aires, rarement représenté sous nos frais climats mais réchauffement bienvenu des cœurs. On se sent très vite happé par une énergie qui flirte avec des transes inconnues. C'est toute la magie du spectacle vivant !

Bien sûr il y a l’alchimie Astoria à la clef ! Depuis 2004, Astoria adapte et transcrit l’œuvre de Piazzolla en conservant ses sortilèges rythmiques et mélodiques, tout en lui donnant l’ampleur de la salle de concert. La rigueur classique se marie à l’instinct du tango : précision millimétrée, mais cœur palpitant à chaque mesure. En prime, lors du spectacle, cet humour incoercible et débordant qui anime Christophe Delaporte, le meneur de jeu, à chaque interstice du programme. Le rire généré dans le public est tellement désarmant que l’ensemble n’a plus qu’à cueillir nos âmes friandes d’émotions. Ou comment rendre une soirée inoubliable. Invierno –, encore une saison, s’est envolée avec des échos de Pachebel ! Enfin, le très attendu Libertango – (1974), dans un arrangement pour le bandonéon, emplit la salle de cette tension particulière, entre urgence et retenue. C’est beau comme une prière. Et c’est l’ovation. Et puis… Christophe Delporte enchaîne avec une surprise : Oblivion – (1984), joué de manière bouleversante sur un acordina, sorte de petit clavier dans lequel on souffle chacune de ses émotions. L'artiste à nu, a ôté ses lunettes et offre une sorte de valse lente … à pleurer. Life is short, but so beautiful!

La Voix. À chacune de ses apparitions, l’invitée, Fany Julien (jeune talent Imep), a offert sa voix, avec une sincérité presque crue, donnant à Piazzolla la présence et l’éclat d’une splendide et mystérieuse étoile. On la découvre avec Sera que estoy llorendo – et Regreso el Amor – deux chants splendides et merveilleusement habités. Et pour se remettre des émotions, pas d’entracte, bien sûr…  Il faut bien une pause : Seul tout Seul –, avec le duo Contrebasse et Accordéon. Enfin, La Milonga sin Palabras suspend véritablement le temps avec le pur ruisseau et la magnifique fraîcheur vocale de la chanteuse. Il est fait de vocalises de berceuse, de roucoulements, de presque silences, de vibratos envoûtants posés comme par un heureux hasard sur la Contrebasse et la respiration du Bandonéon.

Côté instrumental, c'est l'heure de gloire de Leonardo Anglani, l’infatigable pianiste qui explore son clavier sur toutes ses facettes. C’est brillant, vigoureux et débordant d’énergie, ponctué parfois de vertigineux coups de balayage du clavier pour la finale. Le seul à utiliser des partitions papier ?

Le violon d’Isabelle Chardon, violoniste soliste à l’Orchestre National de Belgique et chargée d'enseignement à l'Imep, s’est livré à des miaulements de toit brûlant, des plages de tendresse, de piquantes envolées expérimentales. Tantôt pleurant comme une mémoire ancienne, ou chantant comme une espérance nouvelle, Isabelle Chardon, danse sa passion sur son siège et ses ensorcellements entortillent l’oreille !

L’immense contrebasse d’Adrien Tyberghein (diplômé du prestigieux Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris et de l’école Didier Lockwood.) a déroulé des tapis de velours sombre, elle a fait bourdonner ses pizzicati tantôt farceurs, tantôt douloureux. Son archet a parcouru des mélodies du plus pur romantisme, alors que le formidable bandonéon respire tout comme une puissante et tragique voix humaine. Au fait, si Christophe joue les yeux fermés, a-t-il vraiment besoin de partitions ?

Le public se voit totalement transporté dans leur Concerto pour Quintet–, lancinant, beau et incantatoire avec ces quatre musiciens full colours ! L’ailleurs était partout sur scène, pour se fondre ensuite dans un soupir. Silence.

Mais c’est avec le tango Adiós Nonino – (1969) la composition la plus célèbre de Piazzolla que les yeux n’obéissent plus et se remplissent de larmes. Les nombreuses variations de tempo contiennent l'irréparable perte de son père lors d'un accident de bicyclette subie en 1959 et la terrible puissance du destin. Chaque note semble embrasser l’amour perdu, mais évoque aussi la fierté et la colère. Un fil invisible relie le musicien à ceux qui l’écoutent.

Des bars enfumés de la rue au théâtre, sans rien perdre, a réussi l’exploit de ne pas trahir l'âme charnelle de Buenos Aires. Chaque respiration, chaque accent, chaque silence a un poids et une raison. On voyage d’un faubourg de tango à une salle de bal rêvé, du cri du bandonéon au murmure du violon. Ce soir, Piazzolla n’est plus une légende lointaine : il était là, assis parmi nous, jouant à travers les interprètes de son œuvre et on sort de la salle émerveillée, avec l’étrange impression d’avoir été embrassée par la musique. Yo soy Maria – a conclu la chanteuse !

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 Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Astoria

MARDI 12.08.25 - 20:00

El Mundo de Piazzolla

Christophe Delporte, bandonéon, accordéon

Isabelle Chardon, violon

Dino Anglani, piano

Adrien Tyberghein, contrebasse

Invitée: Fany Julien, chant (Jeune talent )

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09 août 2025.  Avec Gluck, un invisible Victor Hugo, et Mozart réunis dans la même soirée, sans compter Schubert et Verdi, on a de quoi faire battre le cœur de n’importe quel mélomane. A night at the Opera?  Merci au maître de musique, Marc Grauwels de nous avoir concocté des rencontres musicales aussi foisonnantes et surprenantes lors du festival Classissimo.  

Silence religieux. Les Champs-Élysées de Gluck s’ouvrent sur un menuet: danse pure, aérienne, d’une flûte radieuse et de la pianiste qui l’accompagne. Chemise à fleurs (même stylisées) oblige, le flûtiste, Marc Grauwels en Gauguin de la musique, y fait flotter chaque note comme une respiration suspendue. La scène est à lui, il se balance comme roseau au vent. Comment séparer musique et danse?

Ensuite vient la plainte noble et poignante de Marie-Juliette Ghazarian, mezzo-soprano, en longue robe de soirée, vert forêt noire. Rien n’est égal à mon malheur, « J’ai perdu mon Eurydice » — un cri d’amour éperdu, soutenu par la sobre tendresse du piano de Marie Datcharry.

Aussi vêtue d’une longue robe vert pastoral, la soprano Marion Bauwens se drape dans Schubert: Der Hirt auf dem Felsen. Se déploie alors un dialogue à trois voix : soprano, clarinette et piano. La clarinette de Ronald Van Spaendonck, d’abord ombre discrète, se fait de plus en plus volubile, même, carrément dansante elle aussi. La pianiste se berce dans les accords insistants percutés avec régularité et vigueur. Un magnifique solo de la clarinette précède la joie du berger ,heureux de s’élancer vers le printemps … éternel! Quel regard sur l’infini dans les dernières notes printanières de  cette ravissante soprano!

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Et, surprise! Marc Grauwels, rompant le charme, annonce subitement une pause pour la voix! Les chanteuses ont disparu! Il explique qu’une flûte peut très bien imiter tout un orchestre ! En témoignent ces fameuses fantaisies brillantes, souvent jouées dans les salons au 19e siècle, surtout tellement prisées par ceux qui ne pouvaient pas se payer l’opéra! Ce sera un vrai défi de virtuosité et de précision pour qu’une flûte puisse imiter tout un orchestre et même une voix! Mais la maestria et l’humour font tout et le public aurait presqu’envie de … d’accompagner et de chanter La Traviata! Pendant l’exercice ! Magique, cette flûte traversière et bourrée d’esprit!

Après l’entracte, ce que les chanteuses vont faire est inouï! Nous faire imaginer un ins-tru-ment, car cette fois c’est la flûte qui est invisible!

Marion nous présente en effet  «  Une flûte invisible» ,œuvre de Camille Saint Saens pour voix, flûte et piano. Sur un poème de Victor Hugo. La soprano porte la tendresse d’un message d’amour invisible, la flûte en est l’écho invisible et mystérieux.

Une flûte invisible soupire,

Et, par instants, un chant léger

Semble, dans l’air qu’on croit respirer,

S’élever comme un vague sourire.

Ce doux charme qui vous attire

Vient-il de loin ou de si près ?

Est-ce une voix dans l’air discret,

Ou n’est-ce qu’un souffle qui expire ?

 Puis, c’est au tour de Marie-Juliette Ghazarian de flirter avec l’invisible. Sur le même poème, dans une amplification musicale d’ André Caplet, ce favori des jeunes pianistes… Le timbre est plus sombre, élégamment voilé, avec l’impression que la voix vient du lointain, comme  le parfum d’un souvenir.  

Ensuite, Marie-Juliette, toujours soutenue par la flûte traversière, bien présente celle-ci, et  la fidèle  pianiste ,enchaîne les cœurs avec « La flûte enchantée». Clin d'œil, c’est une mélodie pour voix et orchestre de Maurice Ravel sur des vers d'un artiste des années 1900, Tristan Klingsor

Enfin, le jeu des imitations instrumentales reprend. C’est au tour de la clarinette de tenter l’expérience de mimer la voix absente. Avec Louisa Miller, de Verdi.

Puis les deux compères, sans doute galvanisés par l’aventure, se piquent de remonter… Rigoletto! Rien de plus drôle cette Dona e mobile! Il y a de quoi se tordre de rire! On espère même que ce sera le Bis! Les instruments remplacent la voix lyrique. Sans paroles, mais avec phrasé et respiration, ils redonnent aux airs de Verdi toute leur vitalité dramatique. Marc Grauwels a même du taire les applaudissements pour se livrer à ce programme de haute voltige, toujours soutenu avec sourire par la fidèle Marie Datcharry au piano.

L’apothéose de la soirée? Un final Mozartien, l’accord parfait. Les deux chanteuses se réunissent en duo de sylphides en voiles verts, pour interpréter avec beaucoup d’allant deux joyaux de Mozart :  "Ah perdona al primo affetto" (La Clemenza di Tito) et "Via resti servita madama brillante" (Les Noces de Figaro)

Des dialogues vif-argent, bien joués, comme à l’opéra,  où voix et instruments se mêlent, comme pour sceller cette amitié musicale née sous la coupole du Théâtre Royal du Parc. Ce soir, Flûte et Voix se sont échangé leurs âmes devant un public à la fois médusé et heureux. Tantôt suppléantes, tantôt indissociables, elles racontaient la même vérité : que la musique est toujours une histoire d’amour.

@Festival Classissimo Du 07 au 13 août 2025

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

   

 

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administrateur théâtres

MOMO – Une farce… qui vous serre la gorge

On croyait s’installer à Genval, sur l’herbe ou dans les chaises longues sur les copeaux de bois pour une soirée légère, on est ressorti, ayant bien applaudi, le cœur partagé entre éclats de rire et pincements à l’âme.

 Momo, au Théâtre de la Toison d’Or (en collaboration avec le festival Il est temps d’en rire à Genval), c’est ce genre de pièce qui vous prend par surprise : d’abord joyeuse absurdité, explosions de rires, puis glissement insensible vers des zones plus sombres, plus poignantes.

La situation, déjà, est un bijou de surréalisme : un couple sans enfants voit débarquer chez lui un jeune homme qui parle bizarrement mais affirmant après bien des tâtonnements vocaux, être leur fils.  Il finit par annoncer qu’il va se marier, invite chez eux la petite amie pour les présentations aux « parents », à la façon d’un thriller surréaliste, tout semble concourir à prouver qu’il dit vrai. Absurde ? Oui. Mais aussi terriblement troublant. Car derrière la farce, c’est notre rapport aux liens, au sang, et même à la mémoire qui vacille.

Explosion de rires donc, grâce à des dialogues acérés et à des situations qui ne cessent de flirter avec le boulevard… mais le comique est comme une peinture posée sur une façade malade. un vernis posé sur la coque d’une barque fendue et alors apparaissent les tragédies humaines que chacun porte. Le texte de Sébastien Thiery (déjà comparé par certains à un Koltès en goguette) tisse ce trouble avec un art consommé.

Et puis, il y a l’équipe : une Hélène Theunissen magistrale, virtuose de toutes les féminités, Thibault Packeu, un Benoît Van Dorslaer absolument parfait et Aurianne Servais, tous au sommet de leur engagement de comédiens. Chacun apporte sa couleur : exubérance, tendresse, colère, comique, sérieux,  folie douce… Le metteur en scène Thibaut Neve avoue : « Il y a des textes qu’on porte en soi sans savoir pourquoi, jusqu’au jour où des comédiens vous révèlent la clarté du mystère. » On comprend mieux en voyant la précision avec laquelle il cadre l’absurde, sans jamais le laisser déborder en pur non-sens.

Si l’on devait trouver un bémol, il serait peut-être dans ce balancement : certains spectateurs voudront rester du côté du rire pur et se sentiront déstabilisés par les teintes plus graves qui s’installent. Mais c’est justement ce qui fait la force du spectacle : cette sensation d’être entré dans une comédie, et de ressortir de cette incroyable fable humaine, un peu échevelé. Fils de personne, enfant de tous, Momo nous rappelle que l’absurdité, parfois, c’est la plus belle façon de parler au cœur. Et, au diable les puristes des  filiations de sang !

 

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Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

🎭 Infos & réservations : ilesttempsdenrire.be 

 

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administrateur théâtres

En mode… ravissement molto precioso !

 

On s’est retrouvé, ce jeudi 7 août, dans la magnifique salle du Théâtre royal du Parc à Bruxelles pour l’ouverture de la 19e édition du festival Classissimo, sous la houlette de Marc Grauwels, flûtiste et directeur artistique du festival Une promesse de belle qualité… Alors, qu’en sera-t-il pour la 20e ?

 

Le festival démarre en beauté avec l’Orchestre de chambre de Waterloo, dirigé par Guy Van Waas au clavecin et à l’orgue, dans un programme sans entracte entièrement consacré à Pergolèse.  Le point d’orgue sera un Stabat Mater à couper le souffle.

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Côté voix, on découvre la jeune soprano Aline Giaux, pour la première fois aux côtés du contre-ténor d’exception Logan Lopez Gonzales. Deux voix qui se conjuguent avec grâce, se projettent et rencontrent l’âme des spectateurs.

 

Lui, en élégante tenue de soirée noire. Elle, pleine de grâce, en longues manches d'un blanc immaculé,  qui lui donnent des allures d’ange. Tous deux séduisent d’emblée, par leur image autant que par la sensibilité musicale qu’ils déploient. Pas à pas, vocalise après vocalise, ils nous entraînent dans une ascension vers une transfiguration de l’œuvre. Leur maîtrise vocale est impeccable, souple, nuancée, jamais affectée. Dans une forme de dépouillement habité, la beauté de leur timbre va droit à l’essentiel : nous inviter à la contemplation du Beau, du Bon, du Vrai. C’est tout simplement saisissant.

 

On flotte, librement, dans le courant des émotions. La jeune mère est éplorée, certes. Le monde gronde. Mais tout semble baigné de plus en plus de lumière et d’espérance. La souffrance sera dépassée. Le lien mère-fils est si fort, si absolu, qu’au 7e tableau, on croit voir apparaître un Christ jeune et resplendissant, venu rassurer sa mère sur l’éternité de l’amour partagé. Entre chaque tableau de ce chemin vers la joie, la salle retient son souffle. On écoute, en empathie profonde, cette musique qui nous touche au cœur. Car seul l’amour sauve.

 

Et ce qu’on a vécu ce soir-là ne se vit pas en écoutant un CD, même le meilleur.

 

Le concert avait débuté dans une belle cohérence, une fluidité souriante, avec l’ouverture de La Serva Padrona et le Concerto en sol pour flûte et orchestre de Pergolèse, interprété dans un tempo allegro spirituoso. Un peu de joie avant les larmes de la Vierge! La flûtiste Kalliopi Bolovinu, armée de son piccolo, nous a emmenés avec fermeté, douceur et délicatesse dans des champs et des vergers peuplés d’oiseaux ivres de bonheur.

 

C’est ça, le paradis ?

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administrateur théâtres
Y’a d’la... Y’a d’la voix !

Sachez que La v o i x va bientôt régner en majesté, au Théâtre Royal du Parc. Du  7 au 13 août, le festival de musique Classissimo revient, comme chaque année, dans son lieu de prédilection, au cœur de la ville, avec une 19e édition fort prometteuse consacrée simplement à la v o i x. Espérons qu’après l’expérience, c’est nous qui serons …sans voix !

Une thématique aussi vaste qu’intime, lors de  huit  soirées où elle se fera tour à tour prière, émotions tragiques, dramatisation, mémoire, engagement ou pure jubilation musicale et auditive. Miroir de l’âme.

Y’a d’la voix ! accueillera aussi bien des artistes chevronnés qu’une jeunesse dynamique, bâtisseuse d’avenir.

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Les programmes sont éclectiques : des pages sacrées de Pergolèse, aux polyphonies du monde, au riche répertoire lyrique, à l’engagement,  à des  œuvres de Piazzola ; le festival abolit les frontières esthétiques tout en restant fidèle à ses exigences artistiques. Et tant pis si le mot “éclectique” est devenu parfois un cliché journalistique : ici, il n’est pas galvaudé. Il est vécu avec fierté.

 Dans le large choix du florilège, voulez-vous que je vous propose trois rendez-vous majeurs à ne pas manquer ?

 Je dirais tout de suite, le Stabat Mater de Pergolèse qui ouvre le Festival le 7 août. Il s’annonce comme un sommet d’émotion et de beauté de l’époque baroque. Ce chef-d’œuvre de la musique sacrée est une méditation poignante sur la douleur de la Vierge, agenouillée au pied de la Croix, où elle voit mourir son fils. Cette œuvre sera portée par de très belles voix soprano et  contre-ténor, et un ensemble instrumental  pétillant. Une œuvre qui a « l'effusion lyrique de l'opéra et la profondeur spirituelle de l’oratorio ». Un Chemin de Croix en 12 stations bouleversantes où les spectateurs, confortablement assis dans le cadre feutré du théâtre, ne pourront que retenir leur souffle, sans aucun … bâillement !

 Autre moment fort : le concert avec de jeunes et talentueux "graduates" de l'école internationale de Musica Mundi (le 10 août), qui réunit de jeunes  musiciens  venus du monde entier, pour faire leurs études musicales dans notre pays. C’est, à l’évidence, l’esprit généreux du dialogue interculturel qui préside dans cette école. Deux de leurs lauréats, âgés d'à peine 20 ans, Ilke isi Tunker(TU)violon et Dobromir Dobrev(BU)piano  viennent de recevoir  une bourse d'étude pour la prestigieuse école supérieure de musique Royal College of Music of London. Ces jeunes talents proposeront un programme Beethoven et Ravel  avec toute la fraîcheur et l’intensité dont ils sont les garants. Heureux qui communique ! Et ce, dans le langage artistique le plus universel qui soit. Heureux ceux qui  peuvent recevoir ce cadeau ! On sera à l’affût de cette tension  encore adolescente qui, parfois, fait voler les partitions. Comme on se réjouit ! Mais ce n'est pas tout, vous irez à la rencontre de l'immense citoyenne du monde, née en Belgique, Joëlle Srauss:  à elle seule, tout un laboratoire musical! Surprise, surprise. Parole de Condor! 

 Enfin, les amoureux d’art lyrique seront comblés avec la soirée “ A Night at the Opera” (le 9 août), où de grandes voix belges et internationales se retrouveront pour interpréter des pages frissonnantes du répertoire, condensées en une soirée d’initiation pour les uns, de plaisir raffiné pour les autres, à l’écoute d’un choix d’airs célèbres et de duos emblématiques, servis par des artistes, jeunes  ou  confirmés, ..passionnés. Consultez le site pour tous les détails.

 Bref, un festival ouvert, curieux et chaleureux, mu par une ferme volonté de transmission. Un idéal de vie !

Sans compter que chaque soirée est présentée de façon vivante et enthousiaste par le flûtiste et directeur musical, Marc Grauwels.  Tantôt concert pour familles, parfois formules plus serrées et courtes, invitations au dialogue entre les genres, tout est pensé pour que chacun – mélomane aguerri ou auditeur novice – y trouve … d’la joie !  Cela s'adresse à un public, sans doute…fort éclectique, lui aussi.

En clôture de ce festival, le mercredi soir 13 août, un fantastique hommage à l'Ukraine par trois artistes, deux sopranos et un pianiste: "Ne me demande pas, pourquoi mes yeux pleurent". Accents de nostalgie, de peine amoureuse, de profond attachement à la terre natale mais aussi, force d'âme indomptable et fierté vibrante des origines. Dans un Programme varié, mêlant Haydn, Mozart des compositeurs italiens, Fauré, Bernstein et ... tout le folklore ukrainien!  

Alors, prêts à vous laisser ravir ? Le Théâtre Royal du Parc cet été ? Transformé en un véritable laboratoire vocal : un lieu où la voix, sous toutes ses formes, s’élève, émeut, bouleverse et enchante.

 

https://www.classissimo.brussels/ Accueil

 
 
 
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Spectacles

Un beau spectacle déambulatoire et …baroque : Le Bossu de Notre-Dame

  Quatrième année. Après les succès de La Guerre des boutons – Made in BelgiumLa Belle et la Bête et Alice au pays des merveilles au Château de Rixensart, le nouveau spectacle de Damien De Dobbeleer, librement inspiré de l’œuvre de Victor Hugo, devient un conte moderne, plein de fosses et bosses, à la fois édifiant et moqueur. Une distribution pleine d’allant y croise quelques sillages inattendus d’humour belgo-belge plutôt rafraîchissant. Et bien sûr, quelques flambées d’anachronismes. Certains tableaux s’inscrivent même dans l’esprit des œuvres satiriques de James Ensor.

 

Le Bossu de Notre-Dame du 8 juillet au 9 août 2025

Trois hommes tombent donc en extase devant Esmeralda, la libre bohémienne, et c’est bien là, l’origine de leur tourment : Phoebus, prêt à renier, malgré une déclaration passionnée en langue d’Elvis, Fleur-de-Lys et ses bruyantes copines d’enterrement de vie de jeune fille. Frollo, cette figure fort trouble, juge, censeur, prêtre, assassin ? Et cet être difforme, ce Quasimodo, créature solitaire abandonnée à la naissance, qui appelle tout de suite à la compassion.

Les thèmes sont clairs : haine, vengeance, jalousie, orgueil, cruauté, mépris… mais aussi la solidarité, la compassion, l’écoute. Un véritable kaléidoscope de sentiments humains.

L’échafaudage narratif est parfois un peu branlant, mais il y a de l’audace dans la démarche, du courage dans les intentions. Les traits d’humour critiquent sans détour les dérives de notre société et frappent juste. Il y a aussi quelques lenteurs, certes, mais les messages circulent dans une atmosphère tout-à-fait bon enfant. Après tout, c’est l’été — et le public vient pour s’amuser.

 Les enfants, c’est la surprise. Ils participent au spectacle avec une énergie magistrale. Si jeunes, et déjà si déterminés : ils déclament, jouent, bondissent, s’approprient le texte avec brio et naturel. Trois jeunes rois mages ? Peut-être. Mais surtout une source de lumière, d’espoir, et de joie de vivre.

Pause. Et si…

Si ce spectacle était une nourriture ?

Ce serait une planche apéro.

Un animal ? Une fourmi.

Une musique ? Le chant des misérables.

Un pays ? Celui où l’on n’arrive jamais.

Une plante ? Les simples du cloître.

Une boisson ? Le verre d’eau rafraîchissant.

Un véhicule ? Les ailes du désir.

Une addiction ? Les champignons.

Une fleur ?  La fleur-de-lys rouge.

Une cloche ? Celle du bonheur.

Et fi donc !  des m'atuvus, des tribunaux ecclésiastiques, des policiers en mal de puissance, des surtouristes en visite guidée dans la Cathédrale, de l’anglais de bâtons de chaises du latin de cuisine ! La critique est omniprésente, et c’est tant mieux.

Continuons. Le Bossu de Notre-Dame résonne comme un hymne sincère à la différence. Merci les tambourins !

C’est aussi une fresque cruelle et sombre où la bonté est rare. Quasimodo, reclus difforme, mais au cœur immense, émeut plus qu’il ne suscite le rejet. Hélas ce n’est pas son âme que l’on juge, mais son apparence. On l’a méchamment hissé en roi grotesque, on l’a célébré comme une figure de foire en folie… avant de le rejeter comme un monstre qui dérange. Car, dès le début, ce carnaval cruel – cette inversion institutionnelle des normes – révèle avec brutalité le cœur insensible d’une société qui préfère le spectacle à la vérité, la norme à la nuance.

Et pourtant… tout au long du spectacle une main païenne ne cesse de se tendre. Celle d’Esméralda, libre et lumineuse, elle qui reconnaît en Quasimodo un frère d’exclusion et ne rêve que de Justice, condamnant avec force trucages et autres mascarades ! Marginalisée elle aussi, traquée pour ses origines, elle incarne la résistance. L’insoumise. Celle qui défie les hypocrisies.

Au diable les champignons ! Face à Frollo, incarnation glacée de l’ordre implacable, Esméralda danse et devient flamme et lumière. Elle sauve Phoebus avec ses herbes, elle ne sauve pas Quasimodo mais dans une scène inoubliable, par sa voix, son chant et sa danse, elle l’humanise, pour lui-même et aux yeux du monde. Le vrai miracle qui passe peut-être inaperçu.

En fin de compte même ce vrai roi titubant, ce maigre roi Louis XI, ce fondateur du royaume de France, haï par son propre peuple, appelle, lui aussi à notre compassion. La mise en scène souligne son air perdu et désespéré ! Quel triste sire, si fragile, sous le poids de sa gigantesque couronne ? Écrasé par sa fonction ? Qu’il est pathétique, le pouvoir en quête d’absolutisme ! Et si tristes, ses guerres ravageuses…

Mais si drôles les apparitions du piaffant cheval gris perle ! Les enfants …adorent !

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

vu le 25 juillet 2025

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INFOS PRATIQUES

Distribution

PRODUCTION, ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE : DAMIEN DE DOBBELEER
PRODUCTION ET COLLABORATION ARTISTIQUE : MELISSA LEON MARTIN
COLLABORATION DRAMATURGIE : SELMA ALAOUI
COLLABORATION ÉCRITURE : GERNOT LAMBERT
ASSISTANTE ARTISTIQUE / PRODUCTION : ROMANE GAUDRIAUX

ACTEUR.ICE.S : SARAH BER (ESMERALDA), BENJAMIN BOUTBOUL (QUASIMODO), DIDIER COLFS (FROLLO), NICOLAS KAPLYN (PHOEBUS), ERICO SALAMONE (LE ROI), AURELIE FRENNET (EDMONDE), PHILIPPE Brion, EDOUARD DIONNET, SEBASTIEN FILIPOZZI, EMILIE GRECO, RAPHAËL MEDARD, MARGAUX MONARD, MATTEO SALAMONE (JEHAN), MARIE TECK, Elise Villance

DANSEUSES : ARMELLE EYENGA, MAYLIS VITRAC
ACTEUR.ICE.S ENFANTS : ZAIA BOUTBOUL, THEA DE BOECK, OSCAR FRANEAUX-LEROY, MARGOT LARUEL-WEBER, JOANNE MARTENS, Tibère de Wilde d’Estmael

SCÉNOGRAPHIE CONCEPT : BENJAMIN MUZART, JULIA RENAUDOT
SCÉNOGRAPHIE RÉALISATION : CAROLINE LUMIA, Anatole Edelsztein, melissa Gaurat, louise Dupont

COSTUMES, MASQUES ET ACCESSOIRES : MARIA SPADA & AURÉLIE WEBER
ASSISTANT COSTUMES, MASQUES, ET TISSU SCÉNOGRAPHIE : BAPTISTE ALEXANDRE
STAGIAIRES COSTUMES : CLOVIS BRENEZ, NATHALIE VIALARION

CONSTRUCTION TECHNIQUE : PIERRE DURDUR, PHILIPPE BREMS
MAQUILLAGE : INÈS INFANTI, Florence Jasselette.
CRÉATION LUMIÈRES : JEROME DEJEAN
CRÉATION SONORE : LAURENT BEUMIER

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administrateur théâtres

Le "Dragon " du théâtre du Parc part en voyage!

A vos agendas pour Le Vilar en 2026!

...Et en ce moment, au Festival de Spa!

"Hier soir, c’était la dernière du 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 à Spa (01 > 17.08.2025)

Un conte aux allures fantastiques, un dragon à trois têtes, un chevalier, un chat qui parle… et derrière la magie, une charge puissante contre toutes les formes de tyrannie.
Ce spectacle est une douce claque, comme une alerte déguisée en fable.
Toutes les représentations ont affiché complet - un record d’audience sur un même spectacle dans l’histoire du Royal Festival. Mais au-delà des chiffres, ce sont vos messages et commentaires qui nous ont bouleversés. Le spectacle laissera une trace dans vos vies… C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Parce que l’art nous aide à penser sans désespérer, à rêver sans fuir le réel. Parce que 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵, écrit en 1943, parle aussi de nous, ici et maintenant.
Et parce qu’un enfant peut s’y émerveiller, frissonner, rire aux éclats, tandis qu’un adulte en capte les résonances plus sombres… c’est là toute la puissance d’un spectacle comme 𝑳𝙀 𝘿𝑹𝘼𝑮𝙊𝑵 🐉
Oui, la culture est essentielle. Elle nous rassemble, nous éclaire, nous remue. Et c’est à travers vos regards, vos émotions, qu’elle prend tout son sens.
 
 
 Prochaines représentations au Vilar à Louvain-la-Neuve, du 7 au 17 janvier 2026 🎯
 
 
Place Rabelais 51, Louvain-la-Neuve, Belgium
010 47 07 00
info@levilar.be
levilar.be
 
Le Dragon au mois de mai 2025, au théâtre royal du Parc 

Adaptation de Benno BESSON revue par Mireille BAILLY

Pour ce 1er mai, voici un brin de littérature jeunesse qui vaut la cueillette. A l’origine, « Le Dragon » une pièce fantastique, grave et burlesque, écrite en 1943 contre le totalitarisme et l’asservissement par l’écrivain russe Evguéni Schwartz.  Une création pour le théâtre Royal du Parc, réalisée par Axel De Booserré et Maggy Jacot, assistés par Julia Kay.

Vous allez voir ce que vous allez voir, c’est du pur cirque, du Grand guignol, une farce politique dont certains tableaux sont aussi monstrueux que les créatures de Jérôme Bosch… Une fantaisie héroïque ? C’est une féerie inversée, un cauchemar, certes, mais qui s’ouvre fort heureusement sur la lumière. C’est comme cela dans les contes. Et nous voici rassurés sur la nature humaine.

Comme dans le théâtre symbolique de Maeterlinck dans « L’oiseau bleu », une chatte au regard acéré prend la parole. Quel est son regard ? Serait-elle la seule à échapper au despotisme absolu qui semble régner depuis 400 ans sur ce pays imaginaire dirigé par un implacable Dragon ? Magnifique sous toutes ses formes, le regard qui tue, celui-ci se repait chaque jour de taureaux qui lui sont sacrifiés et chaque année, d’une jeune fille totalement résignée   dans l’accomplissement de son devoir. On pense à l’histoire du Minotaure, monstre dirigé par ses pulsions et ses instincts, mais vaincu enfin par le héros grec Thésée.

Avide de pouvoir et destructeur, ce Dragon n’a bien sûr rien des qualités protectrices que lui attribuaient les guerriers nordiques, rien des pouvoirs mythiques du prestigieux Dragon fêté par les cultures asiatiques … ni même la force et le courage du serpent à trois têtes, peint sur le bouclier d’Agamemnon.

Ce Dragon, décrit par l’auteur russe, incarne plutôt le Dracu roumain, tellement présent dans l’imaginaire de ce peuple, et cause évidente de tout mal. Nommer les choses aide parfois à les supporter. Utiliser la parole, c’est finalement déjà, un début de sagesse pour réussir à s’échapper d’un monde concentrationnaire, cimenté par la haine, l’oppression et la peur, et partant, privé de tout espoir de bonheur.

Dès le début du spectacle on se trouve au cœur de la menace de murailles mouvantes qui écrasent comme dans les mondes de Kafka ou d‘Edgard Poe. Des effets sonores et lumineux terrifiants vous remplissent d’effroi. Une prodigieuse bande sons, voix, lumières et vidéo est issue d’une équipe de choc : Gérard Maraite, Guillaume Istace et l’indispensable Allan Beurms qui mènent l’enfer dans un rythme oppressant.   Le but sera atteint, si ce dernier spectacle de la saison du théâtre du Parc, nous fait réfléchir à l’horreur du pouvoir absolu et du culte de la personnalité.

 De nouveaux despotes sont là et nos sociétés risquent même l’asservissement volontaire. Ecrivain de livres pour la jeunesse, E. Schwartz, rapidement censuré par l’administration de Staline, utilisait les vertus du conte pour critiquer le nazisme, afin de stigmatiser l’effroyable pouvoir stalinien.

Sur scène, les femmes empaquetées dans des tenues de Matriochka, mère et fille, telles des forteresses sur roulettes font frémir d’horreur.  Elles sont interprétées par Mireille Bailly et Elsa Tarlton, toutes deux, saisissantes de vérité. Les caricatures des différents personnages grimaçants évoquent un univers Ensorien: un bourgmestre ébouriffé et fou (l’incomparable Othmane Moumen), Henri, un fils absolument laid et fourbe, au service du fameux Dragon, prêt à sacrifier sa fiancée pour plaire à son maître. Ce même personnage endosse d’ailleurs de façon glaçante le rôle d’une espèce de Big Brother projeté sur écran, responsable d’une communication nauséabonde et de la propagande du pouvoir. Joué avec excellence par Thierry Janssen. Costumes, coiffures, maquillages, chorégraphie, tout se tient pour caricaturer l’atroce tyrannie.

Le seul humain qui nous ressemble est ce merveilleux Lancelot (Marvin Schlick), d’une beauté éternelle, intrépide, léger comme une plume libre, agile comme David… qui a décidé d’abattre la bête immonde.

On attend avec impatience la métamorphose de la jeune fille grâce à l’amour.  On revient à la vie devant l’aide providentielle de Dame Nature et des esprits de la forêt. Voilà le merveilleux de notre cher Maeterlinck à nouveau à l’œuvre dans un jeu de décors inoubliables. Sans doute que nos artistes belges transportent cet esprit dans leurs veines… Un vrai ravissement.

Mais l’histoire est loin d’être réglée après l’épuisante victoire du héros professionnel… Attendez-vous au pire du pire…

Comprenez que le pire c’est la parole définitivement confisquée, et cette ville entière qui s’est prosternée devant ce Dragon. Un assoiffé du pouvoir qui a réussi à s’imposer comme bienfaiteur de l’humanité grâce à la manipulation maléfique de la langue et autres détournements de la vérité. Une langue assez simpliste véhicule ce spectacle, illustrant d’ailleurs les terribles avertissements de Georges Orwell. Mais pour réellement accrocher le spectateur, ne faudrait-il pas un discours encore plus mordant, pour ne pas rater la cible historique du crime stalinien?

Heureusement la distribution flambante est là, toutes griffes dehors pour faire du spectacle une croisade contre l’ensauvagement de notre monde. Les grands favoris de la scène du Parc sont fidèles au rendez-vous : en tête, le très méphistophélique  Fabian Finkels dans le  formidable rôle du Dragon,  avec l’insaisissable Julien Besure  tantôt le Chat, tantôt un citoyen, et  l’effarante comédienne de talent légendaire,  Karen De Paduwa, tour à tour ministre des prisons, Berthe, l’amie d’Elsa, une artisane et l’enfant citoyen.

 

Dans le miroir tendu, chacun peut y voir tout ce qu’il veut y voir : toute une monstruosité en marche, ou une fiction pour la jeunesse pour leur faire aimer le théâtre …. C’est selon, mais une œuvre vraiment utile en nos temps d’absurdité profonde et de libertés insidieusement assassinées.

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

Photo@Aude Vanlathem

LE DRAGON – Théâtre Royal du Parc

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles
02 505 30 30

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administrateur théâtres

Ténébreuse Rebecca sous le ciel bruxellois

Spectacles

On se souviendra de Rebecca à Bruxellons! 2025

Été 2025Rebeccaroman bouleversant de Daphné du Maurier (1938), s’incarne dans la cour du château du Karreveld en un thriller musical psychologique flamboyant… daté de 1925cela fait juste juste 100 ans… Comme pour un envoûtement!

La Belle Époque en version cauchemar ?  Véritable coup de maître, cette création mondiale en français, est la pièce de résistance du 27e Festival Bruxellons!. Elle est portée par un collectif de 21 artistes hors du commun.

Rebecca, c’est l’histoire centenaire d’un fantôme. Et comme tous les bons fantômes, elle ne se montre jamais — mais hante chaque espace, de Monte-Carlo à Manderley, lieu mythique des Cornouailles.

Comme un opéra. La partition puissamment évocatrice de Sylvester Levay et le livret de Michael Kunze, adaptés avec finesse en français par Stéphane Laporte, s’unissent dans une narration à la fois élégante et glaçante. De la fine gastronomie pour les gourmands de musique et de suspense.

Coup de foudre. Une jeune femme sans nom, au propre comme au figuré — cheveux courts et soulier léger, dame de compagnie de son état — séduit par son innocence et épouse Maxim de Winter, veuf énigmatique de Manderley. Mais la défunte Rebecca, mystérieuse première épouse au pouvoir despotique, semble bien décidée à ne pas quitter les lieux — ni les cœurs. Surtout celui de sa gouvernante, figée dans la haine du changement. Mrs Danvers.

L’orchestrationmagistrale – mais où sont-ils donc ? Protégés de la pluie? – est dirigée par Laure Campion et fait vibrer le décor. Comme le souffle puissant de la mer qui bat les récifs du domaine maudit.

L’esprit du large…Une mise en scène portée avec grandeur par Marina Pangos et Jack Cooper qui dessinent avec passion un récit visuel et dramatique d’une intensité rare. Les changements de décor et de scènes s’enchaînent, tels des feux d’artifice. On passe de surprise en surprise à travers une série de tableaux que l’on rêve de photographier. Il y a ce ballet perpétuel de  dizaines de personnages en mode chantant. Ils dansent, virevoltent, flamboient et chantent tout à la fois en jonglant avec leurs accessoires. Avec une insatiable énergie et une précision millimétrée. De la beauté scénique en mouvement qui résonne avec la puissance d’un chœur d’opéra. Et quels costumes ! À chaque instant, de la magie. Merci Jack ! Ils sont signés Béatrice Guilleaume.

Le décor de Sylvianne Besson évoque bien sûr les falaises romantiques, lieux de vertige et de destin, sur lesquelles s’adossent les portes de l’enfer-Manderley : pilastres rouge sang, lambris aux airs mauresques, perspectives brisées… De part et d’autre, deux grandes volées d’escaliers : rêve ou cauchemar ? Elles semblent tour à tour surgir ou disparaître tant l’action au centre de la scène capte le regard ! Et surtout, tout en haut de l’ouvrage, il y a cet immense portrait, lacéré, celui de Rebecca, suspendu comme une malédiction au-dessus du grand escalier. Quel couteau a osé le crime ?

Les jeux de lumière de Laurent Kaye dissèquent l’action comme un entomologiste, toujours en phase avec cette chorégraphie obsessionnelle et sublime de Kylian Campbell. Sommes-nous au centre d’un cerveau torturé ? D’un envoûtement? L’action est un labyrinthe… Y aura-t-il une issue ? Une métamorphose ?

Un univers de personnages fantastiques. Jeremy Petit donne à l’âme tourmentée de Maxim de Winter des contours de vase brisé. Sa douleur, retenue mais très palpable, esquisse une humanité blessée, dans la plus pure tradition romantique. Sa voix est sculptée par le rôle. Et pourtant, l’or pour recoller ces profondes fissures est là, à portée de voix, à deux pas…

Cheveux courts et plats, Laura Tardino, en tenues fluides pastel, incarne l’héroïne sans prénom avec une justesse  émouvante : de l’effacement initial à la lumière reconquise. Un « je » fragile, qui apprend à se conjuguer dans les abandons, les silences, et les révélations. Mais c’est l’illustre plante vénéneuse qui fascine : Liesbeth Roose, en Mrs Danvers. Toute vêtue de noir d’Espagne, la sombre duègne s’empare de la scène comme une ombre maléfique. À chacune de ses apparitions, le temps se fige, les dos se courbent. La voix étrange et pleine distille la peur, la menace, l’obsession.  Magnétique, son solo « Rebecca » est un cri glacé d’adoration morbide. Suspense entre beauté et terreur.

Au sein du casting affûté, on trouve encore une série de rôles admirablement ciselés.

 Extravagante,Marie-Aline Thomassinen comédienne de boulevard, fait de Mrs Van Hopper une caricature grandiose, burlesque et jubilatoire. Quel bonheur, l’exagération épique !

Nathan Desnyder incarne Jack Favell pourtant interdit de séjour au château. Manipulateur en diable, jusqu’à l’absurde – avec son costume de soirée orange final. Un hasard ? Escroc flamboyant et décomplexé ? Miroir des péchés capitaux ? Make Mandalay great again ! Cynique, il ne souffre d’aucune honte.

  Enfin, un peu de bon sens, avec Damien Locqueneux et Raphaëlle Arnaud. Ils forment le duo apaisant de Béatrice et Frank dans ce fabuleux tumulte. Du même ordre, ces deux pépites de l’art des planches – à la justesse de ton remarquable- qui complètent à souhait cette superbe comédie humaine: Mathias Fleurackers (Ben) et Laurent Kiefer (le colonel Julyan). Ainsi, le bonheur est dans la salle. Pardon, sous le ciel estival de Molenbeek.

Cette version Bruxellons! très illustrative de l’esprit du roman, est aussi renversante que les flammes d’ Autant en emporte le vent. Mais de surcroît, la métaphore scénique célèbre les identités effacées, les amours figées, les maisonnées hantées par les non-dits, les traumatismes savamment enfouis Et quand la scène s’embrase – littéralement – on comprend que Rebecca a en fait le dernier mot… un mot désespéré et rageur de vraie sorcière.

La porte de l’enfer s’ouvre enfin. Vers la mer. Vers les libres horizons. Ensemble ? Allez, On embarque ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

vu le 22 juillet 2025

Rebecca Mise en scène de Jack Cooper et Marina Pangos
Direction musicale de Laure Campion – Chorégraphies de Kylian Campbell
Une Coproduction de Bulles Production, de Cooper Production et du Théâtre Le Public
Avec l’autorisation de Vereinigte Bühnen Wien
25 représentations  A partir du 11 juillet 2025 

Avec Bruxellons!

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administrateur théâtres

A Villers-La-Ville, La Belle et la Bête en plein air

Spectacles

La Belle et la Bête dans le creuset de pierres séculaires…

Rayonnement de l’intelligence de cœur dans le cadre sublime de l’abbaye de Villers-la-Ville   lors d’un spectacle de magie humaine, de générosité exemplaire, écrit dans une langue ciselée. Loin des contes à trois francs six sous, en version simplifiée ou édulcorée, cette version de La Belle et la Bête enchante par son rythme et sa diction. Heureux les mots-dépendants ! Heureux les amoureux de belle scénographie ! Heureux les visiteurs d’un lieu chargé d’âme !

Grand-messe théâtrale dans l’Abbaye de Villers-La-Ville cet été, à la tombée du jour. Il y a quelqu’un ? On est 900. Chaque année, 20.000 spectateurs se pressent sous les voûtes en ruines. Cette fois, la messe populaire combat les apparences et la violence. En piste – suivez le guide – une fée espiègle, cocasse, omnisciente et… lumineuse. Telle une prof farceuse… (Jeu : une pétulante Bernadette Mouzon).

Trois figures féminines sont convoquées par le texte. Belle : l’innocence, la vertu et la bienveillance pures (Laura Fautré). Deux sœurs caricaturales, deux pestes insupportables et chamailleuses qui ne vivent que pour la galerie, comme dans Cendrillon : Lauriane Jaouan (Fatmé) et Manon Hanseeuw (Lisbé). Et une mère, Reine de son état, une Lagertha absolument guerrière (Marie-Hélène Remacle), tout ce qu’il y a de plus dur, autoritaire et violent.

Dans ce trio explosif, on ne peut que choisir la première. La seule qui ne prône pas la guerre. Une évidence. Mais la pureté idéalisée existe-t-elle ? Jacques Brel ne nous chante-t-il pas « L’inaccessible étoile » ?

En tout cas, on dira un non franc et massif aux apparences, et surtout un Non majuscule à la violence. Notre foule sentimentale a tant besoin d’idéal. Ce spectacle est donc fort rafraîchissant et beau… comme la maladie d’amour.

Côté masculin, deux hommes. Un père (Bruno Georis), adorable et tendre, veuf et ruiné, mais qui vibre intensément pour cette cadette qui n’aime que les roses… Et un prince (Benjamin Ramon), impressionnant, caché sous une peau de bête, victime d’une fée vengeresse et jalouse, un miroir noir de malédiction. Tiens donc, encore une femme ! Et son vœu ultime à cette malheureuse créature ? Essence contre apparences :  être aimé pour ce qu’il est. Rien que cela. Rien d’autre. Le programme de Don Quichotte ?

Sûr que la joie de la métamorphose finale de ce prince blessé dans son orgueil et sa solitude, et enfin libéré du méchant sortilège fait du bien. Même si tout le monde connaît cette fin. Dansons… là où éclôt la magie !

Car les mots dansent. Des éblouissements classiques déclamés dans une diction parfaite enveloppent ce beau spectacle. Des subjonctifs imparfaits, des passés simples. Comme les herbes du même nom. On est dans une abbaye ! Où étiez-vous donc passés ? A la trappe ? Les voici ressuscités, à Dieu ne plaise ! En signe infaillible d’intemporalité, les répliques scandées font briller les mots et les idées comme des lucioles de plaisir dans la nuit. Le tout, teinté de touches d’humour très actuel.

 En effet, le texte choisi par Patrick de Longrée pour exploiter sa scénographie nous vient directement du conte original de Gabrielle‑Suzanne de Villeneuve (1740). Un bijou de français ancien. Le texte est mis en scène par Alexis Goslain, avec les somptueux costumes de Sophie Malacord et Thierry Bosquet, les éclairages contrastés de Christian Sténuit et les illustrations musicales joliment inquiétantes de Laurent Beumier.

Ce spectacle, c’est donc ça : un vrai bain d’humanité. Toutefois, disons que cet entracte imposé est un peu lourd. Pierres, lierre, bière… La foule se trouve canalisée par une équipe nombreuse d’étudiants très souriants. Mais où s’assoir et où rêver ? Et comment ne pas briser l’enchantement ? Soupir ! Mais on quitte les lieux, la rose au cœur, sachant que l’amour ne peut fleurir que dans la réciprocité et le consentement. Le temps d’une heure et demie, on se rappelle que les contes ne mentent pas – ils transforment. Et qu’il est encore permis de croire à la métamorphose.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

vu le 17 juillet 2025

→ https://deldiffusion.be/prochaine-production/la-belle-la-bete

Mise en scène : ALEXIS GOSLAIN

Avec
LAURA FAUTRÉ (la Belle)
BENJAMIN RAMON (la Bête)
BRUNO GEORIS (le Père)
BERNADETTE MOUZON (la Fée)
MARIE-HÉLÈNE REMACLE (la Reine)
LAURIANE JAOUAN (Fatmé)
MANON HANSEEUW (Lisbé)
JONAS JANS (Garde)
ROMAIN MATHELART (Garde)

D’après GABRIELLE-SUZANNE de VILLENEUVE
Adaptation et scénographie : PATRICK de LONGRÉE
Costumes : THIERRY BOSQUET & SOPHIE MALACORD
Éclairages : CHRISTIAN STÉNUIT
Maquillages : GAËLLE AVILÈS SANTOS
Habillage musical : LAURENT BEUMIER
Images vidéo : ALLAN BEURMS
Chorégraphie : SABRINA GERLACHE
Assistant à la mise en scène : JONAS JANS

Produit par RINUS VANELSLANDER Vanelslander & PATRICK de LONGRÉE

ABBAYE DE VILLERS-LA-VILLE
À partir du 10 juillet 2025

 

https://deldiffusion.be/prochaine-production/la-belle-la-bete

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administrateur théâtres

Kean Ressuscité au théâtre des Galeries

Spectacles

Kean en crescendo saisissant au Théâtre des Galeries

Mai 2025. Pari osé, pari tenu. Le Théâtre des Galeries ressuscite Kean, d’abord imaginé dans une pièce en 5 actes, par Alexandre Dumas en 1836, puis transfiguré par Jean-Paul Sartre en 1953, dans une version dense, réflexive, parfois vertigineuse.

Ce qui aurait pu devenir une représentation poussiéreuse de héros de théâtre romantique, sous les traits d’un menteur professionnel, se révèle être une mise en abîme haletante de l’identité, du jeu, et de la solitude de l’artiste torturé.

Daniel Hanssens y est immense. La pièce repose presque entièrement sur ses épaules. Et quelles épaules ! L’acteur belge, connu pour sa générosité scénique et son ancrage populaire, atteint ici une forme de sommet dans la tragi-comédie. Il mêle avec virtuosité la gouaille de Falstaff, les états d’âme d’Alceste, le questionnement d’Hamlet, la sauvagerie d’Othello, la débauche de Don Juan. Couvert de dettes, il est tour à tour clown, tragédien, ivrogne, séducteur, enfant blessé. Il passe d’un masque à l’autre sans jamais perdre de vue l’abîme intérieur de Kean : un homme qui ne sait plus où finit le théâtre et où commence la vie. Dans certaines scènes, particulièrement celle du miroir, Hanssens semble littéralement se désincarner : le public, suspendu, devient témoin d’un effondrement autant que d’une révélation.

« Kean », c’est nous, c’est vous, c’est tout lui.

Dans cette triple identification, on entend l’écho de l’existentialisme de Sartre : l’être humain n’est pas une essence figée, mais une construction perpétuelle à travers ses actes, ses choix, et son regard sur soi. Kean, comédien qui perd sa propre identité dans ses rôles, devient un miroir dans lequel chacun peut se voir. Nous sommes tous, à un moment donné, des “Kean” : tiraillés entre l’image que les autres attendent de nous et notre vérité intérieure, fuyante, mouvante, insaisissable.

Jean-Paul Sartre dans sa réécriture de Dumas ne se contente pas de moderniser un texte : il y insuffle sa vision de l’homme, de la liberté, de la responsabilité. Kean, dans ses mains, devient un être en crise, en lutte avec l’absurde de l’existence, avec la nécessité de jouer un rôle — littéralement et symboliquement — pour être aimé, reconnu, exister. Le théâtre devient le lieu même de la conscience de soi.

Daniel Hanssens est la chair de ce mythe. Il ne joue pas Kean : il le devient, au sens sartrien du mot. Il incarne la complexité humaine, dans toute sa grandeur et ses failles. Il nous rappelle que le comédien, comme tout homme, est condamné à la liberté — à la fois bénédiction et fardeau. Par son jeu, il révèle que l’acteur et le personnage, l’homme et son rôle social, ne font qu’un dans le vertige de l’existence.

La mise en scène d’Alain Leempoel opte pour une esthétique épurée : peu de décors ou de mobilier, à part des immenses livres grands comme des portes, et 5 grands miroirs à bords dorés, flottant, avec ou sans tain. Ils captent les personnages ou ceux-ci  les traversent. Des lumières tranchantes, des points de fuite changeants. Partout, les livres de Shakespeare en édition ancienne, jouent les géants silencieux qui montent la garde des lieux, du temps de de l’action. Tout conduit à arracher les voiles de l’hypocrisie et à rendre compte des impostures. Seul le décor de la taverne nous ramène au réalisme du début du 19e siècle. Ce dépouillement sert le propos : l’essentiel est dans le verbe, dans le geste, dans la tension entre ce que l’on est et ce que l’on prétend être.

Ainsi, la troupe solide papillonne avec effervescence autour du lion Kean, cet acteur qui a réellement existé, figure publique adulée, et cependant …aux pieds d’argile, perpétuellement inquiet dans sa quête bouleversante de lui-même et le désir ardent de changer le monde. La mièvrerie, les grimaces, les jeux de dupe, la cruauté, s’entrechoquent autour de lui alors que les rires et l’amusement s’enchaînent la salle. Tous, les comédiens sont de brillants personnages bien ciselés, que ce soit l’aubergiste (Marc De Roy), Salomon, l’intendant de Kean (David Leclercq) ou le ridicule Lord Mewill (Pierre Poucet). Avec trois autres comparses réputés de la comédie : Robin Van DijkVirgile Magniette et Michel Hynderyckx, chacun participe à sa façon au crescendo du jeu de massacre qui se produit au cours de cette effarante construction équilibriste.

Le rôle d’Elena, comtesse de Koefeld (Laurence d’Amelio), épouse de l’ambassadeur du Danemark (Jean-Michel Vovk) est magistralement tenu ainsi que celui de la très merry wife, Amy, comtesse de Gosswill (Christel Pedrinelli), elle aussi, amoureuse du King !

Le rôle du prince de Galles, très improbable ami de Kean, est campé avec le brio du gentleman éternel par l’élégant Dominique Rongvaux.

La pétulante Shérine Seyad, en comédienne en herbe qui ne s’en laisse pas conter, nous séduit par sa franchise et sa vivacité.

Il faut cependant admettre que c’est le monologue intérieur de Kean — incarné dans chaque regard, chaque intonation, chaque geste — qui sculpte vraiment le cœur du spectacle.

Kean, pièce sur le théâtre, nous confronte sur notre manière de jouer à être, chaque jour. Dans cette version incisive et dépouillée, le Théâtre des Galeries offre bien plus qu’un spectacle : toute une expérience existentielle. Un miroir tendu, déformant et troublant. On en sort secoué, peut-être, plus authentique ?

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

  Kean » D’Alexandre Dumas et Jean-Paul Sartre, Du 30 avril au 25 mai 2025 , Billetterie : du mardi au samedi de 11h à 18h – 02 / 512 04 07

 

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administrateur théâtres

Une première... mondiale à la Comédie Claude Volter

Spectacles

Une Exploration Extraordinaire des Mondes Invisibles à La Comédie Claude Volter Jusqu’au 9 février 2025

Le théâtre, par sa nature même, n’est-il pas un miroir des réalités diverses et souvent cachées de notre existence ? Dans le spectacle « Je voudrais mourir par curiosité », cette essence du théâtre est magnifiquement mise en lumière par Christine Delmotte-Weber, qui nous entraîne dans une aventure exploratoire des mondes invisibles et des états de conscience non ordinaires.

En effet, les neuroscientifiques de Liège, à la pointe de la recherche sur les états de conscience modifiés, et la question de la délocalisation de la conscience, ont offert à Christine Delmotte une fenêtre rare sur des expériences telles que les expériences de mort imminente (E.M.I.), la transe cognitive, l’hypnose et les expériences psychédéliques. Ces chercheurs, en collaboration avec le GIGA Consciousness, de l’université de Liège, ont permis que leurs découvertes enrichissent le spectacle que propose Christine Delmotte-Weber de manière inédite. Le résultat est une œuvre où la science et l’art s’entrelacent pour offrir une réflexion profonde et fascinante sur la nature de notre conscience. Entre les différents tableaux, dans le silence des voix, des pages de musiques méditatives nous permettent de plonger à notre tout au plus profond de nos expériences personnelles.

Une Fusion des Réalités Théâtrales

Loin de tout modèle matérialiste, Christine Delmotte-Weber a choisi d’explorer avec sa très belle sensibilité le dialogue de deux femmes qui s’aiment, séparées subitement par la mort par accident. Myriam et Baba.  Mais le fil de la vie ne cesse de les réunir, tant l’amour qu’elles éprouvent l’une pour l’autre appartient à plusieurs dimensions.  Avec audace et dextérité l’œuvre scénique mélange habilement les genres et les niveaux de réalité. Dans ce spectacle, le théâtre d’objets côtoie la projection de réalités extérieures, créant ainsi un mélange des genres qui défie les conventions théâtrales traditionnelles. Cette approche nous permet de naviguer aisément entre les mondes visibles et invisibles, entre le tangible et l’intangible, entre le matériel et le spirituel.

Ce spirituel, tellement bien symbolisé par la présence du début à la fin, d’un cerf majestueux qui, certes a causé la mort de l’une d’elles, mais il est aussi du roi des forêts, garant du mystère de la nature, et dont la présence ouvre sur une dimension spirituelle, l’essence divine de l’amour et le caractère sacré de notre environnement naturel. Tout autant que l’allégorie de notre vulnérabilité, il est symbole d’apaisement, de douceur, de grâce. Au cœur de ce mystère, les deux femmes se retrouvent, à la fois plus charnelles que jamais et comment dire… régénérées ?  Bouleversant ! Loin d’être confinées à une seule dimension, elles évoluent et se transforment, nous offrant une vision renouvelée de notre existence. Leur démarche éclaire sur la manière dont les morts continuent à habiter la vie des vivants et ajoute une profondeur supplémentaire à la question de la délocalisation de la conscience, et à la puissance de la mémoire.

Starhawk, dans « Rêver l’obscur, Femmes, magie et politique », se définissant à la fois comme féministe et sorcière néopaïenne nous rappelle l’importance de célébrer la vie à travers le mouvement.  Le vent dans le balai ? Cette idée est superbement intégrée dans le spectacle, où les deux comédiennes semblent vivre intensément malgré les barrières de la mort, dansent, se meuvent, apparaissent et disparaissent dans un ballet d’émotions partagées et de liberté des corps. Le bleu du ciel et le noir de la terre.

« Je voudrais mourir par curiosité » est une œuvre théâtrale qui transcende les subtiles limites du visible et de l’invisible. La phrase est de …Georges Sand, tout un programme, non  Grâce à l’ingéniosité de Christine Delmotte-Weber et à sa collaboration avec les neuroscientifiques de Liège, ce spectacle nous offre une exploration riche et nuancée des états de conscience non ordinaires. Pour le spectateur, une expérience immersive qui mélange habilement la science, l’art et la philosophie pour créer une réflexion profonde et émouvante sur notre manière de percevoir et de comprendre la réalité. L’interprétation magistrale est signée Marie-Paule Kumps et   Stéphane BissotToutes deux, corps et esprits en mouvement, fusionnent l’Émerveillement, la Conscience et le Théâtre dans un bijou théâtral  fascinant.  

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Une production de la Compagnie Biloxi 48 et de la Comédie Royale Claude Volter. 

Avec Stéphane Bissot, Margaux Frichet et Marie-Paule Kumps

Assistanat Margaux Frichet

Installation scénographique et objets Annaëlle Impe

Lumière Benoit Théron

Son Victor Petit

Vidéo Samuel Deschamps

Régie Bruno Smit

A la Comédie Volter, 28 avenue des Frères Legrain, 1150 Bruxelles

Du 22 janvier au 9 février à 20 h 15 (les dimanches à 16 h)

Infos et réservations : https://www.comedievolter.be/

 

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administrateur théâtres

Spectacles

Oui aux artistes!

Au-delà de la peinture des caractères humains éternels, une Leçon de Lucidité ?

Par les temps qui courent, c’est tellement réjouissant de pouvoir retrouver sur scène l’un des joyaux du répertoire notre cher Molière ! On a donc couru au théâtre Le Public, un beau dimanche après-midi d’automne, flanqués de notre jeune famille, bien préparée à la découverte du Tartuffe, comédie en 5 actes et en alexandrins (1667).  

Or, tout de suite, nous voilà pris par surprise : la joie fait place à une situation de crise intense. Nous voilà, face à un plateau absolument vide, sans le moindre accessoire, sauf les murs recouverts d’une magnifique tapisserie florale – conçue par Renata Gorka – qui nous rappelle le très beau tapis de fleurs bruxellois édition 2024. Devant ce décor minimaliste, on retient son souffle, car voici que les portes claquent sans relâche, mais ici, avec une brutalité bien loin de la bonne humeur qui préside aux comédies de boulevard. Que se passe-t-il ?

Une foule de personnages vêtus de riches costumes d’époque (Chandra Vellut), tels ceux des tableaux de Velasquez ou Watteau, s ‘agite et met à courir, s’invectiver dans tous les sens, comme autant d’êtres affolés

A rat race ? dirait-on en anglais !  Serait-on brusquement projetés à l’entrée de jeu dans une immense souricière d’un monde Orwellien ?  Non, on va juste voir se dérouler devant nos yeux les innommables fourberies du Tartuffe, passé maître dompteur des imbéciles heureux.

Heureusement les riches alexandrins du XVIIe siècle, faits pour ravir l’oreille, démentent par leur harmonie une plongée directe dans l’enfer ! Et les habiles jeux de lumières qui épousent les moindres émotions sont aussi là, pour nous sourire.

En effet, la mise en scène fulgurante de Michel Kacenelenbogen immerge tout de suite les personnages dans une violence inouïe. Madame Pernelle, la mère d’Orgon, jouée par une Jacqueline Godinas enflammée, est devenue une mater familias tyrannique, hystérique et hargneuse. Toute vêtue de noir et de mauvaise foi, elle semble plutôt habillée d’une indécrottable bêtise. Oui, penchons pour la bêtise…  On comprend qu’elle se trouve sous l’emprise du répugnant Tartuffe, un monstre d’hypocrisie et d’avidité qui l’a entortillée. Vouant à son idole un culte inconditionnel, elle vocifère tous azimuts dans ses atours de vieille duègne espagnole acariâtre. D’ailleurs, personne ne comprend sa colère.  Elle préfigure la folie qui a atteint son fils, un incorrigible Orgon, noyé par une crédulité et une naïveté sans nom.  

 Lorsque le faux dévot prétentieux paraît enfin, on le voit tendre un mouchoir à Dorine, la gouvernante de Mariane (Anne Sylvain)« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! » Le cuistre ! L’imposteur !  Premiers rires, très bienvenus ! 

 Le pauvre Orgon si bien interprété par Laurent Capellutto, se trouve bientôt totalement à la merci du prédateur. À genoux, il ira jusqu’à l’embrasser dans un fervent enlacement…. C’est ainsi que l’on fait avec les gourous, non ? Incapable de proférer la moindre parole, on le voit tel un lamentable animal désespéré, courant en rond comme un fou dans une cage, pris définitivement au piège, dans une scène qui fait froid dans le dos.

 Voilà qu’il n’y a plus d’écart entre le plateau et les spectateurs… Les émotions de part et d’autre sont trop vives. Cet Orgon si tristement dénué d’entendement ou de la moindre dose d’esprit critique fait peur. Est-il possible ? Le spectateur, irrité, irait bien le gifler pour le rappeler enfin à la réalité !

 Ni les efforts répétés de son entourage, ni les preuves vivantes de la fourberie de son « ami » fournies très explicitement et charnellement par sa jeune femme Elmire (Jeanne Kacenelenbogen), ni l’amour qu’il pourrait éprouver pour son adorable fille Mariane qu’il veut faire épouser contre son gré par Tartuffe, ni la perte de ses biens, rien ne vient l’éclairer. Victime et proie de choix, il est totalement aveuglé et danse au bord du gouffre jusqu’à la chute finale… Les temps ont changé depuis Molière. Il fallait oser dans cette production !  Une licence poétique a décidé de ne concéder aucun cadeau à un scénario optimiste et transforme le cauchemar de plus en plus aigu en thriller éblouissant.

 Symbolique. Bonnes gens et populistes de tout poil, réveillez-vous, ne voyez-vous pas se profiler une fumisterie généralisée ?  Les mensonges en série au goût de pain béni, tueurs et vainqueurs de notre esprit critique ?  Les pantins que vous pourriez devenir ? L’ignominie du profit personnel qui avale toutes nos valeurs ?

 Heureusement la salle crépite souvent sous les rires, bercée par la langue si savoureuse de l’illustre Molière… C’est le très brillant Pietro Pezzuti qui incarne le machiavélisme aux mille et une nuances du Tartuffe et on déguste vraiment sa manière de jouer. En effet, le comédien se glisse avec un art consommé dans le personnage de Tartuffe, sournois si totalement diabolique, dénué de moralité et dépravé…

 Et Bravo à ceux qui résistent courageusement : …Cléante, le beau-frère d’Orgon qui tente de faire comprendre à Orgon qu’il nage en plein délire.

 « Vous les voulez traiter d’un semblable langage,

Et rendre même honneur au masque qu’au visage,

Égaler l’artifice à la sincérité,

Confondre l’apparence avec la vérité ? »

 De jolies palmes reviennent aussi à Valère, l’amant de Mariane et à Damis, ce pauvre fils finalement jeté à la porte par un père guignol !

 Bien heureusement aussi, la jeune et pétulante Lily Dupont, pour la première fois sur les planches du Public, qui incarne du haut de ses 21 ans la frêle Mariane, séduit à la fois par l’innocence de son charme mais aussi par son jeu aiguisé et sa jeune combativité tellement actuelle.  Capable de nous rassurer enfin que nous pouvons toujours choisir …de ne pas être dupes.

 …Et nos jeunes spectateurs, d’être éblouis par cette tartuffiade plus que réussie !

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 Crédit photos: Ph Gael Maleux

Distribution

Jusqu’au 7 décembre 2024  Infos & Réservations: 02 724 24 44

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administrateur théâtres

Tout va trop bien! De et avec Thomas Delvaux

Spectacles

Grand voyage intérieur dans un petit lieu

Hier à Chastre-Villeroux-Blanmont, dans un café-théâtre loué pour une circonstance d’anniversaire, se produisait un de ces hommes de bonne volonté, si chers à Antoine.

C’est parti! Devant vous, surgit en noir et blanc, un  grand prince, 1 m80, yeux marrons pétillants et boucles brunes de bonheur, pour une autre épopée, bien terrestre, celle-ci et hors nostalgie… Un homme-orchestre débordant de gentillesse, il est libre… Max!

Cet émouvant spectacle sans musique ni trompettes, juste des lumières bien dosées est une fanfare théâtrale menée avec entrain par Thomas Delvaux. Elle réchauffe immanquablement les cœurs les plus tristes et attise des rires en cascades. Ce rieur impénitent aurait-il pris des leçons avec Philippe Vauchel, autre capteur de mondes intimes? Mission : rendre les gens heureux. En quelques mots comme en cent, on est très vite sous le charme de cette étonnante autobiographie qui sonde avec vivacité nos émotions humaines. Et tout cela, sans jamais avoir l’air vraiment d’y toucher! Il y a tant de délicatesse dans ses variations du bonheur!

Rien de conventionnel

Presque malgré lui, le public est donc entraîné dans l’aventure avec cet être, incapable de projeter autre chose … que la joie! Du jamais vu, ni osé! Certes, il est  tout l’envers du triste sire Halewijn germanique, qui, au lieu de vous emmener droit sur la falaise pour vous y jeter avec les autres, vous hurlerait: Stop! Ici, les rires et le sourire! Et vous vous arrêteriez pile, pour retrouver la liberté de choisir tout ce qui a du sens pour vous!

Une démonstration par l’absurde

Cet homme ose affirmer en effet qu’il est né avec un handicap. Celui du Peps ! Il est né – Heu-reux – et n’a jamais réussi à quitter sa trajectoire de bonheur. Vous ne trouvez pas dans cette prestation un gramme d’esprit moralisateur, seulement l’or liquide du rire. Et juste des rafales d’émotions, toutes, avouées avec la plus rare innocence. Et bien sûr, pas non plus une once de niaiserie, mais cette honnêteté intrinsèque de jeune homme de 17 ans qui en a 40 et n’est toujours pas …sérieux. Qui d’ailleurs, dans sa vie, le prend au sérieux? Personne, et c’est bien son drame! Mais prenez garde, il n’a rien d’un ado attardé, c’est un homme debout et … Heu-reux! Et enfin, dans ce texte intelligent et sensible, aucune tentative de manipulation, pour convaincre ou abuser, nulle présence  du credo du bonheur à tout prix, ou  l’ombre d’une quelconque méthode Coué. C’est une œuvre de pure sincérité et surtout de profondeur inattendue.

Ce conte philosophique généreux fuit aussi l’ironie du Candide de Voltaire, tout en flirtant avec la sagesse de Jean de Lafontaine, et peut-être se relie à Jacques Salomé et autres bien veillants. Le public en tout cas, vibre avec lui. La ballade des gens heureux…

Dès l’entrée de jeu, le public répond avec ses rires spontanés et heu-reux! Le comédien tour à tour farceur et …. défiguré par l’idée de la douleur et de la souffrance, vous jette dans le bonheur, se démultiplie en une quinzaines de personnages totalement inattendus, virevolte, gambade, saute, s’effondre, mime, bruite, théâtralise, se donne à fond et sans vergogne.

Les échanges nourris après la prestation ne font que confirmer les vertus de l’écriture incisive et de sa joyeuse interprétation. Tout vient, pense-t-on, d’une perception innée de ce qui nous relie et d’une inénarrable aptitude à envisager l’Autre. « This is huge » dit-on dans la langue de Shakespeare.

Ah! Les fous, chez Shakespeare, … qui égrènent dans leur course, des étoiles!

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

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administrateur théâtres

La parole libératrice à la Clarencière

Spectacles

Kafka et le harcèlement, un seul en scène vibrant à la Clarencière

...Et que nous dit Flaubert de la parole humaine?

« La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »

Ni ours ni étoiles ici, mais une sidération totale face à La Lettre au père de Franz Kafka, écrite en novembre 1919 et jamais envoyée. Une confession brûlante, assidue, imprégnée d’amertume, un cri d’introspection implacable sauvé des flammes par Max Brod, contre la volonté de Kafka. Tout fait penser au célèbre et fascinant tableau de Munch.

Hermann contre Franz.

Cette sombre sonate, glaçante et mélancolique, mettant en scène le géant et le naina pris vie récemment au Théâtre Littéraire de la Clarencière à Bruxelles. Sur scène, Ghyslain del Pino, diplômé des conservatoires de Liège et Nantes, livrait une performance d’une terrible sincérité.

Sous un phare rouge et une mise en scène minimaliste, il incarne de manière poignante un Franz écorché, prisonnier d’une culpabilité radicale, infligée avec rancune par un père tyrannique qui lui reproche… son manque d’amour filialCe que l’on appelle maintenant, un pervers narcissique? Ce huis clos familial, fait de brimades et de silences destructeurs, de regards tueurs, illustre la profondeur du terme “kafkaïen”, passé dans la langue commune pour désigner l’absurde oppressant qui traverse toute son œuvre.

Un combat sans issue.

Franz, enfant fragile et souffre-douleur d’un père dur et despotique, tente, en vain, de briser la chape de culpabilité qui l’étouffe. Son seul refuge : fuir en lui-même. Cette lettre à son père est sans doute l’œuvre la plus triste et déchirante jamais écrite, un cri désespéré qui met à nu les blessures d’une identité méthodiquement massacrée.

Ghyslain del Pino interprète ce texte asphyxiant avec une intensité quasi viscérale, devant un public belge sous le choc. Chaque mot résonne, chaque silence pèse. Pourquoi cette punition perpétuelle? Pour quelle faute? Le comédien, peu rasé, épuisé avant de commencer, simplement vêtu d’un jeans noir et d’un singlet blanc, dialogue avec son méchant escabeau, seul partenaire dans l’enfer qu’il habite. Il dévoile de page en page avec une précision clinique toute l’aberration, les injustices flagrantes, les violences et la haine froide d’un père qui, par cruauté, annihile autour de lui tout ce qui n’est pas lui. Du vécu? Oui, on est abasourdi.

Une résonance universelle.

Cent ans après la mort de Kafka, cette œuvre suscite une réflexion troublante : ce modèle éducatif cruel était-il le reflet d’une époque ? Et aujourd’hui, dans un monde où l’enfant-roi et des parents omniprésents dominent, le harcèlement reste-t-il ancré dans la nature humaine ?

Ghyslain del Pino répond avec force : le non-respect de l’autre est un poison enkysté dans nos civilisations. Il souligne l’urgence de briser ces dynamiques archaïques, nourries par des sociétés patriarcales et suprémacistes.

La parole libératrice.

Malgré tout, le chaudron fêlé de Gustave Flaubert reste porteur d’espoir : il transporte de l’eau, source de vie et d’émancipation. Et même sous les pas des plus brisés, dans la rigueur du désert, l’herbe ainsi repousse. Et c’est dans ce théâtre intime, petit lieu célébrant ses 25 ans, que cette parole cathartique trouve son plus bel écho.

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

 

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Lettre au père - Sonate pour acteur
de Franz Kafka
Par : Ghyslain Del Pino
Traduction : François Rey

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administrateur théâtres

Spectacles

« Un univers visuel et esthétique fort » dans « La Belle et la Bête »au théâtre du Parc

Loin des tumultes du monde et des discours belliqueux des puissants, Belle murmure : « Je voudrais une rose… »

Bienvenue dans le refuge des rêveurs, un miroir magique aux multiples échos, véritable enchantement.

Ce spectacle magnifiquement écrit suit la trame du conte « La Belle et la Bête », tel que Jean Cocteau l’a narré dans son film en noir et blanc de 1946, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Rêvait-il d’une approche plus généreuse du monde ? C’est sûrement ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui : une Belle histoire.

Contrairement aux plans graphiques en noir et blanc du film de Cocteau, l’adaptation de Thierry Debroux nous offre un festival de couleurs gourmandes, peintes au pinceau du merveilleux, même si le château a parfois des allures de carton-pâte. Inspiré par le récit de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, le conteur navigue volontairement dans les méandres du sombre et du mystérieux pour nous mener à travers les énigmes de l’attraction, vers une éclosion magique et lumineuse de la joie. Les éléments moteurs de l’histoire sont des principes vitaux : l’amour, les métamorphoses et le rire salvateur, pour conjurer maléfices et sortilèges.

On se prend donc à rêver. Et si la vie n’était que métamorphoses toujours recommencées, faites d’élans vers le Beau, le Bien, le Vrai ? Où l’évolution du royaume de la Nature finit toujours par gagner. Si nous allions, nous aussi, gagner sur la violence, la destruction, le mensonge, l’hypocrisie, l’avidité, la vanité du pouvoir et l’orgueil. Si c’était l’essentiel ?

Remercions donc les créateurs qui donnent à voir et à entendre. La création musicale originale envoûtante est signée par les compositeurs Nicolas Fiszman et Fabian Finkels. La distribution de rêve, dirigée par Emmanuelle Lamberts, met en scène des valeurs dans lesquelles on voudrait bien croire, ne serait-ce que l’espace d’un soir.

C’est donc une invitation à la légèreté qui nous est faite cette année, sur le plateau du Théâtre du Parc, un heureux cadeau pour clore cette année 2024 et augurer du meilleur. « Je vous souhaite des rêves, à n’en plus finir… »

L’habile scénographie de Thibaut De Coster et Charly Kleinermann est délicieusement païenne – vivent les Celtes, les elfes, les villageois et les fées ! Humaine et bienveillante, cette féerie théâtrale et musicale posée en Irlande s’engage sous des décors presque organiques qui ne cessent de se mouvoir, de respirer, de prendre vie et de nous entraîner dans la rêverie. Tout est à contempler par les yeux ou les oreilles. On est véritablement happé par une synergie et une fluidité extraordinaires qui circulent en continu, comme dans les fondus enchaînés du cinéma. Entre les ballets, le mouvement des décors et des tableaux, les voix de belle musicalité, les chœurs, les lumières, les costumes (Chandra Vellut), c’est l’interprétation du texte souvent farceur, dit par des comédiens de haut niveau, qui fascine par sa justesse de ton et sa vivacité. Une Belle comédie musicale. Enfants admis!

Les contrastes ont également le beau rôle. L’extraordinaire entrée en scène de La Bête monstrueuse (Nicolas Kaplyn) est fracassante… de beauté ! La présence et le jeu sensible de Belle (Romina Palmeri) sont un pur message de bonté. Quel couple exquis au cœur de cette incessante chorégraphie !

L’humanité et le désarroi du personnage du père ruiné, qui fait tout pour sauver sa famille, émeuvent profondément. Fabian Finkels est d’ailleurs presque omniprésent et plane comme un appel muet sur l’ensemble. La complicité des deux sœurs (Marie Glorieux) finit par effacer l’ombre des jalousies toxiques qui hantent les contes. Vous remarquerez sûrement cette oreille jalouse dans l’entrebâillement d’une porte, mais leur émouvant duo vous fera basculer dans des larmes de tendresse. Le majordome de la Bête (Jérôme Louis) est drôle et attachant comme pas deux. Le jeu incisif du pasteur ambivalent (Antoine Guillaume) suscite à la fois le rire et la pitié, et le cocktail réussi de tous ces personnages est vraiment explosif, avec une méchante fée franchement méchante. Quitte à faire exploser nos stéréotypes ?

De quoi rallumer la générosité et la chaleur humaine ! Puisque l’invisible se présente, non seulement chez les danseurs de forêt, arbres et plantes humaines, mais aussi sous les traits de deux comédiens facétieux et captivants (Perrine Delers et Emmanuel Dell’Erba), qui intègrent le tableau, tantôt sages, tantôt burlesques, et que l’on verrait bien siéger dans l’imaginaire de Saint-Exupéry, Lewis Carroll ou Maeterlinck ! Ah ! Les correspondances…

Vous ressortirez, figurez-vous, le cœur enluminé et battant. La rose, …sans le fusil.

 

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

Crédits photos Aude Vanlathem 

N.B.

Les réservations dès le soir de la première couvraient déjà les deux premières semaines de spectacle!

« La Belle et la Bête », jusqu’au 7 décembre au Théâtre Royal du Parc

 

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administrateur théâtres

Du 03 > 20/10 2024 au théâtre de la Valette, à Ittre, une première en Belgique

Interprétation : Christel Pedrinelli, Séverine De Witte, Laura Fautré & Bénédicte Chabot, la mise en scène de Fabrice Gardin, décors de Léa Gardin

Pour survivre, elles ont choisi la retraite qui sauve, la réclusion volontaire, cloîtrées dans une maison provinciale au milieu de nulle part. Il leur a fallu quitter le monde, ce monde extérieur hostile de la violence avérée des hommes. Ainsi, résister, se barricader, comme dans les villas romaines, contre les barbares. Quitte à mourir de faim et à même halluciner, une vieille pratique intuitive moyenâgeuse pour conjurer le mal ? Le curseur est sur la détresse absolue.

All in the same boat… n’est-ce pas ?

Face à la misogynie structurelle vécue, l’union fait la force malgré les différends et les chamailleries féminines. Ainsi, ces quatre femmes rangées se retrouvent attablées dans des scènes d’ébriété surréaliste. La mère autoritaire en tête. Face au public, comme découpées entre les panneaux verticaux du décor, elles apparaissent comme quatre points cardinaux pour un bateau fantôme : Fluctuat nec mergitur.

Au nord, qu'elle semble avoir perdu, il y a Violet, cette mère qui a souffert tant et plus de la tromperie et des sévices des hommes. Elle combat la dépression à coup de pilules roses.

Au sud : c'est Brown, une de ses filles, exploratrice relationnelle intrépide des insectes et des hommes. Elle est blonde comme les blés, se passionne pour l’encadrement des papillons, libellules et amants de trois jours.

À l’est : Black. Le soleil intérieur de la jeune artiste incomprise dessine, peint et chante coûte que coûte, au besoin, dans une langue inventée. C’est l’aînée de la famille, la plus vaillante ?

Enfin, tout à l’ouest : Blue, la dernière de la famille, personnage terriblement complexe et attachant ; elle fait ...de la divination. Comme ses demi-sœurs, elle porte une couleur du désespoir. Elle a d’ailleurs voulu offrir ses poignets au cutter, à la suite de la mort attendue de son père. Sa vie est-elle suspendue à un fil ? Vit-elle dans l'entre-deux ? Atteinte par la folie d’amour, elle fascine par ses plongées en apnée dans le mystère…

Le spectateur invité dans leur huis-clos ne sait absolument pas de quel côté penchera leur navire solitaire. Vers l’humour, surtout …noir ? L’auto-dérision ? Les interminables disputes de gynécée ? L’ironie du destin ? Le jeu infernal des sortilèges ? Un monde de sorcières ? L’amour quand même, mijotant dans le creuset de la sororité ?

Sachez seulement que le jeu en vaut vraiment la chandelle. Tant celui, impeccable, des comédiennes est haletant, et tant a force dramatique est sans cesse renouvelée. Surtout que personne, ni elles, ni le public ne s'attend au moment de bascule qui fera éclater leur mode de "mortes à la vie".

Or, dans la pire extrémité, voici de l’or véritable : les voilà soudain projetées dans une scène inoubliable, baignées d’amour et de lumière dans l’intimité d’une salle de bain. La sublime mise en scène de Fabrice Gardin les éclaire via le moteur humain inné de la compassion et de la solidarité. Car le moteur, n’est-ce pas, ce n’est pas l’argent, le travail, l’amour, le désir….

« Πάντα χωρε κα οδν μένει » C’est Héraclite, n’est-ce pas qui affirme que « tout passe et rien ne demeure ». Tel un navigateur à bout de souffle sur son radeau, le spectateur se voit donc chahuté et bouleversé à maintes reprises par toutes ces tempêtes émotionnelles successives…

 Il y aurait-il tout de même une sorte d’ange qui veille sur elles ? Ou, siègerait-il carrément en l’une d’elles ? Surnage donc cette certitude vitale qu’il est bon d’écouter les ailes des anges qui poussent irrésistiblement. Et ça, c’est la bonne nouvelle !

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

https://theatrelavalette.be/

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administrateur théâtres

Avec Denis Carpentier, Cécile Florin, Catherine Claeys et Pierre Pigeolet 

 

Teaser : Fantastique, cette salle qui rit sans la moindre retenue… Il y a cette réplique qui vous rappelle un siècle d’humour bienveillant. « Qui c’est ? » Tout le monde connaît la réponse. « Le plombier » , ça coule de source. Merci Raymond , non, Fernand! Ça fait des lustres que cela fait rire, et, comme il est bon de RIRE ! Cela a quelque chose… d’éternel.

L’histoire roule sur une série fracassante d’embouteillages, plus emberlificotés les uns que les autres, et sans sens giratoire, vous vous en doutez ! Soit un cirque ahurissant de comiques de situation. Mais ne vous attendez pas à du Feydeau ou du Labiche, non, ils sont morts et enterrés depuis belle lurette, pas une once de jeux spirituels de salon dans cette comédie de boulevard moderne. D’ailleurs, il y a-t-il encore des boulevards, ou des salons ?

En revanche, les méprises et les chaînes de quiproquos gardent toute leur saveur et leur extraordinaire ressort comique. Le metteur en scène a remonté les moteurs à fond et ça marche, à fond.

Pour tout dire, sans divulgâcher, trois zèbres dans la trentaine aux dégaines fort disparates se cognent comme des papillons fous aux portes et fenêtres d’un mari jaloux, pas encore cocu mais alerté.  

L’idée géniale du mari consiste à tout faire pour éviter que sa femme ne tombe sous le charme d’un élégant agent immobilier rencontré au hasard d’une visite. Un mec sacrément dangereux avec presque autant de charme qu’un authentique membre de la famille Kretz, chemise blanche ouverte, jeans et basquets… sourire ravageur.  Arnaud, le mari inquiet est incarné par le formidable Pierre Pigeolet, un pilier de Théâtre des Galeries, omniprésent, dans son ardeur nerveuse à prévenir le mal personnifié par un triple Denis Carpentier. Sacré bière !

 La rencontre fortuite du fameux sieur Éric risque en effet de faire basculer le couple Marion-Arnaud dans les affres tumultueuses des 7 ans de cohabitation, redoutable écueil de lassitude qui guette les amoureux les plus sincères….

La jeune femme avec son ravissant carré blond, ses allures de chef d’entreprise, est éblouissante. Légère et court vêtue - quel jeu de jambes campées sur talons aiguilles - Cécile Florin ménage son entrée en scène. Pourtant, d’une certaine manière maître du jeu, elle est armée d’une logique implacable et nullement prête à se laisser berner par la moindre entourloupe. Le combat des chefs peut commencer. Mise en scène très astucieuse d’ Alexis Goslain. Jeux de costumes très pétillants d’esprit. A la manoeuvre : Sophie Malacord. Et aux lumières : Laurent Comiant.

Ah ! On allait oublier la voisine, archétype de la commère curieuse et bavarde et hypocrite, qui se voit impliquée dans le tourbillon moqueur des chassés croisés. Un personnage haut en couleurs qui n’hésite pas à surjouer, et cela fait aussi rire de bon cœur. Catherine Claeys allume les applaudissements.

 On admire au passage le décor petit bourgeois semi moderne et décontracté, bleu ciel et crème signé Francesco Deleo.  Pour les accessoires, un conseil : ne pas mélanger gerbes et couronnes, si ce n’est par… dérision. Donc, un point en plus.  " Molière de la meilleure comédie 2023 "

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Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

 

Du 18 septembre au 13 octobre 2024 au théâtre Royal des Galeries

Billetterie : du mardi au samedi de 11h à 18h - 02 / 512 04 07

https://www.trg.be/une-idee-geniale

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administrateur théâtres

Spectacles

Monte Cristo? Tout un destin. Glaçant. Tout démarre avec le sort innommable des prisonniers politiques, ces victimes de délits d’opinion et leurs conditions de détention atroces. Cela vous dit quelque chose ?

 Et pour exemple Edmond Dantès, héros du roman feuilleton Le Comte de Monte Cristo (1844-46), jeune marin, dans cette belle production du Théâtre du Parc, sous les traits de Quentin Minon. Il est accusé à tort de bonapartisme et enfermé sous le nom de Numéro 34 dans la forteresse du Château d’If au large de Marseille pendant 14 ans. Une chance, il se lie d’amitié au fond de son sépulcre avec un vieux détenu, brillant homme d'église, incarné par Guy Pion, l’inénarrable abbé Faria, qui lui servira de précepteur enthousiaste. Une bonne âme de Sichuan ?  

Question de ménager un peu la sensibilité des spectateurs, il y a un côté Bertolt Brecht dans l'écriture magistrale de Thierry Debroux.   Cette fois, le très malicieux Guy Pion, encore lui, grand pourvoyeur d’espoir, presque un deus ex machina, se présente comme un lecteur passionné de l’œuvre du grand Alexandre et endosse adroitement le rôle intemporel de narrateur omniscient. Le comédien est en pleine forme, car, depuis sa plus tendre enfance, il s’est réfugié dans la lecture salvatrice, dans l’imaginaire, pour fuir les brimades du monde. Conseil aux plus jeunes ?

Question mis en scène, la situation effroyable de ce jeune homme mis au cachot à 19 ans, par traîtrise et pour de soi-disant délits d’opinion, est illustrée par la scénographie saisissante de Thierry Debroux et Saïd Abitar. L’atmosphère étouffante est celle du ciel de Baudelaire qui pèse comme un couvercle, du pendule fatidique d’Edgar Poe et une référence obstinée aux œuvres de Pierre Soulages, ou : comment faire de la lumière avec du noir. Les couleurs ? Absentes ou presque.  C’est le noir du puits sans fin d’un monde fossilisé dans la haine, comment en sortir ? La question sous-jacente ? 

Il y a pourtant le Rouge sang de la vendetta sur les mains. Il éclate régulièrement derrière les panneaux mobiles et les praticables qui s’écartent et se referment pour donner le frisson de la mort : un trop plein de haine nourrie de vengeance. Pour couronner le tout, Bea Pendesini (création de costumes) a osé. Voilà des comédiens qui osent les costumes verts… Vert émeraude comme le green eyed monster ! La peur et l’angoisse hantent les planches.  Aux lumières, Xavier Lauwers, à la création de vidéos, Allan Beurns et aux impressionnants décors sonore, Loïc Magotteaux qui, sans relâche enchaîne bruitages et références musicales, des polyphonies corses à Beethoven.   Ce trio émérite de mousquetaires artistes s'unit pour créer des tableaux graphiques et grandioses. Mais, entre l’intensité du jeu des comédiens et la noire splendeur des décors, que choisir ?  

 

 Toutefois, revenons au personnage principal. Grâce à son amitié avec l’abbé Faria, le prisonnier patiemment instruit par son mentor, se retrouve libre et Comte de l’île de Monte Cristo, personnage richissime. Il n'a qu'une idée, celle d' assouvir tranquillement et machiavéliquement son immense désir de vengeance. Insaisissable serial killer aux multiples déguisements, y compris celui …d’un bon samaritain, il n'est donc pas totalement diabolique... Là c’est le magnifique Itsik Elbaz qui se mesure avec panache et entêtement à toutes les convulsions de la vengeance.

Certes, la vengeance, est à la fois jouissance et soulagement du persécuté, mais aussi nouvel enfermement, l'abbé aura prévenu... Pire, engrenage aux conséquences finalement franchement dramatiques pour des innocents pris dans la foulée. Et là on verse dans l’écriture d’une noire comédie de Shakespeare. Avec un nombre faramineux de personnages, des changements d’identité, des phrases prophétiques, des brassées de mensonges, des assassinats, des scènes de combat (Emile Guillaume) et aussi une héroïne, exemplaire dans son interprétation, jouée par la merveilleuse Anouchka Vingtier, toute vêtue d’une extraordinaire robe bleue, bleu radieux ou bleu de Blues, tellement l'espoir est absent. C’est la belle Mercédès, l’ex fiancée du jeune Dantès qui s’est laissé séduire par Fernand de Morcerf (Nicolas Ossowski), un voyou dans l'âme et un traître, bref, représentant un monde de notables et de banquiers plus pourri que le royaume de Danemark. Il faut dire que quand la Justice est absente, grande est la tentation de la faire soi-même.

Mention spéciale pour deux autres femmes intrépides : la royale Haydée (Tiphanie Lefrançois), somptueuse esclave, victime des agissements du comte de Morcerf, et Valentine (Lou Hebborn), un adorable bijou de fraîcheur et de jeunesse.  Et pour achever de nous fasciner, voilà aussi le jeu innocent de ces deux jeunes garçons pré-ados, perdus dans le poison fétide d’une société qui se dévore. Très touchants. Et dire que, Vingt ans avant, c’était …le bonheur !

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres  

 

Crédit Photos:  Aude Vanlathem

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administrateur théâtres

They did it! A la Comédie de Bruxelles

En tournée.... 

                        Titulaire du prestigieux Prix Maeterlinck de la Critique, Daniel Hanssens, sacré roi de l’humour, a tout fait  : cinéma, enseignement, comédies musicales. Qu’il soit comédien, metteur en scène, réalisateur… ce qui lui importe depuis quarante ans, c’est le public. Et dernièrement, du 12 au 17 mars 2024 au Centre culturel d’Auderghem avec sa création de "Ladies Night", il a fait un vrai tabac devant public joyeux et  sans complexe, ravi de jouer  le jeu par un accueil délirant.

                        Cette pièce qui se termine par un effeuillage intégral pourrait sembler un brin racoleuse, mais non! Qu’il pleuve ou qu’il vente, Daniel Hanssens sait prendre des risques et doit avoir une bonne étoile. On sent qu'il a comme impératif la flamme de la création, surtout si ça sert l’humain, l'humour et la bienveillance.  Ainsi,  cette pièce montée avec brio est une vraie partie de plaisir.   Voilà une  adaptation belge très réussie  de l’une des meilleures comédies britanniques des années 1990 “The Full Monty” ( traduire “ Le grand Jeu”) de Terrence McNally et David Yazbek, film inspiré  lui-même, de la pièce de théatre LADIES NIGHT écrite en 1987 par Anthony McCarten et Stephen Sinclair.

                       Le pitch: les usines ont fermé et des hommes désemparés et au chômage se retrouvent au café du coin. L’homme contre la machine, vous connaissez? Humiliés et  confrontés au manque d’argent, ils broient du noir. Le hasard leur fait soudain un monumental clin d’œil et voilà l’un d’eux prend les devants et veut convaincre les copains de monter un spectacle de strip-tease masculin pour gagner de l’argent et se refaire une dignité. Le feront-ils ou pas? That’s the question ! Valse hésitation, réticences, peur du regard des autres… estime de soi à zéro, on n’en aura jamais fini avec la misère et l’exploitation des petites gens :  le tenancier du bistrot, un black, un meneur, un rondouillard, un timide, une grande gueule, et un rocker. Mais ils  finiront par sortir le grand jeu, et se prouver qu'ils existent malgré leur détresse sociale, familiale et morale.  Sept hommes ... et une femme! 

                       Tous les genres de comique y passent, le public rit de bon cœur devant les situations les plus scabreuses, le vocabulaire et les postures osées.  Côté public, on se livre avec délices à une vraie conjuration du rire. Daniel Hanssens  rappelle que la nudité n’est pas le propos. «Ce sont avant tout des paumés qui veulent s’en sortir. Ils sont à bout, ne savent plus payer leurs traites, craignent que leur femme les quitte. Se mettre à nu sera pour eux comme une nouvelle naissance, une manière de se refaire une place dans la société. A l’heure où le taux de chômage ne cesse de grimper, cette pièce est terriblement actuelle. »

                        Après  une semaine de succès ininterrompu au Centre Culturel d'Audergem, si vous ne les avez pas vus,  foncez  les voir au Centre Culturel d'Uccle ! 

 

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour Arts et Lettres

 

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Mise en scène de  Daniel Hanssens, Assistant à la mise en scène Victor Scheffer

Avec;  Philippe Résimont, Eric de Staercke, Michel Hinderyckx, Pierre Pigeolet, Frédérik Haugness, Georges Lini, Bruce Ellison et Rosalia Cuevas

Décor Francesco Déleo

 Aux Lumières: Laurent Kaye

 Une Production de  la Comédie de Bruxelles qui fête ses 20 ans

 

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