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INSOLITE

UNE AQUARELLE

d'Adyne Gohy

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a été inspirée par

AXEL

un poème

de

Raymond Martin

 

 

 

Rien de saint dans la démarche des chats de Paul,

A l'affût des rats nichés sous les tréteaux

De la cantatrice chauve braillant ses airs frivoles,

Vers la foule en écoute des fadaises et des « do ».

Ostinato métallique de la clarinette mélo.

 

 

 

Ragots ! S'écria le chef d'orchestre ulcéré de colère,

Dont la baguette s'engouffre dans le trombone à coulisse.

Carmen ne doit pas mourir pour ses instants frivoles.

Au diable la passion éphémère, que l'être s'assouvisse.

Et le tambour excité roule tel un cigare.

 

 

 

L'après-midi, aphone, le ténor au regard félin,

Est à la recherche du « la » comme finalité de son rêve.

Tragiques moments aux tonalités d'airain

Semées au gré du vent, tel le sable fin sur la grève.

 

 

 

Axel, en quête du savoir et des arcanes d'antan,

Porte à ses lèvres la coupe mortelle

Que la glaciale Sarah lui offre d'un élan sublime,

Vers la destinée des deux amants,

Pour l'adieu d'ici-bas vers la révélation éternelle.

 

 

 

 

Raymond MARTIN

 

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administrateur théâtres

Image may contain: 3 people, people smiling, people standingDeux divas accueillies au théâtre de la Clarencière

En ces temps blêmes et drolatiques qu’est-ce qui peut bien faire du bien ? Qui ou Qu’est ce qui viendrait bien nous rassurer ? Peut-être, l’humilité, la compassion, la mise à nu fortuite… Le retour à la création, à ses mystères, à son organisation, à ses violences et son énergie. Ainsi, donc, deux donzelles  entêtées qui ont passé l’âge des jeunes premières, ont décidé de se battre contre la morosité qui abat, qui ensevelit et dénie le jaillissement de la vie. Une belle leçon pour tous les as de pique, les apathiques, les lymphatiques, les sceptiques, et toute autre clique atypique, qui ne jouent jamais aux zygomatiques.  

Elles ont, en plus, et ce n’est pas la moindre des choses, question de hasard ou de proximité,  mis leurs talents au service d’une noble cause.  Elles ont promis les bénéfices de leur spectacle pour participer activement à la lutte contre le cancer.

Leur  viatique, c’est le rire et la chanson, depuis l’opéra jusqu’au bal populaire.  Leur auxiliaire favori: un corps heureux de vivre serré l’une dans un tailleur rutilant de pierreries pour l'une,  pour l'autre, serré dans un  tailleur  sévère de directrice d’école,  neutre  comme la livrée des oiseaux femelles, et pourtant la très féminine, c’est l’autre ! Allez comprendre !

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Elles font  flèche de tout bois, pourvu que l’effet soit comique.  Leur arme fatale, c’est d’une part,  une voix de soprano capable de grandes envolées, de l’autre,  une voix de mezzo étonnamment chaude en comparaison avec la livrée discrète de l’oiselle. Pour tout accessoire, un nid de pies voleuses  juché sur une table  haute de cocktail dinatoire, ici de cocktail musical. Et en oriflamme, l’idée de parcourir entre les chansons, les secrets de Dame Nature, de faire un inventaire des mille et un  kamasutras de la faune et de la flore. Eh oui, on apprend des choses, même les grand-mères! Le retour à la nature, n’est-il pas souvent une source de retour à l’essentiel ? A l’indispensable humilité, aux sources même du mystère? Aux sources de la consolation ultime? Cela fait sens! 

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Grand mères qui jubilent devant les vieux airs… Grand-pères sérieux qui se sont toujours défendus de chanter, sont prêts à s’éclaircir la voix et à rejoindre l’irrésistible méli-mélo musical des deux complices. La bienveillance est retrouvée devant la générosité  et l’audace des artistes. Des  Chéris  et des Chéries de maintenant sont saisis de vertige devant l’humus chantant de siècles passés interprété avec tant de conviction.

Robots! Allez donc vous coucher! Et mourez sous les quolibets de Mendelsohn, Trenet, Bach ouvert et Bach Jean-Sébastien, Satie, Vian, Haendel  (il faut oser le « Dixit dominus ! »), et George Gerswin « The man I love », our favourite! Et que jamais, paroles  ou  mélodies,  ne s'effacent! Dixit Sophie de Tillesse et Diana Gonissen, ou inversément. 

 Sophie de Tillesse et Diana Gonnissen  sont deux chanteuses lyriques aguerries qui
s’associent pour le meilleur et pour le rire.

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♥♥♥
Vraie fausse conférence chantante et joyeuse sur l'amour.
Avec la complicité de
Purcell, Haendel, Offenbach, Vian, Satie,
les fleurs, les papillons, l'Amour, l'Amour...
♥♥

www.lasalamandreproductions.be

Tout public : 
Les jeudi 2, vendredi 3, samedi 4 février 2017 DANS LE CADRE DE PROPULSE OFF
Les vendredi 10 et samedi 11 février à 20h30,
Le dimanche 12 février à 16h00;
Le mardi 14 février 2017 à 20h30,
Les jeudi 16, vendredi 17 et samedi 18 février 2017 à 20h30

P.16252396_1579229585435368_1581674448550838189_o.jpg?oh=f16a4ce41b882243aba52659118e4254&oe=590C852DA.F. : 15 € - étudiant : 10 €- Article 27 : 1,25 €

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administrateur théâtres

"Le dire des forêts" de Philippe Vauchel - Le Rideau

« Des vents parfois se lèvent,
Montés de l'extrême orient de notre être.
Ils feulent dans les broussailles de notre coeur,
Dans les gouffres zigzaguant à
 fleur de nos pensées. »

Sylvie Germain

 

Un spectacle comme un ovni. C’est Philippe Vauchel qui le prédit et nous file son armée de doutes.  

La salle est à l’envers. On traverse le plateau, on s’assied et on regarde le public déferler par le fond du plateau.  Les quatre comédiens ont pris la peine d’ôter leurs bottines pour ne pas blesser la forêt ou pour sentir le monde de plain-pied. Ils attendent, assis au bord du chemin, les jambes ballantes.  En vertu de  leurs semelles de vent, ils ont décidé de vivre perchés et d’y habiter chaque instant. Toucher terre, et toucher l’inaccessible.  Philippe Vauchel prend les bois comme on prend le maquis.

Ce tas de charbon ou de graphite, que l’on croit voir au milieu du plateau,  au début, c’est pas de la tarte, ni de la tourbe, ni de la litière de lapin, ni ce beau terreau que l’on trouve sous les feuilles, c’est un produit fabriqué pour la scène, extrêmement mobile et volatile. C’est ce que le metteur en scène a trouvé de mieux pour faire l’humus, personnage à part entière. Pour que les quatre joyeux chasseurs de rêves s’y ébattent, s’y adonnent et s’y confondent. Pour y émietter le temps, les pensées et l’espace.  Un tas d’humus et d’humeurs qui nous relient tous, hommes, femmes, bêtes, flore, nuages et firmament. Pour dire la fourmilière, pour dire les racines, pour dire là où on se terre, pour dire là où l’on s’enterre. Pour dire le frémissement des  humbles plaisirs, pour dire les sombres violences. Pour entonner le chant de la terre: «  des vents parfois se lèvent à fleur de nos pensées… »   

Et les bois, ce sont d’abord des gazouillis d’oiseaux, des brâmes, les huées des chouettes,  des bruits d’angoisse, des bruits de création et de mort, des appels sauvages. Et quelques escabelles pour pendre de la hauteur, jouer aux cimes et plonger dans les profondeurs de la présence du vivant.    

Ainsi entre chaque scène de la  suite  bucolico-surréalistes, on se refait, avec un p’tit café sorti d'un thermos, pris en rang d’oignons, face au public, serrés par la solidarité, serrés par la rage de vivre, serrés par l’angoisse de naître. De vivre. De disparaître. Mais disparaissons-nous vraiment? 

Toute la question est là : « Sommes-nous nés ? Vraiment ? »  

« L’obscur et la lumière soufflent tour à tour sur la poussière. » On  vous suit, chers comédiens,  pas à pas, à pas de loups, appâtés par les mille fumets de la forêt humaine…secoués de rires, inondés de bonheur,  à la recherche  des couleurs de l’invisible.

Ceci n’est pas un spectacle.  Ceci n’est pas un ovni ! Et cela se joue à guichets fermés. Avec trois artistes de belle glaise : Anne-Claire, Jean-Luc Piraux et un accordéoniste : Jonathan De Neck ou Didier Laloy.  

LE DIRE DES FORÊTS

PHILIPPE VAUCHEL

CREATION FEVRIER 2017

Une forêt. En bordure du monde. À la lisière du Grand Vide. Confinés sur cette parcelle d'humus et de sève, un public, trois comédiens, un musicien. Pour une étrange veillée... Peuplée de typique, de mythique, d'épique, de comique et de cosmique.
 

Brigitte Petit Pour le Rideau de Bruxelles 
 +32 (0)471 11 19 47

  

www.theatrepepite.be 

En raison des prochains travaux de rénovations, le Rideau joue hors les murs. Le Dire des Forêts à lieu à L’Atelier 210. 

http://www.rideaudebruxelles.be/diffusion/8-presse-a-diffusion/651-2016-06-07-14-05-43

Le spectacle commence à 20H30 à l’Atelier 210, Chaussée Saint-Pierre 210 à 1040 Etterbeek (durée : 1h30 environ).

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« L’Arche de Naé » ou « Les souvenirs d’un chien émancipé » - ce véhicule immatériel qui fait des aller-retours entre deux mondes : le nôtre, réel, et celui imaginaire, dans l’au-delà, - continue son voyage dans les grandes foires du livre.
Il a vu le jour le 9 juin 2016 aux Editions Edilivre, a fait ses premiers pas à la Foire du Livre de Mons « Mon’s livre » en novembre 2016.
Puisque Naé est un petit chien féministe, il sera présent à côté de sa maîtresse au Salon International du Livre au Féminin « Elles se livrent » de Braine-l’Alleud, le 5 mars 2017.
Et plus encore ! Le 10 mars 2017, à 16 h, il sera au cœur d’une conférence organisée par Edilivre, à la Foire du Livre de Bruxelles Tour & Taxis.
Le thème de cette année étant « Réenchanter le monde », Naé a lui aussi des choses importantes à dire et il les dit à sa manière humoristique, parfois parodique. Mais il n’est pas le seul à avoir la parole. D’autres animaux tirent la sonnette d’alarme et nous mettent en garde sur les dangers qui pèsent sur notre monde. 

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administrateur théâtres

Tragédie du choc des cultures Est-Ouest. Le choc de l’amour vrai et de l’éphémère, de l’orgueil et de l’humilité. Le choc du rêve et de la réalité. Et une sérieuse critique de la façon outrecuidante dont l’Occident traite l’Orient.

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Une toiture de pagode est posée sur le vide.  A Nagasaki, au Japon, Benjamin Franklin Pinkerton (Leonardo Caimi), jeune lieutenant de la marine  américain a recours à l’entremetteur Goro (Riccardo Botta) pour se procurer les services d’une jeune geisha de 15 ans Cio-Cio-San, alias Butterfly en anglais. Il a acheté une maison locale sur une colline. « Ce petit papillon voltige et se pose avec une telle grâce silencieuse, qu'une fureur de le poursuivre m'assaille, dussé-je lui briser les ailes ».  Son ami, le consul américain Sharpless (Aris Argiris)  l'avertit que le mariage sera pris au  très sérieux par la  jeune-fille et déplore  sa désinvoture. « Ce serait grand péché que de lui arracher les ailes et de désespérer peut-être, son cœur confiant ».   Mais l’insouciant et arrogant  Pinkerton porte déjà un toast à son vrai mariage, quand il épousera une  américaine. Les lois japonaises l'autorisent à signer un acte de mariage pour 999 ans mais  il peut le rompre chaque mois, s'il le souhaite. Dès le début, on sait que l’histoire tournera au drame.

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Arrive la jeune Cio-Cio-San,  annoncée par un chœur de joyeux gazouillis de jeunes- filles. Elle est  heureuse et amoureuse de son fiancé, entourée de parents et d'amis, soulagée de pouvoir quitter son état de geisha. Impressionnée par l’étranger, elle charme  Pinketon, qui reste cependant  insensible devant le déballage de ses innocents trésors :   de menus objets féminins et les ottokés, des statuettes symbolisant l'âme de ses ancêtres  ainsi que  le précieux  poignard avec lequel son très honorable père s'est suicidé en se faisant hara-kiri. Soumise, elle  va jusqu’à promettre d’oublier les dieux de sa famille et d’aller prier le Jésus américain. Après un simulacre de cérémonie vite expédiée, la  fête de famille est interrompue par  le terrifiant oncle Bonze (Mikhail Kolelishvili)  que l’on n’a pas invité et qui la maudit  pour avoir renié la religion de ses ancêtres.

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Pinkerton  chasse les intrus avec hauteur et enfin seuls, les deux époux chantent leur l'amour mutuel. Sombre prémonition de Cio-Cio-San:  « On m'a dit qu'au-delà des mers, s'il tombe entre les mains de l'homme, le papillon sera percé d'une épingle et fixé sur une planche ! » Fin de l’acte I.

Trois ans plus tard, Madame Butterfly, reniée par sa famille  est seule et abandonnée. La  fidèle Suzuki (Qiu Lin Zhang) prie les dieux  pour sa maîtresse qui survit grâce à une illusion : « Ô Butterfly, petite épouse, je reviendrai avec les roses à la belle saison quand le rouge-gorge fait son nid. »  Suzuki  essaie de lui ouvrit les yeux mais  elle est  persuadée que Pinkerton reviendra comme il l'a promis « Un bel di vedremo ». L’entremetteur Goro se présente avec un  riche prétendant, le prince Yamadori, aux allures de magnifique paon blanc paradant sous les lumières, mais  elle  lui répond qu'elle est déjà mariée. Le consul Sharpless, dont le rôle développe de plus en plus d’humanité,  arrive pour tenter de  lui lire lettre de rupture de Pinkerton, à laquelle dans son aveuglement, elle  refuse catégoriquement de croire. La très belle voix de baryton riche et sonore se fait de plus en plus resplendissante. Elle  lui oppose qu'elle se tuera si son mari ne revient pas tout en dévoilant qu'un enfant est né de leur union. Un formidable  coup de canon annonce l'arrivée du navire de Pinkerton. Folle de joie elle décore la maison de fleurs et revêt son habit de noces pour l’accueillir.  Suzuki et l'enfant s'endorment avec le « Coro A Bocca Chiusa ».  Elle n’a pas  fermé l’œil. A l'aube,  Suzuki la convainc de prendre du repos. C'est alors que Kate, l'épouse américaine de Pinkerton apparaît et demande à Suzuki de convaincre  sa maîtresse de lui confier cet enfant dont ils ont appris l’existence et à qui ils assureront un avenir. Suzuki est  suffoquée. Sharpless rappelle à Pinkerton ses mises en garde, mais celui-ci, ne supporte pas d’être confronté, avoue sa lâcheté et s’enfuit.  Lorsque Cio-Cio-San comprend la vérité, elle accepte, par  ultime obéissance à son « mari », de confier son enfant au couple, à condition que Pinkerton vienne le chercher lui-même ! Mais une fois seule,  ayant éloigné l’enfant, elle  se donne la mort avec le  couteau de son père.

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Voilà une histoire qui ne manque pas de nous faire réfléchir sur les relations de pouvoir entre occupant et occupé, entre prédateur et victime, entre  âge mûr et jeunesse,   entre pauvres et riches, capables de tout se procurer, quels que soient les enjeux humains. Voilà une femme abandonnée qui n’a plus de subsistance.  Voilà une fille-mère aux abois qui, plutôt que voir son enfant la regretter ou la rechercher  un jour, préfère se donner la mort! C’est d’une violence glaçante. Une histoire écrite en 1898 par un anglais, John Luther Long.  Une histoire qui n’a, en outre, pas fini d’exister deux siècles plus tard, époque où nous sommes prêts à tout vendre et à brader.

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C’est néanmoins dans l’histoire du  théâtre japonais traditionnel et les rythmes de la cérémonie du thé que la metteuse en scène danoise Kirsten Dehlholm (Hotel Pro Forma)  a choisi de nous plonger. Elle veut gommer  par ses installations scéniques toute notion de réalisme ou d’anecdote. Elle choisit d’utiliser l’histoire au profit de l’innovation d’une forme  créative  de portée universelle.  Saisissant l’occasion  que les suicidés japonais continuent à hanter la terre sous forme de fantômes condamnés à raconter sans relâche leur histoire, elle poste donc en bord de scène  une Butterfly méconnaissable sous sa perruque grise – les fantômes vieillisent-ils donc ? – mais oh combien retentissantes d’émotions depuis la naissance de l’amour, à ses élans,  jusqu’à la douleur qui conduit à la mort. Le 3 février, c’était Amanda Echalaz qui assurait ce rôle d’une  rare exigence et d’une rare beauté.  En parallèle, Kirsten Dehlholm  fait jouer  sur scène une admirable poupée de porcelaine réalisée par des artistes japonais (Ulrike Quade Company) guidée par un trio de marionnettistes d’une souplesse fabuleuse. La ressemblance est telle avec ce que l’on imagine de la jeune geisha, qu’à plusieurs reprises on la voit vivante!  Cette technique ne peut que  renforcer bien sûr le propos de Pinkerton qui  considère la jeune épousée comme un pur jouet éphémère de ses désirs. Ainsi le double portait de Butterfly volette : prisonnier de son dédoublement, prisonnier de la tradition,  prisonnier de son destin fatal, prisonnier du silence de la poupée aux gestes  parlants, prisonnier d’une douleur  rendue muette par la mort. On pense à Liu de Turandot. Le public est contraint de mélanger sans cesse les deux propositions, visuelle et auditive,  dans un effort d’accommodation comme pour mieux souligner l’absurdité  de la douleur… sauf à se laisser entièrement emporter par  la qualité extraordinaire de l’orchestration sous la baguette de Roberto Rizzi-Brignou. Et c’est ce qui arrive.

 Par son  lyrisme,  ses nuances,  la musicalité de ses timbres,  le déferlement romantique, la dramaturgie musicale est  bouleversante.   On sent poindre les harmonies chatoyantes de Debussy, on sent virevolter le papillon et les humeurs changeantes, les espoirs et les inquiétudes.  Au sein du foisonnement de couleurs orchestrales, la tension dramatique s’amplifie  jusqu'au bout, jusqu’à atteindre le cœur de la douleur.  Au cours de l’ivresse  du voyage musical, on reconnait des thèmes populaires japonais  alternés avec le début de la mélodie de l’hymne américain, le Star Spangled Banner,  de quoi  soulager un peu  de la tension des sentiments exacerbés! 

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Mais ce sont surtout les tableaux de la nature des sentiments  qui sont saisissants de beauté ou … glaçants d’effroi comme les thèmes de la malédiction, du désespoir, de la mort et du suicide. Côté décor, s’embrasent de fabuleux jeux de lumières sur les créations en origami rendues vivantes. Jamais on n’oubliera les barreaux de dentelle de la cage qui se referme sur la jeune fille.  Les personnages déambulent à petits pas, tous les gestes se fondent dans la proposition  théâtrale délibérée de lenteur extrême orientale. L’air du cerisier est suivi d’un fabuleux cortège de  fleurs d’hibiscus multicolores et lumineuses, assoiffées d’amour, une  dernière parade amoureuse extraordinaire, hélas solitaire et inutile.

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Toutefois d’autres choix de la mise en scène sont beaucoup moins enchanteurs, à chaque fois que l’esprit parodique s’en mêle. Comme de remplacer la frégate guerrière par un  bâtiment de croisière  géant, à faire frémir tout Venise.  Comme cette nuée de rouges-gorges morts dans l’explosion des canons du navire de guerre qui marque la fin des illusions de Cio-Cio-San. Comme cet enfant-roi  hypertrophié en matière plastique gonflable qui surgit, comme une aberration dans le dernier tableau. Il semble alors que la mise-en scène ait pleinement réussi  son pari d’accentuer la  grossièreté  occidentale face à la beauté d’une héroïne victime de son innocence, de sa fragilité, de sa sensibilité et de ses traditions.

Agenda:  

http://www.lamonnaie.be/fr/program/17-madama-butterfly

Direction musicale : ROBERTO RIZZI BRIGNOLI
BASSEM AKIKI (10, 12 & 14/2)

Mise en scène : KIRSTEN DEHLHOLM (HOTEL PRO FORMA)
Co-mise en scène :  JON R. SKULBERG
Collaboratrice à la mise en scène :  MARIE LAMBERT
Décors :  MAJA ZISKA
Costumes :  HENRIK VIBSKOV
Éclairages JESPER KONGSHAUG
Dramaturgie :  KRYSTIAN LADA
Collaboration à la chorégraphieKENZO KUSUDA
Collaboration pour la marionnette : ULRIKE QUADE
Chef des chœurs : MARTINO FAGGIANI

Distribution

Cio-Cio-San : ALEXIA VOULGARIDOU
AMANDA ECHALAZ (1, 3, 7, 9, 12/2)
Suzuki : NING LIANG
QIULIN ZHANG (1, 3, 7, 9, 12/2)

Kate Pinkerton : MARTA BERETTA
F. B. Pinkerton : MARCELO PUENTE
LEONARDO CAIMI (1, 3, 7, 9, 12/2)
SharplessARIS ARGIRIS
Goro : RICCARDO BOTTA
Il Principe Yamadori : ALDO HEO
Lo zio Bonzo : MIKHAIL KOLELISHVILI
Il commisario / L’ufficiale : WIARD WITHOLT
Yakuside : RENÉ LARYEA
Madre di Cio-Cio-San : BIRGITTE BØNDING
Zia di Cio-Cio-San : ROSA BRANDAO
Cugina di Cio-Cio-San : ADRIENNE VISSER
Marionnettistes : TIM HAMMER, JORIS DE JONG, RUBEN MARDULIER, SUZE VAN MILTENBURG

Orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie

PRODUCTION : La Monnaie / De Munt
COPRODUCTION : Ulrike Quade Company

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Si la recherche sur la gnose et les gnostiques n'a jamais connu de période de latence, elle est, à l'époque contemporaine, frappée d'une crise de ferveur particulièrement intense. Travaux et congrès se multiplient. Nombre de chaires autrefois consacrées à l'étude du Nouveau Testament sont désormais occupées par les laudateurs, non de l'Évangile, mais des collections gnostiques, devenues par emphase publicitaire «racines de notre civilisation», ou encore «zen de l'Occident». Engouement inévitable lorsque les textes récemment découverts -notamment près de Nag' Hammadi, en Haute-Égypte - arrivent sur le marché, engouement explicable par la croyance au mystère qui les nimbe, mais engouement qui n'évite ni la myopie des anciens chasseurs d'hérésies, ni le pathos des adeptes de l'ésotérisme.

Le mot «gnostique» est une étiquette commode qu'ont utilisée les anciens compilateurs de catalogues d'hérésies pour désigner toutes formes d'interprétation de la Bible fondées sur le rejet partiel ou total de l'interprétation reçue dans l'Église, et à laquelle ont recouru les modernes pour décrire une constante ou une convergence d'idées qui sous-tend la plus grande partie de la littérature philosophique et religieuse des premiers siècles de l'ère chrétienne.

Après avoir évoqué les aspects historiques, l'essence et la signification du gnosticisme, puis fait l'inventaire des collections dont on dispose à son sujet, on examinera les caractéristiques respectives des deux usages du terme «gnostique» et l'on s'efforcera de dégager trois points significatifs qui peuvent autoriser son application à une production littéraire homogène et strictement limitée.

 

1. Le gnosticisme

 

Aspects historiques

 

Un certain type de connaissance

 

La gnose (du mot grec gnysiv) peut se définir comme une connaissance salvatrice, qui a pour objet les mystères du monde divin et des êtres célestes, et qui est destinée à révéler aux seuls initiés le secret de leur origine et les moyens de la rejoindre, et à leur procurer ainsi la certitude du salut, que celui-ci soit obtenu ou non par une collaboration entre la grâce divine et la liberté humaine. L'idée de ce type de connaissance est apparue très probablement dans le judaïsme, à l'époque et dans le milieu même où est né le christianisme, et elle est restée vivante à la fois dans le christianisme, orthodoxe ou hérétique, et dans les mouvements religieux (tel le mandéisme) apparentés au judaïsme ou au judéo-christianisme.

Afin d'éviter des confusions ou des imprécisions, on réservera le terme «gnose» à ce type de connaissance religieuse et l'on n'utilisera le terme «gnosticisme» que pour désigner un mouvement religieux très particulier: l'ensemble des sectes ou des écoles qui, durant les premiers siècles du christianisme, ont eu en commun une certaine conception de la «gnose», qui fut rejetée par l'Église chrétienne orthodoxe.

La «gnose» propre au «gnosticisme» a pour première caractéristique de dissocier création et rédemption; le monde sensible est crée, ou, du moins, totalement dominé, par des puissances ou mauvaises ou bornées, parmi lesquelles le Dieu de l'Ancien Testament, le Yahvé du peuple juif, joue un rôle prépondérant. Ce Démiurge ignore ou veut ignorer ou veut faire ignorer l'existence du Dieu transcendant et bon qui est la source du monde spirituel. Les âmes des hommes qui possèdent la «gnose» sont émanées de ce Dieu suprême, elles sont d'essence spirituelle et prisonnières du monde sensible. Le Dieu transcendant envoie donc le Sauveur, le Christ, pour délivrer ces âmes d'élus, les ramener à leur origine et les rassembler à nouveau dans le «Plérôme», c'est-à-dire le monde spirituel. Ainsi, le salut qui résulte de la «gnose» n'est pas l'effet d'une collaboration entre la grâce divine et la liberté humaine, mais il est seulement conscience d'être sauvé, connaissance de l'issue heureuse du combat entre des Puissances qui transcendent l'homme. Philosophes grecs et chrétiens orthodoxes reprocheront donc au «gnosticisme» de prétendre atteindre au salut et à la perfection sans effort moral, sans une véritable transformation de l'homme. Pour le «gnosticisme», le gnostique est sauvé par nature.

 

Les sources

 

Les premiers indices de l'existence du courant d'idées désigné par le terme de gnosticisme se trouvent dans le corpus des écrits néotestamentaires, notamment dans la Première Épître aux Corinthiens (VIII, 1) et dans la Première Épître à Timothée (VI, 20) qui parle «des mots creux et des antithèses de la pseudo-gnose». Viennent ensuite les réfutations des Pères de l'Église qui donnent d'abondants détails sur les systèmes gnostiques. Ce sont, au IIe siècle, Irénée de Lyon; au IIIe siècle, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène et l'auteur des Philosophoumena; au IVe siècle, Épiphane de Salamine et Augustin. Très importante aussi, parce qu'elle va à l'essentiel, est la réfutation du gnosticisme en quatre traités (30 à 33 dans l'ordre chronologique) par le philosophe Plotin vers le milieu du IIIe siècle.

La presque totalité de la littérature gnostique originale, écrite en langue grecque, a disparu, par suite de son rejet par la Grande Église. Néanmoins, les Pères de l'Église nous ont conservé d'intéressants extraits, notamment la Lettre à Flora de Ptolémée, reproduite par Épiphane, et les Excerpta ex Theodoto, recueillis par Clément d'Alexandrie.

Toutefois, un certain nombre d'écrits gnostiques existent en traduction copte. La relative indépendance du christianisme copte, à partir du IIIe siècle, les possibilités de conservation qu'offrait le désert égyptien expliquent ce hasard heureux. Grâce à ces traductions, qui pour la plupart datent du IIIe et du IVe siècle, la littérature gnostique est beaucoup mieux connue. On a découvert vers 1945, près de Nag' Hammadi, en Haute-Égypte (à 100km au nord de Louksor), une jarre contenant treize volumes de papyrus. Leur publication est en cours. Les textes déjà publiés et traduits sont d'un intérêt capital.

Les genres littéraires propres à la littérature gnostique sont assez variés. Il y a tout d'abord un certain nombre d'évangiles apocryphes: d'ordinaire le Christ est censé y révéler à un personnage privilégié (apôtre, ou disciple, ou sainte femme) un enseignement secret. On peut énumérer comme oeuvres gnostiques de ce type la Sagesse de Jésus-Christ, le Dialogue du Sauveur, la Pistis Sophia, le Livre du grand traité initiatique, l'Évangile de Thomas (qui est un précieux recueil de logia de Jésus), le Livre de Thomas l'Athlète, plusieurs livres de secrets attribués à Jean et à Jacques l'Évangile de Marie et, enfin, bien qu'il ait plutôt la forme d'une «méditation sur l'Évangile», L' Évangile de Vérité, un des textes les plus importants du Codex Jung, probablement composé par Valentin lui-même, le célèbre chef d'école gnostique. On trouve aussi des apocalypses destinées à faire connaître la géographie céleste et les mots de passe indispensables au franchissement des frontières gardées par les anges; il existe ainsi une Apocalypse d'Adam, une Apocalypse de Paul (racontant le voyage céleste de Paul jusqu'au dixième ciel), deux Apocalypses de Jacques. D'autres écrits ont la forme d'Actes des Apôtres; ils sont fondés sur l'idée que le Christ aurait confié une tradition secrète à ses apôtres, notamment à Jacques et à Jean. Le lyrisme, dans le gnosticisme, s'exprime parfois sous la forme psalmique (Psaume de Valentin, Psaume des Naassènes). Il n'est pas sûr que les merveilleuses Odes de Salomon soient une oeuvre gnostique. Enfin, la forme des traités dogmatiques est également employée par les docteurs gnostiques: on peut citer parmi les écrits découverts à Nag' Hammadi, la Lettre à Rheginos sur la Résurrection, le Traité tripartite, l' Hypostase des archontes, le Traité 5 du Codex II, la Lettre d' Eugnoste, le Saint Livre du grand Esprit invisible.

 

Écoles et chefs d'écoles

 

Selon les Pères de l'Église, les plus anciens chefs d'écoles gnostiques se situeraient au Ier siècle. Ce seraient Simon le Magicien (originaire de Samarie) et son disciple Ménandre. Mais c'est surtout le IIe siècle qui est le siècle du gnosticisme. Lorsque Irénée de Lyon écrit sa Réfutation des systèmes gnostiques en 180, presque toutes les écoles gnostiques se sont manifestées et développées. Antioche, Alexandrie et Rome sont les grands centres du mouvement. À Antioche, au début du IIe siècle, Saturninus (ou Sartornil) enseigne une gnose qui se rattacherait à la tradition de Simon le Magicien. À Alexandrie, dans la première moitié du IIe siècle, Basilide professe une doctrine qui comporte des éléments philosophiques très importants et très curieux. C'est aussi en Égypte, vers la même époque, que se déploie l'activité de Carpocrate et de son fils Épiphane; Isidore aurait, dans son écrit Sur la justice, professé le communisme des biens et des femmes. Venant d' Alexandrie, Valentin fonde à Rome, vers le milieu du IIe siècle, une école qui aura une influence dans tout l'Empire. Ses disciples les plus célèbres sont, en Occident, Ptolémée (l'auteur de la Lettre à Flora) et Héracléon (commentateur de l'Évangile de Jean); en Orient, Théodote (dont on connaît assez bien l'enseignement grâce à Clément d'Alexandrie) et Marc le Mage.

Sur d'autres sectes, l'auteur des Philosophoumena, Irénée et Épiphane fournissent un certain nombre de renseignements. On ne sait rien de leur fondateur ni du milieu dans lequel elles se sont développées, mais on apprend que certains gnostiques s'appelaient Ophites ou Naassènes, c'est-à-dire les «Sectateurs du Serpent» (ophis en grec, naas en hébreu); il s'agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal et à la révolte contre le Créateur mauvais, et du serpent d'airain, identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix. À ces spéculations inspirées par l'exégèse de l'Ancien et du Nouveau Testament, les Ophites ajoutaient, semble-t-il, des interprétations allégoriques de mythes grecs (Attis, Osiris). Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, avait vu lui-même un diagramme, dessiné par les Ophites, et représentant la structure de l'Univers sous la forme de cercles concentriques, parmi lesquels le serpent Léviathan avait sa place. Une autre secte, celle des Barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbelo, mère du mauvais Créateur de ce monde.

Au IIIe siècle, le mouvement gnostique continue à s'étendre. À Rome même, on sait par Plotin que des gnostiques fréquentaient son école. Porphyre, le disciple de Plotin, avait été chargé par son maître de réfuter des écrits qui étaient en la possession de ces gnostiques et dont ils s'enorgueillissaient. Il s'agissait notamment d' apocalypses de Zoroastre, de Zostrien, de Nicothée, d'Allogène et de Messos. On a effectivement retrouvé à Nag' Hammadi des écrits d' Allogène, de Messos et de Zostrien. Dans son De abstinentia (I, 42), Porphyre ferait allusion à des gnostiques qui se considèrent comme l'«abîme de la puissance et de la liberté». À Alexandrie, Clément et Origène attestent la permanence du gnosticisme.

Au IVe siècle, le gnosticisme, refoulé par l'Empire chrétien, semble se réfugier aux frontières de celui-ci. Épiphane raconte que, venu en Égypte aux environs de 335 avec le désir de se faire moine, il rencontra des gnostiques et que certaines femmes de la secte cherchèrent à le séduire. C'est probablement au IVe siècle qu'il faut situer la communauté gnostique de Nag' Hammadi. La variété des éléments qui composent la bibliothèque (livres valentiniens, séthiens, hermétiques) montre la curiosité de cette communauté. Mais la période créatrice semble alors terminée. Peu à peu, les sectes gnostiques vont disparaître définitivement, du moins en Occident. Plus tard, tel ou tel phénomène religieux pourra bien faire penser à la résurgence du gnosticisme. Mais la tradition est rompue: il s'agira tout au plus de néo-gnosticismes ou de phénomènes ne possédant que des analogies avec le courant ancien.

On a peu de renseignements sur l'organisation des communautés gnostiques. Les Pères de l'Église leur reprochent surtout soit de refuser tout sacrement, soit de parodier les sacrements, notamment en pratiquant la communion sous des espèces sexuelles ou sanglantes. La seule étude d'ensemble qui réunisse les éléments les plus sûrs et les plus complets sur la vie de ces communautés gnostiques a été donnée par H.-C. Puech dans ses cours au Collège de France en 1955-1956. S'il est vrai que certaines sectes rejetaient tout sacrement et ressemblaient plus à des écoles de philosophie qu'à des Églises, il n'en reste pas moins que le sacramentalisme et l'organisation ecclésiale se sont de plus en plus développés dans le gnosticisme. Au baptême, certaines onctions étaient pratiquées. Il existait des lieux fixes de réunion et de culte. Dans le culte des sectes gnostiques, la vénération du fondateur de la secte, du «révélateur de la gnose», a une importance toute particulière: c'est ainsi que les Simoniens honorent l'image de Simon le Magicien, que les Carpocratiens célèbrent l'anniversaire de la mort d' Épiphane, le fils de Carpocrate, et les Bardesanites, très probablement, l'anniversaire de la naissance de Bardesane. De telles pratiques se retrouvent dans le manichéisme.

 

L'essence du gnosticisme

 

Le gnosticisme est un phénomène extrêmement complexe et très difficile à définir exactement. Tantôt il semble se confondre avec le christianisme de la Grande Église: il est souvent presque impossible de dire si certaines oeuvres, comme les Odes de Salomon par exemple, sont orthodoxes ou gnostiques; tantôt on le distingue mal du judaïsme, du judéo-christianisme ou de la philosophie hellénique. Pourtant il a été violemment rejeté à la fois par le christianisme orthodoxe et par l' hellénisme. Il s'agit donc, pour définir son essence, de découvrir les motifs pour lesquels il a été repoussé par ses adversaires. Dans ce phénomène complexe qu'est le gnosticisme, il faut distinguer les composantes qui lui sont propres de celles qu'il partage avec d'autres doctrines.

 

Composantes non distinctives

 

Un premier élément de définition se trouve dans la notion de gnose elle-même. On connaît la célèbre définition donnée par le gnostique Héracléon: «Ce n'est pas seulement le baptême qui est libérateur, mais c'est aussi la gnose: Qui étions-nous? Que sommes-nous devenus? -Où étions-nous? Où avons-nous été jetés? -Vers quel but nous hâtons-nous? D'où sommes-nous rachetés? -Qu'est-ce que la génération? Et la régénération?» La gnose est donc bien une connaissance salvatrice qui révèle à l'homme le secret de sa descente ici-bas (la génération) et de son retour à l'origine (la régénération). Elle explique au gnostique la raison de sa présence dans ce monde-ci, par quels chemins célestes il est descendu, alors qu'il est d'un autre monde, supérieur et transcendant. Mais ce trait, bien que commun à tous les systèmes gnostiques, ne leur est pas spécifique. Les interrogations «D'où suis-je venu?», «Qui suis-je?» se trouvent chez les philosophes païens, par exemple chez Porphyre (De abstinentia, I, 27), et une philosophie comme celle de Plotin explique, elle aussi, à l'âme humaine pourquoi elle est tombée dans ce monde-ci et comment elle peut rejoindre sa véritable essence spirituelle. D'autre part, des chrétiens de la Grande Église comme Clément d' Alexandrie et Origène (et après eux Evagre du Pont, Denys l'Aréopagite, Maxime le Confesseur) n'hésiteront pas à proposer aux «spirituels» une gnose, qui est également une connaissance de la véritable origine et de la véritable destinée de l'âme.

Il est vrai que la «gnose» du gnosticisme n'est pas seulement une connaissance de la destinée de l' âme, elle est une connaissance révélée à des privilégiés, qui leur permet de connaître des secrets du monde céleste, la topographie et l'histoire du monde divin et angélique. C'est un trait commun à toutes les sectes du gnosticisme, et il les distingue radicalement des philosophes helléniques, qui s'en tiennent toujours à la représentation hiérarchique traditionnelle distinguant monde supracéleste, sphère des fixes, sphères des planètes et monde sublunaire. Mais cet élément, commun à tout le gnosticisme, se trouve également chez Clément d'Alexandrie et Origène. Pour ces derniers aussi, la gnose est la connaissance de la topographie des demeures célestes, habitées par les hiérarchies angéliques; pour eux aussi, elle est la connaissance des mondes superposés ou successifs à travers lesquels l'âme doit s'élever vers le Repos suprême. Le gnosticisme prétend certes puiser cette connaissance dans des traditions secrètes confiées par le Christ à Paul, aux Apôtres, aux disciples, qui les transmirent à des maîtres spirituels, dont les gnostiques sont les héritiers. Ces traditions sont d'ailleurs des traditions exégétiques, c'est-à-dire qu'elles enseignent comment interpréter spirituellement les textes de l'Ancien Testament ou les paroles du Christ et ses paraboles. Mais Clément d'Alexandrie et Origène prétendent, eux aussi, connaître des traditions secrètes concernant l'exégèse. C'est à celles-ci qu'ils devraient leur connaissance des mystères secrets de la gnose. La «gnose» commune à ces chrétiens orthodoxes et au gnosticisme apparaît donc comme une méthode exégétique qui découvre des «secrets», des «mystères» dans les textes sacrés, tout spécialement dans le récit de la Création. On entrevoit que cet idéal «gnostique» remonte à des traditions juives et judéo-chrétiennes, à des spéculations judaïques sur le sens secret de la Bible et sur la topographie du monde céleste. Dans les Évangiles synoptiques mêmes, on trouve la trace de ces préoccupations, par exemple dans Matthieu (XIII, 11): «À vous, il a été donné de connaître les secrets du royaume des cieux, aux autres, il n'a pas été donné de les connaître, c'est pourquoi je leur parle en paraboles, afin que [...], entendant, ils n'entendent pas et ne comprennent pas.»

Le thème du «voyage céleste» n'est pas non plus une caractéristique exclusive du gnosticisme. Les ouvrages gnostiques abondent évidemment en descriptions des mondes ou demeures célestes par lesquels l'âme doit passer pour retourner dans le monde du Père. Aux frontières se tiennent des anges douaniers qui contrôlent son passage. Le gnostique doit connaître les mots de passe et les symboles, les signes de reconnaissance qui lui permettront de franchir ces barrières. Il existe même une barrière de feu, l'épée de feu dont parle la Genèse, que les âmes ne peuvent franchir qu'après une longue purification. Tous ces thèmes, chers au gnosticisme, sont aussi familiers à beaucoup d'écrivains ecclésiastiques opposés au gnosticisme, comme Clément, Origène ou Tertullien. Notamment, ces derniers pensent que les martyrs sont seuls capables de franchir immédiatement et sans purification la barrière de feu. Ces thèmes, finalement, remontent au judaïsme, tout spécialement à la littérature apocalyptique.

L'âme, dans ce voyage céleste, remonte vers l'origine d'où elle était descendue en ce bas monde. L'ascension suppose une descente: l'âme, consubstantielle au monde divin, est tombée ici-bas. Peut-on dire que cette représentation soit propre au gnosticisme et que celui-ci serait caractérisé par l'idée d'une dégradation du divin? Il s'agit certes d'un thème commun à tous les systèmes du gnosticisme. Du Dieu transcendant, inconnu, indicible, émane un monde divin ou Plérôme, constitué d'un certain nombre d'entités (généralement appelées «éons», c'est-à-dire «mondes» ou «périodes») hiérarchisées et groupées en couples (syzygies) comprenant une puissance masculine et une puissance féminine. Cette représentation mythique ne doit pas être comprise grossièrement: elle sert à désigner un processus analogue à la génération du Logos par la Pensée divine dans la théologie chrétienne orthodoxe. Ce Plérôme est complet en lui-même et fermé par la Limite (Horos). Le dernier éon, en général de nature féminine, appelé Sophia par les Valentiniens, Barbelo ou Mère des vivants par d'autres gnostiques, est envahi par la «passion», c'est-à-dire qu'il est victime d'un désir désordonné. Selon les Valentiniens, la Sophia a voulu voir l'infinité du Père transcendant, alors qu'elle en est incapable. Ce désordre l'entraîne hors du Plérôme, elle devient la Sophia Achamoth, la Mère du Démiurge, du Créateur du monde sensible.

À s'en tenir aux grandes lignes, au schème général de ce mythe, on a donc tout d'abord une opposition d'un monde intelligible et d'un monde sensible, et ensuite une explication de l'apparition du monde sensible qui suppose que la dernière puissance du monde intelligible, pour une raison quelconque, s'incline vers le bas et produit, directement ou indirectement, le monde sensible. Ce schème de la dégradation du divin n'est pas propre au gnosticisme. Il correspond à la structure de toutes les doctrines platoniciennes au IIe et au IIIe  siècle. Il apparaît chez Numénius et chez Plotin. Chez ce dernier, par exemple, le monde divin comprend l'Un, le Monde des Idées, ou Intellect, et l'Âme. Celle-ci est donc de nature divine et demeure toujours dans le monde intelligible. Pourtant, à partir d'elle, naissent des âmes individuelles qui normalement devraient demeurer elles aussi dans le monde divin, mais elles se laissent entraîner par la passion: désireuses de rejoindre leur image dans le miroir de Dionysos (Enn., IV, III, 12, 2), prises de souci pour une portion de l'univers, elles sortent du monde purement spirituel, inclinent vers la matière, font ainsi naître les corps.

L'opposition entre un Dieu transcendant, principe du monde intelligible, et un Dieu créateur, démiurge inférieur qui évite au premier le contact avec la matière impure, n'est pas non plus caractéristique du gnosticisme. Bien que le personnage du Démiurge, opposé au Dieu transcendant, soit à peu près commun à tous les systèmes gnostiques, il s'agit finalement d'une notion élaborée à propos de l'exégèse du Timée de Platon et commune à tous les systèmes platoniciens. La caractéristique du gnosticisme, on le verra plus en détail, est de concevoir ce Démiurge comme mauvais et de l'identifier au Dieu de l'Ancien Testament.

De l'opposition entre le monde sensible, oeuvre du Démiurge, et le monde intelligible, émanation du Dieu transcendant, les philosophes grecs tirent une conséquence apparemment identique à celle du gnosticisme; le véritable moi de l'homme n'est pas de ce monde; sa présence ici-bas est la conséquence d'une chute; il doit redécouvrir sa véritable origine, retourner, par la contemplation, dans le monde divin qui est sa vraie patrie.

Ainsi, ni l'idée de gnose, ni l'idée de révélation de secrets célestes, ni celle de voyage céleste, ni celle de la dégradation du divin, ni celle de Démiurge, ni celle de l'origine transcendante du moi ne sont caractéristiques du gnosticisme.

 

Composantes caractéristiques

 

Qu'est-ce donc qui caractérise le gnosticisme? Pourquoi a-t-il été rejeté aussi bien par Clément d'Alexandrie que par Plotin?

Il y a tout d'abord une raison commune aux chrétiens et aux philosophes. À leurs yeux, le gnosticisme ruine toute morale. Plotin reproche aux gnostiques de ne jamais parler de la vertu: «Or, dit, sans la vertu, Dieu n'est qu'un nom» (II, IX, 15, 22). De la même manière, Clément d'Alexandrie reproche aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu'il n'y a plus ni volontaire ni involontaire (Stromates, II, III, 12, 1). Il ne s'agit évidemment que d'une conséquence du système, mais elle en révèle bien l'essence. Le gnostique se considère comme sauvé par nature, parce que sa nature pneumatique est émanée du monde transcendant et doit y retourner. Les non-gnostiques ne sont que de nature «psychique»; ils ne peuvent espérer rentrer dans le Plérôme. Les éléments hyliques (la matière) seront consumés par le feu. Dans une telle conception, le salut n'est ni le résultat d'un effort moral, ni l'effet d'une grâce divine. La chute comme le salut restent finalement extérieurs à la liberté humaine. Les âmes sont tombées dans le monde sensible par suite d'un drame qui leur est étranger. Une Puissance mauvaise a créé le monde sensible. Les âmes des gnostiques s'y trouvent prisonnières malgré elles. Leur malheur vient seulement du lieu où elles se trouvent. Lorsque est vaincue la Puissance mauvaise, leur épreuve prend fin; elles retournent dans le Plérôme. Leur salut consiste dans un changement de lieu, résultant lui-même d'une lutte entre des Puissances supérieures.

Plotin, Clément, Origène reprochent aux gnostiques de décliner toute responsabilité dans le mal et de rendre le Créateur responsable de celui-ci. Pour les gnostiques, le monde sensible est créé -ou, au moins, entièrement et absolument dominé -par une Puissance mauvaise, ou inconsciente, ou bornée, ou passionnée, ou désordonnée. C'est elle qui est responsable du mal physique et du mal moral que l'on constate dans le monde sensible. De telles affirmations sont un scandale pour Plotin, qui pense que les âmes individuelles sont responsables de leur destinée et que le monde sensible est un déploiement normal des possibilités du monde intelligible: «Les gnostiques admettent, dans l'intelligible, des générations et des corruptions de toute sorte, ils blâment l'univers sensible; ils traitent de faute l'union de l'âme et du corps; ils critiquent celui qui gouverne notre univers; ils identifient le Démiurge à l'âme et lui attribuent les mêmes passions qu'aux âmes particulières» (II, IX, 6, 58). Les affirmations gnostiques sont un scandale pour les chrétiens aussi, qui admettent que le monde a été créé par Dieu ou par le Fils de Dieu. C'est précisément sur ce point que le gnosticisme s'oppose le plus au christianisme de la Grande Église. Il identifie en effet le Démiurge mauvais ou borné au Dieu de l'Ancien Testament, à Yahvé, qui, selon le récit de la Genèse, a fait le ciel et la terre. Le gnostique prend parti pour le Serpent qui invite à la gnose du bien et du mal, contre le Dieu jaloux qui interdit à Adam et Ève le chemin de la connaissance et de la vie.

C'est là le coeur du gnosticisme et c'est à partir de là que l'on peut comprendre l'interprétation que le gnosticisme donne du christianisme. Il y a un Dieu transcendant, ineffable, inconnu, totalement étranger à ce monde. De lui procède le monde divin dont la puissance inférieure produit le monde sensible pour des raisons passionnelles (curiosité, orgueil, jalousie, audace, ignorance). C'est le Dieu de l'Ancien Testament, Dieu jaloux, qui prétend être le seul Dieu, Dieu législateur et punisseur, Dieu juste, le sommet de la justice étant le sommet de l'injustice. Prisonnières de ce Dieu, esclaves de la Loi qu'il leur a imposée, les âmes des élus sont dans le malheur. Mais le Dieu transcendant, les prenant en pitié, envoie le Sauveur, Jésus-Christ, qui révèle à ces âmes leur origine transcendante et leur communique la «gnose».

Le gnosticisme apparaît ainsi, paradoxalement, comme un mouvement foncièrement antijudaïque utilisant un matériel conceptuel judaïque. Mais n'est-ce pas en partie le paradoxe du christianisme même, dont le gnosticisme représente l'une des possibilités d'évolution?

 

Gnose et gnosticisme

 

On comprend maintenant pourquoi il faut distinguer gnose et gnosticisme. La gnose, orthodoxe aussi bien que gnostique, celle d'Origène comme celle de Valentin, semble correspondre à une tendance ésotérique du judaïsme tardif, qui s'est prolongée dans le judéo-christianisme et dans le christianisme. Un des intérêts des recherches contemporaines sur le gnosticisme a été de montrer l'importance de certaines spéculations judaïques dans la formation de la pensée chrétienne et de faire pressentir l'existence d'une tradition chrétienne ésotérique dont Clément d'Alexandrie et Origène se seraient faits les échos. L'étude de cette «gnose», de cette méthode d'exégèse ésotérique est donc inséparable de l'étude des origines chrétiennes.

Le «gnosticisme» lui-même, c'est-à-dire le mouvement rejeté aussi bien par l'hellénisme que par le christianisme orthodoxe, propose une «gnose» d'un type spécial, qui est, aux yeux des chrétiens de la Grande Église, un «blasphème» contre le Dieu de l'Ancien Testament. Il n'en est pas moins, essentiellement, un mouvement chrétien. On peut même montrer (les travaux de A. Orbe l'on fait excellemment) que le gnosticisme de Valentin représente la première théologie chrétienne de la Trinité et que toute la tradition théologique ultérieure en est tributaire.

Peut-être se demandera-t-on comment des chrétiens ont pu prendre des positions gnostiques. Il semble que la réflexion sur l'espérance eschatologique pouvait y conduire. Comment un Dieu tout-puissant et omniscient a-t-il pu créer un monde tel qu'il soit obligé de le détruire ensuite pour sauver un petit groupe d' élus? Comment ne pas être amené à penser que le royaume du Dieu rédempteur s'opposait au royaume du Dieu créateur? Le philosophe païen Porphyre, à propos de la formule paulinienne: «Elle passe, la figure de ce monde», devait un jour poser ces questions: «Quel est donc celui qui ferait passer le monde et à quelle fin? Si c'était le Démiurge, il s'exposerait au reproche de troubler, d'altérer un ensemble paisiblement établi. Même si c'était pour l'améliorer qu'il en changeait la figure, il resterait encore en position d'accusé pour n'avoir pas trouvé au moment de la création une forme adéquate et appropriée à l'univers et l'avoir laissé imparfait, frustré d'un aménagement meilleur» (Contra Christ., fr.34). La réponse donnée à ces questions par le gnosticisme est une réponse chrétienne, bien qu'elle n'ait pas été admise par le courant dominant de l'Église.

 

Signification philosophique et psychologique

 

Le gnosticisme correspond à une certaine expérience intérieure qui s'exprime avec une remarquable constance dans les différentes sectes. La phénoménologie de la conscience gnostique a été décrite de manière excellente par H.-C. Puech. Le sentiment fondamental du gnostique consiste à se sentir «étranger» au monde. Il éprouve sa situation d'être-au-monde comme anormale, comme violente: le corps, le monde sensible sont une prison, un lieu dominé par le mal et les passions. Le gnostique a l'impression d'être dans une prison dont les limites sont au-delà du monde stellaire. Tout ce qui est visible est une barrière. Le gnostique éprouve fortement la distinction entre son moi et le reste de son être, entre l'âme et le corps. Il se sent d'une essence différente. Il perçoit qu'il appartient à un monde transcendant, à une Nature qui est totalement étrangère au monde d'ici-bas. Étincelle échappée de Dieu, il pressent que Dieu est le Tout-Autre, l'Étranger. Le sentiment d'étrangeté se fonde donc finalement sur la nature même de Dieu. L'autre sentiment essentiel à l'attitude gnostique est la certitude absolue du salut. Le pessimisme éprouvé à l'égard du monde sensible est compensé par un optimisme total, une confiance inconditionnée dans le triomphe final du Dieu étranger.

Les racines philosophiques du gnosticisme sont le scandale de la raison devant le mal et une représentation de la genèse du monde selon un schéma de fabrication. Le scandale du mal s'exprime d'une façon aiguë dans le gnosticisme: même si l'on pouvait admettre que le mal moral et physique de l'homme résulte d'une faute personnelle ou originelle, il serait profondément injuste de faire supporter à la nature entière les conséquences supposées de la chute de l'homme; aucune théorie théologique ou philosophique ne justifiera jamais les souffrances d'un innocent. La solution gnostique, qui consiste à rendre responsable le Démiurge, n'est qu'une conséquence, comme l'a bien vu Plotin, des difficultés propres à une pensée créationniste. Le gnosticisme imagine un Ouvrier du Monde qui raisonne pour fabriquer son ouvrage. Si l'on constate ensuite que le produit fabriqué par cet Ouvrier n'est pas conforme à la raison, on est obligé de supposer que ce Démiurge est ou mauvais ou borné. Pour Plotin, le monde sensible procède nécessairement, immédiatement et sans raisonnement, du monde intelligible; toutes choses naissent d'elles-mêmes sous la lumière du Bien, leur imperfection est liée seulement à leur éloignement progressif de la simplicité originelle; le monde sensible est donc, dans sa beauté comme dans son imperfection, la suite normale du monde spirituel. Pour le gnostique, au contraire, il résulte de l'intervention dramatique et tragique d'une volonté mauvaise ou ignorante.

Par souci de précision, on vient de définir le gnosticisme comme étant très circonscrit dans l'espace et dans le temps et limité aux premiers siècles du christianisme. Cela n'exclut pas que des phénomènes analogues aient pu se produire au sein des différentes religions ou que des thèmes apparentés ne se retrouvent chez certains penseurs et certains écrivains. Dans le domaine littéraire, certains mythes ou thèmes gnostiques peuvent provenir soit d'une inspiration directe puisée dans la littérature gnostique, soit d'une résurgence des sentiments fondamentaux dont est né le gnosticisme. G. Quispel a montré tout ce que le Faust de Goethe doit à une connaissance du gnosticisme tirée de l'Histoire de l'Église de Gottfried Arnold: cela éclaire la signification du personnage d'Hélène et l'idée même de l' Éternel Féminin. La tradition du gnosticisme peut aussi aider à comprendre la notion de Sophia chez Novalis et dans le sophianisme russe (V.S. Soloviev, S. Boulgakov). C'est probablement par une réflexion philosophique autonome que le thème du Démiurge mauvais réapparaît chez Chamfort («Le Monde physique paraît l'ouvrage d'un Être puissant et bon qui a été obligé d'abandonner à un Être malfaisant l'exécution d'une partie de son plan»), chez G.C. Lichtenberg («Notre monde est l'oeuvre d'un être de second rang»), dans la Justine de Lawrence Durrel («Nous sommes l'oeuvre d'une divinité inférieure qui se prenait à tort pour Dieu»), dans les premières pages du Docteur Faustus de Thomas Mann, dans certaines conceptions de Simone Weil, rejetant le Dieu transcendant loin de tout rapport avec le monde sensible.

 

Interprétations et questions de méthode

 

L'origine et l'essence du gnosticisme ont été expliquées de diverses manières depuis la fin du XIXe siècle. Certains savants (W. Anz, 1897; W. Bousset, 1907), voyant dans le voyage céleste de l' âme l'essentiel du gnosticisme, ont cherché l'origine de ce mouvement dans la religion babylonienne et dans un mythe antérieur au christianisme. D'autres, comme Reitzenstein (1921) ont cherché une explication de ce genre du côté de l' Iran. Le gnosticisme a été considéré comme un phénomène d' hellénisation du christianisme par E. de Faye (1913), A. von Harnack (1873-1893), H. Leisegang (1924), pour qui l'essentiel du gnosticisme consistait dans l'idée de dégradation du divin. D'une manière générale, cette méthode comparatiste en est venue à faire perdre toute spécificité au mouvement gnostique en le réduisant à un «syncrétisme» difficile à distinguer des phénomènes de syncrétisme nombreux aux premiers siècles de notre ère.

De ces difficultés est née la réaction des savants qui ont tenté de faire une phénoménologie de la gnose (H. Jonas, 1934). Ils se sont attachés à décrire la structure de la conscience gnostique, à rechercher les démarches spirituelles sous-jacentes. Ces études ont permis de mieux saisir l'unité du gnosticisme sous ses différentes manifestations. Mais elles risquent encore de ramener le gnosticisme à des phénomènes plus généraux. C'est aussi l'avantage et l'inconvénient de la méthode inspirée de C. Jung qui décèle à la base des phénomènes gnostiques des archétypes permanents émanant de l'inconscient. À la limite, on retombe dans le comparatisme.

Une grande confusion a été introduite notamment par le document final du Colloque de Messine (1966) sur les origines du gnosticisme. La définition du gnosticisme qui y est proposée conduit à le confondre avec d'autres phénomènes apparentés à lui, mais radicalement distincts de lui. C'est pour essayer de sortir de ces imprécisions et de ces confusions qu'ont été définies plus haut les composantes caractéristiques du phénomène. Le danger de confusion s'est encore accru lorsque l'exploitation du riche matériel découvert à Nag Hammadi a révélé d'une part l'intérêt que les gnostiques prêtaient à l'hermétisme, d'autre part l'étroite ressemblance de certains passages des écrits gnostiques avec des textes néoplatoniciens comme ceux de Marius Victorinus. On peut supposer que les écrits gnostiques ont intégré des textes philosophiques jusqu'ici inconnus, qu'il sera possible de reconstituer grâce à eux. Mais ce genre de reconstitution devra être menée avec une extrême prudence. De l'étude attentive des Collections gnostiques, il faut surtout attendre un éclairage nouveau sur les courants de pensée qui ont animé le christianisme primitif.

 

 

2. Les collections gnostiques

 

Les écrits gnostiques qu'on a retrouvés peuvent être classés d'après les quatre lieux (rangés selon l'ordre chronologique des découvertes) où sont conservés les manuscrits: Londres, Oxford, Berlin, Le Caire. Dans la liste ci-dessous, qui constitue un inventaire complet de ces derniers, la référence de chaque texte cité comprend d'abord l'initiale du lieu de conservation (L, O, B ou C), puis, éventuellement, le numéro d'ordre (en chiffres romains) du cahier (codex) et le classement de l'écrit à l'intérieur du cahier. L'astérisque indique que le titre, absent ou perdu, de l'ouvrage a été inventé par les premiers éditeurs ou par l'auteur de cet inventaire.

L

(Londres, Brit. Mus. Addit. 5114)

Pistis Sophia*. Ce titre a été donné à un parchemin de 178 feuillets (= 356 pages) qui fut acquis en 1750 environ par A. Askew auprès d'un libraire londonien et qui comprend quatre parties. La première partie (pp.1-114a) renferme des dialogues entre Jésus, Marie-Madeleine et les disciples et porte sur l'interprétation des Psaumes de David et des Odes de Salomon en fonction de la chute et de la repentance de Sophia. Les dialogues se poursuivent dans la deuxième partie (pp.115a-233a) à propos du sauvetage de Sophia et de ses conséquences pour l'âme individuelle. La troisième partie (pp.235a-318a) comprend des dialogues didactiques sur la nature du péché et de la repentance à partir d'exégèses de logia de Jésus. Dans la dernière partie (pp.318b-354b), les dialogues ont un caractère eschatologique très prononcé: Jésus y révèle les secrets de l'univers astral, formule les noms ineffables du Père des lumières et des éons, met en place les rites incantatoires qui permettront aux disciples d'acquérir la gnose.

O

(Oxford, Bodl. Bruc. 96)

Découverte en Égypte au milieu du XVIIIe siècle par un voyageur écossais, James Bruce, la collection d'Oxford incomplète et en très mauvais état, renferme deux ouvrages:

I. Livre du grand traité initiatique. Ce recueil contient des recettes et des mots de passe qui doivent aider l'élu à traverser les mondes planétaires et qui sont établis à partir d'exégèses de diagrammes, de noms magiques et de combinaisons de groupes vocaliques, censés transcrire la géométrie et la sonorité de l'espace divin.

II. Topographie céleste*. Cet ouvrage, dans lequel manquent le début et la fin, s'apparente aux apocalypses de l'école de Plotin, dont il est contemporain. Il donne une succession ininterrompue d'invocations liturgiques, à travers lesquelles sont exposées les hiérarchies («profondeurs») du premier principe, celui-ci étant décrit comme existant et inexistant, au-delà des essences et source des essences, à la fois négateur de toute catégorie de parenté, de pensée, de langage, de nombre et affirmé comme père, intellect, démiurge, premier et second, à la fois extérieur aux séries qui découlent de lui et intérieur à elles, parce que c'est lui qui les fonde, les meut et les pense et parce qu'elles sont «foi, espérance, amour et vérité» de lui-même.

B

(Berlin, P. Berol, 8502)

Le document de Berlin, acquis en 1896 par Carl Schmidt au Caire, est un papyrus contenant quatre ouvrages:

I. Évangile selon Marie. Cet écrit consiste en une exégèse paraphrastique de quelques préceptes évangéliques (un fragment de l'original grec est contenu dans le P. Rylands 463).

II. Livre des secrets, de Jean. Cet ouvrage donne un exposé complet de la doctrine gnostique: le monde d'en-haut (Père-Mère-Fils), le monde d'en-bas (démiurge, sphères et corps humain), la rétribution et le retour. Trois autres témoins en ont été retrouvés dans les papyrus du Caire: C III, 1 (qui est proche de ce texte de Berlin); C II, 1 et CIV, 1 (qui en sont des versions plus développées).

III. Sagesse de Jésus. Il s'agit ici d'une adaptation de la Lettre d' Eugnoste (C III, 3 et V, 1) au genre littéraire des révélations en style direct. On trouve un fragment de l'original grec de ce texte dans le P. Oxy. 1081 et les papyrus du Caire (C III, 4) en contiennent un second témoin copte.

IV. Acte de Pierre. Ce document rapporte un épisode légendaire de la prédication de Pierre: il raconte comment la fille de l'apôtre échappe par la paralysie à un prétendant et comment celui-ci se convertit et meurt.

C

(Le Caire, P. Cairo Mus. Copt.

4851, 10544-55, 10589-90, 11597, 11640)

Retrouvée dans la région de Nag' Hammadi (Haute-Égypte) en décembre 1945, l'importante collection du Caire comprend treize cahiers.

Le premier cahier (appelé parfois Codex Jung) contient les textes suivants:

I, 1.Prière de l'apôtre Paul («proseuque» servant d'épigraphe au cahier).

I, 2.Livre des secrets, de Jacques (recueil de sentences sur les conditions de l' extase).

I, 3.Évangile de vérité* (méditation évangélique qui s'inspire de la gnose valentinienne et dont on trouve un fragment d'une version sahidique dans C XII, 2).

I, 4.Sur la résurrection (invitation à entrer dans l' immortalité).

I, 5.Traité tripartite* (somme de théodicée, de psychologie et de morale, proche des cercles valentiniens).

Le deuxième cahier comprend:

II, 1.Livre des secrets, de Jean. Ce texte qui porte le même titre que B 2 et C III 1, en constitue une version plus développée et possède un autre témoin (C IV, 1).

II, 2.Évangile selon Thomas. C'est un recueil de 114 dits (logia) attribués à Jésus. Plusieurs fragments de la version grecque de cette collection sont contenus dans les P. Oxy. 654 (= prologue et logia 1-7), 655 (= logia 24 et 36-39), 1 (= logia 26-33 et 77) et dans une amulette provenant d' oxyrhynchos (= fin du logion 5).

II, 3.Évangile selon Philippe (méditation d'un rituel initiatique, écrite dans le genre littéraire des [logia] attribués à Jésus).

II, 4.Hypostase des archontes (interprétation par la démonologie des chapitresI-VI de la Genèse).

II, 5.Accord*. Il s'agit d'un exposé synthétisant plusieurs interprétations des mêmes chapitres de la Genèse et rédigé par un gnostique égyptien nationaliste. On en possède deux brefs fragments: en sahidique dans C XIII, 2 et en subakhmimique dans le Br. Mus. Or. 4926 (1).

II, 6.Exégèse sur l'âme. Ce texte entend démontrer qu'il y a une identité de vues concernant la destinée de l'âme entre les Prophètes juifs et les poètes grecs (Homère).

II, 7.Livre de Thomas l'athlète. Il s'agit d'un recueil de sentences ascétiques se situant dans le cadre d'un entretien entre Jésus et Thomas et énumérant une série de malédictions.

Le troisième cahier comprend cinq écrits:

III, 1.Livre des secrets, de Jean. C'est une version parallèle à B, 2, dont deux témoins plus développés sont contenus dans C II, 1, et IV, 1.

III, 2.Saint livre du grand Esprit invisible. Cet exposé de sotériologie, appelé aussi Évangile égyptien, repose sur une assise dogmatique qui présuppose admise la doctrine exposée dans O, 2. Un autre témoin de cet écrit est contenu dans C IV, 2.

III, 3.Eugnoste. Écrit sous la forme d'une lettre, ce développement sur la continuité des chaînes divines et angéliques a un autre témoin légèrement différent dans C V, 1. Il a servi de base pour fabriquer une révélation en style direct (cf. B, 3 et C III, 4).

III, 4.Sagesse de Jésus (autre témoin de B, 2).

III, 5.Dialogue du Sauveur (méditation sur l'origine et la fin, greffée sur une interprétation sotériologique d'un certain nombre de logia de Jésus).

Le quatrième cahier renferme:

IV, 1.Livre des secrets, de Jean (autre témoin de C II, 1, ainsi que de B, 2 et C III, 1).

IV, 2.Saint livre du grand Esprit invisible (autre témoin de C III, 2).

Le cinquième cahier contient les textes suivants:

V, 1.Eugnoste (autre témoin de C III, 3).

V, 2.Apocalypse de Paul (ensemble de gloses rédigées dans le style des apocalypses juives sur la IIe Épitre aux Corinthiens XII, 2-4).

V, 3.Première Apocalypse de Jacques (gloses sur la mort de Jésus).

V, 4.Seconde Apocalypse de Jacques (gloses sur la mort de Jacques).

V, 5.Apocalypse d'Adam (exposé de révélation glosant sur la descendance d'Adam).

Sixième cahier:

VI, 1.Actes de Pierre et des douze apôtres (intrigue romanesque à propos des voyages et des prédications des apôtres).

VI, 2.Tonnerre, intellect parfait (présentation de l'itinéraire de l'âme rédigée dans un style arétalogique et regroupant les catégories de la connaissance et du discours).

VI, 3.Argument décisif (narration de l'itinéraire de l'âme, invitant à la décision pratique du choix de vie).

VI, 4. Noêma (exhortation sur le sauvetage et sur l'avenir de l'âme).

VI. 5.Cerbère, le lion et l'homme* (apologue tiré de la République de Platon, 588b-589b).

VI, 6.L'Ogdoade et l'Ennéade* (description de l'ascension spirituelle de l' âme, dans la manière des traités du Corpus herméticum).

VI, 7.Prière d'actions de grâces*. Dans cette prière, l'initié, au terme de sa vision, remercie Dieu pour les bienfaits qu'il lui a accordés. Un témoin grec de cet écrit est contenu dans le P. Mimaut (=PGM III 591 sq.) et une version latine dans le chapitre 41 de l'Asclepius.VI, 8.Traité parfait*. Il s'agit d'une péroraison sur les trésors spirituels qu'acquiert le myste dans la pratique des rites égyptiens (un témoin latin de ce texte est contenu dans l'Asclepius, chapitre 21-29).

Septième cahier:

VII, 1.Paraphrase de Sem (interprétation par la psychophysiologie de toute la Genèse).

VII, 2.Second traité du grand Seth (méditation sur la passion du Christ et sur celle des croyants).

VII, 3.Apocalypse de Pierre (méditation sur la mort de Jésus).

VII, 4.Leçons de Silvain (recueil de maximes ascétiques dans le style de la littérature populaire de sagesse; un fragment d'un autre témoin copte de cet écrit est contenu dans le Br. Mus. Or. 6003).

VII, 5.Les Trois Stèles de Seth (hymnes sur la triade primitive génératrice de triades).

Le huitième cahier comprend deux textes:

VIII, 1. Zostrien. Cet exposé sur la hiérarchie des entités célestes est un écrit de révélation qui était connu dans l'école de Plotin (cf. PORPHYRE, Vie de Plotin    , §  16).

VIII, 2.   Lettre de Pierre à Philippe (une méditation sous forme de dialogue sur le thème de la souffrance du Christ dans son Église).

Le neuvième cahier comprend :

IX, 1.     Melchisédech.    Ce texte consiste en une méditation sur la passion du Christ à travers une réinterprétation chrétienne du système de l'Évangile égyptien    (cf. C III, 2 et IV, 2).

IX, 2.     Supplication de Noréa* (prière de délivrance de l'épouse mythique de Noé).

IX, 3.     Témoignage de vérité* (homélie polémique prônant le renoncement au monde et aux formes de christianisme qui sont suspectes de judaïser).

Le dixième cahier contient un seul livre:

X, 1. Marsanès. Ce texte est une révélation apparentée aux apocalypses connues de l'école de Plotin et développant l'utilisation incantatoire des sonorités des noms magiques.

Le onzième cahier renferme quatre écrits:

XI, 1.     Interprétation de la connaissance      (homélie sur la signification de la Parole de Dieu transmettant dans la pratique ecclésiale les étapes de la connaissance).

XI, 2.     Des principes et de la pratique* (catéchèse d'inspiration valentinienne sur le fondement dogmatique des rites d'entrée dans l'Église).

XI, 3.     Allogène. Cette révélation, qui explique comment remonter des triades divines à l'unité du principe premier, était connue de l'école de Plotin (cf. PORPHYRE, Vie de Plotin, §   16).

XI, 4.     Hypsiphrone (bref exposé sur la chaîne des transmissions de la parole de révélation).

Le douzième cahier contient deux textes :

XII, 1.    Sentences de Sextus*. Ce document est un fragment très détérioré de la version copte d'un ouvrage conservé en grec, latin, syriaque, arménien, etc.

XII, 2.    Évangile de vérité* (fragment très endommagé d'une version sahidique du texte connu par C I, 3).

Le treizième et dernier cahier de la collection du Caire comprend:

XIII, 1.   Protennoia trimorphe (traité dérivé de O, 2, sur les modalités d'être de la triade des principes).

XIII, 2.   Accord* (premières lignes du texte connu par C II, 5).

 

 

3. Éléments d'analyse littéraire

 

Un terme ambigu

 

Le premier usage du mot «gnostique» a été fixé par les Pères de l'Église, de Justin et Irénée à Théodoret. Ce terme n'a pas été inventé par eux, puisque Épiphane mentionne, à l'intérieur de la communauté chrétienne d' Alexandrie, l'existence d'un groupe de gens s'appelant eux-mêmes gnostiques. Des non-chrétiens, tels Plotin, Porphyre, Jamblique, connaissent aussi de semblables groupes. Les hérésiologues chrétiens, par qui ont été transmis des documents qui restent de première valeur, cherchaient à établir que, parallèlement à la continuité de la «vérité» transmise par les successeurs des apôtres, existait une continuité de l'«erreur» dont les racines étaient étrangères au christianisme. Pour eux, telle erreur localisée n'était jamais isolée et soudaine, mais appartenait à une «série» ou «chaîne» d'erreurs à composantes variables. Or, étant donné que le point de départ et le noyau de ces composantes n'ont rien à voir, disaient-ils, avec la foi transmise par les apôtres, mais font partie des domaines juif, barbare ou grec, leur résultante, chez tel auteur ou dans tel écrit suspecté, ne peut être qu'adventice, «hérétique». Ainsi, toujours selon la perspective des auteurs chrétiens, des personnalités, telles que Marcion, Basilide, Valentin, Bardesane, Héracléon, Marcos, Ptolémée, Théodote, sont décrites en dépendance de personnages, pour l'occasion exhumés des oubliettes et surévalués: Dosithée, Simon le Mage, Ménandre, Satornil, Nicolas, Cérinthe. Qui se voulait chrétien, mais chrétien «différent», se voit automatiquement débaptisé et appelé gnostique. Par ailleurs, comme l'hérétique a un nom, et un nom au pluriel, tout opuscule signé ou non devient, s'il est suspecté, représentant d'un des groupes fictifs de l'«hydre à cent têtes» de la gnose: caïnites (fils de Caïn), ophites ou naassènes (adorateurs du serpent), séthiens (fidèles de Seth), archontiques (sujets des puissances célestes), barbéliotes (dévots de Barbélo) -d'où le calembour de borborites (les boueux, ou puants) -, koddaniens ou koddanites (les «étriqués du vase», en raison de leurs pratiques alimentaires)...

Pour les auteurs ecclésiastiques, deux idées simples et connexes caractérisent la pensée de tous ces gnostiques: d'une part, le Dieu dont parlent les Écritures juive et chrétienne est le démiurge, qui a fait (très mal) les mondes et le corps des hommes - cette affirmation a pour corollaire qu'il n'est pas le Dieu véritable duquel provient l'âme humaine et qui est au-delà, dans l'inaccessible   -; d'autre part, les Écritures juive et chrétienne, qui présentent le démiurge comme le seul vrai Dieu, sont ou fausses et à rejeter, ou incomplètes et à interpréter -     il s'ensuit, à titre de corollaire, qu'il faut acquérir l'interprétation des Écritures, c'est-à-dire comprendre le sens vrai mais caché des paroles de révélation.

L'usage moderne du mot «gnostique» ne fait qu'extrapoler l'ancienne acception ecclésiastique. À partir des années vingt, des travaux de qualité, appliquant à la science religieuse les méthodes de la phénoménologie, étendirent le concept de «gnose» à tous les auteurs et à tous les textes chez et dans lesquels les corollaires ci-dessus énoncés - et les corollaires seulement -peuvent être vérifiés, autrement dit à la totalité de la production religieuse gravitant autour de l'ère chrétienne: religions à mystères, hermétisme, Philon, judéo-christianisme et mouvements baptistes palestiniens, néopythagorisme, néoplatonisme, littératures inter-, néo- et post-testamentaires, théologie alexandrine, monachisme, manichéisme, kabbale, mazdéisme tardif. Qui donc ne fut pas gnostique? Personne, puisque la pensée qui pose les questions sur la destinée (d'où venons-nous? qui sommes-nous? où allons-nous?) ne peut répondre autrement que par la connaissance de soi: l'Autre d'où je viens n'est que moi qui le pense. L'investigation phénoménologique a confirmé la description hégélienne de la «conscience malheureuse», mais a desservi la recherche en faisant du mythe une enveloppe métaphorique du concept et de l'universel, en caractérisant les objets de pensée de l'histoire religieuse ancienne à travers les catégories de l'idéologie allemande dans sa forme heideggérienne et en ne s'interrogeant pas au préalable sur la méthode hérésiologique des classifications.

 

L'anonymat

 

Si l'on ouvre l'une des quatre collections de textes contenus dans les manuscrits de Londres (Br. Mus. Addit. 5114), d'Oxford (Bodl. Bruc. 96), de Berlin (P. Berol. 8502) et du Caire (Mus. Copt. 4851, 10544-55, 10589-90, 11597, 11640), on sera frappé par la quasi-impossibilité d'identifier le groupe derrière la doctrine, la doctrine derrière le vocabulaire. La réaction des érudits, depuis l'époque de Woide (1778) jusqu'à nos jours, a été d'apposer des noms à ces anonymes, dès lors devenus docètes, valentiniens, encratites, séthiens, enthousiastes, judéo-chrétiens... Mais travailler avec des tics d' hérésiologues n'aboutit au mieux qu'à des classifications, certainement pas à une intelligence des textes. Toute comparaison avec de grands noms du christianisme anténicéen - exégètes comme Marcion, philosophes comme Bardesane, théologiens comme Valentin, métaphysiciens comme Basilide -ne fait qu'embrouiller le débat et répéter les amalgames de polémistes qui cherchaient à définir ce qui était chrétien en cataloguant ce qui leur paraissait ne pas l'être.

Dans tous ces textes, ainsi que dans les deux collections, perdues mais relativement identifiables, des gnostiques connus d'Épiphane et des gnostiques connus de Plotin, l'anonymat est cherché et voulu comme l'essentiel. L'écriture sacrée n'a d'autre auteur que le dieu égrenant ses réponses (lógoi) au demandeur d'oracles, au prophète, au révélateur, au disciple. Les prête-noms du dieu y sont toujours atemporels et incorporels, enveloppés dans la brume des lointains (Adam, Seth, Sem, Hénoch, Zoroastre) ou dans l'irréalité d'un passé encore proche (Jésus parlant «hors de son corps» entre résurrection et ascension). Seul, le voyant, c'est-à-dire tout lecteur potentiel affilié au groupe, entend la langue de son divin locuteur, lit son écriture, connaît le lieu de la transmission, comprend le message; pour tous les autres, c'est-à-dire pour les non-gnostiques, langue, écriture, lieu et message sont invérifiables, indéchiffrables, inaccessibles, incompréhensibles.

Rien donc sur ce point ne différencie les collections gnostiques des recueils analogues contemporains, aujourd'hui classés comme littérature intertestamentaire, apocryphes du Nouveau Testament, papyrus magiques, corpus hermétique, etc. -  rien, si ce n'est le caractère particulièrement vorace de l'appétit gnostique de révélation. Tout écrit, signé ou non, qui peut confirmer un point de doctrine ou de pratique est récupéré comme argument d'autorité et entre dans l'anonymat sacré du livre (apókruphon). De la sorte, on peut dire que les gnostiques ne furent pas les penseurs d'une doctrine, mais des bibliophiles invétérés.

Pris de fringale scripturaire, ils recopient sans s'arrêter. Par l'anonymat, toute parole, tout énoncé, toute explication, y compris les apologues, sentences et ex-voto de la pratique commune, se trouvent en quelque sorte divinisés, exactement comme le magicien à la recherche d'un médium divinisait un animal par la momification. Ce n'est donc pas la clandestinité ou la marginalité qui ont imposé l'anonymat aux compilateurs de ces collections. Bien au contraire, celui-ci a pour but de fonder l'exclusion, d'établir le fondement révélé de la misanthropie, de tuer ou de diviniser le sens par l'écriture.

La bibliophilie, dont les gnostiques sont, avant les manichéens, les inventeurs antiques, est en effet leur plaisir et leur identité. Par elle, ils échappent au contrôle des chefs (árkhontes) civils et religieux; en elle, ils stigmatisent les autorités (exousíai) célestes, terrestres et infernales; grâce à elle, leur insignifiance sociale, transmuée en volonté de puissance par l'acquisition et l'interprétation du langage des signes (mustéria), est détournée vers la possession élitiste de la science (gnôsis     ). Établis dans les faubourgs des villes et dans les villages abandonnés du Sa'id, ces exclus du pouvoir forment des cercles d'initiés, parfaits ou élus parce que délivrés de la fatalité innombrable et de la culpabilité qui enveloppent tout être et tout agir. C'est dans ces lieux que, pour se remémorer sans cesse les arguments décisifs du salut, ils se livreront à la seule pratique innocente  : l'exercice calligraphique. Pour ces scribes sans église, sans temple, sans synagogue, sans monastère, sans école, l'anonymat de révélation apparaît donc comme le subterfuge de l'anonymat social.

 

L'antijudaïsme

 

Trait dominant de la littérature gnostique, l'antijudaïsme est à la base du système dogmatique et il constitue un facteur non négligeable pour expliquer la formation des collections perdues et retrouvées. Le judaïsme est aux gnostiques ce que Socrate est à Nietzsche. Un texte contenu dans les papyrus du Caire (Témoignage de vérité) ira jusqu'à vilipender des formes de gnosticisme (Simon, Basilide, Isidore, Valentin) suspectes de judaïser!

Partis de l'idée que le dieu juif ne peut être le Dieu suprême, puisque l'Univers qu'il a créé est mal fait, les gnostiques introduisent, entre le monde supérieur de la transcendance et ce bas monde, une série d'entités qui sont organisées sur le modèle des spéculations astrologiques et qui reçoivent par dérision les divers noms du dieu des Juifs, voire de ses acolytes et de ses hérauts mythiques ou historiques. La figure grotesque du démiurge juif est affublée des traits animaliers des dieux égyptiens: il a des oreilles d' âne et un museau de porc comme Seth. Ce dieu typhonien porte une chevelure de femme comme les démons du folklore juif. Sa bêtise et son arrogance l'aveuglent puisqu'il ne cesse de répéter: «Il n'y a pas d'autre dieu que moi.» Sa lubricité le fait s'identifier à Saclas, prince du rut. Ce dieu bestial n'est donc qu'un comparse et ses fidèles des nigauds. Telle est la base des systèmes démonologiques que présentent les grands écrits de révélations conservés à Londres, à Oxford (cf. supra    02), à Berlin ou au Caire: Hypostase des archontes, Accord, Évangile égyptien ou Apocalypse d'Adam, Paraphrase de Sem, Zostrien, Marsanes, Allogène. Quand les auteurs ne cherchent plus à élaborer une anti-Genèse, mais pratiquent la méditation allégorique, chrétienne ou non (Traité tripartite, Eugnoste, Sagesse de Jésus), la pointe polémique s'émousse; cependant, même dans ce cas, l'agent des hiérarchies célestes inférieures, contrefaçon des splendeurs du Père, reste toujours le démiurge, auteur de la Loi. «Ne légiférez pas comme l'a fait le Législateur! Que jamais la Loi n'ait d'emprise sur vous!» déclare l'Évangile selon Marie.

Nombre d'opuscules antijuifs furent lus par les gnostiques, qu'ils intégrèrent à ce titre dans leurs collections, telle cette Postérité de Marie (Génna Marías) que possédaient les gnostiques connus d'Épiphane. Entré dans le saint des saints pour procéder à l'encensement, Zacharie constate qu'à la place de Dieu se tient un être mi-humain, mi-âne; il sort aussitôt pour révéler à ses compatriotes la mystification dont ils sont les jouets, mais le démiurge lui obstrue la bouche. Retrouvant plus tard l'usage de la parole, Zacharie révèle ce qu'il a vu et les Juifs le tuent. De là vient la décision des autorités du Temple d'obliger le grand prêtre chargé de l'encensement à porter des clochettes pour avertir le dieu à tête d'âne de se voiler la face. Ces ragots, provenant de l'antisémitisme gréco-oriental et adaptés à la légende de Zacharie par quelque chrétien, ont été à la base de l'antijudaïsme viscéral des gnostiques.

À sa prétention d'être le seul vrai Dieu, estimant que ce qu'il a créé est «très bien» (Genèse, I, 31), le dieu juif ajoute ce qui, aux yeux des gnostiques, apparaît comme la preuve matérielle de sa perversité : la création de l'homme «mâle et femelle» (Genèse, I, 27). Le «Croissez et multipliez-vous» du sixième jour et de l'après-déluge (Genèse, I, 28 et IX, 1) amènera l'un de leurs auteurs (Accord) à installer au milieu même du Paradis le dieu grec Éros avec son cortège de volupté et de mort.

De même que, dans leurs spéculations sur l'essence du divin, les gnostiques opèrent une distorsion ontologique entre le principe sans nom et inaccessible et le dieu juif aux multiples noms et accessible, ils construisent leur éthique sur la recherche de l'unité primordiale par la négation de la sexualité démiurgique.

La négation peut se faire par la continence; l'encratisme, qui domine à cette époque l'expression religieuse - littérature édifiante, populaire et savante, païenne aussi bien que chrétienne -, les stimulait dans cette voie. Mais la négation peut s'exprimer aussi dans un encratisme à l'envers, par l'utilisation de l'orgie à des fins liturgiques et mystiques: fellations de groupe chez les gnostiques connus d'Épiphane, qui recueillaient sperme et menstrues pour «éviter de faire des enfants à l'archonte», c'est-à-dire au dieu de la Genèse; interruptions de grossesse et cannibalisme eucharistique pour consommer les «enfants de l'archonte» en hachis de feotus agrémentés d'épices. Jésus lui-même est présenté comme un exemple des deux voies: saint, parce que son corps est spirituel et ne peut pécher; unifié parce que maître de sa puissance séminale. Les Questions de Marie racontent que, parti avec Marie-Madeleine vers le lieu des révélations, Jésus entre en prière, et c'est alors que sous les yeux ahuris de celle-ci sort du corps même de Jésus une femme; Jésus fait aussitôt l'amour avec cette femme sortie de lui, mais interrompt le coït pour recueillir le sperme et le présenter comme offrande. Puis Jésus réconforte Marie-Madeleine abasourdie et lui déclare pour la «réveiller»: «Il faut faire ainsi pour avoir la vie.»

Les quatre collections retrouvées se rattachent à l'expression ascétique de l'encratisme. Le manuscrit de Londres rejette expressément l'usage des pratiques sexuelles et de l'orgie comme exercice mystique, et minimise le rôle de Marie-Madeleine. De même, dans le Traité initiatique du manuscrit d'Oxford, l' eucharistie orgiaque est condamnée et remplacée par un rituel sacrificiel non sanglant et non génésique, à base d'aromates, de plantes séchées et de pierres précieuses. Le papyrus de Berlin a intégré un récit populaire chrétien (L'Acte de Pierre), dans lequel on raconte comment l'apôtre Pierre, pour soustraire sa propre fille à un prétendant, la frappe d'hémiplégie. Les papyrus du Caire ont également recueilli récits populaires, entretiens, dissertations, homélies, exhortations et méditations évangéliques à but édifiant sur les conditions de la vision et les rites qui mènent à l'extase, tous témoignages pouvant redorer le blason gnostique face aux communautés rivales de moines origénistes et orthodoxes.

L'amphibologie des attitudes et l'élaboration du dispositif mythologique dans les exposés de cosmogonie ou de sotériologie ont leur base scripturaire dans une interprétation a contrario des neuf premiers chapitres de la Genèse, amplifiés par le folklore. Il a suffi à leurs auteurs de puiser dans la mémoire de leurs contemporains, coreligionnaires ou compatriotes, les détails fantaisistes et les ragots pour les modeler en éléments constitutifs d'une dogmatique et d'une pratique. Toutefois, comme cela est fréquent, la verbosité que provoque la haine de celui qui fascine laisse inchangées les attitudes qui cloisonnent le groupe minoritaire. C'est du judaïsme, en effet, que les gnostiques tirèrent leur ecclésiologie de l'élection et leur éthique de l'altérité. Certains d'être, eux aussi, élus et différents, les écrivains gnostiques constituèrent leurs collections d'écrits pour transmuer par la magie verbale leur complexe d'infériorité en supériorité d'une autre race (allogenes).

 

L'égyptophilie

 

Des Égyptiens traduisirent, copièrent et recopièrent ce que leurs compatriotes hellénisés des villes avaient écrit. Si ces textes sont nés précisément là, si leur va-et-vient d'un bout à l'autre de la vallée du Nil fut constant, même aux plus beaux jours de la christianisation, c'est qu'un lien étroit unit ces textes à l'Égypte. Un sursaut de nationalisme face à l'omniprésence civile et religieuse de l'Église, administrée de Rome, de Byzance ou d'Alexandrie, n'est pas à exclure de la part de gens farouchement hostiles aux pouvoirs, puissances et dominations de tous ordres, créatures d'un démiurge honni. Le gnosticisme apparaîtrait de la sorte comme l'élaboration théorique d'une forme de résistance à la liquidation de la vieille religion. Une Isis à peine ravaudée prit la place de Yahvé, Hermès Trismégiste celle de David.

Sur le trône vacant du dieu jaloux et tout-puissant, les gnostiques installèrent la figure polyonyme de la Mère. Personnage et fonction, prépondérants dans les anciens cultes, restaient encore vivaces dans la piété égyptienne. Ex-voto, représentations, rites et inscriptions en témoignent. Il ne s'agit donc pas là d'un trait archaïsant de la mythologie gnostique. La présence d'une entité féminine au coeur de la triade des principes éclipse désormais tous les dieux. En la réintroduisant dans les hauteurs du Ciel (ogdoade), les gnostiques ravalent du même coup dans des cieux inférieurs (hebdomade), identiques aux lieux hypochthoniens (Chaos, Hadès), le démiurge et son escorte. Alors que ce dernier, idole sans yeux, rivée à son socle, a pour demeure un enclos qu'il ne peut franchir, car les orbites de la fatalité le lient, la puissance maternelle partout diffuse n'est liée nulle part: elle entre dans les hauteurs, mais, menacée d'être «engloutie dans la douceur paternelle», elle s'écarte et tombe, puis réintègre son domaine au sommet de l'intervalle, ou «voie de la médiété». Ses multiples allées et venues entre les mondes et à la limite des mondes décrivent l'aventure de l'âme voyageuse et nostalgique.

La rétrogradation du démiurge étant acquise, un espace médian s'ouvrait pour permettre à une force régulatrice d'y canaliser les existences découlant de la source paternelle (plérôme). Le Livre de Jean, dont quatre versions sont conservées dans les collections retrouvées, et plusieurs autres attestées en dehors d'elles, proclamait que la seule puissance qui mérite d'être vénérée est cette Mère, immobile au coeur de la triade, mais à l'extérieur génératrice des mondes, des essences et des signes. Voix et pensée de l'ineffable, elle porte tous les noms et remplit toutes les fonctions (Bronte     , Trois Stèles de Seth, Protennoia). Les hymnes énumérant les vertus d' Isis, dont se nourrissait la piété égyptienne, fourniront la substance de nouvelles arétalogies: «Mon époux est mon géniteur et je suis sa mère.» Isis effondrée et pleurante est appelée, dans la tradition gréco-égyptienne, «recherche d' Osiris», principe et réceptacle de l'Univers, mère d' Horus-Harpocrate «abâtardi par la matière»; de même, la Sophia valentinienne sera appelée «recherche» et «suppliante du Père», principe de l'essence de la matière d'où provient le monde, mère d'un «avorton» décrit comme «substance sans forme et inorganisée». À l'instar des titres et fonctions, l'ambivalence de l'une est passée à l'autre. Le Saint Livre du Grand Esprit invisible, parvenu en deux versions dans les papyrus du Caire, expose une sotériologie dont l'assise dogmatique analyse, par rapport à la fonction maternelle, le mouvement des dieux, des catégories et des nombres. Le copiste ne s'y est pas trompé, qui, dans le colophon, surnomme cet écrit Évangile pour les Égyptiens.

Inscrite dans l'Exode comme «    maison des esclaves   » et bafouée par les allégoristes juifs et chrétiens comme refuge du diable et de l' ignorance, l'Égypte redevient chez les gnostiques «image du ciel», «demeure céleste», «temple du monde». Dès lors s'agrègent à leurs collections des prières de la pratique commune (PGM, III, 591-609) des recueils de sentences composés par des natifs (Silvanos, Sextus), des écrits savants dans lesquels le sage Trismégiste décrit l'ascension de l'âme (Ogdoade et Ennéade   ), ou évoque les trésors spirituels qu'acquiert le myste dans la pratique des rites égyptiens (Discours parfait). Platon, dont la pensée, croyait-on, venait de l'Égypte, est l'un des leurs (La République, 588 b-589 b); Homère également (Exégèse sur l'âme).

Selon un autre traité (Accord    ), l'air, la terre et les eaux de l'Égypte forment la géographie de l'exemplarité sotériologique, puisque dans ces éléments naissent et renaissent les animaux d'éternité : l'oiseau phénix, Apis et Mnévis les deux taureaux, les loutres. «C'est en Égypte seulement que ces grands signes ont été manifestés; dans aucun autre pays il n'est signifié qu'il ressemble au Paradis de Dieu.» Ce cri d'un gnostique nationaliste n'est pas isolé. Les diagrammes qui remplissent le manuscrit d'Oxford, les procédés incantatoires qui ponctuent l'argumentation des exposés et la prière des hymnes, la somptuosité des images et la répétition des formules attestent la survie de l'ancien langage des temples. Dans cette officine du verbe que sont les collections gnostiques, le cléricalisme égyptien fait encore entendre sa voix. Cette même voix, qui résonne plus qu'elle ne raisonne, sut traduire dans des mythes dramatiques le conflit des cultures et la subversion du logos.



Les littératures 

 

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administrateur théâtres

***** DANS MA TETE *****

Textes et interprétation : Rubina 

Elle est … Belle! Elle dansait dans sa tête… Elle avait 5 ans et débarquait ans un monde qui n’était pas le sien. Elle racontera tout cela, à cause d’une fêlure dans son horizon. Pendant la conférence sur la différence de nos codes d’accès à la réalité, sur nos stratégies de défenses, sur le fonctionnement de notre cerveau, elle est saisie par message étrange qui s’affiche sur son Iphone : « Je suis ton père et je suis dans la salle ! » Le choc ! Cette phrase fortuite dérange toute l’architecture de son discours, embrase son cœur et fait jaillir des larmes au coin de ses yeux. Des yeux magnifiques, de véritables brasiers à peine maquillés qu’elle promène de visage en visage dans la salle comble qu’elle caresse et dont elle se nourrit. Une chevelure vivante qui appelle un océan de rêves et de voyages.

Nous sommes devant une expérience troublante. La dame improvise son texte, de concert avec  sa  frangine au clavier. T’es toi quand tu danses… C’est là qu’elle va, c’est son but ! De trace en trace, elle fait surgir les souvenirs et les apprivoise, comme une magicienne. Plus rien ne pourra lui faire mal. Elle a fait ce travail d’écoute de soi, de rencontre avec l’être profond, dionysiaque peut-être… mais elle a rencontré l’éternel enfant en nous, source de toute création.  Le magnifique jeu corporel, la belle diction, le port de princesse de sang royal, tout contribue à faire de ce spectacle chercheur de vérités, un cadeau inestimable pour chacun des spectateurs qui l’écoute avec le cœur. Elle donne des noms de sages qui ont l'art de  reconstruire... 

Elle questionne : « Quel est votre rôle sur le grand échiquier où nous avons besoin d’exister? »  Elle se bat contre des tendances acquises : « Quand tu auras un diplôme, de l’argent, un couple,  des enfants, une maison, des voyages, tu seras heureux ! » Elle barre la route aux chemins tracés d’avance. Elle redonne des aimants aux désirs… à la capacité de manger la vie. Une bonne fée, quoi!

Elle explique encore que les manques de l’enfance se retrouvent dans les désirs  que forment inévitablement les parents à propos de leurs enfants. Compensation, quand tu nous tiens ! Pire encore, elle disserte sur l’absence du père. Elle revient sur son éducation, sur ses diverses métamorphoses, sur ses retours aux sources de  la souffrance. Et de fil en aiguille, elle répare, elle restaure par la voix et le geste, elle écoute ses talents, et toute en haut de sa nouvelle pyramide, elle installe le pardon. Car pardonner aux autres, c’est être. C’est être heureux.

Summertime, and the livin' is easy

Fish are jumpin' and the cotton is high
Oh, your daddy's rich and your ma is good-lookin'
So hush little baby, Don't you cry

One of these mornings you're gonna rise up singing
And you'll spread your wings and you'll take to the sky
But 'til that morning, there ain't nothin' can harm you
With Daddy and Mammy standin' by

Summertime, and the livin' is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
Oh, your daddy's rich and your ma is good-lookin'
So hush little baby, Don't you cry

One of these mornings you're gonna rise up singing
And you'll spread your wings and you'll take to the sky
But 'til that morning, there ain't nothin can harm you
With Daddy and Mammy standin' by

Elle a chanté  « Summertime » en solo appuyée sur le mur des incompréhensions et maintenant, elle danse. Elle a repoussé les murs.  Et nous, on applaudit à tout rompre dans une salle bondée…Et puis comme des gosses de quatorze ans, on ira lui demander des autographes… pour la remercier du fond de l’âme.  Elle est ... Elle. 

https://www.laclarenciere.be/SAISON_2016_2017/trismestre2.htm

Dates:Du 26 au 28 janvier 2017

Où:La Clarencière
rue du Belvédère, 20 1050 Ixelles

Contact http://www.laclarenciere.be 
fabienne.govaerts@skynet.be 
02/640.46.76

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administrateur littératures

Isis entre rêves et réalité du quotidien...

Isis entre le 13 novembre 2015 et le 22 mars 2016...

Isis et ses états d'âme, ses amours, son humour, ses angoisses,...

Mais qui est Isis de Saint-Cognac, notre belle rousse au tempérament de feu et quelles sont ces trois épreuves qui l'attendent?

Une curieuse messagère, un chat étonnant, un mystérieux amant, un perroquet volage, il était une fois un recueil, un second, ponctué de nouvelles, de réflexions et de courts poèmes baignant dans un contexte tendu de menaces terroristes. Notre héroïne et narratrice amoureuse de l'écrivain Joseph se retrouvera-t-elle au mauvais endroit au mauvais moment le 22 mars 2016?

Auteur de six romans et d'un recueil de nouvelles et de poèmes, chroniqueur et membre de l'Association des Ecrivains Belges de langue française, Thierry-Marie Delaunois vit à Bruxelles, cultivant depuis plus de trente ans sa fibre littéraire, offrant toujours une structure dramaturgique alliant narration et dialogues enlevés à ses récits souvent basés sur des faits de société, où toute la gamme des sentiments comme les feuilles d'automne déferle pour nous entraîner dans des aventures humaines souvent intenses aux couleurs très diversifiées. Les couleurs de la vie, toute une palette que ne renierait point un Rubens, plaisirs et sensations garantis.

Titre: Les trois épreuves d'Isis

Auteur: Thierry-Marie Delaunois

Genre: recueil de courts textes

Editeur: Edilivre-Aparis

Pages: 170

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administrateur théâtres

C’est une légende dramatique en quatre tableaux à propos d’un personnage qui a réellement existé. Mais nul ne peut dire avec certitude ce que son âme est devenue! Encore moins si Berlioz, le compositeur torturé par les échecs de la vie, le poète maudit, l’artiste romantique a souffert des mêmes affres que le célèbre médecin astrologue du XVe siècle. Nul ne peut dire si,  malgré l’aspect positif de l’appétit de Faust insatiable de connaissances et de jouissance, Berlioz ne le condamne pas au feu éternel, par pur dépit.

Premier tableau. Le ténor Paul Groves embrasse avec ardeur et immense talent le rôle de Faust dans une superbe diction. L’hiver a fait place au printemps…Faust est perdu dans la contemplation d’un paysage de campagne, jouissant pleinement de sa solitude, il assiste au lever du soleil sur les champs. Il se laisse envahir par les chants d’oiseaux que prolongent des chansons joyeuses de paysans. « De leurs plaisirs, ma misère et jalouse ! »  Une armée passe, au son d’une marche hongroise devenue très célèbre  grâce à  l’art cinématographique français. Se déploie une fresque d’images du feu et des atrocités de  la guerre. « Son cœur reste froid, insensible à la gloire ! »   

Deuxième tableau « Sans regrets, j’ai quitté les riantes campagnes où m’a suivi l’ennui ! »  Faust est  seul dans son cabinet de travail et donne  libre cours à sa souffrance  profonde. « La nuit sans étoiles ajoute encore à ses sombres douleurs. » Dans sa sensibilité exacerbée, il est envahi de désirs inassouvis et sombres et le  spleen du poète maudit l’incite à vouloir boire une coupe de poison. Il perçoit, venant d’une église voisine, un  chant de Pâques entonné par le chœur des fidèles. Il se sent touché par une foi ancienne. C’est le moment que choisit Méphisto, « l’esprit qui console »,  pour l’inviter à le suivre vers d’autres plaisirs. Le baryton-basse italien Ildebrabdo D’arcangelo  incarnera tous ses maléfices. Première station dans un cabaret de Leipzig où un groupe de buveurs entonne l’éloge du vin. L’un d’entre eux, Brander, complètement bituré, raconte l’histoire  délirante d’un rat brûlé par l’amour. C’est notre délicieux Laurent Kubla.

Requiescat in pace, Méphisto raille l’Amen parodique chanté par les buveurs et se pique d’une histoire de puce. Faust est peu enthousiaste devant les scènes de beuverie et se retrouve emmené sur les rives de l’Elbe et ses flots d’argent. Il sombre dans un sommeil envahi par les gnomes et les sylphes. Ceux-ci lui font apparaître en songe Marguerite, image parfaite de l’amour. A son réveil, Faust n’a plus qu’une pensée : la retrouver. Il entre dans la ville en même temps que des étudiants et une bruyante soldatesque. Il est au pied d’une demeure entourée d’hortensias.

Troisième tableau. « Merci, doux crépuscule, c’est l’amour que j’espère ! » Faust, seul, découvre la chambre de Marguerite et  sent naître son bonheur. « Seigneur, après ce long martyre, que de bonheur ! » Méphisto le poste en observation,  derrière un rideau. Amoureuse de l’amour, Marguerite est songeuse et envahie par les images d’un rêve où  lui apparaît son futur amant. Pendant qu’elle tresse ses cheveux, elle chante, mélancolique, une chanson gothique, celle  d’un roi, Theulé, qui,  sentant sa mort prochaine,  distribua toutes ses richesses,  sauf une coupe lui rappelant sa défunte femme. Cette coupe se brise. C’est la voix magnifique  de la divine soprano géorgienne Nino Surguladze qui symbolise toutes les langueurs, les attentes et les élans de l’amour.

« Mes follets et moi allons lui chanter un bel épithalame ! »  Méphisto va  souffler son plan d’action à l’oreille de la belle alanguie. Pour mieux l’étourdir, la sérénade ensorcelante est accompagnée du chœur et des danses des follets. Mais voilà que Marguerite aperçoit Faust, l’amant de son rêve. Faust lui avoue sa passion, les deux amants s’étreignent sur l’amoncellement de coussins apportés par les follets et le regard voyeur du maître du jeu. Soudain, Méphisto interrompt leurs ébats et ébruite que les voisins sont en train de prévenir la mère de Marguerite qu’un homme est chez  sa fille. Les deux amants se séparent, espérant se retrouver le lendemain. Méphisto tient maintenant en son pouvoir l’âme de sa victime.

Quatrième  tableau. Marguerite se lamente, possédée par l’amour de celui qui n’est jamais revenu. Elle entend des bribes de  chants de soldats et d’étudiants qui lui rappellent cette première nuit si courte et si fragile. Seul aussi, face à une nature avec laquelle il souhaiterait  se fondre, Faust ne pense plus qu’à Marguerite. Il erre, prisonnier de sa tour d’enfer. Méphisto surgit et  lui apprend que Marguerite est condamnée à mort pour  matricide, car chaque nuit où elle attendait son amant, elle l’endormait avec un  poison qui a finalement eu raison  de sa santé. Ainsi l’heure fatidique du pacte est arrivée : Méphisto est prêt à sauver Marguerite si Faust s’engage à le servir « à l’avenir ». Le parchemin est signé par-dessus le vide. Sancta Maria ora pro nobis ! Sancta Marguerita… Sur deux chevaux noirs, Faust et Méphisto s’engagent dans une cavalcade infernale vers ce  que Faust  croit être la  maison de Marguerite. Rythmée par le chœur des paysans et les angoisses de Faust, la course à l’abîme, s’achève en enfer. Le Prince des ténèbres se vante de sa victoire. Faust, sans jamais perdre sa prestance,  est  enfin précipité dans les flammes sous  les hurlements infernaux du chœur des damné(e)s, des démons et des macabres squelettes. Puis, le calme revenu sur terre, c’est une véritable apothéose: le chœur des esprits célestes appelle la vertueuse Marguerite - sauvée par l’amour inconditionnel de son amant - à monter au ciel.

Quel écho peut donc avoir une telle œuvre  avec notre perception moderne?  L’histoire nous touche-t-elle vraiment? Sombrera-t-on avec ce Faust désespéré  dans l’inanité de l’existence de l’esprit positif ? Ou simplement, nous laisserons nous emporter par le vertige de la découverte de l’œuvre de Berlioz ?  Allons-nous nous laisser devenir  captifs de l’esprit insatiable qu’il symbolise ?  Serons-nous séduits par le génie d’un compositeur qui osa faire tabula rasa  de toutes les tendances de son époque et des précédentes? Certes, la magie musicale opère grâce à la qualité et la perfection d’interprétation musicale du chef d’orchestre,  Patrick Davin. Véritable maître du jeu, il s’emploie avec passion à  ressusciter une œuvre totalement innovante. Il déclenche notre admiration pour une partition  constituée d’immenses pages orchestrales d’une richesse inouïe,   dont on se demande parfois si on ne préférerait pas les écouter les yeux fermés pour en retirer toute  leur saveur. On sait  que dans sa nouvelle création, en 1846, Berlioz ne prend  même pas la peine de composer une ouverture, qu’il juge inutile, car il démontre que la musique peut tout exprimer et sait jouer le parfait mimétisme, fond/ forme! Ainsi, à quoi d’ailleurs pourraient bien servir des décors? Même les plus précieux, comme ceux élaborés par Eugène Frey (1860-1930), ces fameux tableaux transparents avec rétroprojection dont s’est inspiré le metteur en scène de cette production,  Ruggero Raimondi. Derrière les voiles reproduisant les tableaux successifs, a-t-il conçu  la carcasse  de fer comme une  sorte de tour de Babel  qui rappellerait celle de Breughel ? Ou pensait-il à la tour d’ivoire du poète? Une vision de  gazomètre en déshérence ?  Cette structure évoque une prison de fer et d’enfer pour la condition humaine dont l’homme ne peut s’échapper que par le ciel ou la géhenne.

L’enfermement est donc omniprésent : même lorsque les voiles sont supposés cacher cette tour,  ou du moins en partie, elle reste perceptible à tout moment. Le regard, lui-même est prisonnier. Au travers de lumières soit  trop tamisées soit trop distrayantes,  on perce  parfois difficilement les visages. La texture et les formes des costumes du peuple  infernal sont  très originales pourtant, et les évolutions ou les chants des nombreux figurants gagneraient à être mieux mis en lumière. L’enfermement circulaire, fait d’échafaudages est certainement très pratique pour une mise en scène verticale des protagonistes, mais tout le monde ne sera pas sensible à cette vision esthétique plutôt accablante pour ceux qui ne rêvent que de liberté !

Du mercredi, 25/01/2017 au dimanche, 05/02/2017

DIRECTION MUSICALE : Patrick Davin MISE EN SCÈNE : Ruggero Raimondi CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice ARTISTES : Paul GrovesNino SurguladzeIldebrando D’ArcangeloLaurent Kubla 

https://www.operaliege.be/en/shows/season/2016-2017/

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administrateur partenariats

Un stylo d’or signe une loi.

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Une infâme flamme dorée

Etendard minable étalé

Tient discours aux foules rassemblées

Du Moyen-Age ressuscitées

 

Un stylo d’or signe une loi

Effrayante  et vile à la fois

Faisant fi des guerres d’autrefois,

Attaquant la femme et ses choix.

 

Ô toi qui signe sans respect

Tel un paon repu, satisfait

Tous tes populistes décrets

N'oublie pas...

Le temps passe …il met et démet !

 

Une femme comme les autres.

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ÊTRE EN VIE...

Au fond de la mémoire

Quelques gouttes de sel

Reflet dans un miroir

D'un amour éternel!

Au creux de la poitrine

Un bruit désordonné

Quelques minutes divines

Que la vie sut donner...

Au bout des jours grisailles

Un soleil insolite

Et la vie qui tenaille

C'est la joie qui s'invite!

Au rendez-vous du temps

Oublier les dénis

Se fondre dans l'instant

Accepter le défi...

Être en vie...

J.G.

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administrateur théâtres

La ré-imagination au pouvoir !

L'amour intransigeant vs. la dictature? 

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Thierry Debroux a pris les armes, et des mousquetaires de taille : José Bresprosvany à la mise en scène et aux chorégraphies. A la musique,  c’est Laurent Delforge. Aux lumières séculaires et universelles : Marco Forcella. Aux costumes couleur terre : Bert Menzel. A la dramaturgie : François Prodhomme pour un partage de notre patrimoine universel : « Antigone » de Sophocle dans une sublime version contemporaine.  

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Re-création : Point de tenues gréco-romaines, ni de  décors encombrants, non plus ces tenues des années quarante qui ont fasciné Jean Anouilh ! Juste le limon, la terre et ses énergies vitales  et ce soleil, cette lumière  dont Antigone est si amoureuse, elle qui est au bord de la tombe qui mène au royaume des ténèbres. Et surtout une traduction du texte en grec ancien parfaite sous la plume harmonieuse de Florence Dupont, à part quelques écarts de langue familière !

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Le traitement des chœurs est une œuvre d’art en soi. On  peut y voir une dramaturgie  propre alors qu’il constitue  évidemment la respiration profonde et la structure de la pièce. La danse est le principal élément. Le ballet est réglé sur le mode éblouissant, comme dans nos souvenirs de Béjart et en même temps sur le mode an 2000 comme l’aiment nos jeunes adolescents.   La  troupe des 9  comédiens-danseurs  présente des chorégraphies  tracées au cordeau, extrêmement variées et d’une force de suggestion effarante au sens premier du terme. Se greffent sur ces jeux du corps une déclamation à l’unisson ou des dialogues incantatoires. Alternativement avec Tirésias transformé en coryphée,  l’exceptionnelle Coryphée féminine à la délicate diction - elle est aussi la mère d’Hémon -  mène le chœur avec une sensibilité poignante. C'est la très émouvante Isabelle Roelandt. Le garde et le messager se prêtent aux voix et aux mouvements pluriels.    Hémon, lui-même, le fils de Créon promis à Antigone, fait partie du chœur. Ismène, la sœur d’Antigone se fusionne dans le même ensemble. Il n’y a finalement que cinq danseurs de fond, tous magnifiques!  Et à chaque apparition, c’est comme si les personnages émergeaient et retombaient soudain de cette mer Egée, symbole de notre mouvante humanité,  qui se mire dans le ciel de l’Attique du 4e siècle av JC.

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 Car c’est l’humanité surtout qui entre en scène dans cette approche de l’œuvre de Sophocle. Une humanité  composée de toutes nos références culturelles de Jean Cocteau (1922) à Anouilh (1944), à Brecht (1948), à Henri Bauchau (1999).  Elle déclare fièrement : « Je ne suis pas née pour partager la haine, je suis née pour partager l’amour ».  Le personnage mythique d’Antigone questionne la loi des hommes et celle des dieux, les conflits entre la norme et la liberté,  le fossé des générations,  la lutte des sexes, le bien-fondé de la radicalité de l'amour,  la soumission aux valeurs fondamentales, prône en tout état de cause  la rébellion contre la dictature. Dans ce rôle, Héloïse Jadoul, assoiffée de justice se révèle être une héroïne attachante et adéquate. Son hypocrite relégation dans une tombe où elle sera enterrée vivante avec quelques vivres est une scène bouleversante. Et surtout son adieu déchirant à la lumière.  Jamais le rôle d’Hémon interprété par Toussaint Colombani n’a été aussi bouleversant. De prime abord, respectueux de la figure paternelle, il devient l’homme que l’amour d’une femme qui défend ses valeurs  galvanise et  enflamme,  pour le mener à son tour, sans la moindre crainte,  sur le chemin de la mort. Mais ainsi l'a décidé le destin! 

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Créon (Georges Siatidis), comme Antigone, ne fait jamais partie du chœur. Il est habité par la haine de quiconque lui résisterait!  En dictateur on ne peut plus crédible, il s’achemine quand même vers une conversion, hélas trop tardive.

Tirésias lui conseille (sous les traits et la belle voix de Charles Cornette) : "Fais sortir la fille du souterrain et puis, élève un tombeau pour le cadavre qui gît là-bas ! Créon : "Voilà la décision que tu me conseilles de prendre ? Tu veux que je me soumette ? J’ai du mal à m’y résoudre. Mais puisque j’en suis là ; j’y vais. Je l’ai enfermée, je la délivrerai!"

Mais ainsi parlent les forces de la Destinée,  jouées, chantées, clamées par le Choeur : « Que tu te caches dans une tour, que tu t’enfuies sur un vaisseau au-delà des mers, tu ne leur échapperas pas, il arrivera ce qui devait arriver». Le point culminant de la pièce est un point de non-retour. La tragédie doit se consumer jusqu’au bout. La loi non-écrite fondamentale dont le fondement remonte "à la nuit des temps" est celle de l'amour, à laquelle les dictateurs doivent, eux aussi, se soumettre. Créon admet enfin sa culpabilité et  restera seul à subir le désespoir devant l'hécatombe que lui seul a causé, lui qui, par  pur orgueil des puissants, et mépris des lois divines, a osé offenser l’ordre du monde souterrain, a osé braver la loi du  dieu des enfers, Hadès, le maître des morts. 

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La conclusion, nous l’avons entendue à l’ouverture du rideau : « Le bon sens avant tout donne le bonheur… » L’œuvre ainsi offerte et son illumination par le jeu des lumières, de la danse, de la parole et du feu théâtral est un miroir universel.  

Antigone au Théâtre du Parc du 19 janvier au 18 février.

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/57/42.html

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administrateur théâtres

Du Mercredi 11 au Dimanche 22 janvier PARCE QUE C’ÉTAIT LUI  “MONTAIGNE & LA BOÉTIE

Un texte à trois voix de Jean-Claude IDEE

 

Toutes les utopies ont engendré la violence...  

Surprise, enthousiasme, passion, philosophie, délices du corps et de l’âme, fraîcheur exquise,  la jubilation devant le jeu des trois larrons qui nous ont projetés avec tant de feu quatre cents ans en arrière,  et au bout,  l’envie folle de se procurer le livret si à propos  ou de revenir le lendemain pour re-savourer  à loisirs ce joyau du cœur et de l’esprit, contempler avec bonheur une perle de la scène !  Pendant ce court spectacle, bouillonnant d'esprit et de beaux costumes,  vous serez remués par la beauté de la langue, la justesse du propos, le ton comique et jouissif, la beauté des sentiments, la vérité des interrogations, la subtilité du discours ! Cinq étoiles et plus s’il y avait de la place dans le firmament de nos coups de cœurs pour la perfection de l'interprétation: Katia MIRAN, Emmanuel DECHARTRE, Dominique RONGVAUX !

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Jean-Claude Idée s’est attaqué à une œuvre maîtresse du capital culturel mondial : les Essais de Michel de Montaigne et aux doutes qui hantent son auteur. Il raconte des épisodes de la vie passionnante de Montaigne, l’homme des missions diplomatiques impossibles entre Catherine de Médicis, le duc de Guise, Henri III et le jeune Henri de Navarre. Il met en relief la  trahison ressentie vis-à-vis de son meilleur ami, Etienne de la Boétie, décédé à la fleur de l’âge, et  dont il a omis volontairement de publier les écrits comme il l’avait promis. Il  estimait que ce texte, le Discours de la servitude volontaire par Étienne de La Boétie (1549) était un véritable brûlot révolutionnaire  risquant  de ruiner une France déjà dévastée par 30 ans de guerres de religion sanguinaires.

... Il est « devenu le prince des accommodements » enrage le fantôme d’Etienne qui ne cesse de le hanter. Etienne l’accuse vertement d’avoir pondu 3 essais de 1000 pages narcissiques sur l’éloge du « rien ! » ... Philosopher n’est pas poétiser.  Montaigne  estime qu’Etienne, tout en voulant revenir aux valeurs d’origine de la société gréco-romaine,  pense plus loin que la république, souhaite une insurrection chronique, rêve d’une société libertaire. Il refuse de faire l’éloge de la violence. Seule la réconciliation peut éteindre les guerres. Etienne bataille pour une pensée neuve et radicale menant à la désobéissance générale.

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« L’amazone est une philosophe » raille Etienne ! La très jeune et pétillante  femme savante Marie de Gournay - la première grande féministe française - travaille pour gagner sa vie et se met au service d’un homme dont elle est tombée doublement amoureuse: pour les mots, d’abord, pour la chose ensuite. Elle fait son enquête et cherche à comprendre pourquoi Montaigne n’a pas publié le texte de son ami dans ses essais. Elle n’attend rien des autres hommes et veut tout de lui. Y compris un enfant, ou alors une tonne de souvenirs qui seront toute sa vie ! Et elle veut changer la société, abattre les privilèges. Tabula rasa. Tout comme Etienne ! Tiens, tiens !

Marie «Tu es le frère de tous les hommes, je suis la fille de ton âme ! » 

Etienne «  Quelle dérision, tu es mon pire ennemi ! »

Michel « Il y a quelque chose de « nous »   dans chaque français » 

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http://www.comedievolter.be/parce-que-cetait-lui-montaigne-la-boetie/

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PARIS - BRUXELLES...

Paris - Bruxelles, c'est un trajet

De quelques heures qui raccourcissent

Au fil du temps, comme un jouet...

En attendant que tout finisse.

Défilent l'enfance, l'adolescence

Et quelques minutes glorieuses

Déjà la maturité danse...

De ce ballet qui rend peureuse.

Paris - Bruxelles, mes deux amours

Si différentes mais si belles!

Indissociables pour toujours

Fortes même meurtries, et éternelles!

De quelques strophes veux vous chanter

Car quand la vie coulait en eaux...

Sur vous je me suis adossées

J'ai pu garder le goût du beau...

J.G.

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Une immersion cauchemardesque

  

Propos

Quand un élu, dans un pays,
Pour le gouverner est choisi,
La fête l'honorant est telle
Qu'il la suppose exceptionnelle.

Lors des grandes cérémonies,
On préconise l'harmonie.
Les oeuvres éternellement belles
Aux gens émus donnent des ailes.

Y rayonne aussi de la joie,
En bouffées parfumées parfois,
Ou en éclats de poésie
Qui renouvellent l'énergie.

En ce jour, aux États-Unis,
Un président fut investi.
Un vent de foi étourdissant
Perdura, devint agaçant.

Insupportable malveillance
Mais aussi manque de prudence.
Laissa à penser cette fête
De dévots priant à tue-tête.

20 janvier 2017

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administrateur théâtres

 Envie de rire ? En piste, trois petites gueules bien sympathiques Bertrand FOURNEL (Jean), Suzanne ELYSÉE (Juliette), Grégory COMETTI (Quentin).   Le vaudeville frénétique en forme de spirale met en scène Jean et Quentin, deux homos banalisés (et assez pathétiques…) et  Juliette une  lesbienne fougueuse et  vivifiante, à l’esprit libre et  totalement craquante.  L’envie folle  d’avoir un bébé  dévore ces messieurs depuis  bientôt trois ans et  ils sont prêts à commander à une mère porteuse trouvée sur  Internet, un rejeton, sans imaginer une seconde qu’ils pourraient se retrouver avec une rejetonne !

Cherchez l’arnaque, il y en a une au moins! Tout a l’emprunte du faux dans ce futur jeu du papa et de la maman…à trois. Les identités se dévoilent peu à peu malgré les savants maquillages.  Chacun voit trembler  les façades inventées de son château de cartes. On plonge alternativement  dans  l’hyper-réalisme et dans  le surréalisme total ! Cause évidente de rires.

 Donc, Quentin, le jeune mignon à chemise bariolée qui présente la météo sur Energie Douce,   cohabite avec  Jean, un policier profiler mal dans sa peau et mal à l’aise dans toutes les situations…  Dur dur, même de servir le thé sans  le renverser sur le tapis rouge! Rapidement hors-jeu,  irascible, et coincé à mort, il avoue assez marri  «  Ce soir, ça va pas la faire… »! Palabres sur qui sera celui qui «  devra mettre la graine dans la machine ! » Bonjour le sexisme !  La  gamine sexy en diable est d’une patience d’ange. Pourtant c’est elle qui mène  le jeu de pigeons ! Le texte est criblé de clichés, et crache  des déluges de vrai et de faux. On frôle le délire de la famille Adams !

Le décor est d’une banalité confondante,  voulue sans doute. Le sac et la blouse de Juliette sont assortis aux tons violacés des murs. Une vague fenêtre, quelques portes grises prêtes à claquer, un divan profond deux fauteuils un tapis rouge vif assorti aux couchers de soleil et palmiers chromos de salle d’attente  sur les murs en constituent l’essentiel. Le jeu physique plus que verbal des mecs fait rire … comme dans les comics. Un leitmotiv rampant : « c’est pas moi, c’est lui » traque le manque d’envergure et la lâcheté des deux mecs mais la  fille  sauve le tout, et le bébé avec!

Et toujours envie d'aller  au théâtre au Centre Culturel d'Auderghem qui programme de succulents spectacles parisiens! 

Footnote... Il faut savoir s'inventer des rêves!  

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http://www.ccauderghem.be/saison-2015-2016/paris-theatre.html

Une pièce de Fabrice BLIND, Michel DELGADO, Nelly MARRE, Carole FONFRIA
Avec Bertrand FOURNEL (Jean), Suzanne ELYSÉE (Juliette), Grégory COMETTI (Quentin)

Centre Culturel D'Auderghem

Boulevard du Souverain 183, 1160 Bruxelles

Le guichet est ouvert le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11h à 15h , le mercredi de 13h à 17h et le samedi de 10h à 14h.
Réservation par téléphone : lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 11h à 17h, le mardi de 11h à 15h et le samedi de 10h à 14h.

02 660 03 03

 

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12273200479?profile=originalFresques de l’ancienne église patriarcale de Veliko Tarnovo (détail, 1981)

      S’il est des mystères que l’on ne saurait percer, continuons néanmoins à livrer quelques clefs.
Bien qu’animé par le sens de la narration historique, Sokerov n’est pas un peintre d’Histoire à proprement parler. Mais nécessité de la commande fut ici sa loi, sa profession de foi.
Mais ici, la Matière, œuvre du Démon, aurait-elle transgressée l’Esprit, l’œuvre de Dieu ?
L’iconostase, qui sépare la Terre du Ciel, le fervent de l’officiant, doit-elle pour autant nous priver de l’extase ?!

12273200857?profile=originalDamnation éternelle, le Ciel n’est jamais loin de l’Enfer
Prédelle (et de Toi mon Dieu) de la fresque « Célébration de la Ste Vierge Marie »
Entrée centrale de l’église principale du monastère de Rila.

Et faut-il pour cela brûler Sokerov ? le soumettre à l’ordalie ?


       Afin d’illustrer mon propos, je me contenterai de vous en conter un épisode oublié et spécifiquement bulgare. C’est l’histoire édifiante, triste et sanglante de l’hérésie bogomile…

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      En 864, l’Etat bulgare, fondé en 681, fut converti au christianisme orthodoxe sous le règne de Boris 1er, khan puis tsar de 852 à 889, qui la déclara religion officielle*1.

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Le pays prospère et connait son « siècle d’or » avec Siméon 1er le Grand, qui régna de 893 à 927, abandonne la capitale païenne de Pliska, prenant pour capitale chrétienne Veliki Presla.

12273201098?profile=originalSiméon 1er (864-927)
« Beach’art » au bord de la Mer Noire
(digue de Primorsko ; artiste non identifié)

Mais en 1018 la Bulgarie est conquise dans le sang par Byzance. Et connait des conflits internes autour d’une nouvelle hérésie, le bogomilisme…
       Les Bogomiles doivent leur nom au pope Bogomil, l’ami de Dieu, aux idées si bien arrêtées que, forcément, il ne pouvait rester en odeur de sainteté. Pour lui et ses disciples, pas de nuances, il y a le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), point final, et le monde matériel tout entier est l’œuvre de Satan, point de salut. Plus dualiste tu meurs.
Ils prescrivaient l’ascèse totale et rejetaient la hiérarchie ecclésiastique officielle et son rituel. Ils connurent un certain écho. Voilà même que ces idées se répandirent comme oint béni sur un bas clergé prêchant contre l’autorité, les riches et les puissants. Et c’est là que le bât blessait. Mauvais Bougres (du bas latin Bulgarus, Bulgares !) pour l’autorité civile, sectaires et hérétiques pour l’autorité religieuse. Tant et si bien qu’en 1118, le prédicateur Vasili finit sur le bûcher, les traités du culte détruits, les derniers adeptes expulsés après le concile de Tarnovo en 1211.

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Ils essaimèrent. On les retrouva en Bosnie, où ils adoptèrent la religion musulmane, en Italie, avec les Patarins, dans le sud de la France, chez les Albigeois, autour de Bugarach, sur le sentier cathare… Ils s’y fondirent, subirent de nouvelles persécutions, mis au ban, puis disparurent.
Et on les oublia.

Trêve de vaine casuistique, de querelles byzantines !
Le souffle de l’Histoire ne s’accorde pas toujours bien avec le rigorisme religieux. Si des mystères demeurent, point de sacrements*2.

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      L’œuvre de Sokerov n’est pas un brûlot (et j’en connais de ces « brûlots », brandis par certains clowns, qui ne sont pas même des escarbilles), la controverse purement théologique, et ne requière pas la restauration d’un tribunal de la Sainte Inquisition. Elle est profondément ancrée dans l’histoire tourmentée de son pays, éclairante et tournée vers son avenir européen.

Une Europe que l’on souhaite libre, fraternelle et pacifiée. L’art, quel qu’il soit, devant y contribuer et animer la réflexion historique, ouvrant la voie du progrès. Et ces fresques sont un peu pour Sokerov et la Bulgarie ce que fut La liberté guidant le peuple pour Delacroix et la patrie, une allégorie.

" L’homme porte dans son âme des sentiments innés qui ne seront jamais satisfaits par les objets réels, et c’est à de tels sentiments que l’imagination du poète et du peintre donnera forme et vie."
                                                                                 Eugène Delacroix (1798-1863)

Une égérie dépoitraillée que l’on jugea de mauvais goût, pire, subversive, devenue une icône, un manifeste, un drapeau national sur les tours de Notre-Dame.
Osons, et poussons le parallèle un peu plus loin.
      Pour sa Liberté, avec « Cette tête sans caractère, ce corps à demi nu, ce sein déformé, dont les carnations sont flétries, ]qui[ ne répondent certainement ni à la pensée du peintre ni à l’idée que nous avons de la liberté noble et généreuse qui a triomphée le 28 juillet » selon le Moniteur universel après son accrochage au salon de 1830, Delacroix s’est inspiré du modèle grec. La Grèce libérée de l’occupant turc la même année. Il faut dire que l’émotion suscitée en Europe fut forte après le massacre de Chios de 1822 (cf. un autre tableau célèbre, Les massacres de Scio de 1824, du peintre). Et grande la soif d’indépendance. Ainsi la Bulgarie sera délivrée du joug ottoman en 1878.

« Au sein de l’Europe renaissait un peuple fameux. »
                                                                                        Guerrier de Dumast, 1822

Il suffit parfois d’artistes de cette détrempe-là ! Des artistes capables d’une vision, pas de produire de simples vues ou de fumeuses installations et autres performances, de fulminer une bulle !

« La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements.
C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. »
                                                                                       Pablo Picasso (1881-1973)

Porteuse de lumière, gardienne de la démocratie.
      Toutefois, à la fin des années soixante-dix, la République populaire de Bulgarie est toujours tenue d’une main de fer par le vieux président Todor Živkov. Mais sa fille Ludmila, indépendante, ouverte, mystique et peu appréciée du grand frère soviétique, lève un vent de libéralisation dans le monde culturel dont elle devint la grande prêtresse. Elle meurt, assez mystérieusement, à trente-neuf ans. Le parapluie s’est refermé.


« L’étymologie même de la notion de culture est un hommage à la lumière, ]…[ qui fait avancer la nature et l’homme vers les marches de l’évolution. »,
                                                                                   Ludmila Živkova (1942-1981)


      Dans ce contexte, on remarquera dans la peinture de Sokerov, cette ambiguïté et ce savant mélange, réalisme socialiste, douceur et tradition des icônes, modulations plastiques, traitement en grisaille et larges aplats pour les épisodes dramatiques… Son chromatisme s’accorde aux méandres de l’Histoire. Il adopte tous les styles pour mieux les interpréter, tout en gardant sa personnalité, son modernisme. Sa palette semble embrasser tous les styles et toutes les époques pour mieux les traverser, les transcender.

12273203487?profile=originalSortir du cadre, voir au-delà…
(Sculpture érigée en hommage à Tsanko Lavrenov, peintre bulgare, Plovdiv)

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l’horizon
Et le futur est son royaume.
                                                                                            Jean Ferrat (1930-2010)

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      Quant à Sokerov, sans angélisme ni iconoclastie, sans même un repentir, il poursuit, en quête d’équilibre, rythme et beauté.

« Un ordre est harmonieux qui ne laisse rien au hasard »
                                                                                   Thomas d’Aquin (1225-1274)

Mais si on pense le mettre à l’Index, on se fourre le doigt dans l’œil.
      D’un coup, j’y songe… Peut-être eût-il fallu, pour trancher ce nœud gordien qui nous préoccupe depuis le début, un nouveau Daniele Ricciarelli da Volterra …?

En l’an 1564, quelques vingt ans après sa réalisation et à la veille du décès du divin Buonarroti, cet ancien collaborateur de Michel-Ange - et quand on sait qu’il fut l’élève de Sodoma - jeta, à la demande de la congrégation du concile de Trente, un voile pudique sur les parties honteuses du Jugement dernier de la Chapelle Sixtine. Pour sa peine et ses repeints il y gagna le sobriquet d’Il Braghettone, « le Culottier » ! Convenez que pour sa renommée, les trompettes sont depuis bien mal embouchées.

Alors, profane, Teofan n’en a cure.


« Oh sort inique, si le temps doit corrompre et détruire aussi ceci ! »
                                     Le Titien (ca 1490-1576), à propos du Jugement dernier.

      Pourtant, je vous le dis, Le chemin assuré de paradis passe par la renonciation de la volonté à regarder les femmes, comme l’écrivait en 1627 le capucin Alexis de Salo avec l’approbation de son supérieur Vincent de Caravage. Car, précise-t-il dans son chapitre, « L’appétit du plaisir qui est en la chair (dit le grand Saint Basile) sort comme d’une source, se dilate par tous les sens et touche les yeux comme avec certaines mains incorporelles tout ce qui est à son gré ; et ce qu’il ne peut des mains, il l’embrasse des yeux. »
Concomitamment, Jean Polman, chanoine théologal de Cambrai, on est plus à une bêtise près, surenchérit dans Le chancre ou le couvre-sein féminin, dont j’extraie ce dantesque et haletant morceau d’anthologie :
« Les mondains, les charnels, les enfants de Babylone dardent des regards lascifs vers le blanc de cette poitrine ouverte ; ils lancent des pensées charnelles entre ces deux mottes de chair ; ils logent des désirs vilains dans le creux de ce sein nu ; ils attachent leur convoitise à ces tertres bessons ; ils font reposer leur concupiscence dans ce lit et repaire des mamelles et y commettent des paillardises intérieures. »


Quelle peinture de mœurs ! Frères, serait-on dans le vestibule de l’enfer ?
Par Sainte Agathe*3, dire que je n’invente rien !

Pauvres prêcheurs… Charité, vertu théologale d’amour, figurée dans l’art par toutes les Maria Lactans et autres Galaktotrophousa*4, ne passera pas par ces prélats-là.

D’ailleurs, afin de mieux expier, je laisse le mot de la fin à l’inénarrable abbé Jacques Boileau (1635-1716) qui nous purge en égrenant son chapelet :
« Les femmes ]…[ par la nudité honteuse de leur gorge, de leurs bras, de leurs épaules ]…[ font ainsi triompher le démon dans les lieux mêmes destinés au triomphe de Jésus-Christ. », De l’abus des nudités de gorge.
Ironie de l’histoire, la Vierge pourrait bien corriger ces trois faux témoins de moralité à confesse. Un épilogue qui ferait bien rire Breton, Eluard et Ernst*5.

Bon, la peinture de Sokerov leur a pas plu, n’en parlons plus.
Enfin, moi, sous la torture, pour ne pas être cloué au pilori, ne pas être déclaré laps et relaps, j’avouerai que cette œuvre c’est quand même païen.


Quant à vous, vous pouvez retrouver mes deux premiers billets dédiés à cet artiste avant de vous prononcer :


Un monstre de la peinture moderne :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/teofan-sokerov-un-monstre-de-la-peinture-moderne-1-3

Une histoire contemporaine :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/sokerov-une-histoire-contemporaine-un-monstre-de-la-peinture

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 Ce qui posa quand même un problème, auquel se dévouèrent les frères apôtres du verbe bulgare Cyrille et Méthode. En effet, la messe est alors dite en grec. Or, le peuple ne parle pas cette langue. Nos deux moines savants mirent donc au point un système de transcription en slavon, l’alphabet glagolitique, qui, simplifié, donna l’alphabet cyrillique, leur valant la vénération des fidèles et qui connaîtra une large diffusion puisqu’il fut adopté jusqu’en Mongolie, en 1941. « Progrès faciles grâce à la méthode à Cyrille. »
*2 Mystères et sacrements ont la même origine, les chrétiens ayant d’abord employé le mot « mystère », mysterium, puis le mot sacrement, sacramentum, « serment ». Même rapprochement pour bougres et Bulgares, qui ont la même étymologie, comme nous l’avons déjà vu. Si les sacrements sont administrés par l’église chrétienne, apostolique et romaine, pour les plus orthodoxes les mystères demeurent. Quant à boule de gomme

*3 Agathe de Catane, vierge et martyre, se vit sur le chevalet arracher les seins pour s’être refusée au puissant proconsul Quintien. Depuis les femmes outragées s’en recommandent. Elle est abondamment représentée en peinture, notamment par Zurbarán, Bellegambe, della Francesca, del Piombo, Tiepolo… et vénérée aussi bien par les Eglises orthodoxe que romaine.

*4 Vierge allaitante que l’on trouve aussi bien dans l’iconographie chrétienne d’Occident (Van Eyck, Van der Weyden, Rembrandt, Campin, Mabuse, Michel-Ange, Crivelli, Fouquet, Baldung, Le Greco…) que d’Orient (icônes grecques, turques, russes, chypriotes…). Charité que l’on retrouve dans l’Allégorie du bon gouvernement, telle une figure de proue torse au vent dominant l’effigie centrale, cette fresque de Lorenzetti du Palazzo Publico de Sienne. Tandis que dans les Effets du mauvais gouvernement règnent vices et Division. Sienne, Commune Saenorum Civitatis Virginis, ville de la Vierge.

« Ô glorieuse Dame

Assise plus haut que les étoiles

Tu donnas à ton Créateur

Le lait de ta sainte mamelle. »,

Venance Fortunat (530-607).

Subséquemment, ces directeurs de conscience, comme le caporal casse-pompon, cagots et militaires, aussi bien que punaises de sacristie, peuvent aller se faire lanlaire !

*5 Ce dernier réussit à être excommunié par l’Eglise catholique pour sa toile de 1926 La Vierge corrigeant l’enfant Jésus devant trois témoins, cités à comparaître, et exclu du groupe surréaliste en 1954 par le pape Breton ! Messieurs les censeurs, il est libre Max !


Nota : la documentation sur Teofan Sokerov étant quasi-inexistante, son interview par Zheni Vesilinova pour Europost en 2013 m’a servi de fil rouge. Mais, prêt à en découdre, je l’ai souvent perdu ! Alors, quoique méthodique, j’ai brodé (au point de croix).

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administrateur théâtres
FÉV 8 20:00  RÉCITAL  de STÉPHANE DEGOUT
CHANSONS MADECASSES
Mélodies de Francis Poulenc & Maurice Ravel CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES
“Degout, a wonderfully patrician singer with a handsome, ringing tone, has an innate charm that can turn to menace in a flash: it’s a superbly accomplished characterisation.”
(
The Guardian)
 
Avec les Chansons madécasses de Maurice Ravel (1875-1937), écrites entre 1925 et 1926, Stéphane Degout nous fait entrer dans le monde exotique des îles de l’Océan indien du XVIIIe siècle, revu par un compositeur français du XIXe.
Le poète et voyageur Évariste de Parny avait publié en 1787 un recueil de textes en prose tirés de chansons malgaches. Bien qu’il ne connût pas l’île de Madagascar, il en donna une vision simple et aimable, dénonçant sévèrement les méfaits de la colonisation. Maurice Ravel en sélectionna trois sur lesquels il composa une musique extrêmement dépouillée pour baryton, flûte, violoncelle et piano. « C’est une sorte de quatuor où la voix joue le rôle d’instrument principal. La simplicité y domine. » écrivit-il dans son Esquisse biographique.
Nahandove et Il est doux sont des mélodies délicates, sensuelles et érotiques, Aoua une vigoureuse dénonciation de l’exploitation et de l’esclavage. Il affirma dans une interview tardive que ces trois chansons étaient parmi ses favorites.
Sur le même principe, Ravel mit en musique les petites Histoires Naturelles de Jules Renard en 1906. Ces scénettes à l’humour quelque peu étrange et à la prosodie volontairement simpliste avaient provoqué une certaine désapprobation le jour de leur création. Pourtant, cette faune si familière – Le Paon, Le Grillon, Le Cygne, Le Martin-pêcheur, La Pintade – prend des allures de fantastique basse-cour émouvante et fragile que la musique sait merveilleusement poétiser. « Mon dessein n'était pas d'y ajouter, mais d'interpréter » aurait dit le compositeur.
Des propos que l’on peut prêter tout aussi bien à Francis Poulenc (1899-1963) lorsqu’il entreprend en 1919 de composer son propre Bestiaire sur des poèmes de Guillaume Apollinaire. Là encore, il s’agit d’animaux – Le Dromadaire, La Chèvre du Thibet, La Sauterelle, Le Dauphin, L’Écrevisse, La Carpe – dont la banalité est transfigurée par la poésie des mots et des notes. Ces petits textes charmants et ironiques offrent à Poulenc l’occasion d’un exercice musical où s’exprime sa profonde tendresse pour la vie et ses aléas. L’accompagnement originellement prévu se composait d’une flûte, d’une clarinette, d’un basson et d’un quatuor à cordes.
Apollinaire fut une source d’inspiration inépuisable pour Poulenc qui mit en musique nombre de ses poèmes. Le poète français reste le fil rouge des mélodies qui composent la suite du programme avec Calligrammes (L’Espionne ; Mutation ; Vers le Sud ; Il pleut ; La Grâce exilée ; Aussi bien que les cigales ; Voyage) daté de 1948, les Quatre poèmes (L’Anguille ; Carte-Postale ; Avant le Cinéma ; 1904) datés de 1931, Banalités (Chanson d’Orkenise ; Hôtel ; Fagnes de Wallonie ; Voyage à Paris ; Sanglots) daté de 1940, ainsi que Montparnasse et Hyde Park composés en 1945.La langue d'Appolinaire trouve avec Poulenc un interprète en parfaite synergie avec cette ironie aux accents faussement naïfs et voilée de nostalgie caractéristique du poète. Des mélodies qui, pour Poulenc, devaient parler pour elles-mêmes et être chantées sans emphase.
Viendra s’adjoindre à ce programme le trio de Kaija SaariahoCendres, pour flûte, violoncelle et piano, qui lui fut inspiré par son double concerto …à la fumée et qui vient apporter une note plus grave à ce joli moment de plaisir fantasque.

 

S’il est un artiste dont le parcours révèle toute l’exigence de qualité, c’est bien Stéphane Degout qui était récemment l'invité de La Monnaie à Flagey pour un splendide récital* et une remarquable interprétation du Poème de l’amour et de la mer de Chausson. Ce chanteur et acteur d’exception, qui n’est jamais si à l’aise que sur une scène, a déjà treize rôles à son actif à la Monnaie où son talent dramatique et l’opulence de son timbre lui ont permis toutes les audaces.
Cela n’exclut pas pour autant le plaisir du récital chez ce grand mélodiste, qui, confronté à l’intimité du genre, sait parfaitement se mettre au service de la musique et de l’expression des sentiments, et transmettre avec une finesse remarquable la poésie de la langue et son alliance parfaite avec la mélodie. Des qualités qui devraient faire des étincelles dans ce nouveau récital dédié aux mélodies de Maurice Ravel et Francis Poulenc, que le baryton français présentera le 8 février au Conservatoire Royal de Bruxelles.

Avec la complicité de trois musiciens de grand talent, le pianiste Cédric Tiberghien, le violoncelliste Alexis Descharmes et le flûtiste Matteo Cesari, il a composé un ensemble très significatif de ces deux compositeurs qui se défiaient de tout romantisme et se dissimulaient souvent derrière l’humour et la légèreté.  

Cédric Tiberghien se produira également à Flagey dans le cadre du Flagey Piano Days du 9 au 12 février 2017

 


*Alain Altinoglu Requiem & Poèmes: Debussy, Chausson, Fauré Nov 26th 2016 Concert La Monnaie De Munt

 

Baritono - STÉPHANE DEGOUT
Piano - CÉDRIC TIBERGHIEN
Violoncelle - ALEXIS DESCHARMES
Flûte - MATTEO CESARI
 

 PROGRAMME
 
Francis Poulenc (poèmes de Guillaume Apollinaire)
Le Bestiaire
(Le Dromadaire ; La Chèvre du Thibet ; La Sauterelle ; Le Dauphin ; L’Ecrevisse ; La Carpe)(1948)
Montparnasse (1945)
Hyde Park (1945)
Calligrammes (L’Espionne ; Mutation ; Vers le Sud ; Il pleut ; La Grâce exilée ; Aussi bien que les cigales ; Voyage) (1948)
Quatre poèmes (L’Anguille ; Carte-Postale ; Avant le Cinéma ; 1904) (1931)
Banalités (Chanson d’Orkenise ; Hôtel ; Fagnes de Wallonie ; Voyage à Paris ; Sanglots) (1940)

Kaija Saariaho
Cendres (Trio pour flûte, violoncelle et piano) (1998)

Maurice Ravel
Chansons Madécasses (poèmes d’Évariste Parny) (1925-26)
 ( « Nahandove, ô belle Nahandove » ,« Il est doux de se coucher »
 ; Aoua )
Histoires Naturelles (textes de Jules Renard)
 (Le Paon ; Le Grillon ; Le Cygne : Le Martin-pêcheur ; La Pintade) (1906)
INFORMATION GENERALE
REPRÉSENTATION 
8 février 2017 - 20:00
 
CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES
30, Rue de la Régence – 1000 Bruxelles
 

PRODUCTION De Munt / La Monnaie
COPRÉSENTATION Bozar Music
INFO & BILLETS
+ 32 2 229 12 11
MM Tickets, 14 rue des Princes, 1000 Bruxelles
www.lamonnaie.be - tickets@lamonnaie.be
 
PRIX
10 € à 44 €

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administrateur théâtres

 play_461_k57a1483.jpg"Vous désirez quelques notes biographiques sur moi et je me trouve extrêmement embarrassé pour vous les fournir ; cela, mon cher ami, pour la simple raison que j'ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire, mais exactement rien, sur ma vie, si ce n'est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l'écris. De sorte que si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre : Attendez un peu, mon cher Crémieux, que je pose la question à mes personnages. Peut-être seront-ils en mesure de me donner à moi-même quelques informations à mon sujet. Mais il n'y a pas grand-chose à attendre d'eux. Ce sont presque tous des gens insociables, qui n'ont eu que peu ou point à se louer de la vie."

La  Salle des Voûtes du théâtre le Public accueille un  portrait éclaté de Luigi Pirandello (1867-1936) à l’aide de  figures emblématiques  issues  des nouvelles  de l’écrivain sicilien : « Je rêve, mais peut-être pas », « Ce soir on improvise », « L’homme à la fleur à la bouche ».  Une petite suite de cauchemars interprétée avec  talent de rêve par un trio de  comédiens capables d'allumer et de  projeter à merveilles ces personnages de l’absurde : Axel de Booseré, Jean-Claude Berutti (mise en scène et adaptation ), Christian Crahay (en alternance avec Lotfi Yahya) et Nicole Oliver.

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Une fois donnés en pâture au public, les thèmes  iront se balancer librement dans son imaginaire,  lui qui devient, s’il se laisse faire,  créateur à son tour,  tout autant  que l’est le metteur en scène lorsque celui-ci  construit sa rencontre avec le texte. Le fil rouge c’est un outrecuidant chef de troupe à la Berlinoise nommé Hinkfuss.

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Théâtre dans le théâtre, que voit-on sur l’écran noir de nos nuits blanches ?  L’amour, la jalousie, la possession, la dispute.  Le mystère ou le rêve dans la voix de cette femme voilée comme dans les tableaux de Magritte ? L’inversion des rôles puisque c’est Luigi qui fut en butte à la jalousie morbide de sa femme ? Un credo : l’énergie de l’acteur libère les doutes, les mensonges, les tricheries, la cruauté. La tyrannie des conventions sociales.  La fourbe tyrannie du mâle : « Il voulait lui faire une surprise…» La robe de strass couleur rubis alanguie sur le tapis vert de la salle de jeu ou sur la méridienne verte  flanquée d’un pouf  répond mollement, absente de l’embrasement, tout à son désir d’un collier de perles et à ses rêves d’amants. Le drame couve. Soudain la comédienne  prend le pouvoir et explose les artifices…à la manière d’Alice.Lewis Carroll? Déchaînement!   

Dans la tentative d’une représentation impossible, il n’y a néanmoins  pas de couture apparente entre les pièces accolées du jeu de miroirs…comme chez  Picasso et les autres de la même époque.

Heureux qui communique : on suit sur l’écran noir et blanc  le visage, le regard de Mommina, devant une fenêtre ouverte sur un paysage, Magritte encore. Rico, Le mari qui la séquestre  referme la fenêtre. Il ne veut plus qu’elle pense ou pire, qu’elle rêve. Prisonnière, elle lui échappe même s’il la brutalise.   Ses sœurs, restées libres font scandale: elles chantent en public. Pendant qu’elle raconte à ses deux fillettes, l’histoire de cet opéra qu’elle chantait avec sa famille, des souvenirs heureux ressuscitent sous forme de marionnettes. Bonjour les géants de la Montagne !  Elle se met à chanter et meurt devant ses filles, sous l’émotion qui l’étouffe. Rico Veri la découvre morte  et  repousse le cadavre du bout du pied. Cruauté : Il l’a trompée en allant  seul à l’opéra voir  l’œuvre chantée par une de ses jeunes  sœurs, Totina restée libre. Paradoxe de la comédienne : elle n’a plus de souffle et n’arrive pas à mourir… Le cauchemar ! Poignant.

4130556538.jpgOn s’égare encore, l’ombre de  Delvaux  ou de Marceau se profile-telle ?  Chargé de cadeaux pour sa famille,  un  personnage  plein de certitudes a raté son train de trois minutes. Il rencontre ce  malade qui porte une fleur funeste à la bouche…dévorante comme le nénuphar dans  l’Ecume  des jours.    Il  a besoin de s’attacher à la vie de gens qu’il ne connaît pas, pour ne pas mourir. «  Moi Monsieur, je m’accroche à la vie par l’imagination. J’imagine la vie des gens que je ne connais pas et c’est bon pour moi ! La vie on l’oublie quand on la vit … mais la vie Monsieur  … la vie … surtout quand on sait que c’est une question de jours … »  Cauchemar. Edgar Poe es-tu là ? Non c’est Pirandello, Luigi de son prénom. Paradoxal de son surnom.

Freud enfin, es-tu là ? Ou Marcel? "Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours distinguer mais que nous poursuivons."Le temps retrouvé. Voilà la visite de la mère, morte, coiffée d’un large chapeau impressionniste voilé. Scène où  le  fils  pleure sa propre mort en elle. Désespoir de la solitude. Pour elle il ne sera plus jamais le fils ! Elle ne peut plus jamais le penser comme il la pense! Bouleversant.

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Très beau théâtre de réflexion sur l’incommunicabilité, vibrant de références, foisonnant  de vitalité scénique et esthétique… toutes choses qui ne peuvent laisser indifférent. Art is life. Dixit Kandinsky. 

https://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=461&type=1

          

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"ETIENNE DRIOTON, un savant du XXe siècle au Service de l'Egypte"

Il fut le dernier Français à occuper la haute fonction de Directeur Général du Service des antiquités d'Egypte, au Caire. Il disparaît victime d'une longue maladie le 17 janvier 1961. Le monde de l'égyptologie est en deuil.

Les hommages de l'ensemble des savants sont à la mesure de l'admiration qu'ils ont pour l'oeuvre du maître...c'est ainsi que le Professeur Jean Leclant écrivait "rarement carrière aura été plus complète que celle du chanoine Etienne Drioton (...) Chercheur, professeur, administrateur, conférencier, maître éminent en philologie aussi bien qu'en archéologie, critique d'art nuancé autant qu'exégète pénétrant de la religion, il a travaillé dans tous les domaines de l'égyptologie depuis les Textes des Pyramides jusqu'aux études coptes, où son apport a été de la plus grande importance"

  extrait de "Etienne Drioton, l'Egypte, une passion" Ed G. Louis Haroué.

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