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Création (19)

administrateur théâtres

Laurent Capuletto et Erika Sainte jouent Fabcaro

Spectacles

« Le journal d’un scénario » au théâtre Le Public

Création

Un journal intime, c’est fait pour laisser une trace. Une empreinte indélébile. Quelque chose qui résiste à l’oubli. Scripta manent. Aussi, question de cristalliser des émotions, de faire advenir des prises de conscience. Jour après jour, il recueille des hésitations, des élans, des blessures et les espoirs, transformant le tumulte intérieur en récit.

Avec Le Journal d’un scénarioFabcaro pousse le concept plus loin encore. Car ce n’est plus seulement un homme ou une femme qui tient son journal : c’est presque le scénario lui-même qui devient personnage. Une étrange créature vivante dont on suit la lente métamorphose du 14 septembre au 1er janvier, tandis que son destin s’entrelace avec celui de son auteur, le sacré Boris.

Et ses déboires sacrés.

Ainsi déboule sur la scène du Public Laurent Capelluto, ce comédien irrésistiblement attachant. Il incarne Boris, ce jeune auteur dont le scénario vient d’être retenu par une société de production cinématographique. Enfin la chance ! Enfin la reconnaissance ! Boris exulte, bondit de joie, prend la scène d’assaut et entraîne immédiatement le public dans son enthousiasme.

Bingo.

Mais très vite, avec une candeur désarmante, il nous confie les tribulations de ce premier chef-d’œuvre promis à un avenir radieux. Comme dans le Candide de Voltaire, une formule revient avec une régularité presque hypnotique : « On va faire un beau film. » Une phrase qui se veut rassurante. Une phrase qui promet l’avenir mais qui finit par devenir inquiétante. Presque cynique ?

Et que restera-t-il finalement de ce beau film ? L’écume des jours ? De minute en minute, l’indignation grandit. Plus on avance dans le spectacle, plus on voit le monde dévorant du profit grignoter le rêve initial, le modifier, le corriger, l’adapter, le dénaturer. Le piétiner.

Et malgré les éclats de rire qui secouent régulièrement la salle, une douleur sourde s’installe peu à peu. « Douleur, ô ma douleur, tiens-toi donc tranquille… » Quitte à emporter cette douleur avec soi après la représentation. Elle nous questionne : Qui aura trahi qui ? Et à quel moment cessons-nous d’être nous-mêmes ?

Disons-le d’emblée : après un spectacle d’une telle finesse, il est difficile de résister à l’envie de se précipiter sur le livre de Fabcaro dont la pièce mise en scène par Michaël Bier est issue.

Comme si l’on refusait de quitter Boris ou comme si l’on voulait prolonger encore un peu le questionnement, le plaisir… ou la mélancolie. Dans une typique attitude romantique.

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales…

En fait, derrière les rires se cache une question infiniment humaine : que deviennent nos rêves lorsqu’ils rencontrent la réalité ?

Boris est un homme extraordinairement ordinaire, tout à la fois héros et anti-héros. Face aux manipulations, il est le champion du renoncement, l’homme qui rêve de résister, mais n’arrive pas à prouver qu’il existe ! Lorsqu’enfin la chance semble lui sourire et que son projet de film a attiré l’attention du milieu du cinéma, on pourrait croire au départ en fanfare. Mais Boris n’est pas de ceux qui attrapent leur destin au vol. On ne lui a jamais appris à chasser librement les papillons. Incapable de dire non, désireux de plaire à tout le monde, il assiste impuissant à la transformation progressive de son œuvre jusqu’à ne plus vraiment la reconnaître.

Son scénario, tout en délicatesse et en émotion, se voit lentement transformé en produit calibré sur les attentes présumées du public et la rage de profit des producteurs !  Fabcaro signe ici une satire féroce du monde de la création mais aussi, plus largement, de notre époque avec ses réunions labyrinthiques, creuses et interminables, affublées de langage pseudo-empathique.

« Les servitudes silencieuses », c’est le nom du scénario, devient peu à peu le symbole de toutes nos petites morts. De toutes ces concessions que nous consentons, jusqu’au jour où nous ne reconnaissons plus tout à fait celui ou celle que nous étions. Le pire étant, l’évidence même, de perdre son âme. Ah ! L’artiste maudit !

Déguisée en rire, un trait de génie, la mécanique de l’échec annoncé trouve en Laurent Capelluto un interprète d’une justesse remarquable. Avec ses faux airs de Woody Allen contemporain, il compose un Boris à la fois exaspérant et profondément attachant. Un homme qui semble traverser sa propre existence en spectateur. Un homme qui a même parfaitement compris son propre drame : il décelé qu’il existe deux Boris. Celui qu’il est réellement et celui que les autres imaginent.

À ses côtés, la brillante Erika Sainte illumine la scène dans le rôle d’Aurélie. Professeure de cinéma, passionnée, vive, lumineuse, pétillante, elle représente tout ce que Boris n’est pas. L’audace, la créativité, la joie de la transmission. Le tout serti dans une mobilité vertigineuse et des lancers fulgurants de textos et d’émoticones.

Leur histoire d’amour est une heureuse surprise du spectacle. On l’adore, Aurélie, quand elle discute avec sa copine au téléphone et qu’elle lui avoue que c’est chouette les amours qui prennent leur temps. Qu’elle laisse les sentiments naître à petits pas, qu’elle ose encore croire aux regards, aux mots, aux silences. Hélas, ce grand élan repose sur un malentendu aussi cruel que bouleversant. Aurélie aime un Boris qu’elle imagine. Une version idéale. Et Boris, lui, tente désespérément de correspondre à cette image sans jamais parvenir à l’habiter vraiment.

Bien sûr, Le Journal d’un scénario joue sans cesse avec les métaphores et ne parle pas seulement de cinéma. Il parle de toutes les fois où nous nous laissons manipuler malgré nous. Il met en relief les intrépides mensonges par omission. Il raconte par le menu nos innombrables reculades et nos faiblesses humaines.

La mise en scène, résolument contemporaine, accentue encore cette impression. Les jeux de plateau, les effets de split-screen théâtral, le rythme effréné des séquences insufflent au spectacle une énergie presque surréaliste. Le résultat est tellement drôle ! La scénographie intelligente de Catherine Cosme utilise avec brio des accessoires quotidiens, un lit, un bureau, un sofa, mais le moindre espace de la salle des voûtes est exploité.

Et les multiples références cinématographiques fusent comme autant de clins d’œil adressés aux amoureux du septième art. Une virtuosité réjouissante de dîners mondains qui interroge aussi notre époque saturée d’images, de savoirs et d’informations. Si, sous cette profusion, émerge peu à peu une inquiétude plus profonde, la sensation d’un monde où les anciennes certitudes se sont mises à vaciller, où l’on s’aperçoit avec bonheur que les rôles se redéfinissent. Les femmes prennent enfin toute leur place. Inversion des rôles ? Aurélie est solaire.

Et on l’aime, ce Boris lunatique et tellement déstabilisant, tellement plus humain que la faune qu’il fréquente ! On l’aime malgré ses lâchetés, puisqu’elles sont assumées avec une honnêteté désarmante. Malgré ses renoncements successifs, malgré son insondable capacité à manquer les tournants décisifs de son existence, on est profondément touché par son humanité.

Et parce que Laurent Capelluto et Erika Sainte, dans un magnifique équilibre de forces contraires, composent ensemble une partition d’une rare justesse. Comme un Yin et un Yang modernes. Comme deux rêves qui tentent de se rejoindre. Comme deux scénarios qui n’étaient peut-être pas destinés à s’écrire sur la même page.

 

Celle d’un nouveau journal intime ?

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

JOURNAL D’UN SCÉNARIO


13.05 > 07.07.26

1H15

Création

Salle des Voûtes

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administrateur théâtres

Genre ...GOOGLE déjanté

Un monde qui grince, un monde qui pleure et qui rit. Spectacle de déraison et de dérision, iconoclaste et subversif, artistique en diable, le diable aux corps. Radiguet se retourne dans sa tombe ! Pourtant on est loin du Bal du comte d’Orgel !

42660510_10214719141105875_1016073667483795456_n.jpg?_nc_cat=100&oh=02c28fcea4654ef101d70a936bff5177&oe=5C567BAF&width=400Le spectacle est sur scène avec les cocardiers moqueurs et dans le public prêt au carnage : image de notre K.O. contemporain désordonné, mais en toute musicalité car les orchestrations et les voix sont magnifiques, même quand elles grincent à dessein, même quand elles se bloquent dans les impasses de la souricière ou qu’elles trébuchent, soudain rendues au néant, because...The show must go on !

"Parlez-vous franglais ?" de M. Etiemble date de 1964... "Astérix chez les Bretons" fut publié à 900 000 exemplaires en août 1966, voici aujourd’hui "Les Franglaises". On n’a pas fini de fêter le cinquantenaire des trente glorieuses ! Ils sont à Louvain-La-Neuve pour un 27 septembre en folie. L’occasion est trop belle pour stigmatiser la vacuité immense des plus beaux tubes planétaires qui ont fait les riches heures de la pop Music depuis plus d’un demi siècle ! Juste pour savoir ce que l'on, chante vraiment sous la douche...
On remonte les Golden sixties, on va jusqu’à l’Hotel California en passant par New York, New York et on vous livre le mode d’emploi. Emballé, c’est pesé. Avec son pesant d’anachronismes, autre ressort comique éprouvé par le temps, ses mimes et ses tribulations clownesques. Mais surtout, vivent les éclats de rires générés par la traduction littérale de Sky my husband, Ciel mon mari ! Et vas-y donc, à la va comme je te pousse,  que ça rigole ! Comme avec les traductions made in GOOGLE ! Et la morale de l’histoire, c’est qu’on aime encore plus le multilinguisme! Vive Babel et les bonnes gens qui sont dedans!

Projos sur la vie d’artiste: on galère mais on s’amuse et le maître de cérémonies a bien du mal à gérer l’équipage toujours à deux doigts de la mutinerie! Il a sous la main des Spicegirls impertinentes et une brochette de crooners complètement sauvages pire que des wild cats. Seul son amour pour Philip le tient debout dans un spectacle où tout s’écroule y compris le décor, où tout explose, y compris le public, lui c’est de rire. Habillage : Claire Djemah, géniale! 

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texteRunning time : "Depuis 2011, ils sillonnent les scènes françaises...". Le spectacle est porté par des comédiens amateurs finalement devenu professionnels grâce à ce spectacle ultra vivant et créatif. "Nous avions commencé à jouer dans la rue, pour atterrir à Bobino en passant par l’Olympia et bien d’autres salles." Et ils ont ramassé le Molière du Musical en 2015. Entendez : théâtre de comédie musicale!

Courez-y ! Ready, Steady, Run ! "NO ! I regret nothing !" Edith Piaf.

Dans la programmation de l'Atelier Théâtre Jean Vilar, Aula Magna Louvain-la-Neuve

  • Accueil français
  • 26 au 29 septembre 2018
  • Aula Magna
  • Durée : 1h40

Mise en scène Quentin Bouissou
Direction musicale Philippe Lenoble
Avec Saliha Bala, Benjamin Carboni, Yoni Dahan, Fabien Derrien, William Garreau, Stéphane Grioche, Marsu Lacroix, Philippe Lenoble, Roxane Terramorsi, Daphnée Papineau, Romain Piquet, Laurent Taieb

https://www.atjv.be/Les-Franglaises

http://www.lesfranglaises.fr/infos.html

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« Mais un homme qui a fait une fois un bond dans le paradis, comment pourrait-il s'accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? »

 Cheveux longs et idée courtes… Voici un Grand Meaulnes brossé court comme les jeunes écoliers ruraux de l’époque, incarné par Laurent Renard,  que dirige avec brio l’auguste Danielle Fire dont on salue la remarquable adaptation et la mise en scène méticuleuse. C'est qu' Augustin dit le grand Meaulnes  en  donne  long  à penser, à rêver et à  revenir sur les premiers  émois de nos adolescences, le pays perdu...  

41545256_2180125708698979_6406116225050476544_o.jpg?_nc_cat=0&oh=5707e4ab7ea03a89b4d71ab32ab4ff27&oe=5C2566F1&width=250Bleues bien sûr,  les portes de l’imaginaire par-dessus les planches élastiques et ma foi un peu  bruyantes du théâtre de la Comédie Claude Volter car cela roule, cela virevolte, cela bouge, cela danse la bourrée paysanne, cela n’arrête pas de séduire le spectateur ébaubi de voir transformée pour la scène,  la substantifique moelle du roman onirique d’Alain Fournier publié en 1913, cet écrivain mort à 28 ans au champ d’honneur le 22 septembre 1914 près de Verdun. 

 Le spectacle s’est donné huit fois sous les étoiles de notre été  incandescent cet été, au château! Une première mondiale en plein air, au château-ferme des Goffes à Pailhe, un petit village du Condroz entre Modave et Havelange.

Le temps et la vie des trois amis, François Seurel, Augustin Meaulnes  et Franz le châtelain défilent dans un rythme soutenu : vive la France et les chansons d’antan, la rudesse du terroir,  l’adolescence, l’aventure, la quête de l’absolu et l’imaginaire. Respect pour l’école de village ou règne la délicatesse, honnie soit la ville et ses vices. Si seulement si… Valentine, par triste manque d’amour pour elle-même, n'avait pas refusé la main généreuse qui se tendait vers elle! Que de souffrances évitées...     

 41440719_2180126095365607_1930591480338972672_o.jpg?_nc_cat=0&oh=ae51ad495aedff5a0a2bd4890af84746&oe=5C30F842&width=250Les trois personnages ne sont-ils d’ailleurs  pas les facettes du jeune écrivain qui écrit un roman autobiographique pudique et intense qui relate l'échec du rêve?   L’Yvonne de Gallais n’est-elle pas le  double mystérieux d’Yvonne de Quièvrecourt, jeune fille brièvement entrevue par l'écrivain le jour de la Pentecôte 1905, autour de laquelle l’amour s’est cristallisé.  Et Valentine, la fiancée de Franz qui s’enfuit à quelques heures des noces, c’est Jeanne Bruneau, avec qui l’écrivain eut une relation houleuse et  brûlante.  L’exquise Margaux Laborde se partage avec charme, élégance et raffinement les deux rôles. La voilà, image romantique en robe de dentelle blanche sous l'ombrelle, reflétée dans l'eau du bassin :

« Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l'étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille ! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu'à ce qu'ils fussent près de s'emplir de larmes. Et il se rappelait avoir vu, comme un secret délicat qu'elle lui eût confié, un peu de poudre restée sur sa joue...
A terre, tout s'arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants courraient avec des cris de joie, que les groupes se formaient et s'éparpillaient à travers bois, Meaulnes s'avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d'elle sans avoir eu le temps de réfléchir :
« Vous êtes belle », dit-il simplement.
 » Ce sont les mots du coup de foudre. Ceux de l’amour sublimé, de l’illumination, de l'harmonie. L’image de la beauté, de la pureté, de la perfection.

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Le spectacle est construit comme une symphonie pastorale,   avec une  campagne  croquées avec humour  et truculence par de joyeux saltimbanques dont deux terribles bacouettes au langage coloré et malicieux : Isabelle Roelandt pour Moinette (Madame Seurel et la tante), Catherine Cornet pour Adèle (et Madame Meaulnes) avec  Maximilien Delmelle et Serge Zanforlin dans les rôles  masculins. Personne ne se perd, la magie des costumes, des lumières et des postures opère. François Seurel  (Jonas Claessens) est à croquer, tour à tour comédien et narrateur. Il est  terriblement attachant, délicat, passionnant, généreux. La nostalgie qui l'habite émeut au plus profond des fibres…   Pour souligner la quête de l’absolu, Bruno Smit  aux lumières et au son  a choisi des extraits musicaux  exaltants:  La sicilienne ; Les berceaux, Elégie de Gabriel Fauré, Le prélude de César Franck, La fille aux cheveux de lin - ce n’est pas un hasard - de Debussy. Le tout est  brodé au petit point de phrases coup de foudre... . Danielle Fire aux commandes. Sacred Fire? Du feu et du jeu.

du 12 au 30 septembre

du mardi au samedi à 20h15, dimanche à 16h

Durée du spectacle : 2h entracte compris

Avec Catherine CONET, Margaux LABORDE, Isabelle ROELANDT, Jonas CLAESSENS, Franck DACQUIN, Laurent RENARD, Abel TESCH, Serge ZANFORLIN & Maximilien DELMELLE
Adaptation et mise en scène : Danielle FIRE
Régie : Bruno SMIT

http://www.comedievolter.be/le-grand-meaulnes/

  

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Donné à La Clarencière, en route vers Avignon, 2018

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"La Grande Veuve", un spectacle minéral: dur et  brillant. Rien à voir avec la Guillotine ou une cuvée de champagne. C'est ainsi que  Thomas Mann appelait  Alma Mahler, née Schindler à Vienne le 31 août 1879 et morte à New York le 11 décembre 1964. Une artiste peintre et  compositrice surnomée « La Fiancée du vent» par Kokoshka ! Sans doute pas celle d’une  brise légère  mais celle d’un vent de rafales amoureuses violentes et passionnelles. Elle est AEIOU ... Ambitieuse, Égocentrique, Insoumise, Orgueilleuse, Utile… à la cause des femmes  mais décrite par ses contemporains avec une bonne dose de fiel.

Sculpturale, intelligente, indépendante d'esprit, Alma est courtisée  par le  Tout-Vienne et  devient successivement l'épouse du compositeur Gustav Mahler, de l'architecte Walter Gropius et du romancier Franz Werfel. Ses relations de couple sont truffées d’infidélités conjugales tumultueuses qui  lui donnent l’espoir de compenser ses propres aspirations artistiques en musique et en peinture qu’elle  s’est vue  forcée d’abandonner  en vertu du mariage. Alcoolique en plus ! Pour faire « homme ? » Comme  Georges Sand et  son cigare ? L’époque nie la femme et négocie la féminité comme valeur marchande mais Alma est ravageuse.

En 2018, c’est un homme - Jean-Claude Humbert -  qui la joue, ainsi que la valse des noms prestigieux de ses amants:   Gustav Klimt, Kokoschka… dont elles aime les étreintes et la soumission.  Signe des temps ? C’est un homme encore, le même Jean-Claude Humbert, qui a écrit et composé cette biographie passionnée de "La Grande Veuve". Signe de nouvelle sensibilité?  Signe que les rôles deviennent interchangeables? Que l’art est le ferment qui change les époques?

 Et la voix, qui chante les lieder qui interceptent les maux et la couleur des mots, c’est celle de la  mezzo  Sophie de Tillesse en robe de paillettes noires et les yeux en étoiles, très présente, douée d'une remarquable diction et  dotée d'  belle puissance vocale. Tour à tour, bucolique, romantique, ingénue bien sûr,  et aussi impressionnante avec sa tessiture large et impérialement gérée, qu’ait pu l’être le personnage d’Alma Mahler,  la croqueuse  d’hommes à qui on a intimé de privilégier sa « vie sociale » et au diable « la compositrice »! Parfois, réfugiée dans ses fantasmes ou  fascinée, le regard tourné vers l’intérieur des douleurs.

Bref, la théâtralité et la connivence bien réglée  des deux comédiens  ont de quoi épater. Comédiens?  puisque le masculin que l'on prétend neutre l’emporte, ainsi le veut la grammaire!    Le spectacle bien ficelé invite au voyage dans  univers de la musique et du romantisme allemand et appelle  à la rencontre des artistes  d'une époque bouleversante de créativité et de changements, mais révolue. Éprouve-ton une certaine noces-talgie  pour le  Sehnsucht allemand, un creuset infaillible d'émotions? Sûrement.  … Face à  notre époque délirante de consommation sans transmission… voici une belle ivresse où  la musique  et les  planches font excellent ménage.

Mise en scène : Daniela de La Hoz Production : Théâtre Hall - Genève.

Texte original: Jean-Claude Humbert 

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administrateur théâtres

Un concert hors gabarit : Oser le rêve !

16

MARS
20:00 - 23:30

Le Klara Festival a exhumé  des partitions fortes pour son édition 2018. Le thème était l’imagination. On sera comblés au-delà de toute mesure par ce concert d’une puissance stupéfiante donné à Bozar le 16 mars dernier.  Prefatory Action to Mysterium (1903-1915) de Scriabine, comme il est dit dans le programme, était une œuvre qui allait surpasser tout ce qui s’était fait jusqu’alors dans l’histoire musicale. Une œuvre visionnaire, radicalement messianique qui devait changer le Monde! Le rêve de Scriabine  interrompu par sa mort (1915)  fut rattrapé par le compositeur russe Alexandre Nemtin (1936-1999) qui y travailla pendant trente ans pour  le compléter en polir les innombrables facettes.

Alexander Scriabin, Mysterium

Stanislav Kochanovsky, conductor
Vadim Tsibulevsky, Konzertmeister 

Scriabine vit dans ce que l’on appelle l’automne culturel de la Russie tsariste. L’art symboliste répond au matérialisme croissant de son époque, par une nostalgie des valeurs spirituelles  et de l’unité perdue entre esprit et matière. Il y a deux mondes, comme le pensait Platon : le monde sensible que nous expérimentons, et le monde métaphysique idéal qui se cache derrière lui : là où règne le Beau, le Bien, le Vrai. En allant plus loin, le philosophe russe Vladimir Soloviev exprime l’idée que la vraie beauté née d’une idée et d’une matière qui s’interpénètrent est une force qui peut améliorer la réalité !  Ce pouvoir actif, les russes le nomment « théurgie » … Et nous : « good vibes ? », ces ondes greffées dans la beauté qui inondent et transforment ? La force transformatrice de l’art ! Et en allant plus loin encore, voilà que Scriabine est touché par les idées enracinées dans l’hindouisme, selon lesquelles, la conscience du corps matériel évolue vers l’esprit universel… Ainsi, il conçut son Mystère comme un accélérateur de transformation cosmique. Ainsi, Scriabine, très conscient de son utopie, pense que « L’Acte préalable »  sera un premier pas dans la bonne direction. La musique, comme chemin de révélation? Son rêve est d’impliquer le plus de participants possible. Serait-il, en 1910, créateur d’Art Multimedia? Un moteur de métamorphoses?   

“There will not be a single spectator. All will be participants. The work requires special people, special artists and a completely new culture. The cast of performers includes an orchestra, a large mixed choir, an instrument with visual effects, dancers, a procession, incense, and rhythmic textural articulation. The cathedral in which it will take place will not be of one single type of stone but will continually change with the atmosphere and motion of the Mysterium. This will be done with the aid of mists and lights, which will modify the architectural contours."  

Lors de la production du Klara Festival, l’œuvre devient un gigantesque  jeu de sons et lumières d’une époustouflante densité.  Non seulement les sons mais les couleurs balayent la salle et le plateau. Voici le premier acte : l’Univers.  Le pianiste  russe se fait entendre à travers les agissements puissants des cuivres et le fracas du tonnerre créateur. Dans l’exploration de l’univers en formation, le bleu fuse avec les vents, les échos se multiplient, le clavier ordonne et les violons frissonnent. Des suites s’organisent et se rassemblent. Assiste-t-on à la création de l’univers ou à celle des premiers chromosomes vivants ?  Pourvu que rien ne vienne geler la vie frémissante.   Il faut reconnaître l’espoir insensé qui se gonfle sur les cordes, repérer le chant léger et aigu d’un duo de hautbois et de violon, bientôt absorbé par une marche de géants aux percussions. Le piano renaît. Avec lui l’intelligence des violons  et la lumière entre dans la caverne.  Une flûte écrirait-elle le mot liberté dans l’espace ? Le pianiste a recueilli le message en trilles colorées de douceur. Un flot de vocalises descendantes se heurte aux vagues tumultueuses de percussions sourdes, le chœur se lève. Le cri déchire l’espace. Les percussions disent  un  Big Bang  visionnaire suivi d’une longue onde de silence. Le chœur rêve d’éternité et s’organise en une éclosion lente et spectaculaire. Les cuivres sonnent à la perfection tels  des voix d’outre ciel. Le piano répond avec des gazouillis d’infini. On a reconnu quatre notes primordiales qui ne cesseront tout au long de l’œuvre de phosphorer, au sens étymologique du terme.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, foule et intérieur

  Comment capture-t-on l’essentiel ? Il faut se laisser porter, accueillir la grâce. Se laisser emporter par le thème, un aphorisme répété mille fois. Se laisser rêver sur les changements de faisceaux de lumières colorées qui épousent les sonorités et les voix, entrer  dans  l’alchimie secrète des ondes sonores et lumineuses, sonder l’univers et l’humanité en marche.   N’est-ce pas ainsi que maintenant on étudie les étoiles, grâce au jeu des spectrographes?

Le deuxième acte décrit dans une sorte d’ivresse musicale la chute  nécessaire de l’humanité, ses douloureuses blessures,  son combat et sa route difficile vers une vision de réconciliation et de pardon. Sa quête de l’harmonie spirituelle. Le troisième acte est une transfiguration  très bien décrite décrit dans les notes de Nemtin :  « La coda s’ouvre avec une sorte de transfiguration. Au climax commence un rite doux, avec le son de cloches et d’un chœur. Presque tous les motifs mélodiques des trois parties sont répétés. À la fin, le chœur chante à l’unisson le motif de quatre notes de la mort. Cela ne ressemble pas à la mort, mais semble plutôt une étape vers un autre niveau de la vie. Au début – quand les cloches sonnent –, les quatre notes résonnent fort, puis s’éteignent et tout disparaît, se dissout. C’est précisément, il me semble, ce qui se passe à la fin. L’univers qui fuit dans toutes les directions commence à se rassembler sur une seule note – fa dièse, la note que Scriabine aimait tant. L’Acte est terminé. »

Dans cette troisième partie on est touché au plus profond par des effets grandioses du tuba, la douceur des hautbois, les jeux de sonorités fruitées, les charges bruyantes. Les quatre notes sont déclinées à l’infini par tous les pupitres comme des mantras en forme  ascendantes et chromatiques. L’orgue a fait son apparition : à la fois rayonnement incandescent et un éclat d’une extrême délicatesse. Le mystère s’empare des cordes qui jouent de façon presque invisible. Du  bercement  régulier des arpèges,  apparaît le beau grain de  voix de la soprano qui produit de larges vocalises,  stables et pleines, sorte d’élixir de sérénité fascinant. L’imaginaire est large comme le rêve d’Icare, sauf qu’il n’y aura pas de chute!  A chaque retour des quatre notes fondamentales, débarque une caravane de lourds parfums capiteux, du sable mou  et chaud, un résumé de l’Univers. Le pianiste réveille l’énergie, l’orchestre amplifie les mouvements,  décuple les forces en présence, Le chœur de 60 choristes de la radio Hongroise est debout. Avec la soprano, l’ensemble ressemble à un gigantesque mandala,  on ne sait plus d’où viennent les émotions. On assiste à une sorte de transfiguration de flux passionnels, de joie créative, de scansions et de pulsions impensables. Du Beau, du Vrai, du Bien sûrement,  en gestation perpétuelle… ad libitum. La saga fantastique est fascinante, on ne voudrait surtout pas que cela s’arrête ! Une plume vole et se laisse choir avec délices. Comment ne pas être transportés ? On a vu des milliers de flocons de lumière tomber paisiblement sur le Monde.  On a entendu le carillon de noces terrestres.  On a accompagné la soprano s’élevant vers le ciel et disparaissant dans un point lumineux et on s’est laissé ensorceler dans l’apothéose du final, avec du bleu strident jeté sur les spectateurs. Voilà une expérience inoubliable par sa force poétique. Voilà ce que peut faire l’art quand il nous bouleverse.

Rue Ravensteinstraat 23, 1000 Brussels, Belgium

https://www.facebook.com/klarafestival/videos/1976647999025705/?t=25

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                                        Reines de pique ou de cœur ? Croisement de sensibilités assuré. Une nouvelle guerre des roses se prépare-t-elle ? Voici les retrouvailles piquantes, sur un plateau piqué de 900 roses rouges, de deux roses particulièrement fabuleuses de notre scène belge : Jacqueline Bir et Janine Godinas. La méditation sur leur vie respective de riche …et de servante va les réunir comme d’inséparables yin et yang.

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La mise en scène économe et intelligente de Philippe Sireuil fait ruisseler le texte serré et exaltant de Jean-Marie Piemme spécialement écrit pour le duo de divas. A part les roses, le reste du décor est une tour de Babel, faite de valises de l’ancien temps, falaise imaginaire de Douvres-Dover, de l’autre côté de la mer. Le texte embrasse l’art théâtral à l’ancienne, dans une étreinte royale. Le roi Lear est ce fantôme omniprésent qui n’a pas raté son rendez-vous avec l’éternité ni avec les deux femmes qui ont consacré leur vie entière au théâtre. A écouter les dialogues des deux voyageuses du temps, on ne peut s’empêcher de penser aux joutes verbales de Jacques le fataliste et son valet, de Sganarelle et Dom Juan,  deVladimir et d'Estragon… et à tout le non-dit du théâtre qui ne cesse d’éclairer nos propres choix par effet miroir. La quête de la vérité – sur soi et sur le monde – passe par le verbe, l’expérience théâtrale, la mise à distance, la sublimation des souvenirs que l’on ranime, revit, répare et range pour la jouvence éternelle.

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Un jour, Madame a décidé que l’argent ne la dominerait plus. Madame n’a plus d’argent, c’est la fin du voyage. Faisant preuve de virtuosité dépensière elle a dilapidé tout l’héritage de son défunt mari. Majestueuse, Alpenstock à la main, Madame frappe à la porte de sa servante à trois heures du matin pour lui enjoindre de la suivre séance tenante jusqu’à Douvres, retrouver le roi Lear et « battre le fer des vielles formes sur l’enclume de l’éternité ! » Au fil des années, l'orgueilleuse Elisabeth a été hantée par le dernier souvenir de son père avec qui elle a vu la pièce étant gamine. 

Flambeuse : pour elle « Le vertige ultime est perdre et sourire en partant ! » Elle expectore toutes ses hallucinations au cours de ce pèlerinage improvisé ou imaginaire. Dans une ultime jouissance, elle va accomplir une sorte de sabbat de la vengeance maritale avec la férocité d’une mégalomane. Mais Marie, sa servante restée fidèle, a percé ses multiples secrets. Sous ses dehors de maîtresse inaccessible, elle est transparente et tellement vulnérable. Devant  sa camériste, Elisabeth se montre à nu, inquiète de tout, se posant les questions existentielles « qui suis-je, où est ma place ? » La force de Marie est de lui confier « Mon théâtre, à moi, c’est vous ! » Pour rester vivante et rêver de nouvelles aventures.

Les deux pôles opposés ne cessent de s’attirer avec un même choc d’arrimage. Le scorpion et la cigale partagent la lucidité ,et quelle entente cordiale sauf la distance sociale ! « Nous serons deux exploratrices passionnées, nous serons nouvelles dans un temps nouveau. N’est-ce pas bien de rêver ensemble ? Tu étais le maître et j’étais l’esclave ! Elles ont quinze ans d’âge ! « Restons ce que nous sommes » Elles ont choisi le défi éternel, le coup de foudre, trouvé l’accord et les étincelles du frottement mutuel.

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Une coproduction du Théâtre Le Public et du théâtre de Namur.

(Photo : ZvonocK)  http://bit.ly/2l49NVM

Du 14 février au 18 mars 2017

au Théâtre Le Public
rue Braemt, 64-70 1210 Saint-Josse-Ten-Noode

http://www.theatrelepublic.be 
info@theatrelepublic.be 
0800-944.44

Les prochains spectacles: 

Moi Pirandello : https://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=461&type=1
Legs maternels : https://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=463&type=1
Reines de Pique : https://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=462&type=1

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administrateur théâtres

« Imaginez une petite ruelle sordide » Ambiance des années 20, côté pile ; et « se laisser glisser dans la folie...» Chapeau à « Chaplin » distribué en  bribes de vie vagabondes, même si  on s’ attendait plutôt à voir se dérouler sous nos yeux, le tapis  d’une vie passionnée, même si nous étions prêts à explorer le miroitement des facettes de son personnage comme acteur, réalisateur, scénariste, producteur, compositeur et pilier du cinéma muet. Fort heureusement, tout cela  se retrouve dans le programme. On peut y lire que  le dénommé Charles Spencer Chaplin est né à Londres le 16 avril 1889 de parents artistes de music-hall. Le père quitte le foyer quand Charlie a trois ans. Hannah élève seule deux de ses enfants, le troisième, le plus jeune, a disparu avec le père.  De santé défaillante, elle est amenée en hôpital psychiatrique et les enfants sont envoyés dans des institutions pour jeunes indigents, les fameuses « workhouse »  de Dickens!  A 10 ans, Charlie intègre une troupe de danseurs de claquettes et monte sur scène où il côtoie de grands acteurs. Ses talents comiques exceptionnels en font vite une star. A 25 ans, il crée le personnage de Charlot, maître du langage corporel,  et à 29, il fonde son propre studio qui lancera la gloire d’Hollywood!

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Sur scène, dans une atmosphère survoltée, « Chaplin » ne se raconte pas mais livre ses rêves d’écriture et son refus catégorique d’être utilisé comme pantin de foire. Métamorphose  rêvée: « Fini, Charlot ! Shakespeare! »  Doux-amer, il fait  surgir des fantômes émouvants, des comparses maléfiques  comme (Dickson, le producteur/Michel Carcan) ou des compagnons fidèles. Particulièrement, celui d’une mère (Jo Deseure), folle à lier, qui mendie amour et argent, et celui de son âme d’enfant, sorte de gavroche délicieux armé d’une machine à écrire. Violette Pallaro, fait une jolie comédienne d’époque… la future nouvelles madame Chaplin?

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Le patchwork de clips muets est admirablement pantomimé par le talentueux  Othmane Moumen, dont la qualité du travail  artistique n’est plus à démontrer. Un artiste de scène phénoménal, contorsionniste, magicien, pantocrator en moustache, pantalon ample, veste étriquée, chapeau étroit et les chaussures larges…sans oublier l’illustre canne.   Panto ? Pourquoi ?  Parce que capable de rendre dans le  moindre détail  t o u t e s  les mimiques de l’illustre figure de « Charlot ».  Panto pourquoi encore ? Parce que capable  de jongler avec les émotions, la poésie, la musique, les bruitages, la candeur, l’imaginaire et la fragilité humaine t o u t  à  l a  f o i s ! Panto encore… parce que  t o u t  est muet ou presque, langage pantocratique universellement reconnu.

Tour se passe dans cette époque de transition qui voit son  acrimonieux divorce d’avec  Mildred Harris  et précède l’avènement du  tournage de son chef-d’œuvre « The Kid » (1919). Les scènes regorgent d’allusions à l’histoire du cinéma, et on se laisse gagner par le feu burlesque de l’époque noir et blanc. La présence du petit garçon sur scène n’est pas innocente…  mais très rafraîchissante. On saluera en alternance : Victor Barco, Maxime Clausse, Stanley Dupic-Janssens et Ethan Verheyden. A vot’bon coeur, M’sieurs, dames… L’idée conte de Noël,  genre Christmas Carol  flotte dans les esprits… si ce n’est sur scène véritablement à cause d’un décor parfois parodique,  mais il gagne les cœurs d’un  public avide ou nostalgique, prêt coûte que coûte à se livrer à la magie des fêtes de fin d’année.

  

Création mondiale: "Chaplin"

Du jeudi 17 novembre 2016 
au samedi 31 décembre 2016 

 
Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles
02/505.30.30
Avec : Othmane MOUMEN, Philippe TASQUIN, Michel CARCAN, Bruce ELLISON, Jo DESEURE, Violette PALLARO, Caroline TELLIER, Manon DRUGMANT, Michel CHARPENTIER, et les enfants Victor BARCO, Maxime CLAUSSE, Stanley DUPIC-JANSSENS ou Ethan VERHEYDEN, en alternance.
de Thierry JANSSEN, Jasmina DOUIEB et Othmane MOUMEN
Mise en scène : Jasmina DOUIEB
Chorégraphie : Antoine GUILLAUME

notes: 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlie_Chaplin

http://artduspectacles.over-blog.com/article-chaplin-aime-les-femmes-73230035.html

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2010/04/17/01006-20100417ARTMAG00077--oona-le-grand-amour-de-chaplin-.php

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administrateur théâtres

Les « Petits lieux », créateurs de création, vous les connaissez à Bruxelles ? Sûrement que les noms suivants vous évoquent quelque chose : L’Arrière-scène , L’Atelier de la Dolce Vita, Le Cabaret aux Chansons, La Ferme de la Dîme, Le Théâtre de la Flûte Enchantée, Le Jardin de ma soeur, Le Petit Chapeau Rond Rouge, La Soupape, Le théâtre de Toone, qui n’est pas immense, et ? Le Théâtre littéraire de la Clarencière ...

http://www.laclarenciere.be/laclarenciereORIGINE.htm

Extrait d’une critique : « L’idée de départ était de mettre en scène une rencontre improbable entre intellectuels du XVIIIe siècle... Si le sujet peut faire peur à ceux qui ont gardé un mauvais souvenir des cours de philo, qu’ils se rassurent. Ce patchwork de textes et d’anecdotes savamment compilés touche le spectateur droit au coeur (et à la Raison). L’humour grinçant et la fausse légèreté qui règnent sur scène permettent à tous, adolescents comme adultes, d’aborder cet univers d’esprit et de réflexion des Lumières. Les talentueux… habilement mis en scène par …  sautent d’un personnage à l’autre avec une spontanéité assez déconcertante et procurent au spectateur une subite envie de (re)plonger dans les oeuvres des grands penseurs… »

Mais tout ceci pourrait subitement s’arrêter en juin 2017. Ne laissez surtout pas faire….

 

Les « Petits lieux » de programmation culturelle, ce sont des initiatives privées d’intérêt général. Elles sont nées de l’enthousiasme d’un ou plusieurs passionnés qui ont mis leur énergie au service d’autres citoyens - spectateurs et artistes -, ces structures atypiques font partie intégrante du tissu culturel de la Communauté française. Celle-ci les reconnaît sous le vocable assez flou de « petits lieux de programmation ou de diffusion ». Ils sont pour les artistes des tremplins vers une reconnaissance à grande échelle et des occasions de tourner un peu partout, avec un cachet assuré. L’accueil y est particulièrement chaleureux, l’ambiance conviviale et la proximité favorise la rencontre. Le public - qui ne se rendrait peut-être pas ailleurs et qui dépasse de loin le public local -, se presse à leurs portes pour découvrir avec bonheur les « coups de cœur » de ces « passeurs de culture » et partager leurs émotions. Ces petits lieux proposent une autre manière de vivre la culture et participent au renforcement du lien social. Les médias nationaux ne répercutent jamais leurs activités. Ces petits lieux ne disposent d’ailleurs pas de moyens promotionnels. Par contre, les médias spécialisés ou locaux leur consacrent souvent de larges espaces. Malgré les difficultés, ils réussissent à se maintenir parce qu’ils partagent une envie, un besoin : celui d’une culture à visage humain, loin de tout décor d’apparat, effet de mode ou manifestation de prestige.

 Hélas aujourd’hui, au théâtre de la Clarencière, l’humeur est sombre pour ne pas dire désespérante car il apparaît que  son infatigable directrice,  Fabienne Goovaerts,  ne pourra sans doute pas organiser sa saison  complète. Elle s’explique : «  Depuis 17 ans le petit théâtre de la Clarencière accueille les jeunes artistes issus des écoles d'art dramatique mais également les compagnies qui souhaitent créer un nouveau spectacle.
Depuis toutes ces années nous œuvrons avec passion pour maintenir la qualité et l'accueil dans des circonstances toujours difficiles avec un maigre budget.
Mais depuis 4 ans toute subvention de la Fédération Wallonie Bruxelles a été totalement supprimée. Et nos difficultés n'ont fait que s'accentuer. »
C’est pourquoi elle ose courageusement aujourd’hui faire appel à vous tous, politiques, institutions, privés, toute personne pour qui la transmission et la création font sens. Ecoutez son appel et engagez-vous à l’aider financièrement comme elle vous en conjure ! Voici la suite de son message, et je joins notre voix à la sienne :
« C'est pourquoi aujourd'hui, forts de notre expérience et toujours avec le même désir de création, nous avons décidé d'entamer un processus de crowdfunding auprès de Kisskissbankbank.

KissKissBankBank : Pour que vive en harmonie le théâtre de la Clarencière en 2016-2017


Nous nous permettons donc de venir vers vous pour vous proposer ce projet participatif afin de maintenir notre salle et l'accueil avec les résidences et les créations bruxelloises.
Nous n'avons jamais demandé aucun soutien et nous espérons vivement que vous répondrez " présent " à cette demande de partenariat.

Pour que vive la Clarencière et, que Fabienne Govaerts  puisse continuer les projets qui ont  donné du sens à sa si  généreuse  vie d’artiste!

Pour que continue la même dynamique d'accueil et de création avec le même enthousiasme, la même qualité et la même Joyeuseté !

Nous comptons sur vous et déjà vous en remercions chaleureusement car toute participation aussi infime soit elle apportera une énergie complémentaire à notre élan.

Au plaisir de vous accueillir pour cette nouvelle saison 2016-2017 dont nous formons le vœu et osons espérer qu’elle ne sera pas la dernière. »

 

                                                            Si la plupart des opérateurs culturels sont salariés, les artistes et les responsables de petits lieux ne le sont pas et partagent les mêmes problèmes de statut et de précarité. Pensez-y et agissez !  L’étape suivante pour nous tous, ses partenaires de cœur et d’esprit, c’est A G I R !  

C'est un havre de paix aux passions tourmentées
Du coeur, de la sueur donné par des âmes étoilées
Ca fait d'une cave voûtée un vaisseau déchaîné
Sur l'océan des mots, cinglant vers la beauté

Il n'y a ni fausses stars, ni vaines prétentions
Rien que des artisans, des faiseurs d'émotions
Qui allument au couchant des milliers de lampions
Et font cogner une heure nos âmes à l'unisson

C'est un petit théâtre en plein coeur de Bruxelles
Auprès de l'église, comme protégé par Saint-Michel
On s'y retrouve ensemble, le soir, entre fidèles
Nos spectacles chevauchent au-delà du réel
Les rêves jamais ne verseront dans l'ornière
Puisque Fabienne est là, on aime la Clarencière

Entrez public, entrez badauds, entrez chalands,
Vous trouverez ici bien plus que du talent
Au bout de la soirée, quand nous boirons une bière
Vous comprendrez pourquoi on aime notre galère

Allons, c'est l'heure, il faut descendre l'escalier
Hugo, Musset sont soigneusement couchés
Les retardataires, Geoffrey, sont enfin arrivés,
Monte la lumière, les comédiens viennent jouer

C'est un petit théâtre en plein coeur de Bruxelles
Auprès de l'église, comme protégé par Saint-Michel
On s'y retrouve ensemble, le soir, entre fidèles
Nos spectacles chevauchent au-delà du réel
Les rêves jamais ne verseront dans l'ornière
Puisque Fabienne est là, on aime la Clarencière

KissKissBankBank : Pour que vive en harmonie le théâtre de la Clarencière en 2016-2017

 

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administrateur théâtres

« Je ne te servirai plus de poupée gonflable… » 13344542_10209700038360510_6635381921918966401_n.jpg?oh=85edead30bb57179bf7c393c0a8362c2&oe=58029A9F

Tout commence par ce qui semble être un massage cardiaque, à moins qu’il ne soit d’une autre nature… La comédienne est belle à ravir : frange bombée de poupée, casque de cheveux aux reflets auburn  et dorés intenses, parfaitement peignés, joues roses, bouche en cœur ravissante sur une dentition parfaite. Lascivité mécanique. Un corps musclé et souple, beau de partout et sous tous les angles. Des habits d’écolière comme Alice et  presque une princesse égyptienne, pour le maquillage. La diction est exquise, les mouvements, de vrais miroirs de l’âme. Symboliquement infantile. Son nom : Daphné Huynh, prononcez Win. And she won, believe me!

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Comment l’esprit vient aux  filles… et aux femmes de ce début du 21e siècle est la question innocente posée par  Naomi Golmann, la jeune auteur du spectacle dont c’est le premier opus. A l’heure où le foulard et la burqa risquent de mettre en danger les faibles acquis du mouvement féministe (une goutte dans l’océan de l’histoire), voici  Daphné et Naomi transformées en  équipe féminine de choc  pour faire la peau à la Walt niaiserie qui encombre le corps et l’esprit de tant de jeunes filles et femmes modernes. Ce n’est pas que ces deux complices  nient l’utilité des contes, bien au contraire. Enfants, elles ont aimé les contes et savouré  plus tard la lecture complexe de la « Psychanalyse des contes de fées »  de Bruno Bettleheim  où chacun peut se retrouver dans la symbolique de l’un ou l’autre personnage de Perrault ou d’Andersen.   Ces contes, racontés et lus aux  jeunes enfants,  relus à l’aube de l’école primaire, avaient un caractère fondateur sur la notion de bien et de mal, sur la cruauté qui existe et sur les épreuves que chacun doit s’attendre à surmonter pour accéder à la maturité et devenir des adultes équilibrés et heureux.

Ils avaient  un impact symbolique considérable sur l’évolution des enfants jusqu’à… l’avènement des générations Disney. Malgré quelques plantes et monstres  bien effrayants, la représentation cinématographique, quoique très esthétique et merveilleuse a quelque chose d’enfermant, et semble avoir ôté aux contes lus ou racontés leur mystérieux pouvoir de développement de l’imaginaire et de l’introspection. Le modèle édulcoré et univoque de la princesse belle à ravir, gonflée de partout, semble avoir vidé les contes de  leur sens et de leur substance.  Le cœur de la nouvelle princesse – mais est-elle une princesse ? est un trou béant. «  Qu’on m’arrache le cœur, qu’on l’enferme dans une boîte et qu’il s’arrête de me battre! » se plaint la jeune comédienne. La princesse n’est plus qu’une coquille vide en attente de panoplies de Barbie et d’un  hypothétique prince charmant.  

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Le texte de BABYDOLL écrit par Naomi Golmann est le résultat d’un questionnement personnel intime et profond, d’une écriture très forte, cathartique sans doute,  lentement distillée sur une période de trois ans.  Féroce, sexy et pudique à la fois,  cette écriture dénonce les  dérives de notre imaginaire dans un langage cru et parler vrai, truffé de double-sens en séries. A notre époque, tout d’abord la princesse n’existe pas, elle est la boulimie des hommes comme Nabilla Benattia et autres consœurs, un fantasme ambulant créé pour  lui plaire, et si possible aussi vide qu’une poupée de porcelaine qui aurait perdu son mécanisme. Ou alors, totalement cynique.  De plus, le prince n’est qu’un Peter Pan fétichiste, « puer aeternus », enfant-roi qui refuse de grandir et qui, lorsqu’il rencontre la jeune fille, a  souvent déjà derrière lui  une solide exposition à la pornographie. Vivent les nouvelles technologies! Nous sommes à l’envers du conte! Les syndromes de Cendrillon, Belle-au-bois-dormant, Blanche-Neige et autres sont disséqués avec humour et raison. Car la réification de la femme, quoi qu’on en dise, va bon train! Parodiant Simone de Beauvoir, Naomi Golmann  déclare « On ne naît pas femme, on pratique les hommes et on le devient. »

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Sur scène et dans la mise en scène au scalpel percutante et  poétique de l'auteur, l’esprit, le corps et les cinq sens en éveil se confondent et se répondent comme dans une série harmonieuse de haikus.  Lewis Carroll est l’esprit frappeur, et Walt Disney l’esprit frappé. Pole dancing verbal et écriture physique se croisent en un ballet fulgurant de vérités. La  parodie des  dérives modernes : le jeunisme obligé,  la séduction féminine codifiée à outrance, l’hyper sexualisation dès le plus jeune âge, bat son plein  pour devenir  à son tour,  une sorte de conte  post-moderne, raconté avec verve par deux jeunes femmes désenchantées. Est-ce ainsi que les hommes vivent?

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Par : Daphné Huynh
Ecriture et Mise en scène : Naomi Golmann
Lumières : Arnaud V. Acker 
Musique originale : Witold Bolik

Crédit photos spectacle : Antoine Lanckmans

Crédit photo affiche : Christian Laloux

mercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10 juin 2016 à 20h30

AU THEATRE DE LA CLARENCIERE

Rue du Belvédère 20-1050 Bruxelles

Infos Réservation : 02 / 640 46 17

http://www.laclarenciere.be/

Presse :

- L'économie du matin - http://www.economiematin.fr/news-theatre-crowdfunding-bb-doll-zuckerfree-cie-bruxelles

Helpline?

 C'et la mode... et c'est efficace pour soutenir dans leur envol les toute jeunes compagnies: PLUS QUE 8 JOURS :https://www.kisskissbankbank.com/projects/71402 Ne les laissez pas tomber en panne! 

Aidez-nous à donner vie à #bb_doll, la femme-enfant / femme-objet / femme-poupée de la TDZ cie !
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administrateur théâtres

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"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Photo Bruno Mullenaerts
Autour du cercueil de l'homme de leur vie, trois femmes assemblent petit à petit les pièces d'un puzzle affectif et envisagent le monde à l'aune des relations humaines.

Franck, Jack, Mick ? Shocking ! 

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau "continent" boulimique dont la taille atteint près de 3,5 millions de km². A l'image d'un puissant siphon marin, le vortex attirerait vers lui tous les résidus de notre société de surconsommation. Toutefois, contrairement au siphon, les déchets ne sont pas "aspirés" mais accumulés et bien visibles. Voilà pour le titre! C’est  aussi le nom d’une œuvre d’art présentée à l’exposition : «  2050. Une brève histoire de l'avenir ». Source d’inspiration de l’auteur de la pièce?  

L’histoire raconte la rencontre de trois veuves (des résidus ?) amoureuses du même homme, sûrement très extraordinaire pour avoir su mener une triple vie sans jeter le moindre soupçon.  Shocking. La double vie ne semblant, par les temps qui courent,  pas assez palpitante pour intéresser le public, Thierry Janssen lance l’idée d’une troisième femme dans  le tableau, histoire de secouer un peu les esprits et d'amorcer une nouvelle dynamique.

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 Et cela marche du tonnerre. Le public se passionne pour trois « être » différents. Kristin, 40 ans, Miss Météo est bon chic bon genre, coincée et maladroite. Anaïs, 35 ans, est activiste chez Greenpeace, elle écume de colère et de révolte. Lola, 21 ans,  est  handicapée, elle souffre  du  syndrome  d’Asperger qui fait d’elle un robot encyclopédique incapable d’éprouver la moindre émotion. Bien sûr, les trois  femmes se reconnaissent toutes comme l’unique objet de désir de l’homme défunt  et se disputent son souvenir et  leur avenir à coups de mots cinglants.  En crêpages de chignon successifs  bien  caustiques, les caractères se dessinent, toutes griffes dehors, le charme en bandoulière, le sabotage amoureux et le dépit au fond du cœur. Mais sous le choc du deuil de l’homme et la découverte du triple mensonge, commenceraient-elles à s’écouter ? Elles sentent soudain qu’elles ont besoin l’une de l’autre pour comprendre. Femme des années 2020, qui sont-elles? Vont-elles accoucher d’un nouveau monde ? La mémoire archaïque leur dit que nous avons besoin de la nature et que  la nature a maintenant besoin de nous. Et si ces dames se mettaient à réinventer et l’homme et la planète ?

Et si au lieu des luttes de pouvoir, elles s’unissaient pour refaire un monde différent, capable d’enrayer la prolifération  de  cet odieux 7e continent?  Et si  l’intérêt de la planète se tricotait dès la naissance, au cœur des relations familiales ou intimes avec pour  premier horizon le respect de l’autre, comme modèle affectif pour changer le monde ? Loin du chacun pour soi, de l’intérêt personnel, de  la vanité et de la puissance ? Si on décidait d'inventer  d'autres relations humaines?  Question de court-circuiter  l’histoire humaine telle qu’elle se déroule depuis les origines ?  Quelle utopie fantastique dans la plume de ce comédien rêveur d’un monde vraiment meilleur et sous l’œil du metteur en scène inventif qu’est Michel Kacenelenbogen. Tout a commencé avec Louis Aragon : « Le poète a toujours raison / Qui voit plus haut que l'horizon / Et le futur est son royaume / Face à notre génération / Je déclare avec Aragon / La femme est l'avenir de l'homme ». Et bien sûr, Jean Ferrat. Thierry Janssen continue:

Comment prendre soin de la terre alors qu’une grande partie des habitants de celle-ci est opprimée, souillée, brutalisée ? Comment respecter et jouir des dons de la nature alors que la plupart des êtres humains se crachent haine et violence au visage ? Face à notre mère terre comme face à un miroir, elle nous renvoie notre lâcheté, les conséquences de nos actes irréfléchis et la laideur de nos âmes corrompues... 

Spectacle écrit par un homme qui grâce au théâtre, raisonne par l’absurde.  Le raisonnement fort tiré par les cheveux frise le délire artistique, mais  le funérarium espère enterrer le pire de notre monde et ouvrir sur une page que l’on brûle chacun d’écrire. Spectacle-choc des idées, choc amoureux de la présentation, choc crucial  de l’innovation. Une écriture sur mesure pour cette formidable trinité de femmes de choc : Bénédicte Chabot, Kim Leleux et Inès Dubuisson, soutenue par une  mise-en scène délectable.

"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Au théâtre le Public

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http://theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=419&time=tom

Rue Braemt, 64-70
Brussels, Belgium
0800 / 944 44 (numéro gratuit)
Jusqu'au 30 avril (relâche du 29/03 au 09/04)
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administrateur théâtres

 « Ni toi ni moi ne sommes faits

Pour la guerre »

Un Baby spectacle a  vu le jour hier aux Riches Claires. Baby,  puisqu'il n’avait droit qu’au jour de sa création. Baby, parce qu’on lui souhaite vivement de se retrouver en grand format sur de nombreuses scènes belges ou internationales. Le thème c’est le Temps de guerre lors de cette Première guerre mondiale, un conflit que l’on claironnait être la Der des Der! Et les innombrables Lost Boys! They were so young!

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 Dans ce spectacle dernier-né, beaucoup de fraîcheur vient de la musique et de  la mise en scène de la comédienne. Une musique perdue et retrouvée par les soins de celle qui a fait œuvre d’exploratrice dans les mille et un livres et partitions abrités dans notre Bibliothèque Nationale de Belgique et a retrouvé l’été dernier les partitions originales d’un certain compositeur liégeois, Charles Scharrès (1888-1957). Une entreprise de Marie-Laure Coenjaerts (artiste lyrique belge, mezzo-soprano que l’on a entendue notamment dans le rôle-titre de « L’enfant et les sortilèges » chef d’oeuvre de Ravel sous la direction de Pascal Rophé). Il n’y avait plus qu’à déchiffrer ces partitions jaunies, les mettre au piano avec la complicité de Flavien Casaccio, pianiste concertiste et leur prêter la voix profonde de Marie-Laure. Leur redonner les couleurs et les visages de notre temps en les tressant avec la fibre des mots et des jeux de scène originaux. Aux commandes des textes, on retrouve l’infatigable comédienne, Laurence Briand qui elle, peu friande de bibliothèques, contacte des gens, écrit des mails, reçoit des écrits et s’affaire à un nouveau montage dont elle a le secret, pour sortir l’ensemble de l’oubli. Cent ans ? La Belle au bois a certes bien dormi, mais il s’en est passé des choses depuis 14-18 et le monde n’est plus reconnaissable. Quant au prince charmant qui ramènera l’amour dans le monde, on l’attend encore! … « Cependant que le soldat inconnu a connu l’incandescence trop brève de l’amour » nous souffle la comédienne à genoux sur la scène en égrenant une poignée de sable.  

Ré-envisager cette époque tragique et sortir de l’oubli ses heurs et ses douleurs qui nous ressemblent parfois étrangement a beaucoup de sens. Les pépites exhumées - la musique comme les textes - ont une particularité, elles sont totalement belges et nées quelque part entre 14 et 18. Seul bémol : on remarque une absence criante, celle de l’écriture féminine belge, malgré les recherches intenses de Dame Laurence. A cette époque, mères, filles et épouses avaient bien d’autres chats à fouetter que l’écriture. Et au fond, avaient-elles même une âme ? C’est pourquoi, Laurence Briand en profite pour ajouter des textes d’une romancière contemporaine, Marianne Sluzny (°1954) qui lui donne accès au recueil de ses nouvelles, intitulé « Un bouquet de coquelicots ». Un bouquet impressionnant de « souvenirs » de jeunes gens captés au plus vif de la souffrance.

La musique est bien sûr le baume qui calme et qui réjouit, formant un contrepoint impressionniste dans ce fracas meurtrier. Les chants retrouvés parlent d’amour, de soleils qui hument la rosée…et forment un tableau très contrasté avec la détresse des jeunes gens envoyés se faire tuer au front, souvent à la place des nantis : "La victoire en chantant!" Les échos auxquels vous goûterez sont les accords complexes et les couleurs chromatiques de Ravel et Debussy, à s’y méprendre. Le temps que Laurence Briand, elle-même déguisée en jeune gavroche des tranchées, rende compte de toute l’horreur et de toutes les tragédies humaines de cette terrible époque. Avec poésie et humour et sa savoureuse présence théâtrale, vous vous en doutez!


Vous l’aimerez, ce nouveau Bébé, un trio de clavier bien trempé et de voix féminines chantées et parlées, plein de maturité!


Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
Ni toi ni moi ne sommes faits
Pour la guerre
Nous sommes faits pour marcher
Résolument vers la lumière
Je n' veux plus entre toi et moi
Une quelconque intifada
Je ne veux plus te parler sabre
Je veux la grande paix sous les arbres

Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
J' veux respirer l'air du matin
Tout frais, tout neuf, qui fait du bien
J' veux remplir mes poumons d'air pur
J' veux d' l'amour et pas des murs
De janvier jusqu'en décembre
Je ne veux naviguer que tendre
Je n' veux plus la moindre fusée
De longue ou de moyenne portée
Je veux un ciel bleu dégagé
Que le soleil puisse y jouer

Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
Ni toi ni moi ne sommes faits
Pour la guerre
Nous sommes faits pour marcher
Résolument vers la lumière
Je n' veux plus entre toi et moi
Une quelconque intifada
Je ne veux plus te parler sabre
Je veux la grande paix sous les arbres

Julos Baucarne

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administrateur théâtres

La légende amérindienne raconte qu’il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux étaient terrifiés et observaient le désastre. Seul le petit colibri s’activait sans relâche, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri de répondre: « Je le sais, mais je fais ma part et de mon mieux. »

Patrick Chamoiseau est un écri­vain fran­çais ori­gi­naire de la Martinique, auteur engagé et poète de l’écologie. Clin d’œil à Pierre Rabhi et à son « mou­ve­ment colibri » basé sur  cette légende amérindienne, l’auteur met en scène « Les neuf consciences du malfini » un grand rapace antillais plein de superbe et de toute puissance démoniaque.

Ce rapace dévore toute chair vivante avec une violence arrogante et ses vaniteux appétits guerriers n’ont pas de limite. « J’aime frapper les chairs chaudes ! » Face à lui, Foufou le colibri qui se nourrit des vibrations du monde, de tout ce qu’il écoute, goûte, touche, regarde, respire et réfléchit. « La poussière des fleurs est-elle la vie ? » …Parole d’abeille qui conditionne la survie de ce monde?  Soudain le rapace aperçoit « le petit maître » joyeux, dénué de toute crainte, qui vaque à ses occupations. Soudain il observe la nature autour de lui. Un arbre cachait la forêt ! La colère fait place au doute puis à la curiosité et à l'intérêt. Il renie son genre de vie, rendu sensible aux vibrations de couleurs, de parfums et d’émotions qui se correspondent. Très Baudelairien! Foufou, le petit colibri, vit «au-delà» de son alaya, son inconscient collectif, son code génétique, ses pulsions, ses instincts, son ego,  son déterminisme.  Lorsque le malfini se met en quête de l’autre, il s’élève et éveille peu à peu toutes ses consciences, et permet ainsi à la Vie de continuer à vibrer, toute arrogance bue. « Je compris encore mieux à quel point les vies se tiennent, combien nulle n'est centrale, plus digne, plis importante. Elles portent les même couleurs. Elles se lient, se relient, se rallient, se relaient et se relatent avec les même couleurs.» L’harmonie ne peut se réaliser que par l’empathie avec les autres, dans la diversité. Le rêve est vaste !

Transposé sur le plateau de la Clarencière cela se traduit par un décor au départ brumeux,  on ne sait si c’est du ciel ou de l’océan, une lumière diffuse bleue. Une femme statufiée à gauche parle, en cachant son visage, pantalon et tunique couleur terre. Elle est pieds nus et  porte des lunettes de myope. « C’était au temps de ma splendeur barbare ! » On s’aperçoit que le lieu est recouvert de papier bulle et cela fait penser à une salle de rebirth. Quelques accessoires, une marionnette improvisée, une très bonne sonographie et des jeux de lumière l’ont métamorphosée tour à tour en oiseau prédateur et en colibri, nouveau maître  à penser. Le spectacle imprévisible fascine, interroge, touche. Il est à la fois bruissant et silencieux. Il est pari de fraternité et d'ouverture à l'autre.

La lecture de Marie Carmen de Zaldo est très intelligente et intelligible, malgré une projection dans un monde poétique pas forcément facile d’accès! Du côté spectateur, on se sent aussi regardé, interrogé, touché par la magie théâtrale faite oiseau, image du vivant? de l’esprit? de l'utopie? «  Comme nous ne cherchions rien, nous découvrions tout. Comme nous n'allions nulle part, nous arrivions partout...»

Marie Carmen de Zaldo dans   "Les neuf consciences du Malfini"

adapté du roman de Patrick Chamoiseau aux éditions Gallimard.
  
 
Mise en scène, adaptation, interprétation : Marie Carmen de Zaldo
Collaboration artistique : Aline Steiner
Scénographie : Peter Maschke
Musique : Nicolas Arnoud
Oeil extérieur : Ariane Loze, Inge Van Gestel

Production : Compagnie La porteuse d'eau soutenue par la Fabrique de Théâtre, le Centre des Arts de la Rue, la Roseraie.

 Lieu : Au théâtre de La Clarencière, lieu rare, fertile et accueillant pour l’éclosion des jeunes créations.

http://www.laclarenciere.be/

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administrateur théâtres

12273071091?profile=originalIrvin Yalom (°1931), professeur américain émérite de psychanalyse, a écrit une œuvre importante sur la psychothérapie existentialiste, et voici un de ses romans  de fiction historique qui évoque les débuts de la thérapie psychanalytique.  Les  personnages historiques (1880) sont réels : le médecin viennois Josef Breuer,  précurseur de la psychanalyse et ses déboires conjugaux avec son épouse Mathilde,  le philosophe Friedrich Nietzsche et ses  douloureuses souffrances  sentimentales et le jeune Sigmund Freud et ses théories novatrices.

 Michel Wright, le metteur en scène belge, a fait de la  rencontre imaginaire entre Breuer et Nietzsche une adaptation théâtrale  percutante. Ce spectacle fort possède une intrigue saisissante, très bien construite et extrêmement vivante.  L’écriture très enlevée et  particulièrement alerte pour le sujet,  fourmille de réflexions intéressantes empruntées au "Gai Savoir"  dont la principale est peut-être que  nous sommes  souvent  incapables de voir dans l'autre, même dans  ceux dont nous nous soucions profondément.

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A travers le chantier de  dialogues spirituels et passionnés,  on recueille un bon nombre de perles Nietzschéennes qui ne peuvent que susciter au moment du spectacle et dans les jours qui suivent, des interrogations persistantes.  La phrase la plus interpelante est sans doute « Deviens qui tu es ! »  Quant à la création artistique, elle ne peut, on en a la preuve sur scène, qu’exister dans un espace de liberté. 

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Voici donc, tous affects dehors, un cocktail d'intelligence et de profondeur, joué avec une sincérité et une justesse effarantes. Art des nuances et de la tension dramatique poussé dans les sommets, une mise en scène éblouissante et un quatuor de comédiens sublimes! Comment font-ils pour retomber dans la vraie vie après une telle performance? La belle voix chaude et raffinée de Jean-Claude Frison et sa maîtrise théâtrale irréprochable, la présence sauvage d’Yves Classens au top du gymkana intellectuel, la présence élégante, féminine et passionnée à la fois de Rosalia Cuevas et l’étincelante complicité …admirative des plus grands, du jeune comédien Benjamin Thomas contribuent à faire de cette soirée, un brasier théâtral de toute grande envergure. 

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Progressivement et de plus en plus intensément, on se laisse  happer  par les exercices de psychothérapie en live, source de multiples rebondissements. On n’a plus qu’à se laisser porter et savourer le texte qui n’en finit pas de toucher juste, au cœur de l’humain. On rit beaucoup et souvent, alors que des plages d’émotion et d’intimité dévoilées se dessinent de façon de plus en plus dramatique. Vers la fin, on est cloué par un moment de tension impressionnant. À tout le moins, vous vous trouverez à réfléchir à  de nombreuses questions philosophiques pendant que vous observez le déroulement de duels verbaux et d'expériences fascinantes d’introspection, de projection et d’aide thérapeutique où on se demande un moment qui soigne l’autre et pour quel profit. Avec à la clé, la conclusion Nietzschéenne que la véritable amitié se trouve dans  la recherche commune  de vérités supérieures.  Et que le théâtre est un  lieu révélateur de vérité. 

http://www.comedievolter.be/saison-2014-2015/les-larmes-de-nietzsche/

Du 25 février au 8 mars
du Mardi au Samedi à 20h15, le Dimanche à 16h
Comédie Claude Volter  98 avenue des frères Legrain
1150 Woluwé St Pierre
 02/762 09 63

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Petit Précis de Curiosités euclidiennes

Petit Précis de curiosités euclidiennes

 

La Ligne.

 

 Calcul zéro de la ligne (section sèche)

 

La ligne est infinie, sans largeur et sans épaisseur. C’est une succession de points sans masse. Ils sont invisibles ; seul, leur nombre les rend perceptible. La ligne est surface intangible et volume impalpable. Elle est un cube si on veut, ou un cône mais un cube ou un cône plat d’où l’origine est absente. Ce cube peut-être circulaire mais toujours comprimé. Il peut donner l’heure ou l’horaire des trains. Parfois, la ligne est coupée par des voies de traverses aussi minces et sans poids que le cube ligneux.

 

Il faut se méfier des lignes qui vont trop loin dans le flux infini. Il vaut mieux les arrêter dans leur élan. Les briser. En faire des éclairs, déterminer un pôle négatif et positif sur un champ aléatoire ou en faire des asymptotes. L’asymptote, justement, est  ligne en tant que formule du désir ou de l’action humaine. Car la ligne est aussi culturelle et en ce sens en voie de disparition. La ligne devient sous-ligne, lignoise, lignette, lignite, ligne insignifiante qui indique l’absence et le néant.

J’aime les lignes, car elles n’existent pas.

Elles sont impossibles.

 

On pourrait en parler à l’infini de la ligne infinie. On pourrait encore dire qu’elle ondule, qu’elle courbe en se courbant, qu’elle forme, informe et déforme, se moquant de ses ennemis, le temps et l’espace. Car contrairement à ce que l’on s’imagine habituellement, lorsque pris en en voiture dans les embouteillages, ou la nuit lorsqu’insomniaque, il vous arrive d’y penser, la ligne est au-delà du temps et dépasse l’espace. En cela, elle est avant tout est destin, carrée, losange ou rectangle, c’est selon. Objet de croyance, on ne vénère pourtant que des segments de droite, car, on le sait maintenant, elle est atypique, incertaine et problématique.

 

 

Indéterminée, source par conséquent d’angoisse pour certains qui voudraient en faire un être exclusivement mathématique, elle nous permet de vivre dans le conditionnel car la ligne, elle est partout sans jamais être nulle part, devant nous un moment, elle disparaît de notre vue, s’éloigne comme fuit l’horizon, à la vitesse de notre course. On n’aime pas les lignes pourtant on ne peut vivre sans : chacun trace au moins une ligne. Ou il en hérite. C’est toute un système juridique nouveau, des procédures originales qu’il serait nécessaire de voter afin de rendre efficace la puissance de la ligne. Car l’efficacité, c’est ce que nous voulons tous. La ligne, en ce sens, est indissociable d’un problème politique essentiel.

 

 

Tout cela pour  ne pas dire en fait ce peu de chose que notre sensibilité ne connaisse déjà : la ligne n’est pas dessin, vit sans matière, seulement le contour mouvant et sensuel, naissance et achèvement dune source instable, refus de la parenté, du centre et justement de la lignée. Elle est le contraire du narcissisme puisqu’elle n’existe qu’en toujours s’évadant d’elle-même. Voilà, on en arrive là, la ligne n’a rien de l’être, elle est toute existence.

 

La ligne, sans couleur et sans relief, s’épuise à vouloir être ce qu’elle est : un moment, la ligne est un moment hors du Tout (Eternité comprise).

 

Une ligne à haut coefficient métaphysique

La ligne, on aime ou on n’aime pas. Il n’y a pas d’entre deux, d’atermoiements vagues,  sûrement parce que la ligne est un prétexte facile, un pré-texte léger qui se laisse aller, fluide et continu, sans fatigue et surtout sans justification. La ligne s’affirme dans sa simplicité même. Elle ne signifie rien d’autres que ce qu’elle est. C’est pour cette raison qu’il y a des affinités avec la poire. La poire ne dit rien d’autre que ce qu’elle dit, ce qu’elle nous dit, ce qu’elle nous a dit, ce qu’elle nous dira.

La poire, la ligne, deux naïvetés composées.

Toutefois comme la parenté entre la géométrie et la nature est évidente pour tout un chacun, il est inutile de persévérer dans une voie qui n’apprendra rien à personne. Il nous faut revenir impérativement à la ligne. Car on n’y échappe pas, à ce moment sans durée et sans lieu.

Car il y a de la nécessité dans la ligne (nous aurons à revenir plus précisément sur ce point lorsqu’il nous faudra bien envisager le rapport intime qui unit ligne, nuage et nécessité) : Elle possède la nécessité du non lieu. Oui, encore une chose que l’on a jamais dite de la ligne, qu’elle est non-lieu, quitte de toutes responsabilités, libre de toutes les charges qu’on voudrait faire porter sur elle ; processus sans procès, on peut s’amuser d’elle et elle de nous.

C’est pourquoi elle se rapporte ontologiquement  au langage. En effet, la ligne est une parole sans fin. Par exemple : est-il nécessaire d’encore répéter que la ligne, c’est le jeu dansant des motifs et des occasions, des courbures du vivant et des intersections sèches, qui se coupent et se recoupent, des plans qui définissent ou qui occupent, des arcs fermes, stables, tendus et des tangentes, fines, distinctes et sans cercle. Non, bien sûr.

Et pourtant…

Il ne faut évidemment pas s’y tromper : il y a danger à faire le jeu de la ligne qui est d’abord, et surtout avant tout, hybridation, démultiplication, à la fois générée et générative, horde mobile et impérialiste, meute sautillante et régulière, mais aussi discontinue, spasmodique, erratique et nomade.  La conséquence est claire pour tous, depuis longtemps : la ligne a besoin d’un champ et ce champ est aléatoire. On dira : mais quel est ce champ ? Et pourquoi doit-il être aléatoire ? La question du champ dépasse en l’englobant celle de la ligne. La question du champ porte sur le support. La question du champ ne se pose pas pour l’instant, pas dans l’immédiat de l’instant en tout cas. On pourra, plus tard, si on veut, et uniquement si on le veut, dégager le problème du champ de l’embarras où il nous met. Quoiqu’il en soit, nous devons à cette fin d’abord en finir absolument avec la ligne (quoique champ et ligne soient de l’ordre de la réciprocité vague)

 A nouveau, la ligne nous contrarie et nous force à penser son au-delà comme sa condition.

En tout cas, si j’avais quelque chose à dire de la ligne, ce dont je ne suis pas vraiment convaincu, je dirai qu’on ne peut l’envisager comme frontière, comme une limite qui courrait entre ce qui s’achève et ce qui commence, ou entre ce qui s’achève et ce qui s’achève ou encore, même si on pousse un peu trop les choses, entre ce qui commence et ce qui commence.

Ne pas oublier : la ligne, c’est le dynamisme du vide.

En ce sens, elle entretient une relation honteuse avec les nuages, la nécessité ou la contingence, sujet de notre prochaine étude.

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administrateur théâtres

 12272966457?profile=original"Désapprenez à souffler la tristesse.

Soyez pareils au vent qui se précipite hors de ses cavernes.

Béni soit cet esprit de tempête , bon, libre et sauvage

qui souffle du sable aux yeux de tous ceux qui voient tout en noir.

Celui qui approche de son but, celui-là danse ! Dansons ! Dansez ! Danse !

Haut les coeurs, mes bons danseurs, haut plus haut encore,

et n'oubliez pas les jambes!

Le danseur n' a-t-il pas les oreilles dans les orteils ? (rires d'Anne-marie Cappeliez)!

Et mieux encore : sachez vous tenir sur la tête.

Ha ! Et n'oubliez pas non plus le Rire"

Friedrich NIETZSCHE

L' XL-THEATRE DU GRAND MIDI s’annonce comme un théâtre de création orienté vers les grands textes véhiculant de grandes idées… en vue de titiller les bonnes consciences, de bousculer les idées préconçues,  de situer le citoyen au centre de sa vraie place dans une société décadente en le critiquant, en le heurtant, en le déstabilisant, en l’instruisant (quelle prétention !), en l’amusant (quel plaisir !). Bernard Damien

Bref : un Théâtre libre d’esprit pour des esprits libres ? Considérons le Théâtre comme une arme de construction massive !
- 37 ans de Compagnie -

7a Rue Goffart 1050 Bruxelles 02 513 21 78

Ainsi parla Zarathoustra

librement adapté du poème épique de Nietzsche

réalisation / adaptation pour la scène Bernard Damien

production LE THEATRE DU GRAND MIDI

création aux FESTIVALS DU THEATRE SOUS LES ETOILES DE PROVENCE

reprise à L' XL THEATRE (Bruxelles) du 15 au 25 octobre

 

Zarathoustra Raffaele GIULIANI intemporel Petit Prince, Paul Francis BESSON Professeur d'université , Allemagne XIXème S, redingote sévère, Louise                     Anne-Marie CAPPELIEZ Professeur d'université, Allemagne XIXème S, redingote et jupe longue

Pour parodier Anatole France on a envie de dire que le bon metteur en scène est « celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre. »  Bernard Damien chérit cette œuvre depuis ses débuts de comédien au Rideau de Bruxelles dans les années 1970. C’était alors une version travaillée par Jean-Louis Barrault. Cycliquement, Bernard Damien revient vers cette œuvre de Nietzche avec sensibilité et humour pour la quatrième fois. Une œuvre qui fut malheureusement  récupérée par les nazis et  a donc été controversée  à juste titre.

  « Lève-toi, grand Midi », (c’est dans le texte et c’est aussi le nom du théâtre de Bernard Damien, cela ne vous aura pas échappé !)… et marche. Bernard Damien allonge donc  le pas et se dirige maintenant vers d’autres climats, et le Midi, bien sûr ! Trêve de bons mots, cette  dernière version de Zarathoustra insiste sur l’aspect solaire  et aussi dionysiaque de l’œuvre avec une très émouvante apologie de la Création comme raison d’être et  moteur de bonheur. Un moteur qui a dirigé la  vie de Bernard Damien et qu’il compte bien transmettre aux gens qui l’écoutent. Pourtant, les contradictions abondent : « Je ne m’adresse à personne et je parle à tout le monde… » et les aphorismes sont autant de pépites de réflexion : « Deviens qui tu es ». Mais les contradictions sont justement la fibre de la nature humaine !

12272966879?profile=originalRetiré dans la montagne depuis 10 ans, Zarathoustra se sent prêt à redescendre parmi les hommes pour partager avec eux les richesses de sa pensée. Notre homme, Raffaele Giuliani, marche à grands pas tout autour du plateau, tel un Gulliver chez les Lilliputiens. La technique ou l’imagination aidant, on pourrait le voir tourner lui aussi ce disque qui rappelle  les révolutions de l’astre du jour  mais qui est représentatif de notre globe terrestre. Zarathoustra rencontre un vieil ermite occupé à chercher des racines en forêt (Francis Besson). Au cours de leur bref échange, Zarathoustra se rend compte que le vieillard a consacré sa vie à Dieu. Or Dieu, selon lui, est mort. Donc il s’éloigne, de crainte de le priver du sens de son existence.  Zarathoustra développe une sagesse fondée sur cette capacité qu'a l'homme de vivre sans Dieu, de se dépasser sans cesse, donc de se sentir vivant et  accéder à une nouvelle nature, créée par lui,  celle du surhomme. C’est une philosophie de l’action et de  la création qui encourage les esprits libres à penser par eux-mêmes. 

12272967276?profile=originalUne  belle trinité de comédiens s’est investie dans cette œuvre de splendide solitude :  Raffaele Giuliani,  une exquise Anne-Marie Cappeliez et Francis Besson, Professeur émérite au Conservatoire de Bruxelles, 90 spectacles à son actif !  

 

Raffaele Giuliani est un  jeune comédien qui s’investit à fond dans le texte. Il a élaboré un  jeu enflammé et tourbillonnant  et fournit   une interprétation dramatique sans cesse renouvelée. Une application directe  de l’éternel retour ?  Il  incarne autant  une âme calme et sereine irriguée par la sagesse  qu’un lever de soleil au-dessus des montagnes, que le désespoir devant la stupidité des humains, que les débordements de vitalité et d’exaltation philosophiques, ou le sourire du sage égrenant avec finesse  ses maximes. Cyclique encore.   Le travail de plateau et de mise en espace  est particulièrement créatif. La gestuelle du comédien  et ses déplacements prennent les airs d’une  minutieuse chorégraphie. De cloué au sol dans la première scène, les bras en croix comme l’homme universel de Leonard de Vinci , il se retrouve à la fin, partie de trinité dynamique, debout et transfiguré par le bonheur du Rire salvateur !

 Le jeu des ombres et des  lumières, des clairs obscurs  et la scénographie contribuent à évoquer les notions de disque solaire, de terre ronde, de temps cyclique, d’éternel retour. Les costumes sont éloquents : des hardes de jute et  sac assorti, des sandales  et bâton de  pèlerin  pour Zarathoustra, des redingotes noires pour les masques qui bordent son itinérance. Le reste est presque physiquement  présent dans l’imaginaire : depuis la forêt,  les tours de la ville et le fil du saltimbanque, la foule, l’aigle, le  serpent, l’astre du jour,  la nuit étoilée, avec la merveilleuse voix d’Anne-Marie Cappeliez et … les vaches !  Un très beau flux sonore entoure cette lecture de Nietzsche si élégamment dramatisée. La diction des trois comédiens est d’un merveilleux classicisme et de grande beauté. Tout contribue à l’élaboration d’une véritable œuvre de dramaturgie qui fait de la philosophie une action théâtrale cohérente et fort  bien construite. 

"Ô soleil, grand Astre! Que serait ton bonheur si tu n'avais pas ceux que tu éclaires ?"

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Notes sur la création

Notes sur la création

 

 

Peter Handke et Jean-François Billeter

 

 

« C’est quelque chose qui m’est apporté comme par le vent, de l’intérieur ou de l’extérieur – ou les deux à la fois ? Je suis assez bien entraîné maintenant, depuis toutes ces décennies, si bien que je pense de façon concise. Ce que j’ai pensé, malgré moi, a une forme étrange, sans même que j’aie la volonté ni l’idée d’une formulation. Je le note, et cela me fait du bien. Je tombe parfois sur ces phrases comme sur des messages, et je me dis : “c’est curieux, il n’y a encore jamais eu cette forme ou cette figure de phrase. Ce serait dommage que ce que ce vent m’apporte soit emporté loin de moi” – et alors je le saisis doucement, sans l’emprisonner. » 
 
Peter Handke, Une année dite au sortir de la nuit, traduction de l’allemand par Anne Weber, Le Bruit du temps, 2012, quatrième de couverture. 


 

 


« Quand je m’installe au café le matin, je sais que je ne serai pas dérangé. Je pourrai suivre le développement de mes idées ou me laisser dériver en écoutant distraitement les conversations, laissant mes pensées libres de se rappeler à mon attention quand elles le voudront. [...] Ce qui m’importe, quand je m’installe ainsi, c’est de me sentir dégagé de toute obligation, même celles qui viennent de moi. [...] Quand j’atteins cette souveraine disposition, un vide se crée. De ce vide presqu’invariablement, au bout d’un moment une idée surgit. Je la note si le mot juste se présente [...] Ces moments délicieux de suspension, d’attente distraite, d’attention à rien – sont le départ de tout. Quand une idée va naître, il se produit un frémissement. Je concentre sur lui mon attention afin de la cueillir à l’instant précis où elle prendra forme, avant qu’elle ne se dissolve de nouveau ou ne se mêle à d’autres. Je dois être rapide, de peur que la perte ne soit irréparable – tel un héron qui attend au bord de l’eau, impassible, et d’un geste imparable saisit sa proie dès qu’elle fait surface 
Quand j’ai raté mon coup et que la pensée erre dans les parages, je reprends mon immobilité et j’attends qu’elle se présente à nouveau. Il arrive que la prise soit prématurée. Dans ce cas, je la relâche et j’attends qu’elle revienne mieux formée.  
 
Jean-François Billeter, Un Paradigme, Allia, 2012, pp. 7 à 9.

 

 

Ce billet a été envoyé par Poezibao

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administrateur théâtres

 Création : "L’encrier a disparu"de Daniil Harms

 Cela se passe dans la salle des voûtes du théâtre le Public.  La mise en scène est délirante : un mur de boîtes de déménagement, des  chausse-trappes, des couloirs, un labyrinthe kafkaïen en trois D. Une bande de personnages hétéroclites explose de cet Univers chaotique et changeant où il est difficile de trouver des repères, de vivre, de  se cacher de l’ire du groupe ou de  celle de l’autorité qui vous poursuit à chaque instant. Repli fœtal, chutes bruyantes, glissades vertigineuses, scènes de pauvreté et de misère sur fond d’atmosphère fantastique. Voilà l’univers brutal, oppressant  et morcelé de Daniil Harms qui déboule sur scène avec  Bernard Cogniaux comme maître d’œuvre.

Il faut accepter de ne rien comprendre à l’intrigue. Y en a-t-il une ? Se laisser happer par la libre dynamique du spectacle qui ressemble plus à un ballet qu’à une comédie, même grinçante. Une danse macabre au style décalé en diable qui piétine le système. Une mosaïque d’histoires cyniques, farfelues et inachevées défile sous nos yeux comme emportées par un fleuve immense. Celui de l’histoire sombre de la Russie de Staline ?

Panta Rei. Tout coule, fort heureusement, comme l'encre quand elle est là, c’est le seul espoir pour des temps meilleurs. Il faut sans doute s’accrocher à la moindre planche de salut, survivre, muselé, avec ou sans encrier, tout en dénonçant de façon insidieuse les abus, les incohérences du régime, les injustices flagrantes. C’est ce que font muettement ou à force de cris les six comédiens survoltés dans leur pantomime acérée et féroce. Sans cesse broyés, ils se démènent et changent  de costume à une vitesse fulgurante, au nez et à la barbe d’une carpe d’or géante qui jamais ne se laisse prendre. Le bonheur est difficile dans la Russie des Tsars à nos jours ! Carpe Diem, est-ce possible ?  

Le monde de Harms est imprévisible et désordonné, ses personnages répétant sans fin les mêmes actions ou se comportant de façon irrationnelle, des histoires linéaires commençant à se développer étant brutalement interrompues par des incidents qui les font rebondir dans des directions totalement inattendues.

Son travail doit être replacé dans le contexte de l'Oberiou (Association pour l'Art réel), un courant littéraire et philosophique du modernisme russe dont il a été l'un des fondateurs. « Harms et d'autres écrivains ont fondé le mouvement OBÉRIOU œuvrant, comme le dadaïsme ou le surréalisme, à la recherche de formes artistiques entièrement nouvelles et libérées des anciennes conventions. Ce mouvement aux aspirations progressistes et anticonformistes fut violemment réprimé par la montée du stalinisme. Harms laisse une œuvre encore et toujours audacieuse, non conformiste, légère et libre, absolument! Un spectacle de bruits et de fureur pour tous les fous de la vie. »12272856057?profile=original12272856289?profile=original

Il fut accusé d'activités anti-soviétiques et exilé à Koursk en 1931. Il fut arrêté à nouveau pendant le siège de Leningrad le 23 août 1941 et interné en asile psychiatrique où il mourut, à 36 ans. Considéré comme un ennemi du régime stalinien, Harms ne put publier de son vivant que deux textes[: l'essentiel de son œuvre fut diffusée clandestinement. Il fut réhabilité en 1956, mais longtemps, seules ses poésies pour enfants furent republiées en URSS, à partir de 1962[. Son œuvre est aujourd'hui appréciée en Russie et a été traduite en de nombreuses langues. (source : Wikipedia)

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=318&type=1

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Un (de) trop

Je vous tirerais bien mon chapeau ou encore ferais-je volontiers une révérence mais je n’ai pas de couvre-chef et ma jupe est bien trop courte.
Autant vous prévenir, vous pouvez utiliser l’expression qui vous sied le mieux : s’en foutre, s’en cogner, n’en avoir cure, s’en balancer, ne pas s’en soucier, s’en branler, s’en moquer, s’en torcher, où que sais-je encore, elle s’applique à moi. Les autres ne m’intéresse guère. Et bien oui, je l’avoue volontiers, je suis blasée, indocile, désagréable, acariâtre, asociale, carrément méchante, jamais contente, sadique, intolérante et je caresse le doux rêve du génocide à critère intellectuel. La foule, le peuple, les esprits dépourvus d’esprit critique… Rien ne m’horripile plus. Comme il semble que cela soit la mode, de nos jours, de ne plus faire preuve de discernement, je préfère m’intéresser à ma petite personne. Cela m’évitera, vous en conviendrez, bon nombre de déceptions et désappointements.
Mais enfin… Que faire, me direz-vous, de la compassion, de la philanthropie, de l’indulgence, de l’altruisme, de la noble charité ? L’humanisme dans toute son essence !
Miséricorde ! Ce serait avec plaisir mais… Non merci. J’ai trop mangé.
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administrateur théâtres

Prix d’excellence pour Notre Dame de Paris, d'après Victor Hugo au théâtre du Parc, janvier 2022

 

Le directeur du magnifique théâtre Tristan Bernard à Paris avait  décidé de présenter le spectacle de Thierry Debroux, Notre Dame de Paris d’après Victor Hugo,  du 7 mars au 30 juin  2020. Ils ont pu  jouer trois petits soirs, et puis … l’épidémie de Covid a  foudroyé toute  la  beauté de ce magnifique travail de transmission !

Enfin,  voici que  le 13 janvier 2022, après une longue errance à travers  les aléas du drame sanitaire mondial,  le spectacle revient sur les planches du théâtre Royal  du Parc à Bruxelles  et c’est un véritable triomphe. Musical, visuel et théâtral. 


Le texte, Notre D(r)ame, publié  aux éditions Lansman,  est  inspiré par la terrible catastrophe de l’incendie de Notre Dame du  16 avril 2019.  L’hubris démesuré de l’homme moderne fut incapable d’empêcher la  toiture, la charpente et la flèche conçue par Violet Leduc de se transformer en  brasier. Restaient seulement le désespoir des pierres,  les voix effarées des gargouilles et des chimères de la cathédrale  dont  Thierry Debroux  semble avoir pu surprendre les  mystérieuses conversations et les craintes d’une reconstruction hâtive.

 L’univers  imaginaire inventé par l’auteur est magique: les époques conversent ensemble comme si elles étaient au paradis. Le temps est  dilué, l’immortalité de l’œuvre de Victor Hugo et  de la Cathédrale, se confondent avec une histoire d’amour  contemporaine d’une jeune danseuse hip hop en mal d’amour, prête au suicide et qui n’a jamais entendu parler de la Belle Esmeralda. L’œuvre de Victor Hugo bondit  sous les yeux de la  vivante cathédrale qui trône au centre du plateau : on se gorge d’émotions à chaque tour de la cathédrale sur elle -même, entendez, chaque fois que  l’une de ses façades égrène heures et jours différents.  Non sans rappeler les façons de Monet, le  grand maître des lumières impressionnistes. Ah quelle superbe rosace!

Dans une harmonie à tomber, les comédiens jouent dans la joie, avec une énergie décuplée par les privations subies depuis deux ans. On assiste à une espèce de renaissance sur ce plateau où ils se montrent franchement éblouissants.

Comme si, l’espace d’un spectacle, on pouvait jusqu’à oublier la pandémie.

Les changements de scène se font sans le moindre bruit, ils sont d’une fluidité remarquable et de même pour les passages entre le jeu et le narratif. On se trouve au cœur de l’art vivant.  Prenez le mouvement imprimé à la corde qui meut la cathédrale, ne fait-il pas  fait penser à des gestes de batelier ? Ne  sommes nous pas, à Paris ou à Venise,  tous sur une nef des fous?  A moins que l’on soit plus d’humeur à y voir le mythe de Sisyphe.

Un art consommé de la concision et de la polysémie  anime le créateur.  L’œuvre fleuve de Victor Hugo  se retrouve exposée en 1H25 SANS ENTRACTE. Tout y  est.  Oui, on est  gratifié d’un authentique  élixir de magie théâtrale.

  D’un côté, il y a le peuple de pierres séculaires, les chimères de Violet Leduc, avec  le dénommé  stryge, le « démon pensif », sous l’apparence d’un buste de femme oiseau aux yeux en escarboucles, et de l’autre les antiques gargouilles du Moyen-âge gothique. Ces impressionnantes marionnettes se font la conversation avec les voix des personnages principaux. Didier Colfs papillonne entre le détestable  prêtre lubrique Claude Frollo, le Stryge, un rat de la cour des miracles, un juge répugnant, et … un quidam de la foule des manants.  C’est un bouleversant Stéphane Fenocchi qui s’empare du personnage monstrueusement attachant de Quasimodo, il  fait la gargouille 23, se mue en corbeau maléfique avant de  rejoindre lui aussi  lui aussi la foule. Le vaniteux Phoebus, sous les traits de Mickey Bicar, se transforme en gargouille 52 , ramasse les oripeaux de Clopin Trouillefou et fait un innommable avocat de la défense qui ne trouve rien à dire.   Enfin, Marc Laurent,  le Poète Gringoire en grand échalas égaré dans la cour des miracles se glisse dans la gargouille 37 – allô mademoiselle 36-37, votre prénom c’est bien Juliette –  avant de tomber pour la très radieuse, l’incomparable Marie Phan qui  a accepté de jouer le rôle stupéfiant d’Esméralda, avec son adorable chèvre, ton sur ton avec ses jupes de bohémienne. L’énergie de ce spectacle est au zénith,  vous fait un bien fou et vous raccommode avec toute la tristesse du monde.


Dominique-Hélène Lemaire pour Arts et Lettres , le 878e billet culturel depuis la création du blog

 

Du 13 janvier au 12 février 2022

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles

thttp://www.theatreduparc.be
info@theatreduparc.be
+32 2 505 30 30

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