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Publications de Deashelle (971)

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TOUTOU ! Du 18 avril au 4 mai ! A la comédie Claude Volter
Vous avez un animal domestique,
Vous l’adorez bien sûr,
Vous le cajolez,
Il est l’ami le plus fidèle de la famille,
Et s’il vous arrivait de le perdre, que se passerait-il ?

Tout, tout est parti de là : Z-avez pas vu Mirza ? Ce n’est pas Mirza, mais le chien Toutou, qui s’est volatilisé. Son maître, Alex, prof de philo, distrait par sa conversation avec la voisine n’a pas vu l’animal allergique à la laisse, se barrer en douce pendant la promenade vespérale obligatoire. Difficile de trouver un mensonge crédible pour couvrir le crime ! Au retour, le maître (Daniel Hanssens) très penaud en apparences, déclenche un tsunami qui va ravager le couple sans enfant.  Une première dispute éclate à propos de l’avis de recherche qu’ils vont afficher dans le quartier : « - Un grand chien miel, - non gris ! -  non, gris-miel ! »Toutes les suppositions les plus folles vont défiler quant à la motivation de l’animal en fugue. Effet papillon : la vie de couple d’Alex et de Zoé va s’écrouler de A à Z car les voilà subitement privés de leur tiers favori, leur catalyseur  empêcheur de disputes. Voilà la jalousie qui prend racine, les fantasmes du mari cabotin qui ravagent le cœur de l’épouse sur le qui-vive, le passé houleux qui revient !

C’est l’excellente comédienne Laurence d’Amélio qui joue Zoé, cette femme de terrain extrêmement féminine, mobile et versatile, exquise dans ses postures, ses regards assassins, ses volte-face et ses silences songeurs.  Heureusement, voici bientôt un autre tiers, leur ami commun Pavel (Pierre Pigeolet, superbe comédien) qui débarque chez eux en plein milieu de la nuit. Il est revenu de Rome où il a construit un hôpital et semble avoir paumé ses clefs d’appartement. Quiproquos savoureux, colères alternées, désespoir, reproches mutuels et surtout les frustrations d’une vie commune font alors gaiement surface. Et l’amitié dans tout cela ? Tensions, non-dits, griefs conjugaux s’accumulent. Après tout, est ce qu’Alex aime vraiment Toutou ? Tout, Tout est vraiment chargé d’histoire. Qui aime qui ? C’est le grand déballage, jusqu’à la remise en question du couple. Le linge sale que l’on ne lave, soi-disant, qu’en famille, est lavé devant l’ami Pavel totalement ahuri, pris tour à tour …à témoin et à partie.

Pavel était lui aussi en Roumanie dans leur jeunesse et va raviver ces anciens secrets si bien évacués pour la paix des ménages. Deuxième vague d’affects qui partent tous azimuts, encore plus destructrice que la première. Contraste comique : le tout se joue dans un décor très élégant d’un appartement du 16e, nul doute, dans les tons miels et bleu serein. Le panier du chien anthropomorphe reste tristement vide malgré les oraisons et litanies désespérées des propriétaires en crise existentielle majeure. On vous laisse découvrir la fin, la clé est évidemment cachée dans le trio. La pièce est, elle, du plus grand brio théâtral !

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Distribution éblouissante :
Mise en scène : Daniel Hanssens et assistanat d'Anais Tossings Otten
Avec Laurence d’Amélio, Daniel Hanssens et Pierre Pigeolet.
Décors : Francesco Deleo

www.comediedebruxelles.com

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administrateur théâtres

Du théâtre de Boulevard, typiquement parisien, dernière pièce dans la programmation Paris-théâtre du centre culturel d'Audergem. "Une semaine . ..pas plus." à l'affiche, pour une semaine seulement,  jusqu’au  28 avril.

Rendez-vous l'année prochaine pour un nouveau cycle!  Dès le  14 octobre avec la comédie de Boulevard de Nicolas Poiret et Sébastien Blanc : "MEME PAS VRAI !"

"Une semaine ...pas plus! "  est une pièce écrite par un jeune auteur parisien : Clément Michel qui s’est accordé le premier rôle de la pièce:  Paul !"

Une comédie de Clément MICHEL – Avec Sébastien CASTRO, Maud LE GUENEDAL et
Clément MICHEL – Mise en scène de Arthur JUGNOT.

 

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Délassant mais pourrait être plus spirituel...ou comment l'esprit vient aux hommes!  

 

12272892297?profile=originalUne histoire fort basique dans un décor tout aussi basique. Un intérieur sans atmosphère entre le bureau et le studio de célibataire. Paul au téléphone avec Martin (l'excellent Sébastien Castro) se plaint de sa relation avec Sophie qu’il ne peut plus voir en peinture après quatre mois de cohabitation. Elle est pourtant enveloppante, gentille et sympa. Trop parfaite sans doute, à part la voix, il la voudrait avec des failles pour se sentir mieux !

Mais il lui manque cette composante masculine essentielle, en totale voie de disparition qui se nomme Courage. Pour la faire fuir, il propose un break, un ménage à trois temporaire avec Martin, au fallacieux prétexte que la mère dudit Martin serait subitement morte, sûr que ce genre de cohabitation ne peut que faire voler les relations en morceaux !


De violents quiproquos se construisent sur des incompréhensions grosses comme des baleines. Lors de l’expérience, non seulement Martin se montre sous des dehors d’homme idéal : respectueux, attentionné, discret, cuisinier et bricoleur joyeux, excellent créateur d’atmosphère. Sophie adore la paupiette de saumon à la mozzarella avec un filet… de jalousie bien sentie de la part de Paul. On vous laisse imaginer la suite : les retournements où elle voudra, ainsi que le scénario le prévoyait, quitter Paul, pour des raisons évidentes.

Mais, effet miroir humoristique, elle n’a pas cette composante féminine  essentielle, en totale voie de disparition qui se nomme Cruauté ! Comique de punching ball en sous-titre d’accidents catastrophiques de camions qui écrasent tour à tour épouses, mères et épouses-mères! Si l'écriture s'avère relativement efficace, l'élément déclencheur de cette copieuse piperade de discours hypocrites et de mensonges paraît bien mince pour engendrer l’adhésion du spectateur obligé de supporter nombre de propos inutilement scatologiques. Probablement que l’idée de départ de la pièce était aussi un peu faiblarde.
Dommage pour des comédiens talentueux qui rivalisent de savoir-faire comique. Certains spectateurs se sentiront même peu empathiques à cause de la voix grinçante prise par la comédienne. Une note satyrique bienvenue émerge cependant de ce vaudeville : l’infantilisation chronique du mâle et la victoire solitaire de la femme totalement maîtresse du jeu.

http://www.ticketnet.be/fr/manifestation/idmanif/6692/idtier/289298#

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administrateur théâtres

12272889873?profile=originalDans toute situation le malheur ne donne aucun droit sur la vie des autres

12272890268?profile=originalVoilà. Il y a cet étage par-dessus un jardin de ville invisible, les rideaux bougent, les locataires observent ce qui se passe chez les gens d’en-dessous. Ils entendent des bruits alarmants  La violence de becs d’oiseaux essayant de s’extirper d’un puits ou d’une cheminée, selon Bob? Un voisin esseulé et bienveillant ( interprété par  le formidable Tony D'Antonio) qui n’a plus la garde de ses enfants, envoyés à l’Assistance lors de la rupture de son couple.  Il y a la vieille voisine omnisciente, au surmoi démesuré, qui commente ses minutieuses observations à longueur de journée et ne veut pas se mêler des drames qui se jouent à ses pieds. C’est  la merveilleuse Jacqueline Nicolas qui endosse ce terrible rôle.  « Au nom de quoi » devrais-je intervenir ? Pourtant rien ne lui échappe : la violence conjugale, l’aveuglement érotique de la mère, la souffrance très probable de Sharon,  3 ou 4 ans. Une gosse taiseuse qui refuse de manger et de dormir. Sait-elle seulement parler?    D’une indifférence percutante à la souffrance de l’autre,la voisine  referme sa porte. Son histoire personnelle l’empêche de voir la réalité.   Le balcon d’où  ces êtres  lâchent leurs confessions, ressemble à s’y méprendre à la barre d’un tribunal!

12272890489?profile=originalL’intérieur des gens d’en-dessous est noir corbeau : des chaises de cuisines, à la toile cirée, au sofa où le couple primaire s’ébat mécaniquement et sans vergogne. La jeune femme a tout de la simplette du quart-monde, le compagnon a tout du camionneur paumé et  imbibé d’alcool.  Isolement, absence totale de communication, seules les pulsions ont la parole avant  le passage à l’acte. De symboliques masques de singe hantent les lieux, sous forme de loubards pour bien plomber l’atmosphère, et d’un tag qui semble dire: ne rien voir, ne  rien entendre,  ne rien dire. Rien à signaler.  Le titre de la pièce anglaise  « Getting Attention»  est doublement  chargé  de sens : C’est l’enfant que l’on ne voit jamais qui est l’acteur principal de cette pièce. Il essaie par son comportement d’attirer l’attention, mais il est caché par ses « gardiens toxiques » et n’a pas droit au regard des autres. Il dérange ce couple bancal, il encombre la jeune  mère (Valérie Lemaître), il est dans le chemin de l’amant ( Denis Carpentier). Et tous deux de retourner de façon infantile à leurs propres pulsions, négligeant d’abord, maltraitant ensuite cette enfant silencieuse que tout le monde a vu s’amuser à  manger de la terre. And Nobody pays attention. L’auteur, Martin Crimp, nous  implore  de ne pas être complices de la souffrance.

12272890672?profile=originalUne assistante sociale très bien campée par Bernadette Mouzon dans son costume cool est la seule personne qui pourrait dire STOP! Elle  essaie bien de s’affilier au couple meurtrier lors de ses timides visites, mais elle n’arrive jamais à établir la confiance et n’arrivera pas à rencontrer l’enfant encore vivant. Comment peut-elle croire qu’une enfant de 4 ans s’enferme à clef? Elle aussi semble être isolée ou aveugle et incapable de poursuivre plus avant  ses pauvres recherches.  Tout comme certains policiers qui passent juste à côté d’une cave où seraient retenus des enfants prisonniers.

L’intensité du jeu des acteurs est absolument poignante dans cette mise en scène de George Lini.  La justesse de ton est au rendez-vous et la traduction ne fait pas souffrir le texte. La fiction théâtrale se mue progressivement en choc avec une réalité sociale pas bonne à voir. Le couple immature, la vielle voisine, le voisin solitaire, l’assistante sociale jouent tous à merveille, tant sans doute, l’équipe théâtrale est unie et  imprégnée par son sujet.  Il faut dire que la structure de la pièce de Martin Crimp  est redoutablement  intelligente, puisque jamais l’enfant ne paraît. Georges Lini tire fort adroitement  parti du texte pour user de regards, de silences, de  lourds sous-entendus, d’explosions verbales,  de non-dits afin de permettre au spectateur bouleversé  de former dans son esprit les images de l’horreur.   Tout se déroule avec le sordide fatalisme des films de Ken Loach. L’étude extrêmement lucide de la situation est sans appel. Une situation qui par ailleurs est totalement banale aux dire des pédopsychiatres, la place de l’enfant dans notre société pose réellement  encore question. Que couvrent involontairement médecins, famille, écoles, voisins et au nom de quoi ? Le message est banal lui aussi, mais urgent: il faut à tout prix rompre l’isolement, oser prendre le parti de l’enfant, alerter les services d’accompagnement (plutôt que la justice) pour donner une chance au lien parent-enfant de  pouvoir se reconstituer.12272891088?profile=originalRIEN A SIGNALER Titre original : Getting Attention

Du 16 avril au 11 mai 2013 à 20h30 au théâtre de Poche

 

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administrateur théâtres

 Signez "Non" au déversement du flux télé du Concours  Reine Elisabeth sur Musiq3

URL Courte : https://12827.lapetition.be/

Une pétition qui intéresse l' Art et  la culture :  Le Reine Élisabeth de Musiq3, c’est fini !


La RTBF a décidé sans concertation que pour la finale du concours, il n’y aura plus de commentaires distincts en radio et en télévision.

Dorénavant, seuls les propos télévisés seront diffusés sur tous les supports.

Et c’est la fin de Musiq3 en tant que média spécifique du Concours !

http://www.lesoir.be/212001/article/culture/medias-tele/2013-03-21/hadja-lahbib-presentera-reine-elisabeth-2013

Après la viande de cheval qui se fait passer pour du boeuf, voici le son de la télévision étiqueté « c’est de la radio ! »

• De qui se moquent les responsables du service public culturel francophone?
• Pourquoi ont-ils si peu de respect pour leur/notre outil ?!
• Si peu de respect pour le métier artistique des techniciens, des réalisateurs et des présentateurs de la radio? Jusqu’à virer du jour au lendemain certains de ses collaborateurs contractuels sans considération des engagements pris.

Alors que se prépare l’événement-phare belge et international qu’est le Reine Élisabeth, voilà qu’on lui ferme les micros pour la finale? « Ôte-toi de là que j’my mette! », décrète la télé. 
Pour des raisons d’économie. C’est incroyable.

Musiq3 n’est pas de la télé sans image, c’est une radio.
La musique ne peut pas se laisser faire.

Nous, mélomanes des musiques classiques, jazz et contemporaines, 
Nous, minoritaires en audimat mais qui avons les mêmes droits que les téléspectateurs de jouir des médias que nous avons choisis et faits nôtres,
Nous, qui existons dans la société et qui apportons notre part active dans la vie culturelle de la cité,
Nous, qui payons le Service Public pour ce qu’il est et devrait être,
Nous n’acceptons pas que la direction de la RTBF nous fasse prendre des vessies pour des lanternes et de la télé pour de la radio.

Rendez-nous notre radio !

On se pince à devoir rappeler quelques évidences aux professionnels qui pilotent nos médias nationaux :
• Les commentaires de télévision sont conçus dans le cadre d’une image
donnée, dans des temps contraints et complètent un programme considéré
comme un tout.
Alors que la parole-de-radio constitue un tout en soi et génère par elle-même les images mentales chez les auditeurs.
• La parole de télé est tributaire des exigences de ce média:
-commentaires d’une image que les auditeurs de radio ne voient pas, par définition (vu que c’est leur choix d’écouter la radio),
-présence d’images qui ne sont pas toujours liées au sujet (jamais en radio).
• Le réalisateur de télévision privilégie logiquement l'image par rapport au son, et mixe le son en fonction de cette image. Donc le son que restitue un poste de télévision est traité différemment avant diffusion, pour «calibrer» le son sur ce qu'on voit. 
Ce n’est pas le cas en radio (mais on nous a informé que le son musical de Musiq3 serait bien le son « de radio »).

Les présentateurs choisis pour la finale, des professionnels que le public aime bien, ne sont pas en cause. 
Mais la télévision est un média « grand public » cherchant légitimement à bien vulgariser et à satisfaire le plus grand nombre. 
Les auditeurs de Musiq3 seront, eux, privés des commentaires pointus développés dans la durée par différents spécialistes, et auxquels tout aussi légitimement, ils ont droit.
Non, tout ne se vaut pas!

Quelles autres émissions se verront ainsi « télé-déversées » dans Musiq3 ?
Est-ce la suppression de la chaîne qui est programmée ?

Musiq3  soutient la vie musicale de notre pays. 
Notre chaîne n’exclut personne, quiconque veut l’écouter est le bienvenu. Elle est seulement différente des autres chaînes ... et de la télé — à chacune sa spécificité.

Ce qui se passe ici va dans le sens du nivellement généralisé auquel, tant bien que mal, Musiq3 résiste. L’attaque par la direction — oui c’est une attaque — est «facile» parce que Musiq3 est une petite chaîne. Il y a là quelque chose d’absolument scandaleux puisque s’exerce sans régulation la loi du plus fort.
Or, c’est précisément parce que Musiq3 est une petite chaîne originale qu’il faut la défendre.

Nous voulons que soit respectée la spécificité de notre radio. Il faut annuler cette invention et retrouver la variété des commentateurs spécialisés de Musiq3 parlant non face à un objectif mais devant leur micro de radio.
Ceci est une manifestation de défense d’une des rares radios francophones belges où l’on se donne le temps de développer un propos et où il n’y a pas de pub.

C’est aussi une question de résistance philosophique: la radio est le dernier bastion de l’oreille. Il nous faut la défendre *à ce titre*.

Alexandre Wajnberg
Chroniqueur scientifique à Musiq3, musicien et aussi auditeur.

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administrateur théâtres

                                  Le mystère Sherlock Holmes de Thierry Janssen

 

 

                     12272891498?profile=original L’imagination au pouvoir, le pouvoir de l’imagination. Il semblerait que Thierry Janssen, comédien dans la pièce, ait tout le loisir de devenir un véritable Holmésien depuis qu’il nous a livré son  pastiche apocryphe du vénéré Sherlock Holmes écrit spécialement pour la circonstance.  Il  a  en effet accepté d’offrir au théâtre du Parc  une nouvelle production spectaculaire dans sa programmation 2012-2013, aussi  réussie que le «Tour du monde en 80 jours » de l’année précédente. Ici, non seulement l’ingénierie  fantastique des décors fascine le spectateur, mais un texte bardé d’humour et de parodies savoureuses vous tient en haleine, malgré quelques passages un peu enchevêtrés. Voici Sherlock Holmes à la recherche du temps perdu. Le voici bientôt comme un enfant lâché dans une forêt magique, Petit Poucet (!) à la recherche de ses racines, vaillant combattant de la monstrueuse figure paternelle, nostalgique absolu de l’amour maternel. Ainsi en décidait la très sévère éducation anglaise d’antan.

                   « Te crois-tu assez courageux pour vaincre tes propres démons? » demande Violet, la mère de Sherlock Holmes. Toute la question est là.            

                    12272892896?profile=originalEntendez: drogues hallucinogènes aidant, nous assistons à une enquête mi-psychanalytique, mi-policière à propos de l’enfance du héros immortel. Voici un univers palpitant et symbolique - Maeterlinck notre prix Nobel de la littérature doit se retourner de jalousie dans sa tombe – fait d'atmosphères envoûtantes. Une île maudite prise dans les brumes, sise sur la Bouche des Enfers, bientôt cernée par les glaces à laquelle on accède à l’aide d’un passeur encapuchonné d’un sinistre manteau qui fait froid dans le dos lorsqu’il tend la main pour recueillir son obole. Le château macabre d’où fusent les incantations étranges de rituels sataniques ouvre ses grilles sur des scènes d’Alice au pays des Merveilles avec le Chapelier fou qui s’amuse à servir le thé. Les mets sont empoisonnés. Le gâteau aux carottes est la  madeleine de Proust. Des passages secrets mènent droit aux Enfers débordants de flammes dévorantes. Un violon ensorcelé ou des salves de révolver aident à la concentration de l’illustre enquêteur.

                   12272893068?profile=original Le crime, le sang, la vengeance, la jalousie mortelle : tout est fait pour terroriser et pour plaire à un public friand de mystérieux et de macabre. Les surprises de la machinerie du décor déferlent dans un rythme infernal, « à en avoir la chair de poulpe » selon le mot de l’inspecteur Lestrade, qui se gorge de lapsus drôlatiques. Mr. Lewis Carroll est l'ex-professeur de littérature du jeune Richard Blackmore, le jeune comte infortuné qui n’a jamais grandi suite à un violent traumatisme. La comtesse Margaret Blackmore, sa mère, épouse du défunt Arthur, cache  un passé inavouable. Poignards et squelettes se poursuivent, les cadavres disparaissent. Le fantôme du père de Holmes erre sur la lande...  Oswald, le majordome rondouillard flanqué de son Cerbère de toutou se retrouve sans tête. Surgissent des animaux chimériques faits de poil, plume, corne et écailles.... et même des allusions au Docteur Jekyll et Mr. Hide.

                      Le théâtre ainsi conçu s’empare voracement  de votre imaginaire, que vous le vouliez ou non. Les jeunes et très jeunes adorent. Les moins jeunes se disent que l’accumulation de procédés a un côté satirique très désopilant.12272892683?profile=original La scandaleuse Irène Adler se transforme en médium lascive et intéressée et Lestrade de  Scotland Yard n’en a pas fini de jalouser l’intelligence du grand Sherlock Holmes qui possède cette mémoire étonnante et cette logique tellement prompte  et … intuitive. Mais Sherlock Holmes doit soudain affronter le déferlement de ses émotions. « Tous ces souvenirs m'empêchent d'y voir clair. Je ne sais plus qui je suis. » Le voilà enfin humain! Grande innovation!

                     On adore Watson, son agilité de cabri, sa bienveillante patience et son amitié indéfectible, car Sherlock Holmes est plutôt rugueux malgré ses apparences de Dandy : « Seule la logique vous sauve de l’ennui». On peut presque comprendre l’irritation chronique devant tant de suffisance, de Lestrade l’enquêteur  méthodiquement jaloux de Sherlock Holmes et dépourvu d’imagination. … Elémentaire, mon cher Watson !

                      L’aventure de la création de ce spectacle a dû être une  véritable épopée pour l’équipe théâtrale au complet  où l’imaginaire de chaque participant a pu s’ébattre en toute liberté sous les conseils judicieux de l’illustre  metteuse en scène Jasmina Douieb. Cela se sent dans la production qui fourmille de splendides costumes, de  surprises bouillonnantes, de références irrévérencieuses, de clins d’œil et d’humour. La musique de Peer Gynt suggère le cadre d’une légende où le fils quitte sa mère pour aller à l’aventure, les coups de tonnerre et les éclairs sont de la partie ainsi que les musiques d’épouvante, car tous les éléments participent à ce pandémonium savamment orchestré par … le Diable  lui-même.  Un feu d’artifice théâtral fracassant QUI FAIT EXPLOSER L'IMAGINAIRE.

Du 18 avril au 18 mai 2013

http://www.theatreduparc.be/

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administrateur théâtres

KARL MARX, LE RETOUR

Howard Zinn

Cie Peg Logos

Du 19/04 au 25/05/2013

 

12272888677?profile=originalKarl Marx était censé être mort et enterré. Avec l'effondrement de l'Union soviétique et le Grand Bond en avant en Chine dans le capitalisme, le communisme s'est évanoui dans la toile de fond pittoresque des films de James Bond ou dans les mantras déviants de Kim Jong-un. De toute façon Karl Marx, qui nous a observés du haut du paradis,  n’a jamais cautionné les dérives dictatoriales et sanguinaires des leaders communistes d'états policiers. Marx pensait que le conflit de classe  déterminait le cours de l'histoire. Ce conflit  a donné  dans la seconde moitié du 20e siècle toutes les apparences de se dissoudre dans une ère de prospérité du libre-échange et de la libre entreprise. Le capitalisme semblait être l'accomplissement de sa promesse - celle d'élever tout le monde vers de nouveaux sommets de richesse et de bien-être. C’est ce qu’on croyait.  Mais si on ouvre un peu les yeux on doit constater avec Marx que l'accumulation de richesse à un pôle est en même temps l'accumulation de la misère, la pénibilité du labeur, l'esclavage, l'ignorance, la brutalité, la dégradation mentale, au pôle opposé.

12272888889?profile=originalConstat : la formidable puissance de la mondialisation, en reliant les coins les plus reculés de la planète, pousse l'obligation lucrative  à des extrêmes qui rendent les mêmes, toujours plus riches et la grande majorité des autres toujours plus pauvres… C’est ce que nous présente  le formidable comédien Michel Poncelet dans une création théâtrale originale sur laquelle il travaille avec le metteur en scène Fabrice Gardin depuis deux ans. Le texte nous vient des Etats- Unis : « Marx in Soho, a play on history ».  Elle est de la plume d’un certain Howard Zinn, auteur d’une histoire du peuple américain. Celui-ci s’est plu à imaginer le retour dudit  Karl Marx sur terre - disons, que le Christ était lui-même trop occupé - pour répandre à nouveau sur notre planète des idées de justice, de dignité humaine et de compassion.

Revoilà Marx, vif comme l’argent, qui débarque avec sa malle de souvenirs et d’observations lucides à Soho, …New-York. Howard Zinn décide de « mettre en scène cette autre facette de Marx : le passionné, le révolutionnaire engagé. La pièce que j'écrivis avait pour protagonistes Marx, sa femme Jenny, sa fille Eleanor, son ami Engels et son rival politique Bakounine. »  C’est l’occasion de raconter sa vie précaire avec sa famille exilée à Londres, après avoir séjourné à Paris et à Bruxelles,  son analyse percutante de la société d’alors … et de maintenant, et sa passion contagieuse pour le changement. Un spectacle totalement dynamique, hilarant et fort instructif. Vous vivrez sa vie quotidienne avec ses proches dans la misère de Soho à Londres, vous  vivrez la Commune  de Paris en 1871, le climax de cette création théâtrale. Vous vous laisserez embarquer sur la vague d’espoir qu’il suscite.  « Un moment viendrait où le prolétariat exploité s'organiserait, se révolterait, prendrait le pouvoir et utiliserait le progrès technologique pour satisfaire les besoins humains et non pour enrichir la classe capitaliste. » Il est possible d’imaginer une société sans exploitation, où les gens se sentiraient en accord avec la nature, avec leur travail, avec les autres et avec eux-mêmes.

 

12272889260?profile=originalLes prolétaires du monde entier sont de plus en plus en colère et exigeant leur juste part de l'économie mondiale. « Indignez-vous » devient le maître mot, celui du  ralliement pour des lendemains qui chantent. Michel Poncelet est en ébullition, campe admirablement le personnage dans son costume recréé à l’identique de celui de Karl Marx. Les deux hommes se fondent à s’y méprendre, barbe y compris. Une très brillante performance, fort efficace qui convaincrait les capitalistes les plus endurcis!

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/atelier/piece6.html

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administrateur théâtres

12272887672?profile=original© R. Capa, copyright 2001 by C.Capa / Magnum Photos / Reporters

Des Jours et des nuits à Chartres              

                de Henning Mankell              

                mise en scène Daniel Benoin

 

 

Coup de chapeau ou plutôt de béret basque, à la  mise en scène de Daniel Benoin  et aux décors très élaborés de la pièce de  Henning Mankell (vous avez peut-être lu « Les chaussures italiennes »)  qui décide d’approcher sans vergogne, puisqu’il est suédois, le sujet tabou de la collaboration de la France en guerre de 1940 à 1945. Celui des « épurations » en  46, 47… car il faudra de nombreuses années avant que les deux Frances se réconcilient.  Il faut plusieurs générations pour que le traumatisme de la tonte d'une femme s'estompe, jugé parfois plus grave que celui du viol.

 L’astuce  du dramaturge est l’utilisation récurrente du personnage, Robert  Capa, photographe de renom,  et son téléobjectif vorace qui a photographié la mort sur tous les champs de bataille. Il est le premier photographe du débarquement allié en Normandie. On assiste, scéniquement parlant, à un va et vient entre le photographe prisonnier de son appareil photo, et le développement de la vérité dans la Camera Obscura  de son studio et ...la vraie  vie telle qu’il l’a captée ce 16 août 1944.  Son objectif  a saisi sur le vif le regard insondable d’une fille tondue portant dans ses bras un bébé, entourée d’une foule haineuse qui lui crache au visage avant d’être arrêtée et mise au pilori.  Le photographe avoue : « Chacune de mes images est un gibier que j’ai abattu». Il passe sa vie à attendre la bonne lumière qui fera de son image un révélateur de vérité. Et quelle vérité cette fois-ci! Tout le monde n’a pas été capable d’appliquer la phrase d’Albert Einstein. « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » Par opportunisme, lâcheté, par intérêt et avidité, par dépit, par défaitisme.

L’occupation a été synonyme de collaboration pour beaucoup. Certains résistants ne se sont révélés qu’au bord de la défaite germanique, changeant très opportunément de camp en dernier ressort. Des fortunes faites sur le marché noir se sont accumulées. Cependant que cette  jeune fille, Simone (Fanny Valette),  un peu niaise, simple couturière dans un atelier, ayant perdu sa mère très jeune et même privée de  son frère mort en 36 lors d’un accident de travail, se retrouve seule avec un  père qui l’adore et la chérit. Il n’a plus personne au monde à part sa fille! Il ne sera pas assez sévère avec elle, ne lui indiquera pas la différence claire entre l’ombre et la lumière. Elle tombera amoureuse d’un Fritz qui lui fera une petite fille, preuve tangible de sa méconduite. Ils vont sûrement aller s’établir outre-Rhin. Las ! Mauvais timing,  la guerre est finie et les ennemis vont être punis. La voici, dénoncée,  sur la liste des suppliciables, victime de son « innocence » de la chose politique. Drame.  Humiliations et mise à mort du bouc émissaire  indispensable qui paye pour les  saloperies de tous les autres qui ont su se retirer du jeu à temps. La pièce est un hallali  éprouvant, entrecoupé de flashbacks très réalistes qui dépeignent la vie insouciante de la jeune fille et de son amie, Marie (Juliette Roudet), qui elle, saura se ranger du bon côté, au bon moment. Simone et son père incarnent un désespoir si profond que je n’ai jamais rien vu de pareil, s’exclame le photographe! D’incessants appels au secours retentissent de toutes parts dans la pièce. Personne n’écoute, tout le monde ne pense qu'à soi. C’est le comble, la seule qui a peut-être promis d'essayer, mais n’a pas réussi, est peut-être Simone.

Le rôle de Georges (Paul Chariéras), le  père de Simone, est magnifique d’humanité et émeut aux larmes. Les filles, Simone et Marie sont moins convaincantes quand elles se font leurs confidences, visages tournés vers le sol,  car la diction est un peu précipitée et pas toujours très audible dans la salle d’Aula Magna. La victime et son petit ne sont pas sans rappeler les larmes que l’on a versées pour  le film Ryan’s daughter… et cette tendance de l’homme à crucifier les autres, de préférence! Joués par le même comédien (Frédéric de Godfiem), le soldat allemand est un peu flou - out of focus -, tandis que le reporter, revenons à lui, personnifie en quelque sorte le chœur de la tragédie grecque avec ses commentaires sur la vérité, la vie et l’humanité. Henning Mankell insiste  : « La paix devrait redonner des valeurs à des gens comme Simone. On réussira à reconstruire le pays si on ne devient pas comme eux. » 

«Ainsi, on peut dire que toutes mes images sont inachevées. Il y manque tout ce qu’on ne peut qu’imaginer» dit Robert Capa.  Il nous fait réfléchir au rôle des médias et à leur éthique, avides de scoops en tout genre, sans cesse sur pied de guerre pour saisir ce qui se vend bien. Capter, saisir, s’emparer, collectionner les trophées… dans la plus pure dynamique Darwinienne. 

«Ne restent que les images.

Mes tentatives

De capter ce qu’il y a d’insondable

Chez les hommes

Et par là même

En moi…»

avoue aussi Robert Capa. La lumière est mon  ennemie et mon salut. Trouver la bonne lumière, c’est le but de son existence faite d'attente patiente et délibérée.  Car  « Une vérité qui traverse le feu ne se consume jamais : la photo semble dire: ne m’oubliez jamais ! »

On se doit de citer ici Paul Eluard:

Comprenne qui voudra, (Paul Eluard )


  En ce temps-là,
  pour ne pas châtier les coupables,
  on maltraitait des filles.
 
On allait même jusqu'à
  les tondre.


  Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui   resta

Sur le pavé

La victime raisonnable  

A la robe déchirée

Au regard d'enfant   perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n'a pas compris

Qu'elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et me mère la femme

Voudrait bien dorloter  

Cette image idéale

De son malheur sur  terre

 

http://www.cdrtours.fr/wp-content/uploads/2013/04/Dossier-pédagogique-Des-jours-et-des-nuits-à-Chartres.pdf

http://www.ateliertheatrejeanvilar.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=503

 

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administrateur théâtres

"No Sport"

De et avec Stéphane Stubbé

Mise en scène : Christian Dalimier, assisté de Sophie Jallet

Du mardi 16 avril au samedi 4 mai 2013 à 20h30
relâche dimanche et lundi

 

De gauche à droite. Dommage que  la très belle  musique des interludes entre les tableaux, sortes d’improvisations très mélodieuses qui soulignent l’amour des arts de Winston Churchill, écrivain et peintre à ses heures, ne jaillissent pas du piano droit hélas  fermé, qui sert de guéridon pour  un téléphone des années 50… Continuons le travelling : un grand fauteuil grenat cachant de nombreux secrets dans ses accoudoirs. Un valet chargé de vêtements méticuleusement pliés et un rideau pudique entourant …une couche militaire? Un lit conjugal ? Non, une  surprise ! Vous avez ainsi le décor planté devant un escalier privé, l’escalier du temps qui passe…pour découvrir ensemble le jardin secret du grand Homme.  

Nous sommes à la Samaritaine, qui cette fois nous offre un décor très construit. Winston Churchill fête son non anniversaire et va nous entraîner dans une vie fabuleuse et dans une jeunesse dont aucun de nos jeunes n’a idée.  Le comédien, Stéphane Stubbé qui incarne Winston Churchill est lui-même fabuleux.  Il a écrit le texte de cette biographie passionnante et plonge parfois  avec malice dans l’uchronie, question de donner encore  plus de sel au spectacle. A vous d’être attentifs et de sourire aux supercheries.  L’auteur nous dit être tombé un jour amoureux des récits  du jeune journaliste Winston Churchill. Il avait alors 32 ans lorsqu’il décrit la féerie  d’un de ses voyages qui le mena à Mombasa, Kenya. Un choc inoubliable avec la beauté terrestre.  Ce sera le point d’orgue du spectacle. Le dernier regard en arrière avant de rejoindre son Créateur et savourer une fois encore  la beauté stupéfiante  des portes de l’Afrique :  « De tous côtés surgit une végétation humide, tumultueuse, variée. De grands arbres, des herbes hautes qui ondulent, des taches brillantes de bougainvilliers violets et au milieu de tout cela, clairsemées, parvenant à peine à maintenir la tête au-dessus du flot fertile de la nature, les maisons aux toits rouges de la ville et du port de Mombasa.»

Le regard très professionnel de Christian Dalimier, le  metteur en scène, a lissé l’ouvrage, mettant en place un spectacle captivant peuplé de grandes figures du 20e siècle, y compris Brigitte Bardot. La langue fascine, portée par une diction  aux accents vénérables d’un Jean Gabin. Intonations, gestes, mimiques dignes de Belmondo (tiens, tiens,  octogénaire lui aussi !), imitations hilarantes complètent les quinze tableaux qui amusent franchement car le comédien déploie une rare richesse scénique.  C’est une histoire  de l’Histoire qui plaît. Autant aux adultes que nous sommes, dont l’enfance est peuplée de ces mêmes souvenirs  et aux jeunes qui partent à la découverte d’une première moitié du 20e siècle faite de « blood, toil, tears and sweat …*» Une époque douloureuse mais  extraordinairement féconde, dirigée vers la  victoire des valeurs démocratiques, la création de paix et de bien-être pour tous.12272896282?profile=original

Et le titre, direz-vous… Churchill, qui avait vu ses parents mourir jeunes et craignait beaucoup la cinquantaine, eut lui,  la grâce de vivre jusqu’à 91 ans.  Interrogé par un  journaliste, non anglophone sur les raisons de sa longévité, il répondit : « No sport », « Oui, Madame ! » C’est dans le texte ! Le journaliste en question avait sans doute mal compris la réponse humoristique : « Whisky, cigars, and low sports ». Churchill considérait en effet  le sport comme essentiel à l'éducation d'un gentleman. Ainsi en  témoignent  ses nombreuses citations sur les bienfaits de l'équitation ou l'excentricité du jeu de golf. Allez voir cette pièce cousue de fidélité aux  valeurs européennes et d’humour britannique… dans la langue de Molière !

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(*du sang , du labeur, des larmes et de la sueur : une phrase prononcée par Winston Churchill le 13 mai 1940, dans son premier discours devant la Chambre des communes, après sa nomination au poste de Premier ministre du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale.)

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administrateur théâtres

"Le prénom" : gastronomie théâtrale étoilée

Présentée à Paris en 2010, la pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, jeunes et brillants scénaristes parisiens, est  un triomphe renouvelé chaque soir à Bruxelles, au théâtre des Galeries, plein hier soir jusqu’aux tréfonds des deuxièmes balcons.

12272889453?profile=originalUne gageure, quand on sait que le rôle de Vincent était joué par Patrick Bruel. Le belge Stéphane de Groodt n’a rien à lui envier.  Elisabeth et Vincent, frère et sœur très unis, sont  bien installés dans la vie. L’une, plutôt  intello de  gauche et l’autre, plutôt entrepreneur, caviar et vins millésimés. Lors d’un dîner avec leurs conjoints respectifs Pierre et Anna, une discussion carillonnante, juste pour rire, met le feu aux poudres devant leur vieil ami, Claude, resté célibataire. La mixologie est haute en saveurs : perles qui éclatent en bouche (Vincent), gels alcoolisés (Pierre, le péroreur invétéré, magnifiquement  joué par Steve Driesen), mousses aériennes (la délectable Anna jouée par Chistel Pedrinelli). Dérapage très peu contrôlé vers un déballage vertigineusement  caustique et acéré  de ressentis des deux couples qui ravage le loft peuplé de livres, photophores et objets d’art. Le décor très réussi de Lionel Lesire est remarquable.  Jongleries verbales, « body language » éloquent, silences lourds de sens, mots qui en disent long,   alliances éphémères aux cinq coins de l’étoile des convives qui ne se mettent jamais à table. Le huis-clos nerveux est un lieu où tout fait rire.  Comme il se doit, Elisabeth, centre vital,  gère la cuisine, les enfants, sa mère qui est veuve et accessoirement son métier, elle qui s’est tapée les recherches pour la thèse de l’éminent mari. Vincent ne peut ouvrir la bouche sans feinter, grimacer et provoquer toute âme qui vive en particulier son beau-frère. Anna, ravissante créature installée dans le monde de la mode ne touche pas terre et arrive bien en retard, lorsque l’atmosphère est déjà incandescente.

12272889690?profile=original Elle se jette dans la mêlée avec la  féminité redoutable et fascinante de la jeune parturiente. Au nom de quoi ose-t-on se mêler du choix du prénom de leur futur rejeton? Débat houleux mais pétillant sur les prénoms rares.  

 

12272889891?profile=original L’ami Claude, tromboniste de métier qui a débarqué en habit de concertiste ravit par son calme. Nicolas Buysse donne à son personnage  les atouts d’un  lac suisse jusqu’à ce qu’il s’arme  soudainement d’un redoutable canif du même nom  et éventre  un sac familial  bourré de  secrets et de déclarations maléfiques. Il y en a des cadavres dans le placard, y compris celui d’un pauvre caniche nommé Moka!

12272890653?profile=originalLes conflits tous azimuts agitent dangereusement  la vague de fond domestique, retenue jusqu’alors.  Qui répond au téléphone ? Qui ouvre la porte ? Qui cuisine et dessert tout en courant recoucher les enfants réveillés par la montées des flots de  décibels?   A force de jouer à la dispute, les griffes de la discorde se plantent dans le corps familial qui subit peu à peu  un dépeçage méthodique.  Déferlante  de contentieux  qui se suivent et virevoltent à en perdre haleine. Le problème – que la sensible Elisabeth (Catherine Claeys) est finalement  la seule à identifier, est ce jeu puéril de Touché-Coulé sans merci ni pardon dont tout le monde raffole pour faire de l’esprit à tout prix.  Heureusement que le genre de la pièce (noire à souhait) reste celui d’une comédie houleuse délicieusement  hilarante. La mise en scène raffinée  de Martine Willequet est réglée jusqu’au dernier grain de sel. De la haute cuisine moléculaire.

 12272891063?profile=original Le jeu des comédiens belges, tous aussi étincelants dans leur rôles explosifs, est si assumé, si subtil et  si bien développé qu’il renvoie le spectateur aux déjà-vus de sa propre vie. Celui-ci, pris dans la tourmente des sentiments humains, reconnait les messages qui tuent,  les intonations assassines, la passion pour la prise à rebours systématique, la perfidie et la richesse du  théâtre quotidien entre quatre murs et entre quatre-z-yeux. La mise à nu, par la vertu du rire, est osée et lucide!

http://www.trg.be/

Seulement jusqu'au 14 avril!

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administrateur théâtres

le jeudi 28 mars 2013

Les Arts Florissants

Le Jardin des Voix

William Christie direction - Daniela Skorka soprano - Emilie Renard mezzo - Benedetta Mazzucato contralto - Zachary Wilder ténor - Victor Sicard baryton-basse - Cyril Costanzo basse -  Les Arts Florissants , Solistes du Jardin des Voix
Michel Pignolet de Monteclair, œuvres de Jean-Philippe Rameau, Œuvres de Antoine Dauvergne, Oeuvres de Nicolas Racot de Grandval, Oeuvres de Christoph Willibald Gluck, Œuvres de André Campra, Œuvres de
William Christie achève sa résidence bruxelloise avec son Jardin des voix, et nous présente en primeur les talents de demain. Pour sa sixième édition, cette véritable pépinière d’artistes fait escale au Palais et nous promet un moment de musique chatoyant et raffiné. Le maestro franco-américain a en effet l’art de débusquer les jeunes chanteurs les plus doués et de les mettre en valeur par un répertoire sur mesure, pour la plus grande joie des mélomanes curieux.

 

 

 

Quand les muses se donnent la main, bel exemple d'harmonie...

Jour pour jour, du 28 janvier au 28 mars 2013, il s’est passé trois mois  qui ont  fait vivre le Palais des Beaux- Arts de Bruxelles à l’heure du Peintre  Antoine Watteau (1684-1721). Que Monsieur William Christie, le grand horloger de l’exposition et le maître de musique soit chaleureusement remercié ici.

 

Ce soir, il emmenait joyeusement  sur la scène de la salle Henry Le Bœuf les Arts Florissants, la compagnie qu’il dirige,  dédiée à la jeunesse et à son amour de la musique ancienne et ainsi  clôturait brillamment  le cycle de concert associés à l’exposition. Quelle connivence avec ses artistes ! Tout   comme s’il recevait  lui-même dans le salon de Pierre Crozat ! L’avant-scène très dégagée permettait aux six jeunes chanteurs d’évoluer gravement, de parader pour l’amour, de faire des révérences grand siècle, et de s’affaler voluptueusement près du clavecin d’époque dans des divans imaginaires, la mélodie toujours aux lèvres.

« Watteau, peintre idéal de la fête jolie, ton art léger fut tendre et doux comme un soupir, Et tu donnas une âme inconnue au désir, en l’asseyant aux pieds de la mélancolie. Tes bergers fins avaient la canne d’or au doigt ; Tes bergères, non sans quelques façons hautaines, promenaient, sous l’ombrage où chantaient les fontaines, Leurs robes qu’effilait derrière un grand pli droit... » Ces mots du poète Albert Samain disent bien cette atmosphère 18e qui a su faire fondre  un public  engoncé dans l’hiver et la morosité du jour. Car c’est tout l’art de vivre à la française qui a déferlé sur le plateau, sublimé par la musique orchestrale raffinée  et les chants. Le libertinage d’un Silvandre rêveur (le baryton Victor Sicard et ses sortilèges), le marivaudage de dames éprises de l’amour plus que de leur amant, la célébration du plaisir se sont glissés sous la peau radieuse des six jeunes chanteurs enthousiastes, madame de Staël en témoignerait !  La basse, Cyril Costanzo émeut. Foin des meubles précieux, des grands lustres royaux,  et des étoffes rutilantes et soyeuses : les souvenirs des peintures de Watteau sont suffisamment dans notre imaginaire pour compléter le tableau joyeux présenté par ces artistes du 21e siècle en  simples habits de soirée.

Ils sont six seulement mais font flamboyer le lieu du concert en accordant leurs voix et leurs mimes, et en s’occupant du gigantesque jardin à la française de Rameau, de l’Arcadie mythique et des contemporains Rameau qui participèrent à une fête aux allures presque estudiantines. Histoires de bergers : le ténor Zachary Wilder  chante avec ferveur : «  Et l’amour avec la houlette marqua la cadence à la voix ..!»   (Rires)  Benedetta Mazzucato, la mezzo dans sa robe bleu symbolique, lâche son émotion par la chaleur de sa voix et ses mélodies empreintes de nostalgie : « En vain, d’aimables sons font retentir les airs,  je n’ai que  soupirs   pour répondre aux concerts dont ces lieux enchantés viennent m’offrir les charmes ! »

  Tout un  florilège étincelant façon pot-pourri nous ravit le cœur car les morceaux de compositeurs différents s’enfilent adroitement  comme s’il s’agissait d’une guirlande de fleurs, galantes et harmonieuses il va de soi ! Entre deux rires et bulles musicales imitatives des oiseaux, rivières, troubles, tremblements et  bourrasques de toute sorte,  on tombe d’un compositeur à un autre, comme dans  carnaval de musique pour raconter les rêves de l’amour et la déception chronique du peintre.  Là est bien la question : la volatilité de l’amour…  « Monstre affreux ( …à vous de choisir lequel ! ) Monstre redoutable, ah l’amour est encore plus terrible que vous ! »  Le cri du cœur du peintre désabusé !

 

  Levez donc  le masque : Qui êtes-vous ? Antoine Dauvergne ?  Michel Pignolet  de Mont Clair ?  Christoph Willibald Gluck ? Nicolas Racot de Grandval ? Parodique parfois : « Vois ces jeunes tourterelles se baiser sous les ormeaux, le battement de leurs ailes en agitant les rameaux ! .. » L’irrésistible  chanteuse Emilie Renard en fourreau noir bordé de dentelles,  plus cabotine que jamais,  prend le public à témoin et corrige immédiatement : «   le jardin de Rameau, bien sûr ! » Rires.  Levez ce masque André Campra, L’Europe galante 1697 ! Mais qui donc va pouvoir dominer l’Europe ? (rires)  La poésie ?  La danse ? La musique ? Comment s’entendre ? Choisissons donc un canon a capella (que murmure le chef d’orchestre, incapable de se taire car soit il s’amuse, soit  il taquine…)   « Réveillez-vous, dormeur sans fin ! » Rameau (1722).

 

Revoici Rameau, prémonitoire et inquiet : « Fuis fier Aquilon, ton bruit, ton horrible ravage cause trop de frayeurs sur ce rivage. Fuis, laisse-nous goûter après l’orage, d’un calme heureux les flatteuses douceurs ! »  Un appel indigné et une lueur d’espérance.   Mais voici les conseils de Vénus en personne ( la belle et lumineuse Daniela Skorka  dans sa très féminine robe rouge ), une icône de bonheur : « Riez, riez sans cesse, pendant la jeunesse ; que la raison attende sa saison ! » une jeune devise,  donnée en « bis de bis » gracieux,  radieuse, comme il convient.

Après Bruxelles ce concert s'embarque pour ... Paris, salle Pleyel, puis Metz et enfin New York. Et de faire un vrai travail d’ambassadeur d’une France éternelle. Qu’ils nous reviennent, vite, pour partager leur vivacité ! Car l‘empire de la beauté désarme la fierté et triomphe de la gloire.   

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administrateur théâtres

12272880100?profile=originalJe l'ai écoutée hier soir au théâtre du Parc, je transmets avec sa permission:

Journée Mondiale du Théâtre 2013 / Message national d’Anne-Marie Loop

 

Chaque année, depuis 1962, le 27 mars est célébrée la Journée mondiale du Théâtre. L’ITI demande, pour l’occasion, à une personnalité du monde du Théâtre de proposer un message international.

En 2012, le Centre IIT Wallonie-Bruxelles a décidé de demander à une personnalité du théâtre Belge de rédiger également un message national. Après Jean-Marie Piemme, l’IIT a demandé à Anne-Marie Loop de s’adresser à nous cette année.

Voici son texte:

Raconter des histoires encore et toujours

Il se pourrait bien que le mot progrès, qui résume à lui seul notre désir d’avenir, qui sous-entend une amélioration nécessaire, continue et sans limites de la condition humaine, n’ait été inventé que pour nous consoler de la fuite du temps. C’est le philosophe Francis Bacon, au 17e qui déploie, dans son ouvrage Du progrès et de la promotion des savoirs, la conception moderne du progrès, imaginé comme un développement sans fin du savoir, un accroissement du pouvoir de l’homme sur la nature et une progression vers le bonheur. Il encourage le savoir et le règne de l’homme sur la nature. Car savoir, c’est pouvoir. Cinq cents milliers d’années ont séparé l’invention du feu de celle de l’arme à feu, mais six cents ans ont suffi pour passer de l’arme à feu au feu nucléaire. Et aujourd’hui, qu’il s’agisse d’outils, d’ordinateurs ou de voitures, les nouveautés sont vite mises au rebut, et rares sont les fabricants qui ne proposent pas chaque année une nouvelle génération de leurs produits. Ainsi, porté hors de lui-même par cette ivresse chronique, notre monde échappe à toute forme d’arrêt et de repos.  Il y a, sans doute, progrès, systématiquement, mais nous ne savons plus ni le désigner ni même le reconnaître. Cette angoisse latente nous pousse parfois à affirmer que le progrès est une idée, non pas déclinante, mais tout simplement morte. A cette seule éventualité, nous sommes pris de vertige et angoissés plus encore.

12272880663?profile=originalNous vivons dans de bien sombres temps.  Nous entendons si souvent des discours inquiets et lancinants, on peut toujours avancer des facteurs objectifs, ils sont partout constamment commentés : disparition des repères stables, fin des certitudes, mort des idéologies, crise du lien social, isolement et individualisme, inégalités grandissantes, tyrannie de la technique et mondialisation, régression de la pensée…Ceux-ci contribueraient-ils à l’angoisse qui délabre nos humeurs, qui englue nos espérances et engrisaille le présent ? Du coup, la pensée se porte-elle sombre ? Comme toute question, on peut simplement essayer de la cerner, de ressentir ce qui lui donne sa force, sans jamais, jamais, lui chercher une réponse toute faite. Les réponses sont toujours un peu ridicules... Partout des politiques de restriction et d’austérité comme piste débattue, critiquée mais appliquée, pour sauvegarder les finances publiques. Les cibles sont là, à portée de main, en apparence démunies dans leur totale dépendance à la subvention publique. Les secteurs n’émanant pas de la logique du quantitatif, comme l’enseignement, la recherche, les travailleurs sociaux, les soins de santé et, bien entendu, la culture sont touchés de plein fouet. Cette dernière est fortement mise à mal et, par voie de conséquence, la place de la créativité dans notre société est remise en question.

Le spectacle est un phénomène social universel. Il a été conçu comme un service public. C’est une exigence de dépassement qui arrache l’homme à sa mesquinerie. C’est peut-être là qu’on trouve un moment d’arrêt et de repos ? Un temps suspendu. Comment la culture va-t-elle pouvoir encore s’exercer dans notre monde en crise ? Va-t-elle accroître l’ignorance ou augmenter le savoir ?

Nos burlesques dans les années 1920 nous faisaient tellement rire quand ils avançaient précautionneusement pour ne pas chuter. Quand ils luttaient contre le vent et les tempêtes, quand ils s’échappaient par une porte dérobée. Ils tentaient de trouver l’équilibre dans quelque chose qui est instable. Ils nous présentaient une image d’un homme, un moins que rien, inadapté, au monde moderne. Ils inventaient des stratégies pour se sortir de ces coups du sort incessants. Ils trébuchaient bien sûr, mais par une série de moulinets, ils arrivaient toutefois à se maintenir debout. Comment être debout aujourd’hui ?

Le théâtre raconte des histoires, ce n’est, bien entendu, pas une religion.  Cet art qui présuppose la coprésence physique, concrète, d’acteurs et de spectateurs dans un même espace-temps est un outil de regard. Ce qui fait le spectacle, c’est le regard. « La plus grande révolution humaine, c’est peut-être le théâtre » a dit un jour Tadeusz Kantor. Parce qu’un jour et l’on ne sait pas quel jour, quelqu’un et l’on ne sait pas qui, est venu devant les autres et a dit : « Je me suis levé et je me suis mis en face de vous. J’ai une tête, deux bras, deux jambes, un sexe, comme vous et je suis là pour vous raconter des histoires. Parce que vous qui êtes dans la salle, vous allez peut-être reconnaître la vôtre, celle de vos voisins, celle de vos ancêtres et, en voyant l’histoire, à distance, vous allez peut-être mieux la comprendre, mieux l’analyser… Pour se transformer et, en conséquence, transformer le monde ou du moins, modifier, complexifier, échanger, bouleverser, agiter, réviser, altérer, renouveler, ranimer, déranger, la perception que l’on en a. » Comment se lever aujourd’hui ?

Depuis bientôt, oh ! fort longtemps, je travaille à raconter des histoires. Que ce soit comme actrice, enseignante ou directrice d’acteurs, dans les théâtres dit de « répertoire », des créations (collectives ou non) de jeunes compagnies, dans le théâtre pour l’enfance et la jeunesse… que les histoires soient celle du roi Lear ou d’un groupe de femmes de la Louvière, je veux encore et toujours participer à cet acte déraisonnable, qui consiste à se lever du cercle des hommes pour leur raconter leurs histoires. J’espère ainsi contribuer à combattre et à interroger l’ignorance, l’apathie, l’anesthésie, la brutalité et la barbarie des hommes oublieux de leur sensibilité et de leur intelligence. Je désire faire du théâtre pour que l’homme soit une aide pour l’homme. Nous avons besoin d’îlots de résistances, nous avons besoin d’imaginaire collectif. Nous avons besoin de créativité.

Anne-Marie Loop Février 2013

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Au théâtre de la Vie, Un Rêveur sombre dans la raison

 « C’était une nuit de conte, ami lecteur, une de ces nuits qui ne peuvent guère survenir que dans notre jeunesse. Le ciel était si étoilé, le ciel était si clair que lorsque vous leviez les yeux vers lui, vous ne pouviez, sans même le vouloir, que vous demander : Est-il possible que, sous un ciel pareil, vivent toutes sortes de gens méchants et capricieux ? »

Le monde appartiendrait-il aux rêveurs ?  On le souhaiterait  bien sincèrement ! Le tout jeune metteur en scène Olivier Lenel  rêve lui d’un renouveau théâtral. Il entre en compagnie de la traductrice Katia Vandenborre  dans le vif du  texte russe  du roman, sans passer par une traduction figée par des droits d’auteur. De concert, poétiquement soutenus par la création pianistique de Julien Lemonier et Félix Ulrich,  ils transposent ensemble l’essence  russe du roman en dialogues scéniques vivants, étonnamment modernes. Cela implique un gommage de l'esthétique romantique de la traduction existante, et la capacité de renouer avec  la puissance et la force des mots bruts. Réinventer une ponctuation syncopée  qui colle à cette tragi-comédie et  fabriquer une oralité étourdissante.  Entrer dans les représentations mentales des personnages, les pousser à bout et les faire exploser comme cela explose les nuits de printemps…

 C'est l'histoire d'un homme qui se surnomme le Rêveur. Une nuit, il se souvient. Il rencontre la bondissante Nastenka (Marie du Bled) qui lui raconte sa réclusion sous le toit d’une grand-mère abusive, son attente fiévreuse d’un fiancé, son rêve de bonheur inaccessible. Ému pour la première fois de sa vie, le rêveur se laisse aller au rêve de l’amour et finit par se déclarer quand ledit fiancé ne revient pas le jour dit.  Faute de mieux, Nastenka, affolée de ne pas voir revenir le chevalier de ses rêves, vire de bord et accepte la déclaration d’amour du Rêveur. Un amour désintéressé, idéal,  qui célèbre le total oubli de soi et le bonheur de l’autre. Fugace instant de béatitude : le Rêveur et Nastenka soudain se rejoignent, le bonheur est presque là, parfait comme dans un rêve.  Puis la réalité fracasse soudainement ces minutes d’éternité  car la capricieuse Nastenka s’est jetée dans les bras du fiancé venu enfin la rechercher. Nastenka, cruelle et inconsciente, ingénue et égoïste daigne garder son amitié pour le Rêveur éconduit.

 Le Rêveur alors doit choisir : s’installer dans la minute rêvée ou accepter de vivre avec la réalité. Il est reconnaissant qu’un  moment de grâce ait illuminé sa vie. Life is but a dream, “a dream within a dream” dirait Edgar Poe. La réalité beaucoup moins belle et beaucoup plus triste a réveillé l’artiste rêveur en sursaut mais au fond de lui, il garde son trésor. « Petit poucet rêveur, j’égrenais dans ma course… des étoiles. » La jeune dame exaltée a fui vers son inaccessible étoile, sera-t-elle heureuse pour autant ? Le rêveur a laissé couler les grains d’or dans ses mains et garde, par l’écriture, le souvenir de son éblouissement.

Les scènes, oniriques et sombres,  sont d’un  réalisme étonnant vu le contexte  et l’absence de décor, à part le mur de briques où va s’écraser le rêve en question. Les émotions s’enchaînent comme dans une partition musicale. Les confessions chaotiques  commencent tout doucement et s’enflent en paroxysmes fantastiques. Plusieurs interprètes du Rêveur, modulent de soir en soir le texte du Rêveur autour de la jeune ingénue. Nous avons vu Vincent Huertas, fascinant par la mobilité de ses émotions et la variété de son jeu. Les débordements de l’imagination sont un ferment de bonheur. Foin de romantisme lourd et lent, le texte est haletant, rythmé, saccadé par les émotions. Les crises de larmes et les trépignements d’impuissance, l’hypersensibilité et l’immaturité de la jeune fille, sonnent juste aux oreilles  de l’an 2000. La musicalité française de la langue capte les émotions et les projette comme des claques.  Le Rêveur sera frappé de stupeur. Le spectateur aussi, par la dernière scène bouleversante et la théâtralité de la mise en scène. C’est grave  pour un cœur formidablement  enthousiaste, de devoir ravaler son rêve. Que le rêve soit russe ou qu’il soit autre.

"Les nuits blanches"   Création d'après Dostoïevski. Adaptation & mise en scène : Olivier Lenel

au Théâtre de la Vie Théâtre de la vie asbl
rue traversière 45
1210 Bruxelles http://www.theatredelavie.be/ 

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administrateur théâtres

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D'abord le livre:

Syngué Sabour : La pierre de patience                    de Atiq Rahimi

La parole libérée

Une femme veille sur son mari, dans le coma. Nous sommes en Afghanistan et cet homme est un combattant, blessé non au combat mais dans une rixe entre personnes du même bord. Cette veille va être pour elle l’occasion de parler pour la première fois avec son mari d’habitude trop figé dans son autorité et son machisme pour s’ouvrir à sa femme. Ce monologue va lui permettre de régler ses comptes avec ces hommes, ceux qui l’ont abandonnée après le coma de son mari, son père brutal, plus attentionné pour ces « cailles de combat » que pour ses filles, qui l’a vendue pour une dette de jeux. Et ce mari, héros de guerre absent pendant les combats, tout juste plus présent quand il rentre à la maison. A ce mari, elle dira tout, ses lourds secrets les plus cachés et les vérités les plus crues. Atiq Rahimi donne ici un roman intense, au parti pris formel fort, tout le roman est décrit depuis la seule pièce où repose le corps de l’homme. Un parti pris réussi.


« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs ….

« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs …. », cette imprécision géographique, jointe à une imprécision chronologique et à l’absence d’informations sur l’identité de la femme et du mari confère au roman un intérêt qui dépasse celui de la simple histoire d’une famille . Ce huis clos dans un lieu coupé de la vie extérieure qui ne se manifeste que par des bruits ou  par des images perçues selon un angle très restreint, condense l’attention sur la condition de la femme dans tout pays musulman intégriste où elle est réduite à ruser ou mentir,  à n’ être que mère reproductrice ou repos du guerrier, et sur la difficulté d’entretenir avec l’homme des rapports libres et francs.
A la lenteur du temps qui s’écoule marquée par la narration au présent , les psalmodies, le goutte à goutte et le parcours de l’ombre et du soleil , s’oppose la violence  de certaines  scènes  où la confidence  devient  aveu, le chuchotement  cri et  la douceur  violence , où la femme se croit démone, possédée par le mal . Une œuvre marquante dont la puissance vient paradoxalement de son écriture minimaliste. Les phrases dépouillées, sèches et concises résonnent comme en écho dans l’esprit du lecteur  qui est amené alors à ressentir tout le non-dit du récit .
Un ouvrage qui restitue au corps de  la femme toute la place que le vêtement féminin afghan vise à occulter .

Alma

Et maintenant le film, une pure merveille!

Une pure merveille écrite par l'auteur, avec respect, amour et sens de la beauté.

Un plaidoyer sans appel contre l'homme qui ne sait que faire la guerre et pas l'amour.

C'est l'horreur d'une ville au soleil baignée de sang, de bombardements et de guerre. C'est le bruit sec et lourd du tchador que la femme rabat brutalement à la moindre sortie en dehors de sa maison. Une femme vivante comme une bourrasque erre sur les remparts d'une ville de Troie mise à sac par la folie les hommes.
Et pourtant ses pas courent sur la terre brûlante pour chercher du sérum pour soigner le mari. Ils se font d'une légèreté d'ange sur les ornières de la désolation.

Ce sont des militaires universellement assoiffés de vengeance et de cupidité et leurs victimes abandonnées pour l'exemple.

Ce sont ces deux fillettes vêtues de tissus chamarrés, la tête encore nue, pas encore écrasées par la honte de leur condition féminine, qui sautillent autour de leur mère disloquée par la peur et si audacieuse à la fois.

C'est une femme, belle comme un mythe palpable qui se permet de naître par la parole à côté de l'homme, souche muette et roide, sur le visage duquel pas la moindre contraction de sentiment n'est visible. Juste la totale indifférence d'un Dieu absent.

Mais rien ne peut tuer l'instinct de vie de la femme.

C'est une icône faite de corps voluptueux et de mains qui caressent lavent et soignent le pire ennemi.

C'est un symbole de grâce par son regard infini entre ses cils de femme du désert, qui vous prend à la gorge, car vos larmes ne sont pas loin. C'est l'image de la femme éternelle, mère, épouse, et compassion, sous un voile de beauté.

C'est l'un des plus beaux films que l'on puisse imaginer à propos de la Femme. Seul espoir de l'homme après Dieu. Et si ce film, créé par une main masculine exceptionnelle devenait lui aussi pierre de patience magique et faisait éclater par son langage particulier la libération de toutes les femmes du monde? C'est le rêve des rêveurs. Et heureusement qu'ils existent!

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administrateur théâtres

Jusqu'à ce que la mort nous sépare  de REMI DE VOS  au théâtre le Public

Mise en scène : Valérie Lemaitre Avec trois comédiens de choc Françoise Oriane, Flavia Papadaniel et Vincent Doms. Petite Salle - Création -

"Suite à la mort de sa grand-mère, Simon, la trentaine, retourne dans la maison de sa mère, après des années d'absence et de dissensions. Mais quand il retrouve Anne, sa petite amie d'enfance, l'intensité de leurs retrouvailles provoque un incident aux conséquences inattendues : l'urne avec les cendres de la grand-mère se brise en mille morceaux ! Pris entre la jeune femme qu'il a aimée, sa mère et les cendres de sa grand-mère dans un sac en plastique, Simon navigue désespérément jusqu'à l'absurde dans les méandres d'un sauvetage plus qu'improbable. Mensonges, quiproquos, inventions les plus farfelues sont déployées par Simon pour cacher l'impossible vérité à sa mère. Une comédie noire, rythmée, haletante. L'auteur nous plonge au coeur des rapports délicats de l'homme aux femmes qui jalonnent sa vie. Si vous ne le connaissez pas encore, Rémi De Vos est certainement un auteur à découvrir. Intrigue presque vaudevillesque, la pièce est un petit trésor de théâtre contemporain, récompensée en France par le prix Théâtre 2006 de la Fondation Diane et Lucien Barrière."

De la Farce du Cuvier à celle de l’Urne… !

Comme dans la farce originelle, tout fait rire dans ce morceau de comique à la fois belge par l’auteur et les comédiens  et universel quant à la teneur, attendu que, tout conduit à une prise en mains très peu fantasmée de la société par … les femmes!

Pour le comique, considérez : Les mines d’enterrement des personnages en habits de deuil et la musique guillerette de l’entrée en scène. La taille et la prestance de la maman minuscule et celles de l’amie majuscule ! Le terrible accent maternel, sa cuisine-salon-salle-à-manger défraîchie et maniaco-rangée et le sac de courses  à roulettes Burburry appelé à être un personnage à lui tout seul. Il y a de toutes façons un  autre sac appelé à se vider! Considérez les mots maladroits  qui s'entre-choquent quand on se revoit après des années et qu’on s’embrasse au risque de faire éclater une bombe funéraire. Regardez cet autre sac  de plastique qui met le feu aux poudres.  Ecoutez ce qui est dit de la grand-mère  mourante que l’on emmène en ambulance et qui espère voir la mer. Riez de bon coeur devant la nervosité  maladive du fils, toujours pris en flagrant délit de mensonge auto-protecteur, devant  les syncopes à répétition de la fiancée, et  l’empilement  baroque de répliques improvisées pour cacher des catastrophes, à une mère qui n’est nullement dupe ! Et en finale songez au rappel de la  fameuse fable du pot de terre et du pot de fer...   

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 Pour le fond, considérez : la réalité, fiction ou non,  de la plainte éternelle  des mères à qui on « vole» leur fils dès six ans… Ecrasé par cet amour féroce, le fils a grandi dans l’anxiété, l’immaturité affective et la culpabilité,  toute émotion verrouillée. Il a dû un moment  couper le cordon et se réfugier dans la haine. La future belle-fille, quelle qu’elle soit, ne peut pas trouver grâce à ses yeux de mère, à moins d’être  « adoptée » par la mamma à toutes fins de conserver, non pas l’urne… mais le fils ! Savourez les excuses et mensonges à dormir debout qui permettent la délivrance d’un joug  et méditez cette réplique  qui vient, paraît -il, du Talmud : « Sans une femme, un homme n’est pas une créature humaine! »  Et vous aurez le tableau final de la dernière scène qui vous reconduit, en ligne directe, à la Farce du Cuvier. Du Woody Allen  à la belge.  

Enfin, pour la qualité du spectacle, considérez le jeu scénique des trois participants à cette tranche de « vie ou de mort» de haine et /ou d’amour qui vaut le déplacement!Il est d’une justesse inouïe.  Que ceux qui ont peur de rire s’abstiennent car ils  n’y échapperont pas. Ah le comique de répétition! Irrésistible.  Le spectacle est  peut-être édité en mots simples mais absolument farceurs!

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=325&type=2

 

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administrateur théâtres

12272886487?profile=originalHAMLET

D'après William Shakespeare, mise en scène de Michel Dezoteux.

Du 12 au 30 mars 2013 à 20h30, les mercredis à 19h30.

 

Un vent de folie plane sur le Varia !

« Ce rythme qui t'entraîne jusqu'au bout de la nuit
Réveille en toi le tourbillon d'un-vent-de-foliiiiie…. ».

 

Chacun cultive sa propre folie : « Le monde est fou, fou, fou Voyez-vous... ». Ebouriffée, iconoclaste, voici une variation très  musicale et très moderne de l’Hamlet de Shakespeare, conçue par Michel Dezoteux. Charivari insensé…

Apparence du départ : le très  classique appartement cossu dont l’angle droit  à voilures blanches  ouvre l’œil du public. Changement d’angle : ABBA , le  groupe mythique débarque, c’est le choc ! Les personnages vont à contre-courant de notre imaginaire. La belle Ophélie qui flottait paisiblement  au fil de l’eau, bercée par une rivière en fleurs comme dans la célèbre toile du peintre britannique John Everett Millais, a sombré  dans les ténèbres de l’histoire. Elle est maintenant gringalette, grimée comme un clown, junkie en robe « mais il est où le soleil ? » A la fin, les morts attendus, s’entassent après une course folle entre des gratte-ciels où palpitent des squelettes radiographiés, rouge sang !

Nous voici donc au début dans un lounge au mobilier tape-à-l’œil, moitié laqué blanc 18e, moitié New-York 20e,  pour nous faire un coup au cœur. Car le spectacle est palpitant. Hé oui, la pièce de l’illustre écrivain a été re-sculptée - certains regretteront sans doute ce menu allégé - autour de la folie, thème principal de l’ouvrage. Cette création aux agencements spectaculaires  n’en est pas moins émouvante. Un comédien coulisse entre rampe et clavier, entre rêve et réalité.  L’alliage des dialogues et du soutien musical live est extrêmement ciselé.  Ophélie (Fanny Marcq ) s’envole  avec aisance du bord du micro au  haut de la galerie,  « Encore une chanson ? .

 Mais  surtout, ce qui est drôle pour une tragédie, ce spectacle est  D R Ô L E. Le roi Claudius apparemment  le frère jumeau d’Othello (Denis Mpunga)  est atteint d’amour fou, en plus de sa folie dictatoriale. Folie simplificatrice de l’épuration ? Une foule de personnages de Shakespeare ont disparu. Un  pastiche du médecin fou de la « comédie des illusions », jouée au théâtre du Parc récemment, incarne Pollonius (Blaise Ludik), le père d’Ophélie et de Laerte. Drôle, un fossoyeur sort du terroir ardennais pour confirmer qu’ « un drôle » (prononcez « droll ») rime avec troll et est parfois porteur de sagesse! La reine Gertrude névrosée (Candy Saulnier) ressemble très ironiquement à Blanche-Neige. Le comique désopilant de l’acteur-traître en lunettes de soleil  qui joue sur deux tableaux…séduit.  Il est à se demander si Michel Dezoteux ne joue pas lui-même la folie… comme il joue lui-même du saxo ! C’et paraît-il son propos puisque ce spectacle fait partie d’un triptyque sur la folie, …source de création. La brutalité de l’instinct et des pulsions conduit à l’art, dit « brut » ! dixit Michel Dezoteux. (A suivre !)

Il est évident que le public, massivement jeune, a ri aux éclats et que les spectateurs plus âgés ont applaudi aussi frénétiquement que les jeunes, à la dynamique de cette mise en scène osée, baroque et sulfureuse. Fanny Marcq et Karim Barras sont fabuleux. L’inventivité dans l’utilisation du décor plaît. Les costumes à la David Bowie et surtout l’orchestration musicale très souple, à droite de la scène, ourlent parfaitement les propos. Un micro ….insigne moderne du pouvoir est planté là, au  beau milieu du plateau. Ouf !Le très touchant Hamlet  (Karim Barras ) s’adresse régulièrement au public, de façon plus que sensée et gagne son adhésion, malgré sa « folie » très, très  feinte.  On reconnait que  le texte du Grand William n’arrête pas de donner des frissons, même émietté par le metteur en scène.

COMPOSITION MUSICALE : Rosario Amedeo, MUSICIENS : Rosario Amedeo aux claviers, Michel Dezoteux aux saxophones et Sonny Troupé à la batterie.

SCENOGRAPHIE : Marcos Vinãls Bassols, LUMIERE : Marc Lhommel.

CREATION MAQUILLAGE : Jean-Pierre Finotto, MAQUILLEUSE : Laura Lamouchi.

CREATION COSTUMES : Odile Dubucq,  REALISATION : Odile Dubucq, Isabelle Airaud, Sarah Duvert, Sylvie Thevenard, Chandra Velut.

MISE EN SCENE: Michel Dezoteux. AVEC:             Rosario Amedeo, Karim Barras, Blaise Ludik, Fanny Marcq, Denis Mpunga, Candy Saulnier, Baptiste Sornin et Sonny Troupé à la batterie.

http://www.varia.be/fr/les-spectacles/hamlet7/

Jusqu'au 30 mars

 

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administrateur théâtres

" La meilleure musique est celle qui est capable de procurer la plus grande somme de bonheur. "

 En effet hier soir nous clôturions la journée internationale du bonheur avec la joie de venir écouter Les Talens lyriques de Christophe Rousset et s’émouvoir devant  la compagnie des Fêtes Galantes dirigée par Béatrice Massin,  chorégraphe.

Les Talens Lyriques & les Fêtes galantes

Terpsichore

Christophe Rousset direction - Béatrice Massin chorégraphie - Eugénie Warnier Erato (soprano) - Marianne Beate Kielland Apollon (alto) - Paul Crémazy ténor - Jussi Lehtipuu basse -  Les Talens Lyriques , Les Fêtes galantes
Jean-Fery Rebel La Terpsicore (1720), Les plaisirs champêtres (1734), Les Eléments, extr. Georg Friedrich Händel, Opéra-ballet Terpsichore - Acte de ballet (1734)
Le Palais des Beaux-Arts accueille Christophe Rousset et Béatrice Massin pour un spectacle de danse unique en son genre. Le point commun entre le ballet Terpsichore de Händel et Les plaisirs champêtres de Rebel ? C’est la figure emblématique de Marie Sallé, la plus célèbre et plus talentueuse danseuse française de son temps. Séjournant à Londres en 1734, elle y acclimate les ballets de Rebel et y éblouit le maître saxon...

Une première sur la scène de la salle Henry Le Bœuf que de jucher l’orchestre et les solistes munis de petites veilleuses en haut d’une série de gradins au pied de l’orgue et de garder tout le plateau libre pour les évolutions de six danseurs.  Les talens Lyriques nous ont livré des sonorités sculptées, bondissantes,  des rythmes enjoués ou graves mais surtout des solistes exceptionnels  à la voix d’une pureté inouïe. Une Musique d’excellence qui contente l’âme et le cœur, et y installe, pour une petite heure, l’allégresse de l’harmonie.  

Ce spectacle est un hommage  non déguisé à la  danseuse  rebelle du temps de Haendel. En effet Marie Sallé est française. Elle est née vers 1707  et fait ses premiers pas à 14 ans à l’Académie royale de musique. Lorsqu’elle s’en va danser à Londres en 1725 elle est fort remarquée par Haendel. Jusqu’à sa retraite en 1740, elle obtiendra plusieurs congés pour se produire régulièrement à Londres. Surnommée « la Vestale » en raison de ses mœurs irréprochables, elle développe une danse gracieuse, expressive et ciselée. Tout le propos de Béatrice Massin est d’utiliser les matériaux baroques pour réaliser un spectacle contemporain. Marie Sallé fut la première danseuse dans l’histoire de la danse qui dansa  costume de ville et sans masque, révolutionnant la pratique traditionnelle. Ses idées furent accueillies avec chaleur de l’autre côté de la Manche où elle osa paraître « sans panier, sans jupe, échevelée et sans aucun ornement sur la tête; elle n’était vêtue, avec son corset et un jupon, que d’une simple robe de mousseline tournée en draperie, et ajustée sur le modèle d’une statue grecque ! ».

                                La chorégraphe nous a dit avoir voulu se relier à la superbe exposition Watteau actuellement en cours aux Beaux-Arts de Bruxelles et souligner par la danse et la musique le parallèle avec les peintures du grand maître. En effet, le vide des grandes scènes pastorales invitant au rêve est ourlé de grandes draperies noires simulant les arbres la nuit.Il est symbolisé par un écran de lumière où se projettent les ombres des danseurs. La musique jouée par l’orchestre est aussi ciselée et détaillée que les instruments de musique omniprésents dans les toiles de Watteau.

Le ballet s’est  déroulé en deux phases.Deux phases identiques à  la technique employée par le peintre, à savoir faire d’abord une esquisse croquée sur le vif à la mine qu’il reproduit ensuite sur la toile avec l’ajout de couleurs chatoyantes et de tissus aux textures les plus sensuelles. Le même procédé préside au ballet. En effet les tailleurs bleutés bien  cintrés et surpiquées d’un trait bordeaux feront place au cours du concert à des sortes de  menuets  de danseurs déguisés en  fleurs printanières aux tons éclatants. Gravité et codification des mouvements, comme dans un salon. Mais les couleurs éclatantes de la jacinthe, de primevère et de la tulipe rendent hommage à la vie et soulignent  les correspondances  étroites entre les muses. Voyez ce couple idyllique qui a mis tant de temps à se chercher et à se trouver : La muse de la danse porte … une simple robe de mousseline couleur jonquille tourné en draperie et ajustée sur le modèle d’une statue grecque ». ...Retour à la case départ: Marie Sallé, la muse de la danse au 18e siècle.

La musique et le mouvement forment un alliage naturel. Le geste du danseur amplifie la théâtralité du propos. Si la pastorale antique et mythologique n’offrent  pas beaucoup d’intérêt à des spectateurs actuels,  le rapport entre le 18ème siècle et le 21ème semble  être un point d'ancrage intéressant. Une vérité nourrie de nostalgie et de beauté semble jaillir du ballet.  Notre imaginaire  peut  ainsi  se figurer la fluidité et le caractère éphémère des choses mais aussi la solitude des scènes galantes de Watteau.  Les danseurs épousent la musique avec des gestes arrondis, se frôlent de loin sans oser se toucher ni se regarder. Les femmes et les hommes sont perdus dans leur rêverie,  chacun sur leur orbite. Le regard presque vide ou tourné vers l’intérieur tandis que la musique tourbillonne.  Le douloureux ego  est sanglé dans le costume, malgré le désir de fête.  Il faut attendre la sarabande pour qu’enfin des mains se nouent, par derrière le dos, et que les esquisses d’approches se concluent par un regard.

 

 

 

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administrateur théâtres

12272878490?profile=original« Ca c’est bien. Questionnez. Questionnez toujours ! »

 Contrastes : Le temps s’est arrêté à 5h 35,  à la mort de la  femme du vieux professeur Mashkan (Alexandre von Sivers). L’horloge de la bibliothèque rococo a de singuliers traits communs avec celle du bâtiment central du plus célèbre des camps de la mort. Les barbelés et les bruits d’univers concentrationnaire  surgissant régulièrement sur la toile de fond du décor sont une sorte de mise en abîme, si l’on peut dire. La dignité du vieux professeur et sa passion retrouvée en présence d’un unique élève cache mal sa pauvreté pécuniaire et un passé indicible.

 Voyage initiatique dans le temps : Stephen Hoffman,  (Jean-François Brion), un  jeune américain adulé est envoyé par son père en Autriche pour surmonter un  blocage soudain  et inexplicable dans sa  brillante carrière de pianiste prodige. Une condition : qu’il fasse œuvre de mémoire  en allant visiter Dachau. Mais arrivé à Vienne, il va devoir affronter un  professeur inattendu et grognon aux propos souvent  antisémites. Dès son entrée en scène le jeune pianiste triple A est arrogant, agressif  et agité par une nervosité fébrile. Il est clair qu’il ne veut pas repartir à zéro par le chant…. C’est un affront à son talent ! Les leçons démarrent tant bien que mal… 

12272878894?profile=originalCe qui  fait la beauté du spectacle n’est pas seulement le décor de l’équipe bien rôdée de Marc Cocozza, un décor aussi soigné que celui d’une antique boîte à biscuits, c’est la superposition extraordinaire de niveaux d’écoute qui rendent l’œuvre universelle et en font une leçon de vie et une leçon de mémoire.  Et quelle polysémie dans cette complexité symphonique ! S’opposent sur le plateau l’allemand et le français,  l’ancienne Europe et les Etats-Unis avant-gardistes, la  réflexion et l’émotion, la jeunesse et la maturité, le maître et l’élève, le père et le  fils, le piano ou le chant et la poésie, la dépression et l’exaltation,  le devoir de  mémoire et le pardon… et la liste n’est pas close!   Plusieurs thèmes bouleversants forment l’armature de la pièce: la controverse de l’élection de  Waldheim élu président de la République d'Autriche 8 juillet 1986,  le déni général du passé nazi de l’Autriche. La transmission et  le devoir de mémoire. Mais aussi le pouvoir de rédemption de l’amitié et de l’art,  l’importance de de l’appartenance à une culture donnée, allemande en l’occurrence, Heinrich Heine. Tout ceci est traversé par  l’utilisation de la dérision et de l’humour comme protection, voici un savoureux festival d’humour juif.   

Ce n’est pas fini.  Le cycle de chansons de Schumann : Dichterliebe constitue  autant de volets …bénéfiques  à l’articulation de la pièce. Des paroles de désir et de volupté se greffent sur la mélancolie de la musique : de la beauté pure, à en croire le profeseur de musique ! Ces volets  illustrent à la perfection la  belle phrase de Bertold Brecht: « La qualité d’un homme se révèle à travers ce qu’il pleure et la manière dont il le pleure » Le langage universel de Liszt, Beethoven, et des variations Goldberg de l’Aria de Bach seront également de la partie… Détail intéressant : en fin de tableau, tandis que Mashkan joue un morceau, une version enregistrée survient, parfaitement alignée sur la musique jouée, jusqu’à ce qu’elle soit interrompue par le premier accord  qui ouvre la  nouvelle scène, comme par magie ! Un procédé  où lumières, musique et comédiens sont  orchestrés à la seconde près... Travail millimétré ! 

Ceci  nous mène évidemment à parler du travail  gigantesque du metteur en scène,  Jean-Claude Idée. In illo tempore, il nous a dit avoir reçu des mains de Jean Piat la traduction de la pièce « Old Wicked songs » à l’affiche de Broadway plus de 200 fois en 1996… Une des œuvres de  Jon Marans, auteur New-Yorkais. Le titre se réfère à la dernière chanson du cycle de Schumann « « Die alten, bösen Lieder ».  Jean-Claude Idée  laissa fermenter le projet pendant dix ans. Il est en effet très malaisé de monter un tel spectacle qui, sans être une comédie musicale, marie le verbe, le roi des instruments de musique,  et le chant sur scène. Le tout en traduction française avec des passages en allemand. C’est finalement l’adaptation très fluide de  Thomas Joussier de 2010 qui a été retenue pour la qualité de la version française. Mais surtout, Jean-Claude Idée  a  fini par trouver  en Alexandre von Sivers et en Jean-François Brion, les  deux fabuleux interprètes qu’il attendait.

Ceux  qui savent mettre des sentiments  à la fois sur un clavier, des mots et des paroles. Des comédiens qui savent d’instinct trouver la gestuelle adéquate quand les mots se dérobent et que l’indicible apparaît.

Du 19 au 29 mars 2013 Rencontre avec les artistes : le 28/3 Au Théâtre Jean Vilar

0800/25 325

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=501

 Une production de l'Atelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa.

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12272887474?profile=originalLes deux gentilshommes de Vérone de W. Shakespeare au théâtre le Public

 

Fraîcheur In Tenebris, avec délices. Les ténèbres du temps ou  les ténèbres de l’époque, c’est selon. Un bord de scène  vaste et ensablé comme un bord de mer, protégé par la rampe d’une digue, et des vagues  qui mugissent dans la belle lumière méridionale. Serait-on dans une Bruges-la-morte italienne ? Ou « seulement » dans l’imaginaire fantaisiste du jeune Shakespeare ?  Au bord de la plage surréaliste,  rien d’autre qu’un lit en fer forgé pour représenter  trois lieux : Vérone, Milan et les bois de limitrophes de Mantoue entouré de vagues.  La mer, la plage sont le creuset naturel de l’éclosion des sentiments d’amour chez les  jeunes adolescents …et les jeunes comédiens que l’on croirait à peine sortis du Conservatoire s’y ébattront  devant nos yeux étoilés, avec  délices.

Les comédiens promènent leurs allures  désinvoltes et enjouées de  jeunesse éternelle. Eternelle surtout dans le sens où, que ce soit le XVIème siècle ou le nôtre,  toutes les marques de  vitalité, de  sensualité et d’ingéniosité et de frivolité adolescente sont présentes. Voici un spectacle efficace, dynamique et assumé. On semblait au début  flotter agréablement  dans le rêve de bonheur,  une sorte d’âge d’or, de paradis, où l’amour est loi et où la trahison n’a jamais lieu.  Sauf que - c’est SHAKESPEARE qui nous le dit -  : le ver est dans le bouton de rose, et rien n’y fait, c’est le lot de la condition humaine.  C’est aussi sans compter avec l’inconstance masculine.  L’exquise Julia, délaissée par Proteo son amoureux parti rejoindre son ami Valentin (Julien Vargas) à la découverte du monde et des richesses à Milan, devra se déguiser en page et tenter avec retenue et sagesse, de renouer l’amour perdu. Un thème qui peut sembler familier à beaucoup.   Détail piquant que celui de la jeune femme débordante de féminité qui doit s’habiller en homme. C’est une  première dans le théâtre Elisabéthain. Et quel bout de femme direz-vous ! C’est la même comédienne éblouissante que l’on a vu jouer récemment dans « l’Eveil du printemps » au théâtre le Public sous la direction de Jasmina Douieb. Sherine Seyad explose de vie, d’enthousiasme et de générosité.  « Croquez la Vie  à belles dents ! » semble-t-elle dire en vous regardant! Dans le texte, elle s’exclame sans honte : « Il est bien moins honteux pour une femme de changer d'habit, qu'il ne l'est pour un homme de changer d’âme ». Et elle a raison. La tendresse vivifiante a raison. Elle a raison, de préférer le pardon aux invectives délétères.

Mais il y a toute une bande de jeunes fauves aussi craquants et butineurs autour de Julia et de sa servante sulfureuse (Aurélie Trivillin). A commencer par le Proteo (Baptiste Blampain) qui rejoint son ami Valentin au palais du duc et  tombe éperdument amoureux de Silvia. L’amour est aveugle, il va tenter sans vergogne de l’enlever à ses deux admirateurs : Valentin (qui avait pourtant juré de ne jamais tomber amoureux) et Thurio   le galant un peu idiot et de triste compagnie choisi par le père un peu guindé (Philippe Vuilleumier). Le prétendant grotesque  est admirablement campé par l’excellent Vincent Sauvagnac. Et il y a l’impayable  couple de serviteurs bouffons des deux gentlemen, Launce et Speed. Speed : on ne peut pas faire plus moderne (Alexis Julemont). Launce (Real Siellez)  est le maître humoristique absolu - pecking order oblige !-  d’un chien mal léché et malappris qui moque à grands renforts de pitreries  les grands de ce monde. Des moments où la salle entière bouillonne de vagues de  rires. Il y a des brigands masqués et il y a la grande Sylvia (Jeanne Kacenelenbogen), décidément une grande dame : « Pourquoi n'aimez-vous point celle qui vous aime? Repense à ta Julia ! Tu lui dois mille serments. Tu n’as plus de parole, à moins que tu n'en aies deux, ce qui est pire que de ne pas en avoir. Quand la foi est double, il y en a une de trop. N'as-tu pas trahi ton meilleur ami? » Le texte modernisé au passage, garde quelques succulents subjonctifs imparfaits et reste jubilatoire comme il se doit. La comédie bat son plein. On repart de là ayant fait le plein d’un lavis intense de  bonheur de jeu  et d’accords de guitare.  

Robert Bouvier est le metteur en scène passionné, aidé de la très belle  distribution suivante :

Baptiste Blampain | Protée

Mirko Dallacasagrande | Le musicien

Alexis Julemont | Speed, Eglamour, brigand Mario

Jeanne Kacenelenbogen | Silvia

Gilles Masson | Le musicien, brigand Beppe, Pantino

 Vincent Sauvagnac | Thurio, Pantino

Sherine Seyad | Julia

Real Siellez | Launce, brigand Lino

Aurélie Trivillin | Lucette, Gina, brigand Moïse

Julien Vargas | Valentin

 Philippe Vuilleumier | Duc de Milan, Antonio

Scénographie, costumes Cécile Balate, Delphine Coërs, Lumières Jonas Bühler, 

Musique Mirko Dallacasagrande, Aureliano Marin, Stéphane Roethlisberger,

Univers sonore Julien Baillod

Coproduction Compagnie du Passage – Neuchâtel / Théâtre Le Public – Bruxelles

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=323&type=1

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KANDINSKY & RUSSIA, Du 8 mars au 30 juin 2013 aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

 

Scène russe, Dimanche (Vieille Russie), 1903 - 1904 Tempera sur carton, 23 x 54,7 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris Legs Nina Kandinsky, 1981© Adagp, Paris

 

C’est la première fois que cette collection de 150 œuvres sera montrée en Belgique. Elle témoigne de la complexité d’un artiste habité à la fois par le courant symboliste russe, la culture grecque, la métaphysique allemande, la spiritualité orthodoxe et l’ésotérisme.

De double ascendance mongole et slave, Kandinsky  est né à Moscou en 1866 et passe son enfance au sein d’une  une famille aisée à Odessa. Il suit des cours de musique, d’allemand, achète ses premières couleurs…voyage.  En 1886 il choisit  des études de droit et d’économie politique. En  1889, il participe à un voyage d’étude dans la province de Vologda, à 500 Km de Moscou, pour étudier les coutumes relatives au droit paysan. C’est là qu’il a  son premier éblouissement  artistique en visitant une isba

 

« Jamais dans ma mémoire je n’oublierai les grandes isbas de bois à deux étages avec leur samovar brillant à la fenêtre… »

Kandinsky évoquera ce voyage plus tard dans ses Rückblicke (Regards sur le passé): « Je n’oublierai jamais les grandes maisons de bois couvertes de sculptures. […] Elles m’apprirent à me mouvoir au sein même du tableau, à vivre dans le tableau. Je me souviens encore qu’entrant pour la première fois dans la salle, je restais figé sur place devant un tableau aussi inattendu. La table, les coffres, le grand poêle, qui tiennent une place importante dans la maison du paysan russe, les armoires, chaque objet, étaient peints d’ornements bariolés étalés à grands traits. Sur les murs, des images populaires, les représentations symboliques d’un héros, une bataille, l’illustration d’un chant populaire. […] Lorsqu’enfin j’entrai dans la pièce, je me sentis environné de tous côtés par la peinture dans laquelle j’avais pénétré. […] C’est à travers ces impressions vraisemblablement, et non autrement, que prit corps en moi ce que je souhaitais, le but que je fixai pour mon art personnel. »

Il a  pu contempler en face le miracle de la spiritualité qui émerge de la vision qu’il a eue. Le coin rouge  dont le nom signifie  en russe « bel angle rouge » était rempli d' icônes, d’images accrochées peintes ou imprimées. Une petite lampe rouge brillant fidèlement pour le recueillement.  Il décide alors que ses tableaux devront recréer la même impression magique qu’il a ressentie dans l’isba  le jour de cette visite mythique. Un vibrant appel spirituel semble fuser des icônes à fond doré qui peuplent sa vie intérieure. Il s’agit d’un regard vivant qui semble être enchâssé dans la forme.

En 1896 il refuse une chaire de droit en Russie et commence  des études de peinture à l’âge de 30 ans à Munich où il étudie à l’Académie des Beaux-Arts.

 Pendant l'été 1911, Kandinsky a l'idée de constituer un recueil de textes sur l'art moderne avec ses amis artistes à Munich. Avec Franz Marc  il choisit le titre : Der blaue Reiter. En effet  les deux artistes adorent  le bleu. C’est la masculinité, et la spiritualité. Tous deux sont à la recherche de l’être absolu.  Marc aimait les chevaux, et lui les cavaliers. Kandinsky aimait beaucoup la figure du chevalier et en particulier celle de Saint-Georges terrassant le dragon, héritage du Saint-Empire romain germanique. Pour Wassily, le cavalier représente  l’artiste libéré du passé et du carcan des traditions. Le cheval représente le talent de l’artiste. Il porte le cavalier avec impétuosité et vitesse, mais  c’est au cavalier de guider sa monture.  L'artiste doit apprendre à connaître de mieux en mieux ses compétences et repousser ses limites  comme le cavalier le fait avec son cheval. Ces artistes voudraient imaginer un art qui ne connaîtrait « ni peuple, ni frontière, mais la seule humanité.»

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 C’est en 1911 que Kandinsky peint « Tableau avec cercle » (Bild mit Kreiss) un tableau  en provenance du Musée des Beaux-arts de Tbilissi en  Géorgie. Un cas isolé dans la production d’alors mais néanmoins la première peinture à l’huile abstraite de l’art européen.  L’œuvre porte au dos  l’inscription « première peinture non objective ». Kandinsky est mal à l’aise avec cette œuvre qui rompt avec toute forme et n’est que jaillissement de mouvements et de couleurs. L'avènement d'un nouvel âge, celui de l'esprit pur? Sorte d'apocalypse joyeuse qui transformerait l'ensemble de l'Univers.  Une expérience de l’artiste initié proche de l’expérience du shamanisme. L’objectif de l’art est d’avoir une compréhension élargie du monde où nous vivons.  

12272875298?profile=originalLa toile « Saint Georges II » (1911) s’inscrit dans les débuts de la période abstraite, au moment de la création simultanée des « Improvisations » et des « Compositions ». L’Improvisation trouve ses sources dans des souvenirs épars, des impressions de la « nature intérieure », c’est-à dire inconsciente et spontanée. L’Impression trouve son origine dans l’impression directe de la nature et la Composition est une création consciente souvent précédée de nombreuses études. L’artiste rompt totalement avec la représentation mimétique des objets. Explosions de formes, contrastes éclatants de couleurs, arcs puissants, énergie impétueuse. Dissonances presque musicales, à l'instar de celles de Schönberg.   Dans  son manifeste « Du spirituel dans l’art » Kandinsky comparait «  l’état d’âme en train de s’éveiller à  un point de lumière qu’elle entrevoit dans un immense cercle noir. »

Ci-dessous, « Improvisation 11 » 1910

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L’exposition rassemble environ cinquante « œuvres perdues », provenant du Musée d’Etat de Saint-Pétersbourg, de musées  provinciaux russes et de collections privées ainsi que du Centre Pompidou. Elle recouvre la période comprise entre les années 1901 et 1922, quand Kandinsky quitte définitivement la Russie Soviétique après avoir été un partisan dans les premières années de la révolution. L’ombre totalitaire plane sur les artistes et son rêve de fraternisation s'écroule car il appartient à une bourgeoisie en voie d'éradication. De cette époque (1918) datent quelques  ravissantes peintures sur verre,  illustrant des contes et légendes.  Des petits bijoux romantiques au charme désuet de style Biedermeier: « Nuage blanc», « Amazone dans la montagne », « Nuage doré »  sont en provenance du Musée Russe de Saint-Pétersbourg.   Il se trouve en porte à faux avec les révolutionnaires, alors qu'il est commis à la réorganisation des musées. Il accepte donc  la charge qui lui est offerte en Allemagne par Walter Gropius: enseigner au Bauhaus aux côtés de Paul Klee. A la fermeture du Bauhaus, taxé « d’art dégénéré »  par les nazis en 1933, il émigre alors en France et y vit le reste de sa vie, acquérant la nationalité française en 1939. Il s'éteint à Neuilly-sur-Seine en 1944, laissant derrière lui une œuvre fantastique.12272875476?profile=original

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L'exposition consacre une section fascinante aux racines visuelles et conceptuelles qui forment la base de l'œuvre de Kandinsky, l’univers des objets du folklore scythe, l’univers des contes (animaux mythiques, sorcières chevaliers et princesses) et de la musique russe (Rimsky Korsakov). Kandinsky est intimement attaché à la tradition culturelle russe et l’intériorise particulièrement lors de son exil définitif. L’orthodoxie de l’icône chevauche la fiction littéraire des contes et légendes de la grande Russie et constituent la fabrique de son imaginaire.   Cette section   regorge d'objets rares appartenant au shaman ou à la vie paysanne.

En conclusion, l’exposition retrace tout  le cheminement artistique de Kandinsky avec comme point de départ les peintures conçues dans l’ambiance symboliste et poursuit avec celles de la période de Murnau (Munich)… Ci- dessous deux : « Murnau, Paysage d'été » , 190912272876899?profile=original

12272876688?profile=originalavant l’explosion de l’abstraction.  Sont exposées également des œuvres de Gabriele Munter, Alex Jawlensky, Marianne Werefkin et Arnold Schönberg). Sans oublier d’autres compatriotes russes comme Mikhail Larionov, Natalia Gontcharova, Kazimir Malevitch, Nicholas Roerich, Mikhail Vroubel et Ivan Bilibine. Une mine d’or de L’ART RUSSE  et une  large main tendue vers L’EUROPE.

12272877477?profile=originalAnonyme, « Icône du Mandylion »  (Sainte Face) XVIe siècle12272878299?profile=original

« Composition sur fond blanc » 1920

Pour finir, Les Musées royaux des Beaux-Arts n’oublient pas leur public jeunesse. Les trente premiers numéros de l’audioguide sont destinés aux enfants de 6 à 12 ans (et plus, pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant!) afin de mieux apprécier les œuvres ...exposées à leur hauteur ! De la musique russe de l’époque de Kandinsky et des contes merveilleux y ont été intégrés avec bonheur.  On vous recommande l'histoire du Tsar Saltan. Le magnifique catalogue, très attrayant et informatif est un outil précieux à celui qui veut se plonger dans les racines de l’art abstrait en Europe.

Détails utiles : 02 508 32 11 – www.fine-arts-www.museum.be

  • lieu: 3 rue de la Régence - 1000 Bruxelles
  • dates et heures: Du 8 mars au 30 juin 2013 (fermeture  le 1er mai)
  • Du mardi au dimanche de 10h à 18h30  (dernière entrée à 17h), avec des nocturnes les mercredis de 18h30 à 20h (dernière entrée à 18h30)

et aussi

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130308_002  où vous pouvez trouver une  charmante vidéo faite le jour de la conférence de presse par un jeune  journaliste canadien.  

 


 

 

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administrateur théâtres

Balance-moi,  choses qui émeuvent un huit mars,

Un drame qui nous balance, du rire aux larmes,  de et avec Dorothée Schoonooghe

Camille Limbourg est une trentenaire de taille et de corpulence moyenne. Elle est le type de fille « classique ». Bien sûr elle se trouve grosse, et laide, et inutile, et incompétente, et… elle cherche le grand amour. Mais surtout, elle consomme tous les « fast-food » de notre société.

« C’est quoi ta vie ? Acheter des produits light, vivre sur ta balance, passer ton temps à faire régime alors que les trois quarts de la planète crèvent de faim ? »

Aux Ecuries de la Maison Haute (Bruxelles) les 14, 15, 16 mars 2013 à 20h30 | Réservations

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We will, we will rock you!

Lumineuse, Camille Limbourg sort d’une des quatre cabines d’essayage (tiens-donc !) qui constituent le seul décor de « Balance moi ». La sobriété absolue des quatre cadres protégés par un rideau aux transparences minutées, n’empêche pas le spectateur d’attendre avec gourmandise le prochain lever sur l’intimité peinte en rose de la comédienne. Les jeux de lumières sont d’une rare beauté, mais cette femme, n’est-elle pas, lumineuse en elle-même ?   

Il est même difficile de faire la part des choses : où se situe la part de comédie et la part personnelle dans ce spectacle toute en tendresse et en authenticité ? Le  seul en scène de  Dorothée Schoonooghe  est une abondante moisson dramatique des états de la Femme, très  loin ou à rebrousse-poil  des stéréotypes que les médias et la société  nous imposent.

Lucide, elle ne cherche pas à « avoir » mais à « être »   Elle est la version féminine de l’anti-héros et n’a rien à voir avec la Femme des années 80, revisitée ou non, par le chanteur bien connu.  Clameurs,  gloussements et rires accueillent ses répliques et ses postures imaginatives, sa totale vulnérabilité et sa résilience. Voici un spectacle qui fait du bien et qui dilate le cœur. On trinque avec elle joyeusement (au propre et au figuré) et on participe avec bienveillance  à toutes ses ratées ingénues qui font sa succulente humanité et qui mettent en scène la totale générosité du savoir être.

L'écriture de Dorothée Schoonooghe  est plurielle. Elle s’est faite en  collectionnant au fil du trottoir des témoignages authentiques de la «  res femina ». Justement le sujet proposé par la Vénerie dans son festival « Les Venus de Mars » dont le premier volet était « Le monde de Luce et ses extases ». Un troisième volet sur les planches intitulé « La Mécanique des Femmes» est prévu les 28/29/30 mars aux Ecuries de la Maison Haute, sur un texte ambigu et puissant de Louis Calferte.

Mais, pour en  revenir à la mosaïque de femmes « all-in-one »  évoquées dans « Balance-moi », on constate que la joie de vivre, la ténacité devant les défaites amoureuses ou professionnelles n’entament aucunement la belle humeur de la comédienne. Si son visage et son corps se flétrissent au moindre vent de tragédie, elle retrouve son sourire radieux instantanément, se séchant (les larmes entre autres) … à une vitesse vertigineuse ! Vous reviendrez même, comme d’autres spectateurs, plusieurs fois, vous inonder de ce bonheur de scène, qui produit un bienfaisant effet de jouvence en ce frileux mois de mars.  

Camille Limbourg, drôle et attachante, incarne une foule de personnages qui traversent sa vie dans un manège très maîtrisé. Les quatre cabines d’essayage s’ouvrent comme des boîtes à surprises sur quatre situations burlesques et ses états d’âme en évolution. Frustrations, désirs, heurs et malheurs, tout  passe par une volubilité naturelle que même une séance de yoga n’arrive pas à endiguer. Tout passe par des silences plus que comiques  qui subjuguent un spectateur presque étourdi, quand lui-même n’est pas  sommé d’être partie du spectacle.  On est dans la salle du centre sportif, on est la mère de la mariée, le lâcheur qui part avec une autre,  on est aux entretiens d’embauche et dans tous les petits boulots, on est solidaire de tous les artistes, on est dans la solitude du supermarché,  on est seul en Inde, et derrière le révolver.

« C’est quoi ta vie ? Acheter des produits light, vivre sur ta balance, passer ton temps à faire régime alors que les trois quarts de la planète crèvent de faim ? »

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