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Seulement jusqu'au 14 avril! "Le prénom" de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière au théâtre des Galeries, Bruxelles 1000

"Le prénom" : gastronomie théâtrale étoilée

Présentée à Paris en 2010, la pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, jeunes et brillants scénaristes parisiens, est  un triomphe renouvelé chaque soir à Bruxelles, au théâtre des Galeries, plein hier soir jusqu’aux tréfonds des deuxièmes balcons.

Une gageure, quand on sait que le rôle de Vincent était joué par Patrick Bruel. Le belge Stéphane de Groodt n’a rien à lui envier.  Elisabeth et Vincent, frère et sœur très unis, sont  bien installés dans la vie. L’une, plutôt  intello de  gauche et l’autre, plutôt entrepreneur, caviar et vins millésimés. Lors d’un dîner avec leurs conjoints respectifs Pierre et Anna, une discussion carillonnante, juste pour rire, met le feu aux poudres devant leur vieil ami, Claude, resté célibataire. La mixologie est haute en saveurs : perles qui éclatent en bouche (Vincent), gels alcoolisés (Pierre, le péroreur invétéré, magnifiquement  joué par Steve Driesen), mousses aériennes (la délectable Anna jouée par Chistel Pedrinelli). Dérapage très peu contrôlé vers un déballage vertigineusement  caustique et acéré  de ressentis des deux couples qui ravage le loft peuplé de livres, photophores et objets d’art. Le décor très réussi de Lionel Lesire est remarquable.  Jongleries verbales, « body language » éloquent, silences lourds de sens, mots qui en disent long,   alliances éphémères aux cinq coins de l’étoile des convives qui ne se mettent jamais à table. Le huis-clos nerveux est un lieu où tout fait rire.  Comme il se doit, Elisabeth, centre vital,  gère la cuisine, les enfants, sa mère qui est veuve et accessoirement son métier, elle qui s’est tapée les recherches pour la thèse de l’éminent mari. Vincent ne peut ouvrir la bouche sans feinter, grimacer et provoquer toute âme qui vive en particulier son beau-frère. Anna, ravissante créature installée dans le monde de la mode ne touche pas terre et arrive bien en retard, lorsque l’atmosphère est déjà incandescente.

 Elle se jette dans la mêlée avec la  féminité redoutable et fascinante de la jeune parturiente. Au nom de quoi ose-t-on se mêler du choix du prénom de leur futur rejeton? Débat houleux mais pétillant sur les prénoms rares.  

 

 L’ami Claude, tromboniste de métier qui a débarqué en habit de concertiste ravit par son calme. Nicolas Buysse donne à son personnage  les atouts d’un  lac suisse jusqu’à ce qu’il s’arme  soudainement d’un redoutable canif du même nom  et éventre  un sac familial  bourré de  secrets et de déclarations maléfiques. Il y en a des cadavres dans le placard, y compris celui d’un pauvre caniche nommé Moka!

Les conflits tous azimuts agitent dangereusement  la vague de fond domestique, retenue jusqu’alors.  Qui répond au téléphone ? Qui ouvre la porte ? Qui cuisine et dessert tout en courant recoucher les enfants réveillés par la montées des flots de  décibels?   A force de jouer à la dispute, les griffes de la discorde se plantent dans le corps familial qui subit peu à peu  un dépeçage méthodique.  Déferlante  de contentieux  qui se suivent et virevoltent à en perdre haleine. Le problème – que la sensible Elisabeth (Catherine Claeys) est finalement  la seule à identifier, est ce jeu puéril de Touché-Coulé sans merci ni pardon dont tout le monde raffole pour faire de l’esprit à tout prix.  Heureusement que le genre de la pièce (noire à souhait) reste celui d’une comédie houleuse délicieusement  hilarante. La mise en scène raffinée  de Martine Willequet est réglée jusqu’au dernier grain de sel. De la haute cuisine moléculaire.

  Le jeu des comédiens belges, tous aussi étincelants dans leur rôles explosifs, est si assumé, si subtil et  si bien développé qu’il renvoie le spectateur aux déjà-vus de sa propre vie. Celui-ci, pris dans la tourmente des sentiments humains, reconnait les messages qui tuent,  les intonations assassines, la passion pour la prise à rebours systématique, la perfidie et la richesse du  théâtre quotidien entre quatre murs et entre quatre-z-yeux. La mise à nu, par la vertu du rire, est osée et lucide!

http://www.trg.be/

Seulement jusqu'au 14 avril!

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Commentaire de Deashelle le 13 avril 2013 à 19:30
Commentaire de Deashelle le 12 avril 2013 à 15:09
Interview de Stéphane dans Le Grand Mag !
Le grand Mag 25/3/2013 - Stéphane de Groodt - La Première podcast
 
Commentaire de Deashelle le 12 avril 2013 à 15:07

Il attire les foules ! Succès amplement mérité pour ce vaudeville moderne, huis clos ultra malin de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Sorte de cousins de Yasmina Reza ("Art, le Dieu du Carnage") et de Jaoui-Bacri ("Cuisine et Dépendances"), les deux auteurs français manient les répliques comme on sabre le champagne, d'un coup net et festif. 

L'embêtant avec ce genre de pièce, c'est qu'on ne peut quasiment rien en dire, l'effet comique reposant sur les petits mensonges et grandes révélations dégoupillés par ce qui ne devait être qu'une bonne blague mais finit par faire exploser les convives. Ce soir, Vincent est invité chez sa soeur Elisabeth, et son beau-frère, Pierre, en compagnie de sa femme, Anna, et d'un ami, Claude. Vincent va être papa et dévoile le prénom qu'il entend donner à son fils. Le choix horrifie la petite assemblée et déclenche quelques petits règlements de compte. On n'en dira pas plus, juste que la soirée file de manière enlevée, croquant au passage une faune parisienne, bobo, cultivée et hypocrite. La distribution est impeccable, emmenée par un duo qui fait des étincelles, Stéphane De Groodt et Steve Driesen, frères ennemis jouant sur les mots avec brio. Dans un intérieur chic, la mise en scène de Martine Willequet laisse simplement opérer la virtuosité de la conversation, la tendresse des moqueries et le piquant des dialogues. 

Ce "Prénom" là vient de faire un nom. On vote pour une reprise la saison prochaine !

CATHERINE MAKEREEL

La chance frappe à la porte de Stéphane De Groodt : notre entretien.  
 

Commentaire de Deashelle le 12 avril 2013 à 15:06

administrateur partenariats
Commentaire de Liliane Magotte le 12 avril 2013 à 13:18

Merci Deashelle !

Je l'ai vu au cinéma , mais je suppose que la pièce de théâtre doit être encore plus croustillante !

Ah quel dommage que je sois si loin de Bruxelles

 

 

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