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Publications de Deashelle (974)

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Quand les attentats de Bruxelles vous  ont fait perdre les pédales, ou le clavier…

On était sur le point d’écrire, quand soudain l’innommable se produisait aussi à Bruxelles, tuant en chacun de nous le sentiment de paix et de sécurité, dérangeant le berceau où éclosent les plus belles fleurs des Arts et des Lettres, toute musique tue, assourdie par les déflagrations barbares. Tant de respirations humaines disparues ou de familles blessées à jamais!  Vivons-nous désormais à contre-sens ? Le monde, le grand William l’avait bien dit, est un théâtre !

Nous  en avons mis du temps pour renouer avec le sens ! On a fait retraite dans un petit village de Savoie, question de s’éloigner de la folie humaine, s’approcher des nuages, se bercer du ciel des sommets. En phase avec la nature, se remettre au retour dans  un attelage d’une semaine aux travaux de la terre, dans un jardin défiguré par l’hiver. Loin des nouvelles du monde, dans les replis de la germination, dans le secret de l’humus prolifique.  Il a fallu ce contact intime avec la nature, travailler sans gants bien sûr,  pour que culture revienne, et que l’écriture renaisse. Et puis on s’est souvenu de ce petit bijou donné quelques jours avant le drame,  avec tant de générosité dans ce café-théâtre bruxellois, pourtant mythique, où nous n’avions jamais mis les pieds. Et le clavier s’est remis en route, même si l’âme est toujours cabossée, pour accompagner les artistes dans leur voyage.   

Tout commence par l’amitié avec l’un des deux comédiens, Marc De Roy. Il nous invite à déguster  quelques  textes exquis, servis sur canapés et chaises de bistrot,  interprétés avec brio avec son comparse non moins exquis : ValéryBenji lali, dans un petit lieu chargé d’histoire, La Soupape.  Ils vont mettre en scène  un choix de textes de Jean-Michel Ribès à l’humour corrosif, aux doubles sens pernicieux, sous des dehors bon enfant. Il est auteur et metteur en scène d’une vingtaine de pièces, dont Les Fraises musclées (1970), Tout contre un petit bois (1976, Prix des « U » et « Prix Plaisir du théâtre »), Théâtre sans animaux (2001, Molières de la meilleure pièce comique et du meilleur auteur) et Musée Haut, Musée Bas (2004, sept nominations aux Molières,  et Molière de la révélation théâtrale pour Micha Lescot). Pascale van der Zypen est à la mise en scène de ce théâtre de l’insolite.  

 Les saynettes mi-figue, mi-raisin, partent de situations courantes gonflées par l’absurde, irriguées par le non-dit, musclées par l’énergie théâtrale des comédiens. L’inventivité poétique des deux compères les fera adroitement éclater comme bulles de savon, les unes après les autres. Ils vont tirer sur tous les dysfonctionnements du monde et feront mouche. Il n’y a qu’à se d’ailleurs baisser pour ramasser tout ce qui est bancal, source de chagrin et de désillusion!

  Le « Je voudrais changer de rôle » au théâtre se retrouve bien sûr dans un bureau de change. Ce n’est qu’un exemple, tout est à l’avenant, un peu à la manière de Raymond Devos.  Il est mort le théâtre? Question on ne peut plus absurde, car les poètes des planches sont bien vivants et le texte se gorge de dérision. Les allusions cachées les références parodiques se succèdent dans un rythme de kaléïdoscope. L’observation de la gent humaine se précise, coups de griffes et coups de plumes se succèdent, Et vlan pour les frères ennemis, les présidents de la république, les parcours de musées, la pesanteur de l’attraction universelle, les peurs paniques que l’on voudrait mettre au frigo, la violence de l’instinct de survie, le sursaut de bonheur…  Ils sont les pionniers de la liberté,  Le pied de la lettre fait des pieds et des mains pour s’affranchir de l’aliénation, et volent les goélands!

  Les costumes s’endossent, s’enfilent et s’abandonnent  dans une incessante  recréation. Guitare et voix jouent les profondeurs de Serge Reggiani, Il n’est vraiment pas mort, ce théâtre tant il surprend! Et pourtant l’espace de jeu est exigu, mais la salle pleine à craquer est subjuguée par cet univers du non-sens, de l’espièglerie, et la cocasserie des situations. Bravissimo plutôt que Bravo, vous apprécierez vous aussi, si comme nous, vous  rêvez de sortir des chemins tout tracés, des ornières profondes, des habitudes de sérieux, du formatage des  conventions. Prendre le large, en prenant la tangente dérangeante, et direction « Je voudrais changer le monde! » Mais où est donc le bureau de change? Si vous riez, c’est gagné !   

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administrateur théâtres

L’émotion est déjà sur le qui-vive quand  l’orchestre dirigé par Cyril Englebert, salue respectueusement le public avant de se mettre à jouer. Délicate attention ou respect ressenti pour l’auteur du personnage de Manon, la délicieuse grisette condamnée par la société, qui eut le malheur de savoir se donner?

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Entre opéra-comique et drame sentimental, la « Manon Lescaut » (1856)  de Daniel-François-Esprit Auber, celui qui écrivit aussi La Muette de Portici, est une œuvre rarement jouée de nos jours. C’est la dernière  production et la seule œuvre du compositeur se terminant  de façon tragique. Le livret se base sur la très profane œuvre de l’abbé Prévost, jugée scandaleuse à l’époque : l'Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut qui fait partie Mémoires et Aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde (7 volumes, rédigés de 1728 à 1731). Ce joyau romantique aux immenses qualités humaines  emporte l’imaginaire et  a créé une légende intemporelle de la condition humaine qui inspirera encore Jules Massenet (1884) et Puccini (1893).

manon_lescaut_site_lorraine_wauters_-_opera_royal_de_wallonie-15.jpg?itok=rvYXcg2CEn 1830 apparaît un ballet-pantomime en trois actes de Jean-Pierre Aumer,  sur une musique composée par Jacques-Fromental Halévy. Cette œuvre insiste fortement  sur la légèreté et la frivolité de la dame. Le livret  d’Eugène Scribe utilisé par Daniel Auber gommera ces aspects et ajoutera un couple modèle de la bonne société bourgeoise de l’époque : Marguerite et Gervais qui représentent des valeurs morales édifiantes. Ils gagnent leur vie honnêtement et souscrivent aux valeurs familiales du 19e siècle. «Il faut, prudente et sage, devenir une femme de ménage » ! « Le ciel récompense la sagesse, le travail et l’amour ! »  Un rôle en or pour le beau timbre de l’excellente Sabine Conzen, toute en finesse, en fraîcheur et en spontanéité. Le ténor Enrico Casari interprète un Des Grieux  très juvénile.

 

A la fois grave et légère, l’écriture orchestrale est  très équilibrée et dirigée de façon très  souple et pétillante par le jeune chef Cyril Englebert. Il est même des moments où les yeux, quittant les protagonistes,  se portent vers la fosse de l’orchestre et la baguette du maître tant la musique souligne avec charme les sentiments qui se jouent sur scène. Le jeu des différents pupitres est précis et élégant …. Complètement dix-huitième!   Le travail des bois est admirable, la harpe émerge avec grâce pour célébrer l’union mystique dans le désert, la contrebasse inquiète cerne les dernières pulsations avant la mort de la belle.  

 Dans le rôle-titre, comme il  se doit, une voix de soprano colorature,  mais moins épanouie, moins charnue que ce que l’on pourrait rêver, sans doute à cause de la difficulté de la  diction française pour une jeune asiatique. Si la sentimentalité est quelque peu retenue par le masque poli du sourire, la technique des vocalises volatiles est superlative dans les cinq solos qui se  fondent en  chants d’oiseaux en délire: de la grive à la fauvette des jardins, en passant par les  timbres ludiques  du rossignol. La Manon interprétée par la coréenne Sumi Jo est peu passionnée ou voluptueuse, mais accroche par une technique d’acier trempé! Très malicieuse dans l’air des éclats de rires.  La dernière scène où Manon, changeant d’hémisphère, est  sauvée d’un tigre sauvage par Des Grieux, est splendidement interprétée. Elle est anéantie par le ciel en feu et meurt de soif dans un désert en Louisiane. Elle implore Dieu pour qu’il jette sur le couple un regard favorable «  Tu fis du repentir la vertu favorable, pardonne-nous! »  Vêtue  de la robe de mariée  de Marguerite, elle attendra son compagnon d’éternité au ciel, « Comme un doux rêve, ce jour s’achève… » murmure-t-elle sans pathos, toute à la volupté de l’amour et à l’art de la chanson.  Elle a cessé de vivre ici-bas, c’est ce que semble nous dire l’image de son corps épanché comme une larme sur la gravure d’une carte de la Louisiane en page de garde d’un immense livre ouvert vers le ciel. Un tableau inoubliable.

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Quelques frustrations cependant pour les textes parlés : la distribution pèche un peu par la disparité des  accents sauf bien sûr celui de Roger Joachim qui installe un  fieffé Lescaut, cousin de Manon,   joueur et profiteur, très fier en jambes et en voix. Le deuxième solo, lourd d’émotion,  du Marquis D’Harpigny (Wiard Witholt) est bien sombre et menaçant, enfermant la pauvrette dans un chantage crapuleux et machiste. La gargotière, haute en coiffure, Madame Bancelin, est interprétée avec superbe par Laura Balidemaj et pose le décor social. Très beau réalisme des costumes signés Giovanna Fiorentini. Les Chœurs de l’Opéra royal de Wallonie  sont dirigés par Pierre Iodice. Ils mettent bien en valeur la hargne des foules avides de boucs émissaire, alors que le marquis, succombant aux blessures infligées par Des Grieux, a pardonné aux amants.

La mise en scène très habile de Paul-Emile Fourny et les décors de Benoit Dugardyn  réussissent à capter l’éternité de la légende de Manon, car le point de départ  est une superbe bibliothèque 19 ème   sous des arcades de style Eiffel, fréquentée par des collégiens 20 ème   en uniformes que l’on dirait anglais, penchés sur  quelques portables 21 ème dans la salle de lecture antique, tandis que d’autres fouillent les rayons à la recherche d’un livre 18ème . Quelques meubles vont et viennent, l’action se trame, la Louisiane apparaît et l’histoire se clôt sur la vision de cette jeune  étudiante éternelle qui remet délicatement dans les rayons le livre de l’abbé Prévost.

Au retour, résisterez-vous à l’envie de  fouiller votre propre bibliothèque et d’exhumer l’édition de vos années d’adolescence en format poche N°460 présenté par Pierre Mac Orlan?

DIRECTION MUSICALE : Cyril EnglebertMISE EN SCÈNE : Paul-Emile FournyCHEF DES CHŒURS : Pierre IodiceARTISTES : Sumi JoWiard WitholtEnrico CasariRoger Joakim,Sabine ConzenLaura BalidemajDenzil DelaerePatrick Delcour

NOMBRE DE REPRÉSENTATIONS : 5 DATES : Du mardi, 12/04/2016 au mardi, 19/04/2016

 http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/manon-lescaut

Et  le live, dès le 15 avril sur Culturebox : http://culturebox.francetvinfo.fr/festivals/opera-royal-de-wallonie-liege/manon-lescaut-d-auber-opera-royal-de-wallonie-237369

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                         Le vendredi 18 mars 2016 se  tenait au Studio 4 de Flagey une soirée caritative en faveur des enfants souffrant du cancer et de leucémie, organisée pour l’asbl SUN CHILD. Retour en arrière : en 1991, se constituait à l’initiative du Rotary de Waterloo, le Fonds Georges Kamp asbl, en reconnaissance à l'un de ses anciens présidents décédé des suites d’un cancer. Sun Child est aujourd’hui l’une des plus importantes œuvres d'aide à l'enfance  et est soutenue par la Fondation contre le cancer.  L’association prodigue aide sociale, morale et financière aux familles et soutient la scolarité des jeunes malades. Des volontaires font le lien entre l'école et l'hôpital. Sun Child organise aussi le transport des enfants gravement malades issus de milieux défavorisés vers les divers lieux de soins  avec 1000 missions de transport cette année.  L’association fournit une aide régulière à 150 familles précarisées et compte 1000 heures de présence auprès des enfants. Plus  de cent enfants accompagnés de leur famille participent chaque année aux séjours de vacances organisés par Sun Child. Un bel exemple de collaboration entre des sponsors dont l’aide matérielle est indispensable et une armée de volontaires très généreux de leur temps.

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  C’est  Palmo Venneri  le  directeur musical du HSCO Hulencourt Soloists Chamber Orchestra et  le directeur du Hulencourt Art Project  qui  a réalisé  pour la 5e année consécutive la  programmation de ce concert philanthropique  prestigieux. Un concert qui  prend  des airs de festival tant la programmation est variée et originale,  et accueille des artistes de tout premier plan.  Palmo Venneri  a pu réunir  le  pianiste  mythique Valery Afanassiev , le violoniste français Augustin Dumay attaché à la Chapelle Musicale,  et le chef d’orchestre japonais Sachio Fujioka. Il a fait appel à des chanteurs lyriques tels que la soprano  Julie Calbete  du Conservatoire Royal de Bruxelles, la  mezzo-soprano polonaise  Kinga Borowska, le baryton-basse Jean Delobel et  le chant soigné et approfondi d’Ivan Goossens, ténor  qu’accompagnaient  les Solistes d’Hulencourt, avec pour les chœurs, la participation de l’Ensemble vocal de l’Abbaye de la Cambre.

12525467_867328220061046_5421062698105856966_o.jpg Le concert commence avec une création mondiale. C’est une commande d’Augustin Dumay au compositeur belge Jacques-Alphonse De Zeegant : son  concerto n°2 pour violon et orchestre.  Quatre mouvements dont le premier débute par un solo d’Augustin Dumay. Une œuvre  très scandée par des accords de cordes, des cris fauves de vents, des percussions affirmées et de majestueux cuivres. Les solos roulent sur des échos de cordes et des éclats de bois  soutenus fidèlement par  la tendresse de la harpe. Des parties méditatives s’enchaînent, sortes de tableaux où se réveillent tour à tour des  tempi guerriers et des retours nostalgiques. Le quatrième mouvement  fourmille de pizzicati aux violoncelles, on repère quelques sonnailles de cloches et de chaleureux arpèges dans les cuivres. Le bouillonnement des percussions s’oppose au bruissement fruité des bois. Un bonheur sauvage saisit le violon soliste bondissant et  la salle sourit devant des syncopes un peu jazzy et  quelques  bruits d’ailes avant les derniers coups d’archet! Une composition  XXième siècle  qui entraîne dans le voyage musical sans effets dissonants et sans que le public ne soit perdu en chemin. C’est très appréciable.

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 On passe ensuite  au déploiement de couleurs  chatoyantes de la symphonie N° 1 (quatre mouvements en un) de  Samuel Barber, compositeur mondialement vénéré pour  son Adagio pour cordes.    L’occasion de se  laisser emporter par des  salves de sourires musicaux du jeune violoniste Stefan Tarara*  ou éblouir par un festival de papillonnements posés sur de fortes percussions. L’effervescence des cuivres festoie, les violons sonnent l’hallali ou entament des explosions printanières urgentes. Les bois regorgent de sève musicale, la répétition, la duplication est partout, des archets aux maillets. Après  le mouvement très apaisé de l’Andante tranquillo, presque paresseux, dominé par la harpe et les  hautbois, la direction du chef japonais Sachio Fujioka redevient  énergique pour la passacaille.  Le chef se donne corps et âme,  ne cessant  de  percuter fiévreusement sa poitrine de sa main gauche.  Les cuivres sont enveloppants, les violoncelles et contrebasses égrènent des arpèges ardents et insistants. La dramaturgie s’amplifie dans les crescendos de la finale. L’orchestre est soudé et les notes en cascades descendantes  déferlent et font penser à la chute d’empires orgueilleux. Tout semble consommé et les applaudissements rugissent dans la salle.

 

Ce n’est que la deuxième fois que l’on joue  l‘oeuvre suivante. Il s’agit de « la partition perdue… » la  Messe de Karol Kurpinski pour 4 voix, orgue et orchestre . Le programme nous dit que depuis près de 200 ans, il n'y avait plus trace de la partition de la messe de K. Kurpinski, compositeur polonais (1785-1857) jusqu'au  jour où elle réapparut lors d'une vente publique et fut acquise par M. Piotr Jeglinski qui, rencontrant le compositeur belge Jacques Alphonse De Zeegant, lui confia l'orchestration  pour la présenter   à Varsovie le 11 novembre 2015 à l’occasion de la Fête de l’Indépendance de la Pologne. Ce n'est qu'après avoir pris connaissance des œuvres de Kurpinski et étudié les méthodes de composition de l'époque  que Jacques-Alphonse De Zeegant entreprit d'orchestrer l’œuvre en y ajoutant quelques introductions, quelques passages entre les différentes phrases, tout en respectant l'écriture originale et en répartissant les parties vocales entre solistes et chœur. Jouer cette messe à l’approche des fêtes de Pâques confère sans doute à l’œuvre un climat particulièrement propice à une interprétation très intériorisée, et on peut dire que les 4 solistes et le Chœur ont donné toute leur richesse vocale à  la prestation. Particulièrement la soprano Julie Calbete a été remarquée par son rayonnement irrésistible de naturel et de fraîcheur,une voix légère et savoureuse, confondante d'aisance vocale dans des vocalises subtilement maîtrisées. La prestation de l' Ensemble Vocal de l'Abbaye de la Cambre a été remarquable dans sa dynamique  dramaturgique, conférant à cette messe un caractère envoûtant. Le public a eu bien du mal à s’empêcher d’applaudir après  l’interprétation extraordinaire du Credo, une dramaturgie en soi, avec un sublime équilibre entre le chœur et les solistes. L’orgue  a soutenu un Sanctus noble et grave, beau comme une cathédrale. L’Agnus Dei  sera bouleversant, vocalement de très haut niveau, particulièrement  grâce à Jean Delobel dont  le beau timbre lumineux a séduit l’assemblée. Tutti : Miserere Noooooo-bis!   

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Il n’y a pas le temps d’accorder un entracte, car voici la star pianistique de la soirée : Valery Afanassiev dont on redécouvre la rigueur précise, les clairs obscurs obsédants, les notes détachées, le jeu de mains et de poignets souple et élastique tandis que les doigts immenses semblent se raidir dans une frappe qui a la force de battoirs.  Son visage semble boire le clavier.  Ses embrasements font  presque oublier  qu’un orchestre est derrière lui dans cette interprétation magistrale du  Concerto pour piano n° 9, Jenamy dit Jeunehomme, K. 271, de Mozart écrit à Salzbourg en 1777, à l’âge de 21 ans.  Et ce n’est pas tout, il nous offrira ensuite un  autre Mozart en bis : la fantaisie en do mineur K 475.

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 Pour terminer cette splendide démonstration artistique,  voilà toute la fougue d’Augustin Dumay, incarnée dans un archet déchaîné,  étourdissant de couleurs et de variété dans une œuvre aux difficultés musicales apocalyptiques : Tzigane de Ravel pour violon et orchestre! Le public, ami de la musique, philanthrope  ou  simplement curieux aura été comblé par son langage très personnel.

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http://www.sunchild.be/index.php/fr/about

http://www.arthulencourt.eu/

http://www.dezeegant.com/fr

http://juliecalbete.eu

http://musicchapel.org/kinga-borowska/

http://www.jeandelobelbarytonbasse.portfoliobox.me/agenda

https://fr.wikipedia.org/wiki/Valeri_Afanassiev

* http://en.romania-muzical.ro/articole/art-index.htm?g=11&c=3271

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administrateur théâtres

1274660243.jpgVoyage métaphorique ?
Falling asleep? Eveil, ou réveil ?  « Falling: A Wake », c’est le titre original  de la pièce de l’auteur canadien Gary Kirkham. Traduction en français : « Une veillée ». Il est certain que vous ne vous endormirez pas! Le bruit infernal de l’explosion de l’avion qui s’écrase à côté d’une ferme « sur un point indéterminé de nulle part » a de quoi réveiller le spectateur en manque de sieste ! La pièce se base sur un fait réel : le crash dramatique du vol 103 de Pan Am suite à un attentat terroriste en 1988. Il y a presque trente ans. Les 150 victimes de l’airbus Germanwings, c’était l’année dernière, à Pâques.

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Au début de l’histoire, des pièces d'un avion commencent à tomber du ciel, et l'un des passagers, sanglé dans son siège. Un beau jeune homme au visage limpide. Le vieux couple du professeur de mathématique Harold et Elsie qui avait choisi de reprendre la ferme paternelle, découvre cette chose totalement ahurissante et apocalyptique dans leur univers clos, qu’ils annoncent avec humour, quelque part sur un chemin, par une pancarte surréaliste : « Si vous pouvez lire ce ci, c’est que vous êtes perdu !»   Et en avant les phrases sibyllines, surréalistes, vêtues de sens multiples, touchantes comme les galets littéraires semés par Samuel Beckett ou Harold Pinter. 825857779.jpgLe froid humide, l’absence de lumière de la cave souterraine où se joue la pièce contribue à l’atmosphère lugubre. Si on sort les couvertures sur scène, on les sort aussi dans les fauteuils de l’assistance, question de se mettre au diapason. Harold et Elsie réagissent à cet accident terrifiant, métaphore de la fin du monde, chacun à leur manière. Harold (Alexandre Trocki) s’empresse auprès de sa femme, en lui prodiguant mille attentions amoureuses et tendresse de longue date. Il fait la lumière à commencer par une torche, puis une lanterne puis une armée de bougies, photophores et chandeliers, pendant que la femme veille le mort, et se met à lui parler. Son âme et-elle encore là ou est-elle déjà partie ? Elsie (Brigitte Dedry) prend l’initiative d’une longue conversation à sens unique avec le jeune homme mort. Elle risque la prière. Lui, recrée minutieusement sur la scène de l’accident un semblant de vie  domestique quotidienne en amenant auprès de la femme qu’il aime, fauteuil de salon, tapis, chocolat chaud…A la façon de ces oiseaux fidèles, faiseurs de nids, indissociables et tendres.

3968818209.jpgEt puis, si tout cela n’était qu’invention commune? Recherche désespérée de sens? Une pure invention, comme le jeu des enfants, quand leur imagination est palpitante en regardant les étoiles et en entendant les cris féroces de la nuit. Et si, sur scène on voyait se réaliser la magie de l’amour? Et si ces comédiens vieillis étaient tout simplement en train de mettre en commun leur âme d’enfant ? Et si cette mise en scène était la catharsis d’une douleur ancienne innommable? Une perte insupportable? Peut-on nommer la douleur la plus grave pour des parents? Vous êtes bel et bien en plein voyage métaphorique! La dernière phrase tombe : comme une pièce détachée de métal brûlant. « Mais comment peut-on expliquer tout cela ?» « Il n’y a rien à expliquer !» 
La mise en scène de Virginie Thirion, jointe à la scénographie et aux costumes de Marie Szersnovicz ont de quoi glacer le corps mais pas le cœur…La création sonore palpitante, grande composante de la pièce, est signée Marc Doutrepont.

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UNE VEILLEE

De Gary Kirkham.
Avec Alexandre Trocki et Brigitte Dedry.

Belle comédie dramatique

DU 08/03/16 AU 30/04/16

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=420&type=1

Lire en +:
Pièce de résistance par Marie Baudet in La Libre, le 10 février 2016
Tendresse grinçante et résistance par Marie Baudet in La Libre, le 18 février 2016
Alexandre Trocki, la force tranquille par Catherine Makereel in Le Soir, le 20 février 2016
Les veillées de Gary Kirkham : le travail du deuil sous le masque du domestique par Sébastien Barbion in Le Rayon Vert Cinéma, le 21 février 2016
Une veillée *** par Eric Russon in Moustique, le 24 février 2016
«Une veillée» funèbre pour reprendre le fil de la vie par Catherine Makereel in Le Soir, le 2 mars 2016

Le mot de  Virginie Thirion :

Cette pièce canadienne, création mondiale en langue française que nous vous proposons, est une petite perle sensible et tellement humaine. Un duo porté par Alexandre Trocki et Brigitte Dedry, dans une mise en scène de Virginie Thirion. Souvenez-vous du tendre J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin, la saison dernière.

Ainsi commence l’histoire :

«Si vous pouvez lire ceci, c’est que vous êtes perdus». Voilà comment on arrive chez Harold et Elsie.

Le début de la nuit, il fait froid.

On entend le faible bruit d’un avion au loin.
Ensuite, le fracas sourd d’une explosion.
Silence.
Quelque part, un chien aboie.

Elsie : C’était quoi ce bruit ?
Harold : Je sais pas… un orage peut‐être.
Elsie : Quoi ?
Harold : Je disais, un orage peut-être.
Elsie : Il fait froid. Tu as mis quelque chose de chaud ?
Harold : Oui, j’ai un manteau.

Harold sort avec une lampe torche. Il porte des bottes en caoutchouc et le manteau de sa femme.

Quelque part entre Harold Pinter et Samuel Beckett, Harold et Elsie, fermiers par hasard, élevant des poules en pleine campagne, « un point indéterminé de nulle part, parce que si nous étions au milieu de nulle part, on pourrait encore nous trouver… », comme le dit si bien Harold, ancien professeur de mathématique qui a gardé le souci de la précision. Deux personnages tout en humour et tendresse. Si je devais pointer l’enjeu majeur de la mise en scène, ce serait celui-ci : servir la tendresse et l’humour présents dans le texte, dans l’histoire. C’est une vraie gageure, s’agissant de deux êtres confrontés à l’insupportable. Et pourtant. Ils résistent, chacun à leur manière. Elsie parle, elle raconte, elle choisit ce qu’elle veut croire, elle maintient le contact, elle parle pour tenir la tristesse à distance, pour maintenir son mari proche. Harold résiste en acte : d’accord, un événement imprévu et dramatique, emprunt de mort, les expulse de chez eux. Mais il ne s’avoue pas vaincu pour autant, il lutte pied à pied, accumulant fauteuil, lampe, tapis, pantoufles, bougies…. n’hésitant pas à recréer du confort et une possibilité de vie là où l’inimaginable et le traumatisant s’étaient imposés. Et à deux, unis par un amour nourri et construit tout au long de leur histoire et de leurs épreuves communes, ils font reculer l’insupportable injustice de la vie, l’adversité, le chagrin, l’isolement.

Brigitte Dedry et Alexandre Trocki sont les deux interprètes. Ils ont pour eux cette finesse, cette intelligence du texte, et cette belle capacité à en faire entendre les délicatesses. Avec eux, nous découvrons et explorons ce que les personnages se disent vraiment lorsqu’ils se parlent. Nous découvrons comment l’auteur a parfaitement construit leur histoire, lors de cette incroyable nuit, et comment il a subtilement balisé leur cheminement vers la paix et la sérénité.

– Virginie Thirion –

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administrateur théâtres

817052537.jpgGEORGES ET GEORGES, CENTRE CULTUREL AUDERGHEM Une comédie conjugale grinçante  d’Eric-Emmanuel Schmitt.

 

« Faites sauter le boîtier d'une montre et penchez-vous sur ses organes : roues dentelées, petits ressorts et propulseurs. C'est une pièce de Feydeau qu'on observe de la coulisse. Remettez le boîtier et retournez la montre : c'est une pièce de Feydeau vue de la salle - les heures passent, naturelles, rapides, exquises.» disait Sacha Guitry.

 Héritier d’Eugène Labiche, auteur de vaudevilles célèbres, Georges Feydeau écrit et joue ses plus grandes réussites de 1892 (Monsieur chasse) à 1912 (Mais n'te promène donc pas toute nue !). Il produit une pièce par an. Le théâtre de Feydeau est explosif et d’une saveur langagière inimitable.  Son théâtre regorge  de mouvement, de portes qui claquent, de situations  burlesques, de quiproquos  et oscille entre observation intransigeante de la société et  farce  théâtrale sur le ton de la caricature et de la distanciation.  Le délice des bons mots s’enchaîne à un  abattage verbal effréné et déclenche  la mécanique jubilatoire du rire.  Trève de rire, en 1919, atteint par la syphilis, Feydeau est interné par ses fils et meurt deux ans après. Il avait divorcé d’avec sa femme suite à une terrible dispute, en 1916. Cet observateur de la société  fin de siècle, qui avait fait rire jusqu’au délire le public de la Belle Epoque, finit ses jours dans une stupéfiante tristesse.

GEORGES ET GEORGES (Théâtre Rive Gauche-Paris14ème) crédit F. RAPPENEAU - 015 - HD Light.jpg

 C’est peut-être cette situation inversée  qui a inspiré  Eric-Emmanuel Schmitt dans l’écriture de  sa pièce « Georges et Georges », un pastiche de l'écriture de Feydeau, et un hommage à ce prince de l'écriture vaudevillesque.  Rebondissant sur la  phrase  de Feydeau « N’est-elle pas plus morale, l’union libre de deux amants qui s’aiment, que l’union légitime de deux êtres sans amour ? » (La Dame de chez Maxim), Eric-Emmanuel Schmitt met en scène le ménage de Georges et Marie-Anne Feydeau, atteints par la déconfiture d’un mariage usé jusqu’à l’ennui ou pire, jusqu’au ressentiment. Ni l’un ni l’autre ne sont plus « comme avant », c’est le nom de la maladie. Mais qui peut se targuer au bout de plusieurs décennies d’amour partagé d’être encore « comme avant ? ». Nous sommes des êtres vivants, et la vie, n’est-ce pas le changement, l’évolution, la transformation ? Donc si de part et d’autre, le couple se  berce dans  une puérile nostalgie, cela a un côté agaçant et  futile.  

 L’élément intéressant et original est cette inversion des sentiments qui atteint Georges, pris de folie : il rit devant les situations insoutenables et « pleure jaune » quand il nage dans le bonheur. On fera appel au docteur Galopin (Alexandre Brasseur) et à son fauteuil révélateur de fantasmes  pour venir le guérir, avec comme résultat un beau dédoublement de personnalité. Mise en scène bondissante de Steve Suissa dans un tourbillon de portes. Si vous aimez cela !

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Davy Sardou, Molière 2014 du comédien dans un second rôle pour sa pièce « L'affrontement » présentée au Centre Culturel d’Auderghem l’an dernier, joue avec grande maîtrise le rôle  du double Georges Feydeau avec Christelle Reboul comme « desperate wife » survoltée et particulièrement énervante. L’accumulation de situations cocasses est galopante, les costumes très carnavalesques, la course derrière le chimérique argent est de bon ton mais l’accent de la reine de Batavia est incompréhensible – du faux allemand- qui aurait pu être du flamand, on aurait préféré. Véronique Boulanger (récompensée du Mini-Molière 2014 de la meilleure actrice) finit par lasser.

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Les facéties clownesques accompagnées d’aboiements de Thierry Lopez nous paraissent répétitives et lourdes et la soupe de griottes peu ragoûtante, si pas carrément vulgaire. Zoé Nonn (apparue dans le célèbre "Toc toc") joue la môme crevette, oui, très crédible, mais ce n’est pas Eric-Emmanuel Schmitt qui l’a inventée! Sic : « Il n’y a que dans les courts instants où la femme ne pense plus à ce qu’elle dit qu’elle dit vraiment ce qu’elle pense ! »


Le médecin « magnétothérapeute » insomniaque et maniaque sexuel,  joue bien son rôle d’apprenti sorcier et de maître de ballet dont il a perdu les clés. L’ensemble, joué jusqu’à l’étourdissement (« génial » diront certains) laisse néanmoins une impression de beaucoup de bruit pour rien, et le rire si prémédité n’en finit pas de se tarir. On préfère vraiment Eric Emmanuel Schmitt dans le reste de son œuvre et surtout son dernier roman, tellement admirable, celui-là, que l’on voudrait l’offrir à tous ceux qu’on aime: « La nuit de feu ».

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Davy Sardou : Georges et Georges
Christelle Reboul : Marianne, son épouse
Alexandre Brasseur : le docteur Galopin

Véronique Boulanger : La Reine de Batavia

Zoé Nonn : La Môme Crevette
Thierry Lopez : Hercule Chocotte

 http://www.cc-auderghem.be/

Jusqu’au 20/03/16

CENTRE CULTUREL AUDERGHEM

Boulevard du Souverain 183 – 1160 Bruxelles

Infos Réservations : 02/660 03 03

 

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administrateur théâtres

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« Tout ce qui ne me transporte pas me tue. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi dans un autre monde, le monde des fantômes. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi en rêve, et dans un rêve hideux. Entre une heure d’amour, et une autre heure d’amour, je fais celui qui vit, je m’avance comme un spectre, si on ne me soutenait pas je tomberais. Je ne redeviens homme que lorsque des bras me serrent ; lorsqu’ils se desserrent je me fais spectre à nouveau. »

La Mort qui fait le trottoir (Don Juan), Acte II, scène 4

Henry de Montherlant


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Un concert dans un auditoire ? Mais oui, cela nous parle et nous rajeunit!  Le concert « A Musical Feast » à l’auditoire des sciences de Louvain-La -Neuve est sold out, une assistance impatiente attend  que la fête musico-nomique  commence. Les papilles d’écoute se pourlèchent déjà même si les sièges sont un peu durs et les tablettes sans syllabus. Le programme conçu par Daniel Lipnik est une entreprise audacieuse. Il nous présente dans son splendide florilège, un périple  à travers les  correspondances : tout, pourvu que l’étreinte de la musique et de la poésie nous fasse oublier notre statut de mortels.  Ce programme regorge de poésie, d’humanité et de feu prométhéen. Les jeux de lumière pendant le concert et les applaudissements de  salle comblée en témoignent.

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 Des rubans de choristes  se placent sur le plateau exigu déjà occupé par les musiciens, enfin le chef d’orchestre, Daniel Lipnik, le sourire musical aux lèvres salue brièvement avant de lever sa baguette pour entraîner l’effectif très imposant du chœur, de l’orchestre et des solistes! Les premier rangs sont dans la proximité immédiate de la Res Musica, comme on ne l’a jamais été, les derniers rangs jouissent d’une vue de théâtre antique. Chaque pupitre est bien visible, les bois sont vifs et charmeurs, les violons enjoués et plein de bravoure dans une salle dont l’acoustique musicale n’est pas la raison première,  l’orchestration très contrastée, cohérente, ferme et joliment expressive. Les choristes déploient toute leur noblesse vocale dans leur voyage de l'ombre à la lumière.

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La pente des gradins est forte et le regard que l’on a sur les musiciens et les choristes donne déjà un certain vertige. Il y a aussi le vertige inhérent au programme qui promène l’auditeur de Virgile à Mozart, en passant par Purcell, Haendel, Gluck, Montherlant, Rimbaud : « Ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient… »  . L’antiquité et ses mythes tissent des liens indestructibles avec les grandes figures de la musique classique. Quatre solistes  de tout premier plan ont lié leur art musical avec ceux-ci - une histoire d’amour, finalement.

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 Daniel Lipnik, qui dirige depuis  plus de trente ans  La Badinerie, le chœur mixte de 90 choristes à Louvain-la-Neuve, s’est adjoint  le très beau timbre et la  voix  vertigineuse et fraîche  d’Aurélie Moreels, soprano. Remarquable dans la Reine de la Nuit! Elève de Marcel Vanaud, nous l’avions applaudie en jolie veuve de 20 ans dans  l’Amant jaloux de Grétry en 2013.  Elle chante sous la direction de Guy van Waas, Parick Davin et dans des salles prestigieuses : au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au théâtre  des Champs-Elysées, à l’Opéra Royal de Wallonie…

 La prestation de la  mezzo-soprano Anaïs Brullez a elle aussi, été remarquable et largement applaudie. C’est elle, le courageux Orphée et son lumineux désespoir,  dans  « Che faro senza Euridice ? » Elle se produit avec l’Opéra Royal de Wallonie, De Munt, le Chœur de Chambre de Namur, le Grand-Théâtre de Verviers, la Chapelle des Minimes, Le Petit Sablon Consort, le Festival de Wallonie, le Grand-Théâtre du Luxembourg…

L’humour s’est invité en force, avec le Baryton, Kris Belligh flanqué par un ténor malicieux, Michiel Haspeslagh. Son expérience en récital et oratorio comprend les Passions et la Messe en si de Bach, Le Messie, les Requiems de Mozart, Fauré et Brahms, le Stabat Mater et la Petite Messe Solennelle de Rossini, La Création de Haydn, Italienisches Liederbuch et Winterreise. Lors de cette soirée  à Louvain-La-Neuve, c’est sans doute son interprétation du Génie du froid dans le « King Arthur » de Purcell et son duo avec Aurélie Moreels « Al fin siam liberti, la ci darem la mano » du « Don Giovani » de Mozart qui auront été les plus acclamées. 

La Badinerie a enfin démontré ses grandes qualités musicales dans  son interprétation du « Dixit Dominus » de Haendel. Dans le « Kyrie » extrait du « Requiem » de Mozart, même les instrumentistes, pris par le vertige de la prestation et la profondeur de l’intériorité, et en particulier, Bernard Guiot au clavier,  accompagnaient de leur voix  dans un même élan de ferveur solidaire.

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Liens utiles:

http://www.labadinerie.be/

http://gdegives.wix.com/eclecticsingers#!mezzo-sopranes/cknc

  

     

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administrateur théâtres

Une des oeuvres majeures de la musique sacrée française du XIXème

Oratorio commandé à Théodore Dubois (1837-1924), maître de chapelle à l'Église Sainte-Clotilde à Paris pour le vendredi saint, « Les sept paroles du Christ » ont connu un vif succès à la fin du XIXe et au début du XXe siècle et sont  toujours chantées, aux États-Unis et au Canada aujourd'hui, spécialement pendant la Semaine sainte. Plutôt délaissé au XXe siècle, ce compositeur est l’auteur de plus de 500 œuvres de musique romantique française. Cet oratorio était dédié à l'abbé Jean-Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, fusillé en 1871 par les Fédérés à la prison de la Roquette. Théodore Dubois a assuré la direction du Conservatoire de Paris , de 1896 à 1905, succédant à Ambroise Thomas et précédant Gabriel Fauré.


Avec la permission de la famille, Anthony Vigneron, maître de chapelle à l’abbaye de la Cambre, a reconstitué suite à un long travail de 4 ans la version orchestrale originale de l’œuvre qu’il a présentée ce 10 mars 2016 à L’Abbaye de la Cambre, avec l’ensemble vocal de l’Abbaye de la Cambre et l’ORCW. La partition originale ayant disparu il a fallu reconstituer l’œuvre prévue pour « un quintette à cordes, une flûte, un hautbois, une clarinette, un basson, un cor, trois trombones, une harpe, une paire de timbales et l’orgue.»

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Une émotion palpable circule  dans l’église remplie d’un bout à l’autre, jusqu’au chœur. Dans l’assistance, les descendants du compositeur. Pour la première fois un petit fils écoute la musique réorchestrée de son arrière-grand-père: Francis et Pénélope sont venus exprès de Montpellier. Le concert s’ouvre sur les frémissements bienveillants du  "Pie Jesu" de Théodore Dubois pour chœur a cappella qui subjuguent l’assemblée et la plongent dans un climat de spiritualité intense. C’est alors qu’a lieu une dramatisation fracassante de l’oratorio en français sur le mode de la tragédie antique. Sombre et dramatique. Paroles cueillies aux quatre coins des Evangiles elles disent la trahison, la souffrance, l’infamie de la passion du Christ, l’injustice insupportable de ce que l’humain peut subir de pire. Le père Jacques t’Serstevens soulignera qu’à l’instar de la tradition orthodoxe, cette œuvre souligne que le Christ est aussi « Souverain de la miséricorde jusqu’à pardonner à ses bourreaux, ouvrir les portes du Paradis au larron, confier sa mère à son disciple, pardonner aux cœurs fermés par l’ignorance, traverser dans une espérance confiante le silence même de Dieu. »


Tout est consommé avant même les premières mesures de l’Oratorio, on est prêt pour l’écoute du texte latin enlacé à une orchestration riche, élégante et passionnée. Une entrée dans le Paradis. Les lignes mélodiques sont bien dessinées, la richesse des sonorités se déploient avec exaltation et grande générosité. Les divers instruments sont bien équilibrés, la harpe est divine, les cuivres ont des sonorités éclatantes et les effets des percussions sont cinématographiques. Lumineux et dramatique. Les cordes décrivent la lumière rayonnante. La soprane, Julie Calbète met toute sa nature spontanée au service de l’œuvre. Si elle articule sa douleur profonde devant la passion de Jésus, elle apparaît comme transfigurée par une joie intérieure, enchantée et vibrante de lumière. Aucun artifice, aucune vanité, elle a dénudé son âme dans ses phrasés naturels et fait briller l’espérance. Le chœur, composé de choristes professionnels, est immobile au fond du plateau et crie vengeance. Il fait œuvre de brutalité organisée. Sa haine et sa soif de sang sont tranchantes. Il exprime  la joie mauvaise de la puissance justicière, l'exultation vengeresse devant le bouc émissaire. Face au chœur, Marcel Vannaud, le baryton apparaît, comme le porte-voix du Seigneur Dieu, dans toute sa solidité et sa fragilité à la fois. Impressionnant de présence, de sérénité communicative, il est d’une justesse parfaite dans tous les registres de la compassion, il renvoie en continu une image apaisante de l’amour et de douceur infinie. Ce qu’il chante, c’est le projet et l’avènement d’un autre homme, capable de surmonter la haine.

L’assistance est exaltée par l’urgence d’une telle musique, traversée par l’énergie bouillonnante du chef d’orchestre qui fait œuvre de transmission dans tous les sens du terme. Anthony Vigneron se donne tout entier, non seulement à l’orchestre dans sa globalité mais à chacun en particulier, à chaque instrumentiste et à chaque chanteur. Chacun, dans l’assistance, reçoit personnellement un cadeau humain et spirituel inestimable. La toile musicale est en effet la plus infinie qu’il soit. On peut y lire l’indicible. La foule a changé de côté et de cap, elle applaudit à tout rompre et « Le cantique de Jean Racine » de Fauré donné en bis achève le programme sur le sourire intérieur dans le cœur de chaque participant à cette inoubliable soirée.

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440px-Bmr_41_theodore_dubois_musica.jpg?width=220Orchestre Royal de Chambre de Wallonie,
Ensemble Vocal de l’Abbaye de la Cambre
Anthony Vigneron, direction musicale
Julie Calbète, soprano
Ivan Goossens, ténor
Marcel Vanaud, baryton
Mathias Lecomte, Orgue

Concert organisé par l’A.S.B.L. « Les Grandes Heures de la Cambre »

Liens utiles :

http://www.theodoredubois.com/biographie

http://www.lesgrandesheures.be/

http://www.orcw.be/events/les-grandes-heures-de-la-cambre/

interview: http://www.rtbf.be/musiq3/emissions/detail_l-odyssee/accueil/article_anthony-vigneron-les-grandes-heures-de-la-cambre?id=9234635&programId=8774

Enregistrement par le Grand Chœur de Montréal: http://www.allmusic.com/album/th%c3%a9odore-dubois-les-sept-paroles-du-christ-mw0001847550

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administrateur théâtres

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"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Photo Bruno Mullenaerts
Autour du cercueil de l'homme de leur vie, trois femmes assemblent petit à petit les pièces d'un puzzle affectif et envisagent le monde à l'aune des relations humaines.

Franck, Jack, Mick ? Shocking ! 

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau "continent" boulimique dont la taille atteint près de 3,5 millions de km². A l'image d'un puissant siphon marin, le vortex attirerait vers lui tous les résidus de notre société de surconsommation. Toutefois, contrairement au siphon, les déchets ne sont pas "aspirés" mais accumulés et bien visibles. Voilà pour le titre! C’est  aussi le nom d’une œuvre d’art présentée à l’exposition : «  2050. Une brève histoire de l'avenir ». Source d’inspiration de l’auteur de la pièce?  

L’histoire raconte la rencontre de trois veuves (des résidus ?) amoureuses du même homme, sûrement très extraordinaire pour avoir su mener une triple vie sans jeter le moindre soupçon.  Shocking. La double vie ne semblant, par les temps qui courent,  pas assez palpitante pour intéresser le public, Thierry Janssen lance l’idée d’une troisième femme dans  le tableau, histoire de secouer un peu les esprits et d'amorcer une nouvelle dynamique.

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 Et cela marche du tonnerre. Le public se passionne pour trois « être » différents. Kristin, 40 ans, Miss Météo est bon chic bon genre, coincée et maladroite. Anaïs, 35 ans, est activiste chez Greenpeace, elle écume de colère et de révolte. Lola, 21 ans,  est  handicapée, elle souffre  du  syndrome  d’Asperger qui fait d’elle un robot encyclopédique incapable d’éprouver la moindre émotion. Bien sûr, les trois  femmes se reconnaissent toutes comme l’unique objet de désir de l’homme défunt  et se disputent son souvenir et  leur avenir à coups de mots cinglants.  En crêpages de chignon successifs  bien  caustiques, les caractères se dessinent, toutes griffes dehors, le charme en bandoulière, le sabotage amoureux et le dépit au fond du cœur. Mais sous le choc du deuil de l’homme et la découverte du triple mensonge, commenceraient-elles à s’écouter ? Elles sentent soudain qu’elles ont besoin l’une de l’autre pour comprendre. Femme des années 2020, qui sont-elles? Vont-elles accoucher d’un nouveau monde ? La mémoire archaïque leur dit que nous avons besoin de la nature et que  la nature a maintenant besoin de nous. Et si ces dames se mettaient à réinventer et l’homme et la planète ?

Et si au lieu des luttes de pouvoir, elles s’unissaient pour refaire un monde différent, capable d’enrayer la prolifération  de  cet odieux 7e continent?  Et si  l’intérêt de la planète se tricotait dès la naissance, au cœur des relations familiales ou intimes avec pour  premier horizon le respect de l’autre, comme modèle affectif pour changer le monde ? Loin du chacun pour soi, de l’intérêt personnel, de  la vanité et de la puissance ? Si on décidait d'inventer  d'autres relations humaines?  Question de court-circuiter  l’histoire humaine telle qu’elle se déroule depuis les origines ?  Quelle utopie fantastique dans la plume de ce comédien rêveur d’un monde vraiment meilleur et sous l’œil du metteur en scène inventif qu’est Michel Kacenelenbogen. Tout a commencé avec Louis Aragon : « Le poète a toujours raison / Qui voit plus haut que l'horizon / Et le futur est son royaume / Face à notre génération / Je déclare avec Aragon / La femme est l'avenir de l'homme ». Et bien sûr, Jean Ferrat. Thierry Janssen continue:

Comment prendre soin de la terre alors qu’une grande partie des habitants de celle-ci est opprimée, souillée, brutalisée ? Comment respecter et jouir des dons de la nature alors que la plupart des êtres humains se crachent haine et violence au visage ? Face à notre mère terre comme face à un miroir, elle nous renvoie notre lâcheté, les conséquences de nos actes irréfléchis et la laideur de nos âmes corrompues... 

Spectacle écrit par un homme qui grâce au théâtre, raisonne par l’absurde.  Le raisonnement fort tiré par les cheveux frise le délire artistique, mais  le funérarium espère enterrer le pire de notre monde et ouvrir sur une page que l’on brûle chacun d’écrire. Spectacle-choc des idées, choc amoureux de la présentation, choc crucial  de l’innovation. Une écriture sur mesure pour cette formidable trinité de femmes de choc : Bénédicte Chabot, Kim Leleux et Inès Dubuisson, soutenue par une  mise-en scène délectable.

"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Au théâtre le Public

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http://theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=419&time=tom

Rue Braemt, 64-70
Brussels, Belgium
0800 / 944 44 (numéro gratuit)
Jusqu'au 30 avril (relâche du 29/03 au 09/04)
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administrateur théâtres

 6.jpgL'AVARE de Molière.

                 

                     

                             Le bonheur retrouvé du théâtre de répertoire emporte.

La mise en scène emporte aussi, avec l’illustre de Guy Pion dans le rôle-titre.

Il est extraordinaire.

Aussi bon qu’un Michel Bouquet ou Louis De Funès au cinéma.

Fondateur du théâtre de l’Eveil, il a été nommé Meilleur Acteur pour Richard III au Théâtre du Parc en 2013-2014. Et la distribution qu’il emmène avec sa comparse Béatrix Férauge,    

est éblouissante elle aussi. Une jeune première dans le rôle d’Elise :

Aurélie Alessandroni.  

 

11.5.jpgAvec la mise en scène de Patrice Mincke dont la lecture dramatique est très contemporaine et la scénographie très romanesque, et les décors et costumes signés Thibaut De Coster et Charly Kleinermann, voici « L’AVARE » de Molière plongé dans un néoréalisme  presque fantastique bourré de rebondissements.

Un renouveau qui décoiffe, pour une pièce classique qui se jouait jadis en perruques dans les dorures de Versailles. Un décor d’épouvante  revisité par Charles Dickens ou Mary Shelley ? La musique (Laurent Beumier)  qui accompagne fait penser à Frankenstein.

 Les dix comédiens du théâtre de l’Eveil expriment tout dans leurs mots, dans leurs corps, dans leurs courses, leurs élans, leurs chutes et leurs fuites funambules sur  la double volée d’escaliers branlants  de cette sombre demeure aux  vitraux cassées qui sert d’unique décor. Un monde cassé.  Une véritable maison hantée par l’avarice, par l’absence d’amour, mangée par les lézardes de l’incompréhension, viciée par les machinations infâmes pour économiser quelque sou ou pour procéder à  quelque affaire juteuse. Au mépris total des gens. Tout le potentiel comique de Molière est là pour faire exploser l’imposture de l’argent et  libérer un rire généreux face à l’avarice et aux avaricieux.  Partout dans le monde maintenant, la maladie de la cupidité s’est étendue comme une perverse moisissure s’empare des moindres fissures et Cupidon, a bien du mal à se faire entendre!

 

1avare.jpg Ce que l’on voit corrobore ce que l’on entend, les images scéniques se succèdent avec un sens aigu du rythme. Le placement et le mouvement des comédiens qui dévalent et remontent sans cesse  les escaliers souligne le furieux désir de vivre et d’être. La menace de l’ensevelissement des jeunes rêves est palpable. La maison porte les traces de la misère et de l’abandon. C’est la mort de la mère de Cléante et Elise qui a fait basculer le père dans l’obsession de l’avoir. « Hélas mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi, et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi , et je n’ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre ! » Des  rosiers grimpants morts courent sur la façade  et renforcent le propos, et pourtant le propriétaire  des lieux est richissime.   Seul le maigre poêle à bois au centre du plateau semble  pouvoir réchauffer les acteurs débordant de désir de vivre et d’aimer. On se croirait dans une pièce de Tchékhov!

Les jeunes ont un jeu en crescendo fantastique pour sauver l’amour et confondre la sordide cupidité. Patrice Mincke: «Après deux lignes, j’étais pris : je vibrais avec cette famille qui s’aime et se déchire, je m’attachais à ces ados si attendrissants et si insupportables, à ce père aigri mais touchant malgré tout et, surtout, je ressentais l’absence de cette mère défunte qui résonne dans chaque réplique. Le plateau devint alors, non plus cet endroit de passage indéfini qui permet de respecter l’unité de lieu, mais la pièce de vie centrale d’une maison concrète, un endroit où on se croise, on mange, on parle, on déballe, on s’engueule. Une maison avec une âme, qui jadis était habitée par un couple et ses deux enfants et qui est peu à peu partie à la dérive, devenant un lieu d’enfermement pour les jeunes et un terrain vague jonché de souvenirs pour le vieux. » Et  en définitive,  cet Harpagon,  malgré ses richesses recouvrées,  n’est-il pas infiniment seul,  pauvre et pitoyable? Pathétique, sûrement.  « Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve pas mon argent je me pendrai moi-même ! »

 

Lettre d’outre-tombe, le texte est magnifiquement compris, dynamisé, polarisé. A aucun prix on ne peut se priver de ce spectacle fondateur et de son message humaniste. Et oui, les racines de cet arbre qui court sur le balcon,  sont loin d’être mortes! Plongez dans le bonheur actuel  d’écouter Molière au mieux de sa forme!  

 

   Du jeudi 25 février au samedi 26 mars 2016 au théâtre du Parc

Avec :

Stéphane Fenocchi

Béatrix Férauge

Othmane Moumen

Guy Pion

Freddy Sicx

Simon Wauters

Yasnaïa Detournay

Patrick Michel

Camille Pistone

Aurélie Alessandroni

Photos d'Isabelle DE BEIR

         

http://www.theatredeleveil.org/lavare/

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/62/35.html

 

 

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administrateur théâtres

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« Deux étions et n’avions qu’un cœur » semble nous dire Patrick Pelloquet lorsqu’il met en scène la série de pièces courtes écrites par l’écrivain français …qu’il n’a jamais connu de son vivant : Louis Calaferte. Patrick Pelloquet produit donc Les Mandibules, Une Souris grise, La Bataille de Waterloo, L’Entonnoir, Trafic et en 2014 il crée pour la première fois au théâtre Le serment d’Hippocrate. Une métaphore puissante et hilarante qui met en scène la relation des simples  gens avec le monde médical, non pas « Le médecin malgré lui », mais « Le médecin, parce que c’est lui » !  

En fervent admirateur, Patrick Pelloquet soutient par son talent de metteur en scène et de comédien, le travail de  Miguette, l’épouse de Louis,  qui s’est attelée à éditer et rassembler  l’intégralité des œuvres de son mari. Sa fameuse autobiographie  « Septentrion » jugée « pornographique »  fut  interdite à la vente  par la censure en 1963.  Patrick Pelloquet fait œuvre d’affectueuse  réhabilitation car il ne s’en cache pas, il  aime par-dessus tout  l’écriture de Louis Calaferte pour son sens aigu de l’humain, sa défense inconditionnelle de l’individu face aux systèmes qui le dévorent.

 « L’art, c’est la vie ! » Il savoure les parlers familiers et dépouillés d’artifice des braves gens.  Louis Calaferte est dans la lignée de Feydeau qui glisse des grains de sable dans la mécanique  des certitudes.  Il jongle avec la musicalité et la rythmique de  la langue où un mot pousse l’autre à grands coups de balai  pour enfoncer même des portes ouvertes. Ouvertes sur le vide et l’angoisse et notre petitesse. Ce langage « anodin » recouvre bien souvent une réalité plus profonde, comme vue soudain en transparence.  Il pointe que le danger pour l’homme ne vient pas toujours nécessairement de l’extérieur mais aussi hélas de dysfonctionnements physiques qui atteignent le corps. En effet  l’écrivain a été  victime de maladie chronique depuis ses 13 ans et aux prises avec une médecine qui lui a laissé, comme à Molière ou à Jules Romain de fortes désillusions sur la profession de médecin et un arrière-goût très amer. Son théâtre est du « constat expérimenté » vécu dans la chair. 

Louis Calaferte, comme ses illustres prédécesseurs,  est fasciné et horrifié  par l’autoritarisme du monde médical, le  refus d’écoute et les abus de pouvoir de la « Science ».  Il est d’une sensibilité brûlante pour l’humanité des individus  victimes de tous les pouvoirs. Dans la pièce, l’auteur est à la fois le vieux père qui  pratique avec délices la désobéissance culinaire et la vieille mère qui dit non à tout ce que peuvent dire les docteurs qui viennent l’examiner. Il  dénonce la dangereuse manipulation de la Faculté vis-à-vis des   familles  qui ont appelé au secours et il constate avec horreur que la même manipulation  terroriste finit par  infecter à son tour des êtres normalement sains, soudain pris de la même folie manipulatoire, oubliant toute dignité et tout respect vis-à-vis de leurs géniteurs. Le  traitement que l’on inflige parfois à  nos « anciens »  est symptomatique. Le message s’impose : « Il est urgent d’apprendre à vivre et à aimer. » Il est urgent qu’on ne se laisse pas avaler par le brassage puissant  des moulins à vent ! Broyés par la « nécessaire »  soumission aux machines infernales : la violence de toute origine, médicale, éditoriale, familiale, parentale, filiale, viscérale, cardinale, hexagonale, coloniale,  capitale, provinciale, internationale, mondiale, sociale et radicale.

Metteur en scène et comédien dans le rôle de Lucien, Patrick Pelloquet avec ses très brillants comparses du THEATRE REGIONAL DES PAYS DE LA LOIRE, épouse parfaitement ce plaidoyer pour que retentissent « le dérisoire» , « le désarroi » et « l’intime ». Il se réjouit que le public belge trouvé sur sa route, accueille avec  tant d’empathie le texte et ses filigranes. Il ne manque pas de souligner  que le public français est par contre beaucoup plus sensible à l’impact et aux ressorts comiques de tout ce que la pièce décrit comme « un peu bancal» ! Ceci n’est pas une farce.  Et pourtant on rit goulûment, à tout propos, à toutes cascades de postures et impostures. Et pris dans le tourbillon d’énergie  formidable dégagée par des acteurs absolument justes dans leurs interprétions du tonnerre de dieu, on rêve bien sûr de rébellion.

Le Serment d’Hippocrate

de Louis Calaferte

Mise en scène Patrick Pelloquet
Avec Gérard Darman, Pierre Gondard, Patrick Pelloquet, Christine Peyssens, Yvette Poirier, Georges Richardeau

  • Accueil français en exclusivité
  • 1er au 9 mars 2016
  • Théâtre Jean Vilar
  • Durée : 1h20

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administrateur théâtres

LA SCALA DI SETA, rythmique endiablée pour intrigue amusante à L’Opéra de Liège

Gioachino Rossini

 : 

La scala di seta
("L'échelle de soie")

 


12273151294?profile=originalAprès le succès de
« La Cambiale di matrimonio », en 1810 - le jeune Gioachino Rossini avait à peine 18 ans, Antonio Cera – directeur du Teatro San Moisè de Venise, décida de faire à nouveau appel  à Rossini pour la réalisation de quatre farces supplémentaires: « L’inganno felice », « La Scala di seta », « L’occasione fa il ladro » (1812) et « Il Signor Bruschino » (1813). Le public vénitien qui a assisté au succès de LA SCALA DI SETA du compositeur le 9 mai 1812 n’a pas manqué de remarquer que le sujet de l’œuvre était fort similaire à celui de « Il Matrimonio segreto » (Domenico Cimarosa) dont le succès à Vienne en 1792   avait été  immédiat et retentissant.  Du modèle théâtral français, le livret en conserve les caractéristiques d’une dramaturgie construite autour de l’intrigue dans laquelle sont impliqués les personnages, sans développer outre mesure leur portrait individuel. Par contre, pour les situations comiques, c’est le principe de la farce à l’italienne qui s’applique s’attelant à faire jaillir des personnages l’aspect giocoso, à travers le contraste social qui s’exprime dans les différences linguistiques et dialectales. Ici, le thème du mariage clandestin sert de toile de fond. Elle est composée d’imbroglio sentimentaux, et de rebondissements souriants. Rossini et le librettiste, Giuseppe Marie Foppa, ont construit un mécanisme théâtral parfait où la musique, dont le rythme soutenu invite à la joie, cède parfois le pas, par jeu uniquement, à la langueur sentimentale d’une aria, qui permet à la voix de se déployer dans toutes ses nuances, élégiaques et acrobatiques. Pour le reste, le dynamisme prend le dessus dès la très célèbre symphonie d’ouverture, pétillante et d’une fraîcheur mélodique séduisante. 

 

Christopher Franklin assurera la direction musicale. Ce sera l'occasion de découvrir, pour la première fois à Liège, Damiano Michieletto, metteur en scène de renommée internationale. Une belle équipe (avec Julie Bailly et Laurent Kubla)  qui donnera toute son envolée comique à cette œuvre, garantissant au public un moment joyeux dont on espère, tout comme lors de la création, qu'il fera naître dans la salle des sourires, voire des éclats de rire. Vous avez dit : opera buffa ?

 

L'histoire: 

Opéra en un acte: 
On se trouve dans les appartements de Giulia la pupille de Dormont. Elle voudrait se débarrasser de la  surveillance jalouse  de Germano, le serviteur de son tuteur, domestique bouffe qui est amoureux d'elle. La jeune fille, en dépit de l'opposition de Dormont, a secrètement épousé Dorvil et chaque nuit, elle le reçoit en secret  grâce à une échelle de soie. Il faut qu'elle permettre au jeune marié, caché dans l'une des armoires adjacentes, de quitter la chambre. Germano est sur le point de sortir, quand Lucilla, sa cousine se présente.

Enfin seul avec Julia, Dorvil avoue être préoccupé par l'arrivée de son ami Blansac jeune prétendant que le tuteur lui veut pour mari. D'abord inquiet puis rassuré par ses serments d'amour, Dorvil saute du balcon juste à temps pour éviter d'être vu par le tuteur. Les événements se précipitent et Giulia doit concevoir un plan pour se débarrasser du prétendant qu'on voudrait lui imposer. Le mieux serait qu'il tombe amoureux de Lucilla. Dorvil brûle néanmoins de jalousie. Lucilla et Blansac tombent amoureux l'un de l'autre, mais Germano continue de semer le trouble dans les couples et fait presque échouer les plans de Giulia... À minuit, la fuite de Giulia et Dorvil est interrompue par l'arrivée  inattendue  de Blansac et de Germano. Dormont se réveille, et les deux amants n'ont plus qu'à lui révéler la vérité. Dormont leur pardonnera voyant que Blansac est amoureux de Lucilla. Il donne son consentement aux épousailles. 

Dates: 

Du vendredi, 11/03/2016 au samedi, 19/03/2016

Distribution

Chef d'orchestre  

Christopher Franklin

Metteur en scène  

Damiano Michieletto

Décors, Costumes  

Paolo Fantin

Lumières  

Alessandro Carletti

 

~

Giulia   

Mariangela Sicilia

Dorvil   

Ioan Hotea

Germano   

Filippo Fontana

Dormont   

Federico Buttazzo

Blansac   

Laurent Kubla

Lucilla   

Julie Bailly

 

Orchestre: Opéra Royal de Wallonie/ Production: Rossini Opera Festival

http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/la-scala-di-seta

 

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administrateur théâtres

12745977_1156764844368409_7958470845572117_n.jpg?oh=8c091799e102dea0edf1e7139baf2886&oe=575BD9A0Ernestine ou Célestine? Sous la lucarne, une soubrette bretonne très ... trouble!  On ne  sort pas indemne de cette vivante peinture naturaliste  - le décor est signé Noémie Breeus - car question hypocrisies de toutes natures,   voilà une époque qui n’a rien à envier à la nôtre! Voilà une humanité  avare, égoïste, hypocrite, aux allures nationalistes et antisémites. Mais on rit! Les coincés gloussent faiblement, les femmes réagissent sans tabous!  Et tous ovationnent la comédienne! Les littéraires jubilent.  Les historiens et les sociologues s’inquiètent. Et ils ont raison de le faire.  

 La langue fleurie de la plébéienne « sans instruction » s’est déliée et affirmée dans un journal intime « légèrement retravaillé » par Octave Mirbeau (selon ses dires), et édité en 1900 sous forme de feuilleton sulfureux.  La jeune Célestine croque  à belles dents les travers de la société  bourgeoise à l’aube du 20ième siècle,  la dépravation généralisée  des mœurs familiales, religieuses, sociales et politiques. La guerre.

« La mercière m'a expliqué que, sous Napoléon III, tout le monde n'étant pas soldat comme aujourd'hui, les jeunes gens riches «tombés au sort» avaient le droit de «se racheter du service». Ils s'adressaient à une agence ou à un monsieur qui, moyennant une prime variant de mille à deux mille francs, selon les risques du moment, leur trouvait un pauvre diable, lequel consentait à les remplacer au régiment pendant sept années et, en cas de guerre, à mourir pour eux. Ainsi, on faisait, en France, la traite des blancs, comme en Afrique, la traite des noirs?... Il y avait des marchés d'hommes, comme des marchés de bestiaux pour une plus horrible boucherie? Cela ne m'étonne pas trop... Est-ce qu'il n'y en a plus aujourd'hui? Et que sont donc les bureaux de placement et les maisons publiques, sinon des foires d'esclaves, des étals de viande humaine? »

 Cela fait beaucoup pour une seule femme qui,  craignant  de ne pas avoir le succès  rêvé dans la galanterie de haute  lice, a préféré se tourner vers le métier  plus humble de femme de chambre. Mais elle ne mâche pas ses mots et ne manque  ni de courage, ni de clairvoyance. Toutefois,  Célestine s’avère être un personnage très ambigu, car dès l’entrée de jeu, elle affiche  une perversité assumée qui ne fera qu’embellir.

« J’adore servir à table. C’est là qu’on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d’abord, et se surveillant l’un l’autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s’étaler tels qu’ils sont, sans fard et sans voiles oubliant qu’il y a autour d’eux quelqu’un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d’infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c’est une des grandes et fortes joies du métier, et c’est la revanche la plus précieuse de nos humiliations... »

  Malgré sa condition de domestique-travailleuse sexuelle à domicile,  elle écrit un journal intime  on ne peut plus cartographié, acerbe et lucide, et foisonnant d’érotisme qualifié à l’époque de nauséabond.  C’est donc un rôle très complexe que Stéphanie Moriau prend à bras le corps et à fleur de peau, aussi facilement, semble-t-il que si elle allait innocemment pendre une lessive fraîche au jardin !

 L’espace miteux et glauque  de la soupente où  Célestine se réfugie est son espace de liberté, où grâce à la plume, elle s’humanise mais révèle, presque malgré elle, le développement sournois d’un esprit immoral et manipulateur. Pour tromper son ennui, dans la solitude glacée de sa retraite sous les toits,  Célestine se fait un véritable théâtre : jouant   les provocations, les  cajoleries, la  férocité, l’humour, la moquerie, le dédain, la duplicité  avec, au bout de tous les contes, l’engrenage fatidique de l’humiliation-haine-vengeance.  Le rythme verbal adopté  puise activement dans des parlers  divers, ce qui a le don de divertir, question d’alléger quelque peu l’intense  tension naturaliste. Cette vivacité verbale contraste  elle, de façon presque comique,  avec la gestuelle et les déplacements  très étudiés qui jouent sur une sorte d’inventivité tranquille, à la manière d’un strip-tease particulier longuement prémédité. La dynamique est puissante et implacable. Comme  Célestine astique, range innocemment, déplace de menus objets, se met au lit épuisée,  s’habille et se déshabille mille fois pour le service ! Quel art consommé  de poser sa coiffe de domestique de mille façons  et  d’endosser les bretelles de son tablier immaculé par-dessus une robe sévère dont le boutonnage rappelle ceux des noirs habits ecclésiastiques.

Le personnage, une vraie réjouissance littéraire, est incarné par une  comédienne en armes, une vraie  vedette en la matière.  Stéphanie Moriau, joutant avec elle-même, est passée maître dans le pouvoir narrateur, l’enchaînement des flashbacks les changements de ton abrupts. La comédienne possède  l’art de  ballotter le spectateur entre le chaud et le froid. Faisant miroiter sans aucun répit  les tonalités sombres ou rebelles de Célestine, elle  lui sert le poison  des souvenirs amers, douloureux,  parfois  même totalement effroyables, à la façon d’une cynique prestidigitatrice. La complicité entre Stéphanie Moriau et la metteuse en scène Danielle Fire est évidente.

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Malgré l’huis-clos, on en a plein les yeux. L’imaginaire  prend alors  ses quartiers  dans cette petite ville de  Normandie où  Célestine a échoué -pourquoi- ? Par ses yeux on  contemple la richesse véreuse  d’une demeure que l’on appelle château, on s’attarde chez l’épicière ou la mercière, on parlotte avec les voisins, on surprend les secrets sordides des alcôves, des monastères et des églises. On court à Ostende (la honte !) et on se retrouve  à Cherbourg, en fin de parcours, là où  Célestine a achevé sa métamorphose et  s’avère pire  que toutes ses dénonciations! La chaleur suffocante de la dernière scène fait froid dans le dos et rappelle étrangement  les  conclusions désabusées de l’auteur Georges Orwell dans  son «Animal Farm».

 

journal-web-200x300.jpg?width=394du Mercredi 24 Février au Dimanche 13 Mars 2016

LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

Octave MIRBEAU

Figure tragique du début du XXème siècle, Célestine, quitte Paris pour la province et entre au service de riches bourgeois. À travers son journal, elle brosse avec humour l’étrange galerie de portraits et d’événements qui colorent son quotidien.

Son attirance pour l’énigmatique jardinier cultive l’intrigue jusqu’à la fin…

Avec : Stéphanie MORIAU

Mise en scène : Danielle FIRE

Décors : Noémie BREEUS

Création lumière & Régie : Sébastien COUCHARD

Représentations du Mardi au Samedi 20h15, Dimanche à 16h

Durée du spectacle : 1h25 sans entracte

LE 8 MARS : JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES 

Débat après la représentation

 Avec : Danielle FIRE (Metteur en scène), Stéphanie MORIAU (comédienne)

&  

Thilde BARBONI (Psychologue clinicienne, Professeur à L’Université de Mons et Écrivain)

ANIMATIONS SCOLAIRES  conçues autour de l’œuvre de Mirbeau et proposées en classe avant ou après la représentation. Réalisées par la comédienne, elles sont vivement conseillées pour favoriser l’intérêt, l’écoute et la compréhension des élèves durant le spectacle. Et, un dossier pédagogique, spécialement conçu, est envoyé dès la réservation de l’animation. Il est possible d’organiser les animations au théâtre, complétée d’une visite guidée.

Ces animations sont gratuites pour les écoles de la Région de Bruxelles-Capitale, sinon 8€ par élève à partir de 10 élèves. Vestiaire obligatoire compris.

La place est offerte au professeur accompagnant le groupe.

Cette année, les animations s’inscrivent dans le cadre de la Journée internationale des Femmes, la richesse du texte de Mirbeau offre très nombreuses ressources pour les outils pédagogiques.

Instaurée pour souligner les progrès en terme d’égalité, la journée met aussi en relief les nombreux défis pour une véritable parité des sexes à l’échelle mondiale.

Le 8 mars 1917, les femmes russes ont réclamé du pain et le retour de leurs maris, dont deux millions étaient morts durant la Guerre 14-18. En 1921, Lénine décréta le 8 mars Journée des femmes, les Nations Unies l’officialisèrent en 1977. La 1ère  journée Internationale des femmes eut lieu  en 1975.

 

 http://www.comedievolter.be/

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administrateur théâtres

Histoires de ces gens-là, comme une lettre d'hier à aujourd'hui!

« Nous étions l’aile avancée d’un prolétariat qui rêve de ne plus l’être, mais n’entend pas pour autant s’arracher à ses racines. »

On reprend ces jours-ci au Varia (petite salle) "J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin" (novembre 2014) tirée du roman autobiographique "Spoutnik" de Jean-Marie Piemme, auteur wallon réputé. Malgré le titre prosaïque, on retrouve la grâce d’un siècle évanoui et la crasse d’un quartier pourri à Seraing, autour d’un instrument de production tari. Petite épopée sociale: l’histoire se répète, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle de la fermeture de Seraing avec celui d’Arcelor Mittal et la fin programmée du monde des usines, inéluctable et révoltante. Le décor très finement reconstitué fait penser à un chromo que l’on retrouverait sur une antique boîte à biscuit mettant en scène la belle et jeune ménagère des années 50 dans sa cuisine miteuse mais plus astiquée que jamais.

C’est là que s’invitent les madeleines des souvenirs et la polyphonie du jeu. Philippe JEUSETTE, épaulé par Virginie Thirion et les arrangements musicaux live d’Eric Ronsse, remonte le temps, se retrouve en culottes courtes, cerné par les attentes de sa parentèle ouvrière qui veille passionnément sur lui à feux croisés. Surveillance étroite, aucun relâchement vestimentaire n’est permis. La perte de l’enfance, de la croyance, survient lorsque la vie sarcastique de l’école primaire tue Saint Nicolas et ouvre la porte à toutes les désillusions. Mais les principes maternels sont inaliénables :

« Maman n’admettait pas l’impossible. Ou plutôt dans l’impossible elle voulait encore imaginer un possible. » « Il faut effacer aux yeux de tous qu’on vient de rien, qu’on n’est pas grand-chose, il faut effacer la basse extraction à nos yeux mêmes. » « L’image est tout ce que l’on a! »

Le récit à trois voix est émouvant et sonne juste. Pas de cris ni de violence pour dénoncer la violence de la jungle ouvrière, le ton est posé et d’autant plus crédible. «Il y a une aristocratie : celle de la production », disait le père! La voix de Philippe JEUSETTE est enveloppante. La mère résiste contre toutes les blessures. Sa mort prématurée sera  source de toute tragédie. Le spectateur se laisse guider avec complaisance à travers les décennies du siècle vécu et se prend d’amitié pour l’auteur Jean-Marie Piemme et les comédiens si soudés. On est réellement ému par l’humanité du propos. Et si tout ce qu’il raconte était fiction ? Quelle importance ? Comme le souligne l’auteur « Et si tout était inventé, qu’est-ce que cela changerait ? » Sauf pour les bâtisseurs d’espoir, pour qui, à l’instar de Boris Cyrulnik, le regard bienveillant est toujours gagnant et ce que l’on dit d’une expérience traumatisante, permet souvent de mieux en sortir!

Théâtre Varia

http://www.varia.be

rue du Sceptre, 78
1050 Ixelles

Adaptation et réalisation : Philippe Jeusette et  Virginie Thirion, comédiens

Composition musicale : Eric Ronsse /Scénographie : Sarah de Battice, avec l’aide de Philippine Boyard /Construction : Laurent Notte, Philippine Boyard, Margaud Carpentiers /Costumes : Elise de Battice /Réalisation des images : Bob Jeusette, Tawfik Matine /Création et régie lumière : Eric Vanden Dunghen/ Assistanat : Tawfik Matine

Un spectacle du Collectif Travaux Publics, avec le soutien du Conseil de l’Aide aux Projets théâtraux et du Théâtre Varia. Spoutnik est paru en 2008 dans la collection « Rivière de Cassis », éditions Aden.

http://www.demandezleprogramme.be/J-habitais-une-petite-maison-sans-grace-j-aimais-le-boudin-12358

 

Le texte de Jean-Marie Piemme : « J’ai des racines »

J’ai des racines. Elles enjambent la Meuse, s’accrochent à ses flancs. Et là où un pont joint les deux rives, des fumées noires flottent sur les cheminées des aciéries comme autant de drapeaux crasseux. Je suis de ce pays-là. Je suis du pays de l’usine. Je le dis sans fierté. On n’est pas fier d’une poussière noire qui tombe en permanence sur les cahiers. On n’est pas fier d’un paysage de grisaille. On n’est pas fier de la dureté qu’on perçoit parfois dans les yeux des grands sans comprendre encore – car on est petit – le pourquoi de celle-ci. L’usine faisait peur à mon père. Il y a passé presque cinquante années. Manœuvre à quatorze ans (nous sommes avant la guerre 14), chef de l’atelier de construction mécanique à soixante (nous sommes au début des années soixante). Son fils à l’usine ? Non. Jamais. Même comme ingénieur (on ne disait pas cadre à l’époque). Pas l’usine. Jamais l’usine. Une de ses profondes satisfactions : n’avoir pas laissé sa femme y travailler, à l’usine, avoir tenu ma mère à l’écart de ce monde-là. Je suis du pays de l’usine. Je le dis sans fierté mais je le dis aussi sans aigreur. Car une fois sorti de ce pays, il n’est pas indifférent d’en avoir été l’habitant. Il y a comme un savoir qui vous vient de cette vie-là, un savoir que personne ne vous apprend. Un savoir, un filtre, un point de vue. Pas besoin de passer par de longues interrogations pour comprendre ce qu’est un rapport de classe. On le sait intuitivement, on l’a dans le sang. Un exemple ? Quand on entre à l’athénée et que pour la première fois on se trouve en présence d’enfants de la bourgeoisie, on comprend tout de suite, immédiatement, sans détour, sans délai, ce qu’est un rapport de classe. On comprend, on sait. On voit des doigts qui se lèvent pour répondre à la question qui est Molière, qui peut donner le titre d’une de ses œuvres, et vous, vos mains sont de plomb parce que, ce nom-là, jamais vous ne l’avez entendu prononcer, jamais. Molière ? Quoi Molière ? Qu’est-ce que c’est Molière ? Hé, celui-là, ce qu’il est bête, il ne connaît même pas Molière ! Je ne connaissais pas Molière et vous voyez comme la vie est ironique : c’est au milieu de cette ignorance qu’elle vous enseigne quelques vérités bien sonnées. Car enfin, des situations comme ça, c’est un sacré signal, ça vous alerte, ça vous jette de la clarté au visage. On appréhende la géométrie sociale, on appréhende en tous cas la position qu’on occupe dans le rapport de classes ! Mal placé. Très mal placé. Heureusement, on ne sait pas encore qu’on le sait, sinon quel découragement ! Mais on le sait, on le ressent. On le vit. Pas même besoin de souffrir une quelconque humiliation, être là suffit. Dans l’inculture des pas grand-chose. Dans leur silence. Dans leur vocabulaire basique. S’apercevoir que l’on parle de sujets dont on ne dit jamais un mot à la maison, que pour certains le monde n’a pas la même configuration que pour vous. Oui, on sait, ça brule, ça s’inscrit dans la chair avant de passer dans le cerveau. Quand on voit une manifestation dans la rue, on sait exactement de quel côté on est, même si on ne comprend rien aux banderoles et aux cris, même si on est en peine de dire pourquoi le rouge du drapeau est la couleur de la dignité, même si le père, pris entre sa position dans la hiérarchie et son appartenance viscérale au monde ouvrier est évasif sur les explications. On sait. Ce savoir-là, ce sont mes racines. J’ai su ce qu’était un gréviste avant de savoir ce qu’était un Belge ou un Wallon. Pourtant, j’usais du wallon dans la vie quotidienne. Mais ce n’était pas pour moi la langue de la Wallonie, c’était la langue de l’usine d’en face, celle qu’on parlait et que pourtant je ne pouvais pas utiliser parce que justement c’était celle de l’usine d’en face. Je suppose qu’un jeune français et un jeune anglais qui apprend sa langue maternelle la ressent comme naturelle. Ce n’est pas le cas d’un jeune garçon né dans le bassin serésien. Je ne pouvais pas utiliser le wallon, je devais utiliser le français, comment aurais-je pu résister longtemps à cette évidence : l’usage d’une langue n’est pas naturel, jamais naturel, l’usage d’une langue s’inscrit dans un champ de forces, vous inscrit dans un champ de forces. (…) Parle, et j’identifierais vite ta place approximative dans la division du travail, ton ancrage social, « le lieu d’où tu parles ». (…) Mon père avait décidé pour moi : non au wallon, oui au français, oui à la langue de l’ascension. Étrange situation d’un enfant dont les membres de la famille (père et mère notamment) parlent le wallon entre eux, mais le français avec lui, répétant en français, pour lui, ce qu’ils viennent de se dire en wallon et qu’il a parfaitement compris. Quand j’y repense, il y a là comme une bouffonnerie de la vie, une redondance à la Dupont et Dupond qui a fait de moi un étranger dans sa propre terre. Somme toute, ai-je été dans une situation tellement différente de celle des enfants italiens qui venaient d’arriver en Belgique et qui habitaient à côté de chez moi ? Eux aussi devaient se dépendre d’une langue pour en adopter une autre. Du moins, avais-je l’avantage sur eux de n’avoir pas à changer de culture. On m’a arraché d’une langue. Mais le déracinement est encore une racine, un trait violemment identitaire. (…) Les notions de trajet, de passage, de trahison me sont donc constitutives. Leur présence en moi témoigne d’un ébranlement profond dont j’ai enregistré le choc très tôt, et qui est devenu la chair même de mon existence. Ce sont autant de traits distinctifs de mon identité et je crois bien que ceux-ci sont visibles dans la plupart de mes pièces. La trahison aussi ? Oui, la trahison aussi. Qui ne trahit pas (un peu) son identité sera (beaucoup) trahi par elle. Ce n’est évidemment pas affaire de psychologie ou de morale. C’est juste une façon de dire qu’une identité qui se répète indéfiniment dans la pureté fantasmatique d’elle-même ne m’intéresse pas. (…) Mais alors comment vous définissez-vous ? Je suis du pays de l’usine, ai-je dit. Façon de signifier que je ne réclame pas d’autres traits identitaires que ceux que j’ai pointés plus haut. Mais vous êtes belge ? Oui, je suis Belge, mais la Belgique ne fait pas partie de mes racines. Où et quand ai-je connu la Belgique ? Enfant, je suis allé à Anvers visiter le Zoo ; à Bruges, en excursion scolaire ; jamais à Bruxelles. Bruxelles n’était rien, n’éveillait aucun imaginaire, aucune envie. (…) Je n’y mettrai pas les pieds de manière significative avant l’âge de 30 ans. (…) Laissons la Belgique. D’accord. Mais tout de même, la Wallonie ? À tout le moins, vous êtes wallon ? Oui, je suis wallon, mais la Wallonie ne fait pas partie de mes racines. Mons et Charleroi ou Namur me sont longtemps restées terres inconnues. J’ignorais tout de ces villes. (…)

Donc, finalement qu’est-ce que vous êtes ? Ce que je suis ? Disons un habitant d’Europe, de langue et de culture françaises né devant une aciérie, ça vous convient ? (…) Ce n’est pas parce que la Belgique n’a pas d’Histoire (et qu’est-ce que c’est la Belgique ? Et d’abord où est-ce ?) que les gens n’ont pas d’Histoire. (…) Et ceux qui sont nés là où je suis né ? Ils ont aussi une histoire. Elle est faite de luttes, de coups, de combats, de défaites, mais une défaite, n’est-ce pas, est encore une Histoire ? Croyez-vous que ce soit tout le temps « bien », l’Histoire ? Qu’il advient que du notable ? Une Histoire n’est pas toujours une bannière (tragique ou heureuse) plantée dans l’amas des événements remarquables, c’est souvent un nœud obscur fait de contradictions, de ratages, de réussites partielles, d’espoirs et d’illusions, en tous cas quelque chose qui arrive aux gens dans leur chair. Oui, dans la chair des gens, c’est là qu’il faut chercher l’Histoire, lorsque selon toute apparence celle-ci semble manquer. (…) Plutôt que jugée ou déplorée, une filiation doit être assumée. Elle demande qu’on la prenne à plein bras. Eh bien, retrouvons-le ce passé, retrouvons l’Histoire telle qu’elle a saisi les corps, leur donnant désirs, blessures et impulsions, l’Histoire toujours infirme, toujours boiteuse, l’Histoire dans ses contradictions, et disons simplement, sans forfanterie et sans désespoir : je suis fils ou fille de cette Histoire-là. (…) Qu’elle ne soit pas triomphale n’a finalement que peu d’importance. Elle a eu lieu pour moi, cette Histoire. Je suis venu au monde en elle, j’ai grandi en elle, c’est pourquoi il m’importe d’y revenir dans la sympathie. "

 

Extrait de la pièce : « Je suis né dans la cave, sous les bombardements. Il était trois heures et demie, c’était la sortie des classes, je voyais défiler les jambes des écoliers devant le soupirail. « Poussez ! » Quelqu’un a dit « poussez! » et ma mère a poussé. Moi, je n’en demandais pas tant mais sous l’effet du mouvement, j’ai été forcé de sortir la tête. Quel jour sommes-nous, ai-je dit ? Avant tout, je voulais me donner une contenance devant tous ces gens qui m’attendaient. Le 16 novembre, imbécile. Ça m’a vexé. Oui, ça m’a vexé que mon père me parle sur ce ton. Après tout, on se connaissait à peine. Trente secondes, au plus ! Illico, j’ai alors décidé de marquer le coup. Il fallait qu’il comprenne tout de suite que je serais un enfant difficile. Mon Papa, malgré l’émotion qui nous étreint tous, ai-je dit en crachotant une saloperie qui me collait aux gencives, je n’oublie pas ce que tu m’as balancé quand Maman t’a dit qu’elle était enceinte. Il avait grogné ! Il avait pesté! Il avait hurlé : je n’en veux pas, on a déjà le chien ! Ai-je dit que c’était la guerre ? Le maréchal Von Rundstedt menait la contre-offensive allemande entre Arlon et Bastogne. On n’avait pas grand-chose à manger et le chien moins encore. Alors vous comprenez, il a fallu s’en débarrasser, a dit mon père à l’accoucheuse. « Ça a dû vous faire quelque chose. Même si c’est des bêtes, on s’y attache », a répondu l’autre, juste au moment où ma mère, trouvant probablement le sujet de conversation trop scabreux pour moi s’était remise à hurler. »

Source : le dossier pédagogique : http://www.atjv.be/IMG/pdf/dp_j_habitais_une_petite_maison.pdf ;

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administrateur théâtres

Le duo mélisme à la Clarencière

12628548_10153951639050559_8206029575434360892_o.jpg Il est bien agréable de s'apercevoir que l'art lyrique attire de plus en plus de monde! Dès que la qualité est là, le public vient,  enthousiaste! Et pas seulement un public élitiste habitué à fréquenter les salles d'opéra.   Une vraie réussite ce pari musical  tenu ce soir-là à la Clarencière qui invitait le Duo Mélisme à se produire.

Nous assistions à des noces musicales exquises où l’art lyrique  rejoignait l’instrument pastoral par excellence, la flûte traversière dans un répertoire du vingtième siècle.

Les deux jeunes demoiselles  réussissaient le défi de jouer  un subtil jeu de cache-cache distingué et de subjuguer la salle entière de la Clarencière. Fermez les yeux et demandez-vous quel est l’instrument qui prédomine : la voix humaine ou le flutiau? Il est parfois difficile de distinguer... C'est sans doute ce que l'on appelle le mélisme? A moins que le rapport soit au miel du texte empreint d'hellénisme: "Le sang des pavots, l'éblouissante  blancheur  des cheveux de pierre ondule comme des vagues marines..."

On est frappé par leur pratique chevronnée et la recherche passionnée de perles rares du 20e siècle  qui réunit  des pièces pour soprano soutenues par une unique flûte, cocktail inédit qui intrigue intensément. Le répertoire  très éclectique joue sur une variété de sonorités musicales et linguistiques accordée sur une même couleur, sorte de nervure musicale qui relie les deux musiciennes. La diction  de la soprane, Gwendoline Spies,  est  impeccable, quelle que soit la langue de la poésie.  12473635_970468023019276_5005389728661802676_o.jpg

La connivence joyeuse des partenaires musicales  contribue au  plaisir que le duo communique. Doublages, cadences, solos, tout s’enchaîne avec élégance et  charme.  Etonnamment, c’est parfois  la soprano qui donnera le La à la flûte, Adélaïde Baranger, en toute liberté.  Belles musiques raffinées, échevelées,  que l’on a le plaisir de découvrir, mais en serait-il autrement  avec des jeunes recrues diplômées du Conservatoire si passionnées?

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Peu de jeu scénique mais un concert de proximité dans ce laboratoire artistique caché au 20 de  la rue du Belvédère, juste derrière l’immense  paquebot du Flagey. Mais, Adélaïde Baranger, à la flûte traversière, a une paire d’yeux et un souffle enjoué qui vont de la partition à la partenaire sur une invisible onde de douceur que l'on ne peut s'empêcher de suivre  au gré de la musique. Et ce concert de souffle et de  bouches se savoure avec les yeux et les oreilles. Gwendoline Spies,  la soprano lui répond dans un superbe entrelacs d’harmonies perlées  et de confiantes vocalises. Certes,  le parcours de ces deux jeunes femmes solaires est fort  à suivre car elles regorgent  d'amour de la musique et de bienveillante générosité. 

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Crédit photo: Copyright Sylvia Huang

Programmation :


Monique Gabus, Quatre Esquisses grecques 
I- Sapho
II-Epitaphe de Seikilos
III-Chanson
IV-Vocalise

Albert Roussel, Deux poèmes de Ronsard I- Rossignol, mon mignon (3'50)
II-Ciel, Aers et Vens (2'50)

Peter Escher Naga-Uta op.48
(Praeludium - Jubel - Dauernde Erinnerung - Tagelied eines - Madchens - Erregunge - Die verlassene - Blutenschnee - Interludium - Der Liebeslaut - Bei Betrachtung des Mondes -
In Erwartung + Postludium)

Pause

André Caplet, Ecoute mon coeur

Jacques Ibert Deux stèles orientées I- Mon amante a les vertus de l'eau...
II- On me dit...


John Corigliano, Three Irish Folksong settings I- Salley Gardens
II-The Foggy Dew
III- She moved Through the fair

Tout public : Le samedi 20 février 2016 à 20h30

P.A.F. : 15 € - étudiant : 10 €- Article 27 : 1,25 €

Rue du Belvédère 20 1050 Bruxelles

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administrateur théâtres

"Les choses ne sont jamais aussi simples qu'elles menacent de l'être." F. Paravidino 12695022_1280754108620584_7894048889330654528_o.jpgComédie douce-amère, bijou de vaudeville moderne, marivaudages existentiels de teenagers égoïstes et attardés ? Le tout, magnifiquement joué.  « Exit » est le dernier ouvrage de l'auteur-réalisateur-acteur Fausto Paravidino, l'un des auteurs les plus importants et les plus brillants du théâtre italien contemporain. C’est Pietro Pizzuti qui fait office de traducteur virtuose et s’est chargé de nous transmettre toute l’effervescence du texte. Un texte cruel, réaliste, kafkaïen, fait de phrasés percutants et sobres qui ne sont pas sans rappeler le théâtre d’Harold Pinter. Quand le quotidien  tourne au surréalisme.

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"C'est toujours dans les moments les plus tristes que reviennent à l'esprit les plus gais et c'est ce qui rend les plus tristes encore plus tristes." Exit - F.P. 

Quatre excellents acteurs, Dominique Rongvaux, Christel Pedrinelli, Leone François Janssens et Jef Rossion, se partagent les exercices d’extraversion sur le plateau dirigé avec intense finesse et belle  énergie  par Fabrice Gardin. L’absence flagrante de comique est remplacée par le rire salvateur qui guérit des cauchemars trop horribles ou trop réels. Dans la course d’obstacles, le choix est cornélien entre haine des moments perdus et l’horreur des conséquences présentes.

 Le décor représente-t-il un réseau ?  Un engrenage ?  Le labyrinthe en trois dimensions de nos liens qui nous emprisonnent à perte de vue et à perte de coeur? Voyez ces déclinaisons de cadres en L faits de tubes d’acier qui se projettent à leur tour sur un écran de bleu infini. Comme si,  d’une  petite ville italienne, à New York ou à Toronto, tout était tragiquement pareil.  Les palmes de l’éclairage subtil  reviennent à  Félicien Van Kriekinge qui joue avec doigté sur les costumes particulièrement celui de  la dame en bleu Chagall des pieds à la tête …et  ceux, mordorés, de l’homme caramel et de l’homme chocolat. Un choix de quelques  pictogrammes évanescents aussi fluides que l’idéal donne une touche 21e siècle pleine d’humour, comme si on  s’invitait dans une maison futuriste où règne en maître l’imaginaire. Merci, Ronald Beurms! 

Part 1 : Le jeune couple virevolte, emprisonné dans les racines urticantes du désamour. Les choses qui énervent, qui irritent font casser le lien sacré : la banalité de la  routine quotidienne, la politique, le sexe, la nostalgie des premières années, les fautes de goût, l’image de l’autre que l’on s’est fabriquée et qui ne colle plus à la personne. Aussi, l’absence d’enfant qui pour l’un et pour l’autre n’est pas la même!

  Part 2 : La rupture,  la jeune femme, par amour quand même, prend le mauvais rôle  car elle n’a jamais cru aux poses-réflexion!  Lui est perdu et se retrouve  embringué avec  une demoiselle en mal de solitude mais qui veut assumer  son solo! Mensonges de part et d’autre des  lignes de démarcation.  Celle qui a osé la rupture rencontre un charitable «deus ex machina » qui semble avoir passé l’âge des chamailleries.

 Part 3 : Reconstruction ?  De l’utilisation d’un manuel de psychologie américaine pour recoller les morceaux en 10 points. Les personnages ne portent pas de prénom, on se trouve au cœur d’un raisonnement analogique à quatre termes A B C D. On découvre dans ce carré parfait que l’inconfort est le lieu  géométrique des personnages. Comment être soi-même? Comment se séparer avec délicatesse?  « Tout ce cinéma pour affirmer nos, vos, leurs personnalités ? » c’est le cri du coeur de l’auteur ! Où est passée la générosité ?  Une « belle personne » « un vrai ami de l’autre sexe » ça existe?  Et l’Enfant, là-dedans, on lui dira quoi?

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"Nous avons continué à rigoler et à dire des bêtises pendant un bout de temps. La drogue parfois ça aide. C'est pour ça que les gens en prennent. Lui ça l'aidait à être différent de lui-même. Comme ça, il arrivait à ne pas comparer son attitude envers moi à celle qu'il avait envers sa femme." Exit - F. Paravidino

Si le sujet de la pièce ne rend pas heureux, le traitement policé de celui-ci apaise. Ce spectacle est raffiné et  touchant  par sa  modernité et son approche intelligente, on appréciera incontestablement  la vérité de son interprétation.  

http://www.trg.be/saison-2015-2016/exit/en-quelques-lignes__6112

 

Mise en scène

Fabrice Gardin

Décor et costumes

Ronald Beurms

Création lumières

Félicien van Kriekinge

Décor sonore

Laurent Beumier

- - -

L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.

www.arche-editeur.com

 

 

Galerie du Roi 32 - 1000 Bruxelles.
02 / 512 04 07, de 11h à 18h, du mardi au samedi.

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administrateur théâtres

12273150671?profile=original17 et 21 février ’16 — 20:00

ADRIANA LECOUVREUR

Le sujet est puisé dans la rivalité, historiquement authentique, qui opposa la Princesse de Bouillon et la fameuse actrice Adrienne Lecouvreur, célébrée par Voltaire. Opéra en quatre actes, musique de Francesco Cilea, livret de Arturo Colautti, d'après la pièce Adrienne Lecouvreur (1849) d'Eugène Scribe,  l'un des auteurs dramatiques les plus joués du XIXe siècle, en France et dans le monde.  Créé à Milan, au Teatro Lirico, le 6 novembre 1902. Eugène Scribe est aussi l’auteur du livret de « La Muette de Portici ». Suite à une représentation en août 1830 de cet opéra à Bruxelles, des troubles éclatèrent qui allaient, quelques semaines plus tard, conduire à notre Révolution belge.

Un personnage réel

Fille d'une blanchisseuse et d'un ouvrier chapelier (Robert Couvreur, homme violent et alcoolique), elle vient à Paris, son père s'établissant dans le voisinage de la Comédie Française. Après être confiée aux filles de l'instruction chrétienne, Adrienne Couvreur intègre une petite troupe de comédiens. Elle séduit un officier de la garnison, Philippe Le Roy, avec qui elle a une petite fille, Élisabeth-Adrienne, baptisée le 3 septembre 1710. Adrienne se fait remarquer lors de ses débuts dans la cour de l'hôtel de Sourdéac. Le doyen de la Comédie Française Le Grand s'entiche d'elle, lui donne des cours de diction et ajoute un article à son patronyme qui devient Lecouvreur. Elle entre dans la troupe de la Comédie-Française et y joue pour la première fois dans Mithridate de Jean Racine le 14 mars 1717. Elle veut jouer Célimène dans Le Misanthrope, mais doit y renoncer, le public refusant de la voir dans un rôle de comédie tant elle excelle dans la tragédie. Elle innove en renonçant à la diction chantante traditionnelle dans la tragédie et adopte une déclamation « simple, noble et naturelle ».Elle collectionne les amants : elle a en 1720 une liaison amoureuse avec Maurice de Saxe, ce qui lui vaut la haine fatale de sa rivale, Louise Henriette Françoise de Lorraine, duchesse de Bouillon, femme d'Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, et avec Voltaire dont elle interprète plusieurs tragédies. En 1730, sa santé se délabre ; elle s'évanouit pendant une représentation. Elle fait encore l'effort d'interpréter Jocaste dans l'Œdipe de Voltaire, mais meurt peu après. Le bruit court qu'elle a été empoisonnée à l'instigation de la duchesse de Bouillon. Voltaire demande une autopsie, dont les résultats ne sont pas concluants. Les comédiens étant frappés  d’excommunication, l'Église lui refuse un enterrement chrétien. Elle est donc enterrée à la sauvette par des amis du maréchal de Saxe et de Voltaire, dans le marais de la Grenouillère (actuel Champ de Mars). Voltaire, scandalisé, exprime son indignation dans le poème La Mort de Mlle Lecouvreur :

Et dans un champ profane on jette à l'aventure
De ce corps si chéri les restes immortels !

Dieux ! Pourquoi mon pays n'est-il plus la patrie
Et de la gloire et des talents ?
 

Paris, 1730. Adrienne Lecouvreur, célèbre actrice de la Comédie-Française, affronte une forte concurrence sur scène et en amour. Sa vie mouvementée se termine prématurément, dans des circonstances suspectes – une fois de plus, le monde impitoyable de l’art a détruit une âme pure. Cette histoire réelle a inspiré à Scribe et Legouvé une pièce de théâtre à succès qui, un demi-siècle plus tard, devient Adriana Lecouvreur, le chef-d’oeuvre de Francesco Cilea. Sa partition vériste offre un mélange entre la spontanéité mélodique de l’école napolitaine et l’écriture harmonique et orchestrale raffinée de facture française. « En art, l’italianità a toujours été la norme pour moi : certes modernisée, mais jamais étouffée ni déformée », tel est le credo artistique de Cilea. L’italianità est entre de bonnes mains avec le chef Evelino Pidò, fougueux défenseur de ce répertoire.

12273150689?profile=originalCOMPOSITEUR ET ŒUVRE 

En 1717, une jeune comédienne du nom d’Adrienne Lecouvreur entrait à la Comédie-Française et devenait une des meilleures tragédiennes de la troupe. Elle devenait également la maitresse du Maréchal de France Maurice de Saxe, ce qui devait lui vouer la haine implacable de sa rivale, la duchesse de Bouillon. Sa fin prématurée incita Voltaire à réclamer une autopsie sans résultat probant. De ce fait divers authentique, Eugène Scribe et Ernest Legouvé devaient tirer des décennies plus tard, en 1849, une pièce de théâtre qui inspira au compositeur italien Francesco Cilea (1866-1950), touché par la « variété de l’action et le mélange du comique et du dramatique ainsi que par l’amour passionné des protagonistes », son quatrième opéra Adriana Lecouvreur. Au contraire de nombreux contemporains, Francesco Cilea n’est pas un auteur prolifique. S’il fait preuve d’un talent précoce pour la musique qui le fait admettre au Conservatoire de Naples dès l’âge de 15 ans, il compose peu pour le genre lyrique et bien qu’il ait vécu jusqu’à l’âge de 90 ans, il cesse définitivement après 1907. Ses biographes attribuent la mélancolie qui habite souvent ses compositions au choc profond ressenti à la mort prématurée de ses parents. Il mène en parallèle sa carrière de compositeur et de professeur et directeur de conservatoire, et meurt en solitaire à Varazze où il s’est retiré.

Ecrite en 1899, Adriana Lecouvreur est une version romancée de la vie de la tragédienne, un imbroglio d’épisodes et de drames amoureux qui se clôt sur un dénouement fatal. Amoureuse de Maurice qu’elle croit être officier du comte de Saxe, Adriana est aimée sans espoir par son directeur Michonnet. Le prince de Bouillon est l’amant d’une autre actrice, la Duclos, elle-même servant d’entremetteuse entre le comte et la princesse de Bouillon ! Le drame va se nouer au cours d’une fête organisée par le prince et, de nombreuses péripéties plus tard, la rivalité entre les deux femmes touchera à son comble quand la princesse, par dépit, enverra des fleurs empoisonnées à Adriana qui s’éteindra dans les bras de son amant.

L’opéra est créé à Milan, au Teatro Lirico, le 6 novembre 1902 avec le grand Caruso dans le rôle du comte de Saxe, et Angelica Pandolfini dans celui d'Adriana. Mais c’est Magda Olivero, grande soprano éteinte récemment à l’âge de 104 ans, que le compositeur considérera comme l’interprète définitive de son personnage, au point de lui demander en 1951, alors qu’elle s’est retirée de la scène depuis 10 ans, de reprendre le rôle. 

Bien que le livret soit parfois confus, de nombreuses péripéties secondaires venant perturber l’intrigue principale, il n’en reste pas moins que Cilea a écrit là un puissant mélodrame conjuguant habilement romantisme et vérisme. Son style mélodique très napolitain se teinte d’influence française. L’orchestration est limpide et l’écriture vocale très nuancée, de la légèreté brillante de l’opera buffa à l’expression la plus profonde du drame. Cilea utilise des motifs récurrents qui viennent caractériser chaque personnage, une cantilène passionnée et juvénile pour Maurizio, et, opposé au motif sombre et rythmé de la princesse de Bouillon, le thème tendre, mélancolique et emprunt de spiritualité d’Adriana. De l’air d’entrée au final, les arias de l’héroïne transmettent une émotion qui bouleverse toujours.

Texte D’Isabelle Pouget 

ORCHESTRE SYMPHONIQUE et CHŒURS DE LA MONNAIE

Evelino Pido direction – Martino Faggiani chef de chœur – Lianna Haroutounian Adriana Lecouvreur – Leonardo Caimi Maurizio – Daniela Barcellona La Principessa di Bouillon – Carlo Cigni Il Principe di Bouillon – Raúl Giménez L'Abate di Chazeuil – Roberto Frontali Michonnet – Maria Celeng Madamigella Jouvenot – Maria Fiselier Madamigella Dangeville – Alessandro Spina Quinault – Carlos Cardoso Poisson – Bernard Giovani Un Maggiordomo

http://www.lamonnaie.be/fr/opera/574/Adriana-Lecouvreur-in-concert

                                                                              REPRÉSENTATIONS

17 Février 2016  20:00

21 Février 2016  16:00

 

PALAIS DES BEAUX-ARTS

 

PRODUCTION La Monnaie / De Munt, CO-PRÉSENTATION Bozar Music

 

INFO & BILLETS | + 32 2 229 12 11 - MMTickets, 14 rue des Princes, 1000 Bruxelles - www.lamonnaie.be - tickets@lamonnaie.be

REPRESENTATIONS : PALAIS DES BEAUX-ARTS | + 32 2 507 82 00 - 23, rue Ravenstein, 1000 Bruxelles - www.bozar.be

 

INTRODUCTION | Une demi-heure avant les spectacles

 

DIFFUSION RADIO | Musiq’3 (date à préciser) et Klara (samedi 26 mars 2016) 

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administrateur théâtres

Le Duo Mélisme,
Adelaïde Baranger et Gwendoline Spies 
au Festival des Mini-classiques
Festival de fin d'hiver 
Production : L'Etrier

 

C'est l'hiver, on le sait et on le sent. Mais qui dit hiver dit regroupement, dit échange et découverte des talents, de culture et de nouvelles sensations musicales !
Dans l'ambiance de cette saison unique, pourquoi ne pas vous réchauffer et vous laisser porter par les rythmes et les mélodies d'une flûte traversière et d'une voix chantée ? 
Cette fois dans le cadre des Mini-Classiques, le duo Mélisme sera des nôtres pour un concert original et surprenant !

LE DUO MELISME :
Mélisme, un duo complice où flûte traversière et voix, proches dans leur expression lyrique, leur tessiture ainsi que leur conduite mélodique, n'hésitent pas à échanger leurs qualités respectives. Alors que la voix chante comme un souffle, la flûte parle...
La voix de la Soprano Gwendoline Spies viendra ajouter des mots à cette rencontre mélodique exprimant ainsi les subtilités muettes du jeu de flûte d’Adélaïde Baranger.
Toutes deux, virevoltant entre des notes communes mais avec leurs timbres et couleurs propres, vont établir, à travers des oeuvres des XXème et XXIème siècles, la connexion entre leurs deux registres aigus.
C'est avec cet original dialogue que le duo Mélisme vous propose d'entrer dans cet univers intime, sensuel et plein de poésie…

Les Mini-classiques

Conçus par l’étrier asbl, le festival des Mini-classiques s’est défini comme point de mire de donner un espace scénique à des musiciens parfois en recherche de prestation, ainsi qu’à des personnalités du milieu de la musique classique, qu’ils soient professeurs ou musiciens d’orchestres, permettant ainsi leur rencontre. Il souhaite démocratiser la musique classique à tous. Les mini-classiques mettent un point d’honneur à la variété des instruments représentés : des saxophones au luth, en passant par le viole de gambe, la harpe, la flute alto et le violoncelle. Ainsi, un échange se produit avec le public, qui peut varier ses sensations au rythme des instruments. 
Créés début 2014, ils se basent sur un esprit de propagation et de l'élargissement de la culture et des arts de la scène en promouvant des jeunes artistes de tous horizons.

www.gwendolinespies.com

Présentation de la soirée par Pascale Vanlerberghe, 
animatrice des émissions Classic Box et La Fièvre du Samedi soir sur 
Radio Classique RTBF

 
RESERVATION EXCLUSIVEMENT EN LIGNE SUR WWW.LACLARENCIERE.BE ;
 
AVEC LE SOUTIEN DE LA COCOF ET DE LA FONDATION MARINETTE DE CLOEDT
Programmation :


Monique Gabus, Quatre Esquisses grecques 
I- Sapho
II-Epitaphe de Seikilos
III-Chanson
IV-Vocalise

Albert Roussel, Deux poèmes de Ronsard I- Rossignol, mon mignon (3'50)
II-Ciel, Aers et Vens (2'50)

Peter Escher Naga-Uta op.48
(Praeludium - Jubel - Dauernde Erinnerung - Tagelied eines - Madchens - Erregunge - Die verlassene - Blutenschnee - Interludium - Der Liebeslaut - Bei Betrachtung des Mondes -
In Erwartung + Postludium)

Pause

André Caplet, Ecoute mon coeur

Jacques Ibert Deux stèles orientées I- Mon amante a les vertus de l'eau...
II- On me dit...


John Corigliano, Three Irish Folksong settings I- Salley Gardens
II-The Foggy Dew
III- She moved Through the fair

Tout public : Le samedi 20 février 2016 à 20h30

P.A.F. : 15 € - étudiant : 10 €- Article 27 : 1,25 €

Rue du Belvédère 20 1050 Bruxelles

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administrateur théâtres

Mais quel sujet terriblement sérieux et actuel que la survie des opéras, théâtres et arts vivants dans un monde culturel de plus en plus étranglé par les réalités économiques! Quant course au succès, il n'y a pas  affaire plus sérieuse, n'est-ce pas? 

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Si à notre époque, contrairement au 18e siècle, on fait l’économie de querelles de bouffons opposant le noble opéra séria aux morsures comiques de l’opéra qui se veut sédition, le discours de l’imprésario dans « L’Opera Seria » de Florian Léopold Gassmann,  est un vrai cri d’alarme pour que l’art survive, …au propre  comme au figuré.  Voilà la splendide voix de basse de Fallito (Markos Fink), interprétant  un directeur de théâtre que l’on nomme impresario en italien. Il est  cerné de toutes parts par ses chanteuses chamailleuses, imbues de leur virtuosité musicale  soutenues par leurs mères - tonitruantes vipères heureusement muettes*. Il est aux prises avec un  librettiste flagorneur et intransigeant sur la moindre virgule (Delirio/ Pietro Spagnoli ),  et avec un  compositeur tout aussi prétentieux, amoureux des moindres bémols de ses chansons enflées de  fioritures (Sospiro/ Thomas Walker). Il doit subitement faire face à (Passagallo/ Nikolay Borchev) et une invasion de danseurs de ballet qui lui tombent du ciel de Paris. Et comment gérer tout cela?  On vous recommande le duo de la  ballerine Hanna Al-Bender et son compagnon Maxime Melnik

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La vie d’artiste dans les coulisses nous est dévoilée à grand renfort de persiflage, de huées et de moqueries trempées dans le fiel ou le miel. La jalousie, l’hypocrisie, l’envie, et autres péchés capiteux s’emparent des protagonistes lâchés sur le plateau : ils répètent un spectacle devant être joué à la tombée du jour! Côté coulisses, elles se valent toutes! Les coulisses du pouvoir, celles des bureaux au faîte  des gratte-ciel, celles des salles de presse, de la salle des profs (de la basse-cour à l’université), celles des couloirs d’hôpitaux, et autres réseaux de chasse gardée n’ont  sans doute rien à leur envier. Les mêmes travers et les mêmes maux assaillent tous les hommes  et les femmes de notre planète sans exception. La portée est universelle.

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 Ce directeur bourgeois inquiet (Markos Fink) qui aimerait bien dormir sur ses deux oreilles et se retrouve à toute heure sorti de son luxueux plumard, il nous semble bien  pathétique,  coincé entre  sa peur panique de la dépense artistique  et celle de l’ombre de la  faillite. Mais vénal, empoisonné  et véreux comme tous ceux qui ont quelque pouvoir, il quittera en douce la Citadelle du théâtre, comme un fieffé coquin, abandonnant tout  ce beau monde à  ses sortilèges, en filant à l’anglaise avec la caisse, comme un vulgaire saltimbanque de villes du Far West.  Nul n’en doute: charité bien ordonnée commence par soi-même.

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 Nous avons donc aimé tout d’abord la musique  doublement parodique, revisitée par René Jacobs à la tête du B’Rock Orchestra : des sommets d’humour et de finesse, des timbres délicats, des sonorités de rêve, parfois troublées par des salves de caricature et  d’harmonies comiques  ou de  chaos organisé.  Le chef d’orchestre s’amuse énormément car le rire a déjà fait son nid  au cœur de la partition et il se prend même à chanter pour redonner le La à ceux qui l'ont perdu !  Le texte du livret de Calzabigi  pétille de faconde extravagante et de perfidie. Les couleurs lagunes prédominent dans ce carnaval raffiné et intelligent qui opère sur plusieurs plans, ce qui scéniquement donne de la magie aux glissements de décors,  et les chaises sont souvent musicales. Ajoutons différentes couches de ridicule qui se superposent les unes aux autres :  tantôt les noms sot-grenus des personnages et la gestuelle féroce gesticulée à souhait,  tantôt la nature grotesque des  admirables costumes de travestis,   mais aussi, la mise au point hilarante des  voix de fausset  si savamment imitées par les vedettes de vocalises en particulier,  le ténor Mario Zeffiri  et Alex Penda, la Détonnante Sonatrilla. Ajoutez à cela  la critique du genre épique poussée à son comble dans le troisième acte grandiose.  Et quelle mise en scène éblouissante  pour  toute cette  foireuse entreprise! A souligner, l’interprétation vocale ardente du librettiste Delirio par de Pietro Spagnoli, et  celle de Porporine par l’exquise Sunhae Im, si à l’aise en dauphin qui nargue les thons dans la lagune, une scène inoubliable.

 opera_seria_ii.jpg?width=163Mais bien sûr  nous avons adoré l’inénarrable scène de l’émeute live - de la pure perversion -  qui finit par  faire sorti de leurs gonds les spectateurs les  moins turbulents! On se plaît même à imaginer, que lors des répétitions du spectacle,  l'un ou l'autre  différend cocasse   a pu survenir entre René Jacobs, l’illustre oreille,  et le metteur en scène, Patrick Kinmonth  flanqué de  son comparse dramaturgique Olivier Lexa,   ...nécessitant soudain la médiation expresse du chef du théâtre en personne (Peter De Caluwe). sans pour autant aller jusqu'à mettre la clé sous le paillasson, bien sûr! Alors, la mise en abîme si bien orchestrée,  serait absolument parfaite!  

                                                                 Crédit photos: © Clärchen und Matthias Baus

 

* Magnus Staveland, Stephen Wallace et Rupert Enticknap

MUSIC: Florian Leopold Gassmann (1729-1774), LIBRETTO: 
Ranieri de’ Calzabigi (1714-1795) & Pietro Metastasio (or Trapassi, 1698-1782), 
commedia per musica ‘Opera seria’ (1796).


CAST: Markos Fink (bar-b, Fallito); Pietro Spanioli (bar, Delirio); Thomas Walker (ten, Sospiro); Mario Zeffiri (ten, Ritornello & Nasercano); Alexandrina Pendatchanska (sop, Stonatrilla & Rossanara); Sunhae Im (sop, Porporina & Rana); Robin Johannsen (sop, Smorfiosa & Saebe); Nikolay Borchev (b, Passagallo); Magnus Staveland (ten, Bragherona); Stefen Wallace (ten, Befana); Rupert Entiknap (ct-ten, Caverna);
Hanna al-Bender, Maxime Melnik and Kamil ben Hsaïn-Lachiri dancers;
Members of La Monnaie Symphonic Chorus; B’Rock Orchestra & Members of La Monnaie Symphony Orchestra; René Jacobs cond.
Patrick Kinmouth stage dir., set, cost.; Olivier Lexa dramat.; Fernando Melo choreogr.; Andreas Grüter light. 

http://www.lamonnaie.be/fr/opera/573/L-Opera-Seria

DATES: 09, 11, 12, 14, 16 and 17 Feb. 2016 
 
TICKETS :
rue des Princes 14 / B-1000 Brussels . 
tel.: +32 2 2291211 / fax: +32 2 2291384 
e-mail: tickets@lamonnaie.be
online ticketing: www.demunt.be/nl/tickets/573/1975/L-Opera-Seria

Box office  ‘Cirque Royal’:
rue de l’Enseignement 81 / B-1000 Brussels (Mon-Fri 10:30-18:00, or one hour before a performance). 
tel.: +32 2 2182015 

online ticketing: https://cirqueroyal.ticketmatic.com/addevent.php?a=zCk31bTsqxQ&e=l-kroaoqLE4&s=80cswBbInpo&l=nl

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administrateur théâtres

Un ticket pour la Brunotie

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 L’hiver n’en  finit plus de sévir, vous mouille jusqu’aux os, et vous dégoûte de sortir ? Venez rire à en pleurer et rencontrer des personnages haut-en-saveurs que l’aimable Bruno Coppens soutire de son divan malin et vous a concoctés, pour l’espace d’un soir.  Marrez-vous, ne vous contentez plus de rire jaune d’oeuf. Esclaffez-vous orange amère, bidonnez-vous turquoise – il y aura  quelques têtes de turc au passage - gondolez-vous couleurs Venise, gaussez-vous caca d’oie, désopilez-vous gris souris. Vous en verrez de toutes les couleurs, chez ce rallumeur d’arc-en-ciel… Bruno Coppens décortique à toute vitesse le siècle à peine entamé, avec passion et justesse. Il ridiculise les euphémismes du langage « politically correct », pourfend les addictions  technologiques, déshabille les accros aux abdos, renvoie les  extrémismes dos à dos, ressuscite l’humain en un tour de mot.

 

 1218257466.JPGIl y a le décalage linguistique avec les enfants qui confondent Picasso et les voitures, les troubles du langage qui balancent tout de travers en vertu des grands sentiments, la solitude qui donne une âme humaine aux objets, le délire amoureux qui a peur de la Saint-Valentin, la patate story pour ceux qui n’ont pas peur de mâcher les mots, le ridicule qui, loin de nous tuer, nous rend plus forts (n’est-ce pas la Belgique?) ! Vous irez  aussi place Saint-Pierre écouter Le pape-a-dit ( en vertu des grands principes), vous frémirez de fierté devant  ce vieux savant qui enterra des statuettes antiques, vous pleurerez notre insouciance perdue, la fuite du temps et son inéluctable angoisse. Donc, tout n’est pas drôle!

 

Mais entre le Destin tout court et le Destin animé, Bruno Coppens choisit l’anima, la vie, la voix des mots, la fièvre du jeu, la récréation. T’es pas tout seul, Jef ! Nous aussi on rêve d’escrime! Bruno est visiblement « heureux-qui-communique » lorsqu’il  délire, le mot au bout de la langue, jouant avec son public ébaudi, comme s’il était à un dîner en ville!  Le bûcher des inepties du monde, allumé par ses jongleries verbales,  brûle alors à grand feu de joie. On  se réchauffe, on revit, on reverdit même à vue d’œil. Le printemps de la langue fait grimper la sève du rire au bon pays de la Brunotie. La jouissance verbale, le festin  phonétique s’installe pour deux heures de  friand plaisir. Essayez donc de trouver un bon mot moins bon que l’autre! Venez goûter des crêtes de rires sur poêle à (f)rire et vous en mettre jusque derrière les oreilles! Mais on vous prévient,  il sera très difficile, pour vous, comme pour lui, de s’arracher aux jeux de mots pléthoriques et à la très heureuse complicité d’un soir.

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http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=424&time=today

« De l’orfèvrerie ! Digne héritier de Raymond Devos. Une telle joie de vivre, on en redemande » (Pariscope)

« D’un enfant, Bruno Coppens a la spontanéité vive, le sourire innocemment charmeur et la poésie innée. Ses jouets sont les mots. Il les lance dans tous les sens, les dérange avec ironie, les transforme effrontément pour en faire des noeuds de mots qu’il sert et ressert à volonté au public. (Thierry Denoël/Le Vif –L’Express)

« LA VIE EST UN DESTIN ANIME »

Jusqu'au 05/03/16

 AU THEATRE LE PUBLIC

Rue Braemt 64-70 – 0800/944 44

Infos Réservations : 0800 / 944 44

Photos : Bruno Mullenaerts

      

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administrateur théâtres

Après le magnifique concert d’ouverture de la Présidence néerlandaise du Conseil de l’Union européenne  pour l’année 2016, qui se donnait le 22 janvier dernier en présence des couples royaux de Belgique et des Pays-Bas, le Koninklijk Concertgebouworkest  est revenu au Palais des Beaux-Arts ce 6 février. Sous la direction, cette fois, de Semyon Bychkov et dans un splendide programme : Cinquième Concerto pour piano de Beethoven et Une vie de héros de Strauss. L’Orchestre royal du Concertgebouw sera en effet en résidence au « Bozar » toute cette année. Le prestigieux soliste  Jean-Yves Thibaudet  a dû être remplacé à la dernière minute  pour raisons médicales, par Nelson Freire: aucun regret, ce fut une soirée exaltante.

Dans le concerto de Beethoven, le soliste brésilien  offre sa fluidité lumineuse à un orchestre  scintillant dirigé par Semyon Bychkov, avec netteté et douceur à la fois. Les dialogues instrumentaux jaillissent avec majesté. Les cors anglais sont complices d’un rite mystérieux qui  se confond  parfois avec la légèreté de l’être. La tonalité en mi bémol arrache des larmes intérieures, le soliste brode avec minutie sa partition sur les notes sombres des cors. On écoute les couleurs de l’enluminure.  A la fin du premier mouvement, après un crescendo plein de résonance, le  jeu du pianiste rebondit sur les pizzicati des violoncelles en autant de coups de cœur et  conclut par des bouleversants glissements chromatiques ponctués par les pianissimi des violons. Quel sens de l'équilibre! Le deuxième mouvement enchaîné au troisième se fera déferlantes. Semyon Bychkov, le chef d’orchestre dirige à la force des poignets et du bout des doigts, comme un timonier. La courbe de l’index volette pour entraîner le nectar musical. Jeu de colibri. Il remercie du regard les pupitres qui ont pressenti ses injonctions. Le pianiste étale des accords étourdissants, repris par un orchestre galvanisé par l’esprit de liberté. Ensuite, Nelson Freire  livrera une cadence soyeuse devant le silence respectueux de la salle. L’orchestre devenu  pneumatique,  répond en échos  à  la finesse et l’élégance  du jeu au clavier. Un écheveau de bonheurs magnétiques défile  alors à grands pas et sème l’émoi bienfaisant. Quelques battements de percussion discrets avant les  ultimes mesures de la finale. Le bis est offert, au cœur  de l’intime, sur un  plateau recueilli. Il s’agit de rivières de larmes souterraines,  dont on rêve qu’elles puissent guérir le monde. C’est la plainte d’Orphée dans Orphée et Eurydice de Gluck.  

Ecouter Une vie de héros (1898) de  Richard Strauss  en  deuxième partie du concert est un deuxième cadeau que nous fait l’illustre Koninklijk Concertgebouworkest. Les cordes sont unies et soyeuses, les bois sont d’une précision et d’une justesse remarquables. L’expressivité règne en maître à tous les pupitres. L’interprétation poétique de Semyon Bychkov qui a maintenant saisi sa baguette rend la partition  très évocatrice  et lui donne une respiration naturelle bienvenue.  Le phrasé est ample et lyrique, ménageant des sections bien contrastées et intelligibles.  Les jeux de timbres surprennent,  écoutez ces déferlements de flûtes acides qui s’écroulent comme châteaux de cartes, ces cors plus sérieux que sages antiques, des harpes qui taquinent les violons farceurs, le public est médusé. La bravoure du héros invincible s’installe sur les commentaires sombres des cors. Trois trompettes s’éclipsent, la rêverie langoureuse s’installe. L’esprit chevaleresque inonde l’orchestre, sans aucune grandiloquence, avec une énorme générosité. Des images de paix et de clémence flottent dans l’imaginaire, tandis qu’un catalogue de griefs se grave dans les archets et que  la révolte, la colère, la guerre gronde. Un appel aux armes prend comme une traînée de poudre. Un ultime hommage à la vie qui s’échappe ou qui renaît,  s’élève en action de grâce  et se conclut par une dernière envolée des cuivres dans un impressionnant crescendo. La baguette du chef redescend au ralentissimo, comme un vaste soupir de gratitude qui pousse au recueillement intense de part et d’autre du plateau,  avant les salves d’applaudissements. 

Le lien avec l'événement: http://www.bozar.be/fr/activities/5696-koninklijk-concertgebouworkest

Les musiciens: http://www.concertgebouworkest.nl/en/orchestra/musician/

Notez que dans le cadre de la présidence néerlandaise du Conseil de l’Union européenne, l’Orchestre philharmonique de la Radio néerlandaise sera également accueilli à « Bozar » le 9 mars, sous la direction de Diego Matheuz, dans des œuvres de Rimski-Korsakov, Tan Dun et Stravinski.

La grande Pâque russe, Ouverture, op. 36 Nikolay Rimsky-Korsakov
Tears of Nature (création belge) Tan Dun
Le sacre du printemps Igor Stravinsky

Coproduction : Bozar Music, Klarafestival (09 mars '16 / 24 mars '16)
Dans le cadre de : La Présidence hollandaise du Conseil de l’Union européenne

http://www.bozar.be/fr/activities/5814-nederlands-radio-filharmonisch-orkest

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