Dans mes poèmes
habitent des oiseaux
parfois
on les entend
chanter
parfois
on les voit même
s’envoler
Martine Rouhart
Dans mes poèmes
habitent des oiseaux
parfois
on les entend
chanter
parfois
on les voit même
s’envoler
Martine Rouhart
C’est en 2008 qu’Erika Zueneli installe à Bruxelles sa compagnie « Tant’amati ». Prix de la critique du meilleur spectacle de Danse en 2014 pour son travail sur le couple, elle tente une approche de recherche de langage différente avec « Allein », une performance soutenue par trois interprètes : elle-même, chorégraphe-danseuse, Jean Fürst, chanteur-performeur et Rodolphe Coster, compositeur-musicien. Aidé par Laurence Halloy aux effets lumière, ils se livrent à un jeu de conjonctions ouvrant à des interprétations hypothétiques, un jeu d’inspirations et d’hésitations sur une page blanche à remplir. Présenté au festival de danse Fais d’Hiver début 2018, ce spectacle sobre et envoutant a occupé la scène des Brigittines avant d’arriver au Varia.
Les artistes ont participé à un bord de scène après la représentation du 12 décembre au petit Varia dont voici les grandes lignes.
Rodolphe, comment avez-vous composé cette musique ?
Rodolpe Coster (Sabam award 2016 en composition musicale pour les arts de la scène) : Je suis musicien de formation, violoniste classique. J’aime essayer l’expérimental. Ici, on fait avec peu de moyens. Je me suis aussi récemment lancé dans la création musicale pour la danse. (Il a composé la musique du spectacle Stroke, duo interprété et créé par Louise Michel Jackson). Lors de la préparation de la création aux Brigittines, on avait écouté des morceaux de groupes anglais et aussi de Virginia Woolf pour faire un projet sur la réception de la musique.
Et l’idée du spectacle, comment est-elle venue ?
Erika Zueneli : Avec mes partenaires que je connais depuis longtemps, je voulais explorer d’autres pistes sur la perception musicale et visuelle et aussi sur la mémoire individuelle et collective.
Je voulais chercher autrement que d’habitude en vue de toucher quelque chose de frontal.
Rodolphe : On voulait créer à partir d’un concert. En termes de jeu, on a exploré les années 70 sans avoir envie de jouer sur les images de ces années-là. L’idée était d’avoir une voix, un chant, qui corresponde aux idées contemporaines plus le new wave des années 70 pour donner une force particulière à nos personnalités, à nos frottements.
Il y a aussi des sons pré-enregistrées (comme l’avion que l’on entend au début) et puis il y a des moments où le jeu est démultiplié comme un instrument de musique, les échos de la voix de Jean par exemple sont pitchés.
Et le titre, pourquoi « Allein » ?
Erika : On a beaucoup cherché et on a bien eu dix titres différents.
« Allein » car dans une de nos premières résidences, on a travaillé sur une chanson de Nina Hagen : « Heute bin ich allein ». C’est aussi la question de la solitude du performeur.
Ce titre m’a semblé résumer pas mal de questions et laisser place à une certaine angoisse.
Le rapport avec le punk ?
Rodolphe : La musique punk est morte avec Lester Bangs qui avait aussi bien compris qu’il était seul. En tant que musicien, je n’aime pas les choses simples. J’aime ce qui est lié à la mort plus qu’à la vie. Même si la musique de Hagen en tant que musicien, ne m’inspire pas, elle a sa légitimité dans le spectacle.
Avez-vous recherché un style ?
Rodolphe : La musique, à mon niveau, ce n’est pas du maniérisme. Cette musique-là me ressemble. J’ai écouté beaucoup de baroque, le classique m’interpelle aussi. On n’est pas ici pour proposer une esthétique. J’ai un groupe et notre musique ressemble à la celle de la fin du spectacle.
Nous sommes restés vrais et honnêtes. C’est la première fois que je travaille dans une création en partage et en triangulation.
Comment avez-vous opéré les choix de fragments de textes du spectacle ?
Erika : On a cherché les sens et il y avait des mots qu’on avait envie d’insérer. On a voulu ouvrir des pistes plutôt que de recourir à des chansons précises. On a privilégié des bribes, des mots ouverts, universels. Et puis, on est passé par des textes dadaïstes. Quand on parle de punk, c’est plutôt d’une idéologie, inspirée du futurisme et du dadaïsme. Ces mots, on a voulu les utiliser à notre guise. Je me suis intéressée aux anarchistes italiens des années 80 que mes parents appréciaient et qui parlaient de liberté et on a replacé les mots dans un spectacle qui parle de présent et du futur.
J’aurais voulu faire un discours sur le futur mais comme je le dis à la fin, je n’ai rien à dire car le futur est une page blanche. Il est devant nous, à remplir.
La musique comme réflexion de départ a-t-elle aidé à positionner l’exercice global ?
Erika : Le spectacle aurait dû émerger de la vibration musicale mais cela ne s’est pas passé comme cela. Il s’est construit tout seul même s’il reste quelque chose de cette idée.
Combien de temps avez-vous travaillé sur cette création ?
Erika : On a mis beaucoup de temps. Nous avons commencé en 2016 et fini en 2018 mais nous avons travaillé sporadiquement selon les disponibilités de chacun. En continu, je dirais un mois et demi.
Erika, où situez-vous cette création dans votre parcours ?
Erika : J’ai derrière moi une dizaine de pièces et j’avais envie d’une cassure, de jouer autrement. Mais cela n’a pas été évident du tout. La scénographie n’est pas apparue d’emblée… Même s’il y a des prises d’espaces et des synchronies très écrites. Mais il y eu cet intérêt de la recherche de quelque chose de différent.
Palmina Di Meo
C’est du vrai théâtre que nous offre Virginie Thirion, celui qui a un goût de nostalgie et de bonheur, où les situations les plus sombres se colorent, où le délire se rit de la morale.
Pas de tristesse mais un appétit féroce de vivre dans le quotidien tragique de ces trois sœurs qui se retrouvent après une longue séparation dans la maison familiale que Madeleine l’aînée, n’a jamais quittée. Immeuble vétuste, cet ancien cinéma de quartier n’a pas survécu au passage du temps.
La joie des retrouvailles et les souvenirs d’une enfance heureuse ne suffisent pas à calmer les estomacs qui grondent après plusieurs jours de jeune. D’autant que l’expropriation est désormais imminente.
Soudées, les trois combinardes vont imaginer mille petites escroqueries qui leur permettent à peine de s’offrir un ou deux repas par semaine. Sans intention de faire du mal à quiconque, elles inventent les stratagèmes de survie les plus incohérents qui vont les conduire au plus macabre, bouffer du cadavre ! Arnaqueuses arnaquées, la fin justifie les moyens. C’est justement la créativité et l’imagination des petits escrocs qui a inspiré le thème de cette comédie douce-amère à Virginie Thirion.
Une pièce sombre sauvée par la tendresse, immense, contagieuse, héritée d’un Charlie Chaplin ou d’un Totò lorsqu’il vend la fontaine de Trévise aux touristes américains. Si elles touchent le fond, le fantasque et l'imaginaire les préservent du sordide.
C’est surtout un moment magique que nous passons avec ce trio hors pair que forment France Bastoen, Delphine Bibet et Laurence Warin. Une plongée microcosmique dans un monde à la dérive, où la joie de l’instant présent se moque de la misère. Une interprétation touchante avec un vague à l’âme un peu rétro et des références cinématographiques qui ouvrent la porte au rêve.
Palmina Di Meo
Je laisse couler l'eau,
en la fixant,
et j'ai envie de rire,
je ris mais pas un petit rire, un rire énorme,
Je ne sais même plus si je ris ou si je pleure,
Je sais que je reste seulement là à fixer l'eau,
à la humer,
la contempler...
Comme une conne.
Journaliste d’investigation et mère de deux enfants (une fille, Vera, et un garçon, Ilia), Anna Politkovskaïa a dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l'Homme par les forces fédérales russes en Tchétchénie ainsi que la dégradation des libertés publiques et la corruption.
2001 : Anna Politkovskaïa est détenue par les forces russes en Tchétchénie lors d’une enquête contre les conditions de détention pour avoir « enfreint les règlements en vigueur pour les journalistes ».Elle reçoit des menaces de vengeance de la part d’un officier qu’elle avait accusé d’avoir commis des atrocités contre les civils. Les charges sont abandonnées et elle se réfugie en Autriche. Elles seront reprises en 2005 et il sera condamné à 11 ans d’emprisonnement.
2002 : Elle participe aux négociations lors de la prise d’otages au théâtre de la rue Melnikov à Moscou
2004, elle est empoisonnée dans l’avion qui l’amenait pour négocier avec les preneurs d’otages de l’école de Beslan. Les analyses du poison sont détruites « par mégarde ».
« Douloureuse Russie », son dernier ouvrage parait en septembre 2006 aux éditions Buchet-Chastel.
7 octobre 2006, jour de l’anniversaire de Poutine, Anna Politkovskaïa est assassinée dans la cage d'escalier de son immeuble à Moscou au moyen une arme couramment utilisée par les forces de l'ordre. Elle avait été filée et mise sur écoute par le service fédéral de sécurité.
Dans une interview, elle se confiait sur le dédain dont elle était victime dans les milieux journalistiques russes : « Je suis journaliste, et ça m’est un peu égal, comment on m’appelle, et comment on me traite. Je dois raconter ce que j’ai vu. Mon problème est de faire comprendre à mon gouvernement ce qu’il se passe réellement en Tchétchénie, maintenant je ne sais pas par quel biais agir. Si par exemple à travers mes livres l’opinion publique occidentale et notamment les Français comprennent ce qui se joue là-bas et font des pressions sur Poutine que, paraît-il, le gouvernement français adore... Que grâce à cela Poutine comprenne ce qui se trame, eh bien je considérerais que ma mission est accomplie. Je ne me fâche pas facilement, je suis une personne adulte et endurcie, tout ça ne compte pas. Ce qui compte, c’est qu’il faut arrêter cette guerre. [...] Tôt ou tard, il y aura un avenir, les temps changeront, il y aura une révision des événements de la seconde guerre tchétchène et je pense que mon travail aura joué un rôle et sera respecté."
En 2007, Stefano Massini crée la pièce Donna non rieducabile. Memorandum teatrale su Anna Politkovskaïa (Femme non- rééducable) adaptée à l’écran en 2009 par Felipe Cappa.
Traduite par Pietro Pizzuti et créée au Marni en avril 2010 dans une mise en scène de Michel Bernard avec Angelo Bison en autres, la pièce et la personnalité d’Anna Politkovskaïa continuent de fasciner le public.
C’est une version à deux qui est proposée aujourd’hui avec Andrea Hannecart. La pièce se présente comme un récit ?
Angelo Bison : Il y a eu une première version avec beaucoup de monde. Mais en Belgique, cela devient difficile à vendre. Le Poème 2 est une salle de grande proximité qui convient particulièrement à ce texte. Il ne s’agit pas de militantisme. Il s’agit d’un exposé des faits.
Ce texte, vous le défendez depuis 2010, avec la même passion, qu’est-ce qui vous motive ?
Angelo : Au-delà de l’acte qu’Anna Politkovskaia a osé, celui de donner sa vie pour la liberté d’expression, c’est encore une femme, ne l’oublions pas ! Une femme qui bouge. Le mouvement Me Too, je trouve cela formidable. Anna Politkovkaia a donné sa vie pour défendre la liberté, notre liberté. Encore récemment, on a vu Jamal Khashoggi, un éditorialiste du Washington Post se faire dissoudre dans de l’acide au consulat saoudien à Istanbul où il se rendait pour des démarches en vue de son mariage avec une Turque. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Anna Politkovskaia est Russe, pas Tchétchène et en étant Russe, elle ose dire que les Russes commettent des horreurs en Tchétchénie même si cela lui fait mal au cœur car c’est sa patrie.. Elle est considérée comme traître à sa patrie. Or, ce qu’elle dénonce, c’est le silence. Ce que je raconte dans ce spectacle, c’est le silence des politiques. Vous ne trouvez pas qu’en Arabie Saoudite après ce qui s’est passé, c‘est toujours le silence ? Vous avez vu Trump dire : «Maintenant, c’est terminé ! » ou la Belgique dire : « Nous ne leur vendrons plus jamais d’armes après l’acte qu’ils ont commis de dissoudre un journaliste » ? C’est de l’hypocrisie. Politkovskaia, elle dit : « Si nous acceptons cet état de choses, nous sommes complices ». Qui a dénoncé ce qui se passait en Tchétchénie ? Anna Politkovskaia. Et avez-vous vu des réactions de la part de l’Europe, de l’Italie de la Belgique, de la France ?
Une peur européenne des Russes ?
Angelo : Une peur européenne de ne plus faire des affaires avec les Russes, avec les Américains, avec l’Arabie Saoudite. Cela représente des millions et des centaines d’emplois et vous voulez qu’on supprime ces centaines d’emplois pour un journaliste qui a été dissout dans d’acide ?
J’ai envie de dire que ces gens qui se sont fait assassiner ont donné leur vie pour rien ! Car c’est un argument massue, les emplois. C’est le chantage abominable qu’on nous propose.
Je pense qu’il faut qu’il y ait des gens comme Anna Politkovskaia. Je suis pour une vraie révolution de la pensée, de notre façon d’agir et d’être au monde. Et les choses inacceptables, il ne faut jamais les accepter même au nom de la realpolitik.
Elle est journaliste aussi…
Angelo: Oui mais elle peut aussi s’en laver les mains comme Ponce Pilate ! Ce qui se passe en Italie avec Salvini, on peut le voir un peu partout. On essaye de bâillonner la presse. La Repubblica en Italie, on essaye de la faire taire complètement parce que c’est une boite dissidente. Les journalistes italiens ont de plus en plus de mal à s’exprimer au sein même de l’Europe sans parler des pays de l’Est et même en Belgique attention, on ne peut pas dire n’importe quoi en Belgique. C’est le danger et c’est ce que nous dit ce spectacle. Anna Politkovskaia va jusqu’au bout, elle va jusqu’à mourir alors qu’elle a des enfants et qu’elle sait très bien qu’elle va laisser tout cela et moi personnellement, je suis admiratif. Si on oublie trop vite, alors on a tout perdu. J’ai travaillé beaucoup de textes d’Ascanio Celestini qui nous parle de la mémoire. C’est facile d’oublier…
Michel Bernard, le texte de Massini vous l’avez réadapté pour ce spectacle ?
Michel Bernard : C’est le texte tel quel de Massini, traduit par Pietro Pizzuti qui a aussi traduit Lehman Trilogy du même auteur. On a juste réorganisé quelques passages et surtout on a demandé l’avis d’Aude Merlin qui est une spécialiste du Caucase et de la politique post-Union soviétique et aussi professeur à L’ULB et traductrice d’Anna Politkovskaia dont elle était une amie. Comme elle parle le russe couramment, elle a contrôlé le texte et donc on peut affirmer que tout ce qui est dit ici est la vérité. On a supprimé certaines affirmations dont elle a dit : « Je pense que c’est exact mais ce n’est pas prouvé. Donc si vous voulez être rigoureux dans votre travail, il faut les supprimer. »
Il n’y a pas d’apports de Massini aux textes de Politkovskaia ?
Michel Bernard : La grande difficulté avec Massini, c’est qu’il a une écriture très poétique et singulière. Tout matériau (interviews, vidéos, articles concernant Anna Politkovskaia, ou la Tchétchénie) sera transfiguré par sa propre écriture. C’est un problème qui peut poser quelques droits d’auteur. On est face à une matière dont on peut prouver les sources mais portée par une langue, par une ligne d’écriture. Chaque fois qu’il construit des séquences, il y a un cadre qui déborde de son écriture. Il ne se borne pas à rester journaliste, il sait que pour pouvoir travailler une séquence, il va devoir apporter une forme théâtrale, un rythme. Il met en poésie ce qu’Anna Politkovskaia a relaté et qui a été confirmé par Aude Merlin.
Angelo Bison, vous aimez cette salle du Poème 2 et vous préparez déjà un prochain spectacle que vous jouerez ici…
Angelo Bison : Ce sera une petite bombe. Un spectacle sur André Baillon, un auteur belge, qui s’appelle « Un homme si simple ». Un texte où il raconte sa confession à la Salpetrière. Baillon est marié avec Jeanne mais elle ne suffit plus alors arrive Claire qui n’est pas sa maîtresse mais son amie, sa muse. Et donc, il vit avec Jeanne et Claire qui a une petite fille de quatre ans. Mais la petite va grandir et soudain Baillon a des pulsions. Mais il est intelligent. Il ne nie pas les pulsions. Mais pour ne pas les assouvir, il va se faire interner. Il a écrit cinq confessions d’une beauté et d’une drôlerie… C’est un personnage fascinant.
Propos recueillis par Palmina Di Meo
“Le vin, c’est divin”, voici le titre d’une nouvelle qui a de la bouteille et où l’on ne cherche point en vain une bonne bouteille! L’auteur? Gaëtan Faucer, dramaturge, aphoriste, poète et nouvelliste surtout inspiré par le théâtre, dont plusieurs pièces ont déjà été jouées. Citons au passage “L’Héritage”, Ed. l’Arlésienne, 2017.
Et ça démarre fort: “Un jeune homme est étalé à même le sol, sur un parterre froid et humide, les mains nouées dans le dos…” Que fait-il là? D’où vient-il? A-t-il tenté de pénétrer par effraction dans la villa de Maya et son père? Les protagonistes sont au nombre de trois, dans un décor relativement austère, calme et serein, pour une singulière confrontation tournant autour du vin rouge, un jéroboam trônant au sommet du cellier, d’un somptueux repas de fête et de la lune aux reflets se condensant sur un morgon et un bourgueil: nous avons le père, très attentif, qui occupe un canapé d’une place, un verre de rouge à la main, qui vient de tirer de la cave le jeune homme encore tout étourdi de se retrouver là, parmi eux, Maya, la très belle Maya, fierté de son père, qui prépare avec soin le repas, la nuit déjà tombée, et le jeune captif libéré (?) que le père fait asseoir seul à la grande table. Etrange!
Faut-il s’attendre à une confrontation digne d’un Simenon? Tous s’observent, le silence alternant avec d’austères échanges, le père principalement préoccupé par la valeur de son cellier, la très belle Maya préparant un plateau de zakouskis avec une parfaite minutie. L’entrée avant le plat principal probablement…
Invité à boire, le jeune homme se retrouve bientôt à moitié ivre...mais quel est le but en fin de compte? “Atmosphère, atmosphère,...” nous aurait clamé cette célèbre actrice et le lecteur se demande ce qu’il va se passer car, forcément, quelque chose devrait se produire. “La scène semble grotesque, presque impensable”. Mystère, des questions en suspens, des incertitudes et une fin de nouvelle que le poète Philippe Leuckx compare à un tableau de Caravage. Pour quelle raison? Découvrez avec cette nouvelle que le vin n’est pas que divin !
Thierry-Marie Delaunois
A Flagey, un festival en décembre (5-8 /12/18)Move to Music and Movies
Flagey en fête en avant-fêtes avec la Chapelle musicale Reine Elisabeth? Il s’agit de la 9e édition du Music Chapel Festival qui a lieu du 5 au 8 décembre 2018. Le festival s’intéresse aux liens du cinéma et de la musique. L’occasion de participer à une intense immersion au sein du laboratoire artistique de la Chapelle musicale, en résidence pendant ce festival Flagey, explique Bernard de Launoit, le CEO de la Chapelle.
Les événements ont débuté avec un concert digne de l’appellation Mozartiade. Un concert de prestige au studio 4 en deux parties qui a rassemblé autour de Frank Braley et du clarinettiste et chef d’orchestre, Paul Meyer, les jeunes artistes en résidence pour un programme très attendu consacré à Mozart et les chefs d’œuvre d’Hollywood avec l’ORCW.
On ne présente plus Frank Braley qui gagna à 22 ans à peine le premier prix du Concours Reine Elisabeth en 1991, un exploit qui lui a ouvert les portes de la direction de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie depuis 2014.
Dans le Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur KV219 qui ouvre la soirée, la violoniste Julia Pusker offre un violon de rêve et soulèvera d’emblée de grands bravos. Paul Meyer imprime de belles images aux pupitres de l’orchestre de chambre. Les cadences de la violoncelliste sont emplies de confidences et de grâce, elle produit de superbes aiguës, des trilles ciselés, mêlés d’accès de passion. Le deuxième mouvement lui fait convoquer des paysages de douceur et de délicatesse. Elle accompagne les mouvements orchestraux, de légers hochements de tête témoins de l’intériorité qui l’habite. Sa seconde cadence évoque la sérénité d’un jardin d’émotions paisibles au travers d’un éloge de la beauté. Mais elle peut aussi rugir et donner la clef du thème avec conviction et clarté. On en vient à se demander ce que ce concerto venait faire dans le film de M.Caton Jones, Basic Instinct II, 2006… sans doute une respiration indispensable !
C’est Frank Braley qui sera le pianiste et le chef d’orchestre du Concerto pour piano no 9 en mi bémol majeur, dit Jeune homme, K. 271.Tout de suite les tonalités lutines et farceuses parcourent l’ensemble. Il sculpte les courbes avec panache, entretient les trilles comme s’il jardinait une vigne sacrée. A moins que ce ne soit son feu sacré qui multiplie les flammes comme feux follets en liberté. Dans sa cadence il se plaît à alterner questions lourdes et réponses joyeuses. Les sombres cordes de l’Andantino se chargent de douleur intense,aussitôt magnifiées en forme d’offrande par le clavier hypersensible de Frank Braley. Dès que le soleil se lève sur les cordes, le pianiste regorge de bienveillance, l’espoir se ranime. Et l’orchestre respire. Les jeux d’échos pulsatiles entre le pianiste et l’ensemble vibrent avec émotion. La nouvelle cadence se charge d’interrogations poignantes. Au cœur de l’humilité extrême, un cœur d’artiste bat et vit.Les contrastes orchestraux reflètent le doute aussitôt balayé par les thèmes ressuscités avec brio par les trilles éblouissants et légers du soliste. Un bain de bonheur et de nouveauté que ce concerto pourtant entendu mille fois! …Et dans Five Easy pieces, 1971 de B.Rafaelson.
La Mozartiade vespérale se poursuit avec Le Concerto pour violon no 4 en ré majeur KV. 218 dirigé par Frank Braley, infatigable et l’éblouissante violoniste Hyeonijn Jane Cho. Des allures de diva, une présence passionnante, une puissance passionnée. On remarque la fermeté des coups d’archets, la projection ensorcelante de sonorités les plus raffinés et de couleurs les plus variées Les phrasés semblent s’enchaîner les uns aux autres sans lisière visible. Les cadences présentent tour à tour, finesse d’exécution, charme, colère, douceur. Les fameux sanglots longs, les crises, les extases peuplent tous les registres. On est devant une performance miroitante entre soliste exceptionnelle et orchestre grâce à la baguette de son chef d’orchestre. Le Menuetto est habité, l’Allegretto ouvre la porte sur l’insouciance, le sens de la fête, le goût du jeu et de l’innocence….On assiste à des épousailles d’artistes avec la belle candeur du chef d’orchestre – such a wonderboy – et B.de Palma, Passion, 2012.
Mozart disait que la clarinette était son instrument préféré. C’est elle qui plane par-dessus un orchestre offrant une matière musicale généreuse, sonore, vibrante dans le Concerto pour clarinette en la majeur K 622, composé par Mozart quelques mois avant sa mort. Les bois plaintifs sont couronnés par les sonorités rondes du clarinettiste Paul Meyer qui dirige l’orchestre tout en jouant, placé debout, au centre, et face au public. Il se tourne alternativement vers ses différents pupitres pour les inviter à la danse. Ses parties solistes sont faites d’élans,de dégringolades joyeuses, accompagnées de quelques larmes vite étouffées. Mais il se fait aussi discret quand il accompagne l’orchestre de trilles fabuleux, rythmant le tempo vif et enjoué. On revoit bien sûr Out of Africa (1986), l’élixir d’infini, les vagues de sentiments qui exaltent. Des violons presque « off » soutiennent le motif léger de la clarinette. Les dynamiques sont tout en retenue, au bord des larmes essuyées, en empathie totale avec l’orchestre. Au deuxième mouvement, la clarinette se détache comme une apparition de lumière au-dessus de l’orchestre Il y a-t-il de la flûte enchantée dans l’air, par deux fois ? L’assurance du soliste est princière, ses sons sont fruités et il jongle avec les aiguës et les basses. Les échos successifs de l’orchestre résonnent de gammes elles aussi, enchantées avant un bouquet final, peu bavard, net et assumé.
Et le lendemain, à Flagey, on jouera encore Mozart! Quant au vendredi soir, pour cette 9e édition du Music Chapel Festival, consacrée aux compositeurs de musique de films, c’est l’OPRL et Nir Kabaretti qui mettront à l’honneur le Concerto pour violon de Korngold en compagnie de Kerson Leong, jeune artiste canadien en résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth. Gary Hoffman, violoncelliste accompli qui a participé récemment au premier festival pour violoncelle organisé cet automne à Bruxelles, enseigne au sein de la même institution et fera vibrer son magnifique instrument dans une oeuvre mythique du répertoire de violoncelle: le Concerto d’Elgar ( Lorenzo’s Oil, Hilary and Jacky, August Rush). Le mode concert permet bien sûr de déployer la fulgurance de ces magnifiques œuvres symphoniques et d'en révéler à un public conquis, les immenses trésors chatoyants.
Retrouvez le programme complet de cette splendide 9e édition ici et là.

Cinquante ans déjà… ou presque! A la fin de l’envoi , on entendait : « Décor de Roger HARTH, Costumes de Donald CARDWELL… » et les noms des prestigieux comédiens parisiens suivaient dans le générique. Pendant plus de 20 ans, des dizaines de millions de spectateurs francophones applaudissaient les pièces enregistrées pour l’ORTF puis TF1 dans l’émission « Au théâtre ce soir » qui diffusa pas moins de 411 pièces de 300 auteurs soigneusement choisis par Pierre Sabbagh. André Roussin, était de la partie.
C’est l’histoire très banale basée sur un fait divers, d’une jeune femme très peu fréquentable qui a épousé pour l’argent un paysan avare, qu’elle imagine être dans un état critique. Si elle le chasse, c’est qu’elle sait qu’il a gagné le gros lot et qu’il est au seuil de la Mort. La tuberculose, cela ne pardonne pas, non? Trois ans se passent, et le canard est toujours vivant. Le mari va, bon teint bon œil, très porté sur la chose. Impatientée, elle a décidé de le faire tuer, ni vu ni connu, je t’embrouille, pour recueillir la somme rondelette qui fait tant briller ses yeux. Car la dame au cœur sec a un idéal, tenez-vous bien ! En épouser un autre, jeune et beau, vivre confortablement, entourée d’enfants joyeux et bien élevés…La direction artistique ne recule devant aucun sacrifice et Stéphanie Moriau semble adorer son rôle !
C’est de la comédie de mœurs bien satirique et bien huilée qui joue à la frontière de l’absurde et sur le fil des pirouettes. Mais la Mort se rebelle, on ne la manipule pas comme on veut ! Malgré toutes les combinaisons qu’elle échafaude, Arlette s’épuise en crises de nerfs révélatrices et rate la Mort du sieur, toujours assis sur son magot. C’est là que le rire est souverain et fait du bien. Un conseil cependant, n’allez pas mourir de rire! Pas sûr qu’il y ait un médecin dans la salle!
Crooks together, crooks for ever! Aux côtés de la conspiratrice à deux balles, il a deux excellents comparses, grinçants à souhait. Ils ne valent pas tripette : un frère qui a fait de la tôle, et pas loin derrière, un joueur invétéré toujours en manque, incapable de résister à la valse des billets. C’est Franck Dacquin qui vaut le déplacement ! Un personnage gondolant, à la souplesse et la gestuelle redoutable, encore plus racoleur que le frangin si bien campé par Jonas Classens. Le bougre de mari finira par s’inquiéter et découvrir le pot aux chrysanthèmes ? Chassera-t-il l’ignoble prédatrice de sa maison si joliment décorée par ses soins ? Ou le mari, plus candide, ou plus réfléchi que jamais, lui offrira-t-il un bouquet de roses? A perfidie, perfidie et demi! Un Michel de Warzée au mieux de sa forme, tantôt en bretelles, tantôt en cravate à petits pois.
Ce qui frappe dans ce fait divers qui a inspiré cette comédie grinçante d' André Roussin, c’est la construction de l’engrenage de la convoitise qu’il devient impossible d’enrayer. Du suspense, on passe aux sensations fortes. Ce ne sont pas les portes qui claquent mais les explosions d’amour terre-à-terre du paysan, de haine de la mécréante, de balles perdues lors des passages à l’acte. Effets divers de burlesque bien construit, dont on pressent la suite sans y croire. La dynamique est infernale. La comédie conjugale est sertie comme un diamant maléfique dans le décor ultra bourgeois réputé tranquille. Les mœurs humaines sont dépiautées au scalpel, sans frontières, ni dans le temps ni dans l’espace : de l’éternel humain, fait des pires bassesses. Il n’y a pas de policier pour reconstituer les scènes de crime, mais une voisine à langue de vipère, aux rires fatidiques, aux noirs desseins déguisés en bonnes intentions qui finit par présider aux manœuvres. Une stupéfiante Amélie Saye l'incarne. Est-ce la voisine, ou la Mort en personne, qui débarque en fichu tablier et plumeau à la main pour se rire des desseins absurdes des hommes et les piéger dans leurs méfaits les plus mesquins et leurs attentats si royalement ratés? Est-ce l’élixir de l’amour qui finalement aura le dernier mot, toute honte bue?
...Souveraine critique des vanités de l’avoir.
avec Michel de Warzée et Bruno Smit, à Claude Comédie Volter.
http://www.comedievolter.be/le-mari-la-femme-et-la-mort/
Avec : Stéphanie MORIAU, Michel de WARZEE, Amélie SAYE, Franck DACQUIN & Jonas CLAESSENS / Mise en scène : Danielle FIRE / Scénographie : Francesco DELEO / Création lumière & Régie : Bruno SMIT & Sébastien COUCHARD
Jusqu'au 31 décembre 2018
Réservations : http://www.comedievolter.be
Suspense, tension...et questionnement!
Les Ardennes, une villa un peu isolée, un grand jardin, une forêt lugubre, des dangers que l'on ne peut imaginer pour une petite famille...
Fanny, seule et divorcée, laisse tranquillement jouer ses filles, des jumelles de huit ans, dans le jardin. Mélanie l'intrépide et Stéphanie la sage...
Soudain, le silence. Intriguée, Fanny sort vérifier ce qu'elles font mais elles ont en fait disparu! Où sont-elles? Ont-elle été kidnappées?
Une nouvelle de 45 pages parue dans la collection Opuscules aux éditions Lamiroy, par Thierry-Marie Delaunois auteur et chroniqueur membre de l'Association des Ecrivains Belges de langue française.
A deux pas du néant
Profiter de l'instant
Et crier haut et fort
Que l'amour n'est pas mort!
Une attitude de fou...
Mais du tréfonds de nous
Investir le bonheur
Et ignorer la peur!
Quand nous serons défunts
Laisserons ce parfum
Au bout de nos ivresses
D'une éternelle jeunesse...
J.G.
Avec : Joris BALTZ, Léonard BERTHET-RIVIÈRE, Mylena LECLERCQ, Vojtěch RAK, Lisard TRANIS, et, en alternance, Nolan DECRETON, Maxence LORENTZ ou Tom VAN DE WEGHE.
Du jeudi 15 novembre 2018 au samedi 15 décembre 2018
« Finalement je n’aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie – pas celle que l’on subit, mais celle avec laquelle on danse. » ~ Christian Bobin
Surprise, Thierry Debroux accueille cette fois, la création d’un chorégraphe, José Besprovany et sa Compagnie de danseurs acrobates au théâtre Royal du Parc. Une aventure inédite mêlant le nouveau cirque, la danse et la musique de Stravinsky, des propositions aussi poétiques que surréalistes. Une folie créatrice. Surprise, une dame bon chic bon genre a choisi justement ce spectacle entre tous, pour y fêter avec ses nombreux amis, ses 80 printemps et offrir un vin d’honneur à l’issue d’un spectacle qui rappelle en tous points le cinéma muet! Surprise encore, vous pensez vous faire conter l’histoire de Petrouchka, suivie de celle de l’Oiseau de feu ? Balivernes, il s’agit d’une re-création libre et audacieuse par le maître d’œuvres, qui s’est débarrassé de l’héritage slave où l’on vénère ces deux contes comme des icônes. Un spectacle fascinant ***** Une réflexion sublime sur la question: What is the truth? (Ponce Pilate l’avait déjà posée… ) Et le corps, au service de la réponse.
Le chorégraphe mexicain, installé depuis de nombreuses années en Belgique explique : °°° Ici, une technique de câblage scénique sophistiquée est utilisée afin que le danseur acrobate devienne une marionnette humaine. Ses mouvements évoquent ceux d’une marionnette à fil, telle une poupée pouvant être soulevée, déplacée par une force extérieure à elle. °°° Tels les fils des inflexibles Parques ? Ces êtres mythologiques, plus puissantes encore que le Destin , symbole antique de l’évolution de l’univers, des changements qui commandent aux rythmes de la vie et qui imposent, tour à tour, l’existence et la fatalité de la mort ?

Tout d’abord, dans Petroutshka, on retrouve un serviteur, l’homme-oiseau, incarné par Joris Baltz qui découvre le livre qui raconte son histoire dans une palette de costumes tous déclinés en triangles gris, rouges et noir. Le maître rebondi et le serviteur agile vivent prisonniers l’un de l’autre, sans se préoccuper du monde. …A nous de nous demander, en les regardant évoluer ensemble, qui manipule qui.
Le maître (Léonard BERTHET-RIVIÈRE) fatigué et imperturbable a bien décidé de ne plus jamais se lever de sa couche, même si dans une autre vie il fut un danseur étoile du kazatchok. Le fidèle serviteur, lui, veille jalousement sur le livre. Jusqu’au jour où deux nouveaux personnages, de savoureuses caricatures d’espions, ressuscitant nos souvenirs de guerre froide apparaissent de chaque côté de la scène.
Guerre d’idéologies ayant le même but ultime? L’un vient de l’Est, (Vojtěch RAK) et l’autre de l’Ouest, (Mylena LECLERCQ). Tous deux déploient une art consommé du mime et de la théâtralité à travers leur langage corporel. Tous deux doivent dérober le mystérieux livre, avec mission de le détruire. On entre de plein fouet dans un jeu de machinations, autour du sieur reposant sur son divan. Des facéties, toutes aussi burlesques, qu’absurdes et infructueuses. Qui dupera l’autre? « Il sait que je sais qui il est! » s’inquiète l’ardente envoyée des services secrets britanniques déployant force de charmes pour brouiller les pistes.

Mais, les voilà finalement contraints de collaborer ensemble, per amore o per forza… . Or, à force d’unir leurs diapasons, ne vont-ils eux-mêmes tomber dans les filets d’une machination suprême, celle de l’amour ? Quant à l’homme-oiseau, va-t-il réussir à protéger le livre essentiel sans perdre le fil de la vie? La surprise théâtrale viendra du maître qui, se levant enfin de son séant, accomplit un suprême geste de compassion vis-à-vis du serviteur. Illusion ou vérité? Les deux espions finalement convaincus de l’absurdité de leur tâche, vont-ils filer à l’anglaise vers des horizons joyeux ? Ce premier volet semble déjà emporter l’adhésion d’un public mi-perplexe, mi-mystifié, mais bien prévenu dès le départ par la présentatrice qu’on ne lui offrirait qu’une illusion de Petruchka! En revanche, la musique de Stravinsky jouée pour piano seul, est, elle, infaillible.
Le deuxième volet de la proposition, l’Oiseau de feu, dans une version orchestrale, finira par consumer nos moindres réticences. C’est d’abord du bleu intense et un labyrinthe de néons flottants très près du sol : autant de barrières que la bête fauve (Lizard Tranis) qui y séjourne, puissante, charnelle, séduisante, ignore superbement. Un nouveau Minotaure ? Ses multiples évolutions gracieuses et fascinantes sont félines. Le tigre de William Blake? L’espèce d’employé de banque lambda siégeant en mezzanine s’est métamorphosé en dompteur grâce à un chapeau magique. Ses dossiers sont devenus des plumes de rêve. Lâchant la première plume, l’animal s’en saisit. La plus belle, une plume de feu prométhéen ? Le dompteur apprivoise peu à peu l’animal, dans un ballet de plumes multicolores. Plus besoin de texte de cinéma muet, on absorbe l’histoire comme beauté absolue de chorégraphie et de postures. On fait partie du jeu. Le maître va jusqu’à apprendre à l’animal quadrupède à se redresser, ensuite à voler… Ce que lui-même ne sait pas faire! Chacun est guidé par le dépassement de soi, l’amour de la perfection. La beauté des figures du ballet aérien happe l’imaginaire, emporte dans un univers inconnu où l’on rejoint les artistes. Pendant un moment de grâce, instructeur et apprenant sont au diapason parfait. Las, nous ne sommes pas des dieux, voilà la chute!

Une relation amour-haine s’installe subrepticement, mouvement après mouvement, laissant le public dans cette expectative anxieuse où l’on retient son souffle. L’homme s’enivre de son pouvoir, passe au registre de la cruauté. La scène de rêve fait place à une scène de domestication presque insoutenable. Peuples à genoux… Mais l’homme s’endort. C’est alors que le danseur prométhéen, le feu, la plume entre les dents, danse audacieusement pour son pur bonheur sur des échelles mobiles. Il voltige dans les airs, il joue haut et sans filets, se balance en solo, offrant au public cloué par la surprise, une ode à la beauté de l’homme pendant que le maître est endormi. La suite vous conduira encore, de surprises en surprises, avec, pourquoi pas, une allusion au mythe du phénix et un enfant radieux sur fond de soleil rouge. Voulez-vous un ballon?
Au sortir de la deuxième proposition artistique, malgré ou à cause de sa secrète et parfois douloureuse gravité, par l’offrande de sa beauté extraordinaire, on se retrouve tout d’un coup au diapason avec le créateur du spectacle. Un spectacle de force, courage et persévérance qui expose la beauté de l’homme lorsqu’il joue les Icare face au soleil. On se sent tout d’un coup meilleur, tant la plénitude que dégage la deuxième partie réussit à vous procurer des ailes. Pour planer soi-même,retrouver l’innocence (encore William Blake, décidément… ) et se réconcilier avec le monde.

« Pour moi, un cirque est un spectacle magique qui apparaît et disparaît comme un monde. Un cirque est dérangeant. C’est profond Ces clowns, ces cavaliers et ces acrobates se sont mis à l’aise dans mes visions. Pourquoi? Pourquoi suis-je si touché par leur maquillage et leurs grimaces? Avec eux, je peux avancer vers de nouveaux horizons. Attiré par leurs couleurs et leur maquillage, je peux rêver de peindre de nouvelles déformations psychiques. C’est un mot magique, cirque, un jeu de danse intemporel où larmes et sourires, le jeu des bras et des jambes prend la forme d’un grand art. » Marc Chagall
Réservations sur place au Théâtre du Parc, via le site ou par téléphone au 02 505 30 30 – du mardi au vendredi – ouvert de 12h à 19h.
Photos de Lander LOECKX
Non, ce n'est pas mon exceptionnelle absence à cette soirée de rencontres qui pourrait m'empêcher de vous présenter les auteurs et ouvrages en présentation ce soir-là! Voici donc!
Thématique de la Soirée: "Belgique-Afrique, heurs et malheurs d'une rencontre" avec Jean-Claude Kangomba présentant notamment "Le ver est dans le fruit" de Anselme Nindorera, Claudine Tondreau son "Paspalum" et Jean-Marie Dubetz "Le rire du jeune crocodile".
"Le ver est dans le fruit" se déroule avant et pendant le second conflit mondial, le Burundi soumis aux réquisitions de bétail gérées par la tutelle coloniale belge, les césures antérieures se ravivant au sein de la collectivité. Ce roman relate la vie quotidienne de personnes ordinaires dans les collines pastorales, à l'écart des centres urbains.
Jean-Claude Kangomba, né le 11 mai 1955, est chercheur, conférencier, romancier, nouvelliste, docteur en langues et Lettres de l'Université de Liège, et attaché scientifique aux Archives et Musée de la Littérature (AML) et Anselme Nindorera est un auteur né au Burundi, licencié en philologie romane ayant fait carrière au ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture.
"Paspalum" est le récit d'une enfance africaine, Paspalum étant le nom d'une plante robuste qui tapisse les jardins des Tropiques, aux racines rampantes, symbole de résistance mais aussi de possession des terres. Il s'agit ici d'une claire observation de la nature au travers du regard d'un enfant qui, du haut de son arbre, quitte le monde...
Claudine Tondreau a suivi une formation en arts plastiques et en secrétariat médical, elle est une auteure se partageant entre l'écriture romanesque et les ateliers d'écriture.
"Le rire du jeune crocodile" nous conte une enfance au Congo Belge s'étalant de 1950 à 1960. Le récit d'une odyssée se déroulant un peu avant l'Indépendance de ce qui va devenir le Congo RDC. Une histoire de vie, de voyage, d'initiation et de révélations de Elisabethville (en amont) à Moanda (en aval). Le rite de passage de l'enfant avant de prendre le Grand Bateau des Blancs qui le mènera en Belgique.
Jean-Marie Dubetz a été éducateur, enseignant, détaché pédagogique, animateur, médiateur et rédacteur. C'est un familier "du monde des grands comme des petits".
L'atmosphère de cette soirée? Témoignage: "...il y a eu plus de monde que la fois précédente et il y a eu de fructueux échanges d'avis parfois divergents mais toujours constructifs. C'était un sujet difficile où les avis étaient partagés. Autrement le public était fort attentif aux différentes approches des trois écrivains", propos de Jerry Delfosse directeur de la galerie. Gageons que l'émotion était bien présente ce soir-là, la thématique ne pouvant que l'éveiller.
Merci à tous et rendez-vous en 2019!
Chick, Chloé et Colin. Une guitare électrique emmanchée d’un jeune homme de haute stature, le sourire éblouissant adorable d’une jolie fille à la chevelure blonde ondulée, aussi menue qu’une souris aux côtés de son compagnon à la barbe noire, Colin, et …un trou de souris, bien plus grand que nature dans la tapisserie du temps retrouvé, servent de piliers à la nouvelle adaptation théâtrale de « L’Ecume des jours » de Boris Vian.
Humour féroce, empire des extases de l’amour, poésie fantastique, musique du grand Duke, divers fracas du monde, déferlent aussitôt sur des planches brûlantes d’invention. L’inspiration Jazz est omniprésente, la gestuelle et le parler francophone 2021 s’infiltre innocemment dans la mise en scène absolument magique de Sandrine Molaro et de Gilles-Vincent Kapps pour le Théâtre de la Huchette à Paris et sans nul doute, nous en faisons vœux, une longue tournée, débutée en Belgique à l’Atelier Jean Vilar.
Le texte de Boris Vian est scandé pour la scène par Paul Emond, grand maître en adaptations théâtrales, et soigneusement pollinisé. Sa note d’intention est bruissante d’intentions artistiques tout aussi inspirées que réussies. Son texte étincelant est d’un rythme et d’une musicalité intenses. Le pianotail révèle ses moindres saveurs, la danse du biglemoi fait surgir le désir, l’appartement des lumières s’obscurcit à force de nénu-phares plus noirs que la mort. Et tombe la neige et ses cristaux immaculés sucés sur la langue. La langue de Boris Vian, bien sûr. Elle fouette, elle secoue, elle attache et s’excuse tendrement. Le chat se plie avec bienveillance aux dernières volontés de la fidèle souris!

Parlons aussi de l’immense trou de souris. Il est peut-être un souvenir de tableau de Magritte, ou le trou à raclures de la patinoire (pas celles de taille-crayon), ou le lit conjugal des ébats amoureux de Colin et Chloé, ou, la forme du nénuphar dév-horreur. Ou un simple trou de serrure pour la clef des rêves…
Prenons ensuite les trois comédiens changeant sans cesse de cape et de personnages d’hiver ou d’été (à cause des Noces, bien sûr ! ). Ils sont enivrants. …C’est eux qui nous promènent avec goût sur les sentiers de l’imaginaire dans une incomparable habileté scénique. Ils se distribuent les rôles comme des enfants dans un jeu de récréation. Selon le principe d’ « incarnation et de désincarnation permanent qui permet un mouvement permanent du dialogue à la narration et donne au spectacle» …un incontestable cachet poétique « dans un va-et-vient entre répliques, énoncé, musique et chant ».
Dans la neige scintillante de ce spectacle, au travers du rêve teinté des nuages roses du texte et de soleil couchant embaumé de parfums délicats, il reste deux traces parallèles et dévorantes. On est frappé par le parallélisme entre l’addiction de Chick à Jean-Paul Sartre dont on entend parfois bourdonner le débit atrocement sérieux, et la mort grandissante fermement installée dans les poumons de Chloé. Un crescendo de douleur.
Maxime Boutéraon, principalement personnage de Colin, est bouleversant. Antoine Paulin, un Chick magnifique, et splendide dans tous ses rôles, de Nicolas le majordome, à Jésus Christ compatissant et silencieux. Et Florence Fauquet? Une diction exquise et un bouquet de jeunesses piaffantes et belles, des roses vivant simplement le bonheur d’exister. Beautiful people.

Le spectacle se ressent comme un bienfaisant bain de sensations de jouvence. Il se déguste en mode « carpe diem » avec délectation, tant et si bien, qu’à peine terminé, on le reverrait bien en boucle continue, pour le charme, l’émotion, l’euphorie, et malgré la tragédie. Car c’est justement le côté artistique intense, côté cinq étoiles d’ailleurs, qui fait mouche et réjouit tant le cœur, et l’esprit, et tous les sens. Tant de grâce! Temps de délices. Tant d’amour. Et tant qu’à faire, condamner en pieds de nez magistraux, l’argent, la guerre et le travail obligatoire, les vrais et gigantesques fossoyeurs de nos vies.

https://www.atjv.be/L-Ecume-des-jours-1819 Du 22 au 27 novembre 2018 Au Théâtre Jean Vilar – Louvain-la-Neuve
Infos et réservations : 0800/25 325 –
de Gaetano Donizetti

***Après L’Elisir d’amore, Le Coq d’or et le diptyque Cavalleria rusticana & I Pagliacci***
Succès public considérable aujourd’hui comme hier, l’opéra de Donizetti Don Pasquale est une comédie sur le thème du triangle amoureux. Le compositeur s’y empare du style bouffe de Rossini, dont il emprunte la virtuosité et l’énergie, pour en extraire une « substantifique moelle » par son écriture limpide et sa verve toute personnelle.
Building Bridges, la représentation spécialement programmée par La Monnaie afin d’y accueillir des publics d’horizons variés, aura lieu le jeudi 20 décembre à 14 heures. Cette saison, le choix s’est porté sur Don Pasquale, sous la direction musicale étincelante d’Alain Altinoglu et dans une mise en scène de Laurent Pelly, un tandem qui avait déjà collaboré pour Le Coq d’or (2016) et Cendrillon (2011).
Avec son intrigue hilarante, ses personnages hauts en couleur et ses mélodies accrocheuses, la comédie satirique de Gaetano Donizetti est l’opéra idéal pour se mettre dans l’esprit des fêtes de fin d’année !
Voici plusieurs saisons que La Monnaie se propose de rassembler différents publics lors d’une représentation spécialement prévue à cet effet. Ainsi, aux côtés de spectateurs payant le tarif plein, sont accueillis à cette occasion, des groupes fragilisés (associations et institutions du secteur social et personnes bénéficiant d’une allocation sociale), des élèves (ayant participé à un workshop ou à une introduction ciblée), des étudiants, des artistes et des professionnels du spectacle. Le tout à des tarifs privilégiés.
Building Bridges a été aménagé dans cette optique tant par le choix d’un après-midi de semaine et d’un horaire particulier commençant à 14:00, doublé d’un tarif exceptionnel (10, 15 ou 20 € pour des places qui coûtent de 99 à 159 €). Il s’agit d’une initiative qui s’ajoute à d’autres menées dans le même sens, comme les répétitions ouvertes, les accès à prix réduit aux représentations publiques, les projets participatifs, les workshops et ateliers de chants…
Le choix de Don Pasquale – première parisienne en 1843 – souligne la préoccupation de La Monnaie de faciliter l’accès à un public pour lequel franchir les portes d’une maison d’opéra constitue une démarche peu ordinaire.
En tant qu’institution culturelle bruxelloise pleinement consciente de la très grande diversité urbaine et des défis sociétaux propres à l’époque, la Monnaie s’engage à donner à tous une occasion de découvrir l’opéra, prouvant ainsi que cet art est manifestement accessible à tous.
Building Bridges illustre les valeurs humanistes qui sous-tendent les différents programmes de La Monnaie développés depuis les années 90 pour les écoles, les jeunes, les familles et les groupes précarisés.
...Impossible de résister à cette musique qui fuse, riposte, caresse, enjôle, tourbillonne, se teinte de nostalgie parfois. Confié à la direction d’Alain Altinoglu, ce délicieux et festif épilogue de l’année est mené tambour battant par un Laurent Pelly dont on connaît le penchant pour le rire.
Crédit photos © H. Segers
…Et on murmure dans mon dos que ma musique est vieille !
✔ Laudamus te…



J'en ai vu des rivages
Découvert des visages!
J'ai puisé dans des yeux
Quelques moments heureux...
Mélancolie est douce
Quand nature se fait rousse
C'est la fin de l'été
Tu m'as tellement manqué!
L'automne est flamboyant
La saison des amants...
Loin des hésitations
Faire jaillir la passion!
Et si pointe l'hiver
Loin des chemins pervers
Dans douceur d'un souvenir
Sourire et s'endormir...
J.G.
Littérature, théâtre, valeurs, classique, roman épistolaire, désir, jalousie, confessions, psychologie, amour, 21e siècle, passion, coup de foudre, abandon, femme, paix, dignité…
« 24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME SENSIBLE » d’Eva BYELE
« Je vous aime, mon ami, plus que l’on n’a jamais aimé ; mais il ne se passe pas une minute de ma vie sans qu’une secrète anxiété ne se mêle à l’enchantement de ma passion. » Voilà ce qu’écrit, dans un fatal mécanisme de jalousie, ajouté à la tendance qu’ont beaucoup de femmes à attiser le malheur, à le projeter dans des mots qui finalement signent leur arrêt de mort, Constance de Salm (1767-1845), femme libre du XVIIIe siècle. Elle écrit anonymement en 1824 un roman épistolaire bouleversant et lucide qui inspirera les « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme » de Stefan Zweig en 1927.
L’écriture comme manière d’être au monde. A son tour, la jeune écrivaine Eva Byele, en 24 lettres numérotées, décide de faire le tour de l’horloge des sentiments avec sa propre sensibilité du 21esiècle. Les « 24 heures de la vie d’une femme sensible » d'Eva Beyele se déclinent en vaillants battements de cœur, se lisent et s’écoutent comme une calligraphie de la passion. Ira-t-on vers une catharsis ? Chaque lettre contient un chapelet de paragraphes qui pourraient vivre tout seul, comme autant de bouteilles à la mer. Comme dans l’œuvre de Jane Austern, les concepts de Sense and Sensibility se livrent un duel poignant et romantique. La sentimentalité détruira-t-elle la dame comme ce fut le cas de madame Bovary? La dame artiste finira-t-elle enfermée comme Camille Claudel ?
Ou assistera-t-on à l’avènement d’une femme cultivée et intelligente de cœur et d’esprit, émergeant de sa passion, renouvelée, solidifiée, resplendissante? L’écriture aborde avec grande pudeur mais combien de justesse, les errances intimes de cette jeune épouse artiste, livrée aux exigences domestiques d’un milieu bourgeois où elle vit, emprisonnée dans un carcan cotonneux et insipide, en plein dans les années folles. Son mariage érodé la suffoque, l’insensibilité du mari l’a poussée à l’incartade adultère. Le mari est devenu un mur de silences. Soit dit en passant: « La société n’a pas appris aux hommes à parler, c’est pour cela qu’ils condamnent les femmes au silence ». Scripsit. Elle se le dit, l’écrit, le lit avec effroi et se rebelle par l’écriture que le milieu où elle vit, condamne.
Le mari prend ombrage des livres qui sont son refuge, Le voilà jaloux et de la plume, et de l’écriture. Le terrain est libre pour Octavio, le compositeur qui la ravit et lui ravit les sens avec son espièglerie d’enfant. Le rire lui revient. La sensualité se savoure comme si on relisait les voluptés de Christine de Pizan… Voici le baiser brûlant, la fougue, l’extase, l’éphémère, et l’immortel. « Le relent de la fenêtre sur l’impossible ». On pense aux rêves de Jacques Brel... au baiser d'Alain Souchon. Comme cela est vivement tourné!
Quelle chute inattendue, quel parcours initiatique vers la paix intérieure, quelle éclosion à ce qu’elle « est », quelle hauteur soudaine vis-à-vis de ce qu’elle « hait ». Le bonheur, elle le découvre, est « en soi ». Donc, jamais elle ne retombera en « esclavage ». Voici un avènement pur et dur de femme du 21e siècle, droite, sûre d’elle mais dénuée du moindre orgueil. No Pride, no Prejudice. La romancière féministe anglaise Jane Austern, doit se réjouir, de l’autre côté du miroir. Voici, grâce au verbe, l’existence versus les silences qui tuent.
Comme cela est vivement joué! Dans une mise-en scène fourmillant de détails intéressants, jusqu’à la couleur de l’encrier. Du vieux Rouen? Le texte est incomparablement habité par celle qui l’a écrit. La partition musicale, signée Louis Raveton, souligne le propos par ses clair-obscurs, ou ses mouvements haletants dignes des meilleurs suspenses. Celle-ci rejoint le moindre frisson de l’âme, chaque révolte, chaque poison combattu avec opiniâtreté, chaque aveuglement …dissipé par la beauté des mots sur la page.
Voici d'ailleurs le "credo" de l'artiste: "Ce seule en scène est l’occasion de proclamer, à nouveau, l’importance de l’écriture pour les femmes ; véritable lieu de liberté qui leur permet d’avoir accès à elles-mêmes, à leurs pensées, leurs sentiments ainsi que de rêver, de se rêver et de rêver leur vie.
Comme l’écriture est performative, la femme qui crée acquiert le pouvoir de devenir autre et de choisir sa vie, devenant par là-même un modèle de liberté et d’émancipation.
Par l’acte même d’écrire, la femme s’affirme comme sujet et non plus comme objet. C’est comme si elle déclarait : «J’écris donc je suis».
Dans un monde où l’on cherche continuellement à réduire la place des femmes, l’écriture, la création – au-delà de l’acte de subversion – sont un premier pas vers la libération.
Puissent le livre de la pièce et ce seule en scène être lus, entendus ; puissent les mots écrits et prononcés résonner en chaque être afin de trouver le chemin du cœur et de l’esprit."
Cette pièce, présentée au théâtre de la Clarencière ces jours derniers, a été jouée à Barcelone, à l’Ateneu del Raval, du 10 au 13 mai 2018, au Festival d’Avignon, au Théâtre Littéraire Le Verbe fou, du 6 au 29 juillet 2018 et à Montpellier, au Théâtre du Carré Rondelet du 14 au 16 septembre 2018.
Télécharger le dossier de presse
Les jeudi 15, vendredi 16 et samedi 17 novembre 2018 à 20h30 https://www.laclarenciere.be/

Première pièce de Jean Racine représentée et publiée en 1664, il a alors 24 ans et marche contre la guerre. Dans son introduction, Racine écrit : « La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop sanglante. En effet, il n’y paraît presque pas un acteur qui ne meure à la fin. Mais aussi c’est la Thébaïde, c’est-à-dire le sujet le plus tragique de l’antiquité. »
Il explique aussi que l’amour, qui d’ordinaire prend tant de place dans les tragédies, n’en a que très peu dans la sienne et touche plutôt des personnages secondaires. Ce qui l’occupe c’est bien la haine viscérale profonde que se vouent les deux frères ennemis, Etéocle et Polynice condamnés par un destin implacable, à s'entre-tuer.

« De tous les criminels, vous serez les plus grands –Silence– »
ÉTÉOCLE, roi de Thèbes.
POLYNICE, frère d’Étéocle.
JOCASTE, mère de ces deux princes et d’Antigone.
ANTIGONE, sœur d’Étéocle et de Polynice.
CRÉON, oncle des princes et de la princesse.
HÉMON, fils de Créon, amant d’Antigone.
OLYMPE, confidente de Jocaste.
ATTALE, confident de Créon.
UN SOLDAT de l’armée de Polynice.
Gardes.
La scène est à Thèbes, dans une salle du palais royal.
Cédric Dorier, le metteur en scène ne ménage pas son public. Point de toges antiques, de gracieuses couronnes, de colonnades dorées par le soleil au milieu de champs couvert de coquelicots rappelant pourtant le sang des Atrides sous l’immensité bleue d’un ciel d’Attique… Non, nous sommes conviés aux premières loges d’un huis-clos dont les couleurs glauques sont habitées par l’esprit de 1984, Ninety-eighty Four, la tragédie humaine la plus noire que l’on puisse lire, inventée par George Orwell en 1948. Et dont, jour après jour nous voyons les sombres prédictions se réaliser. Tout autour de ce QG militaire, où règne encore le bon sens de la très attachante Jocaste, on perçoit les bruits du monde dominés par la guerre. A chaque ligne du texte, Jocaste, aidée d’Antigone se dépense corps et âme pour sauver la paix avec une volonté farouche et un instinct de vie incandescent. Saurons-nous écouter ses prières et ses imprécations ? Le texte est envoûtant. Le rythme en alexandrins est un berceau où le verbe fait tout pour sauver du glissement vers les Enfers. Le verbe peut-il sauver ? Les mots feront-ils la différence ? Les femmes, en évoquant l’amour et l’innocence, réussiront-elles à inverser le sort, à juguler la trinité de mal représentée pat Créon, Etéocle et Polynice, tous habités par la haine et la vengeance?
Le duo des frères ennemis est incarné par Romain Mathelart et Cédric Cerbara qui jouent la mise à mort comme des gladiateurs de théâtre romain, tant dans le verbe et le discours que dans l’affrontement physique. Une scène totalement inoubliable, surtout pour le public scolaire invité. Julie Lenain, en Antigone, Sylvie Perederejew en Olympe, complètent agréablement le trio du Bien et de la lumière.

Jocaste (IV,3)
« Ne vous lassez-vous point de cette affreuse guerre ?
Voulez-vous sans pitié désoler cette terre ?
Détruire cet empire afin de le gagner ?
Est-ce donc sur des morts que vous voulez régner ? »
La soif de puissance de Créon, doublée d’immense fourberie et de manipulation machiavélique est chez Racine effrénée et absolument abominable. Elle dénonce le totalitarisme rampant de nos sociétés. Brillant comédien, Stéphane Ledune met la puissance d’évocation à son comble. L’orgueil du personnage est un sommet rarement atteint. Même au bord de son dernier geste fatal, Créon menace encore! Que n’écoutons-nous la sagesse grecque antique, pour qui l’hubris est la pire des choses aux yeux des Dieux. Cette mise en scène fait penser que notre monde en serait peut-être à Minuit moins deux minutes sur l’horloge de la fin du monde. En effet, depuis le 25 janvier 2018, l’horloge affiche minuit moins deux minutes (23 h 58) en raison de l’« incapacité des dirigeants mondiaux à faire face aux menaces imminentes d’une guerre nucléaire et du changement climatique ». Si Cédric Dorier voulait par sa mise en scène, dépeindre un enchaînement apocalyptique de rebondissements tous plus destructeurs les uns que les autres, il y parvient pleinement.

Non seulement le texte est porteur – bien que souvent, hélas peu audible, passé le troisième rang, et …qu’entendre, au fond de la salle ? – mais la modernité, les jeux de lumière, de musique et l’appropriation chorégraphique de l’espace se font de manière magistrale pour épouser le propos de manière organique.
Dommage tout de même, que l’on n’ait pas pu disposer, comme à l’opéra, d’un dispositif défilant le texte. Cela aurait particulièrement aidé les jours où, Hélène Theunissen que l’on adore, jouait en dépit d’une laryngite aiguë. Il est apparu, néanmoins qu’elle n’était pas la seule à capter le dépit, le désespoir ou la colère dans le registre des murmures les plus inaudibles… Ceux-ci font sans doute partie d’un parti pris esthétique et émotionnel très conscient du metteur en scène, mais que l’on a du mal à admettre quand on a résolument pris rendez-vous avec la si belle langue d’un auteur du 17e siècle, surtout lorsqu’il s’agit de chants si désespérés et si beaux!. Ou bien, faut-il avoir relu la pièce avant la représentation ?
Mais, grâce aux vertus cathartiques de la tragédie, il est certain que l’ on est amené, une fois le rideau tombé à questionner notre monde et à repousser ses pulsions mortifères par la raison et le questionnement lucide. Une production brillante et ...désespérante à la fois.
MISE EN SCÈNE
Cédric Dorier
COPRODUCTION Les Célébrants (Lausanne, Suisse), Théâtre en Liberté
JEU Cédric Cerbara, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Romain Mathelart, Sylvie Perederejew, Hélène Theunissen, Laurent Tisseyre, Aurélien Vandenbeyvanghe
Photos : Isabelle De Beir
INFOS & RÉSERVATIONS
02 223 32 08 - http://theatre-martyrs.be/

Recréation ou récréation ? A la veille de la date anniversaire du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, nous avons eu le plaisir de retrouver dans un cadre prestigieux et solennel, un univers musical où règnent véritablement la paix, le rêve et la quête de sens. Une pause salutaire au cœur de l’esthétique, puisque l’on dit que la beauté sauvera le monde ! Tout est dit dans les quatre dernières phrases du « Chant des Esprits des Eaux » poème de Goethe mis en musique par Franz Schubert :
Seele des Menschen,
Wie gleichst du dem Wasser !
Schicksal des Menschen,
Wie gleichst du dem Wind !
Âme de l’homme,
Comme tu ressembles à l’eau !
Destin de l’homme,
Comme tu ressembles au vent !
…une œuvre quintessence de musique romantique, qui clôturait ce splendide concert.
Raphaël Fey, violoncelliste et chef d’orchestre, est au pupitre. Il est lauréat des Conservatoires Royaux de Musique de Bruxelles, de la Hochschule für Musik «Felix Mendelssohn-Bartholdy» de Leipzig et de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Il a participé récemment à plusieurs retransmissions de concerts pour les radios Musiq 3 et Klara. Avec l’orchestre « Les Métamorphoses » qu’il a créé avec Camille Feye, il vient d’enregistrer un cd consacré à Haydn, Lipatti et Mozart le label EPR avec le pianiste Julien Libeer. Il est également diplômé en Histoire de la Musique. Son dernier projet de recherche a débouché sur ce concert exceptionnel et la recréation du « Requiem » de François-Auguste Gevaert (1853) dont on a pu découvrir pour la première fois la version originale avec l’Ensemble Vocal de Bruxelles, dirigé par Philippe Fernandez Cruz. Un ensemble dont on avait déjà pu apprécier la magnifique prestation lors des journées de Singing Brussels le 6 mai dernier à Bozar. Avec l’Ensemble ‘Les Basses de Bruxelles’, cela se passait à la Chapelle Royale Protestante de Bruxelles le 10 novembre 2018. Et comme il est bon et agréable de découvrir des chefs d’œuvre inconnus de notre patrimoine artistique belge!
Composé en 1853, le Requiem (Missa Solemnis pro defunctis) s’inscrit dans la tradition des Messes des morts écrites par de nombreux compositeurs européens depuis la Renaissance. Contrairement à Mozart, Michael Haydn, Gossec ou encore Berlioz, Gevaert choisit d’écrire pour un choeur d’hommes, un quintette de cuivres et un ensemble de violoncelles et de contrebasses. Par son écriture orientée vers les graves, cette œuvre annonce le célèbre Requiem que Gabriel Fauré composera quelques années plus tard.
L’ensemble vocal masculin en deux rangs encerclant les cordes, violoncelles et contrebasse et le quintette de cuivres placé dans la galerie supérieure formaient une trinité musicale exaltante où circulaient librement toutes les énergies de la polyphonie, favorisant au mieux le sentiment d’élévation. Tout au cours de l’écoute on retrouve de riches consonances inscrites dans nos souvenirs, que ce soient vers les belles sonorités vibrantes des polyphonies corses, oui les chants grégoriens ou le patrimoine orthodoxe slave. Le Kyrie est empreint de voix caressantes et éthérées. L’orchestre souligne à peine des voix a capella d’une grande pureté. Le Dies Irae bascule dans le vrombissement des violoncelles, les cuivres sont au balcon, ponctuant le texte de façon majestueuse. Quand les solistes sont à l’œuvre, ce sont des gouttes d’or des cuivres qui semblent fondre dans le texte. Cuivres cordes et voix se joignent dans les scintillements et la sérénité dont on se sent au fur et à mesure rassasié. . Domine Jesu Christe libera nos in obscurum projette de magnifiques couleurs. Le Sanctus, radieux, avec les cuivres seuls est une progression crescendo majestueuse qui tient de l’ivresse. Et le subtil Pie Jesu Domine dona eis requiem est un élixir de douceur. Les cordes deviennent quasi inaudibles, flotte, juste, la voix humaine. L’Agnus dei est l’affaire de tutti, un andante sous le poids des péchés du monde, il resplendit de cette Beauté qui sauvera le monde… Et le Lux aeternam parachève en forme une berceuse pleine d’humanité. From womb to tomb… we are but frail humans seeking Light!
Dans un cadre d’humilité extraordinaire, véritables caresses de l’âme, les harmonies contrastent d’intensité, traduisent les souffrances humaines, et se greffent avec confiance lumineuse et grave sur la miséricorde divine. Le texte religieux est interprété avec vénération dans une atmosphère chargée de respect profond et de mystère. Pour d’aucuns, cette partition aux grandes qualités esthétiques conduit vers la véritable rencontre de notre être profond ou avec « l’être de la vie plus large ».
Il faut savoir que François-Auguste Gevaert avait une réelle vénération pour Bach et Haendel et portait en lui une vie spirituelle intense. Deux figures musicales auxquelles il a tenu à rendre un hommage particulier lors de la création de la salle du Conservatoire de Bruxelles, un salle qui devait attirer les plus grands musiciens du monde pour servir d’exemple aux élèves du Conservatoire.
A l’ouverture du programme on a pu entendre une pièce très intéressante écrite en néerlandais : De Nornen (Les Parques) de Gevaert qui met en scène le fil de la vie et réveille les bruissement de l’âme, et en deuxième partie du programme, la première des Quatre petites prières de Saint François d’Assise de Poulenc dédiée à la Vierge Marie, ainsi que le Concerto pour violoncelle de Schumann avec Justus Grimm, musicien de chambre passionné, en soliste, pour conclure enfin sur le sublime Chant des Esprits sur les Eaux de Schubert… redonné avec grâce en bis très émouvant et infiniment intériorisé.

Programme :
François-Auguste Gevaert : De Nornen (Les Parques) / Requiem (1853)
pause
Robert Schumann : Concerto pour violoncelle en la mineur op.129 (1850) version de Richard Klemm / soliste: Justus Grimm, violoncelle
Francis Poulenc : Les quatre petites prières de Saint François d’Assise, pour choeur d’hommes
Franz Schubert : Der Gesang der Geister über den Wassern/ Le Chant des Esprits sur les Eaux (1821) pour choeur d’hommes à huit voix
https://www.concertschola.be/concerts/2018-11-10

L'hiver est à la porte
Et le ciel d'un bleu dur
Si les feuilles sont mortes
les couleurs sont... d'or pur!
La pelouse s'est couverte
D'une cape changeante...
La rouille sur mousse verte
Douce caresse, mouvante.
Sur le banc qui verdit
deux écureuils grignotent
Et les yeux éblouis
A la beauté clignotent...
Au chaud derrière la vitre
Âme et sens apaisés
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Au bonheur d'exister!
J.G.
Ce soir
j’irai à la lisière
des bois
dans la lumière nue
de la lune
ramasser
un peu de l’or
éparpillé
par les arbres
je ferai briller
notre nuit
de restes de soleil
Martine Rouhart