Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3142)

Trier par

Au point de croix

Même invisibles
à l'intérieur des nuages
les étoiles
recousent le ciel
au point de croix

rien que d'y penser
défroisse
le ruban soyeux
des rêves
...................................
Martine Rouhart

Lire la suite...
administrateur théâtres

La Gioconda à la Monnaie jusqu'au 12 février 2019

Une prodigieuse « Cloaca Maxima » vénitienne à la Monnaie!

 Février 9, 2019 


Olivier Py qui revient pour la cinquième fois à la Monnaie, aime travailler à contre-courant.   Les   merveilleuses scènes et effets de lumière de Canaletto sur les rives du Grand Canal bordées de palais Renaissance et gothiques ? On oublie ! Adieu même à « Mort à Venise» et  l’impressionnant sens de la beauté de Thomas Mann traduit par l’inoubliable réalisateur Luchino Visconti (1971) dans son film éponyme. Voici le Crépuscule des Êtres Humains dans un opéra en forme de polar, où le Mal l’emportera définitivement. Du début à la fin, le désir brutal, le pouvoir phallocratique et la luxure  étouffent la scène dans  un monde souterrain et  sinistre.

 L’enfer à petite échelle : le sexe et la mort dansés, mimés, chantés  comme s’il fallait en faire un mode de vie ! Le carnaval se traduit par danse macabre.   Des actes plats, sans préliminaires ni réflexions posthumes, exposant  leur  urgence brute et  définitive. Le décor choisi est  le grand égout de Venise, avec ses murs sombres et sans fin et le bord glissant et dangereux de choses qui transpire de partout. Les gondoles se sont transformées en cercueils.


Roberto Covatta, Scott Hendricks & Ning Liang – La Joconde par Olivier Py (© Baus)

Finalement, deux gigantesques bateaux de croisière, ruisselants de lumière  seront de passage  à travers le cloaque rempli d’eau où pataugent les artistes,  question de  rappeler brutalement que Venise, pendant des siècles, le cœur même de notre culture occidentale, a toujours été  menacée par de  perfides appétits. Ou est-ce Venise elle-même qui est le mal? Olivier Py et Pierre-André Weitz (scénographie et costumes) ne mâchent pas leurs mots et  avancent que « La beauté de Venise, c’est la mort, la grandeur de Venise, c’est le déclin, la puissance de Venise, c’est le Mal ».  Le déclin inexorable  de l’Europe des Lumières qui a créé l’esprit  du progrès et le rejet de l’obscurantisme   les conduit apparemment à cette triste déclaration. Une déclaration encore plus évidente  se fait   dès  l’ouverture de l’œuvre, sous la forme d’une  baignoire (de l’époque nazie?) dans laquelle un gnome,  un joker, ou un clown  subit le supplice de l’eau  mais que sarcastiquement cela ne dérange même pas! Ce personnage muet, le Mal ex machina,  prendra de la puissance, grandira en taille et en nombre tout au long de l’action. Image de choc: entre de mauvaises mains, l’eau que l’on pense naturellement être  source de vie,  peut provoquer la mort de toute personne  soumise à son pouvoir meurtrier.  « Du pain et des jeux »  réclame la foule: «Viva il doge e la republica!». Que le doge soit ogre ou pantin, la boucle du Mal est refermée.

Image may contain: 2 people

À  l’époque, Amilcare Ponchielli était considéré comme le plus important compositeur italien de la génération après Verdi, mais nous le connaissons aujourd’hui principalement pour La Gioconda, et en particulier pour son célèbre ballet, «La danza delle ore». L’histoire, basée sur «Angelo, le tyran de Padoue» de Victor Hugo, se déroule dans une Venise du XVIIe siècle, où complots et régates forment la toile de fond des heurs et malheurs  de la belle chanteuse La Gioconda (l’immense soprano Béatrice Uria-Monzon). Harcelée par Barnaba (le puissant baryton Franco Vassallo),  noir espion de l’Inquisition, la jeune femme a tout sacrifié pour sauver Enzo (Stefano La Colla), l’homme qu’elle aime et  va jusqu’à sauver  sa rivale, Laura, la femme dont  lui  est  amoureux. Elle est mariée à Alvise Baldoèro, un des chefs de l’Inquisition vénitienne.  Sa complainte dans l’Acte III, scène 5 explique son désarroi et son courage «  O madre mia, nell’isola fatale frenai per te la  sanguinaria brama di reietta riva. Or più tremendo è il sacrifizio mio .. o madre mia, io la salva per lui, per lui che l’ama!»  Gioconda  parle de l’indicible  à l’acte IV, scène 2,  dans  l’air déchirant «Suicidio», dont elle donne une  version échevelée et bouleversante.  » Sa seule issue pour tenir parole.
« La Gioconda en un seul mot, ce serait « agapè », en grec. Elle possède ce grand amour inconditionnel qui n’attend rien en retour, entièrement dévoué à l’autre. » explique Béatrice Uria Monzon.

Image may contain: 1 person, night

Pendant ce temps, le tout puissant et pervers Barnaba  utilise La Cieca, sa  pauvre mère aveugle, pour faire chanter La Gioconda, qu’il souhaite soumettre à son désir. Ne parlons pas d’amour !  Il a même  l’idée de la faire juger comme une sorcière méritant d’être brûlée. … Mais « Ne sommes-nous pas toutes des filles de sorcières que vous avez brûlées ? »  Quoi qu’il en soit, Barnaba est déterminée à la détruire car elle incarne  l’amour maternel inconditionnel le plus pur  et  ose entretenir des relations des plus pieuses avec Dieu. On la voit comme  une créature divine délicate, ressemblant à une  statuette de femme de la dynastie Tang, chantée par la contralto angélique Ning Liang. Son air céleste dans le premier acte «Voce di donna o d’angelo» résonne  comme  un élixir d’innocence et de bienveillance et de sagesse. C’est ainsi que  le metteur en scène Olivier Py nous propose un opéra noir de bout en bout.

Image may contain: one or more people, crowd and outdoor

En outre, la scène 2 de l’acte III n’est pas sans rappeler des visions affreuses d’un Othello en furie. Nous savons que Victor Hugo aimait Shakespeare. “Invan tu piangi, invan tu speri, Dio non ti puo esaudir no! in lui raccogli in tuoi pensierei preparati a morir! » chanté par Alvise Badoèro, le mari de Laura. Superbes graves de la basse Jean Teitgen. Mais la pauvre épouse est cyniquement contrainte d’avaler elle-même le poison sur fond de chœurs d’enfants en voix off!  Heureusement cette invention de  Victor Hugo dans la célèbre scène de jalousie,  sauvera celle que le mari en colère n’a pas étranglée de ses mains  fumantes de haine et de vengeance.   

La musique enfin, s’offre comme un immense soulagement…  Elle  forme un contraste saisissant et magnifique avec l’atmosphère  délétère de l’action,  produisant  des grappes juteuses  de passion et de vie. Une  beauté torrentielle et puissante, bouffée d’air dans l’environnement toxique. Un tour de force grandiose pour supporter toute cette noirceur. Ou alors lisez un thriller style la trilogie mongole  Yeruldelgger avant de venir, pour amortir le choc.   Le flamboyant « grand opera all’italiana » est dirigé par Paolo Carignani avec une double distribution  exceptionnelle pour les six rôles principaux, tous  terriblement exigeants, la partition étant redoutable.

 Le public est complètement  emporté  par la qualité de l’orchestre, ses textures Verdiennes élaborées et ses harmonies véhiculant une gamme stupéfiante de sentiments, allant de la peur viscérale  à la mort, en passant par le suicide, mais décrivant également les différentes affres d’amour ressenties par tous, à l’exception de  Barnaba. Les performances répétées des choeurs (Martino Faggiani) sont à couper le souffle, de même que celles des danseurs de ballet, tandis que les six solistes sont tous  également  resplendissants dans leur interprétation parfaite des sentiments romantiques fracassants.  Une  galerie  étincelante a pris vie  au cœur de la Cloaca Maxima vénitienne!

 IL FAUT QUE LE DRAME SOIT GRAND, IL FAUT QUE LE DRAME SOIT VRAI.— VICTOR HUGO


Dominique-Hélène Lemaire

Du 29 janvier au 12 février 2019

crédit photos © Baus

Lire la suite...

A CORPS PERDU...

J'ai fait du corps à corps avec la solitude

Et redécouverts la folie des certitudes

Puis au petit matin, soleil étant présent

J'ai offerts un sourire à la course du temps...

Du malheur je veux fuir l'haleine trop fétide

Et humer le printemps sans plus craindre le vide!

Alors une fois pour toute choisir le lâcher prise

Laisser chanter la vie très loin de toute emprise...

Sur la neige le soleil apporte ses nuances

Et mon cœur soulagé retrouve une cadence

Quand s'allège la tête, ils dansent les nuages!

Et s'éloignent la peur et l'ombre des naufrages...

J'ai fait du corps à corps avec la solitude

Et redécouverts la folie des certitudes

Puis au petit matin, soleil étant présent

J'ai offerts un sourire à la course du temps!

J.G.

Lire la suite...
Une communication d'Evelyne Wilwerth:
 
"Vif désir de vous inviter à fêter avec moi la naissance de mon roman “TIGNASSE ETOILE” !  (éditions M.E.O.)Jacinthe sera à mes côtés : mon personnage qui peu à peu se construit, malgré un terrible nuage...
 
Je vous propose de vous amener avec 1 question que vous n’avez jamais posée à un écrivain (impertinente, caustique,dérangeante, pertinente, drôle, insolite, basique, pointue, intello, malicieuse...)
 
Rendez-vous le samedi 9 février, entre 15 et 18h à votre guise.
 
Dans un beau lieu : l’Espace Art Gallery
83, rue de Laeken  1000 Bruxelles
(stations De Brouckère ou Rogier)
 
Chaleureusement,
 
Evelyne Wilwerth"
Lire la suite...

12273305487?profile=original

http://varia.be/ariane-euphonie-soundscape-of-a-refugees-greek-camp/

Le noir, puis dans la pénombre, une voile ondule, gonflée par le vent d’une tempête, se transforme en étendard, aigle nazi ou appel de détresse. Et toujours un vacarme, un sorte de grondement, un déchaînement des forces de la nature.

Soudain une clarté presque aveuglante, un paysage d’une netteté clinique. Apparition d’une femme tout oreille qui vient coller avec soin des dessins d’enfants sur un container, seul résultat tangible de cette institutrice presque exsangue qui tente d’enseigner le grec aux enfants des migrants. Nous sommes sur les rivages de la Grèce d’aujourd’hui où les champs sont contaminés et où le miel a désormais la couleur du pétrole…


12273305899?profile=original

Issu de l’Insas, Pietro Marullo travaille depuis de nombreuses années sur les matières et les volumes. Avec une formation parallèle de plasticien, c’est ce qui bouge sur un plateau qui le motive bien plus les mots.
Le son, matière centrale du projet, suggère des signifiés aux tableaux mouvants qu’il crée sur la scène. Pour lui, notre oreille est « Créatrice d’altérité ». Le son, les bruits sont un langage en soi, capables de générer les émotions les plus fortes.

Dès sa création, la compagnie Insiemi irreali, s’est intéressée aux camps de réfugiés et aux effets de la politique européenne en matière de migrations ouvrant le questionnement sous un angle onirique. Des hotspots en Méditerranée, Marullo et ses artistes du voyage, nous invitent à suivre le fil d’Ariane au centre de la Crète dans le labyrinthe du Minotaure. Cette créature monstrueuse de Poséidon est née des amours de Pasiphaé, la femme du roi Minos et d’un taureau blanc que Poséidon avait demandé en sacrifice, animal fabuleux mi-homme mi- bête dominé par ses instincts.

Tout l’art de Pietro Marullo consiste à faire travailler les corps en fonction des matières pour créer de véritables fresques vivantes. De ces scénographies sophistiquées naissent des synchronicités inattendues et pertinentes.

Un spectacle pour les yeux et les oreilles, au goût amer teinté d’admiration pour l’impact qu’il réussit à avoir et les résonnances auxquelles il donne lieu. Objet théâtral à voir !

Palmina Di Meo

Lire la suite...

« La métamorphose des Dieux » est un essai d'André Malraux (1901-1976), publié à Paris chez Gallimard en 1957 (tome I, paru sous ce titre, puis réédité sous le titre le Surnaturel en 1977), en 1974 (tome II, l'Irréel) et en 1976 (tome III, l'Intemporel).

 

L'art se situe au centre des préoccupations de Malraux, voire de ses aventures: témoin son expédition au temple de Banteay-Srei au Cambodge, en 1923. Pas un de ses romans dont les personnages ne s'interrogent sur la signification de l'art, que l'écrivain questionne, aussi en son nom propre, dans des catalogues d'expositions (Fautrier, 1945; les Trésors de l'Inde, 1960), dans de nombreux articles (revues Commune, Verve), lesquels, rassemblés, donnent naissance à des oeuvres plus vastes, telle la Psychologie de l'art, incluant le Musée imaginaire (1947), la Création artistique (1948), la Monnaie de l'absolu (1949). Servi par une mémoire visuelle exceptionnelle, entretenue dès sa jeunesse par la fréquentation des musées (le musée Guimet, notamment) et par ses voyages, Malraux met sa culture au service d'une doctrine métaphysique de l'art explicitée dans les Voix du silence (1951) qui reprennent les thèmes de la Psychologie avant le testament de la Métamorphose des dieux. La rédaction de cette ultime trilogie est interrompue par les fonctions politiques de Malraux, ministre de l'Information puis des Affaires culturelles du général de Gaulle (1958-1969). Le dernier tome sortira l'année même de sa mort.

 

Le Surnaturel. "Introduction". La reproduction photographique permet de réunir les chefs-d'oeuvre mondiaux de toutes époques en un même "monde de l'art" où éclate la diversité des styles ("le Musée imaginaire"). "Métamorphosés" en objets d'art, ces chefs-d'oeuvre possèdent le commun pouvoir d'échapper à leur temps et d'appartenir aussi au nôtre. Pourquoi les hommes ont-ils voulu, partout et depuis toujours, créer cette pluralité infinie de formes?.

Première partie. "Le Divin". En Orient et dans la Grèce antique, les artistes élaborent des formes qui évoquent le "surmonde" du sacré (hiératisme égyptien, sumérien et crétois) ou du divin (Grèce). Les arts hellénistique et romain marquent un déclin.

 

Seconde partie. "La Foi". Sous l'Empire romain, cependant, les mosaïques byzantines continuent à suggérer le surnaturel. A l'époque carolingienne, la foi s'exprime dans l'intimité du psautier (enluminures) avant d'être annoncée aux portails et aux tympans des églises romanes qui réalisent l'unité entre le sacré et l'humain. La discontinuité de la création artistique éclate dans le jaillissement du gothique: les cathédrales célèbrent la Création sanctifiée, tandis que le sentiment esthétique émerge dans la chrétienté avec la sculpture ornementale, comme celle de la Sainte-Chapelle. Une foi moins englobante, l'ingérence de l'argent engendrent la privatisation des objets de piété (ivoires, livres d'heures) et de la mystique (ermitages, couvents, béguinages). La foi s'humanise (piété mariale) essentiellement médiatisée par la peinture, qui en Giotto, trouve le maître florentin de la prédication franciscaine. En Flandre, Van Eyck inaugure la peinture de chevalet, convoquant le surnaturel par la présence de figures d'éternité dans l'espace et le temps humains (l'Agneau mystique, la Vierge d'Autun). Le portrait profane s'épanouit: l'artiste découvre son pouvoir de créer un monde rival de la Création divine.

 

 

L'Irréel. Ni histoire de l'art ni traité d'esthétique, l'Irréel montrera ce qui sépare une oeuvre d'art du monde sensible et la relie à toutes les autres (Préface). A Florence fleurit une civilisation de l'esprit: le héros succède au saint et au prophète (1. "La Métamorphose du Christ"). S'écartant de l'austère Masaccio, de l'impassible Piero della Francesca (2. "Le Style sévère chrétien"), Donatello idéalise ses modèles et cherche à susciter l'admiration pour une irréelle beauté (3. "Donatello"). Les bronzes commandités prolifèrent, exaltant l'image du héros (le Colleoni de Verrocchio) auquel répond la figure féminine de la Vénus de Botticelli (4. "Florence"). Avec l'exhumation des antiquités romaines, Michel-Ange, Raphaël, héritiers du grand style classique, voient "l'immortalité sortir de terre", résurrection qui promet l'avenir à l'art du Vatican. Avec la Renaissance naît le rêve profane de la créature libérée de sa dépendance (5. "Rome"). A Fontainebleau fleurit le romanesque mythologique: le maniérisme d'un Rosso accrédite le droit à un style individuel, l'art seul légitimant le choix des procédés techniques (6. "Le Maniérisme"). A Venise triomphe la peinture: les riches palettes de Giorgione, du Titien, contrastant avec l'achromatisme de Léonard de Vinci, créent un univers où éclate la magie de la couleur (7. "Venise"). L'art de "l'Irréel" sonne le triomphe de l'homme; Rembrandt enrichit la fiction picturale par le questionnement métaphysique (autoportraits) et la quête du surnaturel avec la lumière décomposée des Trois Croix (8. "Rembrandt").

 

12272724468?profile=original 

L'Intemporel. Le musée napoléonien propose une vision concrète du "monde de l'art" (chap. 1). Rompant avec le monde idéalisant de l'irréel (Manet), l'artiste décide lucidement qu'un tableau sera "la vérité picturale tout court" (2). D'où la querelle entre "Officiels" du musée du Luxembourg défendant l'académisme et "Indépendants" se proclamant créateurs et posant le "fait pictural" en tant que tel (3-4). Degas (les Danseuses vertes) utilise sciemment le pouvoir démiurgique de l'artiste (5). Cézanne, son contemporain, compare ses tableaux non à la Nature mais à ceux de ses grands prédécesseurs, avec l'intention exclusive d'insérer son oeuvre dans le monde de la "création artistique" (6). L'essor de la reproduction photographique ouvre les portes du "musée imaginaire" à l'Extrême-Orient (7), dont l'art "délivre du temps ce qu'il figure, et l'entraîne dans l' éternité" (8). Le "musée imaginaire" accueille arts nègres et océaniens (9), art abstrait et contestataire, produits aléatoires de la nature (bois flottés, tranches de calcédoine), etc. En définitive, c'est le regard qui "invente" l'objet d'art (10). Le dialogue entre oeuvres d'art se développe à l'échelle mondiale grâce à l'audiovisuel (11): l'ubiquité de ce moyen de communication fait reculer les limites du "musée imaginaire", apportant aux arts plastiques leur "alphabétisation". Sa technique, par le biais du montage, peut à son tour, comme le cinéma, devenir créatrice. Entre tous les arts "métamorphosés" éclate un système de corrélations qui, en dépit de la pluralité des styles et des oeuvres, dégage jusqu'à l'évidence la fonction démiurgique de la création artistique (12-13).

 

Lors d'un voyage en Égypte (voir Antimémoires, I, 2), Malraux reçoit devant le Sphinx la révélation d'un double langage: celui de l'apparence, "voix" de l' éphémère, et celui de la vérité, "voix" du sacré et de l' éternel. A la lumière de cette intuition du temps, il recompose et enrichit une partie des Voix du silence, "les Métamorphoses d'Apollon", qui devient la Métamorphose des dieux. L'écrivain avait d'abord choisi "l'Inaccessible" comme titre de la nouvelle trilogie dont le dessein métaphysique est annoncé dès la Préface: montrer que toute production humaine "métamorphosée" en objet d'art doit "sa part d' éternité" à un pouvoir immanent de faire entendre la "voix" d'une vérité transcendante exprimant la valeur suprême d'une civilisation. Dans cette perspective, l'auteur brosse une large fresque, somptueusement illustrée, où défilent, depuis l'antiquité égyptienne et sumérienne jusqu'à Picasso, styles et oeuvres individuelles. Non pour les rapprocher plastiquement comme pourraient le suggérer certains voisinages iconographiques: la Métamorphose des dieux n'est pas un traité d'esthétique comparée. La corrélation est ailleurs: Malraux la situe parmi ces éléments très divers qui, dans les oeuvres de toute provenance, accusent l'écart entre la représentation de l'apparence et l'expression de l'"inaccessible". Tout au long de l'ouvrage, l'écrivain s'appliquera à isoler dans une mosaïque, une statue, un tableau, ce par quoi ceux-ci diffèrent d'une "image" ou d'une "copie". Ainsi, scrutant la mosaïque byzantine de Ravenne (le Surnaturel, II), l'auteur note que "les raies grenat qui limitent [les] paupières" de l'impératrice Théodora "sont de toute évidence étrangères au témoignage de nos sens", que "le chromatisme n'est pas moins arbitraire" et que cette "désincarnation" a pour effet de suggérer le "surmonde" du sacré. Au surnaturel (sacré, divin, foi), succéderont d'autres "surmondes". L'artiste visera l'"irréel" de la beauté, la sublimation profane des valeurs humanistes, voire l'immortalité. Mais - selon la doctrine malrucienne - il n'y parviendra qu'à condition d'altérer les formes naturelles, de jouer avec la couleur (les "nus mauves" du Rosso, l'Irréel, 6), de décomposer la lumière (Rembrandt), bref de récuser les données de la perception. L'écriture de Malraux s'accorde avec cet effort pour rester au plus près des oeuvres: le rythme syncopé, presque haletant, de certaines séquences semble accompagner le regard de l'écrivain inspectant avec une curiosité méticuleuse une sculpture, une toile: "Grand rouleau étroit: 1 m 60 [...]. Une falaise verticale, de face. Des cassures plates de rochers plats, sur des arbres plats. Au centre, une autre roche plate barre la cascade, à côté d'un pin vert sombre. Une crête, un astre confus, le minimum de ciel. De haut en bas du tableau vert et brun, la cascade blanche tombe en s'élargissant, glaive d'une civilisation inconnue" (la Cascade de Nachi, peinture japonaise: l'Intemporel, 8). La répétition systématique souligne le désarroi du regard devant un "spectacle" dénaturé et la métaphore finale, celui du langage devant un "inaccessible" qui ne se livre pas. En dépit de cette approche concrète, la rhétorique de Malraux ne cherche qu'à persuader: en art, on ne saurait prouver; en revanche, on peut gagner l'assentiment par la précision des analyses, l'imposante érudition, le lyrisme incantatoire (voir les pages sur Venise, sur Rembrandt dans l'Irréel), la redite inlassable d'une seule et même idée car l'auteur jalonne son discours de formules qui martèlent la thèse principale dans le cerveau du lecteur: "Toute grande oeuvre figurative se réfère à ce qu'elle figure, et devient oeuvre d'art par ce qui l'en sépare" (l'Irréel, 6). Thèse dont Malraux propose des vérifications - passablement subjectives: qu'un style tombe dans ce qu'il nomme l'"illusionnisme", l'oeuvre produite n'est plus qu'un "tableau vivant" rivé à un spectacle éphémère (telle la statuaire "décorative" romaine) et chassée, comme plagiaire, du paradis de l'art. "Horriblement ressemblant...", disait Cézanne des "Officiels" du musée du Luxembourg (l'Intemporel, 3).

 

Malraux se défend d'écrire une histoire de l' art. Mais l'Histoire intervient cependant dans le plaidoyer de la Métamorphose: fruit de la conquête et du pillage, le musée napoléonien fait surgir le "monde de l'art" dans sa réalité concrète, seul "monde de vérité" auquel entendent désormais se référer les "Indépendants" du XIXe siècle. Ainsi s'accomplit le processus entamé depuis que l'homme s'était mis à peindre les murs des cavernes: non content de constater son immémorial pouvoir démiurgique, l'artiste l'assume en toute conscience. Il se pose en créateur d'un univers de liberté proprement humain, rival de celui où éclate notre contingence et contre lequel l'action, voire la révolution, étaient restées impuissantes (voir les Voix du silence: "L' Art est un antidestin"). C'est donc sous la poussée d'un événement historique que s'accélère le dénouement dans le temps d'une évolution que récupère la Métamorphose, mais pour donner à celle-ci une signification hors du temps. L'art ne promet pas l'immortalité au sens où Michel-Ange, assistant à l'exhumation des antiques, l'espérait auprès des générations futures (l'Irréel, 5), il "métamorphose" immédiatement notre condition en nous projetant dans le monde autonome de l'inconditionné.

 

Sans doute est-ce à cette vision que l'on doit le ton quasi jubilatoire de l'Intemporel. Par pans entiers, de nouvelles "formes", collectées notamment par l'audiovisuel, sortent de l'ombre et tombent dans le champ du "musée imaginaire", cet espace du "monde de l'art" dont les limites ne cessent de reculer. Le regard de Malraux, comme celui de Picasso sur l'art nègre, "invente" partout de la liberté - dans les arts dits "primitifs", chez les "naïfs" (voir les pages sur Haïti, l'Intemporel, 11) jusque dans les merveilles aléatoires de la nature ("Le dieu des agates a presque autant de talent que Kandinsky...", ibid., 9). Chaque fois que surgit le "fait artistique", derechef se trouve proclamée - ne serait-ce que par le regard de l'amateur - la liberté de l'homme. D'où le cas limite du "sèche-bouteille" de Marcel Duchamp: cet objet "ready-made" devient oeuvre d'art si nous le rencontrons, écrit Malraux, "dans ce livre, dans une exposition de sculptures", non "dans l'arrière-salle d'un café" (ibid., 10). Comment mieux célébrer - jusqu'au paradoxe - le pouvoir créateur de l'artiste? Par un décret lucide et souverain, il peut, en instillant une signification transcendante dans l'instrument le plus trivial, transfigurer celui-ci en un emblème de sa liberté. Liberté, valeur suprême de notre civilisation.

 

La Métamorphose des dieux séduit par l'obstination de l'auteur à suivre dans l'histoire de la création artistique, dont il ne cherche pas à supprimer l'"éparpillement temporel" (M. Foucault), le fil ininterrompu de la transcendance. Mais à ce plaisir s'ajoute celui d'un lecteur convié à regarder les oeuvres d'art comme les voyait un guide inspiré. Le discours métaphysique se métamorphose alors en un des hymnes les plus éloquents à la gloire de l'art mondial jamais écrit en langue française.

Lire la suite...

12273308670?profile=original (photo captée sur le net)

 

« Un tableau est un poème et rien d’autre. »

 

12273308498?profile=original Prométhée, 1944

 

      José Clemente Orozco (Zapotlán el Grande, 1883-Mexico, 1949), le plus enraciné peut-être, le plus fidèle à la Révolution mexicaine, le plus indépendant sûrement. Il se tiendra ainsi éloigné des mouvements picturaux européens, seul comptera pour lui José Guadalupe Posada (1852-1913).

 

12273308688?profile=originalLes femmes de soldats, 1926

 

      L’homme n’est pourtant pas à un paradoxe près, rejetant la peinture de chevalet (que je présente ici ; commandes officielles aidant il se convertit à la fresque), la culture européenne (il voyagea en France, en Italie, en Espagne, et résida aux Etats-Unis), ou désaccords politiques (engagé auprès des troupes du sud, il se rallia à celles du nord après leur victoire lors de la Révolution. Plus tard, il s’interrogera sur les dérives de la Révolution). Mais quoi de plus normal, nous sommes tous pétris de contradictions, nous évoluons ou nous adaptons aux circonstances. Et Viva la Revoluciόn !

« Toute œuvre d’art est une possibilité permanente de métamorphose,

offerte à tous les hommes. »,

Octavio Paz (1914-1998)

Il doute, c’est le propre d’un artiste, mais difficile de dire qu’il aille dans le sens de l’Histoire quand celle-ci emprunte de tels zigzags. Et Viva Zapata !

 

12273309482?profile=original Défilé zapatiste, ca 1930

 

      Hanté par la mort, très attaché à la culture de son pays, à son peuple, il montrera toujours une volonté farouche de bâtir une nouvelle approche artistique visant à exalter le caractère latino-américain. Et Viva la muerte !

Mais trêve de discours, le contexte ayant été évoqué dans la première partie de cette série, place donc à sa peinture… de chevalet, qu’un temps il jugea trop élitiste, qu’il me pardonne. Et Viva la diáspora francόfona !

 

12273309692?profile=original Indiennes, de la série « Les Teules », 1947 

(pyroxyline sur masonite)

 

… et à la poésie, avec ce beau et long sanglot du Mexique précolombien :

 

« Pleure : je suis poète

Entre mes mains, je vois les fleurs

Qui embellissent mon cœur : je suis poète

Où tu voudras mon cœur, mon esprit

A quelle poignée de turquoises,

comme une émeraude brillante

J’avais estimé mon poème

et mes belles fleurs

Réjouissez-vous mes amis :

personne ne restera sur terre

Pour cette raison, je pleure

et je répands mes fleurs... »

 

12273310286?profile=originalTête fléchée, de la série « Les Teules »

(pyroxyline sur masonite, 1947)

 

«... Par hasard viendras-tu avec moi

dans la région du mystère ?

Je n’y emporterai pas mes fleurs,

bien qu’étant poète

Réjouissez-vous,

nous sommes toujours vivants :

tu es en train d’entendre mon chant

Pour cette raison je pleure,

moi le poète :

Le poème n’a pas atteint la maison du Soleil,

Les jolies fleurs ne peuvent descendre

au royaume des morts.  »

Poème aztèque*

 

 12273310464?profile=originalSacrifice humain, de la série « Les Teules »

(pyroxyline sur masonite, 1947)

Lors de la Conquista, Hernán Cortès (1485-1547) et sa bande de rufians croisés sont horrifiés par les sacrifices humains réalisés en l’honneur du dieu de la Guerre et du Soleil, Huitzilopchtli. De leur côté les Aztèques, Moctezuma II (ca 1466-1520) en tête, pensent que les Espagnols sont des Teules, des envoyés des dieux annoncés par un mauvais présage. Le choc est inévitable. Mais que faire face à ces émissaires, invincibles et vengeurs ? Après la Noche Triste du 1er juillet 1520 les conquérants firent main basse sur la ville de Tenochtitlán, future Mexico. Le sort des Aztèques est scellé.

Parcourant sa toile

la clarté lunaire

tient l’araignée en éveil

José Juan Tablada (1871-1945)

12273310491?profile=originalHernán Cortès,

que Moctezuma accueillit en son sein comme le « Serpent à plumes »,

le descendant du dieu Quetzalcóatl. Funeste méprise.

Peinture murale de José Clemente Orozco

(photo captée sur le net)

 

      Il ne faut cependant pas le confondre avec son homologue et quasi homonyme Carlos Orozco Romero, peintre du « réalisme magique ». Un pont entre deux rives, deux rêves, peinture métaphysique et surréalisme.

 

12273311281?profile=originalCarlos Orozco Romero

Guadalajara, 1896-Mexico, 1984

Portrait de Maria Marin

(huile sur toile, 1937)

 

A suivre… avec David Alfaro Siqueiros.

Vous trouverez aux liens suivants :

İ Que viva Mexico ! Pour une présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine:

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rive...

Diego Rivera :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres-grandes-2e-partie

 

Michel Lansardière (texte et photos, sauf mention contraire)

 

Extrait d’un poème en langue nahuatl, transcrit et traduit du Latin ou de l’Espagnol. Les plus beaux textes sont les Chants d’orphelin (icnocuica) de Nezahualcόyotl (1402-1472), le prince-poète de Texcoco, fils du roi Huehue Ixtlilxόchitl. Ces chants assemblent deux recueils, les Cantares Mexicanos et les Romances de los Seňores de la Nueva Espaňa. Ils reflètent une culture aztèque bien plus sensible qu’il n’y paraît.

« Je ne viens chercher, à la hâte,

que mon chant vertueux,

et avec lui, je cherche aussi

l’endroit où ils s’assemblent, eux, nos amis,

là où l’on exalte l’amitié. »

Chants de Nezahualcόyotl,

traduits du nahuatl par Georges Baudot.

Dans sa série « les Teules », comme auparavant pour Les horreurs de la Révolution, Orozco, sans prendre parti, s’est souvenu de tout cela, puisant son inspiration à la fois chez Francisco de Goya (1746-1828) et ses Désastres de la guerre et dans les poèmes synthétiques (haïkus) de José Juan Tablada. A sa manière, il a fait œuvre de syncrétisme, de modernisme, d’œcuménisme.

J’espère, avec ces quelques notes, avoir levé un voile.

12273312281?profile=originalJosé Clemente Orozco : Juventud (jeunesse)

(photo captée sur la toile)

 

« Le baume qui cicatrise la blessure du temps se nomme religion ;

le savoir qui nous amène à vivre avec notre blessure se nomme philosophie. »,

Octavio Paz


Lire la suite...

12273145874?profile=original"Zaïre" est une en cinq actes et en vers de François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), créée à Paris à la Comédie-Française le 13 août 1732, et publiée à Paris chez Bauche et à Rouen chez Jore en 1733. Dans un troisième tirage, la même année, l'oeuvre est précédée d'une "Épître dédicatoire à M. Falkener".

 

Le 29 mai 1732, Voltaire annonce à son ami Cideville qu'il travaille à une tragédie entre "Turcs et chrétiens" où l'on verra "tout ce que la religion chrétienne semble avoir de plus pathétique" et tout ce que "l'amour a de plus tendre et de plus cruel". Elle est terminée en vingt-deux jours. Succès mitigé lors de la première: les acteurs jouaient mal. Bientôt "on s'y étouffe" et Voltaire attribue ce triomphe aux "grands yeux noirs" de Mlle Gaussin. Des parodies sont jouées par les Italiens, Arlequin au Parnasse ou la Folie de Melpomène de l'abbé Nadal, les Enfants trouvés ou le Sultan poli par l'amour de Dominique et Romagnesi. Zaïre fait pleurer, elle est traduite, jouée sur les grandes scènes européennes, et 488 fois à la Comédie-Française entre 1732 et 1936.

 

La scène est à Jérusalem au temps de la croisade de Saint Louis. Zaïre, jeune esclave qui ignore tout de sa naissance, aime Orosmane, un "soudan", fils de Saladin. Elle en est aimée et Orosmane veut la prendre comme unique épouse malgré la coutume musulmane. Arrive Nérestan, un chevalier chrétien, naguère captif avec Zaïre, qui apporte la rançon de dix prisonniers. Orosmane accorde la grâce de cent captifs, mais en excepte Zaïre et le vieux Lusignan, dernier des souverains chrétiens de Jérusalem (Acte I). Zaïre a sollicité et obtenu la grâce de Lusignan. Le vieillard reconnaît en Zaïre et Nérestan ses enfants: la croix que porte Zaïre, la cicatrice d'une blessure reçue par Nérestan le prouvent. Lusignan presse sa fille de devenir chrétienne et lui fait jurer de garder le silence sur ses origines (Acte II). Nérestan obtient de s'entretenir avec Zaïre. Lusignan se meurt. Zaïre promet à son frère de recevoir le baptême et de différer jusque-là son mariage. Alors que la cérémonie nuptiale est prête, le désespoir de Zaïre, ses larmes, ses réticences éveillent la jalousie d'Orosmane (Acte III). Orosmane et Zaïre se revoient, partagés entre des sentiments contraires. Orosmane essaie en vain d'arracher à Zaïre son secret. Elle demande un jour de délai. Mais voici qu'on remet au soudan un billet de Nérestan, destiné à Zaïre, mais rédigé de telle façon qu'Orosmane se croit trahi, et décide de soumettre la jeune fille à une épreuve en lui faisant remettre ce billet qui lui fixe un rendez-vous (Acte IV). Orosmane erre dans les ténèbres. Zaïre avance "le coeur éperdu". En l'entendant appeler Nérestan, Orosmane se jette sur elle et la poignarde. Nérestan survient enfin. Orosmane découvre l'affreux malentendu; il se tue après avoir accordé la liberté à tous les esclaves chrétiens (Acte V).

 

Dans "l'Épître dédicatoire" de Zaïre, Voltaire reconnaît qu'il doit au théâtre anglais la hardiesse d'avoir mis sur scène les noms des anciennes familles françaises. Les croisades servent de toile de fond à cette tragédie dans laquelle Voltaire mêle les allusions à des événements réels (l'appareillage de la flotte française pour l'Égypte date du 30 mai 1249) et des détails inventés. L'accent est mis sur l'ardeur religieuse des croisés, Nérestan et Lusignan sont des soldats du Christ; le monde musulman se réduit à des stéréotypes, Orosmane est un Oriental aux passions violentes. Le Moyen âge accède à la dignité tragique.

 

La dette anglaise de Voltaire ne se limite pas à cette inspiration nationale. Zaïre évoque Othello: Voltaire n'en dit mot, mais dès 1738 l'abbé Leblanc l'accuse de plagiat. Le meurtre d'une femme aimée par un amant jaloux et mal conseillé est le thème commun aux deux pièces. Mais tandis que la jalousie est au coeur de l'oeuvre de Shakespeare, le conflit entre le devoir filial et la passion l'est dans celle de Voltaire où le christianisme s'oppose à l'amour. L'Avertissement de l'édition de 1738 précise: "On l'appelle tragédie chrétienne, et on l'a jouée fort souvent à la place de Polyeucte." La grâce triomphe dans Polyeucte. Femme victime, Zaïre ne meurt pas convertie, et les deux amants, le musulman et la jeune fille d'origine chrétienne, sont réunis dans la mort. Voltaire, dont le rôle préféré était celui du vieux Lusignan, avait beau déclamer avec conviction la grande tirade: "Mon Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire", sa tragédie est "philosophique". Elle proclame la contingence des religions, les vertus d'un païen. "S'il était né chrétien, que serait-il de plus?" interroge Zaïre. Même le dur Nérestan l'entrevoit au dénouement. Des péripéties - billet intercepté et de rédaction ambiguë -, des reconnaissances interviennent pour conduire les héros au double sacrifice final. Mais c'est la foi sans faille des croisés, leur prosélytisme religieux, la loi du sang, le "sang de vingt rois", le "sang des martyrs", le "sang des héros" que Zaïre trahit dans des lieux sacrés, qui sont à l'origine d'un drame purement humain. Cette pièce où Voltaire s'est abandonné à la "sensibilité" de son coeur se développe sous le signe du pathétique. Le choix de la pitié est aussi celui de l'humain contre le transcendant.

 

Lire la suite...

PRENDRE LA PLUME...

Rien d'autre qu'une brèche

Un petit moment de trêve

Où aller à la pêche

Récupérer ses rêves...

Et les couleurs fleurissent

Egayant le décor

Et les blessures guérissent

L'envie de dire encore...

Joli bouquet d'espoir

Dans la grisaille des jours

Arriver à y croire

Vaut bien ce p'tit détour...

J.G.

Lire la suite...
administrateur littératures

La thématique de cette nouvelle soirée de Rencontres Littéraires? Elle pourrait soit nous intriguer, soit nous faire sourire. "Ces Flamand(e)s qui écrivent en français", ou d'une certaine manière quand le nord ne perd pas le sud. Les auteurs invités autour de la table? Anne Grauwels, économiste, chargée de cours (Hogeschool Gent) et ancienne membre des comités de rédaction de plusieurs organes de presse, avec "Une année douce"; Erik Sven, également photographe autodidacte résidant en Belgique Latine, avec "Mon frère et moi"; Nicole Verschoore, Docteur ès Lettres, journaliste, rédactrice et chroniqueuse, avec "Stéphane 1956".

"Une année douce": Bruxelles, début 2012: une femme renoue avec son amant mais rencontre aussi un écrivain venu lui proposer la co-écriture d'un livre sur la Belgique. Subitement on annonce la fin du monde pour le 21 décembre. Il s'agit ici d'une chronique douce-amère, sorte de journal intime. Fiction ou réalité?

"Mon frère et moi": Pour Colline, Aubin et Béatrice, le chemin vers la magie mène au coeur de la forêt mais il se révèle semé de ronces et de crevasses. Le lecteur est ici entraîné dans les profondeurs de l'âme et de la terre. Enfance, innocence, bonheur. Une quête vaine?

"Stéphane 1956": Entre le silence du dialogue intérieur et les mystères de l'amitié, le hasard d'une rencontre verra Stéphane, jeune homme brillant mais solitaire, se rendre à Paris, peut-être vers l'indépendance rêvée. Avec sa soeur, il forme une sorte d'équipe en révolte contre les desseins du père. Ici également une quête?

La rencontre avec nos trois auteurs est animée par Gérard Adam, écrivain et directeur des éditions MEO, et enregistrée pour Radio Air Libre, radio associative d'expression et d'éducation permanente subsidiée par la fédération Wallonie-Bruxelles. La surprise du jour? L'absence inopinée de Nicole Verschoore mais Anne Grauwels, discrète et posée mais bien présente, et Erik Sven, souriant et convivial, ont fort bien comblé ce tiers vide par leur spontanéité et la sincérité indubitable de leurs propos, Daniel Simon, investi, assurant des lectures animées, quelques interventions opportunes, dont celles de Patrick Devaux et de Guy Stuckens, témoignant de l'intérêt d'un public très loin d'être indifférent à l'égard de "ces Flamand(e)s qui écrivent en français."

Les Ardennes et la Semois pour cadre, une jeunesse imprégnée de la langue de Molière, il n'en fallait pas davantage pour qu'Erik Sven se mette à rédiger son premier roman en français, s'inspirant notamment du style de ses auteurs favoris tandis que Anne Grauwels, dont les parents sont nés en Pologne et ont émigré à la côte (la nôtre), a résumé de cette manière ses raisons: "J'ai l'inconscient structuré en français!". Les mystères de l'âme et de l'esprit...

Des personnages marginaux, une fille plutôt possessive, un père entrepreneur, une bien étrange femme au lourd secret habitant un chalet, auprès de laquelle les enfants trouvent chaleur et intimité, voici les ingrédients de "Mon frère et moi" qui a été écrit à la première personne du (féminin) singulier, Sven s'étant glissé dans la peau de son héroïne Colline, inquiétudes, ambiguïté et ragots jalonnant le roman. Auto-fiction avec malgré tout une certaine part d'imaginaire, une co-écriture (quelque peu hasardeuse?) au coeur du roman, un amant qui va et vient à sa guise, plaisir et discrétion avant tout,...les pistes se brouillent dans "Une année douce" de Anne Grauwels.

Des âmes un peu perdues, esseulées, la découverte de la sensualité et des mystères humains mais malgré tout des joies et touches de bonheur d'un côté; une année en fait émaillée de remous et de soubresauts de l'autre, des sourires et rires, de la bonne humeur, un auditoire fort loin d'être clairsemé, en clôture un drink enveloppé d'une atmosphère chaleureuse, une nouvelle fois des Rencontres Littéraires réussies à l'Espace Art  Gallery, les maîtres d'oeuvre: Robert Paul et Jerry Delfosse!

Lire la suite...

DURAS PAR ISABELLE GYSELINX

Coup de cœur authentique pour la reconstitution du personnage de Marguerite Duras par Isabelle Gyselinx à l’Océan Nord. La pièce, simplement intitulée « Marguerite Duras » s’est pratiquement jouée à guichets fermés. Personnage public souvent controversé, Duras continue à fasciner le public vingt-deux ans après sa mort.

12273301459?profile=original

Sur scène, 5 comédiens pour reformer le cercle intime de la femme de lettres. Isabelle Gyselinx fait le choix de ne pas intervenir dans la voix de Duras mais de monter des fragments de ses écrits pour cerner au plus près les facettes de la personnalité de celle qui est née Marguerite Donnadieu. Et c’est une jeune fille de quinze ans qui ouvre le jeu, chapeau rose et ballerines dorées telle qu’elle est évoquée dans l’ « Amant », première rencontre entre la féminité et le regard du désir.

Deux comédiennes relèvent le défi de rendre la vie à Duras, Sophia Leboutte dans la version adulte et mature du phénomène Duras, lunettes sombres, cigarettes et alcool à portée de main et Alice Tahon, version juvénile, plus spontanée.

12273301290?profile=original
Impossible d’évoquer Duras sans rencontrer la femme engagée, la résistante, la « mitterandienne ». Pour illustrer les épisodes marquants de cette vie aux mille facettes, Fabrice Schillaci et Thierry Devillers écrèment les textes majeurs de l’écrivaine (« La douleur », « La vie matérielle », « Un barrage contre la Pacifique, « C’est tout »…) et recréent ses interventions les plus médiatisées. Ferdinand Despy se glisse dans la peau de Yann, un fan inconditionnel qu’elle rebaptise Andréa Steiner, son dernier compagnon de trente-huit ans son cadet, homosexuel, confident et secrétaire particulier. Le spectacle excelle par les dons d’imitateurs des acteurs qui évoquent Bernard Pivot, Jean-Luc Godard, Madeleine Renaud et d’autres, nous replongeant dans une époque et une société inoubliable en questionnement de valeurs.

L’amour, grande préoccupation de celle qui a dit : « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup les aimer pour les aimer », constitue le fil rouge du spectacle monté sur le mode d’écriture de Duras, en déconstruction de la narration, des personnages, de l’action et du temps. La pièce progresse par des flashs extraits de l’œuvre et de la vie de Duras, encourageant un mystère quant au caractère fictionnel ou réel des scènes.

12273301894?profile=original

« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. ». Celle pour qui les silences avaient une signification primordiale, la femme publique au débit si particulier nous est restituée par l’interprétation de Sophia Laboutte qui incarne toute la puissance séductrice de Duras.

12273302681?profile=original

Isabelle Gyselinx réussit ici son projet de communiquer l’amour de la vie qui transcende cette œuvre personnelle, inépuisable, aujourd’hui encore source d’inspiration de nombre d’artistes, construite sur des décalages. Elle n’hésite pas à emprunter à l’œuvre cinématographique de Duras les plans fixes, les discordances entre images et textes, le récit musical grâce aux compositions et aux interprétations en live de Michel Kozuck. Et cela, avec un point fort, celui de divertir par des clins d’œil et un final sur un numéro en forme de music-hall.

Palmina Di Meo

12273303265?profile=original

Lire la suite...

La mélodie empruntée aux lumières.

Celle qui s’arrête, silencieuse,

Pendant le tournage.

La terre, le ciel et les météores.

L’équilibre entre les éléments,

Puis le tumulte des voix.

Est-ce ainsi que les présages,

Est-ce ainsi que trop tard,

Est-ce ainsi que tes yeux ?

Et la pluie sur les rochers.

 

poème déposé Sacem

de Julien Boulier,

A Brest,

Le 28 janvier 2019

Lire la suite...
administrateur théâtres

50604663_10218736352497724_8275465066636115968_n.jpg?_nc_cat=100&_nc_ht=scontent.fbru1-1.fna&oh=774a345e48e276ec1a5e9134914e16d7&oe=5CC8ABD0&profile=RESIZE_710x« Avant la fin… » ou avant le début? De Catherine Graindorge (Bruxelles)

Pour dénouer, il faut du doigté. Peindre, écrire, jouer de l’instrument ou monter sur scène. Honorer ses promesses…


Sa pugnacité légendaire et ses choix audacieux comme avocat l’avait fait surnommer le « Jacques Vergès belge » . Cette pugnacité, il l’avait acquise très jeune, en triomphant de la tuberculose, qu’il contracta à 19 ans. Il dut quitter subitement le cloître familial pour celui tout aussi sévère de l’ hôpital. Une maladie qui exalte ceux qui luttent contre elle. La montagne magique. A peine guéri, il adhère au parti communiste, et, en mai 68, fait partie de ceux qui lanceront l’occupation de notre université: Alma Mater.

8ccdb7a35d054d85b7f38e104a04cb65.jpg?profile=RESIZE_710x

Avocat haut en couleur… Rouge. Ténor et enfant terrible du barreau bruxellois, virtuose de la formule, fervent défenseur des droits de l’homme, il tenait des propos incendiaires sur les prisons et leur inutilité. A son arrestation en 1979, accusé d’avoir aidé son client François Besse, un ancien lieutenant de Jacques Mesrine, à s’évader du Palais de Justice, sa fille Catherine, future violoniste et comédienne a 9 ans. Déjà jeune femme turbulente.

Comme dans « L’atelier rouge » de Matisse, trente ans plus tard, Catherine égrène le sable de souvenirs empressés, mi-nostalgiques, mi ironiques, elle dispose les reliques de son père sous le rétro-projecteur et fait chavirer les cœurs. Du bout des doigts. Avec délicatesse, les yeux rivés dans ceux des spectateurs, comme si elle-même était à la barre. En pinçant les cordes du passé, pour respirer à l’air libre… En se jouant de tous les enfermements.

Comment se reconstruire quand la mort d’un père détruit? L’écriture sauve. Comment échapper aux griffes du passé? Au sentiment d’étouffement. Ah la figure paternelle immense et l’admiration, inconditionnelle…. Ah! L’histoire familiale truffée de murs d’en face, de police, de gardiens de prison! Un labyrinthe truffé d’ impasses mais de résilience tenace, malgré une nouvelle maladie de fin de vie qui s’acharne sur le corps, alors que l’esprit danse encore le sirtaki! Sur Scène, c’est la Grèce des vacances heureuses qui prend le pas et fait vibrer le cœur. La lutte engagée contre les colonels… La danse, comme viatique, comme étendard, comme signe de ralliement. La Danse, comme chez Matisse. Déjà les larmes perlent au bord des paupières! C’est toute notre jeunesse qui palpite. Notre père qui aime Zorba et se joint à son rythme. C’est une prison que l’on démolit, la musique du violon qui déchire les mots évanouis et arrache la dernière grille avant de la jeter dans un container. Une musique qui ensevelit comme une dernière caresse.

Henri-Matisse-Dance.-Image-via-wikiart.org_.jpg?profile=RESIZE_710x

La vie peut recommencer. comme le printemps après l’hiver. L’œuvre du grain qui ne meurt jamais. La foi dans l’immortalité du lien et, enfin, sa légèreté. La paix qui en résulte. L’œuvre sur scène, un cadeau que l’on porte de place en place. Un prix du meilleur seul en scène qui ne cesse d’émouvoir et de guérir. Mais est-elle vraiment seule? Merci Catherine Graindorge.

nu-bleu-iv.jpg?profile=RESIZE_710x

Dominique-Hélène Lemaire 

Du 16 au 27 janvier 2019

Comédie Claude Volter

TEASER ICI Avenue des Frères Legrain, 98 1150 Woluwe-Saint-Pierre

http://www.comedievolter.be
secretariat@comedievolter.be


Création au théâtre des Tanneurs

Une coproduction du Théâtre Les Tanneurs et du Théâtre de Namur

De et avec Catherine Graindorge 
Collaborateur artistique Bernard van Eeghem

 Dramaturgie Jorge León
Composition musicale Catherine Graindorge 
Création son Catherine Graindorge et Joël Grignard
Création lumière Gaëtan Van den Berg
Création vidéo Elie Rabinovitch
Costumes Marie Szersnovicz
Direction Technique Gaëtan Van den Berg

Avec le soutien du Théâtre des Doms

NDLR.

L'une des grandes figures du barreau dans les années 90, l'avocat Michel Graindorge est décédé en 2015 à l'âge de 75 ans des suites d'une longue maladie. Souvent qualifié "d'avocat engagé", il a notamment défendu Roberto D'Orazio, le père Samuel, et les familles des paracommandos tués au Rwanda. Il avait été aussi un acteur important dans l'affaire des tueries du Brabant.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Orfèvrerie française...

Paris à Bruxelles au Centre Culturel d’Auderghem chez André Baccichet. Il a choisi « La leçon de danse », une œuvre de Marc Saint Germain (« Dancing Lessons ») .  A l’affiche, Andréa Bescond, réalisatrice du film « Les chatouilles »  doté de plusieurs  nominations bien méritées aux César  2019.  Et le comédien chevronné Eric Métayer. Leur mise en scène d’une belle force à la fois dramatique et comique, creuse finement   le terrain de la sensibilité commune pour mettre comédiens et public sur une même longueur d’ondes.  

Image may contain: 2 people, people smiling

 Dans le même immeuble,  deux fusibles de même voltage se rencontrent, cela fait des étincelles, avant de … filer doux ! Ils s’appellent Senga et Adémar. Voilà vous savez tout.  Dans cette agréable comédie néoromantique, les larmes deviennent des éclats de rire et on touche  à la fibre de l’humanité. Ce fil que tiennent les moines bouddhistes en guise de prière…

Le (vieux) garçon est autiste Asperger, la (jeune) danseuse est menteuse à en mourir. L’alternance de comique et de tragique, ne fait pas perdre l’objectif : le bonheur sans paroles. La danseuse est estropiée et peut sans nul doute faire une croix sur sa carrière, mais refuse la réalité. L’ Asper ne respire que les statistiques, prend tout au premier degré. Il est prof de sciences et ne supporte pas qu’on le touche. Or, il va être confronté à une soirée donnée en son honneur où il sera obligé de danser! Les travaux d’approche sont hilarants, la fille, au début récalcitrante, bloquée dans le désespoir d’une vie ratée, finit par s’intéresser aux charmes de la pédagogie, et l’affaire est lancée, elle lui apprendra à danser!


Chacun par petites « touches » finit par changer la vie de l’autre. Elle calibre si bien son élève qu’elle gagne son tic : l’agitation frénétique des doigts de la main gauche. Ou bien c’est juste l’Emotion.  On assiste de part et d’autre, aux manœuvres subtiles pour apprivoiser et réparer l’Autre. Le moteur, c’est la Compassion. Comme chez les bouddhistes ; la Force (la Volonté), le Courage la Persévérance.

Image result for la leçon de danse

Humour à volonté pour cette pièce au ton poétique et drôle. Les contrastes entre la grâce féminine malgré une jambe dans une attelle et la disgrâce du physique de l’intellectuel  enfermé dans une tour d’ivoire,  font rire une salle conquise qui repart avec le sourire… Le bouddhisme encore ? Quelques touches de yoga aussi, pourquoi pas ?  Puisque la fille se met sur la tête pour dégeler l’hibernatus… Des surprises, par paquets, comme des claques de la Vie qui gagne son pari !  Un rituel d’Espoir et de Bienveillance. A voir. A faire?  De toute urgence.


Dominique-Hélène Lemaire

Image may contain: 2 people, people standing, people dancing and shoes

Mise en scène : Andréa Bescond et Eric Metayer
Avec : Andréa Bescond et Eric Metayer
Adaptation : Gérald Sibleyras
Décors : Olivier Hébert
Costume(s) : Carole Beaupoil
Lumières : Jean-Yves Desaint-Fuscien
Musique : Vincent Lustaud


Du mardi 22 janvier 2019 au samedi 26 janvier à 20h30 et le dimanche 27 janvier 2019 à 15h au Centre Culturel D’Auderghem

Boulevard du Souverain 183, 1160 Bruxelles 02 660 03 03

Lire la suite...

JANVIER...

Ciel rose et pelouse givrée

Le froid s'invite au petit matin

Des nuages hors les cheminées

Et toi qui recherche une main...

La solitude a goût d'hiver

Vient le désir d'une flambée...

Et pourquoi pas relire Prévert

Pour bien commencer cette année?

Quelques branches déchirent le rose

Squelettes en attente de printemps

C'est la vie qui prend une pause

Faut regarder glisser le temps...

La patience à redécouvrir

C'est un joyau trop délaissé!

Le printemps nous fera sourire

Comme le bruit d'un pas retrouvé...

J.G.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Image may contain: one or more people and people standingLes femmes savantes au théâtre des Martyrs (Bruxelles)

Un délire organisé qui fait du bien!

De tous les Trissotins que nous ayons pu voir il est de loin le meilleur. Le plus manipulateur. Grand mince et ténébreux, sans la moindre trace de perruque ou de ruban, les tics de richesse tant appréciés du temps de Molière, il se présente avec l’habit de …Baudelaire? Sans en posséder le moindre tissu poétique. Mais ces dames sont sous le charme et frémissent de tout leur être devant le trompe l’œil et le trompe les coeurs, qui n’en veut qu’à la fortune familiale! Ah le triste suborneur! Il faut nommer Stéphane Ledune pour une interprétation réellement glaçante.

Image may contain: Stéphane Ledune, standing

Le dieu des dames femmes sachant « manier les symboles et les signes » s’appelle Vaugelas. L’illustre grammairien. Ces femmes avides de pureté janséniste, frétillent à la moindre rime, conspuent les syllabes ordurières, picorent les insanités, se repaissent de verbosité. Elles s’apprêtent au coup de foudre pour le Grec ancien (Maxime Anselin) , non contentes du galimatias latin. Gavées de formules scientifiques, elles font fi des valeurs pourvu que, dames intensément frivoles, elles soient sujettes aux honneurs des savants esprits.

Image may contain: 3 people, close-up

Peste soit l’animal, le mari qui n’a rien à dire, perd sa seule alliée des bonheurs terrestres, la très avantageuse Sylvie Perederejew jouant Martine que l’on met honteusement à la porte pour simple crime linguistique. A Dieu le parler vrai, la bonne chère, les petits plats dans le four et la grande joie de vivre. Heureusement que le pater familias dont il ne porte guère que le nom, a un compère à ses côtés, le plus exquis des frères, Ariste ( un très aimable et aristocratique Laurent Tisseyre) qui l’écoute et qui, par son habileté et sa belle intelligence, le tirera de son infaillible trépas!

Image may contain: 2 people, people standing

Mais le colloque féminin serait bien fade sans la présence fulgurante d’une véritable sexbomb nommée Bélise (l’explosive France Bastoen) dont les émois à répétition feraient réveiller les morts. Et puis il y a la guerre entre les deux sœurs, jalouses de toute évidence! La grande, c’est Armande (Lara Ceulemans ), en col Claudine et robe religieuse bleu Marine, fort courte ma foi, autant que les idées, mais baignée dans une chevelure à faire baver les vieillards en quête de Suzanne. Et la sœurette, Henriette (Salomé Crickx), des airs de révolutionnaire qui refuse l’ascendant maternel, une mystérieuse fille de l’air, qui, blême de confusion, préférerait être muette que de braver les confrontations. Notons que le discours acéré lui vient, comme l’esprit vient au filles, au fur et à mesure que l’intrigue avance et que l’amour grandissant qu’elle éprouve pour Clitandre fait le jour … et sans doute la nuit. Ce dernier se voit bien sûr honni par la très féministe académie domestique doublée d’un impitoyable tribunal .

Image may contain: 2 people

On en vient donc à nos deux préférés : Clitandre (Dominique Rongvaux) , le futur beau-fils qui, très loin de se laisser faire, vient bravement se mêler au public dans la salle. Et son nouveau père, le très épicurien Benoît Van Dorslaer qui tout au long de la pièce, doit opérer la difficile conversion du mari terrorisé par sa femme, vers une condition d’homme libre, heureux de vivre. Mais qu’il est donc difficile de franchir cette porte qui l’anéantit! L’ état à atteindre, c’est l’idéal d’honnête homme, bien-sûr! Toutes le pièces de Molière en témoignent. Avouez que cet homme aurait dû être canonisé au lieu d’être jeté à la fosse commune. Comme le public se régale!

Image may contain: 3 people, including Stéphane Ledune, people smiling, people standing and suit

Le metteur en scène qui œuvre au mandala de personnages a un sens de l’équilibre parfait. Chaque pierre ajoutée à l’ouvrage a du sens et du poids. Toutes les forces se rencontrent et se tiennent comme pour encourager un écho durable chez le spectateur. L’absence de décor conventionnel d’une vraie maisonnée souligne combien le décor est futile dans nos vies. Le metteur en scène s’inspire du principe de frugalité shakespearien au profit d’un travail magistral sur l’analyse psychologique, fouillée au maximum. Comme pour un hui-clos moderne, voilà un mur. En panneaux de contreplaqué, de couleur brute, le bruit de la craie blanche pour écrire, une porte de vielle salle de bain percée de trois carreaux absents, ouverts sur le néant et deux chaises de bois peintes en blanc. Une perspective plate en deux dimensions, sol et mur. C’est Tout. Il faut nommer le roi de la fête du rire délectable: Frédéric Dussenne.

Image may contain: one or more people, people sitting and indoor

Au fur et à mesure que les actes se déroulent, le décor se ressert, un plafond de même texture vient même s’emboîter, la troisième dimension? La part manquante? Enlevé c’est pesé, a-t-on jamais vu une interprétation de Molière plus éternelle que celle-là? L’éphémère est devenu visionnaire. Le féminisme pourtant balbutiant chez les femmes de Molière y trouve son compte et le pauvre mari que l’on prend en pitié est bien ridicule quand-même dans sa tirade de la place de la femme à la maison! C’est tout l’art de dire, de suggérer, de sub-liminer.

Image may contain: 6 people, people smiling, people standing and shoes

Quel dépouillement, ce lit de fer blanc, seul nouveau meuble habillant le plateau après l’entracte. Il évoque tout à la fois la lointaine ruelle dans laquelle les femmes de lettres accueillaient les courtisans dans leurs salons, mais aussi le harcèlement pathétique dont fait preuve un Trissotin digne d’ enfermement. Il n’a finalement rien pour lui, comme le souligne très bien Hélène Theunissen (Philinthe). Il peut à peine à se maîtriser devant une Henriette plus qu’inquiète devant ses assauts répétés. Trissotin, la pierre qui blesse ? On la jette dans la rivière et on garde tout le mandala dont chaque élément a une saveur policée par les vents de l’esprit et du cœur. Et vive Madeleine de Scudéry! Et la langue de Molière, dis ? La langue? Comme la fleur, il nous l’a donnée! (d’après …France Gall!)

11401314_722312941229242_3454305042167414747_n.jpg?_nc_cat=104&_nc_ht=scontent.fbru2-1.fna&oh=07fc23057acb750a38efbe97dd82555b&oe=5C6B9D1C&profile=RESIZE_710x

Dominique-Hélène Lemaire

GÉNÉRIQUE DU SPECTACLE
TEXTE Molière
JEU Maxime Anselin, France Bastoen, Lara Ceulemans, Salomé Crickx, Stéphane Ledune, Sylvie Perederejew, Dominique Rongvaux, Hélène Theunissen, Laurent Tisseyre, Benoît Van Dorslaer
DÉCOR Vincent Bresmal
COSTUMES Romain Delhoux
LUMIÈRES Renaud Ceulemans
RÉGIE Christophe Deprez
MISE EN SCÈNE Frédéric Dussenne

Ridicules, ces femmes savantes ? « Je prends au contraire au sérieux le débat philosophique qui les agite » « L’enjeu, pour Philaminte, Armande et Bélise, est d’importance, car il ne s’agit pas moins que du statut des femmes dans une société patriarcale, et leurs propos ne sont pas dépourvus de sens.»  F.D.

COPRODUCTION Théâtre en Liberté, L’acteur et l’ecrit – Compagnie Frédéric Dussenne, LA SERVANTE, Théâtre des Martyrs 
Photos : Isabelle De Beir

DATES
Les représentations auront lieu du 15 au 26 janvier 2019.
Les mardis et samedis à 19h00, les mercredis, jeudis et vendredis à 20h15, le dimanche 20.01 à 15h00.
Bord de scène mardi 15.01.

INFOS & RÉSERVATIONS
02 223 32 08 – http://theatre-martyrs.be/

Lire la suite...
administrateur théâtres

« Tous les cimetières d’Ecosse pour un seul regard dans le temps! » Macbeth au théâtre Royal du Parc     Janvier 19, 2019

Image may contain: one or more people and people standing

Trop de morts sur la scène…et parfois à la sortie des théâtres !  On l’appelle la « pièce écossaise » pour ne pas évoquer son vrai  nom, frappé dit-on,  de maléfice. La légende raconte que Shakespeare voulait utiliser des incantations de magie noire réelles,  pour plaire au roi James qui avait écrit un livre «Daemonolgy » en 1597,  traitant  de sorcellerie et mettant en garde contre son utilisation. Notre époque n’en est plus à avoir peur des sorcières, mais la peinture qu’en fait Georges Lini est effarante. Tout commence par leur rire féroce et  inextinguible, celui d’Ingrid Heiderscheidt, de Louise Jacob et de Muriel Bersy, d’inoubliables créatures qui arrachent leur masque à la fin du jeu.

Drame épique sauvage, trop sauvage pour des écoliers,  ce « Macbeth » saisissant, intense, magnifiquement  mis en scène,  offre des performances verbales inoubliables, d’un style presque cinématographique. Mais le spectateur repart avec  en main la sagesse shakespearienne percutante qui  défie le temps et plonge ses racines dans une bouleversante humanité. De là peut être cet humus qui recouvre tout le plateau du théâtre du Parc et qui sert d’arène au déchaînement,  aux folies des hommes et des femmes. Cet humus d’où naît chaque génération humaine pour y retourner et y faire le lit des suivantes. Puisse l’humus proposé par Georges Lini, faire germer en nous plus de paix et plus de raison. La raison de  la présence cette chanson, qui germe  tout au bout du cataclysme, à peine murmurée par une  Anouchka Vingtier, sidérée par l’ampleur du désastre, juste avant que le rideau ne retombe sur les protagonistes comme un sombre couperet final … 

♪ Oh My Love ♪

 Oh my love

 Look and see

The Sun rising from the river

 Nature’s miracle once more

Will light the world…

La violence,  hélas,  comme l’humus, ne cesse de  se recycler à l’infini. Le ciel a beau envoyer le déluge pour laver le sang, ou souligner l’ignominie,  l’hubris  des hommes est  incommensurable et la soif de pouvoir est telle qu’elle emprunte  sans trop  de scrupules, les voies du meurtre, de la trahison, de la  barbarie viscérale érigée en art de vivre ou celui de mourir …à la guerre. Les parallèles avec notre actualité ne manquent pas.  « Pourquoi nous taisons-nous, quand cette affaire est la nôtre ? »

 De plain-pied au cœur de la folie.

 Si Georges Lini  a choisi la continuité de costumes  simples et médiévaux, il installe l’action dans un cadre aux contours contemporains, tel les coulisses d’un théâtre ou d’un studio de cinéma, dont le centre est occupé par une capsule hermétique dans laquelle trônent trois sœurs infirmières, qui ne sont pas sans rappeler Nurse Ratched, le cauchemar de Nicholson dans « Vol au-dessus d’un nid de coucous ». Nous sommes de plain-pied au cœur de la folie. Une boîte de Pandore dont elles peuvent sortir à leur guise pour répandre la mort et le poison. Les trois sœurs qui font le Destin dans leur habitacle trompeur, tissent inéluctablement le fil  sanglant de la malédiction qui pèse sur Macbeth. Et prononcent des phrases sibyllines, comme à la radio anglaise, en temps de guerre.

   

 Est-ce l’effet de la liberté créatrice? Du génie dramatique de l’auteur ? Du talent confirmé des artistes ?  Les artistes développent tous et sans frein, la richesse de leurs passions. Ils capturent la moindre émotion de la phrase ciselée, débarrassée de ses aspects vieillots. Ils sont filmés parfois, par un cinéaste, discrètement à l’affût. Se repaît-il de la violence ou est-il simple témoin? Des close-ups se projettent sur un écran géant. Plusieurs  scènes symboliques et  sans paroles donnent l’illusion d’un répit ou plongent dans l’horreur. Mais tous,  tirent tellement bien profit de leur texte, que  le spectateur se sent  pleinement engagé. Non seulement par le bouillonnement affolant du  texte adapté par Georges Lini,  mais par toutes les expressions des visages et le langage corporel constamment  aiguisé.

Tous en scène, tous témoins, en silence ou en paroles. Le casting rutilant navigue sur des déferlantes de mouvement et d’énergie créatrice.  Dans l’allégresse de victoires guerrières, Ross (Nicolas Ossowski) annonce à Macbeth que le roi l’a nommé  baron de Cawdor.  C’est Luc Van Grunderbeeck qui campe l’élégant roi Duncan. Banquo, c’est Stéphane Fenocchi que Macbeth voit comme une menace et fait assassiner. Mais les morts ne cessent de réapparaitre. C’est Lennox (Jean-Françoisn Rossion) qui annonce que dans la tourmente, Macduff a fui  en Angleterre. Il est joué avec brio par le pétillant  Didier Colfs. Macbeth a ordonné de saisir ses biens et fait assassiner sa femme et son fils. Une de ces scènes graphiques dont Georges Lini a le secret et qui reste inoubliable. Macduff jure de se venger,  rallie l’armée levée par Malcolm (Felix Vannoorenberghe) pour marcher contre Macbeth. Il est celui qui n’est pas « né d’une femme » d’après la prophétie. Thierry Janssen, toujours aussi brillant dans sa présence théâtrale,colle au  rôle de Seyton, dernier lieutenant fidèle de Macbeth. Daphné d’Heur, (qui d’autre qu’elle ?) est à la direction musicale, Jérôme Dejean à la création des lumières. Les dictions sont impeccables.   Frêle et sous des dehors d’innocence, Anouchka Vingtier aux côtés d’Itsik Elbazincarne l’hypocrisie brutale et le désir brûlant  de Lady Macbeth de se voir reine. Ses intentions sont transparentes. Sa force de persuasion et sa tactique  sont spontanées et  imparables. Elle s’emploie à  convertir au «Mal» Macbeth, un  guerrier loyal et courageux, ne lui laissant aucune échappatoire, pour assouvir sa dévorante ambition. Lady Macbeth appelle même sur elle la Violence personnifiée pour qu’elle neutralise « son état de femme! »

Image may contain: one or more people

Lady Macbeth connaît sa proie, mieux que lui-même ne se connaît et manie le sarcasme avec un art consommé, s’offrant charnellement en récompense. Il est cuit. Il est bon pour ouvrir les vannes de la sauvagerie et celles de l’acte prémédité. Itsik Elbaz et Anouchka Vingtier, qui nous  avaient  bouleversés dans « Hamlet », redoublent ici d’intensité dramatique. Lors du festin dantesque, Macbeth divague à la vue de Banco «  Que me fixes-tu, camarade ?» Itsik Elbaz possède à fond l’art du monologue. Il  excelle dans les rôles d’illuminés ou d’halluciné. Il est tiraillé entre les sentiments de devoir et de culpabilité, il oscille entre raison et déraison, il est lucide et  « ensauvagé » comme les chevaux  du  roi Duncan lâchement assassiné. Et profondément humain. « Ma mort ne rendra pas votre monde meilleur ! »

11401314_722312941229242_3454305042167414747_n.jpg?_nc_cat=104&_nc_ht=scontent.fbru2-1.fna&oh=07fc23057acb750a38efbe97dd82555b&oe=5C6B9D1C&profile=RESIZE_710x

Dominique-Hélène Lemaire 

Macbeth – Théâtrez-Moi ! from Théâtrez-moi! on Vimeo.

Photos: Jérôme DEJEAN

Au Théâtre du Parc Du jeudi 17 janvier 2019 au samedi 16 février 2019 02/505.30.40

Lire la suite...

SOUHAIT!

Je n'en peux plus de la pluie

Et idem des emmerdes...

Je n'en peux plus de cette vie

Où tant de joies se perdent!

Je rêve de ciel tout bleu

Pas d'illusions perdues...

Et désire que le mieux

Ne se perde pas de vue!

Je n'en peux plus des ans

Qui polluent le bien vivre

On ne perd pas son temps

Quand l'amour nous enivre...

Je ne suis pas insensible

Au malheur des oiseaux

Qui servent souvent de cible

Aux destructeurs du beau!

Alors, je veux rêver

Et y croire très très fort!

Et puis... tout oublier

Et vivre sans remord.

J.G.

Lire la suite...

ad66f2_5f4a4a68199848febabf4155a3bf0dec~mv2.jpeg?profile=RESIZE_710xImpossible de ne pas admettre que l’ensemble de notre vie est impacté par toute situation rencontrée dès notre plus tendre enfance.  Oserais-je ajouter qu’avant même que nos premières respirations se joignent à l’orchestre de l’humanité, le bébé comme une éponge, absorbe tendresse ou manque d’amour avec une déconcertante facilité.  C’est probablement à l’image de cette même éponge, qu’il rejettera progressivement le trop-plein de ce qui l’a perturbé.  Pour les plus malchanceux d’entre nous, trop de poisons briseront le contenant en forgeant dans le subconscient une fêlure irréparable, un point de non-retour. 

L’auteure qui nous intéresse est médecin généraliste, mais pas que.  Éclectique par nature, elle s’adonne à la peinture en plus de l’écriture.  Les plus fidèles d’entres-vous se souviendront que j’avais chroniqué, il y a quelques années déjà, son roman « Temps de guerre, temps de paix ».  C’était une œuvre qui m’avait séduit et que, par coup de cœur, j’avais proposée au prix remis à l’occasion du Salon International du livre de Mazamet 2018.  L’ouvrage avait été remarqué et s’il ne fut pas couronné j’ose dévoiler que ce fut de justesse.

Élide Montési n’est pas à son coup d’essai.  Elle nous a offert « Les filles d’Hippocrate », « La nuit n’est jamais complète », « Ligne brisée » avant de rédiger le roman que nous approchons dans cette chronique.  Pas étonnant qu’avant de découvrir son dernier ouvrage, je me sois préparé une bulle de confort afin de me plonger dans l'œuvre qu’elle m’avait confié au salon Mon’s livre fin novembre dernier.    

J’avoue avoir été décontenancé par un sujet des plus interpellant.  C’est peut-être la faute au fait que l’on ne l’approche jamais suffisamment, je veux dire par là, en utilisant un langage compréhensible par le quidam que nous sommes, misérables ignorants, hermétique au jargon scientifique.  La raison vient peut-être également que l’on préfère quelquefois le déni par peur d’ouvrir une boite de pandore don le contenu se limiterait à une antenne parabolique qui refléterait les manquements de nos sociétés, mais pas que.  Pas facile d’oser se remettre en question et pourtant, comme le soulignait si justement ce cher Albert Einstein, c’est devant celui qui connait les abysses de son ignorance que l’on reconnaît l’être d’exception.

Mais revenons à nos moutons :

En abordant « Allo maman, ma mère n’est pas là ! », comme tout lecteur qui se respecte j’ai commencé par le quatrième de couverture.  Ce dernier nous explique que : ce livre met en scène la problématique des troubles de l’attachement chez l’enfant… 

Je ne puis souscrire à cette description, elle est à mon sens trop restrictive.  À mon regard, ce livre aborde une série de catastrophes humaines inhérente à notre environnement.  Certes, je puis comprendre ce que l’auteure ou l’éditeur a voulu souligner par cette accroche.  Elle est certainement logique si l’on considère que les conséquences, dues à ce qui pourrait ressembler à un rejet parental, vont peser lourdement sur le destin d’un enfant, et pourtant !

En me plongeant dans « Allo maman, ma mère n’est pas là ! » je n’ai pu empêcher mon esprit de porter son attention sur l’entièreté des éléments que nous décrit Élide Montesi.  J’avoue, j’en ai eu le vertige. 

C’est que l’auteure possède une sensibilité à fleur de peau qui lui permet de décrire les ornières posées par la vie ou par les destins émiettés.  L’écrivaine détient le don d’effleurer les oubliés, les êtres cassés, ceux qui n’intéresseront personne sauf quand viendra l’heure d’un bilan apporté malheureusement par la « une » de l’actualité judiciaire.  C’est là qu’intervient la description de nos limites et du tourbillon qui peut entrainer une âme blessée au risque d’entraîner ceux qui tentent de lui venir en aide.

M’arrêter ici serait malhonnête, le livre nous réserve beaucoup plus

L’enfance malmenée pas une maman complètement paumée permet d’aborder la thématique non pas de l’adoption, mais des familles d’accueil.  Au final, en refermant le livre je me suis rendu compte qu’il foisonne d’informations qui peuvent probablement servir de références.  En parlant de référence, je songeais à l’ensemble des acteurs qui fréquentent la scène de la vie sur laquelle irrémédiablement nous jouons notre rôle et qui me porte à dire que nul n’est innocent.  Je n’accuse personne, je ne fais que décrire une simple observation.  S’il fallait vous convaincre j’ajouterais qu’il suffit d’être conscient des regards que nous portons sur ceux qui nous sont différents par le comportement.  Je suppose qu’il est plus facile de juger que de soigner… 

Je ne condamne pas, je ne le pourrais pas puisqu’en écrivant ces mots me voici assis à vos côtés sans que je ne puisse apporter la moindre solution à ce dilemme présent depuis que l’humain à foulé le sol de cette bonne vieille terre. 

Voilà, sans l’avoir provoqué, Élide Montési ouvre les débats et m’y a entrainé malgré mon devoir de réserve… 

Je n’ai qu’un léger bémol à murmurer, que ceci ne gâche pas votre plaisir. 

En finissant ma lecture, m41tJJops5XL.jpg?profile=RESIZE_710xe reste comme un léger goût d’empressement.  Comment exprimer mon ressenti ?  C’est comme si l’auteure s’était laissée portée par le sujet (serait-elle concernée ?) et que de nous apporter cette histoire, elle s’est livrée jusqu’à l’épuisement.  N’aurait-elle plus eu la force de se laisser le temps nécessaire à la décantation ?  Il y va d’un livre comme d’un parfum de femme.  L’exception requière une attention des plus exigeantes et l’éditeur devrait de temps en temps se positionner en qualité de chef d’orchestre.  Plus facile à dire qu’à faire j’en suis conscient, mais c’est également mon rôle de prendre tous les éléments d’une œuvre en compte.  Les détails don je vous parle sont insignifiants, sans la moindre réserve je vous invite à vous procurer « Allo maman, ma mère n’est pas là ! ».  Vous pourrez découvrir ce livre comme un simple roman ou, et je vous y invite, l’utiliser comme un outil au service de l’humain.

Retrouvez Philippe De Riemaecker sur Art & Lettres , Passion TV, Radio Passion,  RCF Sud Belgique, Radio Vicomté, Chouette magazine.

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles