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« Tous les cimetières d’Ecosse pour un seul regard dans le temps! » Macbeth au théâtre Royal du Parc     Janvier 19, 2019

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Trop de morts sur la scène…et parfois à la sortie des théâtres !  On l’appelle la « pièce écossaise » pour ne pas évoquer son vrai  nom, frappé dit-on,  de maléfice. La légende raconte que Shakespeare voulait utiliser des incantations de magie noire réelles,  pour plaire au roi James qui avait écrit un livre «Daemonolgy » en 1597,  traitant  de sorcellerie et mettant en garde contre son utilisation. Notre époque n’en est plus à avoir peur des sorcières, mais la peinture qu’en fait Georges Lini est effarante. Tout commence par leur rire féroce et  inextinguible, celui d’Ingrid Heiderscheidt, de Louise Jacob et de Muriel Bersy, d’inoubliables créatures qui arrachent leur masque à la fin du jeu.

Drame épique sauvage, trop sauvage pour des écoliers,  ce « Macbeth » saisissant, intense, magnifiquement  mis en scène,  offre des performances verbales inoubliables, d’un style presque cinématographique. Mais le spectateur repart avec  en main la sagesse shakespearienne percutante qui  défie le temps et plonge ses racines dans une bouleversante humanité. De là peut être cet humus qui recouvre tout le plateau du théâtre du Parc et qui sert d’arène au déchaînement,  aux folies des hommes et des femmes. Cet humus d’où naît chaque génération humaine pour y retourner et y faire le lit des suivantes. Puisse l’humus proposé par Georges Lini, faire germer en nous plus de paix et plus de raison. La raison de  la présence cette chanson, qui germe  tout au bout du cataclysme, à peine murmurée par une  Anouchka Vingtier, sidérée par l’ampleur du désastre, juste avant que le rideau ne retombe sur les protagonistes comme un sombre couperet final … 

♪ Oh My Love ♪

 Oh my love

 Look and see

The Sun rising from the river

 Nature’s miracle once more

Will light the world…

La violence,  hélas,  comme l’humus, ne cesse de  se recycler à l’infini. Le ciel a beau envoyer le déluge pour laver le sang, ou souligner l’ignominie,  l’hubris  des hommes est  incommensurable et la soif de pouvoir est telle qu’elle emprunte  sans trop  de scrupules, les voies du meurtre, de la trahison, de la  barbarie viscérale érigée en art de vivre ou celui de mourir …à la guerre. Les parallèles avec notre actualité ne manquent pas.  « Pourquoi nous taisons-nous, quand cette affaire est la nôtre ? »

 De plain-pied au cœur de la folie.

 Si Georges Lini  a choisi la continuité de costumes  simples et médiévaux, il installe l’action dans un cadre aux contours contemporains, tel les coulisses d’un théâtre ou d’un studio de cinéma, dont le centre est occupé par une capsule hermétique dans laquelle trônent trois sœurs infirmières, qui ne sont pas sans rappeler Nurse Ratched, le cauchemar de Nicholson dans « Vol au-dessus d’un nid de coucous ». Nous sommes de plain-pied au cœur de la folie. Une boîte de Pandore dont elles peuvent sortir à leur guise pour répandre la mort et le poison. Les trois sœurs qui font le Destin dans leur habitacle trompeur, tissent inéluctablement le fil  sanglant de la malédiction qui pèse sur Macbeth. Et prononcent des phrases sibyllines, comme à la radio anglaise, en temps de guerre.

   

 Est-ce l’effet de la liberté créatrice? Du génie dramatique de l’auteur ? Du talent confirmé des artistes ?  Les artistes développent tous et sans frein, la richesse de leurs passions. Ils capturent la moindre émotion de la phrase ciselée, débarrassée de ses aspects vieillots. Ils sont filmés parfois, par un cinéaste, discrètement à l’affût. Se repaît-il de la violence ou est-il simple témoin? Des close-ups se projettent sur un écran géant. Plusieurs  scènes symboliques et  sans paroles donnent l’illusion d’un répit ou plongent dans l’horreur. Mais tous,  tirent tellement bien profit de leur texte, que  le spectateur se sent  pleinement engagé. Non seulement par le bouillonnement affolant du  texte adapté par Georges Lini,  mais par toutes les expressions des visages et le langage corporel constamment  aiguisé.

Tous en scène, tous témoins, en silence ou en paroles. Le casting rutilant navigue sur des déferlantes de mouvement et d’énergie créatrice.  Dans l’allégresse de victoires guerrières, Ross (Nicolas Ossowski) annonce à Macbeth que le roi l’a nommé  baron de Cawdor.  C’est Luc Van Grunderbeeck qui campe l’élégant roi Duncan. Banquo, c’est Stéphane Fenocchi que Macbeth voit comme une menace et fait assassiner. Mais les morts ne cessent de réapparaitre. C’est Lennox (Jean-Françoisn Rossion) qui annonce que dans la tourmente, Macduff a fui  en Angleterre. Il est joué avec brio par le pétillant  Didier Colfs. Macbeth a ordonné de saisir ses biens et fait assassiner sa femme et son fils. Une de ces scènes graphiques dont Georges Lini a le secret et qui reste inoubliable. Macduff jure de se venger,  rallie l’armée levée par Malcolm (Felix Vannoorenberghe) pour marcher contre Macbeth. Il est celui qui n’est pas « né d’une femme » d’après la prophétie. Thierry Janssen, toujours aussi brillant dans sa présence théâtrale,colle au  rôle de Seyton, dernier lieutenant fidèle de Macbeth. Daphné d’Heur, (qui d’autre qu’elle ?) est à la direction musicale, Jérôme Dejean à la création des lumières. Les dictions sont impeccables.   Frêle et sous des dehors d’innocence, Anouchka Vingtier aux côtés d’Itsik Elbazincarne l’hypocrisie brutale et le désir brûlant  de Lady Macbeth de se voir reine. Ses intentions sont transparentes. Sa force de persuasion et sa tactique  sont spontanées et  imparables. Elle s’emploie à  convertir au «Mal» Macbeth, un  guerrier loyal et courageux, ne lui laissant aucune échappatoire, pour assouvir sa dévorante ambition. Lady Macbeth appelle même sur elle la Violence personnifiée pour qu’elle neutralise « son état de femme! »

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Lady Macbeth connaît sa proie, mieux que lui-même ne se connaît et manie le sarcasme avec un art consommé, s’offrant charnellement en récompense. Il est cuit. Il est bon pour ouvrir les vannes de la sauvagerie et celles de l’acte prémédité. Itsik Elbaz et Anouchka Vingtier, qui nous  avaient  bouleversés dans « Hamlet », redoublent ici d’intensité dramatique. Lors du festin dantesque, Macbeth divague à la vue de Banco «  Que me fixes-tu, camarade ?» Itsik Elbaz possède à fond l’art du monologue. Il  excelle dans les rôles d’illuminés ou d’halluciné. Il est tiraillé entre les sentiments de devoir et de culpabilité, il oscille entre raison et déraison, il est lucide et  « ensauvagé » comme les chevaux  du  roi Duncan lâchement assassiné. Et profondément humain. « Ma mort ne rendra pas votre monde meilleur ! »

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Dominique-Hélène Lemaire 

Macbeth – Théâtrez-Moi ! from Théâtrez-moi! on Vimeo.

Photos: Jérôme DEJEAN

Au Théâtre du Parc Du jeudi 17 janvier 2019 au samedi 16 février 2019 02/505.30.40

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SOUHAIT!

Je n'en peux plus de la pluie

Et idem des emmerdes...

Je n'en peux plus de cette vie

Où tant de joies se perdent!

Je rêve de ciel tout bleu

Pas d'illusions perdues...

Et désire que le mieux

Ne se perde pas de vue!

Je n'en peux plus des ans

Qui polluent le bien vivre

On ne perd pas son temps

Quand l'amour nous enivre...

Je ne suis pas insensible

Au malheur des oiseaux

Qui servent souvent de cible

Aux destructeurs du beau!

Alors, je veux rêver

Et y croire très très fort!

Et puis... tout oublier

Et vivre sans remord.

J.G.

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ad66f2_5f4a4a68199848febabf4155a3bf0dec~mv2.jpeg?profile=RESIZE_710xImpossible de ne pas admettre que l’ensemble de notre vie est impacté par toute situation rencontrée dès notre plus tendre enfance.  Oserais-je ajouter qu’avant même que nos premières respirations se joignent à l’orchestre de l’humanité, le bébé comme une éponge, absorbe tendresse ou manque d’amour avec une déconcertante facilité.  C’est probablement à l’image de cette même éponge, qu’il rejettera progressivement le trop-plein de ce qui l’a perturbé.  Pour les plus malchanceux d’entre nous, trop de poisons briseront le contenant en forgeant dans le subconscient une fêlure irréparable, un point de non-retour. 

L’auteure qui nous intéresse est médecin généraliste, mais pas que.  Éclectique par nature, elle s’adonne à la peinture en plus de l’écriture.  Les plus fidèles d’entres-vous se souviendront que j’avais chroniqué, il y a quelques années déjà, son roman « Temps de guerre, temps de paix ».  C’était une œuvre qui m’avait séduit et que, par coup de cœur, j’avais proposée au prix remis à l’occasion du Salon International du livre de Mazamet 2018.  L’ouvrage avait été remarqué et s’il ne fut pas couronné j’ose dévoiler que ce fut de justesse.

Élide Montési n’est pas à son coup d’essai.  Elle nous a offert « Les filles d’Hippocrate », « La nuit n’est jamais complète », « Ligne brisée » avant de rédiger le roman que nous approchons dans cette chronique.  Pas étonnant qu’avant de découvrir son dernier ouvrage, je me sois préparé une bulle de confort afin de me plonger dans l'œuvre qu’elle m’avait confié au salon Mon’s livre fin novembre dernier.    

J’avoue avoir été décontenancé par un sujet des plus interpellant.  C’est peut-être la faute au fait que l’on ne l’approche jamais suffisamment, je veux dire par là, en utilisant un langage compréhensible par le quidam que nous sommes, misérables ignorants, hermétique au jargon scientifique.  La raison vient peut-être également que l’on préfère quelquefois le déni par peur d’ouvrir une boite de pandore don le contenu se limiterait à une antenne parabolique qui refléterait les manquements de nos sociétés, mais pas que.  Pas facile d’oser se remettre en question et pourtant, comme le soulignait si justement ce cher Albert Einstein, c’est devant celui qui connait les abysses de son ignorance que l’on reconnaît l’être d’exception.

Mais revenons à nos moutons :

En abordant « Allo maman, ma mère n’est pas là ! », comme tout lecteur qui se respecte j’ai commencé par le quatrième de couverture.  Ce dernier nous explique que : ce livre met en scène la problématique des troubles de l’attachement chez l’enfant… 

Je ne puis souscrire à cette description, elle est à mon sens trop restrictive.  À mon regard, ce livre aborde une série de catastrophes humaines inhérente à notre environnement.  Certes, je puis comprendre ce que l’auteure ou l’éditeur a voulu souligner par cette accroche.  Elle est certainement logique si l’on considère que les conséquences, dues à ce qui pourrait ressembler à un rejet parental, vont peser lourdement sur le destin d’un enfant, et pourtant !

En me plongeant dans « Allo maman, ma mère n’est pas là ! » je n’ai pu empêcher mon esprit de porter son attention sur l’entièreté des éléments que nous décrit Élide Montesi.  J’avoue, j’en ai eu le vertige. 

C’est que l’auteure possède une sensibilité à fleur de peau qui lui permet de décrire les ornières posées par la vie ou par les destins émiettés.  L’écrivaine détient le don d’effleurer les oubliés, les êtres cassés, ceux qui n’intéresseront personne sauf quand viendra l’heure d’un bilan apporté malheureusement par la « une » de l’actualité judiciaire.  C’est là qu’intervient la description de nos limites et du tourbillon qui peut entrainer une âme blessée au risque d’entraîner ceux qui tentent de lui venir en aide.

M’arrêter ici serait malhonnête, le livre nous réserve beaucoup plus

L’enfance malmenée pas une maman complètement paumée permet d’aborder la thématique non pas de l’adoption, mais des familles d’accueil.  Au final, en refermant le livre je me suis rendu compte qu’il foisonne d’informations qui peuvent probablement servir de références.  En parlant de référence, je songeais à l’ensemble des acteurs qui fréquentent la scène de la vie sur laquelle irrémédiablement nous jouons notre rôle et qui me porte à dire que nul n’est innocent.  Je n’accuse personne, je ne fais que décrire une simple observation.  S’il fallait vous convaincre j’ajouterais qu’il suffit d’être conscient des regards que nous portons sur ceux qui nous sont différents par le comportement.  Je suppose qu’il est plus facile de juger que de soigner… 

Je ne condamne pas, je ne le pourrais pas puisqu’en écrivant ces mots me voici assis à vos côtés sans que je ne puisse apporter la moindre solution à ce dilemme présent depuis que l’humain à foulé le sol de cette bonne vieille terre. 

Voilà, sans l’avoir provoqué, Élide Montési ouvre les débats et m’y a entrainé malgré mon devoir de réserve… 

Je n’ai qu’un léger bémol à murmurer, que ceci ne gâche pas votre plaisir. 

En finissant ma lecture, m41tJJops5XL.jpg?profile=RESIZE_710xe reste comme un léger goût d’empressement.  Comment exprimer mon ressenti ?  C’est comme si l’auteure s’était laissée portée par le sujet (serait-elle concernée ?) et que de nous apporter cette histoire, elle s’est livrée jusqu’à l’épuisement.  N’aurait-elle plus eu la force de se laisser le temps nécessaire à la décantation ?  Il y va d’un livre comme d’un parfum de femme.  L’exception requière une attention des plus exigeantes et l’éditeur devrait de temps en temps se positionner en qualité de chef d’orchestre.  Plus facile à dire qu’à faire j’en suis conscient, mais c’est également mon rôle de prendre tous les éléments d’une œuvre en compte.  Les détails don je vous parle sont insignifiants, sans la moindre réserve je vous invite à vous procurer « Allo maman, ma mère n’est pas là ! ».  Vous pourrez découvrir ce livre comme un simple roman ou, et je vous y invite, l’utiliser comme un outil au service de l’humain.

Retrouvez Philippe De Riemaecker sur Art & Lettres , Passion TV, Radio Passion,  RCF Sud Belgique, Radio Vicomté, Chouette magazine.

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Je peins mes mots

Je peins mes mots
et j’écris comme je peins

il me suffit de cueillir
un jour après l’autre
les couleurs du temps
les métamorphoses du vent
le flou des songes
des oiseaux

l’éblouissement
des choses simples

.....................................
Martine Rouhart

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9/11 janvier 2019 Wolubilis invite Sois Belge et tais-toi 2.1

Le 21ème épisode de Sois Belge et Tais-Toi est une version 2.1 Dites : deux point un, un point de vue qui se situe entre génération Y et génération Z. Zappeurs trop connectés, grandes gueules, impulsifs et égoïstes amateurs de selfies mais aussi audacieux, ouverts sur le monde et protecteurs solidaires du climat. Changement de décor et de style, « Sois Belge et tais-toi 2.1 » change de look. Ils sont 7, deux femmes contre cinq hommes. Toujours pas de parité… Pas grave, on s’amuse autant qu’eux, et cela se gagne ! Sois Belge et t’es toi, avec des décors nouvelles technologies, même si cela fait un peu froid et nu !

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Ainsi font, font, font..! C’est simple et basique. Faut applaudir pour chauffer la salle ! Et les gens le font, même s’ils n’ont même pas encore commencé leur « n’importe quoi » ! En blouson et bonnet ou tirés à quatre épingles ou lestés de caricatures burlesques, leur énergie est irrésistible. Leur talent est à la clé. La clé du rire, depuis ceux qui sourient jusqu’ au rire inextinguible d’une tordue allumée qui se tord de rire en haut de la salle, pire qu’un pivert. Elle se reconnaîtra si elle lit ce billet ! Le spectacle au Wolubilis est sold out. mais la tournée est longue… Chère Madame, retrouvez-les à Uccle le 15 janvier ou plus tard à Aula Magna !

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Avec : André Remy (auteur), Baudouin Remy (auteur et comédien), Sandra Raco, Manon Hanseeuw, Benoit Charpentier, Maxime Thierry, Stéphane Pirard, brillante distribution

L’équipe est joyeusement belge – ave’ l’asseng’ – mais ne se cantonne pas aux histoires politiques belgo-belges, pour peu qu’elles le soient encore. Ils pratiquent la dérision, sport national, enfilant des perles : un leçon exemplaire de flamand mémorable sur l’usage de l’adjectif possessif, une séance de contrôle du chômage, truffée de cohabitation illégale et de crime solidaire, ceci n’est pas un sketch. Une séance marché de l’emploi, Kafka au téléphone, si vous voulez … tapez,1 et ainsi de suite ! … Une Maggie Deblock plus vraie que nature, qui rend « malade ! ». Et, parcourant l’ouvrage, observez le fil rouge du déni de sale gueule, « Qu’est-ce qu’elle a ma gueule » ? Bacs de bière et PTB, Bonjour Elio, Laurette et Joëlle, schild en vriend, droit du sol, on avale tout en vrac, plus besoin de Prozac. Et le morceau le plus profondément empoisonné et pathétique c’est la joute Michel-Théo Franken, plus glaçant.e que Putin ! Les jeunes badernes sont encore pires que les anciennes. Copié-collé sur la vraie Revue, ils ont aussi ressorti les mimiques et vitupérations savoureuses d’un admirable de Funès, un cadeau pour la génération papyboom. Il est aux prises avec le placide ami Bourvil sur l’identité de genre. Un délice ! Un pont d’or entre le charme discret des années 70 et 2.1.

De même, les intermèdes musicaux sont de la plus savoureuse facture. « Belge » sur l’air de Notre-Dame de Paris, et les autres… Aznavour, Brassens, Cabrel, JJ Goldman, Johnny, que je l’aime.. Brel ! Parfaits, pour la génération X.

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Les comédien.ne.s, artistes, chanteu.r.se.s dansant gaiement sous la baguette théâtrale de Thibaut Nève exportent bien sûr leurs sarcasmes sur les grands de ce monde macro-économique et micro-humaniste. En costumes et maquillages ingénieux, ils ne ratent pas Donald Trump, Putin, Kim yong un (et Macron par la même occase). Pas un mot sur Brexit. On regrette. God save the Queen ! Les grands en prennent pour leur grade, et ce sont finalement les meilleurs sketches car l’accent belge fatigue quand-même à la longue. Là, il nous lâche forcément un peu, c’est comme dans les chansons qu’on adore. La dimension planétaire plaira certainement aux …Z.

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Contre-allées

Et si nous prenions
les chemins de traverse
les contre-allées
qui donnent un sens
plutôt qu’un but

les versants de la vie
où l’on s’égare
mais pas trop
par la force des rêves

.....................................
Martine Rouhart

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administrateur théâtres

Image may contain: one or more people and people standingLe comte Ory de Rossini (1828) L’amour aiguillonne et l’épouse est …friponne

Quand Rossini présente à Paris « Le Comte Ory » (1828), le public parisien accueille l’opéra-bouffe avec un enthousiasme sans bornes. C’est son avant-dernier opéra, il est écrit en français.  Rossini adapte en grande partie « Il viaggio a Reims »,une œuvre qu’il avait écrite pour le couronnement de Charles X.   Contre toute attente, il cessera de composer pour l’opéra à l’âge de 37 ans, avec sa dernière œuvre : « Guillaume Tell », pour se tourner vers  ses autres passions: la gastronomie et la vie mondaine. Ainsi ouvrit-il  un salon très prisé par les intellectuels de son époque.

Le Comte Ory

Savoureux mélange de genres, d’époques et de virtuosités, Le Comte Ory 2018, dont le personnage éponyme est interprété avec verve et puissance solaire par Antonino Siragusa, magnifique ténor en moine paillard, séduit vraiment  par sa légèreté,  sa brillance, son esprit français et sa joie de vivre.  Bouffée de bonheur estudiantin, le comique gracieux et leste est partout. Ce n’est pas sans rappeler des souvenirs de certaines chansons populaires.  « Partant pour la croisade, un seigneur fort jaloux De l’honneur de sa dame et de son droit d’époux Fit faire une ceinture à solide fermoir Qu’il attacha lui-même à sa femme un beau soir… »  Cette chanson paillarde remonte peut-être elle aussi, à l’époque de Rossini, une époque pour le moins compassée,  hypocrite et austère où l’on s’éclatait en chansons! Le livret du fameux Eugène Scribe, inspiré d’une ballade médiévale,  est truffé de sous-entendus, la rime est riche et prospère en humour. Une analyse psychanalytique en dirait long sur la  nature du  château inexpugnable.  Si l’on décide de suivre le texte à la lettre, on moissonne les sous-entendus à foison.

Le metteur en scène Denis Podalydès signait en décembre 2017 la création de  cette joyeuse œuvre polissonne, il y a un an, à l’Opéra-Comique de Paris.  Le choix pour les décors se porte sur un autre sociétaire de la Comédie française, Eric Ruf, et  le couturier français, Christian Lacroix,  dessine les costumes gothique flamboyant.  Le mot d’ordre semble être de chanter de manière  le plus souvent parodique, moqueuse, limite graveleuse… ne vous en déplaise! Les lumières de Stéphanie Daniel (Molière 2017 du créateur de lumières) contribuent  régulièrement à une dénonciation éclatante  des subterfuges et travestissements… Les mouvements de la chorégraphie et de  la tension amoureuse sont  réglés par Cécile Bon,  la même qui  a travaillé dans « En attendant Bojangles ».   Les chœurs très stylés sont réglés avec souplesse et humour par Pierre Iodice,  formé au conservatoire de Marseille, rappelons-le,  et  qui dirige depuis 2015 le chœur de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège.  Enfin, la distribution très homogène  offre une palette de très beaux talents d’une musicalité impeccable, très agréable à écouter.

Premier décalage, le temps des croisés se mue en conquête de l’Algérie en 1830. Les costumes  sont déclinés en haut de forme,  redingotes, culottes, bottes que l’on ôte au pied du lit, pour les messieurs et, pour les dames, chapeaux Comtesse de Ségur et  somptueuses robes évasées à  profond décolleté. Les paysannes vont, légères et court-vêtues.  C’est l’époque de la richesse bourgeoise de la restauration, qui bien sûr  raffole d’histoires scabreuses, de séducteurs et de libertins  pour soulager leur rigide quotidien.

Le Comte Ory

Dans la création de Podalydès (2017) le château de Formoutier est  redevenu un vrai moutier ou valsent les chaises d’église, mais  sans aucun rapport avec l’abbaye de Thélème.  C’est un couvent, où se languit la belle comtesse Adèle, souffrant d’un mal étrange et persistant, admirablement  interprété lors de son entrée en scène, presque hululé, par la sublime Jodie Devos,  abandonnée au début du premier acte, à une atroce solitude physique et morale. Elle garde son merveilleux timbre cristallin et fruité pour  développer le personnage par la suite.  Sa suivante,  Dame Ragonde, sous les traits de  la très alerte Alexise Yerna,  explique de façon joyeusement théâtrale que l’ état cataleptique de sa maîtresse est dû  à l’absence cruelle de l’époux, parti cueillir des lauriers dans les plaines musulmanes.

Le Comte Ory

Autre décalage, Podalydès ne résiste pas à l’envie de dépeindre l’emprise de la religion catholique du 19e siècle  sur les personnages de l’histoire, profitant de faire débarquer les compagnons du comte,  déguisés en nones libertines, question d’enfermer,  l’ivresse du désir sous le voile et les chapelets et de la rendre plus folle encore. 

Après une  introduction musicale tonique projetée sur fond d’une  peinture d’époque représentant les rivages d’Afrique,  les assauts guerriers, le carnage,  le siège  d’une ville…,  le voile se lève sur l’intérieur du couvent éclairé par une  lumière sourde qui  tombe à travers les croisillons de hautes fenêtres inaccessibles.

Le Comte Ory

La guerre au puritanisme est engagée.  Le bric-à-brac hétéroclite d’un mobilier d’église s’offre à la vue.  On a empilé une chaire d’église, un confessionnal, un saint-sacrement, des prie-Dieu, des chaises et le va-et-vient de l’ermite  joufflu qui promet  de les soigner de tous leurs maux les jouvencelles du village qu’il accueille à bras ouverts. C’est le Comte Ory déguisé. La foule de villageois apportant des fruits et des laitages, chante des rimes bucoliques où se chevauchent badinage, feuillage et filles  presque sages. Ah le délicieux timbre de Julie Mossay en Alice ! Le moine, présent des cieux, se met à boire. La flûte de l’orchestre  joue l’espièglerie, les vocalises moqueuses sur le mot « prière » installent un climat comique d’une belle impertinence, et un paralytique touché par la grâce,  lâche même soudainement ses béquilles ! « Venez, mes toutes belles, je donne des époux ! » promet le vertueux homme, prêt à accueillir les prières des demoiselles dans son humble chaumière à tout moment. Voilà, le ton canaille est franchement donné !

Le Comte Ory

 La scène suivante confirme l’esprit fripon de l’ouvrage car  elle met en scène le « gouverneur » du Comte (en fait le pendant masculin de la gouvernante  d’une dame) qui se plaint  amèrement de la dureté de sa  mission. Laurent Kubla  tient magistralement ce rôle, même s’il est taillable et corvéable à merci et se plaint amèrement en enchaînant les graves les plus vertigineuses. Il est  envoyé par le père du comte pour essayer de récupérer  le  gredin de fils fugueur accompagné d’un machiavélique  Raimbaud, (Enrico Marabelli) à la présence scénique dynamique.  La colère du « gouverneur » monte au rythme de son désir secret de se livrer à  d’autres plaisirs. La fin de l’air le retrouve assis à califourchon sur la chaise d’église,  comme  pour entamer un 80 chasseurs.

Le Comte Ory

On n’a pas eu la berlue… Du confessionnal et des armoires, sortent des belles aux épaules dénudées et aux voix lascives…  Le reste est de la même eau, bien que toujours bénite. Un peu grises, elles chantent à tue-tête « Sortons d’ici ! » mais restent toutes, rivées à l’aventure. Le comique d’oppositions règle l’opéra d’un bout à l’autre. Rien de vulgaire cependant,   tout est tracé au cordeau, dans la suggestion et les double-sens. Où que l’on tourne les yeux ou les oreilles, le désir de conquête amoureuse est incandescent et inassouvi…

Le Comte Ory

Si, Dame Angèle, qui n’a rien de franchement angélique, se dérobe aux projets  d’Isolier,   le cousin dont elle est tombée amoureuse et qui accessoirement sert de page  au comte Ory,  elle se prête sans vergogne,  à au  marivaudage impénitent, bien qu’elle assure n’aimer que lui.  Jodie Devos, sûre de son pouvoir,  est  étincelante dans ce rôle de diva et  ses vocalises  acrobatiques ont la fraîcheur et la sève brute de la séduction juvénile.

Le Comte Ory

 Le double sens devient apothéose dans l’air d’Isolier incarné par une femme,  José Maria Lo Monaco qui clame «  on verra qui de nous deux l’emportera » et assure que « le noble page du Comte Ory sera un jour « digne » de lui ! »  Encore un double sens !  Les bravi saluent les voix croisées éblouissantes du généreux Antonio Siragusa pour le Comte Ory  et  la pureté naïve des beaux phrasés du page  José Maria Lo Monaco  tandis qu’ils  s’escriment,   joignant  le corps  à la voix dans un combat de bras de fer, au propre  comme au figuré.  On le voit, cet opéra est pure jouissance de surprises, de contrastes et de vie.

Le Comte Ory

 L’humour musical généré par la direction pétillante de l’impétueux Jordi Benàcer est irrésistible. Il surligne, dans une grande connivence avec le public,  les moindres postures,  jeux de mots et déplacements ou changements d’humeur.  Il nous fait  pressentir  le rythme  fluctuant des voix, comme s’il disposait d’un stéthoscope enregistrant les phases  du désir brûlant régulièrement bridé.  Son orage est parodique et sa sa prière-beuverie ressemble à un De profundis estudiantin! Tant et si bien que le public se retrouve  finalement vraiment complice dans la scène  à trois, sur la couche  de la comtesse, car seul  le Comte Ory déguisé  cette fois en sœur Colette,  semble ignorer combien ils sont, ou feint de savoir compter jusque trois.  Le méli-mélo amoureux…amour charnel (Ory) et amour pur (Isolier) se termine par le retour imminent du croisé de mari,  qui n’y verra sans doute que du feu …. Comme dans la chanson  estudiantine.


Dominique-Hélène Lemaire

A L’opéra de Liège du 21 décembre au 2 janvier 2019

Avec : Antonino Siragusa (Le Comte Ory), Jodie Devos (Comtesse Adèle), Josè Maria Lo Monaco (Isolier), Enrico Marabelli (Raimbaud), Laurent Kubla (Le Gouverneur), Alexise Yerna (Dame Ragonde), Julie Mossay (Alice), Stefano De Rosa (Mainfroy), Xavier Petithan (Gérard), Ludivine Scheers, Réjane Soldano, Stefano De Rosa, Benoit Delvaux, Alexei Gorbatchev (Coryphées)

A Charleroi Le Samedi 5 janvier 2019 – 20:00
► Lieu 
PBA / Grande Salle
► Réservation 
071 31 12 12
www.pba.be / https://bit.ly/2N9rqk1

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administrateur théâtres

Ars in Cathedrali 27/12/2018 Concert de Noël

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Pureté exquise des voix, présence chorale, musicalité, tendresse, complicité, réflexion… Immersion dans l’enchantement de Noël

La puissance dramatique, la ferveur, la contemplation mystique voluptueuse ont rendez-vous avec les anges de la cathédrale. Une estrade, dressée au centre du transept, juste en dessous des grandes orgues accueille les douze interprètes de « L’Ensemble Vocal de l’Abbaye la Cambre »  et leur chef, Anthony Vigneron,  brassant l’espoir et la lumière,  présence dans les moindres interstices musicaux. L’architecture et l’acoustique de la cathédrale favorise l’envol des voix et les résonances des orgues. C’est  l’amour entre des interprètes et celui qui les dirige,  qui déborde et inonde une assemblée prise par l’enchantement de Noël.




Entre chaque chant, les textes sobres et profonds de Christian Merveille font mouche, invitant à la méditation sur l’histoire de la nativité, sur la condition humaine. Chaque naissance n’est-elle pas une promesse?   Le conteur invite à prendre conscience des silences habités, de l’invisible qui soudain devient tangible, de l’infini relié par les mots et de la présence, du souffle, du Verbe.  Il nous invite à  nous laisser transformer, humblement,  par les mots,  la musique, ce temps de grâce qui enveloppe l’assemblée.

L’ouverture du concert  qui  a débuté par un murmure,  le  « Calme des nuits » de Camille Saint-Saëns (1835-1921)  nous plonge dans le mystère «  bien plus vaste que les jours ». Chanter «  est un manière d’être au monde…» Cela nous aide à retrouver l’enfant, l’être primordial qui est en nous. Celui qui est au cœur du texte « En prière » de Gabriel Fauré. (1845-1924)

Répands sur nous le feu de Ta grâce puissante ;

Que tout l’enfer fuie au son de Ta voix ;

Dissipe le sommeil d’une âme languissante

Qui la conduit à l’oubli de Tes lois !

Anthony Vigneron embrasse l’air, souffle  le vent,  distille la  musicalité comme s’il conduisait un bateau ivre. Il est jeune passionné de musique romantique française et allemande. Il détrousse aussi les partitions perdues. L’ « Ave Maria » de Martial Caillebotte est l’une de ces œuvres perdues ou  oubliées dont il ressuscite la beauté, l’énergie et la ferveur.

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L’organiste, Xavier Deprez, que l’on peut voir à l’œuvre sur un grand écran tout au long de la soirée, peuple la soirée de morceaux méditatifs, comme pour ponctuer le propos de Christian Merveille. On le voit pétrir avec exaltation l’harmonisation  du compositeur belge François-Auguste Gevaert (1828-1928) de la pièce « Le message des anges ». Et comme dans nos antiques campagnes, voilà l’assemblée invitée par Anthony Vigneron à se joindre au refrain dans un immense sentiment de renouveau et de réveil de rites oubliés.

François-Auguste Gevaert reviendra encore après la pause avec «Les trois rois » et « Entre le bœuf et l’âne gris » deux noëls harmonisés par ses soins. Le transcendant est dans la douce brise de la musique qui flotte sous les voûtes séculaires. « O Beata mater » d’August De Boeck (1865-1937) résonne comme une symphonie vocale autour de la merveilleuse soliste. Pour terminer, un double festin nous attend: « Panis angelicus» de César Franck et Hostia, extrait de « Consurge Filia Sion », Oratorio de Noël, opus12. 12 : Un chiffre symbolique d’union, de partage et de tolérance. Généreux, Anthony Vigneron livre  en bis une version brillante et  du « Venite Adoremus » auquel il associe l’assistance heureuse  d’être appelée à se  joindre aux merveilleux choristes dans le cadre exceptionnel de la cathédrale.  

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“When the song of the angels is stilled, when the star in the sky is gone, when the kings and princes are home, when the shepherds are back with their flocks, the work of Christmas begins: to find the lost, to heal the broken, to feed the hungry, to release the prisoner, to rebuild the nations, to bring peace among the people, to make music in the heart”.
Howard Thurman

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« Quand le chant des anges s’arrête, quand l’étoile dans le ciel  s’en est allée, quand rois et princes sont  dans leur demeure, quand les bergers sont de retour avec leurs troupeaux, alors commence  l’œuvre de Noël: retrouver les perdus, guérir les blessés, nourrir les affamés, libérer le prisonnier, reconstruire les nations, apporter la paix parmi les peuples, faire chanter la musique du cœur. » traduction libre
  

Dominique-Hélène Lemaire


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administrateur théâtres

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Y en a qui ont le cœur si large 
Qu'on y entre sans frapper 
Y en a qui ont le cœur si large

Qu'on en voit que la moitié 

Rue des deux gares 1070 Bruxelles, le 26 décembre 2017, les applaudissements gonflés de bonheur  soutiennent  les ovations plus qu'enthousiastes lors de  la dernière représentation de « C’était au temps… » Un spectacle « nostalgie » et « copains d’abord ! »  qui a affiché complet tous les soirs, pendant quinze jours d’affilée!  Un hommage émouvant à la voix du grand Jacques Brel signé Jean-Marie Delattre. Ils sont huit, embarqués dans l’aventure, échoués aux tables d’une  antique guinguette  en plein cœur de Bruxelles qui a traversé le temps,  prêts à faire la fête et à refaire le monde avec le tram 33.

Y en a qui ont le cœur si frêle
Qu'on le briserait du doigt
Y en qui ont le cœur trop frêle
Pour vivre comme toi et moi 

Jef, Madeleine, Mathilde, Eugène et Sancho (Stéphane Oertli, quels airs de  mousquetaire!)  ont rendez-vous chaque année chez Eugène (le truculent Alain Eloy) pour célébrer joies et tristesses. Le texte de Jean-Marie Delattre est léger, bien ficelé et plausible pour qui veut s’adonner au merveilleux, savourer  le retour aux jeunes années,  tendre son cœur à  la féerie  d’une voix mythique retrouvée, entonner des hymnes de  bienveillance qui écrasent  les velléités de  disputes. On se goberge alors de la découverte d’arrangements musicaux  fort adroits et truffés d’humour. Ami, lève ton verre, termine cette année, accueille la nouvelle, la main plus large que le cœur,  ouverte comme « Une île ! » …Au large de l’espoir, Voici venu le temps de vivre...Voici venu le temps d'aimer ! 

Z'ont pleins de fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris

Question de dépaysement, chacun  a pris nouveau départ sous la houlette de Nathalie Stas, metteur en scène géniale et chorégraphe d’exception, puisqu’elle règle les moindres frémissements ou les moindres battements d’œil de son équipe en goguette!  Les comédiens dans l’âme vont se mettre à chanter à  gorge déployée tandis que les brillantes musiciennes jouent la comédie à bras le corps, aussi  lestes  que les demoiselles des parapluies de Cherbourg. O jeunes années!  Leurs mimiques durent des secondes à peine, la palette des sentiments scintille comme la mer sous le vent d’ouest. On a du mal à choisir qui regarder lorsque, de  part et d’autre de la scène, elles se partagent les couplets du grand Jacques. Lune  ou Soleil ?  Madeleine, l'innocence même dans sa robe à jupons 1958 peuplée de citrons,  fait rêver, incarne l’optimisme et la joie de vivre. Mathilde, c’est le spleen, le mystère, la profondeur,vêtue d'une courte chasuble mai 68,  en daim couleur fauve. Qui donc, de Mathilde ou de Madeleine, Marc De Roy jouant Jef, choisira-t-il en fin de compte?  Les chansons de Brel éclosent à fleur de peau, dans la fleur de l’âge, et pourtant, au creux du florilège et des lilas,   …les bonbons, c’est tellement bon! Et les deux musiciennes-comédiennes, Nathalie Delattre et Véronique Sonneville, sont  pétillantes et éblouissantes.

Y en a qui ont le coeur si tendre
Qu'y reposent les mésanges
Y en qui ont le  trop tendre
Moitié hommes et moitié anges

Y en a qui ont le coeur si vaste
Qu'ils sont toujours en voyage
Y en a qui ont le cœur trop vaste
Pour se priver de mirages 

Jovialité, convivialité, rudesses et lucidité et fous-rires animent les  conversations. Le bal des costumes  enchante  l’œil, ranime le temps…. Les  copains d’infortune qui se rencontrent au bistrot des ivrognes finissants parlent du désir amoureux, des ruptures, des racines, des voyages,  des femmes, des bourgeois, des vieux, des cons, des cocus. Ils boivent, dansent tangos, rumbas et  valses,  et chantent tous divinement! Le décor  prend vie intense. La scénographie de Francesco Deleo est de la partie, comme au Théâtre des Galeries ! Comme un  puissant rivage musical  le trio orchestral plonge dans les époques et borde remarquablement cette île du passé, où règne Eugène en tablier ! Le réverbère rappelle les amoureux de Penney, même époque, l’aubette fait refuge pour amoureux, et la bière coule à flots.

Z'ont pleins de fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris

Une comédie musicale est sortie de l’œuf, fraîche, lumineuse, gonflée de vent d’ouest, bourrée de vitamines. La voix du grand Jacques revient par moments avec une langueur océane,  portée par le large,  comme une vague, reprise avec amour par la troupe de saltimbanques comblés par le bonheur de jouer. Ils ont su polir le  bijou poétique de mille facettes nouvelles et faire œuvre magnifique de transmission. On se prend alors à rêver aussi aux madones du grand Georges,  son grand ami : Jeanne, Hélène et ses sabots, et le petit cheval toujours devant ! Cela devrait pouvoir s’écrire aussi… non ?  On en a déjà des larmes et des fleurs aux yeux.

Y en a qui ont le cœur dehors
Et ne peuvent que l'offrir
Le cœur tellement dehors
Qu'ils sont tous à s'en servir

Celui-là a le cœur dehors
Et si frêle et si tendre
Que maudits soient les arbres morts
Qui ne pourraient point l'entendre

A pleins de fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris

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La troupe au complet du Spectacle "C'était au temps", la comédie Musicale qui a fait Brusseler du Grand Brel ! — with Stijn Bettens, Marc De Roy,Pierre Plume, Jean-marie Delattre, Anne Creuen,Nathalie Delattre, Véronique Sonneville, Stéphane Oertli, Alain Eloy and Pauline Oreins at Le Fou Rire Théâtre.

http://brel-cetaitautemps.be/wp-content/uploads/2017/11/Brel.dossier.2017-11-23.pdf

 

http://brel-cetaitautemps.be/equipe/artistes/

https://cetaitautemps.be/

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POUR VIVRE MIEUX...

Quand l'aube me traverse

Encore mal éveillée

Je veux fuir la tristesse

Qui m'a désabusée...

Dans demi-inconscience

Je peux croire en la vie

Ignorer ses absences

Pour des minutes bénies!

Au détour d'un regard

Me brûle une caresse

Ah! Fleurir le hasard

Et goûter à l'ivresse!

Puisque meurent les jours

Finie l'incohérence

Penser faire de l'amour

Une ultime élégance...

J.G.

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administrateur théâtres

La Revue… revue, et corrigée?

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Retour du  Music-Hall  et du cabaret artistique. Sous la baguette magique d’Alexis Goslain qui vient de reprendre les rênes « du » spectacle de fin d’année mythique bruxellois, la recette traditionnelle de la  Revue du théâtre des Galeries est  …revue à la hausse, côté poétique, musical et chorégraphique, à la baisse, côté agressif, revanchard et sarcastique. Divertissant mais peu impertinent.  On avouera qu’on  n’en attendait pas moins devant une actualité  2018 tellement  trouée de  souffrances humaines et de violences environnementales. Qui s’en plaindrait ? Revue et corrigée, moins baroque, plus tendue, fluide et artistique. Elle souhaite  recoudre  les blessures, plutôt qu’en découdre. Elle apporte un fin dessert à nos papilles arrachées par la virulence des événements, à nos yeux gavés d’images télévisuelles insupportables, à nos oreilles saturées des bruits chaotiques du monde.   

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 Cette nouvelle cuvée ne rate pas son lever de rideau, célébrant les vertus magiques des planches et des mots et la force de la dérision. Le plateau s’habille des  drapés cramoisis du théâtre lui-même, reproduisant à l’identique les deux portes battantes de l’allée centrale et ses deux hublots de croisière. Surprise, Hibernatus – 50 ans déjà – devient le fil rouge de la mise en scène, comme si des souvenirs joyeux des trois glorieuses, ressortaient subitement, venaient rafraîchir nos mémoires, secouer les  âpres poussières du nouveau siècle et retrouver l’or du rire.

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Presqu’un bain de jouvence,  les mimiques impayables de Louis de Funès entouré de ses comparses par le maître d’œuvres : Bernard Lefrancq, absolument magistral. Si l’héritage de Johnny est un peu moins réussi, ou  si la séquence des Diables rouges, cultes ou incultes monstrueux, c’est comme on le sent,  reçus en grande pompe à l’hôtel de ville, fait moins rire pour son humour franchement bas de gamme, le  vaste tableau qui met en scène France Gall (Angélique Leleux, qui met les larmes aux yeux), Serge Gainsbourg (Denis Carpentier), Elton John (Philippe Peter) et Michel Berger (Gauthier Bourgeois) est un festin de bonheur.

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Après les Belgitudes obligées, moins royales que d’habitude, l’incontournable séquence réchauffement climatique, extraite de la même époque «Let the Sunshine in»,  est tout aussi étourdissante de joie et de brillance. Les mêmes, avec Perrine Delers, Marie-Sylvie Hubot, Anne Chantraine, Natacha Henry, Frédéric Celini et Kris Castelijns. That’s all folks. Une équipe resserrée qui prône le juste milieu. Bref, In fine, Nonobstant, etc… du ramassé-condensé, plus roseau pensant que chêne déchaîné, du subtil, de belles souplesses de style et de danses et claquettes, de beaux costumes, du rythme, des paillettes dans les yeux des spectateurs ravis par l’éphémère cocktail d’hommes et de femmes assoiffés de bonne volonté : Amour, Paix et Tolérance, tous unis contre les guerres fratricides et la misère. Un patch de bonheur.

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Distribution
Bernard Lefrancq, Angélique Leleux, Denis Carpentier, Perrine Delers, Anne Chantraine, Marie-Sylvie Hubot, Gauthier Bourgois, Frédéric Celini, Natasha Henry, Kris Castelijns et Philippe Peters.


Dominique-Hélène Lemaire


Du 5 décembre 2018 au 27 janvier 2019

Théâtre Royal des Galeries
Galerie du Roi, 32 1000 Bruxelles
http://www.trg.be 
infos@trg.be 
02-512.04.07

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Diego Rivera (Los Tres Grandes, 2e partie)

12273298666?profile=originalAutoportrait 1940

(photo captée sur le net)

 

      Diego Rivera (Guanajuato, 1886-Mexico, 1957), le plus connu des Trois Grands. Enfin connu surtout pour son compagnonnage avec Picasso, Léger ou Braque, il a longuement séjourné à Paris, avec Breton ou Trotski, avec lesquels il signa « Pour un art révolutionnaire », ou pour sa relation tumultueuse et passionnée avec Frida Kahlo (1917-1954), et le film qui en a été tiré, plutôt que pour son œuvre. Il est vrai aussi qu’associées au muralisme ses fresques ne nous sont guère accessibles. C’est donc son travail au chevalet, guère plus visible de ce côté-ci de l’Atlantique, que j’ai choisi de mettre en avant.

Rivera est pourtant bien un géant de l’art du XXe siècle, à l’égal de Picasso. Mais plutôt que de deviser sur son travail, d’en faire la biographie, que l’on trouvera aisément ailleurs, je vais m’effacer derrière l’œuvre, en reprenant simplement le schéma, certes un peu simpliste et arbitraire, suivi dans la présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine (cf. la 1ère partie de cet article). 

Paris et la bohème :

 

12273298885?profile=originalDiego Rivera

Paysage-Jardin de la Castaňeda

(huile sur toile, 1906)

  12273297899?profile=originalDiego Rivera

La maison sur le pont

(huile sur, toile, 1909)

 

12273299086?profile=originalDiego Rivera

Nu assis

(huile sur toile)

 

Paris où il fit atelier commun en 1916 avec son ami italien, le peintre futuriste, un temps cubiste, Gino Severini.

 

12273299665?profile=originalGino Severini

Cortone (Italie), 1883- Meudon, 1966

La famille du peintre

(huile sur toile, 1936)

Rivera et le cubisme :

 

12273300073?profile=originalDiego Rivera

Plaza de toros de Madrid

(huile sur toile, 1915)

 

12273300667?profile=originalDiego Rivera

L’architecte Jesús T. Acevedo

(huile sur toile, 1916)

Construction, déconstruction, reconstruction, les bases étaient jetées…

 

Racines et muralisme :

 

12273301473?profile=originalDiego Rivera

Vendeuse d’arums

(huile sur toile, 1942)

 

12273301885?profile=originalHistoire du Mexique : le monde aztèque

 Peinture murale du Palais national de Mexico réalisée entre 1929 et 1930.

 (photo captée sur le net)

 

A suivre… avec José Clemente Orozco.

Retrouvez ici une présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine et du muralisme en particulier (İ Que viva Mexico !) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rivera-orozco-siqueiros-1-re-partie-que-viva?xg_source=activity

 

      Michel Lansardière (texte et photos, sauf mention contraire)

 

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Usés par tous les vents,

Les rochers, dans leur chute,

Rencontrent une sorte d’incohérence.

Parfois le désir et la crainte.

Ce que tu veux, c’est une moisson des sens.

Conserver longtemps la photo des géants de pierre.


Un peu plus tard, sur la ville,


La brillance de la nuit


Et la péripétie

D’un soleil noir.

A Brest, le 25 décembre 2018

poème déposé Sacem

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administrateur théâtres

Les regards sont fixes, pour laisser le corps s’exprimer dans ses moindres gémissements. Les costumes sont taillés dans le ricanement et la parodie : cinq femmes portant survêtement de jarretelles côtoient cinq hommes nichés dans des cols de fourrure. Ils  apparaissent et se frôlent, sans vraiment se toucher.  La lenteur et le silence sont le prélude à une dramaturgie théâtrale intense qui  va recréer la dramaturgie musicale de la musique la plus sublime au monde : La Messe en si de Jean-Sébastien Bach revisitée en théâtre musical par  Ingrid von Wantoch Rekowski, une virtuose pour qui le Sacré est aussi indissociable du corps, que pour Jean-Sébastien Bach. «Et incarnatus est».


Un long trait de lumière posé au sol  attire les comédiens comme des papillons de nuit ou des hirondelles perchées sur un fil télégraphique. Ainsi se met en place un chœur mi antique, mi avant-gardiste, installé au bord du vide ou du néant. La cohésion qui se crée par le rassemblement des corps à corps fait imaginer une sorte de créature puissante et vivante en forme d’arabesque. La condition humaine qui ne cesse de chercher l’Absolu dans le mouvement et le chant ?  L’étrange et langoureuse bacchanale va naître  sur le Kyrie à la manière d’une improvisation et puis s’envoler au gré des autres prières de la liturgie. Celles-ci sont réinventées librement sur l’étoffe de la partition de Bach. Dans un déséquilibre constant ils s’efforcent généreusement de mettre leur corps et leurs voix au service du texte chanté, murmuré, scandé, vibré! Une renaissance perpétuelle de tableaux vivants, comme des cellules en harmonie s’offre au public au fil des incantations universelles perlant sur des gestes familiers et des attitudes quotidiennes. Esprits en union ou union d’Esprit ?  Au milieu du chaos apparent, les déplacements et les  voix des danseurs et danseuses deviennent au fur et à mesure sidérants d’harmonie et de précision. Et pourtant on les croit toujours tous, prêts à tomber, comme dans un château de cartes.


Ils sont dix, comme à leurs débuts, il y a dix -sept ans:Pascal Crochet, Daphné D’Heur, Isabelle Dumont, Bernard Eylenbosch, Hélène Gailly, Dirk Laplasse, Pietro Pizzuti, Annette Sachs, Candy Saulnier, Luc Schillinger.Très efficace, ce théâtre décaphonique de frères humains exaltants forme une installation en mouvement perpétuel et conduit  le spectateur à une méditation émaillée d’éclats de rires.  Angoisses et extases s’entrechoquent dans une communion de gestes. Chacun dispose d’une clochette pour faire tourner les pages et les changements d’humeurs de la célébration. L’appel vaut mieux que la baguette. Et puis, la clochette peut servir à tout, même se transformer en rasoir, dans les mains de Pietro Pizzuti... Les dissonances et les harmonies somptueuses tiennent en équilibre fragile le monde de fiel et celui du septième ciel. En se calibrant secrètement  les uns aux autres,  les voix  émettent une musique incantatoire innovante et subtile, qui s’adresse au cœur avant le cerveau. Les corps des danseurs-acteurs, tels des pantins de chair et de sang  tenant eux-mêmes les ficelles, sont-ils en perpétuelle recherche de la lumière ? Ad Lucem ?

De l’ensemble se dégage l’impression d’une œuvre polyphonique mobile parfaitement aboutie. Dans l’enchaînement de propositions, où chacun finit toujours par trouver sa place, émerge une œuvre de solidarité artistique vibrante. Alors qu’affleurent régulièrement des égocentrismes, des regards dédaigneux, voire hostiles, des gestes malencontreux, des bavures, des actes manqués, les personnages se serrent frileusement les uns contre les autres.   Et la  voix intérieure de chaque artiste finit toujours par fuser librement à travers les paroles redécoupées avec humour,  en se  calibrant  sur celle de ses voisins pour enfanter la chaleur universelle. Sublime.

Dominique-Hélène Lemaire


Du 18 au 22 décembre 2018 au théâtre des Martyrs

In H-Moll a reçu le prix de la recherche «Michèle Fabien» en 2001. Réalisatrice: Ingrid von Wantoch Rekowski Avec:
Pascal Crochet, Daphné D’Heur, Isabelle Dumont, Bernard Eylenbosch, Hélène Gailly, Dirk Laplasse, Pietro Pizzuti, Annette Sachs, Candy Saulnier, Luc Schillinger, Costumes: Christophe Pidré Éclairage: Jan Maertens Production: Lucilia Caesar, Polimnia, Les Brigittines en coproduction avec le Théâtre Martyrs, Musica Strasbourg, Bouffes du Nord, Teatro Due Parma, soutenues par la Fédération Wallonie-Bruxelles et Nadine / Brussels
Crédit photos: Eric Legrand

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TOUJOURS ELLE...

Imperturbable envers le temps

A la fois sage, incontrôlable...

Elle se peaufine au fil des ans

Est de plus en plus désirable...

La tendresse...

Elle accompagne nos envies

Sans rien forcer, elle sait gagner

Grand Dieu! Elle embellit la vie

Son succès ne peut étonner...

La tendresse...

Parfois on tente la définir

En parente pauvre de l'amour

Pourtant elle seule pourra le guérir

Quand il se mettra à pâlir...

La tendresse...

Dans sa douceur je m'abandonne

Les soirs où ton regard l'éveille

Une musique en moi résonne

C'est tellement bon, que c' est merveille!

La tendresse...

J.G.

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Dépasser le murmure

Laissons parler
l’intime
donnons-lui
la chance
de dépasser
le murmure

et refaisons chaque jour
ce voyage

remonter les fleuves
de nos paysages
trouver la source

ce ruisseau souterrain
limpide
complètement libre
qui coule au fond de nous

...........................................
Martine Rouhart

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Une autre année...

Il y a des Noël Joyeux

Aussi parfois des Noël "sans"...

quoiqu'il soit pour vous cette année

Toujours, il sera triomphant!

Rangé parmi les beaux souvenirs

Heureux, qu'il soit enfin passé...

Ce qu'on pourra en retenir

Mais oui, c'est qu'il... aura été!

Le temps, cette chose intemporelle

Une fois de plus aura gagné!

Et nous partirons de plus belle

Vers la promesse d'un autre été.

Pour celle année qui se profile

A tous, je voudrais souhaiter

D'oublier que les jours défilent

De simplement en profiter!

Je vous souhaite une douce année...

J.G.

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12273298085?profile=originalCeux qui suivent nos chroniques, se souviendront peut-être que nous avions abordé le premier roman de Patricia Fontaine « Cape Verte » avec l’enthousiasme des découvertes intéressantes.  C’était, pour un premier roman, une œuvre qui offrait la promesse d’une plume en devenir.  Vous m’auriez demandé s’il fallait parier sur l’avenir de cette écrivaine Brançonne, j’aurais probablement refusé de répondre.  Cette hésitation repose sur le fait que l’écriture d’un second roman est souvent plus difficile pour de multiples raisons. 

En découvrant « Pile et Face » il ne m’a pas fallu longtemps pour entrer en résonnance avec un ouvrage que je n’hésiterai en aucune façon à souligner comme étant un « coup de cœur ». 

Bien que les sujets abordés ne soient pas anodins, le lecteur aura beaucoup de peines à se détacher du récit. 

L’écriture est fluide, intéressante, passionnante.

La première impression que nous offrent le début de lecture, c’est que l’humour semble nous porter vers une écriture à la « Legardinier ». 

Accroche habilement construite pour nous entrainer progressivement vers le thème central.  La gravité du sujet n’en est pas moins respectée, l’auteur surprendra le lecteur par une approche originale.

Nous voici plongés au cœur de l’histoire du Chili.AVT_Patricia-Fontaine_3019.jpeg

C’était un risque, celui de basculer dans le discours moralisateur d’un(e) Occidental(e) en recherche de sensationnalisme.  Il n’en est rien, au contraire, la sensibilité de l’auteure ose poser les questions fondamentales sur l’orientation que prennent les destins quand ils sont confrontés à l’extrême.

« Clarisse » est contrainte de fuir au Chili.  Elle y rencontre, manœuvrée par un personnage trouble  appelé « La fouine brune », une dénommée Marta.  Ensemble elles vont relire les pages brulantes de l’histoire façonnée par la dictature du Général Pinochet.

Si je vous ai parlé de "coup de cœur", c’est que je n’ai pu me détacher du roman.  Intelligemment construit, il porte la marque des sensibilités à fleur de peau tout en basant le fil de l’intrigue sur les fondations d’une documentation fournie. 

L’écrivain ne s’en cache pas.  La préparation de cet ouvrage a débuté par la recherche de témoignages, de lectures et un séjour à Santiago et dans le désert d’Atacama.

Patricia Fontaine ne fait pas partie de ceux qui publient un ouvrage chaque année.  Elle prend son temps, forge ses écrits et le résultat est à la hauteur de nos attentes.  Comment ne pas souligner la qualité et le talent qui transpire de cet ouvrage ?  Comment ne pas la remercier d’aborder un thème aussi grave en essaimant l’humour le temps que le lecteur reprenne sa respiration.

Si j’ai aimé « Cape Verte », bien que nous nous attendions et espérions une suite, « Pile et Face » ne ressemble en rien à son ainé.  Ce dernier roman  mérite d’être placé en première place dans les vitrines de nos bibliothèques.  « Pile et Face » pourrait être abordé dans nos écoles, ouvrir les débats, être une référence peut-être ?  Quoi qu’il en soit, Patricia Fontaine vient d’acquérir ses lettres de noblesse dans le monde difficile de la littérature.

Rappelons que Patricia Fontaine recevra en 2017, "le prix roman" au Salon International de Mazamet (Tarn - France).

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