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Publications de Deashelle (971)

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12273023857?profile=original12273024068?profile=originalDu 24 avril au 24 mai 2014 au théâtre du Parc

Made in China de Thierry Debroux

 Par ordre alphabétique : Sophie DESCAMPS (Lisa), Eric DE STAERCKE  (Jean-Pierre), Itsik ELBAZ(Philippe), Fanny DUMONT(Sophie), Adrien DRUMEL (Nicolas), tous excellents.

Cinq dégustations étoilées de comédiens confirmés attendent le spectateur dans  la création de Thierry Debroux, une pièce d’une écriture provocante et d’une facture très enlevée et à la fois, très proche du vécu : C’est « Made in China ». In China seulement ? Ou globalement,  pour l’ensemble de la planète ? N’attendez  nulle  générosité,  ou convivialité : les personnages évoluent « dans un livre qui a commencé à être écrit en Europe et dont le dernier chapitre s’écrit en Chine. » C’est une analyse sans concessions de l’évolution contemporaine du capitalisme et de son implacable dérive, à moins que  nous ne corrigions cette évolution.

12273024464?profile=originalLa voie du Milieu, le Tao devrait être  celle de la sagesse, mais qui, à l’heure actuelle, se préoccupe encore d’être sage ? Ici c’est la rage arriviste qui prévaut à tous niveau, le péché capital de  convoitise ; GREED, disent les anglais. Thierry Debroux met en scène une société irresponsable et déréglée qui fait fi de l’humain, seule sa productivité sans bornes importe. Même les sages préceptes de Confucius sont mis à profit et détournés de leur vérité.  Une  femme glaciale et blonde. Lisa « call me Lisa » totalement maîtresse du jeu, va organiser une véritable guerre des nerfs. Elle  annonce à trois cadres supérieurs qu’ils vont être soumis à  une semaine de tests  individuels et collectifs afin de choisir celui qui, possédant « les meilleurs qualités d’adaptation au changement et à un monde inconnu », occupera un poste  fort convoité à Shanghai. Les trois hommes ont PEUR et d’hommes libres, ils vont devenir esclaves.12273025081?profile=original

Il y a Nicolas, un jeune loup aux dents longues, Philippe, un stressé de la mort (qui tue) et Jean-Pierre, « un homme qui n’a jamais fait son âge », pourvu d’une grande expérience. Les personnages sont  à la fois très typés et  bien nuancés, au sein d'une intrigue socio-économique d’une cruauté  qui n’est pas sans rappeler le film « On achève bien les chevaux *». Le suspense est omniprésent, tout autant que le traitement paradoxalement multi-comique, de la situation. Un procédé qui  a pour effet de rehausser le caractère  tragique du ballet qui va se dérouler.

Parfois la révolte gronde mais les  lâchetés, trahisons, bassesses en tout genre, ou les  hypocrites soumissions, sont les piètres moyens utilisés par ces hommes affolés pour accéder à la reconnaissance et à la promotion. La trouille fait accepter n’importe quoi. Sophie DESCAMPS incarne  magnifiquement  Lisa, le personnage de DRH dont  les méthodes  participent du  harcèlement moral et/ou sexuel...  On assiste, effarés,  au broyage méticuleux  des candidats, enfermés  dans le piège de la compétition. Par d’hypocrites flatteries ou de pénibles dévalorisations, Lisa les déstabilise  avec un cynisme débridé et les  manipule les uns après les autres. Ses chantages successifs ont toutes les chances de réussir  car elle connait tout de leur vie privée, exploitant chaque faille à la limite du sadisme. Elle a engagé pour la seconder, leur collègue et amie Sophie qui connait tout d’eux, ou presque. Sophie, heureuse d’éviter le licenciement virant totalement de bord, se calibre sur Lisa et va noter scrupuleusement paroles, faits et gestes de chaque candidat. Le personnage est très bien étudié et ...l’histoire se complique. A vous d’aller l’apprécier, cela vaut vraiment le détour ! La mise en scène et la scénographie, très intelligentes,  sont signées Peggy THOMAS et Vincent BRESMAL.

«* They shoot horses, don’t they ? »

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2013_2014_005

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12272999298?profile=originalMonsieur Ibrahim et les fleurs du Coran 

Monsieur Ibrahim est un épicier de la rue Bleue à Paris et il rencontre  Momo, un jeune garçon qui rentre dans son épicerie et dont il va devenir successivement, l’ami, le mentor et le père adoptif. Une merveilleuse histoire d’amour entre un épicier musulman et un jeune garçon juif. « Pourquoi tout le monde dit que vous êtes l’Arabe du coin alors si vous êtes pas arabe ? » «  Parce que arabe, Momo, ça signifie que vous êtes ouvert tous les jours de huit heures  jusqu’à minuit et même le dimanche ! »  Moïse ou Mohamed  du pareil au même,  Momo pour l’intimité et la chaleur humaine.  

Pendant plus d’une heure et demie, c’est Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur,  qui joue lui-même son texte sur la scène du centre culturel d’Auderghem. Une représentation unique, un jour de grâce.  Le décor est beau, multiple et épuré tout en restant immuable jusqu’à la fin. Ce sont les âmes qui voyagent. On voyage entre les rues chaudes de Paris, un appartement cossu mais noir,  bourré de livres qu’habite un père sans amour et dans bien d’autres lieux imaginaires. Le jeune adolescent clamant haut qu’il a 16 ans offre son nounours à la fille qui l’initie à l’amour, il vole les boîtes de conserve de l’épicier, comme il volait son père. Flottent le souvenir d’un frère disparu, mieux aimé et le fantôme d’une mère. Mais voici que grâce à son alliance avec l’épicier  Momo mitraille le monde avec son sourire : « c’est le sourire qui rend heureux ! » Mieux il applique une nouvelle maxime: « Ton amour t’appartient, ce que tu donnes c’est à, toi pour toujours ! »  Après la mort du père, ensemble ils voyagent de la côte normande au croissant  d’or… Il danse avec les derviches.  Il a  « la haine qui se vidangeait » et pardonne à son père, presque à sa mère ! Nouvelle maxime : « Ta beauté, c’est celle que tu trouves à la femme, Momo ! » Ibrahim, qui à l’issue du voyage  a retrouvé ses racines orientales  ne meurt pas, il  va rejoindre l’immense. Retour à Paris en stop. Il y a des enfances qu’il faut savoir quitter.

 M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN...Intense, aigu, sensible, Eric-Emmanuel Schmitt en montant sur scène ne peut que donner une résonnance unique, limpide  et juste  à son magnifique  texte. Ses qualités de comédien font vivre  chaque phrase comme de la poésie vivante d’un conte d’une profonde sagesse et personnifie  avec grande délicatesse l’amour qu’il met en scène. Il campe chaque personnage avec virtuosité époustouflante. On le sent avoir la passion du théâtre, celle qui ne vise qu’à donner à l’autre du bonheur. Il est lui et les autres, imaginaires, tout à la fois et nous livre un témoignage brûlant d’humanité et de vérité.


Une merveilleuse soirée, un conte de 1001 jours, une légion d'étoiles pour toute l'équipe, la mise en scène, les lumières, la musique:
Anne BOURGEOIS
Nicolas SIRE
Jacques CASSARD
Pascale BORDET
Laurent BÉAL
and last but not least Éric-Emmanuel SCHMITT auteur et splendide comédien!

http://www.cc-auderghem.be/index.php/component/redevent/details/202.html

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"Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. [...] Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule."

Le Tartuffe, Préface

D’une lecture très fine  du Tartuffe  de Molière - Corriger en divertissant les faux-monnayeurs en dévotion - Monique Lenoble  tire une mise en scène remarquablement intelligente de sobriété et de vivacité. Le décor joue un rôle explosif. Foin des mièvreries  et mobilier du grand siècle pour nous précipiter  à l’intérieur d’une boîte de Pandore. Un pandémonium sûrement. Trois étages vert olive, trois rangs de portes dérobées et de judas qui claquent comme dans les vaudevilles,  dans un rythme   infernal. Tartuffe n’est-il pas un démon habillé de chair?  Derrière chaque porte se cache  le mystère de   réalités sitôt entrevues, sitôt escamotées. La vie normale de la famille a été bafouée.  Les personnages sont projetés dans le chaos organisé par l’imposteur, le profiteur, l’usurpateur. Le fourbe s’est imposé comme maître à penser d’Orgon et de sa mère grâce à sa fausse dévotion. Orgon est prêt à lui céder sa fille Marianne qu’il avait promise à Valère. Pire, le scélérat va  tenter de séduire sa femme, Elmire.  Il fait régner  le verbe trompeur en maître sur le plateau entièrement vide à part une sorte de  large tabouret à deux places qui servira à le  démasquer. Tartuffe se comporte comme un gourou,  croit tenir  sa victime et sa famille entière entre ses griffes, manipule le mensonge avec  le machiavélisme et l’impudence de celui que rien n’arrête. Heureusement Elmire a gardé le sens commun et prépare un piège. Las, le mécréant doucereux a assuré ses arrières et ce n’est que la clémence du Roi qui le mettra enfin en déroute.

 

ORGON

Mon frère, vous seriez charmé de le connaître,
Et vos ravissements ne prendraient point de fin.
C'est un homme. qui. ha!. un homme. un homme enfin.
Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde,
Et comme du fumier regarde tout le monde.
Oui, je deviens tout autre avec son entretien;
Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien,
De toutes amitiés il détache mon âme;
Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,
Que je m'en soucierais autant que de cela.

CLÉANTE

Les sentiments humains, mon frère, que voilà!

Le jeu  de toute la troupe n’est pas moins remarquable que la mise en scène et laisse entendre la beauté soufflante des alexandrins et la sève du discours de l’honnête homme qu’est Molière. C’est Alexandre von SIVERS qui apparaît dans le  rôle d’Orgon, un impeccable Angelo BISON dans le sinistre rôle  du Tartuffe et une éblouissante Laurence d'AMELIO dans celui d’Elmire. Sa performance mêlée de charme et de douceur mais aussi de rage intérieure suscite  à elle seule un plaisir de roi ! Taille de guêpe, bouche et regard de geisha, chacune de ses interventions est un plaisir sensuel doublé de celui d’une diction parfaite qui retire toute la sève de ce texte étincelant. Soulignons aussi le rôle particulier de Dorine. Catherine GROSJEAN joue le rôle de la servante alerte et pleine de bon sens qui n’est  jamais  dupe des tromperies du Tartuffe, avec brio et grande présence théâtrale. La mère d’Orgon (Nicole COLCHAT) est aussi excellente dans ce rôle qui a tout d’un personnage de Daumier par son traitement presque naturaliste.

Un document de l’époque (Relation des Plaisirs de l’Ile enchantée de 1664) souligne  que la pièce, reconnue comme « fort divertissante », rencontra au soir du 12 mai, un certain succès, auprès du Roi, mais aussi une forte hostilité dans le parti dévot extrêmement

proche de la Reine mère, Anne d’Autriche. Sous cette pression, le roi fit interdire toute représentation publique de la pièce. Molière fut menacé d’excommunication. Mais en 1669, l’influence des dévots ayant décru, la pièce remaniée fut un triomphe. Un triomphe qu’a célébré le théâtre du Parc dans sa saison 2013-2014 dans une production magistrale et inoubliable.   

 

le texte:

http://www.site-moliere.com/pieces/tartuf15.htm

 

Du 6 mars au 5 avril 2014 au théâtre Royal du Parc

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2013_2014_004

 

 

 

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75 ans

La Chapelle musicale Reine Elisabeth fut inaugurée en 1939 par la Reine Elisabeth et cette année fête ses 75 ans à travers une série de concerts avec ses jeunes solistes et leurs  très illustres maîtres. Le 28 janvier dernier, nous assistions à un prestigieux Concert de Gala au Palais des Beaux- Arts de Bruxelles qui nous offrait le Concerto en sol mineur pour deux violoncelles de Vivaldi avec Lidy Blijdorp et Julie Sevilla-Fraysse sous la conduite d’Augustin Dumay et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. Ensuite l’Aria ″Ch'io mi scordi di te″ de Wolfgang Amadeus Mozart, avec un émouvant Julien Brocal au piano et Aleksandra Orlowska, soprano. Ce fut ensuite un 4 mains rayonnant au piano avec Maria Joan Pires et le jeune Julien Libeer : la Fantaisie pour piano à 4 mains en Fa mineur de Franz Schubert. Dans une entente parfaite de la conduite de la musique au masculin et féminin, la pianiste mythique et son brûlant élève ont  conquis le public par  l’atmosphère intimiste  envoûtante qu’ils ont  créée. Ensuite, ravis de l’accueil du public, ils ont donné un bis à trois: les deux jeunes pianistes Julien Brocal et Julien Libeer égrenant  entre leurs doigts des vagues de douceur et de tendresse et des  fourmillements de poésie  avec leur égérie musicale, Maria Joan Pires. Après la pause, Lya Petrova et Hrachya Avanesyan  ont joint leurs violons dans le poème Amitié d’E. Ysaÿe. Puis ce fut le tour de Deborah Pae au violoncelle pour des variations op 33 de Tchaïkowski et enfin Esther Yoo, la star du dernier concours Reine Elisabeth de violon, dont chaque note est une nuance, chaque frémissement, un summum de concentration et de musicalité éclatante. Une musicienne qui peut tout exprimer  et qui maîtrise  à la perfection toutes les harmoniques, défiant son instrument magique comme un être vivant, le poussant  à tout moment dans ses ultimes retranchements. Elle jouait la Carmen fantaisie de Franz Waxman….  

C’est dire si ce deuxième concert de la Chapelle musicale, intitulé  « José van Dam and YOU » du 11 mars allait attirer du monde et  rassembler  à nouveau la fine fleur des artistes de cette école internationale d’excellence et leurs nombreux fans. Toujours le même lieu : le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Avec, quelques temps auparavant, un flash mob dans la Galerie de la Reine où soudain paraissait au balcon une chanteuse polonaise de rêve,  un piano à ses pieds, sous le regard ému de José van Dam et d’autres musiciens triés sur le volet. Pour Kinga Borowska qui présente sa candidature au Concours Reine Elisabeth d’art lyrique cette année, l’opéra c’est vivant, c’est sexy, c’est beau.  

On a vécu cette soirée du 11 mars comme un véritable prélude printanier, une fête explosive de l’art lyrique. L’Orchestre National de Belgique était sous la direction de Patrick Fournillier, un chef d’orchestre prestidigitateur qui convoquait dans chaque court extrait musical tout l’esprit de MOZART, ROSSINI, TCHAÏKOWSKI, DEBUSSY, BIZET, MASSENET, OFFENBACH ET VERDI.  Quel exploit. Il offrait un nouveau  visage transcendé à ses musiciens à chaque  nouveau morceau, comme si c’était le fruit d’un long processus d’immersion dans l’œuvre  choisie. Le spectateur pouvait  en plus observer le maître de musique à la fois  de dos et de face, sur grand écran car le concert était enregistré en live  par MUSIQ 3 et diffusé en streaming. Les solistes et les musiciens, pris de près,  livraient toute l’intimité de leur émotion musicale. Pas de doute que l’investissement musical de chaque chanteur était total dans ces instants de partage qui frisaient  l’extase. Ces jeunes talents extraordinaires viennent de multiples horizons, lointains parfois et  ont souvent depuis leur plus jeune âge tout sacrifié à l’art musical. Quelle leçon pour notre société souvent rebutée par l’effort et peu attirée par le mérite!  Armés d’une détermination passionnelle on perçoit qu’ils ont consenti à un investissement sans limite, chacun   donnant le meilleur de soi-même. La puissance et l’émotion pure semblent surgir chaque fois  d’un alliage pénétrant qui  fuse quelque part au cœur  de l’orchestre et y est en même temps parfaitement incorporé. La magie de l’art et celle de la jeunesse intrépide ont  suscité des  salves d’applaudissements et de clameurs enthousiastes dans une salle en adoration et pleine à craquer. Citons avec joie les héros de la fête orchestrée par le jeune metteur en scène français Julien Fišera membre actif d’ENOA  (European Network of Opera Academies). La scène du Palais des Beaux-Arts était habillée par le jeune éclairagiste Arnaud Lhoute. Et sous les feux de la rampe on a applaudi et scandé  la musique de tout cœur:

 

José van Dam, baritone
Amalia Avilán
, soprano
Diana Gouglina
, soprano
Aleksandra Orlowska
, soprano
Kinga Borowska
, mezzo-soprano
Sarah Laulan
, mezzo-soprano
Yu Shao
, tenor
Charles Dekeyser
, bass

 

Le programme complet,  ici : http://www.bozar.be/activity.php?id=14575

 

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administrateur théâtres
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A l’âge relativement tardif de trente-trois ans, Michaël Borremans se met à peindre, et ce n’est qu’en 2000, à trente-sept ans, qu’il présente sa première exposition individuelle réunissant des tableaux et des dessins au S.M.A.K., à Gand. Suivent ensuite des expositions significatives à la galerie Zeno X à Anvers et l’année suivante, à la galerie David Zwirner à New York.  Borremans semble émerger immédiatement  en tant qu’artiste pleinement abouti sans aucune  gaucherie expérimentale ou débuts maladroits. Dès le début, ses séries d’œuvres évocatrices — tableaux, dessins, films — fascinent le spectateur qu’elles immergent dans des situations à la fois curieusement familière mais subtilement illogique procurant un certain vertige. Caractérisée par un sens ineffable de la dislocation son œuvre disparate inclut différents  médias et est unifiée par une syntaxe visuelle qui saisit les sujets de l’artiste dans des états interpelant le spectateur. L’œuvre parait explorer des conditions psychologiques complexes qui perturbent la simple logique. L’artiste déploie des signifiants qui se heurtent dans des espaces ambigus et crée une atmosphère troublante hors du temps, un espace où le temps semble avoir été annulé.  L’angoisse envahit ces œuvres énigmatiques comme par exemple cette piscine où des êtres lilliputiens s’ébattent tranquillement tandis qu’une image menaçante surplombe l’ensemble.  C’est l'image d'un homme sur le torse duquel  est écrit "People must be punished" et on voit quatre trous noirs  autour des deux mamelons.  De nombreuses personnalités du Dallas Museum of Art ont contribué  à la réalisation  de  l’exposition « As sweet as it gets » , une coproduction qui vient d’ouvrir au Palais des Beaux-Arts de  Bruxelles.


images?q=tbn:ANd9GcRjexDQJioricHokeX4mBjOshBCq_-1KjAal4UvoHGnZ8PfzIctuw  « As sweet as it gets » est  un titre  humoristique et ouvert, mais  recèle aussi des intentions  potentiellement sombres. L’expression « as sweet as it gets » véhicule  certes un sentiment de contentement absolu, de satiété, une sensation que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Parallèlement, cette phrase simple,  familière et intentionnellement vague, soulève des interrogations.  Souvent tout est dans la connotation et le sens provient de l’inflexion utilisée. Comme le prouve la façon de dire par exemple  « good for you  » qui peut exprimer, selon la tonalité employée, l’enthousiasme sincère ou un profond mépris. « As sweet as it gets » peut suggérer à la fois la vision d’un présent rayonnant ou l’acceptation résignée lorsque les choses ont touché le fond. Cette ambiguïté crispée constitue une métaphore  éclairante de l’œuvre de Michaël Borremans. Il effectue des symétries frappantes entre beauté stupéfiante et abjection dérangeante, humour et désespoir, force et fragilité, vie et mort. Tapie  dans l’ombre de son acception ensoleillée, l’expression «  as sweet as it gets » comporte un sous-entendu évident d’amertume qui vient jeter le doute sur l’apparente beauté plastique et le rendu très habile des textures et reliefs.


images?q=tbn:ANd9GcTKun8HIiGoWB2i5qQ2fs7eETqSb5WQZvZXi1eYHEEpau_nm2dd La question que Borremans pourrait alors poser est la suivante : Quant au monde où nous évoluons, est-il aussi  innocent qu’il y paraît et quelles perspectives nous offre-t-il ? La représentation du conflit entre deux réalités est bien le propos de cet artiste déroutant qui chérit les effets contradictoires en stimulant notre imaginaire de façon provocante. L’humour malicieux fait vite place à la critique cinglante.


Formé initialement à l’art de la gravure et au dessin, Borremans les a longtemps enseignés. A la fin des années 1990, il se mit à pratiquer une production artistique indépendante. Des œuvres réalisées méticuleusement à l’encre, vernis et gouache, ou crayon noir. Elles foisonnent de signes mystérieux et de symboles hallucinatoires, qu’il faudrait pouvoir scruter à la loupe, tantôt éclairants tantôt mystificateurs. On ressent derrière ces productions un besoin  très net de subversion. Les commentaires sociopolitiques humoristiques qui s’adressent à l’indifférence collective de notre société contemporaine rappellent parfois l’esprit roboratif d’un James Ensor. Borremans fait usage de différents niveaux de réalité en mélangeant à dessein les échelles, pour créer des assemblages impossibles ou des relations illogiques  comme dans  The Good Ingredients  et Le Sculpteur de Beurre.


images?q=tbn:ANd9GcTvst8Co0XX0sf460XggNftjTSc0__3MEGqDrskUPDf-iuzQpg0Og Ses protagonistes sont représentés en gros plan ou à distance, isolés sur fond d’architectures ambiguës, éclairés par une lumière pâle ou estompés par  des ombres  menaçantes. Cela fait aussi penser aux personnages solitaires et pensifs, plongés dans des états de semi-conscience de Thomas Beckett. Des figures solitaires ou en groupe semblent émerger de surfaces improbables ou être posées sur elles à la manière de figurines sur un échiquier flottant. The Apron,  Terror Watch, et Four Fairies. Toute une symbolique du mal-être, du malaise et de la difficulté de  la communication, comme dans le théâtre surréaliste. Les regards sont tournés vers l’intérieur, absents ou fuyants.   


images?q=tbn:ANd9GcRhWN3bWEH8YzaQk2wPhQecsFqXnXzrK3UCKey8Z0T8l92Ao198 Un thème récurrent dans l’œuvre de Borremans est la mélancolie et la  tristesse insondable qui peuvent se dégager des états physiques blessés ou délabrés ou de lieux abjects dans lesquels se retrouvent ses sujets. Ceux-ci sont souvent croqués dans des situations de soumission, d’altération, de manipulation, de complaisance forcée, victimes d’un pouvoir invisible et implicite. Ces sujets sont ou victimes de l’oppression institutionnelle ou de leur propre aveuglement. Le tout souvent accompagné de  titres ou commentaires caustiques et absurdes.  Le 1984 de George Orwell a laissé des traces certaines dans notre appréhension du monde et sûrement dans celle de cet artiste flamand que d’aucuns comparent à Luc Tuymans. 

Samedi 22.02 > Dimanche 03.08.2014

https://www.bozar.be/activity.php?id=13204

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1606895_10151903374689212_1488373188_n.jpg?width=960Le Grand Soir
de Jean-Louis Leclercq et Patrick Chaboud

Créé au Magic Land Théâtre en 2009, Le Grand Soir fait son come-back ! Il nous revient réactualisé, initiateur de nouvelles révoltes mais aussi fournissant de nouvelles solutions !

Si vous vous demandez toujours pourquoi laisser une planète propre à nos enfants quand on voit le bordel de leur chambre ?
Ou pourquoi la raquette de Fédérer a plus de valeur que celle des Inuits qui se les caillent aux pieds ?
Alors venez découvrir les réponses (et bien d’autres) qu’offrent Paul Klut, ex-humoriste révolté reconverti en conférencier politique, et son incroyable acolyte Maurice !

Un spectacle décalé, drôle, persifleur et sarcastique, avec Jean-Louis Leclercq et Stéphane Stubbé, jusqu'au 15 février aux Riches-Claires !
Infos et réservations : 02 548 25 80 * www.lesrichesclaires.be
http://vimeo.com/84202408

Mise en scène : Patrick Chaboud
Auteur : Jean-Louis Leclercq et Patrick Chaboud
Avec Jean-Louis Leclercq et Stéphane Stubbé

http://www.meletout.net/klark/klark-theatre/

images?q=tbn:ANd9GcRf3n2OBSt7Cd6W3mYu6OfIVbZfQAk3YUFNtDkFJQuhR_dbSk1q  Ranimer le Désir!

Bienvenue à la tribune de Jean-Louis Leclercq et Stéphane Stubbé, deux joyeux lurons, le maître et l’assistant ès rires, railleries et rodomontades révoltées additionnée de malicieuse générosité. Ensemble, ils composent une série de sketches jubilatoires comme ceux du Fameux Speaker’s Corner à Hydepark. Le décor n’est d’ailleurs pas beaucoup plus élaboré, une tribune suffit, le talent fait le reste, et la pertinence du persiflage. Paul Klut, ex-humoriste révolté est donc reconverti en conférencier politique et son génial acolyte Maurice! Le conférencier appelle aux armes, donne rendez-vous pour une manifestation, où, ironie du sort, ils seront tout juste deux, sauf peut-être avec vous s’ils vous ont convaincus. Un duo qui n’est pas sans rappeler les facéties du grand Don Quichotte et de Sancho Panza. "Nous devons arrêter de regarder passer le monde avec l’indifférence des vaches qui regardent passer un train… de viande de bœuf."

Les sujets de réflexion abondent : les ados, les riches et les pauvres, les téléphones portables, les notices de médicaments, les journées mondiales, les tics langagiers, les bureaux de poste, les afghans dans les caves, la composition impossible des bureaux de vote, les scandales de tout poil.

Mais en définitive nous avons juste besoin « d’avoir envie » et de dire zut à la peur qui fait peur,  pour un prêt à vivre dans la sobriété heureuse ! Une clé du bonheur dans un monde rêvé ? Les artistes pleins de fraîcheur et de bonhommie sont là pour faire rêver et nous rappeler notre nature profonde.

Un haut débit qui enchante, avec un très bel interlude chansonnier  "Un Barbier de Saint Gilles " hilarant - merci à la superbe voix de Stéphane Stubbé, le ténor. Le génie comique est au rendez-vous avec cette touche nostalgique et émouvante des amuseurs publics qui, tout en caressant l’irrévérence, ont des choses à nous dire. Et notre rire de faire généreusement écho à leur vérité, solidarité oblige!

Stéphane Stubbé? Vous vous souvenez? L'inénarrable Winston Churchill dans "No sport"?

http://lazzi.over-blog.com/pages/Stephane_Stubbe-2677442.html

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play_349_closer-2707_-_copie.jpg?width=563             « Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir.» Louis Jouvet

 

 « Closer » est une comédie incandescente, mêlant de façon surprenante sentiments, érotisme et humour mordant. Un chassé-croisé amoureux où le sexe, la séduction, la jalousie et le mensonge composent une carte du Tendre  fort amère. À l’instar du roman de Milan Kundera, « L’Insoutenable légèreté de l’être », cette pièce évoque à la fois le plaisir et la douleur d’aimer. Créée au National Theatre de Londres en 1997, puis à Broadway, la pièce  de Patrick Marber est rapidement devenue un succès international joué dans le monde entier. Elle obtint le Laurence Olivier Award, le Critic’s Circle Award, le Evening Standard Award et le Time Out Award. Suivra un film en 2004, dont Patrick Marber signera le scénario. Le théâtre Le Public accueille ce soir de 2014 la splendide production du POCHE GENÈVE sous l’intelligente direction de Françoise Courvoisier.

 

Dans un rythme très tranchant, fait d’éblouissements et de noirs profonds, le miroir de notre société a volé en éclats. Françoise Courvoisier signe une mise en scène élégante et clinique, construite en forme de staccatos en crescendo, comme une formidable partition musicale sans aucune fausse note, terminée par  le point d’orgue d’une danse macabre.   Douze débris de miroir et de temps différents  qu’il va falloir réassembler pour comprendre l’histoire complexe des chassés croisés de ce quatuor  de jeunes trentenaires-quarantenaires insupportables.  Ils ont tous un  esprit caustique et une  force de jeu très précise et expressive, époustouflante de vérité et de modernité. Square-dance d’un type particulier, les quatre personnages se poursuivent  dans une complexité d’émotions haute gamme. Si le langage fort branché est parfois très explicite, la charge émotionnelle inouïe qui siège derrière chaque phrase courte et vive du texte comme un galet brûlant, empêche la vulgarité.  On oscille entre  la subtilité des « Liaisons dangereuses », version moderne, et  celles du « Jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux.

play_349_closer-2685_-_copie.jpg?width=150Dan, un écrivain raté, journaliste nécrologique, a sauvé d’un grave accident sur la chaussée, la jeune et séduisante Alice dont  il tombe amoureux dans la salle d’attente de l’hôpital où travaille Larry, le beau mâle. Quelques mois plus tard, une séance de photos avec la photographe d’art Anna (divorcée et dépressive) relance chez Dan une série d’irrésistibles vibrations sexuelles alors qu’il vit avec Alice et en a fait son héroïne de roman. Entre-temps, rejeté par Anna et se faisant passer pour une femme, Dan se lance dans une séance de chat amoureux torride sur internet  avec le beau docteur Larry, dermatologue et caïd sexuel, à qui il donne rendez-vous à « l’Aquarium » le lendemain. C’est Anna qui arrive au rendez-vous et, se remettant rapidement de la méprise, elle lui tombe dans les bras. Le square-dance infernal peut commencer.

 Patrick Marber semble être désenchanté par l’amour et ne croire qu’à la luxure et à  la volatilité de la relation. Il met  imperturbablement en scène la rencontre, la crise et l’inévitable rupture. Dans la pièce il confronte même deux scènes de ruptures  concomitantes! C’est admirablement joué et interprété par ce quadrille de comédiens totalement investis dans leurs rôles.  Une merveilleuse et très convaincante  PATRICIA MOLLET-MERCIER joue la jeune Alice, à la fois oiseau libre et creuset de souffrance et de charme  entre VINCENT BONILLO et JUAN ANTONIO CRESPILLO. Blackbird Fly! A la dernière semaine de répétitions, notre comédienne belge,  FRANCE BASTOEN a accepté de  remplacer au pied levé le rôle d’Anna. Un rôle qu’elle épouse avec une présence et  une sincérité extraordinaires. play_349_closer8523.jpg?width=260

 

« Honesty’s the best policy ? »  De trahisons, en  abandons, en  revirements, la vérité est  tour à tour une arme et une preuve d’amour, et le plus souvent, un besoin compulsif de demande ou d’octroi de pardon.

DAN.- Je l’aime.

LARRY.- Hé oh, moi aussi.

Ce n’est pas Anna que vous aimez, c’est vous.

DAN.- Vous vous trompez, je ne m’aime pas.

LARRY.- Mais si, et je vais vous dire quelque chose : c’est vous, les égoïstes, qui avez raison, vous êtes les plus forts et le monde est à vous.

Elle est revenue vers vous parce qu’elle ne peut pas supporter de vous voir souffrir, vous le savez. Et ne me parlez pas d’égoïsme, ce n’est pas Anna que vous voulez. Vous voulez votre revanche.

DAN.- Vous lui ferez du mal. Vous ne lui pardonnerez jamais.

LARRY.- Mais si je lui pardonnerai ; je lui ai déjà pardonné. Sans pardon, on est des sauvages.

 On est néanmoins dans des rapports de force, au lieu de ceux de l’amour. Larry-the-winner-takes-it-all a un penchant effréné d’exigence de vérité qu’il habille des traits de l’amour.Tandis que Dan, le loser, genre anti-héros de Woody Allen, frustré et pénible, a du mal à comprendre qu’il faut parfois pardonner sans vouloir fouiller dans des explications qui font mal. Les deux mâles, mus par un égoïsme également affirmé, veulent surtout garder le contrôle à tout moment, quels que soient leurs « sentiments ».

play_349_closer-7024_-_copie.jpg?width=250Le talent de chacun des partenaires pour attirer l'autre n’est dépassé que par leur besoin de posséder ceux qu'ils prétendent aimer. Dans la quête de l’autre il y a un net  penchant pour l’appropriation, … à cause du dépit de ne pas fort s’aimer soi-même, sans doute. Quelle comédie humaine !  Devant la jalousie et le  furieux besoin « d’avoir », la confiance joue les abonnés absents entre victimes ou bourreaux consentants. Portrait incisif d’une société basée sur le défi et le mensonge. "Love and sex are like politics: it's not what you say that matters, still less what you mean, but what you do."

CLOSER

http://www.lepoche.ch/upload/cms/dp_closer.pdf

CLOSER

de PATRICK MARBER. Adaptation Pierre Laville
Mise en scène: Françoise Courvoisier Avec: Vincent Bonillo, Juan Antonio Crespillo, Patricia Mollet-Mercier et France Bastoen.

DU 25/02/14 AU 05/04/14

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=349&type=1

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administrateur théâtres

12272995485?profile=originalLa fée Musique avait  sûrement touché le calendrier jeudi soir lors des “Flagey Piano Days” qui accueillaient  jeudi soir dans son magnifique Studio 4 un programme rutilant, triste et beau à mourir, interprété par  la crème de la crème des artistes.  

Paul Dukas, L' Apprenti sorcier
Edward Elgar, Concerto pour violoncelle en mi mineur, op. 85
Maurice Ravel, Concerto pour piano en sol majeur 
Maurice Ravel, Daphnis et Chloé

Par le Brussels Philharmonic, Michel Tabachnik, Steven Isserlis, Boris Giltburg

http://www.flagey.be/fr/program/14113/brussels-philharmonic-symfomania-workshop-kids-10-/michel-tabachnik-steven-isserlis-boris-giltburg

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 Quelques propos de Boris, le superbe et l’infiniment humble artiste devant la fée Musique :

 Avant le concert : «  Me voilà de retour dans la grande salle de Flagey (où les éliminatoires et les  demi-finales du Concours Reine Elisabeth ont eu lieu en mai dernier). Que de souvenirs!  Tout de suite deux choses  - la salle paraît toute petite à côté du souvenir que j’en garde et  il me  semble mille fois plus agréable  d’y jouer aujourd’hui! Conclusion : ne  jamais  baser ses impressions d'une salle sur les souvenirs d'une activité qui a nécessité une très, très haute tension psychologique!


Je vais y jouer dans le cadre des Journées Piano Flagey le Concerto en sol de Ravel avec le Philarmonic de Bruxelles et Michel Tabachnik. Nous avons eu notre première répétition aujourd'hui et je suis très impatient en attendant la répétition générale avant le concert de demain soir.   Le programme est superbe : L'Apprenti Sorcier de Dukas, et le concerto pour violoncelle  d'Elgar ( joué par Steven Isserlis, que j'ai eu le plaisir de rencontrer aujourd'hui et que je vais enfin entendre en direct demain), et Daphnis et Chloé pour terminer en beauté.»

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Après le concert : « Quelle bonne surprise hier soir à Flagey ! L’accompagnement  et le jeu superbe du Brussels Philharmonic, une salle qui joue à guichets fermés, la musique de Ravel, un piano de rêve - tout s'est bien passé et ce fut une sacrée expérience. Je ne me suis plus senti aussi vivant depuis  longtemps ! Le Ravel était pour moi l'équivalent musical d'une boisson énergétique (ou  de dix, si vous voulez !) C'était bouillonnant et pétillant, effervescent même, tellement vivifiant ! Et puis, bien sûr, le deuxième mouvement, avec son interminablement triste, douce et  belle mélodie ! ...  Comme mon Ravel était dans la seconde moitié du concert,  je n’ai malheureusement pas pu  suivre la performance de Steven Isserlis du concerto d'Elgar, mais je l'ai écouté à la répétition générale - un récit très personnel, profondément touchant. Steven a une sorte de simplicité affectée dans son phrasé qui m'a touché très fortement, sans parler de ses sonorités ! Qu’est-ce que cela devait être le soir du concert! Inouï!  Nous avons fait une interview conjointe sur FM Brussel ( http://bit.ly/1f2dgaY ). Et aussi   une très belle interview sur TV Brussel ( http://bit.ly/1f2e0gt ). C’est  juste dommage qu’ils m’ont interviewé avant ma première répétition à Flagey, j’aurais montré beaucoup plus d’enthousiasme pour cette magnifique salle!  C’est ma deuxième merveilleuse rencontre avec Bruxelles. Demain, je pars au Japon, allant d'abord à Nagoya, pour interpréter le 2e concerto de Brahms que j’adore. Sous la direction de Martyn Brabbins avec le Nagoya Philarmonic.»

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Tout commence  donc avec la  musique inoubliable  de l’Apprenti-sorcier de Paul Dukas construite en crescendo fantastique avec le côté répétitif et obsessionnel du Boléro de Ravel. Un morceau d’orfèvrerie musicale sous la baguette inspirée de  qui brille de tous ses feux. C’est la fête des flûtes enchanteresses qui soulèvent les voiles du mystère, celle des cuivres et des percussions qui déchaînent le paroxysme organisé. Tabachnik confère une puissance inégalée au morceau d’à peine 11 minutes, fait fuser des sonorités de haute définition dans tous les registres, belles à couper le souffle malgré l’atmosphère apocalyptique. Les accents épiques de l’orchestre sont impressionnants et la finale suscite des applaudissements de fin de soirée alors que l’on n’en est seulement qu’aux débuts.  

12272996259?profile=originalLe Concerto pour violoncelle en mi mineur, op. 85  d’Edward Elgar clôture la première partie du concert. En T shirt noir - il  dit avoir oublié sa veste - Steven Isserlis s’excuse. Mais c’est une star d’envergure mondiale. Si la célèbre Jacqueline Du Pré  fut l’interprète privilégiée et la plus sensible de cette œuvre nostalgique et poignante, Steven Isserlis n’a rien à lui envier. Sa musicalité est intense, empreinte de ferveur et de dévotion  brûlante. On le suit avec émotion dans toutes ses fluctuations de tempo et de couleur de ton. Il transforme son violoncelle en harpe, lui inflige de violents pizzicati, produit des accélérations fulgurantes, débordantes de chagrin et tantôt des sonorités délicates de chants d’oiseaux.  Dans l’Adagio, il exprime toute la langueur du compositeur Edward Elgar et  son désir d’infini et de paix. L’orchestre joue à la façon d’un chœur antique, répétant les phrases du discours héroïque et le ponctuant de notes syncopées  et de son acquiescement symbolique, signe d’une profonde et mutuelle compréhension. On acclame Tabachnik et son imposant orchestre débordant presque sur les escaliers latéraux, et surtout, l’illustre artiste qu’est Steven Isserlis dont on adore la profondeur et la simplicité.

Puis voici notre autre orfèvre et alchimiste musical dont la passion ferait presque exploser le clavier. Boris Giltburg dans le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel.  Il  manie les trilles affolants, les frémissements de harpe, passe de la présence ludique à la concentration méditative. Particulièrement dans sa cadence qui met les larmes aux yeux lorsqu’il diffuse l’élixir mystérieux de sa profonde communion avec la musique. Il sculpte le noyau profond de son être sur son Steinway et fait jaillir de généreuses  galaxies de notes à clarté  stellaire. Le public s’abandonne devant une telle magie et fixe avec passion un clavier effervescent  qu’il sculpte comme un corps vivant. Il incarne aussi le feu de Prométhée, la griffe du diable et de l’esprit malicieux. Il écoute et transfigure sur son clavier le génie accompagnateur d’un orchestre que l’on ne regarde plus, tant le pianiste fascine... C’est lui, le grand cœur  palpitant de l’être vivant que constitue cette musique fabuleuse de Ravel. De prodigieuses acclamations le saluent et il nous offre en bis, l’une des 2 valses pour Piano en Do majeur de Gershwin. Nous avons reçu ce soir de ce jeune artiste,  une rivière de diamants.  

Non moins étincelante, la dernière œuvre jouée sur le mode fantastique : Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. Du ravissement sonore chuchoté des flûtes au tapis de scintillements à la surface de la mer - Egée sans doute - Tabachnik soulève les respirations marines. Et parfois une vague qui semble atteindre le ciel. Les flûtes et cors ont trouvé leur point d’union charnelle. L’orchestre célèbre la fête romantique avec un  premier violon très lyrique et deux harpes vibrant à l’identique. Mais l’orchestre entre dans un rythme infernal, joue  l’évanouissement des illusions, du bonheur ? C’est la mise à mort implacable et brutale par des percussions qui ont pris le pouvoir. Voici les grondements de tonnerre et une nouvelle fin du monde.  Des citations de Shéhérazade de Rimsky Korsakov semblent flotter dans les archets, c’est l’apparition d’êtres fantastiques ahurissants, tapis dans l’ombre ou fracassants ? Une œuvre peu bucolique et forte d’émotion qui renoue presque avec l’effroi  suscité par l’œuvre de Dukas du début du programme !  Qui, d’un bout à l’autre, a été un vrai feu d’artifice.

Samedi, toujours au Studio 4 rendez-vous avec:

Flagey Piano Days

Anna Vinnitskaya étonne par sa poésie et joue la carte d'une sensualité virtuose et puissante. Le feu qui l'anime s'associe à merveille avec le romantisme à fleur de peau des ballades de Chopin, contrebalancées par l'équilibre construit, plus sophistiqué des rapsodies brahmsiennes.

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Flagey Piano Days
En voilà deux qui aiment se retrouver ensemble sur scène, et une association qui marche, pour le plus grand plaisir du public. Entre Frank Braley et Gautier Capuçon, deux musiciens incontournables, c’est la rencontre de l’intériorité presque débordante du premier et de la fougue du second, dans un dialogue toujours souverain.
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Pianodays @ Flagey 19 > 23.02 2014

Flagey Piano Days 

FLAGEY PIANO DAYS 19 > 23.02

 

 Les Piano Days du mois des amoureux est le nouveau festival concocté par le  pôle musical  Flagey.  Les amateurs de musique classique seront comblés par  une concentration exceptionnelle de talentueux pianistes avec des musiciens de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth ( dont on fête cette année le 75ème anniversaire),  Boris Giltburg,  premier lauréat du Concours Reine Elisabeth 2013, Jean-Philippe Collard et pour le marathon du samedi, Jean-Frédéric Neuburger, Anna Vinnitskaya et Frank Braley. Le dimanche, ce sera au tour de Rémi Geniet, le jeune pianiste français, deuxième lauréat du Concours Reine Elisabeth 2013, de renouer avec le podium du Studio 4.

 

Les festivités se sont ouvertes hier soir dans une atmosphère chaleureuse offrant un programme exceptionnellement vivant, brillant et pétillant.

Frank Braley ouvrait ces  cinq jours de liesse musicale en dirigeant et en interprétant au piano une œuvre (inachevée) de Mozart qu’il a en même temps dirigée : Le Concerto pour piano et violon en ré majeur, KV. Anh. 56 (Mannheim,1778).Un festival de légèreté orphique. On perd un peu de la sonorité du piano qui est sans couvercle, tandis que Frank Braley dirige et joue, dos au public. Par contre, les envols gracieux de la  soliste violoniste en dialogue avec le clavier sont empreints d’énergie solaire. A la fin du premier mouvement, il y a cette note belle comme le premier perce-neige, qui annonce la lumineuse brillance du final. Le deuxième mouvement est serti par le toucher de plume du pianiste qui souligne les splendides legatos des violons. De cristallines, les notes du clavier deviennent farceuses. Cela scintille. Le troisième mouvement  vit la joie dansante des cuivres complices, soulignant la virtuosité aérienne des solistes. Un très beau ralenti,  bien amené avant le final. Elina Bushka,  l'exquise violoniste lituanienne de 23 ans, est vigoureusement applaudie et par le public, et par son chef d’orchestre. Depuis septembre 2011, elle étudie à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth sous la direction d'Augustin Dumay.  Elle a su créer une atmosphère d’ivresse musicale avec un orchestre de Chambre de Wallonie très en forme. L’ORCW est le complice régulier du Concours Musical International Reine Elisabeth. 

Mais la révélation de la soirée nous est venue avec ce jeune pianiste, Julien Brocal.  Il a débuté l’apprentissage du piano dès l’âge de 5 ans et montait deux ans plus tard seulement, sur la scène de la salle Cortot à Paris. Formé l’Ecole Normale de Musique de Paris Alfred Cortot, il  a décroché le prestigieux diplôme de concertiste, à l’unanimité. A la Chapelle Musicale Reine Elisabeth il devient l’élève de Maria-Joao Pires, une grande dame qui lui ouvre les portes de l’imaginaire musical. Les sonorités qu’il tire de son instrument  dans le Concerto pour piano en do majeur n° 21, KV. 467 sont parfaites, fruitées et lumineuses, d’une intime sensibilité.  Le jeune musicien vit sa musique intensément, il est raffiné dans les nuances, son ravissement musical est très communicatif et l’orchestre à l’écoute est prêt à bondir à ses moindres suggestions. La matière qu’il offre est palpitante, depuis les tendres épanchements jusqu’aux bouillonnements de plaisir. Le corps orchestral l’écoute, subjugué, dans ses splendides cadences. Un moment passionnel le décolle du tabouret pour finir le premier mouvement, sage et mesuré. Frank Braley imprime douceur et majesté au deuxième mouvement: voici les souffles profonds des cuivres langoureux. Le monde est dans la main gauche de Frank, le pianiste se baigne dans la lumière orchestrale.  Le thème revient à l’unisson avec les cors avec l’intensité d’une prière ou d’une  insistante supplique. Le doux tangage des pizzicati berce l’ensemble. La croisière musicale s’achève dans un final royal. Le concerto a été pétillant d’un bout à l’autre et on  a pu en a savourer les moindres bulles.  

 

C’est toujours sans podium et  avec merveilleuse simplicité que Frank Braley dirigera la deuxième partie du concert : La Symphonie n° 5 en si bémol majeur, D. 485 de Franz Schubert. Vivacité et élégance sont au rendez-vous. Il traque l’énergie de toutes parts. Le premier mouvement s’achève sur deux beaux crescendos, pleins de panache. Le deuxième mouvement ressemble furieusement à du Mozart. Le chef d’orchestre porte l’orchestre avec souplesse. Des flûtes  fuse l'émotion rare, et on pénètre dans les méandres de l’intériorité avant la reprise  joyeuse du thème principal.  L’orchestre est tellement enthousiaste que le chef doit calmer les  pupitres. Une belle phrase emphatique  et puissante, très contrastée,  rappelle une certaine gravité dans tout ce bonheur  rêvé et  revient identique mais jamais la même, après chaque reprise du thème. Une musique qui scintille, qui respire et resplendit.  

 

frankbraley_-c-_king_records.jpg?width=240Mercredi 19.02 | 20:15

Orchestre Royal de Chambre de Wallonie

Frank Braley, direction, piano

Julien Brocal, piano

Elina Bushka, violon

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Concerto pour piano en do majeur n° 21, KV. 467

Concerto pour piano et violon en ré majeur, KV. Anh. 56

Franz Schubert (1797-1828) Symphonie n° 5 en si bémol majeur, D. 485

 

Le programme complet de ces rendez-vous prestigieux se trouve ici :  

http://www.flagey.be/fr/programme/genre/musique/piano-days

Le site de Julien Brocal: http://www.julienbrocal.com

 A ce soir?  avec Boris Giltburg!

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                     "Les géants de la montagne", texte de Pirandello

                                      "The stuff dreams are made of"

 

Préparez-vous  au  lâcher-prise car l'histoire n'en est pas vraiment une et on pénètre avec ce spectacle poétique  dans le monde de l’occulte et de la folie. Cartésiens, abstenez-vous !  Mais au bout de la construction Pirandelesque inachevée, on aura compris l'essentiel. Le credo de Pirandello  proclame  qu'une société sans les Arts deviendrait une chose monstrueuse, dirigée par des géants gloutons et dévoreurs. Pirandello affirme la puissance de l'imaginaire qui anime l'homme et le définit. Sans l'imaginaire, le rêve, l'homme trahit sa nature profonde  et devient un géant grotesque.  

Ilse, comtesse et comédienne, est dans un trouble profond. Sa troupe a été huée, le public a rejeté "La Fable du fils changé", le texte du poète. Le poète s'est suicidé car elle a rejeté son amour pour poursuivre son art de comédienne. Les comédiens décimés parcourent les routes et arrivent sur le flanc de la montagne où ils sont recueillis dans la Villa par le magicien Cotrone entouré d’êtres fantasmagoriques surprenants. Celui-ci déploie devant leurs yeux interdits, les merveilles de son monde magique où l'imagination crée tout. De toutes parts fusent des bribes d'explications à propos du rêve, de la poésie, des cauchemars, de l'esprit versus la matérialité du monde réel.                                                                                             

  
Ilse pour sa part,  tient à représenter en public La Fable du fils changé en hommage au poète disparu ou presque, car le revoilà, fruit de l’imagination, tenant sa corde à la main ! La preuve, non ? Il suffit d'imaginer.  Ils donneront la représentation lors d'une noce, chez les Géants invisibles. Cette pièce  est pathétique ressemble à un authentique cauchemar et se termine par la mise à mort de la Poésie. En ce, entendez : tous les Arts. Puisque vous en supprimez un, et les autres s’évanouissent également  étant tous faits de l’étoffe des rêves. Supprimez le rêve et vous tombez dans la brutalité.

Dans une sorte de transe inoubliable dictée par la peur, Ilse (une éblouissante Hélène Theunissen) voit les dernières paroles de son plaidoyer déchirant pour la survie de la Poésie, tranchées par le  couperet infernal du sombre rideau de fer qui sépare le théâtre de la vie. Le monde d'Edgar Poe.


Mais qui sont ces géants? Générateurs de peur, ils n'apparaissent jamais dans la pièce mais sont une menace perpétuelle. Ils représentent toutes nos dérives mortifères, les nôtres et celles de l'histoire de l'humanité.  Ils représentent notre monde  du matérialisme pur et dur,  le monde du « vrai », du fonctionnel, de l’utile et de la grande mécanique. Ce réel palpable et surtout monnayable à l’envi,   sera  omniprésent dans « Le meilleur des mondes »  de Huxley où  seront proscrits les Arts et la Religion. Et si ces géants n'étaient que les ombres du mythe de la caverne? Et si le Magicien et ses acolytes étaient vrais eux? Habillés de couleurs et de lumière? Et si devant nous, nous avions une troupe de comédiens tous plus fabuleux les uns que les autres qui donnent corps à leur rêves et leurs émotions ? Sous la baguette mystérieuse du Magicien, le maître d'œuvre, le créateur, l'Artiste. Un être frêle et menu, débordant de faconde.

 C'est Jaoued Deggouj, l'artiste qui joue ce rôle de soixantenaire ou plus, à la manière d'un jeune premier. Souple et plein d'entrain il dégage face à la tragique comtesse (Helène Theunissen)  une énergie extraordinaire. Tous deux et leurs compagnons font de ce spectacle pas toujours très accessible, une prestation théâtrale baroque et étonnante de brio!  La mise en scène de Danièle Scahaise oscille entre l'onirique, le burlesque, le maléfique et l'angélisme. Les comédiens de l'affiche de rêve de Théâtre en liberté jouent haut et sans filets, émergeant de  trappes et disparaissant tout à coup  par des portes dérobées dans le miroir noir de l'histoire. L'émotion est grande devant la  fragile  et généreuse résistance de la troupe  complice et son immense investissement théâtral. On entend le pas lourd  de l'ombre des géants à travers lequel  s'égrène le texte, avec ses zones d'ombre et ses éclairs de lucidité folle, qui nous préviennent contre  la montée du géantisme !

Mise en scène : Daniel Scahaise Avec Maxime Anselin, Barbara Borguet, Toni D’Antonio, Isabelle De Beir, Gauthier de Fauconval, Jaoued Deggouj, Daniel Dejean, Dolorès Delahaut, Karen De Paduwa, Christophe Destexhe, Bernard Gahide, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Bernard Marbaix, Laure Renaud Goud, Sylvie Perederejew,  Hélène Theunissen

Du 6 février 2014 au 15 mars 2014 au Théâtre de la place des Martyrs

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administrateur théâtres

En ce moment, au Centre Culturel d'Auderghem, la très  joyeuse troupe de "l'Opéra en fête" From Paris, of course!

Un spectacle musical de Raphaëlle FARMAN & Jacques GAY

Mise en scène : Raphaëlle FARMAN et Jacques GAY

Avec Raphaëlle FARMAN,

Frédérique VARDA, Jacques GAY, Franck CASSARD, Fabrice COCCITTO

Un Karaoke bien tempéré

On adore les surprises, surtout quand elles vous prennent si gentiment par le  cœur. Voici un spectacle totalement inédit, une brillante fantaisie musicale  née aux Deux Ânes à Paris qui se polit comme un galet parfait depuis bientôt trois ans  devant  une foule de bienheureux spectateurs qui ne se seront jamais autant amusés. Le monde appartient à ceux qui se couchent … tard et vous ne pourrez pas résister à aller bavarder avec les commis de « l’Opéra en fête » (c’est le nom de la troupe) accueillis par des chaleureux applaudissements au bar, après le spectacle.   Le cocktail est particulier et explosif : les plus timides donnent de la voix et les habitués des concerts de Patrick Bruel voudraient sortir leur briquet…

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 L’histoire racontée est celle du Sieur et Dame Dugosier de la Glotte et leur cher fils (qui ne s’appelle pas Tanguy). Ils revisitent avec émotion  l’histoire familiale depuis le temps des cavernes jusqu’à nos jours. Contant heurs et malheurs dignes de la succulence  des livres de Goscinny, le  fil conducteur suit des pépites chansonnières les plus drôles et les plus inattendues. Le pastiche amène des bouffées incontrôlables de rire et vous-même finissez par suivre les traces du chansonnier. Digne des grandes scènes d’opéra ce spectacle lyrique cause  une franche admiration, et la comédie porte haut la  jouissance du mot bien dit. La cadence bien tempérée permet de jouir de chaque minute comme si on respirait profondément les parfums de la musique. L’écriture enlevée du spectacle où règne le bel esprit  fourmille d’allusions très  plaisantes, tout comme  la mise en scène d’ailleurs, signée par les auteurs du spectacle, Raphaëlle Farman et Jacques Gay.

En filigrane vous y verrez l’évolution des mœurs, le rapport homme-femme, les rapports de force dans la société, de la Carmagnole au Temps des cerises…  et bien sûr  mille et une broderies sur l’amour (…et l’argent). A chaque époque - prononcez "magnifailleque" - les voix magnifiques  des quatre comédiens chanteurs entonnent les tubes mythiques de l’opéra. Fermez les yeux, vous y êtes. La passion, la puissance, les vibratos, les legatos enchanteurs, les couleurs, le miel et le cuivré de la voix, tout y est, que ce soit  chez la Duchesse de Gerolstein, à la Péricole, au Pays du sourire, à la Vie parisienne… Mais vous vibrerez bientôt vous-même, de la tête aux pieds, en osant poser vos propres trémolos sur  les Carmina Burana, le Choeur des esclaves  de Nabucco ou Plaisir d’amour.  Sans compter le scintillement ininterrompu d’anachronismes savoureux qui passe en revue des musts de la chanson française (ou presque).                                                                                                                                                                                            Fabrice Coccitto, le malicieux pianiste comédien est  d’ailleurs extraordinaire et s’emploie à créer les atmosphères comme ces Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau joués dans une lumière tamisée. Pendant qu’il joue devant des spectateurs subjugués, c’est un ballet de changement de costume accéléré qui se passe en coulisse, et puis sur scène débarquent la splendide diction de Raphaëlle Farman (soprano), digne de la Comédie française, le bagou tinté de Belmondisme de Jacques Gay (baryton), les duo de domestiques délicieux et farceurs (Frédérique Varda et Frank Cassard), la chorégraphie d’une esthétique de grands maîtres ou de grands surréalistes, à vous de choisir. Après tout, on est à Bruxelles, n’est-il pas! Qu’il est donc  doux de se laisser enchanter par tant de qualité vocale!  Et on les adore, ces Brigands du théâtre et du chant lyrique!

http://www.cc-auderghem.be/index.php/component/redevent/details/206.html

 

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Un air de Famille


Mise en scène : Olivier Leborgne 

Avec Olivier Cuvellier : Philippe
Marie-Line Lefebvre : La mère
Julien Lemonnier : Denis
Frédéric Lepers : Henri
Cécile Van Snick : Yolande
Stéphanie Van Vyve : Betty

« A force de préciser sa pensée, on en arrive à très peu de mots pour le dire. J’aime beaucoup le dialogue, j’éprouve un vrai plaisir à le faire, à trouver ce qui est le plus juste. La gageure était d’écrire très parlé et de dire des choses. »


Du 11 au 28 février 2014 au Théâtre Jean Vilar : Un air de Famille, la pièce d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri*


Le pitch : Chaque vendredi soir, la famille Mesnard se réunit au bar-restaurant « Au père tranquille », tenu par l’un des fils, Henri (Riri). L’autre fils, Philippe, vient de passer à la télévision régionale et son épouse Yolande va fêter son anniversaire. Betty, la sœur qui marche sur ses trente ans, vient, quant à elle, d’avoir une sérieuse altercation avec leur chef commun, Benito Massolini.  Le cher Philippe (aux airs de tueur) est incarné par Olivier Cuvellier,  à la perfection. On attend en vain Arlette, l’épouse d’Henri, pour aller dîner mais elle tarde... Lorsqu’elle se décide enfin à appeler de chez sa copine, c’est pour annoncer à Henri "qu’elle ne reviendra pas ce soir". Elle doit « réfléchir ! »"Paraît que j'ai pas de considération pour elle!" Mais que va dire la sainte famille?


Henri, le patron des lieux est l’imbécile de la famille: le jeu de Frédéric Lepers est parfait. Il  a de la tendresse pour les joueuses de tennis en jupette et dit qu'il l'aime, son Arlette. Il nourrit sa conversation de dictons, ce qui irrite prodigieusement Betty. Il est l'enfant maudit de la reine-mère et a pour  riche conversation, ses apartés avec son clebs arthritique. "On est comme on est, on change pas, j'te dis! " 


  Une époustouflante Marie-Line Lefebvre, ou peut-être votre propre belle-mère, bien-pensante et vieux-jeu en diable, interprète Madame Mère en plein délire. Elle se plaint à répétitions de son mari défunt qui manquait tellement de tout et surtout, d'ambition.Tandis que Philippe.... Tout en ne perdant jamais une occasion d'asticoter sa fille Betty.


Cécile Van Snick est une inénarrable YoYo, drôle à souhait, la femme soumise de Philippe et  le pendant féminin de RiRi. Elle voudrait juste « un peu vivre », partir à deux en voyage ...et reçoit comme cadeau d’anniversaire du tandem mère-fils un collier de chien et le chien qui va avec.  N.B. de la même race que la pauvre ruine appelée Caroso qui jappe dans  son panier au fond de la salle. Pour énerver son frère, Betty pousse sa belle-sœur à boire Suze sur Suze. Denis, le serveur, beau à en tomber, met le jukebox "C'est son anniversaire Non? " Ils dansent. Le craquant Denis, écoute, ne juge pas, lit des livres au coin d’une table et astique avec philosophie sa pompe à bière. C'est Julien Lemonnier , sortit de IAD en 2009.


Et enfin Betty la fille pas tranquille du tout, est un paquet craquant de charme, « mal fagoté » débordant de vitalité et de rébellion, qui n’offre rien aux anniversaires et crache sur tous les règlements. Elle a dit son fait à Benito le jour même et - simple question de justice -  fera de même avec Philippe et sa mère!   Une authentique garce que l’on adore car elle fonctionne au Vrai, passionnément !


Olivier Leborgne ("Sois belge et tais-toi", "Sur la route de Montalcino") adapte cette œuvre avec beaucoup de doigté à la situation d’une famille résolument belge qui veut faire bonne figure mais a tout raté, question communication. Sans avoir jamais l’air d’y toucher, Denis, lui, l'intrus, écoute, compatit, remonte le moral, conseille et charme. Le public l'adore.

Le très beau décor mis au point par Lionel Lesire et Jean-François Viot est une véritable contraction temporelle. Il réussit à projeter l’action au temps de …MATHUSALEM ? Une action qui se déroule dans les années 90 - Dieu que c’est loin ! - avec un décor totalement  rétro des années 70, qui donne à son tour la tentation  de plonger dans les années 50 !  Toute une vie, quoi ! Mais les relations entre les personnages n’ont pas pris une ride, ni leur parler. Il y a une sorte d'immortalité.  C’est du vécu pour chacun d’entre nous, au quotidien… en 2014, tout comme dans la mythique famille Duraton  du feuilleton radiophonique des années 50! Du théâtre de conversation où se révèle une image satirique de  la société avec son lot de rivalités, d'hypocrisies, de malentendus et d'incommunicabilité.  

Lorsque la dynamique de la férocité familiale s’enclenche, personne ne sait où cela va s’arrêter! La réunion  hebdomadaire de famille tourne au cauchemar. Les interprétations de chaque personnage sont succulentes: des plats cuisinés de typologies hypertrophiées qui ont le don de faire rire à chaque tournant de phrase ou de non-dit! Du théâtre intelligent et sensible, une présence en scène fabuleuse pour chacun des personnages, une gestuelle merveilleusement étudiée… jusqu’à celle du pauvre clebs ! Et par-dessus tout, la splendide diction, le charme, la jeunesse et la finesse de notre comédienne préférée : Stéphanie Van Vyve !

A vos agendas! http://www.atjv.be/

http://www.atjv.be/Un-Air-de-famille

*La pièce  d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri créée en 1994 au Théâtre de la Renaissance à Paris, qui obtint l’année suivante  deux Molières et fut  adaptée au cinéma par Cédric Klapisch  rafla trois Césars en 1997.

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administrateur théâtres

images?q=tbn:ANd9GcRGUN7RmAaOyeuJyWiK0vXmKAIMmH4_NwhJpHperVLI7bR4790M12272993885?profile=originalCeci n’est pas une pomme

Griserie verbale, théâtrale, musicale et chorégraphique à la première ce soir à la Clarencière! Theatregoers! Go for it! You won't regret! Somptueuse anthologie de textes et chansons : des misérables aux désirables! Un trio de comédien et comédiennes époustouflant qui revisite et le surréalisme poétique belge, et la Lost Generation... et les années 20 à Paris! Sublime spectacle, mû par l’amour de la culture! Diction parfaite, langue merveilleuse, les trois comédiens Laurence Briand, Rosalie Vandepoortaele et Laurent Laigneaux (le musicien-comédien)  partagent un inimitable pouvoir de suggestion.

Dès les premières secondes, on se sent aspiré par le souffle puissant de l’histoire littéraire du début du XXe siècle qui revit soudain à la lueur d’antiques lanternes. 2014 : Anniversaire du centenaire, me direz-vous ? Les personnages nous happent, nous attirent et nous fascinent.

Voici un défilé de textes soigneusement choisis par Rosalie Vandepoortaele  qui a composé une véritable anthologie vivante, dense et documentée où l’on retrouve tour à tour, sertis dans un écrin musical approprié LA VICTOIRE DE LA MADELON - PAUL NOUGE - CAMILLE GOEMANS - BLAISE CENDRARS -E.L.T MESENS - PHILIPPE SOUPAULT - HENRI MICHAUX - ROBERT DESNOS - R. RADIGUET - ANNA DE NOAILLES - PARLEZ-MOI D'AMOUR - GERTRUDE STEIN - F. Scott FITZGERALD - LOUIS ARAGON - ANTONIN ARTAUD - EN DOUCE - MARCEL LECOMTE - MAX JACOB avec des clins d’œil appuyés au peintre MAGRITTE ! Un enchaînement bourré d’intelligence et de finesse! C'est elle qui avait  fait la mise en scène du spectacle "Le Chat noir," l'an dernier. Elle aime les textes de qualité.

« Selon ma doctrine » il est défendu (sous peine d’imbécillité) de rien prévoir. Ce que je ferai dans tous les domaines est imprévisible tout autant que l’apparition d’une réelle image poétique. » « Etre surréaliste, c’est bannir de l’esprit le « déjà vu » et rechercher le pas encore vu » Magritte

Entre ombres et lumière, les mots et la poésie transfigurent les corps et les visages des comédiens. La bouche et les sourires sont ceux de trois muses théâtrales apprivoisées et offertes à un public reconnaissant. Chaque mouvement est fascination:

 Rosalie :

Ma bouche qui bouge

devant vous

n'est pas habitée de paroles

ordinaires

 

Laurence :

Ma bouche ce soir est habitée

de paroles qui ne sont

pas à moi

de paroles qui ne sont pas des

chansons ni des charmes

 

Rosalie :

mais balles de fusils

 

 On ne peut assez se répandre en louanges et vouloir partager tout le plaisir que l’on reçoit avec les spectateurs qui nous entourent. Applaudissements nourris, « bravos » qui fusent en plein spectacle, rires, grognements de bonheur ou de révolte partagée. Tout le monde a envie d’exprimer bruyamment son ravissement. Le lieu s’y prête d’ailleurs parfaitement  et  les vagues de bonheur se répandent avec candeur…  Et de remercier autour d’un verre après le spectacle  de la façon la plus tangible ces comédiens généreux qui nous ont offert une  prestation hors pair. Quelle sensibilité, quelle subtilité, quel jeu, quelle présence et quelle dramaturgie éblouissante de la metteuse en scène Isabelle Nasello ! Ceci n’est pas seulement un Bijou, c’est tout un univers. Cheers!

Welcome to les Années Folles
Dans le cadre de la St Valentin


Interprétation : Laurence Briand, Rosalie Vandepoortaele et Laurent Laigneaux
Mise en scène : Isabelle Nasello
Montage original : Ropsalie Vandepoortaele
Conception décor : Kaernunos ASBL
Production : Toc toc Art

www.toctocart.com/Welcome_to_the_annees_folles.html">http://www.toctocart.com/www.toctocart.com/Welcome_to_the_annees_folles.html


au théâtre de la Clarencière! 


http://www.laclarenciere.be/

Cover Photo

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Propos très vrais… à propos de l'Art du Mensonge!

Il y a quelques temps, on jouait  à la Comédie Claude Volter « Si tu mourais » une autre  pièce de Florian Zeller d’une très belle facture. Et déjà, le mensonge n’était pas une vérité en l’air ! Aujourd’hui, au théâtre des Galeries la nouvelle pièce de Florian Zeller « La Vérité » qui est encore une comédie sur le mensonge, est  résolument moderne. C'est l'histoire d'un menteur … à qui tout le monde ment. Sa femme sa maîtresse, son meilleur ami. Cette pièce légère et très cohérente est admirablement servie par un quadrille de comédiens chevronnés, tous plus justes (vrais?) dans leur interprétation les uns que les autres. Remarquez, on s’en doutait un peu, car la distribution cinq étoiles ne peut pas faillir. MARIE-PAULE KUMPS, MARIE-HELENE REMACLE, MICHEL PONCELET et PIERRE PIGEOLET (qui s’appelle Michel) réalisent un sans-faute pour interpréter magistralement, la vitalité et le charme piquant des dames, et le contraste entre l’honnête homme et le mufle, du côté hommes. Des personnages humains et attachants, même celui de Michel qui nous tend son miroir grossissant !

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Le spectateur suit l’évolution de l’intrigue l’œil amusé car c’est à lui de deviner la vérité. Pour une fois, contrairement aux ressorts habituels du théâtre de boulevard, les personnages sur le plateau tournant ne sont jamais sérieux. Tout est faux ! Seriously ? Une pièce poisson d’avril avant l’heure… et une réflexion véritable sur l’approche Voltairienne du mensonge : « Le mensonge n'est un vice que quand il fait mal. C'est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment, et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai à l'occasion. » Une phrase en exergue de la pièce dans l’édition de chez Flammarion en 2011.

La Vérité - ©Fabrice Gardin 195 [1600x1200].JPG

Mais ce qui frappe surtout, c’est la peinture du monstrueux égocentrisme du personnage de Michel, surjoué à dessein par PIERRE PIGEOLET afin que nul n’en n’ignore. Cette masse d’égocentrisme pervers est tellement déferlante et irritante qu’elle contribue à faire accepter encore plus facilement la théorie de Voltaire ! Alors que le personnage de Michel utilise le mensonge uniquement à des fins personnelles. Sous le couvert du mensonge, cette pièce nous dit donc la vérité sur le plus grand défaut de l’homme. No kidding !


Cette comédie dont la mise en scène est signée Patrice Mincke amuse vraiment et pose en filigrane la question du mensonge sous toutes ses formes dans notre société.   Comme le dit très bien George Orwell : "A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire." ...Et dans les relations intimes,  connait-on jamais la vérité de l'AUTRE?


THEATRE ROYAL DES GALERIES, Galerie du Roi 32 1000 Bruxelles, Infos Réservations: 02 / 512 04 07

http://www.trg.be/saison-2013-2014/la-verite/en-quelques-lignes__4585

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Dans un rythme d’enfer, sortir du cadre!

Je danse donc je suis…

Bob'Art et Pop art, Béjart et Béchart, Danse et Pense : jusqu’où iront les jeux de mots ? Voici un spectacle rebelle très fignolé, monté avec un dynamisme de feu et l’énergie salvatrice du rire. Sortir du cadre : imaginez des cascades de corps sur des miroirs, des tableaux de maître au murs qui s’animent, les faux –semblants d’un cocktail de vernissage, une parodie du boléro de Ravel a capella, et quatre hommes et une femme bobstyle, coiffure au carré, dans un même bateau.

156226_536581049686198_109301172_n.jpg?width=180Ils sont tous animés par la flamme artistique et se connaissent depuis qu’ils ont quitté l’école. Up and down, ils dansent sur l’eau ! C’est leur quatrième spectacle qui se joue actuellement à bureau fermé au théâtre Marni. Les 5 danseurs sont issus de la compagnie mondialement connue que le très regretté chorégraphe français Maurice Béjart fonda à Lausanne, en Suisse, en 1987, lorsqu'il quitta Bruxelles et le Théâtre de la Monnaie, mettant ainsi un terme au prestigieux Ballet du XXe siècle. Jeunes, débordants de talent et d’idées, ces danseurs ont choisi de créer leur propre compagnie il y a trois ans : Opinion Public.

Audacieux plongeon dans l'inconnu, ils ont fait le choix de développer leur propre style, dans un cadre où les danseurs se sentent responsables de toute la production: musique, texte, chorégraphie, lumières... Avec beaucoup de brio ces jeunes artistes, quatre hommes une femme, décortiquent la vanité et les hypocrisies de la société dans ce dernier spectacle. On est éclaboussé par le surréalisme d’une histoire de chat qui danserait sur l’eau en portugais - mais les mimiques font mouche - et le spectacle traduit avec grande sensibilité corporelle l'inquiétude devant la manipulation de nos vies. Ne veut-on pas bientôt d’abord savoir ce que l’emploi de demain réservera à nos jeunes, avant de dispenser l’indispensable enseignement de notre culture ?

Corps à corps en accords et désaccords, rotations et glissages vertigineuses au sol, retour à la vie au fil de l'eau. Les corps flottent et se conduisent comme des chevelures. Abandons et envols. La souplesse vitale suspendue par le fil d’un vêtement ! Esquives étreintes, violences, prises improbables, les couples éphémères dansent leurs batailles sur des crescendos musicaux et dans des creux de silence. Les changements de costumes sont émaillés de confidences : « le bonheur est enterré au fond du jardin! » Des groupes de pingouins, morses, phoques, et autres grenouilles se dandinent sur la noire banquise du plateau. Les voilà qui roulent leur miroir et cela devient un travail de percussions à la chaîne ou une Parodie de clowns sur chaises musicales…. Les grimaces snob sont artistiquement décapées par une attitude poétique très perceptible dans la chorégraphie et dans les mouvements en canons. A la fin c'est le corps humain dans toute sa sacralité qui a le dernier mot.

Cela se passait il y a quelques soirs  au Théâtre Marni:

http://www.theatremarni.com/spip.php?page=detail_event&date=2014-02-05

http://www.opinionpublic.be/BOBART.html

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04f06818d335b3dd653907b83d52fce8.png?1310493152Dès les premières mesures, le chef d’orchestre Paolo Arrivabeni  - une première pour le maestro- convoque l’atmosphère. On sait que ce sera musicalement superbe. Intensité dramatique croissante : les contours angoissants de la sinistre prison emplissent l’imaginaire engouffré dans les replis de la musique et accroché à l’ombre portée  des barreaux sur le rideau. Où se trouve donc le prisonnier enfermé pour dissidence?

C’est alors qu’une très instinctive Cinzia Forte donne vie à la jeune Marzelline, la fille du geôlier de la prison d’état et ne se laisse pas faire par Jaquino (Yuri Gorodetski) qui a décidé de l’épouser, per amore o per forza ! Heureusement que le père a du bon sens et ne veut pas livrer sa fille au premier venu ! « Quand on n’a pas d’or on ne peut pas être heureux ! » Morale bourgeoise ? Mais là n’est pas le propos !

_dsf6838__b_.jpgFidelio, le seul et pour cela très unique opéra de Beethoven, raconte le sauvetage du prisonnier politique Florestan par son épouse Léonore. Léonore habillée en garçon, Fidelio, obtient un emploi avec le directeur de la prison, Rocco. Elle persuade Rocco de laisser les prisonniers respirer au grand jour quelques moments, en espérant que cela offrira à Florestan une petite chance d'évasion. Mais à son insu, le gouverneur tyrannique Don Pizzaro prévoit de le tuer puisque Rocco s’y refuse ( « Das Leben nehmen ist nicht meine Pflicht »), afin de ne pas être découvert et confondu par les autorités pour ses agissements. Léonore fera tout, y compris creuser de ses mains la tombe de son mari pour lui venir en aide et lui faire retrouver la liberté.

La dualité obscurité / lumière oriente le texte, la musique, les voix et la mise-en scène. A chaque niveau on perçoit une nette (r)évolution de l’une vers l’autre. A tout moment l’auguste épouse est une femme debout qui se bat impitoyablement contre la dictature, l’oppression et la haine. Le ton se situe  entre le conte fées et un jeu qui rappelle Bertold Brecht. La musique oscille dans le premier acte entre des réminiscences lumineuses d’Haydn ou de Mozart, tandis que dans la deuxième partie les couleurs complexes et sombres  du romantisme se développent et parallèlement, l’idéalisme humaniste de Beethoven. Cette musique exemplaire devient exemple de moralité. Une moralité constamment rappelée par un Rocco diablement  humain et sympathique. Lui et sa fille ne vivent-ils pas dans une prison, la condition humaine? Une superbe voix de baryton: Franz Hawlata. Osmin dans « L’enlèvement au sérail » dernièrement sur la même scène et L’esprit du lac dans « Rusalka ».  

Dans son air sublime, Léonore, la merveilleuse soprano américaine Jennifer Wilson,"l'une des plus grandes sopranos dramatiques du monde",  s’exclame en deux montées l’une chromatique et l’autre diatonique sur le si aigu pour cueillir le mot magique « ERREICHEN ». Oui, elle entrevoit l’issue heureuse de son entreprise ! Trois cors, symboles de l’espoir, l’accompagnent et annoncent la promesse de la victoire. Dans le récitatif qui précède, l’orchestre et les timbales ont annoncé le danger qui guette le prisonnier et donnent à entendre son cœur qui bat. « Fidelio, ich habe Mut ! » L’amour peut supporter les pires souffrances. Le dictateur a beau mugir avec extase ses envies de vengeance meurtrières : «  Triumph, Der Sieg ist mein ! » C’est bien la lumière et l’amour qui seront victorieux. Don Pizzaro est interprété avec énormément de conviction par Thomas Gazheli.  

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La scène où les prisonniers retrouvent l’air et la lumière est particulièrement bouleversante : « O Welche Lust in freien Luft den Atem zu nehmen ! »  Fidelio en pleure. Alors que les chuchotements des prisonniers (« Sprecht leiser ! ») annoncent déjà leur adieu à la chaude lumière. Une splendide chorégraphie de Marcel Seminara. Les gardes mettent en joue les prisonniers.

Au deuxième acte, la sombre introduction avec cuivres lugubres et timbales fatidiques laisse filtrer un bruissement de flûtes et l’espoir renaît. La voix solitaire du prisonnier fuse : « O grauenvolle Stille ! O schwere Prüfung , doch gerecht ist Gottes Wille ! »  Zoran Todorovich a la voix de ténor idéale pour ce rôle, glissant légèrement entre  les ombres de la souffrance et la lumière.  Il se soumet aux desseins de Dieu, bercé par les violons ; il a dit la vérité et le cachot est sa récompense.  De sa voix claire et souple « Gott ! Welch Dunkel hier ! »  Florestan chante tour à tour sa souffrance et son espoir en la liberté. Il a soudain perçu une lueur féerique et senti la voix de sa femme? Magie musicale et affective s’emmêlent, on est en plein conte de fées !  Les voilà qui chantent à trois l’espoir radieux retrouvé !  Léonore a offert du pain au prisonnier qui ne l’a pas encore reconnue sous son lourd manteau. Lorsque Pizarro descend pour le tuer, Léonore dévoile son identité de femme, s’interpose et le menace de son pistolet.

 

_dsf6888__b_.jpgLe bon ministre Don Fernando (Laurent Kubla) est arrivé, Pizzaro emmené par des gardes. C’est Leonore qui libèrera son mari des entraves. « O Gott, welch ein Augenblick ! » « Liebend ist es mir gelungen, dich aus Ketten zu befrei´n».  La lumière emplit l’espace et inonde le plateau qui avait pris l’apparence d’un pénitencier moderne. Dans le final  resplendissant qui  s’apparente à la thématique de l’Hymne à la joie - long moment inoubliable - toutes les femmes suivent l’exemple de Léonore et enlèvent les fers des pieds de leur mari, les jetant avec dégoût au bord de la scène. On est très loin de la moralité bourgeoise! Il s'agit plutôt d'une morale héroïque.  On ressort du spectacle, l’amour de la liberté fiché dans le cœur. On a entendu un émouvant manifeste pour l’amour conjugal, dans sa profondeur et sa vérité, l’accomplissement du devoir moral et l’affranchissement de toute dictature.

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Fidelio

Direction musicale :  Paolo Arrivabeni
Mise en scène :  Mario Martone
Chef des Chœurs :  Marcel Seminara
Artistes :  Jennifer Wilson, Zoran Todorovich, Franz Hawlata, Cinzia Forte, Yuri Gorodetski, Thomas Gazheli, Laurent Kubla
Du vendredi, 31/01/2014 au mardi, 11/02/2014
http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/fidelio
Opéra Royal de Wallonie
Place de l'Opéra
4000 Liège - Cité
Téléphone +32 (0)4221 47 22
location@orw.be
www.operaliege.be

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administrateur théâtres

12272995464?profile=originalMercredi 29.01.2014 > Dimanche 25.05.2014

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles vient d’ouvrir ses portes à un génie du siècle d’or espagnol surnommé « le Caravage espagnol ». L’exposition durera quatre mois. C’est la première fois en Belgique que l’on consacre une monographie à Zurbaran. A part une toile présentée lors de Europalia 1985 consacrée à l’Espagne, on ne possède aucune œuvre de ce grand maître sur notre territoire.

Zurbaran est né en 1598 dans le village de Fuente de Cantos en Estrémadure, une région située entre Madrid et Lisbonne. Son père est marchand de tissus, boutiquier aisé d’origine basque. Très jeune il s’installe à Séville, capitale andalouse où il forge sa carrière et son style. Il reçoit de nombreuses commandes des ordres monastiques.

C’est l’artiste qui a le mieux représenté la religiosité de la Contre-Réforme de l’église espagnole du 17ème siècle, suite au concile de Trente. Elle est imprégnée de l’esprit des écrits mystiques de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix. En effet, l’œuvre du peintre qui comme Velázquez et Murillo représente l’âge d’or de la peinture espagnole est un outil spirituel, un moyen de rechercher la grâce divine, de transcender le réel et d’accéder à la sérénité. L’acte pictural est un moment privilégié de création et rencontre une émotion de type divin. La création artistique est un instrument de connaissance et d’émotivité qui relie le peintre au Créateur. Le dépouillement est la caractéristique principale de ces œuvres. Tout le décorum et la mise en scène médiévale ont été gommés, on revient à l’essentiel dans le plus pur esprit du renouveau religieux. Cela passe par la simplicité, le naturalisme et la création de formes transcendées et pures comme si elles étaient dictées par la révélation d’un art poétique pictural. L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom (Zurbarán. œuvres choisies 1625-1664) décrit l’œuvre de Zurbarán comme « un essai sur les rapports entre la lumière, la couleur et la matière comme on n’en reverra plus avant Cézanne » (Le Labyrinthe du pèlerin. Mes chemins de Compostelle).

L’approche coloriste de l’artiste est très innovante. Elle est faite de contrastes délicats, d’éclairages subtils, de cadrages précis, et de grande sobriété qui range cette production artistique auprès de nos peintres modernes. Le rendu des textures et des tissus, lins, draps brocards, drapés, peaux de mouton, chevelures ont une plastique presque tactile mais divine aussi car c’est Dieu qui semble s’immiscer dans la matière. Une des marques de son originalité est son intérêt pour la vie quotidienne et des objets qui semblent posséder une âme. En effet dans ses tableaux on retrouve souvent des petits ensembles de natures mortes qui ont une puissance symbolique évidente. La tasse remplie d’eau pure qui s’imprègne de lumière, l’assiette d’étain – une image de la planète qui reflète la lumière, encore vue comme un plateau dans l’univers ? – la rose qui renvoie à la virginité de la vierge et à la nativité, des fruits et des flacons…isolés ou regroupés pour suggérer le dénuement humain, l’humilité et la ferveur. Le tout, loin des canons de l’époque qui célèbrent la munificence, la richesse et l’esprit de conquêtes.

Les tableaux de cet artiste mettent en lumière la vie des saints, de martyrs et de moines qu’églises et convents lui ont commandés. Contemporain de Rubens, il ne montre aucun intérêt pour les portraits mondains ou les nus voluptueux inspirés de la mythologie.

12272994271?profile=originalLe spectateur moderne est touché par la modernité de l’approche et son intemporalité. La frontière entre le sacré et le profane est mince et la lumière joue un rôle crucial dans le dialogue entre les deux dimensions. L’homme est à l’image de Dieu ou dieu fait à l’image de l’homme par le regard humain semble nous dire la toile du « Christ en croix contemplé par saint Luc, ca 1655, Madrid Museo Nacional del Prado ». Il semble que c’est le peintre lui-même qui s’est glissé dans le vêtement intemporel du saint. Le visage du saint en extase est inondé de lumière, une lumière intérieure faite du miracle de sa spiritualité intense, sa palette et ses pinceaux offerts en hommage. L’espace est vide et découpe la forme sculpturale du Christ dont le visage humain est presque plongé dans les ténèbres alors que son corps semble illuminé par une lumière venue d’ailleurs. Le fond neutre du Golgotha souligne la solitude de l’homme et le caractère austère et humble du dialogue.

12272994090?profile=originalL’exposition est divisée en 12 sections, chacune consacrée à un contexte spécifique suivant un cheminement à la fois chronologique et thématique. Dans la première salle, on peut admirer Saint Grégoire, vêtu richement certes car il est pape, mais bombardé sur un fond neutre. Il tient dans ses mains gantées le livre sacré dont la tranche est du même rouge presque fluorescent que les gants, un message explicite dont on ne peut détourner le regard. Au bas de son étole, on retrouve Saint Pierre, en hommage à la filiation avec le fondateur de l’Eglise catholique romaine. Le visage naturaliste du lecteur est illuminé par l’intensité de la rencontre spirituelle. Dans la même salle on est tout de suite confronté à l’extrême vitalité et au caractère humain très dynamique des personnages. Supplément d’âme ou supplément de vie ? Les deux. Le rendu des mouvements est extraordinaire, que ce soit pour « La guérison miraculeuse du bienheureux Réginald d’Orléans » guéri par la Vierge grâce à l’intervention de saint Dominique ou pour le « Saint Dominique à Soriano », une peinture illustrant le moment où la Vierge accompagnée de deux saintes apparaît à un moine pour lui remettre une image de saint Dominique. Un miracle très particulier dans lequel une peinture participe même à l’acte fondateur d’un ordre religieux. La légende raconte qu’en 1510, inspiré par saint Dominique, le frère Vicente de Cantazano arriva à Soriano pour y fonder un couvent. Dans la nuit du 15 septembre Frère Lorenzo da Grotteria, le sacristain reçut l’apparition de la Vierge accompagnée de Marie-Madeleine et Catherine et reçut d’elle une toile montrant l’image de saint Dominique qu’il fut chargé d’accrocher au-dessus de l’autel pour remplacer l’image fruste peinte au mur. Cette salle est en effet consacrée aux nombreuses commandes des Dominicains, cet ordre de prédicateurs hélas liés à l’Inquisition.

Dans la deuxième salle les commandes émanent de l’ordre des Mercédaires (couvent de la Merci Chaussée) où l’artiste et tout son atelier se sont installés pendant la réalisation de leurs commandes. Ces œuvres illustrent des scènes de vie de saint Pierre Nolasque, fondateur de l’ordre. La composition soignée des œuvres, en formes triangulaires ou pyramidales, visent toujours à l’essentiel. Elles sont de véritables mises en scène où le céleste et le terrestre se retrouvent côte à côte dans un souci de proximité du religieux pour l’homme. La maîtrise picturale des tissus est à nouveau très subtile, particulièrement les vêtements blancs et contribue à donner l’impression d’illumination divine.

La salle 3 présente « Saint François » (ca 1635), une œuvre de grand format prêtée par le Milwaukee Art Museum. Le saint apparaît en pied, se détachant sur un fond indéfini plongé dans la pénombre. La lumière sur l’habit franciscain produit un effet sculptural comme si la figure était une projection tridimensionnelle impressionnante. Le visage bistré, barbu, plongé dans l’ombre de la cagoule franciscaine, contraste avec les mains et les pieds nus fortement éclairés. Le message mystique est évident. Le poids et la texture du vêtement de bure brunâtre et le crâne tenu dans les mains engagent à une méditation sur la mort. La vie contemplative, la solitude monastique, l’austérité, le mysticisme et l’importance de la prière sont présentes dans ce tableau et justifient le succès du peintre auprès des ordres monastiques.

12272994072?profile=originalDans la salle 4 on rencontre les natures mortes. Mais le sont-elles vraiment ? Fortes et expressives, ces œuvres sont des objets de méditation pour mettre le spectateur en relation avec Dieu. On est au cœur de l’intime et des questions métaphysiques. Les « bodegones » désignent les scènes de genre et les natures mortes des maîtres espagnols. Deux œuvres du maître illustrent la simplicité, l’ascétisme et la rigueur sans pour autant y mettre de la sévérité. On retrouve la tasse remplie d’eau, l’assiette d’étain, la rose … Deux autres natures mortes, moins dépouillées sont attribuées à son fils, Juan, peintre également.

12272994081?profile=originalLa salle 5 est centrée sur la passion et la mort du Christ. Un « Agnus Dei » est représenté, isolé sur fond sombre et neutre, pattes entravées, symbole d’innocence, d’humilité et de compassion. Au-dessus de sa tête prête à être immolée, flotte une délicate auréole. Ce symbolisme qui préfigure la passion du Christ est annoncé dans Isaïe (Is 53,7).

12272994868?profile=originalSalle 6. Année 1634 : grand tournant : Zubaran est appelé à la cour pour une campagne de décoration du salon des royaumes au palais Buen Retiro à Madrid, siège du pouvoir royal de Philippe IV. Il est appelé à peindre des scènes des travaux d’Hercule, le héros de la mythologie considéré comme fondateur mythique de la monarchie espagnole. On retient deux œuvres très fortes, (visionnaires?), celle d’Hercule affrontant le lion de Némée et celle de La mort d’Hercule, le corps prisonnier d’un manteau de flammes.

12272994881?profile=originalLa salle 7 rassemble des scènes de la vie quotidienne de l’Enfant Jésus très touchantes et pleines de symboles prémonitoires de la passion du Christ. Le quotidien de la vie commune à tous les hommes et les femmes de toute époque se voit ici sacralisé dans les scènes de l’enfant à Nazareth. Marie, grande figure pyramidale, est représentée comme l’image même de la mélancolie : elle a interrompu son ouvrage de broderie et, main appuyée sur sa joue avec une larme qui coule, elle semble plongée dans une rêverie accablée : son fils de dix ans vient de se piquer le doigt à une épine. La Vierge enfant endormie (ca 1655-1660) est tout aussi émouvante. Le visage est inondé de lyrisme mystique, et invite à la réflexion intellectuelle. Le livre que la jeune enfant endormie sur sa chaise tient dans la main et le tiroir de la table entr’ouvert rappellent que l’histoire est en marche et que la vérité est écrite dans le livre.

On retrouve des images de La Vierge dans les salles 8 et 9 qui célèbrent le culte marial et l’Immaculée Conception. Zurbaran cultive la représentation d’une vierge très jeune, sans tache, animée de pureté et de candeur enfantine. On retrouve ici principalement une construction verticale, des vues de la ville de Séville, des fonds dorés comme dans les icônes, le bleu céleste, des allusions au Cantique des cantiques… le cyprès, le palmier, le puits, le jardin, etc. s’observent aisément dans les premières versions et se confondent plus tard avec le fond, avant de disparaître entièrement.

12272994853?profile=originalLa salle 10 emmène le spectateur vers le nouveau monde. Les commandes de monastères se sont taries et le peintre cible une clientèle plus lointaine. Il va exporter vers l’Amérique mais sera rarement payé pour sa peine car les pirates affluent et les œuvres atteindront rarement les commanditaires du Pérou ou de l’Argentine. C’est dans cette salle également que l’on peut admirer « Sainte Casilde » (ca 1635) une sainte vénérée pour avoir été rebelle à son père et avoir nourri secrètement des prisonniers. Ainsi ses doigts innocents transformèrent en fleurs  les pains qu’elle transportait. C’est la toile qui fait l’affiche de l’exposition et la couverture de son splendide catalogue. Le tissu de la robe d’une rare beauté et les bijoux resplendissants symbolisent l’élection divine.

La salle 11 présente des œuvres baignées de lumière, aux tonalités douces. Zubaran s’est installé définitivement à Madrid – la peste de Séville de 1649 a emporté son fils Juan – et il peint dans ses dernières années  en majorité des œuvres mettant en scène la Sainte famille (La Vierge à l’Enfant et le petit saint Jean ca 1658), saint Jean-Baptiste… et un fameux Saint François en extase (ca 1658-1660).

La salle 12 est dominée par ce splendide Christ en croix contemplé par Saint Luc (ca 1655) une œuvre de dévotion privée, qui nous vient du Prado et qui met en scène tout le mystère de la Création dans une réelle virtuosité de lumières et de palette. Un testament artistique et spirituel absolument poignant.


 Sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine Paola

Commissaire: Ignacio Cano
Conseillé: Gabriele Finaldi

https://www.bozar.be/activity.php?id=13203

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administrateur théâtres

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               Nautilus. Navigating Greece  24.01 > 27.04.2014 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

12272991896?profile=originalDepuis quelques années le bassin méditerranéen constitue  le centre d’intérêt de plusieurs expositions initiées par BOZAR. En 2012, Mapping Cyprus. Crusaders, Traders and Explorers faisait la lumière sur le royaume franc des Lusignan. À l’automne 2014, l’exposition Storie di Siena portera sur l’influence de la peinture byzantine sur l’école siennoise de peinture. En ce début d’année 2014, le Palais des Beaux-Arts organise un programme pluridisciplinaire axé sur la Grèce, à l’occasion de la Présidence hellénique du Conseil de l’Union européenne.

La nouvelle exposition qui s’est ouverte le 24 janvier 2014 au  Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, rassemble une centaine d’œuvres et d’objets historiques, esquissant la culture et la civilisation grecques à travers les siècles. Une exposition, réalisée en collaboration avec les ministères grecs des Affaires intérieures, de la Culture et du Sport.

À cette collection exceptionnelle, dont bon nombre d’objets n’ont jamais quitté la Grèce, s’ajoutent 23 œuvres d’art contemporain, toutes liées au thème de la mer. L’historien français Fernand Braudel a décrit de manière  très vivante la diversité incroyable et la vitalité de la mer Méditerranée :

12272992255?profile=originalLa Méditerranée est mille choses en même temps. Pas seulement un paysage, mais d’innombrables paysages. Elle n’est pas juste une mer, mais une chaine de mers. Pas seulement une civilisation, mais plusieurs civilisations ... La Méditerranée est un carrefour séculaire. Pendant des milliers d’années, tout a convergé sur cette mer, troublant et enrichissant son histoire.

 

Lors de ce  dialogue poétique entre le patrimoine culturel et la création contemporaine sept thèmes sont abordés et font voyager le visiteur à travers les siècles  pour renouer avec la riche civilisation hellénique, berceau de  notre civilisation européenne. L'exposition illustre l'interaction entre la nature, la culture, l'identité, l'aventure, le commerce, l’immigration, la politique, la religion et la mobilité sous toutes ses formes. Elle comprend une petite centaine d’œuvres et d’objets historiques (sculptures en bronze et en marbre, poteries…) provenant de 29 musées grecs et  datant de l’art cycladique (3 000 av. J.-C.) jusqu’à l’époque gréco-romaine, en passant par les périodes minoenne, mycénienne, archaïque et classique.

Rencontre de l’antiquité et de la modernité : 20 artistes grecs contemporains (Nikos Alexiou, Alexandra Athanasiadis, Lizzy Calliga, Vlassis Caniaris, Giorgis Gerolympos, Stratos Kalafatis, Katerina Kaloudi, Afroditi Liti, Nikos Markou, Sokratis Mavrommatis, Aemilia Papafilippou, Rena Papaspyrou, Eftichis Patsourakis, Mary Schina, Marios Spiliopoulos, Spyros Staveris, Leonidas Toumpanos, Stratis Vogiatzis, Manolis Zacharioudakis et Opi Zouni) ajoutent leur perception de la culture grecque aux pièces historiques exposées.   

org_14253_img1.jpg Clay rhyton (ritual vessel) from the Palace of Phaistos, 1500-1450 B.C., Archaeological Museum of Herakleion (Inv. P 5832). Courtesy: Hellenic Ministry of Culture and Sports/General Directorate of Antiquities and Cultural Heritage/Archaeological Museum of Herakleion

 

Un voyage à travers le temps

On circule lentement dans cette exposition faite d’étroits corridors comme si la scénographie voulait rappeler le labyrinthe légendaire du roi Minos construit par l’architecte Dédale. « La recherche du Minotaure au fond du labyrinthe  est une épreuve initiatique visant à détruire le monstre bestial qui se cache en chacun de nous? » Cette exposition va-t-elle déboucher  sur une réflexion amenant tolérance, ouverture d’esprit et curiosité de la part des visiteurs ? On ressent en filigrane que la rencontre entre les peuples est indispensable et que l’unité européenne trouve son fondement dans la diversité. On ressent aussi peut-être chez tous ces jeunes artistes grecs la hantise d’un Minotaure néolibéral qui servirait "l'abolition de l'État, le démantèlement des structures sociales", tandis qu’ils essaient, chacun à leur niveau, de tracer un nouveau chemin  vers la reprise économique et la reconstruction d’une société florissante.

images?q=tbn:ANd9GcTe-Mz2Fm1cDamnuBDJLXBdgIqDwWkhAfos3pViT6qmD5WTtj5B4w La première salle s’appelle « Genèse » et comporte  une subtile installation d’Aemilia Papafilippou qui met en scène un utérus mystérieux  représentant l’origine de la vie :  "Sea Testament - Chess Continuum ". La disposition singulière de fils lumineux fait penser inévitablement au fil  conducteur d’Ariane qui, à travers la fluidité perpétuelle, serait comme un acte créatif éternel…une chaîne chromosomique?

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Ensuite, le thème de l’écologie est détaillé et l’accent est mis sur l’interaction entre l’homme et l’environnement, illustrée par des œuvres de l’époque cycladique et par celle de Katerina Kaloudi. Eprise de son pays, l’artiste voyage dans les Îles Cyclades et y photographie des détails de rochers et de pierres. Ses agrandissements, qui font penser à des forêts fossilisées, interrogent la relation complexe entre l’homme et la nature. 

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 Une salle intitulée «Routes maritimes » plonge le visiteur dans l’époque minoenne et mycénienne. La mobilité des populations, des produits et des idées grâce aux routes maritimes y est centrale. C’est une problématique dont Stratis Vogiatzis est très proche. Ces quatre dernières années, il a voyagé en Grèce et à travers la Méditerranée en photographiant le monde dans lequel vivent les pêcheurs. Il y a découvert un univers particulier, où les hommes tentent de dompter la mer et où « les gens de la mer », comme disait Proust, tentent d’aller au-delà de leurs faiblesses.  

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La période archaïque est représentée par le mythe naval de l’Odyssée. La volonté d’explorer les mers, de trouver un nouveau monde et de commencer une nouvelle vie est née il y a des millénaires, mais les photos de Leonidas Toumpanos démontrent qu’elle est toujours d’actualité. Toumpanos a ainsi photographié, dans l’aéroport d’Athènes, des immigrés originaires du Pakistan, du Bangladesh et du Maroc  résolus à abandonner leur vie en Grèce et à s’envoler pour le retour au pays natal.  La légendaire Athènes, source de pouvoir et de richesse, est confrontée aux sculptures d’Alexandra Athanasiadis  qui a travaillé des morceaux de bois, récupérés de naufrages et rongés par le sel, contrastant avec les torses en marbre de jadis. Ah les beaux chevaux!

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 Après le thème de « l’Hégémonie », celui de l’intégration politique et culturelle, la salle « Ecumène », est consacrée à la Macédoine et Alexandre le Grand. L’une des œuvres les plus frappantes est sans doute celle d’ Eftichis Patsourakis. L’artiste recrée l’image du monde en juxtaposant des paysages marins de peintres anonymes et en constituant ainsi un seul horizon. Sa création est une réflexion sur les concepts du collectivisme et du mélange interculturel.  Dans l’Antiquité, les Grecs considéraient la Méditerranée comme un pont entre les peuples qui vivent sur son pourtour.  A chaque escale, les artistes contemporains de cette exposition viennent compléter les perspectives historiques, jeter eux aussi un pont vers un passé commun que l’on tend de plus en plus à ignorer. Les thèmes tels que la mobilité, la migration, la communication et l’écologie  sont omniprésents. Nikos Markou braque son objectif sur le navire échoué au large d’Eleusis.

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Enfin, le visiteur retrouve toutes les périodes confondues dans la salle dédiée à la religion, aux rites et aux mythologies maritimes. Marios Spiliopoulos donne une version moderne des croyances des marins de Syros qui écrivaient des  prières et des vœux dédiés au panthéon maritime  sur les rochers de l’île avant de monter à bord. L’œuvre de Spiliopoulos mélange des inscriptions antiques avec des inscriptions byzantines du 13ème siècle reprenant différentes façons de nommer Dieu devant l’image de l’infinité de la mer lorsqu’il contemple le Divin.

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12272991296?profile=originalA l’heure de l’asphyxie lente mais inexorable de la culture humaniste et gréco-romaine  dans les écoles de nos pays, il est fort utile d’aller se plonger dans cette exposition qui exalte ces pépites précieuses de notre civilisation parées d'un parfum d’éternité tandis que des artistes modernes courageux offrent leur sensibilité et jettent une lumière à la fois  nostalgique et heureuse sur une culture qui a fait la nôtre. L'héritage gréco-romain est la matrice de toutes les langues et littératures de nos contrées européennes. Retour à la salle 1, nommée « Genèse ».

12272992087?profile=originalLe 14 janvier 2014, la Présidence hellénique était officiellement inaugurée avec Armonia Atenea, un concert sous la direction de George Petrou. Cette fois un pont était jeté entre des œuvres de  musique baroque sur des thèmes mythologiques par des artistes extraordinairement brillants et juvéniles. Le message du  ministre grec de la culture Panos Panagiotopoulos « La crise économique et tout ce qui s’est passé et continue de se passer nous fait nous sentir plus Grecs, plus Européens et finalement plus citoyens du monde » traduit certes la nécessité d’un esprit de solidarité globale.

Ce programme de musique autour du XVIIIe européen mêlant Händel, Hasse, Gluck et Vivaldi  a été pris en charge par un ensemble athénien fondé en 1991, Armonia Atenea, reconnu sur la scène internationale depuis de nombreuses années pour sa virtuosité et ses couleurs exceptionnelles. À sa tête, le jeune chef grec, George Petrou, considéré comme l’un des plus grands chefs händéliens. Une découverte !

 

Armonia Atenea

George Petrou direction

Myrsini Margariti soprano

Mary-Ellen Nesi mezzo

Irini Karaianni mezzo

Georg Friedrich Händel Ouverture (Alessandro, HWV 21), Aria "Se nel bosco" (Arianna in Creta, HWV 32), Recitativo & aria "Dove son - qui ti sfido" (Arianna in Creta, HWV 32)

Johann Adolf Hasse Sinfonia (Artemisia)

Johann Christian Bach Aria "Ch'io parta" (Temisctocle)

Giovanni Paisiello Recitativo & duet "E mi lasci cosi ? Ne giorni tuoi felici" (L'Olimpiade), Terzetto "Sciogli oh Dio le sue catene" (L'Olimpiade)

Jean-Baptiste Lully Suite (Phaeton)

Antonio Vivaldi Aria "Vedro con mio diletto" (Il Giustino, RV 717), Aria "Siam navi" (L'Olimpiade, RV 725)

Christoph Willibald von Gluck Dance of the blessed spirits - Dance of the furies (Orphée), Recitativo & aria "Ma fille, Jupiter" (Iphigénie en Aulide)

http://www.bozar.be/activity.php?id=14292&selectiondate=2014-01-14

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https://www.rtbf.be/culture/galeries/detail_rtbfculture_expos_nautilus?albumId=19114

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administrateur théâtres

12272986495?profile=original12272987082?profile=original12272987684?profile=originalLes bavards


Le public et les amis du Lions Club en tenues de soirée et tenues de ville, se sont pressés dans la salle du Centre Culturel de Woluwe Saint-Pierre le 18 janvier dernier pour applaudir un spectacle débordant de bonne humeur et de vitalité. En effet le spectacle de Gala de la section 112C célébrant le jumelage avec la section du Lions de Paris présentait  le charmant opéra bouffe « Les bavards » de Jacques Offenbach.


 Une soirée placée bien évidemment  sous le signe de la générosité puisque les bénéfices vont intégralement  à Cap 48 que le Lions Club soutient depuis maintenant 9 ans. « Les bavards », un petit chef-d’œuvre musical aux accents mozartiens fut créé aux Bouffes Parisiennes en 1862. Il fut  écrit pour le théâtre à Bad Ems, une station estivale à la mode, où les riches touristes côtoyaient la  noblesse lors de leurs séjours aux sources thermales.  Offenbach lui-même y cherchait la guérison ou le soulagement  de ses accès de goutte chronique. Lors de ses séjours, ce toxicomane de la roulette a également  perdu plusieurs fortunes sur les tables de jeu de ce charmant lieu de villégiature.

 L'action des  « Bavards »  met en scène un jeune poète noble mais impécunieux, amoureux bien sûr  et  que la volubilité de  parole hautement vertigineuse servira  pour le rhabiller de pied en cape, lui faire gagner un pari et remettre ses finances à flot. En prime, une façon élégante de s’introduire chez la belle à l’insu de son oncle Sarmiento. Il a  promis à celui-ci de réussir à  faire taire l’irrépressible  bavardage de  sa femme Beatrix (une impérieuse Pati Helen-Kent).  Et voilà le vieux barbon (joué brillamment par  le  très réputé Chris De Moor)  affublé de deux bavards invétérés dans sa maison! Qu’importe, après une série d’intrigues et une scène de silence extravagante où la salle entière n’en peut plus de rire, Roland sera enfin récompensé par le tuteur et une fois réargenté (!) obtiendra la main de la jeune fille!

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Cette œuvre musicale se doit d’être jouée avec brio, élégance et vivacité. Le tout jeune chef d’orchestre Ayrton Desimpelaere a saisi la balle au bond et nous a conçu une mise en musique limpide et élégante. Il allie un grand sérieux et une connivence naturelle  avec les solistes et le chœur. Tout est joué avec précision extrême et justesse de ton : du lyrique au comique  il y a ce qu’il faut d’humour pour les scènes où le ridicule fait rire le spectateur aux éclats. Usant d’une gestique sobre, il souligne  avec délicatesse les tranches de bavardage, le bruit argentin des sous, les coups de théâtre et la  vie passionnée de Christobal, l’alcade de la ville et  de son greffier.  L’aspect farce  satirique  n’empêche pas une exquise légèreté.  Et, sensualité parfois.   Ce jeune chef  en herbe d’à peine 23 ans  réussit à donner une très belle musicalité dans une salle habillée de  moquette qui pourrait en assourdir les sonorités.  L’œuvre musicale est prise à bras le corps, les dialogues avec les comédiens-chanteurs sont subtils et finement ciselés.  C’est le plus souvent la richesse des mélodies qui séduit et le rythme enjoué de l’ensemble. Malgré la légèreté du propos, pas l’ombre d’un ennui ou d’un bâillement devant cette œuvre qui pourrait nous sembler dater quelque peu par les accents misogynes d’une autre époque. La fraicheur extrême de l’interprétation a séduit et a fait de cette petite fantaisie théâtrale une source d’émerveillement moderne. La comparaison des époques étant déjà en soi une source naturelle d’hilarité! 


Le décor et la mise en scène sont aussi responsables du succès du spectacle: ils sont  aussi volubiles et pittoresques que le texte. On a devant les yeux le bouillant folklore de la rue animée, le palais orgueilleux et tous les accessoires de la chaude Espagne passionnelle. Il y a la grande richesse scénique d’un opéra où le chœur très présent évolue selon une chorégraphie bien huilée et où des danses de  flamencos torrides virevoltent sur les parties instrumentales. La distribution étincelante est dirigée par la chorégraphe, danseuse, chanteuse, professeur de danse et metteuse en scène : Maria Angela Gonzales Sanchez. Elle a signé la chorégraphie de la « Mélodie du bonheur » avec Ars Lyrica au PBA de Charleroi, Bruxelles, Cirque Royal et Forum de Liège.

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Lionel Couchard a interprété le rôle de Roland, le jouvenceau, avec beaucoup d’à-propos et d’intelligence. Sa voix chaude, son énergie primesautière et sa présence scénique donnent une réelle envergure à l’ensemble. On le retrouvera dans le rôle-titre de « Orphée aux enfers » d’Offenbach présenté en février 2014 pour la ville de Neuilly.  Cécile Lastchenko est également passionnée par le chant lyrique et se produit régulièrement à L’opéra  Royal de Wallonie. Nous l’avons applaudie dans le rôle de Susanna dans « les noces de Figaro «  de Mozart au théâtre royal du Parc. Le rôle d’Ines qu’elle interprète dans « Les bavards » est  pure gourmandise. Malicieuse comme chez Molière, elle conquiert le public dès la première scène galante avec Roland. Elle traite sa tante et son oncle avec une savoureuse dose d’humour et d’impertinence. On sait tout de suite que la jeunesse et la joie de vivre auront le dernier mot.  Mais la plus belle voix est  sûrement celle du greffier qui flanque le seigneur de la ville. Elle épouse avec éclat  leurs ardents ébats amoureux aussi drôles qu’emphatiques. Il s’agit de  Joanne Deom, soprano  vive,  puissante et sensuelle qui donne une réplique sidérante  à Cristobal, l’excellent  baryton Marco Zelaya. … C’était Lopez de la Plata dans l’opéra « L’amant Jaloux » de Grétry l’été dernier, un rôle qui lui allait aussi à ravir! Bref un spectacle de Gala qui regorge de vitalité et de fraîcheur fort bienvenues.


L’ensemble Pizzicato dirigé par Ayrton Desimpelaere est un orchestre de 13 musiciens pétulants issus des Conservatoires royaux de Belgique. La première représentation des « Bavards » a eu lieu au château de Marcilly sur Maulne en juillet 2013. Une pépite à haut potentiel?

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www.crescendo-magazine.be/author/adsimpelaere/

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administrateur théâtres

Richard III au théâtre Royal du Parc

12272989285?profile=originalRichard III (Shakespeare)

 

« Me voilà entré si avant dans le sang, qu'il faut qu'un crime chasse l'autre… »

 L’histoire: le duc de Gloucester est un York, le frère du roi Edouard IV qui  a détrôné le dernier des Lancastre, Henry VI, en 1471. Il souffre haineusement de disgrâces physiques et est dévoré par l’ambition. Il fait arrêter son demi-frère, George, duc de Clarence, qui est mené à la Tour de Londres pour y être noyé. Il parvient à obtenir la main de Lady Anne dont il a tué le mari,  le  prince de Galles (fils de Henry VI). Il s’arrange pour qu’Edouard IV meure aussi. Devenu régent, il fait disparaître à la Tour de Londres ses propres neveux, le jeune héritier de douze ans, Édouard V et son frère. Les femmes de la cour sont incapables d’empêcher ces meurtres programmés. Il fait courir le bruit que  Lady Anne est atteinte d’une maladie incurable… Il  se fait proclamer roi sous le nom de Richard III et il obtient la main de sa jeune nièce Élisabeth. Les femmes sont toujours aussi impuissantes à arrêter son appétit dévorant. L'usurpateur règne par la terreur. Le comte de Richmond, leur unique allié,  prend la tête d’une rébellion qui conteste la légitimité de Richard et ses abus de pouvoir. Nous voilà  la nuit de la bataille de Bosworth, en 1485. Le roi Richard est  hanté par les spectres de ses victimes. Il est réduit à combattre à pied, lançant son exclamation célèbre : «Un cheval ! un cheval ! Mon royaume pour un cheval !» (V, 4). Il est vaincu bien que ses troupes soient bien  plus nombreuses que celles de Richmond et trouve la mort. Le  comte de Richmond (Lancastre par sa mère) est proclamé roi sous le nom de Henry VII. Il épouse  Élisabeth d'York, jeune veuve de Richard III. La réconciliation des deux familles signe la fin de la guerre fratricide des Deux Roses et instaure la nouvelle dynastie des Tudor. La paix au doux visage et la riante  prospérité sont enfin possibles!  Ils auront beaucoup d’enfants, dont le futur Henry VIII! Et les photographes de Paris Match  de crépiter! Oui! Car la mise en scène d' Isabelle Pousseur  est  résolument moderne!

Dans son hypocrite voyage vers  la sauvagerie du  pouvoir absolu, le duc de Gloucester, futur Richard III sous les traits de Guy Pion ne connait ni lois divines, ni lois humaines. Il est un  monstre de fourberie, de manipulation meurtrière et de  méchanceté. Pas une valeur humaine ne trouve grâce à ses yeux, il n’a pas une once de pitié et n’éprouve aucun respect  pour  la vie : pour la femme, qu’elle soit  mère, épouse, sœur,  nièce, ou pour l’enfant. Il incarne  l’image démoniaque de la  crapule totale, privée de tout scrupule, de tout sentiment hormis  son amour immodéré de lui-même. Il évolue à la façon d’une machine impitoyable dont  l’ingéniosité diabolique se plaît à prendre le public à témoin et pratique autour de lui un interminable jeu de massacres, singeant la puissance de Dieu en personne. 

La deuxième partie de la pièce démontre enfin que cet être qui se croit illimité est totalement enfermé et prisonnier de  lui-même. La scène où il est hanté par les ombres blanches de ses victimes est sublime. Cette scène qui précède la bataille est d’une plasticité remarquable. Elle  est enfin chargée d’humanité et cela fait du bien!  Chorégraphie et texte épousent finement l’âme torturée du conspirateur avant sa chute.  C’est le cœur de la pièce dont le climat  hallucinant  fait enfin oublier la présence sur scène de cet inutile travesti sorti des années folles qui avait hanté  le plateau au début. Il a fallu  pas mal temps avant de comprendre que ce personnage en perruque et en fourreau à paillettes n’était pas une prémonition de la mort omniprésente mais  la putain d’un des autres ducs, assassiné lui aussi.   

 

Néanmoins on ne comprend pas comment un personnage aussi noir et aussi méprisable que ce mielleux duc de Gloucester réussisse à gagner le cœur de la pauvre Lady Ann qui se lamente au bord de la tombe de son mari tué par le monstre. La scène de sa séduction n’est pas fort convaincante. A moins qu' Isabelle Pousseur,  la metteuse en scène n’ait décidé de mettre  en scène la douloureuse tentation de la collaboration avec l’ennemi. Quand c’est une question de vie ou de mort, il faut beaucoup de courage pour résister. La reddition de Lady Anne est un peu trop brusque, pas vraiment explicable.  Une scène qui fait  froid dans le dos, surtout au vu des costumes choisis, qui rappellent fortement la deuxième guerre mondiale.  L’autre scène très accablante est celle où Gloucester convainc cyniquement sa mère de lui donner la main de sa nièce, la jeune Elisabeth pour  légitimer son nouveau pouvoir.

Le texte a été contracté pour que le spectacle ne dure que 2h 45 entracte compris. Képis, galons et costumes militaires gris ou kaki font partie de cette mise en scène moderne. Le plateau est vide à part une sorte de large  colonne de fin voilages dorés dans laquelle on voit jouer des personnages par transparence avec de splendides effets de lumière. Ce lieu de prédilection pour tous les moments forts de la pièce représente La Tour de Londres,   les  appartements royaux, la salle du conseil du palais où  le perfide Gloucester se fait longuement prier avant « d’accepter » le couronnement. Un micro amplifie ici et là les appels à la sagesse shakespearienne. Pas une goutte de sang, juste une cagoule noire passée sur la tête de la victime qui rappelle le capuchon de la fauconnerie. Il y a ce grand escalier que Richard III monte en conquérant, vêtu d’habits royaux criards avant de le redescendre pour mourir plus tard, seul et abandonné, ayant même fait assassiner Buckingham le fidèle comparse  de ses infamies.

12272989868?profile=originalEn dehors des prestations impeccables de Guy Pion (Gloucester)  et de Simon Duprez (Buckingham), les personnages féminins sont particulièrement bien étudiés et remarquablement  interprétés. Anouchka Vingtier (Lady Ann),  Beatrix Ferauge (Lady Gloucester), Brigitte Dedry (Lady Elisabeth) sont, toutes, admirables. Et le reste de la distribution, à l'avenant!

 Au Théâtre royal du Parc, jusqu’au 15 février, à 20h15 (dimanche à 15h). Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be

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