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"CLOSER", une comédie contemporaine au théâtre LE PUBLIC DU 25/02/14 AU 05/04/14

             « Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir.» Louis Jouvet

 

 « Closer » est une comédie incandescente, mêlant de façon surprenante sentiments, érotisme et humour mordant. Un chassé-croisé amoureux où le sexe, la séduction, la jalousie et le mensonge composent une carte du Tendre  fort amère. À l’instar du roman de Milan Kundera, « L’Insoutenable légèreté de l’être », cette pièce évoque à la fois le plaisir et la douleur d’aimer. Créée au National Theatre de Londres en 1997, puis à Broadway, la pièce  de Patrick Marber est rapidement devenue un succès international joué dans le monde entier. Elle obtint le Laurence Olivier Award, le Critic’s Circle Award, le Evening Standard Award et le Time Out Award. Suivra un film en 2004, dont Patrick Marber signera le scénario. Le théâtre Le Public accueille ce soir de 2014 la splendide production du POCHE GENÈVE sous l’intelligente direction de Françoise Courvoisier.

 

Dans un rythme très tranchant, fait d’éblouissements et de noirs profonds, le miroir de notre société a volé en éclats. Françoise Courvoisier signe une mise en scène élégante et clinique, construite en forme de staccatos en crescendo, comme une formidable partition musicale sans aucune fausse note, terminée par  le point d’orgue d’une danse macabre.   Douze débris de miroir et de temps différents  qu’il va falloir réassembler pour comprendre l’histoire complexe des chassés croisés de ce quatuor  de jeunes trentenaires-quarantenaires insupportables.  Ils ont tous un  esprit caustique et une  force de jeu très précise et expressive, époustouflante de vérité et de modernité. Square-dance d’un type particulier, les quatre personnages se poursuivent  dans une complexité d’émotions haute gamme. Si le langage fort branché est parfois très explicite, la charge émotionnelle inouïe qui siège derrière chaque phrase courte et vive du texte comme un galet brûlant, empêche la vulgarité.  On oscille entre  la subtilité des « Liaisons dangereuses », version moderne, et  celles du « Jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux.

Dan, un écrivain raté, journaliste nécrologique, a sauvé d’un grave accident sur la chaussée, la jeune et séduisante Alice dont  il tombe amoureux dans la salle d’attente de l’hôpital où travaille Larry, le beau mâle. Quelques mois plus tard, une séance de photos avec la photographe d’art Anna (divorcée et dépressive) relance chez Dan une série d’irrésistibles vibrations sexuelles alors qu’il vit avec Alice et en a fait son héroïne de roman. Entre-temps, rejeté par Anna et se faisant passer pour une femme, Dan se lance dans une séance de chat amoureux torride sur internet  avec le beau docteur Larry, dermatologue et caïd sexuel, à qui il donne rendez-vous à « l’Aquarium » le lendemain. C’est Anna qui arrive au rendez-vous et, se remettant rapidement de la méprise, elle lui tombe dans les bras. Le square-dance infernal peut commencer.

 Patrick Marber semble être désenchanté par l’amour et ne croire qu’à la luxure et à  la volatilité de la relation. Il met  imperturbablement en scène la rencontre, la crise et l’inévitable rupture. Dans la pièce il confronte même deux scènes de ruptures  concomitantes! C’est admirablement joué et interprété par ce quadrille de comédiens totalement investis dans leurs rôles.  Une merveilleuse et très convaincante  PATRICIA MOLLET-MERCIER joue la jeune Alice, à la fois oiseau libre et creuset de souffrance et de charme  entre VINCENT BONILLO et JUAN ANTONIO CRESPILLO. Blackbird Fly! A la dernière semaine de répétitions, notre comédienne belge,  FRANCE BASTOEN a accepté de  remplacer au pied levé le rôle d’Anna. Un rôle qu’elle épouse avec une présence et  une sincérité extraordinaires.

 

« Honesty’s the best policy ? »  De trahisons, en  abandons, en  revirements, la vérité est  tour à tour une arme et une preuve d’amour, et le plus souvent, un besoin compulsif de demande ou d’octroi de pardon.

DAN.- Je l’aime.

LARRY.- Hé oh, moi aussi.

Ce n’est pas Anna que vous aimez, c’est vous.

DAN.- Vous vous trompez, je ne m’aime pas.

LARRY.- Mais si, et je vais vous dire quelque chose : c’est vous, les égoïstes, qui avez raison, vous êtes les plus forts et le monde est à vous.

Elle est revenue vers vous parce qu’elle ne peut pas supporter de vous voir souffrir, vous le savez. Et ne me parlez pas d’égoïsme, ce n’est pas Anna que vous voulez. Vous voulez votre revanche.

DAN.- Vous lui ferez du mal. Vous ne lui pardonnerez jamais.

LARRY.- Mais si je lui pardonnerai ; je lui ai déjà pardonné. Sans pardon, on est des sauvages.

 On est néanmoins dans des rapports de force, au lieu de ceux de l’amour. Larry-the-winner-takes-it-all a un penchant effréné d’exigence de vérité qu’il habille des traits de l’amour.Tandis que Dan, le loser, genre anti-héros de Woody Allen, frustré et pénible, a du mal à comprendre qu’il faut parfois pardonner sans vouloir fouiller dans des explications qui font mal. Les deux mâles, mus par un égoïsme également affirmé, veulent surtout garder le contrôle à tout moment, quels que soient leurs « sentiments ».

Le talent de chacun des partenaires pour attirer l'autre n’est dépassé que par leur besoin de posséder ceux qu'ils prétendent aimer. Dans la quête de l’autre il y a un net  penchant pour l’appropriation, … à cause du dépit de ne pas fort s’aimer soi-même, sans doute. Quelle comédie humaine !  Devant la jalousie et le  furieux besoin « d’avoir », la confiance joue les abonnés absents entre victimes ou bourreaux consentants. Portrait incisif d’une société basée sur le défi et le mensonge. "Love and sex are like politics: it's not what you say that matters, still less what you mean, but what you do."

CLOSER

http://www.lepoche.ch/upload/cms/dp_closer.pdf

CLOSER

de PATRICK MARBER. Adaptation Pierre Laville
Mise en scène: Françoise Courvoisier Avec: Vincent Bonillo, Juan Antonio Crespillo, Patricia Mollet-Mercier et France Bastoen.

DU 25/02/14 AU 05/04/14

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=349&type=1

Vues : 495

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Commentaire de Deashelle le 1 mars 2014 à 11:48

Food for thought!

"N'aie pas de jalousies qui n'ont jamais de fondement. Tu sais combien les malheureux sont fidèles ; les sentiments sont tout leur trésor, leur fortune, et nous ne pouvons pas être plus malheureux que nous le sommes ici."

Balzac

http://www.deslettres.fr/lettre-de-balzac-letrangere-je-ne-crois-la...

Commentaire de Deashelle le 1 mars 2014 à 11:22

Commentaire de Deashelle le 1 mars 2014 à 11:22

Commentaire de Deashelle le 1 mars 2014 à 11:21

Commentaire de Deashelle le 1 mars 2014 à 11:21

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