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Une merveille d'humour et de musicalité pour terminer la saison: Voici venir ...de l’imagination en toute chose! Jean-Guy Lecat, le scénographe qui accompagne le metteur en scène Stéfano Mazzonis une fois encore, nous explique que faire une énième représentation de « L’elisir d’amore » de Gaetano Donizetti n’allait pas sans chercher à innover complètement et aller à la rencontre de l’imaginaire populaire. Quelle nouvelle boîte à musique choisir ? Allait-il placer l’histoire au fin fond de la Chine antique, dans une tour de Manhattan, dans le Paris Belle Epoque, à Waterloo morne plaine? Bingo ! L’idée fertile et audacieuse à la fois lui vient d’installer l’intrigue légère - la pochade à vrai dire - au pays des dollars, dans un village de la belle époque du Far West! L’occasion de redoubler d’humour et de rires.
Vous verrez : un shérif en chapeau étoilé, le saloon aux portes battantes, la rampe où l’on attache le piaffant cheval Sunshine (de Nathalie Trillet) , le croquemort qui ne cesse de mesurer ses cercueils, des brigands armés jusqu’aux dents, des Daltons emmenés à la prison boulet au pied, des dames de la campagne en robe empire, en crinoline ou en coiffes de la petite maison de la prairie menées par une généreuse Julie Bailly, des vivandières de petite vertu, accrochées aux basques d’une garnison de militaires en costume bleu de la guerre de sécession. Une délégation du Moulin Rouge envoyée en stage de l’autre côté de l’océan. De quoi constituer un chœur extrêmement vivant, dirigé, pour la dernière fois hélas, par Marcel Seminara. L’élixir était de parfaite et rare qualité, et nous en aurions bien repris quelques rasades…
Lors de sa création en 1832 « La Gazetta di Milano » écrivit : « Le style en est brillant, le passage du bouffe au sérieux est effectué avec des gradations surprenantes et les émotions sont traitées avec une véritable passion musicale… L’orchestration y est toujours brillante et appropriée aux situations. Elle révèle la main d’un maître et accompagne une ligne vocale tantôt brillante, tantôt vivante, tantôt colorée. Airs, duos, trios, morceaux d’ensemble, tant au premier qu’au second acte, tout est beau, très beau et fut très applaudi. Dire quel morceau est le plus beau serait une tâche bien difficile ».
Belcore, le joli cœur aux pectoraux bien saillants est interprété par un Laurent Kubla au meilleur de sa forme de surprenant superman et de belcantiste…Effets d’épaulettes, bouquet de fleur volé offert lors d’une demande en mariage expresse à la riche et capricieuse belle du Sud Adina (la sulfureuse Maria Grazia Schiavo), qui se complaît ...dans la lecture de Tristan et Yseult (Rires). Elle ne cesse de repousser avec railleries les avances du timide Nemorino, homme de rien, jeune paysan naïf, qui délire d’amour véritable pour elle. Une interprétation très émouvante et poétique de ce personnage nous est fournie par Davide Giusti. C’est craquant d’authenticité, tant le drame vécu balaie d'un coup la bouffonnerie de l’opéra. Ses duos avec la dulcinée sont pleins de rebondissements, au propre et au figuré. Ceux-ci sont figurés sur scène d’ailleurs, puisqu’un authentique maître chien (Elodie Vercel) s’évertue à taquiner son pauvre chien (Guizmo) envoyé chercher et rapporter un gant batailleur. Malgré tout, cette activité sur scène ne distrait nullement de la musique, elle la fait vivre de façon étincelante, dans un écrin d’humour et de joyeuse galéjade.
Et maintenant, le clou du spectacle : Adrian Sampetrean, l’inénarrable charlatan Dulcamara en chapeau rouge, costume à franges et lunettes de soleil Michael Jackson, qui promet à l’amoureux éconduit une nouvelle chance au travers d’un prétendu philtre d’amour... Vous le verrez pénétrer dans le village de Wallon Valley dans son équipage rutilant conduit par deux chevaux harnachés comme bêtes de cirque. Le tout dans un nuage de poussière et de cupidité aveuglante. Le charlatan des charlatans - un escroc à faire frémir la faculté - d’une stature extraordinaire, se gargarise de verbe, de vocalises et d’autosatisfaction, berne un village entier, et abuse sans sourciller de la crédulité du jeune Nemorino tout en usant d'une certaine sagesse bachique. Mais si philtre il y a, il se trouve dans la cassette d’un notaire… « Il n’est pas de destin contraire qui ne puisse évoluer » chantent les pizzicati à tue-tête sous la conduite vive, enthousiaste et harmonieuse de Bruno Camanella qui n’a pas hésité à injecter l’un ou l’autre « Old Mc Donald had a farm » joué sur clavecin. « Oublie ma froideur, je te jure un amour éternel ! » jettera la précieuse Maria Grazia Schiavo dans un dernier air où brillent recettes et amour !
Mais c’est l’air grave et tendre de Nemorino « Una furtiva lagrima » Acte II sc 7 ... brodé sur harpe et basson, qui restera sans doute gravé dans nos cœurs, malgré les fous-rires dûs à la mise en scène et à la brillante scénographie. Ce dernier spectacle de la saison de L’Opéra de Liège est à la fois un clin d’œil sur la très brillante saison passée et une ouverture à encore plus de découvertes savantes et drôles pour l’année prochaine.
http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/lelisir-damore
Saison : 2014-2015
Durée : 3h Langue : Italien Direction musicale : Bruno Campanella Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera Chef des Chœurs : Marcel Seminara Artistes : Maria Grazia Schiavo, Davide Giusti, Adrian Sampetrean, Laurent Kubla, Julie Bailly
Nombre de représentations : 5
Dates : Du vendredi 19/06/2015 au samedi, 27/06/2015
http://www.opera-online.com/items/productions/lelisir-damore-opera-royal-de-wallonie-2015
Productions liées:
Dates de représentations 10 mars 2016 19:30:00
14 mars 2016 19:30:00
19 mars 2016 13:00:00
23 mars 2016 19:30:00
26 mars 2016 20:00:00
30 mars 2016 19:30:00
02 avril 2016 20:00:00
07 avril 2016 19:30:00
La distribution Aleksandra Kurzak Vittorio Grigolo Mario Chang Adam Plachetka Alessandro Corbelli Pietro Spagnoli Personnages de l'œuvre Adina Nemorino Nemorino Belcore Dulcamara Dulcamara -
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Gidon Kremer insiste pour sous-titrer ce projet musical et visuel « Tableaux d’une autre exposition » Selon lui, il est possible grâce à la musique de s’adresser au conscient et au subconscient du public sans faire appel à des stéréotypes politiques mensongers. La combinaison des perceptions musicales et visuelles est capable d’agir sur l’auditeur et le spectateur, comme un œuvre de Bach et de Vermeer, ou de Tchaïkovski et de Petrov-Vodkin. La confrontation des images et du son génère un espace pour la recherche de soi-même et de son rapport au monde. « Avec notre projet, insiste-t-il, nous essayons de rendre une conscience qui ne soit pas anesthésiée par des moyens de communication de masse et de nous forcer à sentir les événements tragiques qui nous entourent, ainsi que notre responsabilité par rapport à ces événements. Pousser chaque spectateur et auditeur à regarder au fond de lui-même, à réfléchir au destin de l’humanité et à notre propre rôle dans ce qui se joue aujourd’hui. En dépit de la manipulation des media. L’indifférence est la plus dangereuse maladie. Si l’art ne possède pas la capacité de sauver le monde, il possède au moins le pouvoir de nous rendre meilleurs. »
La deuxième partie du concert est dédiée « à ceux qui… » « To those who continue to suffer in Ukraine » C’est le Requiem for Ukraine pour violon d’Igor Loboda (1956). Ce sont de longues notes lancinantes explosées par des syncopes brutales, puis un bras le corps d’accents slaves. Au cœur de l’acidité mordante d’une déconstruction inéluctable, le violoniste se débat avec une énergie opiniâtre. Le public respire à peine.
La puissante version pour orchestre de chambre de Jacques Cohen de l’œuvre de Mussorgsky, est soutenue par les toiles insoutenables de souffrance humaine de Maxim Kantor. Les percussions claquent comme des armes de guerre. Le temps n'est plus à la douceur impressionniste, ni aux pleurs pour la mort d'un ami cher! On est au temps des génocides...











