Un triomphe pour une pièce sublime, « L’affrontement » joué au Centre Culturel d’Auderghem avec un duo de choc : Francis Huster et Davy Sardou ! Où C C C ne veut pas dire Cellules Communistes Combattantes mais Crises du Catholicisme Contemporain. Le pitch : « Comment Choisir entre la liturgie et le MUSIC-Hall » Et dans ce débat ardent, ce sont évidemment les questions qui vont au-delà du catholicisme et concernent directement le cœur de l'être humain, qui donnent à cette œuvre une valeur universelle.

Tim Farley, celui que l’on doit appeler « mon père » (Francis Huster) a recours à la flatterie de ses paroissiens et les divertit avec des sermons qui contournent les problèmes inquiétants afin de protéger sa Mercedes, ses voyages en Uruguay et l'offre généreuse de vins fins qui ornent le double fond de sa bibliothèque. Son monde bien ordonné est perturbé par l'arrivée de Mark Dolson (Davy Sardou), un jeune séminariste intense et idéaliste que le Père accepte à contre cœur de prendre sous son aile. Il y a un conflit immédiat entre les deux, alors que le jeune homme remet en question le mode de vie luxueux du prêtre âgé, celui-ci est consterné par la confession de Mark qui a mené une vie de promiscuité bisexuelle avant de choisir la prêtrise.

Le drame psychologique oppose deux sortes de sacerdoce. D’une part celui du vieux curé irlandais, retraité de la foi, installé confortablement dans une paroisse riche et prospère, un homme qui ne veut pas de vagues et dispense un discours de guimauve, se soumet hypocritement à l’autorité hiérarchique et aux compromissions, un homme qui frémit de déplaire à une congrégation docile et béate mais fort loin des béatitudes chrétiennes. De l’autre, celui du jeune séminariste, une âme perdue et retrouvée, courageuse, ferme et déterminée qui a connu les citadines, les citadins et même le trottoir pour survivre, dès l’âge de 17 ans. Cela a des vibrants accents de Gilbert Cesbron…
Le débat récurrent remet en question l’accession des femmes au sacerdoce toujours refusée dans l’Eglise Romaine. Rien non plus, selon Mark Dolson, n’interdit à deux hommes de s’aimer! Débats à l’évidence toujours d’actualité, alors que la pièce « Mass Appeal » de Bill C. Davis avait été écrite en 1981 et fut traduite et jouée par Jean Piat et Francis Lalanne en 1996, une version tragique, provocatrice et sulfureuse. Si le fond de la pièce n’a pas changé, l’attitude du public du XXIe siècle a évolué. On accepte désormais de nouveaux codes et le rire dénonciateur est devenu un Credo omniprésent, ressenti comme la meilleure parade aux tentatives totalitaires ou intégristes.
En effet, 20 ans après, la nouvelle version qui déferle sur les planches du CCA est une nouvelle adaptation signée par Jean Piat et sa fille Dominique Piat. Elle est bourrée d’humour explosif. C’est une mise en scène de Steve Suissa. Le décor dynamique de Stéfanie Jarre permet le passage habile de la chaire au presbytère. Les jeux d’ombre et de lumières évocateurs sont signés Jacques Rouveyrollis et les costumes, Edith Vesperini. Steve Suissa a ourlé son travail de chansons d'amour émouvantes - américaines pour la plupart - qui séparent chaque scène, faisant chaque fois accéder à plus de bonheur spirituel et plus d’amitié, ce qui est un autre thème puissant développé avec grande intelligence tout au long de la pièce. La musique ne facilite-t-elle pas l’accession à ce monde invisible par lequel on existe ? Le jeune-homme bourré d’insolence et de sincérité veut que l’église se remette en question, remettant au centre de ses préoccupations la seule chose importante, l’amour et sa variante: l’amitié. Et son rire, joint au nôtre, remet les choses en perspective.
Notre siècle ne permet-il pas à présent de rire de tout ? Le rire ouvre à la réflexion, y compris celle qui demande pourquoi on se pose telle ou telle question. C’est la liberté de parole plus vivante que jamais, qui creuse le sillon de l’humain. L’affrontement des deux hommes les met face à face avec eux-mêmes. Chacun finit par devenir ce qu’il est, et la question Shakespearienne de « to be or not to be » prend toute sa pertinence. Les deux rôles collent littéralement à la peau des deux comédiens et les spectateurs - pris pour des paroissiens - eux aussi, se transforment et tentent de trouver leur propre vérité avec eux-mêmes. La magie théâtrale a sondé l’humain avec une profondeur et une habileté qui met les larmes aux yeux. Et qui n’a pas eu envie d’entonner Alleluia, Alleluia… en fin de spectacle, au nom de la vérité de chacun?
Au cœur de sa programmation, la saison Paris-Théâtr...e présente le meilleur du théâtre français en général et parisien en particulier. 7 pièces à ne pas manquer, faisant passer le public du rire aux larmes et où l’émotion et la surprise sont toujours au rendez-vous. Une saison basée sur le divertissement, les coups de cœurs et la diversité !
http://www.cc-auderghem.be/index.php/component/redevent/details/270.html
24.02.2015 - 01.03.2015 20.30 h - 15.00 h








