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La rencontre.

 

Votre sourire immense,

est semblable à ce quartier d'orange

dont se désaltère conquis mon regard ébloui,

jusqu'à faire naître en lui un flamboiement sucré,

une audace passagère,  un grand soleil ;

tout cela n'est-il pas le fruit "de la rencontre",

celle qui occasionne en soi un ras de marée tout bleu,

mais point de vague à l'âme !

Votre sourire immense,

est un orage clair entre vous et moi,

une danse partagée !

 

NINA

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Vernissage

Dans la chaude atmosphère des rivales couleurs
Se pressent à l’infini des bras croisés,
Des regards de joie émerveillés
Où courent des flammes de bonheur !

A chaque détour un art nouveau se révèle,
Un caractère imprimant sur la toile,
Sa vision imaginaire, ôtant le voile
D’un amour, d’un rêve , d’une peine éternelle.

Artiste -peintre, écrivain des ardeurs et des douleurs,
Tu es debout près de ton oeuvre avec le sourire ;
Vainqueur du temps, des saisons qui expirent,
Rien ne t’enlève plus la certitude de cet honneur.

Combien de jours ou de nuits n’as-tu plus compté
A donner à ton rêve secret sa réalité ?
Voilà qu’il est montré, car tu aimes partager
Artiste-peintre, l’univers qui naît de ton intimité.

C’est aujourd’hui que tu exposes de ta vie sa pièce,
Un regard se pose, te voilà compris.
Les paupières lentement acquiescent
Et le délice envahit ton coeur qui te sourit !

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administrateur théâtres

12273135272?profile=original12273135698?profile=original 

« LE CHAT » adaptation théâtrale par Christian Lyon & Blandine Stintzy de  l’œuvre de Simenon. A la mise en scène : Didier Long et Julie Marboeuf.  Décor de Jean Michel Adam. Costumes de Camille Duflos. Lumières de Philippe Sazerat. Musique de François Peyrony.

Avec : Myriam Boyer et Jean Benguigui  

Dans le cadre de la série Paris-Théâtre 

 Au CENTRE CULTUREL D’AUDERGHEM,

Boulevard du Souverain  183  - 1160  Bruxelles 

Infos Réservations : 02 / 660 03 03

http://www.cc-auderghem.be/

 

 

 « Les regards qui rongent ! » Tout un programme ! Inspiré de la communication difficile de Georges Simenon avec sa mère, ce roman noir écrit en 1967,  met en scène Emile et Marguerite qui, cherchant une nouvelle raison de vivre,  ont refait leur vie l’un avec l’autre,  suite à leur veuvage.12273136262?profile=originalMais comment oblitérer le passé ? D’une part, il y a eu Angèle Bouin dont  Emile garde un souvenir ému : vendeuse aimable dans une charcuterie,  elle négligeait la cuisine et le ménage pour aller au cinéma dans la journée. …Façon le grand Georges quand il chantait « Elle laissait beaucoup trop d’pierres dans les lentilles mais s’pendait à mon cou quand j’perdais mes billes! ». Rancœurs : il ramène, pour humilier sa trop honorable nouvelle compagne, le souvenir d’une sexualité ardente, de repas arrosés au resto, et un p’tit coup vite fait sur les chantiers,  alors que les femmes honorables comme Marguerite… restent de bois, ne boivent que de l’élixir des Alpes à  menues gorgées, et vont à la messe!12273135859?profile=original Le cœur d’Angèle a lâché après un accident de bus. Et puis  surtout maintenant, il y a la mort de son chat! Retour de manivelle vengeur pour la mort du perroquet de Madame.  D’autre part, pour La Dame des lieux, il y a le frissonnant souvenir de  Frédéric, son premier mari, qu’elle a épousé en toute innocence alors qu’il avait ruiné son père… Vous  la verrez  parler avec émoi à ce souvenir enchâssé dans un décor très subtil, face à la cuisine en formica,  paré de toutes les qualités : l’amour de la musique, le raffinement, la richesse d’antan, un monde de différence!

 Mais les nouveaux mariés  sont tous deux dans une impasse, regardant ensemble et impuissants, leur monde s’écrouler sous les assauts des promoteurs. C’est profondément triste. Elle a voulu faire front avec son ouvrier de voisin, exigeant le mariage pour la bienséance, mais sa détresse s’est mutée en haine profonde de son manque de manières et devant le spectacle intolérable des maisons de son ancien patrimoine qui meurent une à une autour d’elle!

12273135657?profile=originalLa mise en scène volette d’une époque à l’autre, au gré de la mosaïque des souvenirs épars.  Elle (se) rejoue leur improbable rencontre, son émoi attendrissant de jeune-fille alors qu’elle est une « Mamy », sa jeunesse à elle sans la moindre goutte d’amour et leur mutuel élixir de haine en pleine croissance. Il y a de la part des comédiens  un art consommé de l’observation des comportements et celui d’une interprétation intemporelle, éminemment juste et nuancée. Les paysages d’antan tournent sur eux- même, à la façon d’une horloge à remonter le temps, tandis que la ruine mutuelle se tricote inexorablement.12273134700?profile=original Superbe opus théâtral sur  la triste réalité de certaines  vies quotidiennes, qui suscite  heureusement plus souvent dans la salle le rire que les larmes. L’interprétation magistrale de Myriam Boyer et Jean Benguigui  est au moins  aussi glaçante  que ne l’était celle de  Jean Gabin et Simone Signoret dans le film éponyme de 1971.  Mais il s’agit d’un  tout autre registre, plus profond, moins manichéen et peut-être moins impitoyable!

12273136096?profile=original

....Marguerite!

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administrateur théâtres

 Nous sommes en 1942 dans la France occupée. Deux officiers allemands  ont été  abattus devant un immeuble. Dans un des appartements on fête un anniversaire. Le Commandant Kaubach - il adore Horace et Virgile - vient annoncer  poliment que deux otages devront être désignés parmi les convives… c’est son cadeau d’anniversaire ! « Si vous ne vous décidez pas, je vous fais fusiller tous les 7 !» 

Julien Sibre a eu l'idée de monter la pièce en 2001, en voyant à la télévision le film de Christian-Jaque, Le Repas des fauves, avec Claude Rich, France Anglade, Francis Blanche, Antonella Lualdi. Il contacta Vahé Katcha, l'auteur de la pièce écrite dans les années 60, pour retravailler l'adaptation avec son accord. Cinq ans de travail  assidu, avant de  monter la pièce en 2010. « Je souhaitais un point de vue un peu plus moderne, que le spectateur soit l'acteur d'une histoire à laquelle il aurait pu ou pourrait un jour être confronté. » Aux Molières 2011, le spectacle a gagné 3 récompenses : Molière de l'adaptateur, Molière du metteur en scène et Molière du théâtre privé pour cette chronique cruelle et lucide de la barbarie ordinaire.  Le spectacle a été joué à Bruxelles en 2012 au Centre Culturel d’Auderghem, récoltant un très franc succès. Déjà joué plus de 600 fois, le revoici sous la griffe d’ Alexis Goslain  au Théâtre des Galeries en 2015 en décors d’époque, avec une très brillante distribution de comédiens rôdés aux comédies de boulevard, tous des artistes sincères et généreux. Le sujet est pourtant grave. Et le défi de faire rire dans un contexte aussi tragique relève de la prouesse, car dans ce jeu difficile, la faute de goût guette chacun des gestes des acteurs, chacune de leurs intonations. Et comment rester crédible, ne pas surjouer des rôles qui frisent la caricature?  Le festin des fauves sera-t-il un dîner parfait? Un régal théâtral très applaudi dès la première, en tous cas. Avec Christel Pedrinelli, Stéphanie Van Vyve, Denis Carpentier, Marc De Roy, Dominique Rongvaux, Fabrice Taitsch, Lucas Tavernier et Michel Poncelet.

Tombe la neige!

Max ne viendra pas ce soir,

 Il est liiiibre Max!

Trève de Haiku, la question glaçante que chacun se pose en dehors de l’aveu de la lâcheté de tous en situation de danger de mort, c’est de  se demander quelle vie vaut plus que celle d’un autre ? Et qui peut oser porter ce jugement? Est-ce celle de Françoise qui a le courage de distribuer des tracts de la résistance? Celle du couple Victor et Sophie Pélissier dont on fête justement l’anniversaire et qui pourrait être enceinte? Celle du médecin grisonnant, enclin aux bassesses les plus immondes mais qui pourrait sauver la vie de tout une patientèle et rejoindre sa femme Madeleine? Celle de Vincent, électron libre qui n’a peut-être plus rien à perdre mais qui, dégoûté par la découverte de la lâcheté générale  et la férocité mutuelle des soi-disant « amis », ne se porte plus volontaire pour devenir l’un des deux otages de l’officier allemand ? Celle de Pierre, devenu aveugle au front, ayant combattu pour la France? Celle enfin de cet industriel  exécrable, Monsieur André, l’homme d’affaire bien décidé à sauver sa peau en se mettant du bon côté, en jouant la loi du plus fort et en prenant les commandes pour manipuler tout ce beau monde terrorisé, afin de mieux se protéger? Mais ils sont tous faits comme des rats. Des propos impensables d’inhumanité et de bassesse ou de mauvaise foi fusent de toutes parts  sous le regard  amusé de l’officier. Le public n’a que son rire pour se défendre. C’est un sauve-qui-peut ignoble et détestable, jusqu’au coup de théâtre final.  …Qu’ils aillent donc tous au Diable éternel, se cacher et  boire la honte de leur triste nature humaine.

Jusqu’au 15 novembre, au théâtre des Galeries

Avec : Christel Pedrinelli, Stéphanie Van Vyve, Denis Carpentier, Marc De Roy, Dominique Rongvaux, Fabrice Taitsch, Lucas Tavernier et Michel Poncelet.

Dans la mise en scène d’Alexis Goslain

Décor et costumes de Charly Kleinermann et Thibaut De Coster, les lumières sont signées Laurent Comiant

 

http://www.trg.be/saison-2015-2016/le-repas-des-fauves/en-quelques-lignes__6020

 

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Marie JGobert

Et si, pour elle, écrire était une évasion. Un besoin de mots qui lui font défaut. Un besoin de dire que la vie n’est pas un long fleuve tranquille et que les jours après les jours ne sont pas meilleurs.  Marie noircit du papier et ressasse ses déboires. Rien n’est facile pour elle. Marie est désespérée.

Mais ce matin, Marie est partie errer sans but. Une longue marche avec elle pour comprendre son immobilisme, son acception, ses regrets, ses remords. Marie marche comme ceux qui ont choisi cette expression pour alerter le monde, pour réveiller les consciences. Marie est seule dans sa tête pour remettre en place sa vie, ses idées, ses aspirations  qui deviennent de plus en plus difficiles.

Marie déambule dans les feuilles mortes, d’un geste triste, elle tape dans les tas rassemblés par le vent. Jeter au loin cette vie qui n’a plus de sens, plus d’attrait, plus de joie et retrouver une perception positive. Prisonnière d’elle –même, elle est sa pire ennemie.

Marie parcourt ainsi des kilomètres et déroule les rames de papier jauni de ses souvenirs. Au fur et à mesure de son effort, les idées s’éclaircissent et le peu de confiance qu’elle possède encore en elle réapparait peu à peu lui apportant un léger réconfort. Sa vie lui appartient. Le ciel s’éclaircit,  la légère brume matinale se dissipe.  Le rythme de ses pas a pris une cadence accélérée, une force inconnue  la soulève et la porte.

Cette marche salutaire a remis les choses de sa vie dans l’ordre qu’il lui convient.  Et comme à chaque fois, elle va se battre contre les monstres qui l’entourent. Elle va refaire de son monde un conte où elle peut s’échapper et vivre. Marie se réconforte dans ses pensées. Un besoin inexpliqué qui l’envahit quand l’adversité s’attaque à elle. Marie n’est pas faible.  Elle se bat depuis longtemps contre des préjugés, des conjectures, des rejets inacceptables. La société a fait d’elle une révoltée pacifique et la vie une rebelle mesurée.  

La fatigue commence à se faire sentir et le poids de ses ennuis s’allège doucement. Encore quelques instants et Marie sourit. Tout ceci n’était pas bien grave. Elle va reconsidérer les problèmes et trouver une oreille attentive. Le gros de la tempête est passé. Marie rit de s’être sentie si démunie. Elle connaît ses ressources et le temps n’est pas venu de baisser les bras.

Marie a du boulot à achever.

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Si vous aimez la peinture (de façon générale), si vous aimez l’art actuel (plus précisément), si vous êtes en Auvergne entre le 13 et le 15 novembre courant, alors, ne ratez pas le premier Salon d’Art Contemporain d’Auvergne qui se déroulera à Clermont-Ferrand / Cournon, juste à côté du Zénith.

Ce salon se déroulera en même temps que le Rendez-vous du Carnet de Voyage, mais attention, ce ne sera pas au même endroit mais au Parc des Expositions et des conventions de la Grande Halle d’Auvergne, en banlieue sud-est de la ville tout à côté de la sortie n°3 de l’A75.

Il accueillera près de 100 artistes dans un carrefour de l’Art qui rassemblera pour la première fois ici en un seul lieu, le plus grand nombre d’acteurs culturels du monde de l’Art contemporain : artistes, galeries, associations, institutions…

C’est dire le complément qu’il apporte dans un registre sensiblement différent du Rendez-vous des Carnets !

  • Quelle différence me direz-vous ?

C’est un autre regard de l’art plus axé sur une créativité en principe non associée aux carnets de voyages.

Sauf pour moi !

Car si je n’y montre pas de carnet au sens littéral du terme, le travail que j’y exposerai est pourtant le fruit d’une réflexion informelle née de mon travail carnettiste en rapport direct avec les aventures ou voyages à l’origine de mes carnets, et tant que je n'ai pas été au bout de ma démarche je peux rester des années sur le même sujet.

Rendez-vous avec un autre visage de l’art vivant au premier Salon d’Art Contemporain de Clermont-Ferrand.Détail du « Territoire de karst » Huile sur toile 25 F (exposée au musée d‘art contemporain de Wuxi et dans deux galeries de Shanghai et Pékin en 2013 - 2014 en exposition prestige d‘une sélection d‘artistes tarnais).

C’est l’une des toiles que j’exposerai sur mon stand : un  témoignage parmi d’autres de l’aventure « Aven aux Merveilles », révélatrice aussi de ma démarche picturale, du sens de ma peinture si on veut, expérience créative introspective qui met en valeur la relation profonde unissant la nature à l‘être humain et repose à ma façon nombre de questions fondamentales dont celle de la perception.

Le karst en profondeur, dans sa minérale nuit, est la mémoire vivante de l’évolution de notre planète depuis les origines du mésozoïque. Seule, l’action de l’eau et des mouvements tectoniques révèlera à notre regard émerveillé les splendeurs ignorées qui sommeillent sous nos pieds.

Tant que nous ne savons pas ce qu‘elles sont, nous ignorons ce que ces splendeurs nous révèlent de notre propre histoire et elles ne représentent pour nous que l’image inextricable d’une entité au visage abscons et inabordable.

Le, territoire de karst, c’est dans son étrange complexité le mystère de la terre, de son pouvoir magique fait de puissance tellurique et de fécondité que les hommes jusqu‘à « nos jours délirants » ont toujours respecté, honoré, vénéré.

C’est aussi un reflet de nos propres mystères, de notre histoire et de nos réalités, où chacun essaie d’avancer en essayant de résoudre l’éternel conflit entre doute et quête du sens, au milieu de questionnements qui resteront sans réponse dans la fulgurance de notre trop courte existence…

Attention, ce n’en est pas une redite en plus grand format de motifs qui pourraient être extraits de mes carnets, mais un travail qui en est le prolongement pictural intime, informel, un développement profond qui va bien au-delà des rencontres visuelles, intellectuelles et humaines qui font déjà l’intérêt d’un carnet.

C’est le produit d’une aventure de l’esprit différente, la matérialisation d’un voyage intérieur qui prolonge et sublime le voyage du carnet lui-même (ou l’expérience qui peut y être assimilée, je vous renvoie à d’autres expériences de la même nature dont j’ai déjà témoigné ici).

Parlons simplement, j’apporterai sur mon stand mon dernier livre, un carnet d’exploration : l’Aven aux Merveilles dont je vous ai déjà parlé ici à sa parution.

Rendez-vous avec un autre visage de l’art vivant au premier Salon d’Art Contemporain de Clermont-Ferrand.
Première de couverture du carnet d’exploration « L’Aven aux Merveilles ». Il ne m’en reste plus que quelques exemplaires que j’apporterai sur mon stand si vous voulez en acquérir un, c’est le témoignage formel (par ce que la « conscience ordinaire » appréhende) de l’exploration des réseaux les plus récents du gouffre aux côtés de mon camarade Roland PÉLISSIER spéléologue renommé.

Fruit de sept ans de travail et d’un engagement total en milieu souterrain au cours d’explorations qui allaient livrer des kilomètres de salles et de galeries aux concrétions d’une beauté remarquable extrêmement rares (classées par le Ministère de l’Environnement il n’y a pas très longtemps)

Cet ouvrage par-delà son témoignage, n’est que le visage du monde que la conscience ordinaire appréhende.

Et puis, il y a mes peintures inspirées de l’Aven aux merveilles, et là, je franchis les frontières du visuel (élément important mis en valeur à travers mes plus récentes expériences travail en « créativité augmentée »), c’est à ce voyage que je vous invite sur mon stand !

Pour y venir je vous offre une invitation au SACA : il vous suffit de me la demander en cliquant ici (à présenter à l’entrée vous ne devriez pas payer, et je vous avertirai de mes futures expositions et activités), vous pouvez l’imprimer à partir du PDF que je vous enverrai mais si vous êtes dans mes correspondants (es) vous l’avez déjà reçue. Mon stand n°35 (en angle) sera situé face à l’entrée principale, et si vous voulez me rencontrer ce sera avec plaisir, nous pourrons aussi bien parler de peinture, sculpture (je vous reparlerai d’ici le début du salon des sculptures de mon père que j’y exposerai aussi), carnets de voyages, stages, etc.

Rendez-vous avec un autre visage de l’art vivant au premier Salon d’Art Contemporain de Clermont-Ferrand.Mon travail en amont dans les profondeurs du karst, une photo prise par mon ami Serge CAILLAULT pendant l’exploration du gouffre dans des conditions parfois épiques en tout cas bien moins confortables que celles d’un atelier ou de la surface, au cours de descentes sous terre qui duraient chacune plusieurs jours.

Une expérience déjà révélatrice de ce que peut nous apporter la « créativité augmentée » associée aux effets du «flow ».

Vous découvrirez dans le prochain article de ce blog une autre toile importante à mes yeux, que j’exposerai au SACA  toujours  en rapport avec cette étonnante aventure.

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L'empressement à révéler

Propos

La ferveur durant la jeunesse
N'est pas freinée par la sagesse
Qui permet dans l'exaltation
De prévoir l'effet d'une action.

L'adolescent ouvert au monde
A souvent une joie profonde
Et un sentiment de fierté
Lors de compliments mérités.

Une oeuvre gardée sans témoins
Est modifiable plus ou moins
Quand on la retrouve à sa place.
Livré, un écrit ne s'efface.

Moi, ce n'est que dans la vieillesse,
Souvent pénétrée de tendresse,
Que j'ai dispersé dans le vent
La poésie de doux instants.

En relisant d'anciens poèmes,
Qui m'émeuvent et certes que j'aime,
Je ne cesse de corriger
Des vers me semblant négligés.

6 novembre 2015

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« Le corbeau noir d’ébène ]…[ a l’air de se demander

 quelle réponse il devra rapporter à l’arche. »

Bret Harte

 

C’est un endroit qui ressemble au pays Shan, en Birmanie...

Ou ailleurs, quelque part entre le Pays imaginaire de James Matthew Barrie et la jungle de Rudyard Kipling…

C’est un endroit étonnant où nature et sculptures s’imbriquent et s’interrogent. Un petit bout-du-monde à Chessy en bord de Marne. Un rêve debout, un rêve sans fin…

C’est un bestiaire fantastique, un petit jardin d’Eden, loin des courants, loin des marchés de l’art et de la mode, entre champs et bosquets, quelques pavillons coquets et la Marne qui coule là paisiblement.

Des matériaux de récupération, quelques outils et du temps, du temps encore et toujours, pour inscrire dans la pierre calcaire sa conception plastique du monde.

Cette œuvre en devenir et pourtant déjà bien constituée, puisque une quarantaine de sculptures monumentales s’élèvent déjà, est due au sculpteur Jacques Servières.

Au départ, il y avait un aqueduc construit dans les années 1860 pour alimenter Ménilmontant des eaux de la Dhuys. Un pont-aqueduc enjambait la Marne et l’eau-vive courait vers Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale le pont est bombardé. Le site est dès lors abandonné.

Des ruines, des pierres, une friche… inspirent Jacques Servières. L’artiste y voit Angkor, ses voyages d’Orient.

Et c’est d’abord l’art khmer qui guide sa main.

12273130078?profile=original(photo L. M.)

Et puis… et puis l’imagination file, la toile se tisse. Un patchwork d’influences, un entrelacs de formes où la nature domine. La femme et l’homme s’y lovent. Le style s’affirme.

 

12273130296?profile=original(photo L. M.)

 

Alors, bien sûr, on pense aussi  à Joseph-Ferdinand Cheval (1836 - 1924). Le Facteur Cheval et son Palais Idéal, qu’il nommait initialement son Temple de la Nature.

 

« Est-on dans l’Inde, en Orient, en Chine, en Suisse ; on ne sait

car tous les styles de tous les pays et de tous les temps sont confondus et mêlés. »,

J-F Cheval, 1911

On peut aussi y voir l’imagination d’un Charles Billy (1909-1991) et son Jardin de Nous-Deux, de Raymond Isidore (1900-1964) et sa Maison Picassiette. Plus encore, peut-être, l’œuvre de l’abbé Fouré (1839-1910), le tailleur fou qui cisela La légende des rochers de Rothéneuf dans le granit breton des côtes de Saint-Malo.

Outre l’influence cambodgienne initiale, il y a aussi des apports de l’antiquité égyptienne ou de l’art précolombien.

12273131652?profile=original(photo L. M.)

Plus loin, l’Art déco s’insinue. Là un moaï s’élève.

 

12273131495?profile=original(photo L. M.)

 

Entre ces cultures le dialogue s’engage…

 

12273131899?profile=original(photo L. M.)

… et l’artiste pétrit son humanité.

 

12273132477?profile=original(photo L. M.)

 

Et puis Bourdelle (1861-1939) est aussi un « voisin », dont le jardin-musée à lui entièrement dédié est situé à la pointe sud de la Seine-et-Marne.

Plusieurs sculpteurs reconnus, universellement admirés, peuvent également être évoqués.

12273132888?profile=original(photo L. M.)

En premier lieu, le norvégien Gustav Vigeland (1869-1943) et son installation au parc Frogner à Oslo.

 

12273133101?profile=originalGustav Vigeland, Frognerparken, Oslo (photo L. M.)

 

D’autres sculpteurs, comme l’américain d’origine ukrainienne Archipenko (1887-1964) ou le Suisse Tinguely (1925-1991) et son Cyclop installé en Essonne à Milly-la-Forêt, peuvent aussi bien être convoqués. Ou même des architectes, tels Kiesler (1890-1965) et sa maison sans fin, lui aussi Américain d’origine ukrainienne,  ou le Catalan Gaudi (1852-1926) au Parc Güell…

Hors les sentiers battus, plus loin plus proches, un esprit follet peut aussi penser à d’autres singuliers contemporains. Filippo Bentivegna (1888-1967) en son Château enchanté de Sciacca en Sicile. Jean-Marie Pidou, sculpteur Tout est Un du granit limousin, et ses Pierres initiatiques de Saint-Nicolas. René Raoult et son Jardin de Pierre en Bretagne. Jacques Warminski qui anime L’Hélice Terrestre en Anjou…

Sans oublier Picasso et son « Rêve », ou ses « Deux femmes courant sur la plage », voire une « Construction molle avec des haricots bouillis », une vision de Dali.

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Deux femmes courant sur la plage, Torremolinos,

près de Malaga, ville natale de Picasso (photo L. M.)

 

Mais Servières est Servières, Dali is Dali, comme un soleil dans le gris du ciel.

Un sculpteur d’infini, qui, d’un nuage, modèle sa paréidolie.

Vive l’utopie !

Vive le Jardin de sculptures de la Dhuys !

Monsieur Servières merci !

12273133892?profile=original(photo L. M.)

Continuez à porter votre projet que d'aucuns disent fou.

Et à bientôt pour le second volet de notre mini-série…

Michel Lansardière (texte et photos)

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Exposition de Cécile Parent

Bonjour.

Vous êtes tous les bienvenus à mon exposition "Symphonie des sphères" à "l'Espace Art Gallery", à Bruxelles.

Jerry Delfosse se fera un plaisir de vous accueillir à l'occasion du vernissage le 12 novembre 2015 et tout au long de l'évènement jusqu'au 29 novembre 2015.

Au plaisir d'une prochaine rencontre.

Cécile Parent

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Aiguilles Godefroy, Déplasse et Viala au Caroux, aquarelle Alain MARCQue les choses soient très claires, cette aquarelle n'est pas une aquarelle comme nous en réalisons toutes et tous au cours de nos balades dans la nature ou nos carnets de voyage (ce qui est déjà formidable quand on peut le faire) : elle est le produit d'une expérience dont le processus commence dans une réflexion et une démarche particulières qui lui sont bien antérieures.

L'intention qui en est à l'origine n'est pas de réaliser une « belle aquarelle » ni une aquarelle révélatrice d'un talent quelconque de son auteur, ni de représenter un paysage en tant que tel, mais d'étudier, d'élaborer et de tester un processus créatif nouveau dont le prolongement ne doit pas s'arrêter à une simple expérience graphique et picturale tout aussi intéressante qu'elle soit.

Mon projet va plus loin que cela, car il touche l’individu dans son développement personnel tout en étant un formidable tremplin dans l’élaboration d’œuvres en arts plastiques comme j'ai pu le vérifier à partir des expériences qui ont suivi (étant à la fois « cobaye et chercheur » dans ce projet il y a un énorme décalage entre la publication de mes articles et les résultats que j'ai déjà obtenus).

Mais ils sont bien là, les produits picturaux de ces expériences, et ils sont loin d'être inintéressants !

Je reparlerai plus tard des phases de développement des croquis aquarellés et des aquarelles de terrain réalisés à travers ces expériences, ainsi que des implications mentales qui ont débouché sur des toiles de plus grand format à partir des méthodes que j'ai développées et qui tirent leurs enseignements du fruit de ces expériences.

Mais aujourd'hui, je témoigne de leur intérêt pour l'énergie positive, l'enthousiasme, l'esprit de réussite et le sentiment d'immense bonheur qu'elles procurent.

Ce qui était le plus difficile pour moi était de transposer la stimulation créative ressentie lors des états de « flow » (également nommés « expérience optimale » selon les psychologues, ou d'entrée dans la « zone » comme le disent les médecins du sport) à un état de conditionnement mental qui la rende si possible reproductible en dehors de tout contexte sportif.

Ce qu'il faut que je transpose de l'action sportive à l'expression picturale est très complexe (les facteurs physico-chimiques et neuromédiateurs déterminants pour le conditionnement mental dans une situation sportive donnée tels que l'adrénaline, les endorphines, la sérotonine, les monoamines, etc., ne sont à cause de mon absence de connaissances spécifiques, ni compréhensibles, ni « envisageables » dans une situation différente du contexte où ils se manifestent).

Alors, j'en relève les éléments que je considère comme déterminants au cours de l'escalade :

    • une projection dans l'objectif clair d'atteindre le sommet avec le plus de maîtrise et d'aisance possible en accumulant un maximum d'énergie positive (celle-ci apparaît sans en avoir conscience si les deux autres s'affirment en synergie),

    • une implication totale, une intense concentration tout au long de l'escalade,

    • la mise en phase dans la totalité de l'action des compétences personnelles (physiques, intellectuelles, mentales, etc.) avec les difficultés du projet (tant globales que sectorielles),

    • un véritable relâchement mental afin de se détacher de toute distraction « externe » pour se concentrer uniquement sur l'environnement immédiat et l'enchaînement des gestes d'escalade (ce que je n'ai pas toujours fait pendant ces deux dernières longueurs de corde, car je me suis souvent arrêté pour contempler, réfléchir et me « nourrir » de mon environnement),

    • une modification réelle de la perception du temps qui s'écoule (je dirai plutôt de son interprétation),

    • une maîtrise presque « absolue » du self contrôle dans l'action (je savais bien avant, que celle-ci était d'abord liée au niveau d'entraînement),

    • l'adaptation immédiate du comportement individuel face aux difficultés techniques imprévues survenues au cours de l'escalade.

 
Aquarelle en créativité augmentée à la Tête de... par Watercolourman

À partir de tout cela, entre les notes prises en analysant mon comportement dans le stade le plus élevé de l'état de « flow » (que je pense avoir vécu pendant l'action sportive), et en établissant un parallèle avec mes méthodes personnelles de concentration lors de toute action picturale, j'en dégage et étudie les différents points communs réunissant les deux actions ainsi que leurs différences, et j'en tire plusieurs analyses débouchant chacune sur des « exercices » particuliers dont l'aquarelle ci-dessus des aiguilles sommitales du Caroux est l'un des premiers produits (de même que mon « chêne vert » ou le « rocher aux lichens » sont le résultat d'autres exercices similaires, l'aquarelle réalisée dans le cours même de l'escalade ne faisant pas directement partie de ces exercices).

Cette vidéo est constituée de deux parties (il est important de bien comprendre la première pour mieux suivre la seconde, car j'y explique ma démarche, l'acte pictural ayant commencé bien plus tôt pendant l'escalade) : a priori, la première (celle de l'escalade), pourrait ne rien à voir avec la seconde (celle de la réalisation de l'aquarelle), il n'en est rien !

Les deux participent à une même expérience (entreprise depuis plusieurs épisodes, voir par exemple l'article précédent) destinée à élargir notre potentiel créatif et à optimiser de nouvelles approches dans le développement de l'expression picturale...

 

Il va sans dire que les méthodes que je suis en train d'expérimenter ne peuvent (pour l'instant) pas s'appliquer à une peinture en milieu urbain ni à un travail où on serait en permanence déconcentré.

Mais je commence à les appliquer sans implication sportive spéciale !

Par contre, les notions d'émerveillement, le rapport à la nature et la façon de se fondre en elle sont des éléments très importants : c'est par eux que passe cette chose si étrange, de l’ordre de l’essence du monde qui permet une projection de l’état intérieur en même temps qu'une interaction entre soi et l’univers (on rejoint ici certains échanges de Michel Onfray avec François-Xavier Bellamy à propos du livre « Cosmos » - et de bien d'autres penseurs présents et passés à travers leurs questionnements – échanges que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans un article récent)...

On touche aussi (mais d'une façon particulière) à l'existentiel. Cela nous amène à d'autres conceptions de l'art contemporain qui relèveraient non plus d'un présent créatif qui veut se différencier, mais de l'universel.

Un art « métacontemporain » en quelque sorte, qui consisterait à ne plus admettre la peinture (ou la sculpture ou toute autre forme de création actuelle) comme une fin en soi, mais comme un témoin de l'intériorité de l'être (par-delà son ego celui-ci n’existant plus dans ce rapport à l'univers) associé à un nouveau questionnement de l’essence du monde dont elle révélerait une forme de perception.

À suivre.

Article et vidéo précédents sont ici : Aquarelle et expérience de flow à la Tête de braque (3e et 4e longueurs)

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HISTROIRE COURTE 32.

LE MIROIR DORE...

Tout est possible! Même si cela fait deux décennies qu'il trône dans l'entrée au dessus de l'élégante commode en chêne clair. Aujourd'hui, je peux, je vais le décrocher ce miroir à la dorure patinée, au tain légèrement dépoli, au charme intemporel!...

Je vais me l'approprier. Il va gravir un étage et fleurir sur le mur bleu pâle de ma chambre, au dessus d'une autre commode marquetée à la sophistication plus élaborée, à la couleur mordorée...

Chaque matin à mon lever, il sera le premier sur quoi je poserai mon regard. Il gardera le secret d'un visage au saut du lit, pas toujours reposé mais toujours inquisiteur.

Miroir, mon beau miroir, oui la vie vaut la peine! Combien de temps encore... je l'ignore. Mais toi, qui es le symbole du changement, toi qui as rythmé depuis si longtemps la vie de toute une famille que tu regardais passer par le hall, si rapide et si irrespectueuse du message que certain jour tu aurais aimé faire passer! Toi désormais, tu ne seras plus que mon confident...

Et voilà, c'est fait, tu es pendu. Je découvre en t'observant la frondaison des arbres du jardin dans ton reflet. Bel automne chante en toi avec ses couleurs vibrantes à connotations impressionnistes, tellement vivantes, que je surprends mon reflet à respirer, comme si je pouvais sentir dans la chambre close, l'odeur de la pelouse encore humide.

Je redescends et contemple le hall dépouillé de toi... qui m'interroge sans aménité!

-Et moi maintenant, comment vas-tu me décorer?

Je souris en retirant du plaid blanc qui la protège, une toile où la mer semble danser au soleil levant. C'est cette vision, si apaisante qui désormais accueillera les visiteurs qui franchiront le seuil de la maison familiale.

Alors... tout à coup, le hall, renonçant à toute plainte, m'a sourit...

J.G.

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 Antinéa

une aquarelle

d'Adyne Gohy

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à été inspirée par

Antinéa

un poème

de Raymond Martin

Mes pensées voguent vers toi, ô énigme, source d'incertitude,

Es-tu là gisante, sous les sables d'ocre ardent?

Je pense à toi, énigme cruelle que la raison rude

Occulte de la mémoire, ton visage rayonnant

Déesse mythique, reine, tu obtins sensualité et beauté en héritage.

Ton royaume antique n'était pas celui de Saba

Mais, digne, Salomon t'aurait certes aimée et vénérée sans partage

Si même l'aurais-tu, cruelle, mené au fatal trépas.

Où es-tu, toi dont tout l'univers se jetait à tes pieds?

Les Dieux t'auraient-ils oubliée dans ce royaume de dunes?

Hantes-tu encore les mortels, les nuits fraîches par les étoiles irradiées,

A la recherche du dernier et insouciant amant au clair de lune?

Hantes-tu encore, lascive dans ton palais lugubre du Hoggar

Cherchant d'hypothétiques indices du passé glorieux de ton aïeul Atlas

Qui régna de la grande île mystérieuse jusqu'à l'Egypte avec égards,

Procurant beauté et sagesse aux peuples bonasses?

Tu régnas des sables fins aux rocs de l'Atlas,

Par la plume romanesque d'un chantre peut-être initié

Ô toi, Antinéa, reine d'Atlantide mystérieuse et salace,

Tu hanteras mon âme troublée pour l'éternité.

Raymond Martin

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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12272749470?profile=originalEn sa courte vie, le comte de Mirandole et de Concordia compta plus d'ennemis que d'amis, mais sa pensée, à la fois conciliatrice et polémique, provocatrice et séductrice, répétitive et apparemment contradictoire, exerça une influence multiple sur des philosophes appartenant à des horizons fort éloignés les uns des autres.

On peut se contenter de voir en lui, à l'aube de la Renaissance « nordique » - puisque l'Italie avait déjà produit dans tous les domaines de l'art et de la pensée quelques-uns de ses chefs-d'oeuvre -, l'un des pères spirituels de Lefèvre d'Étaples, de John Colet, de Thomas More, pour ne pas parler d'Érasme, qui lui saura un gré infini d'avoir tourné définitivement le dos à la theologia disputatrix  héritée de la scolastique pour poser quelques jalons majeurs dans la voie royale de cette théologie philologique et nourricière de l'âme, où il devait lui-même passer maître.

 

De l'exploratio à la disputatio, de la disputatio à la contemplatio


L'existence de Giovanni Pico della Mirandola peut être divisée en deux périodes nettement distinctes, et même opposées, comme le fit dans sa célèbre Vita  son propre neveu, Gian Francesco. Le point de rebroussement de la courbe serait marqué par la fameuse « dispute » romaine : avant, une période d'erreurs et d'errances, de gloire « mondaine », d'aventures galantes, de recherches passionnées du plaisir et du savoir ; après une plongée dans la foi, un retour à l'esprit du Christ, une visée des joies de la patrie céleste, la gloire de Dieu et la « lumière » submergeant la gloire personnelle et les « ténèbres ». On pourrait parler, avec Giovanni Di Napoli, d'un Pic « explorateur », précédant et peut-être préparant cette contemplation finale.

Né au castello di Mirandola, dans la région de Modène, troisième fils de Gian Francesco Pico et de Giulia Boiardo, le jeune comte possédait dès son berceau les privilèges d'une illustre ascendance et d'un riche patrimoine ; sa prestance, heureusement associée à des dons intellectuels hors de pair, devait être célébrée par Ramusio à Padoue, par Politien à Florence. Il perdit tôt son père, et devint l'objet des soins particulièrement attentifs, sinon exclusifs, de sa mère. Femme d'une grande sensibilité et d'une piété fervente, celle-ci souhaitait pour son fils une brillante carrière ecclésiastique. De fait, à dix ans, l'enfant est nommé par Sixte IV protonotaire apostolique et les insignes de sa dignité lui sont conférés par le cardinal Francesco Gonzaga. La même année, il était proclamé prince des orateurs et des poètes. A quatorze ans, il fréquente à l'académie de Bologne les cours de droit, et en deux ans devient un canoniste réputé. Mais les Décrétales le dégoûtent rapidement : c'est de la nature entière qu'il veut désormais pénétrer les secrets, et son ambition est d'acquérir, ni plus ni moins, la science universelle. Pendant sept ans, il parcourt les plus célèbres universités d'Italie et de France, suivant les leçons des plus illustres professeurs et acquérant, en disputant généralement contre eux, une éloquence et une acuité de jugement inégalables. A Ferrare, il étudie les lettres avec Giambattista Guarino, et, de 1480 à 1482, la philosophie à Padoue, où il affronte les idées de l'averroïste Nicoletto Vernia. A Pavie, il s'adonne à la philosophie avec Maioli et au grec avec Adramiteno. En 1484, à Florence, il se lie d'amitié avec Marsile Ficin, Laurent le Magnifique, Ange Politien, et devient vite l'un des plus célèbres et actifs collaborateurs de l'Académie platonicienne. En 1485, à Paris, il entre en relations avec Charles VIII et les humanistes de la capitale, dont l'historien Robert Gaguin. En même temps qu'une multiplicité de connaissances qu'il maîtrise en quelques semaines sinon en quelques jours, il acquiert une expérience des hommes et du monde qui sert admirablement ses ambitions philosophiques. Au cours de ses voyages, il accumule les livres qui feront de sa bibliothèque l'une des plus réputées, et s'enrichit de mille autres connaissances « pratiques » que ses biographes chrétiens lui reprocheront plus tard. A son retour en Italie, en 1486, il se met à l'étude des langues orientales - l'arabe, le chaldéen et l'hébreu - avec l'averroïste Elia del Medigo. Une lettre à Ermolao Barbaro montre bien qu'à la différence de ses contemporains et contrairement à certaines interprétations de son oeuvre, il ne sacrifiait pas la scolastique à l'humanisme. C'est là un trait de son génie qu'il faut déjà noter : l'esprit de synthèse et de conciliation entre des thèses opposées. Les écrits cabalistiques attirent également Pic de la Mirandole, mais il est difficile de savoir si c'était là de sa part une manifestation de sa curiosité universelle ou celle d'une fascination particulière.

En 1486 s'amorce le tournant de son existence ; il compose ses fameuses neuf cents thèses De omni re scibili (Conclusiones philosophicae, cabalisticae et theologicae)  portant sur tous les domaines de la philosophie et de la théologie et assorties d'un défi à tous les savants, d'un appel à une controverse publique. En véritable seigneur de la Renaissance, mêlant le faste à l'érudition, la générosité à la provocation intellectuelle, il offre de payer le voyage et tous les frais de séjour de ceux qui, désireux d'attaquer ses thèses, seraient trop éloignés de Rome, où doit avoir lieu la disputatio.  Mais, devant ce défi lancé par un jeune homme à peine sorti de l'enfance, une coalition se forme et de graves personnages parviennent à faire interdire la confrontation par un décret de la commission papale. Pic fut même contraint, le 31 mars 1487, de renoncer publiquement à treize conclusions jugées hérétiques. Il n'en publia pas moins, le 31 mai de la même année, une Apologia  dans laquelle il accusait ses juges. La réponse ne tarda guère à venir sous la forme d'une bulle d'Innocent IV en date du 4 août.

Persécuté par la curie romaine, il fut arrêté près de Lyon au cours de son second voyage en France, au début de 1488, et incarcéré au donjon de Vincennes, près de Paris. Libéré, il ne s'en vit pas moins refuser l'accès à la Sorbonne pour la soutenance de ses thèses, et il dut revenir à Turin. Invité par Laurent le Magnifique, il se retira à Florence, qu'il ne devait plus quitter jusqu'à sa mort, le jour même où le roi de France Charles VIII y faisait son entrée.

Giovanni avait beaucoup changé au cours des dernières années : l'« explorateur » s'était fait « contemplateur ». Tout d'abord, Pic n'était plus le jeune « coq » qui se pavanait dans toutes les avenues de la science : il pratiquait la dévotion avec sincérité ; un an avant sa mort, il légua tous ses biens aux pauvres. Après son absolution du chef d'hérésie par une bulle du pape Alexandre VI en 1493, il renonça même à toute autre étude qu'à celle de la littérature sacrée, brûlant ses poèmes de jeunesse. Il avait l'intention de parcourir le monde pieds nus en prêchant la parole de Dieu. Mais une fièvre maligne ne lui permit pas d'accomplir ce voeu. Cependant, le grand prédicateur de Florence, Savonarole, qui exerça indubitablement une influence prépondérante sur l'évolution spirituelle de Pic, fit revêtir son corps de l'habit de l'ordre des frères prêcheurs dans lequel Pic avait si ardemment désiré entrer. Ses restes furent déposés dans le cimetière San Marco sous une tombe décorée d'une épitaphe modeste.

Durant ses années florentines, outre Savonarole, Marsile Ficin eut sur lui une influence qui ne fut sans doute pas négligeable pour le persuader que la religion chrétienne représentait le développement et comme la fine fleur du platonisme de l'Antiquité. D'une manière plus générale, l'un des grands problèmes de Pic, pendant sa période de « contemplation » et d'approfondissement de sa propre pensée, fut celui sur lequel toute la scolastique du Moyen Age avait échoué, à savoir la réconciliation de la théologie et de la philosophie.

C'est surtout à cette période de son existence - la plus féconde en tout cas, celle qui devait finalement porter les fruits de ses explorations multiformes à travers le monde des livres et celui des hommes, et de l'exploration de son univers intérieur - que l'on doit la survie d'une pensée mirandolienne originale.

 

L'un et le multiple, Dieu et le monde

Dans aucun de ses traités, Pic n'a fait un exposé complet et systématique de sa philosophie, mais on peut également dire que les thèmes dominants de sa pensée apparaissent dans la plupart d'entre eux, l'Heptaplus , le De ente et uno , l'Oratio de hominis dignitate.  Philosophe de la conciliation - princeps concordiae , comme l'appelaient ses contemporains en jouant sur le mot de Concordia qui désignait par ailleurs la principauté dont il était le comte -, il prétend parvenir à une synthèse des philosophies de Platon et d'Aristote, comme à celle de la philosophie et de la théologie. Affirmant l'identité de l'objet que celles-ci visent l'une et l'autre, à savoir la vérité, il résume sa pensée en une formule fameuse : « Philosophia veritatem quaerit, theologia invenit, religio possidet . » Il affirme aussi l'unité de l'être et de l'objet de la connaissance, unité qui est Dieu lui-même. Entre le monde et Dieu existent les mêmes rapports dialectiques qu'entre le multiple et l'un, puisque s'est opérée une sorte d'identification substantielle entre ces termes, pris deux à deux. L'univers, synthèse du multiple, se compose de trois ordres de réalité, le monde intellectuel - celui de Dieu et des anges -, le monde céleste - celui des corps célestes ordonnés en dix sphères concentriques, dont la dernière est l'empirée ou coelum empireum , source et origine du mouvement dans l'univers - et enfin le monde élémentaire ou sublunaire - celui des êtres terrestres. L'homme est un microcosme, et, en tant que tel, il est composé d'éléments empruntés à ces trois ordres de réalité, formant en quelque sorte un monde en soi. Ces éléments infus dans la substance humaine sont le corps, l'âme et l'esprit, ce dernier ayant une fonction de synthèse unifiante entre les deux premiers. Ainsi se trouve réalisé un véritable miracle de la nature humaine, une synthèse de l'un et du multiple. Dans le meilleur des cas, il arrive à l'homme d'atteindre à la plénitude de l'être ou à la félicité suprême : dans le cas où il réalise sa propre essence, c'est-à-dire en parvenant à une parfaite harmonie entre les éléments qui le composent. En effet, le grand principe de la félicité qui s'étend à toutes les créatures est celui de leur retour à leur origine spécifique. Ces idées sont en grande partie dérivées de la tradition néo-platonicienne et des écrits du pseudo-Denys concernant l'organisation du monde en harmonie avec les sphères célestes et la transmission des effets d'En Haut à la sphère terrestre. On peut également supposer qu'en dépit de la christianisation de sa vie et de sa pensée dans les années florentines, Pic demeura fidèle à l'enseignement padouan et à l'averroïsme d'Elia del Medigo. On sait que, dans les limites prescrites par l'image médiévale du monde, l'averroïsme tentait de donner une explication rationnelle de la nature, sans l'intervention d'aucun dogme théologique. C'est donc dans le cadre d'un déterminisme universel que le problème de l'un et du multiple pouvait se poser. La nature n'est pas érigée en un principe transcendant, car elle n'a ni commencement ni fin dans le temps, elle exprime la totalité de la matière et du mouvement. A la catégorie théologique de la création comme à la catégorie métaphysique de l'émanation était opposée la doctrine de l'éternité du monde. En fait, si l'on examine attentivement son oeuvre, on se rend compte que Pic utilise simultanément le schéma créationniste, le schéma émanationniste et le schéma rationaliste et naturaliste des commentateurs arabes d'Aristote. Mais aucune de ces solutions ne lui paraît capable de résoudre le problème philosophique des rapports de l'un et du multiple, pas plus que le problème théologique des rapports de Dieu et du monde. Si l'on en croit l'analyse de Cassirer au sujet de la philosophie de Pic, il faudrait adopter le point de vue de la pensée symbolique pour comprendre ces problèmes dans la juste perspective. On peut dire que l'un ne contient pas le multiple en un sens substantiel, ou encore que l'unité ne produit pas la pluralité par un quelconque processus causal : Pic envisage le multiple plutôt comme les expressions , les images  ou les symboles  de l'un. Et ce n'est que par cette voie médiate et symbolique que l'un absolu et l'Etre absolument inconditionné peuvent se manifester à la connaissance humaine. Cette position n'est pas entièrement neuve et maints mystiques s'y étaient ralliés. Mais ce qu'il y a de nouveau chez Pic, c'est la conscience qu'il se fait de son statut de penseur et le rang qu'il assigne délibérément à la philosophie : il est et il se veut avant tout un théoricien de la pensée. Quant à la philosophie spéculative - ici encore, pour lui, les deux mots se résolvent en un seul -, elle n'est ni l'esclave ni l'annonciatrice de la théologie : elle est la théologie même. L'amour de Dieu, c'est pour lui l'amour intellectuel de Dieu (comme dira plus tard Spinoza), car c'est seulement à l'intellect qu'est révélé le véritable universel, qui constitue comme un moment nécessaire et la marque authentique de la divinité. « L'intellect agent, écrit-il dans ses Conclusiones  (Opera , 71), n'est rien d'autre que Dieu. » Il semble bien que les interprétations mysticistes de la pensée de Pic échouent devant ce fait assuré que, pour lui, la visio intellectualis  n'est pas un sentiment mystique. Tout en cherchant à accroître le pouvoir de l'intellect jusqu'à son point ultime, il pense qu'en aucun cas il n'est en mesure d'exprimer adéquatement le divin. Mais cette limite même du pouvoir de l'homme est l'expression de sa dignité, de même cette dignité dont il a voulu faire en un discours célèbre le principe de son anthropologie.

 

L'idée du microcosme et la « dignité de l'homme »

Le discours intitulé De hominis dignitate  (ou Oratio de homine, in qua sacrae et humanae philosophiae mysteria explicantur ) constitue en fait la préface que Pic avait rédigée pour la défense de ses neuf cents thèses. On peut considérer ce texte, en dehors de toutes les idées de Pic. Il constitue également, dans cette dernière partie du Quattrocento, comme la proclamation urbi et orbi  de l'avènement d'un monde nouveau, la charte en quelque sorte de l'humanisme, d'un humanisme assurément christianisé, et même d'un humanisme chrétien, quoique en un sens différent de celui d'Érasme, de More ou de Vivès.

Certes, l'image de l'homme-microcosme n'est pas nouvelle, et il n'est pas de culture ou de pensée mythique qui ne l'ait abondamment exploitée. Les philosophes s'en sont emparés à leur tour, ces philosophes grecs et orientaux dont Pic avait lu tous les livres, comme les philosophes plus récents qu'il connaissait aussi. Il ne se satisfait pas cependant de l'idée commune de l'homme, composé de deux natures, l'une corporelle et l'autre spirituelle, car, dit-il, qu'aurait alors cet être de spécifiquement humain ? Ce qu'il veut démontrer, ce n'est pas la similitude  substantielle de l'homme avec le monde, mais plutôt sa différence  spécifique : ce par quoi l'homme occupe une position privilégiée et même exceptionnelle parmi toutes les créatures. L'homme est un être libre, autrement dit son essence ne lui est pas conférée par la providence divine ou par la force aveugle de la nature : il se la donne à lui-même, il est  ce qu'il devient , et il devient ce qu'il se fait.  L'homme est l'artisan de son propre destin - ne disons pas de sa nature -, à moins de voir dans la nature de l'homme non pas une donnée  de base, mais la réalisation  ou l'actualisation  d'une essence. Pensée audacieuse qui, présentée ex abrupto , pourrait évoquer un anthropocentrisme renaissant fort éloigné de l'enseignement théologique traditionnel. Si l'homme est l'artisan ou l'architecte de sa destinée, quelle part est laissée à Dieu ? La lecture attentive et généreuse de Pic montre que cette dignité essentielle de l'homme qu'il voulait affirmer à Rome en 1486 n'est pas en contradiction avec l'attitude humble et repentante du frère prêcheur, disciple de Savonarole, soumis à la volonté de Dieu : tout au plus, la notion judéo-chrétienne de la similitude entre l'homme et Dieu (l'homme « créé à l'image de Dieu ») se présente-t-elle dans l'Oratio  de 1486, sous son aspect créateur et dynamique. Et d'ailleurs, la libre soumission à la loi divine n'est-elle pas de la part de l'homme un acte créateur ? Cette idée de Pic aura une grande fortune à l'époque de la Renaissance et plus tard, bien que cette anthropologie ait donné naissance à des thèses qui se sont déployées dans des directions très différentes de sa propre inspiration. Mais, pour rester dans sa lignée spirituelle, comment ne pas évoquer le mot célèbre d'Érasme dans son Traité de l'éducation des enfants  de 1529 : « L'homme ne naît pas homme, il le devient » (ou plutôt, pour rendre exactement l'expression latine, fingitur , « il se fabrique tel »). C'est à la grâce divine que l'homme doit ce bien précieux d'être, à la deuxième puissance et dans les limites tracées par l'ordre du monde et la volonté de Dieu, son propre créateur.

Il s'agit là d'une philosophie de l'homme essentiellement activiste, dont la forme importe peut-être plus que le contenu : car ce qui est intéressant ici, c'est moins l'affirmation du libre arbitre de l'homme, avec l'argumentation habituelle à Pic, que l'attitude même du philosophe italien, et l'ardeur juvénile et dévorante dont il anime tout son discours. Comme l'écrit Ernst Cassirer, seul un âge inspiré et profondément imprégné d'un nouvel idéal de l'homme pouvait faire jaillir de tels accents.

Toutefois, ce serait une erreur historique et méthodologique, contraire à l'esprit mirandolien de « concorde » et de « conciliation », que de vouloir dissocier ce discours sur la dignité de l'homme de l'ensemble de l'oeuvre. Métaphysique, psychologie, théologie, éthique et philosophie naturelle, tous les aspects de l'oeuvre rayonnent à partir de cette idée centrale et de cette image du microcosme. La liberté de l'homme signifie qu'il est à tout moment capable de transcender les déterminations de sa nature ; cela implique, sur un plan théologico-métaphysique, qu'il est capable, par la force de sa volonté et la puissance de son intelligence, de s'élever même au-dessus des êtres qui se trouvent plus haut que lui dans l'ordre hiérarchique. En effet, alors que les anges et les intelligences célestes ont une nature qui a été déterminée depuis le début de la Création, l'homme ne s'accomplit véritablement qu'en agissant sur la base d'une libre décision. Et ce qui est vrai de l'homme individuel l'est également des sociétés, des cultures, des époques historiques. L'histoire universelle ne se déroule pas tout entière selon un plan déterminé à l'avance ; Dieu ne s'est pas donné en aparté la représentation de la destinée des peuples et des civilisations : idée profonde et moderne de la liberté comme agent de l'histoire et facteur de différenciation, germe de toutes les luttes, de tous les progrès, de toutes les connaissances, de toutes les réalisations anciennes. Pour Pic, la tradition - qu'il s'agisse de la Bible, du « corpus » patristique, des idées cabalistiques, de la sagesse enclose dans la littérature gréco-latine, de l'enseignement de saint Thomas ou de celui d'Averroès..., et de omni re scibili  - n'est pas un trésor définitivement acquis et jalousement gardé, mais un capital que l'esprit humain doit continuellement faire fructifier : en termes plus abstraits, Pic a introduit, avec la liberté de l'esprit critique, le libre mouvement dialectique de la pensée. Même la foi, pense-t-il, a son histoire ; et sa vérité ne peut être révélée qu'à celui qui dominerait la totalité du mouvement de l'histoire. Nul plus que lui n'a admiré Platon et Aristote, ou respecté les Pères de l'Église, mais il n'admet aucune cristallisation dogmatique à leur sujet, aucune proclamation d'infaillibilité : ce serait faire injure à l'intelligence de l'homme et mal servir la mémoire de ces grands hommes. Mais, et ceci est essentiel, avant d'entreprendre ce travail de dialecticien, l'homme - disons l'homme-philosophe - doit être un « synopsiste », car il doit examiner attentivement tous ces microcosmes intellectuels que constituent les pensées et les oeuvres des autres esprits. Ce faisant, l'examinateur - qui est lui-même un parvus mundus  - n'opérera pas un mélange indifférencié ou une plate synthèse, mais, en rendant à chacun ses mérites et en situant chacun dans sa propre perspective, il sera en mesure de tracer sa voie dans un monde aussi unifié et diversifié qu'il est possible. Le « prince de la concorde » n'est pas un théoricien du juste milieu ; mais, à la manière dont Bruno et Leibniz comprendront le système de l'univers, Pic voit la réalité comme un tout composé d'entités indépendantes, chacune d'entre elles exprimant la totalité de l'univers et se le représentant de son propre « point de vue ». Toute la monadologie est déjà chez le grand humaniste italien.

 

Philosophie naturelle et critique de l'astrologie

La métaphysique et la théologie - mieux vaudrait dire, d'après ce qu'on a vu, la philosophie spéculative - occupant la première place, la philosophie naturelle n'aura droit qu'à la seconde. Mais plus intéressante que le contenu de cette philosophie de la nature est la conception typique que le penseur italien se fait de la nature, car elle a déterminé dans l'histoire des idées, et d'abord dans l'univers intellectuel de la Renaissance, un courant de pensée passablement unitaire, compte tenu de la fluidité des concepts, de la continuelle imprégnation des idées par les images, et de la permanente irrigation des mythes et des symboles. Avant Agrippa de Nettesheim, Paracelse, Cardan et les Padouans, le modèle que Pic propose à la réflexion est celui d'un universel vitalisme. La nature n'est pas comparée à un grand livre où tous les phénomènes seraient classés et étiquetés ; elle ne se compose pas de parties, subdivisées elles-mêmes en genres et en espèces, qui différeraient substantiellement les unes des autres. Elle forme un immense réseau, mieux vaudrait dire, pour poursuivre avec les images aquatiques, un immense fleuve de vie. Chaque élément vital, chaque créature vivante - plantes, animaux, humains, et aussi les minéraux dont l'auteur décrit si souvent la naissance, le développement et le lent dépérissement - est un reflet ou plutôt un souffle du mouvement de vie universel. Par une « sympathie » universelle - l'harmonie du monde interprétée en termes musicaux est une image qui vient de Pythagore et dont la fortune sera immense à l'époque de la Renaissance et bien au-delà -, chaque élément est lié à tout le système d'occurrences. On reconnaît aussi la présence de la philosophie stoïcienne dans cette idée-image de l'univers comparé à une corde tendue dont chaque pulsion, en un quelconque de ses points, est propagée jusqu'à ses deux extrémités. C'est là une conception peut-être anthropocentrique de la nature, calquée sur la métaphysique de Pic, mais dont les prolongements se retrouveront dans les philosophies de Bruno, de Leibniz, de Schelling et des néo-kantiens. Pour paraphraser Leibniz lui-même, cette conception est « chargée du passé et grosse de l'avenir ». La nature, d'autre part, doit être interprétée comme le premier moment de l'esprit. Elle est raison, non pas encore la raison claire et consciente d'elle-même, mais la raison obscure et cachée, ratio mersa et confusa , selon ses propres expressions. On est encore ici près de Leibniz et de sa conception de la mens momentanea.  Nature, humanité et Dieu se trouvent reliés entre eux, selon une analogie familière à Pic, comme le sont les couleurs, l'oeil et la lumière. On pense inévitablement à Platon et à sa notion de l'idée de Bien, soleil du monde intelligible. Cette référence ne saurait surprendre de la part du grand académicien de Florence. Mais ce qui n'est pas chez Platon, défenseur héroïque des deux mondes séparés, c'est cette fonction centrale de l'homme, oeil du monde (oculus mundi ) qui unit en lui-même et comprend dans une seule vision la totalité de l'univers. Entre les idées du De dignitate hominis  et la philosophie naturelle de Pic, le lien est substantiel : c'est l'opérateur humain (« la vision est une opération active ») qui décidera, par un décret de sa volonté et la puissance de son intelligence, de capter cette lumière, qui est Dieu, ou qui émane de Dieu, et qui se confond avec la vérité. Nul besoin dès lors de recourir à la magie ou au surnaturel - comme on l'a parfois reproché à Pic -, ou plutôt, les deux idées de magie et de surnaturel doivent être soigneusement séparées : la magie n'est pas pour lui l'utilisation de forces obscures, démoniaques, et indépendantes des lois de l'univers ; elle est une opération naturelle , dont la science peut ou pourra rendre compte un jour, mais qui tire parti de « secrets », de « mystères », c'est-à-dire de propriétés insuffisamment connues de phénomènes naturels. Ici encore, Pic ouvre la voie à tous les traités de « magie naturelle » qui pulluleront tout au long du XVIe siècle.

Sa polémique contre les astrologues et l'astrologie s'explique dès lors très aisément. Ses Disputationum adversus astrologos libri , qui comptent avec le De dignitate hominis  parmi ses plus célèbres écrits, sont dirigés contre tous ceux qui prétendaient voir dans les signes  de la nature, et notamment dans les astres, des indications concernant le futur et, plus encore, des causes déterminantes de ce futur. Pic ne jouait pas une partie facile, car, pour attaquer l'astrologie qu'on appelait « judiciaire », il ne pouvait s'appuyer sur une base rationnelle ou scientifique indiscutable ; et son assimilation du Christ au vinculum mundi  ou magicien suprême ne lui assurait pas de la part de l'Église (qui d'ailleurs ne s'accommodait pas toujours mal des spéculations astrologiques) un concours spontané. Il considérait, contre les astrologues, que parler d'opérations des astres est un futile bavardage tant qu'on n'a pas déterminé et démontré les moyens techniques de ces opérations. La marche de l'univers et les destinées individuelles ou collectives ne dépendent pas de forces mystérieuses. On l'a vu, l'homme n'est pas soumis à un supradéterminisme aveugle et terrifiant : sa dignité, qui repose sur son libre arbitre et sur sa raison, et la puissance de Dieu, créateur de l'univers et maître de toutes les forces qui le régissent, s'y opposent l'une comme l'autre. Ni les positions des étoiles, ni les « maisons » du ciel qu'ont inventées les astrologues n'ont d'influence causale. « En dehors de l'influence commune de la lumière et du mouvement, proclame-t-il avec force, aucune puissance particulière n'existe dans les cieux. » La voie est ainsi ouverte au cartésianisme.

 

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Les exposants:

Jacqueline MORANDINI (France) peintures,

Sylvana AYMARD (France) peintures,

Alberto VAZQUEZ NAVARETTE (Mexique) peintures,

Heidi FOSLI (Norvège) peintures,

John NIEMAN (Etats-Unis) peintures,

Daniel Mc KINLEY (Etats-Unis) peintures,

Jim PESCOTT (Canada) peintures,

Audrey TRAINI (Canada) peintures,

J.A. FLIGEL (Canada) sculptures,

Sze KING  LAU (Canada) peintures,

Doris SAVARD (Canada) peintures,

Carole SAINT GERMAIN (Canada) peintures,

Cristian SAINZ MARIN (Espagne) peintures.

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Jeux de mots et roucoulements

J'aimerais tant savoir jouer avec les mots,
Dérouter ma raison peu souvent en défaut.
Ô savoir combiner des rimes en drôleries!
Certaines connexions réjouissent l'esprit.

Les doux roucoulements émeuvent et caressent
Mais ne durent longtemps, se modifient et cessent.
Lors l'être délaissé en proie au mal d'amour,
Reste privé d'espoir, sans accès à l'humour.

Si un gros mot lui vient pour marquer son dépit,
Il se peut qu'amusé aussitôt il en rie.
Certes vilain un mot est profitable quand
Il amène un sourire ou un soulagement.

La pensée engendrant un heureux jeu de mots,
Surprend ainsi que fait l'arrivée d'un oiseau.
L'esprit parfois révèle un merveilleux talent.
Le plaisir par les mots peut être succulent.

28 septembre 2009

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administrateur théâtres

Que du beau monde ce dimanche  après-midi à la  première du Barbier de Séville à l'Opéra Royal de Wallonie !  Pas moins de quatre belges dans la distribution ! Avec tout d’abord, la toute  resplendissante et exquise  Jodie Devos dans son premier grand rôle sur  une  scène lyrique européenne, à 27 ans à peine. Soprano Coloratur, elle ne manque pas de nerf et  tient  le rôle de Rosina avec puissance, virtuosité  et  une malice théâtrale incomparable. La mezzo-soprano Alexise Yerna  tient avec immense générosité le rôle drôlissime de Berta, l‘autre  personnage féminin, tout aussi impertinente que Rosine dans  cette œuvre de Rossini. Continuons dans les superlatifs : Figaro, c’est l’illustre baryton  belge Lionel Lhote, aux prouesses vocales remarquables, flanqué d’un apprenti coiffeur  muet mais délirant - une femme poids plume,  d’une inventivité et d’une mobilité scénique soufflantes. Attention, elle fait vraiment le poids, face à l’humpty dumpty hilarant  qui sert de concierge au Dottore Barnabo, Barbaro ou Brabando ? (… on s’y perd !),  le vieillard qui  veut décidément épouser la jeune Rosine!  On retrouve un adorable  Gustavo De Gannaro dans le charmant comte Almaviva, si discret sur son état de fortune et si délicat dans ses états d’âme. L'excellent Laurent Kubla, inénarrablement sérieux et compassé  mais  totalement drôle incarne Basilio, l’inséparable  comparse d’Enrico Maria Marabelli, tout simplement extraordinaire dans le rôle de ce vieux barbon jaloux de Bartolo, voilà, c’était cela, son nom! Ensemble sur scène, ils  forment un curieux binôme explosif qui fait souvent penser à Don Quichotte et Sancho Panza,  hormis le caractère !

12273125064?profile=original Mais c’est surtout l’esprit de la Commedia dell’ arte qui s’invite à chaque instant dans ce Barbier de Séville hilarant, avec quelques anachronismes bien dosés,  du comique de situation et d’action particulièrement efficace et bondissant,  créant des fous rires en cascades chez les spectateurs réjouis par l’allure du spectacle. Par politesse, certains se retiendront, d’autres éclatent de rire sans complexe. La société bourgeoise de l’époque de Rossini en prend pour son grade ! Touché, coulé !   C’est que cette belle ouvrage est  mise en scène avec l' élixir  parfait de l' humour  parodique  par Stefano Mazzonis Di Pralafera, le directeur des lieux. La diction italienne a été jalousement corrigée, et  patiemment mise au point par ses soins! Un mot encore, les sous-titres néerlandais ne manquent pas d’humour, ils vont, paraît-il,  puiser  leur sel dans le phrasé hergéen!

 12273125297?profile=originalLes chœurs, peu nombreux mais très efficaces,   ont  soigneusement peaufiné leur participation sous la très méridionale baguette du jeune chef Perre Iodice, de l’opéra de Marseille.  Celui-ci remplace depuis Ernani, l’ancien  chef de chœur attitré de l’Opéra de Liège Marcel  Semirama, qui s’est retiré de la vie professionnelle après de longues et fructueuses  années de service artistique. Et tout cela avec le  joyeux maestro Guy Van Waas qui participe aux élucubrations tragico-comiques jubialtoires en allant jusqu’à oser jouer Le valeureux Liégeois au clavecin en plein milieu d’une scène!

 Les quatre soirs font  déjà salle comble. C’est une reprise brillante, remaniée avec des gags du jour à haut potentiel désopilant, le tout servi par une qualité musicale très haut de gamme.

http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/il-barbiere-di-siviglia/propos-de-loeuvre

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administrateur théâtres

12273135069?profile=originalA star on stage ! Or maybe two ! Le festival de musique coréenne s’est terminé mercredi  14 octobre dans la salle Henry Leboeuf, en accueillant la jeune violoniste Ji Young Lim, première lauréate du Concours Reine Elisabeth 2015 et son jeune partenaire pianiste, coréen lui aussi,  Da Sol Kim. Au programme : l’allégorie  d’une  jeunesse resplendissante et créative, la fraîcheur et la spontanéité alliée à une technique virtuose hors pair. On peut regretter que la salle ne soit pas comble, pour les absents et pour les artistes qui ont donné  toute leur âme,  dans une générosité aveugle. Les spectateurs  auront été  comblés, eux,  par la maturité de jeu, l’équilibre du programme, et l’envol vers une musique authentiquement ressentie qui trouve sa source dans l’élan vers l’infini.

Une progression  dans l’initiation à la passion, depuis le Rondo brillant pour violon et piano en si mineur D895 de Franz Schubert, suivi du Duo pour violon et piano en la majeur D574, en passant par la Sonate pour violon et piano n°2 en la majeur de Johannes Brahms,  pour  aboutir dans  la Fantaisie brillante pour violon et piano op.3 n°3 de Jenö Hubay sur des thèmes de l’opéra Carmen.

Une promenade élégante qui mène de la musique de salon aux  sommets du romantisme hongrois !

12273124254?profile=originalDans le Rondo brillant, la violoniste apparaît comme une personnification des quatre saisons, tour à tour une aurore aux doigts de roses, la stridence de cigales célébrant un été invincible, pour passer à l’abondance mordorée de l’automne et terminer en neige étincelante. Précision, fougue, mouvement perpétuel sous l’archet et sur les planches, la virtuosité est à toute épreuve, avec cette fluidité naturelle qui lui est propre, sans cesse relancée dans le firmament musical par le pianiste qui l’accompagne.  Le Duo révèle toute son élégance teintée d’humour, une grande légèreté et des phrasés délicats. Parmi les effets volcaniques naissent des explosions soudaines de douceur chantante. Après le scherzo bien syncopé, le sentiment est à fleur de trilles et le ton passe  aux  confidences intimes avec le pianiste. Des rythmes  flirtant avec de la valse appellent des touches de candeur dansante, presque mozartienne dans sa pureté et sa générosité solaire. Le Brahms accueille le vagabondage libre et gracieux. Un thème automnal se dessine : valses et rondes de feuilles au gré du vent. On retient son souffle. La fantaisie brillante est jouée sans partitions. Le piano se fait harpe, Carmen toute sensualité dehors, se rit du toréador. Des cascades de  rire et de liberté déferlent sous l’archet et les sonorités himalayennes. Il y aura un  bis, bien sûr : le Banjo and Fiddle de Kroll, pas l’humoriste, on s’en doute ! Un  Adieu piquant et joyeux. On prie pour que cette exquise violoniste garde à jamais toute la fraîcheur de son âme et sa belle connivence avec ses partenaires ! Et l' on remercie  les  organisateurs de ce premier  Festival de musique Coréenne d’avoir invité des artistes  aussi  brillants.  

Korean Cultural Center Brussels
Korean Embassy & Mission to the EU
4, Rue de la Regence, 1000 Brussels, Belgium
Tel: + 32(0)2 274 2988
GSM: +32(0)498 518 998
brussels.korean-culture.org

http://brussels.korean-culture.org/navigator.do?siteCode=null&langCode=null&menuCode=201311210014&promImg=&menuType=BG&subImg=&action=VIEW&seq=61389

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administrateur théâtres

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OPÉRA

LA VESTALE

GASPARE SPONTINI

Alessandro de Marchi & Eric Lacascade

 

 

13, 15, 17, 20, 22 Octobre 2015  20:00

25 Octobre 2015  15:00

 

 Au CIRQUE ROYAL

 

Opéra en trois actes, version française

Livret de Victor-Joseph Etienne de Jouy

Création Salle Montsansier, Paris, 15/12/1807

 

                                                                                         NOUVELLE PRODUCTION

 « Depuis La Vestale, il n’a point été écrit une note qui ne fût volée de mes partitions ! » Gaspare Spontini avait parfaitement conscience du caractère influent de sa partition: il y proposait de nouvelles perspectives pour l’opéra, en imaginant l’ensemble de la partition selon une dramaturgie forte qui déterminait des effets naturalistes, l’orchestration et la forme musicale, et en ouvrant ainsi la voie à des compositeurs d’opéra tels que Rossini, Wagner, Berlioz et Meyerbeer... Ce grand opéra avant la lettre, regorgeant de tableaux spectaculaires sur l’amour interdit d’une vestale pour un général romain, fit aussitôt de Spontini le compositeur le plus important de l’ère napoléonienne. Pour sa première mise en scène d’opéra, le metteur en scène français Éric Lacascade aborde un thème actuel : « Plus que la passion amoureuse, l’enjeu de l’opéra est la libération d’une femme qui s’affranchit du pouvoir religieux. »

 

La vestale est une œuvre à redécouvrir, véritable passerelle entre le baroque et le romantisme. Si l’influence de Gluck se fait sentir dès les premiers accords de l’ouverture comme dans les scènes chorales, superbes, ou les grands récitatifs, l’originalité et le raffinement de l’orchestration de Spontini porte en elle de nombreuses innovations que bien des contemporains et successeurs lui empruntèrent. Berlioz notamment citera souvent l’opéra de Spontini en exemple et Wagner dirigera l’œuvre en 1844.

L’histoire se déroule sur fond de tragédie romaine. Le général Licinius est amoureux d’une jeune prêtresse du temple de Vesta, Julia. Alors qu’ils se jurent fidélité, le feu sacré placé sous la surveillance de Julia, s’éteint. Arrêtée, celle-ci refuse de dénoncer son amant et se voit condamnée à être enterrée vive. Elle sera sauvée par la puissance de l’amour. Un orage divin enveloppe le temple et permet à Licinius d’arracher Julia à sa tombe. Le feu sacré est restauré.

 

L’opéra de Spontini  fut  créé à Bruxelles dès 1810. En 1954, Maria Callas remet le rôle au goût du jour dans une mise en scène mémorable d’un certain Visconti. Mais il faudra encore plus de cinquante ans pour le réentendre à la Monnaie !

 

Le chef d’orchestre italien Alessandro de Marchi que nous n’avons pas eu l’occasion d’entendre depuis plusieurs saisons, viendra diriger l’Orchestre symphonique de la Monnaie pour cette nouvelle production qui sera présentée au Cirque Royal  du 13 au 25 octobre 2015. On y retrouvera également les Chœurs de la Monnaie dirigés par le chef Martino Faggiani et la MM Academy préparée par Benoît Giaux.

La mise en scène, confiée au français Eric Lacascade,  a été créée en 2013 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris et a, depuis le début, été mise en place en vue de la présenter au Cirque Royal de Bruxelles. Issu du monde du théâtre, le metteur en scène français Eric Lacascade fait ici ses premiers pas à l’opéra. Il nous propose une version détachée de tout historicisme comme de toute transposition contemporaine. Le dispositif scénique est simple, un plateau nu brûlé par le soleil ou plongé dans la pénombre, quelques meubles. Eric Lacascade utilise une certaine stylisation dans le décor et le jeu des chanteurs pour dégager les traits psychologiques des personnages tout en se tenant au plus près de la musique de Spontini. Il voit dans l’ouvrage de Spontini un drame intemporel et définit ainsi le personnage principal : « Julia,  femme victime, femme guerrière, femme révoltée, femme insoumise, révélée à elle-même par l'amour passion. La puissance de cette passion, la puissance de cette femme enflammée dépasse de loin toute époque. Soumise à un rituel ancestral dans lequel la femme est au service de Dieu et de l'homme, elle ose choisir la singularité de son amour, contre la loi divine, contre la loi de la cité. » Il ajoute que c’est également la « présence du peuple, peuple de vestales, de prêtres, de guerriers, de citoyens, foule bigarrée et mélangée, toujours au bord de l'explosion qui fait aussi la puissance de l'œuvre. »

La Monnaie - La Vestale

 Photo © Chad Ress / Gallery Stock

 
Titre jadis incontournable du répertoire bruxellois, La Vestale de Spontini n’a pas été donné ces dernières décennies. Nous vous présenterons la version française de cette tragédie lyrique, une oeuvre que l’on peut considérer comme annonciatrice du grand opéra. Le metteur en scène de théâtre français éric Lacascade, connu pour ses adaptations de Molière, Kleist et Shakespeare, proposera ici sa première mise en scène à l’opéra, déjà donnée au Théâtre des Champs-Élysées à Paris en coproduction avec la Monnaie. Il adaptera sa production à l’espace du Cirque Royal, où il sera rejoint par le chef d’orchestre Alessandro De Marchi.   Peter de Caluwe

 


La distribution réunit des artistes invités régulièrement sur la scène bruxelloise, Yann Beuron, Sylvie Brunet-Grupposo, Julien Dran et Jean Teitgen. Pour ses débuts pour la Monnaie, la soprano franco-canadienne Alexandra Deshorties interprétera le rôle de Julia.


Le ténor français Yann Beuron qui créa en 2014 le rôle du mari de la sœur ainée dans Au monde de Philippe Boesmans, interprètera pour la première fois le rôle de Licinius, l’amant de la vestale. La mezzo-soprano française d’origine sicilienne Sylvie Brunet-Grupposo incarnera la Grande Vestale. Elle avait impressionné le public et la critique pour ses débuts dans le rôle d’Azucena (Il Trovatore) en 2012 et dans la reine Gertrude (Hamlet, Verdi) en 2014. Dans le rôle de Cinna, nous retrouverons le jeune ténor français Julien Dran, découvert à la Monnaie avec le personnage d’Edmondo dans Manon Lescaut (Puccini) en 2013, et, dans le rôle du Souverain Pontife, la basse française Jean Teitgen,.

Coproduction La Monnaie / De Munt, Théâtre des Champs-Élysées
Avec le soutien de SWIFT

Réservation en ligne ICI

CALENDRIER et tickets: http://cirque-royal.org/?

gclid=CjwKEAjw1riwBRD61db6xtWTvTESJACoQ04QIvV5xD1WDEVqDXrl1VU7KZn26akA5juepBocDpxdZRoCGNfw_wcB

 

La Monnaie

http://www.lamonnaie.be/fr/opera/568/La-Vestale

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administrateur théâtres

12273128085?profile=originalHistoire vraie d’un artiste français qui adora La Vestale jusqu'à s'aller tuer pour elle, d'un balle dans la tête! Berlioz raconte: « On doit donner encore la Vestale... que je l’entende une seconde fois !.... Quelle œuvre !... comme l’amour y est peint !... et le fanatisme ! Tous ses prêtres-dogues, aboyant sur leur malheureuse victime... Quels accords dans ce finale de géant !... Quelle mélodie jusque dans les récitatifs !... Quel orchestre !... Il se meut si majestueusement... les basses ondulent comme les flots de l’Océan. Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène. Dérivis a été superbe dans son récitatif du second acte ; c’était le Jupiter tonnant. Madame Branchu, dans l’air : Impitoyables dieux !, m’a brisé la poitrine ; j’ai failli me trouver mal. Cette femme est le génie incarné de la tragédie lyrique ; elle me réconcilierait avec son sexe. Oh oui ! Je la verrai encore une fois, une fois... cette Vestale... production surhumaine, qui ne pouvait naître que dans un siècle de miracles comme celui de Napoléon. Je concentrerai dans trois heures toute la vitalité de vingt ans d’existence... après quoi... j’irai... ruminer mon bonheur dans l’éternité. » C’est dire si à l’époque (1807), La Vestale de Gaspare Spontini avait ravagé les cœurs!

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On la retrouve en 2015 au Cirque Royal de Bruxelles, un endroit de choix pour monter  cette œuvre méconnue dont on ne se souvient que chantée en italien par La  Callas. L’Orchestre de la Monnaie dirigé par Alessandro De Marchi œuvre à découvert, aux yeux du public dans  une  moitié de l’arène tandis que l’action se déroule en surplomb, dans l’autre moitié du cercle. Les costumes de Marguerite Bordat font plus penser  à L’Antigone de Jean Anouilh qu’au théâtre antique. La mise en scène, signée Eric Lacascade et montée l'année dernière au théâtre des Champs Elysées à Paris, est très stylisée. Epurée et classique à la fois, elle donne le ton d’un drame intemporel.

Comme dans « Les pêcheurs de perles », on retrouve l’amour en butte à la  bigoterie religieuse, le thème du bouc émissaire, mais aussi la  brûlante liberté d’esprit de la victime expiatoire.  Deux thèses en présence: « Le salut exige une victime» s’oppose à un autre camp «  Le salut des états ne demande pas de crime », c'est celui des  jeunes vestales (La Choraline, direction Benoît Giaux). On est glacé par la scène de lynchage qui s’apparente aux scènes insoutenables vécues au sortir de la deuxième guerre mondiale par ces femmes tondues, honnies et  persécutées avec hargne. On respire d’aise  et de bonheur à la fin du drame comme dans « La Clémence de Titus » que présentait La Monnaie la saison dernière.   On ressortira du spectacle avec une certaine exaltation devant  l’homogénéité de la représentation et  la poésie du texte transmise avec une très belle diction, que ce soient les chœurs ou les solistes qui mettent en valeur  la beauté  lyrique  lumineuse de l’œuvre.

12273127460?profile=originalPureté du jeu, pureté du feu,  un flambeau d’amour renaît des cendres de la haine. Le feu symbolise la régénération et la purification, par l’amour et la lumière. Alexandra Deshorties est excellente  dans le rôle de Julia et brille de noblesse naturelle. Son jeu impressionne par la vérité de ses gestes. La tessiture de la voix plonge dans les registres inférieurs de la tragédie désespérée et fuse dans les registres supérieurs du bonheur et de la tendresse charmante et juvénile. La finesse de son, loin d’être un reproche, est au diapason de la pureté des sentiments et de la pureté de la voix. On se sent à la fois envahi par l’innocence, l’illumination palpitante du désir et la rage du désespoir, deux forces qui peuvent changer le monde.

Yann Beuron,  dans le rôle de Licinus a des tempos justes et chaleureux, des phrasés éloquents, une puissance romaine naturelle  dépouillée de toute mièvrerie, une ardeur de guerrier et d’amant passionné. Il célèbre également la vraie amitié et l’amour vrai qu’il éprouve pour sa Julia : « Je vis pour défendre ses jours ! »  Il s’offre héroïquement  pour la sauver tandis qu’elle a choisi de crier en  vestale de l’amour, sa liberté dernière : celle de marcher avec fierté vers la mort et de taire le nom de celui qu’elle aime. De bouc émissaire elle devient martyre glorieuse.   Leurs duos sonnent juste et touchent  les coeurs.    La voix rayonnante du pontife (Jean Teitgen) domine,  impressionne, mais n’arrive jamais à réduire l’innocence de l’amour au silence. Il s’entoure d’une  hypocrite escadre de soutanes noires parées de longues chevelures suant la jouissance de l’anathème et s’alliant les odieux mouvements de  la foule versatile. C’est voulu et  lourd de propos.

DSC_1684press.jpg?width=750 Chargée du rôle de la grande Prêtresse, la mezzo-soprano Sylvie Brunet-Grupposo est  auguste et très crédible, n’hésitant pas à laisser fondre son cœur de mère dans un duo déchirant avant que Julia ne soit enterrée vivante. Sur scène, quelques bancs, ou  longues tables mouvantes, et au centre le siège du feu sacré dans une cage qui sera celle de l’héroïne, entouré de jeunes vestales exquises vêtues de cheveux de feu et de robes blanches. La plus jeune a à peine 19 ans.  Les mouvements fascinants et le lyrisme des chœurs très nombreux utilisent plus que leur espace scénique, ils jouent d’une certaine proximité avec le spectateur, de quoi les clouer dans l’émotion.  

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Une œuvre sans aucune lenteur, des rythmes enflammés, du désespoir palpable, la flamme immortelle de l’amour omniprésente,  le tout serti dans un très beau travail de chœurs (Martino Faggiani), ne fait que contribuer à l’allégresse qui naît lorsqu'une performance est reçue  comme un cadeau.

Crédit Photos: © Clärchen und Mattias Baus 

http://www.lamonnaie.be/fr/opera/

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