Publications en exclusivité (3146)
Les divinités sont présentes
Porcelaine de Chine
Et fleurs sophistiquées
Quand beauté est divine
Légèreté assumée...
Petites fleurs des champs
Assemblées dans un Delft
Le coup d'œil est charmant
Il fait songer aux elfes!
Dans clairière endormie
Que la mousse envahit
Quelques clochettes surgies
Parfums épanouis...
Enfin, parmi les blés
Taches rouges éphémères
Coquelicots sublimés
Au soleil de la terre!
Et puis, trois pas plus loin
Le jaune du colza
Au détour du chemin
Où s'égarent nos pas...
Les yeux sont éblouis
Alors les sens s'apaisent
La vie nous réjouit
Et nos regrets se taisent!
J.G.
Zwei Menschen gehn durch kahlen, kalten Hain; | Deux personnes vont dans la forêt, chauve et froide. La lune les accompagne, ils regardent en soi. La lune passe aux dessus des hauts chênes, Pas un nuage ne trouble la lumière céleste Vers laquelle les fagots noirs s'étendent; La voix d'une femme parle. | |
| „Ich trag ein Kind, und nit von Dir, ich geh in Sünde neben Dir. Ich hab mich schwer an mir vergangen. Ich glaubte nicht mehr an ein Glück und hatte doch ein schwer Verlangen nach Lebensinhalt, nach Mutterglück | "Je porte un enfant et pas de toi, Je vais à côté de toi dans le péché; Je me suis gravement compromise, Je ne croyais plus au bonheur Et j' avais pourtant un lourd désir D'une raison de vie, de bonheur maternel | |
| und Pflicht; da hab ich mich erfrecht, da ließ ich schaudernd mein Geschlecht von einem fremden Mann umfangen, und hab mich noch dafür gesegnet. Nun hat das Leben sich gerächt: nun bin ich Dir, o Dir, begegnet.“ | Et de devoir, puis je me suis affranchie. J'ai alors toute frémissante Laisser posséder mon sexe par un étranger, Et pour cela je me suis encore bénite. Maintenant la vie s'est vengée, Maintenant je t'ai rencontré, toi, ô toi." | |
| Sie geht mit ungelenkem Schritt. Sie schaut empor; der Mond läuft mit. Ihr dunkler Blick ertrinkt in Licht. Die Stimme eines Mannes spricht: | Elle va d'un pas incertain. Elle relève le regard, la lune la suit. Son regard sombre se noie dans la lumière. La voix d'un homme parle. | |
| „Das Kind, das Du empfangen hast, sei Deiner Seele keine Last, o sieh, wie klar das Weltall schimmert! Es ist ein Glanz um alles her; Du treibst mit mir auf kaltem Meer, doch eine eigne Wärme flimmert von Dir in mich, von mir in Dich. | "Que cet enfant qui est conçu Ne soit pas une charge pour ton âme. O regarde comme l'univers brille clairement ! Il y a un lustre de toute part. Tu chasses avec moi sur la mer glaciale, Mais une propre chaleur rayonne De toi en moi, de moi en toi. | |
| Die wird das fremde Kind verklären, Du wirst es mir, von mir gebären; Du hast den Glanz in mich gebracht, Du hast mich selbst zum Kind gemacht.“ Er faßt sie um die starken Hüften. Ihr Atem küßt sich in den Lüften. Zwei Menschen gehn durch hohe, helle Nacht. | Elle va transfigurer l'enfant étranger. Tu vas l'enfanter pour moi, de moi, Tu as apporté un éclat de lumière en moi, Tu m'as moi-même refait enfant." Il embrasse sa forte taille, Leur souffle se mêle dans les airs. Deux personnes vont dans la nuit haute et claire. |
(Traduction française par Guy Rillaers)
Ce poème est extrait du recueil La Femme et le monde (Weib und Welt), de Richard Fedor Dehmel, écrivain et poète allemand de la première moitié du XXème siècle. Publié plus tard séparément sous le titre Zwei Menschen, il a servi de source d'inspiration au musicien Arnold Schönberg pour son oeuvre la plus célèbre, "La Nuit transfigurée".
Le poème évoque la promenade nocturne d'un couple amoureux ; la femme avoue à son compagnon qu'elle attend un enfant d'un homme qu'elle a connu avant lui. Son compagnon lui assure qu'il est disposé à faire sien cet enfant. Ils marchent heureux, sous la lune, dans la "nuit transfigurée".
L'évocation du paysage
Un paysage animé
Le poème est parcouru par des mots appartenant au champ lexical de la nature : "forêt", "lune" (trois fois), "nuage", "fagots", "mer", "airs", "nuit", dont les tonalités opposés créent une impression de clair-obscur. La figure de la personnification permet de présenter les choses de manière plus vivante. Elle traduit une vision du monde où rien n'est figé. Le mot "animé" vient du latin anima qui signifie "âme". En personnifiant la lune et les arbres, les verbes d'action : "accompagner", "passer", s'étendre", "suivre", "briller", "transfigurer" contribuent à produire un effet d'animation. En attribuant des caractères humains à des choses inanimées, les personnifications contribuent à faire du paysage un personnage à part entière.
Un paysage symbolique
Les éléments du paysage appartiennent à des "règnes" différents : la terre (le sol sur lequel marchent les amants et dans lequel les arbres s'enracinent), l'eau (la mer), l'air ("Leur souffle se mêle dans les airs") et le feu (la lumière de la lune, l'éclat qui illumine l'âme de l'homme, la chaleur qui rayonne entre l'homme et la femme).
La présence des quatre éléments de la cosmogonie "présocratique" : la terre, l'air, l'eau et le feu, confère au poème une dimension "cosmique". On peut y discerner également le "quadriparti" (Das Geviert) qui, selon Martin Heidegger caractérise l'espace poétique : le ciel et la terre, les hommes et les dieux. C'est le rassemblement "écartelé" des quatre qui fait monde.
La lune est associée dans la mythologie grecque à la déesse Sélélé dont le nom dérive de sélas, brillant. La lune a un rôle fondamental dans le poème : elle "accompagne" l'homme et la femme, elle les enveloppe de sa lumière, elle fait resplendir le monde entier, elle baigne tout de sa clarté.
Loin d'être un simple "satellite" de la Terre, la lune joue le rôle d'une divinité tutélaire qui veille sur les deux amants. Bien que le mot "Mund" soit du genre masculin en allemand, la lune est généralement considérée comme un symbole féminin. Elle est liée au cycle menstruel de la femme et donc au thème de la grossesse et de l'enfantement.
Dans la cosmologie grecque, la lune représente la limite entre le monde corruptible (la nature, le monde des hommes) et le monde incorruptible (la voûte céleste, la sphère des étoiles fixes, le monde des dieux), elle est à la fois éternelle et changeante (les phases de la lune).
La pleine lune, médiation entre l'homme, la femme, l'enfant à naître et le dieu invisible vers lequel tendent la cime des chênes ressemble à une hostie et symbolise par ailleurs le sacrement de l'eucharistie.
La traduction française du mot "Glanz" : "Tu as mis du soleil en moi" introduit un symbole "masculin", actif : le soleil. La lune est traditionnellement associée à la "passivité" car elle reflète la lumière du soleil. La femme, comme la lune, reçoit la lumière et la renvoie vers l'homme.
Arbre sacré dans de nombreuses traditions, le chêne est associé à la divinité suprême parce qu'il attire la foudre et symbolise la majesté. De grands chênes croissent dans la forêt de Dodone, en Épire, consacrée à l'oracle de Zeus (Jupiter), l'un des plus anciens sanctuaires grecs. Les chênes symbolisent dans le poème la "masculinité", la protection et la force. De même que la lune constitue une médiation sacramentelle descendante - comme bénédiction - les chênes constituent une médiation sacramentelle montante - comme intercession - entre l'homme, la femme, l'enfant à naître et la divinité invisible.
Le dialogue entre l'homme et la femme
Les paroles de la femme
La prise de parole de la femme : "Une voix de femme dit", apparaît comme l'élément modificateur dans le schéma narratif du poème. On remarque qu'avant que la femme ne prenne la parole, l'homme et la femme marchent côte à côte, mais qu'ils ne sont pas vraiment "ensemble" : "ils regardent en soi." Ses paroles rapportées au style direct relèvent du champ lexical de la culpabilité et du remords : "péché", "gravement", "compromise", "égarée", "se venger", "gauche", "relever" (le regard), "sombre" (son regard sombre), associés à l'obscurité du paysage ou du regard : "noires" (cimes).
- Le rapport au temps
Au présent d'énonciation : "je porte un enfant mais pas de toi", succède le passé composé : "Je me suis gravement compromise", l'imparfait : "Je ne croyais plus au bonheur", "je désirais ardemment/Une vie accomplie", le passé composé : "je me suis dévergondée", "j'ai laissé posséder mon sexe", le présent : "le vie se venge" et à nouveau le passé composé : "je t'ai rencontré". L'alternance des temps verbaux (présent/imparfait/passé composé) se rattache au registre pathétique et traduit l'irréversibilité du temps (on ne peut effacer l'accompli) : la femme aurait voulu avoir cet enfant de cet homme et non d'un autre, mais il est trop tard ; ils ne se sont pas rencontrés au bon moment. La femme s'accuse d'avoir vécu à contretemps - d'avoir fait dans le passé ce qu'elle aurait dû faire dans le présent -, elle pense que "la vie" - envisagée comme "destin", fatum anankè, d'où aussi le caractère tragique du poème - se venge" de son "anachronisme", de son manque de patience et d'espoir.
Il existe en grec deux mots pour désigner le temps : "Chronos", le temps profane, orienté du passé vers le futur, dans lequel prennent place "l'éternel retour" de Nietzsche et la "répétition" de Kierkegaard, et "Kairos", le moment favorable, l'irruption du sacré (ou du saint) dans le profane, par exemple les épiphanies d'Athéna, la déesse protectrice d'Ulysse dans l'Odyssée au moment du retour d'Ulysse dans sa patrie.
Cette dimension du "Kairos" comme "recommencement" existe aussi dans la spiritualité juive (Kippour) et chrétienne dans le sacrement du pardon qui ouvre une brèche dans la prison de l'éternel retour du même où nous enferment nos actes passés. "L'efficacité" du sacrement passe par la reconnaissance du péché comme péché - et non simplement comme "faute" - et la demande de pardon.
- L'aveu
La femme n'a pas respecté les convenances sociales de son époque qui exigent que l'on n'ait pas d'enfant en dehors du mariage, mais elle a surtout péché contre le temps et contre l'homme qui marche à ses côtés.
Ce n'est pas à un prêtre que la femme avoue son "péché", mais à l'homme qu'elle aime car, même si elle a "péché contre Dieu", elle a aussi péché contre cet homme car elle ne l'a pas attendu et seul cet homme peut aller au-delà du pardon en reconnaissant l'enfant qu'elle porte et en le faisant sien.
On est surpris par la crudité de l'aveu qui a sans doute choqué les contemporains et contribué, avec d'autres passages, au succès de scandale et à la condamnation du recueil : "et frissonnante, j'ai laissé posséder mon sexe par un étranger". La femme avoue sans ambages qu'elle a été emportée : "frissonnante" - par le désir sexuel, au mépris de la raison et des convenances sociales et peut-être sans véritable amour.
La femme semble brisée par cet aveu : "Elle s'en va d'un pas gauche. Si elle "relève le regard", c'est qu'elle tenait les yeux baissés de honte et elle vacille. Elle a tout risqué sur cet aveu ; elle attend avec "crainte et tremblement" la réaction de l'homme.
La femme aurait pu cacher à l'homme que son enfant n'était pas de lui, mais elle ne veut pas vivre avec lui dans le mensonge. Mais elle sait aussi qu'en avouant la vérité, elle risque de perdre son amour à jamais. Elle prend donc un risque : l'homme sera-t-il "à la hauteur" de l'aveu, sera-t-il capable de le recevoir ?
"Son regard sombre se noie dans la lumière" : la lumière est comparée à une mer dans laquelle se noie le regard de la femme. Le verbe pronominal "se noyer" est dysphorique, mais il est employé ici dans un sens positif : "se noyer dans la lumière, et non dans l'eau, exprime le fait d'être sauvée, d'échapper à la mort.
Les paroles de l'homme :
- L'acceptation
La réponse de l'homme commence par le mot "enfant" : "l'enfant que tu as conçu..." L'homme prend acte du fait que cet enfant a été conçu sans lui. et il emploie une métaphore pour le désigner, il compare l'enfant à un fardeau. Le mot "fardeau" est dysphorique. Un fardeau est une charge pénible et fatigante.
Un enfant à venir peut être un fardeau pour le corps de celle qui le porte, mais aussi pour son "âme" si elle n'a pas vraiment voulu cet enfant... Mais l'homme affirme qu'il ne doit justement plus être un "fardeau".
La parole "performative" de l'homme (dire c'est faire) soulage la femme du fardeau de l'enfant illégitime.
La parole de l'homme a pour effet de soulager la femme de son "fardeau", mais aussi de transfigurer le monde : "Ô vois comme le monde entier resplendit !/Tout baigne ici dans la clarté".
- Un nouveau regard
On retrouve ici le thème du regard qui parcourt tout le poème : "ils regardent en eux-mêmes", "elle relève le regard". C'est le regard que l'homme porte sur la femme qui change le regard que la femme porte sur elle-même, qui la fait passer de l'ombre à la lumière et qui transfigure le paysage.
Le poète exprime l'idée que les choses sont ce qu'elles sont : le bois est nu et froid, on ne peut pas changer le passé, la mer (l'existence humaine, le monde comme il va) est glacé... Mais l'amour est capable de transfigurer le monde et d'ouvrir le temps en transformant le "futur" prévisible en "avenir" imprévisible.
La transfiguration du monde
Chaleur et lumière
Dans la première strophe, avant que la femme n'avoue sa "faute" à son compagnon, le paysage est caractérisé par la nudité et la froideur : "dans le bois nu et froid" ; le poète insiste sur la noirceur de la cime des arbres. Après l'aveu de la femme et l'acceptation de l'homme, le monde devient de plus en plus lumineux : "Son regard sombre se noie dans la lumière", "Ô vois comme le monde entier resplendit", "Tout baigne ici dans la clarté", "la nuit vaste et claire"
L'accord parfait entre le divin, l'homme et le monde : la divinité invisible vers laquelle tendent la cime des chênes, la clarté visible de la lune, médiatrice bienveillante, la femme soulagée de son fardeau, l'homme qui a librement choisi de l'épouser et d'accepter "le fils de l'étranger" fait resplendir dans la nuit l'étoile de la rédemption, l'épiphanie de l'esprit qui se traduit en lumière et en chaleur, non seulement dans les choses, mais dans la chair : "Mais une chaleur rayonne/De toi vers moi, de moi vers toi". La chaleur de l'amour "transfigure" l'enfant de l'étranger : l'enfant ne sera plus un "étranger" ; il aura désormais un nom, celui de l'homme qui l'adopte en cet instant saint entre tous comme son fils : "Tu enfanteras pour moi comme s'il venait de moi".
Dans la nuit vaste et claire
Le discours de l'homme se termine par un hymne de reconnaissance à la femme : "Tu as mis du soleil en moi/Tu as refait de moi un enfant" : en donnant à l'homme la possibilité d'accomplir un acte de pur amour, la femme l'a enfanté à nouveau en l'élevant à la hauteur de sa vocation la plus haute. L'homme n'est pas devenu un "sage vieillard" ; il est joyeux comme un enfant. Le poète suggère que la vocation d'un homme, après avoir traversé bien des tourments, est de retrouver l'esprit d'enfance, l'innocence, la disponibilité, la confiance, la joie parfaite.
"Il étreint sa forte taille,/Leur souffle se mêle dans les airs./Deux êtres vont dans la nuit vaste et claire" : L'homme scelle l'acceptation de la femme et de l'enfant par un geste symbolique : il entoure la taille de la femme.
Le souffle ("ruah" en hébreu) désigne la respiration des deux amants, le principe de vie, mais aussi le souffle de l'esprit, l'artisan de la victoire de la vie sur la mort dans la vision d'Ezéchiel. (Ezéchiel, 37,5) La nuit dans laquelle vont les deux "êtres" est désormais "vaste et claire" parce qu'ils ont échappé à la prison du mensonge, de la Loi et de la condamnation et parce qu'ils sont entrés dans la vérité de la grâce et de l'amour véritable. Alors qu'ils marchaient côte à côte, chacun regardant "en soi", "obscuri sola sub nocte", leur souffle se mêle désormais dans les airs.
Le poème évoque un couple d'amoureux qui marche à travers bois sous la clarté lunaire. Le poète donne une âme au paysage en personnifiant les éléments qui le composent et en leur conférant une valeur symbolique. Le dialogue entre l'homme et la femme occupe une place centrale dans le poème. La femme avoue à l'homme qu'elle porte un enfant qui n'est pas de lui, mais d'un autre qu'elle a connu charnellement avant lui. L'homme lui répond en la rassurant qu'il accepte "l'enfant de l'étranger" comme si c'était le sien. On assiste alors à une transfiguration lumineuse du monde, tandis que les deux amants ressentent une chaleur bienfaisante. Désormais libérés du poids du mensonge, du jugement et de la culpabilité, ils marchent dans "la nuit vaste et claire".
On ne peut s'empêcher de faire le lien entre le poème de Richard Dehmel et le songe de Joseph dans l'Evangile de Mathieu. L'acceptation par l'homme d'élever et de donner son nom à l'enfant que porte la femme qu'il aime et qui n'est pas de lui, transfigure la nuit dans laquelle marchent les deux amants. De même, le songe de Joseph le conduit à accepter de "prendre Marie pour femme", alors qu'il était sur le point de la répudier et à donner à l'enfant qu'elle porte et qui n'est pas de lui, mais de l'Esprit Saint, le nom de Jésus, fils de Joseph, transfigurant la nuit dans laquelle Joseph se débat.
Une Nuit dans la Grotte
Parcours-spectacle au cœur des Grottes de Han
Du 20 juillet au 20 août 2017
Chaque soir, de 19h30 à 21h30
Tour des Sites Organisation, en collaboration avec le Domaine des Grottes de Han, met en scène un spectacle bilingue (FR/NL) sur le principe d’un parcours-spectacle alliant vidéo mapping, personnages historiques et effets spéciaux. Chaque soir, du 20 juillet au 20 août, les visiteurs seront plongés dans un univers féerique en quatre dimensions.
Site incontournable en Wallonie comme en Flandre, les Grottes de Han se mettent en lumière et proposent un spectacle multimédia mis en scène dans plusieurs endroits clefs des Grottes de Han.
Construit autour d’un récit historico-fantastique au fil conducteur bien rythmé, ce show, d’une durée d’une heure, permettra au public de (re)découvrir les Grottes de Han au travers d’un voyage spectaculaire jalonné d’effets spéciaux 4D et de tableaux époustouflants ! Les grottes se métamorphosent au rythme de leur histoire et de leurs légendes…
Ce parcours-spectacle sera vécu tel un voyage initiatique où le fantastique côtoie l’histoire et le merveilleux. Un moment de magie unique en son genre pour petits et grands !
Concept : Parcours-spectacle
Date : Chaque soir, du 20 juillet au 20 août 2017
Horaire : En boucle, de 19h30 à 21h30 ; une vague toutes les 20 à 30 min - le public rentre dans les grottes quand il le souhaite
Durée du spectacle : +/- 1 heure
Lieu : Domaine des Grottes de Han
Public attendu : Les familles
Langue : Bilingue – FR/NL
Parking : Accès libre
Tarifs : Adultes : 19 € sur place ; 17 € en ligne / Enfants : 13 € sur place ; 12 € en ligne
Infos et réservations : www.grotte-de-han.be
Une création de Tour des Sites Organisation en collaboration avec le Domaine des Grottes de Han
Je l'avoue
j'ai une complaisance pour la routine
les menus faits du quotidien
répétés jour après jour
ce qui est lent et régulier me rassure
le va-et-vient des vagues
les nuages qui passent
la patience des fleurs
tout ce que recèlent d'infime
d'inconsistant
de presque inaperçu
les petites choses de la vie
c'est peut-être ça qui m'a sauvegardée
ces moments volés
où sans le savoir
j'apprends à aimer
la solitude intérieure
(martine rouhart)
Aphrodite Niképhoros de la villa de Thésée,
Nea Paphos, marbre, 2e/3e s. av. J.-C.
(musée de Chypre, Nicosie)
Et là sur cette plage d’Achni qui vit émerger Aphrodite, au Rocher du Grec, les Achéens s’en revinrent de Troie et débarquèrent. La boucle était bouclée.
Ou presque… Permettez encore que je file la métaphore tant la légende est belle.
(marbre du 1er siècle découvert à Soli, musée de Chypre, Nicosie)
Aphrodite la dorée, qui fait naitre l’amour
Et met en émoi la création entière.
Dorée comme un Titien, une certaine morgue aux lèvres.
Son galbe est parfait, mais ne lui dites pas qu’elle est la plus belle hellène, irascible, elle pourrait se méprendre et vous poursuivre de sa vindicte.
A Chypre toujours, un jeune sculpteur pétri de talent, Pygmalion, se prit à créer une statue qu’il voulut divine. Chaque jour il passait et repassait son ciseau jusqu’à atteindre la forme suprême de l’art, l’art vivant qui fait oublier le geste, qui fait oublier le reste. Tant et si bien qu’il s’éprit de sa création, d’un amour sans retour.
Aphrodite s’en émut. Et la statue ne demeura pas de marbre, ou d’ivoire, ni sans défense.
« De son sein il approche une amoureuse main… Pygmalion sent des veines tressaillir… Alors, transporté d’allégresse, il rend grâces » à la déesse*1.
Il appelle l’œuvre de chair Galatée, qu’il étreint aussitôt.
N’y voyant pas offense,
« La vierge sent ses baisers et rougit, elle ouvre à la lumière un œil craintif, et voit à la fois le ciel et son amant. »
Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson (1767-1824)
« Elle rougit parfois, parfois baisse la vue ;
Rougit, autant que peut rougir une statue. »,
La Fontaine
(musée du Louvre, Paris)
Là, la voyez-vous frémir ?
Mais je dois à la décence ne pas en dire plus.
Toutefois « quand la lune eut vu neuf fois son croissant se remplir, Paphos naquit », qui donna son nom à la cité qui chaque année célèbre Aphrodite.
Cypris est d’ailleurs le nom souvent donné à Aphrodite par les Cypriotes.
A Chypre où, comme à Rhodes ou Cythère (Cythérée), elle comptait ses plus fervents adeptes.
Cypris voyant Cypris à Cnide s’écria
Hélas, hélas ! Où Praxitèle m’a-t-il vue nue ?
Epigramme de l’Anthologie grecque
Consacrés à Aphrodite, les poissons rouges (le cyprin doré) étaient élevés en son honneur à Athènes. Quant aux disciples d’Hippocrate, drôles de carabins, ils ont donné à une sécrétion, manifestation du désir sexuel, le nom de cyprine. J’en rougis comme cuivre, mais tout de même, tout ce que l’on apprend sans jamais oser le demander*2 ! Comme aurait dit Freud, je prends sur moi, « Ҫa laisse sans bras ! »
Cyprin doré dans un bassin du musée archéologique de Rhodes
Collection Borghèse
(marbre, IIe siècle, complétée au XVIe ; musée du Louvre, Paris)
Ah, elle en fit tomber des chefs notre Aphrodite Niképhoros, « porteuse de victoires », la Vénus Victrix des Romains ! Car même si d’Arès (Mars) elle accoucha d’Harmonie, je crois que jusqu’à Vercingétorix on en paya le prix, que toujours, n’en déplaise à Brennus, Vénus commande aux choses de la chair que malignement elle mêle à l’esprit.
Découverte en 1651 à Arles, copie romaine d’après Praxitèle,
restaurée par Girardon.
Elle tient la pomme de Pâris, tout en réfléchissant face à sa psyché.
L’entendez-vous fredonner cette lointaine mélopée :
« Au-delà des mers, là-bas sous le ciel clair… mon pays et Pâris
… pour eux toujours mon cœur est ravi… »
(musée du Louvre, Paris)
Jules César lui-même, par l’entremise de sa tante Julia, qui eût Anchise comme aïeul, se prétendit parent d’Aphrodite.
Aphrodite, en effet, d’Anchise, jeune et beau berger apparenté à la famille royale de Troie, enfanta Enée*3. Enée, fuyant Troie saccagée par les Grecs, revenu des Enfers, finit par s’installer dans le Latium, devenant l’ancêtre de Romulus et Remus, fondateurs de Rome. Enée, dont descendent les Julii, la gens Julia. C’est ainsi que se bâtissent les empires. Et qu’Aphrodite est au fondement de notre civilisation.
La Mère de l’eau (Vandmoderen)
Kai Nielsen (1882-1924)
(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)
Quelle lignée tout de même que celle de notre Vénus Genetrix !
Une mère figurée dans un drapé moulant et suggestif. Tentatrice, elle nous apostrophe.
M’imagine-t-on en nourrice ? au gynécée…
En effet on ne la voit guère au foyer, vaquant aux tâches ménagères, la marmaille sur les bras. Portant un enfant, c’est pourtant ainsi que se présente l’Aphrodite courotrophe.
Rare et sage image d’une déesse-mère, car ce n’était pas l’instinct maternel qui prédominait chez elle, trop mariolle pour s’encombrer d’une progéniture certes pléthorique. Famille nombreuse, famille heureuse, peut-être, mais seul son petit Eros préféré savait lui procurer toute la félicité.
Bien plus que deux amours, elle avait cependant deux vertus. Celle que l’on prêtait à Aphrodite Apostrophia de faire oublier les amours contrariés. De changer les cœurs et de vous purifier, un don d’Aphrodite Verticordia que l’on invoquait.
« Dis à ta déesse qui tu veux que sa force plie à ton amour. »,
Sappho (ca 630-580 av. J.-C.)
Copie romaine d’après un bronze de Callimaque.
Callimaque était surnommé le catatexitechnos, le « trop minutieux ».
Mais comment lui reprocher, et ne pas frémir devant ce drapé « mouillé », être tenté par cette pomme à croquer ?
(marbre de Paros ; musée du Louvre, Paris)
Nous suivrons encore la versatile, les poètes ne me contrediront pas, la matière est fertile.
avec Eros monté sur un dauphin.
(copie romaine d’après Praxitèle ; marbre ; musée du Louvre, Paris)
Et nous accompagnerons encore, par parenthèses, sa parentèle.
« Celui qui est touché par l’Amour ne marche jamais dans l’ombre. »,
Platon (ca - 427/- 348)
Attention toutefois au fripon Cupidon car « son jeu est cruel.
Son cœur est méchant mais sa langue est de miel.
Ne touche pas aux traîtres dons du plus beau des dieux immortels.
Son trait est petit, mais il atteint le ciel. »
(IIe s. ap. J.-C., marbre, musée du Louvre, Paris)
Torse d’Aphrodite du type de la Vénus d’Arles
(Ecole de Praxitèle ; musée archéologique de Rhodes)
A suivre…
En attendant, vous aimerez peut-être retrouver ici la première partie de ce billet :
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 Que le poète latin Ovide, à qui l’on doit ces citations, nomme bien sûr Vénus.
*2 Cyprine… En conchyliologie, c’est aussi le nom donné à un coquillage, du genre vénus évidemment ; en minéralogie à une variété cuprifère de vésuvianite (ou idocrase) utilisée comme pierre fine. Quant aux « cheveux de Vénus », ce sont des cristaux aciculaires de dioxyde de titane, une forme de rutile donc, que l’on trouve en inclusions dans le quartz. Cette dernière appellation est aussi donnée, en botanique, à la nigelle de Damas.Sabot de Vénus étant une petite orchidée poussant dans nos Alpes.
*3 Curieuse analogie, Enée, Æneas en latin, signifiant de cuivre (ou d’airain, bronze). Chypre tient également son nom du cuivre natif, cyprium, dont elle détenait de fabuleux gisements, que l’on trouve mentionnés dans des inscriptions mésopotamiennes du IIe millénaire évoquant le cuivre d’Alasia (aujourd’hui Enkomi, ou Tuzla pour les Turcs). Par contre, pas de marbre à Paphos comme sur le reste de l’île, il venait donc de Paros. Et Cypris est un autre nom d’Aphrodite, j’y reviendrai…
PAR-DELA’ BÉATRICE : LE DIALOGUE DE CLAUDIO GIULIANELLI
Du 31-05 au 25-06-17, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) a mis à l’honneur l’œuvre du peintre italien, Monsieur CLAUDIO GIULIANELLI, par une exposition intitulée DIALOGUE AVEC LA NATURE.
La caractéristique majeure concernant l’œuvre de cet artiste est, sans conteste, l’atmosphère théâtrale qu’elle exhale. A cette noble théâtralité, s’ajoute la poésie de la Renaissance, particulièrement dans la vision dantesque de la Nature, exprimée par la Femme, la Béatrice sublimée, embellie, symbolisée dans le Tout cosmique. Plastiquement exprimée, cette vision se concrétise sur la toile par le personnage féminin, à l’avant-plan, derrière lequel ressort un paysage champêtre, montagneux, lacustre ou maritime. Ce paysage, tout de brumes entouré, met la Femme en exergue, dans une Toscane mythifiée. La Renaissance est présente, tant dans le costume du personnage que dans sa façon de poser. Jamais elle ne pose de face mais toujours de trois-quarts ou de profil. Elle est campée à l’intérieur d’un arc dont nous ne voyons que l’arcade avec les colonnes portantes. Concernant le cadrage, une constante régit la présentation du portrait tant masculin que féminin, à savoir que bien souvent, le personnage n’est pas représenté en entier. Celui-ci est compris dans un cadre (une focale, s’il s’était agi de photographie – un « plan américain », s’il s’était agi de cinéma) extrêmement serré, le montrant à partir de sa taille. La mise en exergue du personnage, en l’occurrence de la Femme, s’exprime par le fait qu’elle occupe, même campée dans un coin, la majorité de l’espace, à l’avant-plan. Elle est cadrée de telle façon qu’à partir de la taille, celle-ci « monte » en flèche (typique de l’esthétique de la Renaissance), jusqu’à donner le sentiment d’atteindre le sommet de l’arcade (sous laquelle est enserrée) qu’un ciel aux teintes surréalistes empêche de rejoindre. Ajoutons à cela que son regard est constamment adressé au visiteur dans un sourire légèrement changeant, selon les œuvres. Juste derrière elle, le paysage est délimité par une ligne d’horizon très basse (également typique de l’esthétique de la Renaissance).
La lecture que nous impose l’œuvre de cet artiste est essentiellement philosophie et symbolique. Chose, une fois encore, appartenant à la pensée du 16ème siècle où philosophie (naissance de la pensée moderne) et symbolique (consistance du courant religieux) s’alternaient dans les méandres de la pensée politique. Une suite d’allégories de la Renaissance apparaît dans chaque œuvre que le regard approche.
Un premier élément, musical celui-là, s’invitant sous la forme de la flûte (que l’on retrouve dans tout le parcours de l’artiste comme une signature), représente la présence de la danse. La conception de la flûte, à la Renaissance est complexe dans son interprétation, car à l’instar de la bulle de savon (dont nous parlerons plus loin), elle représente la fragilité de l’existence ainsi que l’illusion destinée à s’évanouir. D’ailleurs, une des images évocatrices de l’esprit, à la Renaissance est celle montrant un cylindre (une flûte ?) scintillant.
LE REVE (60 x 60 cm- acrylique et huile sur toile – 2017)
nous montre un personnage féminin conçu de trois-quarts, le visage en plan jouant de la flûte. Sur la droite de la toile, deux bulles en suspension dans l’espace.
La Femme est campée à l’intérieur d’une arcade. Au-dessus du personnage, figurent sur la gauche un soleil et sur la droite une lune. Un paysage montagneux s’affirme à l’arrière-plan. Nous évoquions, plus haut, les aspects philosophique et symbolique de l’écriture de l’artiste. Deux exemples nous sont donnés ici. La bulle de savon, échappée d’une flûte, flottant dans l’air est le symbole, à la fois de la légèreté ainsi que l’éphémère de l’existence, laquelle flotte dans un espace conçu par Dieu…le temps qu’elle éclate! Le soleil et la lune figurant en haut des colonnes portantes, symbolisent l’être masculin (le soleil) et l’être féminin (la lune) identifiant l’humain. La symbolique du soleil est celle du pouvoir. Celle de la lune est relative à la féminité, à l’illumination, à l’éternité, en ce sens qu’elle incarne la notion du cycle, réalisée dans l’apparition, la croissance et la disparition, symbolisant ainsi la dimension résurrectionnelle du fait qu’elle réapparaît quotidiennement. Le soleil, lui, symbolise le pouvoir car par sa lumière il donne la vie. Le soleil et la lune sont, dans toutes les cultures, les parèdres d’une même notion : celle de l’existence, à la fois biologique et sociale.
La flûte appartient à la symbolique mystique propre à l’harmonie car il s’agit de l’instrument joué par les anges. Associé au surnaturel ainsi qu’à la vie pastorale depuis l’Antiquité classique, il traduit l’harmonie intérieure, par conséquent, il participe de la Nature.
Les couleurs usitées par l’artiste sont globalement tendres. Même le rouge, couleur « fauve » par excellence, n’est jamais exploité à l’excès. LE REVE est considéré par son auteur comme une œuvre « froide », de laquelle se définit la féminité du personnage en accord avec la Nature. Il est vrai, après analyse, que se qui pourrait créer cette atmosphère de « froideur », serait, en fait, le traitement apporté aux chairs du visage et du buste, apparaissant en dégradés, conçus à partir du jaune-or du turban et des manches de la robe.
Dans les autres tableaux, le visage de la Femme s’étale sur des coloris tendres, néanmoins, plus vivants.
CE QUE VOUS SAVEZ PEUT-ETRE (50 x 70 cm-acrylique et huile sur toile – 2011)
comporte un renforcement de la symbolique : une bulle trône au dessus d’une architecture monolithique (située à l’arrière-plan), à l’intérieur de laquelle est enfermée une silhouette humaine. L’artiste « implique » ici l’être humain de façon directe, en le plaçant face à ses fins dernières.
LE VOL DE PULCINELLA (50 x 70 cm- acrylique et huile sur toile-2017)
déclame une poésie festive.
La Femme, buste de profil, visage de trois-quarts, agite deux marionnettes, l’une blanche, l’autre noire. La marionnette blanche symbolise la « Fantaisie », elle porte sur son visage un masque noir : elle se dissimule. La marionnette noire, elle, symbolise la « Rigueur ». Elle est habillée en gendarme et porte une matraque. L’arrière-plan, entièrement dominé par le bleu (en dégradés) du ciel et de la mer, alterné par le blanc de l’écume, est entrecoupé par le jaune vif des banderoles ainsi que du rouge bordeaux du turban et de la robe du personnage féminin.
CONCERT AVEC LA NATURE (38 x 38 cm-acrylique et huile sur toile-2017),
ajoute à cette palette symbolique un élément supplémentaire sous la forme de « l’alambic », au-dessus duquel se trouve la bulle avec à l’intérieur, comme s’il s’agissait d’une mise en garde, la silhouette humaine. Considéré sous son aspect symbolique, l’alambic est un réceptacle renfermant toutes les choses de la Nature. Une sorte de boîte de Pandore (destinée à rester fermée), à l’intérieur de laquelle sont contenues les quatre saisons, représentées par les quatre éléments : le Printemps (l’air), l’été (le feu), l’Automne (la terre), l’Hiver (l’eau). Brassées à l’intérieur de l’alambic, son contenu s’écoule dans la plus totale harmonie.
BULLES (50 x 70 cm-acrylique et huile sur toile-2009),
nous fait assister à une véritable transformation de l’écriture expressive de l’artiste. Car il s’agit de la seule œuvre qui se détache stylistiquement du contexte, en présentant la Femme dont le turban devient littéralement « cinétique » : il se défait sans pour autant disparaître. Une innovation est apportée par le fait que pour la première fois, même campé de profil, le personnage est nu.
Un élément supplémentaire réside dans le fait que l’arrière-plan, composé de deux zones bleues, en dégradés (clair avec de fortes notes blanches pour le ciel parsemé de nuages et foncé pour signifier la mer), est exclusivement maritime. Bien que les mains du personnage tiennent la flûte de laquelle s’échappe la bulle de savon (issue de la Renaissance), le contexte est ici totalement surréaliste. C’est précisément par cette dimension « cinétique » du turban défait, néanmoins physiquement présent, que s’affirme comme point de départ la lecture entreprise par le visiteur, lorsque celui-ci débute son périple cognitif.
Le contraste entre le rouge du turban et le bleu « magrittien » de l’arrière-plan donne à cette œuvre une force d’une rare intensité. Il convient d’insister sur le fait que l’artiste vient précisément du surréalisme. Et cela n’est, en dernière analyse, pas surprenant du tout, étant donné que la spécificité du surréalisme est celle de réinterpréter l’histoire de l’Art en éloignant d’elle toutes les frontières, en faisant reculer les possibles. Il s’agit ici d’exposer une Renaissance sublimée sans emprunter une écriture esthétiquement « surréaliste » mais en adoptant les traits d’un symbolisme formel. Nous savons que l’artiste provient du surréalisme. Mais ici, la dimension « surréaliste » ne se développe qu’à partir de l’apport métaphysique propre à un de Chirico dont l’on retrouve l’empreinte dans les coloris relatifs à l’atmosphère englobant le personnage à l’architecture.
L’allégorie de la bulle de savon demeure la même, à savoir l’illusion destinée à disparaître contenue en son sein ainsi que la grâce de sa rondeur laquelle s’avère être la présence de l’esprit traduite dans la forme.
CLAUDIO GIULIANELLI a une formation de chimiste. Cela se perçoit dans la science qu’il apporte aux couleurs, en ce sens que l’alchimie dont il se revendique, assure l’harmonie narrative à la base philosophique de son discours. Et cette base philosophique, il la puise précisément dans les études de Philosophie poussées qu’il entreprend.
Extrêmement féru de littérature dantesque, il trouve dans Béatrice la matrice même du personnage de la Femme ainsi que le véhicule spirituel entre l’Homme (l’Anthropos) et Dieu. C’est à se demander s’il ne l’a pas (volontairement ou inconsciemment) substituée à Eve, personnage central dans la formation psycho-sociale de la Femme. Et l’Homme (en tant que genre) où est-il dans tout ça? Il semble ne pas exister…mais ce n’est qu’apparence car c’est par la symbiose que Béatrice forme avec la Nature qu’il se voit faire partie du cycle de l’Eternel Retour.
Il coexiste pleinement à l’intérieur du principe de vie, puisqu’à l’intérieur du récit dantesque, il forme une entité amoureuse et philosophique avec la Femme. Notons que très souvent, c’est la couleur rouge (en dégradés) par laquelle l’artiste conçoit la robe portée par la Femme. Le côté à la fois lumineux et « pastellisé » de la robe contrastant avec la blancheur laiteuse des chairs, est le résultat d’une technique mixte, composée d’acrylique et d’huile. La conception des plis des tissus (cannelés) ainsi que la température des couleurs n’est pas sans rappeler (toute proportions gardées), la technique de Giotto. Ce qui, une fois encore, nous ramène à Dante.
Hasard ou coïncidence ? Cette robe rouge était celle que Béatrice portait lorsque Dante, enfant, la vit pour la première fois…
Béatrice a, notamment, été au centre des préoccupations esthétiques et thématiques des préraphaélites, vers la fin du 19ème siècle : pensez, notamment, à Dante-Gabriele Rossetti qui l’a souvent représentée indépendamment de la présence de Dante. Chose assez inhabituelle chez les préraphaélites qui l’ont, le plus souvent portraiturée en sa compagnie, comme pour symboliser l’entité de l’amour à l’intérieur du couple mythique.
Autodidacte, l’artiste fréquente les musées depuis l’enfance. Il a trouvé dans Bosch et le Caravage les maîtres qui lui ont ouvert la voie de l’expression artistique.
Chose commune à bien des artistes, lorsqu’il se trouve devant la toile, il ignore ce qu’il adviendra de son œuvre. Et c’est là que la couleur vient à la rescousse! C’est à partir de l’exploration des possibilités multiples que lui offre le chromatisme qu’il opte pour telle issue narrative. L’artiste se laisse envoûter par la magie de la palette. A ce titre, il avoue que « l’on ne peint pas avec son cerveau !», signifiant par là que la peinture, et plus au-delà, la création n’est pas le résultat d’une froide suite d’opérations calculées aboutissant à un résultat escompté.
Tout au long de son parcours, l’artiste a participé à de nombreuses expositions de par le monde.
Vous l’aurez remarqué, par delà la dimension littéraire et humaniste, il y a chez CLAUDIO GIULIANELLI une atmosphère théâtrale « bon enfant », mettant en exergue l’univers de la Commedia dell’Arte. Néanmoins, ne perdons jamais de vue que ce théâtre des rues auquel interagit le visiteur est celui d’un artiste du 21ème siècle, qui par sa culture et son pinceau, passe par le regard actuel, pour atteindre l’intemporalité.
Lettres
N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
A voir:
Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
Claudio Giulianelli et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
(Juin 2017) photo Jerry Delfosse)
Signature Claudio Giulianelli
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Ils sont là sur le chemin
Ils n'ont plus rien dans les mains
Ils marchent ils marchent ils marchent
Rien ne peut les arrêter
A part la réalité
Ils marchent ils marchent ils marchent
Le vent traverse les corps
Tremblants presque nus dehors
L'hiver mord sans se lasser
A belles dents les trépassés
Le monde ailleurs ne sait pas
Les pieds dansent
Sur l'immense terre d'asile
Les pieds posent
Sur les choses leur exil
Propos
L'art oratoire le plus souvent provoque un émoi indicible. S'il le maîtrise, un conférencier peut créer une ambiance savoureuse.
Persuader impose une démonstration solide, faisant appel à la raison, présentée avec élégance. Or cela bien souvent suffit.
Vouloir séduire en même temps demande un long apprentissage et n'est possible sans talent.
Comme en poésie, il existe des muses inspiratrices, emplies de grâces.
Préparant un discours destiné aux Français, leur président n'a certainement pas tenté d'être magiquement guidé.
Les avocats voulant convaincre, agrémentent leurs arguments de remarquables citations ou d'images qui font sourire.
N'ayant rien osé de semblable, le président continua à discourir en s'écoutant, sans que soit troublé le silence.
En ce trois juillet à Versailles la griserie était absente.
3 juillet 2017

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Le premier MuCH Waterloo Festival, un bouquet de talents virtuoses.(I)
Jolie formule musicale de carpe diem : du 7 au 11 juin à Waterloo, on pouvait assister à pas mois de 38 concerts courts et variés en 5 lieux répartis dans Waterloo et les alentours. Cela se clôturait de manière printanière et festive dans le cadre bucolique et accueillant des jardins d’Argenteuil, à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, par une garden party, devenue maintenant traditionnelle. Le premier MuCH Waterloo Festival, un bouquet de talents virtuoses.

Le premier concert du festival auquel nous avons assisté est le très émouvant Oratorio, The Creation, (Hob. XXI:2) - Die Schöpfung de J.Haydn, donné dans la belle acoustique de L’Eglise Saint-Joseph à Waterloo, le 8 juin dernier. Cette oeuvre lumineuse symbolise l'incarnation de l'immense foi et gratitude de Haydn envers son créateur. En homme profondément religieux, Haydn écrivit : « Je n'ai jamais été aussi dévoué que lorsque je composais La Création. Chaque jour je priais Dieu à genou afin qu'il me donne la force nécessaire pour cette œuvre ». Première oeuvre de type cosmopolite, elle a été écrite dès sa création pour être chantée en trois langues : allemand, anglais, français, anglais. La création française eut lieu le 24 décembre 1800 à Paris. C'est ce jour-là qu'en se rendant à la représentation, Napoléon Bonaparte faillit être victime d'un attentat.

Bart Van Reyn dirige chœurs et orchestre : L’Octopus Choir et Le Concert d’Anvers avec des solistes de tout premier rang: Julia Szproch et Cécile Lastchenko, sopranos, Pawel Konik, baryton, Denzil Delaere, ténor et Bertrand Duby, basse.
Une oeuvre empreinte de mystère et de tendresse : « leise , leise… ». Voilà offerte toute la beauté du monde chantée par le tenor Hugo Hymas (GB) qui remplace Denzil Delaere, souffrant! Trois solistes représentent trois anges qui racontent et commentent les six jours de la création du monde selon la Genèse: Gabriel (soprano), Uriel (tenor) et Raphaël (basse). La nature est une cathédrale qui berce. L’ange Gabriel (Julia Szproch) chante avec puissance juvénile et souples vocalises, les produits nourriciers de la terre et l’innocence de la création. Sa voix charmeuse nantie d'une palette d’une très belle envergure fuse vers les hauteurs. Le chœur fait preuve une diction allemande remarquable et r enchante le public avec « Die Himmel erzählen die Ehre Gottes Und seine Hände Werk zeigt an das Firmament » Cette interprétation donne lieu à un dégagement d’énergie incroyable qui inonde les moindres recoins du lieu. Les étoiles de l’univers dansent avec jubilation. La musique joue au télescope et sonde l’immensité.
La deuxième partie de l'oratorio commence avec la création des oiseaux. L'orchestre se livre aux plaisirs d'une musique imitative. Une véritable nuée de voix s’envole vers le ciel, alors que les violons répondent en écho à chaque appel. Les roucoulades des flûtes soulignent l’innocence du monde, avant que ne s'élève la sombre voix du Seigneur après son impressionnante création des monstres marins: « Seid fruchtbar ... » La basse - Bertrand Duby, - vous donne le frisson ! « Erfreut euch in euren Gott ! » Ce dernier mot semble vibrer indéfiniment.
Le très beau récitatif n° 23 du ténor décrivant la création de l’homme à l’image du Seigneur repose sur l’écrin délicat du clavecin, celui des violoncelles ronronnant de plaisir accompagnés de bois aériens. Dieu lui-même est content ! La plénitude envoûtante du Terzett 25 remet en lumière l’exultation du chœur.

Mais bien sûr c’est le duo très attendu du couple radieux d’Adam et Eve « Holde Gattin, dir zur Seite Der tauende Morgen » qui donne toute la dimension mystique de l'oeuvre, qu’ils remercient le créateur pour la merveille de la création ou qu’ils se disent leur mutuel amour et admiration dans de superbes lignes mélodiques. Cécile Lastchenko, soprano et Pawel Konik, baryton sont absolument extraordinaires. Le public s'en trouve bouleversé. « O glucklich paar ! »
Le choeur semble bondir dans une éternité sublime : « Singt dem Herren alle Stimmen... Des Herren Ruhm, er bleibt in Ewigkeit! Amen! » Ce dernier couplet rassemble sous la baguette fougueuse et créatrice de Bart Van Reyn toutes les énergies terrestres et spirituelles des Amen retentissants, exaltés et parfois acrobatiques. C’est enfin un public transfiguré par l’émotion engendrée par cette apaisante fresque narrative de la création, qui a exprimé sa joie dans un tonnerre prolongé de fervents applaudissements.

http://opera.stanford.edu/iu/libretti/schoepf.htm
http://musicchapel.org/event/much-waterloo-festival-5/


Le premier MuCH Waterloo Festival s’est terminé…par un bouquet de talents virtuoses. En effet Ce sont les Quatre Saisons de Vivaldi et celles de Piazzola qui mettaient fin à ce cycle de musique, de danse, de poésie et même d’aquarelle réparti sur 5 jours de liesse estivale. Avec le Nco Orchestre, Tatiana Samouil, Kerson Leong, sous la direction d’ Ayrton Desimpelaere.
Invite
Nous sommes dans le Studio Haas Teichen avec L’Orchestre de Chambre de Namur. Ayrton Desimpelare, dont la carrière brillante ne fait que commencer, déroulera lors de cette dernière contribution vibrante au festival, tout son art et sa sensibilité de maestro. La violoniste soliste c’est Tatiana Samouil, lauréate du Concours Reine Elisabeth 2001, professeur de violon à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et depuis 2002 premier violon à l’Orchestre Symphonique de la Monnaie. Sous la baguette innovante et impétueuse d’Ayrton Desimpelaere, elle transforme littéralement notre perception habituelle de l’œuvre du maître italien.
Dès le Largo du Printemps, elle nous entoure d’un manteau noir de tristesse et nous confie le relief de ses larmes avant de les essuyer par des mélodies bondissantes d’allégresse dans la très grande pureté de sonorités de L’allegro. De vraies giboulées musicales. Les vagues de bonheur se répandent dans la très belle acoustique de la salle …et dans le cœur du public. Une impression de liberté? De mobilité extrême des sentiments? Le visage de la violoniste dont on perçoit les moindres tressaillements se crispe, la souffrance renaît perchée sur la basse continue, puis le sourire réapparaît dans les yeux, pour s’achever dans la sérénité. Une sérénité de véritable hédoniste?
L’Allegro non molto de l’Eté commence par un tapis de questions inquiètes qui s’embrasent dans l’élan vital solaire de la partition. Mais toujours très apparente, cette nostalgie de la violoniste, comme une fièvre récurrente de de l’absence, rejoint aussitôt la fureur de vivre et se fond avec l’ardeur juvénile débordante de tout l’orchestre. Dans un lieu où la proximité avec les musiciens est si grande, la projection de chaque instrumentiste est comme calligraphiée. L’Adagio semble jouer au sablier du temps. Voilà une fragilité intense et douloureuse qui se répand sur fond d’orages et d’éclairs. Le Presto est conquérant, la magie musicale a fait taire toutes les angoisses et recouvrer la joie de vivre. Une approche d’un romantisme fou!
L’Allegro qui débute l’automne semble dédié à Bacchus et à l’abondance des fruits de la terre, L’archet est victorieux : ivresse de sonorités ! Mais L’Automne rime aussi avec langueurs aux couleurs de feuilles mortes balayées prestement par le regard de connivence de la violoniste avec le chef d’Orchestre. Très émouvant, ce clavecin qui aidé des vents précieux étend un voile brume qui peu à peu obscurcit le bonheur. L’archet se fait déchirant. Chacun peut penser à quelque chose de profondément triste avant de sauter dans une luxuriante danse finale, brillante d’énergie.
« Quest'è 'l verno, ma tal, che gioja apporte ».L’hiver marche sur un carnage d’élytres froissées, d’ascensions désespérées, tout un peuple ailé craint les frimas à venir, mais la lumière est si belle, et on voit le ciel. Les rafales passent dans les pizzicatis des violons. Le Largo fait brûler les flammes bienfaitrices, un cœur pacifié, empli de chaleur humaine et de caresses. Quelques mesures de sortie tout en légèreté soudent la grâce à l’énergie qui ne font plus qu’une. Les jeunes artistes et le public ravis de la communion musicale, se retirent pour la pause, le sourire aux lèvres.
Meet and Connect
Les quatre saisons de Piazzola amèneront sur le plateau un vrai génie de l’archet qui avec ses allures de bad boy enchanteur, caracole entre assauts vers le ciel, solo sentimental, tangos, bataille héroïque qui terrasse le dragon, envolées qui semblent improvisées et citations de Vivaldi ! Le jeune violoniste canadien distingué Kerson Leong est tellement fascinant que l’on en oublierait le chef d’orchestre. Il possède une virtuosité qui coupe le souffle, une intériorité qui déménage avec des abîmes de fragilité et des sommets de puissance. Salves, trilles bouleversantes, sautes d’humeur, glissements subreptices dans la romance, décharges électriques, pas de deux… . Cela virevolte, cela foisonne sans rimes ni raison. Le musicien est entier au cœur de la transe des saisons, tous siècles confondus. La contrebasse n’en peut plus de battre! Le magnifique timbre de l’instrument du virtuose, un Guarneri del Gesu (1730) multiplie les registres et les désespérances, il rend une multiplicité de couleurs chatoyantes, on se perd dans l’affolement circulaire des saisons et on se sent infusé d’émotion. Cet artiste incomparable invité au MuCH Waterloo Festival s’est produit dans des salles internationales de renom comme le Wigmore Hall in London, l’Auditorium du Louvre in Paris, the Oslo Opera House, and the National Centre for the Performing Arts in Beijing. Il est partout. On l’écoute partout à la CBC Television, la CBC/Radio Canada,la BBC Radio 3, Radio France, Radio Television Suisse, l’ American Public Media’s SymphonyCast, la NRK, la RAI, la Deutschlandradio Kultur, et la Czech Radio. C’est un tonnerre d’ovations qui résulte de cette splendide performance, en espérant que la prochaine saison du MuCH Waterloo Festival 2018 soit d’une aussi belle tenue!
La Chypre imaginaire de Shakespeare est une riche possession vénitienne, bastion entre l’Islam et la chrétienté orientale. Priorité à la structure et aux couleurs : les notables festoient sur l’esplanade d’un palais vénitien dans un déluge de tenues d’apparat, dignes de tableaux renaissance de Véronèse : Les noces de Canna (1562)? On ne peut qu’être remplis d’admiration pour ces costumes rutilants faits de tissus et soieries tellement raffinés -“Stuff dreams are made of” - et signés par le fidèle créateur de L’opéra Royal de Wallonie: Fernand Ruiz. Ceux-ci, tous différents, font presque passer au second plan les colonnades antiques du palais où se déroule l’action après la bataille de Lépante…
Cette histoire Shakespearienne encensée par Verdi avait été écrite en 1603-1604 après la publication d’un édit royal de 1601 ordonnant l'expulsion de tous les Noirs d'Angleterre. Otello, le général maure de l’armée Vénitienne est en extase devant sa jeune épouse Desdemona qu’il a épousée contre le consentement de ses parents. Cependant, son conseiller de confiance, Iago, commence à laisser entendre que Desdemona est infidèle. Il veut causer la perte d’Otello et le pousser au crime passionnel. Qui des deux, Otello va-t-il croire : son perfide et envieux compagnon d’armes ou son innocente femme? Avec une exactitude presque mathématique, on assiste au développement du sentiment de jalousie, depuis sa naissance à peine perceptible jusqu’à son fatal paroxysme. Les chœurs toujours dirigés par Pierre Iodice sont somptueux et constituent un renouvellement ininterrompu de tableaux vivants de l’époque Elisabéthaine!

Otello se confond impeccablement avec la ligne ascendante implacable de la jalousie, depuis la confiance extatique au premier acte, jusqu’à l’instant où naît le soupçon infusé avec machiavelisme par Iago, celui où commence la traque de la trahison imaginaire dans une passion qui s’exaspère jusqu’à la folie bestiale. Et puis, devant le constat de son crime et l’innocence certaine de la victime, il se précipite dans l’abîme du désespoir et de l’inutile repentir. Le ténor argentin José Cura, formé par Domingo Placido explore sa partition avec vigueur brûlante et profusion de couleurs. Son «Abbasso le spade!» clamé avec autorité contraste pleinement avec son duo avec Desdemona, qui clôt le premier acte. Il diffuse parfaitement sa perception de la volatilité du bonheur lorsqu’il dit vouloir mourir dans l’extase de l’étreinte de sa compagne. «Già nella notte densa» déborde de tendresse. Les dieux seraient-t-ils jaloux de ce pur bonheur?

Jose Cura © Lorraine Wauters
« Credi in un Dio cruel che m’ha creato simile a sè ! » Je crois à un Dieu cruel qui m’a fait à son image ! Le sulfureux Iago (Pierre-Yves Pruvot), humilié de s’être vu refuser une promotion, a engagé une machination infernale pour détruire celui qu’il s’est mis à haïr avec passion. Il est consumé par l’orgueil, la jalousie, l’envie et le désir de vengeance. Sa duplicité monstrueuse fascinante en fait une figure d’un charisme infernal qui force malgré tout l’admiration du public. Quelle prestation et quelle sonorité ! Le baryton Pierre-Yves Pruvot endosse le costume de l’hypocrisie avec une conviction et un talent vocal et théâtral exceptionnel. Ses moindres inflexions changeantes tantôt caressantes, tantôt menaçantes donnent froid dans le dos tant la fourberie est toxique!
Desdemona est remarquablement intense dans sa naïveté et son aveuglement amoureux, mais aussi d’une lucidité surnaturelle devant l’imminence de sa fin brutale. Cinzia Forte qui s’est illustrée sur la scène de l’Opéra de Wallonie plusieurs fois, ( Rigoletto, Le Nozze di Figaro, Fidelio et La Bohème) possède une voix pleine de fraîcheur de délicatesse et de rondeur. Ses aigus soulignés par la finesse des violons et en suite celle des bois sont super légers ! Son désarroi devant les accusations injustes est immensément touchant. « Atterré, je fixe ton terrible regard, en toi, parle une furie ! » « L’Eternel voit ma foi ! »L’orchestre est en délire et l’accompagne dans son sentiment d’injustice. Otello l’étouffe sur sa poitrine, elle fuit et les cordes soulignent son isolement. Plainte douloureuse, le soleil s’est éteint. On retrouve la hantise de l’antiquité grecque. Dans la fange amère et glacée, elle pleure son âme qui se meurt. Après son Ave Maria, « prega per noi ! » elle quitte le coussin sur lequel elle s’était agenouillée pour s’approcher du lit mortel. L’Amen est illuminé bordé de violons fins comme des cheveux d’ange Son jeu final d’oiseau pour le chat est pleinement attendrissant et semble penser : « Tue-moi mais fais vite !» « As-tu prié » demande Otello ! « Mon pacte est l’amour. » Tout est dit !

S’il visait l’excellence pour sa dernière représentation à L’Opéra de Liège, Paolo Arrivabeni, dont c’est la dernière saison, a atteint pleinement son but. Il confirme sa très fine et profonde connaissance de l’œuvre et son habileté pour traduire tous les sentiments. Il parcourt la triple tragédie dans les moindres détails, avec un sens aigu des variations d’atmosphères et un traitement époustouflant des orages annonciateurs de tempêtes de sentiments dont les humains sont victimes. La pâte sonore luxuriante semble monter comme un immense soufflé de haine, de jalousie et de désarroi d’une rare intensité. De la place où nous étions, nous avions une vue plongeante sur l’orchestre, de quoi pouvoir observer les moindres détails des interventions des instrumentistes. Joie musicale redoublée. Quatre notes de harpe disent la nuit qui descend, l’accompagnement du rire de Iago est fracassant et quand le doute pénètre Otello, les cordes en tremblent ! Le venin de la trahison imaginaire s’infuse dans les bois, la colère d’Otello bouillonne avec un orchestre en folie alors que genou à terre celui-ci fait un pacte avec le Diable! Les cuivres sont sanguinaires : « Comment vais-je la tuer » se demande Otello ! Et la munificence de la cour vénitienne déferle avec les chœurs qui saluent le vainqueur de Chypre. A la fin du 3e acte le chef a donné toute sa force et est épuisé par le paroxysme musical. A la fin du 4e acte, le dernier souffle de vie est expulsé par l’orchestre. 
Le jeu de la suivante, Emilia n’est pas moins convainquant « Je suis ta femme, pas ton esclave ! » assène-t-elle à Iago. Alexise Yerna a été entendue sur la même scène dans Manon, Luisa Miller, Rigoletto, Ernani, Il Barbiere di Siviglia, Lucia di Lammermoor, La Traviata et Orphée aux enfers. Les deux femmes sont à la pointe de l’intimité, elles s’entraident avec la ferveur du désespoir. Leur duo tendre souligné par les hautbois est un moment d’émotion intense et lumineuse. C’est elle qui expliquera avec détermination la félonie de son mari à l’ambassadeur de Venise (notre cher Roger Joachim). Et Cassio, le jouet du destin, c’est Gulio Pelligra (dans Nabucco en octobre dernier) qui l’habille d’une très belle humanité.
SAISON : 2016-2017
DIRECTION MUSICALE : Paolo Arrivabeni MISE EN SCÈNE : Stefano Mazzonis di Pralafera CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice ARTISTES : José Cura, Cinzia Forte, Pierre-Yves Pruvot, Giulio Pelligra, Alexise Yerna, Roger Joakim, Papuna Tchuradze, Patrick Delcour, Marc Tissons
NOMBRE DE REPRÉSENTATIONS : 6DATES : Du vendredi, 16/06/2017 au jeudi, 29/06/2017
http://www.operaliege.be/fr/activites/otello
Crédit photos: Lorraine Wauters
Accompagnent l'adieu des larmes de tristesse
Mais il est doux à l'âme de l'être qui s'en va
Quand il entend des mots débordant de tendresse.
Jusqu'à son dernier souffle, il ressent qu'ils sont là.
Accompagnent l'adieu des larmes de tristesse.
Il sait qu'il va mourir le parent que l'on veille.
Il a vécu longtemps, sur différents rivages,
En ayant contemplé les monts et les merveilles
Puis s'était préparé à l'ultime voyage.
Il sait qu'il va mourir le parent que l'on veille.
Des enfants qu'il chérit, il reçut de l'amour.
Ils sont dans la douleur en ce dernier adieu.
La fin d'une existence doit arriver un jour,
Même s'il est tardif, il parait odieux.
Des enfants qu'il chérit, il reçut de l'amour.
La providence fait que l'apaisement vient.
Il surprend quelques fois; d'autres chagrins perdurent.
Si l'on ne souffre plus, sans cesse on se souvient.
On pense à des instants de joies qui étaient pures.
La providence fait que l'apaisement vient
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24 juin 2017
Dans le cadre du 10ème anniversaire d’activités de l’Espace Art Gallery en 2015, celle-ci édite 1 nouveau recueil d’art reprenant des billets d’art concernant 12 artistes qui ont exposé leurs œuvres dans la galerie.
Ce recueil est publié dans le prolongement de ceux déjà parus dans la collection « États d’âmes d’artistes » publiée par © Les Éditions d’Art EAG. Il s’agit d’un partenariat entre le Réseau Arts et Lettres et l’Espace Art Gallery.
Cette collection présente les billets d’art de François Speranza, historien de l’art, attaché au Réseau Arts et Lettres.
Une fête-concert dans la Galerie est prévue afin de remettre gracieusement le dernier volume, nouvellement paru, aux artistes ayant bénéficié d’un article d’exposition sur Arts et Lettres en 2016. Ce recueil constitue déjà le volume 5 !
La fête :
Aura lieu le 24 juin 2017 de 18h 30 à 22h 30
Au programme:
18h 30 accueil des artistes et visiteurs
18h 45 présentation de la soirée
19h 00 à 19h 45 concert de la chanteuse Fabienne Coppens
20h 00 à 20h 30 remise des recueils aux artistes
20h 30 à 22h 30 verre de l’amitié et petits sandwichs fourrés
Réservations obligatoires :
Au 00 32 (0) 497.577.120 /ou par E-mail : eag.gallery@gmail.com
Entrée libre sur réservation au préalable.
Jerry Delfosse
Directeur de l’Espace Art Gallery et les Éditions d’Art EAG
Photos de la soirée fête-concert à suivre…
Le cinquième recueil est dédié aux billets d’art concernant les artistes suivants :
(Exposés en 2016):
CHRISTIAN BAJON-ARNAL
VICTOR BARROS
CATHERINE FECOURT
GHISLAINE LECHAT
FREDERIQUE LACROIX-DAMAS
FRED DEPIENNE
LYSIANNE MATISSE
RODRIGUE VANHOUTTE
MARIE-CLAIRE HOUMEAU
MARC BREES
ODILE BLANCHET
CHRISTINE BRY
Recueil publié en juin 2017.
Fabienne Coppens chante:







