Une voix d'or
à la fête du 24 juin 2017 dès 18h 30 à l 'Espace Art Gallery
Une voix d'or
à la fête du 24 juin 2017 dès 18h 30 à l 'Espace Art Gallery
Stabat Mater, opus 58 Antonín Dvořák (1841-1904) œuvre pour soli, chœur et orchestre
Cécile Lastchenko- soprano
Pauline Claes - mezzo
Sébastien Romignon-Ercolini - tenor
Kris Belligh - Bariton
Namur Chamber Orchestra
Direction:Ayrton Desimpelaere
Grand concert de la Régionale A Cœur Joie de Bruxelles sous la direction d' Ayrton Desimpelaere, au profit de l’ASBL « Camp de Partage »
Le jeune chef belge Ayrton Desimpelaere (né en 1990) fait partie d’une génération montante d’artistes qui se retrouve comme par enchantement dans les salles les plus prestigieuses. Le jeune maestro talentueux a eu l’occasion de diriger la demi-finale du Concours Tchaïkovski à Moscou en 2015 devant un jury prestigieux présidé par Valery Gergiev et retransmis sur Medici.tv. Au cours de la saison 2016-2017 il a dirigé la Flûte Enchantée en version à vocation pédagogique, à L’Opéra Royal de Wallonie où il a eu l’occasion bénie de pouvoir côtoyer tout au cours de l’année, d’immenses personnalités du monde musical, grâce à son assistanat dans la direction d’orchestre. Depuis 2015, il assure la direction du chœur de la régionale A Cœur Joie de Bruxelles composée de 180 choristes et depuis 2014 il dirige un répertoire d’œuvres sacrées lors des stages de Chant choral à Loos (France) qui rassemble chaque année une centaine de choristes. Cette année l’œuvre sacrée choisie est La petite messe solennelle de Rossini. Dernièrement, il a également dirigé lors du Singing Brussels Celebration Weekend à Bozar, 660 élèves issus d’une vingtaine d’écoles primaires bruxelloises interprétant l’œuvre musicale originale imaginée pour le projet Cantania par le compositeur belge Jean-Philippe Collard-Neven.
Pour ce prodigieux Stabat Mater, Le NCO (Namur Chamber Orchestra), une formation de 12 jeunes musiciens issus des Conservatoires royaux belges et qui s’est produite dans de nombreux festivals belges ainsi qu’en France, s’est augmenté de musiciens professionnels supplémentaires pour former un orchestre symphonique sous la baguette de leur chef Ayrton Desimpelaere qui dirige également l’immense cohorte musicale des choristes de la formation A Coeur Joie. Les bénéfices du concert iront généreusement au profit de l’ASBL «Camp de Partage». Quatre solistes éblouissants complètent le tableau : La soprano Cécile Lastchenko (°1989), La mezzo-soprano Pauline Claes, le ténor Sébastien Romignon Ercolini et la basse Kris Belligh.
La version initiale pour quatre solistes, chœur et piano a été composée par Dvořák après la mort de sa fille Josefa en 1875. Il a ensuite mis le travail à l'écart sans l'orchestrer. Peu de temps après, il a perdu deux autres enfants en 1877. À ce stade, il est retourné au manuscrit qu'il avait abandonné l'année précédente pour composer l’œuvre orchestrale.
Le texte latin du Stabat Mater date du milieu du XIIIe siècle, mais les sentiments évoqués dans ce poème ont une valeur intemporelle. Le moine franciscain qui l’a écrit et dont l’identité n’est pas certifiée, a trouvé son inspiration religieuse dans la souffrance de Marie au pied de son Fils cloué sur la croix. Ce texte ainsi que le traitement musical que Dvořák a composé nous touche profondément et exprime l’universalité notre compassion avec la souffrance de l'homme.
Le concert s’est donné dans la salle Henry le Bœuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 10 juin 2017. Ayron Desimpelaere a su équilibrer les différentes interventions, chœur, orchestre et soli. De terrestre, - ce que pense le jeune chef de la version qu'il a livrée - son interprétation apparaît à certains moments purement cosmique et reflète une force bouillonnante de synergies qui fusent dans la fresque chorale monumentale. Le chœur très nombreux d’amateurs ne déçoit pas - rien d’approximatif ou d’hésitant - il est très à la hauteur. Il est juste sans doute regrettable que le concert n’ait probablement pas été enregistré.
Le jeune chef a su insuffler à son orchestre une belle dynamique empreinte de tension dès le prélude où le crescendo lugubre aboutit rapidement dans un paroxysme apocalyptique pour être ensuite adouci par des bois aux sonorités très pures. Les constructions successives sont monumentales. Le Quis est Homo est magnifiquement débuté par Pauline Claes et rallié avec émotion profonde par le tenor Sébastien Romignon-Ercolini pour aboutir avec souplesse dans un quartet bien balancé. La désolation est absolue dans la voix de basse de Kris Belligh. Difficile de ne pas être frappé par la tristesse. Le public peut dès lors accompagner mesure après mesure le Eia Mater Fons Amoris qui diffuse tout au long du chemin de douleurs, douceur et cris de colère à travers des vagues de pleurs océaniques… Fac Ut Ardeat Cor Meum est magnifiquement conclu par Kris Belligh. La salle entière accompagne les souffrances du Crucifié, les yeux fixés sur les mains du maestro qui sculpte la douleur.
Le chœur peut alors se lâcher dans la puissance de la tendresse, un sorte de berceuse cosmique: Tui Nati vulnerari dont la deuxième partie résonne comme une marche triomphale, cuivres et percussions à l’appui, vents pleins d’espérance. C’est ensuite le tour du ténor Sébastien Romignon-Ercolini aux accents très romantiques méditerranéens qui dans le Fac me vere tecum flere, arrache des larmes par sa juste et belle entente avec le choeur. La salle est définitivement conquise et attend avec impatience son duo avec l’exquise tendresse de Cécile Lastchenko : Fac ut portem Christi mortem… Le timbre est chaleureux, la voix est souple et les aigus bien ronds sont assurés.
Le quartette et le chœur et l’orchestre concluront dans une puissance resplendissante magnifiquement édifiée par Ayrton Desimpelaere où se combinent, implorations respectueuses, enracinement de la force de la foi, silence, et confiance joyeuse dans la danse des anges et le triomphe absolu de l’amour. Les voix a capella des hommes et des femmes, puis l’orchestre seul et les derniers Amen s’évanouissent avant l’A Dieu final. Les applaudissements de bonheur éclatent de toutes parts.


Sachez finalement que le maestro, après avoir pris le micro pour des émouvants remerciements pour la collaboration généreuse de tous ses partenaires et de toutes les personnes qui ont soutenu ce fabuleux projet, offre en bis ce que son cœur lui dicte et ce que le public attend secrètement: Eia Mater Fons Amoris.

http://www.bozar.be/fr/activities/125430-stabat-mater-de-antonin-dvorak

https://www.rtbf.be/musiq3/actualite/musique/detail_la-matinale-invite-du-15-06-ayrton-desimpelaere?

God save the spirit! Voici un spectacle qui a du panache !
« Au clair de la lune, trois petits lapins qui mangeaient des prunes, le verre à la main… » On n’est pas vraiment dans la normalité de la chanson Mon ami Pierrot, on l’aura tout de suite compris, en recevant à l’entrée du spectacle un sachet dans lequel se cache un verre en cristal, organique bien sûr, garanti sans plomb en vue de la dégustation. Les cinq sens seront tous au rendez-vous! Un conseil allez-y à plusieurs, car l'instrument de cristal permet de trinquer joyeusement en si bémol majeur ce qui ajoute de pétillantes respirations concertantes entre voisins décomplexés. La gageure c’est qu’après six verres d’élixirs divers, c’est peut-être vous qui aurez du plomb dans l’aile. Mais vous pouvez toujours aller cracher sur scène entre les plats de calembredaines et de plaisantes parodies à la sauce bien zwanze de chez nous!
Enjoué, canaille, vif, velouté, souple, aimable, puissant, nerveux, léger, gouleyant, généreux et franc, le boshimam d’un genre nouveau tape sur toutes les religions confondues : "ni dieux ni maîtres" hormis le vin. Sauf à dire que les religions de tout poil tablent sur les libations et se greffent toutes sur la survie de la Vigne, traversant grâce à elle, les différentes civilisations humaines. L'échanson du rire tacle les français dans et hors de la salle, les étudiants et les riches, les allemands de passage, les touristes, les anglais bien sûr et les Belges une fois sur deux, et en particulier les planteurs de betterave ataviques. Ajoutez vous-même le B. On sert six fois à boire, sur musiques de circonstance, qu’elles soient à danser ou à batifoler, l’un ne va pas sans l’autre, c’est ainsi que vont les plaisirs de dieux ! Vas-y pour la dégustation au propre et au figuré, en pleine figure et plein la bouche, à gorge déployée (on ne vous dira pas laquelle…) pour les salves de rires.
Le vocabulaire oenophile défile sous forme de bêtisier. Eric Boschman élu meilleur sommelier de Belgique en ’88 s’est transformé en amuseur public, difficile à situer, entre France et Belgique, plutôt RTL côté rires et balivernes. Le verre à la main, L’esprit gouailleur, il explose au passage une à une, les figurines politiques véreuses de notre temps, ne se privant pas d’envoyer quelques gros-plants sur la scène mondiale des brutalités encours. Toutes frontières abolies: l'alcool désinhibe. Il remonte les rivières, parcourt les chaînes de montagnes, batifole dans tous les vignobles, détaille les théologies, les mélange en libations sacrées et vertueuses car seule l'ivresse est interdite (par les Arabes!). Et il termine sur un porto dont l'étiquette reste un mystère étoilé de souvenirs de jeunesse!
En définitive, son Wineman show musical et humoristique réveille les papilles, catalyse les rires et adoucit les mœurs. Quelle jolie fête de fin de saison! Comme tout bon Belge qui se respecte, cela avait commencé par de l’autodérision pur jus , puisqu’il moque au premier chef, sa propre gent vinophile, et en particulier, ces happy fews qui n’osent avouer qu’ils pratiquent l’œnologie un fois par semaine et rentrent aux petites heures…
De et avec Eric Boschman
DU 07/06/17 AU 30/06/17
Théâtre Le Public
rue Braemt, 64-70 1210 Saint-Josse-Ten-Noode
Même s'il est encore tôt
Soleil déjà levé
Mes amis les oiseaux
Expriment leur gaité
Le vent est si léger
Il caresse les feuilles
En chef improvisé
Il rassemble et accueille
Un long roucoulement
Un trille primesautier
Discret frémissement
Le bonheur cachottier!
Si douce est la musique
Le rythme bien présent
Il peut bien faire la nique
A tout bruit discordant!
Le jardin langoureux
Profite de l'instant
Et les cœurs amoureux
S'imbibent du présent...
Bonjour l'été!
J.G.
En demeurant dans le silence,
J'éprouve une intérieure paix.
Me vient le goût de méditer,
De comparer des différences.
Lors sur ma façon d'exister,
De survivre, je m'interroge.
Quels sentiments mon âme loge
Espérant les voir persister?
Il y eut là-bas, l'autre vie,
J'en ai maintes fois souvenance
Mais j'accueille l'indifférence,
Qui de tout regret me délie.
Ne cessa de changer mon corps,
Par l'énergie biologique
Cela me paraissait magique
Mais depuis me cause des torts.
Mon âme reste aussi légère,
Le plus souvent, je me sens bien,
Ne me souciant plus de rien,
Sauf en des phases passagères.
Sans me forcer me montre aimable.
Je ne peux comprendre Pascal
Qui trouva le moi haïssable.
Se détester doit faire mal.
Je ne cesse pas de m'aimer,
Estimant que je le mérite.
Ma destinée sans doute écrite
Me laisse ce choix désormais.
15 juin 2017
L'envie de faire une croisière
Sans doute a tenté bien des gens.
Ils n'ont pas pu la satisfaire
Faute de moyens ou de temps.
Or, il existe un paquebot
Offrant un captivant voyage.
Y sont conteurs les matelots,
Venus de différents rivages.
En les écoutant, l'on ressent
Des émois indéfinissables.
Un suave ravissement,
Une exaltation délectable.
Sur le bateau Anthologie,
Malgré le temps qui tout arrête,
À tout jamais sont en survie
L'esprit et l'âme des poètes.
14 juin 2017
DE L’ESTHETIQUE DU SUJET : L’ART DE JIRI MASKA
Du 03-05 au 31-05-17, l’ESPACE ART GALLERY (35, Rue Lesbroussart, 1050, Bruxelles) a consacré une exposition au peintre et sculpteur tchèque, Monsieur JIRI MASKA, laquelle nous a surpris à plus d’un titre.
Ce qui, d’emblée, saute aux yeux comme une évidence, c’est le côté « tragique » dans l’œuvre de cet artiste. Même concernant des thèmes qu’il tourne à la parodie, tels que NAKED ABBOT GOING TO VATICAN (102 x 102 – combinaison technique),
la dimension tragique demeure présente. Certes, à la vue de cet ensemble de formes, entrelacées, prenant naissance l’une dans l’autre, l’on peut éprouver un sentiment pouvant prendre l’aspect de l’angoisse, en ce sens qu’il y a chez cet artiste une « esthétique de la déconstruction », laquelle au fur et à mesure que le regard s’immerge dans la toile, devient un ensemble « cohérent », en ce sens qu’au-delà des entrelacs, la forme se révèle. En réalité, l’artiste conçoit un sujet « caché », car au-delà de la matière étalée, surgit le corps, en ce sens qu’on le devine, circonscrit à l’intérieur d’un trait noir luisant, signifiant le volume. Concernant NAKED ABBOT, L’homme, reconnaissable à ses attributs, nous regarde par delà ses yeux exorbités et sa série de dents inférieurs, à l’intérieur d’une bouche esquissant un sourire ou un cri, nous laisse entrevoir la vaste gamme du tragique. Le cœur, de couleur rouge vif, affirme l’humanité. Conçues comme des aperceptions au sens psychologique du terme, une série de formes d’apparence animales, se distinguent sur la gauche de la toile. Homme et animaux sont réalisés de la même façon. En fait, ils émergent de l’arrière plan dans la magie de l’apparition.
La dimension spiritualiste est également une composante dans l’esthétique de l’artiste. GOD OR DEVIL ? (102 x 102 – combinaison technique)
nous entraîne dans les abîmes de l’âme par la conception d’une créature mythologique, reprenant les attributs de la divinité païenne, celle du « daimon » grec, qui se situe au-delà du « bien » et du « mal » (au sens judéo-chrétien du terme), puisqu’elle les rassemble en sa divine personne. Cette œuvre portraiture une créature inquiétante, entourée de formes fantomatiques, certaines au faciès animal.
Comme pour ABBOT, la couleur dominante est le rouge bordeaux très foncé. A l’instar de cette œuvre, un cœur rouge vif apparaît sur la poitrine de la divinité.
La touche d’humour, typique de l’artiste, se ressent dans la présence du nœud papillon, toujours de couleur rouge, ornant le cou du personnage. L’arrière- plan, conçu en jaune clair, évoquant la lumière, contraste avec la dominante chromatique sombre. Un trait noir luisant entoure le personnage en soulignant le volume. Il y a là l’image à la fois d’un combat intérieur entre les pulsions de vie et de mort mais aussi l’image d’une trajectoire politique qui a conduit la Tchéquie (le pays d’origine de l’artiste) vers la dérive capitaliste, entraînant la société vers la consommation.
Un autre trait d’écriture singularise cette œuvre, à savoir l’espace occupé sur la toile par le personnage central.
Cela se perçoit parfaitement dans MANITO (62 x 62),
un excellent exemple de la façon dont l’artiste structure l’espace. Ici, le personnage devient « central », à la fois parce qu’il est le protagoniste du récit pictural mais aussi parce qu’il occupe précisément la partie centrale de l’espace pictural. Et dans cette œuvre, l’espace est structuré en cinq plans :
1) L’avant-plan, constitué à la fois de la couleur du sol, composée de jaune-sable ainsi que de mauve foncé, associé au noir.
2) Le centre de la scène, réalisé à la fois par la massivité du corps du personnage (signalé par le fort chromatisme vert) et du paysage dont la note jaune est une extension de celle de l’avant-plan.
3) Une série de montagnes traitées en bleu fonce.
4) Une deuxième série de montagnes, traitées en noir pour souligner la distance spatiale d’avec les premières.
5) Le ciel, en bleu clair maculé de taches blanches, signifiant les nuages.
Notons que le cadre, souligné d’un fin trait noir, est à son tour, « encadré » par un second trait, aussi fin que le premier pour bien faire ressortir tous les aspects de la composition.
MANITO témoigne excellemment de la manière dont le personnage central s’accapare littéralement de domination spatiale. De ce point de vue, force est de constater qu’il n’y a chez l’artiste, aucune volonté de « subtilité » déclarée dans sa façon de concevoir le protagoniste : celui-ci « trône » dans l’espace en éclipsant le reste. Cela est dû, précisément, à cette forte touche d’humour que nous évoquions plus haut.
MANITO traduit, par son volume, sa couleur verte et par l’attitude du protagoniste, une dimension « carnavalesque » qui « grossit » le personnage jusqu’à le rendre gargantuesque.
Un autre facteur identifie l’œuvre de JIRI MASKA : un sens aigu de l’esthétique du sujet. Qu’entendons-nous par là ? Le « sujet » ne se limite pas au personnage central mais bien à l’ampleur des contextes psychologique et sociopolitique qui l’ont engendré. Cela, l’artiste l’a bien compris lorsqu’il associe personnages (central et subordonnés), décor, contextes personnel et historique dans une même trajectoire narrative. Et cette esthétique du sujet se marie avec ce que nous nommions plus haut, l’ « esthétique de la déconstruction », en ce sens que pour que le sujet s’affirme, il lui faut se dilater, se « déconstruire » au maximum de ses possibilités, pour pouvoir se recréer derrière un écran de formes, sur le moment, inintelligibles afin de se régénérer comme « sujet » dans la totalité de l’espace pictural.
DEAD SOULS (110 x 126 cm – combinaison technique)
est une petite merveille. Inspirée de l’œuvre littéraire de Gogol, elle s’articule par une forme, en apparence abstraite, de laquelle se détachent des ectoplasmes (les âmes errantes), qui semblent flotter, au fur et à mesure qu’elles se réveillent au regard du visiteur. Autre trait identitaire de l’artiste : les œuvres s’articulent à partir d’une même constante chromatique, faisant office de signature. Ici, le traitement lugubre du bleu donne à l’ensemble une sorte d’intemporalité « mobile », flottant sur la surface de la toile, laquelle devient le théâtre sensible de l’imaginaire.
L’œuvre de JIRI MASKA est peuplée de monstres. Certains d’entre eux sont des monstres de foire, tels que le personnage de ARCHBISHOP FROM CANTERBURY MAKES DEAL WITH DEVIL (51 x 51 cm – combinaison technique),
où nous assistons à la transformation psychophysique de l’évêque, sur la tête duquel poussent des cornes stylisées. Le personnage est construit sur trois parties :
1) La robe pourpre qui lui confie son identité. Cette pièce, conçue en rose, est renforcée par un trait rouge vif, lequel se répand sur les contours du cadre.
2) un amas de tissus, en réalité, une pièce volumineuse de laquelle apparaît
3) la tête du personnage qui fixe le visiteur.
Autour de lui, une série de petits personnages, faisant penser à des diablotins, semblent danser une ronde.
La scène est campée sur un arrière-plan de couleur noire, au fond duquel se distingue, en une esquisse stylisée, la ville de Canterbury. Traité de la sorte, le sujet prête au rire et à la bonhommie. Ce qui, concernant l’expression du problème moral, diffère d’avec GOD OR DEVIL ? (cité plus haut). Néanmoins, force est de constater que les personnages qui peuplent ces questionnements sont un « abbot », c'est-à-dire un « abbé » (en anglais), un bishop (à savoir un évêque) ainsi qu’une créature hybride prisonnière d’un ouragan pulsionnel. Par conséquent, des entités évoluant dans la sphère du Sacré, religieux et politique, lesquelles se concentrent et se déflagrent dans les tréfonds de l’individu.
Si JIRI MASKA est un peintre excellent, il est également un sculpteur hors pair.
DIANNA (combinaison technique),
représente un buste de femme acéphale. Abordée de face, c’est à partir de ses seins proéminents qu’elle se construit sur toute une série de torsions et de courbes qui confèrent à la pièce la réalité d’une vitesse d’exécution ressentie par le visiteur. Son corps devient alors un entrelacement de pistes que le regard parcoure pour s’arrêter sur tel détail, avant de reprendre son périple. La sinuosité de son buste en « S » s’achève sur des cuisses massives dont l’on ressent l’importance, carrément « architecturale », car elles servent de soutien à l’édifice corporel. Si le buste est acéphale, l’artiste souligne qu’il s’agit bien d’une femme et pour bien le mettre en exergue, il confère aux seins une proéminence soulignée, précisément pour affirmer la féminité du personnage.
Analysée de dos, DIANNA
constitue un réseau de lignes abruptes, partant du cou jusqu’au creux des reins. Cette peau artificielle sur le derme est un vêtement. Un déroutant drapé, lequel compense, par son habillage, la nudité que le buste exhibe de face. Cette pièce est, de par sa composition, l’association de deux œuvres différentes, scindées en une entité.
Il y a une volonté de retourner à l’Antiquité classique par le biais d’une écriture contemporaine. Le corps est restitué par un volume qui pointe sur la force et les tensions tournés vers l’élan et la puissance. Les plis partant du cou jusqu’au creux des reins, même stylisés, rappellent les cannelures qui structurent les drapés antiques.
L’œuvre, tant picturale que sculpturale, de JIRI MASKA participe d’un expressionnisme abstrait.
L’artiste peint depuis sa plus tendre enfance. Son talent fut détecté par son grand-père lorsqu’il n’avait que six ans. Plus tard, il a fréquenté des écoles d’arts graphiques dans son pays natal d’où, pour des raisons politiques, il a choisi de s’expatrier vers Washington. Là, il a suivi des études de peinture au College Everett. Il expose régulièrement et avec succès de par le monde.
L’appellation « combinaison technique » porte parfaitement son nom. Car l’artiste ne s’en tient pas à une seule technique mais les explore toutes. Il utilise le latex ainsi que le talc. Les spatules de toutes les tailles autant que les mains pour stratifier la matière. L’huile et l’acrylique sont indistinctement usités. Nous évoquions, plus haut, la centralité que le personnage principal occupe dans l’espace. Techniquement parlant, cette figure (que l’artiste nomme « structure ») est la première à être conçue sur la toile. Tout se détermine autour de celle-ci.
JIRI MASKA n’a pas d’influences stylistiques particulières. A y regarder de près, pourquoi en aurait-il ?
La seule préoccupation qui l’anime est, en dernière analyse, ce qui se révèle, au contact de ses œuvres. L’Esthétique : celle du sujet.
Lettres
N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
A voir:
Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
Jiri Maska et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
(Mai 2017) photo Jerry Delfosse)
Signature Jiri Maska
Exposition Jiri Maska à l'Espace Art Gallery - mai 2017 - Photo Espace Art Gallery
Une mère plus grande que nature
«Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais. Chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants. »
Une interprétation d’envergure
Mangeur d’étoiles, bourré d’humour et de retenue, homme de qualité, grand maître du seul en scène sans une minute d’ennui ou l’ombre d’une gesticulation, καλὸς κἀγαθός, est-il un gentleman anglais, ce Michel Kacenelenbogen qui endosse l’espace d’ un soir, la personnalité complexe de Romain Gary, héros de guerre, consul de France, écrivain prolifique et énigmatique? Au pire moment, son interprétation bouleversante du lien mère-fils, laissera le visage simplement baigné de larmes. Les spectateurs émus, le visage saoulé de tendresse, redescendent les escaliers de la salle, la plupart en silence, le sourire aux lèvres, l’amour diamant fiché dans le cœur.
Le mystérieux Romain Gary dans « La promesse de l’aube » fait revivre son enfance échevelée en 400 pages d’amour absolu pour sa mère, Nina. Couvé par un regard émerveillé, il a été porté et enivré par un amour maternel inconditionnel. Pour lui, elle est le tout ! Et pourtant, indomptable, colérique, héroïque, intraitable, possessive, se mêlant de tout, elle en fait trop, en tout, et tout le temps. Il en est conscient à chaque étape. Son seul rêve est d'essayer de ne pas la décevoir, mais la barre est bien haut. De la Russie, à Paris, puis en Pologne et enfin à Nice, elle n’en finit pas d’accoucher du prince de ses pensées qu’elle ne cesse d’auréoler et d’aduler, quelles que soient ses déboires pécuniaires. Déterminée, porteuse de ses ambitions, envahissante au possible, omnisciente, omniprésente, filivore, sa génitrice adorée …et parfois haïe est le modèle absolu de la Femme pour Romain Gary. Elle est amour, compassion et tendresse. Elle est Christique, et juive. Seule en ligne dans l’éducation de son fils unique, elle surmonte tous les obstacles, lui offre la meilleure éducation, elle vante ses mérites imaginaires, lui rêve son avenir professionnel, encourage sa vie amoureuse, et projette sur lui son idéal masculin. Ce fils est sa victoire, et pas seulement une promesse.
«Ecoute-moi bien. La prochaine fois que ça t'arrive, qu'on insulte ta mère devant toi, la prochaine fois, je veux qu'on te ramène à la maison sur des brancards. Tu comprends ? » lui dit-elle, en lui administrant les premières gifles de sa vie. Il a dix ans et devient le chevalier protecteur de sa mère. A plusieurs reprises, il a pourtant senti la honte du ridicule et l’humiliation l’envahir devant les autres. La passion se mêle alors à la douleur.
« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es!
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.
Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : - Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »
Une chose est certaine, c’est elle qui lui a transmis sa force et sa fierté démesurée. Sa dernière lettre en témoigne : « Sois dur, sois fort et continue… » Souligné trois fois. Quel viatique!
Une mise en scène sans aucune fioriture
Elle est signée Itsik Elbaz, lui qui a joué Momo aux côtés de Janine Godinas dans « La Vie devant soi ». Une mise en scène au naturel, comme s'il n'y avait pas de scène, juste de la confidence pleine de pudeur, adossée à la tôle ondulée d’un hangar sur lequel courent des lucarnes de promesses et des images fugaces de temps et de lieux. Et, au détour de passages particulièrement émouvants, naît parfois la lumière intérieure de merveilleuses musiques diaphanes, belles comme des berceuses… russes dans l’âme peut-être.
De Romain Gary
Mise en scène Itsik Elbaz. Avec Michel Kacenelenbogen
DU 16/05/17 AU 24/06/17
http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=468
Mise en scène et adaptation: Itzik Elbaz
Assistanat à la mise en scène : Anne Sylvain
Scénographie et costume : Renata Gorka
Lumières : Laurent Kaye
Video : Sébastien Fernandez
Musique : Pascal Charpentier
LIENS/
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Promesse_de_l%27aube
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/La-promesse-de-l-aube
http://www.ina.fr/video/I14104478
Dans une paix certes parfaite,
Quand je suis passive chez moi,
Ne ressentant aucun émoi,
Mon âme reste satisfaite.
Or, le plus souvent m'extasie,
Contemplant la splendeur céleste.
Sans idée de durée, je reste
À savourer la poésie.
Après avoir vécu longtemps,
Tels des animaux attelés,
Très peu d'êtres peuvent aller
Dans un bien-être persistant.
N'ont pas la grâce suffisante,
Qui agit efficacement.
Attribuée très rarement,
Elle ouvre une voie apaisante.
Je l'ai reçue, en remercie
À tout hasard la providence
Qui fait que tranquille j'avance
Sans me sentir à sa merci.
12 juin 2017
La critique enthousiaste d'Arts et LETTRES SE TROUVE ICI / https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/mephisto-cr-ation-mondiale-thierry-debroux-d-apr-s-goethe-au-th
« La ballade des gens heureux »
Donnait le goût de l'espérance,
Était chantée les jours de chance.
Le malheur rend silencieux.
Était chantée les jours de chance,
La paix planait sur le ciel bleu.
Le malheur rend silencieux.
Sévit un vent de violence.
La paix planait sur le ciel bleu,
Semblait, bonne la providence.
Sévit un vent de violence.
Resta passive autant que dieu.
Semblait bonne la providence,
Avant les crimes odieux.
Resta passive autant que dieu.
Fera retrouver l'espérance.
7 juin 2017
La mer est innocente
Elle ressasse, se met en colère, se fait tendresse et se fait berceau de rêves, tout comme les rivières. …mais la mer ne se tait jamais. Taire la parole, c'est ne pas la mettre au monde, c'est de l'amour mort-né. Cette proposition d’écriture plurielle bien rythmée rompt le silence délétère, donne la parole à deux femmes qui ont souffert et sera présentée au Festival d’Avignon cet été au Verbe Fou.
La source d’inspiration du trio est un texte : Lampedusa Beach de Lina Prosa qui a obtenu le “Premier Prix National pour le Théâtre Public Annalisa Scafi” à Rome en 2005. Celui-ci fait partie de la Trilogie du Naufrage débutée par Lina Prosa en 2003. Lampedusa Beach raconte le naufrage de Shauba, immigrée africaine clandestine, à proximité de l’île de Lampedusa. Le texte met en scène le temps de descente du corps de la femme dans les abysses de la mer. Pauline Rémond, maitre d’œuvre de l’écriture collective rebondit sur cette Odyssée moderne des clandestins et leur rêve d’une vie européenne et le relie à la parole d’une autre femme d’un tout autre lieu, noyée elle dans une rivière de viols successifs.
Deux violences s’articulent et s'explicitent dans la parole de ces deux femmes, l’une sourde, presque invisible, comme la fêlure d’un vase que l’on n’ose toucher, l’autre abrupte dans des punchlines glaçantes et dans une chorégraphie fascinante de beauté, baignée d'innocence. Si la danse de la deuxième semble la porter inexorablement vers le fond, est-ce pour retrouver l’enfant ?
Une image très belle dans le texte est celle de la perle de l’huître, une reine de la nature qui sait pratiquer l’exorcisme. La mise en scène et en lumière de Maxim Prévôt nous donne à voir une lueur diffuse dans les mains d’une des deux femmes, dans ce qui semble être à s'y méprendre, une boule de cristal. Mais non, c’est un vase rempli d’eau transparente, un élixir aigue-marine qui symbolise la beauté immaculée de la Grande Bleue. Si celle-ci nous semble impitoyablement vorace, au vu des victimes des barques de l’espoir qu’elle ensevelit, il faut chercher autre part, la cause des malheurs. Est-ce l’homme qui pervertit la beauté du monde? Est-ce la rencontre et le partage d’un cornet de glace qui soudain, dégèlerait les cœurs?
Le monologue muet de la danse de l’une entraîne la naissance de la parole de l’autre, et se transforme en dialogue. La parole et la danse coulent comme des larmes. Les yeux des deux comédiennes projettent leurs indicibles émotions. Le public est traversé par le va-et-vient redoutable de ces deux portraits de femmes aux douleurs et aux modes d'expression complémentaires et se retrouve presque en apnée. La gestuelle de Clara Parr Gribbell aura laissé dans l’âme, une larme indélébile. Devant le pire, c’est le silence qui est dévastateur. Et ni la femme, ni la mère ne se taisent. La parole est le viatique de la vie et comme la mer, elle est toujours recommencée…
La mer est innocente
d'après " Lampedusa Beach " de Lina Prosa
avec : Clara Parr Gribbell et Pauline Rémond
Mise en scène : Maxim Prévôt
Production : Compagnie les Rivages
En avant-première, au théâtre de la Clarencière, à Bruxelles, le 1er juin 2017
Vous le trouverez ici, directement sur le blog de mon site principal qui fonctionne en synergie avec celui-ci (si vous ne voulez rien rater des prochaines publications de ce nouveau blog abonnez-vous-y).
Mais ne ratez surtout pas cet article : il vaut bien un petit "clic' de souris et même davantage, car vous y trouverez quelques-unes des aquarelles de "démo" réalisées ici et là pour permettre aux participants de comprendre comment aborder les techniques d'aquarelle simplifiée que j'ai pu mettre au point pour mes carnets de voyage, et comment les appliquer rapidement et avec un succès quasi certain presque à tous les coups !
Je reviendrai bientôt (dans un prochain article de mon site principal) avec une vidéo, sur plusieurs variantes de sujets réalisés selon ces procédés d'aquarelle simplifiée, en reprenant quelques séquences tournées lors de ce même stage d'aquarelle en Provence, puis nous continuerons l'aventure du Grand Barrenc dont la vidéo également en cours de montage résume à elle seule combien mes expériences de travail en état de flow et de créativité augmentée s'avèrent payantes pour la réalisations de jolies aquarelles de voyage simples mais vivantes et colorées.
Alors, à tout de suite, sur le blog de mon site principal, et si vous voulez vous aussi apprendre les techniques de l'aquarelle simplifiée, inscrivez-vous sans tarder aux prochains stages d'été en Jura Oriental !
Crépuscule, de Nicole Duvivier
Les heures
passent
des frôlements
d'ailes
de papillons
la nuit est là
ou presque
et l'on sombre
dans le sommeil
comme on s'enfonce la nuit
dans l'eau d'une rivière
mélancolique
comme une eau qui pense
Martine Rouhart
En fin d'année scolaire, fleurissent les dessins offerts, les textes écrits au tableau.
Le professeur, surpris par ces hommages spontanés, reçoit avec grâce ces cadeaux souvent maladroits, empreints de pudeur, parfois hésitants dans leur forme, autant de témoignages attendrissants d'élèves reconnaissants pour la patience, l'écoute, la gentillesse dont il a su fait preuve durant l'année.
Certains ados remercient alors que plus que d'autres, ils ont été réprimandés...eh oui, c'est souvent le cas.
La réprimande est aussi un manifestation de l'intérêt que l'on porte à cet enfant, le faire progresser, ne pas ignorer ses difficultés, lui reconnaître des qualités, lui donner une affection parfois inexistante ou mal distribuée à la maison.
C'est cela aussi que le métier d'enseignant, dans les écoles d'élèves faibles, défavorisés, où le quotidien se révèle une difficulté chaque jour renouvelée.
Nous sommes aussi des guides, parfois. Un phare. C'est une tâche délicate, importante, capitale, qui laisse des traces indélébiles.
Sur mon bureau en désordre, un petit papier plié, que je promis de lire plus tard, afin de ne pas la gêner. Je venais de recevoir de ses mains un dessin, et je sais qu'elle a pris le temps de le faire, d'une gamine, fragile, un enfant-proie, dont j'ai flouté le prénom.
Ce texte est maladroit, truffé de fautes, car oui, elle n'a pas réussi ses primaires, et non, elle ne fera pas de hautes études.
Emotion.
Parce qu'elle a écrit.
Elle a dépassé ses faiblesses, oh non, ici, jamais nous ne verrions ce genre d'orthographe, non, nous, nous savons écrire. Enfin, plus ou moins bien, suivant nos aptitudes et ceux qui ne savent pas ou pas bien, publient autre chose ou bien se contentent de lire les beaux textes des autres ou alors, ils admirent les images superbes des artistes du crayon, du pinceau, du maillet, de l'objectif...clic !
Elle a écrit.
Et c'est le plus important pour elle.
Je fais un des plus beaux métiers du monde.
Liliane, professeur depuis 36 ans.
Il nous faut l'admettre car c'est indéniable:
Nos Arts inspirent; nos Lettres sont porteuses
De beau, de pur, de vérité, d'incroyable,
Passion et créativité fabuleuse!
Des artistes débordant d'imagination!
Des acteurs jouant sur scène avec ferveur!
Des écrivains non dénués d'inspiration!
Nous transmettons joies et plaisirs avec bonheur!
Ne pourrions-nous point révéler non sans fierté
Que nous sommes inspirés et dynamiques?
Notre patrimoine garant de qualité
Et de créations aux effets bénéfiques!
La puissance des mots, le pouvoir des pinceaux,
La portée de notre jeu et de nos voix,
Soyons heureux, bénis car c'est dès le berceau
Que nous portons nos Arts et Lettres avec foi!
"Par une disposition éternelle de la Providence, tout ce qu'un homme produit en tout domaine quand l'esprit de justice et de vérité le maîtrise est revêtu de l'éclat de la beauté.
La beauté est le mystère suprême d'ici-bas. C'est un éclat qui sollicite l'attention, mais ne lui fournit aucun mobile pour durer. La beauté promet toujours et ne donne jamais rien ; elle suscite une faim mais il n'y a rien en elle de nourriture pour la partie de l'âme qui essaie ici-bas de se rassasier ; elle n'a de nourriture que pour la partie de l'âme qui regarde. Elle suscite le désir, et elle fait sentir clairement qu'il n'y a en elle rien à désirer, car on tient avant tout à ce que rien d'elle ne change. Si on ne cherche pas d'expédients pour sortir du tourment délicieux qu'elle inflige, le désir peu à peu se transforme en amour, et il se forme un germe de la faculté d'attention gratuite et pure.
Autant le malheur est hideux, autant l'expression vraie du malheur est souverainement belle. On peut donner comme exemples, même dans les siècles récents, Phèdre, L'Ecole des femmes, Lear, les poèmes de Villon, mais bien plus encore les tragédies d'Eschyle et Sophocle ; et bien plus encore l'Illiade, le Livre de Job, certains poèmes populaires ; et bien plus encore les récits de la Passion dans les Evangiles. L'éclat de la beauté est répandu sur le malheur par la lumière de l'esprit de justice et d'amour, qui seul permet à une pensée humaine de regarder et de reproduire le malheur tel qu'il est.
Toutes les fois aussi qu'un fragment de vérité inexprimable passe dans des mots qui, sans pouvoir contenir la vérité qui les a inspirés, ont avec elle une correspondance si parfaite par leur arrangement qu'ils fournissent un support à tout esprit désireux de la retrouver, toutes les fois qu'il en est ainsi, un éclat de beauté est répandu sur les mots.
Tout ce qui procède de l'amour pur est illuminé par l'éclat de la beauté.
La beauté est sensible, quoique très confusément et mélangée à beaucoup de fausses imitations, à l'intérieur de la cellule où toute pensée humaine est d'abord emprisonnée. La vérité et la justice à la langue coupée ne peuvent espérer aucun autre secours que le sien. Elle n'a pas non plus de langage ; elle ne parle pas ; elle ne dit rien. Mais elle a une voix pour appeler. Elle appelle et montre la justice et la vérité qui sont sans voix. Comme un chien aboie pour faire venir les gens auprès de son maître qui gît inanimé dans la neige.
Justice, vérité, beauté sont soeurs et alliées. Avec trois mots si beaux il n'est pas besoin d'en chercher d'autres."
(Simone Weil, La personne et le sacré, Londres, 1943, Editions Payot&Rivages, Paris, 2017, p.74-76)