Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3136)

Trier par
administrateur théâtres

Sans l’ombre d’une hésitation  Arts et Lettres accorde 5 étoiles à ce fabuleux Hamlet absolument frénétique et échevelé, dont la mise en scène est signée par  un  maître de la flamboyance théâtrale, Thierry Debroux.  Celui-ci  gagne haut la plume son pari d’ouvrir au plus grand nombre, la voie royale  des chefs-d’œuvre immortels. Chacun, chacune peut se laisser traverser à loisirs par le génie de ses mise-en scène qui révèlent le texte sous des éclairages résolument modernes et novateurs sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Mélange habile : le texte de Shakespeare, dont Thierry Debroux a chassé les archaïsmes pour ne pas effrayer les plus jeunes, est épicé de bribes de conversation domestique et  permet à qui n’a jamais mis les pieds au théâtre de goûter chaque mot prononcé sur scène, d’apprécier les problématiques et de se laisser gagner par la magie  de l’œuvre.  Le découpage de la pièce va à l’essentiel et  met en lumière les personnages fondateurs du drame.

L’image contient peut-être : 1 personne, nuit

12273246301?profile=originalInnovation renversante : Hamlet, le plus grand des Danois est devenu russe ! Le cadre choisi est un glissement d’époque qui conduit à la nôtre.  Elseneur flirte avec Saint-Pétersbourg, le couple royal shakespearienne flirte avec les Romanov… ou les dictatures ultra-modernes.  Hamlet a décidément l’âme slave avec ses  souffrances extrêmes -  selon Dostoïevski, "le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe est la nécessité de la souffrance" -  ses désespoirs sont  affolants et  ses folies ravageuses. La vigilance rend-elle fou ? Les multiples coiffures ébouriffées de sa crinière indomptée témoignent de son instabilité et de l’extrême sensibilité de ses perceptions. Se laisser pousser la barbe, dans la culture  russe  à l’époque, c’est un signe de révolte contre le diktat de l’Etat. Et pour le verbe,  quel savoir-faire et quel rythme dans sa sensibilité exacerbée! Je ressens donc je suis!   

 12273247489?profile=originalMais Hamlet, alias un fulgurant Itzik Elbaz, sans qui,  Thierry Debroux n’aurait jamais tenté l’aventure,  c’est aussi Roméo, lorsqu’il pose sa tête sur les genoux d’Ophélie et lui livre son immortelle et  vertigineuse confession intime, à laquelle il donne des résonances encore plus troublantes... Il  se sent à la fois dans le désir et dans l’obligation de la fuir pour la protéger.

Ophélie, prisonnière de la condition de la femme, soumise aux exigences de l’autorité  paternelle et rendue folle d’amour pour Hamlet,  ira elle jusqu’au bout de sa folie, accomplissant le geste fatal. En revanche, le rêve de vengeance d’Hamlet, qu’il maquille par une folie absolument crédible, se termine quant à lui par un salto mortale  dans le gouffre de l’extrémisme radical.  Car lorsque le pouvoir, la jalousie, la vengeance, le rejet des compromissions, l’extrémisme  « éliminent les autres sentiments  ils deviennent eux-même  immense folie! ». A peu de choses près, Hamlet réussit son coup d’état, sauf que la Destinée en décide autrement et que la pièce se terminé par un immense carnage…. « Et le reste est silence. »

Tout aussi admirable dans l’interprétation de son rôle, nous avons Anouchka Vingtier dans le rôle d’Ophélie à l’admirable coiffure tressée avec soin  par des mains de fées. Vêtue d’une robe de soie bleue comme la rivière ou le manteau de la Vierge,  ne dit-elle  physiquement par ses silences et ses postures  le dénigrement séculaire de la condition féminine? A l’instar des femmes décrites par Velasquez, elle est raide, sans maquillage,  paralysée par l’effroi et l’horreur de sa condition de femme, écartelée entre son désir amoureux  et l’obéissance au père. On souhaite que sa soumission, sa folie avérée et le  destin fatal qu’elle choisit radicalement, nous  fera réellement réfléchir.

2582363034.jpg?width=330 Tout aussi emblématique est l’affolement de la reine  Gertrude, complice de Claudius, interprétée par  Jo Deseure.  Si elle est devenue  la  propriété charnelle  du roi usurpateur, et même son animal de compagnie ( il l’appelle « sa souris ! ») elle attire la sympathie pour ses inquiétudes haletantes  de mère  tourmentée.  « Ne puise-t-elle pas «  toute sa vie dans les yeux de son fils ? » Ne va-t-elle pas elle aussi, friser la folie? La chevelure et le jeu de ses expressions égarées  en témoigne!  Encore un savant clin d’œil de l’artiste maquilleur et coiffeur, Bouzouk.

Pour en venir à Claudius (Serge Demoulin), meurtrier mondain,  il est coiffé comme un prince galant. Le dictateur, splendidement vêtu,  froid et résolu, installe à tout moment la surveillance. Il symbolise le visage d'un ordre social cruel : la violence d’état écrase toute forme de résistance ou d'opposition. Il étale ses manières courtoises pour mieux ourdir ses mortelles machinations, sûr de sa réussite. Son sang-froid, sa maîtrise  et sa duplicité laissent pantois. Serge Demoulin qui l’habite au mieux, retrouve toute son humanité  dans la scène de repentir devant Dieu,  jouée au pied des icônes de la cathédrale orthodoxe.  C’est à ce moment qu’ Hamlet perd l’entendement et la partie: il a  abaissé son glaive, non par pureté de cœur,  mais de peur que le scélérat, par sa confession, ne rejoigne malgré tout, un paradis immérité. Là, comme dirait Sophocle: flagrant défaut d’hubris !

Il serait injuste de ne pas aussi donner  la palme aux  trois  autres comédiens qui   contribuent de façon  irréprochable à  cette tragédie : Fabien Finkels, toujours aussi attachant,  que nous avions encensé dans le « Faust » de Goethe à l’affiche du théâtre du Parc l’an dernier et  l’impétueux Adrien Letartre dans les rôles d’Horatio et Laërtes. Et aussi Christian Crahay, un Polonius, superbe archétype du père despotique, qui rampe devant l’autorité et se fait tuer, pris pour un « rat ».

12273248469?profile=original

Mais revenons encore sur cette mise en scène impeccable où les musiques de David Lempereur, le travail scénique sur deux niveaux  de galeries, et les inventions poétiques et allégoriques ne cessent de captiver. Les costumes sont signés Anne Guilleray. Vous aussi serez  hantés par les jeux de lumières fantomatiques, la multitude de miroirs traversés, le frisson de la rivière fatidique,  et par  les autres personnages typiquement shakespeariens qui ont eux aussi de belles histoires à vous faire savourer! Aux lumières : Laurent Kaye et à la scénographie : Vincent Bresmal. 

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/57/48.html

Dates: du 14 septembre au 21 octobre 2017

Lieu: Théâtre Royal du Parc

Rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles

Contact: 

http://www.theatreduparc.be 
info@theatreduparc.be 
02-505.30.30     

 

  

Lire la suite...
administrateur théâtres

Aucun texte alternatif disponible.Des clés  pour l’opéra, …au cœur de la Forêt de Soignes 

Quoi de plus  enthousiasmant  pour débuter la nouvelle saison de critiques chez Arts et Lettres, que  le charmant spectacle « Il était une fois… une flûte enchantée ! » une  adaptation pour enfants de l’œuvre de Mozart  en  60 minutes   de bonne humeur et de légèreté, écrite par Sophie van der Stegen,  respirant l’exquise musique  du compositeur et son rêve des Lumières!  La (Petite) Flûte Enchantée est un projet Enoa (European Network of Opera Academies),  en coproduction avec l’ Escuela de Musica Reina Sofia, Fondation Calouste-Gulbenkian. La tournée a débuté en Belgique le 26 août à Louvain-la-Neuve (au Kidzic à la ferme du Biéreau), nous l’avons dégustée ce  samedi  10 septembre, à La Chapelle Musicale Reine Elisabeth qui affichait complet! Ensuite elle voguera vers d’autres contrées…

   Heather Fairbairn, ludique et mystérieuse,   est à la mise en scène. Tout commence avec des enfants munis de coussins et de masques d’oiseaux joliment assemblés avant le spectacle qui se rassemblent autour d’un podium servant d’écrin à un arbre de lumière stylisé, seul représentant d’une forêt imaginaire. Les  baies vitrées de la salle  de la Chapelle musicale donnent sur les bois.  Ainsi, au cours de  cet opéra participatif et immersif,  les jeunes de l’école maternelle à l’école primaire picoreront en live et pour la première fois pour nombre d’entre eux, les graines  de l’éveil musical et amoureux. La flûte enchantée n’est-telle pas une initiation au coup de foudre, à l’amour au premier regard, puis à sa maturation en empruntant la voie étroite?

12273242485?profile=original

   Quelque part, un escabeau sans prétention et un coffre à  malices ou à costumes ont rejoint le mystère de greniers d’antan.   A l’autre bout,  une pianiste (Julie Delbart /Marie Datcharry) fera frémir des atmosphères : des orages terrifiants, l’autorité du sage, les déclarations d’amour et  les  improvisations de bonheur qui pétillent dans la musique originale d’Ana Seara! 150 regards émerveillés qui ont fait le pari de l’imaginaire seront comblés, l’énergie du conte et de la musique circule  avec naturel. Comme le dit la conclusion du spectacle : « La musique, l’amour, l’amitié et l’imagination, c’est tout l’Opéra. »

 12273239492?profile=originalLe ténébreux barytonGuillaume Paire incarnait avec  voix assurée et entregent solide un Papagéno génial, en costume d’explorateur, ainsi que le mage Sarastro … et la Reine de la Nuit et ses maléfices! D’emblée, il sauve le séduisant prince Tamino (le très romantique ténor, brûlant et  enchanteur, Fabien Hyon)du terrifiant serpent de la forêt, grand comme une ablette. Rires. Celui-ci tombera ensuite amoureux du portrait de  Pamina, enlevée à sa terrible mère, et séquestrée par Sarastro. Flûte enchantée et carillon magique convoquent la magie… Mais pas que : la magie  même du spectacle et la voix des enfants devenus oiseaux des forêts, ouvrent les portes de l’imaginaire!   Des épreuves terribles attendent le jeune couple, dont la pire : le silence! Parents et enfants se retrouvent à rêver devant la vraie fée du spectacle Pamina (Julie Gebhart) : délicate, frissonnante, juvénile, tendre, exquise image de princesse, douée d’une voix extraordinaire au timbre fruité et aux aigus très agréables. C’est la même interprète, Julie Gebhart qui représente la coquine Papagéna.  « En musique, aidez-nous à trouver Papagéna ! » lance le maître du jeu musical, en nettement mieux que Dora l’exploratrice!  Rassemblées dans la joie de l’écoute et des rires, les gosses de tous âges et leurs parents sont réellement conquis par la découverte !

12273244064?profile=original 12273244852?profile=original

Chapelle Musicale Reine Elisabeth

445 chaussée de Tervuren, 1410 Waterloo

  12273244898?profile=original

http://belgium-events.com/event/la-petite-flute-enchantee-family-opera-2

 

Mind you! If you want to support the project, nominate us for an Opera Award! 
- Visit www.operaawards.org/nominate
- In the category 'Education & Outreach', type: Queen Elisabeth Music Chapel's La (petite) Flute Enchantee

Lire la suite...
administrateur théâtres

Des clés  pour l’opéra, …au cœur de la Forêt de Soignes 

21744981_10159214128795459_1045586378_o.jpg?oh=0c64a9909aca3c5aea57abcd769ae2f3&oe=59BDF37E&width=300

Quoi de plus  enthousiasmant  pour débuter la nouvelle saison de critiques chez Arts et Lettres, que  le charmant spectacle une  adaptation pour enfants de l’œuvre de Mozart  en  60 minutes   de bonne humeur et de légèreté, écrite par Sophie van der Stegen,  respirant l’exquise musique  du compositeur et son rêve des Lumières!  La (Petite) Flûte Enchantée est un projet Enoa (European Network of Opera Academies),  en coproduction avec l’ Escuela de Musica Reina Sofia, Fondation Calouste-Gulbenkian. La tournée a débuté en Belgique le 26 août à Louvain-la-Neuve (au Kidzic à la ferme du Biéreau), nous l’avons dégustée ce  samedi  10 septembre, à La Chapelle Musicale Reine Elisabeth qui affichait complet! Ensuite elle voguera vers d’autres contrées…(Luxembourg, Portugal & Espagne!)

21764477_10159214128765459_659163548_o.jpg?oh=2b252c377ed87416b987a8e5a4420469&oe=59BDCB56&width=300

   

Heather Fairbairn, ludique et mystérieuse, est à la mise en scène. Tout commence avec des enfants munis de coussins et de masques d’oiseaux joliment assemblés avant le spectacle qui se rassemblent autour d’un podium servant d’écrin à un arbre de lumière stylisé, seul représentant d’une forêt imaginaire. Les  baies vitrées de la salle  de la Chapelle musicale donnent sur les bois.  Ainsi, au cours de  cet opéra participatif et immersif,  les jeunes de l’école maternelle à l’école primaire picoreront en live et pour la première fois pour nombre d’entre eux, les graines  de l’éveil musical et amoureux. La flûte enchantée n’est-telle pas une initiation au coup de foudre, à l’amour au premier regard, puis à sa maturation en empruntant la voie étroite?

 21742095_10159214129175459_865008333_o.jpg?oh=b998a914e9f3424913de1f9f2351ac7c&oe=59BEE75B&width=300  Quelque part, un escabeau sans prétention et un coffre à  malices ou à costumes ont rejoint le mystère de greniers d’antan.   A l’autre bout,  une pianiste (Julie Delbart /Marie Datcharry) fera frémir des atmosphères : des orages terrifiants, l’autorité du sage, les déclarations d’amour et  les  improvisations de bonheur qui pétillent dans la musique originale d’Ana Seara! 150 regards émerveillés qui ont fait le pari de l’imaginaire seront comblés, l’énergie du conte et de la musique circule  avec naturel. Comme le dit la conclusion du spectacle : « La musique, l’amour, l’amitié et l’imagination, c’est tout l’Opéra. »

 Le ténébreux barytonGuillaume Paire incarnait avec  voix assurée et entregent solide un Papagéno génial, en costume d’explorateur, ainsi que le mage Sarastro … et la Reine de la Nuit et ses maléfices! D’emblée, il sauve le séduisant prince Tamino (le très romantique ténor - brûlant et  enchanteur  -  Fabien Hyon) du terrifiant serpent de la forêt, grand comme une ablette. Rires. Celui-ci tombera ensuite amoureux du portrait de  Pamina, enlevée à sa terrible mère, et séquestrée par Sarastro. Flûte enchantée et carillon magique convoquent la magie… Mais pas que : la magie  même du spectacle et la voix des enfants devenus oiseaux des forêts, ouvrent les portes de l’imaginaire!   Des épreuves terribles attendent le jeune couple, dont la pire : le silence!21745048_10159214129400459_87792270_o.jpg?oh=cda0a4cfaa346a3044f6287eaca050f7&oe=59BF0783&width=300

Parents et enfants se retrouvent à rêver devant la vraie fée du spectacle Pamina (Julie Gebhart) : délicate, frissonnante, juvénile, tendre, exquise image de princesse, douée d’une voix extraordinaire au timbre fruité et aux aigus très agréables. C’est la même interprète, Julie Gebhart qui représente la coquine Papagéna.  « En musique, aidez-nous à trouver Papagéna ! » lance le maître du jeu musical, en nettement mieux que Dora l’exploratrice!  Rassemblés dans la joie de l’écoute et des rires, les gosses de tous âges et leurs parents sont réellement conquis par la découverte !

 

Chapelle Musicale Reine Elisabeth

445 chaussée de Tervuren, 1410 Waterloo

  

21744550_10159214129225459_828288800_n.jpg?oh=8e388d88c4aba8b85bdcd48bc5e04653&oe=59BE003C&width=300

http://belgium-events.com/event/la-petite-flute-enchantee-family-opera-2

 

Mind you! If you want to support the project, nominate us for an Opera Award! 
- Visit www.operaawards.org/nominate
- In the category 'Education & Outreach', type: Queen Elisabeth Music Chapel's La (petite) Flute Enchantee

 

 

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes assisesMerveilleux partage de complicité : dans cette comédie de boulevard  exclusivement masculine, Max (Bernard Yerlès), Paul (Bernard Cogniaux) et Simon (Alain Lempoel) sont amis depuis 35 ans dans l’histoire contée par Eric Assous,  comme dans la vie. Ils adorent leurs vacances annuelles et  escapades  sans leurs femmes, à moto, au disco, au foot ou à taper joyeusement le carton. Chacun a une carrière réussie et tous semblent avoir des vies parfaites, jusqu'à  cette soirée-cartes où Simon, arrivé largement en retard et complètement bituré,  annonce à ses amis qu'il vient d'étrangler sa femme, Estelle, après une dispute particulièrement  flamboyante. Max et Paul sont horrifiés par la confession de Simon, et reculent quand Simon leur demande entre deux hoquets, de mentir sur l’heure d’arrivée à la soirée et de lui fournir un alibi pouvant le  disculper du meurtre passionnel. Les deux hommes vont-ils ou non le livrer à la police? Les copains d’abord, non?

Quelles sont les limites de l’amitié, à quel moment se désolidarise-t-on ? Connait-on vraiment les alter ego? Les hommes ne préfèrent-ils pas mentir? Quand commence la lâcheté ? La soirée-cartes entre amis n’a pas lieu  devient vite un  tribunal à huis-clos devant le geste irréparable de leur ami. Mais la  comédie policière se révèle être surtout une comédie de mœurs rondement menée. C’est en fait  l’occasion pour chacun de vider son sac de mettre à nu les frustrations de chacun vis-à-vis de leurs femmes respectives: Estelle la colérique, Karin-qui-dort, et Magali c’est-fini! Et avec quelle ironie !

Nos-femmes-3_spectacle.jpg

Panique à bord, no joke,  la tension est  franchement palpable dans ce morceau de théâtre parisien divertissant.  Max a beaucoup de charme, de la carrure et des positions carrées.  Paul, qui déteste les conflits a l’art d’arrondir les angles. Simon, coiffeur de son état, amoureux nostalgique de la jeunesse - c’est écrit sur son T-shirt -  n’est-il qu’un vil manipulateur?  Les trois acteurs provoquent  des rires généreux malgré la gravité de la situation, et la pièce monte en crescendo au fur et à mesure que l’on prend conscience que les apparences sont plus que trompeuses et que chacun devrait balayer devant sa porte avant de juger l’autre. Deux scènes d’anthologie burlesque - loin de nous l’idée de les révéler – provoquent une adhésion totale au jeu de Bernard Cogniaux  et de Bernard Yerlès puisque le meurtrier cuve son vin au cours de cette nuit blanche pour les deux autres.  Le  décor de huis-clos lisse et raffiné de l’appartement de Max joue sur le féminin bien rangé… malgré l’absence de femme au logis.  Pas un seul coin pointu : du divan à la bibliothèque en rotonde qui abrite jusqu’au plafond  la collection légendaire de  vinyles de  tous nos chanteurs et poètes d’antan! Vous êtes plutôt Brassens ou Nougaro? On sera totalement : Alain Lempoel, l'homme aux chaussures rouges!

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout

Lire la suite...
Michel de Certeau, Le Jardin : Délires et Délices de Jérôme Bosch
Michel de Certeau, Le Jardin : Délires et Délices de Jérôme Bosch
Michel de Certeau, Le Jardin : Délires et Délices de Jérôme Bosch

"Des mois durant, errer dans cet espace clos nommé le Jardin des délices. S'y perdre. Non qu'il se creuse et qu'il échappe en ces profondeurs, cavités, grottes, tubes, repaires souterrains, caches sous-marines et obscurités sylvestres qu'il représente. Il est tout dans sa surface. Il s'offre entièrement à l'oeil que, de surcroît, il dote d'une vue plongeante, panoramique et totalisante, a bird's eye view. Il s'étale "en perspective" comme plus tard les plans tracés dans des Jardins de plaisir. A le parcourir, les rencontres se multiplient, plaisirs exquis de l'oeil en ses voyages, le rose d'un mégalithe, la silhouette d'un cueilleur d'oranges, les amoureux dans une cornue en forme de fleur, mais ces délices ponctuent des chemins privés de sens. Jouissances aveugles. Quel est ce lieu, locus voluptatis, comme d'autres jardins amoureux ou mystiques ? Que s'y passe-t-il ? Le tableau s'opacifie à mesure que se détaille la prolifique épiphanie de ses formes et de ses douleurs. Il se cache en les montrant. Il organise esthétiquement une perte de sens..."

"L'ailleurs a cent autres formes, depuis les amours à trois ou les agonies du désir, jusqu'aux grâces oiselières ou cavalières du carrousel. de ce pays, au terme de mes premiers voyages, je ne sais pourtant rien de plus, avançant comme un nageur vers le large. Je "pensais voir". En réalité, par l'effet d'une lente inversion, je suis regardé. "Les tableaux nous considèrent" (Paul Klee).  Une xylographie de 1546, reproduction ou plagiat d'un Jérôme Bosch, a l'innocence (peu boschienne) d'en instruire le spectateur par une légende : "Le champ a des yeux, la forêt des oreilles." Le Jardin regarde. Il est plein d'yeux qui "nous considèrent" (j'en ai compté au moins huit ou neuf). Partout le regard de l'autre surplombe. Le tableau ne donne pas une image dans un miroir (les miroirs sont rares et diaboliques chez Bosch), mais une inquiétante privation d'images, organisée par ce qui, d'interrogateur, en vient. Comme si, tout entier mué en sibylle à bouche close, en sphinx, il disait au spectateur : "Toi, que dis-tu de ce que tu es en croyant dire ce que je suis ?" Mais c'est trop déjà que lui supposer le statut d'une énigme, énoncé qui dit la "vérité dans la mesure, et seulement dans la mesure où il signifie ce qu'on lui fait raconter. L'esthétique duJardin ne consiste pas à fomenter les brillances nouvelles d'une intelligibilité, mais à l'éteindre." (Michel de Certeau, La Fable mystique, Le jardin : Délires et Délices de Jérôme Bosch, Editions Gallimard/tel, p. 71 et 99)

Lire la suite...
administrateur théâtres

LE THEÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE a rouvert ses portes!

Le 5 septembre, le Théâtre rénové de la Monnaie rouvrait enfin ses portes. Et que pouvait-il y avoir de mieux et de plus symbolique qu’une création du compositeur belge Philippe Boesmans, son septième opéra pour la Monnaie? Associé au metteur en scène et écrivain de théâtre Joël Pommerat, ils se sont inspirés de Pinocchio, l’immortel héros de bois du conte pour enfants de Carlo Collodi, pour en distiller une leçon à laquelle les « grands » ne seront pas moins sensibles. Parce que la route de la petite marionnette vers la sagesse n’est jamais achevée et qu’elle ne cesse de résonner dans le dur monde des adultes.
Pinocchio a été  créé en juillet durant le Festival d’Aix-en-Provence. La direction musicale de l’Orchestre symphonique de la Monnaie  a été  confiée à Patrick DavinJoël Pommerat est accompagné, pour la mise en scène, de son vieux complice Eric Soyer pour les décors et éclairages, d’Isabelle Deffin pour les costumes et de Renaud Rubiano pour la vidéo.

12273240480?profile=original


La distribution minutieusement choisie est entièrement  en langue française t dans une diction très soignée. Le découpage de l’œuvre en petites scènes, fréquent chez Joël Pommerat, a favorisé la répartition de plusieurs rôles pour chaque chanteur. Complice de longue date de la Monnaie, le  baryton Stéphane Degout - directeur de la troupe / premier escroc / deuxième meurtrier /  directeur de cirque – est considéré comme un des meilleurs barytons de sa génération.c’est un. Le baryton-basse Vincent Le Texier - le père / troisième meurtrier / le maître d’école - est un formidable interprète de musique contemporaine, avec de nombreuses créations à son actif.
La soprano Chloé Briot incarne le déluré petit pantin. Le ténor Yann Beuron incarne le Deuxième escroc / le directeur de cabaret / le juge / premier meurtrier / le marchand d'ânes. Deux québécoises viennent compléter cette distribution et faire leurs débuts à la Monnaie : la mezzo-soprano Julie Boulianne pour  la chanteuse de cabaret / le mauvais élève - et la soprano Marie-Eve Munger  pour la fée. A cela s’ajoutent les musiciens Fabrizio Cassol (saxophone et coordination de l'improvisation), Philippe Thuriot (accordéon) et Tcha Limberger (violon tzigane) qui interpréteront la musique de scène intégrée par Philippe Boesmans, comme à son habitude, à la partition de l’orchestre.

REPRÉSENTATIONS 
SEPT 5, 7, 8, 12, 13, 15, 16 - 20:00
SEPT 10 - 15:00
 

 https://www.lamonnaie.be/fr/program/422-pinocchio

 

Le festival  inORGuration, programmé à l’occasion de la restauration de l’orgue de la salle Henri Lebœuf, accueillera le concert d’ouverture de la saison symphonique de La Monnaie  sous la baguette d’Alain Altinoglu, avec l’Orchestre symphonique, le Chœur de femmes (dirigé par Martino Faggiani), et le Chœur de jeunes et l’Académie de chœur de la Monnaie (dirigés par Benoît Giaux). Accompagnés deThierry Escaich, représentant majeur de la nouvelle génération d’organistes et compositeurs français, ils nous proposeront un chatoyant programme « transatlantique ».
 
Le concert s’ouvrira avec les Nocturnes de Claude Debussy (1862-1918). Debussy a choisi le terme « nocturnes » pour sa capacité à évoquer des impressions et des lumières particulières : celles d’un ciel nuageux et changeant (Nuages), d’un cortège de fête (Fêtes) ou d’une mer aux vagues argentées sous la lune (Sirènes). Souvent citée pour son caractère impressionniste, cette œuvre repose avant tout sur la subtile orchestration du compositeur français, dans un jeu polyrythmique complexe et envoûtant qui en fait la richesse.
De l’autre côté de l’Atlantique, Samuel Barber (1910-1981) compose la Toccata Festiva pour l’inauguration de l’orgue de l’Academy of Music de Philadelphie. Pourtant organiste de formation, Barber n’écrira que très peu pour orgue, ce qui donne à cette partition un caractère exceptionnel. Le compositeur a cherché à mettre en valeur les possibilités techniques du nouvel orgue autant que la virtuosité de l’orchestre de Philadelphie. Cela donne une œuvre virtuose et débordante d’énergie, où fanfares éclatantes et jeux d’orgue alternent avec de plus lents et lyriques passages.
Après l’entracte, place à la dévotion paysanne, avec les Litanies à la Vierge noire de Francis Poulenc (1899-1963) qui feront vibrer le cœur de la salle. Composée en 1936 à l’occasion d’un passage à Rocamadour, c’est un hommage du compositeur français à l’humble statue qui trône dans l’église de ce petit village qui fut l’un des grands pèlerinages de la chrétienté.

12273241452?profile=original
Enfin, Alain Altinoglu nous fera découvrir la nouvelle œuvre du compositeur belge Benoît Mernier (1964°), Dickinson Songs. La programmation de cette création parallèlement au Pinocchio de Boesmans n’a rien de fortuit. Ancien élève de Philippe, Benoît Mernier est également l’un de ses proches compagnons de musique. Il est l’auteur pour la Monnaie de deux opéras, Frühlings Erwachen en 2007 et La Dispute en 2013.

REPRÉSENTATION 
17 septembre 2017 - 20:00
 
PALAIS DES BEAUX-ARTS
23 Rue Ravenstein, 1000 Bruxelles
 

https://www.lamonnaie.be/fr/program/431-dialogues-de-l-orgue

 


Le deuxième concert de la saison réunira  les compositeurs Philippe Boesmans et Francis Poulenc, formant ainsi un pont entre les productions d’ouverture, Pinocchio et Dialogues de l’orgue, et  la grande production de décembre, Dialogues des carmélites. Ce concert sera exceptionnel car il marque les débuts à la Monnaie du chef d’orchestre américain Dennis Russell Davies, et car nous pourrons y entendre deux œuvres pour deux pianos exécutées par deux formidables pianistes français David Kadouch et Cédric Tiberghien et encore de par la présencen de  la soprano italienne Anna Caterina Antonacci, l’une des voix les plus éminentes de la Monnaie qui  interprétera La Voix humaine de Poulenc, un rôle dans lequel elle excelle.

La Voix humaine, tragédie lyrique composée en 1958 sur un texte de Jean Cocteau, est une œuvre de pleine maturité et d’une puissance dramatique  exceptionnelle. Poulenc réussit là un tour de force théâtral et musical qu’Anna Caterina Antonacci a déjà relevé à Paris et Genève.

12273242256?profile=original

 "Aujourd’hui, le chant français, et je ne parle pas seulement de l’opéra, mais aussi des répertoires de chambre et symphonique, fait vraiment partie de ma respiration. Je pense même pouvoir dire que je me sens de plus en plus proche de la musique française ", confiait la soprano italienne dans une interview en 2013. Cela se ressent particulièrement dans ce rôle qui exige une profonde sincérité, magnifiquement chanté par celle qui interprétait très récemment encore le rôle-titre de Pénélope de Fauré pour la Monnaie.

REPRÉSENTATION 
24 septembre 2017 - 20:00
 
PALAIS DES BEAUX-ARTS
23 Rue Ravenstein, 1000 Bruxelles

https://www.lamonnaie.be/fr/program/432-la-voix-humaine

 

Enfin, la danse est aussi à l’honneur aussi avec du 23.09.2017 au 27.09.2017 la production d’ Anne Teresa De Keersmaeker, dont l’affinité particulière avec Bach n’est plus à démontrer. Elle approfondit sa quête d’une écriture chorégraphique  en saisissant  l’essence même du langage du compositeur. Le violoncelliste de renommée internationale Jean-Guihen Queyras, trois danseurs et deux danseuses (dont Anne Teresa De Keersmaeker elle-même) donneront vie à la partition de Bach.

REPRÉSENTATIONS 
Première, 23 septembre — 20:00
26 & 27 septembre — 20:00
24 septembre — 15:00

https://www.lamonnaie.be/fr/program/446-mitten-wir-im-leben-sind

de-munt-mji4mja5mta3oa.jpg

 Crédit photos: Anne Van Aerschot

 

 Après deux saisons de fermeture pour rénovation, le théâtre royal de La Monnaie en profite aussi pour proposer une balade dans ses coulisses en compagnie des techniciens de la maison le 16 septembre prochain. C’est que ces travaux de deux ans ont aussi permis d’intégrer quelques techniques parmi les plus modernes. L’occasion de découvrir la réalité du quotidien derrière la façade néo-classique.

La Monnaie, 23 rue Léopold, 1000 Bruxelles, site : lamonnaie.be. De 13h à 15h30 (de 10h à 15h30 pour les abonnés). Entrée libre.

https://www.lamonnaie.be/fr/program/644-journee-portes-ouvertes

 

 

Lire la suite...

12273206084?profile=originalEn cessant d'être une partie de la théologie, la patristique, est devenue histoire des dogmes. Mais elle a également donné naissance à une autre discipline historique, l'histoire de la littérature chrétienne antique. Il est remarquable, d'ailleurs, que cette préoccupation d'histoire purement littéraire a toujours existé depuis le IVe siècle, à côté du traitement théologique des oeuvres patristiques. L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée comporte de nombreuses notices concernant tel ou tel écrivain chrétien. Surtout, en 392-393, Jérôme composa son ouvrage Sur les hommes illustres qui contenait un aperçu sur la vie et les oeuvres de cent trente-cinq écrivains chrétiens, parfois hérétiques. Son oeuvre fut complétée au cours des siècles par Gennade (Ve s.), Isidore de Séville et Hildefonse de Tolède (VIIe s.), Sigisbert de Gembloux (XIe s.), Honorius d'Autun (XIIe s.) et finalement Jean Trithème (1494). Les histoires générales de la littérature chrétienne antique se sont multipliées à partir du XVIIe siècle (Robert Bellarmin, Remi Ceillier, Louis Sébastien Le Nain de Tillemont), mais ce n'est qu'à partir du XIXe siècle qu'elles ont pris un caractère proprement scientifique (O. Bardenhewer, A. von Harnack, H. Jordan, par exemple). Aux XVIe et XVIIe siècles se constituent de grandes collections des oeuvres complètes des Pères. Notamment les éditions faites par les bénédictins de Saint-Maur (Mabillon, Montfaucon) marquent les débuts de la critique scientifique des textes. Au XIXe siècle, l'abbé Jean-Paul Migne reproduit la majeure partie des éditions patristiques antérieures dans son Patrologiae cursus completus (217 tomes de la Patrologia latina, 161 tomes de la Patrologia graeca). Avec l'essor de la science philologique, les travaux concernant l'histoire de l'ancienne littérature chrétienne se sont considérablement développés au XIXe siècle. De grandes collections d'éditions critiques furent fondées: Die griechischen christlichen Schriftsteller (Berlin, à partir de 1897), Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum (Vienne, à partir de 1866). Au XXe siècle, ces recherches se sont encore intensifiées. De nombreuses nouvelles collections de textes, souvent accompagnées de notes et de traductions, comme la collection Sources chrétiennes (Lyon, à partir de 1943), ont fait leur apparition. Surtout de nouvelles découvertes ont enrichi considérablement la connaissance des écrits patristiques (papyri de Toura, bibliothèque de Nag Hammadi); de nombreuses bibliothèques orientales ont été explorées et ont livré des textes inconnus; de nombreux textes en langue syriaque, copte et arménienne ont été découverts.

 

Aspects littéraires

 

Le fait le plus remarquable dans le domaine proprement littéraire est la diversité des aires linguistiques dans lesquelles l'ancienne littérature chrétienne s'est développée. On ne pense habituellement qu'aux écrivains grecs et latins, mais il ne faut pas oublier qu'à partir du IVe siècle sont apparues une littérature syrienne chrétienne -avec Aphraate (┼ vers 345), Ephrem (┼ vers 373), Narsaï (┼ en 503), Jacques de Saroug (┼ en 521), Philoxène de Mabboug (┼ vers 523) -et une littérature arménienne chrétienne avec Mesrop (┼ vers 440). En syriaque et en arménien, mais aussi en langue copte ont été traduits de nombreux écrits patristiques grecs, dont l'original a été perdu. Presque toute la littérature gnostique, si importante pour comprendre le mouvement des idées dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, n'est conservée qu'en langue copte. Cette variété de langues correspond d'ailleurs à un phénomène historique qui commence à se manifester précisément au IVe siècle: le développement de littératures nationales dans les peuples de l'Empire romain, premier symptôme de la désagrégation future de l'État et de la culture gréco-romaine. C'est aussi au IVe siècle qu' Ulfila, l'évêque des Goths, traduit la Bible dans la langue de son peuple. Ces textes syriaques, arméniens ou coptes ont un grand intérêt pour les historiens de ces langues. De leur côté, les philosophes classiques, qui avaient longtemps dédaigné les textes patristiques parce qu'ils représentaient une époque de décadence, ont découvert au XXe siècle l'importance des renseignements que le grec et le latin des Pères fournissent sur l'évolution de la langue à la fin de l'Antiquité. L'école de Nimègue (Christine Mohrmann) s'est tout spécialement consacrée à l'étude du latin chrétien, c'est-à-dire à l'étude des modifications linguistiques que la société et la vie chrétiennes ont introduites dans la langue latine. Des recherches analogues ont été entreprises pour la langue grecque. De tels travaux n'ont pas seulement une valeur scientifique intrinsèque, ils permettent aussi une traduction et une compréhension exactes des écrits des Pères; trop de théologiens et d'historiens des dogmes ignorent encore les tours propres au grec et au latin tardif et commettent ainsi d'importants contresens dans leurs interprétations.

L'étude des formes et des genres littéraires est également capitale. Dans ce domaine d'ailleurs, si les études de détail ont été assez nombreuses depuis plusieurs années, il manque une synthèse d'ensemble. Si l'on compare les manuels de littérature grecque ou latine classique et les manuels d'histoire de la littérature chrétienne ancienne, on constate que ces derniers pour la plupart (excepté la tentative d'ailleurs assez imparfaite de Jordan) se contentent d'énumérer les différents auteurs dans l'ordre chronologique, sans dégager les tendances, les écoles, les formes littéraires, les styles dans leurs parentés ou différences. D'une manière générale, l'étude littéraire scientifique des textes d'époque patristique est beaucoup moins avancée que celle des textes bibliques. Depuis près de cent ans, les philologues et les historiens de la Bible ont bien compris que toute affirmation d'un écrivain ancien doit, pour être correctement interprétée, être replacée dans le cadre du genre littéraire selon lequel elle est exprimée et dans la perspective de la mentalité collective dans laquelle baigne l'écrivain. Les mêmes principes méthodologiques devraient être appliqués aux textes patristiques. On ne commence à le faire que depuis quelques années.

 

Traditions hébraïques et rhétorique gréco-romaine

 

Si l'on veut comprendre les écrivains de l'Antiquité chrétienne, c'est en premier lieu des hébraïsmes qu'il faut tenir compte. Tout d'abord, à l'origine, les écrits des Pères apostoliques (Clément de Rome, Polycarpe, Ignace d'Antioche, Hermas, la Didachè) sont, dans leur forme et leur contenu, tributaires des écrits judaïques: lettres adressées aux communautés de la Diaspora, ou apocalypses. À partir du IIe siècle, la forme et le contenu des écrits chrétiens seront souvent empruntés à des modèles classiques de la tradition gréco-romaine, mais le thème fondamental restera néanmoins l'exégèse des écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, donc de textes dont la mentalité, le genre littéraire, le style, les tournures sont foncièrement judaïques. Aux auteurs de formation classique, la Bible posera des difficultés d'interprétation qui augmenteront avec le temps et la distance, lesquels éloignent de plus en plus les exégètes des traditions orales primitives. De grands travailleurs, comme Origène ou Jérôme, feront appel à des juifs versés dans l'exégèse des Écritures, ou du moins connaissant bien la langue hébraïque, pour se faire expliquer tel ou tel passage particulièrement obscur. Mais des difficultés gigantesques n'en subsistent pas moins; entre la plupart des écrivains chrétiens et le texte biblique qu'ils commentent s'interposent, s'ils sont grecs, une traduction, celle des Septante, et s'ils sont latins, deux traductions, celle des Septante et une version latine. Aux contresens commis par ces traductions les écrivains chrétiens ajoutent leur propre incompréhension des idées et des réalités hébraïques. Ils projettent, sur des expressions qu'ils ne comprennent pas, des idées ou des représentations helléniques. Le plus bel exemple en est Augustin qui, lisant dans la version latine du Psaume IV, 9 l'expression in idipsum, traduction d'une tournure hébraïque qui veut simplement dire «sur le moment» ou «aussitôt», y découvre un nom de Dieu, tout inspiré de la métaphysique néo-platonicienne; pour Augustin, en effet, l'expression signifie «en celui qui est identique à lui-même». On pourrait énumérer une multitude de contresens de ce genre commis par des exégètes incapables de comprendre les hébraïsmes des textes qu'ils avaient à commenter. Il ne s'agit pas seulement d'erreurs sur des mots ou des phrases, mais c'est surtout la suite des idées, le mouvement général des textes qui échappent totalement aux interprètes. On peut imaginer par exemple les difficultés que la compréhension de certains Psaumes ou du Cantique des cantiques a pu donner à des écrivains formés dans les traditions de la rhétorique classique. On n'insistera jamais assez sur cette opacité et cette obscurité des textes sacrés pour leurs commentateurs patristiques. Ils ont dû faire des prodiges pour introduire leur logique dans des textes qui avaient une autre logique. À force d'être fréquentés, les textes bibliques ont d'ailleurs imprégné de leurs images, de leur style, de leurs hébraïsmes les plus classiques des écrivains chrétiens. Il en est résulté un style nouveau que l'on peut observer de la meilleure manière dans les Confessions d' Augustin, véritable pastiche des Psaumes.

Rien de plus significatif que la tentative de Cassiodore, dans son Commentaire sur les Psaumes, pour retrouver dans les Psaumes les figures des syllogismes catégoriques et hypothétiques, les lieux rhétoriques que Cicéron avait catalogués dans ses Topiques, les figures de pensée et de style énumérées dans les manuels de grammaire. Il y a là un intéressant symptôme de la permanence de l'idéal de la rhétorique antique après six siècles de christianisme. Beaucoup de théologiens scolastiques n'ont pas vu ce caractère foncièrement rhétorique de la littérature patristique. Bossuet reprochait à Richard Simon de prétendre que «les discours des anciens Pères» étaient «des discours de rhéteurs». «Discours de rhéteurs», cela signifie qu'il ne faut pas donner aux affirmations qu'ils contiennent la valeur absolue de propositions contenues dans une argumentation purement logique. Dans de tels discours, les affirmations sont liées aux exigences de la composition littéraire: il faut dire ceci ou cela pour faire des antithèses, faire telle apostrophe pour varier le style. Très souvent aussi, les affirmations de l'auteur sont empruntées; ce sont des lieux communs traditionnels liés à tel genre littéraire ou des modèles préfabriqués que l'auteur imite plus ou moins originalement. Ces emprunts, souvent, n'ont pas beaucoup d'importance doctrinale. Mais ils expliquent parfois le fait que l'on trouve de nombreuses contradictions chez un auteur. Il faudra s'y attendre, par exemple, chez un auteur comme Ambroise de Milan qui pille à tour de rôle Philon, Origène, Basile de Césarée, Didyme d'Alexandrie, et traduit, dans trois de ses sermons, des pages entières du philosophe païen Plotin. Dans ce dernier cas, cela ne signifie pas qu'Ambroise est devenu plotinien. Cela veut dire seulement que les images, le mouvement général du texte de Plotin lui ont paru capables de rehausser la qualité rhétorique de ses sermons.

Hébraïsmes et hellénismes sont les éléments littéraires dont il faut tenir compte pour comprendre les Pères de l'Église ou quelquefois pour comprendre pourquoi on ne les comprend pas. Mais il reste qu'il existe, dans la littérature patristique, des beautés littéraires propres, issues souvent de la rencontre inattendue entre la tradition classique et l'exotisme hébraïque. Notamment une sensibilité nouvelle se fait jour, qui marquera fortement la piété médiévale et fait parfois présager, avec Grégoire de Nazianze et Augustin, les effusions du romantisme moderne.

 

Patristique et littérature européenne

 

L'influence de la patristique sur la littérature postérieure est un thème de recherche dont Ernst Robert Curtius a bien montré la fécondité. Malheureusement, à quelques exceptions près, les études font défaut dans ce domaine. Beaucoup de Pères de l'Église ont eu une riche postérité littéraire, non seulement dans la littérature médiévale, mais aussi dans la littérature moderne. On peut citer notamment Tertullien, Origène, Arnobe, Lactance, et surtout, évidemment, Augustin. L'étude de Peter Krafft sur la survie d'Arnobe aux XVIIe et XVIIIe siècles est un modèle des recherches qui pourraient être entreprises. Il faut en dire autant des travaux de Pierre Courcelle sur la postérité des Confessions d'Augustin et de Philippe Sellier sur les rapports entre Augustin et Pascal. Augustin a eu une influence capitale, non seulement sur l'histoire de la pensée occidentale, mais sur l'évolution de la sensibilité et de l'expression littéraire. Une étude d'ensemble de ce phénomène serait indispensable.

Lire la suite...

Littérature de la Devotio moderna

12273207466?profile=original

Hans Memling: Jeune homme en prière 1487

La Devotio moderna est un mouvement spirituel qui prit naissance aux Pays-Bas vers la fin du XIVe siècle et atteignit son plus grand développement au cours du XVe siècle, période durant laquelle son influence se fit sentir jusqu'en Allemagne et en France; la première moitié du XVIe siècle vit son déclin. Dès les origines, les membres du mouvement donnent à leur spiritualité le nom de Dévotion moderne, montrant bien par là qu'ils ont conscience de la relative nouveauté de leur apport. Ils cherchent avant tout à favoriser la prière et la piété personnelles, grâce à une ascèse psychologique et intérieure. Le joyau de la Devotio moderna est l' Imitation de Jésus-Christ, le livre le plus lu dans le monde chrétien après la Bible.

 

L'essor du mouvement

 

L'initiateur en fut incontestablement Gérard Groote (1340-1384), fils d'une famille bourgeoise de Deventer, tôt pourvu de bénéfices ecclésiastiques, mais qui ne fut jamais prêtre, et qui, après une carrière assez mondaine, se convertit vers 1374. Il résigna alors ses bénéfices, vécut dans la retraite et la pauvreté, et créa deux groupes religieux, les Frères et les Soeurs de la vie commune, sociétés pieuses de personnes vivant en petits groupes sans avoir prononcé aucun voeu. Groote mourut, jeune encore, avant d'avoir pu pleinement réaliser son oeuvre, qui fut continuée et renforcée par son disciple Florent Radewijns. Celui-ci donna un statut ferme aux Frères et Soeurs de la vie commune, développa l'oeuvre et défendit ses membres contre les attaques des congrégations de réguliers. Il estima, en outre, nécessaire de fonder lui-même la congrégation des chanoines réguliers de Windesheim. D'autres monastères vinrent s'y agréger, et l'ensemble connut une rapide extension: il comptait treize maisons en 1430. Chacune de ces communautés devint à la fois un centre de réforme monastique et un foyer de rayonnement spirituel, et leur influence devait se prolonger longtemps. Ni les chanoines, ni les frères ne s'adonnaient ordinairement à l'apostolat extérieur, et leur vie était principalement contemplative. Cependant, ils se préoccupaient beaucoup de propager les livres de piété et constituèrent d'excellents ateliers de copistes. Parmi les ouvrages qu'ils diffusèrent, beaucoup sont des anthologies de textes scripturaires ou spirituels, connus sous le nom de Rapiaria ou Collectaria: ils créèrent ainsi une mode qui se maintint jusqu'au XVIIe siècle. Mais, en outre, la Devotio moderna produisit de nombreux auteurs originaux dont peu, malheureusement, sont de premier plan. Pourtant, c'est de ce mouvement qu'est sorti le livre de spiritualité le plus lu sans doute dans la chrétienté: l'Imitation de Jésus-Christ. D'autre part, les Frères furent amenés à ouvrir de nombreuses écoles, en général d'excellente qualité: on sait que Érasme fut leur élève à Bois-le-Duc.

À un moment où les signes d'une décadence du milieu ecclésiastique n'étaient que trop évidents, les intentions réformistes du milieu de la Devotio moderna se manifestèrent ouvertement. Frères et chanoines réagirent avec vigueur contre le luxe et la richesse des monastères, prêchèrent la pauvreté de la vie et la simplicité dans la construction des bâtiments, ce qui explique que leur influence sur l'architecture et l'art religieux ait été pratiquement nulle. Tout un milieu de pieux laïcs et de prêtres séculiers gravita autour de chacune de leurs maisons, étendant leur influence. Dans ce milieu, on trouve beaucoup de gens de condition modeste et de culture assez restreinte, d'où la nécessité pour le groupe de la Devotio moderna de s'adapter à ce public relativement simple et peu intellectuel, ce qui nuancera sa spiritualité d'une manière assez particulière.

 

Une spiritualité originale

 

La Devotio moderna a pris naissance aux Pays-Bas, dans un milieu fortement imprégné de spiritualité mysticisante assez proche de celle de Maître Eckhart et de ses disciples rhénans, et que résume bien le grand nom de Van Ruysbroek (1294-1381). Elle n'en recevra cependant qu'une influence diffuse et assez lointaine, qu'il ne faudrait pas exagérer. Si Groote vint passer quelque temps auprès de Ruysbroek en 1377, ce fut surtout pour s'initier à sa conception de la vie monastique; son opinion sur les oeuvres du grand mystique demeura toujours assez hésitante et ses propres productions sont étrangères aux spéculations de Ruysbroek. La Devotio moderna rejoint surtout les Rhéno-Flamands par l'accent qu'elle met sur la vie intérieure personnelle.

C'est là, en effet, un trait qui marque fortement le groupe. Pour eux, l'intimité personnelle entre l'âme et Dieu se situe au premier plan et l'emporte sur la liturgie aussi bien que sur les oeuvres extérieures de dévotion. D'où la tendance à restreindre aussi bien la longueur excessive et la multiplication des offices choraux que le luxe extérieur des cérémonies, la réticence à l'égard des pèlerinages, des processions, jugés peu favorables au vrai recueillement. Chez certains représentants du mouvement, tel Wessel Gansfort, la critique des pèlerinages, des dévotions, des indulgences, s'exprimera en des termes si incisifs que plusieurs historiens protestants ont vu en lui un prédécesseur de Luther. Il n'en est rien, car cette critique se situe en fait sur le plan spirituel et non sur le terrain théologique.

L'objectif principal de la Devotio moderna étant de former à la prière et à la piété personnelles un public relativement simple, ses représentants s'efforceront de découvrir des procédés pratiques et efficaces qui seront adaptés à ce but. C'est d'abord la recherche d'une ascèse avant tout psychologique et intérieure, où l'analyse et l'introspection tiennent une place de plus en plus grande, et qui ouvre déjà les voies au psychologisme spirituel du XVIe siècle. C'est ensuite le développement d'une affectivité expansive, destinée à supplanter les sèches spéculations de la raison, les constructions théologiques jugées inutiles et même dangereuses. C'est enfin la mise au point d'une technique de la prière personnelle, qui va conduire rapidement à l'édification des premières méthodes d'oraison mentale; on sait le développement qu'elles prendront par la suite. Mais les oeuvres issues de la Devotio moderna contiennent déjà sur ce point toute une technique que les générations suivantes ne feront que développer et organiser.

En revanche, cette nécessité d'adaptation très générale amène les gens de la Devotio moderna à mettre fortement l'accent sur les états ordinaires de la vie intérieure et à manifester une certaine défiance à l'égard de l'expérience mystique. Ce n'est point là sans doute un trait universel, et il y a dans le groupe des nuances et des exceptions individuelles, mais l'orientation générale est assez nette et montre bien à quel point il se sépare du mysticisme des Rhéno-Flamands.

 

Les personnalités marquantes

 

Le fondateur de la Devotio moderna, Gérard Groote, en dépit de la brièveté de sa carrière, a produit une oeuvre abondante, mais où les considérations ascétiques et réformistes tiennent une place envahissante, et dont l'intérêt est relativement réduit. Le célèbre Thomas a Kempis (1380-1471) est le représentant le plus complet de l'école: il faut voir en lui l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, oeuvre composite, mais où sa personnalité s'est admirablement exprimée, surtout dans les livres II et III; nombre de ses autres opuscules ne sont point indignes d'un tel voisinage. Il faut nommer enfin l'un des derniers représentants de la tendance, Jean Mombaer, dit Mauburnus (1460 env.-1501), abbé de Livry, dont le Rosetum exercitiorum spiritualium constitue un remarquable manuel de méditations, qui ouvre la voie aux Exercices de saint Ignace.

 

Lire la suite...

                           

Antonello de Messine occupe une des première places dans la peinture méridionale italienne. Mais si l'on sait de longue date son rôle majeur, sa vie et sa carrière sont restées longtemps mystérieuses. Un certain nombre de questions, concernant sa formation et le catalogue de ses oeuvres, n'ont reçu que des réponses provisoires. La fréquente remise en cause des attributions ne permet donc pas d'établir un inventaire exhaustif de ses oeuvres.

La vie

On date de 1430 la naissance d'Antonello da Messina : en effet, il est mort en février 1479, après avoir fait son testament le 14 février, " à l'âge de quarante-neuf ans ", d'après Vasari. Le premier document relatif à son activité de peintre est de 1457. On ne connaît presque rien de ses années de formation qu'on situe entre 1445 et 1455. Seule la lettre de Pietro Summonte à Marc-Antoine Michiel (20 mars 1524) atteste ses études à Naples chez Colantonio, considéré alors comme un maître dans le milieu napolitain. C'est le seul moment où l'on pourrait placer le voyage en Flandre que lui prête Vasari, et que la critique moderne juge invraisemblable. Un document relatif au différend qui l'oppose à son disciple Paolo di Ciacio prouve en tout cas sa présence à Messine en 1456. On a conservé un contrat du 5 mars 1457, par lequel il s'engage à peindre une bannière de procession pour la confrérie San Michele dei Gerbini à Reggio Calabria. Il est alors marié et on date de ces années la naissance de son fils Jacobello, puis de sa fille Catarinella. Il réside en Sicile, mais fait des séjours sur le continent (en 1460 son père loue un bateau pour aller le chercher à Amantea en Calabre, où il se trouve avec sa femme et ses enfants). L'année suivante, il prend comme garçon et apprenti son frère Giordano. Sa première ouvre signée et datée (1465) est le Salvator Mundi de Londres (National Gallery). Il exécute en 1467 un Saint Placide (perdu) pour la cathédrale de Messine. C'est tout ce qu'on sait de lui jusqu'en 1470, date de l'Ecce Homo de New York (Metropolitan Museum), signé et daté. En 1472 et 1473, il travaille à un polyptyque (perdu) pour l'église San Giacomo à Caltagirono et peint une bannière pour la confrérie de la Trinité de Randazzo. En 1473, il signe et date le Polyptyque de saint Grégoire sée national de Messine), commandé par l'abbesse du monastère San Gregorio pour l'église Santa Maria extra moenia, et l'Ecce Homo de Plaisance (collège Alberoni). Le 23 août 1474, Antonello s'engage à exécuter, pour l'église Santa Maria dell' Annunziata du Palazzolo Acreide, une Annonciation (Syracuse, musée du Palazzo Bellomo), qu'il signe et date. Le Portrait de Berlin (Kaiser Friedrich Museum), signé et daté, est de cette même année. Son séjour à Venise en 1475 et au début de 1476 est attesté d'abord par la lettre de Matteo Colaccio à Antonio degli Adinolfi louant le retable commandé à Antonello par Pietro Bon pour l'église San Cassiano, ensuite par les portraits qu'Antonello a faits d'Alvise Pasqualino et de Michele Vianello, que Michiel inventoria en 1532 dans la Casa Pasqualino, enfin par la lettre du duc de Milan Galeazzo Maria Sforza, à son ambassadeur à Venise, datée du 9 mars 1476, dans laquelle il demande à Leonardo Botta d'engager Antonello comme peintre de la Cour à la place de Zanetto Bugatti mort depuis peu. Antonello est-il allé à Milan ? Là encore, les avis divergent : en effet, le 16 mars, Pietro Bon annonce au duc qu'il laisse partir Antonello sous condition qu'il revienne une vingtaine de jours à Venise pour achever le retable, mais le 14 septembre de cette même année, Antonello est à Messine pour payer le troisième tiers du contrat dotal de sa fille. En tout cas, il apparaît que le séjour vénitien a été particulièrement fécond ; outre le Retable de saint Cassien (Vienne, Kunsthistorisches Museum), Antonello a signé et daté, en 1475, le portrait dit Le Condottiere (Paris, musée du Louvre) et la Crucifixion d'Anvers (musée royal des Beaux-Arts) ; on rattache aussi à cette période le Portrait de la galerie Borghèse à Rome, que R. Longhi identifie au portrait de Michele Vianello, le Saint Sébastien de Dresde (Staatlich Gemäldegalerie) et peut-être le Saint Jérôme dans son cabinet de travail (Londres, National Gallery) que Michiel admira dans la Casa Pasqualino pour sa manière " à l'occidentale ", c'est-à-dire flamande. Le Portrait Trivulzio de Turin (Museo civico) est signé et daté 1476, sans que l'on puisse préciser s'il a été exécuté à Venise ou à Milan, en admettant qu'Antonello ait fait un séjour dans cette ville entre mars et septembre 1476. Mais c'est probablement à son retour en Sicile qu'il exécute la Crucifixion de Londres (National Gallery), que la plupart des critiques datent de 1477. Quant au second Portrait de Berlin (Kaiser Friedrich Museum), malgré la datation incomplète du peintre (147.) on le date de 1478 car on peut l'identifier avec certitude au portrait que Zanetti cite avec cette date, pour l'avoir vu à Venise en 1771. Le 5 novembre de cette année 1478, Antonello s'engage à peindre un gonfalon pour Ruggero de Luca di Randazzo. Mais le 14 février 1479, il est malade, fait son testament et, le 29 février, son fils Jacobello renouvelle le contrat avec Randazzo en s'engageant à exécuter ce que son père n'a pas eu le temps de terminer avant de mourir.

L'oeuvre

La vie d'Antonello propose toute une série d'énigmes. Comment s'est-il formé ? A-t-il été en Flandre, comme l'affirme Vasari ? A-t-il rencontré Piero della Francesca, comme le laissent supposer certaines oeuvres ? A-t-il séjourné à Milan, à Rome, à Florence ? L'histoire de son style est un peu l'histoire de ces problèmes.

Formation et contexte artistique

La culture napolitaine au milieu du XVe siècle est soumise à de multiples influences et la Sicile s'en fait l'écho. L'art catalan est présent à Syracuse, l'art ferrarais à Palerme (Triomphe de la Mort , palais Sclafani), les peintures orientales y sont connues ; l'art provençal a été introduit à Naples par René d'Anjou qui a commencé de rassembler peintures et tapisseries ; l'oeuvre est poursuivie par Alphonse d'Aragon qui prisait fort les Flamands.

C'est donc dans un milieu artistique, vers lequel convergeaient les courants les plus divers, qu'Antonello fait son apprentissage. Il pouvait voir à Naples les oeuvres de Van Eyck et de Roger Van der Weyden ; cela a-t-il suffi pour lui communiquer cette culture nordique si caractéristique de ses premières oeuvres ? Il est vrai qu'il étudiait chez Colantonio, admirateur de l'art flamand qui demanda à René d'Anjou de le laisser voyager dans les pays nordiques. L'autorisation fut refusée et Colantonio dut se contenter des collections princières. Modes et modèles flamands l'ont passionné et son goût marqua sans aucun doute ses élèves.

La place de l'oeuvre

Les réminiscences flamandes qui apparaissent tout au long de l'oeuvre d'Antonello laissent en effet supposer une marque indélébile et un goût très profond pour ce style. Le " repentir " de la main droite du Salvator Mundi de 1465 est capital : malgré une volonté de rupture avec la tradition flamande et un effort d'accession à la culture plus générale du Quattrocento, c'est l'esprit flamand qui domine. L'Ecce Homo de New York, exécuté cinq ans plus tard, rappelle Petrus Christus ; le Polyptyque de saint Grégoire (1473), aux caractéristiques flamandes, mêle curieusement archaïsmes (fond d'or) et innovations (volumes, formes, puissance des personnages) ; le retour au style flamand est sensible dans le Saint Jérôme de Londres et surtout dans l'Annonciation de Syracuse (1474). Pour S. Bottari, celle-ci rappelle l'Annonciation de Petrus Christus (Berlin) ; pour L. Venturi, l'ange est issu du triptyque de Jan Van Eyck qui se trouvait dans les collections d'Alphonse d'Aragon. Mais, en fait, les ascendances stylistiques du tableau ne sont pas encore parfaitement définies ; si l'ange est flamand, la Vierge est italienne et la composition révèle la connaissance de la peinture de Piero della Francesca (colonne divisant la scène en deux). C'est encore Piero que l'on évoque à propos du Saint Sébastien de Dresde. Comme chez Piero, la perspective du pavement renforce les rapports de volumes et la monumentalité de la figure placée dans l'axe de la composition ; les costumes de certains personnages, la lumière rappellent la Flagellation (Urbino). Comment Antonello a-t-il connu la peinture de Piero ? Il paraît invraisemblable que la culture toscane ait si rapidement atteint Naples ; pourtant l'influence de Piero est parfois si patente qu'une rencontre semble évidente. Il faut alors imaginer un voyage avant Venise, peut-être à la suite du voyage à Rome dont parle Vasari. Mais, là encore, une réponse définitive ne peut être donnée.

À Venise, le style change complètement. La Pietà du musée Correr fut longtemps attribuée à Giovanni Bellini, de même que le Retable de saint Cassien qui se trouvait sous cette attribution à Bruxelles en 1659 (galerie de l'archiduc Léopold), où le vit David Teniers qui le grava pour son Theatrum pictorium , ce qui a permis d'en faire une reconstitution. Le problème du volume et de la forme y est résolu par un traitement qui annonce Bellini.

Le cercle restreint de ses familiers, ses disciples, ses imitateurs, était composé de son frère Giordano, de son fils Jacobello, de son beau-frère Pietro da Messina, d'Antonello de Saliba, peut-être neveu du précédent. Pourtant, Antonello n'est pas resté un artiste " isolé et impersonnel " (Berenson) réceptacle du style d'un certain nombre de maîtres à partir duquel il aurait créé sa propre individualité. Son séjour vénitien est capital pour l'évolution de la peinture italienne. L'art de Giovanni Bellini n'a pu que bénéficier de la technique et de la science de la ligne d'Antonello. La simplicité et la noblesse des formes, la couleur, la qualité du portrait ont été autant d'apports à la peinture vénitienne.

Lire la suite...
administrateur partenariats

" Une âme I "

" Une âme " poème de Joelle Diehl présenté sur une aquarelle de Claude Caretta,

dans le cadre du blog de partenariat

"La couleur des mots"

12272877683?profile=original

.............................................................................................

" Une âme II "

12272981881?profile=original

"Un jour de pluie"

Claude Carretta 

Où est l'âme...

Le réseau est silencieux

Il manque un être précieux,

Le travail est fastidieux,

Aucun oiseau mélodieux

Ne trouble le temps pluvieux...

Le réseau est soucieux

Le silence est mystérieux,

plus de message consciencieux,

de remarques , de mots malicieux,

Où sont les billets laborieux,

Les textes ingénieux.

Le réseau est compendieux,

Il manque un être prestigieux,

Plus d'échanges facétieux

et de partages audacieux...

Le réseau se tait, religieux.

Où est l'âme...

Où êtes vous Robert Paul...

JDL

16/11/2013

..........................................................................................................

" Une âme III "

12272982653?profile=original

" Emergence"

Liliane Magotte

Entendez-vous l'âme du réseau?

Toujours à la proue de son vaisseau,

Son âme comme un fier flambeau

Menant à bon port son bateau..

Une âme dans son grand chapiteau,

Dirigeant entre plume et pinceau,

Son oeuvre est comme un rondeau.

Chut! Sentez-vous le renouveau?

Entendez-vous l'âme du réseau?

L'âme dont le nom est un sceau.

Je lui dis grand merci en cadeau.

Je lui souhaite des ans le plus beau.

J'écris sur un grand tableau

Robert Paul,

JDL

25/12/2013

.......................................................................................................

" Une Âme IV "

Il me semble entendre ses pas vaillants
Se faufiler entre les mots déposés,
Deviner son regard bienveillant
Au coin d'un tableau exposé...

L'Âme du réseau a veillé cette année
Sur les cœurs désillusionnés,
ceux en vadrouille et ceux enchantés,
Nous le savons tous pour l'avoir vanté!

Et demain à l'aube du nouvel an,
Je sais qu'elle sera là, accueillante.
Ouvrant ses portes dans le soleil levant!
Une Âme qui sera dans l'attente...

Un jour je serai de ceux
Qui lui serreront la main

JDL
31/12/2014

BONNE ANNEE
2015

.......................................................................................

" Âme V "

12272982489?profile=original

photo personnelle

Un rayon de soleil parmi les roseaux,

Un cygne élégant glissant sur les eaux,

Au crépuscule ces chants d'oiseaux,

N'est-ce pas l'âme de ce réseau ?

Bercée au rythme des saisons,

Lueurs sur d'autres horizons,

Que seule apporte la foison,

Âme sentant avec raison !

Demain au détour des chemins,

Au lever de chaque matin,

Âme, veillez sur vos lutins,

Un doigté sur tant de destins !

à Robert Paul

Jdl

04/07/2016

.............................................................................................

Pour toi Joelle,

parce que ta modestie ne te permet pas de réaliser ce billet.

Pour vous Robert Paul,

parce que vous le méritez bien.

Liliane

Lire la suite...
administrateur partenariats

J'ai le plaisir de vous présenter une sélection

des oeuvres des membres Arts & Lettres.

Au travers de ces billets,

découvrez 

les richesses déposées

par les membres Arts & lettres,

grâce au réseau magique créé et modéré par Robert Paul.

12273233860?profile=original

Symphonie en jaune et rouge

des peintres et photographes d' Arts et Lettres 

Texte de Deashelle

12273233860?profile=original

Symphonie en vert et bleu

des peintres et photographes Arts et Lettres,

Textes de Martine Rouhart.

12273233860?profile=original

"Mille nuances de gris"

Symphonie colorée des oeuvres des membres Arts & Lettres,

Textes inspirés de Joëlle Diehl.

12273233860?profile=original

Un matin presque gris
les rêves partis en fumée
et le temps devant soi,
ligne au cordeau
jalonnée de repères
de gestes à enchaîner
Un matin presque bleu
des rêves plein la tête
et le temps devant soi,
ligne de faîte
hachurée d’incertain
de hasards à saisir
Des jours comme tant d'autres
les jours se ressemblent
c’est leur couleur qui change

(martine rouhart)

Les partenariats

Arts 12272797098?profile=originalLettres

Lire la suite...
administrateur littératures

Prévus: Lilliane Schrauwen, Aliénor Debrocq (malheureusement absente pour raison personnelle) et Jean Jauniaux, une soirée passionnante, conviviale, beaucoup d'intérêt avec un Gérard Adam motivé et enthousiaste.

Plaisirs au rendez-vous: discussion animée, des auteurs inspirés, des ouvrages diversifiés, un public nombreux - plus de place libre-, quelques flashs, des applaudissements nourris pour des écrivains de haut niveau, ensuite quatre lectures très contrastées très bien reçues par l'auditoire.

Les rencontres littéraires à l'Espace Art Gallery? A ne pas manquer car les échanges y sont puissants, humains...

Merci à Robert Paul, Gérard Adam, Jerry Delfosse, Liliane Schrauwen, Jean Jauniaux, merci à tous!

Lire la suite...

Colloque près d'une rivière

Deux muses amies se reposent
Près d'une rivière chantante
 Et, silencieuses, se posent
Une question préoccupante:

Que deviendra la poésie
Si, non protégé, son espace
De toute part est envahi?
Elle est source de tant de grâces.

L'une d'elles doucement dit:
Durant le printemps des poètes,
Chacun baignait dans l'harmonie,
Sortait attendri de la fête.

Certains posent en personnages.
Voudrais m'en moquer hautement.
L'usage qu'ils font du langage
Le délave complètement.

- Ne pas réagir rend coupable
Car ces bavards sont imités.
Cela était inévitable,
Surprenante est leur gravité.

Les deux muses qui se reposent
Aiment que des sons et des mots,
En se combinant, se proposent.
Parfois, un vers est un joyau.

2 septembre 2017

Lire la suite...

L'AMOUR...

C'est une friandise

Et quoi que l'on en dise

Elle inonde la terre

Elle éclaire l'univers...

L'amour...

C'est une part de rire

Dans coupe d'amertume

Il n'y a rien à dire

Juste en boire l'écume...

L'amour...

Mais bien sûr c'est un rêve

Pour faire grandir le cœur

Et mettre un peu de trêve

Au goût de nos malheurs... 

L'amour...

C'est une gourmandise

Dont on use et abuse

Si l'on s'en gargarise

C'est qu'elle est une muse...

L'amour...

Peut-être bien qu'un jour

A l'abri des regards

Après quelques détours

Allumera son phare...

L'amour...

Je pense bien qu'ici

A l'encontre de tout

Il va se faire un nid

Car aujourd'hui, c'est nous!

J.G.

Lire la suite...

Toujours fondu d'Aphrodite ? (Aphrodite, 3/7)

Continuons d’éclairer notre lanterne en examinant au plus près notre sujet...

12273231675?profile=original Deux jeunes gens étudiant une statue de Vénus

 à la lueur d’une lampe

Godfried Schalcken (1643-1706)

(huile sur toile ; collection Leiden, New York)

En matière de clair-obscur, Aphrodite est un oxymore à elle seule comme nous allons le voir. Contradiction toute féminine ?

Il faut cependant remarquer que si Aphrodite était libre, la société athénienne n’était guère égalitaire. Les femmes passaient leur vie au gynécée où elles tissaient et filaient doux. Hors les processions rituelles point de sorties. A Sparte, si elles pratiquaient l’éducation physique et se montraient au palestre, pour l’éducation intellectuelle elles pouvaient repasser !

 

12273232465?profile=originalQuand l’ordinaire se réduisait aux tâches ménagères.

Comment dès lors ne pas idéaliser pour les unes,

 fantasmer pour les autres ?

A Tamassos, d’où provient cette statuette, Aphrodite eût bien sûr son temple.

(terre cuite, VIe s. av. J.-C. ; musée archéologique de Nicosie, Chypre)

       Tous les ans à Chypre, ses fidèles, couverts de myrte, affluaient dans son sanctuaire à Palaia Paphos (l’ancienne Paphos, aujourd’hui Kouklia) où, ne songeant plus qu’aux douces joies des hyménées et à leurs mystères après avoir reçu un phallus et du sel (j’en ai un grain aussi), ils se livraient à des fêtes orgiaques.

« Viens, Cypris, offre-nous tes couronnes,

Et dans les coupes d’or, gracieusement,

Verse comme un vin ton nectar

Mêlé de joies. »,

Sappho, qui pour l’Aphrodite a dédaigné l’Eros.

      Sans verser dans les excès, ne cédons pas aux divagations de Pierre-Joseph Proudhon qui en la matière pousse un peu loin le bouchon lorsqu’il écrit « Le culte multiplié d’Astarté, Aphrodite ou Vénus ; les fêtes orgiaques, dionysiaques ou bacchanales ; les lamentations sur la mort d’Adonis, les jeux floraux, les prostitutions sacrées, le priapisme universel, les poésies érotiques, l’amour vulgivague, omnigame en sont les monuments. Ajoutons encore les théâtres, les danses, le vin, la bonne chère. Ainsi tout se tient : le raffinement des arts amène la corruption. » Ne pas se courber certes, mais voir dans l’art la racine de toutes les dépravations, il y a là un pas que je ne franchirai pas. Des spartiates il n’est dans ce domaine effectivement rien resté, plus laconique il faut parfois demeurer.

 

12273233260?profile=originalOffrandes à Aphrodite-Astarté

Figurines de terre cuite (VIe s. av. J.-C.), aèdes, chanteurs et musiciens.

Petits présents faits à Aphrodite, rustiques mais touchants,

lors des processions et célébrations données en son honneur

 au temple de Kition (Larnaca).

Que la fête commence !

(musée archéologique de Nicosie, Chypre)

Chœur des Bacchantes :

« Chypre ! C’est l’île d’Aphrodite

Où nichent les Amours ensorceleurs

Ils font venir une âme aux mortels… »

Euripide (480-406 av. J.-C.)

Evohé !

 

       A Rhodes, le temple d’Aphrodite était situé à l’entrée de la ville antique, au niveau de l’ancien port de Mandraki, mais de là à penser qu’elle n’est qu’une hétaïre, voire pire une vile femme à marins ! Une poule à facettes pour nightclubbers en goguette !

Toujours est-il qu’avec le prompt renfort de croisiéristes, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Et que sous la canicule nous constatâmes que Vénus est bien la plus chaude*1 du système solaire !

 

12273233674?profile=original Ruines du temple d’Aphrodite à Rhodes

(IIIe siècle av. J.-C.)

 

      A mélanger ainsi les genres et si on remonte plus loin dans le temps, avec « la déesse aux serpents » minoenne, Astarté, la « reine de lumière » babylonienne et Ishtar, la « donneuse de lumière » cananéenne, déesses du croissant fertile, Inanna pour les Sumériens, ou encore Hathor l’Egyptienne, que l’on peut toutes à raison assimiler à Aphrodite ; ou que l’on porte le regard tout au nord avec la Freyja scandinave par exemple, partout on retrouve des déesses de l’Amour et de la Fécondité, à la sexualité certes débridée.

D’accord, à Babylone, Ishtar ou, à Sumer, Inanna avaient leurs praticiennes, grandes prêtresses de l’amour sensuel. Certes, comme le chantait Ferré, avec

« La ‘the nana’, c’est comme un ange qu’aurait pas d’ailes.

La ‘the nana’, au septième ciel tu fais tes malles. »

Vrai toujours que Vénus libentina avait la libido exaltée. Voluptueuse et légère comme susurrait Farmer « petite bulle d’écume, poussée par le vent. » Qu’Aphrodite Porné était invoquée par les courtisanes en tant que divinité de l’amour vénal. Que plus d’un mâle a succombé sous leurs charmes, au point que notre déité était surnommée Androphonos, la tueuse d’hommes ! Et Vénus Libitina, par une malencontreuse euphonie*2,  veillait aux cérémonies funèbres…

Eros et Thanatos.

« Mourir sans mourir est cette frénésie qui se nomme amour. »,

Métastase*3

Souvent libertine, parfois même catin vouée aux enfers.

      Mais faire d’Aphrodite ou de ses avatars la mère de tous les vices et de l’art son vecteur le plus propice ! Dans cette conation camarade Pierre-Joseph, je te le dis tout net, tu attiges !

« Les bains, le vin et Vénus usent nos corps.

Mais les bains, le vin et Vénus font la vie. »,

Proverbe latin.

Toutefois rappelons-nous cette maxime de Cléobule de Lindos, un des Sept sages de l’Antiquité,

« La modération est le plus grand bien »,

conservons un calme olympien, et reprenons. 

 

12273233885?profile=originalFreyja ou Frigg ?

Vendredi pour Vénus, friday pour Freyja !

Chaudron de Gundestrup (détail)

(âge du fer celtique, ca 500 av. J.-C., argent. Musée national, Copenhague)

 

Quoi qu’il en soit, des temples un peu partout, en Grèce, en Crète, en Asie mineure surtout, révèrent Aphrodite.

 

12273234480?profile=originalFigure d’Aphrodite dans le style de l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle.

Quelle femme d’épithètes !

Des yeux comme mouillés qui arracheraient des larmes à un cœur de pierre.

(fin de la période hellénistique ; palais des Grands Maîtres de Rhodes)

 

        J’en rêve encore… Car elle mérite tous les qualificatifs, est dotée de bien des attributs, et suscite toujours l’admiration.

 

12273234674?profile=originalVénus du Belvédère

(musées du Vatican)

« Rien de plus suave, de plus voluptueux que ses contours. »

Quoique « Dédain, ironie, cruauté,

se lisaient sur ce visage d’une incroyable beauté cependant.

… Sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté

pût s’allier à l’absence de toute sensibilité. »,

Prosper Mérimée

 

12273235292?profile=originalStatue d’Aphrodite dite Vénus de l’Esquilin

Marbre d’après l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle.

Serait-elle devenue pudique ?

On disait déjà qu’au sortir de l’eau-mère à Paphos elle se cacha derrière un buisson de myrte, plante qui depuis symbolise charme et jeunesse.

Elle semble dire et médire, à la manière de Musset :

« Le marbre me va mieux que l’impure Phryné

Chez qui les affamés vont chercher leur pâture,

Qui fait passer la rue au milieu de son lit,

Et qui n’a que le temps de nouer sa ceinture

Entre l’amant du jour et celui de la nuit. »

(marbre, 1er siècle apr. J.-C., musées capitolins, Rome)

 

Praxitèle avait il est vrai, en la personne de sa maîtresse, Phryné, un modèle parfait. Quoique hétaïre, à ce que l’on disait une pouliche d'Aphrodite, il était difficile de la haïr tant sa beauté resplendissait. Et bien qu’on l’appelât « le Crible », passant tout petit ami au sas de ses envies, ôtant ses dessous le laissant sans le sou.

 

« Elle mérite l’admiration sous toutes ses faces.

On raconte qu’un homme en tomba amoureux et que, s’étant caché une nuit, il fit l’amour avec la statue :

 Des taches sur le marbre gardent, dit-on, la trace de sa concupiscence. »,

Pline l’Ancien, à propos de Praxitèle et de sa Vénus de Cnide.

 

12273235890?profile=originalAphrodite de Menophantos

Ménauphantos, sculpteur grec du 1er s. av. J.-C. (?)

(musée national, Rome)

 

      Si Praxitèle créa le prototype du nu féminin avec l’Aphrodite de Cnide, souvent décliné, on doit à un autre sculpteur grec de génie, Doidalsas de Bithynie, le modèle de l’Aphrodite accroupie. Il faut aussi citer Scopas de Paros, proche de Praxitèle, pour sa Vénus pudique ou alors, plus explicite, chevauchant un bouc, Epitragia, l’Aphrodite Pandemos. Phidias pour sa céleste Aphrodite Ourania, Callimaque et son Aphrodite Genetrix, Alcamène, Agoracrite…

 

12273236268?profile=originalVénus Cesi

Une plastique parfaite à vous faire perdre la tête.

C’est l’effet que fit Phryné, née à Thespies, où on vouait un culte à Eros.

Copie romaine du Ier ou IIe s. d’après l’Aphrodite de Thespies de Praxitèle.

(musée du Louvre, Paris)

12273237258?profile=originalVénus de Praxitèle

Collection Richelieu

 (marbre, IIe s., restaurée au XVIIe ; musée du Louvre, Paris)

A noter que si une gravure sur la plinthe l’attribue à Praxitèle celui-ci vécut au IVe s. av. J.-C. A ce propos, je relève cette remarque de Phèdre, l’affranchi d’Auguste : « Certains ouvriers de ce siècle ]… Le fabuliste vécut de - 14 à + 50 ap. J.-C. environ[ augmentent de beaucoup l’estime et le prix de leurs ouvrage en gravant sur une nouvelle statue de marbre le nom de Praxitèle ]…[ : car l’envie, qui cherche toujours à mordre, est beaucoup plus favorable au mérite des anciens, qu’aux gens de bien qui vivent aujourd’hui. »

 

Ou le peintre Apelle de Cos pour sa Vénus Anadyomène.

Selon Pline l’Ancien, « Certains pensent qu’elle (Pancaspé, la maîtresse préférée d’Alexandre, qui en fit « don » à l’artiste touché par charis, la grâce) posa pour la Vénus Anadyomène. »

 

12273237289?profile=original Aphrodite anadyomene

Au bain et sans grand frais de toilette.

(Ier ou IIIe s. av. J.-C. ; palais des Grands Maîtres de Rhodes)

 

 Un tableau*4 si saisissant que plus tard « le divin Auguste dédia dans le sanctuaire de son père adoptif César. » Par malheur l’œuvre rapidement se détériora et « Apelle avait commencé une seconde Vénus de Cos, où il se proposait de surpasser en beauté la première. Mais la mort lui refusa le temps nécessaire à la finir. » Un Apelle entendu à la Renaissance par Botticelli, Giorgione, Bellini, Titien, Véronèse, Tintoret, puis, avec leurs Vénus plus baroques et opulentes, par Bronzino, Giordano, Carrache, Le Guerchin, Rubens, Vélasquez… Quelle cohorte de prétendants.

 

12273237872?profile=originalAphrodite accroupie de Doidalsas de Bithynie

Copie romaine en marbre de l’époque d’Hadrien

d’un original en bronze du IIIe s. av. J.-C.

(musée national, Rome)

 

A suivre…

 

Si vous avez raté les deux précédents numéros de la série, vous trouverez là une session de rattrapage :

1.     A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5

2.     A la poursuite d’Aphrodite la dorée :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Mercure, la planète la plus proche du soleil, est à une température moyenne de 420°C, alors que Vénus, à l’atmosphère chargée en soufre provoquant un violent effet de serre, est à 460°C. Brûlante ! mais, gare, elle sent le soufre.

*2 Malheureux glissement sémantique qui va de libentina à libitina car c’est Perséphone, Proserpine à Rome, qui était la reine en titre des Enfers.

*3 Authentique ! Pierre Métastase (Pietro Trapassi dit Metastasio, 1698-1782), poète et librettiste, notamment pour Pergolèse ou Mozart (La clémence de Titus).

*4 Pinax. Pinakès que les Grecs disposent dans des pinacothèques.

Lire la suite...

12273218894?profile=original 

"Art et scolastique" est un essai du philosophe français Jacques Maritain (1882-1973), publié en 1920. Lié avec de nombreux peintres modernes, en particulier Rouault et Chagall, Maritain essaya très tôt d'édifier une philosophie de l' art sur les principes du thomisme. Exposées ici dans un style savant et ardu, très "scolastique", ces théories restent néanmoins étroitement liées aux débats particuliers de l'époque; elles veulent avant tout dénoncer mais aussi comprendre cette recherche de la "gratuité", du "désintéressement", qui était la grande revendication de nombreux milieux artistiques des années vingt. Avec "Art et scolastique", l'auteur ne donne pas, au sens propre du mot, une esthétique, mais plutôt une "poétique". Son point de départ n'est pas le sentiment du Beau, mais la notion de l' Agir, qui à la fois procède de l' intelligence et se distingue du pur connaître, et aussi la réalité de l' art, qui se distingue du pur Agir comme une vertu dont la fin est de bien faire son oeuvre. Ici, l'art est surtout envisagé comme une activité spécifique, possédant ses lois propres, dans ses conflits possibles avec les règles de la moralité, dans ses analogies aussi avec l'ordre spirituel. Mais Maritain défend résolument l' art de toute soumission intrinsèque à la morale et aux fins spirituelles: "L' art, dit-il, apparaît comme quelque chose d'étranger en lui-même à la ligne du bien humain, presque comme quelque chose d'inhumain, et dont les exigences cependant sont absolues". Il n'en reste pas moins que la marque humaine, celle des mains mais aussi celle de l' âme, est imprégnée sur l'oeuvre d' art. "L'oeuvre chrétienne veut l' artiste saint, en tant qu'homme".

Dans "Frontières de la poésie" (1935),

12273219089?profile=original

Maritain devait poursuivre sa recherche à la fois dans un sens plus métaphysique (comparaison entre l'idée créatrice chez l'homme et chez Dieu) et avec plus d'attention pour les problèmes esthétiques concrets. Il fait d'abord une distinction importante entre Poésie et Art. Apparentée à la métaphysique et à la mystique, la poésie est comme une saisie imparfaite, au coeur même des apparences, de la marque divine empreinte sur toutes choses. L' art, au contraire, est essentiellement création et n'obéit qu'aux lois de sa création même. C'est ainsi qu'il a été conduit à revendiquer une liberté totale; il ne veut être attentif qu'à ses règles propres; il ne tient plus compte de l'homme. Mais il se refuse ainsi à la poésie, il devient stérile et inhumain. S'il est sans doute absurde de vouloir subordonner l' esthétique à l' éthique, il reste cependant que l'homme artiste relève pareillement de l'une et de l'autre. Son oeuvre n'a rien à voir avec la morale mais lui-même est sujet de la morale. D'une certaine manière l'artiste vaudra ce que vaut l'homme: si la "pointe active de l'âme", l' instinct supérieur, n'est pas ému par les réalités les plus hautes, la mesure même de la raison reste mesquine. Elle est exclue des profondeurs d'en haut et d'en bas et elle préfère bientôt les méconnaître. L'ouvrage contient également une série remarquable de notes brèves, sous le titre de "Dialogues" (en particulier sur Dostoïevski et Gide), trois études sur Rouault, Severini et Chagall et "La créf des cants", essai sur la musique moderne à propos de Stravinsky, Satie et Lourié. Maritain est encore revenu sur le problème du rapport entre le spirituel et le poétique dans sa "Réponse à Jean Cocteau" (voir "Lettre à Jacque Maritain").

Lire la suite...

12273226268?profile=originalNaissance de Vénus, 1863
Alexandre Cabanel (1823-1889)
(musée d’Orsay, Paris)

       Au commencement, si l’on en croit la Théogonie d’Hésiode, furent d’abord créés Chaos, Gæa (le Terre) et Eros (l’Amour, force primitive)…

Gæa engendra le Ciel, Ouranos, les montagnes, Ori, et la mer, Pontos.

Puis, avec un sens de la famille qui force le respect, Gæa s’unit à Ouranos et ils donnèrent ainsi naissance aux Titans, aux Cyclopes et aux Géants. Sacrée filiation.

      Ouranos était un dieu fort sourcilleux. Il craignait que ses enfants ne lui ravissent le pouvoir, aussi, afin de contrer leurs noirs desseins, les enferma-t-il dans le ventre de Gæa, devenue son épouse. Elle en prit ombrage et ourdit un plan avec son fils Cronos, le plus jeunes des Titans…

Alors qu’Ouranos gagnait sa couche, toujours prêt à honorer sa moitié, Cronos, s’approchant en tapinois, trancha net les parties viriles de son père dépité.

 

12273226862?profile=originalOuranos dépité, la lippe pendante...

Mais... c'est une fille... bah, appelons-la Aphrodite Ourania

(falaise proche de Pétra to Romiou, Paphos, Chypre)

 

Et le sang*1 s’épandit dans la mer…

 

12273227253?profile=originalVénus anadyomène

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)

(musée Condé, Chantilly)

 

De l’écume (aphros) se forma, d’où surgit Aphrodite Anadyomène (« sortie de la mer »). A Cythère précisément, une île grecque entre la Crète et le Péloponnèse, et, de là, portée par le doux Zéphyre, gagna Chypre, l’île d’Aphrodite.

 

12273226679?profile=originalPétra tou Romiou

« Le souffle du vent d’ouest l’a portée

De l’écume jaillissante et par-dessus la mer profonde

Jusqu’à Chypre, son île, aux rivages frangés de vagues. »,

Homère (VIIIe s. av. J.-C.)

 

Là, exactement, sur la plage d’Achni, à Pétra tou Romiou, le rocher d’Aphrodite, près de Paphos. Elle prit ainsi le nom de Kyprogéneia, « née à Chypre » (il est vrai qu’à Cythère, de mauvais esprits sans doute, la disent Kythéreia, née là-bas !).

« Tous furent émerveillés à la vue de Cythérée

Aux cheveux ceints de violettes. », id.

Dont elle n’avait ni la discrétion ni la pudeur, nous le verrons.

Et l’onde de choc se propagea…

 

12273227471?profile=originalVénus à Paphos (ca 1852)

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)

(musée d’Orsay, Paris)

 

Dire qu’elle était parfaite…

Que la colombe était son emblème.

 

12273227095?profile=originalAphrodite, « radieuse déesse dorée »,

ointe qu’elle fut d’huile immortelle à sa sortie de l’onde par les Charités.

Elle reprend ici le modèle créé par Praxitèle à Cnide,

qui vaut mieux que les vertus aphrodisiaques prêtées à la cantharide.

(marbre, 1er siècle av. J.-C., musée de Chypre, Nicosie)

Blanche comme l’écume, dure comme le marbre, aux proportions idéales, telle le nombre d’or. Un canon vous dis-je, la callipyge. Et ardente avec ça, voire impertinente, l’innocente !

 

12273228088?profile=originalAphrodite callipyge (« aux belles fesses »)

(marbre, début XIXe, d’après l’antique.  

Parc du château de Chantilly.

Original conservé au musée archéologique de Naples)

 

Dessous le nom de Vénus belle-fesse ;
Je ne sais pas à quelle intention ;

Mais c’eût été le temple de la Grèce

Pour qui j’eusse eu le plus de dévotion.

Que jamais l’art abstrait qui sévit maintenant

N’enlève à vos attraits ce volume étonnant.

(La Fontaine, pour les quatre premiers vers, Brassens pour les deux suivants. Nos deux poètes auraient, n’en doutons pas, apprécié ce partage)

 

Qui vous embarque pour ses fêtes galantes.

Laissez-vous donc emporter par ce tourbillon…

      Aphrodite, déesse de l’Amour, préside au bonheur et à la fidélité des couples… Pourtant, de son temps, la déesse de la Volupté, mit plus que de raison le feu au panthéon, multipliant les accrocs, déclenchant les passions.

      Elle se maria à Héphaïstos, maître du feu, patron des forgerons, difforme il est vrai, mais qui ne portait alors de cornes !

 12273227868?profile=originalNaissance de Vénus, 1879

William Bougereau (1825-1905)

(musée d’Orsay, Paris)

 

A Chypre même, elle recueillit Adonis bébé, qu’elle confia à Perséphone, reine des Enfers. Toutes deux s’enamourèrent du bel adolescent qu’il était devenu. Zeus intervint avant que l’orage ne gronde et ne devint tempête. Il demanda à sa fille Calliope, une des Muses inspiratrices des Arts et Lettres, de trancher le différend. La messagère partagea équitablement le temps entre les deux rivales, tout en laissant quatre mois l’an à la guise d’Adonis.

      D’une liaison avec Arès, dieu de la guerre et son propre beau-frère, Aphrodite eut quatre enfants, dont un petit Eros, enfant charmant certes, ailé et joufflu, mais archer maladroit ou facétieux, c’est selon. Et qu’il ne faut pas confondre avec le dieu primitif de l’Amour. Car il pouvait taper sur la mandoline, bambino !

       Ce qui n’empêchait pas Aphrodite d’être toujours éprise d’Adonis qui, pour se distraire, partit à la chasse. Arès, éternel tempérament orageux, de l’éphèbe envieux, se changea en sanglier et chargea mortellement l’impudent imprudent qui saigna abondamment. A tire-d’aile la déesse en détresse « sur son char traîné par des cygnes, s’élance dans les plaines éthérées. », Ovide. Elle « ne touchait pas encore au rivage de Chypre, mais elle reconnait de loin les gémissements d’Adonis mourant. » D’une flaque répandue elle fit éclore l’anémone, d’une goutte naquit l’adonide goutte-de-sang. Une épine au pied piqua la déesse et que croyez-vous qu’il advint ? une rose blanche pour la jolie maman se mua en rose rouge. Si ce n’est pas du charme, je rends les armes!

12273228289?profile=original

Vénus conduite par l’Amour auprès d’Adonis mort

Bertoja (Jacopo Zanguidi, dit ; 1544-1573)

(musée du Louvre, Paris)

Funeste destin et gros chagrin pour notre héroïne après ce coup de boutoir. Elle obtint de Perséphone qu’il revint la moitié de l’année au Royaume des vivants.

 

12273228856?profile=originalVénus et l’Amour

(Ecole française, XVIe s ; musée Condé, Chantilly)

 

De Poséidon (Neptune), qui préside aux profondeurs marines, et sacré « ébranleur de la terre », deux enfants naquirent, dont une fille, Rhodos, dont l’île de Rhodes tient son nom.

De Dionysos, né de la cuisse de Jupiter (Zeus), dieu de l’ivresse et de la transe - enfin elle le prétendit, il était en voyage… mais Adonis passait par là – elle accoucha de Priape, dieu de la fécondité, pas vraiment attirant mais au naturel si érectile…

Tandis que d’Hermès (Mercure), un dieu très leste et remuant, elle aurait eu Hermaphrodite, au caractère ambivalent hérité de ses parents.

      Et lorsqu’elle ne séduisait pas le tout Olympe, elle semait la zizanie dans les couples les plus unis !

Belle d’entre les belles. Les têtes tournaient, la jalousie rongeait les cœurs les plus endurcis…

 

12273228879?profile=originalAphrodite et Eros, dite Vénus Felix

Alors, heureuse ?

Epoque romaine impériale,

d’après l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle

(musée Pio Clemento, Vatican)

 

      Au mariage de Pelée, roi d’Egine, et de Thétis, la splendide Néréide, Eris, la déesse de la discorde ne fut pas de la noce. Lors du repas, elle lança « à la plus belle » une pomme d’or cueillie au jardin des Hespérides. Héra, Athéna, Aphrodite se reconnurent dans l’invective. Chacune voulut donc, à juste titre, gouter à cette golden et la défendre de la convoitise des deux autres.

12273228676?profile=originalLe jugement de Pâris, 1562

Léonard Limosin (ca 1505-1576)

Email de Limoges ; d’après une gravure de Marc-Antoine Raimondi

exécutée d’après un tableau perdu de Raphaël.

(Musée national de la Renaissance, Ecouen)

Pâris, le petit berger, simple mortel, quoique fils de Priam, roi de Troie, à la demande de Zeus, dut trancher le différend. Aphrodite lui promit alors la Belle Hélène et, Pâris ainsi tenté élit Aphrodite évidemment. Pomme de discorde qui déclencha la guerre de Troie… Le ver était dans le fruit.

 

12273227695?profile=originalMars et Vénus

Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588)

Taquin, Cupidon (Eros) badine avec un chien, symbole de fidélité, tandis que Mars (Arès) se désarme devant Vénus (Aphrodite) qui s’amuse d’une girouette. Au moulin elle batifole, au four Vulcain (Héphaïstos) forge sa vengeance.

(musée Condé, Chantilly)

      Couchée dans le foin, le Soleil fut témoin, selon Ovide, « du commerce adultère de Vénus et de Mars » et celui-ci livra « au fils de Junon (Vulcain-Héphaïstos) les infidélités et l’asile qui en est le théâtre. » Alerté, Vulcain les surprend « réunis dans la même couche ]…[ et les enchaîne au milieu de leurs embrasements. » Il fit alors entrer les dieux de l’Olympe ; à la vue de ce spectacle « les Immortels éclatèrent de rire, et cette aventure servit longtemps d’entretien à la céleste cour. »

Vulcain, à la demande expresse de Neptune, libère pourtant les amants de leurs liens. Ce qui ne suffit pas à calmer l’ire de la déesse.

« La déesse de Cythère tire de cette révélation une mémorable vengeance ; elle veut qu’à son tour celui qui a trahi ses mystérieux amours soit trahi dans des amours semblables. Que peuvent, ô fils d’Hypérion (le Soleil, que les Romains assimilèrent à Apollon), ta beauté, ta chaleur, et l’éclat de tes rayons ? » Elle frappe le Soleil d’un désir ardent pour Leucothoé, un feu irréfléchi. N’ayant plus d’yeux que pour cette vierge, il délaisse ses amours passés, Rhodos, Clyméné et Clytie.

Pour la séduire et l’abuser, il prend la forme de sa mère, Eurynome. Clytie, folle de jalousie, dénonce le subterfuge au père, Orchamus. Scandale dans la famille, ce dernier, implacable, fait enterrer sa fille vivante. Le Soleil, n’y pouvant mais, répand sur le corps de Leucothoé un nectar odorant. Et la Nymphe, trempée de l’essence divine, devint encens (boswellia).

Eplorée, Clytie se tourna vers le Soleil, changée en héliotrope (ou en tournesol*2 dans une version courante de la légende). Depuis elle suit éternellement sa course.

 

 

12273229253?profile=original

La métamorphose de Clytie en tournesol

Un… De… Troy… Soleil !

Jean-François de Troy (1679-1752)

(musée Bossuet, Meaux)

 

Honteuse malgré tout des conséquences de son effroyable courroux, Vénus partit se rafraîchir les idées dans sa retraite de Paphos, tandis que Mars battait la campagne en Thrace.

Ah l’Amour !

Et vous, sacrifierez-vous à son culte ?

A suivre…

 

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 De ce sang primordial et de la divine semence naîtront également des Géants et les Erinyes (Furies), dont la charmante Mégère. Quelle engeance !

*2 Le tournesol, ou girasol ou soleil, de nos campagnes aurait été introduit en Europe par les conquistadors au XVIe siècle… alors que l’héliotrope d’Europe était répandu dans tout le bassin méditerranéen. L’héliotrope, ou jaspe sanguin, est aussi une variété de calcédoine verte mouchetée de rouge évoquant des taches de sang. Taches que l’on observera plus aisément en mouillant la pierre et en la tournant vers le soleil avant de la sculpter (« pierre des martyrs ») et de la polir. Tandis qu’en peinture l’héliotrope est une nuance de violet. Le girasol également est une variété d’opale ou de quartz chatoyants qui accrochent les rayons du soleil.

Lire la suite...
administrateur partenariats


" L'Arbre de Vie "

Liliane Magotte

Acrylique 70x70

Décembre 2012

" L'Arbre de Vie "

L'arbre de vie


Au bord d'une clairière, entre ombre et soleil,

Un arbre...une vie...

J'ai regardé mon ombre, mon passé m'appelait.

Il me retenait là, à la lisière de la vie.

Des souvenirs tristes et douloureux me pesaient

et je me noyais dans les larmes du dépit.

J'ai perçu mon écho et le passé me jouait

la symphonie heureuse des années au soleil.

Les notes colorées, peintes sur ma vie, chantaient

une douce musique de sons et merveilles.

J'ai senti mon corps frileux à l'ombre de mon âme.

Sous le feuillage des ans, mes vécus se calment.

Je m'abreuve à la rosée accrochée aux espoirs

d'aujourd'hui et demain et je saurai y croire!

Je m'adosse à l'arbre de mes années matures,

les fruits mûrs de l'amour se sont posés dans l'herbe,

et la récolte sent bon les souvenirs en gerbes.

L'avenir me caresse et joue dans mes ramures.

Au bord d'une clairière, entre ombre et soleil,


Un arbre...une vie...


12272851289?profile=original

Joëlle Diehl

11/11/2012

12272852068?profile=original

livret Arbre Heike Tiede

livret arbre Rosalia de Vecchi

livret arbre Deashelle

livret arbre Khadija Elhamrani

12272854088?profile=original

Poèmes traduits, mis en page sous forme de livret et exposés 

à Herve, décembre 2012, à l'occasion de mon exposition.

12272854273?profile=original

Un partenariat

multilingue

Arts 12272797098?profile=originalLettres

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles