C’est tellement fort
la douceur
des amitiés
qui ont la transparence
du coeur des anges
la légèreté de leur rire
c’est tellement fort
la simplicité
des étreintes
...................................
Martine Rouhart
Publications en exclusivité (3142)
Février s’égrène en courte journée d’hiver. Nombreux sont les regards impatients d’appréhender le printemps malgré ces quelques semaines sur lesquelles s’étend la froide saison. On dit que s’émiette la réputation d’une période qui se voulait rude pour les plus frileux d’entre nous. Qu’importe qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, j’ai la littérature en larme, j’ai le moral en berne et plus rien ne porte de couleur depuis le départ du président du Salon International du livre de Mazamet.
On me pose souvent la question des raisons qui poussent mes chroniques à ne pas privilégier les créateurs de notre terroir. Que répondre à cette interpellation ? Privilégier me semble réducteur et je ne suis pas certain que c’est là mon rôle. Ne convient-il pas d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons, placer des ponts, créer des liens afin qu’un jour les œuvres de nos auteurs se découvrent dans des contrées surprenantes, sur d’autres continents ? J’ose croire que grâce à cette ouverture quelques écrivains originaires de nos vallées pourront se vêtir du titre « d’écrivains internationaux ».
C’est en grande partie grâce à Michel Sabarthes que j’ai compris l’importance de l’ouverture d’esprit. Après tout, n’est-ce pas lui qui confiait son enthousiasme quand on s’exprimait en termes de francophonie littéraire ? C’était impressionnant de contempler l’énergie déployée par un seul homme afin que brille la littérature sur les rives du thoré.
En provenance de tous les coins de France, de Hollande, de Belgique, de Suisse, du Canada et du continent Africain nombreux sont ceux qui répondaient à l’appel d’un seul homme afin de ne pas manquer l’évènement que l’on disait incontournable.
Il m’est impossible ne de ne pas exprimer toute ma reconnaissance pour ces instants chargés d’émotion lorsqu’il s’avançait sur scène afin d’annoncer le début de chaque évènement. Que dire de ces larmes de joie à l’instant où résonnait le nom d’une œuvre couronnée afin de recevoir les lauriers d’une reconnaissance méritée ?
C’est en mai 2014 que j’allais rencontrer pour la première fois Michel Sabarthes. Il faisait partie de ces hommes qui me semblaient inaccessibles et pour cause ! Les personnes qui le fréquentaient s’appelaient Marc et Michel Galabru, Nelson Monfort, Ariane Bois, Jean-François Prè et j’en passe. À quoi bon étendre nos éloges puisqu’à l’époque je ne connaissais personne?
L’aventure a débuté un matin de mai. Le petit Belge que je suis passait par hasard devant le palais des congrès de Mazamet. Une affiche attira mon regard, « Salon du livre ». J’ai donc poussé la porte et à mon grand étonnement les bras se sont ouverts. Existe-t-il un hasard ? Nos vies sont-elles prédestinées ? Une porte ouverte, une place d’exposant libre, ils m’ont proposé de rejoindre une chaise. Pourquoi ai-je accepté ? J’avais mes livres à vendre et malgré qu’un salon littéraire se produisait là-bas, à plus de mille deux cents kilomètres de chez moi, j’étais dans le coin et pourquoi pas ?
Me voici en tenue estivale songeant qu’après les quelques minutes nécessaires à poser mes ouvrages je retournerais retrouver mes valises le temps de me changer… Oui, mais, ces valises étaient posées trop loin, on n’avait pas le temps, il y avait ce diner de gala et pas question de ne pas m’y rendre. Soirée de gêne quant au milieu de ce monde me voici présenté comme étant celui qui vient du nord. Je n’oublierai jamais mon désarroi, revêtu d’un chandail abondamment troué, quand vint l’instant des présentations.
Ils n’oublieront jamais cette première rencontre qui aujourd’hui encore fait jaser la légende. Voici comment j’allais découvrir une amitié profonde. Michel Sabarthes faisait partie de ces hommes qui ne prêtaient aucune attention à la tenue de ses protégés. Heureusement, il me prit sous son aile, me récita le monde comme si le monde était un joli paysage dans lequel chacun est en droit d’y trouver sa place. Levé avant l’aurore Michel tendait la main afin de partager son temps, sa force quand les plus faibles s’écorchaient à la vie. Ses éclats de rire précéderont au fil des années l’anecdote de notre rencontre. Cette mésaventure sera cent fois contée pour qu’au fil du temps elle prenne une toute autre couleur que la réalité. Qu’importe, nous nous comprenions et si nous emportions nos éclats de rire c’était souvent sans la moindre méchanceté.
Il vivait "pour" le Salon International du livre de Mazamet.
Chaque année c'était un marathon. En compagnie de Babé, sa compagne, il parcourait des centaines de kilomètres afin de promouvoir l’évènement. On aurait dit un vieux chêne que rien ne pouvait abattre, un de ces piliers sur lesquelles s’appuient tant et tant d’espoirs qu’on aurait pu croire qu’il faisait partie d’une histoire éternelle. Si Michel Sabarthes n’était pas un dieu, pas comme les hommes pourraient l’imaginer, il s’est forgé une place non pas au pied de l’Olympe, mais dans cet endroit magnifique, qui surplombe la ville, sur les flancs de la montagne noire. De là où il repose son âme plane au-dessus du petit cimetière dans lequel on l’a déposé. Elle pourra deviner l’agitation des êtres et ce tumulte doit le faire abondamment sourire.
Mais la vie est ainsi faite, l’éternité n’est pas conçue pour nous.
Le matin du dimanche 12 janvier 2020, le téléphone a résonné en plaintes désespérées. Michel Sabarthes a salué le monde en révérence ultime.
Le rideau est tombé, les larmes ont pris la place de nos taquineries de potache. Depuis ce matin-là, je n’ai plus envie de rien puisque plus rien n’a d’importance.
Perdre un ami ne me semblait pas si grave, je me disais que cela fait partie de nos parcours…
Comment aurais-je pu deviner que l’amitié peut être proche d’une forme d’amour ? Comment aurais-je pu savoir que la perte d’un ami pouvait ressembler à l’ablation d’un membre ?
Le soleil se lève sans se soucier de nos brisures et pourtant, sa présence m’est comme indifférente. J’attends comme si Michel allait m’appeler pour me confier un truc qui ne peut attendre. J’attends qu’il me demande des nouvelles de mes petits-enfants.
Pourquoi ce silence? Pourquoi ne me confie-t-il plus ces trucs que parfois je ne comprenais pas? J’attends qu’il râle parce que parfois les auteurs sont des gens compliqués. J’attends qu’il me parle de Marc Galabru, de sa tombe qu’il entretenait quand il avait le temps… Qui s’en occupera maintenant ? Qui partira sur les routes de Collioure pour contempler la mer en écoutant le saxo de Jean Pierard résonner en sourdine.
Jean ne joue plus depuis longtemps, depuis qu’il vit dans un appartement. De temps en temps, de plus en plus rarement, résonne son saxo au pied d’un terrain vague ou dans nos cœurs, dans notre imagination…
Michel Sabarthes aimait les écrivains comme s’ils faisaient partie de sa famille. ll me parlait de Patricia Fontaine avec respect, effleurait le nom de Ziska Larouge parce qu’il adorait sa façon d’écrire.
- Et Câilne, tu te souviens de Câline quand elle a renversé son pot de fleurs? On en tenait une bonne à cette soirée là.
Puis il racontait Virginie, cette fille tellement bien! Il demandait ce que devenait Perrine, Bou et tous les autres. Il m’écoutait parler de Rocamadour en insistant sur la qualité de « ces gens ». Chaque artiste existait à ses yeux comme s’il était l’unique, comme s’il était prodigieux malgré les trahisons. Je n’en parlerai pas, il n’aimait pas qu’on souligne les moutons noirs qui profitaient de sa réputation. Il détestait les querelles de clocher, il ne vivait que pour aimer partager.
J’ai mal d’une douleur impossible à définir. C’est comme une souffrance insupportable qu’il nous faudra supporter pourtant. Plus rien ne m’offre l’envie de continuer même s’il faut continuer pourtant. Cette chronique est la première que je rédige depuis longtemps. Oui, ça fait du bien d’écrire même si ma plume me semble émoussée. J’ai reçu énormément de messages d’encouragement et je n’ai pas trouvé le courage d’y répondre… Au début je ne comprenais pas pourquoi tous ces gens s’adressaient à moi. Je me sentais, comment le dire ? Je crois que le mot exact serait « intrus ». Notre amitié, parait-il, faisait partie de notre histoire, je ne le savais pas, pas à ce point-là. Grises sont les journées depuis qu’a résonné la sonnerie du téléphone. Dans la rue on montre bonne figure, mais ce n’est jamais qu’un rôle qu’on tente de jouer. Février s’égrène en courte soirée pluvieuse. Les yeux sont embués probablement en raison de l’âge, quoi d’autre ? Un souffle s’est arrêté, un ami est parti. Ils disent tous qu’ils ne l’oublieront jamais, mais alors, pourquoi ai-je tant de mal à croire à ces promesses ?
Adieu Michel, merci pour ce joli morceau d’existence partagé.
Même pas peur ?
Personne ne s’y attend mais “What’s the luck” remplace d’un coup le "f... word" pour venir convertir sous vos yeux agrandis par la surprise, la réalité glaçante de la maladie que personne ne veut nommer dans les faire-parts.
Voici que sous l’interprétation délicate et forte à la fois de Caroline Lambert - elle fait penser à une coach d’aérobic - surviennent des traces d’espoir dans un ciel plutôt bleu et apparaissent des visages de bonheur qui transfigurent à la fois l’intervenante et un public sur le qui vive. Ce spectacle éblouissant de confiance a le don de ranimer la flamme humaine mieux qu’un coureur olympique. Vous en jugerez. Ni muck ni sucks... Tout cela sous le regard d’une metteur en scène à la fois géniale et profondément humaine : Anne Beaupain.
Le voyage intérieur de la crabahuteuse - le vocable est d’Hélène Bénardeau - évoque les deuils, les péripéties génétiques, médicales, physiques, affectives et morales, que trouve sur son parcours, la femme atteinte du cancer (sein ou ovaires), ou de celle dont le gène tueur larvé risque à tout moment de s’éveiller et de débarquer dans la vie d’une victime á la fleur de l’âge. Tough luck!
Caroline, la survivante des deux, résume. Elle et Véronique, cousines germaines quasi jumelles partagent ainsi un destin commun : celui de la lutte contre le crabe, à la scène comme à la ville. Dans la vraie vie, quoi ! Et sous forme d’exercice courageux d’auto guérison artistique sur les planches de la Comédie Claude Volter. du 4 au 8 février, semaine de la lutte contre le cancer. Elle a couché sur papier ses affects les plus désespérés et les plus intimes et les interprète acec une sensibilité à fleur de peau sur la scène bruxelloise. C’est avec avec tact, distanciation, humour, bienveillance et des litres de verres à moitié plein que Caroline Lambert lève le rideau sur ses cogitations, ses colères, ses trouilles et ses espoirs grandeur nature. C’est qu’elle porte en elle, non un enfant, mais ce gène maléfique, suceur de vie. 
Miracle, Caroline multiplie les exorcismes, exhume au fur et à mesure des émerveillements bouleversants devant le miracle de la vie. Pour toutes ses sœurs de pas d’chance. Chemin faisant, elle se déleste des poids morts, au bord de la tombe elle rejoint et vole dans les bras de sa cousine raflée par le crabe et balise la route pour toutes ses sœurs d’infortune.
Miracle, malgré toutes ses tribulation qui arrachent l’empathie et les rires d’un public converti, elle explose la joie contagieuse d’aimer et d’être aimée. Contre tous les vents hostiles du destin et l’absurdité de la souffrance et de la maladie. Que du vécu sublimé par l’art de dire et de jouer.
Permettez nous donc de citer ici les paroles sublimes d’une autre femme des années cancer : Hélène Bénardeau, décédée il y a 3 ans.
“Je suis juste une petite terrienne, donc faillible, comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que je vous raconte, même si je le fais en toute conscience. Mon Crabounet à moi, mon corps, ma sensibilité, mes colères, mes soucis, mes paniques, mes remèdes ne sont que les cousins des vôtres. Vous êtes seules à pouvoir apprivoiser la bête, et le dompteur magister le plus apte à vous épauler, c’est celui ou celle que vous aurez CHOISI (et non subi) parmi les p’tits soldats d’Hippocrate. “
Et voici d’autres paroles tout aussi vraies :
"... Il y a une chose, une seule, que malgré tout l’amour du monde, vous n’arriverez pas à éradiquer, à déraciner de nos cœurs... Cette chose… c’est La PEUR.
Ce sont nos peurs.![]()
Peur des traitements lourds.![]()
Peur des mutilations, des balafres indélébiles.![]()
Peur de ne pas pouvoir ré-apprivoiser notre nouveau-moi.![]()
Peur que vous ne l’aimiez plus.![]()
Peur de la souffrance physique.![]()
Peur de la souffrance morale.![]()
Peur de vous user à la corde.![]()
Peur de voir vos yeux, un jour, nous regarder partir.![]()
Peur de vous faire souffrir.![]()
Peur de plomber l’insouciance de nos enfants.![]()
Peur de ne pas les voir grandir.![]()
Peur du monde médical, qui, parfois, nous maltraite autant![]()
Peur de savoir que nous ne quitterons jamais le fauteuil de Denys, que le crin de cheval est fragile et que le glaive est lourd.![]()
Peur que vous oubliiez qu’un bonbon d’hormonothérapie, ce n’est pas un cachou.![]()
Peur que vous ne l’oubliiez pas.![]()
Peur de ces contrôles, de ces rendez-vous incontournables, qui vont désormais ponctuer nos existences et ce JUSQU’A LA FIN DE NOS JOURS.
Oui, nous allons oublier, parfois. Oui, nous allons réapprendre à l’aimer cette vie qui court dans nos veines, palpitante, impérieuse. Nous avons tout accepté POUR ÇA, pour l’amour de vous, des autres, de ce monde qui marche sur la tête mais que nous ne voulons pas quitter, pas encore ... "

Et tout cela au théâtre, le lieu des dramaturgies humaines, le jour et la semaine de la journée mondiale contre le cancer.
M A G N I F I Q U E autant qu’inoubliable. Même pas peur, et l'épée au poing! Le docteur de Caroline Lambert était dans la salle. Ovation. Cinq étoiles, bien sûr !
du 4 au 8 Février
WHAT THE LUCK ?
de & avec Caroline LAMBERT
Quand j’étais petite, j’avais toujours peur de dire mon signe astrologique de peur de l’attraper. Cancer. Je suis cancer ! J’avais l’impression qu’il était déjà en moi ! En même temps, j’étais pas si bête que ça vu qu’apparemment, il y a un petit terreau !
Caroline nous livre un récit intime et familial d’une sensibilité rare et soulevant des questions universelles. Travailler la joie avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, une invitation qui nous est lancée à travers ce spectacle dont il est difficile de ne pas sortir transformé.
Bouleversant, rempli d’espoir, teinté d’humour et débordant d’Amour !
Mise en scène : Anne BEAUPAIN
Scénographie : Valérie PERIN
Musique : Patrick PERIN
Création lumière : Sébastien MERCIAL
******************** ******************** du 4 au 8 Février 2020
Certes, depuis novembre 2012, Deashelle, notre chroniqueuse d’Arts et Lettres nous a gratifiés de nombreux billets culturels de qualité (théâtre, musique, expos, lecture, cinéma...) . L'actualité de ces billets est donc à consulter sur le lien direct que voici:
"Sous le Ciel de Paris" d'après LE BESTIAIRE DE PARIS de Bernard DIMEY, à l'XL Théâtre
MONSIEUR Y PERD LA TETE au théâtre le Public
HUIS CLOS de Jean-Paul SARTRE du 3 au 26 octobre (Petite Salle) à L’XL Théâtre
L'Inde, ça vous dit quelque chose? le 24ÈME FESTIVAL EUROPALIA
Itinéraires_Instantanés_pas_encore_parcourus_à_pieds_le_sanctuaire_de_Kaianji_
Alors peut-être, le vent et les mémoires ensoleillées.
Tu écoutes les tilleuls,
Le tremblement des hélices,
Le frémissement d’une feuille dans l’arbre.
Les érables rouges au sanctuaire de Kaianji.
Le pommier en fleur de Mondrian.
La métamorphose de l’arbre.
Douce racine.
Un rêve et ce matin,
Les voix sous les parapluies.
La pliure du cahier et son soupir.
L’ estampe qui respire.
Texte déposé Sacem
Code œuvre : 3461832311
C'est un début d'année morose
Le temps qu'il fait, le temps qui passe?
Les mots voudraient chanter le rose...
Mais les nuages sont en chasse!
Ils recouvrent notre optimisme
D'un voile qui prend couleur de deuil
Nous ramène à ce réalisme
Qui fut de notre vie l'écueil!
Alors, fermons des yeux brillants
Echappons-nous sans plus de trêve
L'amour sera toujours présent
Puisqu'il se niche au creux des rêves...
J.G.
Le pouvoir de dire Non, La " Cerise sur le ghetto" par Sam Touzani
LE POUVOIR DE DIRE NON
«Cerise sur le ghetto » est un spectacle magnifiquement engagé et passionnant, mais surtout qui vous émouvra aux larmes. Bourré d’humour berbère, islandais, ashkénaze, arabe, sicilien, turc, grec, français, italien, espagnol, belge, – c’est vous qui choisissez – il forme un bouquet d’humanité et invite à une réflexion généreuse et bienveillante sur nos relations avec les autres!

Sam Touzani, à la fois auteur et joueur… et prophète d’humanité, libère la parole et se raconte pour survivre à l’innommable. Dans un spectacle de feu, il propose une série de flashbacks pittoresques et émouvants sur son histoire familiale, tour à tour faite du sel des larmes et des épices du cœur. Il parcourt passionnément trois générations emblématiques qui bordent la Grande Histoire avec les accents poignants du réel.

« 1943-1945 Les maigres pâturages ont depuis longtemps disparu, et les Nomades ont reflué vers les oasis. Mais les cultivateurs des ksour n’ont pas eu de récolte/ … /. La recherche de l’eau et de « quelque chose à manger » a entraîné vers le Nord un vaste exode de bêtes et de gens, d’abord lent et sporadique, puis massif comme une avalanche. Des scènes navrantes surexcitent la sensibilité des Européens, témoins impuissants ; des êtres humains décharnés, au dernier degré de la misère physiologique, recourent, pour tromper la faim, à toutes les pratiques qu’on lit dans les descriptions anciennes. »
Tout débute donc dans les montagnes du Rif marocain, où la famine et la misère sont si écrasantes que même des enfants prennent, même seuls, le chemin de l’exode. C’est le cas du grand-père de Sam, qui a douze ans. Sam, le petit fils, verra le jour dans un deux-pièces chauffé au charbon à Molenbeek en 1968. Ado en 1989, il mangera un jour innocemment des cerises en plein Ramadan. Opprobre général. Il reçoit en plein visage alors la haine de sa communauté contre l’Occident, son inconcevable obsession de sacralisation de la pureté… le mépris des femmes, et de tout ce qui n’est pas musulman. La mosquée veut lui imposer le rêve toxique d’un djihad mal compris. Heureusement la Belgique veille.
Dès lors, riche d’expériences cinglantes, Sam, le fils d’immigrés, l’artiste, le comédien plein de verve, le danseur souple, rassemble ses forces pour combattre le communautarisme dans un questionnement sincère, entre la culture d’origine de sa famille héroïque et celle du pays qui l’a adopté. Il refuse le marquage identitaire. Il va réussir à relier les rives souterraines de ses multiples identités sans les réduire à une seule… Et cela jette des larmes de bonheur dans un public conquis.
Irrévérencieux, habile, convainquant, il débusque dans une langue savoureuse, le cercle infernal de la culpabilité qui ronge tous ceux qui quittent leurs terres, leurs parents, leur langue pour partir loin, très loin, là où poindra l’aurore de l’espoir, la lumière de jours nouveaux… Il réhabilite la femme, l’épouse, la mère, qui on retrouvé la grâce et la dignité de dire NON !

Merci à lui et son comparse, le musicien génial, Mathieu Gabriel, qui de son corps et de sa bouche convoque mille et une atmosphères de légende humaine.
Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres
Texte : Sam Touzani | Jeu : Sam Touzani | Musicien : Mathieu Gabriel | Dramaturgie & Mise en scène : Gennaro Pitisci assisté de Maïté Renson| Régie : Josse Derbaix, David Vernaillen & Simon Benita | Vidéos : Guillaume Nolevaux.
Coproduction : Brocoli Théâtre, Les Temps d’Art, Espace Magh, Central et Atelier Théâtre Jean Vilar.
Le Brocoli théâtre bénéficie de l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Administration générale de la Culture, Service du Théâtre et est soutenu par la COCOF.
- Création
- 16 au 30 janvier 2020
- Théâtre Blocry
- Durée : 1h
REPRÉSENTATIONS POUR LES ÉCOLES & ASSOCIATIONS : MA 3/3, JE 5/3 VE 6/3 | 13H30 | GRATUIT
Infos et réservations pour ces représentations destinées aux écoles & associations : Brocoli Théâtre 0496 50 43 27 brocoli@skynet.be
« River » Dreams On ! Au théâtre des Martyrs
River
De quoi sont faits nos souvenirs ? Traces du passé ? Traces rêvées ? Et dans ces parties lointaines de notre mémoire quels secrets y avons nous enfoui ? Et nos amours perdues ? Aussi entêtantes que la mélodie d’une chanson ? Qu’en reste-t-il en nous ? La blessure est-elle devenue superficielle ? Et les enfants qui partent loin de notre nid ? Que faire quand l’oubli efface tout et qu’on ne reconnaît plus l’autre…
Et les au revoir quand on s’accroche à un hypothétique espoir.
Et les adieux, quand il ne nous restera plus que le souvenir, peut-être une caresse ou une odeur, quand on parlera à l’absente ou à l’absent.
À partir des champs de l’intime et des deuils qu’il nous faut faire, la chorégraphe Michèle-Anne De Mey bâtit une fiction dansée. Elle rassemble huit personnages, danseurs, acteurs, musiciens, circassiens et un chien, qui raconteront, à travers gestes et paroles, ce qu’on abandonne et ce qui nous suit quand on quitte une maison : les souvenirs communs et les souvenirs secrets. De la chambre, du salon, du jardin, et de la rivière.
Distribution
Un spectacle de Michèle Anne De Mey créé pour et en collaboration avec Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, Zaza le chien • chorégraphie Michele Anne De Mey assistée de Fatou Traoré • textes Thomas Gunzig en collaboration avec Didier De Neck et Alexandre Trocki Du 12 au 23 novembre. Grande salle
Au gré de vos …harmonies

Un bouquet d’harmonies… et quelques clefs
« RIVER » vous offre un extrait du concerto pour piano No. 1 de Tchaikovsky, de nombreux extraits de Franz Schubert, les parfums de George Gershwin, l’Andante sostenuto de Franz Schubert, extrait de la 21e Sonate pour piano en si bémol majeur, D. 960, son ultime sonate , achevée le 26 septembre 1828, plusieurs arrangements pittoresques de « Die Moldau » de Smetana, le rêve en liberté, de sublimes « Summertime » chantés et dansés, et l’évidence même dans ce programme : « La jeune fille et la mort », exaltante et hypnotique. La dernière clef c’est « Memories of the Silver Screen » de Laurel & Hardy… Entrez et laissez vous emmener ! Au gré de vos propres harmonies.
Interactif
Et le spectateur, touché par la musique et le jeu sur le plateau, les ronds dans l’eau, de rebondir sur le champ et de partir lui-même à la recherche de ses harmonies. Viennent à l’esprit les premiers vers de « Correspondances » de Baudelaire,
« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers. »
Mais La première chose qui m’ait envahi le coeur est la musique de “The River of no return” la seconde, un inexplicable souvenir de :”Madison Bridge”, la troisième plongeait dans le fleuve Léthé celui de l’oubli où les âmes deviennent bienheureuses. Le bonheur retrouvé des études classiques, les rives où Orphée perd Eurydice.
Sur le plateau
Car par devant soi il y a des jeux de transparence et de lumière, comme pour visiter l’âme, les voiles de la mort, une armoire magique à double fond tapissée avec la robe d’une des femmes, des danseuses par trois, comme celles qui vous imposent un impossible choix et un vieil homme assis dans un fauteuil qui fait tourner une boîte à musique avec sa danseuse hypnotique. Un chien, ce meilleur ami. Bien bien vivant, celui-là ! Ou non, c’est selon. Demandez à la rivière.
Les souvenirs de l’homme eux sont exposés, radiographiés, photographiés, filmés, pris sur le vif, agrandis… joués, mimés, symbolisés, dans des tableaux qui ne cessent de s’évanouir et de se renouveler. Cependant que l’homme est en proie à la litanie des choses de sa vie. Il tient les rênes, il ne lâche pas un fil. Tout y passe, de la moindre fourchette à poisson, au sécateur grippé ou la housse de couette à fleurs rapiécée. Une mémoire qui frise l’obsession. « Ma tante part en voyage avec… «
Cherchez l’intrus ! Il n’y en a pas. Sauf l’infinie solitude, la nostalgie, le temps en marche égrené par des musiques sublimes. Et la proche séparation d’avec sa maison qui a tout vu, tout en tendu, tout vécu. « Summertime », bonheur opiniâtre, pour réveiller l’été de l’âme, pour d’ultimes étreintes et se souvenir.
Aux pinceaux
La fresque poétique de l’A Dieu régie par Michèle Anne De Mey (Kiss and Cry) s’appuie sur ses huit piliers : les artistes qui fonctionnent comme un seul être, un organisme vivant qui résiste au temps et refuse de mourir. Les armes de la mise en scène : la présence, le verbe dépouillé, le corps et le mouvement exaltés. Notre espoir contre la perte et le noir complet. Une harmonie retrouvée ? Signée Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, et Zaza le chien . Boris Cekevda, au mixage sons…

Echo
Et voici celle que j’aime, l’harmonie qui répond pour moi au spectacle, en écho lumineux :
« J’ai essayé, dit-il, de me faire une compagnie avec toutes les choses qui ne comptent pas d’habitude. Je vais vous paraître un peu fou et je dois être un peu fou. Je me suis fait doucement compagnie de tout ce qui accepte amitié. Je n’ai jamais rien demandé à personne parce que j’ai toujours peur qu’on accepte pas, et parce que je crains les affronts. Je ne suis rien, vous comprenez ?
Mais j’ai beaucoup demandé à des choses auxquelles on ne pense pas d’habitude, auxquelles on pense, demoiselle, quand vraiment on est tout seul. Je veux dire aux étoiles, par exemple, aux arbres, aux petites bêtes, à de toutes petites bêtes, si petites qu’elles peuvent se promener pendant des heures sur la pointe de mon doigt. Vous voyez ?
A des fleurs, à des pays avec tout ce qu’il y a dessus.
Enfin à tout, sauf aux autres hommes, parce qu’à la longue, quand on prend cette habitude de parler au reste du monde, on a une voix un tout petit peu incompréhensible. »
Jean Giono, Que ma joie demeure.
Une perle d’opéra!
« Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège

Nous attendions beaucoup des « Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège puisque, c’est la deuxième fois que nous assistons à cette production, dans la mise en scène sobre et poétique du nippon Yoshi Oïda et les décors de Tom Schenk. La mise en scène de 2015 n’a pas pris une ride, car elle touche l’universel. Il s’agit du premier opéra que Bizet composa à 24 ans. Il était pour l’époque, d’un exotisme délirant dans la partition et le livret, la référence à la mer et aux pêcheurs de la côte étant omniprésente. L’opéra se déroulait dans l’île de Ceylan, ce qui est maintenant devenu le Sri Lanka depuis 1972. Mais le metteur en scène, Yoshi Oïda, désireux de nous transporter dans un ailleurs mythique et imaginaire, semble s’être inspiré soit de la culture matriarcale des plongeuses japonaises « ama », une coutume vieille de quatre mille ans en ce qui concerne le culte de la mer, ou de celle de « noros », ces femmes chamanes de l’ancien royaume du royaume des Ryûkyû, Okinawa, un archipel japonais en forme de Dragon, aux portes de Taiwan, un centre du monde habité par les dieux. Vestales japonaises, ces femmes sont toujours là à entretenir une communication sacrée avec les forces divines de la nature, et à un degré supérieur, celles de l’univers. La crainte qu’inspirent les dangers des flots marins, engageait naturellement sur les chemins du sacré. Le sensuel et le spirituel se rejoignant.

Et voici une nouvelle distribution, très solide, combinée à une très belle performance musicale sous la direction de Michel Plasson, 86 ans, qui connaît si intimement cette œuvre de Bizet. Les costumes dessinés par Richard Hudson sont des variations du bleu ardoise de « Ce toit tranquille, où marchent les colombes », déclinés en turbans, écharpes, chemises frustes, et vêtements de travailleurs de la mer, bleu de Gênes. Un contraste saisissant avec les voiles éclatants de blancheur de la déesse vierge. Lumières subtiles et ouvragées de Fabrice Kebour qui fait coïncider le soleil levant meurtrier avec les cuivres orchestraux des premiers rayons d’une aube incandescente. Pierre Iodice, fidèle commandeur des chœurs de la maison liégeoise, assurait aux choristes une fluidité de flots marins, ménageant des moments de frissons poétiques et célestes! Ainsi, au tomber du rideau, la salle comble a offert une nouvelle fois – à juste titre – une ovation debout, pleine d’enthousiasme associée à un tonnerre d’applaudissements pour cette œuvre dont le foisonnement des joyaux mélodiques regorge de morceaux pleins de feux et d’un riche coloris selon les dires de Berlioz.

Le livret se déroule comme un long flashback nostalgique et tragique de solitude héroïque bercée par le roulis de la vague marine. Zurga et Nadir, deux hommes tombés amoureux de Leïla dans leur jeunesse ne veulent pas risquer leur amitié et font le serment de ne pas répondre à leurs sentiments pour elle. Mais plusieurs années plus tard, il semble que l’amour pour cette femme idéalisée ne se soit jamais éteint. « À aucun autre moment le sensuel n’est aussi chargé d’âme et la part d’âme aussi sensuelle que dans la rencontre. Tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. Il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. Il y a là quelque chose de la biche, de l’oiseau, … pureté angélique, présence du divin… Ce quelque part, cet incertain pourtant animé par la force du désir… La rencontre promet davantage que ne peut tenir l’étreinte. On dirait, si je peux m’exprimer ainsi, qu’elle ressortit à un ordre supérieur des choses, cet ordre qui fait se mouvoir les étoiles et féconde les pensées… »
Hugo von Hofmannsthal, Chemins et rencontres.

Et bien que la jeune et fougueuse Leïla ait juré à Zurga devenu roi, et au reste du village de rester la très chaste et pure gardienne du rocher qui surplombe la mer, et dont la tâche est de repousser les mauvais esprits qui emportent les pêcheurs dans les abysses, son désir la porte toujours vers Nadir, le coureur des bois. Cyrille Dubois chante un héros élégiaque, plein de charme, au timbre galbé et chaleureux et charismatique, porté par un souffle puissant. Annick Massis développe habilement le rôle féminin de cet opéra, commençant par celui d’une femme innocente et docile et concluant celui-ci dans une apogée d’amour passionné, cueillant à chaque pas de fulgurantes vocalises. Elle a promis par trois fois de « vivre sans ami, sans amour, sans amant ! » Malheur à elle si elle succombe ! Le lien qui l’unit mystérieusement à Zurga est de l’avoir sauvé dans sa jeunesse, lorsqu’il était un pêcheur rescapé, accueilli sous le toit familial. Elle a gardé de lui, un collier de perles. Intense, impulsive, très passionnée, elle forme avec Nadir un duo pris par l’élixir de la musique et qui chante l’ élévation vertigineuse es sentiments . Tous deux atteignent les profondeurs du cœur. C’est ce qui bouleverse le public. Bien sûr, la chute est imminente. Et lui, flotte dans le ravissement ! « Oui, c‘est elle! C‘est la déesse. Plus charmante et plus belle. Oui, c‘est elle. C‘est la déesse qui descend parmi nous. Son voile se soulève et la foule est à genoux. » Passent les pêcheurs et leurs nasses d’osier «Je crois entendre encore, Caché sous les palmiers, Sa voix tendre et sonore Comme un chant de ramiers. Ô, nuit enchanteresse, Divin ravissement, Ô, souvenir charmant, Folle ivresse, doux rêve! Aux clartés des étoiles, Je crois encore la voir Entrouvrir ses longs voiles Aux vents tièdes du soir. Ô, nuit enchanteresse, Divin ravissement, Ô, souvenir charmant, Folle ivresse, doux rêve » ponctués par des violoncelles en voix presqu’humaines.

L’orchestre construira l’angoisse et le silence, les présages de mort et d’épouvante et leurs chasubles blanches, leurs torches hostiles, les barques agitées par les flots. Le chœur est rempli d’effroi « Un étranger s’est introduit parmi nous ! »Tout est dit ! La vindicte de la foule se lève comme une effroyable tempête. Le quatuor d’interprètes a été complété par le brutal et revêche Nourabad de Patrick Delcour. Brutalité et cruauté sont les maîtres mots qui enclenchent tout de même le remords chez Zurga. Les erreurs humaines sont sources de larmes, Leila dans des accents qui font penser à Norma, agile et palpitante, victime de sa fonction de prêtresse, plaide la cause de Nadir, il est innocent : « Accorde-moi sa vie, pour m’aider à mourir » : c’est alors que déferle la rage de la jalousie qui rend le roi Zurga aveugle, barbare et cruel. Ce rôle est tenu par le baryton belge Pierre Doyen, au timbre brillant, qui retrouve, après avoir sombré dans la sauvagerie de la jalousie, une ligne de chant ferme, noble et élégante. Au bord du trépas romantique, les amants se fondent déjà dans l’amplitude de l’éternité lumineuse, dans une ivresse mystique, auprès d’un dieu salvateur. Mais ils ne mourront pas car Zurga, ayant reconnu le collier donné à la jeune-fille d’antan, leur ouvre les chemins de l’exil, après avoir mis le feu au camp pour brouiller les pistes. Est-ce à dire, que jamais les liens entre les personnes ne se rompent, ni ici, ni ailleurs? Le couteau est inutile et vain.
Dominique-Hélène Lemaire
« Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège
Du 08 au 16 novembre 2019
Photos © Opéra Royal Wallonie-Liège
Des vocalises qui tombent du ciel !
« Callas, il était une voix » a été créé le 19 septembre 2017 à Louvain-la-Neuve, au théâtre le Blocry, en première de saison. Dépouillée, enjouée, virevoltante et dramatique, la mise en scène créative et fantomatique très habile est signée Patrick Brüll. On attendait l’entrée de la diva par le miroir, elle a choisi la fenêtre ! L’apparition du spectre de Maria Callas gêne aussi peu que les fantômes dont Georges Brassens était amoureux, tant la comédienne est belle et son jeu d’actrice fascinant!
C'était tremblant, c'était troublant,
C'était vêtu d'un drap tout blanc,
Ça présentait tous les symptômes,
Tous les dehors de la vision,
Les faux airs de l'apparition,
En un mot, c'était un fantôme !
Maria Callas disparaît à 53 ans le 16 septembre 1977, il y a tout juste quarante an. Figure de proue dans l’histoire de l'interprétation musicale, elle l’a bouleversée et est devenue une légende!
Quelle alliance artistique ! Dramaturge, romancier, scénariste, Jean-François Viot s’en empare et propose une écriture théâtrale construite comme une tragédie grecque à laquelle il ne manquerait que les chœurs ! « L’impuissance d’un personnage qui plie devant la force implacable du destin. Le premier acte où on apprend qui il est. Le second, où tout se passe bien encore mais où arrive le petit grain de sable qui va détraquer la machine. Le troisième, où il pense qu’il va s’en sortir. Et puis la suite, quand tout s’effondre. » …C’est tout Maria Callas, volontaire et fragile, émouvante et indisciplinée! Et pourtant, sur le plateau, dans ce deux-en-scène, que de bienveillance partagée, quel sens aigu de l’humour!

Bouche rouge, l’impératrice en noir et blanc, ombre et lumière, soufflante d’élégance, sertie dans une courte robe Dior, joli collier de perles trois rangs, coiffure en chignon superbement lissé qui n’aurait rien à envier à Evita, se confie et savoure ses derniers frissons d’entre-deux vies avec le journaliste, François Grenier. L’occasion de laisser un testament en chair et en os? Décidément, Brassens ! Quelle époque, ce 20e siècle, écrin de tous les rêves les plus fous après les misères du plus jamais ça ! Va-t-elle instiller, à la vue de ses bras si gracieux faits de chair de pomme, un souffle nouveau d’enthousiasme romantique au jeune journaliste du 21e siècle en lui offrant ses hurlements de plaisir et les dernières gorgées de ses profondes émotions?
La dame évoque l’arrachement à la terre natale, ses féroces combats dès l’enfance, l’amour de son père, le rêve américain, sa pugnacité devant les échecs répétés, l’immortelle tragédie grecque qu’elle transporte dans ses veines, et sa conquête de la voie royale! La voix module les souvenirs, se passionne pour les grands airs d’opéra, vocalise l’émotion, susurre ses rêves les plus fous: le déluge de frissons. Le chant résume le tout! Elle captive un public bouleversé : « Tout cela pour obtenir si peu ? Une poussière de rien, niente ! » C’est Anne Renouprez avec ses yeux d’icône orientale, dans toute sa splendeur lyrique et théâtrale.

Le jeune journaliste trentenaire qui l’interview dans son studio tombé du ciel, c’est Alain Eloy, qui, sans le moindre changement de costumes, par la simple magie théâtrale de la voix et des postures, explose à la façon d’un prestidigitateur, la mosaïque de personnages imaginés qui fusent et s’évanouissent comme des bulles de champagne! La confidence et la complicité se font si vives, que la diva devient le maître du jeu, question de lui faire entrevoir le bien-fondé de l’amour vécu qui rend si vain l’affolant déluge des frissons…
crédit photos Gael Maleux
AuteurJean-François Viot
Dramaturgie Patrick Brüll, Catherine L'Hoost
Mise en scène Patrick Brüll
AvecAlain Eloy, Anne Renouprez
Lumières Laurent Kaye
Son Eric Degauquier
Coiffures et maquillages Sara Oul
Régie son et lumières Eric Degauquier
Habilleuse Emmanuelle Froidebise
Construction décor Jean-Philippe Hardy, Manu Maffei
Direction technique Jacques Magrofuoco
Assistante à la mise en scèneDaphné Liegeois
Stagiaire Aurélie Swiri
Remerciements Sébastien Fernandez, Claude-Pascal Perna (conseils et documentations), Saïd Belbecir (prêt accessoires vintages), Giuseppe Talamo (ténor), Fabian Jardon (pianiste), Liliane Breuer (couturière), L' Alliange à Durbuy (accueil et logement stage préparatoire)
Une production de l’Atelier Théâtre Jean Vilar et de DC&J Création.
Il y a des jours
d’incertitude consentie
des jours
pour rêver le temps
aimer
au rythme du vent
des jours de joie
sans joies
il y a des jours
où j’appartiens
vraiment
au monde des oiseaux
...................................
Martine Rouhart
Un long chemin pour revenir au point de départ - le trésor était sous la pierre ! - Et quel chemin je vous prie ! Comme si une puissance qui nous serait étrangère viendrait en permanence perturber notre bon fonctionnement. Perturber notre envie toute simple celle d'être heureux, anéantir le désir non pas d'affronter la journée, mais de permettre cet assaut cacophonique, ce brouhaha s'emparant immédiatement de nous dès que l'on a posé le pied au sol. Ces rappels au clairon des moments difficiles nous indiquent que la musique n'est pas terminée, qu'elle est faite pour nous, qu'il s'agit de notre invention et que si nous l'avons inventée elle nous est forcément profitable. Que nenni, clairon tais-toi ! Ta musique est fausse et inappropriée. Laisse-nous cinq minutes au moins avant ta torture pour flotter encore sur les nuages de la nuit emportée par le vaisseau des étoiles, allant rejoindre à petits pas la lune pour demain. Quelques minutes glanées comme le mendiant glane son pain quotidien sans penser au lendemain. Sans penser que la vie est dure, décevante, inhumaine souvent, venant tourner les pages contenant ce qu'il y a de plus émouvant et de rebondissant à retenir notre attention. Un long chemin qu'il faut prendre très tôt et abandonner nos jouets, nos joies, nos bonheurs, nos baisers sur le front, nos nuits au clair de lune et ses vaisseaux d'étoiles. Un long chemin, puis un arrêt soudain. Ce long chemin qui a été un attrape-nigaud de tout les jours, une patience extraordinaire à affronter non pas la journée mais jongler avec le bonheur éphémère de vivre, nous disait alors qu'il fallait le suivre et puis aujourd'hui nous en écarter. Ainsi à en revenir à son point de départ et en corriger la trajectoire. Papillons frivoles étions, grands sages désormais deviendrons !
Promenade du jour. 1/2/2020
Encore un jour qui s'achève
Vide de sens, vide de toi.
Un jour trop lent qui tremble…
De ne plus éprouver de joie!
Un jour entier à faire seulement…
Des gestes vains du quotidien soulant!
Absent de désirs et de rêves…
Où les sentiments semblent en grève!
La nuit se répand…
Avec aussi le vent…
La pluie qui bat sur la fenêtre
Et le constat de mon mal-être!
Et pourtant…
Les mots s'alignent machinalement
Et à mon grand étonnement
Défilent les images
Du plus beau de nos âges!
Des images claires de printemps
Et de la tiédeur du temps
Et de la caresse des brises…
Embaumées de senteurs exquises!
Alors je souris tendrement…
A notre image dans le temps.
J.G.
C'est une belle journée qui s'annonce.Enfin le ravissement est arrivé ! Il était temps, direz-vous. Après avoir attendu un demi- siècle, il vient d'arriver ce qui aurait pu arriver en une heure. Mais le mieux est toujours lent et le pire si rapide ! Voilà qu'enfin l'humanité, après tout ce temps, se met à marcher droit. Ses promesses de bon sens, son passé misérable ressassé en permanence, ses conflits pour une goutte d'huile, ses avarices croulant sous le poids d'abondances honteuses, ses préemptions masculines... Terminé tout cela, c'est une belle journée qui s'annonce ! Dehors, alors qu'un léger brouillard lentement se dissipe, le ciel se fracture et laisse passer un généreux rayon de soleil. La journée promet d'être belle. Mon voisin me salue d'un geste amical et son sourire trahit enfin tout les espoirs longtemps contenus, toutes ces frustrations de bonheur qui attendaient impatiemment la sortie. Comment en effet ne pas retrouver ses joies d'enfant quand les hommes sont enfin passés du stade primaire au stade secondaire voire supérieur. Secondaire n'est déjà pas si mal. Ils tolèrent d'avantage leurs croyances diverses, se battent moins pour avoir saisi l'insupportable souffrance des plaies occasionnées ainsi que l'absurdité des efforts à reconstruire. Sans oublier les famines, les épidémies engendrées, les viols, les vols... que causaient toutes leurs ignorances. Non, tout va mieux maintenant. Vous pouvez dormir tranquille, prendre l'air dans votre jardin, humer le doux parfum des fleurs et lever les yeux au ciel. Le bruit que vous entendez n'est pas celui d'un avion de chasse ou d'un bombardier d'eau. Tout cela est du passé maintenant. C'est une belle journée qui s'annonce !
Pensée du jour. 31/01/2020
Ô vous tous qui passez au devant de ma porte,
Enfants de misère, compagnons de la lune,
Si le frimas vous glace, si la peur vous emporte,
Entrez sans sonner car notre vie est commune!
Et vous, poètes fous que l’on voit passionnés
Sur le flanc de le muse, votre seule fortune,
Quand tous ignoreront vos mots, chez moi, laissez
Entrer cent sonnets car notre vie est commune!
A vous oiseaux d’hiver qui cherchaient un abri,
Finissant votre vol au gré de l’infortune,
Je vous offre mon toit, mon salon et mon lit !
Entrez, sansonnets, car notre vie est commune!
La ballade de Frida Kahlo
Acrylique, 1966
Quel que fut le destin de ces artistes laissées plus ou moins dans l’ombre de Frida, toutes portent haut les couleurs du féminisme. Et Frida Kahlo reste pour ces dernières à la fois une figure symbolique et un porte-voix de part et d’autre de l’Atlantique. Elle est ainsi devenue une véritable icône de la Pop Culture à l’instar d’un Michael Jackson*1, de David Bowie ou de Madonna, qui par ailleurs collectionne ses œuvres…
C’est une maison bleue…
David Bowie devant la Casa Azul de Frida Kahlo
Coyoacán dans les faubourgs de Mexico, le 20/10/1997
Maison qui l’a vu naître et mourir.
Maison devenue musée et sanctuaire.
Un ossuaire kitch où il est de bon ton de se recueillir.
(photographie de Fernando Aceves captée sur le net)
(photo captée sur le net)
… inspirant de nouveaux artistes ou ornant les chambre d’adolescents, se retrouvant sur les places publiques, comme ici sur le Museum Square à Rhodes…
Portrait réalisé par une artiste sur la place Alexandrou à Rhodes, 2017 (Grèce)
(d’après une photographie prise en 1938 de Nickolas Muray)
…. ou sur les réseaux, notamment sur celui dédié à la culture, à la curiosité et à l’amitié, Arts & Lettres bien sûr.
Anik Bottichio
Acrylique sur toile
Une fleur qui vous dévore de l’intérieur.
Frida ou l’écume des jours.
Dona Frida Kahlo de Rivera et Grazino
Bernard Tournier
Huile sur toile, 2011
(d’après une photographie de Nickolas Muray, 1892-1965, qui fut un temps son amant)
Michael, Frida… à chacun son faon.
Fan de tes grands yeux
De ton sourire
Je suis fan de toi
Mais, entre idolâtrie et business, dérives et produits dérivés, Frida sur un coussin dans une boutique de souvenirs, est-ce bien séant ? Faut-il en pleurer, faut-il en pouffer ?
Broderie mécanique (Réthymnon, Crète, Grèce)
Carré magique avec figure hypnotique aux vertus narcotiques ?
Surrealistic pillow ?
Frida, comme La Catrina*2, définitivement Queen of Pop…
Palabras sueltas
(photo captée sur le net)
Mais je ne saurai terminer sans au moins citer quelques oubliées (les nommer c’est déjà les reconnaître) comme Rosario Cabrera Lόpez (1901-1975), considérée comme « la première grande peintre mexicaine du XXe siècle » [mais qui s’en souvient ?], Aurora Reyes Flores (1908-1985), Elena Huerta Muzquiz (1908-1997), Fanny Rabel (1922-2008), peintre d’origine polonaise, ou Rina Lazo Wasem*3 (1923-2019), d’origine guatémaltèque elle assista Rivera. Si elles furent le plus souvent liées au mouvement muraliste mexicain (ou surréaliste comme nous le verrons plus loin), l’objectif de ce troisième billet consacré aux femmes est de montrer qu’elles furent plus que les seconds couteaux de la peinture.
Femme avec une écharpe rose (huile sur toile)
(photo captée sur le net)
Ou encore Cordelia Urueta Sierra (1908-1995), une grande dame de l’abstraction, Isabel Chabela Villaseñor (1909-1953), artiste aux multiples talents, Celia Calderόn (1921-1969), au graphisme d’une grande finesse, ou Lilia Carrillo (1930-1974), peintre de la Ruptura, accents lyriques et mots simples.
Anglès (Espagne), 1908 – Mexico, 1963
Creaciόn de las aves, 1957
(photo captée sur le net)
« Je voudrais être la projection pulvérisée du soleil
sur la parure de lierre de tes bras. »,
Benjamin Péret (1899-1959)
Comme un répons, un écho profond, étrange et pénétrant aux
Chants de Nezahualcόyotl
« Tu décores des plumes du quetzal
Tes amis, Aigles et Jaguars. »
Et comment négliger María de los Remedios Alicia Rodriga Varo y Uranga, ou plus simplement Remedios Varo, peintre espagnole mais dont l’œuvre s’est épanouie au Mexique où elle s’éteignit. Tout comme Bridget Tichenor, née en France puis naturalisée Mexicaine, ou l’anglaise Leonora Carrington qui comme elle s’accomplit au Mexique, réalisant entre autres Le monde magique des Mayas. Toutes trois travaillèrent dans le voisinage du surréalisme, dans le sillage notamment de Paalen et d’Ernst dont elles semblent suivre le commandement en toute liberté de rêver
« Errez et sur vos flancs viendront se fixer les ailes de l’augure. »
Mexicaines dans l’âme, ces belles étrangères délivrent de purs moments de poésie. Aussi, parmi la jeune garde, j’ajouterai Beatriz Aurora (née Castedo Mira en 1956 au Chili), peintre mexicaine de la geste zapatiste des guérilléros du Chiapas au style naïf.
Granjas integrales zapatistas
(photo captée sur le net)
Mexique terre d’accueil et de rencontres où…
« Le rêve à travers les temps nous ramène ce temps où, sous le choc de la spontanéité humaine, la Nature entière devenait ensorcelée »,
Antonin Artaud (1896-1948)
Clayton Green (G-B), 1917 – Mexico, 2011
Green tea, 1942
(photo captée sur le net)
Beaucoup de femmes peintres se sont engagées dans le surréalisme, notamment sur cette terre d’élection. Mais à vrai dire ce sont surtout des étrangères qui se fixèrent au Mexique pour y trouver paix et refuge. Et dans ce pays qui est le « lieu du surréalisme par excellence », ainsi parlait le pape Breton en personne, elles bâtirent leur grand œuvre.
A ce propos, j’ai déjà écrit dans mon article sur Frida Kahlo, qui ne les estimait guère, que les pygmalions du surréalisme portaient finalement un regard condescendant sur leurs consœurs*4. Propos fumeux mais ô combien décisifs de ces Messieurs échangés au fumoir, anodins babils côté boudoir. Réflexion et fulgurances, transcendance, joliesse de l’expression et légèreté de la touche. Galanteries de gala des galapiats. Pas gâtée(s) Galatée(s)…
« C’est que ta tête est close, ô statue abattue. »,
Paul Eluard (1895-1952)
« A ce qu’on m’a raconté,
Cette bonne Galathée
Se teint les cheveux en noir ;
Toute autre est la vérité,
Car ils étaient déjà noirs
Quand elle les a achetés. »,
Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781)
Epigramme rapportée par Freud, l’adulée idole des Surréalistes,
dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient.
Et effectivement, persuadés de leur importance, on connait les uns, on ignore généralement les autres. A l’exception peut-être de Toyen (Marie Čermínová, dite ; 1902-1980) qui participa à toutes les expositions du groupe (si on met à part l’interruption due à la guerre). Même dans des ouvrages exclusivement dédiés aux artistes femmes, souvent écrits par des femmes, elles sont fréquemment définies par rapport à un compagnon, à un mari, à un mentor, voire à leurs seules liaisons. Maîtres et maîtresses. Chacun sa muse. Ainsi réduites, ce sont eux qui en définitive prévalent et que tout le monde admire. Et si on célèbre leur beauté, convulsive forcément, on entend implicitement femmes fatales, scandales, vénales, ou femmes-enfants, immatures, mineures. Egéries ! Pour ne pas en pleurer de ces mâles embouchés sonnant les trompettes de la renommée.
« Vérité, Beauté, Poésie : elle est Tout :
une fois de plus sous la figure de l’Autre.
Tout excepté soi-même. »,
Simone de Beauvoir (1908-1986)
Misogynie à part, si certaines femmes artistes furent délaissées (Carrington, Tichenor, Izquierdo, en particulier) lors de la sélection officielle supervisée par Wolfgang Paalen et César Moro sous le haut patronage d’André Breton, il faut bien reconnaitre qu’à l’« Exposiciόn internacional del surrealismo. Mexico. 1940 » d’autres furent présentées (Kahlo, Rahon, Varo, ainsi que la Chilienne Graciela Aranis ou les Suissesses Meret Oppenheim et Eva Sulzer) à cette occasion*5. Avec parcimonie, comme une indulgence, par simonie.
Quand bien même, six reines (pour une cinquantaine de contributeurs) ne font manifestement pas un appel des ténors du mouvement. Révélateur entre-soi.
« Autrui joue toujours dans la vie de l’individu le rôle d’un modèle,
d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire. »
Sigmund Freud (1856-1939)
Mises en scène, elles jouent en fait les utilités. Ainsi l’apparition lors de l’inauguration d’Isabel Marin en « Grand Sphinx de la nuit » ; femme-objet papillonnant dans ce pré carré d’invités pour qui, selon le canon dicté par le maître de chapelle, « la beauté sera érotique-voilée, exposante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas. » Ambiguë position. Comme d’ajouter un genre à artiste.
A l’évidence, on ne peut qu’être séduit par le « réalisme magique » de la trop rare Bridget Bate Tichenor (1917-1990). Née à Paris au hasard des pérégrinations de ses parents, elle élit résidence à Mexico en 1953 après s’être partagée entre l’Angleterre, la France et l’Italie, pour y réaliser son ouvrage tout le reste de son âge. Une œuvre où B.B.T nous tend la psyché, la fait pivoter puis disparaître dans l’œil de sorcière… Quand, pour Breton, « la plupart des artistes en sont encore à retourner en tous sens le cadran de la montre sans se faire la moindre idée du ressort caché dans la boîte opaque. »
Paradoxalement sa production restera dans l’ombre la plus obscure, tombant dans un sommeil profond. Breton, prophète, l’ignorant superbement, quand cependant
« La finalité du poète est d’émerveiller.
Je parle de l’achevé et non du malavisé.
Qui ne sait étonner qu’il se fasse étriller »
Le Cavalier Marin
(Gianbattista Marino, dit ; 1569-1625)
Et elles émerveillent, captivent et magnétisent de leur chant étrange et émouvant.
Les surréalistes ou Les spécialistes
Huile sur masonite, 1956
(photo captée sur le net)
Qui réveillera ces belles au bois dormant ?
Sûrement pas ces Messieurs les censeurs !
Fées libres, ces félibres étonnent autant qu’elles détonnent.
Le troubadour
Huile sur masonite, 1959
(photo captée sur le net)
A mes yeux pourtant Leonora Carrington, Bridget Tichenor, Remedios Varo notamment, pour rester au Mexique, font bien partie des meilleurs peintres surréalistes du vingtième siècle. J’y ajouterai l’américaine Dorothea Tanning (1910-2012) qui sème le trouble comme personne tout en dénonçant narquoisement « la triste petite procession d’analyseurs qui se traînent jusqu’à l’autel de la libido en chantant leurs cantiques chevrotants. »
La chambre d’amis
(huile sur toile, 1951)
« Les gens déambulent
chuchotent, se regardent
Nul ne sait que faire de la mort, ma sœur
Nul ne sait que faire de ta mort. »
Mόnica Mansour
(poétesse mexicaine née en Argentine en 1946,
extrait de Lumière)
La chambre d’amis (détail)
« Tout cela que la nuit dessine de sa main obscure :
Le plaisir qui révèle,
Le vice qui dénude. »
« Mais les psychologues voudront comprendre alors qu’il s’agit d’imaginer. »
Collage : Xavier Villaurrutia (1903-1950)
et Gaston Bachelard (1884-1962)
Pour parfaire l’inventaire, levons coin du voile jeté sur Angelina Beloff (1879-1969), peintre et graveuse d’origine russe connue pour avoir été la première épouse de Diego Rivera, ce qui est tout de même très réducteur.
Tepoztlán
Aquarelle
(photo captée sur le net)
Et, bien que liée à l’Art déco dont elle fut l’étoile filante, j’ai une pensée pour Tamara de Lempicka (née Maria Gόrska ; 1898-1980). L’éruptive baronne polonaise passa les deux dernières années de sa vie à Cuernavaca, au-dessous du volcan des passions éteintes. A sa mort elle souhaita que ses cendres soient dispersées au sommet du Popocatepetl…
« On ne peut vivre sans amour »,
Malcolm Lowry (1909-1957)
Mexican girl, 1948
(photo captée sur le net)
Alors, femme, fière, rebelle, je m’enflamme et te porte aux nues pour
« Rien que cette lumière que sèment tes mains
…
Car tu es l’eau qui rêve
et qui persévère. »
Philippe Soupault (1897-1990)
Rebel Rebel… pour être vraies.
Para bailar la Bamba
Se necesita una poca de gracia,
Una poca de gracia y otra cosita.
Traditionnel (typique du son Jarocho)
Pour danser la Bamba
Cela nécessite un peu de grâce,
Un peu de grâce et autre petite chose.
Peut-être ce petit supplément
Qu’on appelle le talent
Grâce et talent ici réunis.
Calla lilies*6, 1931
(photo captée sur le net)
Quant à Georgia O’Keeffe (1887-1986), une autre figure majeure du modernisme, qui vécut au Nouveau-Mexique l’essentiel de sa vie. Elle nous invite à passer outre la frontière et à nous engager, car
« Il faut du courage pour créer un monde dans tout art. »
Aussi à vous toutes je dédie ce billet, quand bien même reste « quelque chose inexplorée sur la femme que seule une femme peut explorer. »
Two calla lilies on pink, 1928
(photo captée sur le net)
Variations sur un même thème. Un thème également cher à Diego Rivera.
Tous les chemins mènent arum. Arum, fleur du désir ardent.
Au fait, si machiste que cela le Mexicain ? Pas si simple… A Juchitán de Zaragoza, la « ville des femmes », en particulier, comme souvent dans l’état d’Oaxaca et l’isthme de Tehuantepec, les femmes administrent la vie économique et domestique tandis que les hommes sont aux champs, quoiqu’ils s’arrogent en général la sphère politique. Matriarcat particulier. Cette communauté de culture zapotèque respecte également les muxes, ces « hommes au cœur de femme ».
Et je ne saurai passer sous silence sœur Juana Inés de la Cruz (1648-1695), poétesse mexicaine et pionnière du féminisme, lorsqu’elle formule ce vœu :
« Pour l’âme, il n’existe ni cachot, ni prison qui la retiennent,
car seuls l’emprisonnent ceux qu’elle s’invente elle-même. »
Il n’en reste néanmoins vrai que le pays est particulièrement violent envers les femmes. Alors quand on est femme et indigène…
A l’heure où les lointains descendants du conquistador Hernán Cortès et de l’empereur aztèque Moctezuma II se congratulent pour fêter le 500e anniversaire de la colonisation du Mexique et faire table rase du passé. Tous les espoirs peuvent paraître permis ! Fort de cacao tout de même...
Souvenez-vous. Les Mexicas reçurent le présage de s’établir là où ils verraient un aigle sur un cactus s’emparant d’un serpent*7. C’était même un commandement de Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil radieux, leur protecteur. L’apparition se réalisa sur une île au milieu du lac Texcoco, et là ils fondirent Tenochtitlán… Lorsque, moins de deux siècles plus tard, le perfide Cortès fondit sur eux ils le virent tel le serpent tout emplumé et le reçurent comme un fils du dieu Quetzalcóatl, avec ses guerriers, ses envoyés descendus des cieux… Les dieux sont tombés sur l’Aztèque.
Clap de fin de la civilisation méso-américaine.
S’ils ne veulent à nouveau tomber dans le lacs, ses petits-enfants devraient se méfier des augures…
Il serait plus avisé, autant pour les Indiens que les femmes, de rester sur le qui-vive.
« Lutter, c’est vivre. »,
Frida Kahlo
Michel Lansardière (texte, notes et photos, sauf mention contraire)
Retrouvez ici notre première partie « Femmes, fières et Mexicaines ! » consacrée à Frida Kahlo :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexi...
Et là le second volet de notre triptyque (Maria Izquierdo, Olga Costa, Rosa Rolanda…) :
On vient de retrouver la voix « chaude et mélodieuse » de Frida Kahlo, selon la ministre mexicaine de la culture, Alejandra Frausto.
Si cet enregistrement fait déjà grand bruit dans le landerneau médiatico-culturel, j’ai voulu suivre d’autres voies.
Décidément si
Le secret au bord des lèvres
Semble dépasser un peu,
Emergeant de ses ténèbres
Il goûte à l’air du ciel bleu
Jules Supervielle (1884-1960)*8
D’autres voix demandent à être entendues.
*1 Influences et concordances… Cf. l’exposition On the Wall qui, du 23/11/2018 au 14/02/2019, fut consacrée à Michael Jackson au Grand Palais à Paris, qui a succédé à la National Portrait Gallery de Londres. On pouvait aussi découvrir celle dédiée, au Victoria & Albert Museum (du 16 juin au 4 novembre 2018) aux effets personnels de Frida Kahlo ! On apprenait ainsi que son rouge à lèvre était le « Everything’s Rosy » de Revlon ! Où va se loger le fétichisme tout de même ! Il y a quand même des cultes de la personnalité dont on se passerait bien (et même des coups de pied au culte qui se perdent parfois. A ce propos, une collection de chaussures à son effigie vient d’être lancée ! Quel pied !?).
*2 La Catrina est une figure populaire au Mexique, un squelette de femme imaginé en 1912 par José Guadalupe Posada.
Calavera, crâne crâne, cadavérique créature portant chapeau et affûtiaux pour une danse macabre.
Ce fantôme de squelette
N’a pour toute toilette
Qu’un diadème de vers
Posé tout de travers.
Charles Baudelaire
Cadavre exquis, Ô Catrina bella mariachi-tchi.
Cent sept ans que j’attends ! J’ai honte, mais gironde géronte.
*3 Rina Lazo est décédée ce 1er novembre 2019, pendant El Día de muertos, jour de fête populaire au Mexique qui s’étend en fait du 31 octobre au 2 novembre, ce qui est une forme de politesse que nous lui rendons. Elle habitait avec son compagnon, le peintre et graveur Arturo García Bustos (1926 -2017), la Maison de la Malinche, la maîtresse indienne de Cortès.
*4 Un mépris qui se manifestât aussi par l’organisation de « dîners de cons » où le convive était sacrifié sur l’autel de l’humour. Surréaliste.
*5 Remarquez que d’ordinaire j’illustre mes billets avec mes propres clichés, ce qui n’est pas le cas ici (à l’exception de Rahon et de Tanning, curieusement cette dernière étant pourtant peu légitime pour représenter la peinture mexicaine n’y ayant pas même vécu, mais présente à l’exposition Los Modernos à Lyon). C’est qu’aux grandes rétrospectives de Lille en 2004, de Paris en 2016 ou de Lyon en 2017, les femmes peintres au Mexique étaient somme toute sous-représentées (bien qu’on y ait accroché Izquierdo, Costa, Rolanda : voir mon précédent article). Guère mieux dans les catalogues et livres consultés, alors de guerre lasse j’ai eu recours pour cet article à des photos captées sur le Net. Il fallait bien rendre visibles les invisibles, en toute transparence c’est clair.
*6 Calla lily : arum ou zantedeschia.
*7 Une image toujours présente au centre du drapeau mexicain.
Federico Acosta et Ascanio Pignatelli, respectivement descendants de Moctezuma et de Cortès, se sont rencontrés le 8 novembre 2019 sur les ruines de l’ancienne Tenochtitlán, dans cœur historique de la capitale, le Zόcalo, là où précisément au centre de la place flotte un drapeau géant du pays. « Nous sommes une même famille maintenant », ont-ils déclarés. Une plaque commémorative avait déjà été posée en quasi catimini (vous ne trouverez dans le pays ni rue Cortès ni statue du mégalo) le 26 mars 2109 dans l’église de l’Immaculée Conception de la mégalopole. Baroque.
*8 Le poète, né à Montevideo (Uruguay), était l’ami de l’écrivain et diplomate Alfonso Reyes (1889-1959) alors qu’il était ministre du Mexique à Paris, par ailleurs oncle de la peintre muraliste Aurora Reyes Flores déjà citée dans ce billet. Il avait donc toute sa place dans cette série.
Parral, 1908-Mexico, 1985
Presencia del maestro en la historia de Mexico (mural, 1960/62)
(photo captée sur le net)
Instantanés_Itinéraires_à_pieds_à_continuer_Vale_Of_Glendalough_Wicklow_Mountains_Ireland
Tellement les jours, à travers la brillante étoile.
Vale of Glendalough.
L’hiver chemine le long de ses sentiers.
Lough Nahanagan.
Quand le gel blanchit au lever du soleil le froid de l’hiver.
Quand dehors, les yeux parlent, et quand dedans, ils te reprennent.
A gauche après le pont dans le village.
Et puis loin, très loin.
Le long des courbes, le chemin continue avec une vue sur les Wicklow Mountains.
Danse et chant des pierres foulées aux pieds.
L’âge de l’arbre au sommet de la colline en face semble indéfinissable,
Et à son approche, après une heure de marche, il nous regarde en fait juste à notre taille.
Glendasan River.
Summit of Camaderry.
The Spink.
Tellement les jours, et ailleurs, un coup d’archet et leurs sourires,
Face au flot des forêts et des voluptés de leurs collines.
Julien Boulier
A Brest
Le 20 janvier 2020
texte déposé Sacem
code oeuvre 3460963711
Bombe, navette, javelle, fuseau,
fils de feu, pétrifiante parabole,
tissent leur voile au point de croix.
Terre terreur sème ses cataclysmes,
laisse sa trame cataplasme
grains de riz ou marasme
croute de pain, sel de cette sphère
qui en son cœur puise ses ressources
où la vie paie son tribut au destin
Couleur du sang séché
qui abreuve nos sillons,
coulées de boue issues du flanc
de montagnes de cendres
Chant des soldats du sein
de notre mère la Terre
Nuées ardentes, prières de pierres
Désert d’où surgira demain.
Michel Lansardière
Pentes prospères des volcans aux pieds desquels les Anciens s’établirent, à Pompéi ou ailleurs. Ainsi, sur l’île de Pâques, les immenses moaï sculptés par les Rapanuis, du début du XVIe siècle (ou XIe siècle selon les hypothèses) jusqu’à leur déclin dans la première moitié du XVIIe, étaient taillés dans la roche volcanique (tuf) issue de la carrière creusée dans le volcan Rano Raraku (carrière de Puna Pau, à une douzaine de kilomètres de la première, pour les coiffes, pukao, de tuf rouge). Ces idoles étaient tout à la fois des sculptures rituelles et bornes fertilisantes grâce aux sels minéraux (calcium, phosphore) et autres oligo-éléments qu’elles concentrent, maintenant par ailleurs l’hydratation des sols. Une vénération qui vous revitalise. « Il est, paraît-il,
des terres brûlées donnant plus de blé (ou, en l’occurrence, bananes, taros ou patates douces) qu'un meilleur avril. » Il n’en demeure pas moins vrai que la surexploitation de l’île est devenue emblématique de la catastrophe écologique. « Neuf cent millions de crève-la-faim, et moaï et moaï et moaï. » Je n’irai pas plus loin.
Photos M. L. :
- Moaï de l’île de Pâques (Musée du Louvre, Paris) ;
- Bombe volcanique en fuseau (Chaîne des Puys, Auvergne). Pour obtenir cette forme en navette, il faut que la lave projetée soit encore assez fluide, visqueuse, pour, en tournoyant dans l’air, prendre cette allure fuselée, puis suffisamment refroidie pour ne pas s’écraser au sol comme une bouse. La bombe affecte alors cette allure caractéristique, mais pas si courante, d’un grain de blé, promesse peut-être de moissons futures ;
- « Pour qu’un ciel flamboie le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? », (J. Brel). Eruption nocturne du Stromboli dans les Îles Eoliennes.

