Chers amis,
J'aurais grand plaisir à vous retrouver autour d'un verre et de mes tableaux,
pour faire votre connaissance, au finissage de mon exposition de tableaux,
le 29 février autour de 17h30,
à Espace Art Gallery de Bruxelles.
Amicalement,
Serge Tenèze,
sergeteneze.fr
Publications en exclusivité (3147)
Une mise en scène de Nele Paxinou, et le texte de François Ost (editions Lansman)
Camille
François Ost
Adaptation François Ost, Nele Paxinou
Mise en scène Nele Paxinou
Avec Marie Avril, Virgile Magniette, Bernard Sens
Danseurs Robin Capelle, Juliette Colmant, Caroline Givron

De quoi ça parle?
Qui ne connaît pas le destin tragique de Camille Claudel, sœur de l’éminent poète chrétien et diplomate français Paul Claudel? On se souvient au moins du film Camille Claudel de Bruno Nuytten dans lequel Isabelle Adjani incarnait Camille et Gérard Depardieu Rodin. Le film fut couronné cinq fois aux César du cinéma 1989 et nommé aux Oscars. Auguste Rodin, impressionné par le caractère innovant et la solidité de son travail, fait entrer la jeune Camille, comme praticienne à son atelier de la rue de l'Université en 1885 et c'est ainsi qu'elle collabora à l'exécution des « Portes de l'Enfer » et au monument des « Bourgeois de Calais ». Ayant quitté sa famille pour l'amour de Rodin, elle travaille plusieurs années à son service, négligeant sa propre création. Qui de l’élève ou du maître inspire ou copie l'autre ? L'amour ne distingue pas. Mais considérée par sa famille comme une dévergondée, elle est rejetée brutalement. Rodin ne peut se résoudre à quitter Rose Beuret, sa compagne dévouée… pour l’épouser. La rupture définitive est consommée en 1898. Camille s’installe alors 19 quai Bourbon et poursuit sa quête artistique dans la plus grande solitude, malgré l’appui de quelques critiques. Camille craint à tout moment que Rodin n’envoie des inconnus pour lui dérober ses œuvres. Elle vit dans une grande détresse physique et morale, ne se nourrissant plus et se méfiant de tous. Son père, son soutien de toujours, mourra le 3 mars 1913. Pourvue d’une mère, incapable d’amour vis-à-vis de sa fille elle sera internée le 10 mars à Ville-Evrard puis transférée, à cause de la guerre, à Villeneuve-lès-Avignon Elle y végétera et y mourra trente ans plus tard, le 19 octobre 1943, privée de tout contact avec sa famille et ses amis. Un destin que l’on peut comparer à celui de Zelda, la femme de Francis Scott Fitzgerald, l’auteur de « Gastby le magnifique » ,une autre femme subissant l’injuste condition de la femme à la fin du XIXe siècle et le plagiat artistique.
L'idée de débuter la pièce par l’internement psychiatrique et la fin de vie de Camille Claudel, permet de prendre de plein fouet l’injustice faite à cette femme qui eut le tort de se vouloir, libre, amoureuse et artiste et qui sombrera, privée de tout, lâchée par tous, dans la déchéance absolue. C’est l’idée de l’auteur, suivie d’ailleurs par la metteuse en scène, Nele Paxinou, qui a su ressusciter par la puissance de sa théâtralité le conflit des énergies, et donner aux personnages des contours absolument poignants nimbés dans la poésie et l’humanité propres aux œuvres de Camille! On apprécie particulièrement la présence très vivante de deux danseurs, un homme une femme qui, tout au long de la représentation, soulignent les dialogues par de précieuses chorégraphies très bien pensées. Leurs visages restent immuablement neutres mais leurs corps semblent répéter en variations mobiles toutes les émotions des comédiens. Les deux figures de sable ou de glaise, dont la nudité semble surgir de la terre, dorée par les jeux de lumière sont là pour évoquer de façon fascinante les émouvantes sculptures de l’artiste et la force de ses créations. La musique est celle d’impressionnistes français, en hommage à Debussy. Il faut bien cela pour supporter la tension du texte de François Ost, qui déroule les épisodes de la vie antérieure de la jeune femme, avant son internement infâmant et permet d’exploiter tout le potentiel du rêve artistique de la jeune femme! Face à l’amant, sculpteur prométhéen, génie du feu, et le frère, poète mystique, génie aérien, elle incarne la fertilité et l’énergie de la terre . Tandis que le texte célèbre la liberté de la Chèvre de Monsieur Seguin, celle-ci est victime d’une mort pernicieuse programmée par le génie masculin.
Et le casting?
Irréprochable ! Une rage, « Evidemment, je lui faisais de l’ombre. Mère de son enfant, je n’étais plus la gentille-jolie élève, je devenais Madame Rodin ! La maternité, c’est pour Rose ; les cours particuliers, c’est pour Camille ; chaque chose à sa place, un temps pour tout. Surtout ne pas troubler le confort du Maître ! Ah tu ne veux pas vivre avec moi, et bien ta fille tu ne la verras jamais ! Envolée, délivrée, Galatée ! » Un génie à l’œuvre « Regarde, la roche devient luisante, elle me sourit. Elle brille comme un miroir. Et elle rend un autre son, sous les coups de ciseau. Ah, Camille Claudel, SCULPTEUR !» Enfin, la fureur de création, tout est magnifiquement emmené et campé par la comédienne Marie Avril, dont la voix, la diction et le timbre sont un délice pour l’oreille ! Paul Claudel/ Virgile Magniette, le frère apparaît sans caricature, décapé du lustre dont il se pare, car on ne voit plus que son âme grise. Parfait ! Et Rodin, …est d’une savante justesse théâtrale. Bernard Sens.
Que demander de plus?
La Note de la metteuse en scène:
Avec passion, j’ai voué ma vie au théâtre. J’ai fondé en 1980 Les Baladins du Miroir, théâtre itinérant
sous chapiteau, théâtre total mêlant le jeu de l’acteur à la musique et à l’acrobatie. Aujourd’hui, j’ai
atteint mon objectif : partager la culture en faisant découvrir nos grands auteurs (Molière, Shakespeare,
Ghelderode, Cervantès, Voltaire,..etc.) à un très large public. La renommée des Baladins du
Miroir a traversé les frontières et nous avons jusqu’ici touché quelque 700.000 spectateurs.
Lorsque j’ai remis les rênes de la compagnie à Gaspar Leclère, j’ai décidé de prendre un nouveau
départ en créant la société Vitaly Production qui s’est assigné une mission vitale : mettre en valeur
des artistes d’aujourd’hui qui nous interpellent.
Ma rencontre avec François Ost répond à cette attente. Il nous propose dans un très beau texte –
nominé au prix littéraire du Parlement de la Communauté Wallonie Bruxelles 2014 – un nouvel éclairage
sur l’œuvre et le personnage de Camille Claudel.
Femme et sculpteur de génie, elle a réussi à imposer son art dans un monde d’hommes et dans une
société bien-pensante où la femme restait vouée au sexe et à la maternité.
Camille revendique une vie libre. Elle vit une passion amoureuse avec Auguste Rodin. Bientôt bafouée
par son amant et maintenue enfermée ensuite dans un asile par la lâcheté d’un autre homme, son
frère Paul Claudel, elle revendique pleinement une place vouée à la création.
Je voudrais accompagner, faire résonner encore son geste créateur, célébrer sa mémoire, bien audelà
de l’anecdote, en la conduisant là où elle nous attend : le moment précis où LA VIE SURGIT DE
LA PIERRE.
Nele Paxinou

Ghislaine Lechat vient de nous communiquer le texte suivant.
A l'adresse de Jerry Delfosse, François Speranza et Robert Paul:
Je cite:
" Ce message, j’aimerais que tout le monde le lise sur le site. Je ne sais comment faire.
C’est avec beaucoup de retard, Jerry Delfosse, François Speranza, Robert Paul que je vous exprime ma gratitude, à vous et à tous ceux qui m’ont permis, lors de ce passage à BRUXELLES, d’exposer mes oeuvres. J’ai été touchée par les éloges et les commentaires de ces artistes talentueux qui étaient présents, comme ceux qui m’ont encouragée sur le site Arts et Lettres et dont je pense, sincèrement, le plus grand bien.
Je pense à Jerry DELFOSSE, galeriste discret, au goût aiguisé, qui ne m’a pas fait attendre et a tenu toutes ses promesses, à sa patiente disponibilité et au goût qu’il dévoile dans ses choix qui, je le pense sincèrement, se portent vers tous ceux qui marient qualité, originalité maîtrise, engagement vers l’Art. Il y a forcément un peu de lui dans sa galerie.
Je pense à ROBERT PAUL, fondateur médiatique, à sa grande générosité et à la manière dont il utilise son savoir, son humanité en direction de l’art et des membres de son site qui lui ont donné, tout comme moi, sa confiance. Merci ROBERT PAUL.
Je pense à Monsieur SPERANZA, critique d’art qui, en profondeur, objectivité et discrétion, met son éloquence et son goût au service des artistes. Pour ma part, Monsieur SPERANZA, vous m ‘avez rendu une confiance en moi qui s'étiolait.
Je pense à BRUXELLES, ville de lumière, quoiqu’en disent les météorologues.
Grâce à vous tous, je retrouve mes ailes. Je ne vous remercierai jamais assez. Tout est dit ou pas assez. Mes pensées vous accompagnent et vous portent comme les vôtres, à tous, ont su le faire."
Ghislaine Lechat
Je remercie Ghislaine Lechat pour son avantageuse communication.
Robert Paul
Enfin ! la voilà !
Cette neige.
Il y a longtemps que je vis
Presque aussi longtemps que j'écris!
Besoin d'coucher sur du papier
De quoi tout rendre plus léger...
Toujours si seule face au présent
Envie d'se confronter au vent
Peut-être qu'il emportera
Ces joutes où trébuchent nos pas?
Au bout des jours enfin trouver
Des regards où se reposer
C'est sans aucun doute un peu fou!
Mais aujourd'hui, je crois en vous...
J.G.
C’est tellement fort
la douceur
des amitiés
qui ont la transparence
du coeur des anges
la légèreté de leur rire
c’est tellement fort
la simplicité
des étreintes
...................................
Martine Rouhart
Février s’égrène en courte journée d’hiver. Nombreux sont les regards impatients d’appréhender le printemps malgré ces quelques semaines sur lesquelles s’étend la froide saison. On dit que s’émiette la réputation d’une période qui se voulait rude pour les plus frileux d’entre nous. Qu’importe qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, j’ai la littérature en larme, j’ai le moral en berne et plus rien ne porte de couleur depuis le départ du président du Salon International du livre de Mazamet.
On me pose souvent la question des raisons qui poussent mes chroniques à ne pas privilégier les créateurs de notre terroir. Que répondre à cette interpellation ? Privilégier me semble réducteur et je ne suis pas certain que c’est là mon rôle. Ne convient-il pas d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons, placer des ponts, créer des liens afin qu’un jour les œuvres de nos auteurs se découvrent dans des contrées surprenantes, sur d’autres continents ? J’ose croire que grâce à cette ouverture quelques écrivains originaires de nos vallées pourront se vêtir du titre « d’écrivains internationaux ».
C’est en grande partie grâce à Michel Sabarthes que j’ai compris l’importance de l’ouverture d’esprit. Après tout, n’est-ce pas lui qui confiait son enthousiasme quand on s’exprimait en termes de francophonie littéraire ? C’était impressionnant de contempler l’énergie déployée par un seul homme afin que brille la littérature sur les rives du thoré.
En provenance de tous les coins de France, de Hollande, de Belgique, de Suisse, du Canada et du continent Africain nombreux sont ceux qui répondaient à l’appel d’un seul homme afin de ne pas manquer l’évènement que l’on disait incontournable.
Il m’est impossible ne de ne pas exprimer toute ma reconnaissance pour ces instants chargés d’émotion lorsqu’il s’avançait sur scène afin d’annoncer le début de chaque évènement. Que dire de ces larmes de joie à l’instant où résonnait le nom d’une œuvre couronnée afin de recevoir les lauriers d’une reconnaissance méritée ?
C’est en mai 2014 que j’allais rencontrer pour la première fois Michel Sabarthes. Il faisait partie de ces hommes qui me semblaient inaccessibles et pour cause ! Les personnes qui le fréquentaient s’appelaient Marc et Michel Galabru, Nelson Monfort, Ariane Bois, Jean-François Prè et j’en passe. À quoi bon étendre nos éloges puisqu’à l’époque je ne connaissais personne?
L’aventure a débuté un matin de mai. Le petit Belge que je suis passait par hasard devant le palais des congrès de Mazamet. Une affiche attira mon regard, « Salon du livre ». J’ai donc poussé la porte et à mon grand étonnement les bras se sont ouverts. Existe-t-il un hasard ? Nos vies sont-elles prédestinées ? Une porte ouverte, une place d’exposant libre, ils m’ont proposé de rejoindre une chaise. Pourquoi ai-je accepté ? J’avais mes livres à vendre et malgré qu’un salon littéraire se produisait là-bas, à plus de mille deux cents kilomètres de chez moi, j’étais dans le coin et pourquoi pas ?
Me voici en tenue estivale songeant qu’après les quelques minutes nécessaires à poser mes ouvrages je retournerais retrouver mes valises le temps de me changer… Oui, mais, ces valises étaient posées trop loin, on n’avait pas le temps, il y avait ce diner de gala et pas question de ne pas m’y rendre. Soirée de gêne quant au milieu de ce monde me voici présenté comme étant celui qui vient du nord. Je n’oublierai jamais mon désarroi, revêtu d’un chandail abondamment troué, quand vint l’instant des présentations.
Ils n’oublieront jamais cette première rencontre qui aujourd’hui encore fait jaser la légende. Voici comment j’allais découvrir une amitié profonde. Michel Sabarthes faisait partie de ces hommes qui ne prêtaient aucune attention à la tenue de ses protégés. Heureusement, il me prit sous son aile, me récita le monde comme si le monde était un joli paysage dans lequel chacun est en droit d’y trouver sa place. Levé avant l’aurore Michel tendait la main afin de partager son temps, sa force quand les plus faibles s’écorchaient à la vie. Ses éclats de rire précéderont au fil des années l’anecdote de notre rencontre. Cette mésaventure sera cent fois contée pour qu’au fil du temps elle prenne une toute autre couleur que la réalité. Qu’importe, nous nous comprenions et si nous emportions nos éclats de rire c’était souvent sans la moindre méchanceté.
Il vivait "pour" le Salon International du livre de Mazamet.
Chaque année c'était un marathon. En compagnie de Babé, sa compagne, il parcourait des centaines de kilomètres afin de promouvoir l’évènement. On aurait dit un vieux chêne que rien ne pouvait abattre, un de ces piliers sur lesquelles s’appuient tant et tant d’espoirs qu’on aurait pu croire qu’il faisait partie d’une histoire éternelle. Si Michel Sabarthes n’était pas un dieu, pas comme les hommes pourraient l’imaginer, il s’est forgé une place non pas au pied de l’Olympe, mais dans cet endroit magnifique, qui surplombe la ville, sur les flancs de la montagne noire. De là où il repose son âme plane au-dessus du petit cimetière dans lequel on l’a déposé. Elle pourra deviner l’agitation des êtres et ce tumulte doit le faire abondamment sourire.
Mais la vie est ainsi faite, l’éternité n’est pas conçue pour nous.
Le matin du dimanche 12 janvier 2020, le téléphone a résonné en plaintes désespérées. Michel Sabarthes a salué le monde en révérence ultime.
Le rideau est tombé, les larmes ont pris la place de nos taquineries de potache. Depuis ce matin-là, je n’ai plus envie de rien puisque plus rien n’a d’importance.
Perdre un ami ne me semblait pas si grave, je me disais que cela fait partie de nos parcours…
Comment aurais-je pu deviner que l’amitié peut être proche d’une forme d’amour ? Comment aurais-je pu savoir que la perte d’un ami pouvait ressembler à l’ablation d’un membre ?
Le soleil se lève sans se soucier de nos brisures et pourtant, sa présence m’est comme indifférente. J’attends comme si Michel allait m’appeler pour me confier un truc qui ne peut attendre. J’attends qu’il me demande des nouvelles de mes petits-enfants.
Pourquoi ce silence? Pourquoi ne me confie-t-il plus ces trucs que parfois je ne comprenais pas? J’attends qu’il râle parce que parfois les auteurs sont des gens compliqués. J’attends qu’il me parle de Marc Galabru, de sa tombe qu’il entretenait quand il avait le temps… Qui s’en occupera maintenant ? Qui partira sur les routes de Collioure pour contempler la mer en écoutant le saxo de Jean Pierard résonner en sourdine.
Jean ne joue plus depuis longtemps, depuis qu’il vit dans un appartement. De temps en temps, de plus en plus rarement, résonne son saxo au pied d’un terrain vague ou dans nos cœurs, dans notre imagination…
Michel Sabarthes aimait les écrivains comme s’ils faisaient partie de sa famille. ll me parlait de Patricia Fontaine avec respect, effleurait le nom de Ziska Larouge parce qu’il adorait sa façon d’écrire.
- Et Câilne, tu te souviens de Câline quand elle a renversé son pot de fleurs? On en tenait une bonne à cette soirée là.
Puis il racontait Virginie, cette fille tellement bien! Il demandait ce que devenait Perrine, Bou et tous les autres. Il m’écoutait parler de Rocamadour en insistant sur la qualité de « ces gens ». Chaque artiste existait à ses yeux comme s’il était l’unique, comme s’il était prodigieux malgré les trahisons. Je n’en parlerai pas, il n’aimait pas qu’on souligne les moutons noirs qui profitaient de sa réputation. Il détestait les querelles de clocher, il ne vivait que pour aimer partager.
J’ai mal d’une douleur impossible à définir. C’est comme une souffrance insupportable qu’il nous faudra supporter pourtant. Plus rien ne m’offre l’envie de continuer même s’il faut continuer pourtant. Cette chronique est la première que je rédige depuis longtemps. Oui, ça fait du bien d’écrire même si ma plume me semble émoussée. J’ai reçu énormément de messages d’encouragement et je n’ai pas trouvé le courage d’y répondre… Au début je ne comprenais pas pourquoi tous ces gens s’adressaient à moi. Je me sentais, comment le dire ? Je crois que le mot exact serait « intrus ». Notre amitié, parait-il, faisait partie de notre histoire, je ne le savais pas, pas à ce point-là. Grises sont les journées depuis qu’a résonné la sonnerie du téléphone. Dans la rue on montre bonne figure, mais ce n’est jamais qu’un rôle qu’on tente de jouer. Février s’égrène en courte soirée pluvieuse. Les yeux sont embués probablement en raison de l’âge, quoi d’autre ? Un souffle s’est arrêté, un ami est parti. Ils disent tous qu’ils ne l’oublieront jamais, mais alors, pourquoi ai-je tant de mal à croire à ces promesses ?
Adieu Michel, merci pour ce joli morceau d’existence partagé.
Même pas peur ?
Personne ne s’y attend mais “What’s the luck” remplace d’un coup le "f... word" pour venir convertir sous vos yeux agrandis par la surprise, la réalité glaçante de la maladie que personne ne veut nommer dans les faire-parts.
Voici que sous l’interprétation délicate et forte à la fois de Caroline Lambert - elle fait penser à une coach d’aérobic - surviennent des traces d’espoir dans un ciel plutôt bleu et apparaissent des visages de bonheur qui transfigurent à la fois l’intervenante et un public sur le qui vive. Ce spectacle éblouissant de confiance a le don de ranimer la flamme humaine mieux qu’un coureur olympique. Vous en jugerez. Ni muck ni sucks... Tout cela sous le regard d’une metteur en scène à la fois géniale et profondément humaine : Anne Beaupain.
Le voyage intérieur de la crabahuteuse - le vocable est d’Hélène Bénardeau - évoque les deuils, les péripéties génétiques, médicales, physiques, affectives et morales, que trouve sur son parcours, la femme atteinte du cancer (sein ou ovaires), ou de celle dont le gène tueur larvé risque à tout moment de s’éveiller et de débarquer dans la vie d’une victime á la fleur de l’âge. Tough luck!
Caroline, la survivante des deux, résume. Elle et Véronique, cousines germaines quasi jumelles partagent ainsi un destin commun : celui de la lutte contre le crabe, à la scène comme à la ville. Dans la vraie vie, quoi ! Et sous forme d’exercice courageux d’auto guérison artistique sur les planches de la Comédie Claude Volter. du 4 au 8 février, semaine de la lutte contre le cancer. Elle a couché sur papier ses affects les plus désespérés et les plus intimes et les interprète acec une sensibilité à fleur de peau sur la scène bruxelloise. C’est avec avec tact, distanciation, humour, bienveillance et des litres de verres à moitié plein que Caroline Lambert lève le rideau sur ses cogitations, ses colères, ses trouilles et ses espoirs grandeur nature. C’est qu’elle porte en elle, non un enfant, mais ce gène maléfique, suceur de vie. 
Miracle, Caroline multiplie les exorcismes, exhume au fur et à mesure des émerveillements bouleversants devant le miracle de la vie. Pour toutes ses sœurs de pas d’chance. Chemin faisant, elle se déleste des poids morts, au bord de la tombe elle rejoint et vole dans les bras de sa cousine raflée par le crabe et balise la route pour toutes ses sœurs d’infortune.
Miracle, malgré toutes ses tribulation qui arrachent l’empathie et les rires d’un public converti, elle explose la joie contagieuse d’aimer et d’être aimée. Contre tous les vents hostiles du destin et l’absurdité de la souffrance et de la maladie. Que du vécu sublimé par l’art de dire et de jouer.
Permettez nous donc de citer ici les paroles sublimes d’une autre femme des années cancer : Hélène Bénardeau, décédée il y a 3 ans.
“Je suis juste une petite terrienne, donc faillible, comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que je vous raconte, même si je le fais en toute conscience. Mon Crabounet à moi, mon corps, ma sensibilité, mes colères, mes soucis, mes paniques, mes remèdes ne sont que les cousins des vôtres. Vous êtes seules à pouvoir apprivoiser la bête, et le dompteur magister le plus apte à vous épauler, c’est celui ou celle que vous aurez CHOISI (et non subi) parmi les p’tits soldats d’Hippocrate. “
Et voici d’autres paroles tout aussi vraies :
"... Il y a une chose, une seule, que malgré tout l’amour du monde, vous n’arriverez pas à éradiquer, à déraciner de nos cœurs... Cette chose… c’est La PEUR.
Ce sont nos peurs.![]()
Peur des traitements lourds.![]()
Peur des mutilations, des balafres indélébiles.![]()
Peur de ne pas pouvoir ré-apprivoiser notre nouveau-moi.![]()
Peur que vous ne l’aimiez plus.![]()
Peur de la souffrance physique.![]()
Peur de la souffrance morale.![]()
Peur de vous user à la corde.![]()
Peur de voir vos yeux, un jour, nous regarder partir.![]()
Peur de vous faire souffrir.![]()
Peur de plomber l’insouciance de nos enfants.![]()
Peur de ne pas les voir grandir.![]()
Peur du monde médical, qui, parfois, nous maltraite autant![]()
Peur de savoir que nous ne quitterons jamais le fauteuil de Denys, que le crin de cheval est fragile et que le glaive est lourd.![]()
Peur que vous oubliiez qu’un bonbon d’hormonothérapie, ce n’est pas un cachou.![]()
Peur que vous ne l’oubliiez pas.![]()
Peur de ces contrôles, de ces rendez-vous incontournables, qui vont désormais ponctuer nos existences et ce JUSQU’A LA FIN DE NOS JOURS.
Oui, nous allons oublier, parfois. Oui, nous allons réapprendre à l’aimer cette vie qui court dans nos veines, palpitante, impérieuse. Nous avons tout accepté POUR ÇA, pour l’amour de vous, des autres, de ce monde qui marche sur la tête mais que nous ne voulons pas quitter, pas encore ... "

Et tout cela au théâtre, le lieu des dramaturgies humaines, le jour et la semaine de la journée mondiale contre le cancer.
M A G N I F I Q U E autant qu’inoubliable. Même pas peur, et l'épée au poing! Le docteur de Caroline Lambert était dans la salle. Ovation. Cinq étoiles, bien sûr !
du 4 au 8 Février
WHAT THE LUCK ?
de & avec Caroline LAMBERT
Quand j’étais petite, j’avais toujours peur de dire mon signe astrologique de peur de l’attraper. Cancer. Je suis cancer ! J’avais l’impression qu’il était déjà en moi ! En même temps, j’étais pas si bête que ça vu qu’apparemment, il y a un petit terreau !
Caroline nous livre un récit intime et familial d’une sensibilité rare et soulevant des questions universelles. Travailler la joie avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, une invitation qui nous est lancée à travers ce spectacle dont il est difficile de ne pas sortir transformé.
Bouleversant, rempli d’espoir, teinté d’humour et débordant d’Amour !
Mise en scène : Anne BEAUPAIN
Scénographie : Valérie PERIN
Musique : Patrick PERIN
Création lumière : Sébastien MERCIAL
******************** ******************** du 4 au 8 Février 2020
Certes, depuis novembre 2012, Deashelle, notre chroniqueuse d’Arts et Lettres nous a gratifiés de nombreux billets culturels de qualité (théâtre, musique, expos, lecture, cinéma...) . L'actualité de ces billets est donc à consulter sur le lien direct que voici:
"Sous le Ciel de Paris" d'après LE BESTIAIRE DE PARIS de Bernard DIMEY, à l'XL Théâtre
MONSIEUR Y PERD LA TETE au théâtre le Public
HUIS CLOS de Jean-Paul SARTRE du 3 au 26 octobre (Petite Salle) à L’XL Théâtre
L'Inde, ça vous dit quelque chose? le 24ÈME FESTIVAL EUROPALIA
Itinéraires_Instantanés_pas_encore_parcourus_à_pieds_le_sanctuaire_de_Kaianji_
Alors peut-être, le vent et les mémoires ensoleillées.
Tu écoutes les tilleuls,
Le tremblement des hélices,
Le frémissement d’une feuille dans l’arbre.
Les érables rouges au sanctuaire de Kaianji.
Le pommier en fleur de Mondrian.
La métamorphose de l’arbre.
Douce racine.
Un rêve et ce matin,
Les voix sous les parapluies.
La pliure du cahier et son soupir.
L’ estampe qui respire.
Texte déposé Sacem
Code œuvre : 3461832311
C'est un début d'année morose
Le temps qu'il fait, le temps qui passe?
Les mots voudraient chanter le rose...
Mais les nuages sont en chasse!
Ils recouvrent notre optimisme
D'un voile qui prend couleur de deuil
Nous ramène à ce réalisme
Qui fut de notre vie l'écueil!
Alors, fermons des yeux brillants
Echappons-nous sans plus de trêve
L'amour sera toujours présent
Puisqu'il se niche au creux des rêves...
J.G.
Le pouvoir de dire Non, La " Cerise sur le ghetto" par Sam Touzani
LE POUVOIR DE DIRE NON
«Cerise sur le ghetto » est un spectacle magnifiquement engagé et passionnant, mais surtout qui vous émouvra aux larmes. Bourré d’humour berbère, islandais, ashkénaze, arabe, sicilien, turc, grec, français, italien, espagnol, belge, – c’est vous qui choisissez – il forme un bouquet d’humanité et invite à une réflexion généreuse et bienveillante sur nos relations avec les autres!

Sam Touzani, à la fois auteur et joueur… et prophète d’humanité, libère la parole et se raconte pour survivre à l’innommable. Dans un spectacle de feu, il propose une série de flashbacks pittoresques et émouvants sur son histoire familiale, tour à tour faite du sel des larmes et des épices du cœur. Il parcourt passionnément trois générations emblématiques qui bordent la Grande Histoire avec les accents poignants du réel.

« 1943-1945 Les maigres pâturages ont depuis longtemps disparu, et les Nomades ont reflué vers les oasis. Mais les cultivateurs des ksour n’ont pas eu de récolte/ … /. La recherche de l’eau et de « quelque chose à manger » a entraîné vers le Nord un vaste exode de bêtes et de gens, d’abord lent et sporadique, puis massif comme une avalanche. Des scènes navrantes surexcitent la sensibilité des Européens, témoins impuissants ; des êtres humains décharnés, au dernier degré de la misère physiologique, recourent, pour tromper la faim, à toutes les pratiques qu’on lit dans les descriptions anciennes. »
Tout débute donc dans les montagnes du Rif marocain, où la famine et la misère sont si écrasantes que même des enfants prennent, même seuls, le chemin de l’exode. C’est le cas du grand-père de Sam, qui a douze ans. Sam, le petit fils, verra le jour dans un deux-pièces chauffé au charbon à Molenbeek en 1968. Ado en 1989, il mangera un jour innocemment des cerises en plein Ramadan. Opprobre général. Il reçoit en plein visage alors la haine de sa communauté contre l’Occident, son inconcevable obsession de sacralisation de la pureté… le mépris des femmes, et de tout ce qui n’est pas musulman. La mosquée veut lui imposer le rêve toxique d’un djihad mal compris. Heureusement la Belgique veille.
Dès lors, riche d’expériences cinglantes, Sam, le fils d’immigrés, l’artiste, le comédien plein de verve, le danseur souple, rassemble ses forces pour combattre le communautarisme dans un questionnement sincère, entre la culture d’origine de sa famille héroïque et celle du pays qui l’a adopté. Il refuse le marquage identitaire. Il va réussir à relier les rives souterraines de ses multiples identités sans les réduire à une seule… Et cela jette des larmes de bonheur dans un public conquis.
Irrévérencieux, habile, convainquant, il débusque dans une langue savoureuse, le cercle infernal de la culpabilité qui ronge tous ceux qui quittent leurs terres, leurs parents, leur langue pour partir loin, très loin, là où poindra l’aurore de l’espoir, la lumière de jours nouveaux… Il réhabilite la femme, l’épouse, la mère, qui on retrouvé la grâce et la dignité de dire NON !

Merci à lui et son comparse, le musicien génial, Mathieu Gabriel, qui de son corps et de sa bouche convoque mille et une atmosphères de légende humaine.
Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres
Texte : Sam Touzani | Jeu : Sam Touzani | Musicien : Mathieu Gabriel | Dramaturgie & Mise en scène : Gennaro Pitisci assisté de Maïté Renson| Régie : Josse Derbaix, David Vernaillen & Simon Benita | Vidéos : Guillaume Nolevaux.
Coproduction : Brocoli Théâtre, Les Temps d’Art, Espace Magh, Central et Atelier Théâtre Jean Vilar.
Le Brocoli théâtre bénéficie de l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Administration générale de la Culture, Service du Théâtre et est soutenu par la COCOF.
- Création
- 16 au 30 janvier 2020
- Théâtre Blocry
- Durée : 1h
REPRÉSENTATIONS POUR LES ÉCOLES & ASSOCIATIONS : MA 3/3, JE 5/3 VE 6/3 | 13H30 | GRATUIT
Infos et réservations pour ces représentations destinées aux écoles & associations : Brocoli Théâtre 0496 50 43 27 brocoli@skynet.be
« River » Dreams On ! Au théâtre des Martyrs
River
De quoi sont faits nos souvenirs ? Traces du passé ? Traces rêvées ? Et dans ces parties lointaines de notre mémoire quels secrets y avons nous enfoui ? Et nos amours perdues ? Aussi entêtantes que la mélodie d’une chanson ? Qu’en reste-t-il en nous ? La blessure est-elle devenue superficielle ? Et les enfants qui partent loin de notre nid ? Que faire quand l’oubli efface tout et qu’on ne reconnaît plus l’autre…
Et les au revoir quand on s’accroche à un hypothétique espoir.
Et les adieux, quand il ne nous restera plus que le souvenir, peut-être une caresse ou une odeur, quand on parlera à l’absente ou à l’absent.
À partir des champs de l’intime et des deuils qu’il nous faut faire, la chorégraphe Michèle-Anne De Mey bâtit une fiction dansée. Elle rassemble huit personnages, danseurs, acteurs, musiciens, circassiens et un chien, qui raconteront, à travers gestes et paroles, ce qu’on abandonne et ce qui nous suit quand on quitte une maison : les souvenirs communs et les souvenirs secrets. De la chambre, du salon, du jardin, et de la rivière.
Distribution
Un spectacle de Michèle Anne De Mey créé pour et en collaboration avec Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, Zaza le chien • chorégraphie Michele Anne De Mey assistée de Fatou Traoré • textes Thomas Gunzig en collaboration avec Didier De Neck et Alexandre Trocki Du 12 au 23 novembre. Grande salle
Au gré de vos …harmonies

Un bouquet d’harmonies… et quelques clefs
« RIVER » vous offre un extrait du concerto pour piano No. 1 de Tchaikovsky, de nombreux extraits de Franz Schubert, les parfums de George Gershwin, l’Andante sostenuto de Franz Schubert, extrait de la 21e Sonate pour piano en si bémol majeur, D. 960, son ultime sonate , achevée le 26 septembre 1828, plusieurs arrangements pittoresques de « Die Moldau » de Smetana, le rêve en liberté, de sublimes « Summertime » chantés et dansés, et l’évidence même dans ce programme : « La jeune fille et la mort », exaltante et hypnotique. La dernière clef c’est « Memories of the Silver Screen » de Laurel & Hardy… Entrez et laissez vous emmener ! Au gré de vos propres harmonies.
Interactif
Et le spectateur, touché par la musique et le jeu sur le plateau, les ronds dans l’eau, de rebondir sur le champ et de partir lui-même à la recherche de ses harmonies. Viennent à l’esprit les premiers vers de « Correspondances » de Baudelaire,
« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers. »
Mais La première chose qui m’ait envahi le coeur est la musique de “The River of no return” la seconde, un inexplicable souvenir de :”Madison Bridge”, la troisième plongeait dans le fleuve Léthé celui de l’oubli où les âmes deviennent bienheureuses. Le bonheur retrouvé des études classiques, les rives où Orphée perd Eurydice.
Sur le plateau
Car par devant soi il y a des jeux de transparence et de lumière, comme pour visiter l’âme, les voiles de la mort, une armoire magique à double fond tapissée avec la robe d’une des femmes, des danseuses par trois, comme celles qui vous imposent un impossible choix et un vieil homme assis dans un fauteuil qui fait tourner une boîte à musique avec sa danseuse hypnotique. Un chien, ce meilleur ami. Bien bien vivant, celui-là ! Ou non, c’est selon. Demandez à la rivière.
Les souvenirs de l’homme eux sont exposés, radiographiés, photographiés, filmés, pris sur le vif, agrandis… joués, mimés, symbolisés, dans des tableaux qui ne cessent de s’évanouir et de se renouveler. Cependant que l’homme est en proie à la litanie des choses de sa vie. Il tient les rênes, il ne lâche pas un fil. Tout y passe, de la moindre fourchette à poisson, au sécateur grippé ou la housse de couette à fleurs rapiécée. Une mémoire qui frise l’obsession. « Ma tante part en voyage avec… «
Cherchez l’intrus ! Il n’y en a pas. Sauf l’infinie solitude, la nostalgie, le temps en marche égrené par des musiques sublimes. Et la proche séparation d’avec sa maison qui a tout vu, tout en tendu, tout vécu. « Summertime », bonheur opiniâtre, pour réveiller l’été de l’âme, pour d’ultimes étreintes et se souvenir.
Aux pinceaux
La fresque poétique de l’A Dieu régie par Michèle Anne De Mey (Kiss and Cry) s’appuie sur ses huit piliers : les artistes qui fonctionnent comme un seul être, un organisme vivant qui résiste au temps et refuse de mourir. Les armes de la mise en scène : la présence, le verbe dépouillé, le corps et le mouvement exaltés. Notre espoir contre la perte et le noir complet. Une harmonie retrouvée ? Signée Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, et Zaza le chien . Boris Cekevda, au mixage sons…

Echo
Et voici celle que j’aime, l’harmonie qui répond pour moi au spectacle, en écho lumineux :
« J’ai essayé, dit-il, de me faire une compagnie avec toutes les choses qui ne comptent pas d’habitude. Je vais vous paraître un peu fou et je dois être un peu fou. Je me suis fait doucement compagnie de tout ce qui accepte amitié. Je n’ai jamais rien demandé à personne parce que j’ai toujours peur qu’on accepte pas, et parce que je crains les affronts. Je ne suis rien, vous comprenez ?
Mais j’ai beaucoup demandé à des choses auxquelles on ne pense pas d’habitude, auxquelles on pense, demoiselle, quand vraiment on est tout seul. Je veux dire aux étoiles, par exemple, aux arbres, aux petites bêtes, à de toutes petites bêtes, si petites qu’elles peuvent se promener pendant des heures sur la pointe de mon doigt. Vous voyez ?
A des fleurs, à des pays avec tout ce qu’il y a dessus.
Enfin à tout, sauf aux autres hommes, parce qu’à la longue, quand on prend cette habitude de parler au reste du monde, on a une voix un tout petit peu incompréhensible. »
Jean Giono, Que ma joie demeure.
Une perle d’opéra!
« Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège

Nous attendions beaucoup des « Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège puisque, c’est la deuxième fois que nous assistons à cette production, dans la mise en scène sobre et poétique du nippon Yoshi Oïda et les décors de Tom Schenk. La mise en scène de 2015 n’a pas pris une ride, car elle touche l’universel. Il s’agit du premier opéra que Bizet composa à 24 ans. Il était pour l’époque, d’un exotisme délirant dans la partition et le livret, la référence à la mer et aux pêcheurs de la côte étant omniprésente. L’opéra se déroulait dans l’île de Ceylan, ce qui est maintenant devenu le Sri Lanka depuis 1972. Mais le metteur en scène, Yoshi Oïda, désireux de nous transporter dans un ailleurs mythique et imaginaire, semble s’être inspiré soit de la culture matriarcale des plongeuses japonaises « ama », une coutume vieille de quatre mille ans en ce qui concerne le culte de la mer, ou de celle de « noros », ces femmes chamanes de l’ancien royaume du royaume des Ryûkyû, Okinawa, un archipel japonais en forme de Dragon, aux portes de Taiwan, un centre du monde habité par les dieux. Vestales japonaises, ces femmes sont toujours là à entretenir une communication sacrée avec les forces divines de la nature, et à un degré supérieur, celles de l’univers. La crainte qu’inspirent les dangers des flots marins, engageait naturellement sur les chemins du sacré. Le sensuel et le spirituel se rejoignant.

Et voici une nouvelle distribution, très solide, combinée à une très belle performance musicale sous la direction de Michel Plasson, 86 ans, qui connaît si intimement cette œuvre de Bizet. Les costumes dessinés par Richard Hudson sont des variations du bleu ardoise de « Ce toit tranquille, où marchent les colombes », déclinés en turbans, écharpes, chemises frustes, et vêtements de travailleurs de la mer, bleu de Gênes. Un contraste saisissant avec les voiles éclatants de blancheur de la déesse vierge. Lumières subtiles et ouvragées de Fabrice Kebour qui fait coïncider le soleil levant meurtrier avec les cuivres orchestraux des premiers rayons d’une aube incandescente. Pierre Iodice, fidèle commandeur des chœurs de la maison liégeoise, assurait aux choristes une fluidité de flots marins, ménageant des moments de frissons poétiques et célestes! Ainsi, au tomber du rideau, la salle comble a offert une nouvelle fois – à juste titre – une ovation debout, pleine d’enthousiasme associée à un tonnerre d’applaudissements pour cette œuvre dont le foisonnement des joyaux mélodiques regorge de morceaux pleins de feux et d’un riche coloris selon les dires de Berlioz.

Le livret se déroule comme un long flashback nostalgique et tragique de solitude héroïque bercée par le roulis de la vague marine. Zurga et Nadir, deux hommes tombés amoureux de Leïla dans leur jeunesse ne veulent pas risquer leur amitié et font le serment de ne pas répondre à leurs sentiments pour elle. Mais plusieurs années plus tard, il semble que l’amour pour cette femme idéalisée ne se soit jamais éteint. « À aucun autre moment le sensuel n’est aussi chargé d’âme et la part d’âme aussi sensuelle que dans la rencontre. Tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. Il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. Il y a là quelque chose de la biche, de l’oiseau, … pureté angélique, présence du divin… Ce quelque part, cet incertain pourtant animé par la force du désir… La rencontre promet davantage que ne peut tenir l’étreinte. On dirait, si je peux m’exprimer ainsi, qu’elle ressortit à un ordre supérieur des choses, cet ordre qui fait se mouvoir les étoiles et féconde les pensées… »
Hugo von Hofmannsthal, Chemins et rencontres.

Et bien que la jeune et fougueuse Leïla ait juré à Zurga devenu roi, et au reste du village de rester la très chaste et pure gardienne du rocher qui surplombe la mer, et dont la tâche est de repousser les mauvais esprits qui emportent les pêcheurs dans les abysses, son désir la porte toujours vers Nadir, le coureur des bois. Cyrille Dubois chante un héros élégiaque, plein de charme, au timbre galbé et chaleureux et charismatique, porté par un souffle puissant. Annick Massis développe habilement le rôle féminin de cet opéra, commençant par celui d’une femme innocente et docile et concluant celui-ci dans une apogée d’amour passionné, cueillant à chaque pas de fulgurantes vocalises. Elle a promis par trois fois de « vivre sans ami, sans amour, sans amant ! » Malheur à elle si elle succombe ! Le lien qui l’unit mystérieusement à Zurga est de l’avoir sauvé dans sa jeunesse, lorsqu’il était un pêcheur rescapé, accueilli sous le toit familial. Elle a gardé de lui, un collier de perles. Intense, impulsive, très passionnée, elle forme avec Nadir un duo pris par l’élixir de la musique et qui chante l’ élévation vertigineuse es sentiments . Tous deux atteignent les profondeurs du cœur. C’est ce qui bouleverse le public. Bien sûr, la chute est imminente. Et lui, flotte dans le ravissement ! « Oui, c‘est elle! C‘est la déesse. Plus charmante et plus belle. Oui, c‘est elle. C‘est la déesse qui descend parmi nous. Son voile se soulève et la foule est à genoux. » Passent les pêcheurs et leurs nasses d’osier «Je crois entendre encore, Caché sous les palmiers, Sa voix tendre et sonore Comme un chant de ramiers. Ô, nuit enchanteresse, Divin ravissement, Ô, souvenir charmant, Folle ivresse, doux rêve! Aux clartés des étoiles, Je crois encore la voir Entrouvrir ses longs voiles Aux vents tièdes du soir. Ô, nuit enchanteresse, Divin ravissement, Ô, souvenir charmant, Folle ivresse, doux rêve » ponctués par des violoncelles en voix presqu’humaines.

L’orchestre construira l’angoisse et le silence, les présages de mort et d’épouvante et leurs chasubles blanches, leurs torches hostiles, les barques agitées par les flots. Le chœur est rempli d’effroi « Un étranger s’est introduit parmi nous ! »Tout est dit ! La vindicte de la foule se lève comme une effroyable tempête. Le quatuor d’interprètes a été complété par le brutal et revêche Nourabad de Patrick Delcour. Brutalité et cruauté sont les maîtres mots qui enclenchent tout de même le remords chez Zurga. Les erreurs humaines sont sources de larmes, Leila dans des accents qui font penser à Norma, agile et palpitante, victime de sa fonction de prêtresse, plaide la cause de Nadir, il est innocent : « Accorde-moi sa vie, pour m’aider à mourir » : c’est alors que déferle la rage de la jalousie qui rend le roi Zurga aveugle, barbare et cruel. Ce rôle est tenu par le baryton belge Pierre Doyen, au timbre brillant, qui retrouve, après avoir sombré dans la sauvagerie de la jalousie, une ligne de chant ferme, noble et élégante. Au bord du trépas romantique, les amants se fondent déjà dans l’amplitude de l’éternité lumineuse, dans une ivresse mystique, auprès d’un dieu salvateur. Mais ils ne mourront pas car Zurga, ayant reconnu le collier donné à la jeune-fille d’antan, leur ouvre les chemins de l’exil, après avoir mis le feu au camp pour brouiller les pistes. Est-ce à dire, que jamais les liens entre les personnes ne se rompent, ni ici, ni ailleurs? Le couteau est inutile et vain.
Dominique-Hélène Lemaire
« Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Liège
Du 08 au 16 novembre 2019
Photos © Opéra Royal Wallonie-Liège
Des vocalises qui tombent du ciel !
« Callas, il était une voix » a été créé le 19 septembre 2017 à Louvain-la-Neuve, au théâtre le Blocry, en première de saison. Dépouillée, enjouée, virevoltante et dramatique, la mise en scène créative et fantomatique très habile est signée Patrick Brüll. On attendait l’entrée de la diva par le miroir, elle a choisi la fenêtre ! L’apparition du spectre de Maria Callas gêne aussi peu que les fantômes dont Georges Brassens était amoureux, tant la comédienne est belle et son jeu d’actrice fascinant!
C'était tremblant, c'était troublant,
C'était vêtu d'un drap tout blanc,
Ça présentait tous les symptômes,
Tous les dehors de la vision,
Les faux airs de l'apparition,
En un mot, c'était un fantôme !
Maria Callas disparaît à 53 ans le 16 septembre 1977, il y a tout juste quarante an. Figure de proue dans l’histoire de l'interprétation musicale, elle l’a bouleversée et est devenue une légende!
Quelle alliance artistique ! Dramaturge, romancier, scénariste, Jean-François Viot s’en empare et propose une écriture théâtrale construite comme une tragédie grecque à laquelle il ne manquerait que les chœurs ! « L’impuissance d’un personnage qui plie devant la force implacable du destin. Le premier acte où on apprend qui il est. Le second, où tout se passe bien encore mais où arrive le petit grain de sable qui va détraquer la machine. Le troisième, où il pense qu’il va s’en sortir. Et puis la suite, quand tout s’effondre. » …C’est tout Maria Callas, volontaire et fragile, émouvante et indisciplinée! Et pourtant, sur le plateau, dans ce deux-en-scène, que de bienveillance partagée, quel sens aigu de l’humour!

Bouche rouge, l’impératrice en noir et blanc, ombre et lumière, soufflante d’élégance, sertie dans une courte robe Dior, joli collier de perles trois rangs, coiffure en chignon superbement lissé qui n’aurait rien à envier à Evita, se confie et savoure ses derniers frissons d’entre-deux vies avec le journaliste, François Grenier. L’occasion de laisser un testament en chair et en os? Décidément, Brassens ! Quelle époque, ce 20e siècle, écrin de tous les rêves les plus fous après les misères du plus jamais ça ! Va-t-elle instiller, à la vue de ses bras si gracieux faits de chair de pomme, un souffle nouveau d’enthousiasme romantique au jeune journaliste du 21e siècle en lui offrant ses hurlements de plaisir et les dernières gorgées de ses profondes émotions?
La dame évoque l’arrachement à la terre natale, ses féroces combats dès l’enfance, l’amour de son père, le rêve américain, sa pugnacité devant les échecs répétés, l’immortelle tragédie grecque qu’elle transporte dans ses veines, et sa conquête de la voie royale! La voix module les souvenirs, se passionne pour les grands airs d’opéra, vocalise l’émotion, susurre ses rêves les plus fous: le déluge de frissons. Le chant résume le tout! Elle captive un public bouleversé : « Tout cela pour obtenir si peu ? Une poussière de rien, niente ! » C’est Anne Renouprez avec ses yeux d’icône orientale, dans toute sa splendeur lyrique et théâtrale.

Le jeune journaliste trentenaire qui l’interview dans son studio tombé du ciel, c’est Alain Eloy, qui, sans le moindre changement de costumes, par la simple magie théâtrale de la voix et des postures, explose à la façon d’un prestidigitateur, la mosaïque de personnages imaginés qui fusent et s’évanouissent comme des bulles de champagne! La confidence et la complicité se font si vives, que la diva devient le maître du jeu, question de lui faire entrevoir le bien-fondé de l’amour vécu qui rend si vain l’affolant déluge des frissons…
crédit photos Gael Maleux
AuteurJean-François Viot
Dramaturgie Patrick Brüll, Catherine L'Hoost
Mise en scène Patrick Brüll
AvecAlain Eloy, Anne Renouprez
Lumières Laurent Kaye
Son Eric Degauquier
Coiffures et maquillages Sara Oul
Régie son et lumières Eric Degauquier
Habilleuse Emmanuelle Froidebise
Construction décor Jean-Philippe Hardy, Manu Maffei
Direction technique Jacques Magrofuoco
Assistante à la mise en scèneDaphné Liegeois
Stagiaire Aurélie Swiri
Remerciements Sébastien Fernandez, Claude-Pascal Perna (conseils et documentations), Saïd Belbecir (prêt accessoires vintages), Giuseppe Talamo (ténor), Fabian Jardon (pianiste), Liliane Breuer (couturière), L' Alliange à Durbuy (accueil et logement stage préparatoire)
Une production de l’Atelier Théâtre Jean Vilar et de DC&J Création.
Il y a des jours
d’incertitude consentie
des jours
pour rêver le temps
aimer
au rythme du vent
des jours de joie
sans joies
il y a des jours
où j’appartiens
vraiment
au monde des oiseaux
...................................
Martine Rouhart
Un long chemin pour revenir au point de départ - le trésor était sous la pierre ! - Et quel chemin je vous prie ! Comme si une puissance qui nous serait étrangère viendrait en permanence perturber notre bon fonctionnement. Perturber notre envie toute simple celle d'être heureux, anéantir le désir non pas d'affronter la journée, mais de permettre cet assaut cacophonique, ce brouhaha s'emparant immédiatement de nous dès que l'on a posé le pied au sol. Ces rappels au clairon des moments difficiles nous indiquent que la musique n'est pas terminée, qu'elle est faite pour nous, qu'il s'agit de notre invention et que si nous l'avons inventée elle nous est forcément profitable. Que nenni, clairon tais-toi ! Ta musique est fausse et inappropriée. Laisse-nous cinq minutes au moins avant ta torture pour flotter encore sur les nuages de la nuit emportée par le vaisseau des étoiles, allant rejoindre à petits pas la lune pour demain. Quelques minutes glanées comme le mendiant glane son pain quotidien sans penser au lendemain. Sans penser que la vie est dure, décevante, inhumaine souvent, venant tourner les pages contenant ce qu'il y a de plus émouvant et de rebondissant à retenir notre attention. Un long chemin qu'il faut prendre très tôt et abandonner nos jouets, nos joies, nos bonheurs, nos baisers sur le front, nos nuits au clair de lune et ses vaisseaux d'étoiles. Un long chemin, puis un arrêt soudain. Ce long chemin qui a été un attrape-nigaud de tout les jours, une patience extraordinaire à affronter non pas la journée mais jongler avec le bonheur éphémère de vivre, nous disait alors qu'il fallait le suivre et puis aujourd'hui nous en écarter. Ainsi à en revenir à son point de départ et en corriger la trajectoire. Papillons frivoles étions, grands sages désormais deviendrons !
Promenade du jour. 1/2/2020
Encore un jour qui s'achève
Vide de sens, vide de toi.
Un jour trop lent qui tremble…
De ne plus éprouver de joie!
Un jour entier à faire seulement…
Des gestes vains du quotidien soulant!
Absent de désirs et de rêves…
Où les sentiments semblent en grève!
La nuit se répand…
Avec aussi le vent…
La pluie qui bat sur la fenêtre
Et le constat de mon mal-être!
Et pourtant…
Les mots s'alignent machinalement
Et à mon grand étonnement
Défilent les images
Du plus beau de nos âges!
Des images claires de printemps
Et de la tiédeur du temps
Et de la caresse des brises…
Embaumées de senteurs exquises!
Alors je souris tendrement…
A notre image dans le temps.
J.G.


