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Un soir... un livre...

"Au fil des âges" 2009

De l'adolescence à l'âge mur le regard que l'on porte sur la vie n'est pas forcément différent, ce contrairement aux idées toutes faites.

En mettant bout à bout les textes écrits hier et ceux d'aujourd'hui, j'en ai fait le constat sans m'étonner vraiment...

Ce doit être parce que la poésie pour s'exprimer a besoin d'une réflexion qui, si elle est profonde, est finalement intemporelle...

Un petit extrait avant d'aller dormir?

ON M'A DIT :

On m'a dit : C'est seulement dans la souffrance que l'on est grand.

Je voudrais tant être restée petite, sans peines et sans tourments.

On m'a dit : Il faut fuir le bruit pour trouver la paix et l'oubli.

Je voudrais bien ne plus entendre ce silence qui m'assourdit!

On m'a dit : Si tu veux être sage, veille à ne pas trop rêver.

Je voudrais tant savoir où finit ce cauchemar de la réalité?

On m'a dit : Aux trop beaux serments il ne faut jamais croire.

Je voudrais bien avoir gardé ne fût-ce

qu'un tout petit peu d'espoir!

On m'a dit : Si tu savais! Une si longue et raisonnable prose

Je voudrais bien oublier que sans rien dire

tu contais tant de choses...12273325471?profile=original

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Présentation et bibliographie...

D'aussi longtemps que je m'en souvienne, j'ai toujours été intéressée par le théâtre et la poésie.

Très jeune j'écrivis des poèmes que j'enfuis dans une boite.

Ensuite, il y eut la vie…

Aussi ce n'est qu'en 2009 que je pris le temps d'en envoyer un choix à un éditeur.

Depuis, voici ma bibliographie :

Aux éditions Baudelaire

Au fils des âges…, 2009

Insomnies, 1010

Feuillets d'automne…, 2011

Murmure…, 2012

La vie et plus…, 2013

Funambule…, 2014

La couleur des mots…, 1015

Entre deux pluies…, 2016

Vertiges, 2017

Eclats de voix, 2018

Racines, 2019

Aux éditions Acrodacrolivres

Un petit goût de quinquina, 2015 Roman

Aux éditions Atramenta

Un penny pour vos pensées, 2016 Roman

A fleur de peau, 2016 Nouvelles

Un double des clés, 2017 Roman

Un petit détour, 2019 Histoires courtes

Chez LC Productions

A l'encre de ma vie, 2019, CD avec la complicité musicale de Pascal Michaux (la poésie autrement…)

Contretemps, une pièce de théâtre (en attente d'être jouée fin 2020 ou en 2021?)

Et sur le feu : Un douzième recueil prêt pour l'éditeur, quelques nouvelles et billets d'humeur, et le début d'un quatrième roman….

Boulimique de travail et paresseuse… je suis en vie!

J.G.

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12273324895?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
Projection d’une chasse
(huile sur toile, 1938)

      İ Caramba ! il ne faudrait pas que ces trois grands chênes d’Amérique que sont Rivera, Orozco et Siqueiros cachent une forêt de talents. Aussi poursuis-je ici la revue des troupes de cette armée mexicaine de peintres dont le talent mérite d’être signalé.

      A commencer par des peintres muralistes ou rattachés à ce mouvement pictural. Ainsi rendons justice à : Ramόn Cano Manilla (1888-1974), Ernesto El Chango García Cabral (1890-1968), Carlos Mérida (1891-1984), Amado de la Cueva (1891-1926), Emilio García Cohero (1895-1939), Xavier Guerrero (1896-1974), Manuel Guillermo de Lourdes (1898-1971), Emilio Luis Amero Mimiaga (1901-1976), Juan O’Gorman (1905-1982), Julio Castellanos González (1905-1947), Francisco Montoya de la Cruz (1907-1994), Jorge González Camerena (1908-1980), Alfredo Zalce Torres (1908-2003), Luis Arenal Bastar (1909-1985), José Chávez Morado (1909-2002), Fancisco Eppens Helguera (1913-1990), Raúl Anguiano (1915-2006), Fernando Castro Pacheco (1918-2013), Francisco Pancho Mora (1922-2002), Arturo Monroy Becerril (né en 1924), Arturo Estreda Hernández (né en 1925), Arturo García Bustos (1926-2017) ou Guillermo Bravo Morán (1931-2004), pour simplement les nommer car trop souvent ignorés même de volumineux traités (cf. Les précurseurs dans un précédent chapitre).

Comme si, lorsqu’on est provincial, certains étaient actifs à Durango par exemple, il était difficile de retenir l’attention. Hors les murs de Mexico point de salut.

Ou, guère plus valorisant, relégués au rôle d’assistants, ombres de la main du Maître. Maître à qui on attribue le mérite. Et dans l’ombre de son ombre il est pourtant patent que la première muraliste fut une femme, Aurora Reyes Flores (1908-1985), peintre et poétesse. Tant, ainsi que le disait María Izquierdo (1902-1955), « Ce n’est pas facile d’être une femme et d’avoir du talent », ou, pour Camille Claudel en 1913 depuis son asile-exil, « C’était bien la peine de tant travailler et d’avoir du talent pour avoir une récompense comme ça. »  

 

12273325292?profile=originalJuan O’Gorman
Coyoacán, 1905-Mexico, 1982
Projet de monument pour La Naissance de Vénus
(détrempe sur contreplaqué, 1976)
Où les mânes du Facteur Cheval, Dada et le Surréalisme, planent…
Comme dans le jardin tropical de Las Pozas d’Edward James.

Aussi et avant tout architecte, il réalisa notamment la villa de San Ángel

pour Diego Rivera (la maison rose) et Frida Kahlo (la maison bleue).

Ces maisons jumelles et fonctionnalistes sont devenues un

 musée dédié aux trois artistes, le

Museo Estudio Diego Rivera de San Ángel, Mexico.

12273326058?profile=originalFaites entrer la lumière :

fonctionnelle avec ses deux ateliers indépendants, construite en 1933 par Juan O’Gorman selon des principes établis notamment par Le Corbusier (1887-1965), Walter Gropius (1883-1969), le fondateur du Bauhaus, ou Ludwig Mies van der Rohe (architecte allemand naturalisé américain, né en 1886 comme Diego Rivera à qui il ressemblait étrangement, mort en 1969).

Vingt ans plus tard, dans le même quartier de San Ángel, O’Gorman construisit une autre maison, inspirée cette fois du Palais idéal de Ferdinand Cheval (1836-1924).

La Maison Picassiette (Raymond Isidore, 1900-1964) n’est pas loin non plus.

Cette deuxième maison à San Ángel sera démolie en 1969.

Du fonctionnalisme au surréalisme…

Curieuses correspondances

 (photo captée sur le Net)

      Libérateur, le mouvement muraliste, né de la Révolution, porté par les « Trois Grands », devint école. Ecole qui se transforma rapidement en système, avec ses commandes publiques. Système qui entraîna la sclérose lorsque « La charge idéologique et didactique devient l’obstacle qui s’interpose fréquemment entre le spectateur d’aujourd’hui et les peintures de Rivera, d’Orozco et de Siqueiros. », Octavio Paz.

12273326456?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
Scène vaudoue
(huile sur toile, 1929)

« Ne vois-tu pas que le ciel est rouge ?
et jaune est le pré
Que les oranges ont un goût de rose. »
                                                                                  José Moreno Villa (1887-1955)

« Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange. »

Louis Aragon (1897-1982)

Alors se dégagent de nouvelles forces libératoires qui feront des années trente les plus bouillonnantes et les plus fécondes artistiquement. Et change la vision des choses.
       Certains feront des détours du côté du surréalisme (un surréalisme souvent de circonstances), Mérida toujours, ou Rufino Tamayo (1899-1991), qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis (déjà rencontré dans le billet consacré à son rival, Siqueiros). Et autres « Peintres de Mexico » (appellation d’origine contrôlée par Breton), Roberto Montenegro Nervo (1885-1968), Antonio ‘El Corcito’ Ruiz (1892-1964), Augustín Lazo Adalid (1896-1971), Manuel Rodríguez Lozano (1896-1971), Guillermo Meza Álvarez (1917-1997).

12273326490?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
L’amour est libre
(huile sur toile, 1940)
On peut penser à Mirò,
à Buñuel (mort au Mexique en 1983) et à Dalí,
à Un chien andalou
mais peut-on y penser en se rasant ?...

      En 1940 une « Exposiciόn internacional del surrealismo » se tint à la Galeria de Arte Mexicano avec des artistes tant européens (Ernst, Magritte, Mirò, de Chirico, Picasso, Dalí, Tanguy…) que locaux (Lazo, Lozano, Montenegro, Meza et Ruiz, ainsi que Mérida, bien que d’origine guatémaltèque, et José Moreno Villa, d’origine espagnole), cantonnés parmi les « Peintres de Mexico ». Kahlo, Rivera, pourtant peu « surréalistes », étant intronisés dans la section internationale. Le tout coordonné par Wolfgang Paalen et le poète péruvien César Moro*1, évidemment adoubé par Breton qui entend éminemment voir démontrée son intuition que « le Mexique tend à être le lieu surréaliste par excellence ».
Lieu que le poète et mécène Edward James (1907-1984) investit, installe et met en scène folies, ménagerie et sculptures pour en faire le jardin surréaliste idéal à Las Pozas sur la commune de Xilitla dans la Sierra Madre orientale. Utopie qui fit dire à son ami Salvador Dalí qu’il était « le seul fou authentique », « plus fou que tous les surréalistes réunis. » Et la jungle de La Huasteca devint son paradis, sa cité perdue, son « Xanadu surréaliste », le palais d’un Grand Khan émerveillant le Marco Polo de passage en ces lointaines et mystérieuses contrées.
Alors le Mexique, surréaliste ? Oui, si on veut, mais en Union libre,


« Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable. »
                                                                                                    André Breton, 1931

12273327054?profile=originalAntonio Ruiz
Texcoco, 1892-Mexico, 1964
Le rêve de La Malinche
(huile sur masonite, 1939)
Ecartelée entre le songe et la réalité…
Car tout est bon pour s’aliéner les naturels.
Le rapt destiné à former des interprètes par « truchement »,
l’alcool, le travail forcé, la spoliation, le massacre pur et simple,
mais aussi le métissage. Ainsi Hernán Cortés et la Malinche,
Garcilaso de la Vega et la princesse inca Chimpu Ocllo,
John Rolfe et Pocahontas…
Enracinée, car ici le surréalisme est bien ancré dans le réel.

« Oh, mes enfants ! Où pourrais-je vous emporter pour ne pas vous perdre ?» se lamentait la déesse Cihuacόatl lors de la Conquête du Mexique.
Une histoire qui, mêlée à celle de la Malinche, est à l’origine de la légende de La Llorona, « La Pleureuse » déambulant vêtue de blanc.
Qui ne sait rien de l’amour, Llorona
Ignore ce qu’est le martyre.

Ce qui n’empêche pas un certain humour noir, si prisé des surréalistes en général et de Breton en particulier qui en fit une anthologie. Aussi auraient-ils sûrement apprécié l’esprit de ce quatrain extrait d’une ballade traditionnelle mexicaine, Rosita Alvirez, inspirée d’un fait divers survenu en 1883 (ou 1900 selon la chanson).


« La nuit qu’on la tua,
Rosita eut de la chance :
Des trois balles qu’elle reçut,
Une seule était mortelle. »


Fatalisme latino-américain… Une mort vaut bien quatre vers pour qu’elle rengaine. Et Rosita aimait danser, alors pensez, trois balles.
Laissons passer cette oraison funèbre…

« Toi comme moi avons l’œil terne, pierre
Comme moi tu rêves d’un cataclysme
Parmi l’humidité la sécheresse ou le temps indifférent
Une même soif nous accable
Pareil destin : la terre l’ennui
De trop t’avoir fixée ô pierre
Me voilà dans l’exil
Parlant un langage de pierre
Aux oreilles du vent… »
                                                                                 César Moro, Pierre mère, 1943

12273327086?profile=originalJuan Carlos Bracho
Cosautlán de Carvajal, 1899-Mexico, 1966
La Race
Onyx-calcaire vert du Mexique, 1938
Où le festonnage de la pierre évoque nos circonvolutions,
la persistance de la mémoire.
Quand le rêve s’inscrit dans le marbre…
Nul besoin d’interprète, de divan.
Ou, pour paraphraser Magritte,
« L’art, tel que [les artistes mexicains] le conçoi[vent], est réfractaire à la psychanalyse. »
Il n’empêche, le sculpteur a ici habilement su jouer sa partition,
conjuguant son vocabulaire à l’écriture de la pierre,
ce qui n’aurait pas été non plus sans déplaire à Roger Caillois*2.

D’autres se tourneront vers le cubisme ou l’abstraction…

12273327673?profile=originalFernando García Ponce
Mérida, 1933-Mexico, 1987
Présence III
(acrylique, 1973)

      On peut dire que les Street artists contemporains, de Jean-Michel Basquiat à Kara Walker, en passant par la Renaissance de Harlem pendant l’entre-deux guerres, doivent beaucoup aux muralistes mexicains.
       Au Mexique même, un renouveau de l’art mural et de son esprit communautaire a vu le jour avec notamment le collectif d’artistes Tlacolulokos d’Oaxaca, animé par Javier Dario Cánul Melchor et Cosijosea Eleazar Cernas García, dont l’objectif est de redonner la parole au peuple indigène et de lutter contre les trafics, la corruption et la discrimination qui gangrènent le pays.
Ou encore Spaïk, les duos Cix Mugre, aux couleurs électrisantes, et Duek Glez avec qui il collabore généralement signant Cix&Duek, ou Octavio Alegria qui travaille avec l’Espagnole Ester del Prado pour former Alegria del Prado. Modernes et colorées leurs œuvres monumentales sont fortement ancrées dans la tradition et la mythologie préhispanique, avec cette touche de fantastique, de surréalisme qui fait souvent le charme du street-art. Avec eux le muralisme s’ouvre au XXIe siècle, de nouvelles pages s’écrivent sur les murs de nos villes. La rue est devenue livre ouvert sur le monde.
Et Mexico, une nouvelle Roma*3 ?
Roma ville ouverte, Roma sous les bombes de graffeurs fous qui signent généralement d’un pseudo (Andrik Noble, Franc Mun, Neza, Revost, Sego y Ovbal, Saner, Smithe, mais aussi Jorge Telleache). Et si, dans les quartiers, les hommes dominent, des femmes (Paola Beck, María Antonieta Canfield, Sofía Castellanos, Paola Delfín, Lourdes Villagόmez), teintes souvent plus douces et sensibilité environnementale plus affirmée, sont également très actives. Galeristes, spéculateurs et tour-opérateurs sont déjà en embuscade.
Les murales s’offrent une nouvelle jeunesse.

Passant, rafraîchis-toi…
Sirop de la rue, urbaine liqueur, les graffeurs investissent les rues
et nous interpellent avant que la police ne le fasse.

12273328286?profile=originalTlacolulokos (Dario Cánul et Cosijosea Cernas)
Para entrar al barrio (Pour entrer au quartier)
(fresque, Tlacolula de Matamoros, Oaxaca, 2017)
L’état d’Oaxaca, dont Tlacolula de Matamoros est aujourd’hui le chef-lieu, fut le cœur de la civilisation zapotèque. Avec cette expression d’une fierté revendiquée on est loin du stupide graffiti laissé par un tagueur qui n’exprime au mieux que son ego. Ici couleurs vives et messages forts sont des moyens de lutte contre la violence et l’illettrisme qui règnent dans le pays.
(photo captée sur le net)

      Tous ont aussi une dette envers la photographe Lola Álvarez Bravo*4 (née Dolores Martinez de Anda, 1903-1993), connue pour ses reportages et ses portraits de Frida Kahlo, qui innova en réalisant en 1948 les premiers muraux à partir de montages photographiques (elle mit également sur pied la seule exposition personnelle consacrée à Frida Kahlo de son vivant et dans son propre pays, au printemps 1953).

Les stridentistes enfin, groupe formé par le poète Manuel Maples Arce le 31 décembre 1921, avec des peintres tels Ramόn Alva de la Canal, vu au chapitre précédent, Germán Cueto, peintre et sculpteur, Fírmin Revueltas (1901-1935), ou Leopoldo Méndez (1902-1969).
Ce dernier, graveur digne successeur de Posada, fonde en 1937 l’Atelier Graphique Populaire (TGP) avec Pablo O’Higgins (1904-1983) et Luis Arenal Bastar (1909-1985).
       Le Taller de Gráfica Popular est un véritable chaudron où, autour de Méndez toujours très activiste, on conspue le fascisme, le capitalisme, le cléricalisme… et burine à tout va son effroi dans de féroces charges.
Une auberge (posada) mexicaine où gravitent graveurs et peintres en colère de Dieu tels Ignacio Aguirre (1900-1990), Everardo Razmírez Flores (1906-1992), Ángel Bracho (1911-2005), Antonio Pujol Jiménez (1913-1995), Jesús Escobedo Trejo (1918-1978), Gonzalo de la Paz Pérez (1919- ?), Francisco Pancho Mora (1922-2002)… pour ne citer que les moins connus.

12273328299?profile=originalAffiche réalisée par le TGP pour la Fédération des Travailleurs en soutien à Adolfo Ruiz Cortines (1889-1973).
Président du Mexique de 1952 à 1958, il poursuivit une politique d’industrialisation.
1952 est aussi l’année où les Mexicaines obtinrent le droit de vote.
(photo captée sur le net)

      On pourrait croire cet univers exclusivement masculin. Il n’en est rien. Fréquentèrent ce milieu de nombreuses graphistes. Œuvrant pour la liberté je ne saurai sans les nommer vous parler d’elles.

12273329090?profile=originalSarah Jiménez Vernis
Guyen Van Troy (xylographie, 1966)
Nguyễn Văn Trỗi (1940-1964) était un combattant Viêt-Cong pour le Front national de libération du Sud Viêt Nam. Il fut exécuté après une tentative d’attentat contre le Secrétaire à la Défense des Etats-Unis et l’ambassadeur américain. Contre l’impérialisme, il brandit une affiche à la gloire du Président de la République démocratique du Viêt-Nam, Hô Chi Minh.
(photo captée sur le net)

Sans plus de protocole, voici donc Elena Huerta Muzquiz (1908-1997), également muraliste ; Elizabeth Catlett Mora (1915-2012), d’origine afro-américaine elle fut aussi sculptrice et l’épouse du peintre Francisco Mora cité plus haut ; Celia Calderόn (1921-1969), par ailleurs aquarelliste ; Fanny Rabel*5 (née Rabinovitch, 1922-2008), excellente dessinatrice et pionnière du muralisme ; Mariana Yampolsky Urbach (1925-2002), américaine de naissance elle fut de plus une personnalité majeure de la photographie mexicaine ; Andrea Gόmez y Mendoza (1926-2012), pour le reste muraliste ; Sarah Jiménez Vernis (1927-2017), à la pointe sèche et acérée. Ou encore la plasticienne Leticia Ocharán (1942-1997)… Souvent restées dans l’ombre, elles poursuivirent néanmoins leurs desseins et prirent toute leur place dans la révolution plastique (et politique) de leur pays.

12273329262?profile=originalSarah Jiménez Vernis
Ferrocarrileros (Travailleurs du rail)
Combattantes sur tous les fronts, solidaires de toutes les causes du peuple,
comme ici des cheminots, les femmes…
(gravure sur linoléum, 1957)
(photo captée sur le net)

      Des listes qui peuvent sembler fastidieuses mais toutes et tous méritent une mention dans l’histoire de l’art, leurs œuvres d’être diffusées. Une énumération comme lieu de mémoire pour une posthume gloire. Une incantation pour la postérité et provoquer ce vertige poétique cher à Umberto Eco, comme on peut éprouver le syndrome de Stendhal.

12273329867?profile=originalLeopoldo Méndez
Mexico, 1902-1969
Le manège
(gravure sur linoléum, 1944)

« En route vers d’autres rêves nous sommes sortis avec la fin du jour ;
une étrange aventure nous a effeuillés dans le bonheur de la chair. »
                                                                              Manuel Maples Arce (1898-1981)

      La vie est un manège, un théâtre de marionnettes, aussi tournons cette page pour revenir à Germán Cueto et son épouse Lola pour un dernier tour et nous enivrer au son strident du limonaire.

12273329890?profile=originalGermán Cueto
Mexico, 1893-1975
Tête cubiste
(huile sur fibracel, 1948)

Germán Cueto fut également marionnettiste
avec sa femme Lola (née María Dolores Velásquez Rivas, 1897-1978),
exploitant la puissance subversive de leurs fantoches.
Je vais vous les présenter…

12273330859?profile=originalMarionnettes de Lola et Germán Cueto
Comme la caricature, le pamphlet, le street-art
la marionnette cogne sur le pouvoir.
Ainsi font font font Guiñol et Gnafron.

12273330699?profile=originalDebout devant la Casa Azul de Frida Kahlo à Coyoacán

(aujourd’hui Museo Frida Kahlo)


« Devinez, devinez qui je suis
Derrière mon loup, je fais ce qui me plaît… »*6
(photo captée sur le net)

12273331462?profile=originalÁngel Zárraga y Argüelles (1886-1946)
La femme et le pantin
(huile sur toile, 1909)

Rideau !
Toutefois, afin de montrer toute la diversité de la peinture mexicaine du XXe siècle et que la terre ne tourne pas autour du seul axe Paris/New-York, un dernier billet sera consacré aux Contemporáneos
Quant à la première partie de cette série, c’est ici :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-jos-david-et-les-autres-que-viva-mexico

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 César Moro (Alfredo Quíspez Asín, dit ; 1903-1956), poète surréaliste, résida au Mexique de 1938 à 1948, il y développa son langage, devenant également le porte-parole du mouvement.


*2 Roger Caillois (1913-1978), compagnon de route des surréalistes, auteur, entre autres, de Pierres, L’écriture des pierres, Pierres réfléchies. Pour lui :
« Laisser passer en soi la nature, ce n’est pas pour l’homme tenter ou feindre de retourner au nerf ou à l’inerte, ni essayer de se démettre des pouvoirs qui lui sont échus.
C’est, au contraire, les approfondir, les exalter et les contraindre à de nouveaux devoirs. »
Ce que fit l’artiste, plier la pierre calcaire à son imaginaire, donnant à La Race indigène ce port fier et accomplissant ainsi cette formulation de son compatriote Octavio Paz :
« La fonction de l’art est nous ouvrir les portes qui donnent de l’autre côté de la réalité. »
A propos d’onyx, il en est de deux sortes, sans rapport aucun si ce n’est une certaine analogie de forme. L’onyx, une calcédoine ou agate, généralement à deux couches, blanche et noire, de la silice (SiO2) donc qui sert notamment à confectionner des camées. Et l’onyx, une sorte de marbre plus ou moins rubané et translucide, une calcite (CaCO3) en conséquent, utilisé pour la décoration ou la statuaire. En outre, la première est dure et résistante, la seconde tendre et cassante. Dans le cas de la pierre employée ici par le sculpteur on doit parler de marbre-onyx ou onyx-calcaire.


*3 Roma est un quartier de Mexico très investi par les street artists. Avec toutes ces infos gringos vous voilà tout de go un peu devenu Chilango (terme familier pour natif de Mexico, un peu comme en argot Parigot).


*4 Lola Álvarez Bravo fut d’abord l’assistante puis l’épouse, de 1925 à 1934, du célèbre photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo (1902-2002). Deux autres photographes aujourd’hui renommées, Graciela Iturbide (née en 1942) et Flor Garduño (née en 1957) furent également ses assistantes. Toutes trois ont su saisir la tension entre tradition et modernité et capter l’attention d’un vaste public. Elles prolongent en quelque sorte le travail de Tina Modotti (née à Udine en Italie en 1896, morte à Mexico en 1942). Sensibilité à fleur de pellicule, perspective moderniste, révolutionnaire, elle immortalisa notamment les femmes de la petite communauté matriarcale de Tehuantepec dont je vous ai brièvement entretenu dans mon article « Femmes, fières, rebelles. » Elles sont d’indispensables témoins de leur temps. Cette note complète donc mon billet-hommage aux femmes peintres auquel je vous renvoie :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-rebelles-3e-parie-alice-lilia-leonora-remedios-au


Objectif en bandoulière, qu’il me soit permis d’ajouter ici dans un champ de vision élargi, Kati Horna (1912-2000), d’origine hongroise, mexicaine d’adoption décédée à Mexico, la Suissesse Eva Sulzer (1902-1990), autre « sorcière » du surréalisme qui réalisa un reportage en 1939 pour la revue DYN dirigée par Wolfgang Paalen, et Mariana Yamposky Urbach (1925-2002), graveuse et photographe d’origine américaine. Sans oublier Gisèle Freund (1908-2000), la « sociologue de l’image », qui passa au Mexique deux ans de sa vie, ce pays « où rien n’est médiocre ni insignifiant ». Toute une bande sensible qui a su aller au-delà de la surface et tirer leur vérité des épreuves.


*5 Fanny Rabel fut l’élève de Frida Kahlo, elle formait avec Arturo Monroy Becerril, Arturo Estreda Hernández et Arturo García Bustos, ceux que Frida appelait malicieusement los Fridos.


*6 … David Bowie
(photographie de Fernando Aceves, 20/10/1997). Germán Cueto, qui séjourna à Paris entre 1927 et 1932 avec sa femme Lola, créa de nombreux masques, en métal ou en terre-cuite, alliant cubisme et traditionalisme. Une coutume bien établie au Mexique où ils sont souvent réalisés en papier mâché. Et que l’on ne me dites pas comme Martine Aubry que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », les paroles sont de La compagnie créole. Derrière mon écran, cet autre masque, je contrôle tout.

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Sur un pupitre, un arbre, un mur





Un pupitre de bois et un banc attaché ;

Un plumier devant, une plume violette,
Trempée dans l'encrier de verre bleuté,
Y pousse, légère, une ode muette.

Par la fenêtre, teintée de rosée,
La cour d'une école et quatre marronniers
Balancent, frivoles, depuis des années
Les amours à naître promis à leurs pieds.

Et là, gravée sur le mur blanc d'un couloir,
Où y trônent accrochés aux porte-manteaux
Des prénoms entrelacés aux chants d'espoir,
Une fleur est soulignée d'un petit mot.

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administrateur partenariats

En ce printemps 2020...

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En ce printemps 2020,

jamais, depuis des décennies, le ciel n'avait été aussi pur.   

 La profondeur des bleus donne le tournis à l'artiste que je suis.

Sans doute, les peintres de la Renaissance ont-ils connu cet azur sublime,

cette transcendance qui les a hissé au plus haut de l'excellence,

sans doute les peintres impressionnistes,

ceux des campagnes, ceux de Bretagne, de Barbizon,

ont-ils pu sortir de l'atelier et voler,

dans les célestes turquoises,

qui nous font tant rêver...

Regardons ce ciel pur et profitons, évadons nous un instant...

LM

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L’ESPACE ART GALLERY, située désormais à la Rue de Laeken, 83, 1000 Bruxelles, a inauguré du 04-O5 au 03-O6-18, sa première exposition intitulée TROPISME, consacrée au peintre français, Monsieur ARNAUD CACHART.

Ce qui dans l’œuvre d’ARNAUD CACHART frappe au premier contact, c’est la mise en scène d’une atmosphère « endiablée ». Une atmosphère endiablée, adoucie par la présence de la Femme, conçue comme le produit d’une nature mythifiée. A certains moments, le visiteur est saisi par la force de la représentation chorégraphique, mettant en scène la transe ou l’endormissement. Deux états, en apparence opposés, réfléchissant les deux états du récit mythologique soulignés par Nietzsche : le déchaînement dionysiaque suivi du repos apollinien. L’un procédant de l’autre dans l’accomplissement du geste créateur.

LES EPIGEES (DANSEUSES) (73 x 100 cm- huile sur toile de lin).

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Il y a une dimension bachique dans cette œuvre. Un feu dionysiaque anime la composition. Dans une série de contorsions  chorégraphiques, nous ressentons l’écho de la Grèce antique dans une transposition moderne faisant référence à l’adoration archaïque de l’Homme pour le cosmos. Adoration perdue que la musique et le théâtre associés ont retrouvé au début du 20ème siècle dans des œuvres telles que LE SACRE DU PRINTEMPS de Stravinski et Diaghilev. Cette œuvre se distingue par une série de contorsions chorégraphiques dont on retrouve l’écho dans la nervosité des drapés. Un trait culturel de l’art consiste à donner au vêtement une dimension sociale et morale. Dans cette œuvre, le vêtement au drapé torturé sert de miroir à la nudité psychique des corps.

PROMESSES NOCTURNES (50 x 100 cm-huile de lin sur toile)

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Ce même vêtement, ici lacéré, recouvre le visage des deux personnages féminins au centre de la toile et sur la gauche. La lacération du linceul témoigne du déchirement passionnel des personnages. Car la caractéristique majeure de l’œuvre de l’artiste est celle de traiter de l’aspect le plus symbolique du récit mythologique : celui des passions traduites dans l’image du divin aux prises avec le labyrinthe pulsionnel. A’ l’instar du théâtre et de la danse (ou pour mieux dire, la transe), la passion a pour effet d’étirer les corps, de les rendre convulsifs.  

Et surtout, comme en témoigne l’œuvre de l’artiste, de masquer les visages, soit en les enfouissant dans le sol, soit en les occultant par la chevelure en bataille, soit en les effaçant dans l’étoffe d’un voile.

Le repos apollinien trouve son expression dans LE PARADIS RETROUVE (106 x 89 cm-huile sur toile de lin)12273289452?profile=original

Les corps recroquevillés des deux personnages féminins à l’avant-plan, témoignent d’un intérêt certain pour la sculpture, considérée comme un instantané du mouvement saisi de la danse, centré dans les poses du repli et de l’étirement. Observez particulièrement le personnage de gauche : remarquez le repli des bras se terminant par les mains renfermées sur elles-mêmes, laissant entrevoir un espace comme couvé entre les doigts. Remarquez également la conception des jambes dont la gauche rejoint le bras gauche dans une symétrie parfaite. Notez la façon dont la tête, inclinée, est comprise entre l’omoplate et la terminaison des mains. Le personnage féminin de droite, toujours à l’avant-plan, témoigne du même intérêt pour la sculpture dans la mise en exergue des os structurant la colonne vertébrale. L’image de la Femme se confond avec celle de la nature dans un rapport mythologique avec la phase sacrificielle : tout contribue à célébrer la vie et la Femme en est l’Alpha et l’Omega. Mais autour d’elle, quelle explosion symphonique de couleurs! Orchestrées autour d’une dominante jaune vif, des notes à la fois vives et chaudes, telles que le rouge, le brun, le  bleu et le vert contrastent avec le noir, placé à des endroits stratégiques comme à la gauche de la toile, à partir du bas vers le haut. Le feu enflamme la toile. Il ne s’agit pas d’un feu destructeur mais bien d’un feu de vie, à l’intérieur duquel volent des oiseaux. Le feu est partout présent, engendré, notamment par des calices de fleurs expulsant des bougies allumées (avant-plan à droite). Par la présence de femmes, sur le plan moyen vers la droite, vêtues d’une robe dont les plis s’envolent telles les volutes d’un feu follet. Néanmoins, cette œuvre nous permet de comprendre qu’elle est avant tout celle d’un dessinateur. Un dessinateur pour qui le trait est capital pour circonscrire la matière une fois posée sur la toile. A’ titre d’exemple, l’œil nu peut encore percevoir le dessin sous-jacent qui dépasse très légèrement de la position actuelle vers le haut de la jambe gauche du personnage féminin recroquevillé, sur la gauche, à l’avant-plan.

Même si le dépassement du trait est à peine perceptible, cela offre une rare opportunité pour le visiteur de se rendre compte de son importance dans la conception et l’éclosion de la forme.

Cette curiosité s’observe également chez bien des maîtres de la peinture classique.

La couleur trouve son expression de la symbolique associée à l’image de la Femme. En l’occurrence, la couleur marron-ocre (brun rehaussé de rouge vif), créant la matière du sol terreux envahissant le corps de deux personnages féminins à l’avant-plan.

Dans bien des mythologies, la Femme est une terre parce qu’elle enfante. Ces deux personnages féminins semblent émerger de la terre nourricière. Sur la gauche, la divinité statufiée de Zeus assure la continuité mythologique de la scène. Au fur et à mesure que la communion mystique avec Zeus s’affirme, le chromatisme change. La lumière recouvre le corps du troisième personnage féminin agenouillé aux pieds du dieu. A’ un point tel que la blancheur, presque virginale, se marie avec celle baignant le torse de la divinité grecque. Remarquez la dextérité du dessin faisant partir la toge du dieu à partir des broussailles. Observez la haute qualité quant au traitement des plis typiques de la sculpture classique. A’ ce titre, la morphologie de la divinité traduit l’intérêt de l’artiste pour l’art grec revu par la Renaissance, car à y regarder de près, ce Zeus en majesté a des traits proches de ceux du MOISE de Michel-Ange (1513-1515), particulièrement dans le traitement laineux et touffu de la barbe.    

LES GEISHAS-LES RIVALES (73 x 92 cm-huile sur toile de lin12273289097?profile=original

apportent à cet ensemble toute la délicatesse orientale qu’exige la conception d’un visage asiatique dans sa sophistication. Notez l’expression lointaine des regards. Le personnage de gauche a les yeux mi-clos, tandis que celui de droite fixe un point indéfinissable. Jamais leur regard ne se croise. Intéressant est également le jeu des mains : une main saisit trois doigts de l’autre. Remarquez aussi le statisme des deux femmes : il y a manifestement occultation du sentiment dans le rendu à la fois psychologique et corporel. Mais comme le titre l’indique, ces femmes sont des rivales et ce calme apparent ne fait qu’annoncer la tempête.

Il serait inexact de parler de « deuxième écriture » car bien des détails sémantiques se retrouvent dans l’extension de cette œuvre, tels que le chromatisme.

Néanmoins, KALEIDOSCOPE PRIMITIF (89 x 116 cm-huile sur toile de lin)

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évoque un Eden qui se réfléchit de façon subconsciente dans l’image de cette femme mythologique qui depuis des millénaires structure le récit, à la fois onirique et littéraire. KALEIDOSCOPE traduit un art que les historiens qualifient erronément de « naïf ». Et cette appellation a subsisté, faute de mieux. Il n’y a rien de « naïf » à se projeter dans le temps de l’Eden. Car toute civilisation, aussi technologiquement développée soit-elle, a conçu un « Age d’or ». La preuve en est qu’elle ne manque jamais une occasion de s’y référer. Et ce, depuis le 18ème siècle, dans la création rousseauiste du mythe du « bon sauvage », mettant en exergue les tares inavouées de la civilisation occidentale, à l’aube de ce que sera ultérieurement la Révolution industrielle. Dans cette œuvre, la dominante jaune vif s’atténue jusqu’à disparaître partiellement. Elle est remplacée par le vert (en dégradés), contrebalancé par des notes bleues, rouges et blanches concrétisant la matérialité de la cascade se diluant dans l’élément liquide. La Femme est absente mais elle est remplacée par la virginité de la nature. Cette œuvre, réalisée suite à un voyage au Venezuela, traduit la pureté de l’émotion.

L’œuvre picturale exposée met en exergue l’expérience du voyage de la part de l’artiste. Ce dernier a fait des études littéraires jusqu’à devenir professeur de Littérature. Vous l’aurez bien évidemment remarqué, la Mythologie classique tient une place prépondérante dans son œuvre picturale. Outre la poésie qui se dégage des toiles, apparaît une intellectualisation du rôle de la Mythologie par le biais du personnage de la Femme : elle donne le meilleur d’elle-même en renforçant le sentiment d’appartenir à un Tout empirique à l’intérieur duquel hommes et femmes participent de la même tragédie. Nous sommes en plein dans la pensée grecque que le théâtre antique a si merveilleusement exprimé en explorant des personnages féminins tels que Médée. Ces femmes sont, dans leur féminité, des référents masculins devant faire ressortir le courage des hommes aux prises avec des situations dramatiques. Les femmes du PARADIS RETROUVE (cité plus haut) saisissent Zeus dans sa plénitude. Elle s’échappent de toute possibilité de possession et si elles s’offrent, ce n’est qu’à partir de leur volonté. Le classicisme a toujours fasciné l’artiste par sa beauté. Il voit dans Rodin le continuateur du beau et de l’intemporel. De formation autodidacte, il peint depuis l’âge de vingt-six ans. Sa technique de prédilection est l’huile sur toile de lin.

L’artiste a une particularité qui consiste à dissimuler sa signature à l’intérieur de sa toile. Il ne la place pas en évidence comme la majorité des peintres. Ses initiales s’enserrent toujours à l’intérieur d’un détail de l’œuvre. Ce système convient parfaitement car le regard, d’abord happé par une myriade de détails, se laisse tout doucement absorber dans les méandres chromatiques de l’espace pictural.

ARNAUD CACHART, renoue avec l’humanisme classique, dans l’image ainsi conçue de la Femme en tant qu’élément fondateur de la civilisation humaine

François L. Speranza.

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A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste, Arnaud Cachart et François L. Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(03-06-2018)   

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N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul

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Signatures de l'artiste Arnaud Cachart.

Collection "Belles signatures"  © 2017 Robert Paul 

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Photos de l'exposition à l'ESPACE ART GALLERY

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                                        DE L’ABSTRACTION DES CORPS : L’ART DE DEJAN ELEZOVIC

Du 08-06 au 30-06-18, l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken, 83, 1000 Bruxelles) a eu le plaisir de vous proposer une exposition dédiée à l’œuvre du sculpteur suisse, Monsieur DEJAN ELEZOVIC intitulée LA PORTE DU REVE.

Il y a des moments où, une fois entré dans la dimension onirique, l’ « abstraction » (faute de la définir autrement) se dilate en un ensemble de formes que seul le rêve, en tant que véhicule vers une dimension transcendantale, se risque dans une interprétation subjective. Et cela rejoint l’objectif de la sculpture moderne naissante des années ’20.

Des artistes tels que Brancusi se livrèrent à ce travail de mise en parallèle entre formes issues du vocabulaire culturel et onirisme. Il est merveilleux de constater qu’à partir de formes échappées du classique, les œuvres se sont dirigées vers une élongation, pour ne pas dire un étirement à outrance, conduisant à des résultats à première vue non aboutis, parce qu’aux antipodes de ce qui était considéré comme « connu » par une société bourgeoise engoncée dans un conformisme qualifié de révolu par l’avant-garde et fuyant les mutations de toutes sortes, en particulier le changement d’elle-même. Mais ce qui était « connu » et considéré comme définitif était, en dernière analyse, le corps humain restitué dans les proportions établies par le classicisme gréco-romain. Dès lors, l’apparition de l’abstraction en matière de sculpture au début du 20ème siècle, va bouleverser la perception totale de l’œuvre sculptée. Il en va de même pour la peinture sauf que la sculpture va carrément s’introduire dans la pierre, en débusquer toutes ses caractéristiques minéralogiques pour mieux les soumettre aux impératifs techniques et symboliques de la création. L’abstraction appliquée au corps humain brisera à tout jamais l’illusion de la connaissance dans la représentation du corps, à partir d’une rupture sémantique.   

DEJAN ELEZOVIC nous rappelle que son œuvre « contemporaine » par la date, participe de la philosophie du début du siècle dernier. Il nous offre des pièces sur bois qui adoptent souvent des torsions du buste, à la base « classique », pour se perdre dans les méandres que seul le rêve peut à la fois animer, interpréter et prolonger. Dire que l’essentiel de son œuvre est constitué de « pleins » et de « vides » résulterait à s’engouffrer dans la banalité. Mais à y regarder de près, ces pleins et ces vides, constitués de courbes et d’évidements, évoquent une nostalgie de la figure humaine transcendée par une esthétique à l’écoute de l’art moderne.

Ne perdons jamais de vue qu’en matière de sculpture, le mouvement se produit par la rotation du visiteur autour de l’œuvre. SOUVENIR présente deux surfaces enflées : la première dans le bas, l’autre dans le haut de la pièce. Au milieu de celle-ci, une surface évidée unit les deux parties.

      SOUVENIR12273292269?profile=original

Est-ce l’évocation d’un buste? Est-ce simplement un travail sur la forme? Néanmoins, LE DISCOBOLE de Myron (5ème s. avant J.C.) n’est-il pas, lui aussi, un travail sur la forme à partir du corps? Myron reprend une forme connue, l’image de laquelle nous sommes issus : le corps humain. Le corps humain aux prises avec une action socialement connue : celle de lancer un disque, dont l’issue aura des connotations religieuses donc politiques.  

DEJAN ELEZOVIC évoque une idée traduite dans une langue onirique laquelle demande une interprétation plastique subjective, à la fois de la part de l’artiste comme du visiteur. Cela dit, la dialectique demeure la même, en ce sens que derrière le DISCOBOLE s’abrite une idée, non seulement physique du corps mais aussi psychique de ce dernier.

Un parallèle intellectuel (même idéalisé) entre beauté extérieure (le corps) et beauté intérieure (l’Etre). L’artiste, lui, émet un parallèle unissant le corps dans son idée avec la Nature dans sa totalité sensible en se focalisant sur les propriétés spécifiques du bois qu’il traite. Car, délaissant la pierre qu’il trouve moins vivante, il donne la priorité au bois qui, par ses anneaux séculaires, porte en lui la trace visible du temps.

L’OISEAU PENSIF nous ramène à une réalité transcendée. Le discours esthétique demeure le même : deux formes de dimensions opposées, une grande vers le bas signifiant le corps, une autre plus petite signifiant la tête, composant non pas l’oiseau mais bien l’idée de l’oiseau. Un savant jeu de torsions fait que la tête du volatile est tournée à la fois sur sa droite (vue de derrière) et sur sa gauche (vue de devant). La patine joue un rôle primordial dans l’élaboration de la forme en faisant coïncider l’avant du bec avec (dans le bas) la proéminence du ventre de l’oiseau.

      L'OISEAU PENSIF

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COLOMBE DE LA PAIX. L’œuvre a ceci de commun avec L’OISEAU PENSIF (cité plus haut), à savoir qu’elle est associée au piédestal (également de bois) qui la soutient, prenant la forme d’un tronc fendu sur ses deux côtés en son milieu. Ces deux pièces expriment la démarche créatrice de l’artiste : sa prédilection pour le bois par rapport à la pierre (signalée plus haut), le conduisant à créer un assemblage d’images mentales par le biais de la matière. L’oiseau, qu’il soit colombe, perroquet ou moineau, participe comme le bois de la Nature. Posé sur le bois du piédestal, il symbolise l’union entre l’arbre et le volatile. L’un participant de l’autre. Si le piédestal portant la colombe demeure simple, celui de l’OISEAU PENSIF est conçu de façon complexe. Scié en son milieu, une structure cubique en plomb sépare le volatile de son tronc.

      COLOMBE DE LA PAIX

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Cette structure se prolonge dans la fente provoquée par la scie jusqu’à se prolonger vers le bas. La couleur cendre de la structure en plomb résulte du ponçage ainsi que de l’effet de l’air sur la pièce polie.

ELLE DORT présente à l’instar de SOUVENIR (cité plus haut) une forme languissante, abandonnée au sommeil. Sont-ce des jambes?  La partie arrière d’un torse touchant le coccyx? Le haut de la pièce présente un plan incliné, lequel renverse son rythme pour lui accorder une sorte de balancement, accentué d’angles en pointes, vers le bas et vers le haut, comme pour souligner une forme vivante affaissée par le poids du sommeil. La coloration du bois révèle, dans sa partie gauche (par rapport au visiteur) l’éveil d’une sensualité.

      ELLE DORT 

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GARDIENS DU REVE Cette piève unique est sans doute la quintessence de l’exposition car elle allie ce qui confère l’âme de la sculpture moderne occidentale, héritée des arts dits « primitifs », à savoir l’interaction vitale entre pleins et vides. Les vides épousant les pleins dans leur intériorité, ceux –ci se multiplient à l’extérieur par des excroissances rappelant les membres, à la fois osseux et musclés d’un corps humain. Remarquez cette dichotomie ressentie entre l’extrastructure et l’intrastructure de la pièce, accentuée par la patine noire qui recouvre l’intérieur de la sculpture. Cette partie intérieure se différenciant de l’extérieure sert d’ouverture béante -« un ventre »- autour duquel s’organise ce qui sera la forme : un ensemble architectural unissant intérieur et extérieur dans un tout formel. L’ouverture en son milieu n’existe que pour dévoiler les mécanismes internes d’une gestation.

      GARDIENS DU REVE

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REVE est la seule pièce de l’exposition qui ne soit pas en bois mais en albâtre, un minéral extrêmement malléable. Sa blancheur irradiante, sa dimension diaphane, offrent au visiteur l’occasion de « rêver », c'est-à-dire de fixer longuement un nuage jusqu’à ce que l’œil médusé s’abandonne à des aperceptions et prolonge son voyage onirique.

      REVE

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DEJAN ELEZOVIC, qui a fréquenté l’Académie de sculpture de Pristina, sculpte depuis plus de vingt ans. La sculpture a toujours été son moyen d’expression par excellence puisque étant enfant, il sculptait déjà lui-même ses jouets. Le bois est, par conséquent, un matériau sacré pour lui. Les matériaux usités sont principalement le saule, le tilleul, le cerisier et l’orme. Ses pièces ont une hauteur moyenne d’une trentaine de centimètres, à l’exception de GARDIENS DU REVE (cité plus haut) laquelle totalise environs une soixantaine de centimètres.  

Comme pour la pierre, il veut dévoiler la forme qu’elle cache. L’artiste voit dans son élongation la meilleure façon de présenter la noblesse du matériau.

Il y a dans sa façon de sculpter ce que l’on pourrait appeler la « nostalgie du corps humain », car soucieux d’impulser la vie, l’on trouve dans ses formes des parties non précisément anatomiques mais que l’imaginaire du visiteur peut interpréter comme telles. Il ne représente jamais la réalité mais s’en inspire par le rêve dans son rendu esthétique.

A’ ce titre, il coupe le bois sur sa longueur pour la dégager sur quatre pièces, toujours soudées, puis il tourne le rendu sur lequel sculpter et le lisse. Nous envisagions, plus haut, la dialectique du beau dans la Grèce antique. Cette dialectique passait de l’Agora à l’atelier du sculpteur. DEJAN ELEZOVIC entreprend un itinéraire différent mais qui l’amène au même résultat : il part de la forêt (la Nature) pour atteindre l’atelier. Evidemment, la présence de la Nature fait aussi partie de cette même dialectique dans la Grèce antique, puisque la pierre, en l’occurrence le marbre (particulièrement celui de Paros) participe également de la Nature. Cela dit, la suprématie de l’intellect sur la matière l’emporte sur le reste. Et c’est précisément contre cette suprématie de la matière l’emportant, notamment, sur les sens que la sculpture moderne du début du 20ème siècle s’est attaqué avec des sculpteurs tels que Brancusi (cité plus haut) et surtout Hans Arp que notre artiste a beaucoup étudié au point d’en subir son influence. Aujourd’hui, le combat est gagné, ce qui a permis à des artistes tels que DEJAN ELEZOVIC de tourner leur interrogations vers la Nature en accordant à la forme une dimension polymorphe. Le bois rejoint la pierre dans un retour vers une esthétique « moderne ».

Peut-il y avoir derrière cette sculpture une volonté de retourner vers un certain « classicisme moderne » ? Le titre choisi par l’artiste pour illustrer son exposition est LA PORTE DU REVE. Son acte créateur symbolise cette porte. Car le rêve (éveillé ou en phase paradoxale) est en lui-même une création puisqu’elle implique l’imaginaire et le vécu émotionnel de l’artiste (ou du rêveur). Et c’est par la grande porte que l’artiste nous invite à rejoindre son univers.

DEJAN ELEZOVIC part de la Nature pour y retourner dans une conception rêvée touchant souvent à l’abstrait pour en exulter le créé.   

François L. Speranza.

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A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste Dejan Elezovic et François L. Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

R.P. 

 

                                                   

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N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul 

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L’ essai « Dieu d’eau » de l' explorateur et ethnographe Marcel Griaule fut publié en 1948.

Dirigeant, avec Mme G. Dieterlen, une mission scientifique en Afrique occidentale, Marcel Griaule a, pendant plus de quinze ans, étudié les moeurs et la langue d'une tribu africaine considérée comme une des plus arriérées: les Dogons, population d'Afrique de l'Ouest dans la boucle du Niger. Lorsque la mission fut bien au courant des institutions, coutumes et rites de ce groupe, l'auteur reçut de la bouche de l'un des "anciens" de la tribu, le chasseur aveugle Ogotemmêli, la révélation de la cosmogonie et de la théogonie dogon, enseignement qui démontra que ces traditions sont extrêmement élaborées, qu'elles constituent une explication systématique du monde et de l'homme, et que, par conséquent, bien des notions européennes quant à la mentalité noire, dite primitive, sont à réviser entièrement. "Dieu d'eau" retrace les conversations de Griaule avec Ogotemmêli, conversations qui durèrent trente-trois jours et qui, en faisant surgir une métaphysique d'une très grande complexité, jettent une lumière nouvelle sur les cérémonies et les rites africains que l'on connaissait déjà, mais dont on ne soupçonnait pas la philosophie profonde. Déjà, le titre de chacune des trente-trois journées peut nous éclairer sur la nature des ntretiens: "La première parole et la jupe de fibres", "La seconde parole et le tissage", "La troisième parole et le grenier de terre pure", "La troisième parole et le vomissement du système du monde", "La troisième parole et les travaux de rédemption", "Invention de la mort". Pour entreprendre de décomposer le système du monde, Ogotemmêli sait commencer à "l'aurore des choses" et repousser les détails sans intérêt comme par exemple la formation des quatorze systèmes solaires dont parle le peuple, à terres plates et circulaires disposées en pile. C'est ainsi qu'il ne traite que du système solaire utile: le dieu Amma, dieu unique "avait créé le soleil et la lune selon une technique plus compliquée qui ne fut pas la première connue des hommes mais qui est la première attestée chez Dieu: la poterie. "Le dieu lança la glaise dans l'espace -elle s'étale, gagne au nord qui est le haut, s'alloge au sud qui est le bas, même si tout se passe à l'horizontale. La terre "s'étend à l'orient et à l'occident, séparant ses membres comme un foetus dans la matrice... Elle est un corps, c'est-à-dire une chose dont les membres se sont écartés d'une masse centrale." Ce corps est une femme, posé à plat, face au ciel. "Amma qui est seul et veut s'unir à cette créature, s'approche d'elle." Ce fut le premier désordre de l' univers. La force vitale de la terre est l' eau. Dieu a pétri la terre avec de l'eau. Même la pierre possède cette force, car l'humidité est dans tout, jusque dans la parole par la salive. Les entretiens de la deuxième journée nous expliquent le verbe à partir du métier à tisser: la peau sur laquelle file la femme est le soleil, car le premier cuir utilisé ainsi a été celui du soufflet de forge qui avait contenu le feu solaire; le tournoiement du fuseau est le mouvement de la spirale de cuivre qui propulse le soleil, spirale que figurent souvent les lignes blanches ornant l' équateur de la fusaïole; le fil descendant de la main de la fileuse est le fil de la Vierge, le long duquel est descendu le système du monde; "la parole est dans le bruit de la poulie et de la navette. Tout le monde entend la parole; elle s'intercale dans les fils, remplit les vides de l'étoffe. Elle appartient aux huit ancêtres; les sept premiers la possèdent, le septième en est le maître; et elle est le huitième." "Les

paroles des sept ancêtres remplissent les vides et forment le huitième. La parole étant eau, chemine selon la ligne chevronnée de la trame." Outre cet ouvrage remarquable sur les Dogons de Marcel Griaule, citons "Jeux Dogons" (1938), "Masques Dogons" (1938).

« […] après son accident, il avait appris davantage encore. Replié sur lui-même, sur ses autels et sur chaque parole entendue, il était devenu l’un des plus puissants esprits des Falaises […]

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                ABSTRACTION LYRIQUE - IMAGE PROPHETIQUE : L’ART DE KEO MERLIER-HAIM

Du 04-05 au 03-06-18, l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken, 83, 1000 Bruxelles) a eu le plaisir de vous présenter une exposition consacrée à l’artiste-peintre française, Madame KEO MERLIER-HAIM, intitulée LES LUMIERES DE L’AME.

Le propre de l’abstraction lyrique c’est qu’elle peut prendre bien des aspects. Elle se définit, néanmoins, par cette éclosion de couleurs chatoyantes aboutissant à cette forme que l’on définit « abstraite ».

L’abstraction de KEO MERLIER-HAIM a ceci de particulier qu’elle ne laisse rien transparaître au premier contact. Il ne s’agit pas pour autant d’une peinture à l’approche « difficile ». Néanmoins, elle laisse de prime abord un goût « hermétique ». Peut-être parce que la plupart des œuvres exposées partent d’un arrière-plan noir duquel émergent les couleurs extrêmement vives, à certains moments aveuglantes, pour les faire ressortir de la manière la plus abstraitement fauviste possible. Les couleurs semblent, à première vue, se bousculer, devenir chaotiques. Mais ce n’est qu’une impression que le visiteur dépasse aussitôt, une fois qu’il immerge son regard à l’intérieur de la toile. Ce sentiment de chaos est rapidement dépassé lorsqu’on s’aperçoit qu’en réalité, chaque élément chromatique s’enserre dans la zone qui lui est destiné.

Partons de CLAUSE SUSPENSIVE Les couleurs émergent d’un arrière-plan noir intense, interrompu de violet et de mauve en son centre. De la partie supérieure gauche tourbillonne un halot doré. Cette particularité à part, tout est en quelque sorte, mathématique en ce sens qu’il permet une lecture à partir de l’avant-plan vers le bas : trois zones chromatiques se définissent, annonçant une quatrième recouvrant la majorité de l’espace. Une première zone dominée par le violet amène, tel un premier gradin, le regard vers le haut, suivie d’une deuxième zone jaune-or. Celle-ci annonce un troisième espace dominé par le rouge vif. A’ partir de cette étape, une quatrième zone chromatique monopolise l’espace par le noir. L’on a le sentiment que ces quatre strates représentent des étapes, des moments de conscience mûrement réfléchis sur la toile. Tout créateur porte en lui sa mythologie personnelle.    

 CLAUSE SUSPENSIVE (89 x 116 cm-huile sur toile de coton)       

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Nous ne faisons que créer à partir de notre propre mythologie. Le discours qui sous-tend l’œuvre de cette artiste est empreint de ce qui concrétise et anime son for intérieur.

Dans cette œuvre se dessine, à l’arrière-plan du visible, un désir d’encouragent, compris comme une adjonction au dépassement de soi. 

FRACTION DE SECONDE  est la seule œuvre exposée à se définir à travers une véritable géométrie.

FRACTION DE SECONDE (80 x 116 cm-huile sur toile de" coton)

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Un triptyque en un seul plan décompose trois zones. Chacune d’elles définit deux couleurs : bleu-vert pour la partie droite. Rouge-vert  pour la gauche.

Le centre réunit une ramification de tonalités essentiellement composée de vert-clair, de blanc vaporeux, de mauve-clair sur le haut comme sur le bas, l’un répondant à l’autre. Le tout étant structuré par un cercle projeté depuis l’avant-plan noir, lequel est divisé par deux barres noires dans sa partie médiane. Si une impression de chaos submerge CLAUSE SUSPENSIVE (cité plus haut) un sentiment de rationalité dicté par la matérialité sauvage de l’œuvre envahit FRACTION DE SECONDE. Le titre, très explicite, appuie picturalement la scansion du temps. Il est d’ailleurs rarissime qu’une œuvre picturale déconstruise le temps d’une façon aussi chirurgicale. Les trois espaces sont scindés sur des proportions exactes. L’on pourrait carrément évoquer une œuvre musicale.

TRIOMPHER DU SCHEMA (116 x 89 cm-huile sur toile de coton) 12273295660?profile=original

nous propose le même discours, à un point tel que nous pourrions parler d’une œuvre architecturale, en ce sens qu’à partir d’une progression par le bas, à l’avant-plan, l’ensemble s’étale progressivement vers le haut. A’ partir d’une zone à dominante verte, en bas à l’avant-plan, des ramifications  éparses conçues sur le jaune donnent le sentiment de se trouver face à trois terrasses savamment reliées par ces mêmes ramifications. Il y a une sorte d’atmosphère « champêtre » évoquant le souvenir d’une « agriculture en terrasses », au-dessus de laquelle s’étale un jeu de formes jaunes, rouges (en dégradés) entrelacées de reliefs bruns, appuyés par un trait noir, suivis d’un vaste espace bleu confinant vers le haut. Ces ramifications sont comme des ancres qui nous retiennent à notre humanité. Sur cette même partie supérieure se trouvent des ramifications bleues répondant aux ramifications jaunes de l’avant-plan, situées vers le bas. L’œuvre est également propulsée vers le regard du visiteur à partir d’un arrière-plan noir. L’artiste l’a conçue sur le principe de l’encouragement, en ce sens qu’elle incite à n’être autre que nous-mêmes dans notre parcours à la fois humain et créateur.   

 Avec FULGURANCE DU VERRE (100 x 81 cm-huile sur toile de coton) 12273296077?profile=original

nous sortons du schéma que nous propose l’artiste pour aboutir vers un univers feutré, dominé par le blanc diaphane, entrecoupé de jaune-clair à partir duquel se propulse la forme. Cette forme se déploie à partir d’un trait noir intense, partant de la droite, en haut et descendant abruptement vers le bas. A’ partir de ce trait, se développe une forme de « végétation » fouillée. Nous nous trouvons ici au cœur de l’abstraction lyrique « classique », en ce sens qu’une certaine douceur domine la composition et qu’une idée de forme culturellement « connue » surnage au milieu de l’espace pictural. Ce n’est pas involontaire si nous parlons de « végétation » car cette forme sortie de l’inconscient nous ramène à l’idée de l’arbre. A’ tel point qu’il serait légitime de se demander si l’œuvre n’aurait pas été mal accrochée aux cimaises : on voudrait presque la redresser! Sortie tout autant que les autres de sa mythologie personnelle, elle joue avec l’espace à l’intérieur d’un dialogue qui touche à la maladie. Car l’artiste représente ici la pathologie se profilant vers le haut tout en descendant vers le terrain de la guérison symbolisé par l’espace blanc-diaphane purifiant, en quelque sorte, l’espace.

 QUE LE VENT L’EMPORTE (81 x 100 cm-huile sur toile de coton). 12273295893?profile=original

Comme pour FRACTION DE SECONDE (cité plus haut), définissant picturalement le temps, le vent, pris comme personnage dans son individualité, est très rarement représenté plastiquement. Il sert souvent d’alibi pour illustrer le mouvement conséquent d’une tempête. Le temps et le vent expriment ici deux manières de saisir l’intangible : une fois de façon mathématique et rationnelle avec FRACTION DE SECONDE, ensuite de façon furtive et sauvage avec QUE LE VENT L’EMPORTE. La manière d’aborder la thématique consiste à épouser la nature du sujet. L’artiste épouse la mathématique du temps ainsi que l’intangibilité du vent. Un splendide ballet fait de brun (en dégradés) et de blanc fouette l’espace, entrainant dans cette collusion chromatique le mouvement nécessaire à la dynamique voulue pour créer l’idée projetée dans la forme du tourbillon.

 AINSI FUT FAIT (116 x 89 cm-huile sur toile de lin).

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Le titre est incontestablement d’inspiration biblique. L’œuvre se dessine par le bas à partir d’une note bleu (en dégradés) s’élevant vers le haut.

Au fur et à mesure que l’ascension s’amorce, le chromatisme s’intensifie, tout en laissant apparaître un faisceau blanc partant également du bas. Une fois rejoint la crête de la vague, celui-ci coïncide avec la trouée exposant le ciel. La vague atteint son sommet et à ce moment là, toutes les interprétations sont permises. Soit elle se referme sur elle-même, engloutissant tout ce qui lui est en-dessous. Soit elle s’ouvre pour révéler la lumière du ciel. La consonance biblique se réalise non seulement par le titre mais aussi par l’évocation d’un sujet biblique. En effet, interprétée de la sorte, comment une œuvre pareille peut ne pas évoquer l’épisode-clé de l’Exode au cours duquel l’armée de Pharaon est décimée par la mer? Et comment, cinématographiquement parlant, ne pas évoquer les deux versions des DIX COMMANDEMENTS de Cecil B. de Mille?  Cette séquence cinématographique représente la thématique de l’espoir, ainsi que l’artiste la reprend dans son écriture picturale.

KEO MERLIER-HAIM s’intéresse d’ailleurs beaucoup à l’histoire des Religions. QUE LE VENT L’EMPORTE, comme nous l’avons souligné plus haut, traduit également des réminiscences bibliques, ne fût-ce que par son titre.

En effet, comment ne pas penser à l’Ecclésiaste 1 :14, au cours duquel Salomon s’abandonne à cette célèbre méditation : « J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil et voici, tout est vanité et poursuite du vent ».  L’artiste a configuré cette œuvre dans le cadre de l’espoir. Si le vent efface le sable pour nous offrir une rémission, alors que le vent l’emporte… 

Le titre de l’exposition est, comme nous l’avons précisé, LES LUMIERES DE L’AME. KEO MERLIER-HAIM a voulu mettre en exergue la puissance de la lumière conçue comme le vecteur qui transcende le tréfonds de notre intériorité. En effet, la lumière joue le rôle principal dans l’œuvre de l’artiste.  Une question peut être posée, à savoir la lumière est-elle une matière à l’instar du vent et du temps? L’atteignons-nous de plein fouet ou tout comme ce que nous appelons « la vérité », il nous faut obligatoirement la contourner pour pouvoir l’atteindre? L’artiste commence sa quête devant la toile blanche en se demandant de quoi elle va, comme elle le dit, « parler ».

Sans aucune idée préconçue, elle attend que l’émotion la submerge pour l’exprimer sur la toile à partir de trois phases : un début, un milieu et une fin. Verbe, sujet, complément articulent le « parler » du discours pictural.

Le voyage créateur débute par la pensée et se termine par la main. Les titres de ses tableaux ont un rapport étroit avec le message exprimé. Comme elle l’avoue d’entrée de jeu, son art est intellectuel.

Elle n’est pas instinctive dans son travail. Son émotion, car émotion il y a, est immédiatement mise en forme. Ce qui relance l’œuvre engagée dans une sphère largement poétique. Cela se constate dans son approche du lyrisme : à la question de savoir si son écriture picturale est plus abstraite ou lyrique, elle répond d’emblée, plus abstraite car elle cherche à donner corps à une idée. Néanmoins, la dimension poétique transparaît lorsqu’elle affirme que c’est avant tout l’imaginaire qui la guide. La toile blanche lui donne la possibilité de saisir l’espace, en ce sens qu’elle cherche la meilleure façon de cadrer tel sujet intellectuel en fonction de ce qu’elle doit raconter. Comme nous l’avons spécifié plus haut, elle n’est pas une instinctive car elle réfléchit beaucoup avant de risquer le premier coup de pinceau. Son œuvre est avant tout un travail sur l’émotion. Un travail essentiellement poétique lequel se garde de rationaliser l’humain.

KEO MERLIER-HAIM qui peint depuis une dizaine d’années, a débuté par le figuratif mais l’a rapidement déserté pour l’abstrait en raison de la liberté qu’il offre. Autodidacte, sa technique de prédilection est l’huile sur toile de lin. Ses influences embrassent une palette de styles. L’impressionnisme de Cézanne la fascine et cela se remarque dans le traitement fauviste des couleurs que nous évoquions plus haut. Mais elle est également fascinée par le lyrisme du peintre franco-chinois Zao Wou Ki, dont on comprend que le chromatisme ainsi que la l’esthétique l’aient particulièrement influencée. Néanmoins, son activité créatrice ne se limite pas à la peinture. En effet, elle travaille aussi dans la sphère théâtrale en tant que metteur en scène en plus d’une activité d’écrivain.  

KEO MERLIER-HAIM nous offre un lyrisme prophétique dont l’abstraction nous incite à la connaissance et au dépassement de nous-mêmes, image sine qua non à la condition humaine.

François L. Speranza.

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Collection "Belles signatures" © 2017 Robert Paul

 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste Kéo Merlier-Haïm et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

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Photos de l'exposition de Keo Merlier-Haïm à l'ESPACE ART GALLERY

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administrateur partenariats

Vous vient-il à l'idée, vous qui peignez, de subitement créer un groupe, lui donner un nom pompeux, accrocheur, digne d'une enquête marketing ?

Créer une page sur soi, montrer son parcours, ses oeuvres, les partager avec des amis, les commenter....c'est normal, je pense....

Créer un groupe, montrer son parcours, ses oeuvres, les faire admirer et puis inviter , inviter, et recevoir, toute la journée, des centaines d'oeuvres, du meilleur au pire, d'illustres inconnus...et les commenter, au début, puis, submergés, juste aimer, même ce qui est douteux, car on n'a plus le choix,  les photos se déroulant pendant des heures, inanimées....

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Adhérer à un de ces groupes, c'est poster ses créations, et puis ?

Les jeter en pâture, les offrir à tout va, les dénaturer de leur essence, perdre leur contrôle, vous qui payez si cher vos cimaises, et qui remerciez l'acheteur qui vous aura fait le plus beau des cadeaux en offrant une somme d'argent pour devenir le propriétaitre privilégié de votre petit morceau d'âme .....

Quel manque de respect finalement !

Quels sont les buts poursuivis par ces groupes ?

Car on y adhère !! eh oui !!! et vite, encore !!

On se précipite, flatté de l'invitation .

On s'y commet, partageant nos photos, livrant nos plus belle créations à un inconnu et tous les adhérents du groupe, des centaines d'inconnus, sans aucune modération, alors que l'on trie soigneusement ses amis sur son profil...

Ego ? Sentiment de reconnaissance ? Appartenance à un groupe ?

Perte de tous ses repères sociaux ?

L'heureux administrateur d'un tel groupe reçoit , reçoit, reçoit....

Que donne-t-il?

Qu'en fait-il, de tous ces cadeaux ?

Qui pleuvent....

 

Liliane Magotte, ayant quitté tous ces groupes les uns après les autres, en se posant toutes ces questions !!

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MISE AU POINT...

Au bord du printemps

La nature s'éveille

On nous donne du temps

Nos désirs en veille!

C'est un grain de sable

Qui bouche nos vies

Il est misérable

D'oublier l'envie.

C'est comme un cauchemar

On va s'réveiller

Et soudain pénard

Au lit s'prélasser!

Si à nos côtés

Chemine l'amour

On peut oublier

Le décompte des jours...

Une couronne de peur

Face à face mortel!

Ah! Retarder l'heure

Et être éternel!

Mais, rappel à l'ordre

Nous ne le sommes pas!

Alors ce désordre

Nous remet au pas!

J.G.

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Neuvains à la couleur de l'encre

Neuvains, à la couleur de l’encre.

Paysages de vos présences.

Lumière en miroir

Contemplation de l’ineffable.

L’étendue des îles, leurs rochers,

Les dessins et les esquisses sont

Les chemins qui construisent ta charpente,

Les demeures, tes parcours.

Les caps mythiques au détour du sentier.

Ardentes rencontres entre les arts et les mythes,

Vous êtes les sources

Qui indiquent les lieux de nos passages.

 

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/profile/show?id=JulienBoulier&#

Julien Boulier

 

A Brest,

Le 19 mars 2020

texte déposé Sacem

code oeuvre 3463746711 

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Fables virales

 

DEUX FABLES VIRALES

(pour couronner le corona)

REVANCHE

Petit Virus presque inconnu dormait tranquille au fin fond du bout du monde.

Il s'ennuyait.

Un jour, passant pas très loin d'un touriste étalé près de la piscine d'un hôtel all inclusive, il s'aperçut que l'homme dormait au soleil bouche ouverte.

Il sauta et atterrit sur le palais de l'homme qui l'avala.

Petit Virus entreprit un joyeux périple à l'intérieur.

Là, il se multiplia et devint colonie.

Juste retour des choses après tant de siècles d’impérialisme planétaire par les Européens.

 

SUPER-HEROS

Un miniminuscule virus anonyme parvint à s'infiltrer en quelques mois à travers le monde entier.

Il prospérait, prospérait tant et tant qu'il devint vedette mondiale de la télé, des radios, des journaux, des réseaux sociaux.

Une renommée inconcevable. Il reçut alors un nom de baptême qui concrétisa son identité.

Notre virus vivait dans l'euphorie de sa prospérité, de sa postérité.

À tel point que voyant les transformations qu'il suscitait, se mit à rêver qu'il aurait un jour le prix Nobel de la paix s'il parvenait, lui tout seul, à provoquer la  bascule de l'économie anarchiquement néolibérale vers la non-croissance, vers la dévalorisation totale des bénéfices financiers, vers la dépollution générale.

Il est sûr et certain qu'il va y parvenir ; ce qui le rend plus efficace encore.

 

  ©Michel Voiturier          

 

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DU TEMPS AU TEMPS ?

 Donner du temps au temps, il y a peu cela relevait du fantasme. Pris dans la frénésie des activités, dans le besoin de se prouver notre illusoire importance!

Et puis voilà que surgit sur le gâteau de l'inconséquence une mouchette… et le désir du gâteau s'effondre, un recul, oserai-je dire un rejet?

Notre monde avait bien les pieds d'argile puisqu'un virus le paralyse. Alors entre peur et incrédulité nous ressentons le frisson de notre fragilité qui nous crie : il est temps de penser!

Repliés pour éradiquer l'intrus, nous avons l'opportunité d'accueillir un cadeau : le temps!

Du temps pour la réflexion, pour se remettre en question?

J.G.

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administrateur théâtres

Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Don CarlosPlay it on ! "Don Carlos" à l'Opéra de Liège

La superbe version française de «Don Carlos» à l’Opéra de Liège a fait dernièrement l’unanimité aussi bien dans la critique musicale élogieuse qu’auprès d’un public totalement conquis. En version longue, dite « originale de Paris» de 1866. En version d’une diction française parfaite. Paolo Arrivabeni à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège a distillé quelques merveilleuses heures de déploiement musical et lyrique tout en délicatesse. La théâtralité subtile et sombre des amours et amitiés contrariées a envahi le plateau et bouleversé le public touché par la musique chatoyante ce drame lyrique signé Giuseppe Verdi. On pourra écouter la retransmission intégrale de l’
enregistrement de la soirée du 14 février le 7 mars 2020 sur Musiq 3.

La vivacité de l’orchestre, son engagement dans les souffrances romantiques sans la moindre lourdeur, la distribution lyrique irréprochable, le défilé soyeux de 800 costumes et chapeaux Renaissance de Fernand Ruiz, les décors fastueux de Gary Mc Cann qui font valser les multiples tableaux de cette œuvre en cinq actes, la conduite rutilante des chœurs de Pierre Iodice, les savants éclairages de Franco Marri ont fondu l’ensemble dans un creuset quasi cinématographique. La mise en scène intelligente et pétrie d’historicité bien documentée de Stefano Mazzonis di Pralafera a conféré une fidélité intense à l’œuvre Verdienne et une fusion parfaitement onctueuse de tous les éléments de l’opéra.

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Cette œuvre est grandiose pour sa dimension historique, et poignante pour sa vérité dramatique. En cause, ce Rodrigue, prénom prédestiné qui a tant de coeur, et qui développe un personnage si complexe et si attachant? Ou est-ce la versification française si limpide qui fait penser à la tension dramatique des grands classiques français?
Est-ce, plus simplement, le charisme rutilant de l’interprète de ce Rodrigue, Marquis de Posa incarné par le fabuleux belge Lionel Lhote acclamé de toues parts qui livre sur scène une prestation d’une incomparable fluidité théâtrale?
La voix est chaude, enveloppante, débordante de grandeur sublime. La personne du chanteur diffuse son sage humanisme en continu. Le personnage incarne le débat cornélien: le devoir de fidélité au roi Philippe II qu’il a juré de servir, ou l’attachement inconditionnel à ses serments d’amitié avec Don Carlos. Le choix est cruel et dangereux.

La  fascinante  basse cantabile Ildebrando D’Arcangelo dans le rôle de Philippe II, est superbement grave, orgueilleux, manipulateur. Il est autoritaire et souverain, au lit comme à la cité. On apprend qu’il ne dédaigne pas les charmes de la bouillante princesse Eboli qui aura grand mal à faire acte de contrition et rétablir la justice après avoir rêvé de vengeance et empoisonné la cour de ses immondes machinations
pour obtenir l’amour de Carlos. L’amour est cruel et Kate Aldrich l’interprète avec fougue et exaltation. Mais, pauvre chose féminine, comment pourrait-elle agir face à l’infâme machine de l’inquisition? Le sombre Philippe II est flanqué de Roberto Scandiuzzi, un Grand Inquisiteur bien glaçant.

En version féminine, le même débat cornélien se présente à la pauvre Elisabeth de Valois, fille d’Henri II priée d’oublier ses amours adolescentes et forcée d’endosser les lourdes robes qui l’emprisonnent dans son nouveau rôle de reine d’Espagne pour garantir la paix après des années de guerres dévastatrices. Une très émouvante Yolanda Auyanet. En dépit de ses émois amoureux vrais, bons et naturels la voilà embarquée dans un sérail irrespirable aux côtés d’un roi jaloux prêt à l’immoler. On le voit complètement dépité au 4e acte quand il perçoit que finalement « Elle ne l’aime pas! ». Elle est si jeune et palpitante, d’un naturel si tendre et si sincère. La voilà cloîtrée, obligée de plier devant un seigneur inflexible qui la voit comme sa chose! Dire qu’elle choisit son devoir de reine car elle a promis d’être l’otage de la paix. Que de vibrante vertu!

Et les Flamands dans tout cela? Une équipe vibrante elle aussi avec Patrick Delcour, Roger Joachim, Emmanuel Junk, Jordan Lehane, Samuel Namotte et Arnaud Rouillon. Ils symbolisent la rébellion, la voix du peuple affamé, le pays conquis mis à feu et à sang par les exécutions de l’Inquisition, un pays réduit à une populace de morts-vivants pris dans les affres de la guerre. Une situation politique que dénonçait à travers eux le grand Verdi, défenseur de la liberté et de sa patrie. Les Flamands résistent. L’infant se révolte contre son père dénaturé… Même combat. La salle pleure des larmes d’indignation et pense à l’innommable duc d’Albe qui sévissait dans nos régions. La musique enflamme des sentiments d’injustice à vif. L’impressionnant ténor Gregory Kunde qui a endossé le rôle-titre est héroïque et somptueux avec ses aigus qui s’envolent avec aisance d’un tapis de vibrations chaleureuses.

Le rejet de la tyrannie sous toutes ses formes est le fil rouge omniprésent dans l’oeuvre. Comme cela fait du bien! On éprouve gratitude et admiration devant tant de résistance face à la dictature d’état ou celle de la religion. On se laisse emporter par tant de beauté musicale pour dépeindre la cruauté de l’injustice et l’orgueil démesuré des grands.

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« If music be the food of love, play on. » -William Shakespeare, « Twelfth Night »

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres 

En direct, le vendredi 14 février, sur la plateforme de France TV à 19h00 Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Don Carlos

https://www.operaliege.be/actualites/lopera-royal-de-wallonie-liege-fete-ses-200-ans-episode-03/

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La chenille



En ce mois de Mars battu de pluie et de vent,

A travers la forêt sur un sentier paisible
Une chenille sur des rails invisibles
Se hâte à rejoindre un nid sûrement.

Elle n'est pas seule, toute la famille y est,
Un long cortège où s'agrippent " des mains ".
A s'y m'éprendre en regardant de près :
Une procession de fidèles sur un chemin. !

Elle est Ô combien confiante cette chenille,
Il faut dire que nul bruit n'est à l'horizon.
Et elle n'est pas avec deux ou trois broutilles
Un danger qui soit pire à ses compagnons.

Mais les bruits que l'on n'entend pas sont les pires,
Ils passent vite et sont aveugles des petits.
Alors la chenille que la route inspire
Sous des roues écrasée bêtement finit  !

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administrateur théâtres

– Culture – Raphaël (1520-2020) au Mont des Arts

 Février 27, 2020 

Raphaël : Une exposition impossible

La région des Marches en Italie a voulu rendre un vibrant hommage à la vie et l’œuvre de Raphaël, l’un des piliers de la Renaissance en Europe après Leonardo Da Vinci.

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Cette exposition a été conçue et réalisée par Renato Parascandolo sous la haute supervision scientifique de Ferdinando Bologna, hélas récemment décédé.

Elle se tient à Bruxelles,cœur de l’Europe, du 14 février au 14 mars 2020, dans l’espace du palais des Congrès, le Brussels Convention Center, au Mont des Arts, une adresse on ne peut plus appropriée! Nommée « The Square » pour les citoyens du monde!

Avantage inattendu, l’entrée est totalement gratuite et l’expo est visible tous les jours de 10 à 19h. C’est l’occasion rêvée, non seulement de venir découvrir en un seul lieu nombre d’œuvres du grand maître italien Raphaël, mais même d’y retourner plusieurs fois, si le cœur vous en dit!

L’image contient peut-être : 1 personne, ciel et plein air

Selon Renato Parascandolo, l’organisateur de cette exposition dite « impossible », nous serions comme au début de la Renaissance: au tournant d’une nouvelle ère, au seuil d’une nouvelle période artistique. Tout comme à la Renaissance, qui débuta une nouvelle phase formidable de l’histoire humaine, après le « sombre Moyen-Age». Il n’empêche, l’organisateur n’hésite pas à qualifier généreusement l’âge des cathédrales de génial et de créatif, malgré ses guerres incessantes, sa misère, ses famines, ses maladies dévastatrices, son fanatisme et son obscurantisme religieux. Oserait-il un parallèle avec notre époque?

En termes simples, il estime sérieusement que la culture est l’un  des plus grands réservoirs d’énergie pour notre espèce humaine, doublé d’un inestimable facteur de paix. La culture soutient non seulement l’évolution de la pensée humaine, le progrès scientifique et la spéculation créative, mais elle offre même des effets pratiques immédiats en termes de progrès économique, un motif si cher à notre siècle!

En effet, cette initiative culturelle italienne qui célèbre le génie de l’illustre peintre et architecte Raphaël (1487-1520) part de l’institut du tourisme des Marches, en Italie, qui fête les 500 ans de la mort de l’artiste.

Depuis plus d’un an, un nombre conséquent de rencontres et activités culturelles ont lieu autour de Raphaël, en particulier dans sa ville natale, Urbino. Sa renommée ne cesse d’attirer un public toujours plus nombreux.

Sans compter que la région des Marches vient d’être classée en seconde position du top 10 mondial des régions les plus intéressantes à visiter en 2020, selon Lonely Planet « Best in travel 2020- Régions ».

Après Bruxelles, cette expo d’un genre complètement inédit se transportera après à Paris, Moscou, Yekaterinburg (Oural), Sofia, Munich, Frankfurt et Vienne, pour un tour d’Europe prestigieux.

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes assises

L’exposition est dite totalement « impossible » puisqu’elle réunit, dans un même lieu, 45 œuvres d’art venant de 17 pays différents, dont une reproduction grandeur nature de l’immense «Fresque de l’école d’Athènes» dédiée à la philosophie et conservée au Vatican.

Il est extraordinaire de se rendre compte, qu’avec nos nouvelles technologies, nous pouvons désormais faire voyager des œuvres en copie parfaite, pour disséminer la culture de par le monde. Au Moyen-Âge, les grands peintres, tel que Raphaël, s’entouraient d’élèves qui participaient à la création des œuvres et qui en reproduisaient des copies pour la circulation de la culture. Aussi,avec les moyens technologiques dont nous disposons aujourd’hui , il serait malvenu de reprocher cette nouvelle forme de vulgarisation.

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crédit photo : Laurent Nizette

Voir l’œuvre originale dans son lieux de conservation est évidemment un privilège inestimable, mais permettre à un large public d’être confronté à la beauté des œuvres et l’amener à les appréciés est non moins souhaitables. Citons André Malraux:

« Aucune reproduction, même parfaite techniquement, ne peut convaincre et émouvoir davantage que l’oeuvre d’art originale. Pourtant, la reproduction photographique de l’oeuvre d’art a permis à des dizaines de millions de personnes de découvrir, d’apprécier des chefs d’oeuvre des grands artistes de toutes les époques, et en même temps de leur donner envie de visiter les lieux où ces chefs d’oeuvre se trouvent, pour pouvoir les admirer dans la splendeur de leur authenticité »

« The Impossible Exibit » ouvre un nouveau type de musée, destiné non seulement à ceux qui aiment l’art, mais aussi à ce large public de gens qui ne fréquente pas souvent des musées, et en particulier à ces jeunes, si friands de nouvelles technologies et d’«edutainment». L’utilisation de plus en plus courante de celles-ci met les jeunes dans une position bénéfique de réception optimale de la culture. Ainsi,s’acheminerait-on vers une sorte de nouvelle «démocratie culturelle».

L’image contient peut-être : 5 personnes

L’extraordinaire beauté des peintures de Raphaël est captée sur des toiles reproduisant à l’identique les œuvres originales du peintre, texture, format et couleur. La peinture est sublimée par un éclairage venant de derrière la toile qui invite à contempler et découvrir encore plus le détail et les moindres recoins d’une œuvre qui apparaît comme fraîchement restaurée. L’avantage est que l’on peut s’approcher sans crainte de celle-ci, sans risquer de l’endommager ou de se faire refouler par des gardes ou des sonneries d’alarme intempestives. On peut aussi photographier sans limite. Et le coût du voyage des œuvres ne passe plus par des contrats d’assurances astronomiques!

Raphaël a eu une carrière brillante mais brève puisqu’il est décédé à seulement 37 ans. L’exposition retrace son parcours au moyen de reproductions d’œuvres exposées dans les plus grands musées du
monde : La galerie des Offices, les musées du Vatican, la Pinacothèque de Brera à Milan, la galerie Borghese à Rome, le Louvre à Paris, le Prado à Madrid et la Gemäldegalerie à Berlin, ainsi que l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et la National Gallery de Washington, pour n’en citer que quelques-uns. Ces musées conservent d’incroyables chefs-d’œuvre comme la Madonna del Cardellino, La Deposizione, Il Ritratto di Baldassare Castiglione et l’oeuvre commandée par le pape Giulio II, Le Stanze Vaticane, qui fit de lui le meilleur interprète de la Maniera Moderna.

En direct vous aurez des commentaires, bien trop brefs hélas, sur chaque œuvre exposée si vous disposez d’un smartphone.

Mais que tout cela bien sûr, n’empêche personne de voyager, dans le temps et l’espace, de se rendre sur les lieux pour approcher les œuvres inestimables dans les écrins séculaires qui les abritent!

Dominique-Hélène Lemaire ( pour Arts et Lettres)

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Verre de l'amitié et de la Culture

Chers amis,
J'aurais grand plaisir à vous retrouver autour d'un verre et de mes tableaux,
pour faire votre connaissance, au finissage de mon exposition de tableaux,
le 29 février autour de 17h30,
à Espace Art Gallery de Bruxelles.
Amicalement,
Serge Tenèze,
sergeteneze.fr

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