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 Entretien.

Bonjours mesdames et messieurs ! En date du 31 décembre 2019 et de passage à Bruxelles, j’ai fait don à la Bibliothèque Royale de Belgique (K.B.R) deux de  mes livres intitulés : « Alger la blanche » (Contes, légendes et Boqalat) publié aux éditions Tafat & Aframed (2016) et « Alger la mystique » (Ziyarat autour des fontaines) paru aux éditions Tafat & Aframed (2018) qu’il vous est loisible de consulter. A ce titre, j’ai plaisir à partager avec vous la teneur de mes modestes ouvrages par le biais de cet entretien que j’ai accordé au site « Algérie Littéraire » ce 29 juillet dernier. Agréable journée. Alger, le 4 aoûts 2020. Louhal Nourreddine

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Ecrivain, journaliste et ancien cadre, chargé d’études dans le secteur de l’hydraulique, Nourreddine Louhal a publié, en 2018 aux éditions Tafat et Aframed, Alger la mystique –Ziyarate autour des fontaines, un livre qui fait la jonction entre des années d’expériences et une passion, à chaque fois renouvelée, pour Alger et sa mémoire. Largement documenté, l’ouvrage recense les fontaines de la Casbah et de sa périphérie, évoque les métiers de l’eau, et surtout, nous propose une balade dans les souvenirs de l’enfance de l’auteur, né en 1955 à la Casbah. Dans ce long entretien, il revient sur sa passionnante « enquête », de deux ans, sur les traces des fontaines. Bonne ziyara[1] !

 -Vous êtes un passionné d’art et d’histoire, et surtout de l’histoire d’Alger et de la Casbah où vous êtes né, j’imagine donc que l’idée du livre Alger la mystique –Ziyarate autour des fontaines a longtemps germé en vous. Plus précisément, comment est né ce livre ? Qu’est ce qui vous a motivé à écrire sur ce sujet ?

Louhal Nourreddine : Le thème de nos fontaines s’est conçu au fil des dépêches que j’ai écrites dans les rubriques de l’information dite de proximité, à l’instar des « Bruits de la cité » ou « Alger H24 » du journal « L’Authentique », où je n’ai eu de cesse d’évoquer, depuis l’an 2001, l’enlaidissant sort de nos fontaines. Notamment la source « Echarchar[2] » du Hamma à Belouizdad[3] que j’ai intitulé : « Station de lavage en nocturne », au motif que des pollueurs qui ne sont jamais les payeurs, y liftaient leurs voitures à une période où la situation du pays était au sauve-qui-peut durant la décennie enveloppée du linceul rouge ou noir, c’est selon. A ce propos, la fontaine du Marabout n’a dû son salut qu’à l’installation du barrage permanent des agents de l’ordre public près du jardin d’Essai. C’était aussi le cas à « Aïn Ezzerqa[4] » sise à flanc de la salle omnisport Hacène-Harcha à la rue Mohamed-Zekkal (ex-chemin de la fontaine) où l’eau ruisselait pour un tout autre usage que celui auquel elle était destinée. L’acte de souillure était également récurrent à la fontaine sise au hameau dit de l’ancienne abbaye de la Trappe à Bouchaoui et en haut de la rampe du docteur Trolard[5], l’actuelle rue Mokhtar-Abdellatif, où le lifting mécanique s’opère au maraudage de l’eau. Donc, autant d’écœurants faits qui m’ont contraint à prendre ma baguette de sourcier et aller sur l’itinéraire du peu de sources qui nous reste.

-Votre livre recense les fontaines de la Casbah, et de l’Alger plus généralement, et s’intéresse également aux métiers de l’eau.12273340285?profile=original

Mon modeste livre est compartimenté en trois parties, où il y’a d’abord l’inventaire d’«Aïoune » (fontaines) de la Casbah. Dans cette optique, il m’est utile de préciser que notre séculaire médina d’Alger n’était pas une banale houma (quartier) avant l’heurt colonial du 14 juin 1830, mais représentait le siège de l’Etat d’El-Djazaïr du temps de la Régence turque avec sa citadinité et sa ruralité. Dans cette perspective, il y’a le répertoire des fontaines de La Casbah, auquel s’ajoute le recensement des sources qui ruisselaient aux alentours de la qaria (campagne) d’El-Kettar et au-delà de Bab-Edjedid[6] où il y’avait le cours d’eau de Sidi Yakoub aux environs de Fort l’Empereur et des Tagarins à la limite d’El-Biar. Toutefois, d’autres sources ruisselaient au-delà des «biban » (portes) d’Alger et sa campagne sur laquelle a été bâtie la ville dite européenne et élue ensuite au rang du Grand Alger. Dans ce cas, il y’a la fontaine du saint Sidi Ali Zouaoui à la rue Patrice-Lumumba et celle de Sidi-Abdelkader El Djilali à l’actuelle rue Asselah-Hocine. Dans cette investigation, j’ai usé mes souliers jusqu’aux anciens Djenayen (jardins) de « Ness El Fah’s » où les banlieusards de la paysannerie algéroise s’abreuvaient aux fontaines de Bir-Khadem (Fontaine de la servante) et celle du village kabyle de Tixeraïne. Reste, que la fontaine n’est pas l’apanage unique de la Casbah mais de toute la capitale avec son urbanité et son aspect bucolique. Particulièrement les hauteurs d’Alger à Ben Aknoun qui s’irriguaient des s’bâa Abar ou les sept fontaines. Et traduit de l’arabe vers le français, les joyaux perlés de s’bâa Abar sont devenues l’El-Biar contemporaine. S’agissant des métiers de l’eau, il me tenait à cœur de réhabiliter d’abord ce biskri[7] porteur d’eau et méconnu de nos jeunes à travers mon livre Chroniques algéroises La Casbah  (éd. ANEP, 2011). Dans cet ordre d’idée, n’était pas porteur d’eau qui voulait et l’option du biskri n’était pas fortuite, du fait que l’oasien avait dans ses mains le savoir-faire du captage des ressources hydriques et sa juste répartition dans l’oasis des Zâatcha. Mieux, le biskri était également habile dans la répartition de l’eau à l’aide du système dit des foggaras lorsqu’il puisait l’eau de la nappe phréatique au piedmont d’une montagne, et la Casbah est aussi un djebel. D’ailleurs, c’est à l’enfant de l’antique Vescera[8] à qui l’on doit le mérite de curer les puits et les djeb (réservoir) des douerat (bâtisses traditionnelles) de la Casbah selon un planning de maintenance. C’est dire l’utilité du biskri qui a quitté sa reine des Ziban, pour se réfugier des exactions qui ont suivies la bataille de Zâatcha[9]. Bien entendu, le mérite revient aussi à l’artiste-peintre Jean Raymond Hippolyte Lazerges (1817-1887), qui a immortalisé le biskri à travers sa toile qu’il est loisible d’admirer au musée national des Beaux-arts d’Alger.   

 

-Vous mentionnez dans votre livre que le « parc des fontaines d’El Djazaïr varie d’un auteur à l’autre. 100 à 150 ». Combien il en reste aujourd’hui ? Et dans quel état sont-elles ?

Selon l’historien-orientaliste Georges Alfred Marçais (1876-1962), il n’y aurait qu’une douzaine de fontaines à El Djazaïr, c’est ce qu’a écrit cet ancien professeur à l’université d’Alger dans son Manuel d’art musulman. Faux ! rétorque Albert Devoulx l’ancien conservateur des archives arabes de l’enregistrement et des domaines d’Alger, qui authentifie l’existence de 125 fontaines à Alger, dans son livre : Les édifices religieux de l’ancien Alger. Partant de ce constat, le nombre de fontaines qui ont été creusées à flanc de mosquées équivaut donc au nombre de ces temples de prières, eu égard au besoin en matière d’ablutions. D’où qu’il requit de consulter la mémoire du voisinage pour repérer nos fontaines, soit à l’aide d’un khandaq (regard d’évacuation d’eau usées et pluviales) ou d’un accessoire oublié-là, à proximité d’un mur lissé qui atteste qu’il y’avait là, le corps d’une fontaine. Pour ce qui est de l’évaluation de fontaines valides, celles-ci se comptent sur les doigts des deux mains : dont Aïn-Melha à l’eau salée à Bab-Edjedid, Aïoune Bir-Djebah, Bir-Chebana, M’zawqa (la fontaine peinte), Sidi-Abdellah, Ali-Medfâa à la Casbah, et Echarâa (fontaine de la route) récemment vandalisée à l’ancienne rue de Bab-El-Oued (porte du ruisseau) près de la Place des Martyrs. Quant aux mythiques Zoudj-Aïoune (les deux fontaines), il ne reste plus aucun signe de ce repère de Dzaïr q’dima (le vieil Alger).  

 

-Pourquoi les autres ont-elles disparues ? Pourquoi, d’après vous, ces lieux chargés d’histoire et de mémoire n’ont pas été sauvegardés ?

Tandis que beaucoup de nos fontaines ont été détruites à l’ignominieux pic du génie militaire du corps expéditionnaire de l’armée d’Afrique que commandait le maréchal de France, Louis Auguste Victor de Ghaisne, comte de Bourmont, (1773-1846), ce qu’il reste ou plutôt les « rescapées » de ce patrimoine hydrique, autant utile que séculaire a disparu sous les actes d’incivilités. Ceci en dépit du fait, qu’il n’y a plus cet élan citoyen de veiller à la pérennité de la fontaine comme du temps, où la protection de cette richesse était placée sous l’aile protectrice du voisinage, comme il est recommandé jusqu’à ce jour au fronton de aïn Sidi-M’hamed Chérif par le Comité du vieil Alger qu’avait fondé, en 1905, Henri Klein (1864-1939). En règle générale, la consigne de protection a été de tout temps respectée par les Casbadji[10], mais ça c’était avant… A l’opposé, beaucoup de nos fontaines, dont aïn Lâatache (fontaine de la soif) à la rue de Staoueli,  ont été ensevelies sous le goudron… Sur ce point, l’exemple est d’autant criant au 13, rue Rabah-Riah (ex-rue Porte-neuve) dans La Basse-Casbah, où la fontaine a été murée et les canalisations ont été enfouies sous prétexte des travaux d’aménagement de la voie publique. Autrement dit, j’ai relevé l’innommable lors de mon périple, où les vasques de la fontaine du Vieux palais Malakoff et celle de l’ancienne rue du Soudan ont été obstruées au ciment. Et en ce qui a trait à la détérioration s’illustre d’affreuse image au quartier de Fontaine-Fraîche, où la fontaine de proximité à été murée au motif de mettre fin au charivari d’enfants qui venaient y puiser de l’eau en temps de coupures. D’un autre côté, il y’a le lot de fontaines taries, à l’instar de Houanet Boulabah (boutiques de Boulabah) et celle qui a disparue sous les fondations d’une boutique à l’avenue Abderrahmane-Arbadji (ex-Marengo) au quartier populaire de Djamâa Lihoud (Marché de la Synagogue d’Alger). Bien entendu, l’inventaire que j’énumère dans mon livre n’est pas exhaustif. Une consolation toutefois, Aïn Lâariche, qui était tarie en haut de la rampe Ahmed-Benganif sise à Soustara (Le mur de la pudeur) a été réparée par les soins du voisinage.

-Alger la mystique est « un inventaire de toutes les fontaines de la Casbah et sa périphérie ». C’est le premier du genre. Y a-t-il, selon vous, une nécessité, une urgence, de sauver les fontaines qui restent, et de les valoriser ?

Effectivement, mon livre est une première dans le genre, du fait que c’est d’abord une nomenclature d’identification de nos sources qui va aider à esquisser la carte hydraulique d’Alger et à repérer les nappes d’où s’alimentent nos fontaines. Et dans l’optique d’éloigner le stress hydrique, mon livre peut être ce guide-outil pour s’enquérir du schéma de l’hydraulique dans toute sa globalité et d’intégrer nos fontaines dans le réseau de l’alimentation en eau potable, lorsqu’il y’a pénurie d’eau. En ce sens, la direction de l’hydraulique de la wilaya d’Alger ne peut ignorer la réalité de ce patrimoine à même d’offrir sa quote-part d’équilibre dans l’usage rationnel de nos ressources hydrauliques. D’où la nécessité d’inclure et de prioriser ces perles d’eau dans l’application du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de La Casbah d’Alger (PPSMVSS).  

-Comment pourrait se faire, selon vous, le travail de valorisation ?

La mise en valeur de nos fontaines, doit-être l’atour ou la curiosité que notre capitale n’a malheureusement pas dans les dépliants de nos tour-operators. Ceci est d’autant incohérent, du fait que aïn Bir-Djebah ou le puits de l’apiculteur qui ruisselle dans la Haute-Casbah, n’est plus un lieu-dit anonyme mais un endroit de renom. S’il en est une preuve de célébrité, celle-ci est allée au-delà de nos frontière grâce au poème Soubhan Allah Yatif (Louanges à Dieu la bonté même) du poète, le regretté Mustapha Toumi (1937-2013), et interprété en qasida[11] par le chantre de la chanson châabi[12], El Hadj M’hamed El Anka. D’où qu’il est requis d’inviter la technicité de nos hydrauliciens et d’exiger aussi de nos élèves des beaux-arts d’enjoliver ce patrimoine qui s’effrite un peu plus chaque jour et dont mes dépêches s’en font l’écho. Modestement, mon livre recèle une mine d’informations qu’il serait judicieux d’exploiter pour connaître le réseau véritable de nos sources, notamment à l’heure où l’or bleu s’impose comme la bataille de demain. Alors, et pour atteindre ce résultat, il y a l’impératif que la conduite du chantier de valorisation doit obéir à une démarche pluridisciplinaire pour que les armoiries touristiques de Bled Sidi-Abderrahmane soient redorées.

-Le livre comporte beaucoup de références, d’archives et de photographies aussi, comment vous vous êtes documenté ? Et, quel genre de difficultés vous avez rencontré pour accéder à ces sources ?

Conséquemment à ce chantier mémoriel qui m’a valu deux années d’âpres recherches sur l’itinéraire de nos fontaines, j’avoue que l’inventaire de nos sources est d’abord gravé, voire archivé dans ma mémoire d’enfant grâce à l’inestimable filon de l’oralité de nos aïeuls, dont ma grand-mère feue Hadj-Ali Keltouma, aux côtés de laquelle je me suis abreuvé aux fontaines énumérées dans mon livre. En tout état de cause, mes souvenirs d’enfants se sont ajoutés également à l’atout mémoire de l’authentique casbadji qui m’a été d’un judicieux apport, en l’occurrence le regretté M’hamed Trari, éducateur de son état qui m’a guidé dans d’autres dédales de la Casbah que je ne connaissais pas. S’agissant des archives du siège de la Wilaya d’Alger, celles-ci restent malheureusement peu bavardes sur le thème, si ce n’est des indices de valeur collectés auprès d’auteurs coloniaux, parfois du terroir que j’ai côtoyé lors du colloque sur « La toponymie algérienne : du local au national », organisé par le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA à Jijel (2015). Autant de données qui octroient de la légitimité à ma modeste œuvre. Néanmoins, j’ai dû m’écarter de l’option d’un beau livre aux photos en couleurs et opté plutôt pour un livre de poche qui soit accessibles au grand public et à un coût modéré.

-Au-delà des précieuses informations dont il regorge, votre livre se lit aussi comme un récit, comme un voyage au cœur de la Casbah, d’un « Qasbadji » qui réactive sa mémoire et partage ses souvenirs avec nous, les lecteurs. Cette démarche et cette forme d’écriture étaient-elles choisies/voulues ?

D’une part, je n’ai eu de cesse de tendre ma main au lecteur pour le guider au fil de mon récit dans l’Alger d’antan, où ruisselait ce flot de bonheur de nos fontaines. Est-ce dû à la virée nocturne que j’ai relaté du temps où l’Alger s’éclairait aux enseignes de ses salles de cinéma ou peut-être pour avoir narré les Contes, légendes et boqalat d’Alger la blanche ? Quoi qu’il en soit, le narrateur que je suis s’en trouve impliqué dans le récit et c’en est ainsi de ma ligne éditoriale que j’ai cueilli dans le jardin des Jeux de notre enfance  ou dans mes chroniques en Instantanés sur une époque. D’autre part, l’aspect confessionnel, voire autobiographique, y est d’actualité dans mes écrits, du fait que je privilégie l’information afin d’instruire au mieux le lecteur autour d’une tasse d’eau fraîche mais pas celle que j’aurais aimé lui offrir ! Soit, l’eau de la fontaine de jouvence que je n’ai pas trouvée hélas ! Pour y parvenir au mieux de mon rôle de pédagogue, j’ai fait mien la recommandation d’Albert Camus : « Le journaliste est l’historien de l’instant », et à ce titre, j’envisage de léguer à l’historien, les matériaux utiles à l’écriture de l’histoire.

-Pourquoi la « mystique » du titre ?

Tant de captifs d’obédience chrétienne étaient assujetti de faire don d’une mosquée pour s’affranchir de l’avilissant statut d’esclave et pouvoir accédé ainsi au rang de raïs[13], comme ce fut le cas de Ali Bitchin, et le Caïd Safar Ben Abdallah qui avaient offert respectivement à El-Djazaïr, le Mesdjed (mosquée) du nom d’Ali-Betchine sis à la rue de Bab El Oued et djamâa Safir en l’an 941 de l’Hégire (1534) à la rue Sidi-M’hamed Chérif dans la Haute-Casbah. Or, ce n’était pas le cas pour l’édification du lot de fontaines, qui était un stratagème utile pour s’attirer la sympathie de la population. C’était le cas du souverain Baba-Ali dit Bou-Sebâa ou Baba Ali Neskis qui fut Dey d’Alger de 1754 à 1766, qui a permis aux algérois de se désaltérer. A noter que cela n’enlève rien au mérite de l’El Djazaïr des Béni-Mezghenna qui a eu ses fontaines bien avant l’avènement de la Régence turque et des sourciers venus de l’Andalousie. D’où la reconnaissance de l’usager qui burine ainsi au fronton de la fontaine, le « douâa » ou la prière en guise de reconnaissance au généreux fontainier que le professeur Gabriel Colin a traduit de l’arabe vers le français.    

-Ce livre, paru en 2018, fait également écho à d’autres ouvrages que vous avez consacrés à la Casbah et l’Alger plus généralement. C’est un travail de mémoire ?

Si je devais composer une musique pour ma ligne éditoriale, celle se fredonnera à l’air de «Donnez-moi la main[14] », je vous emmène avec moi à «Alger la blanche », histoire de prendre un bol d’air marin qui enveloppe le s’tah (terrasse) de la Casbah et de là nous irons boire une tasse d’eau à l’Aïoune (fontaines) de Dzaïr et s’offrir une soirée où nos contes, légendes et boqalat berceront nos soirées. L’excursion est d’autant agréable eu égard au charivari bon enfant des Jeux de notre enfance et à nos « salle de cinéma » qui s’engluent, malheureusement, dans la misère culturelle.  D’où qu’il est requis d’irriguer le patrimoine matériel et immatériel à l’encre de la pérennité pour qu’il ne s’emmaillote pas dans l’oubli. 

Alger continuera-t-il de vous inspirer ?

Oh que oui ! Considérant qu’Alger est nanti de lieux-dits mythiques, à l’exemple de Dar El Ghoula (La maison de l’ogresse) au quartier de Debbih-Chérif dit Si Mourad (1926-1957) (ex-Tournants-Rovigo près de Soustara), de Dar Raïba ou la maison en ruines sise à l’îlot de Houanet Sidi Abdellah[15] à la Casbah, de l’Oued-K’nis et de Djebel Koukou au Frais-Vallon, où chacun de nous a laissé un bout de sa  tendre enfance et même un pan de sa  jeunesse. Seulement, ces lieux risquent de s’effacer un jour ou l’autre de la mémoire collective. En effet, il suffit de l’extinction de la génération des séniors, pour qu’Alger soit orpheline de ces endroits qui ont concouru à faire sa notoriété. Donc et subséquemment au souci de sauvegarde d’un pan de l’histoire de bled Sidi Abderrahmane, il n’y a rien de plus beau que d’imager les histoires de notre enfance, dans le décor à la fois aventureux et sinistre de ces lieux, où vagabondait l’imagination de l’enfant que j’étais. Et rien que pour ça, je continuerai de tremper ma plume dans l’encre de l’authenticité.

Sara Kharfi

In Algérie Littéraire, le 29 juillet 2020.

 

« Alger la mystique – Ziyarate autour des fontaines » de Nourreddine Louhal, 204 pages. Coédition Tafat/Aframed, second semestre 2018. Prix : 600 DA.

[1] Visite.

[2] Cascade

[3] Nom du quartier Mohamed-Belouizdad, anciennement Belcourt.

[4] Fontaine bleue

[5] Il s’agit de Jean Baptiste Paulin Trolard né à Sedan (Ardennes) le 27 novembre 1842, mort à Alger le 13 avril 1910 est un anatomiste de l'École d'Alger reconnu pour son travail sur les veines anastomotiques de la circulation cérébrale (source : Wikipédia).

[6] Porte-neuve.

[7] Habitant de la ville de Biskra.

[8] Biskra  est situé au Nord-Est du Sahara (Algérie) et est le chef-lieu de la Wilaya (préfecture) de Biskra. Distante de  400 km d'Alger, la ville est d’une superficie de 127,70 km2 où l’on comptait 218 467 habitants en 2010 et se place donc au 10e  rang au niveau national. La ville est aussi appelée la porte du désert, eu égard à situation stratégique.  (Source : Wikipédia).

[9] Le siège de Zaatcha s'est déroulé du 16 juillet au 26 novembre 1849, à Zaatcha (Algérie), opposant les troupes françaises du général Émile Herbillon (1794- 1866), aux résistants arabes et berbères du Cheikh Bouziane. L'affrontement s'est achevé par la prise du fort ainsi que par le massacre des prisonniers par les Français. Il en est résulté environ 3 000 morts des deux camps.

[10] Habitant de la Casbah.

[11] Chanson.

[12] Genre musical algérois.

[13] Officier de la marine algérienne.

[14] Titre de la chanson «Donne moi la main » (Himalaya) de C. Jérôme, né Claude Dhôtel (1946- 2000),

[15] Les magasins de Si-Abdellah.

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La littérature belge d'expression française.

Comment se présente le problème même d'une littérature française en Belgique?
Si des éléments comme l'appartenance régionale, le peuple, le climat ou le décor de la vie ont leur importance dans la formation de l'esprit des écrivains et, par là, dans l'aspect de leurs produits, il n'en reste pas moins que ce qui les crée écrivains, ce qui les fait entrer en littérature, c'est le fait que cet esprit se donne un moule de langage. En se coulant dans ce moule l'esprit s'achève, et surtout il cesse de n'être qu'une chose intérieure pour devenir esprit formulé, exprimé, et naît ainsi à l'existence littéraire. Voilà pourquoi, au-delà de l'infinie diversité individuelle, il existe des patries d'esprits en tant que manifestés par le langage. L'une de ces patries est la littérature française, et le Belge qui use du français, sa langue naturelle, en fait encore plus irrécusablement partie qu'un Panaït Istrati ou un Julien Green par exemple, puisque le français est pour lui cette chose qu'on n'a pas eu à choisir, chose profonde, portée en soi dès l'enfance, qui est vous-même et par quoi l'on se projette hors de soi pour les autres - et d'abord pour d'autres qui pratiquent le même idiome. Même des Flamands de souche - un Maeterlinck ou un Hellens - s'ils sont venus à la patrie littéraire française, c'est parce que la langue française, parlée par eux dès l'enfance, était celle qui leur permettait de se dire le plus véridiquement: eux non plus n'ont pas choisi. Cette littérature - qu'on l'appelle «connexe et marginale» (G. Picon) ou «seconde» (G. Charlier) - est et ne peut être (par nature et non par choix, mais ayant été forcée à cause de sa situation périphérique de confirmer cette nature par la constance d'une volonté) qu'une littérature française.
C'est bien là son identité. Mais une fiche d'identité ne dit pas le caractère. Ces oeuvres, littérairement françaises mais qui ont germé et pris visage dans le milieu particulier des anciens Pays-Bas ou de la principauté de Liège, n'y aurait-il pas certains traits de sensibilité, d'orientation mentale ou de style que l'on pourrait déceler à des degrés divers, sinon dans toutes, du moins dans un grand nombre d'entre elles? Il ne faut pas oublier qu'en dépit du voisinage de la France ce milieu continue à vivre un peu à sa manière et selon des habitudes et une conscience de soi qui sont assez différentes de celles de Paris et, à plus forte raison, de la Suisse, du Québec ou du Liban. La littérature belge, c'est la sorte de littérature française qui pouvait naître dans un pays comme la Belgique, et elle aura tout de même plus de particularité qu'une littérature de Provence ou de Bretagne, parce que l'existence d'une frontière politique signale et entraîne bien des raisons d'être sui generis.


1. La vie littéraire en petit pays

Dans une première phase d'éclat de la littérature francophone de Belgique, vers 1890, les projecteurs se sont braqués sur Rodenbach, Verhaeren et Maeterlinck, moins déjà sur Lemonnier, et ont encore beaucoup moins touché des auteurs comme Van Lerberghe, Elskamp ou Mockel. Assurément, la phase plus récente n'est pas demeurée tout à fait dans l'obscurité: l'on n'ignore ni un Simenon, ni un Henri Michaux ni un Ghelderode. Cependant, beaucoup de leurs concitoyens qui paraissent les valoir n'ont aucunement éveillé l'attention de Paris. C'est là le drame de la plupart des écrivains belges d'aujourd'hui: pour eux, pas d'audience française veut dire pas d'audience du tout - et même, jusqu'à un certain point, pas d'audience chez eux.
Or, vers 1890, certains facteurs permirent à quelques Belges d'être découverts par la France, dont l'évolution littéraire du moment privilégiait des traits propres à ces écrivains: «Il y avait eu dans le symbolisme un génie qui correspondait à celui de nos marches nordiques» (M. Thiry). Répondant à cet appel, une Belgique un peu embrumée de germanisme a eu son «tour de chant» sur la scène française: l'enfant Septentrion dansa et plut. La raison principale de ce succès fut donc la rencontre d'une demande et d'une offre, mais il ne faudrait pas négliger certaines circonstances d'un ordre plus personnel. Quelques années auparavant, des écrivains parisiens d'avant-garde avaient été accueillis en Belgique par des revues, des cercles de conférences, des groupes de jeunes poètes: le reflux fut la gratitude efficace de ces écrivains devenus influents.
Ensuite, la marche du Nord n'eut plus de produits de choc à présenter. Or, c'était de plus en plus cela qu'il fallait: on voulait du poète maudit! Ce n'est pas que la Belgique en manquât tout à fait, mais l'expérience montre que pour qu'un Corbière ou un Rimbaud sorte de la coulisse, il est bon qu'il soit déjà connu de quelqu'un qui appartient à la littérature en vue. Et, d'ailleurs, les valeurs littéraires belges de ce siècle-ci sont en général de l'ordre du sage, du sensible, de l'intime. Après 1918, les Vikings ont disparu et l'on assiste en Belgique à la «relève wallonne». Tout change alors, et peut-être ce qui commence est-il un temps de vérité. Dangereuse la vérité, dans un monde de plus en plus amoureux du spectacle... Et, sans doute, cette Flandre si avantageusement déployée avait dû beaucoup de son succès au fait de n'être en grande partie que phantasme. Même chez les conteurs ou les poètes (on songera au Thyl Ulenspiegel, à la Bruges de Georges Rodenbach, au Verhaeren de Toute la Flandre, des Campagnes hallucinées et des Villages illusoires), et à plus forte raison chez Maeterlinck, Crommelynck ou Ghelderode, l'on a affaire à du théâtre.
C'est finalement sur les tréteaux que l'exotisme belge a le mieux révélé sa nature irréaliste. Moins historique et paysagère que dans le pittoresque de De Coster ou dans le lyrisme épique de Verhaeren, pas du tout idyllique et naïve comme dans les vers de Max Elskamp, la Flandre (pas toujours nommée d'ailleurs) du premier théâtre de Maeterlinck, du Cocu magnifique ou de Hop signor est évidemment toute imaginée à partir des données, déjà elles-mêmes fort élaborées, des peintres des XVIe et XVIIe siècles. De cette Flandre des musées qu'interprétait un délire, Michel De Ghelderode a pu dire dans un moment de sincérité bien éclairante: «De nos jours, Flandre n'est plus rien qu'un songe.» Songe très «littéraire», et qui ne se rencontre d'ailleurs guère chez les auteurs de langue flamande: la Flandre de Guido Gezelle ou de Stijn Streuvels est beaucoup plus modérée, plus authentique. Le fait qu'un Verhaeren ou un Ghelderode parlaient d'elle en français leur accordait beaucoup de liberté, le décalage linguistique permettait le mirage. Flandre étant un mot talisman qui donnait le départ à la fantaisie créatrice. Aussi y a-t-il une Flandre personnelle de chacun de ceux qui l'ont évoquée et n'est-ce à coup sûr pas dans leurs oeuvres qu'il conviendrait de chercher une image de la Belgique d'aujourd'hui, ni même de ce que purent être la Flandre des comtes et des communes, ou la Lotharingie des ducs de Bourgogne, ou même les Pays-Bas de Charles Quint et de PhilippeII. Mais, de l'histoire littéraire les mythes des poètes font légitimement partie. Ce fut indubitablement un rêve esthétique valable que ce curieux forçage de couleurs et son exploitation aux fins de l'expression à demi factice de tempéraments et de sentiments eux-mêmes un peu sollicités. Pièce importante à conserver dans le dossier «écrivains français de Belgique», et, après tout, dans le dossier d'ensemble de la littérature française. Les comparatistes pourront y observer une floraison un peu folle et tardive du vieil arbre d'illusion dont Herder et Walter Scott sont les racines, et dont le tronc porta notamment certaines pages de Michelet et Notre-Dame de Paris.
Avec la relève wallonne, on sort indubitablement de ce romantisme symbolico-expressionniste si bien fait pour attirer l'attention. Quelles qu'en soient les raisons, les Wallons s'étaient peu montrés jusque-là (à peine pourrait-on citer un Octave Pirmez, ce sous-Amiel), ou bien ils se confinaient dans le lyrisme intime et l'étude régionaliste. Après 1918 ils se manifesteront davantage, en même temps que l'évolution politique détournera de plus en plus les écrivains de naissance flamande de s'exprimer en français. Qu'apportent les Wallons? Plus de mesure assurément, une introspection plus exacte et partant moins dramatique, le goût des réalités quotidiennes, la sobriété du style, en poésie le retour fréquent au mètre classique et à un vocabulaire moins excessif, un lyrisme d'écoute et de notation plutôt que de proclamation et de grands décors. Une telle littérature a certes les moyens de retenir, encore faut-il qu'on veuille bien lui porter attention. De tels écrivains ne vont pas vers le public, mais l'attendent. En partie parce que leur situation effacée par rapport à la littérature venant de Paris les décourage de rivaliser avec elle, ils créent de plus en plus pour eux-mêmes et pour quelques amis. C'est sans doute la raison pour laquelle, dans ce milieu de siècle, la littérature française de Belgique s'est vouée surtout à une poésie qui reste assez loin des hermétismes nouveaux, ou à un genre de narration qui a peu de rapports avec les formes sur lesquelles se porte aujourd'hui en France la dilection de la critique. Comment s'étonner que reste dans sa pénombre un peu déçue une littérature qui se fait selon son goût à elle et ses nécessités internes sans se mouler sur l'attente qu'on pourrait avoir d'elle et sans fournir de matière facile à la publicité, cette reine contemporaine? Tout cela maintient certes une particularité belge, mais une particularité qui peut être perçue comme celle du démodé.
Provinciale donc, cette littérature? Il convient de voir dans la Belgique actuelle une réserve plutôt qu'une province.


2. Une littérature sans écoles

Le «Thyl Ulenspiegel» de Charles De Coster

La première oeuvre qui ait vraiment compté est le roman-poème de Charles De Coster (1827-1879). Curieuse épopée en prose qui, dans le troisième quart du XIXe siècle, a tenté une synthèse tout à fait personnelle du réalisme et du romantisme. Énergique et frais, le «rêve flamand», coulé en un français savoureux, y a plutôt couleur que truculence. La gravité et la vigueur y restent pures, et le tragique y alterne avec l'humour dans un contrepoint équilibré. Il n'est peut-être pas inutile d'indiquer que l'ascendance de l'écrivain était mi-flamande, mi-wallonne, et qu'il ne vécut jamais en Flandre. Ami des peintres, grand lecteur de Rabelais, il s'était intéressé au folklore flamand, qui lui avait donné la matière d'un recueil de style réaliste et archaïsant, les Légendes flamandes (1858). Dans les années qui suivirent il écrivit ses Aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs. Le livre parut en 1867, puis fut de nouveau publié deux ans plus tard avec une préface fantaisiste, la «préface du hibou».
Le sujet est double: cela démarre comme l'histoire anecdotique d'un joyeux drille, mais bientôt, sans quitter celui-ci, on bifurque vers les bûchers et les combats d'un siècle tragique et Walter Scott se tresse à Rabelais sans que cela fasse tort à une complexe et attachante unité de ton, de coloris et de sentiment.
D'où venait ce Thyl Ulenspiegel (dont De Coster a quelque peu euphonisé le patronyme)? Au début du XVIe siècle, la traduction flamande d'une compilation d'origine rhénane avait introduit et popularisé dans les Pays-Bas le type et le caractère de ce farceur allemand. On lui invente un tombeau à Damme, près de Bruges, et c'est là que De Coster fera naître son héros, dont il placera l'existence au temps des persécutions religieuses et de la révolte des «gueux» contre le pouvoir espagnol. Car il y a dans le récit tout un aspect historique que passionne d'ailleurs une perspective d'anticléricalisme moderne, et le germe fécond de l'ouvrage a été la rencontre de ces deux sources: un recueil de farces populaires et les ouvrages des historiens. Greffer ainsi l'histoire et la passion politique, choses tragiques, sur un fond de facétie et de vitalité rustique, et envelopper le tout dans la poésie d'un paysage et d'un climat, voilà qui ne pouvait être le fait que d'un écrivain doué d'une imagination extrêmement vivante et d'un remarquable doigté d'artiste. Une de ses réussites a été de servir son plat flamand à la sauce d'un français du vieux temps, poivré çà et là de quelque terme germanique qui donne l'exotisme.
Ulenspiegel est un ouvrage que la sympathie inspire mais qui mise de toute évidence sur un style. Style très consciemment conçu et travaillé, qui fait reluire sans la trahir la simplicité populaire, et qui sera assez souple pour passer sans accroc, quand le sujet le demandera, d'un verset de ballade à une prose plus abondante et plus dramatique, quitte à revenir ensuite au verset bref et serré qui reste la trame rythmique, le pas de route du récit-poème. Le mouvement des aventures s'entrelace à la succession tranquille des saisons, car ce livre est une image de la vie humaine dans ce qu'elle a d'instable à cause des hommes, de stable à cause de la nature. Contrepoint aussi de la vie quotidienne et de l'histoire, puisque les personnages s'appellent aussi bien PhilippeII et le Taciturne que Lamme, Nele ou Katheline. De Coster a fait de ce Thyl emprunté une véritable création, unissant en lui l'espiègle tricheur au héros généreux et conscient, en en faisant aussi un amoureux et un poète. Bien qu'il ne soit à aucun degré un don Quichotte, il voyagera accompagné d'un Sancho, ce bon Lamme Goedzak qui est la figure replète et douillette du peuple de Flandre, alors que Thyl en est la figure aiguë, enthousiaste et sarcastique.

Le groupe de la Jeune Belgique

De Coster mourra sans avoir connu le mouvement d'éveil littéraire des années quatre-vingt, représenté principalement par le groupe et la revue La Jeune Belgique. Les manuels belges ne tarissent pas sur cette glorieuse épiphanie, et surtout sur Georges Rodenbach (1855-1898) et Albert Giraud (1860-1929). On connaît la grâce élégiaque du premier. Son roman Bruges-la-Morte fut célèbre, et l'on retrouvera des échos de sa mélancolie aussi bien chez les crépusculaires italiens que chez les symbolistes russes ou chez un postsymboliste de France comme Samain. Vaporeux comme Verlaine, il a dans ses meilleures pièces une lucidité cristalline qui doit quelque chose à Mallarmé, et en cela, il annonce les Clartés un peu mystérieuses du Wallon Albert Mockel. Quant à Albert Giraud, très admiré en son temps, ce fut un parnassien solide et le chef de file du groupe. On peut rapprocher de lui Fernand Severin, plus sensible cependant, touche de préraphaélisme, et dont le vers musical et pur a la fermeté des stances de Moréas. Mais l'époque avait été envahie par deux grandes oeuvres et deux grands noms: Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck. Serres chaudes et les recueils de la première phase verhaerénienne ont opposé au parnassisme de Giraud et de ses amis l'apparition d'un symbolisme belge qui ne manquait ni de suggestivité ni de vie. Or le symbolisme belge est fort riche, et les noms moins connus d'Albert Mockel, de Charles Van Lerberghe et de Max Elskamp méritent qu'on s'arrête à eux.

Albert Mockel

Avec Mockel (1866-1945) apparaît Liège, et avec Liège l'Ardenne, les bois, la sensibilité musicale du Wallon. Wallonie est le nom qu'il donna à une revue où collaborèrent tous les symbolistes de Paris et qui est devenu aujourd'hui celui de la Belgique francophone. Lui-même, Rhénan aéré par l'Ardenne et tenté par le Midi, se situe à une limite très délicate, et c'est sans doute cette délicatesse qui, le rendant compréhensif aux nuances diverses de la nouvelle école, l'ouvrant à ses courants et l'invitant à fixer les points communs de son effervescence, a assuré le succès assez extraordinaire de ces cahiers du Nord dont la place reste marquée dans l'histoire de la grande mutation moderne du lyrisme.
Le symbolisme, à certains égards, est né d'une analyse du fait poétique. Mockel en a pris sa part dans ses Propos de littérature où il parle de Régnier et de Vielé-Griffin, dans ses études sur Mallarmé et sur Van Lerbergh. À le lire, le symbolisme devient une chose presque précise, en tout cas soigneusement fondée sur une méditation dont on dira qu'elle était philosophie esthétisante plutôt qu'esthétique de philosophe. Dans la pratique de sa propre poésie il a suivi sa spontanéité sensible, et en cela il se révélait bien wallon. Sa sonorité ne cherche pas à être imitative des choses mais suggestive des climats intérieurs. Voulant traduire le flux de l'âme, il a fait confiance aux frémissantes souplesses du vers libre. Après Chantefable un peu naïve et Clartés, il a évolué vers une technique qui, sans abandonner la finesse sonore et l'émotivité du rythme, se rapprochait peu à peu des régularités traditionnelles. Dans La Flamme immortelle (1924), cette intelligente symphonie dédiée à l'amour, l'ancien animateur de la Wallonie était presque entièrement sorti du symbolisme.

Charles Van Lerberghe

C'est aussi dans le pays wallon que le Gantois Charles Van Lerberghe (1861-1907), après avoir fait le tour de l'Europe, rencontra le décor prédestiné de son lyrisme: sa Chanson d'Ève, qui fut en son temps un événement de la poésie française, avait été achevée en 1904 dans la vallée de la Semois. Avant cela Van Lerberghe avait ouvert la voie au théâtre symboliste par son acte Les Flaireurs et publié en 1898 un volume de poèmes diaphanes et tremblants qui porte le titre significatif d'Entrevisions. Un poème, disait-il, «ne me plaît tout à fait que lorsqu'il est à la fois d'une beauté pure, intense et mystérieuse», et il ajoutait avec sa merveilleuse modestie: «C'est dans ce domaine que je tâtonne.» C'est que la vie, pour la sensibilité de ce poète, est un rapport ondoyant entre une subjectivité en attente et un monde qui à demi-mot lui répond, tangence effleurante du moi plein de ferveur timide et d'un dehors prêt à perdre sa nature étrangère. Le recueil des Entrevisions contient quelques merveilles de poésie toute pure, à peine palpable. On y voit poindre plus d'un des thèmes que rassemblera l'oeuvre de maturité. En même temps le vers lerberghien y avait fait ses gammes, et le poète pouvait déjà se définir à lui-même sa poésie: «un brouillard de lumière». Mais ce qui permettra la cristallisation en un seul symbole de toute la sensible spéculation en suspens sera une certaine image de femme. Cette image, il en a cherché longtemps le modèle chez telles jeunes filles rencontrées au fil de ses voyages, mais le critique Henri Davignon a pu dire: «À la fin, il fait de méprises successives la gloire de la seule Ève à laquelle il a cru, pour l'avoir inventée.» Quant à son paradis, nous avons vu que c'est un val d'Ardenne qui lui en a donné, non assurément le détail, mais le vaporeux rayonnement: «Souvent, dit-il, il me faut coudre avec du fil blanc un peu d'eau à un bout d'aube ou une flamme à un pan de vent.» Car Van Lerberghe est un Ariel.
La Chanson d'Ève, c'est musical, chatoyant d'une richesse d'images dont chacune reste sobre, le monologue de l'âme humaine devant le monde. À travers l'émerveillement un peu perdu du faune mallarméen y passent les questions et les alarmes, la dialectique dedans-dehors de la Jeune Parque; mais dans cette modulation qui va de l'émerveillement au désespoir, rien n'est violent et le pessimisme même a sa grâce de joie. En vérité c'est là un poème philosophique qui en même temps exprimerait la tonalité sensible d'un être. Et la symphonie aux mouvements admirablement conduits se résoudra en une cadence des plus classiques dans le miraculeux diminuendo de la mort d'Ève.

Max Elskamp

L'âme de Max Elskamp (1862-1931) ressemblait certes un peu à celle de Van Lerberghe, elle aussi était fraîche et sensible, mais la nature artistique du poète anversois le poussait plutôt à s'exprimer non en pureté mais en naïveté. Il n'a pas la profondeur spéculative du penseur de La Chanson d'Ève, mais il a vécu un drame intérieur qui se révélera surtout dans sa deuxième période de création. Sa poésie est une longue chanson à petite voix, et chez lui plus que chez tout autre on peut dire que c'est le ton qui fait la chanson. Dès Dominical (1890), le poète dit la couleur de ce qui peut le rendre heureux: les dimanches, les cloches, les joies humbles, l'amour; c'est un Francis Jammes plus nerveux, subtil dans sa simplicité apparente, et qui demanderait à l'ellipse, au rythme populaire, à une oralité délicieusement archaïsante la transposition de l'aveu en une poésie. Pourtant la mélancolie s'insinue bientôt dans l'élan joyeux. Elskamp voit la vie comme une suite de jours, de semaines et de saisons, pans de joie et de peine commençant, finissant et recommençant sans trêve. Le temps, le lieu, la bonté, voilà des thèmes de ce «moi» qui tout naturellement s'identifie au «nous» pour chanter l'almanach intime des gens de son pays. Verhaeren a dit, de En symbole vers l'apostolat, que c'était un livre que François d'Assise aurait oublié d'écrire. Tout cela donnera son ultime et tendre flambée dans La Chanson de la rue Saint-Paul. Cette première phase évoquait un monde en rond, «un pays comme Dieu le veut», et en même temps faisait à petites touches le portrait d'une âme. Mais que va-t-il arriver à cette âme? Dans la seconde suite de ses recueils, le poète ne dira plus ce qu'il souhaitait de la vie, mais ce que la vie a fait de lui. Elle en a fait d'abord en 1914 un exilé, dont la plainte amère et douce, encore liée à l'aventure de son peuple, inspire Sous les tentes de l'exode (1921). Ensuite, Chansons désabusées et Aegri somnia (posthume, 1933), d'autres recueils encore, feront entendre l'élégie d'un destin personnel fait de déréliction, de tête-à-tête avec soi-même et d'une longue nostalgie. La confiance a été trompée, mais le désabusement va se chanter sur les mêmes rythmes et selon le même intimisme sincère que jadis la foi ingénue. Dépouillement, nudité, jaillissement direct continuent à donner un son très humain à ces récapitulations désolées, à cette comptabilité de l'âme, à ces «regrets Villon» qui n'en finissent plus. Il y a sans doute dans la littérature universelle des poésies plus serrées, plus ornées, plus riches de sens comme de son, mais sans doute n'existe-t-il pas une oeuvre où l'auteur soit plus présent à chaque mot, entre les mots, dans la lancée même du rythme.

Poètes et prosateurs d'aujourd'hui

Le courant lyrique

Parmi les poètes apparus dans l'entre-deux-guerres, il faudrait distinguer d'Odilon-Jean Périer (1901-1928), mais aussi de René Verboom, Pierre Nothomb, Roger Bodart, Maurice Carême, Géo Norge, Jean Tordeur... Mais il ne s'agit pas de glisser au palmarès, et nous nous limiterons à deux figures, fort différentes l'une de l'autre mais que recommande également leur valeur d'authenticité: Armand Bernier et Marcel Thiry.
Le charme de l'oeuvre d'Armand Bernier, dont l'essentiel a été réuni sous le titre Le Monde transparent (1956), réside dans la continuité et la cohérence sensible de sa coulée. Une émotion méditante n'a cessé de la conduire dans une nudité d'expression tout à fait remarquable. «Je ne puis lire une oeuvre d'Armand Bernier, a dit Marcel Arland, sans être frappé tout ensemble par la pureté harmonieuse de sa voix et par sa ferveur.» Jules Supervielle lui aussi a beaucoup aimé ce poète en qui il pouvait reconnaître quelque chose de fraternel. À travers de multiples étapes, une âme a cherché l'équilibre et s'est construit peu à peu une vue d'univers. Aux «quatre songes pour détruire le monde» succèdent et répondent «les vergers de Dieu» puis «la famille humaine», et enfin tout se c
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LA VIE A CONTRETEMPS...

Y en a fallu du temps

Et tellement de courage

Pour oublier des yeux

Enfin tourner la page...

Arrêter de rêver

Se battre avec la vie

Ne plus envisager

L'envie d'avoir envie...

Renaître peu à peu

Soleil de la tendresse!

Se sentir de mieux en mieux

Et que plus rien n'oppresse.

Y en a fallu du temps

Et tellement de courage

Pour oublier des yeux

Enfin tourner la page...

La vie à contretemps

Revenir en arrière...

Préférer le présent

Renier toute guerre!

Et se sentir au port

Tout au bout du tunnel

Refuser d'avoir tort

Non, rien n'est éternel!

Y en a fallu du temps

Et tellement de courage

Pour oublier des yeux

Enfin tourner la page...

J.G.

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12273350479?profile=originalEmilio Baz Viaud

Mexico, 1918-1991

Autoportrait de l’artiste adolescent

(aquarelle et brosse, 1935)

 

« Que dire de ce que l’on aime

et comment le faire aimer ? »,

André Breton

(préface au catalogue de l’exposition « Mexique », 1939)

 

Avec les Contemporáneos d’autres figures s’imposent…

 

      Trois billets pour faire pendant aux « Trois Grands », voilà qui n’est finalement pas trop pour une telle mosaïque de talents. Et atteindre « la réalité magique d’une autre culture » perçue par Antonin Arthaud.

      En marge du muralisme, on trouve les Contemporáneos, moins idéologues, poètes sans papiers. Alors on colle des étiquettes. Bien pratique pour écrire mon papier, le rendre apparemment plus cohérent, mais pas toujours très juste. On adhère ou pas, les groupes sont poreux, les artistes  évoluent et sont souvent inclassables, à contre-courants.

A défaut on parlera de modernisme, teinté de régionalisme, pour un peintre comme Jesús Helguera (1910-1971) par exemple, d’un symbolisme très nationaliste.

 

12273351096?profile=originalJesús Helguera

Patrie

(photo captée sur le net)

 

Mais place à deux représentants dûment estampillés Contemporáneos :

 

12273352067?profile=originalFrancisco Zúñiga Chavarria

San José (Costa Rica), 1912-Mexico, 1998

Nus au drap

(huile sur toile, ca 1938)

 

12273351895?profile=originalAlfonso Michel

Colima, 1897-Mexico, 1957

Nature morte

(huile sur masonite, 1956)

 

12273353093?profile=originalAlfonso Michel 

Nature morte

 (huile sur toile, 1954)

 

Parallèlement on croise des surréalistes ou apparentés, dont nous avons déjà rencontré quelques porte-paroles. Ici, avec ce « sens inné de la poésie, de l’art » (Breton), la terre est fertile.

 

12273353676?profile=originalManuel Rodriguez Lozano

Mexico, 1896-1971

Nu

(huile sur toile, 1935)

 

« Ô ciel de terre ô mer agile
Encerclée de corps
Ô légitime soif pavée de courbes
Timide si la peau qui brille
Perle en toute délectation
Sous la fumée vibratoire de la chaleur des étoiles
Invisibles »
,

César Moro

 

12273354272?profile=originalGunther Gerzso

Mexico, 1915-2000

Paysage

(huile sur masonite, 1955)

« Dans chaque tableau de Gerzso, il y a un secret invisible. »

« Géométries de feu et de glace bâties sur un espace qui se déchire :

 suspension des lois de la pesanteur. »,

Octavio Paz

 

Auxquels on pourra ajouter Jesús Reyes Ferreira (1880-1977), dit Chucho Reyes, autodidacte à la verve poétique.

 

      Jusqu’à… la Ruptura. Groupe aux contours flous d’artistes qui voulaient simplement affirmer leur liberté de créer, offrant ainsi des perspectives quelque peu discordantes et novatrices. 

 

12273354489?profile=originalAlberto Gironella

Mexico, 1929-1999

Reine à la tête de chien

 (huile sur toile, 1961)

Peintre du « radicalisme passionnel » selon Octavio Paz,

« meurtres et résurrections » seraient les « rites interminables de la passion », « une étreinte qui serait un combat »,

pratiquant l’art du détournement

 (ici de La reine Marianne d’Autriche de Diego Vélasquez),

 un peu à la manière de l’Espagnol Antonio Saura,

sans parler de Picasso, ou du Britannique Francis Bacon.

Ou déviant peut-être même Francis Picabia (1879-1953) dessinant « Le portrait de la reine du Pérou » et décrivant ces chiens qui « n’eurent bientôt d’autre ressource que de manger leurs maîtres », lorsque « l’un d’eux apporta dans la hutte de Dingue la tête de l’Indienne dont il était amoureux. » « Alors, prenant la tête de la femme de la gueule du chien, il s’amusa à la lancer. » Association inconsciente ? Hasard objectif ? Travail onirique ?

Le fait est que La reine Mariana de Gironella, un assemblage très Dada comprenant une tête de chien naturalisée, et Le double monde de Picabia ornaient le mur de l’atelier d’André Breton.

Association libre

Apparentement terrible

Etrange coïncidence…

12273355072?profile=originalQuentin Garel (né en 1975)

Orang-outan

(bronze, 2014)

 

Refermons notre polyptyque consacré au Mexique. Mais, avant cela…

Quid du Mexique aujourd’hui ? Que dire qui n’ait déjà été dit ?

 

      Mexico, cœur palpitant d’une autre Amérique, n’en finit pas d’inventer son propre langage pictural et il faut au moins citer d’autres de ses enfants turbulents de l’art contemporain, tels Juan Soriano (1920-2006), Pedro Coronel (1923-1985), son frère Rafael Coronel (né en 1931), qui fut le gendre de Diego Rivera, Manuel Felguérez (né en 1928), José Luis Cuevas (1934-2017),  un « tempérament extraordinaire, doublé d’une maîtrise innée » (O. Paz), Gabriel Mocotela (né en 1954), Julio Galán (1958-2006), Gabriel Orozco (né en 1962)…

      Une nouvelle génération, de peintres juchitecos notamment (les Juchitecos de l’état d’Oaxaca forment une communauté de langue zapotèque. Une société matriarcale où la femme gère la cité aussi bien que le foyer), assure également la relève. Parmi eux, mentionnons Francisco Toledo*1 (1940-2019), Oscar Martinez Olivera (né en 1951) ou Sabino Lόpez Aquino (né en 1960).

Sans compter les graffeurs et leurs muraux que nous avons découverts au précédent chapitre.  De nouvelles fenêtres s’ouvrent en ce vingt-et-unième siècle. Murs et façades se couvrent de soleils aérosols.

 

Gaffe... des graffeurs fous, des graines d’Aztèques vous brusquent de frasques en fresques…

« Pour la fierté de ton peuple, sur le chemin des anciens et la mémoire des oubliés. »

12273355481?profile=originalTlacolulokos (Dario Cánul et Cosijosea Cernas)

(acrylique sur toile, 2017)

(photo captée sur le net)

12273328286?profile=original

Les murs qui, chacun sait, ont des oreilles questionnent comme le fit Atahualpa Yupanqui (1908-1992) dans ses Preguntitas sobre Dios*2

« Grand-père est mort dans les labours

Sans prière ni confession

Et les Indiens l’ont enterré

Flûte de roseau et tambour. »

 

12273356893?profile=originalSaner

 (photo Steve Welnik)

 

      Parmi ces agitateurs de l’art urbain contemporain mexicain, Edgar Flores, né en 1981, alias Saner, est sans doute l’un des plus en vue avec ses personnages aux couleurs vives, ses masques et crânes inspirés d’un folklore local revisité. Il a collaboré avec Carlos Alberto Segovia Alanís, connu sous le pseudo de Sego (ou Ovbal pour ses œuvres abstraites), qui, quant à lui, hachure des créatures très organiques assez proches de ce que réalisait Mœbius (Jean Giraud dit, 1938-2012), lui-même imprégné par les paysages désertiques du Mexique, pays où longuement il séjourna. Une mention pour Stinkfish, né au Mexique en 1981 également, qui pratique une forme de guérilla urbaine dans un style « tropical psychédélique » à partir de photos détournées d’anonymes, mais il vit et travaille essentiellement en Colombie.

      Je taguerai quand même que de trouble à l’ordre public avec ces vandales, on est passé de perturbateurs à animateurs de cités ayant, pour certains, pignon sur rue. Des excitateurs d’un marché toujours très réactif qui mettent en effervescence les investisseurs, puisque parait-il, je ne suis ni critique ni conseilleur, c’est de la bombe.  « İ Santa Tortilla ! », comme dirait Speedy Gonzales.

 

12273357653?profile=originalSego y Ovbal

 

      Signalons enfin un peintre à l’hyperréalisme assez bluffant, Omar Ortiz, né en 1977 à Guadalajara, la capitale de l’Etat de Jalisco au centre-ouest du Mexique, et, dans un style assez proche, Enrique García Saucedo, né en 1971. A côté de ces artistes déjà confirmés, d’autres peintres émergent, tels Guillermo González Elizondo, Fernando Islas Cervantes, Diana Obdulia Montemayor Chapa, Diego Salvador Rios. Ou, dans le sillage de Posada, le prometteur illustrateur Carlos Lara, né en 1985. Etc. Cha-cha-cha.

 

      Voilà, en dix longs articles et une centaine d’illustrations, un tableau, ma foi assez complet (un bon gros livre en somme, inédit, accessible, libre et gratuit), de la peinture mexicaine au vingtième siècle, qu’il ne faut certes pas réduire à une ou deux figures plus charismatiques ou médiatiques, encore moins à une vision uniquement tournée sur l’Europe ou lorgnant exclusivement vers les Etats-Unis. On a trop chanté le parisianisme et l’Amérique. C’est aussi notre façon de faire tomber les murs (seules valent les cimaises, pas les cloisons), nuancer notre point de vue, réviser nos codes. Alors…

On oublie tout.

Sous le beau ciel de Mexico

Pour connaître…

Une aventure mexicaine
Sous le soleil de Mexico…

 

Mexico, Mexico...
Sous ton soleil qui chante,
Le temps paraît trop court
Pour goûter au bonheur de chaque jour.

Raymond Ovanessian, dit Vincy (1904-1968)

Adios amigos…

 

12273358055?profile=originalFrancisco Ángel Gutiérrez Carreola

Oaxaca, 1906-Mexico, 1945

L’adieu

(La despedida ; huile sur toile, 1939)

Dans le jargon tauromachique, la despedida

c’est aussi l’adieu du torero à l’arène.

Finie la corrida, il se fait alors couper la coleta,

une mèche derrière le col, signe distinctif de sa corporation.

 

Quoique, avant de tirer ma révérence, j’aimerais tant voir Veracruz et

« Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver. »

Boris Vian (1920-1959)

Quand les Juchitecos pensent que les chiens hurlent à la mort quand ils sentent la présence du démon et que fumer une cigarette éloigne le mal… Lointaine réminiscence de cette légende aztèque qui voulait que le xoloitzcuintle, ce chien nu mexicain qui était censé conduire les âmes jusqu’au Mictlan, le territoire des morts, et dont le nom même dérive du dieu cynocéphale Xolotl.

« La mémoire peut être un piège :

elle se croit réminiscence alors qu’elle est prémonition.

Il y a des moments où nous confondons nos souvenirs avec nos désirs. »

Carlos Fuentes (1928-2012)

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 L’artiste juchiteco  Francisco Benjamin Lόpez Toledo s’est éteint le 5 septembre 2019 à Oaxaca alors qu’une vaste rétrospective (« Toledo Ve », « Toledo voit »), lui était consacrée au Musée National des Cultures Populaires de Mexico. Une reconnaissance pour ce peintre discret, la culture et la terre zapotèque qu’il défendait.

12273357892?profile=originalMe quito y me pongo arrugas como quiero

Petit hommage en images à celui qui décollait et avait des rides sous les yeux :

12273358489?profile=originalAutoportrait

*2 Ces Questions concernant Dieu du poète argentin ont été popularisées au Mexique par la grande Chavela Vargas (1919-2012). Elle fut l’amie de Diego Rivera et de Frida Kahlo.

 

Ce billet clôt, après plus de trois ans de recherches, une série de dix sur l’Ecole mexicaine de peinture, présentés en exclusivité sur Arts et Lettres. Ces dix billets couvrent près de deux siècles de peinture mexicaine, de 1850 à 2020 là où les meilleurs catalogues ne prennent en compte que la période 1900-1960.

Donc, si vous voulez voir ou revoir…

Une présentation générale de la peinture mexicaine du vingtième siècle :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rivera-orozco-siqueiros-1-re-partie-que-viva

Les « Trois Grands » :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres-grandes-2e-partie

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jos-clemente-orozco-los-tres-grandes-3e-partie

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/david-alfaro-siqueiros-los-tres-grandes-4e-partie

Frida Kahlo et les autres femmes peintres du Mexique :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-1-re-partie-frida-kahlo

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-2e-partie-frida-mar-a-olga-rosa-et-c

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-rebelles-3e-parie-alice-lilia-leonora-remedios-au

Les autres peintres mexicains du vingtième siècle et au-delà, le muralisme, le surréalisme, le stridentisme… :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-jos-david-et-les-autres-que-viva-mexico

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-otros-para-nosotros-diego-jos-david-et-les-autres-que-viva

 

Fin

« Les mexicains aiment avoir le cœur brisé. Ça leur fait ouvrir de grands yeux et ça les rend tristes… et ils aiment ça. »,

Elliott Arnold (1912-1980)

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12273298683?profile=original Autoportrait (Le grand colonel), 1945

La peinture comme un uppercut.

Siqueiros, dit El Coronelazo, comme ses coreligionnaires Rivera et Orozco, fit de la Révolution politique une révolution plastique.

 

      David Alfaro Siqueiros (Chihuahua, 1896-Cuernavaca, 1974), le plus radical, le plus singulier, le plus novateur, expérimentant les possibilités du « hasard contrôlé », coulures, éclaboussures… « Siqueiros dépasse les limites étroites du tableau ; ce n’est plus une dimension statique, mais une surface dynamique. », Octavio Paz. Une leçon, comme un prélude à l’expressionnisme abstrait informel, que retiendront les adeptes de l’action painting, Pollock en tête.

C’est aussi le plus politique, fustigeant comme il dit « l’individualisme bourgeois » et « l’art des cénacles ultra-intellectuels ». Et, bien qu’il « répudi[ât] la peinture dite de chevalet » pour « exalt[er] les manifestations de l’art monumental », c’est pourtant bien son travail d’atelier auquel nous nous attacherons ici.

 

12273299482?profile=original Portrait de María Asúnsolo enfant

(pyroxyline sur masonite, 1935)

María Luisa Asúnsolo Morand (1904-1999) fut une galeriste mexicaine qui travailla à la promotion  de l’art de son pays, elle était la cousine germaine de la célèbre actrice Dolores Asúnsolo Lόpez Negrete (1904-1983), plus connue sous son nom de scène, Dolores del Río. Voilà pour les potins.

 

      Octavio Paz, prix Nobel de littérature en 1990, n’a pourtant pas toujours été tendre pour le muralisme en général et Siqueiros en particulier, qu’il dépeint en « artiste réfractaire dirigé par un imprésario napolitain, le tout sous le patronage spirituel d’un théologien obtus. » Trop idéologue, manichéen et théâtral. Pour autant il affirme que « son univers est celui des contrastes : matière et esprit, affirmation et négation, mouvement et stagnation. » Mais reconnait surtout « le peintre de chevalet, qui est peut-être le meilleur Siqueiros. »

 

12273301052?profile=original Portrait de María Asúnsolo descendant l’escalier

(duco sur contreplaqué)

En l’occurrence le fervent tiers-mondiste put se montrer mondain.

 

      Quoi qu’il en soit, l’homme Siqueiros par sa peinture, un cri autant qu’un coup de poing, se voulut d’utilité publique afin de dessiller les yeux du peuple, d’éveiller les consciences. L’art en tant qu’acte politique. La politique acte artistique.

 

12273301654?profile=original Zapata

(lithographie, 1931)

(photo captée sur le net)

 

Activiste, militant de toujours, il participa à tous les combats, de la Révolution mexicaine à la guerre civile espagnole, où il se battit aux cotés des Républicains.

 

12273301697?profile=originalPersonnage important

(huile, 1958)

Etude pour la fresque « Du porfirisme à la Révolution ».

 

Siqueiros sera ainsi le chantre d’un renouveau « héroïque et populaire » de la peinture mexicaine :

 

12273303052?profile=original Ethnographie, 1939

 

      Pendant la Grande Dépression des années trente aux Etats-Unis, Orozco, Rivera, Siqueiros exercèrent une forte influence sur les peintres nord-américains qui dénoncèrent les abus du capitalisme, avec son lot d’endettement et de chômage, sur les exclus autant que le racisme ambiant. Le peintre Joe Jones (1909-1963) notamment donna des cours d’arts plastiques aux chômeurs et réalisa une fresque contestataire, Social Protest in Old Saint Louis, aujourd’hui détruite, comme le fut celle, L’homme au carrefour, peinte par Diego Rivera pour le Rockfeller Center, où figurait un portrait de Lénine. Ainsi les murs fleurissaient tandis que mûrissaient les raisins de la colère.

 

12273303278?profile=originalNotre image actuelle, 1947

« Pour David Alfaro Siqueiros, tout est lumières et ombres, mouvement et contraste. », Octavio Paz.

 

      Il est également significatif à cet égard que Pollock, Jackson the driper, qui imprime dans son propre mouvement la rupture avec les moyens traditionnels de la peinture, fut aussi bien l’élève de l’américain Thomas Hart Benton (1889-1975), un peintre « régionaliste » bien ancré dans la réalité sociale, que du mexicain David Alfaro Siqueiros. Même s’il faut reconnaître que Pollock s’intéressait plus aux techniques picturales propres à la fresque et aux nouveaux supports qu’au message véhiculé.

D’autres « régionalistes » américains affirmeront leur identité nationale à l’instar de leurs confrères mexicains, tels Grant Wood (1891-1942) ou de Ben Shahn (1898-1969), qui travailla avec Diego Rivera et écrivit que « L’école française n’est pas pour moi. »

De même, rompant avec leur politique isolationniste, les Etats-Unis entrent en guerre le 6 avril 1917. Anarchistes, pacifistes, artistes se réfugient au Mexique. Le peintre réaliste américain George Bellows (1882-1925) déclara « Bénis soient les pacifistes. »

Une influence sur les muralistes qui n’est certainement pas non plus à négliger, même si les historiens d’art semblent ignorer cette piste.

      Toujours aux Etats-Unis, dans le contexte social de la ségrégation, des artistes afro-américains du mouvement « Harlem Renaissance », comme Aaron Douglas (1899-1979), avec sa fresque « Aspects of the Negro Life » (1934), Romare Bearden (1911-1988) et sa série la « Grande Migration » sur l’exode des Noirs vers le Nord, ou Jacob Lawrence (1917-2000) dans « The Block », s’empareront de ce moyen d’expression pour dénoncer les conditions de vie des Noirs américains et avancer leurs revendications.

Sans omettre non plus, parmi les pionniers, le muraliste français et très chicano Jean Charlot (1898-1979) qui s’installa au Mexique en 1922, où il collabora avec Rivera, Orozco et Siqueiros. Fernand Léger (1881-1955), Albert Gleizes (1881-1953), Robert Delaunay (1885-1941), furent également sensibles au mouvement muraliste.

 

12273304069?profile=original Jean Charlot (1898-1979)

La danse des Malinches

(huile sur toile, 1926)

 

      En Belgique, Siqueiros fit d’autres émules avec Edmond Dubrunfaut (1920-2007) et Roger Somville (1923-2014) qui fondèrent, avec Louis Deltour (1927-1998), le groupe « Forces murales » en 1947.

      Difficile d’ignorer également la rivalité entre Siqueiros et Rufino Tamayo. Ce dernier étant considéré par certains comme le véritable troisième « Grand », en tout cas adoubé comme tel par André Breton. Pour le moins « un des jalons les plus précieux de la peinture universelle de notre temps comme de l’histoire de l’art mexicain » selon Octavio Paz. « Une réponse personnelle et spontanée à la réalité de notre époque. » Ce que Siqueiros ne pouvait plus être, « Une réponse, un exorcisme, une transfiguration. »

Mais le « pape du surréalisme » pouvait être contesté, quand bien même ils étaient excommuniés, par quelques autres surréalistes… Et Siqueiros honni, banni, au cri de « A l’assassin ! »

Les uns, marxistes-léninistes orthodoxes, ou pis staliniens, prenant fait et cause pour Siqueiros, tels Louis Aragon ou Paul Eluard. Les autres, trotskistes convaincus, le vilipendent et soutiennent mordicus Tamayo, comme Breton ou Benjamin Péret.

Il faut dire que Siqueiros fut accusé d’avoir tué Trotski le 20 août 1940 et qu’il dut s’exiler au Chili pour cela. Par procuration peut-être (le véritable assassin étant Ramón Mercader, un agent du NKVD), complicité sûrement, voire le principal instigateur (malgré son alibi, « Guépéou ? J’étais pas là ! »), l’homme engagé étant tout de même impulsif et vindicatif, stalinien convaincu.

Mais au sein du groupe surréaliste, on n’avait pas attendu cela pour se chamailler à tout propos. Coups d’ergots, bataille d’égos, vaines querelles, chapelles.

Interminables controverses… « Haro ! » ou « Hourra ! », pour moi, le débat est ici clos.

 

12273303700?profile=original Rufino Tamayo

Oaxaca, 1899-Mexico, 1991

Deux personnages avec  un oiseau

(huile sur toile, 1960)

Il est libre l'oiseau...

 

Cependant une nouvelle série vous attend avec : Femmes, fières et Mexicaines ! Dont le premier volet, consacré à Frida Kahlo, est déjà disponible :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-1-re-partie-frida-kahlo

Une rétrospective de mes précédents billets est accessible, avec notamment les deux autres des Tres Grandes, Rivera et Orozco :

İ Que viva Mexico ! Pour une présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine:

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rive...

Diego Rivera :  

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres...

José Clemente Orozco :                                          

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jos-clemente-orozco-los-tres-grandes-3e-partie

Michel Lansardière (texte et photos)

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LE ROUGE GORGE...

Le rouge gorge impassible, sur le dossier du banc

Observe autour de lui avec amusement.

Les humains se reposent, ils profitent du jardin

Leurs gestes se font lenteur, ils prennent du temps, enfin!

Le rouge gorge se demande : serait-il pertinent

De leur faire le cadeau de doux gazouillements?

L'écureuil sur sa branche en équilibre instable

Se met à balancer en joueur insatiable!

Le temps s'est arrêté en cette fin d'journée

Moment est immobile et bonheur en apnée!

Alors, rouge gorge s'envole, rejoindre en haut d'la branche

La compagne dont le chant, pour lui seul s'épanche...

L'écureuil s'est posé, décortique une noisette

Nos humains apaisés, de douceur se délectent...

J.G.

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Fils d’or

Vous voyez bien
l’écheveau
embroussaillé
qui nous relie aux autres
devient
fils d’or et d’argent
en ces allées
et venues
de jours immobiles

.................................
Martine Rouhart

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Hommage à Max Elskamp par Norge

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Collection Robert Paul
Réédition des Six chansons de pauvre Homme suivi de Huit chansons reverdies, Ecrivains réunis, Armand Henneuse éditeur, Avec Préface de Norge.

 

Max Elskamp qui aimait la taille des incunables et l'écriture chinoise nous vient de ces temps, de ces lieux où le geste artisanal devait accomplir la figure d'un texte. Il habillait lui-même ses vers de lettrines et d'ornements qu'il creusait dans le buis, le poirier. Parfois il sculptait tout un poème. C'est ainsi que les mots de Max Elskamp ont appris un poids, un contour, une saveur qui se souviennent des sèves fruitières.

 

La plume court bien vite et les phrases de plume ont des caprices que la gouge refuse. Un mot cerné dans la tablette veut un effort, une fermeté où son pouvoir s'élabore avec ferveur. Il faut scruter et le verbe devient une matière.

 

Voici un Mallarmé de Flandre qui anime son azur de bois. Les formes de l'art populaire sensibles dans les vieilles images de Turnhout ou de Chartres si chères à Elskamp renaissent dans ses chansons traversées du même accent rustique.

Un homme simple, oui, si l'on entend que ce peut être de la façon la plus subtile. Un poète naïf oui, si l'on entend que certaine naïveté connaît mieux que la sagesse. Eh, non, Elskamp n'était ni simple ni candide: un artiste profond, un poète profond qui a choisi farouchement sa vie, sa mythologie, sa solitude. Car ce poète fut seul.

"Fuir, là-bas fuir", le grand inspiré du "Coup de Dés" donnait ce conseil. Et Max Elskamp a fui. C'est dire qu'il s'est donné tout entier à la poésie, lente, obstinée, recluse, - où l'élan de lucidité se recueille dans un langage aussi rigoureux que familier. Les bonnes gens des Métiers oeuvraient de la sorte..

 

Inventeur d'une langue française plus nue que le français -sorte de langue naturelle- que personne ne saurait manier après lui, il se fait entendre de chacun. L'oreille acquiesce tout de suite et le coeur ne peut être long à se rendre.

Nous savons que le poète entretint toute sa vie une longue dispute avec les dieux majeurs de l'inquiétude et du ravissement. Nous savons de quelle gravité passionnée il étreignait les vues de l'esprit. Mais il veut que dans son oeuvre apparaisse seulement la crête musicale de ces contemplations et que ce soit sous les traits de chansons tout unies. Fruits amers de l'incertitude ou grappes éclairées de joie, la main de tous les jours cueille et atteste. Une jubilation d'oiseau, un désespoir solaire, un vent de souvenir dans les agrès, ce feu de l'âtre qui fascine, car les flammes refont tous les visages aimés. Elskamp sait les retenir dans ses rythmes, il sait les durcir, dirai-je les sublimer, nous les proposer touchants, saisis dans leur sourire de stature et pénétrés cependant d'une humanité bouleversante. Mais la poésie ne se raconte pas.

Syllabes détachées dans une cadence aussi vivement en saillie que celle des complaintes, cette prosodie a trouvé "un ton". Peut-on penser à la frappe du marteau sur la cloche dans les carillons du Nord, la rime fixant à la fin de chaque vers son cadre bien fermé? Aucune torsion, nul enjambement; un éclat presque rigide, presque physique, mais quelle vibration émouvante sait le prolonger!

 

La poésie de Max Elskamp trop discrètement diffusée, n'a cessé cependant de susciter des admirations croissantes. Jean Cassou, Paul Eluard, Fr. de Miomandre, Aragon, Pierre Seghers, Fombeure, Follain sont parmi ceux qui la chérissent et déplorent son oubli. cette poésie a subi l'épreuve du temps sans perdre sa résonance. Au lendemain du symbolisme, elle définit dans une forme populaire qui continue la sensibilité du "romancero" français tout en le renouvelant, la primauté des grands sentiments élémentaires et l'avenutre inouïe d'être un homme. Elle avance à pas certains dans le monde intérieur. Elle exprime bien plus qu'elle ne raconte, reprenant ainsi à la musique son bien selon la suggestion de Verlaine. Sa modestie de parure laisse mieux connaître une grâce et une fraîcheur presque difficiles à croire, mais dont il est l'heure de s'aviser.

 

"Je vous salue, ma vie,

D'un peu d'éternité…"

 

Elskamp n'aura pas donné en vain cette salutations parfaite et notre temps la rendra bientôt à sa poésie toute vive à s'élever

 

Si haut qu'on peut monter.

 

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administrateur partenariats

Au travers des poèmes et des peintures,

Robert Paul, fondateur du Réseau Arts et lettres,

nous invite à partager nos plus beaux souvenirs...

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"Nostalgie"
60cm x 90cm
Acrylique sur toile

Magnifique maison de la place d'Ohain qui est devenue communale, et à chacun de mes retours, je retrouve l'élégance de nos architectures. Un petit village où chaque champ, chaque ruisseau me rappelle mon enfance, quand nous jouions dans les bois, jusqu'au soir tombant..l'atmosphère romantique de feu de bois qui craque en hiver, de mes premiers amours, de toute ma jeunesse...Une partie de moi entière..
Et bien que mon chien m'attende impatiemment, je profite toujours de ces derniers instants, une bouffée d'air chargée de souvenirs et de bonheurs avant de repartir vers mes lointains horizons.
Ah qu'il fait bon d'y revenir !

Olivier Lamboray

Rien que le silence

Le silence est un pas de

danse, resté en altitude,

dans la lumière ;

une rose endormie sur le

bord d'une route en août ;

un nuage de soleil

dans une tête d'enfant ;

Une pluie diluvienne sur les

Champs Elysées en mars,

 alors que nous la contemplons,

 dans un café feutré et chaud ;

Le corps de cet autre très vivant,

 dont l'on se souviens encore

une décennie après, que l'on a étreint,

aimé tout en secret ;

Le rire d'une enfance en soi,

 qui n'est plus là, alors que je suis coincée

 dans une rame de métro à 18H ;

Une rose qui grandit, qui pousse dans un

square parisien bourdonnant d'enfants

et de mères, de jeunes filles au pair ;

Le premier métro dès l'aube sonnée,

 les couloirs désertés ;

Un chagrin lorsqu'il est tu, en pleine fête,

qu'il nous ensilence,

nous mord bien trop fort ;

La brume toute étendue sur le Seine

endormie bien avant l'aube ;

Une main qui nous caresse, nous

effleure, dans une nuit bruissante ;

Le premier mot que l'on apprend,

si seul et si grand, "maman" bien avant

tous les autres, une île déjà en soi ;

Puis ......... la nostalgie lorsqu'elle nous

enveloppe, à n'importe quelle heure,

n'importe où, que l'on garde pour soi.

C'est cette musique là !

 Nina

Un partenariat

Arts

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Lettres

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Raphaël : un trait de génie

12273335101?profile=originalLa Vierge assise avec l’Enfant et le petit saint Jean-Baptiste
Dessin préparatoire pour La Belle Jardinière,
un chef-d’œuvre exposé au Louvre.

      Inutile de vous présenter Raffaello Sanzio (1483-1520), il est un des artistes les plus célèbres de la Renaissance italienne, de la Sainte-Trinité de Vinci, Michel-Ange, Raphaël. Laissez-vous simplement guider par la main du Maître dont on fête cette année le cinq centième anniversaire de la disparition.
Tout paraît en effet si simple, si évident, il est si doué. Il a tout compris, tout assimilé, tout est allé si vite, mort si jeune, à 37 ans tout juste, il a tant produit…
Alors juste s’attarder sur son trait, avec en contre-point quelques tableaux, dont les trois conservés, véritable trésor, par le musée Condé de Chantilly (Oise). Et comme une exceptionnelle exposition, la seule organisée en France à cette occasion, lui est consacrée jusqu’au 20 août 2020, profitons-en…

12273336085?profile=originalUn ange passe…
Trois études d’un ange volant.
Sanguine

Grâce (grazia) et équilibre.

      Tel pourrait se qualifier le style de ce maître de la Renaissance italienne. Et le cabinet d’art graphique du château de Chantilly où ces dessins sont réunis nous donne l’occasion de flâner.
Aussi, comme je l’ai dit, je ne m’attarderai pas sur sa biographie, pas davantage sur l’œuvre peinte, sa technique… Non, juste rêver en sa compagnie.

« La Nature l’offrit au monde : déjà vaincue par l’art de Michel-Ange,
elle voulut l’être à la fois par l’art et la bonne grâce avec Raphaël. »,

Giorgio Vasari (1511, 1574)

12273336269?profile=originalMadone d’humilité couronnée par deux anges

Divine harmonie.

      Ces dessins c’est la genèse de l’œuvre. Action et réflexion. Une plongée dans l’esprit, dans l’intimité du peintre. Un moment de création partagé, au-delà du temps, de l’espace, dans le langage universel. Une connivence s’installe dans la pénombre propice, comme lorsqu’on vous chuchote un secret à l’oreille. Moment rare, privilégié, ces dessins ne sont jamais exposés, ils restent dans l’ombre, les cartons, à l’abri.

12273336876?profile=originalEtude pour Dispute du Saint-Sacrement
La Dispute (au sens de discussion) est la première des grandes fresques
qu’il exécuta pour le pape Jules II à Rome.

12273337657?profile=originalLa Dispute du Saint-Sacrement
Détail : partie inférieure gauche
Chambre de la Signature du Vatican.

12273337876?profile=originalEtude pour le Banquet des dieux aux noces d’Amour et Psyché
(Les Heures jetant des fleurs)
Sanguine

Suprême élégance, dolce maniera.

      Nous avons là des études, Raphaël préparant notamment ses fresques, elles serviront de modèles aux nombreux aides qui les exécuteront sous l’œil aguerri du maître.

12273338091?profile=originalHomme à demi drapé portant un fardeau
Etude préparatoire à la sanguine pour L’Incendie de Borgo

12273338677?profile=originalL’Incendie de Borgo
Chambre de l’Incendie de Borgo (Vatican)
Où l’on retrouve notre figure en bas à gauche de la fresque.

Deux fragments d’un grand carton préparatoire pour une fresque inconnue…

12273339075?profile=originalDeux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance
Fragment d’un grand carton pour une fresque perdue
(ca 1502)

12273339296?profile=originalDeux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance
Raphaël, d’une grande culture picturale et s’intéressant aux artistes de son temps, s’inspire ici pour le sanglier d’une gravure de Dürer.
Fragment d’un grand carton pour une fresque perdue
(ca 1502)

12273339888?profile=originalIb. : Deux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance
Le maître d’Urbino connaissait aussi bien les artistes de Florence, Rome ou Venise, mais aussi ceux d’Europe du Nord, ici il emprunte une figure à Dürer,
là à Van Eyck…
Détail

12273340075?profile=originalLa Vierge de la maison d’Orléans (1506)
(Musée Condé, Chantilly)
La nature morte (non visible sur la photo) derrière la figure de la Vierge
est un hommage rendu à Van Eyck,
une image tirée de son Saint Jérôme.
La culture, l’iconographie se diffusent…

12273340270?profile=originalJeune moine, vu de face, lisant un livre
Raphaël aussi étudiait beaucoup.

12273340691?profile=originalTête d’homme de trois-quarts

      Mais je ne saurai vous laisser sans présenter les trois tableaux de Raphaël que possède le musée Condé, réputé être en France le plus riche après celui du Louvre.

      A commencer par le plus célèbre, modèle de grâce et d’équilibre justement…

12273340877?profile=originalLes Trois Grâces (ca 1505)

Une renommée qui n’a cessé d’être reproduite, inspirant les artistes les plus divers.

12273341664?profile=originalHélie Poncet ( ?-1667)
Les Trois Grâces
Email de Limoges
(Musée national de la Renaissance, Ecouen)

12273341288?profile=originalLa Madone de Lorette (ca 1510)
Saint Joseph regarde la Vierge
qui couvre l’Enfant Jésus comme d’un linceul…

      J’ai voulu ne sélectionner que des œuvres autographes de Raphaël, mais vous découvrirez dans cette exposition d’autres dessins de son entourage, maître ou condisciple (Pietro di Cristoforo Vannucci, dit Le Pérugin ; Bernardino di Betto, dit Pinturicchio) et élèves ou collaborateurs (Piero di Giovanni Bonaccorsi, dit Perino del Vaga ; Polidoro Caldara, Polidoro da Caravaggio ; Giulio di Pietro di Filippo de Gianuzzi, dit Giulio Pippi ou Giulio Romano ou, pour les francophones, Jules Romain).
      Ces dessins, outre leur fragilité et quelques prêts, ne quittent jamais le château, le duc d’Aumale qui légua l’ensemble du domaine de Chantilly à la Fondation de France laissa des dispositions testamentaires strictes en ce sens.
      D’autres œuvres ne sont jamais montrées au public au-dehors du lieu où elles sont fixées, ce sont les fresques, j’aurai le plaisir de vous en présenter quelques-unes parmi les plus fameuses…
Pour patienter, une dernière œuvre de Raphaël que vous ne risquez pas de voir, sinon…

12273341887?profile=originalLe jugement de Pâris, 1562
Léonard Limosin (ca 1505-1576)
Email de Limoges
(Musée national de la Renaissance, Ecouen)
D’après une gravure de Marc-Antoine Raimondi
exécutée d’après un tableau perdu de Raphaël.
Et comme le château d’Ecouen, où est installé le
Musée national de la Renaissance,
n’est qu’à 20 kms de celui de Chantilly,
libre à vous de poursuivre la promenade.
Si en plus vous voulez trouver un peu de fraîcheur
dans un havre de paix et de culture…

Michel Lansardière (texte et photos)

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DÉFORMATIONS FORMELLES : LE PRISME DE JOEL JABBOUR

Du 06-09 au 29-09-19, l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken, 83, 1000 Bruxelles) a organisé une exposition autour du photographe belge, Monsieur JOEL JABBOUR, intitulée : FRESQUES ET FRASQUES.

FRESQUES ET FRASQUES! Voilà un titre au contrepoint musical! L’artiste y ajoute, de surcroît, FRESQUES SYMBOLIQUES. Que n’a-t-il pas opté pour FRESQUES SYMPHONIQUES, voire STÉRÉOPHONIQUES! Tellement la composition musicale est présente dans le rendu graphique. L’artiste, issu du cinéma, a assuré la direction artistique d’un film entièrement composé d’images fixes. Ces images sont, dans la genèse de leur technique, issues du cinéma fantastique et psychédélique des années ’60. Il s’agissait d’un cinéma qui obtenait ses effets visuels par le biais de prismes divers placés sur l’objectif de la caméra. Mais ici, même si la technique peut s’apparenter à celle évoquée, il en est tout à fait autrement, puisqu’il s’agit de réalisations régies par une mathématique efficace. Il y a une forme d’abstraction personnelle dans le rendu graphique, en ce sens que le sujet est géométriquement démultiplié pour se déployer sur tout l’espace.  Mais parallèlement à cela, s’amorce un côté « carré », presque rationnel dans ce qu’il serait convenu de qualifier d’ « irrationalité du propos ». Le cadre s’inscrit dans l’univers architectural sorti du carcan de la ville, en l’occurrence, Bruxelles. Si l’architecture est reine c’est parce qu’il y a surtout un sens immense du volume à l’intérieur du cadrage. Tel édifice, « monstrueux » dans sa réalité plastique devient, une fois photographié, une sorte de vaisseau flottant dans les airs. L’artiste superpose des images d’édifices de façon à les déformer jusqu’à les rendre antithétiques. Cette opposition fait de sorte que le sujet architectural démultiplié se « soulève », conférant une musique carrément stéréophonique à l’image.

Par le biais du traitement photographique, la structure architecturale est mise en exergue dans une recherche soignée apportée au volume ainsi qu’à la lumière, composant le rendu plastique.  

L’édifice vire carrément de direction, en ce sens qu’il effectue, via l’approche photographique, un changement conceptuel de l’architecture : de son identité « contemporaine », elle devient « futuriste » précisément dans le sens cinématographique du terme.

Très souvent, il s’agit de plans en contre-plongée, mettant en relief la structure architecturale soutenue par la voûte céleste jouant son rôle (pictural) d’englobeur de l’espace, à l’instar d’une peinture plafonnante. Il ne s’agit pas d’images simplement kaléidoscopiques mais bien de l’expression vivante d’une pensée visuelle interrogeant l’espace. L’artiste vise le but d’aborder l’esthétique d’une déstructuration pensée du volume architectural prise isolément par rapport au contexte urbanistique. Le sujet représenté n’existe plus que par lui-même. Cette autonomie est soutenue par la mise en exergue de l’élément décoratif, offrant au visiteur le sentiment esthétique d’admirer le vitrail chatoyant d’une église. Car pris isolément, le décor devient « baroque » (dans le sens positif du terme), en ce sens qu’il s’isole du contexte pour n’exister que par sa seule intériorité. Nous rejoignons là une forme de futurisme cinématographique, en ce sens que l’élément isolé et démultiplié dans l’espace, se dilate pour appréhender une forme rappelant l’esthétique de la science-fiction. Songez aux images de soucoupes volantes prises de nuit, en contre-plongée se déployant dans le ciel. Néanmoins, contrairement aux apparences, l’artiste, même s’il a évolué au sein de la sphère cinématographique, s’est en quelque sorte affranchi de son passé, en ce sens que l’utilisation de la contre-plongée n’est pas avatar de cette époque. Elle n’existe que pour mieux enserrer le sujet dans l’espace en exploitant toutes les possibilités offertes par le cadre. Le décor n’est là que pour faire ressortir essentiellement sa fonctionnalité plastique plus que pour mettre en exergue sa présence décorative. En ce sens, il y a fort à parier que l’artiste dépasse de très loin les intentions premières de l’architecte pour qui l’objet n’était qu’ornemental.    

JOEL JABBOUR va très loin dans son œuvre, en ce sens qu’il laisse au visiteur le soin de prolonger le récit photographique par son imaginaire. A’ titre d’exemple, concernant SEE YOU WITH A SMILE, un enfant lui avait fait remarquer, amusé, que l’édifice du haut superposé à celui d’en bas, portait en son milieu une fente triangulaire semblable à un sourire. Si, à notre tour, nous laissions libre cours à notre imaginaire, nous pourrions même aller plus loin en considérant les deux extrémités en demi-sphère comme étant des oreilles déployées.Et interpréter la flèche reposant sur le socle comme étant un chapeau. Nous aurions donc l’image d’un bonhomme souriant.

SEE YOU WITH A SMILE

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Remarquons également le respect carrément scrupuleux que l’artiste accorde à l’espace. Tous les points de correspondance sont parfaitement remplis par le sujet. Rien ne déborde du cadre. Tout est parfaitement ramassé.

Les œuvres exposées sont une volonté d’intégrer différents éléments constitutifs de la ville : bâtiments, problèmes spatiaux et végétation. Le tout intégré dans un univers plastique et mathématique conduisant à l’harmonie et se terminant dans la beauté, aussi tangible qu’abstraite.

UN RASSEMBLEMENT GLORIEUX

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Cette oeuvre s’inscrit dans une contre-plongée faisant coïncider divers détails tels que les drapeaux, l’enseigne décorative en métal s’enserrant dans une armature architecturale retournée. L’on pourrait presque parler de « cubisme abstrait ».

C'EST COMME UN MIRAGE

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constitue un exemple de plan rappelant certains films fantastiques ou psychédéliques des années ’60.

PARLEMENT EN SOUCOUPE VOLANTE

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marie architecture et végétation dans l’effet pyramidal coupé en son milieu par les branches déployées d’un arbre, englobant intégralement l’espace vers le haut de la composition.

JOEL JABBOUR est le créateur d’une œuvre foisonnant de symboles tels que la ville, l’édifice (administratif), le décor, le ciel et l’arbre.

LA VILLE

Bien qu’elle fut, de multiples façons présente, parmi les sujets traités par l’Histoire de l’Art occidental, la ville trouve son autonomie de façon tardive. Ce n’est que vers le milieu du 19ème siècle avec la peinture impressionniste que la ville (voire certaines de ses composantes) devient un « sujet » à part entière. Cela s’explique par l’affirmation toujours plus croissante de la bourgeoisie ainsi que par la montée de la société industrielle, entraînant un développement du paysage urbain. En France, le 19ème siècle voit le triomphe de l’aménagement haussmannien. L’impressionnisme aime tant la ville que le paysage champêtre car elle a permis au peintre de sortir de son atelier pour se confronter à un autre type de lumière. Plus tard, le cinéma s’est intéressé à la ville, soit en tant que sujet expérimental dans des œuvres telles que IMPRESSIONS DU VIEUX PORT DE MARESEILLE de Laszlo Moholy-Nagy (1929), soit en tant que personnage fictionnel. Que l’on se souvienne de THE NAKED CITY (LA CITÉ SANS VOILES) de  Jules Dassin (1948).  

Un dénominateur commun unit ces deux exemples, à savoir la dimension politique de la ville dans son conditionnement sur l’individu.

Dans la dernière interview que Jules Dassin donna de son vivant, ce dernier affirmait que filmer une ville signifie poser un acte politique par excellence.

La photographie n’est pas en reste. Photographier une ville s’avère être également un acte politique. Mais au-delà de cet acte, elle s’impose dans une transformation artistique radicale du sujet. Car par le biais du cadre et du plan, le photographe la recrée à son image.

JOEL JABBOUR en fait un univers lumineux où le verre et l’acier se mêlent dans le prisme féerique de l’objectif. Une image est née : celle de la ville imaginaire.

L’EDIFICE

La spécificité du bâtiment photographié réside dans le fait qu’il s’agit de l’édifice administratif renfermant en son sein les tensions politiques européennes contemporaines, à savoir le siège de l’U.E. Le bâtiment est conçu dans son cadrage de façon plongeante. L'Europe est représentée en Allégorie, brandissant fièrement l'emblème de l'Euro.

VERS LE LUXEMBOURG

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LE DÉCOR

Tout en mettant le contexte en évidence, sa présence acquiert une autonomie de fait. Son présence ne rivalise aucunement avec le sujet exposé. Elle sert de plus-value esthétique à son existence.

LE CIEL

Il renoue, dans son vocabulaire contemporain, avec la peinture de la Renaissance, en ce sens qu’il « englobe » le sujet au sein d’une voûte sacrée, en lui conférant une dimension intemporelle. Une légère touche « surréaliste » baigne la composition dans ce ciel limpide, presque sans nuages lequel, malgré la majesté de l’appareil cyclopéen, enveloppe l’ensemble d’une pleine sérénité.

L’ARBRE

Dans ce contexte, quoique transfigurée, la dimension écologique est représentée comme un élément consubstantiel à l’architecture.

Elle enrobe, voire enlace l’édifice suspendu dans le ciel. L’arbre devient, de par ses branches déployées, les racines dilatées de l’édifice, comme pour chercher quelque ancrage au sein du vide.   

JOEL JABBOUR, de par son cadrage photographique savant, s’apparente ne fût-ce que dans l’esprit, au créateur d’une forme de « dadaïsme contemporain ». Notons que si l’ensemble des édifices photographiés appartiennent à l’architecture contemporaine, celle-ci n’est en rien un « must » déterminant ses choix. Il pourrait, comme il le précise, adapter son esthétique à une maison victorienne.  

Ceci précisé, il n’entretient aucun rapport particulier avec l’architecture. L’édifice en élévation résulte d’une expérience plastique. La géométrie identifiant son esthétique est synonyme d’un rapport ludique qu’il entretient avec le sujet. A’ la vue de ces œuvres, la question que le visiteur pourrait se poser est la suivante : avec quel type d’appareil photographique l’artiste réalise-t-il ses compositions? Ce dernier crée ses clichés avec tous les appareils disponibles. Sa palette va du gsm au vieil Olympus (acheté dans une brocante). Ce qui compte c’est essentiellement la stabilité de la caméra car c’est à partir de celle-ci qu’il adopte les différents cadrages. Il n’hésite pas à cadrer un même édifice sous plusieurs angles. L’artiste compose ses photographies sur support numérique. Mû par une grande honnêteté professionnelle et intellectuelle, il ne retouche jamais ses créations.  

JOEL JABBOUR met en scène de façon souvent humoristique, une architecture prise au centre de son problème existentiel. Car, en dernière analyse, contrairement à ce que pourrait suggérer le titre de cette exposition, il ne s’agit nullement de « fresque et frasques » mais bien d’un hymne visuel à la beauté complexe de l’architecture prise dans une interrogation qui nous dépasse.

François L. Speranza.

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N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste JOEL JABBOUR et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

12273371090?profile=originalPhoto de l'exposition de l'artiste JOEL JABBOUR à l'ESPACE ART GALLERY

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administrateur partenariats

Plein été

Aquarelle sur papier yupo
Fleurs imaginaires
50x70

 vigreux marie-françoise

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Les fleurs-oiseaux

Venez au rendez-vous

De ces fleurs gracieuses,

Aux ailes-pétales rondes

Qui dansent dans la corole

Neigeotant, généreuses,

Leur parfum sur le monde.

Venez au rendez-vous

D’oiseaux captifs sur tiges,

Fines, longilignes, légères,

Aux plumages bariolés

Oiseaux muets, figés

Dans un lambeau de terre

Perdu dans une forêt.

On les connaît à peine

Ces fleurs modestes sans nom ;

Accélérez le pas,

Dépêchez le regard,

Demain elles périront…

Antonia ILIESCU

11. 07. 2011

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Fleurs de pommier

EVENEY

Je veux des champs de fleurs

Je veux des jours roses et bleus
des lumières qui dansent la nuit
des jardins à perte de vue
des champs de fleurs dans le coeur
la tendresse des hommes
et la douceur des bêtes
Je voudrais remplacer
toutes les perles de verre
de nos peines
par les éclats cristallins
de rires d'enfants

martine rouhart

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La cueillette

Peinture à l'huile

Grotenclaes Marie-Claire

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Bois de Hal

De Ro jacqueline 

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Les pivoines

Huile sur toile

Claude HARDENNE

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Quelques fleurs

martine rouhart

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Fleurs du confinement

vigreux marie-françoise

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Parfum de liberté

Anne Marie REMONGIN

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Eté Jaune soleil

martine rouhart 

12273365893?profile=originalGerbera

Serge Lesens

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Bouquet de l'Espoir

L'Espérance d'un été serein après ce douloureux printemps que nous sommes toutes et tous amenés à vivre confinés, dans la crainte pour nos proches mais aussi très tristes devant le nombre de plus en plus élevé de victime.

J'ai créé ce bouquet pour donner un peu d'Espoir et de couleurs.                                                                                          Prenez toutes et tous bien soin de vous.

Zoé Valy

Un partenariat

Arts

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Lettres

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INCROYABLE!

Face à un réel illusoire

Soudain les mots sont dérisoires!

On se fait l'effet de pantins

Qui avancent sans croire en demain...

Ne pas crier son désespoir

Mais bien qu'on veuille encore y croire...

Faudra assumer le déclin

Pourvu qu'on puisse serrer une main!

Certes, besoin d'imagination

Pour aider à garder raison!

Et l'ironie de développer

Une nouvelle façon de rêver...

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administrateur partenariats

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L'Arbre, mon Ami, m'inspire chaque Jour ...

Danielle Davin

C'est un ami qui ne me quittera jamais,
Bien mis sur ses jambes tout au fond du jardin,
Il m'annonce les débuts et fins des étés,
Défile, lors des saisons, tel un mannequin !

En hiver, se pare parfois d'un blanc manteau,
Et quand le soir la lune froide l'éclaire,
Des milliers d'étoiles sur un divin traîneau
Fleurissent sa cime de tendres chimères.

Par la vitre froide aux perles d'acanthe,
Les blanches poussières chassées par le vent
Dévoilent soudain une robe chantante
Aux gais refrains reverdis d'un nouveau printemps.

Mon arbre est peintre aux multiples couleurs,
L'automne le vêt du costume d'arlequin.
Et quand à l'été viennent les lourdes chaleurs
Il habille le monde de trois fois rien !

Gilbert Czuly-Msczanowski 

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Vers mon destin

Grotenclaes Marie-Claire

12273330052?profile=original demey Isabelle

12273330455?profile=originalFrançoise Moreau

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Arbre solitaire

Bellefroid Danielle

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Freddy SOSSON

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L'arbre vénusien

Liliane Magotte

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Arbre solitaire

Guy Chevereau

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Solitaire...

Andrée HIAR

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Auprès de mon arbre

BOVY Bernadette

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Plasschaert Daniel 

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Fleurs d'églantier

Zoé Valy

LEVIEUX CHATAIGNIER1

Le vieux châtaignier

Anne Marie REMONGIN 

Le bruissement de la vie

Sous la brise du feuillage des platanes,
Quand souffle le tendre ramage virginal,
Sous le préau, où de vertes feuilles planent,
Les enfants y chahutent sans le moindre mal.

Sous la brise du feuillage des marronniers,
Quand vite s'engouffre le doux vent de l'été,
Derrière des murs aux cartables rainurés,
Des coeurs déjà y brûlent pour l'éternité.

Sous la brise du feuillage des châtaigniers,
Quand s'engouffre le doux vent de la liberté,
Parmi les glaneurs, tels une grande armée,
De prétendus seigneurs s'échangent des baisers.

Sous la brise des saules de la rivière,
Quand se met à souffler le doux air de l'espoir,
Des songes disent des phrases coutumières,
Lors, aux amants liés à de nobles devoirs.

Puis les feuilles ont jauni sur les platanes,
Venue la froide bise de l'automne.
Des enfants grandis bataillent et chicanent
Sous des préaux jonchés de couleurs ocre-jaunes.

Gilbert Czuly-Msczanowski

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Arbre en Hiver

Freddy SOSSON

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Automne regrettée

Paul Mayeur

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Un arbre en hiver

Freddy SOSSON

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Arbres de vie et de légende 

Arbres de rêves.

J'ai aimé les rencontrer

Les photographier lors de mes voyages.

Élément noble s'il en est un,

Il faut prendre soin de lui

Comme il le fait de nous...

Caroline-Sophie Megglé

Merci à tous pour votre participation.

Un merci tout particulier à Gilbert.

Un partenariat

Arts

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Lettres

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Avez-vous déjà envisagé de lire « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry … en brussels vloms ?

Aujourd’hui, c’est possible, grâce aux éditions Tintenfass, au CROMBEL / micRomania (*), et à la traduction de Jean-Jacques De Gheyndt.

« Le Petit Prince », alliance de charme, de poésie et de profondeur humaniste, connu dans le monde entier, fait l’objet d’une incroyable collection de traductions ; le catalogue, tous éditeurs confondus, dépasse les 300 variantes !

En ces temps de confinement, le message central du « Petit Prince » prend toute son ampleur : l’amitié, l’amour, l’humain, le moment partagé sont plus importants que l’argent, le pouvoir et l’obéissance sans réflexion. Un message fondamental que l’on relaie aujourd’hui et que l’on oubliera peut-être un peu vite par après.

 

La poésie de St-Exupéry alliée à la zwanze bruxelloise !

Chapitre 1

As ek min of mier zes joêr aad was, veel ‘k op nen dag op e schuun billeke, in den boek “Echte Veroêle”: da goenk ouver et oorwoud, allei la forêt vierge vè de puriste, en da billeke tundege nen boa constrictor dee ‘n wulle biest on ‘t inslikke was. Da zag er à peu près zu ôit. 

En er stond geschreive: “Den boa constrictor slikt zaainen diner giel binne, zonder zëlfs iene ki te knabbele. Après ça kan em ne mi boezjeire en moot ‘m al sloêpend verteire, zes moind on e stuk”. ‘k Em er nog dikkes op gepaaisd op dat avontuur in de jungle, en mè ne krejong (ne kluirekrejong) main ieste tiekeningske gemokt: 

Ik tundege da pronkstuk on gruute mense en vreeg uilen of da z’er schrik van aan.

z’Antwoudege: “Woeroem zoê‘k na benaat moote zaain va nen ood?”

Mo maainen desseng, da was gienen ood… mo wel nen boa constrictor dee nen oulefant on t’ verteire was! Dan emmek mo ‘t binnenste van daan boa geteikend, vè da de gruute mense da zon kunne verstoên; ge moet uile ècht alles explikeire! Main twidde tiekening was dus:

‘t Ienegst encouragement da’k kreig was va ma te zegge da’k main dessengskes van boas, vanbinnen of vanbôite, mocht loête valle, en da’k ma beiter zoê occupeire mè géographie, gescheedenis, calcul en toêle! Kunt et geluuve? Oem zes joêr was maain carrièreas artist al no de vontsjes! Tiekening nummero 1 en nummero 2, da was vè uile krot en compagnie. De gruute mense, dee verstoên naa toch echt nikske, newo; kadeie mooten uilen altaaid alles en vanêr mo ôitleggen en erôitlegge, en da’s fatigant…

‘k Zaain dan mo nen anderen avenir goên zeuke: ik ben pilote de ligne gewëdde. Zu zaain ek wat ouveral goên vleege, en géographie dat ei ma wel vuil gëlpe: ‘t verschil kunne moêke tusse Cheena en Arizona, da was ketsjespel vè mai, en da kan goo va pas kommen as ge verloore lupt in de doenkere. En zu emmek dan van alle serieuze mense liere kenne. ‘k Em langen taaid tusse volwassene mense geleifd en vuil importante zoêkes van uile gelied. Mo zegge da’k z’interessant vond, da’s wat anders!

A’k er ienen teigekwam dee d’er wa minder stoem ôitzag as Monsieur Toulmonde, tundege ‘k em main ieste tiekening, da‘k altaaid op zak aa. Ik waa weite of da daan gust da zoê kunne verstoên. Mo ‘k en aa nuut gien sjâns, ‘t was altaaid ‘t zëlfde leeke: “Awel, da’s toch nen ood!”. Dan leet ek et mo leever valle, main istourekes ouver boas constrictors, jungleof steire. Ik sprak dan nog allien ouver bridge, golf, poleteek of cravatte. En daan gruute mens vond ‘t presees tof mè zu ne verstandege kadei as ‘k ik, te kunne raisonneire.

 

Chapitre 21 

“Bonjour, zaa de vos.

–  Bonjour, zaa de Klaaine Prins beleifd. Ei drôiden em oem mo zag niks.

–  Ee ben ‘k, onder den appelêr, zaa de stem.

–  Wee zaaije gaa? vreeg le Petit Prince. Ge zeet er zu magnefeek ôit...

–  Ik zaain ne vos, zaa de vos.

–  Komde mè maai mei speile? proposeidege de Klaaine Prins, ik veul ma zu tristeg...

–  Oe kan ek ik naa meispeile, zaa de vos? Ik zaain ni gapprivoiseid.

–  Oh, pardon”, zaa de Klaaine Prins.

Mo ei erpakten em:

“Wa betiekend da «gapprivoiseid»?

–  Gaai komt ee presees ni van achter ‘t krôispunt, zaa de vos; wa zukt ee?

–  Ik probeir mense te vinne, zaa de Klaaine Prins. Wa betiekend da «gapprivoiseid»?

–  De mense, zaa de vos, dee emme geweire en ze joêge. Da’s vriedeg ambetant! Z’emmen uuk keekene; da’s ‘t ienegsten interessant bè uile. Zeie gaai uuk op zeuk no kikskes?

–  Neie, zaa de Klaaine Prins. Ik zaain op zeuk no kameroête. Wa betiekend da «gapprivoiseid»?

–  Da’s en al lang vergeite woud, explikeidege de vos. Da betiekent «ne link creëre».

–  Ne link creëre...?

–  Exactement, zaa de vos. Gaai zaai vè maai mo ne klaaine ket, zjust gelak al d’andere kadeie. En ik em aa ni vandoon. En ik zaain, vè aa, nen duudgewuune vos gelak er deuzende rondluupe. Mo as ge ma apprivoiseit, dan kunne me ne mi den iene zonder den andere. Dan wëdde gaa, vè maa, unique op de weireld en ikke, unique vè aa...

–  Ik paais da’k et vast em, zaa de Klaaine Prins. Doê es ’n bloem dee ma serieus gapprivoiseid moot emme...

–  Da kan, zaa de vos. Ge zee vanalles op de weireld den dag va vandoêg...

–  Oh, mo da’s ee ni, ni op d’Eirde” zaa de Klaaine Prins.

De vos bezag mè boluuge:

“Op ‘n ander planeit?

–  Juste!

–  Zaain er doê uuk chasseurs, op dei planeit?

–  Neie.

–  Da’s tof! En kikskes?

–  Uuk ni.

–  Lap, ‘k em weial praais”, zuchtte de vos.

 

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Disponible à partir de fin juin 2020, chez l’auteur: jjdgh01@live.com -   www.science-zwanze.be

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