On croit partir
à la rencontre des nuages
on croit donner
des ailes à ses mots
faire entrer
dans nos limites
un peu d’infini
mais tout est reflet
tout est mirage
comme fouler
le clair de lune
de ses pas
*
Martine Rouhart
Publications en exclusivité (3147)
« Nulle pierre ne peut être polie sans friction,
Nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve.»,
Kongzi (Confucius)
Abolir le temps
Il s’assit alors sous le pin de la longévité,
dans cet entredeux, cet entrelacs,
ne servant à rien,
ne faisant rien
Sublime oisiveté
Il n’eut plus ni passé
ni présent
Il ne pâtit de rien
Suprême liberté
Tel le phénix,
oiseau de paradis,
vit au loin un rocher d’éternité
et, passant au-delà de sa psyché,
il entra dans le domaine où il n’existe ni vie ni mort
Infinie félicité.
Michel Lansardière
Une fin heureuse très inspirée (en italiques) de l’infinie sagesse de Tchouang-tseu (ou Zhuangzi, IVe s. av. J.-C.) et interprétée à la lumière de l’énigmatique calligraphie muette et minérale gravée par le lithoglyphe…
Illustration : Pierre de rêve (mengshi)
sur son support en bois réalisé sur mesure (daïza)
Calcédoine (agate)
La composition de l’œuvre respecte les principes de la peinture chinoise classique, celle d’un peintre et poète comme Ni Zan (1301-1374) par exemple, un des « quatre grands maîtres Yuan » : un arbre en avant, un rocher, une montagne en arrière-plan, coupés en leur mitan par un plan d’eau.
Ce plan d’eau, tel un silence dans une partition, c’est un souffle,
un vide animé, une onde qui relie et unifie le yin et le yang.
Recherche esthétique autant qu’éthique.
Le glypticien a travaillé ici en léger bas-relief pour le plaisir du lettré.
Objet de curiosité pour les uns, de méditation pour les autres.
Notes :
L’agate mesure 10,5 x 7,5cm, 12 cm de haut avec son support. Cette pierre de rêve aurait été réalisée, sublimée, dans une pierre locale assez banale (le Brésil devenant le premier fournisseur d’agate de très belle qualité dans les années1840) sous la dynastie mandchoue des Qing, probablement entre 1750 et 1850.
Glypticien : spécialiste de la gravure sur pierre (intailles et camées). On parlera indifféremment de glypticien, lapidaire, graveur, voire tailleur, ciseleur, sculpteur. Quant au lettré Littré, toujours distingué, il emploie le mot lithoglyphe. Pour le graveur sur cristal de roche (quartz) on utilise parfois le terme de cristallier, en Belgique notamment (un mot qui désigne aussi, dans les Alpes suisses ou françaises, le chercheur de cristaux). Quant au gemmologue (ou gemmologiste) c’est un spécialiste de l’étude des pierres précieuses.
Le phénix chinois, ou fenghuang, règne sur les autres oiseaux. Il symbolise les plus hautes vertus et, tout comme la grue blanche, emporte les défunts sur les îles des immortels pour l’éternelle sérénité.
M. L.
Corroy-le-Grand, ce samedi 21 juin,
nous découvrons une discrète mais coquette fermette
fleurie de mille parfums.
Nous passons la barrière et approchons de cette jolie porte
derrière laquelle se cache un atelier de peinture très particulier !
De merveilleux animaux décorent les murs de cette pièce accueillante...
Pinceaux d'une finesse extraordinaire, les outils du peintre animalier
reproduisent à la perfection et avec toute la sensibilité que cela requière,
les douces fourrures soyeuses de nos amis les animaux.
Passionnée, Nicole nous explique la démarche de son travail.
Le travail est précis, méticuleux, et l'étude des matières est le fruit d'un très long travail
de documentation ! Nicole imagine les décors dans lesquels elle place les animaux et cultive
dans son jardin les plantes et les fleurs qui figurent sur ses compositions originales .
Une très belle rencontre immortalisée par la traditionnelle photo,
De gauche à droite, Adyne Gohy , Nicole Duvivier et Liliane Magotte.
Un partenariat
Nicole Duvivier, peintre animalier, est l'invitée vidéo d'Arts et Lettres de novembre 2014.
Certains jours
l’on voudrait seulement
tourner le dos
aux nuits obscures
aux barbelés
au vacarme de la terre
l’on voudrait seulement
que tout bascule
dans le bleu
Où sont-ils
les anges
à l’âme de cristal
qui viendraient
peut-être
adoucir le monde
Martine Rouhart
« Si l’on avait vaincu le secret de l’immortalité,
On ne compterait plus les allées et venues du printemps. »,
Anonyme chinois (XVIIIe s.)
Poème visuel
Quand les mots ne suffisent plus
Quand le mystère est trop grand
Que même la pierre ne peut exprimer l’indicible
Que ma plume s’assèche en attendant le jour
Que l’hiver espère un nouveau printemps
Alors la nature toute entière se grave dans ma mémoire
Comment s’en détacher ?
Et je pleure sur le monde d’hier.
Michel Lansardière
Illustration : Pierre de rêve (mengshi)
Infinie terminologie faite de fantaisie et de poésie, on parlera de « pierres de rêve » (mengshi), « pierres étranges » (qishi), « pierres de couleurs » (caishi)… ou simples « pierres de décoration » (kazari-shi) toutes vous transportent et vous poussent à aimer.
Il s’agit d’une calcédoine (agate), polie comme un miroir,
finement ciselée et dorée sur tranche
(la tranche supérieure est en effet recouverte d’émail doré selon une technique, laque et or, proche du kintsugi, « jointure en or », japonais).
Ce que fit le lettré ?…
Il s’assit alors sous le pin de la longévité…
Le prochain billet lui sera consacré…
M. L.
Le passé et l’avenir faisaient route tout deux :
Le passé fort chargé de lourdes valises
Ahanait sur le chemin près de l’avenir capricieux ,
Lequel, sur des ” oeufs “ posait ses frêles béquilles !
- ” Pourquoi traînes tu de si lourds paquetages comme un âne bâté
Lui dit le second au regard aussi inquiet que ses quilles ? ”
- ” J’y ai mis toutes sortes de preuves pour avoir à justifier ,
Des papiers d’identité, mon adresse, tout un tas de broutilles ! ”
- ” Mais qui, à part toi, crois-tu que cela intéresse ?
Ces broutilles sont des brouillards de paresse ;
Mets le feu à ces caisses, tu t’en porteras mieux .
Vois comme je suis ” léger à marcher sur des oeufs ” ! ”
- ” Je ris à te voir car tu parais bien anxieux !
Ta légèreté que tu prétends comme un avenir radieux
Me semble comme mes valises pleines à craquer,
Porter les mêmes doutes que j’ai longtemps amassés ! ”
Prisonniers de leur pitoyable fardeau passé et à venir,
Les voilà qui tombent sur le présent en chemin.
Ce dernier n’a ni valise ni projet à entretenir
Mais de simples lunettes pour y voir de bon matin !
Voici le partage d'un poème. Merci d'avance pour vos commentaires, réactions, questions, avis... Il est extrait d'un de mes recueil, qui porte le même nom que ce titre.
S’aimer à tout vent
Donner tout pour parler de soi,
Dans un froufrou et ivre de joie,
Sous forme d’un dessin à desseins.
Se révéler, tel un bourdon à un essaim…
Pourquoi est-ce si compliqué
De si simplement pouvoir se livrer ?
On m’a dit d’abord : « Aime-toi »
J’ai viré la haine et je t’ai regardé, toi…
Me rassurer par vos conseils, vos voix,
Car mon intérieur restait coi.
A tout prix trouver des maudits modèles
Pour ne pas devoir se montrer tel quel !
A chaque nouvel échec, se détruire l’esprit,
Et crier de toute son âme : A mort la vie !
Observer des reliques se nourrir et pourrir,
Et rendre sa vie et son cœur à mourir…
Alors, au plus bas, tes mots viennent, me réjouissent,
Ma main gauche inspirée, s’anime, le crayon crisse.
Elle a retrouvé le nostalgique chemin
Que tout petit j’employais déjà avec entrain.
Mais difficile est le partage, semer reste incompris.
Les amis, qui soutiennent, eux, n’ont pas de prix.
Il y aurait tant de « Merci » à offrir au vent,
Car s’aimer, voir naître et se multiplier le vivant :
Sérénité dans l’amour, le moi n’est pas oublié !
Chaque petite fleur amie aide à démarrer !
Une première étape pour une réconciliation
Reçue de la graine première, un don si bon !
L’ouverture des pétales par l’art à amener la beauté,
A se dessiner dans un clair-obscur pour exister.
En redevance, un immense besoin d’affection,
Une sensibilité qui a besoin d’une révélation.
Ma chrysalide émet son cri : « Tuez-moi » !
La Mue et la muse fondent en émois,
Eclatement de la gangue qui me maintenait triste,
Naissance de l’art guérisseur comme piste.
Mais l’écorché vif que je suis a une famille,
Pré fleuri, semant tant de couleurs dans ma vie,
Eclore cet intérieur qui se terrait depuis des années,
Tel un nouveau-né, mais émotionnellement liquéfié.
Naissance accompagnée d’émotions et de visions…
Se reconnaître dans des amitiés accomplit le don !
Myriades de fleurs, baume pour un cœur abîmé,
Ca y est mon féminin intérieur peut se révéler !
Source des Cévennes où l’inspiration coule à flot,
Avec ma muse, ma fée, mon ange, et mon alter ego !
La découverte se vit, un yin et yang qui résonne,
Dans un trip en poésie, un edelweiss et Dickinson…
S’aimer à tout vent est unique et bouleversant.
Être une petite fleur qui chante au milieu de l’océan,
Une aventure à planter en vous si vous le voulez,
Une croissance si belle à observer…
Promis, vous êtes aimés.
Ferme les yeux mon beau poète
Ferme les yeux pour oublier
Cette injustice qui t'a puni
Pour tes poèmes de génie
Tu n'as pas le droit de penser
On t'a privé de rêver
On t'interdit de t'exprimer
Continue de respirer
Qui sera le gagnant?
Mais c'est toi mon prisonnier
Même en te torturant
Tu ne changeras pas tes idées
De froides couleurs
réchauffent en nous
les désirs inassouvis.
Une sélection d'oeuvres
des artistes Arts et lettres.
Serge Lesens, Bellefroid Danielle, Husson Jean-François, Rebecca Terniak, Pol Ledent,
Demars Philippe, Guy Chevereau, Michel Maréchal, Arcofarc, Jacqueline De RO, Zoé Valy,
Vigreux Marie-Françoise, Louis Van cappellen, Lansardière Michel, Claude Carretta,
Anne Marie Remongin, Bovy Bernadette, Roland Ezquerra, Zeimet Nicole.
" Une jolité "
" Brouillard "
" ocean "
Le ciel est en pleurs
il pleut au fond de moi
averses d’étincelles
cascade de verres brisés
pluie de cendres
poignards par milliers
Des regrets me rongent
des araignées se traînent
dans mon cerveau
aux ressorts fatigués
Je ne vaux rien je ne suis rien
j’aurais dû
je m’ennuie
qui se soucie de moi
Et puis soudain
au raz de l’horizon une tranchée
Lumineuse
une clarté creusée dans les nuages
une pensée jaillie du fond de l’être
échappée de lumière
brèche ouverte dans la tristesse
je me rassemble m’y accroche
la tranchée bleue s’élargit
l’espoir prend toute la place
Parfois il suffit de le vouloir
chasser les idées noires
traquer les lueurs s’inviter ailleurs
débarquer de soi
regarder au-delà
Martine Rouhart
Poème primé au Prix Nothomb
" Enfant et chenille "
Extrait du livre de Rébecca Terniak
Divers poésies et chants
Aquarelles de Michèle Pouilly
"Brindilles de Chantilly"
" Moutons "
" Terre d'asile "
" In my life"
" Winter is coming"
"Dispersion"
Les fleurs d'Eglantiers ( d'après Van Gogh)
Matin bleuté
je m'en vais
sous les grands arbres
cueillir
sur les roses
les dernières larmes
de la nuit
Martine Rouhart
"Rêve bleu"
Le Bois de Hal
"Un clin d'oeil du pouillot"
"Bassin à flot"
"Belles au crépuscule"
"Puisque tu pars"
"Frimas"
"Blue mood"
Un partenariat
Voici le neuvième ouvrage de La Lyre d’Alizé.
C’est un livre fleuri, pétillant de jouvence et fraîcheur qui nous plonge dans le ravissement. Avec une délicatesse extrême, il chante la gloire de la création, don d’amour et vie.
Il chante la beauté du monde dans une mélopée empreinte de tendresse.
Il chante les fleurs et la joie. Il rend hommage à Gaïa.
Il loue avec grâce et douceur l’éclat généreux de mère terre.
Il conte la métamorphose d’ombre en lumière par le pouvoir lumineux du soleil,
mythe éternel bienfaisant.
L'ambiance poétique de son petit paradis végétal fait autant rêver les petits que les grands.
Texte poétique de Dominique Amat
Illustrations et calligraphie de Dominique Amat
Collaboration artistique de Rébecca Terniak
40 pages couleur - Illustrations originales
Format 240 x 240 mm
Ed. La Lyre d’Alizé - Rébecca Terniak
Novoprint – Février 2020 – 22 E
Pour enfants et adultes.
Pathétiques pantins d'un vieux compte à rebours
Nous ne sommes à bout de course que des voleurs de jours...
Déluge ou plein soleil, on y trouve son compte
On s'adapte, on se fond, sans éprouver de honte!
Résignés et serviles, s'accrochant à la vie
Et anxieux de trouver des raisons aux envies...
Emportés par la vague des années qui s'ennuient...
On cherche des images dans la mémoire enfuies...
La douceur d'un matin au parfum de printemps
Et l'automne flamboyant la tendresse au présent!
De l'été à l'hiver tous les instants volés
Ironie... nous rappelle qu'il nous faudra passer
J.G.
L’œil, la main, le lapidaire
(L’Art et la Matière)
Lapidaire, ca 1920, Allemagne (Idar-Oberstein ?, C.P.A.).
Intelligence de la matière et cœur de pierre
Où l’on verra que cela n’a rien de péjoratif…
« La promesse au tréfonds du caillou dessine en riant le ciel. »,
Jean-Pierre Luminet
Ce billet constitue le pendant du précédent, « L’œil, la main, le lapidaire » ( https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/l-il-la-main-le-lapidaire-l-art-et-la-mati-re ), dans lequel des explications complémentaires seront données sur les gemmes utilisées et l’art du tailleur de pierres, le tout agrémenté bien sûr de nouvelles illustrations.
Il y a tant d’histoires à raconter…
Aux yeux perçants d’une agate il faut le regard pénétrant du lapidaire… agate œillée ou niccolo (1,8 x 1,3cm ; Indonésie).
Bouchon de flacon à tabac (Chine, XVIIIe ou XIXe s.) sculpté dans l’améthyste figurant un crapaud posé sur une fleur de lotus, le tout sur 23mm x 15mm ! Dire qu’en gemmologie un « crapaud » est un défaut dans une pierre précieuse !
Le travail des agates d’après le Journal d’un voyage de Cosimo Alessandro Collini (1776)
Le travail des agates à Idar-Oberstein, capitale européenne de la taille des pierres dures, exigeait la collaboration de quatre corps de métiers.
Les mineurs (achat-grübern) qui extraient l’agate des montagnes du Palatinat rhénan. Les tailleurs (achat-schleiffern) qui, penchés sur leurs meules, polissent la pierre. Les foreurs (achat-bohrern) qui percent et façonnent des ébauches que les maîtres-lapidaires parachèveront.
Sur l’illustration on notera :
En bas, à gauche, la meule de grès alimentée en eau ; au centre, le lapidaire couché en position de travail allongé sur son banc (kürass) ; à droite, détail du banc de travail.
Au centre, un touret à polir.
En haut, différents dispositifs pour percer, creuser ou polir au XVIIIe siècle.
Le grand commencement originel
Yin et yang dansant dans une agate (Indonésie). La glace et le feu, l’ombre et la lumière, le vide et le plein… effet obtenu d’un geste délié.
« Le Tao engendre l’Un
L’Un engendre le Deux
Le Deux engendre le Trois
Le Trois donna naissance aux Dix Mille Êtres
Les Dix Mille Êtres s’adossent au Yin
et serrent sur leur poitrine le Yang
L’harmonie naît au vide des souffles médians. »*
Lao Tseu
Pensée complexe dont j’essaie de suivre les méandres.
Une croix se dessine et flotte telle une apparition dans l’agate (Indonésie).
Le lapidaire comme le photographe ou le peintre saisit l’image et de sa main l’impose à l’esprit.
La montagne de la croix sacrée
Huile sur toile, 1875 (détail)
Thomas Moran (1837-1926)
Mount of the Holy Cross (Colorado) qu’avait photographié pour la première fois en 1873 William Henry Jackson (1843-1942).
Les deux artistes accompagnaient la mission géologique de Ferdinand Vandeveer Hayden (1829-1887) de 1871. Ces trois-là furent à l’origine de la création du premier parc national, celui du Yellowstone.
Art et géologie se recoupent.
Figure taillée en bas-relief comme pour un camée dans une moldavite.
La moldavite (de la Moldau pour les Allemands, ou Vlatvite, de la Vlatva pour les Tchèques) est une tectite (ou impactite), c’est-à-dire un verre d’impact dû à la chute d’un bolide de grande taille sur la Terre il y a 15 millions d’années.
Le travail du lapidaire est remarquable de finesse, jouant de la couleur, de la transparence, de l’épaisseur de la pierre pour modeler un visage empreint de noblesse. Bel exemple de glyptique.
Moldavite (ou vlatvite) de Bohème (République tchèque)
telle que le ciel et la terre nous l’ont donnée ! brute !
Cette pierre, quasi extra-terrestre, sans être une météorite mais le résultat de son impact, un métamorphisme de choc, se trouve en Bohème (région de České Budějovice), alors que l’astroblème (le Nördlinger Ries en Bavière) d’où elle a été éjectée se situe en Allemagne à 300 kms !
Agate paysage du Brésil, taillée à Idar-Oberstein en Allemagne. Vision panoramique, profondeur de champ, dans un technicolor éblouissant, on se projette dans un film de John Ford. Les vastes étendues entre Arizona et Utah, tout ça dans moins d’un millimètre d’épaisseur et dans la dimension d’une vignette (4 x 2,8cm).
« C’est un miroir merveilleux qui, à un moment donné,
a reçu l’empreinte et reflété l’image d’un grand spectacle…
la vitrification de notre planète. »,
George Sand
Agate paysage (Inde). Des inclusions d’oxydes et d’hydroxydes de fer et manganèse forment ce paysage fantasmé. Ce « dessin » (2,2 x 2cm) est produit de façon naturelle par la croissance fractale d’oxydes. La nature n’a pas de dessein, mais l’homme par son intention révèle l’œuvre. George Sand appréciait tout particulièrement les dendrites. A sa mémoire, c’est donc à un voyage au cœur du cristal que je vous invite ici.
Petite coupe en agate mousse (Inde)
La ‘mousse’ est due à des inclusions de chlorite, un silicate.
Travail particulièrement délicat qui montre toute l’habileté du lapidaire.
Photos coll. M. L.
* Le Tao-tö king, dont cette citation est extraite est un texte bien obscur pour nous, sujet à controverse. Me référant notamment à François Cheng, il peut s’interpréter ainsi : « Le Vide originel engendre le Souffle originel qui engendre les souffles vitaux, les principes complémentaires du Yin et du Yang s’associent au vide médian faisant naître l’ensemble de la Création. »
Notes :
- Toutes les pierres présentées sont entièrement naturelles, sans traitement (ni colorées artificiellement, ni traitées thermiquement), si ce n’est la taille et le polissage. La nature dans ce qu’elle a de plus beau et de plus secret. Si vous voulez en savoir davantage reportez-vous à la note suivante.
- Calcédoine, agate, cornaline sont en fait synonymes. On parlera d’agate pour des calcédoines colorées et rubanées (le terme de calcédoine étant souvent réservé pour les couleurs grise ou bleue, de cornaline pour une pierre d’un rouge-orangé, alors que la sardoine est brun-rouge, d’onyx pour une alternance de couches blanches et noires, chrysoprase pour la calcédoine verte… Finalement ce n’est qu’un code de couleurs pour une même matière, un quartz microcristallin. Si l’agate est translucide, le lapidaire doit se montrer extralucide. Connaissance, clairvoyance, il est en intelligence avec la matière. Quant au jaspe c’est un quartz microcristallin opaque associé à d’autres minéraux, des oxydes de fer notamment, qui lui donnent des couleurs souvent vives et variées comme dans l’héliotrope, ou jaspe sanguin, vert moucheté de rouge, ou le plasma, vert tacheté de jaune, la lydienne, charbonneuse, noire... C’est la pierre de touche des orfèvres. Des minéraux à aspect amorphe, de même composition (SiO2) et de même dureté (7) que le quartz qui cristallise dans le système rhomboédrique, formant des prismes hexagonaux avec une terminaison sommitale en pyramide à six cotés.
« Les pierres sont des maîtres muets »,
Johann Wolfgang von Goethe
Chaque pierre a son histoire sans paroles…
… il faut savoir écouter, le lapidaire est volubile.
Sur cet oxymore j’ajouterai que la goethite a été dédiée à Goethe (1749-1832) et que cet oxyde de fer se trouve souvent en fines inclusions. Dendrites et inclusions, tout un monde en soi que j’espère vous faire découvrir un jour…
Notes et légendes Lansardière Michel
Lapidaires et leurs tours à archet
“ Grinding gems –garnets, rubies, sapphires and moonstones,
at Ratnapora, Ceylon “
(« Le meulage des gemmes-grenats, rubis, saphirs et pierres de lune à Ratnapura », Sri Lanka, ca 1910).
Petits métiers d’art du coin de la rue…
Le procédé est archaïque, mais le résultat obtenu souvent spectaculaire.
Lien : "Le luxe, le goût, la science..." Neuber, orfèvre minéralogiste à la Cour de Saxe.
Courage Jerry,
Ta gentillesse, ton professionnalisme, ta magnifique galerie, tout ce qui fait de toi un homme aimé et respecté, tout cela est juste en attente d'un meilleur climat.
Je suis de tout coeur avec toi.
Gardons l'espoir de jours meilleurs.
Liliane
FLORENCE PENET OU LA COULEUR FAUVE DES REVES
Du 21-05 au 08-06-14, se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) une exposition consacrée à l’œuvre de Madame FLORENCE PENET, intitulée ENTRE REVES ET REALITE. Il s’agit d’une jeune peintre Française dont la sensibilité se marie à l’onirisme par une sémantique dictée par la couleur.
A l’instar du « Voyage en Italie », à la Renaissance et de celui en Orient, au 19ème siècle, l’Imaginaire est-il devenu, aujourd’hui, l’étape majeure de l’exploration créatrice ? Un imaginaire servant d’humus à un état d’Etre que FLORENCE PENET qualifie de « rêve ». La particularité de cette exposition réside dans un fait révélé de façon extrêmement discrète, susceptible néanmoins d’en dire très long au sujet de l’artiste, à savoir l’adéquation existante entre les titres et les œuvres qu’ils mettent en exergue. D’emblée dans l’intitulé de l’exposition, l’artiste donne un pluriel au mot « rêve », tandis que le mot « réalité » demeure au singulier. Est-ce à dire qu’il n’y a qu’une seule réalité dans l’univers de l’artiste ? Le terme « rêve » est fort approprié car tout dans son œuvre se définit à partir, non pas d’un brouillard, mais bien d’une perception « brouillée », offrant une image qui ne serait pas « mise au point ». Le visiteur doit lui-même « régler » sa focale oculaire pour la rendre perceptible. Mais faut-il réellement mettre ces images « au point » ? Ne sont-elles pas assez vivantes, oniriques et réelles en leur état ? Leur « réalité » est faite de suggestions et la sensibilité du visiteur fait le reste en leur conférant une histoire, voire une fonction qui la raccroche à quelque chose de connu. L’évocation de tout ce que nous portons en nous saute aux yeux du visiteur dans toute la gamme des tonalités. L’artiste ne se cantonne pas dans la monochromie. Les couleurs qu’elle utilise varient du rouge vif : FAUVES (80 x 80 cm – huile),
INCANDESCENCE (80 x 80 cm – huile sur toile)
au bleu en différentes tonalités : DREAMING (73 x 92 cm – huile sur toile),
en passant par le jaune, le blanc : PARFUM D’ORIENT II (50 x 65 cm – huile sur toile)
et le vert en dégradés : MYSTIQUE (73 x 92 cm – huile sur toile).
A cette vision brouillée s’ajoute, d’un point de vue conceptuel, un déphasage prémédité en ce qui concerne la mise en perspective d’une idée d’architecture planifiée dans ce que l’artiste nomme les « carrés déstructurés ».
Il s’agit d’une conception architecturale augmentant la perception d’un déséquilibre contrôlé pour mieux égarer le regard du visiteur, à l’instar de PARFUM D’ORIENT II et III (déjà mentionnés). Ces « carrés déstructurés » trouvent leur origine dans INCANDESCENCE (également mentionné), à peine perceptibles dans l’effervescence de la dominante rouge. Ces carrés servent de structure de départ pour débuter la construction picturale. Ils contribuent à donner également un côté « vieilli » (comme elle l’avoue) à la toile. Ce côté « vieilli » est intéressant car il renforce la dimension onirique de l’intemporel.
L’œuvre de FLORENCE PENET se singularise par une abstraction toute personnelle. Les teintes usitées conduisent vers un lyrisme où l’émotion se scande en motifs chromatiques à un point tel que l’on pourrait presque parler de couleurs musicales, tellement les images sont évocatrices d’atmosphères et de sons.
Néanmoins, dans toute création, il y a (souvent) un titre. Et ce titre fait partie intégrante de l’œuvre. Comme nous l’avons noté plus haut, il l’accompagne et dans bien des cas lui confère un sens. Concernant cette artiste, les titres deviennent des invocations.
PARFUM D’ORIENT II (avec ses senteurs arabesques), DREAMING (évoquant une mise en scène de l’onirique - déjà mentionnés), PORTE DE NACRE (54 x 73 cm – huile sur toile –
où la note blanche, presque diaphane, règne en maîtresse), mettent en quelque sorte, le visiteur « sur la piste ». Bien sûr, les émotions exprimées sur la toile appartiennent à la créatrice, celle-ci insiste sur le fait que le regardant voit dans ses œuvres ce qu’il veut bien y voir. Mais le fait de les intituler avec une telle précision interprétative fait que celui qui les regarde se reconnait, indépendamment de sa volonté, dans le voyage initiatique de l’artiste.
DREAMING offre une subtilité complémentaire concernant le titre : il est écrit au present continous de la grammaire anglaise, ce qui laisse penser que l’image ne s’arrête pas à sa seule existence : elle se poursuit à la fois par sa présence mais aussi dans le rêve du visiteur. Elle se poursuit même au-delà de toute reconnaissance, par le simple fait qu’elle a été peinte.
FLORENCE PENET se laisse guider par la conception de couleurs « improbables » comme elle aime à le dire, pour atteindre l’harmonie.
Ce flamboyant dégradé de vert nous offrant une image paradisiaque de la vision dont l’artiste se fait du MYSTIQUE (73 x 92 cm – huile sur toile),
plaide pour cette « improbabilité ». Une fois encore, il y a adéquation entre l’œuvre représentée et le titre qui la définit dans un imaginaire commun unissant le peintre et le spectateur.
Cette œuvre constitue à elle seule un tour de force : l’utilisation du bronze dans la partie supérieure droite obscurcit l’espace pictural à bon escient pour se répandre dans la partie inférieure droite. Le centre de la toile est irradié par le doré jusqu’à descendre vers la partie inférieure gauche. L’espace restant constitue une expérience à la fois alchimique et spirituelle dans la création d’un ensemble de dégradés de vert. Il fallait pour ce faire doser adéquatement le doré pour que le contraste avec l’ensemble chromatique aboutisse vers l’harmonie, en évitant les effets disgracieux dû au choc incontrôlé des couleurs. Remarquons l’absence de couteau pour travailler la matière : tout est lisse comme la surface d’un lac.
Ce qui contraste radicalement avec DREAMING dont la matière épaisse domine à proprement parler l’ensemble de la composition.
Il y a, outre la symbolique des couleurs, une véritable mystique de ceux-ci.
Le doré, la note jaune portée à son extrême symbolisant déjà le besoin d’amour et de chaleur humaine, transpose ici la fascination pour l’Orient mystique dans une approche participative de l’âme.
Le rouge fauve d’INCANDESCENCE nous dévoile la passion. Le bleu de DREAMING est une métaphore de l’eau conduisant au bout du rêve, lequel n’est pas encore le réveil mais l’état onirique porté à sa plénitude.
Autodidacte et fière de l’être, FLORENCE PENET peint par passion. Ayant une formation juridique, la peinture n’est pas qu’un simple « à-côté » mais bien une activité qui absorbe actuellement la totalité de son temps.
Elle a toujours baigné dans un univers où l’Art bénéficie d’une importance majeure. Sa mère a fréquenté les Beaux Arts. Ce qui, même autodidacte, lui a assuré une formation sérieuse.
Elle travaille essentiellement à l’huile. Après avoir réalisé beaucoup de glacis au niveau du fond, elle multiplie les couches en leur assurant les mêmes teintes dans le but de leur conférer une harmonie.
Elle utilise très peu le couteau. Concernant la conception de la matière, elle utilise parfois de la poudre de marbre comme pour les légers dégradés clairs de DREAMING se mêlant au bleu.
Ayant commencé par l’abstrait, elle s’est dirigée vers un univers qui fait appel à la concrétude du connu comme dans la savante utilisation du bleu rappelant un état entre le ciel et la mer.
Aucune préméditation ne l’anime. Une fois devant sa toile, elle se laisse guider par cette force qu’interprète l’instrument de la couleur. Le rêve n’est pas préconçu. Il s’agit d’un art brut, non pas dans le sens où l’entendait Dubuffet (un art conçu par un autodidacte privé de contexte culturel) mais bien dans le sens qu’il n’a subi aucune gestation intellectuelle. Comme le disait si justement Pier Paolo Pasolini : « Pourquoi peindre une image qui s’est déjà matérialisée dans le rêve ? N’existe-t-elle pas déjà ? ».
Il n’y a plus aujourd’hui aucune ligne de démarcation entre l’abstrait et le figuratif dans le parcours de l’artiste. Et ses couleurs « improbables » rendent notre perception d’une fluidité certaine car si les rêves sont multiples, la réalité, seule et rigide, mais déformée par la force de la couleur, les transcende tous et les rend « matériels » sur la scène de la toile.
Tout dans l’œuvre de FLORENCE PENET se mélange dans la pâte de l’émotion.
Collection "Belles signatures" (© 2014, Robert Paul)
Lettres
N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.
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Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
Florence Penet et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles (21 mai 2014).
(Photo Robert Paul)
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"Sur le sol de France
Coulent des fleuves
Et tant d'épreuves
Des guerres d'offenses
Et en ce terroir
Les arbres conservent les traces
Pas uniquement le sarcloir
Bien des frappes noires
Pour ce faire tribun
Des pierres empilées sont légion
Les hommes accusent les larbins
Pilleurs d'une planète d'horizon"
ED
Écriture prompte
08/2020
Un jeune qui ne maîtrise pas sa langue trouve secours dans la violence. À défaut de pouvoir s’exprimer, c’est à travers elle qu’il cherchera à exister. Une semaine après le meurtre du professeur Samuel Paty, tel est l’avertissement du linguiste Alain Bentolila
sources: Le Figaro et La Libre Belgique
Voici quelques fragments de Zizanie dans le métronome pour vous donner un avant-goût de cet opus.
LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE
Du 19 – 05 au 05 – 06 - 16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), a le plaisir de vous présenter une exposition consacrée à l’œuvre de la dessinatrice et graveuse belge, Madame LYSIANE MATISSE, intitulée : TRACES D’EVIDENCES.
Cela semble, en apparence, anodin mais au titre initial qualifiant son œuvre, LYSIANE MATISSE a ajouté une précision qui semble sonner comme une « appellation d’origine contrôlée », à savoir : BIC. Au même titre que « huile » ou « acrylique », définissant ainsi sa technique. A l’instar du pinceau, le bic devient l’instrument à travers lequel l’artiste s’exprime. Sans doute, est-ce aussi – peut-être inconsciemment – sa signature qu’elle ajoute, entre parenthèses, à côté du titre initial.
Et la chose ne laisse pas le visiteur indifférent tant la surprise que distille son œuvre est grande ! En effet, ce qui impressionne à la vue de ses dessins, c’est à la fois la surprenante finesse de sa technique ainsi que l’univers dans lequel elle évolue. Techniquement abordé, le contraste savamment dosé, entre le noir et blanc (tous deux en de multiples dégradés), relâche un sentiment oscillant entre le calme et l’épouvante : « fantastique » serait sans doute le qualificatif le plus adéquat. La finesse du trait, réalisée au bic, rappelle à s’y méprendre la pointe aiguisée du pinceau. Particulièrement dans l’exécution des filaments et circonvolutions identifiant la nature de ses décors.
BURNOUT (70 x 53 cm – bic),
définit parfaitement ce contraste entre le noir et le blanc (dont nous parlions plus haut), dynamisant le rendu du clair-obscur. L’ombre et la lumière confèrent à la fois la dynamique du mouvement ainsi que ce que l’on nomme en Psychologie, le phénomène d’ « aperception », c'est-à-dire ce que la culture acquise et l’imaginaire créateur imprègnent, par le biais du cerveau, sur notre rétine. A titre d’exemple, à la vue de nuages, nous pouvons imaginer (peut-être ferions-nous mieux de dire « créer ») des formes qui nous sont familières. Cela traduit parfaitement la démarche de l’artiste à se référer à la culture dans ses nombreuses subtilités. Mais qui dit « culture » dit aussi « mémoire » ancestrale, souvent enfouie sous des tonnes de vécu, lesquelles finissent souvent par remonter à la surface et affleurer ce champ de partage commun à l’humanité qu’est le terrain de l’expérience créatrice.
Et ce « champ », commun à tous, appartient à l’ « onirique ». Ainsi, est-il fréquent de rencontrer chez notre artiste, au détour d’une ombre, des formes sorties de nos peurs abyssales, telles que des visages à l’aspect « démoniaques », issus en droite ligne de nos mythes rendus tangibles, notamment, par l’intermédiaire de la gravure (pensez à Gustave Doré), de la littérature et du cinéma fantastiques. BURNOUT est une illustration parfaite de ce processus : remarquez, à gauche comme à droite de la composition, ces deux visages sortis d’un cauchemar. Concernant la conception de la forme, deux univers s’entrechoquent :
1) celui de la femme allongée, présentée deux fois à l’avant-plan (à gauche, fixant le visiteur ainsi qu’à droite, campée de dos et volontairement moins perceptible au regard qui ne peut que la deviner).
2) Un monde formel composé exclusivement de pleins et de creux ainsi que de matière à la fois filandreuse et minérale, destiné à donner corps à cette fable menaçante.
La seule forme se raccrochant à ce qu’il est convenu d’appeler la « réalité » est la femme présentée dans sa vérité anatomique. Néanmoins, l’artiste nous fait comprendre qu’à travers les filaments de sa longue chevelure se mêlant aux circonvolutions du décor, celle-ci fait partie intégrante de cet univers fantastique. Elle ne s’en échappe pas. Deux plages serrées, créées à partir du blanc total, vers le haut, confèrent deux puits de lumière, décisifs à la dynamique du mouvement. Nous sommes à l’intersection entre la bande dessinée fantastique et la gravure de la fin du 19ème siècle. Gustave Doré (cité plus haut) n’est pas un hasard. L’on retrouve une atmosphère étouffante laquelle n’est pas sans rappeler celle de l’ « Enfer » de Dante. Par « culture » nous évoquions, plus haut, tout ce que la mémoire a conservé depuis des millénaires. A l’observation attentive du décor dans lequel se déroule la scène, il ne vous échappera pas qu’il s’agit d’une grotte. Or, la grotte est aussi l’allégorie de la « caverne » de Platon, dans laquelle le personnage féminin est enfermé, l’empêchant d’accéder à la réalité objective du Monde. Rappelons que la femme a le regard braqué vers le visiteur, l’invitant, pour ainsi dire, à s’interroger sur ce phénomène culturel actuel n’épargnant personne qu’est le « burnout », phénomène dans lequel le visiteur lui-même est susceptible de tomber.
A nouveau, l’artiste interroge notre culture occidentale dans ses facettes, à la fois sociologiques, plastiques et psychologiques. La femme, représentée comme entité, tant à gauche qu’à droite, se révèle être l’endroit et le revers d’une même médaille.
Et cette médaille, c’est l’artiste elle-même, qui se représente à la fois en souffrance tout en cherchant la possibilité d’une issue. Remarquons, à ce titre, que son alter ego représenté sur la gauche, est baignée de lumière. Celui de droite, au contraire, la représente en souffrance, écrasée par une forme massive rappelant la patte d’un animal puissant.
LA FONTAINE DES MEDISANCES (81 x 31 cm - bic)
représente un masque hideux surmonté d’un serpent, vomissant un flot de mots qui se perdent dans une eau stagnante, pour aller pourrir dans le bas de la composition. Ces mots sont, en réalité, les messages de nature mortifère qui circulent sur le Net, dont l’impact peut aller jusqu’à tuer : pensez au phénomène du « harcèlement» chez les jeunes avec, dans bien des cas, le suicide au bout de la ligne. Autre référence à la culture : ce masque vomissant des mots, est en réalité, une transposition contemporaine de la boîte de Pandore, dont le débit des mots se perd à tous vents. Dans ce cas-ci, ils stagnent dans une eau nauséabonde. De petites boules pointues sont vomies de la gueule du masque. Certaines d’entre elles sont rattachées par un restant de chaîne avant de sombrer dans l’eau putride. Même ici, l’artiste ne peut s’empêcher de faire un clin d’œil à la culture, en concevant les boules comportant des yeux, ramassées au fond de l’eau, à l’image des « émoticônes » que l’on trouve dans les options des ordinateurs. Deux clés de Sol, vers le milieu de l’espace, s’enfoncent dans l’eau. A peine sont-elles immergées, qu’elles se corrodent et commencent à se décomposer. Il doit y avoir probablement une « zone » dans l’inconscient collectif des artistes, à travers les siècles, qui fait qu’une symbolique du « haut » et du « bas » a dû se forger au contact du ciel et de la terre, ces deux mondes parfois hostiles, parfois consubstantiels, jusqu’à concevoir un mariage mystique. Néanmoins, à de multiples reprises, au fil des âges, l’univers du « bas » devient, d’un point de vue allégorique, une sorte de dépotoir dans le fond duquel pourrit la matière impure. Cela est un trait culturel qui se retrouve depuis l’Antiquité classique et proche-orientale jusqu’à aujourd’hui dans la pensée occidentale, formée par un manichéisme drastique entre le « bien » et le « mal » (bien que fortement relativisé depuis l’avènement de la psychanalyse) dont nous retrouvons, au fil de l’Art, les résidus.
La FONTAINE DES MEDISANCES est avant tout un cri d’alarme adressé au Monde. Aux conséquences qu’un message malveillant peut engendrer.
Remarquez la maîtrise avec laquelle l’élément aquatique ondule et se tord dans une série d’entrelacs réalisés par la seule pointe du bic. Très intéressants sont également les divers degrés que l’artiste apporte au noir sur toute la composition.
DISPARITION (39 x 16 cm - bic).
Sur sept tableaux de petites dimensions, dont la lecture va de gauche à droite, l’artiste traduit la sensation de l’occultation de l’espace vital, causée par la disparition d’un être cher, en l’occurrence, son mari. L’image, est à chaque fois, occultée par un long rectangle blanc, empêchant le regard d’avoir une vue d’ensemble de ce qu’il est censé percevoir (ce qui n’est pas sans rappeler l’image de la femme prisonnière de la « grotte-caverne » de BURNOUT dans l’impossibilité d’aboutir à la réalité lumineuse du Monde).
A chaque tableau, présentant une variation sur le même thème, le rectangle s’amenuise jusqu’à laisser entrevoir la possibilité d’une vue totale. Remarquons que chacun des tableaux comporte, vers le haut à gauche, un puits de lumière, toujours à l’instar de BURNOUT. Ces éléments indiquent la possibilité d’un sauvetage moral dans les retrouvailles progressives de l’espace vital laissé par le vide à la fois physique et affectif. C’est dans un jeu subtil de courbes et d’entrelacs finement ciselés que se structurent les gravures. Et, aux dires de l’artiste, ce subtil jeu de courbes et d’entrelacs, représente une matière sensible qui s’apparente à sa peau, conçue comme une chaire vive qui aspire à se cicatriser. La référence culturelle revient en force avec une opposition extrêmement intéressante dans l’utilisation de la couleur blanche qui symbolise le vide mais aussi la mythique « page blanche » qui contrairement à ce que pensent un certain nombre de béotiens, n’est pas une image du « vide » à proprement parler mais bien, comme l’affirmait Gilles Deleuze, le réceptacle de toutes nos angoisses à franchir et à surmonter. Le chiffre sept n’est pas non plus un hasard car il correspond au chiffre préféré de la fille de l’artiste. Mais, ici, nous revenons encore à la culture : le chiffre sept est chargé d’une immense symbolique. C’est le chiffre considéré comme parfait. Différentes cultures l’ont adopté tant dans le domaine scientifique que magico-religieux.
LYSIANE MATISSE qui nous donne une image sans subterfuges d’elle-même, est titulaire d’un Régendat en Arts Plastiques.
Elle s’exprime avec son instrument de prédilection : le bic ! Et le résultat est simplement magistral ! Rarement une si grande finesse d’exécution a été atteinte!
Le bic a ceci de particulier qu’il est fait pour écrire. Il y a donc chez l’artiste, une volonté de coucher sur papier tout ce qu’elle voudrait nous dire. A ce titre, elle se fait un devoir de répondre au proverbe : « dire ou se taire ! ». Donc, elle dit, elle dessine, elle écrit. Toujours au diapason (conscient ou non) avec le vocabulaire laissé par ses références culturelles. Bien sûr, chaque artiste de toute époque, à peint, écrit, composé ou sculpté au diapason de la culture de son temps, soit pour l’encenser ou la combattre. Néanmoins, avec cette artiste, la culture en tant que référent sémantique est présente dans chacune de ses œuvres et ce jusque dans l’ajout qu’elle apporte au titre de son exposition !
Un dernier exemple pour la route ? A l’instar du mot « Frigo » dont le nom véritable est « frigidaire », « Bic », passé depuis des lustres dans le langage courant, n’est autre qu’une marque de « stylos à bille » ! Mais qu’à cela ne tienne !
LYSIANE MATISSE fait entrer le BIC dans le vaste répertoire de la palette par la voie royale en lui conférant ses lettres de noblesse !
Burnout (détail)
Burnout (détail)
La fontaine des médisances (détail)
Disparition 7 (détail)
Lettres
N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
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Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
François Speranza et Lys Matisse: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
(18 mai 2016 - Photo Robert Paul)
Mais que c'est loin Venise
Dans une mémoire grise
Quelques jours de jeunesse
Et des relents d'ivresse...
On a édulcoré
Des instants de beauté
Le souvenir d'une place
Et deux bras qui enlacent...
Un village de Bourgogne
Aux abords de l'automne
Le reflet d'une bâtisse
Dans une eau verte et lisse...
Au chaud de la mémoire
Se souvenir d'un soir
Où dans des yeux repaires
On a pu lire : j'espère!
J.G.