Il en vint à se croiser trois individus
Qui venaient de trois mondes bien différents :
Un fou, un sage et un comédien fort convaincus
D'être sur le bon chemin les conduisant !
Voilà le chemin du sage s'adressant au fou :
-" En voilà un qui part en guerre tout affublé !
Qui te gène donc que tu portes des armes,
Un clairon, un drapeau au vent agité
Et ta chanson qui me sort des larmes ? "
-" Eh bien ne vois-tu pas Ö sage aveugle le danger ?
Tes paroles vont-elles arrêter les armées,
Celles qui se préparent à nous ruiner ?
Alors je sonne l'alarme aux courageuses assemblées ! "
Quant au comédien tout sourire s'en allant de village en village,
Jouant tantôt le fou tantôt le sage,
Récitant des textes pour la circonstance,
Il agite des émois comme des drapeaux de tendre enfance !
Les voilà repartis, bien certains, chacun dans sa direction,
Prêchant aux foules leurs intimes sentiments.
Et à la question qui a tort qui a raison
Y voir que la vérité est au milieu bien souvent !
Publications en exclusivité (3146)
"Ventôse"
Liliane Magotte
Sous les toits
Habitent l'hiver ceux qui se dédient aux vents
Asile d'étoiles sous l'écorce du gel et du givre
l'haleine hésite ou frisonne dans l'étroit courtil
le chemin doute mais par l'écho qui appelle
le fugitif trouve terre de refuge et droit de gîte
le temps mûri porte moisson
ces fruits de semailles
qui meurent en naissant
Un partenariat
Arts
Lettres
KROLIG : LA MER ENTRE ABSTRAIT ET FIGURATIF
Du 04-10 au 27-10-19, l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken 83, 1000 Bruxelles) a organisé une exposition consacrée à l’œuvre de l’artiste peintre française, KROLIG, intitulée : ENTRE DEUX MERS.
ENTRE DEUX MERS propose la vision d’une artiste évoluant sur deux univers. Ces deux univers s’expriment à la fois à travers deux écritures picturales ainsi que sur deux lieux extrêmement chers à son cœur, à savoir la Bretagne dont elle est originaire et la Belgique où elle vit. Bretonne de culture, son centre d’intérêt créatif est, bien entendu, la mer. Une première écriture nous indique qu’il s’agit d’une mer inscrite à l’intérieur d’un concept traditionnel, « classique », évoluant vers une autre mer, issue du tréfonds d’un imaginaire assoiffé d’éblouissements oniriques. Ce qui fait qu’au contact de l’œuvre de KROLIG, on éprouve le sentiment que tout « glisse » comme un nénuphar sur l’eau. Tout est reflet pour aboutir à une dématérialisation du sujet par rapport à son milieu originel. En fait, l’artiste fait rejaillir le sujet, pris comme « microcosme », hors de son biotope, pour lui assurer une autonomie plastique. D’un détail, elle en fait un univers pouvant subsister en dehors de tout contexte scénique. Cela se conçoit à partir de l’élément figuratif pris comme point de départ pour aboutir vers une abstraction progressive.
BI-COQUE (115 x 75 cm-huile sur toile)
Cette oeuvre est l’illustration même de ce propos. Cette toile présente le bas de la proue d’un bateau reposant sur l’eau. L’image peut sembler banale mais l’artiste la transcende en la découpant d’abord à l’intérieur de l’espace : la proue est divisée en deux parties. Traversées par une diagonale, légèrement oblique pour assurer le cloisonnement des deux parties formant l’angle terminant la proue, celle-ci est immédiatement prolongée par son reflet dans l’eau. Le reflet de la diagonale devient, de la ligne droite qu’elle était, une sorte de serpentin glissant sur l’eau. L’action du reflet a pour effet de « découper » la proue en quatre parties (deux en haut et deux en bas). En réalité, la totalité de la toile est divisée en plusieurs espaces : les quatre parties mentionnées, en plus de trois autres zones ayant chacune leur chromatisme propre. A’ l’avant-plan, une zone bleue rappelle que l’action se déroule sur la mer, suivie d’une autre zone blanche et noire, enjolivée de brun augmentant le contraste.
Sur la partie droite (allant vers le haut), une nouvelle zone blanche renferme la composition. Le chromatisme occupe la fonction d’exacerber les reflets et de devenir également autonome par rapport à l’ensemble de la toile. Le rendu chromatique permet d’englober les quatre zones initiales de la proue dans l’univers du reflet. A’ titre d’exemple, la partie rouge du haut, à gauche, retrouve son reflet rouge issu de l’eau. Tandis que la partie droite accuse un reflet d’un brun total, signe d’un passage vers une zone d’ombre. La même couleur brune sert de reflet à l’amarre qui retient le bateau (à gauche vers le haut). L’artiste utilise des tonalités extrêmement chatoyantes, telles que le bleu, le rouge, le blanc de titane, entrecoupé de noir pour accentuer la luminescence et le brun foncé.
LA BARQUE BLEUE (93 x 163 cm-huile sur toile)
A’ partir de la matérialité du bateau, renforcée par la couleur bleu de mer, un univers essentiellement bicolore (vert et bleu agrémenté de quelques notes noires et blanches), confère ce sentiment de « glissement ». Par le biais de cet univers kaléidoscopique, trône la matérialité du sujet. Cet élément à la liquidité intemporelle, participe-t-il encore de la « mer » ou s’agit-il de la « mer intérieure » à l’artiste que nous évoquions plus haut? Le bateau occupe l’espace central de la toile. Le bleu de son reflet glisse sur l’eau comme une tache d’huile, ce qui avec l’ensemble chromatique, participe à la dématérialisation du sujet. Ce sujet (la barque) occupe le centre de la toile. Néanmoins, il ne sert en définitive, que comme ligne de démarcation entre deux espaces : celui du haut et celui du bas. Le sujet sépare deux univers dimensionnellement inversés, à savoir le haut, sombre et le bas, clair et brillant. Quelque part, dans l’imaginaire du visiteur, le haut (le ciel) est clair et le bas (la terre) est sombre. On pourrait penser à un jeu sur la perception immédiate modifiée par l’imaginaire. Néanmoins, s’agissant de l’univers marin, l’eau renvoie la lumière du ciel. Par conséquent, cette œuvre pourrait également (toutes proportions scientifiques gardées, bien entendu), être un écho lointain rappelant la notion terrestre de la « photosynthèse ». Le bleu de la partie inférieure débute par la couleur même de la barque pour se diluer dans l’eau.
Un dénominateur commun à la production de l’artiste se manifeste par l’image de l’amarre qui retient le bateau.
COQUE MIROIR (115 x 75 cm-huile sur toile)
nous offre un ensemble de formes fantasmagoriques que l’imaginaire du visiteur, nourri par la culture, pourrait interpréter comme étant des masques de carnaval. L’artiste, alors prise par son travail, ne l’avait pas remarqué jusqu’au jour où quelqu’un attira son attention sur ce détail. La seule explication à cela réside dans le fait que ce qui l’intéresse dans son interprétation de la mer consiste à traduire la matérialité des vagues par la seule existence du reflet dont elle invoque la magie. D’où la naissance d’un sentiment d’abstraction.
JEUX D’ONDES 1 (60 x 40 cm-huile sur toile)
nous offre l’idée de ce que l’artiste songe à créer dans le futur. L’abstraction se manifeste par un reflet, celui d’une bouée sur l’eau trouble. Une tache blanche sur l’eau ensoleillée, irradiée de rouge, agrémentée de brun, de noir et de blanc. Si, à partir d’une réalité tangible l’on peut créer une volonté d’abstraction, comment considérer alors la création d’une image se voulant volontairement « abstraite »?
Cette œuvre nous ramène au cœur même du problème. A’ Kandinsky lui-même, lorsqu’il posa l’acte volontaire de l’ « abstraction ». Abstraction tant dans la forme que dans l’étymologie. La forme devient picturalement et sémantiquement « abstraite », en ce sens qu’elle prohibe toute interprétation culturellement connue et reconnue. Si le reflet sur l’eau tremblante est « abstrait », c’est parce qu’il brouille l’existence d’une forme définissable. Dans ce cas-ci, nous restons soumis à une intangibilité en devenir. Nous sommes encore très éloignés d’une intangibilité factuelle, étant donné que nous partons du figuratif pour n’aboutir qu’à une simple velléité d’abstraction.
Une deuxième écriture (dont nous parlions plus haut), caractérise l’œuvre de l’artiste. De la dématérialisation initiale, nous passons à la mise en scène, voire à l’apologie de la matérialisation.
La masse qui se dégage de la matérialité cyclopéenne de TABLEAU ARRIERE (115 x 75 cm-huile sur toile)
ainsi que d’ALLIANCES MARINES s’affirme dans la puissance des chaînes ainsi que de ce que l’artiste donne à voir de l’architecture du bateau.
ALLIANCES MARINES (115 x 75 cm-huile sur toile)
Car, comme nous l’avons spécifié plus haut, ces œuvres s’attachent à prendre le détail d’un ensemble (architectural en l’occurrence), pour se focaliser sur lui de sorte à l’ « agrandir » par le traitement de l’espace, comme à travers une loupe.
Remarquez la façon par laquelle l’artiste précise la matérialité dans le volume des anneaux de la chaîne ainsi que dans la force des boulons consolidant l’architecture. La chaîne, massive, unit deux niveaux de la construction.
Si ALLIANCES MARINES (mentionné plus haut) laisse apparaître un pan de mer démontée, en blanc, TABLEAU ARRIERE, offre au regard des anfractuosités, traitées comme des fenêtres ouvertes sur l’infini, à partir desquelles d’autres univers sont possibles.
LA CHAINE BLEUE (115 x 75 cm-huile sur toile).
Outre le fait que la chaîne soit bleue, elle se fond avec le chromatisme dominant la composition, alterné par des notes noires horizontales, permettant de passer vers d’autres plages, apportant différents dégradés à la couleur initiale. Le blanc de titane domine la partie supérieure de la toile, confirmant le caractère rageur de la mer, opposé au calme marin de la première écriture de l’artiste. La dématérialisation du sujet affirme une volonté d’apaisement des eaux tandis que sa matérialisation met en branle un processus pulsionnel qui se confronte à la puissance de l’appareil cyclopéen du bateau.
Deux écritures sont, par conséquent, présentes chez KROLIG : une écriture touchant à l’abstrait, axée sur le reflet ainsi qu’une autre écriture visant à la matérialité des choses donc à la légitimité de la figuration.
Concernant la deuxième écriture de l’artiste, la matérialité du sujet rejoint la volonté d’abstraction de la première par un dénominateur commun, à savoir l’appel de la mer (démontée par rapport à la mer calme) ainsi qu’un deuxième élément constitué par la présence de l’amarre retenant le bateau (évoquée plus haut). Si l’amarre existe déjà en tant qu’ombre dans la partie abstraite, la partie figurative la matérialise formellement.
Si KROLIG est française, elle se définit comme étant spécifiquement bretonne. Son nom, plus exactement son pseudonyme l’atteste, en ce sens que « Krol » est le diminutif de Carole et que le suffixe « ig » signifie « petite ». C’était là, la façon dont son grand-père l’appelait lorsqu’elle était petite. Son univers est celui des petits ports de pêche bretons. La réalité de son œuvre ne se définit pas dans les paysages maritimes mais dans l’instant constitutif de chaque chose ainsi que dans le rapport entre temps et matière.
Les détails, intemporels, définissant la partie « abstraite » se conjuguent avec la matérialité architecturale des bateaux, attaqués par la rouille.
Malgré cela, tant la partie « abstraite » que la partie « matérielle » sont picturalement traitées de façon extrêmement « lisse » et épurée, en ce sens que la matière est fortement étalée par le couteau et les brosses, une fois posée sur la toile. Autodidacte, elle travaille essentiellement à l’huile. Son chromatisme se concentre sur le bleu, le rouge, le jaune, le blanc et le noir, en tant que vocabulaire pictural basique. Elle a toujours voulu peindre. Grâce à sa rencontre avec l’artiste peintre belge Nadia De Milewski, elle a pu exposer ses œuvres au Mérite Artistique Européen. Elle fut récompensée par l’obtention de la Médaille d’Or en 2012. Comme nous l’avons spécifié plus haut, l’artiste voit son futur artistique dans l’abstraction. Cette abstraction déjà si présente, à l’état embryonnaire, dans l’élaboration de ses reflets.
KROLIG navigue « entre deux mers » tout en maintenant son cap. Gageons que son voyage l’amènera vers une écriture picturale dans laquelle glissements et reflets entreront dans un univers où la forme se libérera pour atteindre l’abstraction universelle. Car l’œuvre d’art est ontologiquement « abstraite ».
Collection "Belles signatures" © 2020 Robert Paul
N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
A voir:
Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
L'artiste KROLIG et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
Photos de l'exposition de KROLIG à l'ESPACE ART GALLERY
"Que serait notre monde sans Arts ni Lettres? Serait-il aride, vide de toute forme de créativité, d'expressions, d'émotion, d'exaltations? J'ai toujours eu en moi la fibre littéraire mais le véritable appel s'est produit en 2004 à la suite d'un dramatique événement familial qui m'a marqué. Révélation, intuition, imagination, création..."
Auteur de sept romans et de deux recueils entre autre), rédacteur et chroniqueur, membre de l'Association des Ecrivains Belges de langue française né à Soignies (Belgique), également collaborateur culturel, Thierry-Marie Delaunois, après un bref passage par le paramédical et l'informatique des années 80, évolue à présent au coeur des Lettres: romancier et auteur de poésies proches des gens, il a choisi de mettre en scène pour le meilleur les coeurs et les âmes, recherchant le vrai, l'authentique, la sincérité. Un parcours tel un sentier loin d'être battu? Cette aventure littéraire a maintenant débuté il y a plus de dix ans: des pensées aux idées, des idées aux mots, des mots au texte, le chemin de l'idée à la publication est long mais combien exaltant. Voici les stations:
Reflets, roman, 2007 (épuisé)
Troubles et incertitudes, roman, 2008 (épuisé)
Y croire..., roman, 2011 (épuisé)
L'île joyeuse, roman, janvier 2013, Edilivre-Aparis
Raconte-moi Mozart..., roman, décembre 2013, Edilivre-Aparis
Au fil d'Isis, recueil, 2015, Edilivre-Aparis,
Auprès de ma blonde, roman, 2016, Chloé des Lys
Les trois épreuves d'Isis, recueil, 2017, Edilivre-Aparis
Sur sa faim!, théâtre, 2018, Edilivre-Aparis
Syncope, nouvelle, 2018, Lamiroy
Connectée, roman, 2019, Associations Bernardiennes
Survivant, nouvelle, 2020, Associations Bernardiennes
Ce billet étant destiné à me présenter dans les grandes lignes et sans aucune forme de prétention. Ma carte d'identité littéraire...
Venez rêver et découvrir des contes inspirés
de paroles du quartier !
Des conteurs se sont baladés, ils ont collecté la parole des habitants et s’en sont inspirés pour écrire des contes, des histoires dont le souhait est de mettre en résonance la poésie du quartier. Venez les écouter, elles ne demandent qu’à être découvertes !
Des recueils des « Contes de quartier » seront distribués en souvenir et un souffle de rumba congolaise apportera sa musique au chant des mots.
Rendez-vous à l’événement
“RACONTE-MOI TON QUARTIER PORTE DE NAMUR”
vendredi 02 octobre à 18h30 à La Bibliothèque d’Ixelles,
rue Mercelis 19.
Il y aura de quoi grignoter.
Bienvenue à tous !!
Les inscriptions sont obligatoires à l’adresse e-mail : elisabeth.mertens@arc-culture.be - confirmation de votre participation par retour du courrier.
Plus d’informations : www.arc-culture.be -02/219 68 88 ou biblioxl.be
Cet événement est compatible avec les normes transmises par le Conseil National de Sécurité (CNS) - Merci de vous munir de votre masque !
«Un projet ARC - Conte en Balade avec le soutien de Monsieur Christos Doulkeridis, Bourgmestre, de Monsieur Ken Ndiaye, Echevin de la Culture et des membres du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Commune d’Ixelles »
Voici quelques extraits de critiques :
En ces nouvelles dont nous frappe la grande diversité, Barbara Y. Flamand développe à la fois une inspiration et des techniques très variées. Il est cependant permis d'y trouver des thèmes récurrents, des tournures d'esprit qui la caractérisent et son sa marque propre." (............) "Des nouvelles aux chutes très étudiées, des contes de fées qui auraient mal tourné." (Présentation de Joseph Bodson à l'AEB)
"Apre ou tendre, Barbara Y. Flamand poursuit d'un recueil de nouvelles à l'autre, une sorte de chant du monde pétri d'humanité et d'aspiration au bonheur." (Jean-Michel Klopp dans le quotidien luxembourgeois Zeitung vum letzebuerger vollek)
"Et des sujets importants, j'en passe ! Mais je me sens transfiguré par cette lecture substantielle et d'avenir." (Emile Kesteman dans "La cigogne"
Ce recueil divisé en trois partie : les nouvelles érotiques : "Les vertiges de l'innocence", celles apparentées au merveilleux et au fantastique : " Les métamorphoses insolites" et les satiriques : "Le génie et la peintre des labyrinthes" je choisis, après bien des hésitations
CACAHUETES
Cette porte entrebâillée comme une attente, et si forte était cette attente qu'elle s'exhalait sur le trottoir avec un parfum de venez-y voir. Il revint sur ses pas, persuadé que quelque chose, là au fond, le concernait. Qu'avait-il à craindre ? Rien. Il ne possédait qu'un passé miteux et quelques billets dans un porte feuille râpé.
Il entra, bourré d'appréhensions et d'espérances. Le couloir formait un coude. A peine eût-il dépassé cet angle qu'une odeur d'écurie, d'étable ou d'auge – il ne savait trop – lui emporta les narines. Il avança pourtant jusqu'à une pièce aussi pauvrement éclairée que l'espace qu'il venait de parcourir.
– Peur ? lui cria une voix caverneuse. Entre seulement !
Il entra.
Un homme en caleçon de bain dont la barbe et les cheveux poisseux couvraient la moitié du visage et du corps se balançait sur une échelle de corde au-dessus d'un monceau de détritus. Le jeune homme le regarda, cloué sur place par une de ces sensations qui contiennent tout à la fois stupeur, panique, incrédulité et dégoût. Il ne pensait pas à fuir ; d'ailleurs, l'énergumène ressemblait davantage à un singe amuseur qu'à une bête menaçante.
– Cacahuètes! Cacahuètes! cria-t-il, de sa voix où passait un souffle de préhistoire. Pas besoin de curieux. Cacahuètes ! Me faut des cacahuètes.
Le jeune comprit :
– Si vous voulez, dit-il, je peux aller vous en chercher.
– Mon écuelle !
Il regarda au sol et trouva l'écuelle près du grabat.
La stupeur dépassant de loin le dégoût, il prit l'écuelle qui contenait quelques carottes et pissenlits et la présenta. L'énergumène la saisit, s'installa à l'aise sur son échelon et se mit à mastiquer. Tout à coup, il considéra avec attention le jeune homme mué en interrogation vivante et lâcha en faisant un effort d'articulation :
– Je suis l’homme qui a refusé la condition humaine. T'as jamais entendu ? Le jeune homme fit stupidement non de la tête.
– Mon matelas, articula encore l'autre. Dessous. Le journal.
Le jeune souleva du bout des doigts le grabat et en sortit un journal jauni et moite.
– Lis!
Il tenta de déchiffrer et lut :
« On savait qu'en dehors des voies courantes de la vie civile, politique, militaire, les hommes choisissaient parfois de vivre comme des moines, des ermites, des missionnaires, des pèlerins, des vagabonds. M. R. P. que nous venons de rencontrer a décidé, lui, de vivre comme un singe. Voici ce qu'il nous a déclaré : « L'hominien est une branche dénaturée des primates, né des erreurs de la nature ou peut-être même une vacherie. Cette farce de la nature nous a conduits à endosser cette foutue condition humaine qui, si vous lisez l'histoire des civilisations, s'avère au-dessus de nos forces et de nos possibilités psychiques et morales. Qu'est-ce que la condition humaine implique comme comportement ? Le développement de l'intelligence, de la sensibilité et du sens esthétique ; l'exercice de la bonté et du courage ; la recherche de la vérité. Puisque cette condition n'a jamais pu être assumée – à quelques exceptions près dont nous ne pouvons nous expliquer les causes ni raisons – il me paraît logique, lucide et honnête de réévaluer notre espèce. Quel caractère spécifique de notre nature pouvons-nous effectivement assumer ? Son animalité. Me conformant sagement à ce trait irréfutable, je me classe désormais au rang de mon plus proche parent, le singe. Entendez bien ! Je n'appartiens pas à cette catégorie de singes qui s'ignorent, et s'ignorant, prétendent régenter les lois et les mœurs. Rien de commun entre cette espèce faussement humaine et l'état dans lequel je me place volontairement aujourd'hui. Je ne fus pas plus capable que vous d'assumer ma condition, mais moins hypocrite que vous, je ne continuerai pas à faire semblant d'être un homme ; je n'ai plus qu'un projet : accomplir mon destin animalier. Désormais, je n'ai plus rien à voir avec vos droits de l'homme, ceux du singe me suffisent. Je les revendique. Apportez-moi donc des cacahuètes, des bananes, tout ce que vous portez aux singes du zoo. Et ne vous offensez pas, si en votre présence, je me gratte les aisselles, me branle et chie sur vos têtes. Comprenez que je suis libéré de votre mode de vie qui exige que l'ordure se déverse en secret. »
Le jeune homme remit le journal sous le grabat et partit sans mot dire. Un quart d'heure plus tard, il revenait avec un kilo de cacahuètes et une main de bananes. Il se déshabilla calmement, ne gardant que son slip.
– Fais-moi une place, dit-il simplement.
Chronique d’une onde de choc. Tout comme le hashtag #Metoo qui depuis 2017 révolutionne les esprits, le spectacle "ACCUSE,E " se veut être un électrochoc pour secouer notre société de son indifférence face au viol, une offense capitale. Afin de cesser de mettre systématiquement en doute la parole des femmes, pour dénoncer les prédateurs, pour faire cesser l’impunité des agresseurs.

Écrite par Clémence Baron, la pièce a tous les accents d’une histoire vraie. Monsieur Valeur, ancien copain de classe, offre un verre à Mademoiselle Leduc. Alexis Hubert, parfait comédien, c'est le beau gosse qui joue Gaspard Valeur! Avec des copains, il la kidnappe et la viole après l’avoir droguée. Elle n’a, vu son état de souffrance et d’abrutissement, pas la possibilité d’exprimer son refus de la relation sexuelle. La drogue, les coups ne lui ont pas laissé le temps de dire non. Elle est dans un état de sidération total, affaiblie par la violence déchaînée sur elle.
Après l’aveu difficile à sa mère, ses parents saisissent la justice car la jeune-fille a 17 ans. Le calvaire qui s’en suit , jusqu’à la fin du procès en assises, est une descente aux enfers qui dure cinq ans, pendant que le présumé coupable a tout le temps de préparer pour sa défense un portrait parfait de son avantageuse personne, lui, un fils de bonne famille. Louise est moquée sur les réseaux sociaux, sa santé et ses études sont compromises. Elle touche le fond du désespoir. Toute la vie de la famille est bouleversée, celle-ci ne fait plus que survivre péniblement tandis que de nouveaux malheurs s’accumulent. Louise aurait préféré mourir cette nuit-là!
"Cette nuit là, ils m'ont volé quelque chose.Cette nuit là, je suis morte en continuant à vivre."
Le spectateur peut se voir dans la position d’un membre du jury d’assises. L’écriture relate bien sûr le point de vue de la victime, le violeur est vu par ses yeux. Elle consigne l’argumentation révoltante de l’avocat du violeur, ce qui remplit le spectateur de juste colère. En dépit de la prise de parole de cinq autres comédiens dont le jeu reflète bien l’atmosphère étouffante du procès d’assises, on garde les yeux plongés dans le yeux magnifiques de la comédienne, Clémence Baron, qui joue le rôle de la victime. Plus l’action se développe, plus la lumière inonde son visage, est-ce l’œuvre de la résilience? L’œuvre de la thérapie par le verbe? La parole, revenue, on sent circuler une empathie palpable. Ah quelle excellente comédienne! Et quelle impeccable diction. On se met à regretter, à tort bien sûr, que la loi protectrice des citoyens dans un état de droit fasse que la victime soit déboutée quand elle ne dispose pas de preuves concrètes de la culpabilité de son agresseur. Pourtant Il s’agit bien de la survie de la victime dont la personnalité a été avilie versus le risque de laisser un coupable en liberté et de priver la victime d’une honorable réparation! Mais qui peut risquer d’établir un jugement qui mettrait un innocent en prison, sur des convictions non appuyées par des preuves tangibles? On ne peut pas verser dans l’émotionnel. Pas étonnant dès lors que les jurés détournent les yeux de la victime qui réclame le droit d’exister.

Dénoncer les actes répréhensibles, mettre aussi le spectateur devant les imperfections de notre justice, devant cette justice parfois à plusieurs vitesses, dénoncer cette blague cynique d’éligibilité au viol. Rendre la vie à une victime avérée, sa dignité, sa lumière. Lui rendre sa personnalité. La débarrasser de l’inévitable sentiment de culpabilité. Voilà les électrochocs que véhicule cette pièce étonnante jouée au théâtre de la Clarencière. Le lieu est petit mais l’émotion est grande et la révolte gronde...
En 2019 , à Saint-Nazaire, une victime de viol classé sans suite au motif d’une absence d’infraction s’est fait attaquer en diffamation. Rien n’est gagné.

Très belle distribution avec : BRIEUC DUMONT, PSYCHIATRE EXPERT, POLICIER, AVOCAT GENERAL, ROMANE SAVOIE, LA PRESIDENTE, COLIN DOUCET, ADAM, ALEXIS HUBERT, GASPARD VALEUR, MATHILDE TOUBEAU, LA MERE (SYLVIANNE LEDUC), CLEMENCE BARON LOUISE LEDUC
Mise en scène : CLEMENT BAAL ET LUCAS BISCOMBE, Photos : Diana Vos
Du 10 au 19 septembre 2020 au théâtre de La Clarencière Rue du Belvédère, 20 1050 Ixelles http://www.laclarenciere.be fabienne.govaerts@skynet.be
+32 2 640 46 76
QUINZE RENCONTRES ARTISTIQUES
Daniel Bastié -103 Pages - Editions Ménadès
Quinze personnalités artistiques, toutes différentes et uniques, et un regard sur leur manière de procéder. Qu’ils soient écrivains, compositeurs ou peintres. Il s’agit de rencontres effectuées pour la revue « Bruxelles Culture » et qui présentent succinctement les activités de chacun au rythme de questions-réponses conviviales et participatives. Les quinze artistes sélectionnés apparaissent par ordre alphabétique. Bien entendu, à l’ère d’Internet, on ne peut que vous inviter à découvrir davantage de leur production par le biais d’un ordinateur. Bandes musicales, panorama de dessins et couvertures de livres foisonnent sur la toile en quelques clics de souris via des sites personnels, Youtube, Amazon, Babelio, etc. Focus sur Jean-Louis Aerts, Frank Andriat, Ariane Bosquet, Jeannine Burny, Héléna Darcq, José Duchant, Sabiha El Youssfi, Maurice Frydman, Fabrice Gardin, Hugues Henry, Corinne Hoex, Joël Jabbour, Clément Martinery, Maria Palatine et Henri Seroka.
Un volume II est annoncé d'ici la fin de l'année !
En vente en librairie et via Amazon
A l'abri des ombrages
Où le jardin respire
L'été n'est que sourire
Et brise... reste sage!
Dans souvenirs je nage
Doux soleil peut guérir
Je fais fi des soupirs
Et reprends l'avantage...
A deux pas de l'automne
Certes, le cœur frissonne
Et je rêve à ta peau...
Le regard au lointain
Je cherche un monde beau
Où tu seras demain...
J.G.
sur Art&Lettres
"Orage" inspiré par une aquarelle "Ciel d'orage" de Liliane Magotte
"Nids de brume" illustré par "Mésange en hiver",
une aquarelle de Martha Notte.
Florilège de poésies, peintures et photos des membres Arts & Lettres
sur un texte de Martine Rouhart.
sur une aquarelle de Marie-Josèphe Bourgau..
"Respirer comme souffle au vent"
avec une peinture de Liliane Magotte
"Oiseau" et Le temps des cerises"
de Jean-Daniel Perrin a inspiré
"Regard de chat" de Nicole Duvivier
a inspiré "Ma muse aux yeux d'or"
Crescendo de Jacqueline Gilbert
a inspiré "Attention, danger de vie"
"Première brume "de Marie-Josèphe Bourgau
a inspiré "D'or et de rouille"
"Instant Magique "de Marie-Josèphe Bourgau
et "Rêves éveillés" de Martine Rouhart
"Spectacle à l'aube" de Marie-Josèphe Bourgau
Les partenaires: Liliane Magotte, Marie-Josèphe Bourgau, Jacqueline Gilbert,
Nicole Duvivier, Jean-Daniel Perrin, Martha Notte, Adyne Gohy, Jacqueline Nanson.
Merci à Martine pour son enthousiasme.
Liliane
Les partenariats
La mort règne. Imaginez un docteur Schnabel : silhouette noire, gants, grandes bésicles de protection portées sur un masque Vénitien en forme de formidable bec de corbeau, le tout surmonté d’un triste chapeau de fossoyeur. Pensif, il virevolte sur l’avant-scène sur les notes sombres d’un piano invisible. Sommes-nous en plein Moyen-Âge ? Au temps des pestiférés ?
Qu’elles sont loin les chères glorieuses au soleil, les années d’insouciance fertile, les rues grouillantes de monde affairé, les plages bondées de peuples heureux et dénudés, les salles de concert sold out, les théâtres pleins à craquer, les festivals débridés ? Disparus, les stades en liesse. Disparue, la foule, libre et sentimentale ! Disparus, les mots bleus du chanteur Christophe.
Et pourtant ce soir, le cœur du spectateur bondit enfin de joie, cette joie mêlée de perplexité, comme aux temps reculés de nos si joyeuses rentrées des classes. Le bonheur de vivre reviendrait-il à pas de loups ? Grâce à Thespis, goûterait-on à nouveau au plaisir des spectacles vivants après sept douloureux mois d’abstention ? Les artistes seraient-ils tout d’un coup ressuscités ? On remercie l’auteur de la pièce du fond du cœur qui appelle à la Rencontre . Aux retrouvailles entre public et comédiens en chair et en os.
Au théâtre du Parc hier soir, nous assistions à une Renaissance. On y croit de toutes nos forces, car sans les artistes, sans la culture, sans le lien vivant, nous sombrons tous dans une absurde morosité ou une très morose absurdité. Plus que l’oiseau noir, vénérons sans modération le phénix aux mille couleurs. La vie, tout simplement. L’oiseau bleu pour les grands sensibles.
C’est ainsi que le rideau se lève sur un directeur de théâtre cloué dans son Chesterfield couleur caramel, qui constitue à peu près le seul élément de décor. Au fond de la scène, on découvre les malles fermées où sont emprisonnés les accessoires et costumes de scène. Depuis avril 2020, le nommé Samuel Sherman attend le bon vouloir des autorités sanitaires pour ré-ouvrir les portes closes de son théâtre italien déserté. Son seul compagnon : un frigidaire des années 50... plein de surprises. La folie sera-elle au rendez-vous ?
Voilà son ami imaginaire : rien moins que Saint Ex, sanglé dans son habit d’aviateur qui va tenter tant bien que mal de remettre son alter ego en piste. Pas une mince affaire. L’acteur-directeur-manager osera-il jouer Hamlet ? Un vieux rêve. To play or not to play ! That is the question. Titre choisi par l’auteur pour cette comédie d’actualité. Le regard acéré de Thierry Debroux a pondu le texte en à peine une semaine de 4 août brûlant.
Car c’est le désespoir pour le monde oublié des artistes. Dans une fertile colère, l’imagination reprend le pouvoir ! Les chants les plus beaux sont les plus ... La pièce moque les étapes de la pandémie, fustige les temps présents qui virent à l’acide, à l’amertume des bulles réduites. Elle fustige les décideurs de la peur tous azimuts, elle jure de ranimer le rire sous le masque. Elle renoue les contacts humains, elle défait les nœuds de l’étouffement.
Même si le virtuel nous guette, la visioconférence envahit le plateau. Chacun chez soi barricadé entre ses murs. 18 artistes aux noms prestigieux travaillent sous cloche. Par ordre alphabétique : Jean-Philippe Altenloh, Jacqueline Bir, Thierry Janssen, Anouchka Vingtier, et les enfants Ava Debroux et Lily Debroux. Et la participation amicale de Julien Besure, Ronald Beurms, Denis Carpentier, Jonas Jans, Nicolas Mispelaere, Thibault Packeu, Jean-François Rossion, Jérôme Vilain,…
Ils crèvent tous l’écran et son abcès d’inhumanité !
Daniel Hanssens lui est présent sur scène en directeur de théâtre alangui sur ce Chesterfield d’un autre temps, celui des roses et des soins jaloux à l’Autre, celui du regard essentiel du renard, celui des planches vibrantes d’énergie théâtrale. A ses côtés, Othmane Moumen, l’ami imaginaire, pétulant, sensible, généreux, never say never ! Le verre est certes plus petit mais il est rempli d’humour et d’émotion.
Que cette pièce courageuse soit le ferment de temps nouveaux et retrouvés.
Il faut apprendre à VIVRE normalement avec le virus. Et le reste est silence.
MARDI 8 SEPTEMBRE :20H30
MERCREDI 9 SEPTEMBRE :20H30
JEUDI 10 SEPTEMBRE :20H30
DU MARDI AU SAMEDI :19H ET 20H30
LES DIMANCHES :15H ET 16H30
SAMEDI 10 OCTOBRE :15H ET 16H30
SAMEDI 24 OCTOBRE :15H
DU 13 AU 17 OCOBRE ET DU 20 AU 23 OCTOBRE :20H30
RELÂCHE LES LUNDIS ET LE DIMANCHE 11 OCTOBRE 2020.
Les souvenirs
ont grimpé le versant
de la mémoire
et les mots
appuyés sur mon cœur
dégagés de l’oubli
glissent
dans l’ourlet
de ma plume
*
Martine Rouhart
Vient de parâitre. Un livre de Vincent Engel.
Elle affiche un sourire aux lèvres
Prend sa solitude par la main
Elle part rejoindre les humains
Faisant taire doutes et fièvres...
Elle observe un monde qui nage
Tels les poissons dans l'aquarium
Et elle le trouve bien trop sage
Tels des pantins sur un podium!
Elle scrute au loin cherchant ses rêves
Sachant qu'ils ne sont jamais loin
Elle va encore goûter la sève
Des larmes qui montent comme un besoin...
J.G.
Philosophe et écrivain, Alain se fit connaître en son temps comme journaliste et comme professeur. Il demeure dans l'histoire littéraire le créateur d'un genre particulier, exigeant et exigu : le propos, forme applicable à tout contenu soumettant le développement de la pensée à la loi de l'écriture, et qui est à la prose ce que la fable est à la poésie. Quoique distinct de la maxime et opposé à l'aphorisme, le Propos d'Alain , par sa concision affirmative et par la réitération d'une réflexion recommencée plutôt que continuée, a fait ranger son auteur comme essayiste et moraliste de la tradition française. La notoriété historique d'Alain a tenu à la connivence entre une frange émancipée de la société française et quelques-uns des thèmes majeurs de sa pensée : le pacifisme de Mars ou la Guerre jugée , le radicalisme (résistance dans l'obéissance) du citoyen - « contre les pouvoirs » parce qu'il est gardien des pouvoirs -, l'optimisme éthique dans la peinture de l'homme, le matérialisme méthodique des Entretiens au bord de la mer , l'interprétation humaniste de l'art et de la religion, etc. Son influence tint aussi à l'attraction directe ou indirecte qu'Émile Chartier exerça comme maître à penser, en particulier dans sa chaire de première supérieure au lycée Henri-IV, sur des générations de lycéens, de khâgneux et d'élèves de l'École normale supérieure (de Jean Prévost à Simone Weil, d'André Maurois à Georges Canguilhem).
Philosophe d'abord
Le rapport d'Alain à la philosophie fut immédiat par la rencontre d'un professeur, modeste autant que rare, qui exerçait pour lui-même et devant quelques bacheliers la puissance propre à l'esprit. Le jeune Émile, boursier d'Alençon qui à la rentrée d'octobre 1886 débarquait provincialement dans un Paris agité par le boulangisme, n'ayant d'autre ambition que d'entrer à l'École normale supérieure dont il venait préparer le concours au lycée de Vanves (toujours interne et boursier), se trouva, par le hasard de la classe de philosophie, en face d'un homme qui changea en lui toutes les évaluations et qui fut le seul maître vivant que ce sauvage et vigoureux enfant de Mortagne-au-Perche se soit reconnu : Jules Lagneau, « philosophe profond mais qui n'a guère écrit », et dont la survivance spirituelle fut l'oeuvre de ses élèves. Les Souvenirs concernant Jules Lagneau conservent la marque que cette rencontre imprima dans Alain : « A vingt ans, j'ai vu l'esprit dans la nuée [...] faire que cela n'ai point été et que le reste ne soit comme rien à côté, c'est ce que je ne puis. » De ce maître il tiendra l'oracle indéfiniment interrogé : « Il n'y a qu'un fait de pensée qui est la Pensée. » Le précepte de la méthode réflexive, qui en dérive - retrouver toute la pensée en chaque pensée -, définit la tâche du véritable philosophe, le métaphysicien. Ainsi le futur Alain partit pour philosopher avec Platon et Spinoza sous l'aspect de l'éternel, ayant appris par là - chose plus cachée - que l'éternel n'achève rien, ne garantit rien, surtout pas le triomphe d'une vérité qui serait la vérité et que, selon le mot de Lagneau, « il n'y a qu'une vérité absolue, c'est qu'il n'y a pas de vérité absolue ».
La guerre fut la seconde et décisive rencontre qui ébranla la vie d'Alain. Épreuve de la servitude absolue et expérience du mensonge enthousiaste au nom de la patrie. De là s'est nourri son pacifisme intransigeant, bien connu et mal compris, parce qu'on n'a su l'interpréter qu'en le référant aux situations historiques dans lesquelles Alain s'est trouvé. Plus généralement, on n'a su que l'embrasser ou le combattre, alors qu'il ne vise qu'à permettre de penser la guerre, d'y reconnaître le drame essentiel, le crime héroïque contre l'humanité, celui que fomente le vice et qu'accomplit la vertu, en d'autres termes ce qui, résultant du mécanisme, s'accomplit au nom de la liberté et par son propre sacrifice. Ce pacifisme glorieux en 1918, honteux en 1945, crédité et discrédité au gré de l'histoire, n'appartient précisément pas à l'histoire, condamnée à justifier toute guerre, mais bien à la philosophie.
La rétrogradation philosophique
Au moment où les uns théorisaient le socialisme, d'autres les espaces courbes, et où la plupart se rassemblaient pour travailler à l'avènement d'un monde moderne, Alain relut Aristote. Retournant au commencement, il entreprit, en solitude, de régresser à un âge où tout était à faire, où les chemins n'étaient point encore tracés. Pour cela il lui appartenait de revenir sans concession à lui-même sans rien retrancher de sa naïveté. Prétendant rendre la philosophie à sa souveraineté originelle, Alain en a radicalisé l'opération critique (le doute en tant que réflexion). Du même coup, il a converti la nature et le sens de cette souveraineté (pouvoir de la raison), en sorte que la philosophie, « science royale », s'accomplît comme réflexion et non comme système et apparût clairement initiatrice et non totalisante, critique et non démonstrative, éducatrice et non gouvernante. C'est ce qui l'a conduit à assimiler son propre philosopher à une actualisation perpétuée des plus grands philosophes et à effacer tout à fait l'idée qu'il pût y avoir une philosophie d'Alain, ou quoi que ce soit de nouveau à lire dans ses livres. L'originalité d'un philosophe ne tient pas à l'innovation à quoi il peut prétendre, mais à son aptitude à se situer à l'origine de la philosophie elle-même, c'est-à-dire à en réveiller les questions fondatrices. La décision philosophique d'Alain, excluant la nouveauté, vise ainsi à reprendre chaque question à l'origine, comme Wittgenstein l'a fait, mais sous le pôle opposé, car Alain poursuit cette origine non dans le discours, mais dans l'existence, qui en est l'objet, et selon un imprévisible cheminement qui passe par l'émiettement et la répétition et que jalonne une logique des séries.
L'émiettement traduit l'insertion de la pensée dans la diversité concrète, non comme dispersion mais comme concentration locale ; il exprime l'adhésion à la contingence des positions quelconques et multiples sous lesquelles nous nous rapportons au réel. Tel est le « poste » que doit rallier l'entendement et qui lui interdit d'ériger en point de vue intelligible (de Dieu ou d'état-major) l'unité du concept sous lequel une même loi rassemble les phénomènes qu'elle permet de déterminer. Kant avait reconnu la raison dialectique dans la raison systématisante ; Alain poursuit la dialectique dans la perception où il la voit renaître, rompue mais active en chaque tronçon et constituant l'imaginaire. C'est ce qu'illustre le « Propos d'un Normand », lié à l'actualité quotidienne de la IIIe République. L'émiettement est, en cela, un retour à la perception immédiate d'un individu quelconque. Perception qu'il s'agit de rendre au jugement, en l'arrachant à l'expérience englobante à quoi d'emblée elle s'intègre : l'opinion. Alors le monde devient la prose du philosophe ; et le jugement, en exhibant la croyance que fortifie l'événement, défait la vision globale qui toujours annule le regard.
Penser sur l'objet et selon les conditions où il est donné, voilà comment la philosophie de la perception contrarie la logique d'état-major qui veut soumettre au général les vues particulières. C'est le particulier qu'il faut penser universellement. Nous n'avons que faire de la meilleure forme de constitution dans la conjoncture urgente, mais nous avons besoin d'une disposition précise et adaptée qui colle à la situation. Certes, nul ne peut tout voir, toute vue est partielle, et tout sera donc relatif. Mais ce relativisme abstrait n'arrête que les esprits faibles. « Le relativisme pensé est par là même surmonté. » La partie suffit, autant que chaque partie tient aux autres. Il faudrait donc se guérir de vouloir penser toutes choses, s'exercer à penser une chose sous toutes les idées ou actes par quoi l'esprit ordonne et oppose ses propres déterminations.
La répétition , qui est la reprise inlassable des mêmes choses, usant la première curiosité, peut s'assimiler à l'« entraînement ». Elle substitue à la satisfaction du résultat la maîtrise de l'activité qui l'engendre. De l'objet pensé comme vrai elle renvoie à l'exercice de la pensée comme séjour effectif de la vérité. Elle rappelle que la pensée a sa fin en elle-même, quoiqu'elle ne se pose et ne se rapporte à elle-même qu'en un objet qui lui demeure irréductiblement extérieur. L'acte ne se réalise point comme être ; il ne réunifie point sujet et objet : penser et exister ne coïncideront point. Cela suspend toute ontologie dogmatique. « De Dieu plus tard », écrit Alain : ajournement indéfini, parce qu'il est essentiel au sens même de Dieu. L'absolu n'est ni qualificatif ni substantif ; il est adverbial : il est l'absolument de ce qui n'est jamais l'absolu. Par la répétition la pensée se montre comme jeu ou libre jeu et non comme nature. Tel est le platonisme d'Alain, et, d'Aristote à Platon, de Spinoza à Descartes, de Hegel à Kant, son retour vers le non-lieu de l'origine.
Les séries , qui livrent l'élément logique de sa démarche (logique de l'infinitude) et qu'Alain tire de Descartes, sont le ressort le plus caché, sinon le plus étrange de son art de progresser et de composer. S'agissant de parcourir un ensemble illimitable, il convient de déterminer la loi sous laquelle les éléments peuvent se ranger dans une suite pleine, dont chaque terme s'obtient à partir du précédent, comme celle des nombres, ou la série des sciences fondamentales chez Auguste Comte, ou la progression « émotion, passion, sentiment » qu'Alain tire de Lagneau. La série désigne une totalisation par la loi d'un parcours - réalisable ou non - tel que chaque terme présuppose celui qui le précède et lui soit irréductible. Cette logique des séries, qu'Alain médite avant de composer Les Idées et les âges , est le principe d'organisation de tous ses grands ouvrages. Elle trouve son couronnement dans Les Dieux : Aladin, Pan, Jupiter, Christophore - titres des parties traitant successivement de la mythologie enfantine, de la religion de la nature, de la religion politique et, enfin, de la religion de l'esprit - forment dans leurs trois derniers termes une suite dont la loi est donnée par le premier qui ne lui appartient pas. Ainsi, contrairement à Hegel, le christianisme ne peut s'assimiler son propre rapport qu'au paganisme primitif, dont il procède et à quoi il s'arrache. De même, le titre du Système des beaux-arts , qui est l'un des tout premiers ouvrages d'Alain conçu à Verdun, doit s'entendre comme « série des beaux-arts », dont la clé est fournie par une doctrine de l'imagination renvoyant l'image aux mouvements du corps, et prenant l'art dans l'action et non dans la représentation. Descriptive, la série résiste au système, qui est génétique.
Philosophie de l'entendement ouvert
Alain rétrograde ici de Hegel à Descartes ; il opère, en toute connaissance de cause - ayant été l'un des premiers en France à introduire Hegel dans son enseignement -, une « restauration » de l'entendement. Si l'entendement séparé impose au savoir de s'autolimiter à l'univers du fini, la raison est, dans l'entendement même, négation de la finitude, mais cette négation ne s'arrache pas elle-même à la finitude. Il n'y aura pas d'autre transcendance que celle du refus. « Penser, c'est dire non » ; ce mot peu compris ne signifie pas le rejet du fait mais son constat par la volonté d'en éprouver la résistance et d'y introduire l'opposition en tant qu'essentielle à sa détermination comme à celle de toute réalité de nature ou d'institution. La pensée s'installe ainsi au coeur de toute chose, mais précisément comme n'étant pas elle-même chose. L'aride conquête de la pensée par le refus caractérise la philosophie de l'entendement , qui est un matérialisme méthodique. En marge du courant phénoménologique qui au même moment suscite de nouvelles quêtes du transcendantal, Alain, par ses voies propres, conduit des recherches qui radicalisent la scission entre l'existence qui est sans pensée et l'esprit qui ne peut être dit exister. En cela il continue moins la tradition réflexive de la philosophie française, dont Lagneau l'avait instruit et qu'il admira dans Hamelin, qu'il ne la détourne. D'un côté, en effet, l'existence, qui ne cesse de nous jeter hors de nous, s'ouvre à nous et en nous comme pure extériorité (insuffisance à l'infini), indivisible en tant que tout y dépend de tout, et infinie au sens où elle ne reçoit aucune limitation ni ne s'achève en quelque totalité constituable que ce soit. De l'autre, la liberté, qui ne peut s'assurer d'elle-même que dans et par l'existence, se voit resserrée dans l'étroite situation humaine et ramenée à cet instant présent qui est la pointe de l'action. C'est là où notre volonté s'astreint à la finitude qu'elle a prise sur l'infrangible chaîne des événements. Ce n'est pas en résolvant mais en activant l'opposition de l'esprit à l'existence que se trouvera supprimé le naïf dualisme qui redouble le monde des choses d'un monde des idées, et à quoi l'on donne si faussement le nom d'idéalisme. A chaque lever de l'esprit, un seul et même monde se découvre inachevé et appelant la création. La constante leçon d'Alain est de tout rendre à son inachèvement originel. Absolue et provisoire est l'existence avec laquelle l'existant n'en finit pas.
Ainsi, chez Alain, l'entendement peut être dit intuitif, ou plutôt « ouvert », au sens où il se rapporte immédiatement à l'existence indivisible et prise absolument, à condition de reconnaître qu'en retour le même entendement ne détermine l'existence objective qu'en la divisant (en la relativisant) ; et l'acte même de la pensée qui nie et divise s'inscrit dans cette finitude (« toute pensée retombe au corps »). Celle-ci ne doit plus être considérée négativement (comme ce par quoi la partie ne peut égaler le tout) mais positivement (le tout immanent à ce qui le particularise). L'universel s'il n'est singulier est abstraction (simple discours), vide de l'entendement pur en quoi vient choir toute tentative de réaliser la raison. On sera moins surpris de trouver Alain souvent plus proche de Nietzsche, qu'il a ignoré, que de Kant, Spinoza ou Hegel avec qui il s'entretient, si l'on voit en eux des enfants - parricides ou non - de Platon. En tant que philosophie de l'entendement ouvert - ayant digéré la sensibilité et ses formes transcendantales -, la « philosophie d'Alain » se poursuit en d'inlassables analyses de la perception, du jugement et de la liberté, reprises sans doute des leçons de Lagneau mais soustraites au souci moral qui les inspirait (l'ascèse réflexive). S'en dégage la doctrine de l'imaginaire qui gouverne une anthropologie de la finitude tout à fait neuve, qui, posant l'unité par l'antagonisme, a le style incisif du paradoxe logé dans le lieu commun, et qui renvoie le sens à l'image et l'image au culte. Alors se tisse l'étoffe humaine sur quoi se brodent les figures des dieux, cependant que l'art, par la prose philosophique, s'évade de la religion dont il est né et en quoi il se régénère.
L'anthropologie réflexive et poétique
Critique radicale de la positivité des sciences humaines bornées par le psychologisme commun, la métaphysique est chez Alain au fondement de l'anthropologie philosophique. Si la science est hypothétique, l'anthropologie philosophique, rejoignant dans l'homme l'existence inconditionnée, ne peut être que réflexive ; c'est dire qu'elle ne repose point sur l'objectivité de simples concepts mais sur la régression aux actes dont ils procèdent. Le principe des principes n'est plus un principe : il est acte. Aussi l'anthropologie doit-elle se définir comme poétique autant qu'elle vise l'homme comme une totalité indivisible et singulière, dont l'unité ne peut être déterminée a priori puisqu'elle ne se fait connaître qu'en se produisant. C'est en s'appropriant ses gestes que l'homme adhère à sa condition qui est de se mouvoir sans fin dans le fini, comme si la fin était ce dont on part et qu'on ne rejoindra plus qu'allusivement.
Penser tout l'homme en chaque geste, c'est bien l'extension - développement et éclatement - de la méthode réflexive, qui, à l'encontre d'une démarche génétique ou systématique, est analytique et descriptive. Il s'agit de ne pas lâcher la partie pour le tout, ce que l'on tient pour ce qu'on ne peut embrasser : quitter le particulier pour l'universel. Le tout n'est pas autour mais dedans, et le monde est en chaque chose singulière, dehors à l'infini du dedans. Penser le tout ne consiste donc pas à le parcourir mais à s'inscrire en lui, à saisir le tout dans la partie, et non pas à ranger la partie dans un tout. Tout bilan, toute synthèse seront donc toujours prématurés. Et, puisqu'on ne peut agir qu'en posant d'abord la fin, nous ne cesserons d'anticiper mais en sachant du moins que l'anticipation est le règne de l'imagination. L'humanité dans l'homme singulier est étagement de culture et recouvrement d'histoire, comme les strates géologiques sont la Terre sous sa surface.
La raison n'a pas à être réalisée mais exercée. L'anthropologie qu'Alain livre dans Les Idées et les âges et dans Les Dieux renouvelle ainsi le jeu platonicien des Lois ou du Politique : une éthique de la finalité sans fin maintient au-dessus de notre temps la pure idéalité du modèle et interdit de faire fusionner le cours des choses avec les fins que nous poursuivons. Ce qui interdit aussi d'assigner au développement humain un autre sujet que l'individu. La statique prime la dynamique ; l'équilibre dans le changement se substitue au progrès. Si l'on comprend que l'homme, quoiqu'il ne soit jamais le même, ne change pas, alors on sera moins tenté de tirer des chèques en blanc sur l'avenir, et le temps ne sera pas plus la fuite de l'irréversible advenu que la ronde du perpétuel revenir, il rassemblera ce qui est, ce qui sera et ce qui fut dans l'indivisible présent de la création continuée. Le radicalisme d'Alain exclut ici les temporisations de Bergson et des bergsoniens ; il retient la pensée spéculative qu'il accomplit et traverse, car il faut être capable de toutes les idées, selon la leçon du Sophiste de Platon, si l'on en veut former une seule. De même faut-il avoir une doctrine pour se garder de croire qu'une doctrine est la vraie, et savoir prendre parti pour connaître qu'il n'y a pas de parti qui soit le bon. Leçon unanimement repoussée, car il faut pour la recevoir séparer ce que tous aspirent à rassembler : agir et juger. Penser, c'est dire non aussi à la pensée, comme à l'entêtement d'avoir raison de faire ce que l'on fait puisqu'on le fait. Le dépassement, disons plutôt selon le langage d'Alain le redressement, n'est pas ce qui lève la contradiction et concilie mais ce qui rétablit l'antagonisme et ravive la tension. Dans le ciel des idées, il n'y a que des éclairs.
Journalisme et politique
L'élément dans lequel l'écrivain Alain opère sa pensée est la plénitude de la langue naturelle. En cela l'écriture ne vient pas orner la méditation : elle a une fonction philosophique, car elle signifie et actualise le nécessaire débordement de la pensée logique, et elle explicite le rejet du formalisme en quoi se retranche la rationalité scientifique sous l'aspect linguistique ou épistémologique. Érigeant la prose en art, et ouvrant au retour du mythe dans le discours, il entraîne la pensée spéculative dans sa propre révolution (ou circularité) et accomplit, mais implicitement cette fois, l'autodépassement de la métaphysique en transférant le sens de l'idée à l'image.
C'est la guerre qui détacha Alain du journalisme et le voua à son oeuvre. Son écriture longtemps appropriée à ses contemporains s'adressa de plus en plus au lecteur de tous les temps, espèce plus restreinte. Son premier ouvrage se concentre en 1916 sur le drame essentiel de la guerre dans la situation même où le pacifiste artilleur, engagé volontaire à quarante-six ans, s'est trouvé jeté (De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées , rédigé sur le front de la Wovre, réécrit en 1919 sous le titre Mars ou la Guerre jugée ). Le deuxième vise la police des pensées sans laquelle nous sommes les jouets de nos représentations et de nos discours : Quatre-Vingt-Un Chapitres sur l'esprit et les passions (réédité sous le titre Éléments de philosophie ). Le troisième trouve dans l'art la discipline de l'imagination réglée qui exorcise le délire en lui donnant l'objet et qui tire de la structure du corps humain les règles selon lesquelles l'action articule l'émotion et, lui donnant objet, l'élève à la réflexion : c'est le Système des beaux-arts (1920). Le quatrième est le traité moderne de la nature humaine, c'est-à-dire des régulations sous lesquelles l'homme invente les natures de l'homme : Les Idées et les âges , écrit de 1920 à 1927. Le cinquième est le nouveau traité de la nature des choses, qui suspend le matérialisme, « armure du sage », à une quête de l'entendement poursuivie dans les Entretiens au bord de la mer (1931). Le sixième rejoint l'imaginaire religieux porteur de sens et stratifiant en l'homme les valeurs : Les Dieux (1934) font aboutir une longue méditation relayée par les Préliminaires à la mythologie et Mythes et fables . Enfin, dans l'Histoire de mes pensées (1937), Alain revient sur le cheminement d'Alain. Politique, pédagogie, bonheur, pacifisme ; ces thèmes populaires de la pensée d'Alain n'appartiennent pas à l'oeuvre mais à l'action, et à la doctrine de l'action que livrent les Propos , réunis en recueils thématiques.
C'est à la philosophie que s'adosse la réflexion politique qu'Alain a engagée dès 1900 et qu'il a soutenue au coeur de l'actualité de la IIIe République. Ici l'action a précédé la réflexion. De 1906 à 1914, le journalisme quotidien, juxtaposé à son enseignement, devint pour Alain un étonnant observatoire philosophique. Par le journalisme, le professeur de philosophie passe de l'analyse de la perception à celle du monde contemporain, de la boîte à craie de Lagneau dans le silence de la classe à l'affaire Dreyfus qui allie au désordre de la place publique la véhémence de perceptions passionnées et contradictoires. Alain s'engage vivement et expérimente en lui-même les passions d'un enfant du peuple, lecteur de Rousseau et de Proudhon. Il recule l'horizon de l'école, il sort de l'espace universitaire, dans lequel la Revue de métaphysique et de morale lui avait réservé une place, et il se fait observateur des affaires et des hommes de son époque. Émile Chartier, professeur, est désormais l'envers d'Alain. Non que le journalisme soit une révocation déguisée de la philosophie ; il la restitue, au contraire, à son plein emploi. Par perception et jugement tourné vers l'événement, le fait divers doit être relevé à la métaphysique, ce qui signifie que la réflexion des principes doit se poursuivre sur le fait et dans les conflits des opinions réelles. On trouve là le premier exemple français de l'émancipation du clerc, dont Sartre reproduira le modèle quarante ans plus tard. Mais l'auteur des Propos d'Alain ne quitte pas sa fonction de professeur, il la transforme de l'intérieur avec un succès étendu à ses élèves et borné par l'institution. C'est ainsi que, du 16 février 1906 au 1er septembre 1914, 3 083 « Propos d'un Normand » paraissent en première page de La Dépêche de Rouen et de Normandie sous la signature Alain. Les 1 820 Libres Propos traitent de l'actualité mais n'appartiennent plus à la presse. Ils diffusent parmi des initiés ; ils n'affrontent plus le grand public. Le propos est devenu un genre littéraire.
Alain se plaît à reconduire le bon sens à l'esprit. Ce travail échappe au savoir pour passer dans l'action. Il détournait Alain des avant-gardes de la recherche intellectuelle, pour le tenir à la fonction essentielle de l'éducation, celle qui l'attache socratiquement à un public de jeunes gens, filles et garçons ici confondus. Cette culture de l'homme en l'homme est le fondement de la République, en Platon comme en Spinoza. La démocratie, quant à elle, est une autre affaire, propre aux Temps modernes : elle est l'institution de l'égalité de droit contre l'inégalité de fait par la proclamation de la souveraineté du peuple. Mais cela même transforme la République. Si le peuple, qui n'exercera jamais aucun pouvoir, est dit souverain, c'est que le pouvoir a cessé de l'être. La force en s'organisant se règlemente et appelle le droit, mais elle ne peut se valider elle-même en érigeant ses règles en droit. « La bureaucratie dans la République, c'est la tyrannie dans l'État. » Le souverain impuissant et désarmé - le roi peuple - reste la source de toute légitimité. L'attention d'Alain ne cesse de porter sur cette délimitation des pouvoirs, qui en toute situation doit soustraite le contrôle à la mainmise du pouvoir. En toute situation sinon dans l'état de guerre, et c'est ce qui, aux yeux d'Alain, fait de la guerre l'argument et le triomphe des pouvoirs. C'est là un bonheur simple et humain. Il suffit de lire une page d'Alain pour savoir que sa vigilance incrédule est étrangère au prophétisme de l'esprit et que la moralisation n'est pas de son style.
Voici le précieux lien vers 102 vidéos réalisées par Daniel Bastié, journaliste de Bruxelles Culture, concernant les artistes ayant exposé à la mythique "Espace art gallery" et qui ont bénéficié d'un article de fond de l'historien d'art François Speranza.
Le travail de fond de l'espace art gallery
R. P.
@artsrtlettres
Dans l'air brumeux de l'horreur, dans le ciel au sombre décor
J'ai fait voler ton nom si haut comme je l'ai rêvé si fort
Je t'ai, je crois, frôlé du doigt sans jamais vraiment te toucher
Il me faudra du temps je crois pour un jour jamais t'embrasser
Tu sais j'ai cru t'entendre rire, j'en garde moins le souvenir
Je me rappelle c'était hier ou quelque part dans ma mémoire
J'ai tenté de fermer les yeux, j'ai attendu et puis j'ai vu
Je t'ai connu, je t'ai connu
Je ne suis plus qu'une ville en cendres, sous mes murailles gisent les méandres
De quelques vagues, reste de toi
De quelques bouts de vie, tu vois, non, jamais je ne t'ai oublié
Je t'ai gardé, je t'ai gardé, je crierai ton nom jusqu'au ciel
Jusqu'au creux de ma citadelle
Pour toi je resterai debout, mon tendre espoir comme j'ose y croire
Et je te chanterai
Jusqu'au dernier soupir, jusqu'au dernier rempart, jusqu'au dernier regard
Dans le feu, dans le fer je brandirai ton nom
Dans la folie guerrière je porterai ton blason
Même tendre espoir quand vient le soir
Tu t'évanouis, tu fuis, tu fuis
Oh, mais je te garde c'est promis, même au très fond de longues nuits
Et quand vient l'aurore se pose ton souffle sur mes ecchymoses
Tu viens les guérir en silence, ton souvenir seul les panse
Je ne suis plus qu'une ville en cendres, sous mes murailles gisent les méandres
De quelques vagues, reste de toi
De quelques bouts de vie, tu vois, non, jamais je ne t'ai oublié
Je t'ai gardé, je t'ai gardé, je crierai ton nom jusqu'au ciel
Jusqu'au creux de ma citadelle
Je ne suis plus qu'une ville en cendres, sous mes murailles gisent les méandres
De quelques vagues reste de toi
De quelques bouts de vie, tu vois, non, jamais je ne t'ai oublié
Je t'ai gardé, je t'ai gardé, je crierai ton nom jusqu'au ciel
Jusqu'à la dernière étincelle
Source : LyricFind
Paroliers : Anne Coste / Jacinthe Madelin
Paroles de Le cri d'Alep © Universal Music Publishing Group
Chères amies et amis artistes sur Arts et Lettres,
Suite à cette période de confinement forcé j’ai le plaisir de vous faire savoir que le journaliste de Bruxelles Culture, Daniel Bastié, a réalisé une vidéo sur les œuvres des artistes ayant reçu un billet d’art de François Speranza. Et cela en partenariat avec la galerie pour les documents photographiques et les textes de présentations.
Voici ci-après la vidéo de Liliane Magotte qui a exposé en 2015.
Voici le lien pour pouvoir visionner toutes les vidéos sur YouTube :
https://www.youtube.com/playlist?list=UUzA0FaoQB-FAHQR_UOUCigg
Il y a actuellement 91 vidéos en ligne « espace art gallery ». Belles visions de celles-ci…
À partager sans modération et n’oublie pas de donner des « j’aime » sur celles que vous aimez ? Il y a actuellement près de 3000 vues sur l’ensemble des vidéos depuis fin juillet !
Tout prochainement vous allez également recevoir ma nouvelle newsletter sur la galerie…
Jerry Delfosse
Galeriste
Fondateur et propriétaire de l’Espace Art Gallery,
EAG Studio’s & Les Éditions d’Art EAG
Co-Fondateur et Président de
La Porte dorée ASBL
Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles
GSM: 00.32.497. 577.120
eag.gallery@gmail.com
https://www.espaceartgallery.eu/
https://artsrtlettres.ning.com/
