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Aimer au rythme du vent

Il y a des jours
d’incertitude consentie
des jours
pour rêver le temps
aimer
au rythme du vent
des jours de joie
sans joies
il y a des jours
où j’appartiens
vraiment
au monde des oiseaux
...................................
Martine Rouhart

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Un long chemin

Un long chemin pour revenir au point de départ - le trésor était sous la pierre ! - Et quel chemin je vous prie ! Comme si une puissance qui nous serait étrangère viendrait en permanence perturber notre bon fonctionnement. Perturber notre envie toute simple celle d'être heureux, anéantir le désir non pas d'affronter la journée, mais de permettre cet assaut cacophonique, ce brouhaha s'emparant immédiatement de nous dès que l'on a posé le pied au sol. Ces rappels au clairon des moments difficiles nous indiquent que la musique n'est pas terminée, qu'elle est faite pour nous, qu'il s'agit de notre invention et que si nous l'avons inventée elle nous est forcément profitable. Que nenni, clairon tais-toi ! Ta musique est fausse et inappropriée. Laisse-nous cinq minutes au moins avant ta torture pour flotter encore sur les nuages de la nuit emportée par le vaisseau des étoiles, allant rejoindre à petits pas la lune pour demain. Quelques minutes glanées comme le mendiant glane son pain quotidien sans penser au lendemain. Sans penser que la vie est dure, décevante, inhumaine souvent, venant tourner les pages contenant ce qu'il y a de plus émouvant et de rebondissant à retenir notre attention. Un long chemin qu'il faut prendre très tôt et abandonner nos jouets, nos joies, nos bonheurs, nos baisers sur le front, nos nuits au clair de lune et ses vaisseaux d'étoiles. Un long chemin, puis un arrêt soudain. Ce long chemin qui a été un attrape-nigaud de tout les jours, une patience extraordinaire à affronter non pas la journée mais jongler avec le bonheur éphémère de vivre, nous disait alors qu'il fallait le suivre et puis aujourd'hui nous en écarter. Ainsi à en revenir à son point de départ et en corriger la trajectoire. Papillons frivoles étions, grands sages désormais deviendrons !


Promenade du jour. 1/2/2020

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ENCORE UN JOUR...

Encore un jour qui s'achève

Vide de sens, vide de toi.

Un jour trop lent qui tremble…

De ne plus éprouver de joie!

Un jour entier à faire seulement…

Des gestes vains du quotidien soulant!

Absent de désirs et de rêves…

Où les sentiments semblent en grève!

La nuit se répand…

Avec aussi le vent…

La pluie qui bat sur la fenêtre

Et le constat de mon mal-être!

Et pourtant…

Les mots s'alignent machinalement

Et à mon grand étonnement

Défilent les images

Du plus beau de nos âges!

Des images claires de printemps

Et de la tiédeur du temps

Et de la caresse des brises…

Embaumées de senteurs exquises!

Alors je souris tendrement…

A notre image dans le temps.

J.G.

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C'est une belle journée

C'est une belle journée qui s'annonce.Enfin le ravissement est arrivé !  Il était temps, direz-vous. Après avoir attendu un demi- siècle, il vient d'arriver ce qui aurait pu arriver en une heure. Mais le mieux est toujours lent et le pire si rapide ! Voilà qu'enfin l'humanité, après tout ce temps, se met à marcher droit. Ses promesses de bon sens, son passé misérable ressassé en permanence, ses conflits pour une goutte d'huile, ses avarices croulant sous le poids d'abondances honteuses, ses préemptions masculines... Terminé tout cela, c'est une belle journée qui s'annonce ! Dehors, alors qu'un léger brouillard lentement se dissipe, le ciel se fracture et laisse passer un généreux rayon de soleil. La journée promet d'être belle. Mon voisin me salue d'un geste amical et son sourire trahit enfin tout les espoirs  longtemps contenus, toutes ces frustrations de bonheur qui attendaient impatiemment la sortie. Comment en effet ne pas retrouver ses joies d'enfant quand les hommes sont enfin passés du stade primaire au stade secondaire voire supérieur. Secondaire n'est déjà pas si mal. Ils tolèrent d'avantage leurs croyances diverses, se battent moins pour avoir saisi l'insupportable souffrance des plaies occasionnées ainsi que l'absurdité des efforts à reconstruire. Sans oublier les famines, les épidémies engendrées, les viols, les vols... que causaient toutes leurs ignorances. Non, tout va mieux maintenant. Vous pouvez dormir tranquille, prendre l'air dans votre jardin, humer le doux parfum des fleurs et lever les yeux au ciel. Le bruit que vous entendez n'est pas celui d'un avion de chasse ou d'un bombardier d'eau. Tout cela est du passé maintenant. C'est une belle journée qui s'annonce !


Pensée du jour. 31/01/2020

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BIenvenue

Ô vous tous qui passez au devant de ma porte,

Enfants de misère, compagnons de la lune,

Si le frimas vous glace, si la peur vous emporte,

Entrez sans sonner car notre vie est commune!

 

Et vous, poètes fous que l’on voit passionnés

Sur le flanc de le muse, votre seule fortune,

Quand tous ignoreront vos mots, chez moi, laissez

Entrer cent sonnets car notre vie est commune!

 

A vous oiseaux d’hiver qui cherchaient un abri,

Finissant votre vol au gré de l’infortune,

Je vous offre mon toit, mon salon et mon lit !

Entrez, sansonnets, car notre vie est commune!

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12273310073?profile=originalAlice Rahon

La ballade de Frida Kahlo

 Acrylique, 1966

 

      Quel que fut le destin de ces artistes laissées plus ou moins dans l’ombre de Frida, toutes portent haut les couleurs du féminisme. Et Frida Kahlo reste pour ces dernières à la fois une figure symbolique et un porte-voix de part et d’autre de l’Atlantique. Elle est ainsi devenue une véritable icône de la Pop Culture à l’instar d’un Michael Jackson*1, de David Bowie ou de Madonna, qui par ailleurs collectionne ses œuvres…

 

C’est une maison bleue…

12273310859?profile=originalDavid Bowie devant la Casa Azul de Frida Kahlo

Coyoacán dans les faubourgs de Mexico, le 20/10/1997

Maison qui l’a vu naître et mourir.

Maison devenue musée et sanctuaire.

Un ossuaire kitch où il est de bon ton de se recueillir.

(photographie de Fernando Aceves captée sur le net)

 

12273310701?profile=originalSanta Madonna… !

(photo captée sur le net)

 

 … inspirant de nouveaux artistes ou ornant les chambre d’adolescents, se retrouvant sur les places publiques, comme ici sur le Museum Square à Rhodes…

 

12273311855?profile=originalFrida Kahlo

Portrait réalisé par une artiste sur la place Alexandrou à Rhodes, 2017 (Grèce)

(d’après une photographie prise en 1938 de Nickolas Muray)

 

…. ou sur les réseaux, notamment sur celui dédié à la culture, à la curiosité et à l’amitié, Arts & Lettres bien sûr.

 

12273312075?profile=originalFrida

Anik Bottichio

Acrylique sur toile

Une fleur qui vous dévore de l’intérieur.

Frida ou l’écume des jours.

 

12273313056?profile=originalDona Frida Kahlo de Rivera et Grazino

Bernard Tournier

Huile sur toile, 2011

(d’après une photographie de Nickolas Muray, 1892-1965, qui fut un temps son amant)

Michael, Frida… à chacun son faon.

Fan de tes grands yeux

De ton sourire

Je suis fan de toi

 

Mais, entre idolâtrie et business, dérives et produits dérivés, Frida sur un coussin dans une boutique de souvenirs, est-ce bien séant ? Faut-il en pleurer, faut-il en pouffer ?

 

12273313086?profile=originalBroderie mécanique (Réthymnon, Crète, Grèce)

Carré magique avec figure hypnotique aux vertus narcotiques ?

Surrealistic pillow ?

Frida, comme La Catrina*2, définitivement Queen of Pop…

 

12273313481?profile=originalLilia Carrillo

Palabras sueltas

(photo captée sur le net)

 

      Mais je ne saurai terminer sans au moins citer quelques oubliées (les nommer c’est déjà les reconnaître) comme Rosario Cabrera Lόpez (1901-1975), considérée comme « la première grande peintre mexicaine du XXe siècle » [mais qui s’en souvient ?], Aurora Reyes Flores (1908-1985), Elena Huerta Muzquiz (1908-1997), Fanny Rabel (1922-2008), peintre d’origine polonaise, ou Rina Lazo Wasem*3 (1923-2019), d’origine guatémaltèque elle assista Rivera. Si elles furent le plus souvent liées au mouvement muraliste mexicain (ou surréaliste comme nous le verrons plus loin), l’objectif de ce troisième billet consacré aux femmes est de montrer qu’elles furent plus que les seconds couteaux de la peinture.

12273313856?profile=originalRosario Cabrera Lόpez

Femme avec une écharpe rose (huile sur toile)

(photo captée sur le net)

Ou encore Cordelia Urueta Sierra (1908-1995), une grande dame de l’abstraction, Isabel Chabela Villaseñor (1909-1953), artiste aux multiples talents, Celia Calderόn (1921-1969), au graphisme d’une grande finesse, ou Lilia Carrillo (1930-1974), peintre de la Ruptura, accents lyriques et mots simples.

 

12273313677?profile=originalRemedios Varo

Anglès (Espagne), 1908 – Mexico, 1963

Creaciόn de las aves, 1957

(photo captée sur le net)

« Je voudrais être la projection pulvérisée du soleil

 sur la parure de lierre de tes bras. »,

Benjamin Péret (1899-1959)

Comme un répons, un écho profond, étrange et pénétrant aux

Chants de Nezahualcόyotl

« Tu décores des plumes du quetzal

Tes amis, Aigles et Jaguars. »

 

Et comment négliger María de los Remedios Alicia Rodriga Varo y Uranga, ou plus simplement Remedios Varo, peintre espagnole mais dont l’œuvre s’est épanouie au Mexique où elle s’éteignit. Tout comme Bridget Tichenor, née en France puis naturalisée Mexicaine, ou l’anglaise Leonora Carrington qui comme elle s’accomplit au Mexique, réalisant entre autres Le monde magique des Mayas. Toutes trois travaillèrent dans le voisinage du surréalisme, dans le sillage notamment de Paalen et d’Ernst dont elles semblent suivre le commandement en toute liberté de rêver

« Errez et sur vos flancs viendront se fixer les ailes de l’augure. »

 

Mexicaines dans l’âme, ces belles étrangères délivrent de purs moments de poésie. Aussi, parmi la jeune garde, j’ajouterai Beatriz Aurora (née Castedo Mira en 1956 au Chili), peintre mexicaine de la geste zapatiste des guérilléros du Chiapas au style naïf.

 

12273313499?profile=originalBeatriz Aurora

Granjas integrales zapatistas

(photo captée sur le net)

 

Mexique terre d’accueil et de rencontres où…

« Le rêve à travers les temps nous ramène ce temps où, sous le choc de la spontanéité humaine, la Nature entière devenait ensorcelée »,

Antonin Artaud (1896-1948)

 

12273314455?profile=originalLeonora Carrington

Clayton Green (G-B), 1917 – Mexico, 2011

Green tea, 1942

(photo captée sur le net)

 

      Beaucoup de femmes peintres se sont engagées dans le surréalisme, notamment sur cette terre d’élection. Mais à vrai dire ce sont surtout des étrangères qui se fixèrent au Mexique pour y trouver paix et refuge. Et dans ce pays qui est le « lieu du surréalisme par excellence », ainsi parlait le pape Breton en personne, elles bâtirent leur grand œuvre.

A ce propos, j’ai déjà écrit dans mon article sur Frida Kahlo, qui ne les estimait guère, que les pygmalions du surréalisme portaient finalement un regard condescendant sur leurs consœurs*4. Propos fumeux mais ô combien décisifs de ces Messieurs échangés au fumoir, anodins babils côté boudoir. Réflexion et fulgurances, transcendance, joliesse de l’expression et légèreté de la touche. Galanteries de gala des galapiats. Pas gâtée(s) Galatée(s)…

« C’est que ta tête est close, ô statue abattue. »,

Paul Eluard (1895-1952)

« A ce qu’on m’a raconté,

Cette bonne Galathée

Se teint les cheveux en noir ;

Toute autre est la vérité,

Car ils étaient déjà noirs

Quand elle les a achetés. »,

Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781)

Epigramme rapportée par Freud, l’adulée idole des Surréalistes,

dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient.

Et effectivement, persuadés de leur importance, on connait les uns, on ignore généralement les autres. A l’exception peut-être de Toyen (Marie Čermínová, dite ; 1902-1980) qui participa à toutes les expositions du groupe (si on met à part l’interruption due à la guerre). Même dans des ouvrages exclusivement dédiés aux artistes femmes, souvent écrits par des femmes, elles sont fréquemment définies par rapport à un compagnon, à un mari, à un mentor, voire à leurs seules liaisons. Maîtres et maîtresses. Chacun sa muse. Ainsi réduites, ce sont eux qui en définitive prévalent et que tout le monde admire. Et si on célèbre leur beauté, convulsive forcément, on entend implicitement femmes fatales, scandales, vénales, ou femmes-enfants, immatures, mineures. Egéries ! Pour ne pas en pleurer de ces mâles embouchés sonnant les trompettes de la renommée.

« Vérité, Beauté, Poésie : elle est Tout :

 une fois de plus sous la figure de l’Autre.

Tout excepté soi-même. »,

Simone de Beauvoir (1908-1986)

Misogynie à part, si certaines femmes artistes furent délaissées (Carrington, Tichenor, Izquierdo, en particulier) lors de la sélection officielle supervisée par Wolfgang Paalen et César Moro sous le haut patronage d’André Breton, il faut bien reconnaitre qu’à l’« Exposiciόn internacional del surrealismo. Mexico. 1940 » d’autres furent présentées (Kahlo, Rahon, Varo, ainsi que la Chilienne Graciela Aranis ou les Suissesses Meret Oppenheim et Eva Sulzer) à cette occasion*5. Avec parcimonie, comme une indulgence, par simonie.

Quand bien même, six reines (pour une cinquantaine de contributeurs) ne font manifestement pas un appel des ténors du mouvement. Révélateur entre-soi.

« Autrui joue toujours dans la vie de l’individu le rôle d’un modèle,

d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire. »

Sigmund Freud (1856-1939)

Mises en scène, elles jouent en fait les utilités. Ainsi l’apparition lors de l’inauguration d’Isabel Marin en « Grand Sphinx de la nuit » ; femme-objet  papillonnant dans ce pré carré d’invités pour qui, selon le canon dicté par le maître de chapelle, « la beauté sera érotique-voilée, exposante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas. » Ambiguë position. Comme d’ajouter un genre à artiste.

      A l’évidence, on ne peut qu’être séduit par le « réalisme magique » de la trop rare Bridget Bate Tichenor (1917-1990). Née à Paris au hasard des pérégrinations de ses parents, elle élit résidence à Mexico en 1953 après s’être partagée entre l’Angleterre, la France et l’Italie, pour y réaliser son ouvrage tout le reste de son âge. Une œuvre où B.B.T nous tend la psyché, la fait pivoter puis disparaître dans l’œil de sorcière… Quand, pour Breton, « la plupart des artistes en sont encore à retourner en tous sens le cadran de la montre sans se faire la moindre idée du ressort caché dans la boîte opaque. »

Paradoxalement sa production restera dans l’ombre la plus obscure, tombant dans un sommeil profond. Breton, prophète, l’ignorant superbement, quand cependant

« La finalité du poète est d’émerveiller.

Je parle de l’achevé et non du malavisé.

Qui ne sait étonner qu’il se fasse étriller »

Le Cavalier Marin

(Gianbattista Marino, dit ; 1569-1625)

Et elles émerveillent, captivent et magnétisent de leur chant étrange et émouvant.

 

12273313698?profile=originalBridget Bate Tichenor

Les surréalistes ou Les spécialistes

Huile sur masonite, 1956

(photo captée sur le net)

Qui réveillera ces belles au bois dormant ?

Sûrement pas ces Messieurs les censeurs !

Fées libres, ces félibres étonnent autant qu’elles détonnent.

 

12273314665?profile=originalRemedios Varo

Le troubadour

Huile sur masonite, 1959

(photo captée sur le net)

      A mes yeux pourtant Leonora Carrington, Bridget Tichenor, Remedios Varo notamment, pour rester au Mexique, font bien partie des meilleurs peintres surréalistes du vingtième siècle. J’y ajouterai l’américaine Dorothea Tanning (1910-2012) qui sème le trouble comme personne tout en dénonçant narquoisement « la triste petite procession d’analyseurs qui se traînent jusqu’à l’autel de la libido en chantant leurs cantiques chevrotants. »

 

12273314289?profile=originalDorothea Tanning

La chambre d’amis

(huile sur toile, 1951)

« Les gens déambulent

chuchotent, se regardent

Nul ne sait que faire de la mort, ma sœur

Nul ne sait que faire de ta mort. »

Mόnica Mansour

(poétesse mexicaine née en Argentine en 1946,

extrait de Lumière)

 

12273315269?profile=originalDorothea Tanning

La chambre d’amis (détail)

 « Tout cela que la nuit dessine de sa main obscure :

Le plaisir qui révèle,

Le vice qui dénude. »

« Mais les psychologues voudront comprendre alors qu’il s’agit d’imaginer. »

Collage : Xavier Villaurrutia (1903-1950)

et Gaston Bachelard (1884-1962)

 

      Pour parfaire l’inventaire, levons coin du voile jeté sur Angelina Beloff (1879-1969), peintre et graveuse d’origine russe connue pour avoir été la première épouse de Diego Rivera, ce qui est tout de même très réducteur.

 

12273315068?profile=originalAngelina Beloff

Tepoztlán

Aquarelle

(photo captée sur le net)

      Et, bien que liée à l’Art déco dont elle fut l’étoile filante, j’ai une pensée pour Tamara de Lempicka (née Maria Gόrska ; 1898-1980). L’éruptive baronne polonaise passa les deux dernières années de sa vie à Cuernavaca, au-dessous du volcan des passions éteintes. A sa mort elle souhaita que ses cendres soient dispersées au sommet du Popocatepetl…

« On ne peut vivre sans amour »,

Malcolm Lowry (1909-1957)

 

12273315081?profile=originalTamara de Lempicka

Mexican girl, 1948

(photo captée sur le net)

 

Alors, femme, fière, rebelle, je m’enflamme et te porte aux nues pour

« Rien que cette lumière que sèment tes mains

…

Car tu es l’eau qui rêve

et qui persévère. »

Philippe Soupault (1897-1990)

 

Rebel Rebel… pour être vraies.

Para bailar la Bamba

Se necesita una poca de gracia,

Una poca de gracia y otra cosita.

Traditionnel (typique du son Jarocho)

Pour danser la Bamba

Cela nécessite un peu de grâce,

Un peu de grâce et autre petite chose.

Peut-être ce petit supplément

Qu’on appelle le talent

Grâce et talent ici réunis.

 12273315681?profile=originalTamara de Lempicka

Calla lilies*6, 1931

(photo captée sur le net)

 

      Quant à Georgia O’Keeffe (1887-1986), une autre figure majeure du modernisme, qui vécut au Nouveau-Mexique l’essentiel de sa vie. Elle nous invite à passer outre la frontière et à nous engager, car

« Il faut du courage pour créer un monde dans tout art. »

Aussi à vous toutes je dédie ce billet, quand bien même reste « quelque chose inexplorée sur la femme que seule une femme peut explorer. »

12273315470?profile=originalGeorgia O’Keeffe

Two calla lilies on pink, 1928

(photo captée sur le net)

Variations sur un même thème. Un thème également cher à Diego Rivera.

Tous les chemins mènent arum. Arum, fleur du désir ardent.

 

      Au fait, si machiste que cela le Mexicain ? Pas si simple… A Juchitán de Zaragoza, la « ville des femmes », en particulier, comme souvent dans l’état d’Oaxaca et l’isthme de Tehuantepec, les femmes administrent la vie économique et domestique tandis que les hommes sont aux champs, quoiqu’ils s’arrogent en général la sphère politique. Matriarcat particulier. Cette communauté de culture zapotèque respecte également les muxes, ces « hommes au cœur de femme ».

Et je ne saurai passer sous silence sœur Juana Inés de la Cruz (1648-1695), poétesse mexicaine et pionnière du féminisme, lorsqu’elle formule ce vœu :

« Pour l’âme, il n’existe ni cachot, ni prison qui la retiennent,

car seuls l’emprisonnent ceux qu’elle s’invente elle-même. »

Il n’en reste néanmoins vrai que le pays est particulièrement violent envers les femmes. Alors quand on est femme et indigène…

       A l’heure où les lointains descendants du conquistador Hernán Cortès et de l’empereur aztèque Moctezuma II se congratulent pour fêter le 500e anniversaire de la colonisation du Mexique et faire table rase du passé. Tous les espoirs peuvent paraître permis ! Fort de cacao tout de même...

Souvenez-vous. Les Mexicas reçurent le présage de s’établir là où ils verraient un aigle sur un cactus s’emparant d’un serpent*7. C’était même un commandement de Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil radieux, leur protecteur. L’apparition se réalisa sur une île au milieu du lac Texcoco, et là ils fondirent Tenochtitlán… Lorsque, moins de deux siècles plus tard, le perfide Cortès fondit sur eux ils le virent tel le serpent tout emplumé et le reçurent comme un fils du dieu Quetzalcóatl, avec ses guerriers, ses envoyés descendus des cieux… Les dieux sont tombés sur l’Aztèque.

Clap de fin de la civilisation méso-américaine.

S’ils ne veulent à nouveau tomber dans le lacs, ses petits-enfants devraient se méfier des augures…

Il serait plus avisé, autant pour les Indiens que les femmes, de rester sur le qui-vive.

« Lutter, c’est vivre. »,

Frida Kahlo

 

Michel Lansardière (texte, notes et photos, sauf mention contraire)

 

Retrouvez ici notre première partie « Femmes, fières et Mexicaines ! » consacrée à Frida Kahlo :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexi...

Et là le second volet de notre triptyque (Maria Izquierdo, Olga Costa, Rosa Rolanda…) :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-2e-partie-frida-mar-a-olga-rosa-et-c

 

On vient de retrouver la voix « chaude et mélodieuse » de Frida Kahlo, selon la ministre mexicaine de la culture, Alejandra Frausto.

Si cet enregistrement fait déjà grand bruit dans le landerneau médiatico-culturel, j’ai voulu suivre d’autres voies.

Décidément si

Le secret au bord des lèvres

Semble dépasser un peu,

Emergeant de ses ténèbres

Il goûte à l’air du ciel bleu

Jules Supervielle (1884-1960)*8

D’autres voix demandent à être entendues.

*1 Influences et concordances… Cf. l’exposition On the Wall qui, du 23/11/2018 au 14/02/2019, fut consacrée à Michael Jackson au Grand Palais à Paris, qui a succédé à la National Portrait Gallery de Londres. On pouvait aussi découvrir celle dédiée, au Victoria & Albert Museum (du 16 juin au 4 novembre 2018) aux effets personnels de Frida Kahlo ! On apprenait ainsi que son rouge à lèvre était le « Everything’s Rosy » de Revlon ! Où va se loger le fétichisme tout de même ! Il y a quand même des cultes de la personnalité dont on se passerait bien (et même des coups de pied au culte qui se perdent parfois. A ce propos, une collection de chaussures à son effigie vient d’être lancée ! Quel pied !?).

*2 La Catrina est une figure populaire au Mexique, un squelette de femme imaginé en 1912 par José Guadalupe Posada.

Calavera, crâne crâne, cadavérique créature portant chapeau et affûtiaux pour une danse macabre.

Ce fantôme de squelette

N’a pour toute toilette

Qu’un diadème de vers

Posé tout de travers.

Charles Baudelaire

12273315875?profile=originalCadavre exquis, Ô Catrina bella mariachi-tchi.

Cent sept ans que j’attends ! J’ai honte, mais gironde géronte.

*3 Rina Lazo est décédée ce 1er novembre 2019, pendant El Día de muertos, jour de fête populaire au Mexique qui s’étend en fait du 31 octobre au 2 novembre, ce qui est une forme de politesse que nous lui rendons. Elle habitait avec son compagnon, le peintre et graveur Arturo García Bustos (1926 -2017), la Maison de la Malinche, la maîtresse indienne de Cortès.

*4 Un mépris qui se manifestât aussi par l’organisation de « dîners de cons » où le convive était sacrifié sur l’autel de l’humour. Surréaliste.

*5 Remarquez que d’ordinaire j’illustre mes billets avec mes propres clichés, ce qui n’est pas le cas ici (à l’exception de Rahon et de Tanning, curieusement cette dernière étant pourtant peu légitime pour représenter la peinture mexicaine n’y ayant pas même vécu, mais présente à l’exposition Los Modernos à Lyon). C’est qu’aux grandes rétrospectives de Lille en 2004, de Paris en 2016 ou de Lyon en 2017, les femmes peintres au Mexique étaient somme toute sous-représentées (bien qu’on y ait accroché Izquierdo, Costa, Rolanda : voir mon précédent article). Guère mieux dans les catalogues et livres consultés, alors de guerre lasse j’ai eu recours pour cet article à des photos captées sur le Net. Il fallait bien rendre visibles les invisibles, en toute transparence c’est clair.

*6 Calla lily : arum ou zantedeschia.

*7 Une image toujours présente au centre du drapeau mexicain.

Federico Acosta et Ascanio Pignatelli, respectivement descendants de Moctezuma et de Cortès, se sont rencontrés le 8 novembre 2019 sur les ruines de l’ancienne Tenochtitlán, dans cœur historique de la capitale, le Zόcalo, là où précisément au centre de la place flotte un drapeau géant du pays. « Nous sommes une même famille maintenant », ont-ils déclarés. Une plaque commémorative avait déjà été posée en quasi catimini (vous ne trouverez dans le pays ni rue Cortès ni statue du mégalo) le 26 mars 2109 dans l’église de l’Immaculée Conception de la mégalopole. Baroque.

*8 Le poète, né à Montevideo (Uruguay), était l’ami de l’écrivain et diplomate Alfonso Reyes (1889-1959) alors qu’il était ministre du Mexique à Paris, par ailleurs oncle de la peintre muraliste Aurora Reyes Flores déjà citée dans ce billet. Il avait donc toute sa place dans cette série.

12273315700?profile=originalAurora Reyes Flores

Parral, 1908-Mexico, 1985

Presencia del maestro en la historia de Mexico (mural, 1960/62)

(photo captée sur le net)

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12273317864?profile=original

Instantanés_Itinéraires_à_pieds_à_continuer_Vale_Of_Glendalough_Wicklow_Mountains_Ireland

Tellement les jours, à travers la brillante étoile.

Vale of Glendalough.

L’hiver chemine le long de ses sentiers.

Lough Nahanagan.

Quand le gel blanchit au lever du soleil le froid de l’hiver.

Quand dehors, les yeux parlent, et quand dedans, ils te reprennent.

A gauche après le pont dans le village.

Et puis loin, très loin.

Le long des courbes, le chemin continue avec une vue sur les Wicklow Mountains.

Danse et chant des pierres foulées aux pieds.

L’âge de l’arbre au sommet de la colline en face semble indéfinissable,

Et à son approche, après une heure de marche, il nous regarde en fait juste à notre taille.

Glendasan River.

Summit of Camaderry.

The Spink.

Tellement les jours, et ailleurs, un coup d’archet et leurs sourires,

Face au flot des forêts et des voluptés de leurs collines.

Julien Boulier

A Brest

Le 20 janvier 2020

texte déposé Sacem 

code oeuvre  3460963711

 

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Hymne à la Terre nourricière

12273322268?profile=originalHymne à la Terre nourricière

 

Bombe, navette, javelle, fuseau,

fils de feu, pétrifiante parabole,

tissent leur voile au point de croix.

Terre terreur sème ses cataclysmes,

laisse sa trame cataplasme

grains de riz ou marasme

croute de pain, sel de cette sphère

qui en son cœur puise ses ressources

où la vie paie son tribut au destin

Couleur du sang séché

qui abreuve nos sillons,

coulées de boue issues du flanc

de montagnes de cendres

Chant des soldats du sein

de notre mère la Terre

Nuées ardentes, prières de pierres

Désert d’où surgira demain.

 

Michel Lansardière

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Pentes prospères des volcans aux pieds desquels les Anciens s’établirent, à Pompéi ou ailleurs. Ainsi, sur l’île de Pâques, les immenses moaï sculptés par les Rapanuis, du début du XVIe siècle (ou XIe siècle selon les hypothèses) jusqu’à leur déclin dans la première moitié du XVIIe, étaient taillés dans la roche volcanique (tuf) issue de la carrière creusée dans le volcan Rano Raraku (carrière de Puna Pau, à une douzaine de kilomètres de la première, pour les coiffes, pukao, de tuf rouge). Ces idoles étaient tout à la fois des sculptures rituelles et bornes fertilisantes grâce aux sels minéraux (calcium, phosphore) et autres oligo-éléments qu’elles concentrent, maintenant par ailleurs l’hydratation des sols. Une vénération qui vous revitalise. « Il est, paraît-il,
des terres brûlées donnant plus de blé
(ou, en l’occurrence, bananes, taros ou patates douces) qu'un meilleur avril. » Il n’en demeure pas moins vrai que la surexploitation de l’île est devenue emblématique de la catastrophe écologique. «  Neuf cent millions de crève-la-faim, et moaï et moaï et moaï. » Je n’irai pas plus loin.

 

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Photos M. L. :

  • Moaï de l’île de Pâques (Musée du Louvre, Paris) ;
  • Bombe volcanique en fuseau (Chaîne des Puys, Auvergne). Pour obtenir cette forme en navette, il faut que la lave projetée soit encore assez fluide, visqueuse, pour, en tournoyant dans l’air, prendre cette allure fuselée, puis suffisamment refroidie pour ne pas s’écraser au sol comme une bouse. La bombe affecte alors cette allure caractéristique, mais pas si courante, d’un grain de blé, promesse peut-être de moissons futures ;
  • « Pour qu’un ciel flamboie le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? », (J. Brel). Eruption nocturne du Stromboli dans les Îles Eoliennes.
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le jour se lève...

le jour se lève, un zigzag rose zèbre le ciel...

Le gris s'estompe, place au turquoise, il va faire beau!

Si solitude aussi souffrance distillent leur fiel

Vouloir sourire ainsi guérir de tous les maux...

Matin enchante, l'immensité danse sa joie

Fleurit le temps, joli moment, fragile l'instant...

Ta voix résonne et je frissonne, bonjour l'émoi

En plein hiver, petite merveille, un goût d'printemps!

J.G.

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Pour un peu de bleu

Certains jours
l’on voudrait seulement
tourner le dos
aux nuits obscures
aux ciels de feu
aux barbelés
au vacarme du monde
l’on voudrait seulement
que tout bascule
dans le bleu

.........................
Martine Rouhart

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EUROPE

Stéphane Hessel (Berlin, 1917)
Né allemand, acquiert la nationalité française en 1937. S’engage dans les Forces françaises libres. Devient diplomate et haut représentant de la France.
« De cette France revendiquée j’adopte les institutions et les multiples aspects de l’héritage culturel et historique : non seulement la Révolution de 1789 et la Déclaration des droits de l’homme, mais encore la valorisation sans cesse renouvelée de l’intelligence et de la tolérance, de la lucidité et du respect de l’autre : Montaigne, Pascal, Voltaire, Georges Sand ; la conquête des libertés modernes : Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire ; la profonde clarté d’une langue analytique, articulée, précise. »
(« Danse avec le siècle », par Stéphane Hessel, Seuil, 1997, p. 39)

Rainer Maria Rilke (Prague, 1875-1926)
Poète autrichien de langue allemande. secrétaire de Rodin.
« Oui, j’aime écrire en français, quoique je ne sois jamais arrivé à écrire cette langue (qui plus que toute autre oblige à la perfection, puisqu’elle la permet) sans incorrections et même sans d’insidieuses fautes… Je me rappelle qu’une des premières raisons de me passer une poésie française fut l’absence de tout équivalent à ce délicieux mot : Verger. »
(Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Editions Richelieu-Senghor, 1988, p. 102)
« Quelle joie que de pouvoir confier à une langue aussi consciente et sûre d’elle-même, une sensation vécue, et de faire en sorte qu’elle introduise en quelque manière dans le domaine d’une humanité générale… Elle académise, si j’ose m’exprimer de la sorte, la contribution frappée à sa marque et déversée en elle, et lui donne ainsi l’aspect d’une noble chose comprise. »
(Extrait de « Vergers », Gallimard, 1926)

John Brown (Angleterre)
Poète anglais et critique éminent. Auteur en français d’une remarquable histoire des lettres américaines.
« Je sais qu’au début, émerveillé, je maniais le français avec l’insouciance et l’audace d’un alpiniste débutant, qui se balance sur les abîmes sans penser aux dangers. Tout était permis : Je me trouvais dans un nouveau pays où je ne connaissais personne, où personne ne me connaissait. Les contraintes de ma langue natale disparaissaient. Je pouvais sauter, danser, marcher sur la tête, je ne craignais ni le ridicule ni l’extravagant. J’étais l’enfant qui tambourine sur un antique clavecin, le barbare qui pille joyeusement les temples millénaires. »
(Revue internationale de culture française)

Julia Kristeva (Bulgarie)
Professeur à Paris VII. Epouse de Philippe Sollers. Auteur de « Etrangers à nous-mêmes » (Folio, 1988).
« Ecrire en français, ce fut me libérer. Geste matricide. Quitter l’enfer : cette langue est devenue mon seul territoire. Désormais, je ne rêve plus qu’en français. »
(André Brincourt)

Michel del Castillo (Madrid, 1933)
A fui l’Espagne franquiste, en 1953, pour Paris. Romancier célèbre et chrétien engagé.
« C’est vrai que j’ai eu beaucoup de mal avec l’Espagne, mais maintenant cela va beaucoup mieux. Je suis en fait assez content de ma position, être un écrivain français d’origine espagnole me permet d’avoir une certaine distance vis-à-vis des deux pays. »
(Entrevue, dans Vers l’Avenir, Namur, 18 août 1997)

Jorge Semprun (Madrid, 1913)
Emigré à Paris, en 1936. Déporté à Buchenwald. Ministre en Espagne après Franco.
« Nous avions la passion que peuvent avoir des étrangers pour la langue française quand celle-ci devient une conquête spirituelle. Pour sa possible concision chatoyante, pour sa sécheresse illuminée… L’ espagnol est une langue très belle, mais qui peut devenir folle et grandiloquente, si on lui lâche la bride. Cioran parlait du français comme d’une langue de discipline. Je le crois, le français m’aide à maîtriser mon espagnol. »

Jan Baetens
Critique et poète flamand
« En choisissant librement le français, je cherche aussi à maintenir vivante la tradition de liberté du français, langue et culture des lumières dont il est nécessaire de rappeler l’héritage. J’écris en français pour me libérer de mes particularités trop partisanes, de tout ce qui me limite, des préjugés, des idées trop vite faites, des certitudes trop commodes à porter. »
(Carte blanche, extraits. Le Carnet et les Instants, novembre 1998- - janvier 1999)

Marie Gevers (Edegem, 1883-1975)
Romancière flamande intimiste de grand renom.
« J’ai reçu le français comme instrument familier et bien aimé. Je n’ai pas choisi cette langue. Je me trouve au point de jonction des deux cultures. Et ces deux routes se joignent dans mon cœur. »
(Marie Gevers et la nature, par Cynthia Skenazi, Palais des Académies, 1983, p. 81).

Emile Verhaeren (Saint Amand, 1856-1916)
Etudes au Collège jésuite de Gand (en français) avec Georges Rodenbach. Figure dominante de la littérature belge de langue française. Chantre de la Flandre.
« La plus solide gloire de la langue française, c’est d’être le meilleur outil de la pensée humaine ; c’est d’avoir été donnée au monde pour le perfectionnement de son sentiment et de son intelligence ; c’est en un mot, d’être faite pour tous avant d’appartenir à quelqu’un. Ah ! Si un jour il se pouvait faire que toute la force et tout le cœur et toute l’idée et toute la vie des Européens unis s’exprimassent en elle avec leur infinie variété d’origine et de race… »
(Revue internationale de culture française)

Vassilis Alexakis Grèce) 1944
Partage sa vie entre Athènes et Paris. Prix Médicis 1995 pour « La langue maternelle ».
« Nous sommes les enfants d’une langue. C’est une identité que je revendique. J’écris pour convaincre les mots de m’adopter. »
(« La langue maternelle », Fayard, 1995)

Jean Moreas (né Papadiamantapoulos, Athènes, 1856-1910
Amoureux de la France. Prince de l’école symboliste.
« Mon père voulut m’envoyer étudier en Allemagne. Je me révoltai. Je voulais voir la France. Deux fois je me sauvai de mon foyer et pus enfin gagner Paris. Le destin m’a montré la route –mon étoile me guidait- pour que je devienne le plus grand des poètes français. »
(Revue internationale de culture française)

Samuel Beckett (Dublin, 1906-1990)
Ecrivain de langue anglaise qui s’est imposé par son théâtre en langue française. Prix Nobel de Littérature.
« Son bilinguisme anglais-français lui permet d’assurer à sa pensée une équivalence d’expression dans chacune des langues qui lui sont également familières… Le langage ne compte pas d’abord en tant que porteur d’idées, ce sont les mots, quoique imparfaits, chacun d’eux pris séparément et en même temps dans ses rapports avec les autres, qui isolent l’idée pour la mettre en valeur, soit prononcée, soit suggérée, soit très sous-jacente. »
(Louis Perche dans « Beckett », Le Centurion, 1969, p. 118-119)

Carlo Coccioli (Livourne, 1920)
Emule de Bernanos, auteur du roman « Le Ciel et la Terre ».
« Disons que je sens en italien et que je parle en français. »
(dans « La Voix au cœur multiple »)

Emmanuel Lévinas (Kaunas, Lituanie, 1905-1995)
Philosophe d’origine juive. A élaboré en français sa phénoménologie.
« J’ai souvent pensé que l’on fait la guerre pour défendre le français, c’est dans cette langue que je sens les sucs du sol. »
(Le Monde, 19 janvier 1996)

Oscar Vladislas de Lubicz-Miloz (Czereïa, Biélorussie, 1877- Fontainebleau, 1939)
Prince balte, grand poète français. Auteur d’un chef-d’œuvre : Miguel Manara.
« Honneur à la France, pays de cristal, patrie de la pure raison. »
(dams « Milosz, par Armand Godoy, Fribourg, 1944, p. 207)

Marel Halter (Varsovie)
D’origine juive. Rescapé des camps d’extermination.
« C’est en France, plus tard, dans cette France réelle que j’ai découverte à l’âge de quatorze ans, que j’ai appris la liberté en même temps que le français. C’est pourquoi, bien que parlant plusieurs langues, je ne peux écrire, pleurer, rire ou rêver qu’en français. Seule langue dans laquelle je n’ai connu aucune oppression. »
(« Contacts », Paris, janvier 1996-décembre 1997)

Emil Michel Cioran (Raschinari-Sibiu, Roumanie, 1911-1995).
En France depuis 1937. Devenu chef de file de la pensée française.
« La langue française m’a apaisé comme une camisole de force clame un fou. Elle a agi à la façon d’une discipline imposée du dehors, ayant finalement sur moi un effet positif. En me contraignant, et en m’interdisant d’exagérer à tout bout de champ, elle m’a sauvé. Le fait de me soumettre à une telle discipline linguistique a tempéré mon délire. Il est vrai que cette langue ne s’accordait pas à ma nature, mais, sur le plan psychologique, elle m’a aidé. Le français est devenu par la suite une langue thérapeutique. Je fus en fait moi-même très surpris de pouvoir écrire correctement en français, je ne me croyais vraiment pas capable de m’imposer une telle rigueur. Quelqu’un a dit du français que c’est une langue honnête : pas moyen de tricher en français. L’escroquerie intellectuelle y est quasi impraticable. »
(« Itinéraires d’une vie », par Gabriel Lûceanu.)

Eugène Ionesco (Slatina, Roumanie, 1912-1994)
Membre de l’Académie française. Consécration mondiale au théâtre avec « La Leçon » et « La Cantatrice chauve ».
« Si je suis citoyen français, c’est que j’ai fait un choix, qu’une patrie avait la priorité. J’ai choisi le pays de la liberté. »

Romain Gary (Moscou, 1914-1980)
D’un père émigré en Pologne. Volontaire de la France libre. Amoureux de De Gaulle. Diplomate français. Deux fois Prix Goncourt avec « Les Racines du ciel » et « La Vie devant soi ». S’est suicidé.
« Je plonge mes racines littéraires dans mon métissage… La France libre est la seule communauté humaine à laquelle j’ai appartenu à part entière. »
(André Brincourt)

Andreï Makine (Novgorod, 1957)
Venu de Russie aux lettres françaises. Pris Goncourt 1995 pour « Le Testament français ».
« Le français de Charlotte avait gardé une extraordinaire vigueur, dense et pure, cette transparence d’ambre qu’acquiert le vin en vieillissant. Cette langue avait survécu à des tempêtes de neige sibériennes, à la brûlure des sables dans le désert de l’Asie, et elle résonne toujours au bord de cette rivière. »
(« Le Testament français », Mercure de France)

Henry Troyat (né Lev Tarassov, Moscou, 1911)
Venu à Paris en 1920. Couvert de prix. Membre de l’Académie française (1959). Beaucoup de romans et de biographies, inspirées par la Russie.
« Je vivais la moitié du jour à Paris et la moitié du jour à Moscou. J’étais partagé entre le passé et le présent, sollicité, tour à tour, par des fantômes surannés et par des visages vrais et actuels, par une première patrie, lointaine, inaccessible, fuyante, et par une seconde patrie, qui bourdonnait autour de moi, me tirait à elle, m’emportait dans un tourbillon. Pendant longtemps, j’avançai, tant bien que mal, un pied sur les nuages russes et l’autre sur la terre ferme française. Puis, l’équilibre se fit, insensiblement, entre ces deux séductions rivales. Je devins Français, tout en conservant une tendresse particulière pour la contrée de rêve dont m’entretenaient mes parents. »
(« Revue internationale de culture française »)

Milan Kundera (Brno, 1929)
Ecrivain français de langue tchèque. Exilé en France. A fini par écrire directement en français (par exemple « Les testaments des trahis »).
« C’était l’occupation russe, la période la plus dure de ma vie. Jamais je n’oublierai que seuls les Français me soutenaient alors. Claude Gallimard venait voir régulièrement son écrivain pragois qui ne voulait plus écrire. Dans ma boîte, pendant des années, je ne trouvais que des lettres d’amis français. C’est grâce à leur pression affectueuse et opiniâtre que je me suis enfin décidé à émigrer. En France, j’ai éprouvé l’inoubliable sensation de renaître. Après une pause de six ans, je suis revenu, timidement, à la littérature. Ma femme, alors, me répétait : La France, c’est ton deuxième pays natal. »

Elie Wiesel (Signhet, Transylvanie, 1928)
Rescapé des camps d’extermination. Parle et écrit quatre langues : yiddish, hébreu, français, anglais. A choisi le français pour langue littéraire parce que c’est la langue qui l’a réconcilié avec le monde et c’est en français qu’il a lu ses deux maîtres : Kafka et Dostoïevski.
« C’est le français qui m’a choisi. »
(Dans « Auteurs contemporains », n° 6, Bruxelles, Didier-Hatier, p., 50


AFRIQUE NOIRE ANTILLES OCEAN INDIEN

Paulin Joachim (Cotonou, Bénin, 1931)
Etudes de journalisme. Directeur de « Bingo ».
« Je me suis enraciné loin dans la langue française pour pouvoir en explorer les profondeurs… et je peux affirmer aujourd’hui que je lui dois tout ce que je suis. »
(« Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Ed. Richelieu Senghor, 1998)

Sony Labou Tansi (Kimwanza, 1947-1995)
Né de père zaïrois, un des écrivains les plus créateurs de l’Afrique noire, notamment au théâtre. Mort du sida.
« On me reproche d’écrire en français, langue de l’acculturation. Une chose me fait sourire : les reproches me sont faits en français et je les comprends mieux comme cela. Cela ne veut, certes, pas dire que je balance la langue kongo par dessus bord pour épouser la belle prisonnière de Malherbe. Le monde actuel est essentiellement fait de métissage. Comment pourrait-il en être autrement ? Je suis Kongo, je parle kongo, j’écris en français. Ma kongolité ne peut pas s’exprimer en dehors de cette cruelle réalité. »

Léopold Sédar Senghor (Joal, 1906)
Père de la négritude, premier président du Sénégal indépendant. Membre de l’Académie française. Un des plus grands poètes français.
« Le français, ce sont les grandes orgues qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l’orage. Il est, tour à tour et en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon. Et puis le français nous a fait don de ses mots abstraits –si rares dans nos langues maternelles- où les larmes se font pierres précieuses. Chez nous, les mots du français rayonnent de mille feux comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit. »

René Depestre (Jacmel, Haïti, 1926).
Exilé. Séjour à Cuba. Haut fonctionnaire à l’Unesco.
« De temps en temps il est bon et juste
de conduire à la rivière
la langue française
et de lui frotter le corps
avec des herbes parfumées qui poussent en amont
de mes vertiges d’ancien nègre marron.
Laissez-moi apporter les petites lampes
créoles des mots qui brûlent en aval
des fêtes et des jeux vaudou de mon enfance :
les mots qui savent coudre les blessures
au ventre de la langue française,
les mots qui ont la logique du rossignol
et qui font des bonds de dauphins
au plus haut de mon raz de marée,
les mots qui savent grimper
à la folle et douce saison de la femme,
mes mots de joie et d’enseignement :
tous les mots en moi qui se battent
pour un avenir heureux,
Oui, je chante la langue française
qui défait joyeusement sa jupe,
ses cheveux et son aventure
sous mes mains amoureuses de potier. »
« Bref éloge de la langue française », Haïti, 1980)

Léon Laleau (Port-au-Prince, 1892-1979)
Sa « Musique nègre » date de 1931.
« Ce cœur obsédant, qui ne correspond
Pas à mon langage ou à mes costumes,
Et sur lequel mordent comme un crampon,
Des sentiments d’emprunt et des coutumes
D’Europe, sentez-vous cette souffrance
Et ce désespoir à nul autre égal
D’apprivoiser, avec des mots de France,
Ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »
(Dans « Francité », par Joseph Boly, Bruxelles Fondation Plisnier, 1984, p. 36)

Jean Métellus (Jacmel, 1937)
Eloigné de son pays. Neurologue à Paris.
« Je tiens à la francophonie non pas pour une quelconque raison esthétique mais parce que tout le passé d’Haïti a été exprimé dans cette langue. »
(Dans « Florilège »)

Raphaël Confiant (Lorrain, Martinique, 1951)
Appartient à la nouvelle génération des Antillais décolonisateurs de la langue française, avec Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt pour « Texaco »). Co-auteur de « Eloge de la créolité ».
« Je suis français. Césaire est français. Mais nous ne sommes pas que français. Je ne peux pas écrire comme un Hexagonal. Je ne crois pas que les canadiens Gaston Miron ou Antoine Maillet soient seulement français, et ce qui est intéressant dans leurs livres, ce n’est pas la Francité mais la Canadianité. »
(André Brincourt)

Edouard Glissant (Bezaudin, Martinique, 1928)
Ecrivain mondialement consacré depuis longtemps. Prix Renaudot pour « La Lézarde » (Seuil, 1958)
« Je crois que la francophonie peut être un lieu de lutte pour l’explosion de toutes les langues, et c’est seulement à ce prix, selon moi, qu’elle aura mérité d’être. »
(Dans « Florilège »)

Jean-Joseph Rabearivelo (Tananarive, 1901-1937)
Poète maudit et déchiré. Auteur des « Calepins bleus ». S’est suicidé en pensant à Baudelaire.
« J’embrasse l’album familial. J’envoie un baiser aux livres de Baudelaire que j’ai dans l’autre chambre –Je vais boire- C’est bu- Mary (sa femme). Enfants. A vous tous mes pensées les dernières –J’avale un peu de sucre –Je suffoque. Je vais m’étendre…
(Dans « La Voix au cœur multiple »)

Jacques Rabemananjara (Maroantsera, 1913)
A grandi à Tananarive. Ecrivain majeur des lettres françaises.
« La langue française est un objet d’amour pour nous… Nous avons été tellement séduits par la langue française que c’est à travers cette langue française que nous avons réclamé notre indépendance… Débarrassée de toute connotation impérialiste et dominatrice, la langue française a été choisie par nous-mêmes pour être un instrument idéal, le véhicule qui nous permet de communiquer aisément avec des millions d’êtres humains et de lancer, de par le monde, notre propre message. »
( « Florilège »)

Raymond Chasle (Brisée-Verdière, Ile Maurice, 1930-1996)
Etudes à Londres. Diplomate de haut niveau. Métis et poète à la manière de Mallarmé et d’Apollinaire.
« La langue française m’a permis de résoudre mes tensions intérieures, de transcender mes écartèlements. Langue de toutes les succulences et de toutes les résonances, elle est, pour moi, le support privilégié de la mémoire, de la connaissance et du combat. »
( « Florilège »)


MONDE ARABE

Jean Amruche (Kabylie, 1906-1962)
Poète et essayiste. Se voulait être un pont entre les communautés algérienne et française.
« Ses rigueurs (du français) satisfont un besoin essentiel de mon esprit. Sa souple, sévère, tendre et quasi insensible mélodie, touche, éclaire, émeut mon âme jusqu’au fond. »
(Le Figaro littéraire, 13 avril 1963)

Mohamed Dib (Tlemcen, 1920)
Romancier et poète. regard lucide sur le monde et les siens.
« (Le français), c’est le véhicule idéal d’une pensée qui cherche, à travers les réalités locales, à rejoindre les préoccupations universelles de notre époque. »
(« Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Ed. Richelieu-Senghor, 1988)

Tahar Djaout (Algérie, 1954-1993)
Prix Méditerranée 1991. Assassiné à Alger, le 2 juin 1993.
« L’écrivain n’use-t-il pas inévitablement d’une langue différente, d’une langue de l’étrangeté… empruntant les détours d’une langue non natale, aller plus loin dans l’exil et, partant, dans l’aventure. »
(« La Quinzaine littéraire », Paris, 15 mars 1985)

Assiaz Djebar (Cherchel, 1936)
Romancière et cinéaste.
« Il y a un pont à établir… du français conceptuel à l’arabe luxuriant, il y a quelque écho commun, mais si fragile, si secret… une fluidité, une coulée qui est à la fois française et arabe. »
(Dans « La Voix au cœur multiple ») + Anth. Nathan (p. 376-7)

Malek Haddad (Constantine, 1927-1978)
Poète et romancier. déchiré de ne pouvoir écrire en arabe.
« Je suis en exil dans la langue française. Mais des exils peuvent ne pas être inutiles et je remercie sincèrement cette langue de m’avoir permis de servir ou d’essayer de servir mon pays bien aimé. »
( « Florilège »)

Mouloud Mammeri (Kabylie, 1917-1989)
De sa langue maternelle berbère au roman français. Auteur de « La Colline oubliée » (1952). Mort accidentelle.
« Le français n’est pas ma langue maternelle. J’ai eu bien du mal à apprendre l’imparfait du subjonctif antérieur. Or si je veux m’exprimer, je ne peux le faire que dans cette langue. On peut être nationaliste algérien et écrivain français. Je crois, d’ailleurs, qu’avec l’indépendance, la langue française prendra un nouvel essor. Elle ne sera plus l’instrument d’une coercition, la marque d’une domination. Elle sera le canal de la culture moderne. Pour moi, je n’envisage pas d’écrire jamais dans une autre langue. »
(Le Figaro littéraire », 31 décembre 1955 et « Témoignage chrétien », 24 janvier 1958)
« La langue française est pour moi un incomparable instrument de libération, de communion ensuite avec le reste du monde. Je considère qu’elle nous traduit infiniment plus qu’elle nous trahit. »
(« France Information », n° 122, Paris, 1984)

Khalida Messaoudi
Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, la résistance au terrorisme islamique en terre d’Algérie se fait d’abord en langue française.
« Bien sûr, j’avais déjà étudié Nedjma (de Kateb Yacine) sans le comprendre vraiment. J’ai écouté cet homme (Guenzet) parler dans un français exceptionnel et nous lancer : « Le français, c’est un butin de guerre . » Pour la première fois, je me suis mise à réfléchir en français, mais plus comme à la langue donnant accès aux textes de littérature ou de philosophie. Je m’interrogeais sur son statut en Algérie. Je me suis rendu compte que Kateb –comme Mouloud Mammeri ou Mohamed Dib et d’autres- l’avait utilisé, lui, comme arme de combat contre le système colonial, comme arme de conceptualisation. Dès lors je ne trouvais plus seulement naturel de parler français, je me disais : « C’est génial, je suis en train de me l’approprier comme un instrument. Jamais je ne laisserai tomber ça. » Vois-tu, c’est cette Algérie-là pour laquelle je me bats, une Algérie où il est possible d’être en même temps berbérophone, francophone et arabophone, de défendre le meilleur des trois cultures. Le message de Guenzt se trouvait dans cette vérité, et ma mémoire l’a enregistré pour toujours. »
(« Une Algérienne debout », Flammarion, 1995, coll. J’ai lu, p. 81-82)

Kateb Yacien (Constantine, 1929-1989)
D’une renommée internationale avec « Nedjma » (1956) au théâtre en langue arabe.
« La plupart de mes souvenirs, sensations, rêveries, monologues intérieurs, se rapportent à mon pays. Il est naturel que je les ressente sous leur forme première dans ma langue maternelle. Mais je ne puis les élaborer, les exprimer qu’en français. Au fond, la chose est simple : mon pays, mon peuple sont l’immense réserve où je vais tout naturellement m’abreuver. Par ailleurs, l’étude et la pratique passionnées de la langue française ont déterminé mon destin d’écrivain. Il serait vain de reculer devant une telle contradiction car elle est précieuse. Elle consacre l’un de ces mariages entre peuples et civilisations qui n’en sont qu’à leurs premiers fruits, les plus amers. Les greffes douloureuses sont autant de promesses. Pourvu que le verger commun s’étende, s’approfondisse, et que les herbes folles franchissent, implacables, les clôtures de fer. »
(« Revue internationale de culture française »)

Tahar Ben Jelloun (Fès, 1944)
Immense écrivain international. Poète, romancier et essayiste. Pris Goncourt (« La Nuit sacrée »). Chroniqueur au « Monde ».
« Qu’importe l’encre, la couleur des mots, le regard des mots ; et si ces mots sont de France, ils viennent de toutes les langues françaises que nous écrivons ici et ailleurs. »

Héli Béji (Tunisie, 1948)
« Une langue n’est jamais neutre, fut-elle de naissance ; elle n’est qu’une traduction étrange de l’intensité de la réalité. »
« La Quinzaine littéraire, Paris, 16 mars 1985)

Abdelwahab Meddeb (Tunisie, 1946)
« Faire pénétrer dans la langue française une respiration sémitique spécifique… décentrer la langue française, lui insuffler un expir arabe, de quoi lu donner des accents inouïs, inattendus, imprévus. »

Albert Memmi (Tunis, 1920)
Vit à Paris. Psycho-sociologue et romancier. (« La statue de sel », 1953).
« J’essayais de prononcer une langue qui n’était pas la mienne, qui, peut-être, ne la sera jamais complètement, et pourtant m’est indispensable à la conquête de toutes mes dimensions. »
( « La Voix au cœur multiple »)

Abdelaziz Kacem (Bennane, Tunisie, 1933)
Agrégé d’université, critique, écrivain bilingue.
« J’ai expliqué que l’arabe et le français étaient pour moi l’endroit et l’envers d’une même étoffe, que l’une des deux langues était ma mère et l’autre ma nourrice, ce qui fit de moi pour Villon un frère de lai. »

Hector Klat (Alexandrie, 1888-1977)
Un des précurseurs, avec Charles Corm, dans l’expression littéraire libanaise.
« Mots français mots du clair parler de doulce France ;
Mots que je n’appris tard que pour vous aimer mieux.
Tels des amis choisis au sortir de l’enfance ;
Mots qui m'êtes entrés jusqu’au cœur par les yeux. »
(« Le Cèdre et les lys », 1934, couronné par l’Académie française)

Georges Schéhadé (Beyrouth, 1910-1989)
Une des grandes voix des lettres françaises en poésie et au théâtre.
« Tout petit, j’avais le goût des mots, j’étais en dixième, je crois, quand j’ai entendu pour la première fois le mot « azur », j’ai trouvé ça « extraordinaire »… « azur »… je l’ai emporté avec moi dans mon cartable. »
(Entrevue dans « Le Monde », par Claude Sarraute, 26 novembre 1967)

Salah Stétié (Beyrouth, 1929)
Grand prix de la francophonie 1995.
« Miracle de ceux-là qui viennent au français avec leur arabité ou leur négritude, leur asiatisme ou leur insularité, leur expérience autre de l’Histoire et du monde, leurs autres mythologies, avec leurs dieux ou leur Dieu, salés par les océans qui ne sont pas les mers frileuses d’ici, mers d’Europe bordant le plus grand pourtour de l’Hexagone. Ils savent ceux-là que le français, langue des Français, n’est pas, n’est plus le trésor des seuls Français. »
(André Brincourt)

Vénus Koury-Ghata (Beyrouth, 1937)
Inspiration poétique et expérience de femme.
« Le français est pour moi un compagnon fidèle, clef des fantasmes, gardien contre les dérapages et la solitude dans un pays qui n’est pas le mien. L’Arabe, c’est l’autre, drapé de mystère. Il emprunte ma plume… Il revient quand bon lui semble, entre les lignes, au détour des pages. Ses passages sont fugaces. »
(André Brincourt)

Amin Maalouf (Beyrouth, 1949)
Une des voix qui montent en France et recueillent tous les suffrages. Auteur des « Identités meurtrières » (Paris, Grasset, 1998)
« Le fait d’être chrétien et d’avoir pour langue maternelle l’arabe, qui est la langue sacrée de l’Islam, est l’un des paradoxes fondamentaux qui ont forgé mon identité… Je bois son eau et son vin, mes mains caressent chaque jour ses vieilles pierres, jamais plus la France (où il vit depuis l’âge de 27 ans) ne sera pour moi une terre étrangère. »

Andrée Chédid. (Le Caire, 1920)
Vit en France par choix. Y brille par sa poésie. Formée en partie à l’Université américaine. Premier poème en anglais.
« Par choix, par amour de cette cité (Paris). Sa pulsation, sa liberté, sa beauté m’ont marquée très jeune d’une manière indélébile. »
(Dans « Questions de français vivant », n° 4, Bruxelles, 1984)

Albert Cossery (Le Caire, 1913)
Vit à Paris depuis 1945. N’a jamais demandé la nationalité française. Décrit une Egypte marginale.
« Je n’ai pas besoin de vivre en Egypte ni d’écrire en arabe. L’Egypte est en moi, c’est ma mémoire. »
(André Brincourt)

Georges Dumani (Egypte, 1882)
Fondateur de l’hebdomadaire « Goha ».
« C’est qu’ici et là on aime la fine clarté, l’intelligence compréhensive, l’ordonnance rythmée de la pensée et du style, l’enchâssement harmonieux des mots dans le tissu des phrases : c’est qu’ici et là –quelle que soit la diversité du génie et de la race- on a le goût de la vérité, le sens de l’ironie et le culte de la tendresse. »
(Dans « L’Egypte, passion française », par Robert Solé, Seuil, 1997, p. 234)

Edmond Jabès (Le Caire, 1912-1991)
Grande notoriété dans la littérature française contemporaine. Quitte l’Egypte à l’arrivée de Nasser, en 1957.
« Mon attachement à la France date de mon enfance et je ne pouvais m’imaginer habitant ailleurs. »
(Dans « Questions de français vivant »)

Elian J. Fibert (Jaffa, 1899-1977)
A chanté les animaux et son pays, Israël. Grand Prix Princeton pour l’ensemble de son œuvre.
« Voici des Musulmans, des Arméniens, des Juifs, des Syriens et bien d’autres. Familles d’esprit aux contrastes et aux oppositions innombrables, mais qui se sont pliés à une même règle et ont accepté une discipline semblable, celle de la langue et de la culture françaises. Peut-être, cette langue et cette culture, touchent-elles en moi ce que nous avons en commun, nous autres riverains de la Méditerranée, je veux dire le goût pour les idées pures, pour la raison. »
(« Revue internationale de culture française »)

Naïm Kattant (Bagdad, 1928)
Né dans la communauté juive de Bagdad. Emigré au Québec, en 1954. Chef de service des lettres et de l’édition des Arts du Canada.
« Si, à vingt-cinq ans, j’ai choisi Montréal comme nouvelle patrie, c’est qu’on y parle français. Aussi, à travers les civilisations, j’adopte une langue et un pays autres que les miens et je garde mon nom. Je ne subis pas mon destin et ma mémoire, je les accepte et je signe mon nom. »
« Le Repos et l’Oubli », essai, Québec, Méridiens Klincksieck, 1987, p. 121 et 196)

André Chouraqui (Aïn Temouchent, Algérie, 1917)
Résistant en France. Maire adjoint à Jérusalem. Traducteur de la Bible et du Coran en français, « une lecture décloisonnée, non confessionnelle » qui, grâce aux « libertés que permet l’éclatement actuel de la langue française, abolit les frontières et lance un pont entre des religions et des confessions fondées sur les réalités essentielles ».
« Ma langue maternelle, avant l’hébreu, était l’arabe. Nous ne parlions que cette langue, qui fut celle de nos plus grands théologiens, dans notre maison, comme dans les rues animées par nos jeux. »
Dans « Le Journal d’un mutant » par Joseph Boly, CEC, Bruxelles, 1987, p. 89)


AMERIQUE – ASIE

Julien Green (Paris, 1900)
Ecrivain américain de langue française. Un monument de notre littérature.
« Ma vraie personnalité ne peut guère s’exprimer qu’en français ; l’autre est une personnalité d’emprunt et comme imposée par la langue anglaise (et pourtant sincère, c’est le bizarre de la chose). Cette personnalité d’emprunt, je ne puis la faire passer en français que fort ma-laisément : elle ne semble pas tout à fait vraie. »
(« Journal » (1943-1945), Plon, 1949, p. 160, 16 sept. 1944)

Hector Biancotti (1930)
Argentin d’origine italienne. Venu en France, à Paris (1963) pour être écrivain français. Membre de l’Académie française. Chroniqueur au « Monde ». Premier roman en français « Sans la miséricorde du Christ » (Gallimard, 1985).
« J’entends les nuances du français, c’est une langue plate, très uniforme au point de vue de l’accent, mais il a la richesse des diphtongues et des différents « e » aigu, accent grave, et cette mystérieuse richesse qui est le « e » muet. Il faut que la phrase soit bien balancée. Pas toutes. On apprend, en écrivant beaucoup de pages, qu’il ne faut pas tomber dans la mélopée. Il faut casser le rythme. Vous avez cédé pendant vingt lignes à la phrase longue et à la mélopée, alors il faut tout à coup faire des phrases courtes. Certains appellent ça la technique. C’est comparable à la musique. »
« Le Magazine littéraire », septembre 1995)

Adolfo Costa du Rels (Corse, 1891)
Romancier et auteur dramaturge bolivien. Ecrivain bilingue.
« Je t’ai donné une culture française afin de perpétuer dans notre famille une tradition qui est une sorte de patrie mentale. Je vous passe le message de mon père. » (à son fils).
(« Revue internationale de culture française »)

Armand Godoy (La Havane, 1880-1964)
A changé de langue à quarante ans pour devenir poète français dans la langue de Baudelaire.
« Depuis que je t’ai découvert
Ton livre jamais ne me quitte
Il vit en moi, toujours ouvert,
Comme un missel de cénobite. »
(« Stèle pour Charles Baudelaire »)

Ventura Garcia Calderon (Paris, 1887-1959)
Né péruvien, à Paris. Fut ministre du Pérou. Ecrivit dans les deux langues en cultivant un grand amour pour la France.
« Me suis-je trompé avec tant de spectateurs universels en venant ici à vingt ans, orphelin ingénu, comme le pauvre Gaspard de Verlaine, prendre place dans ce que l’ancêtre Calderon appelait « le grand théâtre du monde » ? Tout le problème de la culture française et des origines de son génie se posait naturellement à moi. pendant que des soldats nocturnes dévalisaient la France, je faisais, sans pouvoir dormir, l’inventaire de son génie. »
(« Cette France que nous aimons », Paris, Editions H. Lefèbvre, 1942)

Nguyeng tien Lang (Nord, 1909-1976)
Prisonnier du Viêt-Minh (1945-1951). « Les Chemins de la révolte » (1953).
« C’est dans nos fibres les plus profondes que cette empreinte de la France nous a marqués pour toujours, et pourtant nous restons encore et toujours nous-mêmes ; ou, pour ainsi parler, ni tout à fait nous-mêmes, ni tout à fait français ! C’est cela qu’on appelle la synthèse ! Si c’est cela, c’est bien doux à certaines minutes, mais c’est très souvent déchirant. »
(Dans « La Voix au cœur multiple »)

Vo Long-Tê (Sud, 1927)
Ecrit en vietnamien et en français. Baptisé catholique en 1952. Interné en 1975-1977. Au Canada depuis 1991. Traducteur de Paul Claudel. Admirateur de Rimbaud et du poète lépreux Han-Mac-Tu. A servi la poésie française qui lui a permis de rester lui-même dans l’épreuve.
« Reverrai-je bientôt ma lointaine patrie ?
Elle est toujours en moi durant toute ma vie,
Attachée à jamais à la vietnamité. »
(« L’Univers sans barreau », 1991)

A ces auteurs qui se sont exprimés, il conviendrait d’ajouter tous les autres, innombrables, et de plus en plus nombreux, ces dernières années.
Laissons de côté les écrivains d’Afrique noire, des Antilles et de l’Océan Indien ainsi que ceux du Monde arabe et de l’ancienne Indochine, ils sont légion. Nous ne pouvons que renvoyer aux anthologies et histoires littéraires.
Certains pays non francophones et non colonisés par la France entretiennent une littérature presque continue en langue française. C’est le cas de :

Flandre : Charles de Coster, Michel de Ghelderode, Georges Eechoud, Max Elskamp, Franz Hellens, Werner Lambersy, Maurice Maeterlinck, Françoise Mallet-Joris, Félicien Marceau, Camille Melloy, Jean Ray, Charles Van Lerberghe, Liliane Wouters, Pau Willems .

Roumanie : Constantin Amarui, Princesse Bibesco, Adolphe Cantacuzène, Comtesse Anna de Noailles, Petru Dimitriu, Mircea Eliade, Benjamin Fondane, Virgil Gheorghiu, Luca Gherasim, Isidore Isou, Panaït Istrati, Tristan Tzara, Hélène Vacaresco, Horia Vintila, Ilarie Voronca.

Russie : Arthur Adamov, Victor Alexandrov, Nelle Bielski, Alain Bosquet, Hélène Carrère d’Encausse, Christian Dédeyan, Georges Govy, Joseph Kessel, Zoé Oldenbourg, Nathalie Sarraute, Boris Schriber, Elsa Triolet, Vladimir Volkoff, Vladimir Weidké.

Grèce : Alfred Cohen, André Kedros, Gisèle Prassinos, C.P. Rodocanouchi, Georges Spyridaki, Nikos Zazantzaki.

Italie : Louis Calaferte, Gabriele d’Annunzio, Lanza Del Vasto, Geneviève Genari.

Espagne : Arrabal, Salvador de Madiaraga, Luis de Villalonga, Picasso.

Egypte : Amouar Abdel Marek, Albert Adès, Faouzia Assad, Georges Cattauï, Georges Henein, Albert 
Josipovicci, Joyce Mansour, Filippo Marinetti, Out El-Kouloub, Robert Solé, Gaston Zananiri.

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Merveilleuse année 2020

12273321461?profile=originalLes lampions se sont éteints, les humains sont rentrés chez eux et la vie reprend "peu à peu" son cours.  Bonne année, joyeux Noël, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté… 

Et à propos, où sont ces êtres qui portent la lumière, faisant fuir l’obscurité qui semble couvrir notre avenir ?  Bonne année, dansottons sous les trémolos d’un violon et faisons sauter les bouchons dans l’espoir d’un peu d’ivresse.  Les excès d’un éphémère instant de liesse nous fera oublier la réalité, les victimes de la méditerranée, les rejetés d’une société en panique et les mensonges étalés par une publicité omniprésente. 

Joyeux Noël et bonne année certes, même si, malheureusement, je déteste les fêtes, les souhaits ânonnés du bout des lèvres, d’un sourire de circonstance et l’haleine chargée par des relents de repas plantureux pour certain, de "crève misère" pour d’autres,  tant pis si le monde continue à tourner de plus en plus vite, de moins en moins contrôlé par un chauffeur irresponsable. 

Les bourses se délient, les montants consacrés sont écœurants, le markéting se porte bien.12273321673?profile=original Certains  nous enlisent sous des messages de paix tandis qu'au même instant, sous prétexte de religions d’autres affûtent leurs armes attisant les haines  qui ne sont, somme toute, que nuages de fumée, mais pour quelles raisons ?  Sommes-nous réellement prêts à assumer la paix ?  Sommes-nous conscients de ce que cela veut dire ?  Que ce mot se mérite, demande de l’effort, de l’empathie, du partage et de la tolérance.  La paix signifie tendre la main sans essayer de tirer l’autre à soi, c’est faire preuve de tendresse sans pour autant oublier sa propre éducation.  La paix  c’est respecter l’intimité de chacun sans imposer la sienne.  En d’autres mots, c’est compliqué même si l’impossible n’existe pas, pas encore, pas si nous nous offrions du temps en oubliant de juger plutôt que d’essayer de comprendre.

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Ainsi 2020 fait son entrée.  Sidney tremble devant les flammes et la ville déploie la fureur d’un feu d’artifice hors norme.   « Les secours nous coûtent une fortune », proclamait un dirigeant devant les caméras.  Belle comédie si l’on oublie de quantifier le budget de cette parade d’explosion qui feront trembler la ville sous les regards effarés des pompiers qui luttent contre l’avancée des flammes. 

Bonne année!  Oui, certes, en remerciant tous ceux qui veillent au creux des hôpitaux, à ceux qui gardent les routes, qui veillent sur notre sécurité.  Bonne année oui, même à ceux  qui combattent les pénibles respirations et surtout pour ces porteurs de larmes qui sanglotent pour de multitudes raisons. 

Non, je n’aime pas la période des fêtes.  Je crains cette période, non pas pour ce qu’elles représentent au contraire, mais en raison d’une hystérie commerciale qui s’est emparée d’un sujet qui mériterait d’être épuré tout simplement. 

Oui, la lumière va reprendre ses droits, oui le chant des oiseaux s’entendra en pétillement heureux, oui les bourgeons vont poindre timidement le nez.  Ainsi, à mon regard, c’est dans cette manifestation que se fête l’an neuf.  Je regarde les champs de ma jeunesse, ils n’existent plus, seuls quelques arbres plantés artificiellement  rappellent qu’ici la forêt prenait ses marques.  Le petit peuple des bois s'est exilé.  Il a été remplacé par quelques lotissements, par un vomissement de voiture à chaque levé du jour, à chaque fin de journée et devant cette absurdité le rouge-gorge tremble d’être un jour égorgé en raison de son besoin de liberté.  Oserais-je avouer que j’ai peur ?  Peur de vieillir non en raison de l’âge, du grincement de mes articulations, mais devant la crainte qu’un matin il soit décidé que nos carcasses dérangent.  Il n’est pas bon d’être inutile lorsque l’on fréquente nos contrées.  Chacun se doit d’être rentable, d’engraisser les caisses, de se lever, de se coucher, de se battre pour trouver une petite place, une place digne ?  Qu’est-ce la dignité ?

Ce matin les gueules de bois prédominent tandis que les égouts débordent.  Ce matin c’est un peu comme hier, comme un biscuit géant sur lequel on serait assis et pour survivre, on grignote peu à peu.  Sérieusement, dans quoi va-t-on tomber ?

Bonne année, même si le sourire semble avoir déserté mon regard je vous souhaite que le vôtre brille intensément.

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Philippe De Riemaecker

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L’éternel sacrifice

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L’éternel sacrifice

(ou L’effusion des sentiments)

 

Face cachée, part des ténèbres

Mystère sacré, halo de lumière

Chimie des corps

Alchimie de cœurs

Education et société, dorure

Faux-semblants ou nudité, fêlure

Comme une source à son griffon

s’écoule de nos jours la lave

mêlant au rouge du tison

la sève qui dans l’orage

donnera les floraisons

jaillies d’un cri d’espoir,

de sueur, sang et suie noire

retombées de nos nuits ardentes,

fleurs de passions et artifices,

pour cette illusion permanente

qu’est l’amour, éternel sacrifice.

Michel Lansardière

 

 

Cœur de lave, Napau crater, Kilauea, Hawaï (photo, libre de droit, captée sur le net)

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Ce que j'abrite à l'intérieur

Je n’ai pas besoin
de voir un oiseau
pour écrire sur les oiseaux
je n’ai pas besoin
de la saison des fleurs
pour dire le bleu
des jacinthes
Je n’ai pas besoin
de la lumière du jour
pour éclairer mes pages
Tout cela
je l’abrite
à l’intérieur de moi


Martine Rouhart

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BIENTÔT 2020...

La vie s'enfuit, on court derrière

Comme des mille-pattes déboussolés!

Pas question d'rester en arrière

On a tellement envie de rêver...

Dans les rues et dans les jardins

Les guirlandes font un p'tit détour

Ce sont si jolis serpentins

Que les sourires sont de retour...

Dans quelques jours déjà Noël!

Alors des étoiles plein les yeux

Après quoi une année nouvelle

Aussi des vœux pour rendre heureux?

Que pour tous cette année soit belle

On ne se lasse pas de l'apprendre!

Et cette jolie ritournelle

On finira bien par l'entendre...

Si les ans apportent la sagesse

Avec un plus d'anxiété...

On a toujours le goût d'l'ivresse

Et surtout, besoin d'être aimé!

Joyeux Noël et bonne année.

J.G.

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Chaud, chaud

La terre n'est plus cet immense point d'interrogation d'il y a quelques siècles.Ce temps où l'on croyait cette dernière plate jusqu'à ce que certains voyageurs intrépides démontrèrent qu'elle est bien ronde et qu'on ne tombait pas à son extrémité ! Maintenant la terre on la connaît bien. Elle est petite, on en fait vite le tour, nous sommes nombreux dessus et elle est en piteux état. Celui qui abandonne sa bouteille en forêt, ses cartons graisseux dans les buissons ne peut plus ignorer sa contribution à la défaire. Ainsi qu'à chaque tour de clef le nuage noir qu'il envoie sur ses propres enfants. Et s'il se dissipe à ses yeux il vient tout la haut s'ajouter à tous les nuages noirs qui bientôt nous recouvrirons tous, êtres et plantes. Y verrons-nous quelque chose ? Y respirerons-nous encore le parfum du printemps, de l'automne, du blé et des vendanges. Non, tout sera noir, couleur charbon et la moindre étincelle enflammera le charbon. C'est donc la chaleur qui s'est emparée de la terre et de nous qui sommes en surchauffe de tout connaître, de tout avoir, traqués par le besoin d'arpenter villes, villages, musées, statues, vallées et montagnes afin d'emporter en nos tiroirs des parcelles de bien commun.Et oui, elle est bien petite la terre et bien fragile ! Maintenant qu'on le sait on ne jettera plus sa bouteille de champagne à la mer; Promis, enfants jouisseurs !


Pensée du jour. 5/12/2019
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L'ATTENTE...

La pluie est venue

Un rythme s'impose

Point de déconvenue

Ni d'regard morose...

Ce soir tu viendras

Un soleil au cœur

Chasser les langueurs

Et m'ouvrir tes bras...

La pluie subtilement

Occulte la ville

Complice des amants

Une douceur fragile...

J'aime ce temps d'automne

Presque autant que toi

La vie y bourdonne

D'un si bel émoi!

J.G.

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12272799267?profile=original" La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France" est un poème en prose de Blaise Cendrars, pseudonyme de Frédéric Louis Sauser (Suisse, 1887-1961), publié à Paris aux Éditions des Hommes nouveaux en 1913, avec des illustrations de Sonia Delaunay. Les trois premiers grands poèmes de Cendrars (Prose, les Pâques à New York, 1912, et le Panamá ou les Aventures de mes sept oncles, 1918), seront regroupés sous le titre Du monde entier chez Gallimard dès 1919.

 

A peine âgé de seize ans, le poète est à Moscou. Son adolescence est «si ardente et si folle que [son] coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Éphèse ou comme la place Rouge de Moscou». «En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre.» Un vendredi matin, il part avec un représentant en bijouterie qui se rend à Kharbine. Il est accompagné par sa maîtresse, la petite Jehanne de France, «une enfant, blonde, rieuse et triste», trouvée dans un bordel et qui demande sans cesse: «Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?» Le train avance et le poète perçoit «dans le grincement perpétuel des roues / Les accents fous et les sanglots / D'une éternelle liturgie». La guerre et ses visions d'horreur accompagnent le voyageur. Il débarque à Kharbine alors qu'«on venait de mettre le feu aux bureaux de la Croix-Rouge», et se promet d'aller «au Lapin Agile [se] ressouvenir de [sa] jeunesse perdue / Et boire des petits verres» dans ce Paris «ville de la Tour unique du grand Gibet et de la Roue».

 

 

La Prose du Transsibérien fut annoncée bien avant sa réalisation par un bulletin de souscription des Éditions des Hommes nouveaux. C'est grâce à la découverte, due aux Delaunay, des «contrastes simultanés» que Cendrars entrevit très tôt les moyens techniques de donner forme à son lyrisme cosmique. L'ouvrage visait en effet délibérément à un complet renouvellement de matière et d'inspiration, loin de «l'ancien jeu des vers». La course du Transsibérien lancé à travers les steppes de Russie et entraînant le rêve du voyageur offrait un thème idéal à Cendrars pour définir et proclamer son nouvel art poétique, associé à une véritable révolution typographique: car la première édition de l'ouvrage fut composée sur un dépliant de deux mètres de long, mêlant divers corps et caractères, et permettant une parfaite interpénétration du texte et de l'illustration.

 

Les lettres et les fragments d'agenda de Cendrars, divulgués depuis sa mort, établissent indiscutablement qu'au cours des deux séjours qu'il effectua en Russie (le premier de l'automne 1904 au printemps 1907 et le second entre avril et novembre 1911), il n'accomplit jamais le voyage dont il est question dans ce poème. C'est pourtant la mémoire, le lointain souvenir de son arrivée là-bas, au temps de la guerre russo-japonaise (1904-1905), qui donne le départ de la Prose. Écrit à la première personne, le poème a le «je» comme unité, la subjectivité comme principe de cohérence et le «broun-roun-roun des roues» pour tempo.

 

Le rythme frénétique de la course du Transsibérien va s'accélérant au fur et à mesure, amplifié par la répétition d'images évoquant des tournoiements, des tourbillons, une violence vertigineuse. Dès les premiers vers, le rouge du feu et du sang donne la couleur du poème: celle d'une course infernale dans laquelle «tous les démons sont déchaînés» et «tous les trains sont les bilboquets du diable», qui prend l'allure d'une plongée dans l'abîme à mesure que l'on approche de la fin: «La mort en Mandchourie / Est notre débarcadère et notre dernier repaire.» Le train a pour escorte les maladies, les famines («La faim, la putain, se cramponne aux nuages en débandade»), la guerre, les souffrances («J'ai vu [...] des plaies béantes des blessures qui saignaient à plein orgue») et le voyage, expérience de désillusion, laisse le poète en proie à la nostalgie de sa «jeunesse perdue» et au regret: «Je voudrais n'avoir jamais fait mes voyages.»

 

«Dédiée aux musiciens», la Prose du Transsibérien est composée comme un poème symphonique; les visions y défilent en gammes qui montent du présent vers l'avenir et les leitmotive s'y succèdent, dont le fameux refrain «Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?» de Jehanne, la «fleur du poète», son inspiratrice, qui reste pourtant comme en marge du voyage vers l'Orient: «De toutes les heures du monde elle n'en a pas gobé une seule». C'est à Jehanne, en revanche, que revient la scansion d'un second voyage qui, à l'intérieur du trajet Moscou-Kharbine, fait défiler les images d'un paradis perdu et de plus en plus lointain: le «gros bourdon de Notre-Dame», le cabaret du Lapin Agile, Montmartre, la Butte qui a «nourri» la jeune fille.

 

Conjuguant les registres les plus variés _ de l'envolée lyrique la plus parfaite au «Mimi mamour ma poupoule mon Pérou» ou au réalisme le plus cru _, la Prose du Transsibérien est un voyage halluciné de froid, de dépaysement, d'insomnie, de violence; le récit d'un globe-trotter sans attaches, d'un nomade savant qui, les sens en éveil («Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur»), a su, vitesse et tragédie mêlées, élaborer ici un des grands mythes de la modernité poétique.

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