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12272718065?profile=originalLa vie de Voltaire recouvre tout un siècle, ou peu s'en faut : mieux, l'écrivain se confond avec son temps au point qu'on a parlé dès son vivant du siècle de Voltaire . Plus encore, il semble incarner l'esprit même de la France. A quoi tient cette assimilation, quasi unique dans les lettres françaises ? A l'abondance de son oeuvre ? Il a écrit dans tous les genres jusqu'au dernier souffle ; mais, excepté les Contes , l'affaire Calas et la Correspondance  (en extraits), que lit-on, que sait-on encore de Voltaire ? Le reste appartient aux spécialistes,voire à ces maniaques d'une érudition stérile dont il se moquait si bien. Gloire internationale et rétrécie que la postérité a réduite au jardin de Candide. Gloire paradoxale peu conforme à celle qu'il espérait : poésie de Voltaire, théâtre de Voltaire, placements sûrs à ses yeux comme à ceux de ses contemporains, qu'êtes-vous devenus ? « Le superflu, chose très nécessaire », raillait-il : l'avenir l'a pris au mot. Dans le monument qu'il a laissé, c'est l'accessoire qui a survécu. Gloire déconcertante ; car, enfin, à la différence de Diderot ou de Rousseau, Voltaire n'a rien inventé, surtout pas un système de pensée, lui qui détestait les faiseurs de systèmes, pas même un genre littéraire. Sa poétique est morte et bien morte, balayée par le vent des modernismes. Les valeurs auxquelles il s'agrippait de tout son être tout en feignant de les combattre ne sont-elles pas celles sur lesquelles reposait l'Ancien Régime et que l'histoire allait renverser ? Que reste-t-il donc de lui et pourquoi reste-t-il ? Le besoin de connaître, de comprendre et d'expliquer, un talent exceptionnel de clarification, la « passion de penser tout haut », une soif ardente de justice et de vérité, un zèle inépuisable au service de ses convictions, quitte à répéter mille fois les mêmes idées, suffisent-ils à définir la supériorité du génie ? Voltaire aurait-il régné comme il l'a fait s'il n'avait eu le don supplémentaire de capter l'opinion (eût-il tort ou raison) par le tour plaisant qu'il imprimait à sa pensée, au risque de passer pour un écrivain superficiel, et par un influx dont il avait seul le partage ? Jean-Jacques mis à part, il a exterminé tous ses adversaires. Gloire offensive, par conséquent, mais gloire rassurante, celle d'un être qui n'a cessé de donner le change sur sa vraie nature et de vivre en opposition avec lui-même : associant dans un même élan conservatisme et contestation, à l'image du peuple français qui a d'excellentes raisons de se reconnaître en lui.

Ce « mystique inhibé »

G. Desnoiresterres a raconté la vie de Voltaire (résumée par R. Pomeau) en huit volumes plus que centenaires, dépassés mais non remplacés. Le personnage offre des contrastes permanents. Favorisé par le destin qui le fait naître au coeur de Paris (ou peut-être à Châtenay), dans un milieu aisé et riche de relations, François Marie Arouet manifeste d'emblée une fragilité dont il tirera parti pendant quatre-vingt-quatre ans, toujours mourant et ressuscitant, et en tout domaine passant d'un extrême à l'autre. Ce n'est pas duplicité de sa part, c'est le rythme naturel de son tempérament cyclothymique. Dernier de cinq enfants dont deux disparurent en bas âge, orphelin de mère à sept ans, il souffrit, semble-t-il, dans sa famille d'un isolement et d'une frustration de tendresse qui le marquèrent à jamais. Il dut également éprouver très tôt le sentiment d'un retard à rattraper : d'où ce besoin effréné de se classer le premier à la face de la terre en éliminant toute espèce de concurrence autour de lui, et de se faire remarquer par des incartades répétées. Arouet L.I.  (le jeune) est devenu (par anagramme) Voltaire  : manière de se singulariser tout en soulignant son infériorité natale. Il devait s'inventer par la suite une pléthore d'identités postiches. Une tendance obstinée à se fuir, la constante recherche d'appuis extérieurs (les femmes, les grands, notamment le régent ou Frédéric II), la difficulté à se fixer (il ne fonde pas de foyer et attend d'avoir franchi le cap de la soixantaine pour ne plus habiter chez les autres) signalent une évidente immaturité affective, une insécurité maladive, une incapacité congénitale à être soi au sens où Montaigne et Jean-Jacques l'entendaient. Il allait même jusqu'à se croire bâtard. Incarnation de l'Anti-Narcisse, Voltaire se désintéresse totalement de son moi  : Candide n'a rien à envier sur le plan matériel ; ce qui fait sa misère, c'est qu'il ne peut subsister sans l'aide morale d'autrui. Mais cette quête pathétique bute sur des obstacles répétés dont l'intéressé est le premier responsable : Voltaire a le don de se rendre insupportable partout où il passe. Il a enduré dans sa longue vie un bon nombre d'avanies retentissantes (la bastonnade du chevalier de Rohan et l'humiliation de Francfort sont les plus célèbres) : les torts n'étaient jamais entièrement contre lui.

Émile Faguet l'appelait « un chaos d'idées claires » : formule contestée à juste titre. Il fut plus sûrement un noeud de tendances contrariées. « Mystique inhibé », selon les termes de R. Pomeau, courtisan déçu, poète rentré, coeur frustré, cet écorché vif a trouvé le moyen de se faire prendre pour un insensible par excès de sensibilité, mais d'une sensibilité toute « primaire » et très proche de l'impétuosité. Dans sa sexualité, l'inceste exerce une sorte de barrage : la femme est plus ou moins pour lui une mère protectrice (Mme de Rupelmonde), une soeur (Mme du Châtelet), une fille (Mme Denis), une complice ou une compagne, jamais l'épouse et rarement l'amante. Si ses maîtresses le trompent, il entre en furie et, l'instant d'après, badine : ressentirait-il le cocuage comme une libération ? Cet ennemi des convulsionnaires avait de réelles convulsions. « Mon Dieu, qu'il est bête, lui qui a tant d'esprit ! », s'écriait Mme de Graffigny. Avec une intelligence supérieure, Voltaire accumulait bévues, maladresses, mesquineries insignes. D'un héritage médiocre il a su faire une fortune immense : généreux dans les grandes circonstances, il se montrait ladre dans les petites. Il ne lui fallut pas moins de soixante ans pour atteindre la sagesse : car il y avait en lui un fonds d'ingénuité candide, une âme disposée à croire au meilleur des mondes, à la bonne foi des gens, à l'infaillibilité des vérités qu'on lui avait enseignées, et prise perpétuellement au dépourvu par le démenti des événements, quitte à se défendre par des sarcasmes contre l'injustice du sort pour mieux dissimuler sa déconvenue et se punir de sa faiblesse. Tel fut Voltaire, orphelin prolongé, tels furent ses héros de roman.

Un écrivain tout ensemble classique et moderne

Avec le recul du temps, la carrière de Voltaire donne l'impression d'une réussite incomparable. La réalité fut tout autre. Aux difficultés de la condition d'auteur au XVIIIe siècle Arouet le fils ajoutait les risques occasionnés par son impertinence. Dans le système très coercitif de la monarchie absolue, l'auteur d'Oedipe  et des Lettres philosophiques  incarne d'abord une protestation contre les excès et les abus du pouvoir, une aspiration « bourgeoise » (plus que démocratique) à la liberté individuelle, celle qui permet d'avoir les opinions de son choix et de dire tout haut ce que l'on pense, du moment qu'on n'attente pas à l'ordre public. Frondeur, mais non rebelle, Voltaire n'a pris la figure d'un précurseur hardi qu'en raison du retard intellectuel, politique et religieux accusé par la France à la mort de Louis XIV. Homme d'action, son avance est essentiellement d'ordre pratique.

Ce ne fut pas un génie précoce : du moins, chez lui, le génie tarda-t-il à s'éveiller au sein d'un talent qui avait gagné sans peine les hauteurs. Comme Victor Hugo (on l'a souvent remarqué), Voltaire resta longtemps un élève éminemment doué qui imite ses maîtres, et il n'écrivit ses chefs-d'oeuvre (l'Essai sur les moeurs , Candide ) qu'à un âge très avancé. L'Ingénu  (1767 : l'auteur avait soixante-treize ans) étincelle de jeunesse. L'entrée dans la carrière des lettres mettait ce fils de tabellion en conflit avec les siens (son père et son frère aîné) ; à elle seule, elle avait valeur d'affranchissement. Mais le débutant s'engagea dans les voies les plus traditionnelles de l'art, la tragédie et l'épopée. Le succès d'Oedipe  (1719) n'avait pas de quoi faire rougir M. Arouet père ; le sujet choisi eût pu l'inquiéter, mais Freud n'était pas encore passé par là. Quant à La Henriade  (1723), elle vaut surtout par les obsessions qui s'y reflètent : crainte envers les religions génératrices de fanatisme, haine du prêtre, aspiration à un despotisme tolérant. Car Voltaire ne nie pas le bienfait de l'autorité, pourvu qu'elle sache respecter le droit des personnes.

Voltaire, qui tenait au jansénisme par la fibre paternelle et aux milieux libertins par les amis de sa mère, reçut auprès des jésuites le meilleur des enseignements possibles. Les guerres de Religion, c'est un conflit de famille qu'il n'a jamais assumé complètement : l'arrivée de la Saint-Barthélemy lui donnait la fièvre. Esprit réceptif par excellence, il répercutait tous les rayons que la vie lui adressait : il fut un mondain, mais un mondain tourmenté, beaucoup plus proche de Pascal qu'il ne le croyait, alliant le luxe et l'angoisse comme deux pôles de son être. Des jésuites il eut les qualités et les défauts : un goût précoce pour les affaires du temps, un sens éminent de l'actualité, une souplesse d'adaptation, de l'entregent, du flair, l'attrait pour les cimes de la société, des ressources inépuisables de ruse et de méchanceté dans la controverse, un modernisme intellectuel qu'appuyait sans le contredire un humanisme très respectueux des traditions.

Voltaire entre en littérature par la grande porte. Dans l'univers des formes, il n'invente pas, mais toujours « choisit avec discernement la forme littéraire appropriée » (Pomeau). La littérature, par le jeu qu'elle impliquait, par la discipline qu'elle imposait, fut un havre de salut pour lui : elle mit l'unité dans la diversité de ses humeurs et lui permit de se donner la comédie sous mille postures, en multipliant les déguisements. Étudier ses oeuvres par rubriques ou par genres ne présente qu'un intérêt restreint, à moins de se limiter à des remarques d'ordre technique : il importe davantage d'y repérer des lignes de force et des points de convergence. La hiérarchie des styles, les conventions esthétiques, la distinction de la prose et de la poésie sont pour lui des vérités de foi, et il s'accommode en littérature du dogmatisme dont il fait litière en religion.

Voltaire fut-il pour autant « le dernier des écrivains heureux », selon l'expression de R. Barthes ? Il est de ceux pour lesquels le langage qu'ils utilisent ne fait pas problème parce qu'il n'est rien d'autre qu'un outil mis au service de la pensée. A cet égard, il est antérieur au sensualisme des Lumières et l'on ne s'étonne pas de le voir élever Le Temple du goût  (1733), allégorie qui va beaucoup plus loin que l'apologue narquois qui en porte le titre. Voltaire se défie du génie autant que de l' imagination, puissances sauvages et obscures ; il exerce l'apostolat du goût avec une ferveur pointilleuse sans être aveugle pour autant aux beautés d'un Shakespeare ou d'un Milton (qu'il a contribué à populariser en France). Il rêve d'épurer tous les livres de leurs imperfections, même ceux de Racine et de Boileau, ses dieux. Il y a un Voltaire grammairien, qui ne rougit pas de donner des leçons particulières de syntaxe et de versification à Frédéric II ou de rédiger des Conseils à M. Helvétius sur la manière d'écrire une épître morale . Toutefois, il ne s'abaisse à composer ni un Traité de prosodie française  ni un Cours de belles -lettres , et cela le distingue des abbés d'Olivet et Batteux, ou du brave abbé Trublet qui « compilait, compilait, compilait ».

Car Voltaire fuit le pédantisme comme la peste. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, entre Mme Dacier et Houdar de La Motte, il n'est à vrai dire ni d'un côté ni de l'autre, mais tire habilement son épingle du jeu en raillant les excès contraires. Il se gausse des ridicules d'Homère et se pose néanmoins en admirateur des chefs-d'oeuvre du passé, sans épargner pour autant Fontenelle et La Motte, chefs de file des Modernes. A mesure qu'il vieillit, on sent poindre en lui la réticence de l'ancien à l'égard des novateurs, si dénués de goût pour la plupart ! Le goût de Voltaire n'ignore pas cependant que « le beau est souvent très relatif » : pour un crapaud, la beauté, c'est sa femelle, impression plus sûre que le galimatias des philosophes sur « l'archétype du beau en essence, [le] to kalon  ». Comme Pococuranté, le patriarche de Ferney a connu la tentation du dénigrement absolu ; il a éprouvé la satiété liée à la possession des biens. L'humaniste sur le penchant eut-il conscience que son siècle le débordait ?

A bien des égards, pourtant, cet écrivain toujours heureux d'écrire inaugure un style moderne. La prose portative, enjouée, sans rien qui pose ou qui pèse, a pris naissance avec lui (seul le Pascal des Provinciales  l'avait précédé). Voltaire a beaucoup contribué à rapprocher la littérature de la vie quotidienne, à la mettre au service de l'événement : sa correspondance (dix-huit mille lettres !) en témoigne. Irasci celer  : c'est cette promptitude, ce primesaut de l'esprit qui le rendent inimitable. « Reporter de génie » (Pomeau), il est l'ancêtre de tous les journalistes, dans la mesure où le journalisme peut être élevé à la dignité de genre littéraire. Si le XVIIIe siècle a été un âge d'or de la littérature et de la langue françaises, c'est à Voltaire en grande partie qu'il le doit. Après lui, tout Français qui sait écrire a suivi son enseignement. Seuls les écrivains malheureux, dont la race pullulera toujours, osent lui chicaner ce titre de gloire.

La pensée critique

Praticien des belles-lettres, Voltaire lutte à armes égales avec Jean-Baptiste Rousseau dans le haut lyrisme, avec Gresset dans le style gracieux, avec Piron dans l'épigramme, avec Louis Racine dans le didactisme élevé, avec Crébillon dans la tragédie. Certains domaines lui échappent, ceux où l'originalité esthétique est la plus forte et par conséquent la plus déroutante : Marivaux, l'abbé Prévost lui demeurent étrangers. La satire est sa chasse gardée. On soutiendrait un beau paradoxe en affirmant que le meilleur Voltaire est celui de la poésie et du théâtre. Il faut pourtant rappeler, à moins de sacrifier la réalité aux idées reçues, que la qualité d'une oeuvre ne coïncide pas forcément avec son importance. Voltaire n'aurait jamais acquis une telle hégémonie parmi ses contemporains s'ils n'avaient salué en lui le premier dramaturge et le premier poète du siècle. Ses vers sont de la prose rimée ? Ses tragédies un centon de réminiscences et de clichés ? Point de vue à dépasser : « l'expression d'une pensée qui retentit dans la sensibilité exige le grand poème en alexandrins », dit fort bien Pomeau. Voltaire revient aux vers chaque fois que les circonstances l'exigent, par exemple pour traduire l'émotion que lui  procure le désastre de Lisbonne. S'il écrit Le Pauvre Diable  en décasyllabes sémillants, c'est qu'il a ses raisons : au lecteur avisé de les sentir ! J. Van den Heuvel a étudié récemment Voltaire dans ses Contes  (1967) : c'est fort bien fait, mais n'est-ce pas aller au plus facile ? Qu'attend-on pour rechercher « Voltaire dans son théâtre » ? Il a commencé et fini par une tragédie. On ne laisse pas cinquante-deux pièces (plus que Corneille et Racine réunis), on n'est pas soi-même acteur, metteur en scène, entrepreneur, directeur, fournisseur attitré uniquement pour galoper après la mode : combien de retentissements profonds seraient à détecter dans ces produits périmés !

« Ils n'avaient guère que l'esprit de leur temps, et non cet esprit qui passe à la dernière postérité », déclare Voltaire des écrivains de second rang. A quoi donc tient la différence ? Paradoxe surprenant : Voltaire avait éminemment l'esprit de son temps et il est passé à la postérité. Ses détracteurs ont beau jeu de dénoncer la médiocrité du penseur. L'entendement voltairien agit à la manière d'un reflet : il « réfléchit » et donne à voir. La limpidité, le discernement, la justesse du coup d'oeil compensent l'absence de profondeur. Voltaire inaugure le règne des Lumières en faisant rayonner la clarté sur tout ce qu'il aborde. Newton, Locke deviennent grâce à lui transparents. Dieu est une évidence démontrée à la raison. La morale, affirme-t-il, « est la même chez tous les hommes qui font usage de leur raison. La morale vient donc de Dieu comme la lumière. » On le voit, si les bornes de l'esprit humain sont étroites, la certitude sur l'essentiel ne fait pas de doute pour celui qui voulait être « douteur et non docteur ».

Parler de raisonnements à courte vue, c'est oublier que Voltaire en son temps a contribué à élargir l'univers de la connaissance avec une obstination infatigable. Il appartient à un âge « critique » dans l'histoire de la pensée : Bayle, Fontenelle ont ouvert la route, Montesquieu le précède de peu dans cette voie. Il s'agit de crever la croûte opaque des phénomènes pour s'élever à l'intelligibilité des choses. Autant de percées, autant de prises de conscience. Si Voltaire admire tant Newton, c'est parce qu'il a rendu compréhensible le fonctionnement de l'univers : un voile de ténèbres est définitivement déchiré, l'homme connaît les lois de la nature. Quant à Locke, il a écrit « l'histoire de l'âme », alors que tous ses prédécesseurs en avaient écrit le roman. « Après tant de courses malheureuses, fatigué, harassé, honteux d'avoir cherché tant de vérités et d'avoir trouvé tant de chimères, je suis revenu à Locke, comme l'enfant prodigue qui retourne chez son père. » Voilà comment Voltaire résumait, dans Le Philosophe ignorant  (1766), son itinéraire intellectuel. Avant de minimiser le résultat, qu'on mesure le chemin parcouru !

La philosophie de Voltaire procède d'un géométrisme radieux dont il doit, malgré qu'il en ait, l'essentiel à Leibniz et à Pope. « Tout est bien », dit Pope ; « Tout est le mieux possible », dit Leibniz : l'auteur de Candide  était disposé à leur emboîter le pas. Les épreuves l'en empêchent et il corrige : « tout est ce qu'il doit être » (Sixième Discours sur l'homme ). Formule ambiguë. S'il répudie « la naïveté d'un finalisme à courte vue » très répandue vers 1730 (J. Ehrard), Voltaire reste finaliste par conviction profonde : au plus fort du désarroi, il ne peut renoncer à la croyance que le monde a un sens et que ce sens n'est pas mauvais. L'énigme du mal demeurera toujours insoluble : le mal interfère sur l'équilibre providentiel de l'univers comme une absurdité inexplicable. « Dieu existe et l'humanité souffre : la philosophie et les systèmes sont impuissants à accorder ces deux certitudes » (Ehrard). Aussi n'y a-t-il pas pour cet esprit pratique de solutions définitives aux problèmes métaphysiques. Le propre de l'intelligence, c'est de s'élever du mieux possible à la compréhension de toute chose. Mais la grandeur de l'intelligence humaine, c'est d'« admettre l'incompréhensible, quand l'existence de cet incompréhensible est prouvée » (Dialogues entre Lucrèce et Posidonius ).

Le lutteur

Religion et histoire

Voltaire a eu au moins trois passions : la religion, l'histoire et la justice. La première a été magistralement analysée par Pomeau qui conclut sa longue enquête sur ces mots : « La religion de Voltaire fut la rencontre d'un caractère et d'un siècle. » Affrontement intime où se reflète la crise collective du sentiment religieux au XVIIIe siècle. Par quels excès l'Église catholique s'est-elle mise au ban de la conscience européenne jusqu'à laisser déclencher la guerre au surnaturel ? Quel traumatisme a donné à Voltaire, comme à tant de ses contemporains, la haine du prêtre homme de sang ? « Je ne suis pas chrétien, mais c'est pour t'aimer mieux », crie le jeune Arouet à Dieu, et l'on préfère ce cri d'amour au cri de guerre un peu sénile des dernières années : « Écrasons l'infâme ! » Il a compris qu'il fallait enlever à l'Église l'exercice du pouvoir temporel et le monopole des âmes : là-dessus, l'avenir lui a donné raison. Mais son déisme implique un antichristianisme radical puisqu'il nie la divinité de Jésus-Christ. L'Incarnation, la Révélation passent son entendement : elles lui paraissent une atteinte à la majesté de l'Etre suprême. C'est en vertu de son rationalisme farouche que Voltaire réprouve la folie de la Croix, ce qui ne l'empêche pas de garder au fond du coeur une nostalgie de l'infini céleste et de redouter comme un danger pour l'humanité toute forme d'athéisme ou de matérialisme.

Dieu sera pour Rousseau une image de lui-même. Il est pour Voltaire un père retrouvé et l'allégeance à l'Éternel est si forte chez lui qu'elle lui laisse toute disponibilité pour se consacrer à ses frères et jouir des biens terrestres. L'histoire occupe une place d'honneur dans le grand tour de la connaissance auquel se livre cette intelligence assoiffée de sciences concrètes. Elle met l'esprit en contact direct avec le devenir universel. Historiographe par vocation avant de l'être officiellement, Voltaire n'a cessé de tenir la chronique des événements au fur et à mesure qu'ils arrivaient. Sans avoir une « philosophie de l'histoire » à proprement parler (il lui eût répugné d'y prétendre), il a considérablement amélioré la manière d'écrire l'histoire, l'arrachant à la légende pour la rendre à la vérité. Sa méthode, fondée sur une information minutieuse et un raisonnement rigoureux, fait date : « Les nouvelles découvertes ont fait proscrire les anciens systèmes, dit-il. On voudra connaître le genre humain dans ce détail intéressant qui fait aujourd'hui la base de la philosophie naturelle. » De l'Histoire de Charles XII  (1732) à l'Essai sur les moeurs  (1756) , les oeuvres spécifiquement historiques de Voltaire atteignent un volume considérable. Avec le temps, il avait accumulé un savoir prodigieux qui ne laisse pas d'encombrer ses écrits de la vieillesse. Mais la mémoire et l'érudition ne sont que d'humbles servantes à ses yeux : par l'histoire, Voltaire veut rejoindre l'« esprit » des nations et des époques et rendre sensibles à tout lecteur de bonne foi les progrès de la raison, cette lente et irréversible montée vers la lumière. Ainsi se réunissaient deux constantes de son génie : l'empirisme et le culte des valeurs.

Politique

Religion et histoire n'auraient pas suffi à Voltaire si elles ne l'avaient dévoué à son prochain. S'il n'a pas, comme Montesquieu ou Rousseau, une doctrine politique à présenter et à défendre, la politique lui brûle les doigts. Cet arriviste-né a longtemps espéré devenir un grand commis de l'État, ambassadeur ou ministre ; à plusieurs reprises, il est intervenu dans les affaires du royaume. De Zadig  à Candide , il a franchi le seuil de l'inéluctable désillusion : après avoir tant travaillé pour la cause du despotisme éclairé, le patriarche de Ferney renonce à convertir les princes ; il tire sa révérence aux gouverneurs de la terre et se mue en seigneur de village. Il mène, il mènera jusqu'à sa mort à Paris une lutte ardente pour la justice. Le Traité sur la tolérance  est écrit en marge de l'affaire Calas (1763). Voltaire brode un ouvrage entier autour du Livre des délits et des peines  de Beccaria (1766). Arracher la jurisprudence à la barbarie, humaniser la loi chaque fois qu'elle est « injuste, inhumaine et pernicieuse », prévenir les délits pour ne pas avoir à les punir, renoncer à des pratiques affreuses comme la question, la roue, le bûcher, supprimer la vénalité de la magistrature : un tel programme ne vise pas à préparer la révolution, il prouve un désir de perfectionnement dans un domaine où la dignité humaine a voix prépondérante. « Nous sommes tous également hommes, mais non membres égaux de la société. » Telle est la réponse de Voltaire au Contrat social  et à tous les communismes imaginables. Elle débouche sur la Déclaration des droits de l'homme.

Si Voltaire a tant protesté dans sa vie, c'était moins pour changer le monde que pour lui restituer sa perfection naturelle. Volonté de démystification, désir d'épuration, tels sont les traits dominants d'une croisade sur laquelle on s'est parfois mépris. On ne peut sans malentendu assimiler Voltaire aux encyclopédistes. Entre Pascal et Voltaire les découvertes de Newton ont mis un fossé : là où l'un dit « mystère inconcevable », l'autre répond « mystère qu'on peut délimiter ; vérité concevable grâce aux lumières de la science ». Un fossé au moins aussi profond sépare Voltaire de Diderot et Rousseau : ce sont deux conceptions de la philosophie radicalement différentes, là un théocentrisme fixiste, un naturalisme fondé sur la nécessité, une évidence rationnelle, un aristocratisme libéral et cosmopolite, ici « le point de départ vers une grande aventure » où l'homme lutte à mains nues avec le destin (J. Fabre), une confiance présomptueuse dans ses moyens de connaissance, un vitalisme biologique justifié par le hasard chez Diderot, chez Jean-Jacques un sentimentalisme autocréateur, un rationalisme générateur de liberté, chez les deux « frères ennemis » une inéluctable démocratisation de la pensée et du langage. Il a fallu l'éloignement de Paris pour que l'illustre vieillard se retrouve au coude à coude avec ses cadets dans la lutte idéologique, ou plutôt pour qu'il donne l'illusion de participer au même combat. Le XXe siècle se plaît à situer au milieu du XVIIIe « la cassure des Temps modernes » (Pomeau), justifiant ainsi le mot de Goethe : « Avec Voltaire, c'est un monde qui finit. Avec Rousseau, c'est un monde qui commence. »

Sous la Révolution, les voltairiens sont perdants. On serait même tenté de généraliser l'aphorisme et de constater l'échec du voltairianisme en toutes circonstances. Voltaire n'a pas fondé de doctrine capable de lui survivre, mais il s'impose par une universalité rarement égalée. Un « collectif » international, lancé par un Anglais, T. Besterman, a mis en chantier la première édition critique intégrale de ses oeuvres : entreprise fantastique, à la mesure de l'intérêt qu'il continue à susciter dans tous les pays du monde. Les approches trop systématiques ont peu de prise sur lui, mais l'imaginaire voltairien, sa création mythologique, « son art, son lexique, son style restent encore très insuffisamment explorés » (Fabre). Les tréfonds de sa « psychologie » sont inépuisables. Qu'importe qu'il n'ait rien inventé s'il a tout discerné ? Son génie est parodique : il maintient les valeurs acquises pour toujours, éveille l'attention, s'exprime dans un style accessible à tout lecteur, rallie l'assentiment du plus grand nombre, amuse en instruisant, assainit l'esprit. C'est au sortir des cataclysmes, lorsque l'homme retrouve presque intact le trésor qu'il croyait avoir détruit, que Voltaire paraît plus jeune que jamais. Protée joue et gagne, même lorsqu'il se trompe. Le savant Maupertuis avait entrevu les bienfaits de l'acupuncture, la spécialisation médicale, l'hibernation : Voltaire s'esclaffe de ces folies, ridiculise son adversaire, et la postérité retient que Voltaire a rossé Maupertuis. Revanche du littéraire sur le scientifique : elle doit rassurer bien des âmes qu'inquiètent le développement des sciences et la décadence des lettres. Lorsque le monde déraisonne, lorsque les littérateurs jargonnent à qui mieux mieux, lorsque les hommes s'entredéchirent pour des différences d'opinions, lorsque la farce de l'existence menace de tourner à la tragédie par la faute des sots, c'est à Voltaire qu'il faut revenir et à son avertissement : « Tremblez que le jour de la raison n'arrive ! » On peut alors ne pas désespérer de l'humanité.

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Quel plaisir de vous retrouver, mes chères et chers amis, après ces longs mois passés loin de vous !

C'est qu'ils n'ont pas été sans action, croyez-le, mon silence n'étant pas synonyme d'oubli. Car ce qui compte, ce n’est pas l’apparence des choses, mais ce qu’elles cachent, ce qu’elles protègent comme un trésor, qui est fragile, presque insaisissable, un secret qu’on ne transmet qu’aux êtres de confiance pour mieux le sublimer.

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Regardez ce paysage de neige : imaginez que la page s’anime, et qu’en un instant, vous soyez plongé (e) dans un espace-temps différent...
Pour mieux comprendre, lisez le dernier article de mon blog (je n'ai pas le temps de le modifier pour l'adapter à votre lecture ici, veuillez m'en pardonner), mais avant, regardez sa vidéo, que je partage avec vous, ci-dessous.
Alors, si vous pensez que cette démarche est digne d’intérêt et que ses résultats méritent d’être plus largement partagés, dites-le-moi, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ?

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A PROPOS DES SENTIMENTS...

Les sentiments sont comme le vent! Ils sont légers puis forts, tourbillonnants...

Parfois ils s'arrêtent, il font une pause le temps de se rendre compte qu'ils sont incontournables. Ils sont caresse mais peuvent détruire, ils sont tristesse ou immense joie! Ils donnent à nos visages ces rides que leurs procurent la patine de nos âmes...

Et si quelques masques essayent de les résumer, ce ne sont bien souvent que duperie! Nous le savons bien, derrière les pleurs se cache le soulagement et derrière le sourire un désespoir latent...

Les sentiments sont comme le vent, ils font de la vie un puzzle que seule la mort un jour peut apaiser... et encore rien n'est moins sûr!!

Car, il me plait de penser que certains sentiments ont un parfum d'éternité...

J.G. 

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administrateur théâtres

                                   Jeanne est d’abord un être humain que je veux libérer du poids des clichés.
                                                                                   Romeo Castellucci

Cet automne, La Monnaie  programme  du 5 au 12 novembre, l'opéra "Jeanne d'Arc au bûcher", oratorio dramatique d'Arthur Honegger sur un livret de Paul Claudel. La mise en scène est signée Romeo Castellucci dont on se souvient lorsque l’an dernier il produisait une mise-en-scène très controversée de « la Flûte Enchantée » de Mozart, dans la même maison. Est-ce sur cette  base,  que les esprits se sont tout de suite échauffés, pour brûler une nouvelle proie, criant  à l’obscénité majeure, pour quelques photos  considérées comme choquantes, et sans avoir  même réellement assisté au spectacle?  Sic  la Fédération Pro Europa Christiana, qui promeut les "valeurs chrétiennes à travers l'Europe" et sa pétition qui a recueilli avant la première du 5 novembre plus de 10.300 signatures. Bon, la tolérance  ne fait-elle pas  partie de nos valeurs chrétiennes, et «Tu ne jugeras point » pareillement ?  

Consentir au souffle clair et aux gestes de sable

S’ils avaient été voir ce spectacle, leur âme aurait été emplie de bonheur, naturel et surnaturel tellement la musique d’Honneger fleurait le bienfait rafraîchissant et l'épopée humaine. Un élixir de joie et d’amour.  Les chœurs  omniprésents étaient installés dans le colombier diffusant leur musique enivrante comme les parfums d’un encensoir diffusant  paix,  beauté et grâce. Des voix tantôt profondes comme racines de la terre, et tantôt angéliques et inouïes comme in Paradisum. Un enchantement et un mystère qui vous tombe sur les épaules comme un manteau bienfaisant  de la Saint-Martin !   

Les derniers moments de la pucelle d'Orléans

Et sur scène on assiste à un seul en scène,  une traversée du désert en 11 flashbacks, à la recherche de l’amour, terrifiée à l’idée de son supplice.  C'est Jeanne (Audrey Bonnet), sorie du monde de silence,   qui occupe tout l’espace, seule, avec ses voix. On  sympathise au sens propre du terme, avec  une lente  épure mystique qui délivre Jeanne de son histoire d’héroïne de la France, qui lui ôte sa cuirasse de guerrière, la décape de tous les poncifs historiques qui entourent le personnage. Elle est peu à peu mise à nu, elle se dépouille de tout ce qui lui a été toxique.  C’est  toujours mieux que d’être mise à mort… Elle perd d’un coup de balai,la détestable image d’idole récupérée  par des partis politiques très peu recommandables. Elle  retrouve  toute sa  chevelure de femme, sa force, sa lumière, son corps virginal tout de blanc poudrée.  Elle est sortie d’un accès de folie  du cerveau d’un concierge d’école. La voilà, naissant du ventre de l’ombre,  ressuscitée d’entre les chaises d’une classe de village. Elle creuse le sol, déterre son passé,  fouille les souvenirs, retrouve le glaive de saint-Michel et le cheval de bataille, le roi de France, l’amour de la patrie. Elle est cet amour qui réunit les communautés, remembre l’unité, réconcilie les extrêmes, fabrique un corps social unifié! Et ainsi elle atteint l’humus sous le plancher qu’ lance autour d’elle comme pour exalter son humanité et retrouver le sein de la terre féconde. Elle renoue ainsi  avec son humilité, sa condition de femme éperdue d’amour, sa nature profonde. C’est une  folie  sauvage, libre  et authentique qui s’attendrit devant les fleurs de pommiers roses de Normandie, qui est bouleversée par un chant de rouge-gorge, - de quoi fondre en larmes -  qui tente d’expliquer ce qu’est l’amour à un frère Dominique enfermé dans une cuirasse de bure inexpugnable, incapable de sentir. Cet oratorio est un choc spirituel  que d’aucuns voulaient livrer aux flammes… « Comburatur igne ! » ( Le Chœur).   Les persécuteurs ont souvent eu bonne presse auprès des foules avides d' événementiel, or il faut toujours revenir à l’essentiel qui fait notre lumière. Ce qu’a voulu chanter, danser et jouer Romeo Castellucci. A tout hasard,  La Monnaie a assuré qu'elle prendrait des "mesures de sécurité appropriées afin que les spectateurs puissent profiter des représentations sans dérangement".

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Une lecture dramatiquement magistrale, radicalement dépouillée

Dans un rêve fébrile de chants, de textes dits et de musique, cette œuvre d’une extrême originalité nous entraîne à travers quelques passages-clés de la vie de Jeanne d’Arc au moment où, toute seule, à l’approche de la mort, il lui faut faire face à elle-même et à sa France. Qui d’autre que Romeo Castellucci  pouvait  transposer les visions mystiques et les conflits intérieurs de cette jeune femme en théâtre sublimé ? L’artiste total italien  s’est associé à  l’ancien directeur musical de  la Monnaie, Kazushi Ono, qui s’est retrouvé à nouveau dans la fosse d’orchestre de la Monnaie, dix ans après l’avoir quittée.  Le chef nippon nous a livré la fresque musicale dans  un chatoiement de timbre et d’effets acoustiques stupéfiants.   Ce spectacle  est l’œuvre d’une coproduction de la Monnaie, du Theater Basel, du Perm State Opera and Ballet Theatre et de l’Opéra de Lyon, où a eu lieu la création en 2017. Pour nous ce fut un émerveillement philosophique. Bien sûr on pourrait reprocher qu’aucune voix entourant Jeanne ne se trouve réellement  présente sur le plateau, mais n’est-ce pas le propre des voix… d’être invisibles?

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Visionnaire, prégnant, ambigu : le mystère lyrique d’Honegger 

Arthur Honegger (1895-1955)  tomba d’emblée sous le charme du texte de  Paul Claudel (1868-1955)  et de sa musicalité poétique. La musique d’Honegger ne reflète pas seulement les différents registres stylistiques du livret, mais également l’esprit turbulent et survolté des années 20 et 30. Des chants spirituels austères qui rappellent Bach alternent avec de la musique contemporaine française, des comptines hors d’âge, des ritournelles de  pastoureaux, des blocs de sons cubistes et même une ligne subversive de jazz et de music-hall. Sorte de théâtre musical, les personnages principaux ont des rôles parlés. L’orchestration fait penser à une tragédie antique ou à un mystère médiéval, mais avec un langage musical chromatique et polytonal extrêmement varié. 

 Les chœurs  ont été renforcés pour l’occasion par les chœurs d’enfants et de jeunes et par l’Académie des chœurs de la Monnaie – tous deux sous la direction de Benoît Giaux. Kazushi Ono avait  déjà dirigé cette production avec beaucoup de succès à Lyon  aux côtés de Romeo Castellucci  et ses collaboratrices attitrées, les dramaturges Piersandra Di Matteo et Silvia Costa. L’actrice française Audrey Bonnet interprétait Jeanne d’Arc et occupait la scène quasi seule pendant près d’une heure  et demie. Elle était  accompagnée sur scène par  Sébastien Dutrieux, dans le rôle du Frère Dominique.

Dominique-Hélène Lemaire
DISTRIBUTION

Direction musicaleKAZUSHI ONO
Mise en scène, décors, costumes et éclairagesROMEO CASTELLUCCI
Dramaturgie : PIERSANDRA DI MATTEO
Collaboratrice artistique : SILVIA COSTA
Collaboration aux éclairages : MARCO GIUSTI
Chef des chœurs : CHRISTOPHE TALMONT

Jeanne d’Arc : AUDREY BONNET
Frère Dominique : SÉBASTIEN DUTRIEUX
La Vierge : ILSE EERENS
Marguerite : TINEKE VAN INGELGEM
Catherine : AUDE EXTRÉMO
Une Voix, Porcus, Héraut I, Le Clerc :JEAN-NOËL BRIEND
Une Voix, Héraut II, Paysan : JÉRÔME VARNIER
Héraut III, L'Ane, Bedford, Jean de Luxembourg, Un paysan : LOUKA PETIT-TABORELLI
L'Appariteur, Regnault de Chartres, Guillaume de Flavy, Perrot, Un prêtre  GEOFFREY BOISSY
Soprano Solo : GWENDOLINE BLONDEEL
Une Voix d'Enfant : SIOBHAN MATHIAK

Orchestre symphonique et Chœurs de la Monnaie
Chœurs d’enfants et de jeunes et Académie des chœurs de la Monnaie s.l.d. de Benoît Giaux

CoproductionLA MONNAIE / DE MUNT, OPÉRA NATIONAL DE LYON, PERM STATE OPERA AND BALLET THEATRE, THEATER BASEL

L’image contient peut-être : une personne ou plus, océan, plein air, eau et nature

Production créée à l’Opéra National de Lyon, 21.1.2017

 

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administrateur théâtres

L'HOMME DE LA MANCHA DE JACQUES BREL par Filip Jordens

Ecoute-moi
Pauvre monde, insupportable monde
C'en est trop, tu es tombé trop bas
Tu es trop gris, tu es trop laid
Abominable monde
Écoute-moi
Un Chevalier te défie
Oui c'est moi, Don Quichotte
Seigneur de la Mancha…

L’Homme de la Mancha 2018, c’était une splendide  production du KVS en coproduction avec Le théâtre de la Monnaie l’an dernier. Un spectacle remonté cette année pour Aula Magna avec le théâtre Jean Vilar, et plus une place disponible. Un spectacle qui a voyagé en en mai 2019 à Madrid, en août 2019 à Montevideo, Urugay. Un  spectacle délirant,  en phase avec l’Eloge de la folie  d’Erasme, et tout le monde rit et s’égosille, s'épuisant  en bravos ininterrompus. Le livret est de Dale Wasserman, la musique, de Mitch Leigh et la création originale date de 1965 à Broadway. La traduction et adaptation en français ? Signée par notre immense Jacques Brel, pour la Monnaie en octobre 1968, et c’est lui qui endosse le rôle. Pourquoi ? Pour créer à terme un monde meilleur et pas le meilleur des mondes !  La chanson de l’impossible rêve revient comme un refrain insistant tout au long du spectacle, une ritournelle de l’espoir? Dix ans plus tard, le 9 octobre 1978, le célèbre chanteur belge s'éteignait.

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Energie, générosité

Cinquante ans plus tard, C’est donc  Filip Jordens qui promène le personnage mythique de Miguel de  Cervantes, de par le monde en hommage à Jacques Brel, dans la comédie musicale emblématique ressuscitée  sous la direction des metteurs en scène Michael De Cock, directeur artistique du KVS, et Junior Mthombeni.

Miguel de Cervantes, poète-donc-coupable, attend son exécution dans les geôles de l’Inquisition. Manuscrit de son roman Don Quichotte sous le bras, il interprète avec ses codétenus, c'est toute l'astuce,  les aventures de l’hidalgo errant, flanqué de son fidèle écuyer Sancho Panza. L’auteur et son chevalier fantasque humaniste envoient à leurs persécuteurs un message miséricordieux et idéaliste. « Rêver un impossible rêve... Suivre l'étoile... »

L’homme est le bourreau de l’homme. Le procès du gentilhomme s’ouvre : «  accusé d’être idéaliste, poète et honnête homme » Va-t-il plaider coupable ? S’habillant en Don Quichotte, il déclare «  J’ai l’honneur d’être moi ! » « Et moi, Sancho, son frère ! » lui vouera un attachement imprescriptible. Superbe rôle joué parle très picaresque  Junior Akwety, pas trop pressé de rencontrer l’ennemi : il est urgent de savoir attendre! C’est la magie théâtrale qui fleurit sur le plateau où l’on ne croyait voir que des figurants, chacun reçoit  un rôle, on assiste à une genèse virtuose du spectacle,  la danse et les chœurs font le reste. Et l'amour de Dulcinée.  Un chef-d’œuvre de mises en mouvement et en abîmes tous azimuts.  Dans le groupe d’artistes  qui se pressent autour de  Filip Jordens,  il y a la soprano Ana Naqe ( Dulcinée) , le comédien François Beukelaers (chef de l’Inquisition), le chanteur de soul et de hip-hop Junior Akwety (Sancho Panza) , l’ éblouissante artiste de slam Nadine Baboy (Maria, la femme de l’aubergiste), Gwnedoline Blondeel, ( la gouvernante), Geffrey Degives (le padre à qui on donnerait le bon Dieu sans confession), Bertrand  Duby (l’aubergiste), Christophe Herrada (le médecin) Chaib Idrissi (Anselmo) et les muletiers de tout poil.  Cette équipe crépitante contribue   à une réhabilitation opiniâtre des idéaux chevaleresques : l’or de l’amour, la grâce, la beauté,  le respect,  l’honneur. Et Dieu dans tout ça ? « Pour moi, Dieu ce sont les hommes et, un jour, ils le sauront. » dirait  Jacques Brel

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 « Par son talent, sa voix, son corps, avec la complicité de ses musiciens, Filip Jordens nous convie à retrouver le grand Jacques. C'est la puissance, la force, la rage, l'ironie, la tendresse de Brel qui soudain éclatent de nouveau. Grâce à cet interprète hors pair qu'est Filip Jordens, on peut alors mesurer combien l'œuvre de Brel non seulement est toujours vivante, mais aussi combien elle est singulière et actuelle. Brel poète, Brel visionnaire, Brel musicien, Brel comédien, Brel satiriste, Brel profondément humain. Un maître, en somme. Un classique, servi par un Filip Jordens habité et éblouissant»  écrit Philippe Claudel, écrivain et cinéaste, docteur honoris causa de l'Université catholique de Leuven en février 2015.

Et sur scène Antonia, chantée par Raphaëlle Green de donner  le ton et ses clef du bonheur : former un foyer, chanter, monter sur scène joindre les talents pour sauver la planète et oser un monde meilleur. L’arrière-plan montre des vidéos de déshérités, de démolitions, de visages meurtris par la misère… « La folie suprême n’est-elle pas de voir la vie telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être ? » Notre capitale actuelle et future est façonnée par les mondes différents qui y cohabitent. Appréhender l’altérité avec la foi en un rêve et la candeur de l’espoir,  n'est-ce pas  atteindre l’inaccessible étoile? 

«Tout le monde est Don Quichotte, je crois. Tout le monde a ce côté-là quand même. Enfin, je le souhaite... J’en suis certain. Tout le monde a un certain nombre de rêves.» Jacques Brel

Se battre sans cesse contre la résignation, voilà le programme! 

Dans leur note d’intention, Michael De Cock et Junior Mthombeni,  les metteurs en scène  renchérissent :   « Cette comédie musicale traite de la menace qui pèse sur les gens en quête de sensibilité et d’imagination. Tout le monde s’acharne à crier qu’il faut penser de manière originale, non conformiste, « out of the box » et chercher des solutions créatives, innovantes, mais cela aussi est de plus en plus instrumentalisé, comme s’il s’agissait d’une recette à suivre !  En réalité, il n’y a plus beaucoup d’espace de liberté. L’art comporte par essence une dose de donquichottisme. Si l’on veut être visionnaire et changer quelque chose, il faut continuer à poursuivre cet impossible rêve. »

Dominique-Hélène Lemaire

 crédits photos:  La Monnaie/KVS    lien Detrogh/KVS

L’Homme de La Mancha

Dale Wasserman, Mitch Leigh, Joe Darion, Jacques Brel 

Comédie musicale. Un hommage à Brel, à Bruxelles, et à l’imagination !
Spectacle en français, surtitré en anglais

Mise en scène Michael De Cock, Junior Mthombeni
Avec Junior Akwety, Nadine Baboy, François Beukelaers, Gwendoline Blondeel, Geoffrey Degives, Bertrand Duby, Raphaële Green, Christophe Herrada, Chaib Idrissi, Filip Jordens, Ana Naqe, Enrique Kike Noviell

 

  • 22 au 25 octobre 2019
  • Aula Magna
  • Durée : 2h20 sans entracte
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Apéro/Expo: Paroles de soignant·E·e en lutte

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Il n’est même plus question de surcharge de travail. Il est question d’impossibilité de faire son travail. De prodiguer des soins dans de bonnes conditions. De prendre un peu de temps pour parler à chacun.e. De prendre les gens en charge dans des délais raisonnables. De pouvoir exercer dans un bon état d’esprit. De pouvoir travailler, tout simplement.

Infirmièr·e·s, sages-femmes, médecins, brancardièr·e·s, aides soignant·e·s, psychologues, personnel de la lingerie, de la restauration, de l’entretien ménager, technicien·ne·s, secrétaires, laborantin·e·s, ambulancièr·e·s, patient·e·s, les témoignages affluent. Les mots "burn out" sont sur toutes les lèvres. Les mots "mise en danger des patients" aussi. La colère gronde et s’exprime, notamment via le collectif belge La santé en lutte, fondé le 21 juin dernier, via les Mardis des blouses blanches, via des meetings et événements divers.

Le 7 novembre prochain dès 18h30, nous accueillerons ces combattant.e.s, autres victimes d’un capitalisme qui désormais tire sur l’ambulance. Témoignages, débats, analyses, images et rencontres seront au programme de cet Apéro-Expo :

Paroles de soignant.E.s en lutte

En partenariat avec La santé en lutte et ZIN TV

À l’ARC – Action et Recherche Culturelles asbl
Rue de l’Association 20, 1000 Bruxelles (métros Madou et Botanique)
communication@arc-culture.be 02/219.68.88 - email: communication@arc-culture.be

Entrée gratuite – Bar et petite restauration à prix modiques

Photo : Krasnyi Collective

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administrateur théâtres

C'est la 16ème édition les 14, 15 et 16 juin 2019  Voici le célèbre FESTIVAL DE LILLE PIANO (S)

 Envie de visiter Lille en juin? Cela prend seulement une demi-heure en train à partir de BRUXELLES-ma-Belle. Que diriez-vous d'un voyage à Lille pour découvrir le festival de piano le plus fantastique qu’il soit, et sa longue liste de festivités.

   

 Jean-Claude CASADESUS, en est l’illustre fondateur.  Ces rencontres musicales ont été  créées il y a 15 ans. Elles  sont  maintenant en pleine floraison, avec d'excellents interprètes et chefs d'orchestre invités! Et  Jean-Claude CASADESUS, au cœur de ce magnifique  festival, vous charmera  par des choix musicaux  très judicieux.  Chaque année au mois de juin, 3 jours sont consacrés exclusivement aux claviers sous toutes leurs formes: concerts symphoniques, récitals, sessions de jazz, masterclasses, improvisations, créations, spectacles combinant d'autres disciplines artistiques, animations musicales, rencontres d'artistes ... Prenez vos rendez-vous sur  le Lille Festival de piano (s)!

 

Une véritable odyssée musicale

 

A la mi-juin 2019, le FESTIVAL PIANO (S) LILLE fête donc  ses 15 ans avec l'Orchestre National de Lille. Un public éclectique appréciera une véritable odyssée musicale à travers  divers instruments autres que le piano : l'orgue, le clavecin, le clavicorde, le marimba, le vibraphone, le synthétiseur, l'accordéon et le bandonéon.  Tout commence pour le public  le vendredi 14, sera en plein feu le samedi 15 et se termine le dimanche 16 juin 2019 par un concert fantastique au Nouveau Siècle avec le grand Nelson Freire à la tête du second concerto emblématique de Brahms.

 

Depuis quinze ans, de nombreuses soirées de claviers investissent divers  lieux pittoresquesdans le vieux Lille : auditoriums, gare, musées, bibliothèques, discothèques, tout simplement la rue et même l’année dernière,  l’abbaye de Vaucelles à quelques kilomètres de là. Année après année, de très beaux profil musicaux  sont  sélectionnés avec soin et viennent  du monde entier. De jeunes talents confirmés en particulier.

Qualité, créativité, éclectisme et ouverture restent les maîtres mots.  Ce sont les valeurs qui sous-tendent ce  festival lumineux et rayonnant  en Haut-de-France depuis sa création.

Jean-Claude Casadesus nous parle des 15 ans du festival au micro de Diapasons  https://rcf.fr/culture/musique/diapasons

 Lieux

 

 Le Nouveau Siècle, est situé au cœur du centre-ville, avec de beaux hôtels et restaurants tout autour.  Cet  auditorium  moderne bénéficie d’une acoustique absolument magnifique. C'est la résidence de l'Orchestre National de Lille. Des lieux plus petits, tels que la salle du Québec, accueillent des manifestations plus intimes et de plus petits concerts.

Parmi les temps forts, épinglons: Vanessa Wagner et son dernier programme musical. Le journal Le Monde la décrit comme "la pianiste la plus agréable de sa génération". A  noter également: l'Orchestre de Picardie avec deux merveilleux concerts, l'un avec Franck Braley, notre vedette belge et trompettiste Romain Leleu. L'autre avec Adam Laloum. Pour la première fois dans la cathédrale de La Treille, trois concerts d'orgue seront organisés avec Thierry Escaich et Olivier Latry, ainsi que Ghislain Leroy, le maitre des lieux.

La gare Saint-Sauveur, le Conservatoire, le Palais des Beaux-Arts, ND de la Treille et l'abbaye de Vaucelles ouvrent donc  leurs portes pour organiser tous ces concerts, le tout à des tarifs très raisonnables. Il va sans dire que le prix modéré des billets est un réel atout   qui vise à   soutenir la culture musicale et élargir l’audience intéressée par la musique. On compte sur ces lieux plus insolites  et leurs acoustiques multiples pour toucher un nouveau public, de plus en plus large. Incidemment, cela  donne à chacun également une occasion de redéfinir sa propre approche, jeunes ou moins jeunes.

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Soit dit en passant, que Jean-Claude CASADESUS, fondateur de l'Orchestre National de Lille, a encore  repris la direction du festival - pour la toute dernière fois - a-t-il dit! Une apothéose  donc pour les multiples programmes  produits dans les divers lieux et les environs les plus attractifs de Lille.

Les programmes

Naturellement, les classiques passent en premier! Avec des noms très célèbres tels que : Nelson Freire, Pascal Amoyel, Lise de la Salle, Boris Giltburg, Denis Kozhukhin ... Mais aussi du Jazz! Avec Rhoda Scott et Jacky Terrasson, le samedi 16 juin au Nouveau Siècle, Salle Québec à 19h. Si vous souhaitez vous inscrire à de fantastiques improvisations avec Thomas Enco / Vassilena Serafimova  sur musiques de BACH,  c’est le samedi 16/06 à l'Abbaye de Vaucelles à 11h00.
Mais pourquoi ne pas aller profiter du Tango,  juste pour changer? Avec Astoria Tango, vendredi 15 juin, au  Nouveau Siècle, Salle Québec, 19h30.  Et encore? Pour les romantiques, le piano de Nicolas Stavy et l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt se concentreront  sur l’œuvre de Chopin. De manière plus moderne, Edouard Ferlet mettra la technologie au service de la virtuosité, dans le carnaval des animaux. Mais vous pouvez aussi choisir le quatuor Tana, qui  flirte avec  Brahms et des compositeurs contemporains.

Tout est ici : https://www.lillepianosfestival.fr/2019 

Dominique-Hélène Lemaire ( Arts et Lettres) 

Aussi Sur Branchés Culture:

https://www.facebook.com/LillePianosFestival/

 

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administrateur théâtres

Orphée et Eurydice à l'Opéra Royal de Liège


Une production spectaculaire tout en français! 

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En déployant les couleurs les plus variées des sentiments  d’amour, d’espoir, de chagrin et de détresse, Varduhi Abrahamyan nous a donné une interprétation passionnée du rôle principal dans l’opéra de Gluck arrangé par Berlioz. En 1859, Berlioz arrangea l'opéra de Gluck afin qu'Orphée puisse être chanté par la grande mezzo-soprano Pauline Viardot, avec laquelle il travaillait en étroite collaboration. Il modifia la structure formelle  de l'opéra, l en divisant l'œuvre en quatre actes au lieu de trois et plaça les scènes chez Hadès et aux Champs Élysées dans des actes séparés. Il  modifia également  certaines parties d’Orphée, principalement dans les récitatifs,  tout en reprenant la majeure partie de l’orchestration de Gluck.  L'Orphée de Varduhi Abrahamyan affiche une ligne solide, étendue et puissante tout au long de son voyage amoureux dans le  séjour des morts. Permettant de franchir les portes de l'enfer et de braver ses féroces gardiens, la beauté de sa musique a fait oeuvre de magie. Varduhi Abrahamyan a plongé les spectateurs dans  les brumes bleues du mystère. Le décor très  onirique conçu par Pierre Dequivre est décliné en cinquante nuances de bleu. Cependant, la prononciation plutôt médiocre du chanteur en français nous a poussés à utiliser les sous-titres plus d'une fois, ce qui était en quelque sorte agaçant. Néanmoins, vocalisant aisément à travers la vaste gamme de matière  vocale,  la voix superbe  de Varduhi Abrahamyan se frayait un chemin à travers les flots d'émotions, soulignant à la fois  le pouvoir de guérison inhérent à  la  musique, en tant qu’art suprême. En quête de la note bleue?  Il demande  à Eurydice de l'écouter… Ce qu'elle  fait, même si elle ne souffrait plus de la moindre douleur, un fois échouée dans la paix du royaume des morts.  En accord avec  la vision paisible de Socrate! 

                               « Cet asile aimable et tranquille par le bonheur est habité. Nul objet ici n’enflamme l’âme; une douce ivresse laisse un calme heureux dans tous les sens. Et la sombre tristesse cesse dans ces lieux innocents. C’est le riant séjour de la félicité. » L’image contient peut-être : nuit


 Les débuts de Melissa Petit dans le rôle d’Eurydice à l’Opéra Royal de Wallonie  ont été lumineux et applaudis avec entrain, dès la chute du rideau. Née à Saint-Raphaël dans le sud de la France, Melissa Petit a commencé à étudier le chant à 14 ans à l'École de musique de Saint-Raphaël. En 2009, elle a fréquenté l'Université de musicologie de Nice et a travaillé comme soliste avec l'orchestre de chambre de Saint-Raphaël. La même année, elle remporte le 2e prix du concours international «Concorso Musica Sacra di Roma» et plus tard, récolte  le 1er prix du concours national de chant à Béziers en France. Inutile de dire que sa prononciation  aux impeccables sonorités était  du pur bonheur et impeccables sonorités à l'oreille française. Sa performance cristalline semblait appeler la célèbre étoile inaccessible, celle décrite par Jacques Brel, celle qui symbolise un amour et un désir inaccessibles. Rappelée à la vie par l’art de son amant, Eurydice supplie Orphée de lui parler ... Ce qu’il ne  fait pas,  parce que les Dieux le lui ont interdit. Donc,  le voilà pris dans une double impasse! Entraîné dans  des souffrances insurmontables et, bien sûr, comme il ne pouvait s'empêcher de  lui jeter un regard, voilà Eurydice ravalée par la tombe, pour la deuxième fois! 

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La délicieuse soprano belge Julie Gebhart a chanté le troisième  grand rôle:  celui de l'Amour, l'allégorie utilisée comme tiers dans l'opéra de Berlioz. Amour ou destin?

                                   « Apprends la volonté des dieux: sur cette amante adorée garde-toi de porter un regard curieux, ou de toi pour jamais, tu la vois séparée. Tels sont de Jupiter les suprêmes décrets; rends toi digne de ses bienfaits. »

Son engagement scénique  très admiré, toujours en phase parfaite avec les gracieuses modulations de son chant. Quel talent! 

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D'ailleurs, selon Gluck, «l'opéra et le théâtre vont de pair et doivent être unis jusqu'à la fusion pour exprimer la quintessence du drame». C'est le défi qu'Aurélien Bory a relevé dans  une  mise en scène à couper le souffle. Il a tout d'abord évoqué un tableau extrêmement bucolique «Orphée ramenant Eurydice des Enfers» de Camille Corot (Musée des beaux-arts de Houston, 1867).  Celui-ci capture l'instant même où Orphée est sur le point de se tourner vers Eurydice… Cette image  gigantesque de L'Arcadie se reflétait ensuite dans un dispositif constitué d'un immense miroir pivotant, qui au départ faisait plutôt penser au couvercle d'une boîte de Pandore. Diverses positions d' écrans dévoilaient également une suite de  passages secrets vers  des réalités mystérieuses. Quoi qu'il en soit, les choeurs vibrants  de Pierre Iodice se sont  finalement  installés dans un cercle lumineux au centre du plateau, de même que les six danseurs qui  tissaient  l'histoire sans relâche, bercés par l'opulente matière orchestrale dirigée avec une  énergie de feu  par l'admirable maître de musique,  Guy Van Waas, homme d'une rare sensibilité. Les  chœurs et les danseurs s'unissaient pour soutenir corporellement  la moindre phrase musicale,  fabriquant au fur et à mesure  une sorte de   tapisserie vivante bouleversante.  La matière de rêves ?   Orphée et Eurydice, contrairement au reste des artistes  se mouvaient peu et lentement,  comme s'ils étaient  englués dans la toile de la destinée.  Le déploiement  sonore  était également accompagné de  mouvement fluides de voiles balayant le sol, prêts à emporter les protagonistes impuissants.  Ce spectacle  a donc témoigné  d'une créativité visuelle particulièrement  hypnotisante,  mêlant rêve et imagination, et faite pour  souligner  de visu, les performances vocales  parfaites des chœurs et des solistes au service de la musique de Berlioz. Au final,  un  spectacle d' une modernité absolue, consacrant une histoire légendaire immortelle et bouleversante. Opéra Royal de Wallonie-Liège, de Orphée et Eurydice

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres  

L'article en anglais :ici

LIVRET DE PIERRE-LOUIS MOLINE

Nouvelle production

  • Opéra Royal de Wallonie-Liège
  • Opéra Comique
  • Opéra de Lausanne
  • Théâtre de Caen
  • Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
  • Opéra Royal-Château de Versailles Spectacles
  • Croatian National Theater in Zagreb
  • Beijing Music Festival    

crédits photos: OPRLW

Prochain spectacle à L'opéra royal de Liège : Ve. 08 Novembre 2019

 https://www.operaliege.be/spectacle/les-pecheurs-de-perles-2019/

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administrateur littératures

Mardi 29 octobre 2019: thématique: "Rêves d'ailleurs", présentation et animation: Gérard Adam, l'enregistrement pour Radio Air Libre par Guy Stuckens, les écrivains en scène: Florence Richter, Joseph Ndwaniyé et Michel Joiret. Il est évident que nous rêvons tous d'ailleurs à un quelconque moment de notre existence, de manière consciente ou inconsciente... Et le rêve éveillé? Est-il le propre de l'Homme?

Ecrivain et infirmier belge né en 1962 et ayant quitté le Rwanda en 1986 pour s'établir chez nous, détenteur d'un Baccalauréat en biologie médicale et d'un Master en gestion hospitalière, Joseph Ndwaniyé nous fait visiter son ouvrage "Le Muzungu mangeur d'hommes": un jeune couple idéaliste débarque au Rwanda, souhaitant y voir s'accomplir son rêve de bonheur mais la quête prendra pour chacun d'eux un chemin différent. Ce roman est une exploration des relations entre l'Europe et l'Afrique, le troisième personnage du récit, un récit d'une grande tendresse et qui nous dévoile que le bonheur ne se trouve pas toujours là où on l'attend...

Analyste criminelle, responsable des "Midis de la Poésie", également éditrice à la Renaissance du Livre et chercheuse pour le groupe FNRS, Florence Richter nous a présenté quant à elle "Qui est Georgette?", sorte de roman-pamphlet (ce sont ses mots) dénonçant les excès de l'humanité et mêlant thriller, étrange et poésie. Sexe et fin du monde seraient-ils liés? 2046, de Bruxelles à Calvi, une impressionnante puanteur s'étend. Chef d'orchestre, Rose Apari se met à enquêter, finissant par découvrir l'existence d'une tribu aux moeurs bien particulières. Tout un programme...

Ecrivain, poète et essayiste né en 1942, qui fut professeur en Tunisie et dans l'enseignement provincial du Hainaut, et animateur du Projet-Lecture et d'Ecriture Charles Bertin Charles Plisnier, Michel Joiret nous a de son côté fait vibrer avec "Les Larmes de Vesta": deux mille ans séparent le destin de Luna de celui de Maman Lune, le voyage de Lucius de celui de Luc Rodin, professeur de latin. Deux récits qui s'intercalent, de nombreux points communs entre les deux hommes. Ayant découvert le triste journal de sa mère Maman Lune, Luc passe du temps à le lire, des surprises au détour des pages...

En introduction, Gérard Adam, concentré, nous a cité Brel avant de questionner tour à tour les écrivains en présence notamment sur les interrogations que font naître leurs ouvrages. A l'aise et souriant, Joseph Ndwaniyé nous a appris que son récit se déroule dans les années 70-80: à la suite d'un rêve, un couple décide de partir. Il vivra sur place la tentative de l'intégration et bien des étonnements, schéma inversé et relations amoureuses particulières accompagnées de complications. Les mots-clés? Départ, quête de soi, parcours initiatique, métamorphose.

L'assurance tranquille et la voix claire et distincte, Florence Richter nous a dépeint son thriller dans un futur relativement proche. L'enquête de Rose paraît complexe, le ton de l'auteur manifestement outrancier et c'est, semble-t-il, une pieuvre qui nous narre les faits. Ce qu'il y a de beau dans l'humain n'est bien sûr pas en reste. Du réel et de l'imaginaire à la clé, symboles non exempts, de l'humour également et entre autre ce message que la technologie ne peut tout solutionner...

Posé, concentré, Michel Joiret nous a évoqué Luc Rodin, professeur proche de la cinquantaine, dont l'univers se dissout, sa vie se révélant un vaste naufrage...mais Rome a toujours été proche de lui! Rodin tente de transmettre sa passion à ses élèves, il finira par glisser vers un dédoublement de sa personnalité. Fantasme et rêve absolu des Romains, Pompéi nous est conté, également la vie des gens à Rome, une vie d'injustice sociale souvent extrême, l'imagination au pouvoir, de cette imagination qui mène au delà du temps...

"Le rêve est-ce voir les choses comme elles sont et non pas comme elles paraissent?" C'est la question que Joiret soulèvera en finale, les interactions entre auteurs non absentes de cette rencontre au sommet sous le toit de l'Espace Art Gallery. E.A.G., Evocation, Attention, Génération(s).

Thierry-Marie Delaunois, auteur, rédacteur et chroniqueur, le 1er novembre 2019

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INSPIRATION...

Une giclée de mots de la tête à la main...

Une bouffée de vérité qui tend vers demain?

L'écriture se libère et nous revient l'envie

Au profond d'la nuit où s'installe l'insomnie...

Le cerveau fatigué, mais qui encore s'emballe

C'est la preuve que la vie triomphe de ses dédales!

Alors, le cœur s'accroche, se maintient en douceur

Pour laisser de côté nos si stupides peurs!

J.G.

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12273317458?profile=originalLeopoldo Méndez

Mexico, 1902-1969

Hommage à José Guadalupe Posada

(gravure sur linoléum, 1953)

On reconnaîtra au premier plan José Guadalupe Posada (1852-1913), burin en main, observant hors champ les exactions de la soldatesque sur les paysans. A gauche, les révolutionnaires Ricardo Flores Magόn (1873-1922) et, derrière ce dernier, Lázaro Guttiérrez de Lara (1870-1918). Au travail devant la casse d’imprimerie, un ouvrier typographe, qui pourrait être Leopoldo Méndez lui-même, son disciple né en 1902 comme le rappelle l’affiche à droite. Tous dénoncent la répression exercée par le président Porfirio Díaz (1830-1915). İ Revoluciόn !

(gravure sur linoléum, 1953)

« Tu as fondé ici l’imprimerie,

La lettre arriva à la nuit du peuple,

La nouvelle secrète ouvrit les lèvres. 

Tu as fondé ici l’imprimerie.

Tu as implanté l’école au couvent.

La toile d’araignée a reculé,

Et le recoin des dîmes étouffantes.

Tu as implanté l’école au couvent. »

Pablo Neruda*1

 

 12273317659?profile=originalÁngel Zárraga y Argüelles

Durango, 1886-Mexico, 1946

La poétesse

(huile sur toile, 1917)

 

      Sans même remonter aux fondamentaux que sont les fresques naturalistes de l’époque classique maya, je pense en particulier aux peintures murales de Bonampak ou de Cacaxtla, ce « ballet de formes et de couleurs franches » (Octavio Paz), il m’a semblé intéressant dans un premier temps de nous pencher sur les origines de la peinture mexicaine.

      Les Trois Grands, Rivera, Orozco, Siqueiros, par leurs talents respectifs et leurs fortes personnalités ont éclipsé les autres muralistes mexicains. Cet art se voulait pourtant collectif, et ils furent nombreux à se fondre dans ce mouvement, à un moment au moins de leurs carrières.

Ces petits sur l’affiche, qui ne manquaient pourtant pas de caractère, je vais donc simplement les citer pour mémoire et surtout, pour, quelques-uns d’entre eux, en profiter pour aussi abondamment que faire se peut illustrer ce billet.

Le muralisme n’est pas une génération spontanée de peintres décidés à s’exprimer hors les galeries et musées. Il est né bien sûr de la Révolution mexicaine de 1910, mais aussi des journaux, des affiches, de la caricature, de la tradition populaire. Ferments puissants qui lui ont permis d’éclore et de fleurir sur les murs. Et acte politique visant à unir la Nation grâce à cet « art collectif par excellence, qui appartient à tous et est accessible à tous », selon la formule de Diego Rivera.

Il eût donc ses précurseurs, ses éclaireurs, dont beaucoup rejoindront le muralisme après l’avoir inspiré…

 

12273317695?profile=originalJosé María Jara

 La veillée funèbre (détail)

« Qu’il y ait encore des échanges

ici-bas, avec vous, mes amis !

Seulement ici-bas sur la terre !

Demain ou plus tard,

selon ce que voudra le cœur

de l’Auteur de la Vie,

nous quitterons sa demeure. »

Les chants de Nezahualcόyotl*2

 

      Mais il fallut d’abord se libérer. Après la longue période de colonisation et de domination espagnole, la révolte est portée par « le cri de Dolorès » du père Miguel Hidalgo y Costilla (1753-1811), le 15 septembre 1810 :

« Mes enfants, voulez-vous être libres ? »

Après la rébellion et malgré une sanglante répression, le pays devint indépendant en 1821 pour se proclamer République fédérale des Etats-Unis du Mexique en 1824. Las, en 1864 Maximilien d’Autriche, porté par Napoléon III, est fait empereur du Mexique. Défait par Benito Juárez (1806-1872), le monarque est destitué puis exécuté trois ans plus tard. La république est à nouveau instituée, pour entrer de 1876, date de son élection, sous la trop longue présidence de Porfirio Diaz qui installa peu à peu un régime dictatorial jusqu’en 1911 et la Révolution menée au nord par José Doroteo Arango Arámbula, dit Pancho Villa, et Emiliano Zapata, El Caudillo del Sur.

 

« La cucaracha,

La cucaracha,

Ya no puede caminar

Porque no tiene,

Porque la falta,

Marijuana que fumar »

Air traditionnel devenu chant révolutionnaire

 (Le cafard, le cafard, ne peut plus cheminer, parce qu’il n’a pas, parce qu’il lui manque, de la marijuana à fumer. Cucaracha, le cafard, étant bien sûr l’occupant, l’exploiteur ou le tyran du moment)

 

« Terre et liberté ! »

clamaient les peones réunis autour d’Emiliano Zapata

pendant que Pancho Villa faisait son cinéma (La vida del general Villa, 1914*3).

« Droit de vote pour tous ! »,

« Non à la réélection ! »

tonnaient ceux qui soutenaient Francisco Madero qui,

une fois élu président en 1911,

ne rendit pas leurs terres aux paysans indiens.

 

Une période de troubles et de luttes intestines s’ensuivit jusqu’en 1920 et l’élection d’Álvaro Obregόn. Les temps resteront agités, néanmoins les commandes publiques de fresques stimuleront la création.

      En matière d’art, un rejet de l’académisme, des relents du colonialisme, dès lors s’impose. Certains artistes fréquenteront assidument les sites archéologiques afin de plonger aux racines préhispaniques de leur culture.

Cependant je ne saurais oublier ces portraits de villageois peints avec beaucoup de naturalisme par un indigène.

 

12273318462?profile=originalHermenegildo Bustos

Purisíma del Rincόn, 1832-1907

Portrait de famille

(huile sur bois)

(photo captée sur le Net)

Facteur rural comme Cheval et tout aussi singulier. Un indien pieux aux multiples talents, grand portraitiste au demeurant.

Précurseur ?

Pas vraiment, il n’y eut ni avant ni après, il ne quitta jamais son canton, définitivement hors courant. Une sorte de primitif flamand égaré dans l’espace et le temps, « peintre amateur, sans maître » tel qu’il le revendiquait.

 

Pas plus que ne le sont les peintres de la Nouvelle-Espagne, Juan Correa (1646-1716), Cristόbal de Villalpando (1649-1714), José de Ibarra (1685-1756), ou même Miguel Mateo Maldonado y Cabrera (1695-1768), un peintre d’origine zapotèque, ou encore José de Páez (1720-1790), tous ces « Vieux Mexicains » versés dans l’imagerie religieuse.

Pas d’avantage José Augustín Arrieta (1803-1874), peintre de genre, Felipe Santiago Gutiérrez (1824-1904) ou Tiburcio Sánchez de la Barquera (1837-1902), tous deux bons portraitistes au style un peu hiératique, le très romantique Manuel Ocaranza (1841-1882), José María Velasco Gomez (1840-1912), excellent paysagiste, Gonzalo Carrasco Espinosa (1859-1936), un jésuite qui peignit essentiellement des sujets religieux. Ou encore El Velorio, tel qu’on surnomme José María Jara (1866-1939). Ce dernier, un extraordinaire artiste mexicain pure souche, n’affirma pas davantage un style personnel, pourtant ce nocturne, d’un caravagisme très tardif certes, ne cesse d’imprimer ma rétine…

 

12273318854?profile=originalJosé María Jara, dit El Velorio

Orizaba, 1866-Morelia, 1939

La veillée funèbre

(huile sur toile, 1869)

« Le vendredi à sept heures du soir

tu es morte

en regardant vers la porte

et la lumière t’a inondée.

 

Depuis un cercueil en bois

arbre creux endormi

ton corps retournera

dans un drap blanc

à l’ombre fraîche de la terre. »

Mόnica Mansour

(poétesse mexicaine née en Argentine en 1946,

extrait de Lumière)

 

      En revanche, il fallait bien ouvrir la fenêtre au modernisme et entrer, après s’être malgré tout imprégné des avant-gardes européennes (cubisme, fauvisme, futurisme), dans une pure mexicanité.

Lumière donc sur quelques autres de ces véritables précurseurs évoqués plus haut…

 

12273318486?profile=originalJuan Cordero

Teziutlán, 1824 – Mexico, 1884

Paysage

 (huile sur toile ; musée insulaire de La Palma)

 

12273319470?profile=originalSaturnino Herrán

Aguascalientes, 1887-Mexico, 1918

La moisson

(huile sur toile, 1909)

 

12273320095?profile=originalRoberto Montenegro

Guadalajara, 1885-Mexico, 1968

Pêcheur de Majorque

(huile sur toile, 1915)

 

 12273320669?profile=originalÁngel Zárraga y Argüelles

Durango, 1886-Mexico, 1946

Portrait de Pierre Bonnard

(huile sur toile, 1920)

 

      Nous ferons juste allusion à Joaquín Clausell (1866-1935) et Alfredo Ramos Martínez (1871-1946), tous deux fortement marqués par la France et les impressionnistes. Plus important certainement fut le rôle joué par Germán Gedovius (1867-1937), déjà à l’avant-garde à sa manière, mais encore trop pénétré de culture européenne. Ou celui de Julio Ruelas (1870-1907), peintre symboliste et illustrateur, un Mexicain à Paris (il est enterré au cimetière du Montparnasse) que l’on peut voir comme un précurseur de Posada.

Par contre nous noterons surtout au passage le rôle particulier que joua la gravure, avec ce fort pouvoir de diffusion culturelle qu’elle exerce et d’influence qui en découle. Avec ces devanciers que furent Gabriel Vicente Gahona (1828-1899), dit Picheta, Manuel Manilla (1830-1895) et ses gravures de Calaveras*4, Santiago Hernández (1832-1908), autre créateur de Calaveras, et José Trinidad Pedroza (1837-1920). Et trois activistes qui se signalèrent notamment dans ce domaine, José Guadalupe Posada (1852-1913), Leopoldo Méndez (1902-1969) et Pablo O’Higgins (1904-1983), originaire des Etats-Unis, qui devint l’assistant de Diego Rivera avant de s’affirmer comme peintre et illustrateur.

Populaire Posada… Possédé par la gravure, pointe incisive, subversive, force de la caricature. Initié à la lithogravure par José Trinidad Pedroza, il prit son essor notamment grâce à sa collaboration avec l’éditeur et imprimeur Antonio Vánegas Arroyo (1850-1917) qui lui permit de propager son œuvre à grande échelle sur une multitude de supports, des feuilles volantes pour l’essentiel. Lui, que son travail rapproche de Goya, Daumier ou Dubout, finit sa vie démuni quoique toujours très crâne, ses os jetés à la fosse commune. Au Panteόn de Dolores.

      En retour de flamme, outre ses milliers de gravures restées dans la mémoire populaire, il eût trois grands admirateurs, José Clemente Orozco (https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jos-clemente-orozco-l...), Diego Rivera ( https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres...), et Leopoldo Méndez, qui, à leur manière, poursuivirent son œuvre. On connait moins bel héritage.

12273320876?profile=originalDiego Rivera (1886-1957)

Songe d’un dimanche après-midi à l’Alameda Central (détail, 1948)

Le petit garçon au parapluie, c’est Diego Rivera, il a dix ans il sait que ce n’est pas vrai mais il a le droit de rêver. Il est fier, il est grand, il porte élégamment le canotier. Derrière lui, protectrice, entre fantasme et possible équilibre, Soleil et Lune, yin et yang, Frida Kahlo. Il tient la main de La Cavalera Catrina, la Mort  joyeuse, bras dessus, bras dessous avec son créateur, José Guadalupe Posada, chapeau melon et canne en main dans l’Alameda Central, le jardin public du centre historique de Mexico.

(Museo Mural Diego Rivera, photo captée sur le Net)

 

12273320895?profile=originalJosé Guadalupe Posada

Aguascalientes, 1852-Mexico, 1913

Squelette des braves Ku Klux Klan

(typogravure, ca 1913)

 

Et Billie Holiday chantera en 1939

“ Southern trees bear a strange fruit

Blood on the leaves and blood at the root. ”

(« Les arbres du Sud portent un étrange fruit

Du sang sur les feuilles et du sang aux racines »)

sur une composition d’Abel Meeropol*5

De l’autre côté de la frontière,

là où la ségrégation sévissait,

 avec son lot de lynchages.

 

Et enfin, l’art eût ses agitateurs d’idées… Tels le Docteur Atl (Gerardo Murillo, dit ; 1875-1964), Marius de Zayas (1880-1961), caricaturiste installé à New-York, promoteur notamment du cubisme et du futurisme, ou Ramόn Alva de la Canal, figure du stridentisme puis du trentetrentisme (le mouvement İ 30-30 !) :

 

12273320284?profile=originalRamón Alva de la Canal

Mexico, 1892-1985

Les collines de Guerrero

(huile sur toile, 1920)

 

Dans le mouvement furtif du trentetrentisme pointèrent, entre autres, Fernando Leal (1896-1964), Francisco Díaz de Leόn (1897-1975) ou Gabriel Fernández Ledesma (1900-1983), seconds couteaux au trait vif et incisif comme une balle de carabine İ 30–30 !

Beaucoup d’autres ensuite viendront, suiveurs, suivistes, stridentistes, contemporáneos… ou inclassables, tous dignes d’intérêt que nous découvrirons dans un prochain chapitre…

 

12273321272?profile=originalİ Adelante caballeros ! Tel Dom Quichotte en avant pour de nouvelles aventures !

Il y a encore de l’eau au moulin et des batailles à mener… Chargez !

 (gravure de José Guadalupe Posada)

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Ricardo Eliécer Neftalí Reyes-Basoalto, alias Pablo Neruda (1904-1973). Le poète chilien chante en fait ici les louanges du général José Miguel Carrera Verdugo (1785-1821), héros de l’indépendance de son pays. Cette ode à la liberté, pour laquelle tous les deux sont morts, m’a semblé tout à fait adaptée au Mexique comme à Posada.

*2  Ou Chants d’orphelin (icnocuica) de Nezahualcόyotl (1402-1472), traduits du nahuatl par Georges Baudot (1935-2002). Des vers d’époque aztèque d’une poignante beauté.

*3 On pense que Zapata signa aussi un contrat avec la Mutual Film Corporation, mais moins charmeur que Villa, il ne devint pas un héros de « Western ». Des documentaires furent néanmoins réalisés. Zapata fut abattu lors d’un guet-apens le 10 avril 1919, Villa assassiné le 20 juillet 1923. De l’un comme de l’autre le cinéma en a fait ses choux gras.

Le président Madero fut lui aussi abattu, le 21 février 1913, en même temps que son vice-président, deux jours après son frère Gustavo.

*4 Calaveras : figures populaires représentant crânes et squelettes toujours très présentes lors de fêtes, carnavals et chez les graffeurs que nous découvrirons aussi au chapitre suivant. La Catrina en est le type, créé par Posada, moderne vanité virevoltant au rythme endiablé d’une danse macabre. El Día de muertos, jour de liesse populaire qui dure en fait du 31 octobre au 2 novembre, coïncidant ailleurs à Halloween, à la Toussaint et au Jour des défunts, est classé au patrimoine culturel de l’Unesco.

12273321285?profile=originalJosé Guadalupe Posada

La Cavalera Catrina

Force dévastatrice, libératrice de la caricature.

En France à la même époque, on peut rapprocher les Calaveras des « Diableries », qui furent très en vogue dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Créées par Louis Alfred Habert (1824-1893) et Pierre Adolphe Hennetier (1828-1888), ces saynètes bouffonnes publiées sous forme de vues stéréoscopiques par Adolphe Block (1829-1903).

12273321488?profile=originalLouis Alfred Habert

Mlle Satan en costume d’homme prône l’émancipation féminine

par la grève des crinolines.

*5 Abel Meeropol (1903-1986), auteur-compositeur, publia son poème Strange fruit en 1937 sous le pseudonyme de Lewis Allan, après avoir vu la photo du lynchage d’Abram Smith et de Thomas Shipp en 1930. Plus tard il adopta les enfants d’Ethel et Julius Rosenberg après leur exécution en 1953 dans la prison de Sing Sing pour espionnage au profit de l’URSS.

12273321682?profile=originalPhoto Lawrence H. Beitler (1885-1960)

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Petite foire aux illusions

12273315888?profile=originalLe présent recueil regroupe quelques textes écrits à différents moments. L'oeil averti décèlera. Certains sont tout récents, les plus anciens ont vingts ans, mais aucuns d'entre eux n'ont été publiés. Au-delà de la forme utilisée, poétique libre, prose, nouvelle poétique ou encore maximes proches du haïku, j'ai eu  la faiblesse de trouver quelques cohérence à cet assemblage. Bonne lecture, tout ça n'est qu'illusion. 

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administrateur théâtres

Cette année, nous célébrons les 450 ans de la mort de Bruegel. Avec Jan van Eyck et Paul Rubens, Pieter Brueghel est considéré comme l'un des tout grands maîtres de la peinture flamande du XVIe siècle. Membre de la Guilde de Saint-Luc d'Anvers, Brueghel s'est rendu en Italie et a été exposé à la culture humaniste. Le nom de la  guilde rapelle celui de  l'évangéliste Saint-Luc, patron des artistes, identifié par Jean de Damas comme ayant peint le portrait de la Vierge. En 1563, Bruegel s'installa à Bruxelles pour se rapprocher du centre  financier, du pouvoir et des clients potentiels. C'était une plaque tournante pour les artistes et la nouvelle noblesse urbaine. La même année, il épouse Mayken Coecke, fille de Pieter Coecke et Mayken Verhulst, à l'église Notre-Dame de la Chapelle de Bruxelles, et habite à proximité, au 132 de la  rue Haute, dans les Marolles, où il peint ses tableaux les plus célèbres, des  chefs-d'œuvre tels que Paysage d'hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux ou La Danse des paysans.   Au XVIe siècle, ce quartier était particulièrement prospère et se trouvait non loin de la résidence principale de Charles Quint au palais du Coudenberg, au Mont des Arts. Le peintre  a été  enseveli en 1569 dans la même église Notre-Dame de la Chapelle, l'endroit même où le concert: "Bruegel l'humaniste espiègle, un décor musical" s'est tenu le 3 octobre  dernier. 

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***"BREUGHEL (Pierre), ou BRUEGHEL le vieux, dit le Paysan, le Drôle, ou le vieux Breughel, peintre de paysage, de scènes burlesques, de diableries, d’histoire en petit, etc., et graveur sur bois, à l’eau-forte et au burin, né à Breughel, village près de Breda, on ne sait au juste en quelle année; d’après les uns en 1510, d’après les autres en 1530. Le nom de famille de cette belle lignée artistique n’a jamais été connu. Pierre Brenghel, souche de tous ces vaillants peintres, prit le nom de son village et n’en signa jamais d’autre. Et même celui-ci est orthographié de deux manières, Brueghel et Breughel. La première manière est la version primitive, celle que les peintres de ce nom ont adoptée pour signature; la seconde a pourtant prévalu dans l’orthographe moderne. Breughel était né paysan et fils de paysan; mais la nature en le créant artiste, lui avait donne un esprit inventif, curieux, gai et fort original. Sa vocation ne fut pas contrariée. On le plaça chez un homme célèbre, peintre, architecte, géomètre, Pierre Coecke, d’Alost. Il demeura dans la maison de celui-ci et porta plus d’une fois dans ses bras, dit Van Mander, la petite fille de son maître, sans se douter que cette petite fille serait un jour sa femme.." 

Avec la collaboration du KCB, ce concert-spectacle était basé sur l’idée d’illustrer certaines des peintures de Brueghel projetées sur écran avec des chansons et des musiques contemporaines du peintre. Le concert a été présenté sur des instruments anciens de la Renaissance, réunissant l'ensemble Les Sonadori, la mezzo-soprano Elisabeth Colson et l'organiste Fabien Moulaert, sous la direction d'Alain Gervaux, dans une coproduction de Voce et Organo - le département de recherche du Koniklijk Conservatorium Brussel - et Les Sonadori. Un programme détaillé expliquait chaque morceau de musique en parallèle avec la peinture de Brueghel ou des images d’objets illustrant son époque.Le programme est construit en cinq parties décrivant "amour et séduction", "jeux et danses", "histoire des Pays-Bas", "morale et dérision avec le personnage du Fou" et "piété" avec des œuvres de Clemens non papa, Thomas Crequillon, Pierre de la Rue, Lupus Episcopius, Benedictus Appenzeller ... publiées par Tielman Susato et Pierre Phalèse à Anvers au XVIe siècle. Ce programme sera également donné  au festival de Besançon-Montfaucon, au festival Mars en Baroque à Marseille et à La Courroie près d'Avignon.

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Quand  les musiciens de Brueghel  ont  débuté leur concert  par une procession, c’était comme si nous avions été projetés jadis, à l’époque des troubadours, des banquets et des danses de village. Leur riche répertoire et leur sonorités envoûtantes ont soudainement pris vie dans le sombre silence de l'Église, pour charmer un public tout de suite  conquis.  Des thèmes éternels  ont été chantés, joués et exposés avec  grand  amour de l'art: l'amour,  la gaudriole, la folie, la  guerre, la mort et les psaumes religieux. Nous avons  écouté avec ravissement  des chants plus cristallins que l'eau de Spa bleue, soutenus par des instruments anciens, flûtes et cordes, immensément  dynamiques, rappelant les paysages séculaires décrits par Brueghel. Des hivers, comme on en fait plus.. Voce et Organo et Les Sonadori ont tous contribué à mettre l'accent sur  l'humanité profonde  du peintre, pour qui sans doute jouer et peindre  était devenu une bénédiction de type  presque  sensuel. Lorsque la vibration de la musique correspond aux couleurs vibrantes et à l'humour vif de Brueghel, observateur sans concession de son temps, nous plongeons dans une  Renaissance qui ressemble  un peu à notre monde. Ou l'on pense immanquablement au poème des Correspondances de Baudelaire. Quand l'art devient une force motrice et donne un sentiment d'intemporalité, le spectateur est saisi d'un  mystérieux sentiment d'appartenance. Quand la musique devient le lien d'amour entre les gens et  que les peintures incarnent la beauté et les  angoisses humaines, on est comblé. 

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Une fois le concert terminé,  si vous visitez cette même  église de jour, vous pourrez peut-être aussi partir à la chasse d'esprits «échappés» de diverses peintures de Bruegel : La grande Evasion. Ils sont  cachés partout dans l’église, à vous de les découvrir!  Ils sont là pour célébrer la vie et l’œuvre du peintre  humaniste. En effet, diverses figures des peintures du maître flamand se sont échappées des  tableaux du maître pour s'accrocher ici et là. quittant pour la première fois  leur cadre  et  leur monde à deux dimensions pour se transformer en personnages réels. Ils se réunissent pour rendre hommage à l’homme qui les a peints et titiller l’imagination des visiteurs à l'esprit curieux. Ils y  resteront jusqu'à la fin  2019.

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A visiter également: l'exposition "Beyond Bruegel" qui rend hommage à l'artiste dans le majestueux Palais de la Dynastie, près de la KBR, la Bibliothèque nationale de Belgique, au Mont des Arts.

L'expérience artistique novatrice au Palais de la dynastie présente des projections immersives qui magnifient les œuvres de Brueghel et mettent en valeur des détails exquis. En tant que visiteur, vous pouvez comprendre le style et l'oeuvre du peintre dans divers espaces. Vous serez ensuite émerveillés par la  vision à 360 degrés qui illustre le monde fantasmé de Brueghel, à la fois si  terre-à-terre et si  imaginaire. Vous  foulerez des paysages où l'on rencontre  Dulle Griet ( La Folie) et une  armée de fantassins. Sur le bateau, au pied de la tour de Babel, vous irez à la rencontre des personnages uniques issus de l'imagination débordante de l'artiste. On peut suivre la projection en trois langues; anglais, français et néerlandais. Mais, les véritables peintures, ne sont pas loin, à quelques pâtés de maisons seulement:  passez au Musée juste à côté! Les amateurs de Brueghel qui visitent le"Beyond Breugel" expo  sont  aussi attendus pour saliver devant  la  carte et déguster ensuite une série de petits mets de choix au "Plein Publiek", un concept de cuisine hyper-créatif lié à l'exposition et conçu par le très talentueux ex Top chef Paul Delrez.

- "Beyond Bruegel" au "Palais de la Dynastie" au Mont des Arts à Bruxelles.
6 avril 2019 - 31 janvier 2020 www.beyondbruegel.be

- MUSEES ROYAUX DES BEAUX ARTS DE BELGIQUE

Bruegel. The Originals Les chefs-d'œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien aux MRBAB

> 15.09.2020


Rue de la Régence / Regentschapsstraat 3
1000 Bruxelles

La version anglaise de cet article: Dominique-Hélène Lemaire

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  • 12271920090?profile=originalMoi

    Bonjour tout le monde! L'année dernière Arts et Lettres a été censuré par Facebook et jamais les liens hyper texte n'ont été réactivés. Aujourd'hui, jour pour jour , c'est mon blog www.deashelle.com qui assure le lien entre Facebook et notre réseau qui est victime d'un blocage. Tous mes articles

  • 7:02 PM
  • 12271920090?profile=originalMoi

    et mes photos ont disparu de toutes les pages, groupes et profiles de mes correspondants et des miens. J'ai trouvé un lien où vous seriez très aimable de signifier votre plainte et demander que ce lien soir sorti de la liste rouge et réactivé. Pour le bien de la journaliste bénévole et celui des artistes qu'elle soutient depuis dix ans plus un !  

  • 7:03 PM
  • 12271920090?profile=originalMoi

    Il faut écrire votre réclamation dans la rubrique " Veuillez nous en Informer " sur le lien suivant : https://developers.facebook.com/tools/debug/sharing/?q=https%3A%2F%2Fwww.deashelle.com%2F&hc_location=ufi

  • Merci de tout coeur à tous ceux qui prendront la peine de me venir en aide.... Deashelle

URGENT! 

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Je suis un oiseau, j'ai un appétit d'oiseau sauf pour les mots. J'aime la littérature, la poésie, la musique, les chats et tous les animaux, l'écriture, l'amour et l'Amitié et la nature...J'écris des romans mais la
poésie est mon carburant. Des poèmes brefs, une poésie "de l'instant". J'éclabousse aussi de temps à autre un papier Arche d' aquarelles et de pastels, et cheminer dans mon jardin, saison après saison, heure après heure.

Dans une autre vie...j'ai travaillé comme juriste-fiscaliste, et enseigné le droit des assurances (de personnes) à l'ULB.

-Associations littéraires:

Vice-Présidente de l'Association des Ecrivains Belges de langue française (AEB)
http://www.ecrivainsbelges.be/

Membre du Conseil d'administration de l'AREAW (Association Royale des écrivains de Wallonie)

Chroniqueuse littéraire pour la Revue Reflets Wallonie-Bruxelles
http://areaw.org/

Membre de Clair de Luth (Mons)

Membre de Pen Belgique

-BIBLIOGRAPHIE et PRIX

Agir et accueillir, récit, Théles, 2010
Au fil des pages, roman, Memory,2012
Puzzle, roman, Memory, 2013
Aller-Retour, roman, 2014 (Prix Areaw Emile Poumon 2014)
Séparations, roman, Dricot 2015
Agir et accueillir, édition revue et augmentée, Brumerge 2016
Proche lointain, roman, Dricot 2016
Résonances, deux textes dans le recueil, JFE, mai 2017
L'instant fugace, textes dans les recueils, JFE, volumes 1 et 2, 2017 et 2018
Recueil JFE numéro 1 Carré poétique
Recueil coffret Michele Peyrat, Flou de mots, 2018
La solitude des étoiles, roman, 10/ 2017(ed.Murmure des Soirs)
Cueillette matinale, poèmes, Demdel, 2018
Résonances, tome 2, JFE, août 2018
Recueil collectif De l'humain pour les migrants, JFE 2018
Recueil collectif des "rencontres automnales" de la Lyre Emigrée 2018/et Recueil août 2019
Crimes et sentiments, polar collectif (Audace), 2019
Miroirs à marée basse, poésie (Le Coudrier), 2019 (avec I Bielecki et P Moreau)
Livres d'artistes "Les caresses du silence" avec Marina Boucheï, 2019
et "Au bord du jour", prévu fin 2019
Les Chants de Jane (Grenier Jane Tony), poèmes, "On s'attardera dans la lenteur", septembre 2019

Préface du recueil de poésie Du bout du jour, de Ph Colmant, Ed Demdel 2018/ Préface du volume 3 des "Ecrits philozozophiques" de Fabien Dumont

La symphonie inachevée, nouvelle parue dans la Revue Générale juillet août 2014
Et si Montaigne et Nietzsche s'étaient rencontrés, nouvelle, dans la Revue Générale février 2017

Un soir un livre, Le lys dans la vallée, texte dans Reflets Wallonie-Bruxelles, juin 2018

Texte dans Francophonie vivante de décembre 2017 (association Ch Plisnier)

Coffret collectif M Peyrat « photo+texte » janvier 2018

REVUES littéraires
Textes et poèmes : sur Facebook, Aura (Clair de Luth ), Nos Lettres de l'AEB,Le CAPITAL DES MOTS, Infusion revue, Lichen, La Revue Générale, Cabaret, Anthologie de Denys-Louis Colaux, Aura, Immagine & Poesia de H Bertrand Anthologies 2017/2018/2019, Lichen, Setu, L'Ecritoire d'Estieugues,
BLEU D'ENCRE 38, TRAVERSEE , POESIE PREMIERE,...

Prix :
Poème Tranchées bleues primé au prix P Nothomb 2014
Prix Mons/Émile Poumon 2014 décerné par l'AREAW

A PARAITRE :

-Livre(s) d'artiste(s) avec Marina Boucheï
-"Loin des routes agitées", poèmes et illustrations, Le Coudrier, 1er trimestre 2020
-Les Fantômes de Théodore, roman, Murmure des Soirs, février 2020
-Dans le refuge de la lumière, Bl d' E, octobre/novembre 2020

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QUESTIONNEMENT...

C'est quoi cette flamme qui ne veut pas s'éteindre

Ces vingt ans qui explosent à l'aube du déclin?

Plaisanterie de la vie de qui on peut tout craindre...

Ou bien simple cadeau, le clin d'œil du destin?

J.G.

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administrateur théâtres

Mozart à Rixensart

Pour «Balade Musicale à Rixensart», une association culturelle qui s’engage à apporter son soutien aux jeunes artistes, la musique est un art qui construit tous les autres. Sa 6ème saison s'achèvait  jeudi soir avec un magnifique concert de Mozart donné à l'église Sainte-Sixte de Genval  réunissant  la fine fleur de 31 jeunes musiciens exceptionnels, issus pour la plupart de l'IMEP (Institut supérieur de musique et pédagogie). 


Le programme a tout d’abord  présenté quelques extraits des opéras de Mozart - Die Zauberflöte, Don Giovanni et Cosi fan tutte -, soulignant les talents vocaux des quatre jeunes solistes: Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet et Kamil Ben Hsaîn Lachiri. Le baryton belge Kamil Ben Hsaïn Lachiri, âgé de 25 ans, qui a chanté Papageno dans Die Zauberflöte en 2017 à  Liège, a présenté au public un échantillon généreux et ludique de son talent de «Zauber», dit le magicien.  Tout de suite après il enchaînait avec une  belle interprétation de «Deh vieni alla finestra » de Don Giovanni  posée sur un lit de gracieux pizzicati. Le baryton lisse et clair  soutenait ensuite de façon magistrale  les sopranos dans «Soave sia el vento». On se souvient également de son très  remarqué Wagner dans «Faust» produit à l’Opéra de Liège  au début 2019. Dans ces extraits, sa voix étonnante, chaleureuse, est  bien charpentée et veloutée. Elle prend des douceurs de miel sauvage et fuse de façon  merveilleusement sonnante parcourant  une vaste  palette de couleurs.

Puis vint la magnifique interprétation de l’opulente Messe en ut mineur de Mozart, K427. Cette messe aux sonorités baroques (Bach et Haendel) date de la dernière décennie de  la vie de Mozart, ses années à Vienne. Bien qu'inachevée, elle est peut-être considérée comme  l'expression même  de la musique sacrée, car en elle, fleurissent  la présence et la beauté, signe d'éternité.
Sous la direction de L’Ensemble Pizzicato, nous retrouvons  Ayrton Desimpelaere, étoile montante. Parmi ses nombreux engagements en 2018-2019, il y a  son  brillant Matrimonio segreto (Cimarosa), le Don Quichotte de Massenet  un opéra participatif pour les jeunes  à l'Opéra Royal de Wallonie et, récemment, dans la même maison, il a même repris la direction d'Aïda  en remplacement de  Speranza Spaducci, portée malade. Les deux fois, l'ovation debout  fut la réponse enthousiaste d'un public admiratif et  reconnaissant. En une semaine, il avait  fourni pas moins de 12 concerts! Que les étoiles continuent à le protéger! 

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Grande Messe Solennelle en ut de Mozartsafe_image.php?d=AQDRCRfGgbQEUDMU&w=476&h=249&url=https%3A%2F%2Fwww.ulyn.net%2Fgal%2F948608_1.jpeg&cfs=1&upscale=1&fallback=news_d_placeholder_publisher&_nc_hash=AQAazVFPeth_C0Wm&profile=RESIZE_710x

Un réel accomplissement! Après l'entrée exquise des violons, Ayrton Desimpelaere a su construire une  puissance dramatique cumulative.   Celle-ci a rapidement transformé le «Kyrie» en un ensemble monumental, avec un chœur composé d'à peine  8 choristes. Le quatuor de solistes  remarquablement naturels,   a  conféré à l'oeuvre Mozartienne  une  humanité  débordante et  une splendeur tranquille. La première soprano Gianna Canete Gallo a sondé  sa vérité intérieure  dans le  "Christe Eleison" sans craindre une partition faite d'acrobaties vocales où elle a pu pleinement développer ses talents. «Laudamus te» chanté par Doris Brasseur distillait les nuances chaudes et lumineuses. Les deux sopranos ont donné  toute leur énergie dans le  «Dominus deus», un sommet dans les diverses phrases du  Gloria. L'approche douce et aérienne du chef d'orchestre lui a fait fuir la moindre solennité ecclésiastique, à l'exception de la très sombre et pesante marche du  "Qui tollis" qui porte toutes nos  injustices. Il a livré le tout avec fluidité, dévouement extrême à la musique et  secrète passion du sacré. Les différents «Miserere» fusionnés, semblaient venir de  toute part,  et traduire l'humble supplication autant que la noblesse de l'élévation. Un merveilleux équilibre  sous-tendait  le trio chantant le «Quoniam Tu solus sanctus».  Bonheur céleste au sein d’une tempête d’émotions. Le  timbre  plein et robuste du  ténor  passionné Pierre Derhet, donnait à son inspiration une  texture quasi vivante.  On le verra très bientôt  dans «Robert le diable» de Meyerbeer avec l’orchestre de la Monnaie à Bozar. La fugue finale était opulente, soutenue par un  cor admirablement retentissant. Chaque musicien semblait prendre  un plaisir intense à  boire les gestes précis ou furtifs du jeune chef d’orchestre, réagissant dans la connivence des regards. ...De quoi  rejoindre  tour à tour, les rivages de l’infini.

Mais bien sûr, le cœur de l’œuvre réside dans  le bouleversant  «Et Incarnatus est»  du Credo, avec sa ligne solo raffinée richement chantée par Gianna Canete Gallo,  soutenue  par la voix des vents  si respectueux du mystère de l’être, conscients de la  présence divine.  Mais ce passage reflète  tout autant  la  pureté du  tendre amour d'une mère. C’est ainsi que fonctionne le chef-d’œuvre de Mozart: provoquer un goût bruissant d’éternité mêlé à une saisissante humanité. La  perfection est dès lors rendue visible  avec les yeux du  coeur. Le  «Benedictus» voit le  quatuor en plein essor.  Et l'orchestre et les choristes célèbrent ensemble  la vie. Sous la houlette d'Ayrton Desimpelaere:  la joie profonde qui sauve le monde, submerge les auditeurs autant que les artistes.  "In nomine Domini" le "Benedictus" sera offert en Bis!

Dominique-Hélène Lemaire

Concert du 28 mars 2019

Orchestre et choeur Pizzicato,

direction Ayrton Desimpelaere

Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet, Kamil Ben Hsain Lachiri

Grande Messe en ut de Mozart


Heure: 20h.

Lieu: Eglise Saint-Sixte (Genval).

Adresse: près du Centre Culturel, place communale

https://www.balademusicale-rixensart.be/

Balade musicale à Rixensart

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administrateur théâtres

« Faust » de Gounod à la cité ardente (ORWL) jusqu’au 2 février 2019

Pertinent et spectaculaire: « Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate » Comme dans l’Enfer de Dante, le vieux docteur Faust a tout perdu : amour, espoir et foi.  Sa vie consacrée à l’étude et à la recherche n’a pas réussi à révéler le sens profond de l’existence humaine et il est sur le point de boire une  coupe de poison, appelant la mort à l’aide. « Maudit soit tout ce qui nous leurre ! » Là-dessus, Méphistophélès apparaît « Me voici ! »


On découvre les gémissements de l’alchimiste au pied d’un tas de décombres, une montagne de livres et de documents sertis comme dans un bijou brisé, un immense anneau domine la scène et  nous rappelle l’histoire terrifiante du pendule d’Edgar Poe. Le cercle de fer est gigantesque et se  meut sur lui-même comme une malédiction, il s’ouvre comme une gueule béante,  se relève et redescend changeant de perspective tout au long du spectacle. Est-ce l’un des cercles de l’enfer de Dante ? Le décor est tout sauf de la bouffonnerie. Ceux qui considèrent le Faust de Gounod comme une histoire d’amour bourgeoise inintéressante ou un divertissement comique auront tort. L’ensemble de la production est conçu comme une puissante peinture des vanités.

Accueillir Stefano Poda dans la maison liégeoise  avec sa mise en scène totalement polysémique a été un pari réussi. C’est un alchimiste ! Tout est synonyme de recherche esthétique. Poda recherche la perfection et la pureté comme dans une  fabrication d’Ikebana.

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Surtout quand l’anneau est rempli de deux structures arborescentes blanches qui ne se touchent jamais.  Son art de la mise en scène est  abstrait, philosophique et transcendantal.  Poda déborde d’un symbolisme visuel saisissant. L’image du cercle peut nous rappeler le cercle de la vie,  la notion circulaire du temps, les saisons, le mouvement des étoiles et des planètes, mais aussi l’esclavage humain ou les prisonniers enchaînés avec les fers au col et aux jambes, ou un anneau qui scelle entre deux êtres un pacte comme  les  liens du mariage, préfiguration de celui avec Dieu. A tout prendre, on choisit plutôt le Créateur pour l'alliance,  que  le Diable.

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 La mise en scène, l’interprétation et l’implication du public sont fortes. Le Faust de Gounod désire par dessous tout la jeunesse car  elle englobe tout : la richesse, la gloire, le pouvoir.  « Je veux un trésor qui les contient tous ! » Méphistophélès convainc Faust de signer son contrat en ne lui montrant qu’un mirage de beauté, de grâce et de jeunesse : Marguerite. La fleur même qui symbolise les « Je t’aime »  que l’on effeuille légèrement.

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D’abord séduite par les fleurs de  Siébel, l’attention de Marguerite sera vite  détournée par le coffret à bijoux.  L’humble et naïve jeune femme sera séduite, abandonnée et tuera ensuite  l’enfant à qui elle a donné naissance faisant d’elle une infanticide condamnable à l’échafaud. La société bourgeoise de l’époque de Gounod méprisait les enfants nés  hors  du mariage, et un terrible opprobre pesait sur toutes les filles-mères, qui ne pouvaient  continuer à vivre avec leur famille, ce qui signifie qu’elles  finissaient par se prostituer.  « Ne donne un baiser, ma mie, Que la bague au doigt !…. » Aujourd’hui, nous ne sommes plus d’accord avec des approches aussi sombres et malveillantes, mais  nous connaissons  des endroits dans le monde  où l’on condamne  les filles  apparaissant en public non voilées…

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Stefano Poda dirige tout : la mise en scène, les décors, les costumes, la chorégraphie et l’éclairage, ce qui donne un sentiment d’unité captivante.  Les mouvements de masse  sont construits en lignes d’une fluidité extraordinaire, même si chaque individu dansant est pris de mouvements saccadés, presque  névrotiques, articulés  en  gestes déconnectés qui  rendent palpable  l’image  d’une  société robotisée. On croit voir à travers tout cela, les anneaux d’un immense serpent, ce lui qui présidait à la tentation originelle.


  L’orchestration fougueuse et romantique de Patrick Davin  s’avère  très pittoresque et efficace, menée avec beaucoup d’assurance et d’attention aux détails, avec une vivacité frénétique pour correspondre aux mouvements de masse et aux scènes chorales comme la Kermesse ou la Valse du second acte. Il dépeint avec flamboyance les démons déchaînés  qui assaillent Marguerite alors qu’elle va prier dans l’acte IV, et cisèle comme un orfèvre le magnifique ballet de la Nuit Walpurgis.


Le chant guerrier « Gloire immortelle de nos aïeux »  est franchement  cynique, avec des soldats lourds de souvenirs sanglants,  revenant de la guerre mais disparaissant les uns après les autres! Et puis la musique devient une déferlante  sarcastique qui accompagne un cercle de femmes enceintes tenant des ballons noirs flottants pendant que Méphistophélès leur rend  une diabolique visite ! Mais il met aussi très  habilement en valeur les magnifiques voix  qui soutiennent le chef-d’œuvre.


Le  Faust de Marc Laho, est une voix forte et déterminée avec un timbre clair  et sonore surtout lorsque le diable l’a « rajeuni !». Il chante avec une aisance et un style parfaits et une diction impeccable. A ses côtés,  Anne-Catherine Gillet chante d’abord  comme une sylphide évanescente. Elle rayonne de jeunesse, de joie, d’amour, de passion  mais  devient redoutable de puissance quand elle est cernée par le  désespoir. Ce n’est plus Faust, mais Marguerite qui est devenue le personnage bouleversant de cet opéra. Son dernier souffle la conduit par  escalades vocales vertigineuses  vers le ciel où elle est accueillie en héroïne tragique par les anges et les séraphins dans des sonorités d’orgues de cathédrale La diction de Méphistophélès n’est certainement pas parfaite, mais le très apprécié et brillant  Ildebrando D’Arcangelo   puise sa  force  au  cœur des ténèbres, et de sa superbe voix de basse, il projette de façon stupéfiante  l’aridité d’un esprit manipulateur passionné.  Il joue de l’ironie: «  Si le bouquet l’emporte sur l’écrin, je consens à perdre mon pouvoir ! » Et Marguerite revêtira donc le manteau de diamants et de miroirs!   Valentin s’avère être un autre rôle intense. Il est chanté par Lionel Lhote, qui,  parti à la guerre, laisse sa sœur sous  la garde de l’adorable Siébel, chanté avec ferveur amoureuse, presque angélique  par Na’ama Goldman. A son retour,  pris d’une rage aveugle inspirée par le Démon, il défiera Faust en duel, pour avoir mis sa sœur enceinte et mourra au premier coup de pistolet.


La  truculente femme fatale,  Dame Marthe est endossée par Angélique Noldus, qui joue désespérément les coquettes avec le diable qui la rejette, mais nous ramène par petites touches à la vie nocturne illicite  des bourgeois du  temps de Gounod. Kamil Ben Hsaïn Lachiri dans le rôle de Wagner. Pierre Iodice: chef des Choeurs de l'Opéra royal de Liège. 


Dominique-Hélène Lemaire 

Du 23 janvier au 02 février 2019 à l’ Opéra Royal de Wallonie-Liège, et  le 8 février à Charleroi

Durée 210 minutes (entractes compris)

Opéra en cinq actes
Musique de Charles Gounod (1818-1893)
Livret de Jules Barbier & Michel Carré
D’après le poème de Goethe
Créé à Paris, Théâtre Lyrique, le 19 mars 1859

Direction musicale: Patrick Davin
Chef des choeurs: Pierre Iodice
Mise en scène, Décors, Costumes, Chorégraphie et Lumières: Stefano Poda
Assistant Mise en scène, Décors, Costumes, Chorégraphie et Lumières Paolo GianiCei

Avec
Anne-Catherine Gillet/ Marguerite
Na’ama Goldman / Siébel
 Angélique Noldus/ Marthe
Marc Laho/ Faust
Ildebrando D’Arcangelo/ Méphistophélès
Lionel Lhote / Valentin
Kamil Ben Hsain Lachiri / Wagner

Production :
Fondazione Teatro Regio de Turin
Opéra de Lausanne
New Israeli Opera de Tel Aviv 

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administrateur théâtres

Les mystères de la diplomatie

LE CHEVALIER D’ÉON

Du jeudi 25 avril 2019 au samedi 25 mai 2019 au théâtre du Parc à Bruxelles

Il ou elle ? Avec «  Le Chevalier d’Eon » Thierry Debroux revisite l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du XVIIIème siècle. Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Thimothée d’Éon de Beaumont, dit le Chevalier d’Éon fut successivement docteur en droit, avocat au Parlement de Paris, secrétaire de l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, capitaine des Dragons, agent secret, chevalier de Saint Louis et ministre plénipotentiaire à Londres. En même temps, il fut considéré comme l’une des plus belles femmes du XVIIIème siècle… Homme ou femme, celui qui fut l’une des plus fines lames de son temps a préservé l’ambiguïté jusqu’à son dernier souffle. Revisitant avec jubilation la comédie de cape et d’épée, Thierry Debroux nous entraîne dans la France et la Russie du XVIIIème siècle ». Saison 2005-2006 au théâtre le Méridien, théâtre d’émotions, hélas disparu depuis 2012.

Revoici  notre chevalier, au Parc, en James Bond dégenré,  affublé de jupons lors de ses missions d’espionnage, sous le nom de Lia de Beaumont. A la manière d’un phénix et dirigé avec virtuosité, par Daphné D’heur il reprend du métier, et quel métier! Celui de nous ravir et de nous promener à travers l’Europe du XVIIIe, Anne Guilleray, préposée à la création des costumes, faisant  merveille. Les hauts maquillages sont signés Urteza Da Fonseca. Et le chevalier ? Quel est son vrai nom à la ville? Julien Besure. Tout juste trente ans et l’an dernier, Octave dans les fourberies de Scapin, sur les mêmes planches. Jim Hamwkins dans l’Île au trésor, en 2016. A part le surf, le ski et le snowboard, il est passé maître en escrime, sous la conduite de son  fracassant maître d’armes…Jacques Capelle.  Mais aussi bretteur vocal sidérant et attrape-coeurs  aussi volatile qu’Arsène Lupin. 

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Son histoire  campe une période de guerre mondiale très noire,  pudiquement dénommée de guerre de sept ans (1756-1763) se déroulant simultanément sur plusieurs continents.  Elle opposait deux blocs franchement ennemis, tous deux  en route pour la conquête du monde : l’Angleterre et son empire colonial alliée à  Frédéric II de  Prusse contre la France et l’Autriche, leurs alliés et empires coloniaux.  A qui la Russie tendrait-elle la main? L’empire britannique sort vainqueur, régnant sur toutes les mers du monde,  la Prusse s’affirme au sein de l’espace germanique. La France perd définitivement la bataille de la culture française, versus la culture anglo-saxonne.  Le texte met en relief les machinations politiques, les questions d’intérêt, la place congrue du cœur dans la sphère politique.

– La légende raconte que, déguisé en femme lors d’un bal, Le chevalier d’Eon  aurait subjugué Louis XV. Recruté dans les services secrets du roi, il est envoyé comme espion à la cour de Russie. La mission qui lui est confiée est délicate puisqu’il il doit gagner la confiance de la tsarine Elisabeth afin de conclure un traité d’alliance pour rétablir les relations diplomatiques entre la France et la Russie, ce qu’il réussit avec brio sous les traits de Lia de Beaumont. –


Côté hommes,  Daphné D’Heur ne manque pas de comédiens d’excellence. Les voilà tous rassemblés. avec un Maroine Amini superlatif dans le rôle de Lubin, le fidèle valet vif argent du chevalier qui mêne grand train, une histoire d’amour ancillaire avec sa Nanette (Laurie Degand) , époustouflante de vivacité et de répartie tant vocale que physique. Sir Douglass, en tenue écossaise,  qui représente la perfide Albion, cache admirablement son jeu … ou pas, C’est Anthony Molina-Diaz, une autre grande pointure des planches du Parc.  Didier Colfs se partage avec autant de bonheur entre le très envieux Duc de Nivernais et Le Prince russe Narychkine. L’autre vilain, c’est le Chancelier Bestouchev (Nicolas Janssens), un concentré d’arrivisme et de manipulation, flanqué de notre Fabian Finkels, campant des vice-chancelier Voronstov et Ministre Lebel presque Felliniens. Habiles jeux de masques et d’éventails meurtriers, les chassés-croisés se succèdent dans un rythme échevelé, à la manière du vaudeville haut de gamme, Georges Lini es-tu là ? Les scènes comiques et jubilatoires sont au rendez-vous.  Le plateau tournant  trilobé explose les  portes qui claquent, et le décor très frugal se  contente d’à peine quelques médaillons évocateurs. Tout est dans l’énergie bondissante des  acrobaties amoureuses et politiques.


Côté femmes, des perles rares. Une comtesse de Rochefort exquise, une grande dame, intelligente de cœur et d’esprit, notre préférée? Elle incarne à la fois le badinage de Marivaux et la sagesse de la vie qui sait savoure ce qui lui est donné, et rit de bon cœur du reste, tout en délicatesse. « C’est le genre de femme qui ne passe pas inaperçue en public. Longiligne, port altier, chevelure noir jais encadrant un visage au teint d’albâtre, aux traits fins et réguliers, d’où se détachent deux immenses yeux incandescents. » écrivait à son propos Philip Tirard, en 2005.  Ajoutons, des pommettes fabuleuses à faire craquer les amants… Toute jeune, elle a parcouru la planète avec des parents d’origine italienne, les Abruzzes.  Remarquée par sa prof de français à Hong Kong,  elle s’inscrit  par amour du théâtre au Conservatoire de Mons au retour en Europe. Toujours pas trouvé ? Il s’agit de Laurence d’Amélio, autant jeune première que tragédienne.


Petra Urbanyi, princesse hongroise de caractère ? Oui pour le caractère, non pour la Hongrie.  Elle joue Sophie-Charlotte de Mecklembourg, princesse de Saxe qui piétine de rage, féministe jusqu’au bout des cheveux, refuse qu’on la marie avec Georges III le roi d’Angleterre surnommé le roi fou, mais deviendra tout de même la grand-mère de la reine Victoria ! Un jeu surexcité d’ado rebelle et de jeune femme rêvant d’amour véritable, très marrie d’être convoitée plus comme objet politique que comme roseau pensant.L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout


Et la palme, si palme il y a, revient à la tsarine Elisabeth Petrovna, admirablement présente et déclinée par Perrine Delers, un monument théâtral, une prestance éclatante, une allure incomparable. Elle a tout : la voix, les humeurs, le maintien, la noblesse,  le prestige, l’autorité. On se souvient de son rôle de voisine écrasante dans le 1984 d’Orwell, la métamorphose en tsarine ne fait qu’amplifier  son  port royal et  son ascendant dévorant.

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Rien que des éloges donc,  pour cette pièce où le rire est roi et le plaisir souverain, où roulent les tribulations, les ballets XVIIIe, les noms prestigieux,  les supercheries politiques et les jeux du pouvoir intenses pendant que le monde entier se trouve  rassasié de guerres incendiaires et dévastatrices. Sept jours, sept ans, le chiffre biblique de l’éternité jeté en pâture à la violence humaine.

Dominique-Hélène Lemaire    Pour Arts et Lettres

Crédit photos : ZVONOCK

Réservations: 
via le site ou par téléphone au 02 505 30 30 – du mardi au vendredi  – ouvert de 12h à 19h.

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