Il n’est même plus question de surcharge de travail. Il est question d’impossibilité de faire son travail. De prodiguer des soins dans de bonnes conditions. De prendre un peu de temps pour parler à chacun.e. De prendre les gens en charge dans des délais raisonnables. De pouvoir exercer dans un bon état d’esprit. De pouvoir travailler, tout simplement.
Infirmièr·e·s, sages-femmes, médecins, brancardièr·e·s, aides soignant·e·s, psychologues, personnel de la lingerie, de la restauration, de l’entretien ménager, technicien·ne·s, secrétaires, laborantin·e·s, ambulancièr·e·s, patient·e·s, les témoignages affluent. Les mots "burn out" sont sur toutes les lèvres. Les mots "mise en danger des patients" aussi. La colère gronde et s’exprime, notamment via le collectif belge La santé en lutte, fondé le 21 juin dernier, via les Mardis des blouses blanches, via des meetings et événements divers.
Le 7 novembre prochain dès 18h30, nous accueillerons ces combattant.e.s, autres victimes d’un capitalisme qui désormais tire sur l’ambulance. Témoignages, débats, analyses, images et rencontres seront au programme de cet Apéro-Expo :
Paroles de soignant.E.s en lutte
En partenariat avec La santé en lutte et ZIN TV
À l’ARC – Action et Recherche Culturelles asbl
Rue de l’Association 20, 1000 Bruxelles (métros Madou et Botanique)
communication@arc-culture.be 02/219.68.88 - email: communication@arc-culture.be
Entrée gratuite – Bar et petite restauration à prix modiques
Photo : Krasnyi Collective
Publications en exclusivité (3146)
C'est la 16ème édition les 14, 15 et 16 juin 2019 Voici le célèbre FESTIVAL DE LILLE PIANO (S)
Envie de visiter Lille en juin? Cela prend seulement une demi-heure en train à partir de BRUXELLES-ma-Belle. Que diriez-vous d'un voyage à Lille pour découvrir le festival de piano le plus fantastique qu’il soit, et sa longue liste de festivités.
Jean-Claude CASADESUS, en est l’illustre fondateur. Ces rencontres musicales ont été créées il y a 15 ans. Elles sont maintenant en pleine floraison, avec d'excellents interprètes et chefs d'orchestre invités! Et Jean-Claude CASADESUS, au cœur de ce magnifique festival, vous charmera par des choix musicaux très judicieux. Chaque année au mois de juin, 3 jours sont consacrés exclusivement aux claviers sous toutes leurs formes: concerts symphoniques, récitals, sessions de jazz, masterclasses, improvisations, créations, spectacles combinant d'autres disciplines artistiques, animations musicales, rencontres d'artistes ... Prenez vos rendez-vous sur le Lille Festival de piano (s)!
Une véritable odyssée musicale
A la mi-juin 2019, le FESTIVAL PIANO (S) LILLE fête donc ses 15 ans avec l'Orchestre National de Lille. Un public éclectique appréciera une véritable odyssée musicale à travers divers instruments autres que le piano : l'orgue, le clavecin, le clavicorde, le marimba, le vibraphone, le synthétiseur, l'accordéon et le bandonéon. Tout commence pour le public le vendredi 14, sera en plein feu le samedi 15 et se termine le dimanche 16 juin 2019 par un concert fantastique au Nouveau Siècle avec le grand Nelson Freire à la tête du second concerto emblématique de Brahms.
Depuis quinze ans, de nombreuses soirées de claviers investissent divers lieux pittoresquesdans le vieux Lille : auditoriums, gare, musées, bibliothèques, discothèques, tout simplement la rue et même l’année dernière, l’abbaye de Vaucelles à quelques kilomètres de là. Année après année, de très beaux profil musicaux sont sélectionnés avec soin et viennent du monde entier. De jeunes talents confirmés en particulier.
Qualité, créativité, éclectisme et ouverture restent les maîtres mots. Ce sont les valeurs qui sous-tendent ce festival lumineux et rayonnant en Haut-de-France depuis sa création.
Jean-Claude Casadesus nous parle des 15 ans du festival au micro de Diapasons https://rcf.fr/culture/musique/diapasons
Lieux
Le Nouveau Siècle, est situé au cœur du centre-ville, avec de beaux hôtels et restaurants tout autour. Cet auditorium moderne bénéficie d’une acoustique absolument magnifique. C'est la résidence de l'Orchestre National de Lille. Des lieux plus petits, tels que la salle du Québec, accueillent des manifestations plus intimes et de plus petits concerts.
Parmi les temps forts, épinglons: Vanessa Wagner et son dernier programme musical. Le journal Le Monde la décrit comme "la pianiste la plus agréable de sa génération". A noter également: l'Orchestre de Picardie avec deux merveilleux concerts, l'un avec Franck Braley, notre vedette belge et trompettiste Romain Leleu. L'autre avec Adam Laloum. Pour la première fois dans la cathédrale de La Treille, trois concerts d'orgue seront organisés avec Thierry Escaich et Olivier Latry, ainsi que Ghislain Leroy, le maitre des lieux.
La gare Saint-Sauveur, le Conservatoire, le Palais des Beaux-Arts, ND de la Treille et l'abbaye de Vaucelles ouvrent donc leurs portes pour organiser tous ces concerts, le tout à des tarifs très raisonnables. Il va sans dire que le prix modéré des billets est un réel atout qui vise à soutenir la culture musicale et élargir l’audience intéressée par la musique. On compte sur ces lieux plus insolites et leurs acoustiques multiples pour toucher un nouveau public, de plus en plus large. Incidemment, cela donne à chacun également une occasion de redéfinir sa propre approche, jeunes ou moins jeunes.
Soit dit en passant, que Jean-Claude CASADESUS, fondateur de l'Orchestre National de Lille, a encore repris la direction du festival - pour la toute dernière fois - a-t-il dit! Une apothéose donc pour les multiples programmes produits dans les divers lieux et les environs les plus attractifs de Lille.
Naturellement, les classiques passent en premier! Avec des noms très célèbres tels que : Nelson Freire, Pascal Amoyel, Lise de la Salle, Boris Giltburg, Denis Kozhukhin ... Mais aussi du Jazz! Avec Rhoda Scott et Jacky Terrasson, le samedi 16 juin au Nouveau Siècle, Salle Québec à 19h. Si vous souhaitez vous inscrire à de fantastiques improvisations avec Thomas Enco / Vassilena Serafimova sur musiques de BACH, c’est le samedi 16/06 à l'Abbaye de Vaucelles à 11h00.
Mais pourquoi ne pas aller profiter du Tango, juste pour changer? Avec Astoria Tango, vendredi 15 juin, au Nouveau Siècle, Salle Québec, 19h30. Et encore? Pour les romantiques, le piano de Nicolas Stavy et l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt se concentreront sur l’œuvre de Chopin. De manière plus moderne, Edouard Ferlet mettra la technologie au service de la virtuosité, dans le carnaval des animaux. Mais vous pouvez aussi choisir le quatuor Tana, qui flirte avec Brahms et des compositeurs contemporains.
Tout est ici : https://www.lillepianosfestival.fr/2019
Dominique-Hélène Lemaire ( Arts et Lettres)
Aussi Sur Branchés Culture:
https://www.facebook.com/LillePianosFestival/
Orphée et Eurydice à l'Opéra Royal de Liège
Une production spectaculaire tout en français!

En déployant les couleurs les plus variées des sentiments d’amour, d’espoir, de chagrin et de détresse, Varduhi Abrahamyan nous a donné une interprétation passionnée du rôle principal dans l’opéra de Gluck arrangé par Berlioz. En 1859, Berlioz arrangea l'opéra de Gluck afin qu'Orphée puisse être chanté par la grande mezzo-soprano Pauline Viardot, avec laquelle il travaillait en étroite collaboration. Il modifia la structure formelle de l'opéra, l en divisant l'œuvre en quatre actes au lieu de trois et plaça les scènes chez Hadès et aux Champs Élysées dans des actes séparés. Il modifia également certaines parties d’Orphée, principalement dans les récitatifs, tout en reprenant la majeure partie de l’orchestration de Gluck. L'Orphée de Varduhi Abrahamyan affiche une ligne solide, étendue et puissante tout au long de son voyage amoureux dans le séjour des morts. Permettant de franchir les portes de l'enfer et de braver ses féroces gardiens, la beauté de sa musique a fait oeuvre de magie. Varduhi Abrahamyan a plongé les spectateurs dans les brumes bleues du mystère. Le décor très onirique conçu par Pierre Dequivre est décliné en cinquante nuances de bleu. Cependant, la prononciation plutôt médiocre du chanteur en français nous a poussés à utiliser les sous-titres plus d'une fois, ce qui était en quelque sorte agaçant. Néanmoins, vocalisant aisément à travers la vaste gamme de matière vocale, la voix superbe de Varduhi Abrahamyan se frayait un chemin à travers les flots d'émotions, soulignant à la fois le pouvoir de guérison inhérent à la musique, en tant qu’art suprême. En quête de la note bleue? Il demande à Eurydice de l'écouter… Ce qu'elle fait, même si elle ne souffrait plus de la moindre douleur, un fois échouée dans la paix du royaume des morts. En accord avec la vision paisible de Socrate!
« Cet asile aimable et tranquille par le bonheur est habité. Nul objet ici n’enflamme l’âme; une douce ivresse laisse un calme heureux dans tous les sens. Et la sombre tristesse cesse dans ces lieux innocents. C’est le riant séjour de la félicité. » 
Les débuts de Melissa Petit dans le rôle d’Eurydice à l’Opéra Royal de Wallonie ont été lumineux et applaudis avec entrain, dès la chute du rideau. Née à Saint-Raphaël dans le sud de la France, Melissa Petit a commencé à étudier le chant à 14 ans à l'École de musique de Saint-Raphaël. En 2009, elle a fréquenté l'Université de musicologie de Nice et a travaillé comme soliste avec l'orchestre de chambre de Saint-Raphaël. La même année, elle remporte le 2e prix du concours international «Concorso Musica Sacra di Roma» et plus tard, récolte le 1er prix du concours national de chant à Béziers en France. Inutile de dire que sa prononciation aux impeccables sonorités était du pur bonheur et impeccables sonorités à l'oreille française. Sa performance cristalline semblait appeler la célèbre étoile inaccessible, celle décrite par Jacques Brel, celle qui symbolise un amour et un désir inaccessibles. Rappelée à la vie par l’art de son amant, Eurydice supplie Orphée de lui parler ... Ce qu’il ne fait pas, parce que les Dieux le lui ont interdit. Donc, le voilà pris dans une double impasse! Entraîné dans des souffrances insurmontables et, bien sûr, comme il ne pouvait s'empêcher de lui jeter un regard, voilà Eurydice ravalée par la tombe, pour la deuxième fois!

La délicieuse soprano belge Julie Gebhart a chanté le troisième grand rôle: celui de l'Amour, l'allégorie utilisée comme tiers dans l'opéra de Berlioz. Amour ou destin?
« Apprends la volonté des dieux: sur cette amante adorée garde-toi de porter un regard curieux, ou de toi pour jamais, tu la vois séparée. Tels sont de Jupiter les suprêmes décrets; rends toi digne de ses bienfaits. »
Son engagement scénique très admiré, toujours en phase parfaite avec les gracieuses modulations de son chant. Quel talent!

D'ailleurs, selon Gluck, «l'opéra et le théâtre vont de pair et doivent être unis jusqu'à la fusion pour exprimer la quintessence du drame». C'est le défi qu'Aurélien Bory a relevé dans une mise en scène à couper le souffle. Il a tout d'abord évoqué un tableau extrêmement bucolique «Orphée ramenant Eurydice des Enfers» de Camille Corot (Musée des beaux-arts de Houston, 1867). Celui-ci capture l'instant même où Orphée est sur le point de se tourner vers Eurydice… Cette image gigantesque de L'Arcadie se reflétait ensuite dans un dispositif constitué d'un immense miroir pivotant, qui au départ faisait plutôt penser au couvercle d'une boîte de Pandore. Diverses positions d' écrans dévoilaient également une suite de passages secrets vers des réalités mystérieuses. Quoi qu'il en soit, les choeurs vibrants de Pierre Iodice se sont finalement installés dans un cercle lumineux au centre du plateau, de même que les six danseurs qui tissaient l'histoire sans relâche, bercés par l'opulente matière orchestrale dirigée avec une énergie de feu par l'admirable maître de musique, Guy Van Waas, homme d'une rare sensibilité. Les chœurs et les danseurs s'unissaient pour soutenir corporellement la moindre phrase musicale, fabriquant au fur et à mesure une sorte de tapisserie vivante bouleversante. La matière de rêves ? Orphée et Eurydice, contrairement au reste des artistes se mouvaient peu et lentement, comme s'ils étaient englués dans la toile de la destinée. Le déploiement sonore était également accompagné de mouvement fluides de voiles balayant le sol, prêts à emporter les protagonistes impuissants. Ce spectacle a donc témoigné d'une créativité visuelle particulièrement hypnotisante, mêlant rêve et imagination, et faite pour souligner de visu, les performances vocales parfaites des chœurs et des solistes au service de la musique de Berlioz. Au final, un spectacle d' une modernité absolue, consacrant une histoire légendaire immortelle et bouleversante. 
Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres
L'article en anglais :ici
LIVRET DE PIERRE-LOUIS MOLINE
- Opéra Royal de Wallonie-Liège
- Opéra Comique
- Opéra de Lausanne
- Théâtre de Caen
- Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
- Opéra Royal-Château de Versailles Spectacles
- Croatian National Theater in Zagreb
- Beijing Music Festival
crédits photos: OPRLW
Prochain spectacle à L'opéra royal de Liège : Ve. 08 Novembre 2019
https://www.operaliege.be/spectacle/les-pecheurs-de-perles-2019/
Mardi 29 octobre 2019: thématique: "Rêves d'ailleurs", présentation et animation: Gérard Adam, l'enregistrement pour Radio Air Libre par Guy Stuckens, les écrivains en scène: Florence Richter, Joseph Ndwaniyé et Michel Joiret. Il est évident que nous rêvons tous d'ailleurs à un quelconque moment de notre existence, de manière consciente ou inconsciente... Et le rêve éveillé? Est-il le propre de l'Homme?
Ecrivain et infirmier belge né en 1962 et ayant quitté le Rwanda en 1986 pour s'établir chez nous, détenteur d'un Baccalauréat en biologie médicale et d'un Master en gestion hospitalière, Joseph Ndwaniyé nous fait visiter son ouvrage "Le Muzungu mangeur d'hommes": un jeune couple idéaliste débarque au Rwanda, souhaitant y voir s'accomplir son rêve de bonheur mais la quête prendra pour chacun d'eux un chemin différent. Ce roman est une exploration des relations entre l'Europe et l'Afrique, le troisième personnage du récit, un récit d'une grande tendresse et qui nous dévoile que le bonheur ne se trouve pas toujours là où on l'attend...
Analyste criminelle, responsable des "Midis de la Poésie", également éditrice à la Renaissance du Livre et chercheuse pour le groupe FNRS, Florence Richter nous a présenté quant à elle "Qui est Georgette?", sorte de roman-pamphlet (ce sont ses mots) dénonçant les excès de l'humanité et mêlant thriller, étrange et poésie. Sexe et fin du monde seraient-ils liés? 2046, de Bruxelles à Calvi, une impressionnante puanteur s'étend. Chef d'orchestre, Rose Apari se met à enquêter, finissant par découvrir l'existence d'une tribu aux moeurs bien particulières. Tout un programme...
Ecrivain, poète et essayiste né en 1942, qui fut professeur en Tunisie et dans l'enseignement provincial du Hainaut, et animateur du Projet-Lecture et d'Ecriture Charles Bertin Charles Plisnier, Michel Joiret nous a de son côté fait vibrer avec "Les Larmes de Vesta": deux mille ans séparent le destin de Luna de celui de Maman Lune, le voyage de Lucius de celui de Luc Rodin, professeur de latin. Deux récits qui s'intercalent, de nombreux points communs entre les deux hommes. Ayant découvert le triste journal de sa mère Maman Lune, Luc passe du temps à le lire, des surprises au détour des pages...
En introduction, Gérard Adam, concentré, nous a cité Brel avant de questionner tour à tour les écrivains en présence notamment sur les interrogations que font naître leurs ouvrages. A l'aise et souriant, Joseph Ndwaniyé nous a appris que son récit se déroule dans les années 70-80: à la suite d'un rêve, un couple décide de partir. Il vivra sur place la tentative de l'intégration et bien des étonnements, schéma inversé et relations amoureuses particulières accompagnées de complications. Les mots-clés? Départ, quête de soi, parcours initiatique, métamorphose.
L'assurance tranquille et la voix claire et distincte, Florence Richter nous a dépeint son thriller dans un futur relativement proche. L'enquête de Rose paraît complexe, le ton de l'auteur manifestement outrancier et c'est, semble-t-il, une pieuvre qui nous narre les faits. Ce qu'il y a de beau dans l'humain n'est bien sûr pas en reste. Du réel et de l'imaginaire à la clé, symboles non exempts, de l'humour également et entre autre ce message que la technologie ne peut tout solutionner...
Posé, concentré, Michel Joiret nous a évoqué Luc Rodin, professeur proche de la cinquantaine, dont l'univers se dissout, sa vie se révélant un vaste naufrage...mais Rome a toujours été proche de lui! Rodin tente de transmettre sa passion à ses élèves, il finira par glisser vers un dédoublement de sa personnalité. Fantasme et rêve absolu des Romains, Pompéi nous est conté, également la vie des gens à Rome, une vie d'injustice sociale souvent extrême, l'imagination au pouvoir, de cette imagination qui mène au delà du temps...
"Le rêve est-ce voir les choses comme elles sont et non pas comme elles paraissent?" C'est la question que Joiret soulèvera en finale, les interactions entre auteurs non absentes de cette rencontre au sommet sous le toit de l'Espace Art Gallery. E.A.G., Evocation, Attention, Génération(s).
Thierry-Marie Delaunois, auteur, rédacteur et chroniqueur, le 1er novembre 2019
Une giclée de mots de la tête à la main...
Une bouffée de vérité qui tend vers demain?
L'écriture se libère et nous revient l'envie
Au profond d'la nuit où s'installe l'insomnie...
Le cerveau fatigué, mais qui encore s'emballe
C'est la preuve que la vie triomphe de ses dédales!
Alors, le cœur s'accroche, se maintient en douceur
Pour laisser de côté nos si stupides peurs!
J.G.
Mexico, 1902-1969
Hommage à José Guadalupe Posada
(gravure sur linoléum, 1953)
On reconnaîtra au premier plan José Guadalupe Posada (1852-1913), burin en main, observant hors champ les exactions de la soldatesque sur les paysans. A gauche, les révolutionnaires Ricardo Flores Magόn (1873-1922) et, derrière ce dernier, Lázaro Guttiérrez de Lara (1870-1918). Au travail devant la casse d’imprimerie, un ouvrier typographe, qui pourrait être Leopoldo Méndez lui-même, son disciple né en 1902 comme le rappelle l’affiche à droite. Tous dénoncent la répression exercée par le président Porfirio Díaz (1830-1915). İ Revoluciόn !
(gravure sur linoléum, 1953)
« Tu as fondé ici l’imprimerie,
La lettre arriva à la nuit du peuple,
La nouvelle secrète ouvrit les lèvres.
Tu as fondé ici l’imprimerie.
Tu as implanté l’école au couvent.
La toile d’araignée a reculé,
Et le recoin des dîmes étouffantes.
Tu as implanté l’école au couvent. »
Pablo Neruda*1
Durango, 1886-Mexico, 1946
La poétesse
(huile sur toile, 1917)
Sans même remonter aux fondamentaux que sont les fresques naturalistes de l’époque classique maya, je pense en particulier aux peintures murales de Bonampak ou de Cacaxtla, ce « ballet de formes et de couleurs franches » (Octavio Paz), il m’a semblé intéressant dans un premier temps de nous pencher sur les origines de la peinture mexicaine.
Les Trois Grands, Rivera, Orozco, Siqueiros, par leurs talents respectifs et leurs fortes personnalités ont éclipsé les autres muralistes mexicains. Cet art se voulait pourtant collectif, et ils furent nombreux à se fondre dans ce mouvement, à un moment au moins de leurs carrières.
Ces petits sur l’affiche, qui ne manquaient pourtant pas de caractère, je vais donc simplement les citer pour mémoire et surtout, pour, quelques-uns d’entre eux, en profiter pour aussi abondamment que faire se peut illustrer ce billet.
Le muralisme n’est pas une génération spontanée de peintres décidés à s’exprimer hors les galeries et musées. Il est né bien sûr de la Révolution mexicaine de 1910, mais aussi des journaux, des affiches, de la caricature, de la tradition populaire. Ferments puissants qui lui ont permis d’éclore et de fleurir sur les murs. Et acte politique visant à unir la Nation grâce à cet « art collectif par excellence, qui appartient à tous et est accessible à tous », selon la formule de Diego Rivera.
Il eût donc ses précurseurs, ses éclaireurs, dont beaucoup rejoindront le muralisme après l’avoir inspiré…
La veillée funèbre (détail)
« Qu’il y ait encore des échanges
ici-bas, avec vous, mes amis !
Seulement ici-bas sur la terre !
Demain ou plus tard,
selon ce que voudra le cœur
de l’Auteur de la Vie,
nous quitterons sa demeure. »
Les chants de Nezahualcόyotl*2
Mais il fallut d’abord se libérer. Après la longue période de colonisation et de domination espagnole, la révolte est portée par « le cri de Dolorès » du père Miguel Hidalgo y Costilla (1753-1811), le 15 septembre 1810 :
« Mes enfants, voulez-vous être libres ? »
Après la rébellion et malgré une sanglante répression, le pays devint indépendant en 1821 pour se proclamer République fédérale des Etats-Unis du Mexique en 1824. Las, en 1864 Maximilien d’Autriche, porté par Napoléon III, est fait empereur du Mexique. Défait par Benito Juárez (1806-1872), le monarque est destitué puis exécuté trois ans plus tard. La république est à nouveau instituée, pour entrer de 1876, date de son élection, sous la trop longue présidence de Porfirio Diaz qui installa peu à peu un régime dictatorial jusqu’en 1911 et la Révolution menée au nord par José Doroteo Arango Arámbula, dit Pancho Villa, et Emiliano Zapata, El Caudillo del Sur.
« La cucaracha,
La cucaracha,
Ya no puede caminar
Porque no tiene,
Porque la falta,
Marijuana que fumar »
Air traditionnel devenu chant révolutionnaire
(Le cafard, le cafard, ne peut plus cheminer, parce qu’il n’a pas, parce qu’il lui manque, de la marijuana à fumer. Cucaracha, le cafard, étant bien sûr l’occupant, l’exploiteur ou le tyran du moment)
« Terre et liberté ! »
clamaient les peones réunis autour d’Emiliano Zapata
pendant que Pancho Villa faisait son cinéma (La vida del general Villa, 1914*3).
« Droit de vote pour tous ! »,
« Non à la réélection ! »
tonnaient ceux qui soutenaient Francisco Madero qui,
une fois élu président en 1911,
ne rendit pas leurs terres aux paysans indiens.
Une période de troubles et de luttes intestines s’ensuivit jusqu’en 1920 et l’élection d’Álvaro Obregόn. Les temps resteront agités, néanmoins les commandes publiques de fresques stimuleront la création.
En matière d’art, un rejet de l’académisme, des relents du colonialisme, dès lors s’impose. Certains artistes fréquenteront assidument les sites archéologiques afin de plonger aux racines préhispaniques de leur culture.
Cependant je ne saurais oublier ces portraits de villageois peints avec beaucoup de naturalisme par un indigène.
Purisíma del Rincόn, 1832-1907
Portrait de famille
(huile sur bois)
(photo captée sur le Net)
Facteur rural comme Cheval et tout aussi singulier. Un indien pieux aux multiples talents, grand portraitiste au demeurant.
Précurseur ?
Pas vraiment, il n’y eut ni avant ni après, il ne quitta jamais son canton, définitivement hors courant. Une sorte de primitif flamand égaré dans l’espace et le temps, « peintre amateur, sans maître » tel qu’il le revendiquait.
Pas plus que ne le sont les peintres de la Nouvelle-Espagne, Juan Correa (1646-1716), Cristόbal de Villalpando (1649-1714), José de Ibarra (1685-1756), ou même Miguel Mateo Maldonado y Cabrera (1695-1768), un peintre d’origine zapotèque, ou encore José de Páez (1720-1790), tous ces « Vieux Mexicains » versés dans l’imagerie religieuse.
Pas d’avantage José Augustín Arrieta (1803-1874), peintre de genre, Felipe Santiago Gutiérrez (1824-1904) ou Tiburcio Sánchez de la Barquera (1837-1902), tous deux bons portraitistes au style un peu hiératique, le très romantique Manuel Ocaranza (1841-1882), José María Velasco Gomez (1840-1912), excellent paysagiste, Gonzalo Carrasco Espinosa (1859-1936), un jésuite qui peignit essentiellement des sujets religieux. Ou encore El Velorio, tel qu’on surnomme José María Jara (1866-1939). Ce dernier, un extraordinaire artiste mexicain pure souche, n’affirma pas davantage un style personnel, pourtant ce nocturne, d’un caravagisme très tardif certes, ne cesse d’imprimer ma rétine…
José María Jara, dit El Velorio
Orizaba, 1866-Morelia, 1939
La veillée funèbre
(huile sur toile, 1869)
« Le vendredi à sept heures du soir
tu es morte
en regardant vers la porte
et la lumière t’a inondée.
Depuis un cercueil en bois
arbre creux endormi
ton corps retournera
dans un drap blanc
à l’ombre fraîche de la terre. »
Mόnica Mansour
(poétesse mexicaine née en Argentine en 1946,
extrait de Lumière)
En revanche, il fallait bien ouvrir la fenêtre au modernisme et entrer, après s’être malgré tout imprégné des avant-gardes européennes (cubisme, fauvisme, futurisme), dans une pure mexicanité.
Lumière donc sur quelques autres de ces véritables précurseurs évoqués plus haut…
Teziutlán, 1824 – Mexico, 1884
Paysage
(huile sur toile ; musée insulaire de La Palma)
Aguascalientes, 1887-Mexico, 1918
La moisson
(huile sur toile, 1909)
Guadalajara, 1885-Mexico, 1968
Pêcheur de Majorque
(huile sur toile, 1915)
Durango, 1886-Mexico, 1946
Portrait de Pierre Bonnard
(huile sur toile, 1920)
Nous ferons juste allusion à Joaquín Clausell (1866-1935) et Alfredo Ramos Martínez (1871-1946), tous deux fortement marqués par la France et les impressionnistes. Plus important certainement fut le rôle joué par Germán Gedovius (1867-1937), déjà à l’avant-garde à sa manière, mais encore trop pénétré de culture européenne. Ou celui de Julio Ruelas (1870-1907), peintre symboliste et illustrateur, un Mexicain à Paris (il est enterré au cimetière du Montparnasse) que l’on peut voir comme un précurseur de Posada.
Par contre nous noterons surtout au passage le rôle particulier que joua la gravure, avec ce fort pouvoir de diffusion culturelle qu’elle exerce et d’influence qui en découle. Avec ces devanciers que furent Gabriel Vicente Gahona (1828-1899), dit Picheta, Manuel Manilla (1830-1895) et ses gravures de Calaveras*4, Santiago Hernández (1832-1908), autre créateur de Calaveras, et José Trinidad Pedroza (1837-1920). Et trois activistes qui se signalèrent notamment dans ce domaine, José Guadalupe Posada (1852-1913), Leopoldo Méndez (1902-1969) et Pablo O’Higgins (1904-1983), originaire des Etats-Unis, qui devint l’assistant de Diego Rivera avant de s’affirmer comme peintre et illustrateur.
Populaire Posada… Possédé par la gravure, pointe incisive, subversive, force de la caricature. Initié à la lithogravure par José Trinidad Pedroza, il prit son essor notamment grâce à sa collaboration avec l’éditeur et imprimeur Antonio Vánegas Arroyo (1850-1917) qui lui permit de propager son œuvre à grande échelle sur une multitude de supports, des feuilles volantes pour l’essentiel. Lui, que son travail rapproche de Goya, Daumier ou Dubout, finit sa vie démuni quoique toujours très crâne, ses os jetés à la fosse commune. Au Panteόn de Dolores.
En retour de flamme, outre ses milliers de gravures restées dans la mémoire populaire, il eût trois grands admirateurs, José Clemente Orozco (https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jos-clemente-orozco-l...), Diego Rivera ( https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres...), et Leopoldo Méndez, qui, à leur manière, poursuivirent son œuvre. On connait moins bel héritage.
Songe d’un dimanche après-midi à l’Alameda Central (détail, 1948)
Le petit garçon au parapluie, c’est Diego Rivera, il a dix ans il sait que ce n’est pas vrai mais il a le droit de rêver. Il est fier, il est grand, il porte élégamment le canotier. Derrière lui, protectrice, entre fantasme et possible équilibre, Soleil et Lune, yin et yang, Frida Kahlo. Il tient la main de La Cavalera Catrina, la Mort joyeuse, bras dessus, bras dessous avec son créateur, José Guadalupe Posada, chapeau melon et canne en main dans l’Alameda Central, le jardin public du centre historique de Mexico.
(Museo Mural Diego Rivera, photo captée sur le Net)
Aguascalientes, 1852-Mexico, 1913
Squelette des braves Ku Klux Klan
(typogravure, ca 1913)
Et Billie Holiday chantera en 1939
“ Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root. ”
(« Les arbres du Sud portent un étrange fruit
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines »)
sur une composition d’Abel Meeropol*5
De l’autre côté de la frontière,
là où la ségrégation sévissait,
avec son lot de lynchages.
Et enfin, l’art eût ses agitateurs d’idées… Tels le Docteur Atl (Gerardo Murillo, dit ; 1875-1964), Marius de Zayas (1880-1961), caricaturiste installé à New-York, promoteur notamment du cubisme et du futurisme, ou Ramόn Alva de la Canal, figure du stridentisme puis du trentetrentisme (le mouvement İ 30-30 !) :
Mexico, 1892-1985
Les collines de Guerrero
(huile sur toile, 1920)
Dans le mouvement furtif du trentetrentisme pointèrent, entre autres, Fernando Leal (1896-1964), Francisco Díaz de Leόn (1897-1975) ou Gabriel Fernández Ledesma (1900-1983), seconds couteaux au trait vif et incisif comme une balle de carabine İ 30–30 !
Beaucoup d’autres ensuite viendront, suiveurs, suivistes, stridentistes, contemporáneos… ou inclassables, tous dignes d’intérêt que nous découvrirons dans un prochain chapitre…
İ Adelante caballeros ! Tel Dom Quichotte en avant pour de nouvelles aventures !
Il y a encore de l’eau au moulin et des batailles à mener… Chargez !
(gravure de José Guadalupe Posada)
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 Ricardo Eliécer Neftalí Reyes-Basoalto, alias Pablo Neruda (1904-1973). Le poète chilien chante en fait ici les louanges du général José Miguel Carrera Verdugo (1785-1821), héros de l’indépendance de son pays. Cette ode à la liberté, pour laquelle tous les deux sont morts, m’a semblé tout à fait adaptée au Mexique comme à Posada.
*2 Ou Chants d’orphelin (icnocuica) de Nezahualcόyotl (1402-1472), traduits du nahuatl par Georges Baudot (1935-2002). Des vers d’époque aztèque d’une poignante beauté.
*3 On pense que Zapata signa aussi un contrat avec la Mutual Film Corporation, mais moins charmeur que Villa, il ne devint pas un héros de « Western ». Des documentaires furent néanmoins réalisés. Zapata fut abattu lors d’un guet-apens le 10 avril 1919, Villa assassiné le 20 juillet 1923. De l’un comme de l’autre le cinéma en a fait ses choux gras.
Le président Madero fut lui aussi abattu, le 21 février 1913, en même temps que son vice-président, deux jours après son frère Gustavo.
*4 Calaveras : figures populaires représentant crânes et squelettes toujours très présentes lors de fêtes, carnavals et chez les graffeurs que nous découvrirons aussi au chapitre suivant. La Catrina en est le type, créé par Posada, moderne vanité virevoltant au rythme endiablé d’une danse macabre. El Día de muertos, jour de liesse populaire qui dure en fait du 31 octobre au 2 novembre, coïncidant ailleurs à Halloween, à la Toussaint et au Jour des défunts, est classé au patrimoine culturel de l’Unesco.
La Cavalera Catrina
Force dévastatrice, libératrice de la caricature.
En France à la même époque, on peut rapprocher les Calaveras des « Diableries », qui furent très en vogue dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Créées par Louis Alfred Habert (1824-1893) et Pierre Adolphe Hennetier (1828-1888), ces saynètes bouffonnes publiées sous forme de vues stéréoscopiques par Adolphe Block (1829-1903).
Mlle Satan en costume d’homme prône l’émancipation féminine
par la grève des crinolines.
*5 Abel Meeropol (1903-1986), auteur-compositeur, publia son poème Strange fruit en 1937 sous le pseudonyme de Lewis Allan, après avoir vu la photo du lynchage d’Abram Smith et de Thomas Shipp en 1930. Plus tard il adopta les enfants d’Ethel et Julius Rosenberg après leur exécution en 1953 dans la prison de Sing Sing pour espionnage au profit de l’URSS.
Le présent recueil regroupe quelques textes écrits à différents moments. L'oeil averti décèlera. Certains sont tout récents, les plus anciens ont vingts ans, mais aucuns d'entre eux n'ont été publiés. Au-delà de la forme utilisée, poétique libre, prose, nouvelle poétique ou encore maximes proches du haïku, j'ai eu la faiblesse de trouver quelques cohérence à cet assemblage. Bonne lecture, tout ça n'est qu'illusion.
Cette année, nous célébrons les 450 ans de la mort de Bruegel. Avec Jan van Eyck et Paul Rubens, Pieter Brueghel est considéré comme l'un des tout grands maîtres de la peinture flamande du XVIe siècle. Membre de la Guilde de Saint-Luc d'Anvers, Brueghel s'est rendu en Italie et a été exposé à la culture humaniste. Le nom de la guilde rapelle celui de l'évangéliste Saint-Luc, patron des artistes, identifié par Jean de Damas comme ayant peint le portrait de la Vierge. En 1563, Bruegel s'installa à Bruxelles pour se rapprocher du centre financier, du pouvoir et des clients potentiels. C'était une plaque tournante pour les artistes et la nouvelle noblesse urbaine. La même année, il épouse Mayken Coecke, fille de Pieter Coecke et Mayken Verhulst, à l'église Notre-Dame de la Chapelle de Bruxelles, et habite à proximité, au 132 de la rue Haute, dans les Marolles, où il peint ses tableaux les plus célèbres, des chefs-d'œuvre tels que Paysage d'hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux ou La Danse des paysans. Au XVIe siècle, ce quartier était particulièrement prospère et se trouvait non loin de la résidence principale de Charles Quint au palais du Coudenberg, au Mont des Arts. Le peintre a été enseveli en 1569 dans la même église Notre-Dame de la Chapelle, l'endroit même où le concert: "Bruegel l'humaniste espiègle, un décor musical" s'est tenu le 3 octobre dernier.

***"BREUGHEL (Pierre), ou BRUEGHEL le vieux, dit le Paysan, le Drôle, ou le vieux Breughel, peintre de paysage, de scènes burlesques, de diableries, d’histoire en petit, etc., et graveur sur bois, à l’eau-forte et au burin, né à Breughel, village près de Breda, on ne sait au juste en quelle année; d’après les uns en 1510, d’après les autres en 1530. Le nom de famille de cette belle lignée artistique n’a jamais été connu. Pierre Brenghel, souche de tous ces vaillants peintres, prit le nom de son village et n’en signa jamais d’autre. Et même celui-ci est orthographié de deux manières, Brueghel et Breughel. La première manière est la version primitive, celle que les peintres de ce nom ont adoptée pour signature; la seconde a pourtant prévalu dans l’orthographe moderne. Breughel était né paysan et fils de paysan; mais la nature en le créant artiste, lui avait donne un esprit inventif, curieux, gai et fort original. Sa vocation ne fut pas contrariée. On le plaça chez un homme célèbre, peintre, architecte, géomètre, Pierre Coecke, d’Alost. Il demeura dans la maison de celui-ci et porta plus d’une fois dans ses bras, dit Van Mander, la petite fille de son maître, sans se douter que cette petite fille serait un jour sa femme.."
Avec la collaboration du KCB, ce concert-spectacle était basé sur l’idée d’illustrer certaines des peintures de Brueghel projetées sur écran avec des chansons et des musiques contemporaines du peintre. Le concert a été présenté sur des instruments anciens de la Renaissance, réunissant l'ensemble Les Sonadori, la mezzo-soprano Elisabeth Colson et l'organiste Fabien Moulaert, sous la direction d'Alain Gervaux, dans une coproduction de Voce et Organo - le département de recherche du Koniklijk Conservatorium Brussel - et Les Sonadori. Un programme détaillé expliquait chaque morceau de musique en parallèle avec la peinture de Brueghel ou des images d’objets illustrant son époque.Le programme est construit en cinq parties décrivant "amour et séduction", "jeux et danses", "histoire des Pays-Bas", "morale et dérision avec le personnage du Fou" et "piété" avec des œuvres de Clemens non papa, Thomas Crequillon, Pierre de la Rue, Lupus Episcopius, Benedictus Appenzeller ... publiées par Tielman Susato et Pierre Phalèse à Anvers au XVIe siècle. Ce programme sera également donné au festival de Besançon-Montfaucon, au festival Mars en Baroque à Marseille et à La Courroie près d'Avignon.

Quand les musiciens de Brueghel ont débuté leur concert par une procession, c’était comme si nous avions été projetés jadis, à l’époque des troubadours, des banquets et des danses de village. Leur riche répertoire et leur sonorités envoûtantes ont soudainement pris vie dans le sombre silence de l'Église, pour charmer un public tout de suite conquis. Des thèmes éternels ont été chantés, joués et exposés avec grand amour de l'art: l'amour, la gaudriole, la folie, la guerre, la mort et les psaumes religieux. Nous avons écouté avec ravissement des chants plus cristallins que l'eau de Spa bleue, soutenus par des instruments anciens, flûtes et cordes, immensément dynamiques, rappelant les paysages séculaires décrits par Brueghel. Des hivers, comme on en fait plus.. Voce et Organo et Les Sonadori ont tous contribué à mettre l'accent sur l'humanité profonde du peintre, pour qui sans doute jouer et peindre était devenu une bénédiction de type presque sensuel. Lorsque la vibration de la musique correspond aux couleurs vibrantes et à l'humour vif de Brueghel, observateur sans concession de son temps, nous plongeons dans une Renaissance qui ressemble un peu à notre monde. Ou l'on pense immanquablement au poème des Correspondances de Baudelaire. Quand l'art devient une force motrice et donne un sentiment d'intemporalité, le spectateur est saisi d'un mystérieux sentiment d'appartenance. Quand la musique devient le lien d'amour entre les gens et que les peintures incarnent la beauté et les angoisses humaines, on est comblé.

Une fois le concert terminé, si vous visitez cette même église de jour, vous pourrez peut-être aussi partir à la chasse d'esprits «échappés» de diverses peintures de Bruegel : La grande Evasion. Ils sont cachés partout dans l’église, à vous de les découvrir! Ils sont là pour célébrer la vie et l’œuvre du peintre humaniste. En effet, diverses figures des peintures du maître flamand se sont échappées des tableaux du maître pour s'accrocher ici et là. quittant pour la première fois leur cadre et leur monde à deux dimensions pour se transformer en personnages réels. Ils se réunissent pour rendre hommage à l’homme qui les a peints et titiller l’imagination des visiteurs à l'esprit curieux. Ils y resteront jusqu'à la fin 2019.

A visiter également: l'exposition "Beyond Bruegel" qui rend hommage à l'artiste dans le majestueux Palais de la Dynastie, près de la KBR, la Bibliothèque nationale de Belgique, au Mont des Arts.
L'expérience artistique novatrice au Palais de la dynastie présente des projections immersives qui magnifient les œuvres de Brueghel et mettent en valeur des détails exquis. En tant que visiteur, vous pouvez comprendre le style et l'oeuvre du peintre dans divers espaces. Vous serez ensuite émerveillés par la vision à 360 degrés qui illustre le monde fantasmé de Brueghel, à la fois si terre-à-terre et si imaginaire. Vous foulerez des paysages où l'on rencontre Dulle Griet ( La Folie) et une armée de fantassins. Sur le bateau, au pied de la tour de Babel, vous irez à la rencontre des personnages uniques issus de l'imagination débordante de l'artiste. On peut suivre la projection en trois langues; anglais, français et néerlandais. Mais, les véritables peintures, ne sont pas loin, à quelques pâtés de maisons seulement: passez au Musée juste à côté! Les amateurs de Brueghel qui visitent le"Beyond Breugel" expo sont aussi attendus pour saliver devant la carte et déguster ensuite une série de petits mets de choix au "Plein Publiek", un concept de cuisine hyper-créatif lié à l'exposition et conçu par le très talentueux ex Top chef Paul Delrez.
- "Beyond Bruegel" au "Palais de la Dynastie" au Mont des Arts à Bruxelles.
6 avril 2019 - 31 janvier 2020 www.beyondbruegel.be
- MUSEES ROYAUX DES BEAUX ARTS DE BELGIQUE
Bruegel. The Originals Les chefs-d'œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien aux MRBAB
> 15.09.2020
Rue de la Régence / Regentschapsstraat 3
1000 Bruxelles
La version anglaise de cet article: Dominique-Hélène Lemaire
URGENT!
Je suis un oiseau, j'ai un appétit d'oiseau sauf pour les mots. J'aime la littérature, la poésie, la musique, les chats et tous les animaux, l'écriture, l'amour et l'Amitié et la nature...J'écris des romans mais la
poésie est mon carburant. Des poèmes brefs, une poésie "de l'instant". J'éclabousse aussi de temps à autre un papier Arche d' aquarelles et de pastels, et cheminer dans mon jardin, saison après saison, heure après heure.
Dans une autre vie...j'ai travaillé comme juriste-fiscaliste, et enseigné le droit des assurances (de personnes) à l'ULB.
-Associations littéraires:
Vice-Présidente de l'Association des Ecrivains Belges de langue française (AEB)
http://www.ecrivainsbelges.be/
Membre du Conseil d'administration de l'AREAW (Association Royale des écrivains de Wallonie)
Chroniqueuse littéraire pour la Revue Reflets Wallonie-Bruxelles
http://areaw.org/
Membre de Clair de Luth (Mons)
Membre de Pen Belgique
-BIBLIOGRAPHIE et PRIX
Agir et accueillir, récit, Théles, 2010
Au fil des pages, roman, Memory,2012
Puzzle, roman, Memory, 2013
Aller-Retour, roman, 2014 (Prix Areaw Emile Poumon 2014)
Séparations, roman, Dricot 2015
Agir et accueillir, édition revue et augmentée, Brumerge 2016
Proche lointain, roman, Dricot 2016
Résonances, deux textes dans le recueil, JFE, mai 2017
L'instant fugace, textes dans les recueils, JFE, volumes 1 et 2, 2017 et 2018
Recueil JFE numéro 1 Carré poétique
Recueil coffret Michele Peyrat, Flou de mots, 2018
La solitude des étoiles, roman, 10/ 2017(ed.Murmure des Soirs)
Cueillette matinale, poèmes, Demdel, 2018
Résonances, tome 2, JFE, août 2018
Recueil collectif De l'humain pour les migrants, JFE 2018
Recueil collectif des "rencontres automnales" de la Lyre Emigrée 2018/et Recueil août 2019
Crimes et sentiments, polar collectif (Audace), 2019
Miroirs à marée basse, poésie (Le Coudrier), 2019 (avec I Bielecki et P Moreau)
Livres d'artistes "Les caresses du silence" avec Marina Boucheï, 2019
et "Au bord du jour", prévu fin 2019
Les Chants de Jane (Grenier Jane Tony), poèmes, "On s'attardera dans la lenteur", septembre 2019
Préface du recueil de poésie Du bout du jour, de Ph Colmant, Ed Demdel 2018/ Préface du volume 3 des "Ecrits philozozophiques" de Fabien Dumont
La symphonie inachevée, nouvelle parue dans la Revue Générale juillet août 2014
Et si Montaigne et Nietzsche s'étaient rencontrés, nouvelle, dans la Revue Générale février 2017
Un soir un livre, Le lys dans la vallée, texte dans Reflets Wallonie-Bruxelles, juin 2018
Texte dans Francophonie vivante de décembre 2017 (association Ch Plisnier)
Coffret collectif M Peyrat « photo+texte » janvier 2018
REVUES littéraires
Textes et poèmes : sur Facebook, Aura (Clair de Luth ), Nos Lettres de l'AEB,Le CAPITAL DES MOTS, Infusion revue, Lichen, La Revue Générale, Cabaret, Anthologie de Denys-Louis Colaux, Aura, Immagine & Poesia de H Bertrand Anthologies 2017/2018/2019, Lichen, Setu, L'Ecritoire d'Estieugues,
BLEU D'ENCRE 38, TRAVERSEE , POESIE PREMIERE,...
Prix :
Poème Tranchées bleues primé au prix P Nothomb 2014
Prix Mons/Émile Poumon 2014 décerné par l'AREAW
A PARAITRE :
-Livre(s) d'artiste(s) avec Marina Boucheï
-"Loin des routes agitées", poèmes et illustrations, Le Coudrier, 1er trimestre 2020
-Les Fantômes de Théodore, roman, Murmure des Soirs, février 2020
-Dans le refuge de la lumière, Bl d' E, octobre/novembre 2020
C'est quoi cette flamme qui ne veut pas s'éteindre
Ces vingt ans qui explosent à l'aube du déclin?
Plaisanterie de la vie de qui on peut tout craindre...
Ou bien simple cadeau, le clin d'œil du destin?
J.G.
Mozart à Rixensart
Pour «Balade Musicale à Rixensart», une association culturelle qui s’engage à apporter son soutien aux jeunes artistes, la musique est un art qui construit tous les autres. Sa 6ème saison s'achèvait jeudi soir avec un magnifique concert de Mozart donné à l'église Sainte-Sixte de Genval réunissant la fine fleur de 31 jeunes musiciens exceptionnels, issus pour la plupart de l'IMEP (Institut supérieur de musique et pédagogie).
Le programme a tout d’abord présenté quelques extraits des opéras de Mozart - Die Zauberflöte, Don Giovanni et Cosi fan tutte -, soulignant les talents vocaux des quatre jeunes solistes: Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet et Kamil Ben Hsaîn Lachiri. Le baryton belge Kamil Ben Hsaïn Lachiri, âgé de 25 ans, qui a chanté Papageno dans Die Zauberflöte en 2017 à Liège, a présenté au public un échantillon généreux et ludique de son talent de «Zauber», dit le magicien. Tout de suite après il enchaînait avec une belle interprétation de «Deh vieni alla finestra » de Don Giovanni posée sur un lit de gracieux pizzicati. Le baryton lisse et clair soutenait ensuite de façon magistrale les sopranos dans «Soave sia el vento». On se souvient également de son très remarqué Wagner dans «Faust» produit à l’Opéra de Liège au début 2019. Dans ces extraits, sa voix étonnante, chaleureuse, est bien charpentée et veloutée. Elle prend des douceurs de miel sauvage et fuse de façon merveilleusement sonnante parcourant une vaste palette de couleurs.
Puis vint la magnifique interprétation de l’opulente Messe en ut mineur de Mozart, K427. Cette messe aux sonorités baroques (Bach et Haendel) date de la dernière décennie de la vie de Mozart, ses années à Vienne. Bien qu'inachevée, elle est peut-être considérée comme l'expression même de la musique sacrée, car en elle, fleurissent la présence et la beauté, signe d'éternité.
Sous la direction de L’Ensemble Pizzicato, nous retrouvons Ayrton Desimpelaere, étoile montante. Parmi ses nombreux engagements en 2018-2019, il y a son brillant Matrimonio segreto (Cimarosa), le Don Quichotte de Massenet un opéra participatif pour les jeunes à l'Opéra Royal de Wallonie et, récemment, dans la même maison, il a même repris la direction d'Aïda en remplacement de Speranza Spaducci, portée malade. Les deux fois, l'ovation debout fut la réponse enthousiaste d'un public admiratif et reconnaissant. En une semaine, il avait fourni pas moins de 12 concerts! Que les étoiles continuent à le protéger!
Un réel accomplissement! Après l'entrée exquise des violons, Ayrton Desimpelaere a su construire une puissance dramatique cumulative. Celle-ci a rapidement transformé le «Kyrie» en un ensemble monumental, avec un chœur composé d'à peine 8 choristes. Le quatuor de solistes remarquablement naturels, a conféré à l'oeuvre Mozartienne une humanité débordante et une splendeur tranquille. La première soprano Gianna Canete Gallo a sondé sa vérité intérieure dans le "Christe Eleison" sans craindre une partition faite d'acrobaties vocales où elle a pu pleinement développer ses talents. «Laudamus te» chanté par Doris Brasseur distillait les nuances chaudes et lumineuses. Les deux sopranos ont donné toute leur énergie dans le «Dominus deus», un sommet dans les diverses phrases du Gloria. L'approche douce et aérienne du chef d'orchestre lui a fait fuir la moindre solennité ecclésiastique, à l'exception de la très sombre et pesante marche du "Qui tollis" qui porte toutes nos injustices. Il a livré le tout avec fluidité, dévouement extrême à la musique et secrète passion du sacré. Les différents «Miserere» fusionnés, semblaient venir de toute part, et traduire l'humble supplication autant que la noblesse de l'élévation. Un merveilleux équilibre sous-tendait le trio chantant le «Quoniam Tu solus sanctus». Bonheur céleste au sein d’une tempête d’émotions. Le timbre plein et robuste du ténor passionné Pierre Derhet, donnait à son inspiration une texture quasi vivante. On le verra très bientôt dans «Robert le diable» de Meyerbeer avec l’orchestre de la Monnaie à Bozar. La fugue finale était opulente, soutenue par un cor admirablement retentissant. Chaque musicien semblait prendre un plaisir intense à boire les gestes précis ou furtifs du jeune chef d’orchestre, réagissant dans la connivence des regards. ...De quoi rejoindre tour à tour, les rivages de l’infini.
Mais bien sûr, le cœur de l’œuvre réside dans le bouleversant «Et Incarnatus est» du Credo, avec sa ligne solo raffinée richement chantée par Gianna Canete Gallo, soutenue par la voix des vents si respectueux du mystère de l’être, conscients de la présence divine. Mais ce passage reflète tout autant la pureté du tendre amour d'une mère. C’est ainsi que fonctionne le chef-d’œuvre de Mozart: provoquer un goût bruissant d’éternité mêlé à une saisissante humanité. La perfection est dès lors rendue visible avec les yeux du coeur. Le «Benedictus» voit le quatuor en plein essor. Et l'orchestre et les choristes célèbrent ensemble la vie. Sous la houlette d'Ayrton Desimpelaere: la joie profonde qui sauve le monde, submerge les auditeurs autant que les artistes. "In nomine Domini" le "Benedictus" sera offert en Bis!
Concert du 28 mars 2019
Orchestre et choeur Pizzicato,
direction Ayrton Desimpelaere
Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet, Kamil Ben Hsain Lachiri
Grande Messe en ut de Mozart
Heure: 20h.
Lieu: Eglise Saint-Sixte (Genval).
Adresse: près du Centre Culturel, place communale
https://www.balademusicale-rixensart.be/

« Faust » de Gounod à la cité ardente (ORWL) jusqu’au 2 février 2019
Pertinent et spectaculaire: « Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate » Comme dans l’Enfer de Dante, le vieux docteur Faust a tout perdu : amour, espoir et foi. Sa vie consacrée à l’étude et à la recherche n’a pas réussi à révéler le sens profond de l’existence humaine et il est sur le point de boire une coupe de poison, appelant la mort à l’aide. « Maudit soit tout ce qui nous leurre ! » Là-dessus, Méphistophélès apparaît « Me voici ! »
On découvre les gémissements de l’alchimiste au pied d’un tas de décombres, une montagne de livres et de documents sertis comme dans un bijou brisé, un immense anneau domine la scène et nous rappelle l’histoire terrifiante du pendule d’Edgar Poe. Le cercle de fer est gigantesque et se meut sur lui-même comme une malédiction, il s’ouvre comme une gueule béante, se relève et redescend changeant de perspective tout au long du spectacle. Est-ce l’un des cercles de l’enfer de Dante ? Le décor est tout sauf de la bouffonnerie. Ceux qui considèrent le Faust de Gounod comme une histoire d’amour bourgeoise inintéressante ou un divertissement comique auront tort. L’ensemble de la production est conçu comme une puissante peinture des vanités.
Accueillir Stefano Poda dans la maison liégeoise avec sa mise en scène totalement polysémique a été un pari réussi. C’est un alchimiste ! Tout est synonyme de recherche esthétique. Poda recherche la perfection et la pureté comme dans une fabrication d’Ikebana.

Surtout quand l’anneau est rempli de deux structures arborescentes blanches qui ne se touchent jamais. Son art de la mise en scène est abstrait, philosophique et transcendantal. Poda déborde d’un symbolisme visuel saisissant. L’image du cercle peut nous rappeler le cercle de la vie, la notion circulaire du temps, les saisons, le mouvement des étoiles et des planètes, mais aussi l’esclavage humain ou les prisonniers enchaînés avec les fers au col et aux jambes, ou un anneau qui scelle entre deux êtres un pacte comme les liens du mariage, préfiguration de celui avec Dieu. A tout prendre, on choisit plutôt le Créateur pour l'alliance, que le Diable.

La mise en scène, l’interprétation et l’implication du public sont fortes. Le Faust de Gounod désire par dessous tout la jeunesse car elle englobe tout : la richesse, la gloire, le pouvoir. « Je veux un trésor qui les contient tous ! » Méphistophélès convainc Faust de signer son contrat en ne lui montrant qu’un mirage de beauté, de grâce et de jeunesse : Marguerite. La fleur même qui symbolise les « Je t’aime » que l’on effeuille légèrement.

D’abord séduite par les fleurs de Siébel, l’attention de Marguerite sera vite détournée par le coffret à bijoux. L’humble et naïve jeune femme sera séduite, abandonnée et tuera ensuite l’enfant à qui elle a donné naissance faisant d’elle une infanticide condamnable à l’échafaud. La société bourgeoise de l’époque de Gounod méprisait les enfants nés hors du mariage, et un terrible opprobre pesait sur toutes les filles-mères, qui ne pouvaient continuer à vivre avec leur famille, ce qui signifie qu’elles finissaient par se prostituer. « Ne donne un baiser, ma mie, Que la bague au doigt !…. » Aujourd’hui, nous ne sommes plus d’accord avec des approches aussi sombres et malveillantes, mais nous connaissons des endroits dans le monde où l’on condamne les filles apparaissant en public non voilées…

Stefano Poda dirige tout : la mise en scène, les décors, les costumes, la chorégraphie et l’éclairage, ce qui donne un sentiment d’unité captivante. Les mouvements de masse sont construits en lignes d’une fluidité extraordinaire, même si chaque individu dansant est pris de mouvements saccadés, presque névrotiques, articulés en gestes déconnectés qui rendent palpable l’image d’une société robotisée. On croit voir à travers tout cela, les anneaux d’un immense serpent, ce lui qui présidait à la tentation originelle.
L’orchestration fougueuse et romantique de Patrick Davin s’avère très pittoresque et efficace, menée avec beaucoup d’assurance et d’attention aux détails, avec une vivacité frénétique pour correspondre aux mouvements de masse et aux scènes chorales comme la Kermesse ou la Valse du second acte. Il dépeint avec flamboyance les démons déchaînés qui assaillent Marguerite alors qu’elle va prier dans l’acte IV, et cisèle comme un orfèvre le magnifique ballet de la Nuit Walpurgis.
Le chant guerrier « Gloire immortelle de nos aïeux » est franchement cynique, avec des soldats lourds de souvenirs sanglants, revenant de la guerre mais disparaissant les uns après les autres! Et puis la musique devient une déferlante sarcastique qui accompagne un cercle de femmes enceintes tenant des ballons noirs flottants pendant que Méphistophélès leur rend une diabolique visite ! Mais il met aussi très habilement en valeur les magnifiques voix qui soutiennent le chef-d’œuvre.
Le Faust de Marc Laho, est une voix forte et déterminée avec un timbre clair et sonore surtout lorsque le diable l’a « rajeuni !». Il chante avec une aisance et un style parfaits et une diction impeccable. A ses côtés, Anne-Catherine Gillet chante d’abord comme une sylphide évanescente. Elle rayonne de jeunesse, de joie, d’amour, de passion mais devient redoutable de puissance quand elle est cernée par le désespoir. Ce n’est plus Faust, mais Marguerite qui est devenue le personnage bouleversant de cet opéra. Son dernier souffle la conduit par escalades vocales vertigineuses vers le ciel où elle est accueillie en héroïne tragique par les anges et les séraphins dans des sonorités d’orgues de cathédrale La diction de Méphistophélès n’est certainement pas parfaite, mais le très apprécié et brillant Ildebrando D’Arcangelo puise sa force au cœur des ténèbres, et de sa superbe voix de basse, il projette de façon stupéfiante l’aridité d’un esprit manipulateur passionné. Il joue de l’ironie: « Si le bouquet l’emporte sur l’écrin, je consens à perdre mon pouvoir ! » Et Marguerite revêtira donc le manteau de diamants et de miroirs! Valentin s’avère être un autre rôle intense. Il est chanté par Lionel Lhote, qui, parti à la guerre, laisse sa sœur sous la garde de l’adorable Siébel, chanté avec ferveur amoureuse, presque angélique par Na’ama Goldman. A son retour, pris d’une rage aveugle inspirée par le Démon, il défiera Faust en duel, pour avoir mis sa sœur enceinte et mourra au premier coup de pistolet.
La truculente femme fatale, Dame Marthe est endossée par Angélique Noldus, qui joue désespérément les coquettes avec le diable qui la rejette, mais nous ramène par petites touches à la vie nocturne illicite des bourgeois du temps de Gounod. Kamil Ben Hsaïn Lachiri dans le rôle de Wagner. Pierre Iodice: chef des Choeurs de l'Opéra royal de Liège.

Du 23 janvier au 02 février 2019 à l’ Opéra Royal de Wallonie-Liège, et le 8 février à Charleroi
Durée 210 minutes (entractes compris)
Opéra en cinq actes
Musique de Charles Gounod (1818-1893)
Livret de Jules Barbier & Michel Carré
D’après le poème de Goethe
Créé à Paris, Théâtre Lyrique, le 19 mars 1859
Direction musicale: Patrick Davin
Chef des choeurs: Pierre Iodice
Mise en scène, Décors, Costumes, Chorégraphie et Lumières: Stefano Poda
Assistant Mise en scène, Décors, Costumes, Chorégraphie et Lumières Paolo GianiCei
Avec
Anne-Catherine Gillet/ Marguerite
Na’ama Goldman / Siébel
Angélique Noldus/ Marthe
Marc Laho/ Faust
Ildebrando D’Arcangelo/ Méphistophélès
Lionel Lhote / Valentin
Kamil Ben Hsain Lachiri / Wagner
Production :
Fondazione Teatro Regio de Turin
Opéra de Lausanne
New Israeli Opera de Tel Aviv
Les mystères de la diplomatie
LE CHEVALIER D’ÉON
Du jeudi 25 avril 2019 au samedi 25 mai 2019 au théâtre du Parc à Bruxelles
Il ou elle ? Avec « Le Chevalier d’Eon » Thierry Debroux revisite l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du XVIIIème siècle. Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Thimothée d’Éon de Beaumont, dit le Chevalier d’Éon fut successivement docteur en droit, avocat au Parlement de Paris, secrétaire de l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, capitaine des Dragons, agent secret, chevalier de Saint Louis et ministre plénipotentiaire à Londres. En même temps, il fut considéré comme l’une des plus belles femmes du XVIIIème siècle… Homme ou femme, celui qui fut l’une des plus fines lames de son temps a préservé l’ambiguïté jusqu’à son dernier souffle. Revisitant avec jubilation la comédie de cape et d’épée, Thierry Debroux nous entraîne dans la France et la Russie du XVIIIème siècle ». Saison 2005-2006 au théâtre le Méridien, théâtre d’émotions, hélas disparu depuis 2012.
Revoici notre chevalier, au Parc, en James Bond dégenré, affublé de jupons lors de ses missions d’espionnage, sous le nom de Lia de Beaumont. A la manière d’un phénix et dirigé avec virtuosité, par Daphné D’heur il reprend du métier, et quel métier! Celui de nous ravir et de nous promener à travers l’Europe du XVIIIe, Anne Guilleray, préposée à la création des costumes, faisant merveille. Les hauts maquillages sont signés Urteza Da Fonseca. Et le chevalier ? Quel est son vrai nom à la ville? Julien Besure. Tout juste trente ans et l’an dernier, Octave dans les fourberies de Scapin, sur les mêmes planches. Jim Hamwkins dans l’Île au trésor, en 2016. A part le surf, le ski et le snowboard, il est passé maître en escrime, sous la conduite de son fracassant maître d’armes…Jacques Capelle. Mais aussi bretteur vocal sidérant et attrape-coeurs aussi volatile qu’Arsène Lupin.

Son histoire campe une période de guerre mondiale très noire, pudiquement dénommée de guerre de sept ans (1756-1763) se déroulant simultanément sur plusieurs continents. Elle opposait deux blocs franchement ennemis, tous deux en route pour la conquête du monde : l’Angleterre et son empire colonial alliée à Frédéric II de Prusse contre la France et l’Autriche, leurs alliés et empires coloniaux. A qui la Russie tendrait-elle la main? L’empire britannique sort vainqueur, régnant sur toutes les mers du monde, la Prusse s’affirme au sein de l’espace germanique. La France perd définitivement la bataille de la culture française, versus la culture anglo-saxonne. Le texte met en relief les machinations politiques, les questions d’intérêt, la place congrue du cœur dans la sphère politique.
– La légende raconte que, déguisé en femme lors d’un bal, Le chevalier d’Eon aurait subjugué Louis XV. Recruté dans les services secrets du roi, il est envoyé comme espion à la cour de Russie. La mission qui lui est confiée est délicate puisqu’il il doit gagner la confiance de la tsarine Elisabeth afin de conclure un traité d’alliance pour rétablir les relations diplomatiques entre la France et la Russie, ce qu’il réussit avec brio sous les traits de Lia de Beaumont. –
Côté hommes, Daphné D’Heur ne manque pas de comédiens d’excellence. Les voilà tous rassemblés. avec un Maroine Amini superlatif dans le rôle de Lubin, le fidèle valet vif argent du chevalier qui mêne grand train, une histoire d’amour ancillaire avec sa Nanette (Laurie Degand) , époustouflante de vivacité et de répartie tant vocale que physique. Sir Douglass, en tenue écossaise, qui représente la perfide Albion, cache admirablement son jeu … ou pas, C’est Anthony Molina-Diaz, une autre grande pointure des planches du Parc. Didier Colfs se partage avec autant de bonheur entre le très envieux Duc de Nivernais et Le Prince russe Narychkine. L’autre vilain, c’est le Chancelier Bestouchev (Nicolas Janssens), un concentré d’arrivisme et de manipulation, flanqué de notre Fabian Finkels, campant des vice-chancelier Voronstov et Ministre Lebel presque Felliniens. Habiles jeux de masques et d’éventails meurtriers, les chassés-croisés se succèdent dans un rythme échevelé, à la manière du vaudeville haut de gamme, Georges Lini es-tu là ? Les scènes comiques et jubilatoires sont au rendez-vous. Le plateau tournant trilobé explose les portes qui claquent, et le décor très frugal se contente d’à peine quelques médaillons évocateurs. Tout est dans l’énergie bondissante des acrobaties amoureuses et politiques.
Côté femmes, des perles rares. Une comtesse de Rochefort exquise, une grande dame, intelligente de cœur et d’esprit, notre préférée? Elle incarne à la fois le badinage de Marivaux et la sagesse de la vie qui sait savoure ce qui lui est donné, et rit de bon cœur du reste, tout en délicatesse. « C’est le genre de femme qui ne passe pas inaperçue en public. Longiligne, port altier, chevelure noir jais encadrant un visage au teint d’albâtre, aux traits fins et réguliers, d’où se détachent deux immenses yeux incandescents. » écrivait à son propos Philip Tirard, en 2005. Ajoutons, des pommettes fabuleuses à faire craquer les amants… Toute jeune, elle a parcouru la planète avec des parents d’origine italienne, les Abruzzes. Remarquée par sa prof de français à Hong Kong, elle s’inscrit par amour du théâtre au Conservatoire de Mons au retour en Europe. Toujours pas trouvé ? Il s’agit de Laurence d’Amélio, autant jeune première que tragédienne.
Petra Urbanyi, princesse hongroise de caractère ? Oui pour le caractère, non pour la Hongrie. Elle joue Sophie-Charlotte de Mecklembourg, princesse de Saxe qui piétine de rage, féministe jusqu’au bout des cheveux, refuse qu’on la marie avec Georges III le roi d’Angleterre surnommé le roi fou, mais deviendra tout de même la grand-mère de la reine Victoria ! Un jeu surexcité d’ado rebelle et de jeune femme rêvant d’amour véritable, très marrie d’être convoitée plus comme objet politique que comme roseau pensant.
Et la palme, si palme il y a, revient à la tsarine Elisabeth Petrovna, admirablement présente et déclinée par Perrine Delers, un monument théâtral, une prestance éclatante, une allure incomparable. Elle a tout : la voix, les humeurs, le maintien, la noblesse, le prestige, l’autorité. On se souvient de son rôle de voisine écrasante dans le 1984 d’Orwell, la métamorphose en tsarine ne fait qu’amplifier son port royal et son ascendant dévorant.

Rien que des éloges donc, pour cette pièce où le rire est roi et le plaisir souverain, où roulent les tribulations, les ballets XVIIIe, les noms prestigieux, les supercheries politiques et les jeux du pouvoir intenses pendant que le monde entier se trouve rassasié de guerres incendiaires et dévastatrices. Sept jours, sept ans, le chiffre biblique de l’éternité jeté en pâture à la violence humaine.
Dominique-Hélène Lemaire Pour Arts et Lettres
Crédit photos : ZVONOCK
Réservations:
via le site ou par téléphone au 02 505 30 30 – du mardi au vendredi – ouvert de 12h à 19h.
"Les Dieux veillent sur ceux qui leur ressemblent ..."
Mythe et intemporalité
Un empereur romain sous l'apparence d'un centaure, moitié dieu, moitié humain qui partagera son manteau avec un pauvre? Une atmosphère sombre qui conviendrait le mieux aux pièces de Maeterlinck ou à d’autres poètes symboliques. Un enchantement de la nuit de la Saint-Jean où tout est permis? Des créatures géantes effrayantes surgissant de grottes sombres d’où affleurent des gisements minéraux, où la passion consume à la fois humains et animaux monstrueux. Le public est emmené dans un lieu improbable et légendaire, une sorte d’utopie, un Lucus romanus mysteriosus! Rien de plus sacré en tous les cas, que le désir surréaliste de l'empereur de mettre en œuvre ses valeurs romaines fondamentales de respect, loyauté et compassion. Sa détermination à n'agir que pour le bien de la ville et à ne jamais vouloir régner par la terreur. Il s’oppose aux pires trahisons en accordant pardon et amnistie. Il est la grâce même.

La mise en scène décalée de « La Clemenza di Tito » de Mozart par Cécile Roussat et Julien Lubek à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège a agi comme un réveil en fanfare. Néanmoins, le deuxième acte réduit la mise en scène fantasmagorique à une roche centrale mobile le tout baignant dans des écailles luminescentes de tortues. « Et les écailles lui tombèrent des yeux » Une référence à la conversion de saint Paul ? L’atmosphère poétique et tragique se retrouve épurée dans un mélange poignant. Thomas Rösner, le chef d'orchestre est à l'écoute des metteurs en scène créatifs, il cisèle des nuances romantiques sur le conte épique mozartien. Pierre Iodice, chef de chœur liégeois toujours inspiré et talentueux, a préparé le chœur. Ils sont tous de noir vêtus, pour se glisser discrètement et chanter derrière les musiciens dans la fosse. Question de nous replonger dans l’époque où l’on vit ?

Côté noir, le cauchemar enchaîne la jalousie, la soif de mariage et de pouvoir, le tout entre les mains de Vitellia. - La rédemption viendra avec le remords. - Elle est jalouse du mariage imminent de Tito avec Bérénice, reine de Judée. Elle convoite le trône, mais est aimée de l’inoffensif Sesto, le frère de Servilia, une fille romaine que Tito choisit d’épouser pour contenter son peuple. Cependant, la loyale Servilia rejette la proposition impériale car elle est sincèrement amoureuse d’Annio, le confident de Sesto. Bien sûr, Tito valorise la vérité avant les flatteries et bénit Annio et Servilia. Pendant ce temps, Vitellia n'a pas compris le changement de cap de l’empereur et ne rêve que de le faire assassiner. Elle enjoint à Sesto de commettre l’acte fatal sans se soucier des sentiments qu’il éprouve pour son ami, mais il le fera pour lui plaire ! La révolte gronde, le Capitole brûle, Sesto croit avoir commis le meurtre irréparable, mais l'homme qu'il a poignardé n'est pas l'empereur. Sesto est arrêté. Et enfin, lorsque Vitellia se rend compte que Sesto ne l’a pas trahie lors de ses interrogatoires, elle éprouve du remords. Elle ne peut plus supporter l’idée de devenir l'épouse de l'empereur et révèle son rôle dans le complot. Tito est déçu une nouvelle fois par la trahison mais décide de ne pas être envahi par la colère et pardonne à tout le monde, réaffirmant son désir d'agir pour le bien de la ville. Dans ce précieux opéra si édifiant, Tito devient le modèle même de la bonne gouvernance, un statut rêvé et inventé par Mozart.
Une imagination débordante
Le duo de la mise en scène Roussat-Lubek a transformé la cruelle Vitellia en une figure de lionne diabolique toute vêtue de rouge, surmontée d’une perruque abracadabrante qu’elle démêle seulement lorsqu'elle se rend compte à quel point elle a été destructrice. Sesto, emprunte des cornes de bélier pour faire … le mouton. Servilia est une fragile princesse de conte de fées vêtue d’une robe de mariée Art Nouveau suivie d’une rivière sans fin de voiles scintillants. Annius est devenu un ange blanc chatoyant, à moitié ailé qui nous rappelle soit le monde de la Renaissance, soit celui de Jean Cocteau. Publius, le chef de la garde prétorienne, est devenu une créature verdâtre avec d'immenses mains squelettiques rappelant des personnages cauchemardesques d'Andersen ou de Tolkien. ... ou le puissant personnage du Temps dans "L’Oiseau Bleu" de Maeterlinck et les aiguilles du temps? Les gestes de mains de tous les personnages sont spécialement parlants et sont axés sur le pouvoir de la communication, y compris quelques tendres invitations bouleversantes faites par un jeune enfant à Tito. Ce contact, un souvenir lointain du geste de Dieu vers l’Homme dans la Chapelle Sixtine? Quoi qu'il en soit, la célébration du corps humain culmine à merveille, quand une bande d’acrobates extraordinairement doués à la corde ou au cerceau, semble tomber du ciel. On peut dire qu’ils connaissent les ficelles du métier. Leur intervention silencieuse met constamment en évidence des messages importants. En quelque sorte, ils encerclent font circuler l'énergie du texte. En quelque sorte, ces êtres extraordinaires sont devenus partie intégrante du corps de la musique et révèlent en chair et en os tout ce qu’il a d'humanité nue. Une mention spéciale doit également être faite pour le travail des lumières qui abreuvent tout mouvement de la scène. Signé Roussat-Lubek, une fois de plus.

Une musique enivrante
Mais bien sûr, ce sont les nombreuses belles arias mozartiennes qui retiennent toute notre attention. La basse finlandaise Markus Sihkonen ponctue les mouvements du destin. L'ensemble de l'opéra semble constamment émerger des ténèbres (avec les premières notes de Vitellia si proches de la voix parlée, chantée par Patrizia Ciofi) et se diriger progressivement vers une fin lumineuse célébrant le pardon inconditionnel. La discussion animée du deuxième acte entre Sesto et Tito est particulièrement émouvante, de même que l'interprétation royale de Patrizia Ciofi dans le dernier revirement de conscience de Vitellia. Anna Bonitatibus est parfaite en tant que Sesto vivant et très humain. Une voix chaude, qui n'est plus du tout celle d’un mouton mais un amant passionné, partagé entre son amitié et son amour. Tantôt exaltée, tantôt abattue, sa voix puissante prend son essor et claironne et plane comme un aigle à large envergure! Et Cecilia Montanari incarne un Annio aérien et voltigeant. Ceci dit, notre interprétation préférée est celle de style typiquement italien de l'élégant Leonardo Cortellazzi, qui développe le rôle principal de Tito avec une splendeur tranquille et atteint une puissance presque transcendantale. "Les Dieux veillent sur ceux qui leur ressemblent ..."
15 mai > 24 mai 2019
Salvador Dalí et René Magritte : deux icônes du surréalisme en dialogue
Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et René Magritte. Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont étudiés et mis en lumière. Il en ressort un authentique dialogue de potaches métissé de compétition artistique.
90 ans après leur rencontre...
Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).Tous deux, Dalí et Magritte s’attachent à défier le réel, à questionner notre regard et à bousculer nos certitudes. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi leurs approches philosophiques et esthétiques à travers plus de 100 peintures, sculptures, dessins et photographies...
La visite commence par une expérience immersive, la tête dans les nuages. La célèbre œuvre "Le temps menaçant" de Magritte étant absente de l'exposition, les organisateurs, quelque peu déçus, ont décidé de la recréer en images de synthèse, explique Michel Draguet, commissaire de l'exposition. Il s'agit d'une peinture que Magritte a réalisée lors de son séjour en août 1929 en Espagne, à Cadaqués, le port d'attache de Salvador Dali. Un été qui verra entrer la Méditerranée dans l'œuvre du Belge et se révélera décisif pour lui.
Tout au long du parcours, les deux icônes du surréalisme interagissent autour de thématiques qui les unissent, telles que "le rêve et l'hallucination", "les portraits", "les paysages", "dedans >< au-delà", ... Ce "dialogue de tableau à tableau témoigne d'une fabuleuse proximité dans la différence", souligne Michel Draguet. "La relation qui unit Magritte à Dali et Dali à Magritte est sans doute l'une des plus fécondes" de ce mouvement artistique.
Notez que cette exposition se veut aussi accessible aux personnes aveugles ou malvoyantes, grâce notamment à quatre postes tactiles qui décrivent en braille des œuvres significatives des artistes, reproduites en relief. Plusieurs activités seront aussi organisées dans le cadre de l’événement.
Espaces créatifs Accessibles en permanence et gratuits. Co-créez avec Dalí et Magritte dans 4 espaces d’expérimentations artistiques, didactiques, et ludiques. Dormez les yeux ouverts! Traversez les 90 ans après leur rencontre. Plus de 40 musées internationaux et collections privées ont prêté leurs œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB).paysages infinis : dedans et au-delà! Jouez avec les mots, les images et les illusions! Créez, superposez, en un mot, « anamorphosez »! Daliriant ou Dalirant?

Anniversaire des dix ans du Musée Magritte : le 24 novembre 2019
Journée festive! Save the date! Visitez gratuitement la plus grande collection d’œuvres du célèbre surréaliste belge et découvrez la nouvelle sélection du Musée. Visites contées, ateliers d’écriture, workshops, "Take the pose" et pleins d’autres activités attendent petits et grands!
Intro Expo 12.10 | 9.11 | 7.12 | 18.1 | 8.2
En 30 minutes, le conférencier de ce bref exposé déploie l’essentiel des faits, références et analyses qui vous permettent de savourer pleinement l’exposition Dalí & Magritte. Familiarisé avec l’univers des deux artistes, vous abordez le parcours de l’exposition à votre rythme et selon vos envies…
Visite-lectures: qu’a dit Dali ?
Visite-lectures dans l’exposition, par un trio de guide-lecteurs native-speakers : Inès della Calle, Jack Ghosez & Myriam Dom. Des extraits choisis dans les biographies de Dali et dans ses écrits, La vie secrète de Salvador Dali, Visages cachés, seront lus en français et en espagnol et agrémentés de commentaires, dans des mises en scène aussi daliniennes que magritiennes !
Visites en famille
Venez découvrir en famille l’exposition consacrée à deux icônes du surréalisme.
Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont mis en lumière. L’exposition révèle leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques à travers plus de 80 peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives.
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ENERGIE POTENTIELLE
Meggie Lombart Edition Meggie LOMBART ISBN 978260225907
Déroutant en premier abord, énergie potentielle semble mener le lecteur comme le ferait une série… Le livre tient en haleine probablement parce qu’on aimerait en connaître le dénouement.

J’avoue avoir eu du mal à m’accrocher à l’histoire, les circonstances peut-être ? Toujours est-il qu’il m’a fallu quelques pages pour entrer dans le récit. Certes, dans l’ensemble ce roman est bien construit, cependant il me semble qu’il manque un je ne sais quoi qui lui aurait permis d’être transcendant. L’histoire est un « huit-clos », un récit d’amour sacrifié, espérant renaître de ses cendres sur base d’un chantage au suicide.
« Alex en entrant dans une pièce trouve Marion devant une baie ouverte s’apprêtant à sauter du trentième étage. Le premier tente de sauver la seconde et cette dernière, par ce chantage, semble vouloir créer une sorte d’électrochoc dans l’esprit de son ex-compagnon. » C’est peut-être ce qui m’a dérangé dans ce récit, cette forme de contrainte qui, dans la vraie vie, conduirait vers le chaos. A mon regard, le décor est mal posé et c’est dommage puisque c’est le fil rouge sur lequel repose un duel psychologique. Est-il réaliste de se ternir au-dessus du vide, trente étages tout de même, en manipulant le verbe ? Ce détail me semble irréaliste et dénature, à mon avis, un livre bien écrit.
Justement en parlant d’écriture, elle est intéressante. Les antagonistes se cherchent, se trouvent et puis se perdent en approches asynchrones. Ce jeu de cache-cache sentimental offre quelques rebondissements. On comprendra rapidement que les non-dits, seront le coeur du récit, cependant jusque ou serait on prèt à s’envoler pour sauver ce qui n’a jamais été réelement construit?
Ce roman gagnerait à être adapté pour le théâtre, les dialogues s’y prêtent et le mouvement d’acteur s’appropriant l’espace de la scène permettrait la mise en valeur des dialogues.
Ceci écrit, l’auteur porte le lecteur vers une situation de malaise. Est-ce voulu ? Je le crois, pour cette raison on peut prétendre que ce roman mérite nos regards.
Le pitch :
« Trentième étage d’un immeuble, une baie vitrée ouverte sur le vide. Marion s’apprête à sauter lorsqu’Alex entre dans la pièce.
S’ensuit alors un duel psychologique entre ces deux êtres emmurés dans leurs principes, prisonniers de leur liberté, mais, paradoxalement, englués dans un conformisme.
Comment en sont-ils arrivés là aujourd’hui ? Auront-ils la force d’avouer leurs faiblesses pour franchir les barrières de leur égo ? Pourront-ils dénouer l’écheveau de leurs faux-semblants ? »
Je souris encore
au reflet
fatigué
du miroir
sans regret
pour celle
que j’ai été
je me dis encore
à voix basse
les mêmes mots
de feu
..........................
Martine Rouhart
Les souvenirs sanglots
Les souvenirs caresse...
Ceux imbibés de brume
Et ceux dans un éclair de lune!
Ils font parfois sourire
Souvent pleurer...
Ils nous ont patinés, malaxés,
Malmenés, éclairés!
Ils sont la glaise
Qui nous a façonnés...
Où le nuage qui nous a fait rêver!
Les souvenirs anciens
Avec l'enfance renouent les liens
Ils semblent être démence
Pourtant nous font du bien!
Aujourd'hui dans tes yeux...
Je les capture!
Ils défilent à travers toi
Le présent les étreint
Dans un désir sans frein!
Oui, l'amour est sans fin...
J.G.


